On n'est pas des moutons

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Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 5 

logo55Le bilan humain et éco­no­mique de la catas­trophe de Tcher­no­byl est qua­si impos­sible à réa­li­ser. L’accident résulte en grande par­tie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un sys­tème à l’agonie qui s’est pro­lon­gé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une période des plus trou­blées, pour abou­tir fina­le­ment à des sys­tème de gou­ver­ne­ment plus ou moins para-maf­fieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Bié­lo­rus­sie ou de la Rus­sie. Dans de tels sys­tèmes cor­rom­pus, les lob­bies nucléaires ont eu beau jeu de main­te­nir leur emprise sur ce sec­teur mili­ta­ro-indus­triel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toire ! Une ban­de­role appo­sée sur le réac­teur éven­tré pro­clame que « le peuple sovié­tique est plus fort que l’atome » tan­dis qu’un dra­peau rouge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­trale à l’issue des tra­vaux de déblaie­ment. [Tass]

Les vic­times n’ont pas été comp­ta­bi­li­sées, elles ne figurent sur aucun registre offi­ciel. Éta­blir un bilan non tru­qué des vic­times directes et indi­rectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impos­sible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ciles et de ter­ri­toires, aux familles phy­si­que­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, émo­tion­nel­le­ment anéan­ties. À jamais. Car rien de tels drames n’est répa­rable. Seules des esti­ma­tions peuvent être ten­tées, plus ou moins fon­dées, plus ou moins catas­tro­phistes ou, au contraire, sciem­ment minimisées.

Concer­nant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique) sont plus que dou­teux ; cet orga­nisme, rat­ta­ché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléaire inter­na­tio­nal qu’il finance notoi­re­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Orga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té) lui est inféo­dée, ce qui rend éga­le­ment sus­pectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études cré­dibles, consi­dé­rons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à prendre avec la plus grande pru­dence. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réa­li­sé une étude d’où il res­sort que sur le mil­lier de tra­vailleurs for­te­ment conta­mi­nés lors de leurs inter­ven­tions durant la catas­trophe, « seule­ment » une tren­taine sont morts direc­te­ment. Quant aux liqui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été expo­sés à des doses rela­ti­ve­ment faibles, « pas beau­coup plus éle­vées que le niveau natu­rel de radia­tion.  »…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été expo­sés à de « faibles doses », l’étude recon­naît un nombre très éle­vé des can­cers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 direc­te­ment impu­tables à la catas­trophe. L’Agence admet tou­te­fois que la mor­ta­li­té liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quelques pour-cents et entraî­ner « plu­sieurs mil­liers  » de décès par­mi les liqui­da­teurs, les habi­tants de la zone éva­cuée et les rési­dents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan offi­ciel est for­te­ment contes­té par cer­tains cher­cheurs. En 2010, l’Académie des sciences de New York a publié un dos­sier à par­tir de tra­vaux menés par des cher­cheurs de la région de Tcher­no­byl. Ils contestent for­te­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nombre de per­sonnes affec­tées que de l’importance des retom­bées radio­ac­tives. Ain­si, il y aurait eu en réa­li­té 830.000 liqui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radio­ac­tifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­dial à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant sui­vi la catas­trophe. Cette esti­ma­tion semble cepen­dant invrai­sem­blable – on l’espère.

Green­peace a aus­si publié un rap­port réa­li­sé par 60 scien­ti­fiques de Bié­lo­rus­sie, d’Ukraine et de Rus­sie. Le docu­ment pré­cise que « les don­nées les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l’accident a cau­sé une sur­mor­ta­li­té esti­mée à 200 000 décès entre 1990 et 2004. »

On le voit, les écarts éva­lua­tifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catas­trophes. Des diver­gences sem­blables appa­raissent éga­le­ment au Japon entre oppo­sants (la majo­ri­té de la popu­la­tion) et par­ti­sans du nucléaire (gou­ver­nants et industriels).

Quant au coût éco­no­mique, il est plus objec­ti­vable que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un inté­res­sant dos­sier sur le nucléaire.

Plu­sieurs esti­ma­tions ont été réa­li­sées, abou­tis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des der­niers rap­ports émane de Green Cross Inter­na­tio­nal. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts cau­sés à la cen­trale elle-même et dans ses envi­rons, perte de mar­chan­dises et effets immé­diats sur la santé ;
– les coûts indi­rects : retrait de la popu­la­tion de la zone conta­mi­née et consé­quences socié­tales liées à la vie des per­sonnes expo­sées aux radia­tions ain­si que leurs enfants.

La Bié­lo­rus­sie estime à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­mages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­ri­té, l’assainissement et la main­te­nance de la cen­trale désor­mais arrê­tée ain­si que les coûts actuels pour la mise en place du nou­veau sar­co­phage ; ceux-ci sont pris en charge par les gou­ver­ne­ments des nations concer­nées, sou­te­nus par l’Union Euro­péenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas connu) ont été déblo­qués, des pro­grammes sociaux et des aides médi­cales mis en place. Mais cha­cun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sani­taires et psy­cho­lo­giques impos­sibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine mili­taire et le reste d’ailleurs, tant qu’il ser­vi­ra à four­nir le plu­to­nium des­ti­né à fabri­quer les bombes ato­miques. Rap­pe­lons aus­si que le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libé­ra­tion, avec mis­sion de pour­suivre des recherches scien­ti­fiques et tech­niques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notam­ment les appli­ca­tions médi­cales), de l’industrie (élec­tri­ci­té) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’Union sovié­tique, et aujourd’hui pré­sident de la Croix verte inter­na­tio­nale (Green Cross) a connu son « che­min de Damas » en 1986 : « C’est la catas­trophe de Tcher­no­byl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quelles pou­vaient être les ter­ribles consé­quences du nucléaire, même en dehors d’un usage mili­taire. Cela per­met­tait d’imaginer plus clai­re­ment ce qui pour­rait se pas­ser après l’explosion d’une bombe nucléaire. Selon les experts scien­ti­fiques, un mis­sile nucléaire tel que le SS-18 repré­sente l’équivalent d’une cen­taine de Tcher­no­byl. » (Tcher­no­byl, le début de la fin de l’Union sovié­tique, tri­bune dans Le Figa­ro, 26/04/2006)

Par com­pa­rai­son, l’accident de Fuku­shi­ma, com­pre­nant la décon­ta­mi­na­tion et le dédom­ma­ge­ment des vic­times, pour­rait n’atteindre « que » 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant émane de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relève de l’hypothèse basse et ne com­prend pas les charges liées au déman­tè­le­ment des quatre réac­teurs rava­gés. Ces opé­ra­tions dure­ront autour de qua­rante ans et néces­si­te­ront le déve­lop­pe­ment de nou­velles tech­niques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de techniciens.

Et en France ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN) a pré­sen­té en 2013 à Cada­rache (Bouches-du-Rhône), une « étude choc » sur l’impact éco­no­mique d’un acci­dent nucléaire en France.

Un  » acci­dent majeur « , du type de ceux de Tcher­no­byl ou de Fuku­shi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 méga­watts coû­te­rait au pays la somme astro­no­mique de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit inté­rieur brut (PIB).

La perte du réac­teur lui-même ne repré­sente que 2 % de la fac­ture. Près de 40 % sont impu­tables aux consé­quences radio­lo­giques : ter­ri­toires conta­mi­nés sur 1 500 km2, éva­cua­tion de 100 000 per­sonnes. Aux consé­quences sani­taires s’ajoutent les pertes sèches pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­viennent les  » coûts d’image  » : chute du tou­risme mon­dial dont la France est la pre­mière des­ti­na­tion, boy­cot­tage des pro­duits alimentaires.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse  » la plus pro­bable  » est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de toutes les cen­trales, ce qui obli­ge­rait à recou­rir, à marche for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­lables. Au-delà des fron­tières,  » l’Europe occi­den­tale serait affec­tée par une catas­trophe d’une telle ampleur « .

Les dom­mages sont d’un tout autre ordre de gran­deur que ceux du nau­frage de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Tou­louse en 2001, éva­lués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chiffres pour­raient dou­bler en fonc­tion des condi­tions météo­ro­lo­giques, des vents pous­sant plus ou moins loin les panaches radio­ac­tifs, ou de la den­si­té de popu­la­tion. Un acci­dent grave à la cen­trale de Dam­pierre (Loi­ret) ne for­ce­rait à éva­cuer que 34 000 per­sonnes, alors qu’à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 « réfu­giés radiologiques « .

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­dial d’installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléaire.

Pour tem­pé­rer ce tableau apo­ca­lyp­tique, l’IRSN sort la ren­gaine connue du « risque zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les pro­ba­bi­li­tés très faibles de tels évé­ne­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent grave, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. »

Pour avoir par­ti­ci­pé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique, à l’élaboration des pre­mières cen­trales fran­çaises, Ber­nard Laponche ne par­tage pas du tout cet « opti­misme ». Pour ce phy­si­cien, le nucléaire ne repré­sente pas seule­ment une menace ter­ri­fiante, pour nous et pour les géné­ra­tions qui sui­vront ; il condamne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion énergétique.

« Il est urgent, clame Ber­nard Laponche, de choi­sir une civi­li­sa­tion éner­gé­tique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cia­listes reve­nus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réel­le­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tcher­no­byl, et trois à Fuku­shi­ma) sur quatre cent cin­quante réac­teurs dans le monde, obligent à revoir cette pro­ba­bi­li­té théo­rique des experts. « La réa­li­té de ce qui a été consta­té, estime-t-il, est trois cents fois supé­rieure à ces savants cal­culs. Il y a donc une forte pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe. »

[Fin de l’interminable feuille­ton…] 7

 

Notes:

  1. En par­ti­cu­lier au Japon depuis la catas­trophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vati­can) est membre de l’AIEA ! (Liai­son directe Enfer-Para­dis ?…)
  2. Le direc­teur de Green­peace France, Pas­cal Hus­ting, chiffre le coût total de la catas­trophe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix verte inter­na­tio­nale, est une orga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­tale inter­na­tio­nale à but envi­ron­ne­men­tal, fon­dée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel pré­sident.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­tives », ain­si que Sar­ko­zy en eut déci­dé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléaire ne sau­rait être com­pa­ré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même rava­geurs, cessent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Télé­ra­ma, 18/06/2011.
  7. Une biblio­gra­phie se trouve avec le pre­mier article de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 4 

logo4Début 2002, la  Crii­rad (Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la conta­mi­na­tion de la France et d’une par­tie de l’Europe par les retom­bées du « nuage » en ses mul­tiples lam­beaux. Plus de 3 000 mesures ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­logue André Paris sur le ter­ri­toire fran­çais et jusqu’en Ukraine ; les résul­tats, les ana­lyses et la car­to­gra­phie ont été ras­sem­blés et édi­tés par le labo­ra­toire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ain­si le scan­da­leux déni du gou­ver­ne­ment fran­çais et des auto­ri­tés nucléaires de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus tou­chées en France, les rele­vés mesurent des acti­vi­tés sur­fa­ciques de césium 137 supé­rieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­cu­lier dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­te­ron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

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Paca et Corse. Rele­vés de la Crii­rad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cette conta­mi­na­tion, la moyenne des retom­bées consta­tées en France à la suite de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­que­rel (Bq) par mètre car­ré mesure les conta­mi­na­tions de sur­faces. L’activité mesure le taux de dés­in­té­gra­tions d’une source radio­ac­tive, c’est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l’instruction d’une plainte dépo­sée en France en 2001 pour « empoi­son­ne­ment et admi­nis­tra­tion de sub­stances nui­sibles » par la Crii­rad, l’Association fran­çaise des malades de la thy­roïde (AFMT) et des per­sonnes ayant contrac­té un can­cer de la thy­roïde, un rap­port (notam­ment co-signé par Georges Char­pak) affirme que le SCPRI a four­ni des cartes « inexactes dans plu­sieurs domaines » et « n’a pas res­ti­tué toutes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux auto­ri­tés déci­sion­naires ou au public ». Tou­te­fois, ce rap­port reproche au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion fausse mais non pas d’avoir mis en dan­ger la population.

Devant la dif­fi­cul­té d’établir un lien de cau­sa­li­té entre les dis­si­mu­la­tions des pou­voirs publics et les mala­dies de la thy­roïde, la juge Marie-Odile Ber­tel­la-Gef­froy 1 requa­li­fie péna­le­ment la plainte d”« empoi­son­ne­ment » en celle plus large de « trom­pe­rie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pel­le­rin est mis en exa­men pour « infrac­tion au code de la consom­ma­tion », « trom­pe­rie aggra­vée » et pla­cé sous sta­tut de témoin assis­té concer­nant les délits de « bles­sures invo­lon­taires et atteintes invo­lon­taires à l’intégrité de la personne ».

Le pro­cès se ter­mine par un non-lieu le 7 sep­tembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « trom­pe­rie et trom­pe­rie aggra­vée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui explique notam­ment qu’il était « en l’état des connais­sances scien­ti­fiques actuelles, impos­sible d’établir un lien de cau­sa­li­té cer­tain entre les patho­lo­gies consta­tées et les retom­bées du panache radio­ac­tif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces patho­lo­gies et leurs origines.

Dans la zone de Tcher­no­byl, beau­coup plus expo­sée que les régions fran­çaises, une aug­men­ta­tion du nombre d’enfants atteints de can­cers pro­vo­qués par la catas­trophe, esti­mée à 5 000 cas, a été consta­tée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adultes. Le condi­tion­nel reflète le manque de fia­bi­li­té des études et sta­tis­tiques russes.

Le cas des can­cers thy­roï­diens après Fuku­shi­ma – Com­plé­ment d’info pour les spor­tifs qui sou­haitent aller concou­rir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la cen­trale Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­ti­qués ont des pro­blèmes thy­roï­diens à Kashi­wa ! Rap­pe­lons éga­le­ment ici que les can­cers de la thy­roïde des enfants de Fuku­shi­ma sont bien dus à la radio­ac­ti­vi­té : dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quelque 30 fois du nombre de can­cers de la thy­roïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de can­cer de la thy­roïde est de 127, mais offi­ciel­le­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radio­ac­ti­vi­té. Cher­chez l’erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fuku­shi­ma

En France, l’Institut natio­nal de veille sani­taire (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roïde suite aux retom­bées de Tcher­no­byl. Tou­te­fois, une thèse de méde­cine publiée quelques mois après ce rap­port, en 2011, éta­blit un lien entre la catas­trophe et l’augmentation des can­cers diag­nos­ti­qués : celle du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, méde­cin exer­çant en Corse, désor­mais en retraite. Ce der­nier, inter­ro­gé en jan­vier 2015 dans une émis­sion de France Culture, rap­pe­lait non sans quelque amer­tume que, hier comme aujourd’hui, « c’est la poli­tique qui contrôle les don­nées scientifiques ».

Face aux contro­verses sur les effets sani­taires du nuage radio­ac­tif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de can­cers de la thy­roïde a aug­men­té en France régu­liè­re­ment d’environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un qua­dru­ple­ment en 19 ans), sans inflexion par­ti­cu­lière en 1986.

– Les can­cers de la thy­roïde sont très majo­ri­tai­re­ment fémi­nins et l’évolution de leur nombre suit l’évolution du nombre de can­cers du sein.

Deux phé­no­mènes conco­mi­tants sont à prendre en compte :

  • l’augmentation du nombre de can­cers détec­tés par l’accrois­se­ment de la sen­si­bi­li­té des appa­reils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nodules est pas­sé d’un dia­mètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­por­te­ments fémi­nins de prise d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- ménopause.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glo­ba­le­ment dans le sens d’un éven­tuel effet de l’accident de Tcher­no­byl sur les can­cers de la thy­roïde en France. Tou­te­fois, l’incidence obser­vée des can­cers de la thy­roïde en Corse est éle­vée chez l’homme.

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Les quatre zones de conta­mi­na­tion post Tcher­no­byl recon­nues quelques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région fran­çaise n’a été tota­le­ment épargnée.

Le 7 mai 1986, un cour­rier de l’Organisation mon­diale de la san­té indique que « des res­tric­tions quant à la consom­ma­tion immé­diate [du] lait peuvent donc demeu­rer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au minis­tère de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Corse pré­sente une conta­mi­na­tion par l’iode 131 anor­ma­le­ment éle­vée, d’une acti­vi­té de plus de 10 000 bec­que­rels par litre. Mais dans la mesure où l’iode 131 a une demi-vie courte (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­ci­le­ment détec­table), il a été jugé que le bilan de l’activité radio­ac­tive sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les auto­ri­tés n’ont pas pris de mesure par­ti­cu­lières. Une note du 16 mai éma­nant du minis­tère de l’Intérieur, à l’époque diri­gé par Charles Pas­qua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être dif­fu­sés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chiffres. »

Des indices lais­saient pen­ser que pour des per­sonnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse tou­chées par les pluies du « nuage de Tcher­no­byl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nombre de plu­sieurs patho­lo­gies de la thy­roïde, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tcher­no­byl a été contes­té. Per­sonne ne nie que dans le monde le nombre de patho­lo­gies de la thy­roïde a effec­ti­ve­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Europe) et il y a bien une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du risque de can­cer de la thy­roïde signa­lée et scien­ti­fi­que­ment recon­nue dans plu­sieurs pays. Cepen­dant, cette aug­men­ta­tion d’une part a com­men­cé avant l’accident de Tcher­no­byl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sage du nuage ; une grande par­tie du monde non concer­née par les pluies lors du pas­sage du nuage est éga­le­ment tou­chée par l’augmentation des thyroïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­quable BD édi­tée par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde (AMFT). Des­sin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­suites ont été enga­gées en France contre “X” par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde, dont 200 en avril 2006. Ces per­sonnes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roïde ou goitres, et ont accu­sé le gou­ver­ne­ment fran­çais, à cette époque diri­gé par le pre­mier ministre Jacques Chi­rac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­rec­te­ment la popu­la­tion des risques liés aux retom­bées radio­ac­tives de la catas­trophe de Tcher­no­byl. L’accusation met en rela­tion les mesures de pro­tec­tion de la san­té publique dans les pays voi­sins (aver­tis­se­ment contre la consom­ma­tion de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la conta­mi­na­tion rela­ti­ve­ment impor­tante subie par l’Est de la France et la Corse.

Pour sor­tir du doute, les membres de l’Assem­blée de Corse ont déci­dé de « faire réa­li­ser par une struc­ture indé­pen­dante (…) une enquête épi­dé­mio­lo­gique sur les retom­bées en Corse de la catas­trophe de Tcher­no­byl ». Cette nou­velle étude a été conduite par une équipe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­cale uni­ver­si­taire de Gênes (Ita­lie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dos­siers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effec­ti­ve­ment plus éle­vé chez les hommes des patho­lo­gies thy­roï­diennes dues à l’exposition au nuage. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roïde due au fac­teur Tcher­no­byl serait de 28,29 %, celle des thy­roï­dites de 78,28 %, et celle de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concer­nant les femmes, la fai­blesse des échan­tillons sta­tis­tiques ne per­met pas de conclure pour les patho­lo­gies hors thy­roï­dites ; pour ces der­nières, l’augmentation due à Tcher­no­byl est chif­frée à 55,33 %51. Concer­nant les enfants corses expo­sés au nuage, l’étude conclut à une aug­men­ta­tion des thy­roï­dites et adé­nomes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­ti­que­ment non signi­fi­ca­tive des leu­cé­mies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comi­té de lec­ture, a fait l’objet de cri­tiques met­tant en avant des fai­blesses métho­do­lo­giques. La ministre de la San­té, Mari­sol Tou­raine rap­pelle ce fac­teur de confu­sion pos­sible, et rejette ces résultats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse, qui a com­man­dé cette étude, et sa pré­si­dente Josette Ris­te­ruc­ci estiment que l’augmentation du risque est main­te­nant incon­tes­table et sou­haite une « recon­nais­sance offi­cielle du préjudice ».

[Pro­chain article : L’inavouable bilan humain et éco­no­mique]

Notes:

  1. Spé­cia­li­sée dans les dos­siers judi­ciaires de san­té publique (affaires du « sang conta­mi­né », de l’hormone de crois­sance, de l’amiante sur le cam­pus de Jus­sieu, de la « vache folle » – ain­si que d’autres dos­siers sen­sibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tcher­no­byl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, décla­rant dans un entre­tien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magis­tra­ture car je croyais en la Jus­tice. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : Fran­çois Guillaume, Agri­cul­ture ; Michèle Bar­zach, San­té ; Alain Cari­gnon, Envi­ron­ne­ment ; Alain Made­lin, Indus­trie ; Charles Pas­qua, Inté­rieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­trophe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark empruntent les por­tiques de contrôle habi­tuels. Une hausse anor­male de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fuite ne pro­vient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­ti­cules iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confirme : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union soviétique ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les causes. L’opacité de la bureau­cra­tie est totale. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis parle d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fes­seur Pierre Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air France, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de filtres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et faire connaître la com­po­si­tion de cette contamination.

Invi­té du 13 heures d’Antenne 2, le len­de­main 29 avril, Pierre Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le catas­tro­phisme des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quelques jours le pas­sage des par­ti­cules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si connaître sa célé­bri­té en France. Un nuage tou­te­fois invi­sible, entraî­nant les émis­sions radio­ac­tives reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contiennent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en cre­vant au-des­sus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cules radio­ac­tives. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gènes, en taches de léopard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branches » du nuage est détec­tée par le Labo­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus direc­te­ment de l’est, aborde aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­fé­rente. Mona­co puis le SCPRI en informent l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­trice Bri­gitte Simo­net­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­le­tin météo d’Antenne 2 que la France est pro­té­gée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la frontière ».

Une polé­mique s’ensuit, gros­sie par de nom­breuses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cette image du « nuage arrê­té à la fron­tière ». Libé­ra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la suite, por­te­ra plainte pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamère). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­mière ins­tance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Monaco. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nuage radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tères du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­mière coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesures de conta­mi­na­tion radio­ac­tive et du niveau de risque couru.

Les ministres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Made­lin, ministre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cule pour clai­ron­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de panique et de pré­ser­ver le com­merce de la salade prin­ta­nière… Le SCPRI juge tout de suite que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour poser un vrai pro­blème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de prendre de mesures de pré­cau­tion par­ti­cu­lières, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­mencent à se poser des pro­blèmes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les prises pré­ven­tives d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais estime alors qu’aucune mesure par­ti­cu­lière de sécu­ri­té n’est nécessaire.

C’est dans ce contexte de men­songes et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Crii­rad, Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour contre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fique, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Crii­rad demeure une réfé­rence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœuvres men­son­gères contraires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­tiques, les éco­lo­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quelque peu l’ogre affa­mé, à l’amener à rendre des comptes – pas encore à « rendre gorge », bien qu’une autre catas­trophe majeure, celle de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaître de ses cendres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en images de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain article : Un nuage, des lam­beaux… de consé­quences]

Notes:

  1. Labo­ra­toire situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillance dosi­mé­trique dans tous les domaines d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en stock…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la panade que l’on sait, tente crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publique. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pagne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une pleine page à sa propre gloire et à celle de ses cen­trales, cela à la veille du tren­tième anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thème men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té verte ». Une pro­vo­ca­tion des plus indécentes !

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Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­lique et ver­doyante mon­trant une splen­dide chute d’eau émer­geant de la mon­tagne et épou­sant avec grâce la forme de ces splen­dides tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sages. Trois jolis nuages, insou­ciants, montent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­lique. Un vrai chro­mo de calen­drier des postes – d’avant l’invention du nucléaire et ses catas­trophes ! Il manque tou­te­fois quelques biches inno­centes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lande et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À suivre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bone, c’est cen­trale ». Oui, cen­trale, avec un E. Ah ah ! elle est bonne. Et qui dit cen­trale, dit cen­trales nucléaires et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­duite en France. 1

À conti­nuer encore avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neuses qui, d’un zeste d’ « éner­gies renou­ve­lables » nous servent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bone ni de gaz à effet de serre ». Ce que EDF appelle « un mix » de nucléaire et de renou­ve­lables, selon la fameuse recette du pâté d’alouette : un che­val pour une alouette.

Par­lons-en du nucléaire « bas carbone » ! 

Toutes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléaire émettent des gaz à effet de serre : extrac­tion minière et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­trales, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizaines de sites ther­miques, dont des cen­trales à char­bon, exploi­tées par EDF dans le monde, qui en font la 19e entre­prise émet­trice de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­rière le décor d’opérette, EDF doit faire face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­tade financière) :

•La construc­tion rui­neuse de l’EPR de Fla­man­ville (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neuse et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse. Les défauts métal­lur­giques déce­lés dans la cuve du réac­teur – pièce maî­tresse – com­pro­mettent cette ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chute d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 tonnes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­prise sous-trai­tante… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­trale de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­times, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

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Chute d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire (ASN) fran­çaise vient de dénon­cer un fabri­cant de pièces métal­liques 3 qui, dans une soixan­taine de cas au moins, a four­ni à ses clients comme Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à toutes les entre­prises du sec­teur de véri­fier les pièces qu’elles uti­lisent en pro­ve­nance de cette PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usage de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plainte, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA). Cer­taines pièces en cause étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recherche Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recoupe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­drome chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phique dans une cen­trale nucléaire. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quelques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fonte du réacteur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tures d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléaire qui dénonce cette publi­ci­té men­son­gère d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loire)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secondes, le réac­teur s’est embal­lé, dépas­sant sa puis­sance jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrô­lable, les barres de modé­ra­tion de la réac­tion nucléaire ayant été éjec­tées. Des explo­sions suc­ces­sives se pro­duisent, sui­vies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-des­sus du bâti­ment est pro­je­tée dans les airs, retom­bant incli­née sur le cœur du réac­teur, qui s’entrouvre alors. Un gigan­tesque incen­die se déclare. Plus de 100 tonnes de com­bus­tibles radio­ac­tifs entrent en fusion. Un immense fais­ceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réac­teur, illu­mi­nant l’installation dévas­tée, plon­gée dans l’obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l’expérience, expli­que­ra par la suite le Pr Vas­si­li Nes­te­ren­ko  1, se sont lour­de­ment trom­pés dans leurs cal­culs. La puis­sance du réac­teur a brus­que­ment bais­sé à 30 méga­watts, au lieu des 800 méga­watts escomp­tés. Ils ont alors levé les barres mobiles pour aug­men­ter la puis­sance. Mais là, à la suite d’un défaut de fabri­ca­tion, l’eau a rem­pli l’espace qu’avaient occu­pé les barres. La puis­sance est mon­tée en flèche et l’eau est entrée en ébul­li­tion. Une radio­lyse de l’eau a com­men­cé à se pro­duire, ce qui a pro­vo­qué la for­ma­tion d’un mélange déto­nant d’oxygène et d’hydrogène. Ces pre­mières petites explo­sions ont éjec­té entiè­re­ment les barres mobiles des­ti­nées à arrê­ter le réac­teur en cas de panne, le réac­teur n’était donc plus contrô­lable. En 5 secondes, sa puis­sance a aug­men­té de 100 fois ! Les expé­ri­men­ta­teurs ont alors essayé d’enfoncer de nou­veau les barres, mais trop tard. Une immense explo­sion s’ensuivit. »

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Quand tout a bas­cu­lé. [Musée de Tchernobyl]

His­to­rien fran­çais, de père russe, Nico­las Werth est un spé­cia­liste de l’histoire de l’Union sovié­tique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du ving­tième anni­ver­saire de la catas­trophe, il en recons­ti­tuait la genèse. Il reliait ain­si les faits au contexte poli­ti­co-éco­no­mique du régime sovié­tique à bout de souffle. Son ana­lyse se nour­rit d’un voyage qu’il effec­tue alors en Ukraine. Voi­ci com­ment il recons­ti­tue ce qui demeure jusqu’à pré­sent l’accident nucléaire le plus grave de la pla­nète (On évi­te­ra l’inutile et sor­dide com­pa­rai­son avec Fuku­shi­ma et ses quatre ins­tal­la­tions dévas­tées ; les contextes sont dif­fé­rents et les consé­quences éga­le­ment, bien que tout aus­si incommensurables.)

« Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov [le direc­teur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour ten­ter d’éteindre l’incendie, il fait appel à une simple équipe de pom­piers de la ville de Pri­pyat […]. Le direc­teur télé­phone au minis­tère de l’Énergie, à Mos­cou, vers 4 heures du matin. Il se veut ras­su­rant, affirme que «  le cœur du réac­teur n’est pro­ba­ble­ment pas endommagé ».

« Avec un équi­pe­ment déri­soire, sans aucune pro­tec­tion spé­ci­fique, quelques dizaines de pom­piers s’efforcent de maî­tri­ser l’incendie, comme s’il s’agissait d’un feu ordi­naire. Au petit matin, celui-ci est cir­cons­crit. Mais le cœur nucléaire du réac­teur endom­ma­gé et le gra­phite conti­nuent de se consu­mer, déga­geant dans l’atmosphère une très forte radio­ac­ti­vi­té. Les pom­piers, gra­ve­ment irra­diés, sont éva­cués vers l’hôpital local, puis, leur état empi­rant, ache­mi­nés vers Mos­cou, où la plu­part meurent, dans d’atroces souf­frances, au cours des jours suivants.

« Ce n’est qu’après l’extinction de l’incendie géné­ré par l’explosion que la direc­tion de la cen­trale prend enfin conscience de la gra­vi­té de la situa­tion : le coeur du réac­teur est atteint ! Mais per­sonne, par­mi le per­son­nel de la cen­trale, ingé­nieurs, tech­ni­ciens, cadres diri­geants com­pris, n’a jamais été pré­pa­ré à faire face à une situa­tion pareille. La panne la plus grave envi­sa­gée par les construc­teurs était une rup­ture du sys­tème prin­ci­pal de refroidissement !

« Briou­kha­nov n’ordonne, dans l’immédiat, aucune éva­cua­tion. Or, au moment de l’explosion, plus de 200 employés tra­vaillaient à la cen­trale, et plu­sieurs cen­taines d’ouvriers s’affairaient à la construc­tion des cin­quième et sixième réac­teurs. Dans la mati­née du 26 avril, les alen­tours de la cen­trale grouillent de pom­piers et de mili­taires appe­lés en ren­fort. En ce same­di matin, les habi­tants de Pri­pyat vaquent tran­quille­ment à leurs occu­pa­tions. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, par­ti­cipent même au « Mara­thon de la paix » qui, de Pri­pyat au vil­lage de Kopa­chy, dis­tant de 7 kilo­mètres à peine du réac­teur dévas­té, fait le tour de la centrale !

« Entre-temps, à Mos­cou, une com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale est mise sur pied. Quelques-uns de ses membres prennent l’avion pour Tcher­no­byl. Vale­ri Legas­sov, un haut res­pon­sable du nucléaire sovié­tique, témoigne : «  En nous appro­chant de Tcher­no­byl, dans la soi­rée du 26 avril, nous fûmes frap­pés par la cou­leur du ciel. A une dizaine de kilo­mètres, une lueur cra­moi­sie domi­nait les

Tchernobyl explosion

envi­rons. Pour­tant, les cen­trales nucléaires ne rejettent habi­tuel­le­ment aucune fumée. Mais ce jour-là, l’installation res­sem­blait à une usine métal­lur­gique sur­mon­tée d’un épais nuage assom­bris­sant la moi­tié du ciel. Les res­pon­sables étaient per­dus, para­ly­sés. Ils ne savaient où don­ner de la tête et n’avaient reçu aucune direc­tive. Les employés des trois autres blocs ato­miques de la cen­trale n’avaient tou­jours pas quit­té leur poste. Per­sonne n’avait pris soin de débran­cher la ven­ti­la­tion inté­rieure et les radio­élé­ments s’étaient répan­dus à tra­vers toutes les ins­tal­la­tions de la centrale »

« Le chef de la com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale, Boris Cht­cher­bi­na, l’un des vice-pré­si­dents du Conseil des ministres de l’URSS, arri­vé sur place vers 21 heures, décide enfin d’ordonner l’évacuation, à par­tir du sur­len­de­main, 28 avril, 14 heures, de la popu­la­tion dans un rayon de 30 kilo­mètres autour de la cen­trale, et de faire appel à l’armée de l’air pour ten­ter d’ensevelir le coeur du réac­teur nucléaire en fusion sous du sable et d’autres matériaux.

« Il fau­dra quinze jours à des équipes spé­cia­li­sées pour étouf­fer la réac­tion nucléaire en déver­sant, depuis des héli­co­ptères, plu­sieurs mil­liers de tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore (qui a la pro­prié­té d’absorber les neu­trons), de borax et de dolo­mite. Plus de 1 000 pilotes par­ti­ci­pèrent à ces opé­ra­tions menées à bord d’hélicoptères mili­taires gros porteurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Atteindre le coeur du réac­teur – un objec­tif d’une dizaine de mètres de dia­mètre – depuis une hau­teur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fal­lait faire très vite : à cause de la for­mi­dable radia­tion qui se déga­geait du réac­teur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hau­teur –, les pilotes ne pou­vaient pas res­ter plus de 8 secondes à la ver­ti­cale du réac­teur. Les pre­miers jours, les deux tiers des lar­gages man­quèrent leur cible. En chu­tant, les gros paquets de sable explo­saient sous l’effet de la cha­leur. Les jours pas­sant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélan­gé à de l’argile pour for­mer une masse plus com­pacte, furent ain­si jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radia­tions chu­tèrent brus­que­ment. Mais le len­de­main on s’aperçut que le sable avait fon­du et que les rejets de radio­nu­cléides avaient repris de plus belle.

« On déci­da alors de déver­ser d’énormes paquets en grosse toile de para­chute conte­nant des cen­taines de lin­gots de plomb, de la dolo­mite et du bore. Mais une nou­velle menace se pro­fi­la. Les fon­da­tions de la cen­trale mon­traient des signes d’affaissement. Il fal­lait les ren­for­cer pour empê­cher le com­bus­tible nucléaire fon­du de péné­trer mas­si­ve­ment dans les sols. Des cen­taines de mineurs du Don­bass furent appe­lés en ren­fort pour creu­ser un boyau de 170 mètres de long jusque sous le réac­teur. [Ndlr : Dans le but de pré­ve­nir une nou­velle explo­sion et de pro­té­ger la nappe phréatique].

« Le 6 mai, l’émission de radia­tions chu­ta for­te­ment, pour atteindre 150 rems. Le com­bat, néan­moins, n’était pas gagné. Vale­ri Legas­sov témoigne : «  Le 9 mai, le monstre avait appa­rem­ment ces­sé de res­pi­rer, de vivre. Nous nous apprê­tions à fêter la fin des opé­ra­tions, qui coïn­ci­dait jus­te­ment avec le jour anni­ver­saire de la vic­toire sur l’Allemagne nazie. Mais un nou­veau foyer s’est décla­ré. On ne savait plus ce qu’il fal­lait faire. On ne savait pas ce que c’était. Cela res­sem­blait à une masse incan­des­cente com­po­sée de sable, d’argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réac­teur. On se remit au tra­vail et on jeta encore 80 tonnes sup­plé­men­taires sur le cra­tère fumant. »

« […] Le géné­ral Ber­dov fit venir 1 200 auto­bus de Kiev. Les 45 000 habi­tants de Pri­pyat furent éva­cués en pre­mier, dans l’après-midi du 28 avril. Ils ne furent aver­tis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. « Ne pre­nez que le strict néces­saire : de l’argent, vos papiers et un peu de nour­ri­ture. Aucun ani­mal domes­tique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours  ».

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« Vous serez vite de retour ! » [d.r.]

« Dans la soi­rée, les éva­cués arri­vèrent dans la région rurale de Poless­koie, dis­tante d’à peine une cin­quan­taine de kilo­mètres au sud-ouest. On les « ins­tal­la » chez les pay­sans du coin. Tous les bâti­ments d’exploitation, granges, han­gars, étables, furent réqui­si­tion­nés. Nom­breux étaient ceux qui souf­fraient déjà de nau­sées et de diar­rhées, pre­miers signes d’une forte irra­dia­tion. Or, dans ces vil­lages, aucune assis­tance médi­cale n’était dis­po­nible. Comble de l’absurde : la région de Poless­koie était elle-même for­te­ment contaminée !

« Pour ten­ter d’éviter que les éva­cués ne se sauvent, ordre fut don­né à cha­cun de poin­ter quo­ti­dien­ne­ment à l’administration locale, comme devaient le faire les dépor­tés sous Sta­line. Des cor­dons de police furent déployés sur les routes et les voies fer­rées pour inter­cep­ter les fuyards. Non­obs­tant tous les obs­tacles, des mil­liers de per­sonnes s’enfuirent pour rejoindre Kiev ou une autre grande ville, ampli­fiant la rumeur sur la catas­trophe qui venait de se produire.

« Dans les pre­miers jours de mai, l’évacuation s’amplifia : près de 100 000 per­sonnes, habi­tant dans une zone d’une tren­taine de kilo­mètres autour de la cen­trale, furent éva­cuées à leur tour. Pour la plu­part, simples kol­kho­ziens n’ayant jamais quit­té leur vil­lage, ce dépla­ce­ment for­cé, qui fai­sait remon­ter chez les plus âgés les sou­ve­nirs du grand exode de l’été 1941, consti­tua un pro­fond traumatisme.

« Les éva­cua­tions se pro­lon­gèrent jusqu’au mois d’août, après que les légis­la­teurs sovié­tiques eurent défi­ni quatre « zones de contamination » […]

« Au total, quelque 250 000 per­sonnes furent, en trois mois, éva­cuées des trois pre­mières zones. En un an, une nou­velle ville, Sla­vou­titch, à une soixan­taine de kilo­mètres de la cen­trale, sor­tit de terre. Fin 1987, elle comp­tait déjà plus de 30 000 habi­tants. De nom­breux occu­pants des zones conta­mi­nées furent éga­le­ment relo­gés dans des ban­lieues de Kiev. Le gou­ver­ne­ment octroya à chaque éva­cué des indem­ni­tés : 4 000 roubles soit un an envi­ron de salaire moyen par adulte et 1 500 roubles par enfant.

[Pro­chain article : Comme un nuage]

 

Notes:

  1. Vas­si­li Nes­te­ren­ko, phy­si­cien bié­lo­russe, direc­teur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Bié­lo­rus­sie de 1977 à 1987. Il a cher­ché à limi­ter les effets sani­taires de la catas­trophe, et aus­si à en limi­ter l’ampleur ; il est inter­ve­nu lui-même comme liqui­da­teur pour lar­guer par héli­co­ptè­re­di­rec­te­ment dans le réac­teur en fusion des pro­duits de col­ma­tage. Trois des quatre pas­sa­gers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a sur­vé­cu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maxi­male tolé­rée en France par an pour une per­sonne. Le rem est une uni­té de mesure d’équivalent de dose de rayon­ne­ment ioni­sant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la cen­trale Lénine, ce fleu­ron du nucléaire sovié­tique : quatre réac­teurs d’une puis­sance de 1.000 MW et deux autres en construc­tion. Ce devait être la plus puis­sante cen­trale nucléaire du bloc com­mu­niste. Car nous sommes tou­jours à l’époque des deux « blocs » enne­mis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La Répu­blique socia­liste sovié­tique d’Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décembre 1922, l’URSS nais­sait, regrou­pant la Rus­sie, l’Ukraine, la Bié­lo­rus­sie et la Trans­cau­ca­sie. En 1932-1933, le vil­lage de Tcher­no­byl comme tout le reste de l’Ukraine fut odieu­se­ment tou­ché par la famine – l’Holo­do­mor –, pro­vo­quant de 3 à 7 mil­lions de morts dans tout le pays. Mer­ci Sta­line, « petit père des peuples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa pre­mière cen­trale nucléaire d’Ukraine voit le jour à par­tir de 1970 sur un affluent du Dnie­pr, dans les fau­bourgs de Pri­pyat, ville nou­velle de 40.000 habi­tants, près de la fron­tière entre l’Ukraine et la Bié­lo­rus­sie, à 15 kilo­mètres de Tcher­no­byl et 110 au nord de Kiev.

La cen­trale devait regrou­per six réac­teurs. La construc­tion des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le pre­mier est mis en ser­vice en 1977, le second, l’année sui­vante. Les 3 et 4 sont mis en chan­tier en 1975 ; leur exploi­ta­tion com­mence res­pec­ti­ve­ment en 1981 et 1983. La construc­tion des 5 et 6 sera inter­rom­pue par la catastrophe.

En 1985, l’Union sovié­tique dis­pose de 46 réac­teurs nucléaires, dont une quin­zaine de type RBMK 1000 d’une puis­sance élec­trique de 1 000 méga­watts cha­cun. À cette époque, la part du nucléaire en Union sovié­tique repré­sente envi­ron 10 % de l’électricité pro­duite, et la cen­trale de Tcher­no­byl four­nit 10 % de l’électricité en Ukraine.

Ladite cen­trale est alors diri­gée par Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov, ingé­nieur en ther­mo­dy­na­mique, nom­mé en 1970 à ce poste pour « son volon­ta­risme mili­tant, sa volon­té et sa capa­ci­té à dépas­ser les quo­tas, dans le res­pect des règles de sécu­ri­té », selon la ter­mi­no­lo­gie en vigueur. C’était ce qu’on appelle un appa­rat­chik.

Le com­plexe Lénine avait fait l’objet de rap­ports alar­mants dès sa construc­tion. Ain­si, ce rap­port confi­den­tiel signé en 1979 par You­ri Andro­pov, patron du KGB deve­nu ensuite pré­sident du Soviet suprême de l’URSS. Il était fait état d’un manque total de res­pect des normes de construc­tion et des tech­no­lo­gies de mon­tage telles que défi­nies dans le cahier des charges.

Ce point ser­vi­ra d’argument après la catas­trophe pour déni­grer la tech­no­lo­gie sovié­tique – « rus­tique-russ­toque » – et van­ter la supé­rio­ri­té de l’américaine… Cela ser­vait évi­dem­ment la poli­tique d’affrontement des blocs, tout en valo­ri­sant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fuku­shi­ma, Anne Lau­ver­geon (qui diri­geait alors Are­va) s’était empres­sée de van­ter – pour le vendre autant que pos­sible – la supé­rio­ri­té pré­ten­due de l’EPR français.

Biblio­gra­phie sélec­tive  Ce fameux nuage… Tcher­no­byl, Jean-Michel Jac­que­min, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tcher­no­byl, Fran­çois Pon­thieu, Gérard Pon­thieu, Le Condot­tiere, 2016  Conta­mi­na­tions radio­ac­tives : atlas France et Europe, Crii­rad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comé­die ato­mique, Yves Lenoir, La Décou­verte, 2016  La Sup­pli­ca­tion, Svet­la­na Alexie­vitch, Lat­tès, 1998  La véri­té sur Tcher­no­byl, Gri­go­ri Med­ve­dev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose fran­çaise - Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maî­tri­ser le nucléaire - Sor­tir du nucléaire après Fuku­shi­ma,  Jean-Louis Bas­de­vant, Eyrolles, 2012   Tcher­no­byl : enquête sur une catas­trophe annon­cée, Nico­las Werth - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tcher­no­byl fran­çais ?, Eric Ouzou­nian, Nou­veau Monde Edi­tions, 2008   Le Monde  Libé­ra­tion  Sciences & Ave­nir  

Orga­nismes et sites  AFMT - Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde  ASN - Auto­ri­té de sûre­té nucléaire  C’est pour dire [en par­ti­cu­lier Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­songe, du 25 avril 2006]  Crii­rad - Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té  Ina – Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel  IRSN – Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire  La radioactivite.com  Obser­va­toire du nucléaire  Sor­tir du nucléaire  Wiki­pé­dia

Dans les deux cas, on s’empressait de mettre le sys­tème nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mau­vaise tech­nique (sovié­tique), à des pannes de pompes sui­vies d’« actions de conduite inap­pro­priée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux élé­ments déchaî­nés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauf­fait au nucléaire. D’un côté, la tech­no­lo­gie dan­ge­reuse des demeu­rés com­mu­nistes, de l’autre la triom­phante supé­rio­ri­té de l’empire capi­ta­liste. « RBMK ver­sus Westinghouse/General Elec­tric », le match suprême des poids-lourds atomiques…

Un match nul, en véri­té. Et, sur­tout, un com­bat émi­nem­ment dan­ge­reux et mor­ti­fère. À y regar­der de plus près, deux tech­no­cra­ties s’affrontaient au bord d’un gouffre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le sys­tème RBMK (du russe Reak­tor Bol­shoy Moshch­nos­ti Kanal­nyi : réac­teur de grande puis­sance à tube de force). Avec ses avan­tages cer­tains, comme le char­ge­ment conti­nu du réac­teur en com­bus­tible, et ses incon­vé­nients hélas démon­trés. Sans entrer dans les détails trop tech­niques, les fai­blesses prin­ci­pales de ce sys­tème résident dans la dif­fi­cul­té de contrôle du cœur et dans l’absence d’enceinte de confi­ne­ment. 1. On y revient dans l’article sui­vant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réac­teurs de Tcher­no­byl ont été mis pro­gres­si­ve­ment à l’arrêt défi­ni­tif (le der­nier en 2000 seule­ment), ain­si que les deux réac­teurs de la cen­trale d’Ignalina, en Litua­nie. Il reste, à ce jour, 11 réac­teurs RBMK en exploi­ta­tion, tous en Rus­sie et qui ont fait l’objet d’« amé­lio­ra­tions de sûreté ».

À ma droite, on peut le dire, le sys­tème Wes­tin­ghouse (à eau sous pres­sion) qui, avec son concur­rent Gene­ral Elec­tric (qui a rache­té Alstom en France) domine le nucléaire mon­dial, aux États-Unis, bien sûr, mais aus­si au Japon et en France, dont tous les réac­teurs sont sous licence amé­ri­caine, y com­pris les EPR fran­çais en (aven­tu­reuse) construc­tion 2. Pas­sons sur les avan­tages van­tés par ses concep­teurs (et uti­li­sa­teurs), tan­dis que ses failles ont écla­té au grand jour lors de l’accident à la cen­trale de Three Miles Island en Pennsylvanie.

28 mars 1979. Les pompes prin­ci­pales d’alimentation en eau du sys­tème de refroi­dis­se­ment tombent en panne vers 4 h du matin. Une sou­pape auto­ma­tique reste blo­quée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du cir­cuit d’eau pri­maire. Le refroi­dis­se­ment du cœur n’est plus assu­ré, entraî­nant sa fusion. L’explosion est heu­reu­se­ment évi­tée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur rela­ti­ve­ment limi­tés – selon les sources offi­cielles. 3

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Les quatre « blocs » de la cen­trale Lénine. (Ph. Pravda)

Retour à Tcher­no­byl. Ce 25 avril 1986, une expé­ri­men­ta­tion a été pro­gram­mée sur le réac­teur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut conti­nuer à maî­tri­ser le fonc­tion­ne­ment de la chau­dière (en par­ti­cu­lier son refroi­dis­se­ment) en cas de panne d’alimentation élec­trique, cela en recou­rant à l’électricité rési­duelle pro­duite par l’inertie des alter­na­teurs. Car un réac­teur, et une cen­trale en géné­rale, ne peuvent fonc­tion­ner que s’ils sont ali­men­tés en élec­tri­ci­té ! C’est ain­si. D’où l’importance des groupes élec­tro­gènes de secours. Or, ces sales bêtes (entraî­nées par de puis­sants moteurs die­sel) sont capri­cieuses : elles vont jusqu’à rechi­gner au démar­rage et, de plus, mettent plus de qua­rante secondes avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la jour­née, mais une panne dans une autre cen­trale oblige à le dif­fé­rer pour main­te­nir le réac­teur 4 en pro­duc­tion. Une obli­ga­tion fâcheuse pour l’expérience qui pré­co­ni­sait une mise en « repos » préa­lable de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se col­ler » à l’exercice, ce qui oblige à une pas­sa­tion des consignes et expose à interprétations.

Comme sou­vent, un enchaî­ne­ment mal­heu­reux de cir­cons­tances va conduire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réac­teur RBMK. Mise en place des barres de contrôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réac­teur est intrin­sè­que­ment instable à cause d’un effet dit de « coef­fi­cient de vide posi­tif », qui favo­rise l’emballement de la réac­tion nucléaire. En d’autres termes, la puis­sance aug­mente spon­ta­né­ment et doit sans cesse être régu­lée par les opé­ra­teurs pour évi­ter la fonte du cœur. Dans les réac­teurs amé­ri­cains, et dans les modèles russes modi­fiés, ce « coef­fi­cient de vide » est néga­tif : l’intensité de la réac­tion a ten­dance à chu­ter d’elle-même sans inter­ven­tion extérieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beau­coup trop long – 20 secondes – néces­saire au fonc­tion­ne­ment de son sys­tème d’arrêt d’urgence (la des­cente des barres de contrôle). Enfin, son cœur de gra­phite et d’uranium est inflam­mable à haute température.

Mal­gré ces fai­blesses, c’est bien l’expérimentation ris­quée et son dérou­lé qui ont déclen­ché l’accident. Expé­ri­men­ta­tion qui n’avait d’ailleurs pas obte­nu l’aval de l’organisme spé­cial (Gosa­tom­nad­zor) char­gé de super­vi­ser tous les aspects de la sûre­té nucléaire.

L’équipe pas­sa outre, ayant reçu l’accord du direc­teur de la cen­trale, Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov. En 1983, c’est lui qui signe « l’acte de mise en exploi­ta­tion expé­ri­men­tale » du qua­trième réac­teur alors même que toutes les véri­fi­ca­tions n’avaient pas été ache­vées. Ce qui lui valut, cette année-là, d’être déco­ré de l’ordre de l’Amitié des peuples… En 1986, il figu­rait sur la liste pro­po­sée des médaillés de l’Ordre du Tra­vail socia­liste à l’occasion de l’inauguration, pré­vue en octobre, du cin­quième réac­teur, encore en construc­tion lors de l’explosion...

Au moment de l’expérimentation, Briou­kha­nov était ren­tré chez lui. Peut-être dor­mait-il déjà. Tout comme l’ingénieur en chef, Niko­laï Fomine. C’est donc Ana­to­li Dyat­lov, l’ingénieur en chef adjoint, qui dirige l’équipe d’expérimentateurs. 4

Per­sonne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tcher­no­byl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Pro­chain article : Le monstre se déchaîne]

Notes:

  1. Cette enve­loppe de béton n’empêche pas son explo­sion (Fuku­shi­ma), ni des fuites de radio­ac­ti­vi­té dues au vieillis­se­ment, ni sa des­truc­tion lors d’un éven­tuel atten­tat, notam­ment aérien
  2. La coen­tre­prise nucléaire entre Gene­ral Elec­tric et le japo­nais Hita­chi forme l’un des prin­ci­paux construc­teurs nucléaires mon­diaux avec le fran­çais Are­va et l’américano-japonais Wes­tin­ghouse (groupe Toshi­ba). GE a ain­si fabri­qué trois des réac­teurs de Fuku­shi­ma-Daii­chi, dont deux ont été acci­den­tés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l’accident – sor­tait aux États-Unis Le Syn­drome chi­nois, film de James Bridges dans lequel un acci­dent dans une cen­trale manque de pro­vo­quer la fusion du cœur qui, en théo­rie,  ris­que­rait de s’enfoncer jusqu’au centre de la Terre (et non jusqu’en Chine comme le lais­se­rait sup­po­ser le titre du film).
  4. En 1987, au terme d’un pro­cès à huis clos, Vik­tor Briou­kha­nov, Niko­laï Fomine et Ana­to­li Diat­lov ont été condam­né à dix ans de réclu­sion. Ana­to­li Diat­lov et Iou­ri Laou­ch­kine, for­te­ment irra­diés au moment de l’accident, mour­ront en déten­tion. L’ingénieur en chef Niko­laï Fomine, lui, per­dra la rai­son. L’ex-directeur vit aujourd’hui à Kiev, où il est simple employé d’une firme.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Trente ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tristes anni­ver­saires qui marquent à jamais les deux plus grandes catas­trophes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléaire. Une éner­gie bien par­ti­cu­lière que ses exploi­tants s’efforcent de rendre banale, ordi­naire… Une éner­gie de l’avenir, radieuse (si on ose dire) et même propre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuelle pro­pa­gande en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­miques, en effet, ne pro­duisent pas le si néfaste CO2. Donc, plu­tôt la Peste (nucléaire) que le Cho­lé­ra (fos­sile).

Mais il tourne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukraine et plus encore en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jusque sur nos têtes et sous nos pieds, dans presque toute l’Europe. Puis une autre tem­pête aus­si malé­fique s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le monde vivant.

Le vent tourne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éoliennes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­rages, élec­trise les pan­neaux pho­to­vol­taïques. Le vent d’un autre ave­nir qui refuse la ter­reur de la Toute-Puis­sance tech­no­lâtre à la mer­ci d’un cou­vercle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séisme et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ristes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son délire.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tième anni­ver­saire de cette catas­trophe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléaire ne peut être com­pa­rable à aucun autre acci­dent lié à l’activité humaine.

Au pro­gramme

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­trale Lénine

Mar­di 26. 2) Le monstre s’est déchaîné

Mer­cre­di 27. 3)  Comme un nuage

Jeu­di 26. 4) Un nuage, des lam­beaux partout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dissimulés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-programme

Une centrale, des Inconnus



« Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

3/5/16 La sous­crip­tion est close. Grand mer­ci aux valeu­reux contri­bu­teurs qui ont per­mis la publi­ca­tion de ce modeste ouvrage. Des exem­plaires res­tent dis­po­nibles, en vente ci-contre (colonne de droite).

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Mer­ci encore !

Fran­çois et Gérard Ponthieu


Des cathédrales au nucléaire. « Cette Ascension sans fin qu’on appelle aussi le Progrès… »

Entre­tien avec John Mac­Gre­gor, cher­cheur au MIT

John Mac­Gre­gor, vieux com­plice amé­ri­ca­no-cana­do-écos­sais, cher­cheur au MIT (Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy - Cam­bridge, Etats-Unis), socio­logue des médias et astro­phy­si­cien, le type qui lit à la fois dans les gazettes & dans les étoiles… Tout comme il goûte le pure-malt & le mon­tra­chet (ou le sau­ternes, mais pas en même temps). Un éner­gu­mène dans son genre, qui a bien labou­ré notre hexa­gone et en remon­tre­rait à plus d’un Gau­lois. Il passe quelques jours à la Jaz­zine où il dérouille le pia­no à coups de Scria­bine et d’Oscar Peter­son, se goin­frant aus­si de notre télé­vi­sion et de nos canards. Bref, de quoi cau­ser – et on ne s’en prive pas !

• Comme nul n’est pro­phète en son pays, je prends tou­jours un malin plai­sir à écou­ter tes ruades et coups de coeur concer­nant la France. Ton prisme, cette fois, passe par la chaîne de télé Arte et le quo­ti­dien Le Monde, que nous avons regar­dés ensemble. Et tu en pro­fites pour effec­tuer un grand écart entre deux époques, deux lieux, deux rap­ports au monde : les cathé­drales et les cen­trales nucléaires… Des expli­ca­tions s’imposent.

John Mac­Gre­gor : Je n’aurais pu faire les mêmes obser­va­tions aux États-Unis ! En tout cas pas à par­tir de la télé. Sous ses cou­verts mul­ti-eth­niques, l’empire état­su­nien est tota­le­ment eth­no­cen­tré sur lui-même, si je peux me per­mettre ce pléo­nasme… J’ai été sub­ju­gué par Arte, chaîne inima­gi­nable outre-Atlan­tique : ce mélange osé de cultures, alle­mande et fran­çaise, et aus­si, il est vrai, cette pro­pen­sion à atteindre le fameux « point God­win » avec ses sujets très récur­rents autour du nazisme, de l’Occupation, de la ques­tion juive. Deux soi­rées m’ont par­ti­cu­liè­re­ment éton­né par le pont qu’elles ont per­mis entre deux stades de nos civi­li­sa­tions au sens large. Je veux par­ler de la soi­rée du same­di 23 (avril) avec ce film excep­tion­nel, « Les Cathé­drales dévoi­lées »*. J’y ai appris plein de choses sur la construc­tion, les maté­riaux, l’architecture et les pro­blèmes ren­con­trés il y a huit siècles pour édi­fier de tels chefs d’œuvre ! Et trois jours après, à la même heure, la même chaîne dif­fu­sait « Tcher­no­byl fore­ver »** ques­tion­nant de manière pro­fonde l’avenir du nucléaire à tra­vers ses enjeux post-catas­trophes. Huit siècles, dira-t-on un peu vite, de « civi­li­sa­tion » ; à condi­tion tou­te­fois d’exclure toute vision de conti­nui­té, voire d’évolutionnisme.

« Comme la défaite d’une idée de la Beauté…

 

… au pro­fit, si on ose dire, de la Dis­grâce absolue »

• Certes, ces siècles ont été des plus chao­tiques. Mais il s’agit tout de même de « notre » civi­li­sa­tion, enfin celle dont nous sommes les héritiers…

– Oui ! Il y eut bien les cathé­drales et, par la suite, la « sainte inqui­si­tion », les guerres de reli­gion, et toutes sortes de mas­sacres pré­cé­dant les guerres tech­niques, je veux dire à tech­ni­ci­té spé­ci­fique, celles des armes effi­caces jus­ti­fiant ce qu’on fini­ra par nom­mer le pro­grès. Car les guerres ont pré­cé­dé les « paci­fi­ca­tions » – par défi­ni­tion, on ne peut faire la paix qu’après la guerre. De même qu’on impose l’atome « civil » après avoir déci­dé d’abord de sa ver­sion mili­taire : la bombe a pré­cé­dé et annon­cé les cen­trales, aux États-Unis d’abord, puis notam­ment en France quand De Gaulle a opté pour l’arme ato­mique comme gage d’indépendance. De Gaulle voyait dans la bombe ato­mique un ins­tru­ment de dis­sua­sion au ser­vice de la paix. C’était juste à une époque où seuls quelques rares pays – quatre ou cinq –  pos­sé­daient de tels arme­ments. Depuis, la matière nucléaire s’est presque bana­li­sée, à l’image de l’industrie  nucléaire civile. Elle est deve­nue un objet de dis­sé­mi­na­tion et repré­sente ain­si un dan­ger phé­no­mé­nal dans ce champ nou­veau qu’est aujourd’hui le « grand ter­ro­risme » par lequel la notion de guerre s’est ain­si dépla­cée. La guerre, rap­pe­lons les fon­da­men­taux, consti­tue à l’origine le moyen d’instaurer des domi­na­tions d’un groupe sur un autre et de faire main basse sur les biens de l’« enne­mi » en annexant son ter­ri­toire, sa main d’œuvre, sa force de pro­duc­tion, de repro­duc­tion aus­si et bien sûr de consom­ma­tion – en un mot ses richesses, ou ce qu’on appelle l’économie. L’économie, du grec oikos, la « mai­son » dont on a fait une science d’allure paci­fique, alors qu’elle pour­suit cette guerre ances­trale de domi­na­tion ou, éga­le­ment, de riva­li­tés – affron­te­ments dans le but de s’approprier la rive de l’autre, l’ennemi. La « science de la mai­son », c’est la manière pro­prette de pro­lon­ger les guerres – on parle bien, d’ailleurs et sans se gêner, de guerre éco­no­mique.

• Mieux vaut quand même ces guerres éco­no­miques que les ter­ribles massacres…

– Mieux vaut aus­si un match de foot qu’une émeute… Mais on peut aus­si avoir les deux… ce qui qui se pro­duit par­fois d’ailleurs. Je pour­suis mon idée : ce que j’appelle le grand ter­ro­risme a chan­gé la donne en ce sens notam­ment que son but guer­rier n’est plus de domi­ner sur le plan éco­no­mique, mais d’affaiblir l’ennemi au point même de l’anéantir par la vio­lence – but suprême ! – selon des moyens incon­nus jusque là, alliant à la fois tech­no­lo­gie de base et fana­tisme poli­ti­co-reli­gieux. Les atten­tats du 11 sep­tembre en sont la « quin­tes­sence »… Les reli­gions ont toutes, peu ou prou dans l’Histoire, été ten­tées par ce genre d’extrémisme, ce néga­tion­nisme niant l’altérité consi­dé­rée comme héré­ti­que. En ce moment, ce sont les isla­mistes qui portent ce fana­tisme à son plus haut point, consé­quence d’une déses­pé­rance eco­no­mi­co-poli­tique et expres­sion de la mar­ty­ro­lo­gie reli­gieuse qui glo­ri­fie les atten­tats-sui­cides contre les­quels il n’est guère vrai­ment de parades. Telle est la nou­velle guerre aujourd’hui, qui pour­rait trans­po­ser dans la « rou­tine » ter­ro­riste les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.

Écar­tons tou­te­fois ces hypo­thèses apo­ca­lyp­tiques (ne gâchons pas notre soi­rée quand même!) pour en res­ter à l’ordinaire mon­dia­li­sé… Le « pro­grès » vien­drait, à la limite, du fait que les morts « ordi­naires », quo­ti­diennes et en géné­ral les vic­times éco­no­miques appa­raissent de façon moins visibles que jadis, ou plus pré­sen­tables, ce qui relève du rôle des médias et de la mise en spec­tacle du monde. De même que le rayon­ne­ment ato­mique est invi­sible, ses vic­times le sont aus­si du fait de leur dilu­tion dans le temps et même dans l’espace. Les vic­times de Tcher­no­byl n’ont pas été comp­ta­bi­li­sées réel­le­ment, elles ne figurent sur aucun registre offi­ciel, elles sont comme transparentes…

• C’est bien ce qu’on appelle un pro­grès en trompe l’œil…

– Ton expres­sion est presque un pléo­nasme. Qu’est-ce donc que le pro­grès, dès lors qu’on n’oublie rien sur les deux pla­teaux, posi­tif et néga­tif, de la balance ?… Main­te­nant, si on éta­blis­sait un bilan glo­bal, mon­dial, des morts par conflits et des sur­vi­vants à la misère domi­nante, et si on pou­vait le rap­por­ter au temps des cathé­drales et éta­blir un ratio, jus­te­ment, je ne parie­rais pas cher sur le degré de notre pro­grès ain­si mesu­ré… Des his­to­riens ont sans doute tra­vaillé sur ces ques­tions, je l’ignore. En tout cas, ne serait-ce que de manière sym­bo­lique, esthé­tique, morale et je dirais même, moi qui ne suis ni reli­gieux ni croyant, en termes d’espérance, ces sept, huit siècles qui séparent la cathé­drale d’Amiens ou de Beau­vais du sar­co­phage de Tcher­no­byl relèvent d’une ter­rible régres­sion. Comme la défaite d’une idée de la Beau­té au pro­fit, si on ose dire, de la Dis­grâce abso­lue. Cette régres­sion se lit dou­lou­reu­se­ment sur les visages si tristes, si défaits, des Ukrai­niens, Béla­russes et Russes, adultes et enfants croi­sés par les camé­ras du film d’Arte. C’est une déso­la­tion totale qui atteint toute une popu­la­tion, plu­sieurs pays gra­ve­ment tou­chés par le nuage radio­ac­tif et un ter­ri­toire grand comme la Suisse à jamais ren­du invi­vable. Et cette réa­li­té-là serait consi­dé­rée négli­geable ? Nous sommes face à une mons­truo­si­té, un déni du pri­mat de l’humain sur la technique.

Le « risque zéro n’existe pas », 

mais le risque maxi, oui !

En tant que scien­ti­fique, dis­cu­tant avec des col­lègues, je me suis par­fois pris à dou­ter ; je veux dire que j’ai pu croire à la doxa d’une fia­bi­li­té rai­son­née, rai­son­nable, d’un nucléaire « maî­tri­sé ». La catas­trophe de Fuku­shi­ma est venu nous remettre devant l’évidence du contre­sens nucléaire et la réa­li­té iné­luc­table des acci­dents majeurs. Leur pro­ba­bi­li­té ne pou­vant jamais être nulle, les acci­dents se pro­dui­ront de manière iné­luc­table – d’ailleurs ils se sont pro­duits de façon spec­ta­cu­laire, impos­sibles à cacher comme tant d’autres jugés mineurs, voire « nor­maux », ceux dont sont ordi­nai­re­ment vic­times les tra­vailleurs inté­ri­maires, par exemple… L’occasion ici de remettre à sa place le cre­do « tarte à la crème » des nucléa­ristes : leur fameux « risque zéro qui n’existe pas », pour excu­ser par avance toutes les « bavures » à venir. A quoi on se doit de leur rétor­quer avec le « risque maxi » comme véri­table dan­ger du nucléaire. Ce n’est pas une chi­mère, il s’appelle Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma – entre autres.

• En com­pa­rant des cathé­drales et des cen­trales nucléaires, on va te repro­cher à tout coup, et à juste titre, de pro­duire un rai­son­ne­ment non scien­ti­fique à base de carpes et de lapins…

– Mais je ne com­pare pas, puisque ce n’est com­pa­rable en rien ! Si elles ont pu « fonc­tion­ner » comme une sorte de réac­teur reli­gieux qui aurait pro­duit de l’espérance, sinon du mieux-vivre, les cathé­drales ne pro­dui­saient évi­dem­ment pas des calo­ries trans­for­mables en joules et donc en tra­vail. Mon pro­pos porte sur les époques et leurs rap­ports à la notion de pro­grès liée à l’irruption de la tech­nique moderne. On peut dater de cette fin du Moyen âge, puis du début de la Renais­sance – le mot le dit assez ! – l’accélération du pro­grès tech­nique.

Le film d’Arte montre bien à quel point l’édification des cathé­drales a pu être liée aux évo­lu­tions tech­niques qui ont elles-mêmes per­mis cette audace archi­tec­tu­rale sans pré­cé­dents dans l’Histoire, y com­pris dans l’histoire de l’Égypte ancienne – je parle bien d’audace tech­nique, pas des don­nées sym­bo­liques, esthé­tiques, ou quan­ti­ta­tives. A vrai dire, il s’agit là encore de deux mondes non com­pa­rables, d’ailleurs sans rela­tions ni conti­nui­té entre eux. Je ne suis pas spé­cia­liste de ces ques­tions, encore moins égyp­to­logue, je tâche de relier mes inter­ro­ga­tions per­son­nelles et pour par­tie scien­ti­fiques à l’état du monde actuel, à son his­toire et à son deve­nir. Je note ain­si, comme  l’a mon­tré le film en ques­tion, que les bâtis­seurs de cathé­drales ont lar­ge­ment eu recours à la métal­lur­gie du fer et de l’acier, pré­cé­dant et annon­çant huit siècles plus tard les gratte-ciel des méga­poles – méga­lo­poles devrait-on plu­tôt dire…

• Si je te suis bien, tu dirais que les cathé­drales – et peut-être aus­si les pyra­mides d’Égypte trois mil­lé­naires avant ! – pré­disent, ou annoncent l’ère moderne et même la nôtre ?

– Elles le contiennent dans ce que j’appellerais la geste reli­gieuse par laquelle le bâtis­seur et ses com­man­di­taires entrent en com­pé­ti­tion avec un maître (Dieu) qu’ils veulent à la fois hono­rer et aus­si défier. Cette ten­ta­tion d’aller vers le haut, et même le Très-Haut, n’est pas sans rap­port avec ce qui ne ces­se­ra dès lors de carac­té­ri­ser la moder­ni­té par la tech­nique : la domi­na­tion et la maî­trise de la Nature par l’Homme adou­bé par les divi­ni­tés. Dès lors, il n’y avait plus d’autre limite que tech­nique à cette Ascen­sion sans fin qu’on appelle aus­si le Pro­grès… N’oublie pas de bien mettre des majus­cules à tous ces mots-là, car ce ne sont pas de « petites choses » !

• Je ne l’oublierai pas ! Ain­si, selon toi, avec sa majus­cule, le Pro­grès ne se sent plus…, je veux dire, il s’envole tel Icare au risque de se brû­ler les ailes trop près du soleil…

– Ah ! que tu fais bien de rap­pe­ler ce mythe grec, qui nous ramène tout droit au nucléaire où l’on va aus­si croi­ser cette autre figure mytho­lo­gique : Pro­mé­thée le voleur du feu divin, auquel les hommes aiment tel­le­ment s’identifier ! C’est le patron du nucléaire ! Icare, lui, rap­pe­lons-le s’était échap­pé du Laby­rinthe en se fabri­quant des ailes col­lées à la cire selon une idée de son père Déda­lus, l’architecte même du laby­rinthe ! Déda­lus, c’est l’ingénieux, l’ingénieur, celui qui annonce aus­si l’ère de la tech­nique et des tech­ni­ciens. On lui doit l l’invention du GPS – le fil d’Ariane… – et aus­si l’avion, avec les ailes d’Icare, et les catas­trophes annon­cées : la cire qui fond trop près du soleil, car Icare c’est l’inconscient pré­ten­tieux, du genre du direc­teur de Tcher­no­byl ; c’est l’imprévoyant face au séisme et au tsu­na­mi qui étouffent les réac­teurs de Fuku­shi­ma et font fondre l’uranium.

• Je crois me sou­ve­nir qu’à la cathé­drale de Chartres, et en tout cas à celle d’Amiens j’en suis sûr, des laby­rinthes ont été des­si­nés dans le pave­ment de la nef…

– Oui ! On le voit bien dans la par­tie du film consa­crée à Amiens. On pour­rait par­ler des heures et des heures sur ces thèmes pas­sion­nants, toute la sym­bo­lique, celle de l’élévation, de la lumière avec les baies et leurs vitraux cen­sés mener vers le ciel et l’infini… Une autre his­toire dont nous pour­rions aus­si par­ler lon­gue­ment, elle concerne l’esprit de com­pé­ti­tion qui sévit avec l’édification de ces monu­ments. C’est à qui, quel évêque, quel archi­tecte don­ne­rait nais­sance au plus beau, plus grand, plus auda­cieux, plus-plus… Ça aus­si c’est toute la moder­ni­té « entre­pre­neu­riale », la conquête des mar­chés, des for­tunes, de la puis­sance de domi­na­tion, l’avidité des riches… Et la plus puis­sante des cen­trales nucléaires, certes.

Et là encore, nous avions été aver­tis ! La cathé­drale de Beau­vais devait être la plus grande de toutes. Elle aurait dû s’enorgueillir d’exhiber le plus haut chœur gothique au monde, près de cin­quante mètres. Mais des catas­trophes ruinent cette pré­ten­tion : en 1284, une par­tie du chœur s’effondre, et en 1573, alors que les fidèles sortent de la célé­bra­tion de l’Ascension…, la flèche haute de 153 mètres et les trois étages du clo­cher s’effondrent à leur tour ! D’aucuns y ver­ront un aver­tis­se­ment de leur dieu. Ou un lâchage… Et depuis la cathé­drale qui devait être la plus-plus de toute la chré­tien­té est res­té inache­vée ! Com­ment là encore ne pas pen­ser aux ruines de Tchernobyl ?

Sarkozy-Berlusconi : L’obscénité de deux « travelos » 

politiciens qui s’exhibent en public

• Et puis tu t’es jeté sur un numé­ro du Monde, celui du mar­di 26 avril, pour le dépe­cer à ta façon…

– Je pra­tique sou­vent ce genre d’autopsie en voyage, par pré­lè­ve­ment d’organes vitaux en quelque sorte. Le Monde en est un, mais j’aurais pu prendre aus­si La Pro­vence – ce qui aurait ren­du l’exercice plus déli­cat, en rai­son de la vacui­té rela­tive, et en tout cas appa­rente, de ce type de presse locale. De plus, n’étant pas autoch­tone, j’aurais man­qué de finesse d’analyse et de légi­ti­mi­té. Tan­dis que Le Monde me regarde davan­tage, comme pour­rait l’être pour toi le New York Times ou le Washing­ton Post. Disons que pour un uni­ver­si­taire, ce quo­ti­dien consti­tue un plat de choix assez tentant.

En feuille­tant à nou­veau cet exem­plaire du Monde, je vais m’arrêter sur des pas­sages, ceux que j’ai envie de faire par­ler. Et le plus par­lant pour moi, c’est cette pho­to qui tient la moi­tié de la page 8 : le bai­ser de Ber­lus­co­ni à Sar­ko­zy. La légende indique bien qu’il s’agit des « mamours » de 2009, tan­dis que l’image veut illus­trer l’actualité des rela­tions entre Rome et Paris. La pho­to est on ne peut plus appro­priée, sur­tout avec le titre qu’elle sur­plombe : « La France et l’Italie s’aiment-elles encore ? » Ce que dit l’image est lais­sé à l’appréciation de cha­cun – c’est sa force –, selon qu’on y voit l’affection de deux copains, d’ailleurs si sem­blables à bien des égards ; ou bien l’obscénité de deux « tra­ve­los » poli­ti­ciens qui s’exhibent en public, sciem­ment, avec osten­ta­tion, devant les camé­ras du monde ; ou encore un remake du bai­ser de Judas ; ou…

• … une paro­die de Fel­li­ni peut-être…

– Oui ! D’autant que Fel­li­ni a tou­jours pris soin de dépas­ser le dis­cours poli­tique du ciné­ma enga­gé, sachant mon­trer la face ordi­naire du fas­cisme mus­so­li­nien sans pas­ser par les ana­lyses ou l’idéologie démons­tra­tive. Fel­li­ni, c’est la mons­tra­tion des monstres. Tout comme cette pho­to, que j’aime beau­coup pour sa richesse poly­sé­mique – à plu­sieurs lec­tures, même si le lec­teur type du Monde n’hésitera pas à la lire d’une manière certaine…

• Tu ne t’es pas arrê­té sur le des­sin de une, « le regard de Plan­tu », très pri­sé pour­tant par le lec­to­rat du journal…

– De même que je ne lis guère les édi­tos, genre trop pré­vi­sible, balan­ce­ments entre pour, contre et peut-être. Ce type de des­sin est d’une com­pré­hen­sion simple, facile aus­si pour un Amé­ri­cain en rai­son de son prin­cipe binaire d’associations contraires et du ren­ver­se­ment de sens qui se pro­duit. Nous avons aus­si de nom­breux des­si­na­teurs de ce style que je dirais « à texte », c’est-à-dire  dont le trait suit le sens au lieu de l’exprimer. C’est une ten­dance assez géné­rale et plu­tôt sim­pliste, et au fond régres­sive. Comme si le des­sin, per­dant de son auto­no­mie séman­tique, était deve­nu secon­daire, illus­tra­tif, au pro­fit de la bulle et du texte alors dominants.

• Reve­nons à la pho­to et, en l’occurrence, celle de la page 4, grand for­mat aussi.

– Elle est en noir et blanc et c’est tout indi­qué puisqu’elle se trouve sous le titre « La vie rava­gée des “liqui­da­teurs” de Tcher­no­byl ». Chaque visage de cette pho­to, chaque main levée sont autant d’histoires de vie frap­pée au coin du drame… Cela rejoint ce que nous disions ci-des­sus. Cela sou­ligne aus­si le tra­vail ico­no­gra­phique du Monde dont la nais­sance avait été pla­cée sous l’interdit de l’image – sans doute à cause du côté pro­tes­tant de son fon­da­teur, Hubert Beuve-Méry pour qui l’image devait rele­ver de l’iconoclastie… Belle revanche !

Dans cette lignée, je saute à la page 16, elle aus­si très riche­ment illus­trée – je n’insiste pas davan­tage. Ce « Dos­sier Guan­ta­na­mo » me saute à la gueule en tant que Nord-Amé­ri­cain, et cela depuis plu­sieurs années et même dès après les atten­tats du 11 sep­tembre 2001 quand W. Bush a trans­for­mé cette base en gou­lag yan­kee. Les deux pages du Monde sou­lignent encore plus cet aspect, ren­dant du même coup tout aus­si insup­por­table l’attitude d’Obama à cet égard. Mal­gré les rai­sons, disons objec­tives, ren­dant la fer­me­ture de Guan­ta­na­mo com­pli­quée, Oba­ma a renié sa parole et, disons-le, a man­qué de couilles. Il y aurait beau­coup à dire aus­si sur le fait que cette base soit ins­tal­lée dans l’île des Cas­tro, tan­dis que Cuba n’est au fond rien d’autre qu’un gou­lag des Caraïbes mis en scène depuis un demi-siècle selon les règles du Spec­tacle, au sens que dénon­çait si puis­sam­ment les situationnistes.

• Tu penses peut-être à ses met­teurs en scène qui ont por­té le régime cubain sur la scène inter­na­tio­nale à force d’en faire leur mar­tyr, relayés en cela par leur homo­logues cubains, Fidel Cas­tro dans le tout pre­mier rôle. Ne nous éga­rons pas… J’aimerais t’entendre sur la page 18, signée Edgar Morin…

– … « Nuages sur le prin­temps arabe ». Très beau et fort texte au titre tem­pé­ré par une météo opti­miste à terme et un appel à sou­te­nir « plei­ne­ment l’aventure démo­cra­tique ». Car toute révo­lu­tion demeure une aven­ture… et meurt avec elle. J’ai évo­qué ce sujet en termes plu­tôt phi­lo­so­phiques et scien­ti­fiques dans un texte de 1990 que tu as publié en par­tie sur ton blog à l’occasion de l’actualité des révo­lu­tions arabes [Réflexions cos­miques sur les évé­ne­ments d’Égypte et autres révo­lu­tions].

• Morin montre bien aus­si à quel point les pro­ces­sus révo­lu­tion­naires de l’Histoire ont été secoués par des sou­bre­sauts et des régres­sions avant de mener à des démo­cra­ties tou­jours fra­giles. C’est impor­tant de le rap­pe­ler et d’en appe­ler au sou­tien aux révo­lu­tions en cours, et même plu­tôt à la soli­da­ri­té avec elles et leurs cou­ra­geux acteurs.

– La por­tée des réflexions de Morin tranche évi­dem­ment avec celles du conseiller de Sar­ko­zy – Hen­ri Guai­no, l’auteur du « dis­cours de Dakar ». Celui-ci parle de fer­me­ture et l’autre d’aventure. L’un est aux manettes et aux fron­tières, l’autre à la pen­sée et à l’élévation : deux uni­vers dont on attend tou­jours, ici et par­tout dans le monde, une conci­lia­tion ver­tueuse. De la même manière que, dans cette même page, on trouve jux­ta­po­sés des réflexions sur Tcher­no­byl et la néces­si­té de sor­tir de l’impasse nucléaire, et le point de vue du pre­mier ministre japo­nais annon­çant la résur­rec­tion du Japon comme une sorte d’épi­pha­nie tech­ni­cienne ahu­ris­sante. Pour M. Nao­to Kan, il s’agit de répli­quer à ce qu’il dénomme sciem­ment une « catas­trophe natu­relle », nous rame­nant ain­si au début de notre entre­tien où nous évo­quions l’obsessionnel désir de domi­na­tion de l’homme sur la nature, ain­si d’ailleurs que les textes bibliques le lui enjoignent depuis des mil­lé­naires… Si le séisme et le tsu­na­mi sont en effet des phé­no­mènes natu­rels, leurs consé­quences, elles, sont bien « civi­li­sa­tion­nelles » ; elles relèvent de choix éco­no­miques, des formes de déve­lop­pe­ment, du dogme de la crois­sance infi­nie, de la reli­gion du pro­grès illi­mi­té, de la toute puis­sance tech­nique, etc. Nier cela ou l’ignorer me fait pen­ser à une for­mule d’un auteur fran­çais qui fai­sait mer­veille pour dénon­cer l’absurdité de l’anthro­po­cen­trisme mala­dif chez l’homme dit civi­li­sé. Il s’agit d’Hen­ry Mon­nier et de son fameux Joseph Prud­homme aux célèbres apho­rismes dont celui-ci, je cite de mémoire : « Ren­dons grâce au génie de la nature qui a fait pas­ser les fleuves au milieu des villes »… A pro­pos du génie de la nature, la télé de ce soir nous en apporte un fla­grant et ter­rible démen­ti : la grêle a détruit 60% du vignoble de Sau­ternes

• Cer­tains y ver­ront une preuve de plus de l’inexistence de Dieu !

• Comme pour la chute de la flèche de la cathé­drale de Beau­vais pen­dant la messe de l’Ascension… Mais la des­truc­tion du rai­sin de sau­ternes, est-ce donc une catas­trophe « natu­relle », s’agissant d’un breu­vage aus­si divi­ne­ment culturel ?

Entre­tien avec Gérard Ponthieu

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  • « Les Cathé­drales dévoi­lées », de Chris­tine Le Goff et Gary Glass­man, 2010.

** « Tcher­no­byl fore­ver », d’Alain de Hal­leux, 2011.

Du même auteur, sur ce blog, une étude de 2004 sur l’avenir de la presse et des jour­na­listes : « BONNE NOUVELLE. Les jour­naux sont fou­tus, vive les jour­na­listes ! »


Jacques Ellul. Ou quand « la technique rend l’avenir impensable »

« Qui donc manœuvre le navire pla­né­taire ? » Il en a de bonnes, mon pote Joël (Decar­sin), à poser pareille ques­tion à l’heure pré­cise où il n’y a plus de pilote dans l’engin en dérive totale. Mais il a une réponse, sa réponse, LA réponse – qui est aus­si celle d’un cer­tain Jacques Ellul (1912-1994). Si on en est « là », dixit mon pote et les siens, c’est à cause de la tech­nique, voire la Tech­nique, consi­dé­rée comme enti­té prin­ceps, celle qui régit le monde et les rela­tions humaines, si peu humaines.

 

Je reviens de la confé­rence sur ce thème orga­ni­sée ce soir [30/3/11] à l’IEP d’Aix-en-Provence, devant un public pas bien jeune – cause que la tech­nique aus­si les aurait décul­tu­rés, les jeunes, et qu’ils ont des diver­tis­se­ments ne croi­sant guère les grandes ques­tions sur l’avenir du monde. L’hypothèse fut avan­cée, quoique non véri­fiée. Mais c’est un fait qu’il faut avoir accu­mu­lé des mil­liers d’heures de vol pour com­prendre et la fra­gile beau­té du monde et les affreuses menaces venues des hommes . Et c’est à l’heure de ren­trer au han­gar qu’on se sou­cie des envo­lées du len­de­main, qui ne seront pas les nôtres… Mys­tère et gran­deurs de l’homo erec­tus. S’il s’est levé, jus­te­ment, l’homo, ce ne devrait pas être pour se cou­cher devant on ne sait quelle idôle, divine ou tech­nique, avec ou sans majuscule.

 

Pour­tant, on en est bien là, et il y a plus que du vrai dans la quête de Jacques Ellul. Ce touche-à-tout aux cin­quante livres publiés, celui qui « avait (presque) tout pré­vu » comme l’a écrit Jean-Luc Por­chet (éd. Le Cherche-midi, 2003), jour­na­liste au Canard, qui devait esquis­ser l’envergure du pro­fes­seur de droit bor­de­lais : mar­xiste, éco­lo­giste avant la lettre, chré­tien, anar­chiste et ain­si contre l’État et la poli­tique, dont il n’attendait plus rien.

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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