On n'est pas des moutons

Archive for novembre, 2010

Haïti. 12 millions d’euros toujours pas affectés par la Fondation de France, s’insurge un de ses membres en démissionnant

L’élection pré­si­den­tielle en cours à Haïti a per­mis de foca­li­ser à nou­veau l’attention inter­na­tio­nale sur la détresse inqua­li­fiable qui touche le peuple haï­tien. Qu’en est-​il alors de ce puis­sant élan de soli­da­rité mani­festé après le séisme qui a qua­si­ment détruit tout le pays ?

Ins­truc­teur béné­vole auprès de la Fon­da­tion de France, Gérard Jac­quet s’insurge. Il constate que, dix mois après le drame, 12 mil­lions d’euros, soit 38% des dons effec­tués par les Fran­çais, sont encore dans les caisses de la Fon­da­tion de France.

D’où sa lettre de démis­sion, ci-​dessous, envoyée au pré­sident de la FDF. Outre la pro­tes­ta­tion, cette lettre demande à quoi sert une telle « hyper fon­da­tion ». On peut aussi légi­ti­me­ment s’interroger sur l’utilisation des fonds ver­sés, dès lors qu’ils ne sont pas affec­tés à la cause annoncée.

A l’attention de Mon­sieur le Pré­sident de la Fon­da­tion de France

Vous aviez dit ‘’solidaire’’ ?

Des infor­ma­tions per­ma­nentes, depuis le cata­clysme de début d’année, nous parlent de la détresse des popu­la­tions haï­tiennes … gran­dis­sante jusqu’au stade actuel des épi­dé­mies de cho­léra !
Sur ce ‘’sujet’’, il est pos­sible d’aller sur le site web de la Fon­da­tion de France pour suivre les actions conduites avec les dona­tions effec­tuées au moment du drame ini­tial. En fonc­tion du contenu de ce site (visite du 27 novembre 2010) il est pos­sible de consta­ter que l’organisation de la fon­da­tion ne semble pas être per­tur­bée par la pro­gres­sion du mal­heur de cette population.

(Lire la suite…)


Plagiat et internet. Ou comment le dernier Goncourt a pu se télécharger à l’œil

Mise à jour du 5÷12÷10.

Alors comme ça, le der­nier Gon­court n’est désor­mais plus télé­char­geable en PDF. En un clic vous ne pom­pe­rez plus La carte et le ter­ri­toire. À l’œil bien sûr, et pour cause de pom­page par l’auteur. Au départ, trois pas­sages du bou­quin de Houel­le­becq sou­ti­rés de Wiki­pe­dia, l’encyclopédie libre du oueb. En consé­quence de quoi, par réci­pro­cité de la licence Crea­tive Com­mons By-​Sa, le livre se trouve de facto – et même de jure selon cer­tains, comme le blogueur-​juriste Florent Gal­laire (http://​fgal​laire​.flext​.net/​g​o​n​c​o​u​r​t​-​2​0​1​0​-​c​r​e​a​t​i​v​e​-​c​o​m​m​o​ns/) – libéré de ses droits commerciaux…

Michel Houel­le­becq a copié-​collé, de Wiki­pe­dia à son livre, une bio­gra­phie sur Fré­dé­ric Nihous, pré­sident de Chasse Pêche Nature et Tra­di­tion (CPNT), ainsi qu’une des­crip­tion de la mouche domes­tique et une autre de la ville de Beau­vais dans l’Oise (Voir ici, sur slate​.fr). Forme de pla­giat dû à la fatigue d’un auteur ou simple usage inno­cent pour ali­men­ter quelques para­graphes sans grand enjeu littéraire ?

L’éditeur, Flam­ma­rion, est évi­dem­ment monté au cré­neau. Selon son avo­cat, le point de règle­ment cité par Florent Gal­laire ne s’applique qu’aux contri­bu­teurs du site, au titre de par­ti­ci­pants à une œuvre collective.

Belle bagarre en pers­pec­tive ! D’autant que les enjeux ne se limitent pas aux droits d’auteur. Ils portent plus géné­ra­le­ment sur les pra­tiques lit­té­raires et les pro­ces­sus de créa­tion jamais entiè­re­ment indemnes d’emprunts et d’adaptations diverses. Qui copie quoi dans ce vaste monde où tout se croise et se multiplie ?

Aver­tis­se­ment aux Houel­le­becq et autres : C’est pour dire aussi se trouve sous licence Crea­tive Com­mons [voir tout en bas de cette page]… Alors, gaffe !


Mimi Perrin, comme un pinson du jazz

Mimi Per­rin, 1960. « Jazz maga­zine » saluant la nais­sance d’un style vocal.

A quoi ça tient… Les jour­naux, le jazz, la poli­tique, tout ça… J’allais allu­mer le feu, chif­fon­nant quelques boules de vieux Monde, la presse pour ça, rien de mieux – va le faire avec une page oueb… Mais brû­ler du jour­nal, pour un jour­na­liste, y a pas, c’est tou­jours un geste dur, à l’arrière-goût d’holocauste. Avec ça qu’au der­nier moment, un titre, une image, un mot vous accroche l’œil – et voilà ce qui arriva l’autre soir : « Quoi, Mimi Per­rin est morte ? ». Ben oui, c’est Mar­mande qui l’atteste, en tête de la page 30 [Le Monde, 20/​11/​10] avec une magni­fique photo de Jean-​Pierre Leloir. C’est bizarre la lec­ture du canard, on sait ça depuis longtemps.Un peu comme pour la musique, on vire­volte… Là, j’avais bien per­cuté sur la mort d ‘Abra­ham Ser­faty, l’inlassable oppo­sant au régime maro­cain ; et voilà com­ment Mimi Per­rin faillit pas­ser à la trappe de mon his­toire de jazzophile.

Superbe album avec ses vingt titres.

Jean­nine (avec deux n) Per­rin, dites « Mimi » (comme un pin­son ?), avant de mou­rir à 84 ans, ce 16 novembre à Paris, a vécu une double vie. Pour les jaz­zeux, celle des Double Six, sans doute le plus fameux encore à ce jour des groupes vocaux fran­çais et fran­co­phones. Elle en fut la créa­trice et l’inspiratrice de 1959 à 1965, date de la dis­so­lu­tion du groupe. Pour les lit­té­raires, c’était une tra­duc­trice renom­mée de l’américain au fran­çais – notam­ment les bio­gra­phies de Dizzy Giles­pie, Nina Simone et Quincy Jones dont elle était très proche. Mais on lui doit aussi des tra­duc­tions de John Le Carré (entre autres La constance du jar­di­nier, Une ami­tié abso­lue, avec sa fille Isabelle).

Dans les deux cas, un rap­port intime avec la langue fran­çaise. C’est même ce qui a consti­tué toute la pleine saveur des Double Six : cette manière superbe d’allier l’essence du jazz à celle du fran­çais, pour­tant réputé peu « musi­cable » – sur­tout dans ce registre, comme dans celui du rock, géné­ti­que­ment por­tés par l’anglo-saxon. Mais les Double Six, ce n’était pas qu’une per­for­mance lin­guis­tique. C’était aussi et d’abord un exploit musi­cal ayant consisté à « res­ti­tuer voca­le­ment les ver­sions ins­tru­men­tales de thèmes de jazz, solos com­pris, en repre­nant toutes les voix d’une orches­tra­tion de big band » (Xavier Pré­vost, Dic­tion­naire du jazz).

Je ne vous en dis pas plus ici, pré­fé­rant lui lais­ser la voix, sublime, dans l’extrait ci-​dessous, de 1960 (juste une minute légale de citation).

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.

On entend ici Mimi Per­rin dans « Rate Race » (La course au rat) de Quincy Jones ; elle tient la ligne se saxo ténor de Billy Mit­chell dans l’orchestre de Count Basie. Au piano, Art Sim­mons, à la basse, Michel Gau­dry et Daniel Humair à la bat­te­rie. Les CD du groupe peuvent don­ner lieu à des cadeaux de qua­lité… Parmi les autres voix du groupe, on retrou­vera notam­ment celles de Chris­tiane Legrand (sœur de Michel), et aussi de Ber­nard Lubat et d’Eddy Louiss. Un col­lier de perles dont « Mimi » fut l’une des plus étincelantes.


Affaire Woerth-​Bettencourt. En attendant le film, la télé (suisse)

Joli concen­tré d’ironie cin­glante que ce résumé de l’affaire Woerth-​Bettencourt. Et c’est passé à la télé. Enfin à la télél suisse, ne rêvons pas… A savou­rer donc, ce bijou de la Télé­vi­sion Suisse Romande (TSR).



Vidéo. Quand Sarkozy échappa au coup de boule du commissaire Havrin à Toulouse…

C’était hier [22/​11/​10], au jour­nal télé­visé de France 2 à 20 heures. Sujet, la police de proxi­mité. Et là, mor­ceau d’anthologie vidéo : février 2003, le frin­gant ministre de l’intérieur – devi­nez qui ? –, en mis­sion de cow­boy cas­seur à Tou­louse. Il vient don­ner la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, à ces poli­ciers dont la « pré­sence proche » a fini par payer dans les quar­tiers « dif­fi­ciles » de la ville. Ce qui est éton­nant dans ce docu­ment (il a aussi été repris sur Back​chich​.info mais en trop mau­vaise qua­lité), c’est pré­ci­sé­ment la « geste » sar­ko­zienne, À la fois son ton péremp­toire, don­neur de leçon, suf­fi­sant et mépri­sant; et, en com­plé­ment visuel, cette atti­tude de paon monté sur ergots, au jabot gon­flé de fatuité, le men­ton agres­sif, pointé vers l’interlocuteur sub­ju­gué. Tout un pro­gramme et un « cinéma » – ceux-​là même qu’il tente d’imposer depuis 2007, avec les résul­tats que l’on sait.

Le retour­ne­ment de l’histoire – celle-​là et la grande – amène aujourd’hui la droite à reve­nir sur ses dogmes sécu­ri­taires inef­fi­caces et à reprendre à sa façon le thème de la proxi­mité poli­cière. Le com­mis­saire tou­lou­sain de l’époque, Jean-​Pierre Havrin que l’on voit dans l’extrait ci-​dessous boit du petit lait (amer). Il com­mente : «  J’avais envie, vrai­ment, de lui mettre un coup de boule »… À défaut de quoi, devenu depuis adjoint au maire de Tou­louse, il publie un livre inti­tulé «  Il a détruit la police de proxi­mité  ». (Ed. Jean-​Claude Gawsewitch).

Cli­quer pour voir la vidéo.

Quand Sar­kozy échappa au coup de boule du com­mis­saire…
envoyé par gpon­thieu. - L’info inter­na­tio­nale vidéo.


Enzo Carniel Trio et Nicolas Folmer : un jazz qui Mouline à Vitrolles

Il y a aussi le devant de la scène : un public et une équipe qui relient le jazz et les musi­ciens. © Ph. Gérard Tissier

Samedi 13 novembre, Mou­lin à jazz de Vitrolles (Bouches-​du-​Rhône). Taux de com­pres­sion maxi, soit plus de cent per­sonnes. Une qua­ran­taine d’autres refou­lées. A l’affiche : Enzo Car­niel Trio et Nico­las Fol­mer en invité. Concert impec, écoute et ambiance de même. Ova­tion inévi­table. Expli­ca­tion du suc­cès : des musi­ciens de talent, certes et en pre­mier lieu. Mais aussi des condi­tions opti­males pour des artistes tou­jours ravis de venir jouer à Vitrolles où ils sont cajo­lés à la fois par la bande de Char­lie Free, l’association qui gère le Mou­lin et le Fes­ti­val, et par un public si atten­tif, connais­seur et cha­leu­reux. Le tout ayant un prix, celui du spec­tacle vivant, menacé comme tant d’autres secteurs.

À lire sur Citi­zen jazz : http://www​.citi​zen​jazz​.com/​J​a​z​z​-​a​u​-​M​o​u​l​i​n​-​V​i​t​r​o​l​l​e​s​-​s​u​i​v​i​-​d​e​.​h​tml


Affrontements meurtriers au Sahara occidental. La lutte sans fin des Sahraouis contre l’occupation marocaine

Sahara occi­den­tal. Une terre sans nom, un peuple sans pays. Une sorte de Pales­tine afri­caine. Mais enfouie sous la chape du silence des sables, qui se sou­lève, comme ces jours-​ci, à l’occasion d’un drame aux – modestes – réper­cus­sions média­tiques : l’assaut des forces poli­cières et mili­taires maro­caines le 8 novembre contre le camp d’Agdim Izik, où plu­sieurs mil­liers de Sah­raouis s’étaient ins­tal­lés depuis le 10 octobre pour pro­tes­ter contre leurs condi­tions de vie. Le déman­tè­le­ment du cam­pe­ment par les forces maro­caines a déclen­ché les affron­te­ments. Selon les auto­ri­tés maro­caines, douze per­sonnes ont péri dans les affron­te­ments – dix membres des forces de sécu­rité et deux civils ; pour le Poli­sa­rio, trente-​six Sah­raouis auraient été tués et des cen­taines d’autres bles­sés. Le gou­ver­ne­ment fran­çais, de son côté, a empê­ché le Conseil de sécu­rité de l’ONU, réuni le 17 novembre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­nale sur place.

Le Maroc occupe 80% du ter­ri­toire, coupé par un « mur ». Les affron­te­ments ont eu lieu près d’El Aioun, au nord, près de la fron­tière marocaine.

Le Sahara occi­den­tal (en arabe : ‫الصحراء الغربية‬) est un ter­ri­toire presque entiè­re­ment déser­tique grand comme la moi­tié de la France (266 000 km²), bordé par le Maroc au nord, l’Algérie au nord-​est, la Mau­ri­ta­nie à l’est et au sud, tan­dis que sa côte Ouest donne sur l’Atlantique. Sa popu­la­tion est esti­mée à 400 000 habi­tants dont plus de 100 000 vivent dans les cam­pe­ments de réfu­giés, à Tin­douf au sud de l’Algérie.

Ter­ri­toire non auto­nome selon l’ONU, cette ancienne colo­nie espa­gnole n’a tou­jours pas trouvé de sta­tut défi­ni­tif sur le plan juri­dique, plus de trente ans après le départ des Espa­gnols en 1976. Le Sahara occi­den­tal est en proie à un conflit oppo­sant les indé­pen­dan­tistes sah­raouis au Maroc qui reven­dique sa sou­ve­rai­neté sur l’ensemble du ter­ri­toire. Devenu un enjeu glo­bal illus­trant la riva­lité entre le Maroc et l’Algérie, le dos­sier saha­rien bloque la construc­tion de l’Union du Magh­reb arabe (UMA).

Le ter­ri­toire est donc reven­di­qué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Sahara maro­cain » — et par la Répu­blique arabe sah­raouie démo­cra­tique (RASD), fon­dée par le Front Poli­sa­rio en 1976. Depuis le cessez-​le-​feu de 1991, le Maroc contrôle et admi­nistre envi­ron 80 % du ter­ri­toire, tan­dis que le Front Poli­sa­rio en contrôle 20% lais­sés par le Maroc der­rière une longue cein­ture de sécu­rité, le « mur maro­cain ». [Source : Wiki­pe­dia].

En France, un col­lec­tif s’est consti­tué pour dénon­cer les der­niers évé­ne­ments et la répres­sion des forces maro­caines et appe­ler à la soli­da­rité. Extraits de son communiqué :

« Les mai­sons sah­raouies sont per­qui­si­tion­nées et détruites, des cen­taines de Sah­raouis sont arrê­tés, tabas­sés et tor­tu­rés. Le bilan s’alourdit de jour en jour: des bles­sés meurent faute de soins, de nou­veaux cadavres sont retrou­vés et on compte des cen­taines dis­pa­rus. Plus de 400 mili­tants sah­raouis sont détenus […].

« […] Le Maroc filtre l’accès des jour­na­listes et obser­va­teurs inter­na­tio­naux au Sahara occi­den­tal. Il donne des infor­ma­tions men­son­gères et pour­suit une intense cam­pagne de pro­pa­gande dans les médias pour déna­tu­rer la lutte du peuple sah­raoui. Il a reçu le sou­tien du gou­ver­ne­ment fran­çais qui a empê­ché le Conseil de sécu­rité de l’ONU, réuni le 17 novembre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­nale sur place.

« […] Nous appe­lons à inter­ve­nir auprès des élus, à signer la péti­tion sur http://​www​.cybe​rac​teurs​.org/​a​c​t​i​o​n​s​/​i​n​d​e​x​.​php et à par­ti­ci­per à un ras­sem­ble­ment de sou­tien ce samedi 20 novembre de 15h à 18h, esplanade des Droits de l’homme, place du Tro­ca­déro à Paris. »


Samedi à Marseille, regards croisés sur Claude Lévi-​Strauss : conférences, débats, films

Claude Lévi-​Strauss est mort le 30 octobre 2009. Un an après, les Archives dépar­te­men­tales des Bouches-​du-​Rhône à Mar­seille et la Mai­son médi­ter­ra­néenne des sciences de l’homme (MMSH) à Aix-​en-​Provence rendent hom­mage, ce samedi, à l’anthropologue-écrivain en invi­tant le public à che­mi­ner tout un après-​midi dans sa vie et son oeuvre. En com­pa­gnie d’éminents cher­cheurs… et de Lévi-​Strauss lui-​même, à tra­vers des extraits de films.

« Ce que je constate, ce sont les ravages actuels ; c’est la dis­pa­ri­tion effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végé­tales ou ani­males ; et le fait que, de par sa den­sité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne » décla­rait Claude Lévi-​Strauss sur Antenne 2, en février 2005. Au cré­pus­cule de sa vie, ce constat inquiet était devenu une hantise. À lui seul – mais il y a encore bien d’autres rai­sons – il jus­ti­fie que les Ren­contres d’Averroès, axées en 2010 sur les ques­tions d’environnement, s’associent aux Archives dépar­te­men­tales pour cet hom­mage à Lévi-​Strauss.

« À vrai dire, il ne s’agit pas exac­te­ment d’un hom­mage, pré­cise l’ethnologue Chris­tian Brom­ber­ger, qui a assuré la coor­di­na­tion scien­ti­fique de l’événement. Car le mot a une conno­ta­tion hagio­gra­phique qu’il aurait détesté ! Bien entendu, seront évo­qués sa per­son­na­lité et son oeuvre. Mais je par­le­rais plu­tôt de regards croisés. »

Le pre­mier de ces regards sera d’ailleurs celui de Lévi-​Strauss lui-​même. Chris­tian Brom­ber­ger a en effet choisi dans les archives de l’INA des extraits d’entretiens qui per­met­tront de voir et d’entendre le cher­cheur dis­paru. Ces docu­ments vien­dront ryth­mer la mani­fes­ta­tion et paral­lè­le­ment, nour­rir les pro­pos des cinq inter­ve­nants char­gés d’éclairer dif­fé­rents aspects de son iti­né­raire intellectuel.

Lévi-​Strauss en 2005 [ph. Wikipedia

. »] »]

…et en 1938 au bord du rio Machado, au Bré­sil [archives CLS

Le cri­tique d’art Alain Paire ouvrira le ban en sou­li­gnant l’importance d’André Bre­ton dans ce par­cours. L’anthropologue et le « pape du sur­réa­lisme » se sont liés pen­dant la guerre, alors qu’ils fuyaient le nazisme, à bord du bateau qui les ame­nait de Mar­seille à New York. Rela­tion essen­tielle puisque c’est véri­ta­ble­ment au contact de Bre­ton que Lévi-​Strauss s’est pris de pas­sion pour les arts pri­mi­tifs [bien qu’il en eût déjà observé cer­taines formes, notam­ment au cours de ses célèbres expé­di­tions au Brésil].

De son côté, l’anthropologue Emma­nuel Ter­ray par­lera du rôle-​clé que Lévi-​Strauss accorde, dans sa vision du monde, à la notion de diver­sité. « Pour Lévi-​Strauss, com­mente Chris­tian Brom­ber­ger, il y a une équi­va­lence entre diver­sité natu­relle et diver­sité cultu­relle. Il est très atta­ché à l’une comme à l’autre, sans pour autant don­ner dans l’angélisme. Il dit par exemple que la diver­sité des groupes sociaux se paie « par un mini­mum d’hostilité », ajou­tant qu’il s’agit là du « fonc­tion­ne­ment nor­mal des dif­fé­rences ». Mais ce qui l’inquiète davan­tage, c’est pré­ci­sé­ment le contraire : l’uniformisation mor­ti­fère qui guette désor­mais la nature et les hommes. En cela, sa pen­sée fait écho aux pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­gistes les plus actuelles. »

La troi­sième étape de ce par­cours concer­nera – c’était incon­tour­nable – le struc­tu­ra­lisme. « Il pen­sait que sous le fouillis appa­rent de la vie, résume Chris­tian Brom­ber­ger, il y avait, sous-​jacentes, des constantes com­munes à toutes les socié­tés humaines, des struc­tures qu’il appar­tient au cher­cheur de déga­ger, y com­pris à tra­vers les varia­tions d’une culture à l’autre. » On sait que Lévi-​Strauss s’est vrai­ment fait le chantre de cette thèse contes­tée dès les années 60 par un phi­lo­sophe comme Paul RicoeurCette contro­verse reste un débat très contem­po­rain qui, ce samedi, sera abordé par le direc­teur de la revue Esprit, Oli­vier Mongin.

Dio­nigi Albera, le direc­teur de l’Institut d’ethnologie médi­ter­ra­néenne et com­pa­ra­tive, enchaî­nera ensuite sur le dif­fi­cile rap­port de Lévi-​Strauss à l’Islam. « Il se montre effec­ti­ve­ment assez cri­tique » dit Chris­tian Brom­ber­ger, « le reproche majeur qu’il fait à l’Islam, c’est d’avoir conçu et exporté la notion de dji­had, qui a ins­piré en retour l’idée de croi­sade. »

Il appar­tien­dra au poète Michel Deguy, auteur de l’article « Anthro­po­lo­gie et poé­sie » dans la revue Cri­tique, de conclure cette jour­née en évo­quant les ana­lyses de la poé­sie qu’a menées Lévi-​Strauss et le mariage excep­tion­nel, dans ses ouvrages, entre anthro­po­lo­gie et lit­té­ra­ture dont « Tristes tro­piques » reste l’exemple le plus fameux.

Un débat avec la salle est prévu. L’hommage se ter­mine avec la pro­jec­tion du film docu­men­taire « Claude Lévi-​Strauss par lui-​même » de Pierre-​André Bou­tang [France, 2008, 1h33].

[D’après le docu­ment de présentation]

Archives et Biblio­thèque dépar­te­men­tales Gaston-​Defferre, de 15h à 20h30.

18-​20, rue Mirès – 13003 Marseille.

Entrée libre, réser­va­tion conseillée au 04 91 08 61 00.


Le soir du remaniement, pensant à Desproges, j’ai repris deux fois des nouilles…

…et j’étais repu.

PS. Et Claude Allègre est tou­jours vivant.


Jules Mougin dans la grotte de l’AFP

par André Faber

Jules Mou­gin le poète vient de nous quit­ter à 98 ans, le poing levé. Ce brave Jules, très dis­cret jusque là, crée le buzz, un mot qu’il ne devait pas connaître. Nous autres, amis de la Julé­sie, un bon mot inventé par son ami poète Claude Billon, lui avons rendu hommage. Quelques blogs dont celui-​ci ont donc évo­qué le révolté du coeur que nous aimons.

Le télé­phone a chauffé à blanc entre les amis de Jules. L’AFP s’est empa­rée de la chose. Caroline Car­tier lui a même rendu la parole dans son espace sur France Inter le mer­credi à 6h45 [voir et entendre ici].

Pour l’AFP, du moins avant rec­ti­fi­ca­tif, Jules Mou­gin vivait dans une grotte. Un sacré rac­courci pour indi­quer que Jules vivait au pays des tro­glo­dytes du Maine-et-Loire. Pour lui avoir rendu sou­vent visite, je peux vous dire qu’il ne por­tait pas une peau de bête et que sa grotte res­sem­blait étran­ge­ment à une mai­son, presque banale. Maison où on venait boire le canon, par­fois à 11 heures du soir, écou­ter Jules alors qu’il flir­tait déjà avec les 95 ans.

A droite de la patte d’éléphant, Jules avait « tagué » son Mur vivant des Assas­si­nés.© ph. Laurent Triolet

Sa grotte [pho­tos] était un site tro­glo à 50 mètres de la mai­son, un espace très aus­tère ou il ne ferait pas bon vivre ni même mou­rir, sur­tout au mois de novembre. Quelques fêtes s’y sont tenues devant le mur gravé par Jules – son Mur vivant des Assas­si­nés – mais fal­lait être nom­breux pour se chauf­fer les cotes.

Mais, tu parles Charles, l’AFP a vite fait de Jules Mou­gin, un ermite, mi poète mi ours, vivant dans sa grotte. C’était plus ven­deur, coco. Du coup, les jour­naux sui­vistes se sont empa­rés du binz, recra­chant sans com­plexe l’histoire du « facteur-​poète tro­glo­dyte » , cli­ché repris par la plu­part des médias.

Ben c’est faux, voilà. La seule grotte que Jules habite, c’est sa tombe. Il y est à côté de sa femme, Jeanne, depuis ce mer­credi 9 novembre et basta.

© ph. Laurent Triolet


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