On n'est pas des moutons

Mot-clé: répression

La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mou­ve­ment Inter­na­tio­nal pour une Éco­lo­gie Libi­di­nale (M.I.E.L.) vient de numé­ri­ser la revue Sex­pol, sexualité/politique et met ainsi à dis­po­si­tion l’ensemble des 39 numé­ros parus de 1975 à 1980, cela dans la forme ori­gi­nale. C’est un tra­vail aussi consi­dé­rable qu’utile, d’autant plus que, trente ans après sa dis­pa­ri­tion, Sex­pol était deve­nue introu­vable, sinon sur le mar­ché « noir » de quelques profiteurs…

L’association MIEL explique ainsi sa démarche : « L’objectif est d’une part la conser­va­tion d’un patri­moine cultu­rel : une revue de langue fran­çaise ins­crite dans l’histoire des aspi­ra­tions à la liberté sexuelle et poli­tique, qui ont mar­qué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de rendre acces­sible aujourd’hui des textes tou­jours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la situa­tion politico-sexuelle en France (et ailleurs) n’a guère évo­lué posi­ti­ve­ment. Pire, elle a même régressé sur bien des aspects, tan­dis que le type de dis­cours sur la sexua­lité qui carac­té­ri­sait Sex­pol a tota­le­ment dis­paru du pay­sage médiatique. »

 

Fon­da­teur et direc­teur de Sex­pol, je me réjouis de cette ini­tia­tive due à Joce­lyn Pati­nel, ani­ma­teur du MIEL, asso­cia­tion mili­tante non lucra­tive qui ainsi, à sa manière, a repris le flam­beau d’une lutte inces­sante pour l’épanouissement du genre humain – en quoi il reste bien du travail…

J’espère aussi que cette col­lec­tion res­sus­ci­tée en numé­rique pourra tou­cher d’anciens lec­teurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exem­plaires – ainsi que les membres de l’équipe, une ving­taine, aujourd’hui épar­pillés, per­dus de vue, ou même disparus.

Le DVD est mis en vente à prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion (plus de 2 000 pages), de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de com­mande à par­tir de cette page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une par­celle d’Histoire

 

« Sex­pol » donc,  comme sexua­lité et poli­tique. Ques­tion­nez la toile et ce blog, à com­men­cer, et vous en appren­drez déjà pas mal sur cette revue et sa qua­ran­taine de numé­ros parus de 1975 à 80. Une aven­ture à sa façon : celle d’une (s)exploration dans le monde des vivants, enta­mée par un cer­tain Wil­helm Reich (1897–1957), méde­cin, psy­cha­na­lyste, freu­dien déviant, mar­xiste puis dis­si­dent en com­mu­nisme, scien­ti­fique un peu scien­tiste, juif et mécréant, inclas­sable et éti­queté « fou », fina­le­ment mort dans un péni­ten­cier état­su­nien. Rac­courci abu­sif pour cer­ner un vrai grand per­son­nage, y com­pris jusque dans ses enfer­re­ments et contra­dic­tions, dans ses enga­ge­ments, ses « folies » : son entière humanité.

Assez oublié depuis ce siècle amné­siant, Reich revient (de loin) comme les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tri­bune de son uni­ver­sité popu­laire de Caen et pré­pare, semble-t-il, un ouvrage sur ce « freu­diste héré­tique ». Signe des temps, ou signe avant-coureur d’une « résur­rec­tion » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamelles peu ragoû­tantes. Reich, en effet, fut parmi les tout pre­miers des psy­cho­logues à pla­cer la ques­tion sociale dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pou­vait que consti­tuer un casus belli avec Freud et les salons bour­geois de la Vienne des années 20. Tan­dis que la ques­tion sexuelle, comme l’avers de la médaille, non sépa­rable, pri­mor­diale, se trou­vait prise à bras le corps – à prendre au pied de la lettre ! et incluant tout le corps social, corps souf­frant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fati­diques d’empestement nazi. Ter­ri­fiante peste à laquelle répon­dait en quasi symé­trie le cho­léra du sta­li­nisme, l’une et l’autre qui allèrent jusqu’à pas­ser ensemble un pacte, avant de s’affronter à la mort comme un même monstre à deux têtes. Reich eut très tôt pres­senti cette simi­li­tude des extrêmes, non pas dans leurs ori­gines et dimen­sions tant his­to­riques que socio­lo­giques, mais dans leur essence même, celle de la « tota­lité tota­li­sante », ce tota­li­ta­risme à base d’idéal divi­nisé et de pureté diabolisée.

Reich creuse la ques­tion : com­ment se peut-il que l’homme (il aimait à son pro­pos par­ler d’ « ani­mal humain », ce qui n’est pas ano­din) se laisse à ce point entraî­ner vers sa propre déchéance et, dans un même élan mor­ti­fère, aller jusqu’à sa perte ? Toute l’œuvre écrite de Reich tour­nera autour de ce « mys­tère », depuis Les Hommes dans l’État, jusqu’à Écoute, petit homme ! en pas­sant par le fon­da­men­tal Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme.

Il n’en fal­lait pas plus pour se trou­ver rejeté, détesté, déni­gré et, diront cer­tains, assas­siné. Pour le moins, les fas­cistes et des psy­cha­na­lystes le dénon­cèrent comme « com­mu­niste et agent de Mos­cou », les com­mu­nistes comme « contre-révolutionnaire agent de la bour­geoi­sie » et tout le monde ou presque se devait de sus­pec­ter ce pour­fen­deur des reli­gions et de la morale répres­sive, ce pré­cur­seur de la « révo­lu­tion sexuelle ».

À l’image d’un Épi­cure quelque deux mil­lé­naires avant, Reich fut l’objet vic­ti­maire de visions réduc­trices et même de contre­sens quant à sa pen­sée, son action et son œuvre. En rai­son par­ti­cu­lière du fait qu’elles por­taient sur la sexua­lité et la désa­lié­na­tion poli­tique. Et que, comme pour l’épicurisme, le « rei­chisme » ne pou­vait cor­res­pondre à la dépra­va­tion libi­di­neuse. Tous deux, en fait, se posaient en ques­tion­neurs de la morale poli­tique et, plus géné­ra­le­ment, en pré­cur­seurs d’un art de vivre reliant l’unique et le col­lec­tif, l’individu et la cité, dans l’harmonie posi­tive des plai­sirs comme des valeurs morales.

C’est à ce prix – celui des contre­sens – que Reich connut une cer­taine gloire avec le mou­ve­ment de Mai 68. C’est dans les restes des bar­ri­cades déblayées qu’une bande de jeunes uto­pistes, bar­dés de leurs espé­rances, ras­sem­blèrent les pépites lais­sées par les ful­gu­rances rei­chiennes. Ainsi naquit Sex­pol comme une revue anti-dogmatique. C’était début 75, dans ces années désa­bu­sées impré­gnées des De Gaulle-Pompidou-Giscard, qui menèrent au sacre de Mit­ter­rand en même temps qu’à la fin d’une « expé­rience ». Conco­mi­tance à décryp­ter, certes. On y trou­vera matière, sans nulle doute, dans cette col­lec­tion numé­ri­sée, dans ce CVD et sa modeste et réelle par­celle d’Histoire.

Gérard Pon­thieu


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pou­vait en dou­ter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révo­lu­tion tuni­sienne : la « bourde » de la ministre des affaires étran­gères n’en était pas une. Cette pro-position était bien celle, déci­dée et assu­mée à l’Élysée comme à Mati­gnon : celle de venir en aide directe à un régime et à un pré­sident amis.

Les plus scep­tiques, s’il en res­tait, auront pu être convain­cus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tor­dus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Saz­kozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pen­sant, comme dans les bulles savon­neuses de BD « Quelle mer­dasse, com­ment m’en sor­tir ? »…

Ainsi appa­raît une fois de plus – notam­ment après le trop fameux dis­cours de Dakar – la vraie nature du sar­ko­zysme. A la fois comme poli­tique à dupli­cité per­ma­nente (refrain « droits de l’homme » et cou­plet don­neur de leçon ; ingé­rence et non-ingérence ; bref : gran­deur du bara­tin et déca­dence de l’action) et comme vraie nature : une poli­tique auto­ri­taire sur fond répres­sif dif­fi­ci­le­ment dis­si­mulé. Car ce « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécu­rité [pour] régler des situa­tions sécu­ri­taires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 jan­vier 2011], ne dou­tons pas, hélas, de sa fonc­tion pre­mière : son uti­li­sa­tion « sécu­ri­taire » hors expor­ta­tion, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oli­gar­chie constitutionnelle.


Henri Guaino
envoyé par fran­cein­ter. — L’info inter­na­tio­nale vidéo.


Tunisie. Fortes tensions sociales et brutalités policières

La Tuni­sie est en proie à de graves ten­sions sociales pro­vo­quant des mani­fes­ta­tions et une répres­sion poli­cière des plus bru­tales. Un récit nous en est fourni par la Fédé­ra­tion des Tuni­siens pour une Citoyen­neté des deux Rives (FTCR), qui regroupe en France des Tuni­siens oppo­sés au régime de Ben Ali. De son côté, la télé­vi­sion qua­ta­rie El Jazira a lar­ge­ment rendu compte de ces évé­ne­ments comme le montre l’extrait ci-dessous/

« Le mou­ve­ment  de pro­tes­ta­tion  s’est déclen­ché  à Sidi Bou­zid le ven­dredi 17 décembre après qu’un jeune chô­meur, ven­deur ambu­lant de fruits et légumes, s’est immolé par le feu. Il venait d’être délogé du trot­toir par des poli­ciers. Ainsi a-t-il voulu signi­fier qu’il ne lui res­tait aucun espoir pour vivre dans la Tuni­sie des « miracles » éco­no­miques, dont le résul­tat est un chô­mage endé­mique qui touche aujourd’hui en par­ti­cu­lier la jeu­nesse, sans épar­gner aucu­ne­ment les titu­laires d’un diplôme supérieur.

« A par­tir de ce moment, ce sont d’importantes mani­fes­ta­tions de jeunes chô­meurs, de pré­caires et de tra­vailleurs qui sont des­cen­dues dans la rue. De nom­breuses villes des alen­tours de Sidi Bou­zid ont rejoint le mou­ve­ment dans un pre­mier temps, puis des villes du nord au sud du pays jusque la capi­tale, Tunis, ont donné à ce mou­ve­ment un carac­tère de ras-le-bol géné­ra­lisé contre le chô­mage, la cherté de la vie, la cor­rup­tion, l’injustice des poli­tiques sociales et éco­no­miques qui s’est éten­due à toutes les régions de la Tuni­sie. Les slo­gans les plus répan­dus y mettent en cause direc­te­ment les choix poli­tiques fon­da­men­taux du pou­voir et de l’administration.

« Le régime tuni­sien dans une atti­tude carac­té­ri­sée par l’autisme a refusé d’entendre ces cris de déses­poir. Sa seule réponse à ce mou­ve­ment paci­fique dans un pre­mier temps a été l’utilisation des forces de répres­sion. Il en est résulté la mort par balles d’un jeune de 18 ans, et de nom­breux bles­sés. (Lire la suite…)


Pétition en faveur du cinéaste iranien Jafar Panahi

En réac­tion à la condam­na­tion à la pri­son du cinéaste ira­nien Jafar Panahi, un col­lec­tif s’est consti­tué autour de pro­fes­sion­nels du cinéma et de la culture afin d’organiser pro­tes­ta­tion et soli­da­rité. Une péti­tion peut être signée en ligne par tous ceux qui se sentent concer­nés par cette nou­velle atteinte por­tée aux droits de l’homme par le régime iranien.

« Nous appre­nons avec colère et inquié­tude le juge­ment du Tri­bu­nal de la Répu­blique Isla­mique à Téhé­ran, condam­nant très lour­de­ment le cinéaste ira­nien Jafar Panahi. La sen­tence : six ans de pri­son ferme, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­relles étrangères.

Jafar Panahi, condamné à six ans de pri­son, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­relles étrangères.

« Un autre cinéaste, Moham­mad Ras­sou­lov, a éga­le­ment été condamné à six ans de pri­son. Jafar Panahi et Moham­mad Ras­sou­lov vont rejoindre les nom­breux pri­son­niers qui crou­pissent en pri­son en Iran, dans un état de détresse totale. Cer­tains font la grève de la faim, d’autres sont gra­ve­ment malades.

« Que reproche le pou­voir ira­nien à Jafar Panahi ? D’avoir conspiré contre son pays et mené une cam­pagne hos­tile au régime ira­nien. La vérité est que Jafar Panahi est inno­cent et que son seul crime est de vou­loir conti­nuer d’exercer libre­ment son métier de cinéaste en Iran. Depuis plu­sieurs mois le pou­voir ira­nien a mis en place contre lui une véri­table machine de guerre visant à le détruire, à l’enfermer en le contrai­gnant à se taire.

« Jafar Panahi est cinéaste et ses films ont été mon­trés dans le monde entier. Invité par les plus grands fes­ti­vals de cinéma (Cannes, Venise, Ber­lin), il est aujourd’hui empê­ché de pour­suivre son œuvre de cinéaste. La lourde condam­na­tion qui le frappe le prive de liberté, l’empêche phy­si­que­ment et mora­le­ment d’exercer son tra­vail de cinéaste. Il doit désor­mais se taire, s’interdire tout contact avec ses col­lègues cinéastes en Iran et dans le monde entier.

« A tra­vers cette condam­na­tion qui frappe Jafar Panahi, c’est tout le cinéma ira­nien qui est mani­fes­te­ment visé.

« Cette condam­na­tion nous révolte et nous scan­da­lise. Aussi, appelons-nous cinéastes, acteurs et actrices, scé­na­ristes et pro­duc­teurs, tous les pro­fes­sion­nels du cinéma ainsi que tous les hommes et femmes épris de liberté et pour qui les droits de l’homme sont une chose fon­da­men­tale, à se joindre à nous pour exi­ger la levée de cette condamnation. »

Rejoi­gnez l’appel aux côtés de : le Fes­ti­val de Cannes, la SACD, la Ciné­ma­thèque fran­çaise, l’ARP, la Ciné­ma­thèque suisse, le Fes­ti­val inter­na­tio­nal du film de Locarno, le Forum des images, Posi­tif, la SRF, lesCahiers du cinéma, Cité­philo (Lille), France culture, la Mos­tra Inter­na­zio­nale d’Arte Cine­ma­to­ga­fica di Vene­zia, Cultu­res­france, la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs, Sara­jevo Film Fes­ti­val, Cinéma Gin­dou, Centre Audio­vi­suel Simone de Beau­voir, Centre Cultu­rel Pouya.


Regain de tensions à La Havane. Obama répond à Yoani Sanchez sur le blog Generacion Y

Je reçois des nou­velles plu­tôt alar­mantes de Cuba. Un de mes amis cubains qui par­vient à m’envoyer des cour­riels depuis La Havane – et dont je n’avais pas de nou­velles depuis plu­sieurs semaines – vient de m’adresser quelques lignes dont j’extrais ce pas­sage : « Ici à Cuba, les choses sont super mau­vaises. La sur­veillance gou­ver­ne­men­tale est énorme ces jours-ci. Il y a beau­coup de dan­gers. Je ne peux pas t’écrire dans une telle situa­tion ». Le même, il y a quelques mois me disait sa nou­velle espé­rance dans le nou­veau régime de Raùl Cas­tro… Il a vite déchanté.

Autre sujet d’inquiétude fai­sant craindre à un retour du « fan­tôme de 1980 » lorsque de graves ten­sions avaient opposé adver­saires et par­ti­sans du régime, et que ces der­niers orga­ni­saient des « répu­dia­tions publiques » à l’encontre des pre­miers. Il s’agissait alors de dénon­cer publi­que­ment les oppo­sants repé­rés et d’organiser autour d’eux des mani­fes­ta­tions hos­tiles, voire violentes.

yoani_reinaldo.1259085801.jpgUne mani­fes­ta­tion de ce genre s’est pro­duite ven­dredi der­nier dans les rues de La Havane à l’encontre de Rei­naldo Esco­bar, le mari de Yoani San­chez [photo], cette résis­tante blo­gueuse dont j’ai parlé ici der­niè­re­ment. Rei­naldo a adressé une lettre ouverte « à l’ex-dictateur Fidel Cas­tro » au sujet des liber­tés bafouées. Il s’est ensuite rendu à l’endroit même où, la semaine der­nière, sa femme Yoani avait été enle­vée et moles­tée par des flics en civil. Il était attendu par un cor­tège hos­tile monté « spon­ta­né­ment » avec fan­fares, forces flics en civil et quelques dizaines de mani­fes­tants criant des slo­gans de sou­tien à Fidel et Raùl, pro­fé­rant des injures à l’encontre de Rei­naldo, le trai­tant comme d’habitude de ver­mine [gusano] et le mena­çant phy­si­que­ment. Fina­le­ment il a été extirpé par des flics en civil qui l’ont ensuite relâché.

De son côté, à par­tir de son blog, Gene­ra­cion Y, Yoani a adressé deux séries de sept ques­tions à Raul Cas­tro et à Barack Obama sur les condi­tions d’un rap­pro­che­ment poli­tique cubano-américain. Si l’un n’a pas répondu (devi­nez qui), l’autre si – certes en termes fort pesés, mais qui ont fait sen­sa­tion dans les milieux cubains infor­més – ceux du pou­voir, bien sûr. Les réponses du pré­sident US se trouvent sur le blog de Yoani San­chez . Elle et son mari deviennent des oppo­sants d’autant plus encom­brants que leur noto­riété est désor­mais consi­dé­rable, sur­tout à l’étranger. Cette jeune femme fait montre d’un grand cou­rage, à l’égal des oppo­sants his­to­riques qu’ont été, sous d’autres cieux du com­mu­nisme radieux, les Havel, Walesa, Pliouchtch, Bou­kovski, Gri­go­renko… sans oublier, à Cuba cette fois, les innom­brables Val­la­dares, Matos, Rei­naldo Arei­nas et jusqu’à la propre fille de Fidel, Alina Fernandez.


CUBA. Enlèvement style camorra à La Havane

yoani_sanchez.1258734486.gif À Cuba, Yoani Sán­chez [photo] est aujourd’hui l’une des plus cou­ra­geuses résis­tantes à la dic­ta­ture cas­triste. Son blog, Gene­ra­cion Y – seule­ment lisible à l’extérieur de l’île – témoigne au quo­ti­dien des dif­fi­cul­tés de vivre des Cubains et de la répres­sion qui les frappe au moindre signe de désac­cord. Mani­fes­ter, même paci­fi­que­ment, à Cuba relève de l’héroïsme. Yoani, pré­ci­sé­ment, se ren­dait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­lence du régime (voir la vidéo), quand elle a été enle­vée et bat­tue par des sbires en civil et en voi­ture bana­li­sée. Son récit ci-dessous est édifiant.

Yoani est deve­nue la bête noire du régime par son blog dif­fusé sur toute la toile, sauf à Cuba où l’internet se trouve des plus cade­nas­sés au monde. Trente deux ans, diplô­mée de phi­lo­lo­gie, Yoani San­chez espé­rait il y a quelques semaines obte­nir un visa pour assis­ter à la remise d’un prix de jour­na­lisme décerné par la Colum­bia Uni­ver­sity de New York. Refus caté­go­rique. Un de plus. Yoani a atteint un tel niveau de noto­riété inter­na­tio­nale qu’elle dérange vrai­ment le régime. De même que le rocker Gorki Aguila, maintes fois empri­sonné, devenu très emblé­ma­tique auprès des jeunes Cubains.

Consul­ter le blog Gene­ra­cion Y (tra­duit en fran­çais et en une dizaine de langues) serait salu­taire aux néga­tion­nistes pro-castristes. Mais ils conti­nuent, par défi­ni­tion, à ne rien vou­loir consi­dé­rer qui ébran­le­rait leur mytho­lo­gie. Cuba, à bien des égards, est com­pa­rable à l’ancienne Alle­magne de l’Est, Stasi et Mur y com­pris. Sauf que le mur cubain, océa­nique, entoure la tota­lité du pays.

Pas loin de la rue 23, juste à la rotonde de l’avenue des Pré­si­dents, nous avons vu arri­ver dans une voi­ture noire, de fabri­ca­tion chi­noise, trois incon­nus tra­pus. « Yoani, entre dans la voi­ture » m’a dit l’un d’entre eux, tan­dis qu’il me ser­rait for­te­ment le poi­gnet. Les deux autres entou­raient Clau­dia Cadelo, Orlando Luís Pardo Lazo et une amie qui nous accom­pa­gnait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­lence. Par une de ces iro­nies de la vie, au lieu d’une jour­née de paix et de soli­da­rité, c’est une après-midi char­gée de coups, de cris et d’insultes qui nous atten­dait. Les « agres­seurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles. Orlando et moi étions condam­nés à la voi­ture et ses plaques d’immatriculation jaune*, au ter­rain épou­van­table de l’illégalité et à l’impunité digne de l’Armageddon.

J’ai refusé de mon­ter dans la Geely brillante et nous avons exigé qu’ils nous montrent une iden­ti­fi­ca­tion ou un ordre judi­ciaire pour nous ame­ner. Comme c’était à espé­rer, ils n’ont mon­tré aucun papier qui jus­ti­fie­rait de la légi­ti­mité de notre arres­ta­tion. Les curieux com­men­çaient à arri­ver et j’ai crié « Au secours ! Ces hommes veulent nous enle­ver ». Mais ces hommes ont arrêté ceux qui vou­laient inter­ve­nir d’un cri qui affi­chait avec évi­dence la signi­fi­ca­tion idéo­lo­gique de l’opération : « Ne vous mêlez pas de ça, ce sont des contre-révolutionnaires ». Devant notre résis­tance ver­bale, ils ont pris le télé­phone pour deman­der à quelqu’un qui devait être leur chef « Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne veulent pas mon­ter dans la voi­ture ». J’imagine que de l’autre côté la réponse à été tran­chante car s’en est sui­vie une rouée de coups et de bous­cu­lades. Ils m’ont por­tée, la tête en bas, et ont essayé de me four­rer dans l’auto. Je me suis agrip­pée à la porte… J’ai pris des coups sur les join­tures de mes mains… J’ai réussi à prendre un papier que l’un d’entre eux por­tait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nou­velle rouée de coups pour que je rende le document.

Orlando se trou­vait déjà dedans, immo­bi­lisé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête pla­quée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poi­trine pen­dant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papier. Pen­dant un moment, j’ai pensé que je ne sor­ti­rai jamais de cette voi­ture. « C’est fini, Yoani », « Fini les conne­ries » disait celui assis à côté du chauf­feur qui me tirait des che­veux. Sur le siège arrière, un spec­tacle bizarre se dérou­lait : mes jambes vers le haut, mon visage rougi par la ten­sion et mon corps endo­lo­ris. De l’autre côté, Orlando réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses tes­ti­cules, à tra­vers son pan­ta­lon, dans un acte déses­péré. J’ai enfoncé mes ongles, en sup­po­sant qu’il conti­nue­rait à m’écraser la poi­trine jusqu’au der­nier souffle. « Tue-moi d’une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui res­tait de ma der­nière inha­la­tion. Celui de l’avant a alors averti le plus jeune : « Laisse-la respirer ».

J’entendais Orlando hale­ter pen­dant que les coups conti­nuaient à pleu­voir. J’ai cal­culé la pos­si­bi­lité d’ouvrir la porte et de sau­ter dehors, mais il n’y avait pas de poi­gnée à l’intérieur. Nous étions à leur merci, mais entendre la voix d’Orlando me redon­nait du cou­rage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entre­cou­pés lui disaient « Yoani est encore vivante ». On nous a lais­sés éta­lés et endo­lo­ris dans une rue de La Timba*. Une femme s’est appro­chée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlè­ve­ment », j’ai réussi à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’un de l’autre, au milieu de la rue. Je pen­sais à Teo. Mon Dieu, com­ment vais-je lui expli­quer tous ces bleus ? Com­ment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Com­ment le regar­der et lui racon­ter que sa mère a été agres­sée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opi­nions en octets ? Com­ment lui décrire l’expression des­po­tique qui ani­mait ceux qui nous ont mis de force dans cette voi­ture, le plai­sir que l’on voyait sur leur visage quand ils nous bat­taient, quand ils sou­le­vaient ma jupe et me traî­naient à moi­tié nue jusqu’à la voiture.

J’ai pu voir, néan­moins, le degré de ner­vo­sité de nos atta­quants, leur peur devant ce qui leur est nou­veau, devant ce qu’ils ne peuvent pas détruire car ils ne le com­prennent pas. La ter­reur mas­quée sous la bra­vade de ceux qui savent que leurs jours sont comptés.

Notes de tra­duc­tion :

Les plaques d’immatriculation jaune sont celles des voi­tures de particuliers.

La Timba – Quar­tier chaud de La Havane, proche de l’endroit où ils ont été enlevés.

Tra­duit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

Note de l’éditeur du blog: La vidéo montre la mani­fes­ta­tion à laquelle Yoani a été empê­chée d’assister


Cuba s’est ouvert au monde, mais pas à son peuple

Cor­res­pon­dance de « Azul » à La Havane

« Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba ! » C’est par ces paroles que le pape Jean-Paul II, en 1998, a ter­miné sa visite à Cuba. Je me sou­viens encore de ces beaux mots qui ont rem­pli d’espoir des mil­lions de Cubains et dans les­quels le monde a vu un mes­sage d’espoir. Depuis, Cuba a en effet mon­tré quelques avan­cées : le régime a éta­bli des rela­tions avec 192 pays du monde ; il a per­mis l’entrée de capi­taux étran­gers dans les affaires de l’île ; il a entre­pris un pro­gramme d’aide huma­ni­taire pour éli­mi­ner les mala­dies, la faim et l’inégalité sociale… dans cer­tains pays d’Amérique latine, notam­ment le Vene­zuela, la Boli­vie, et l’Équateur.

C’est ainsi que Cuba, dans ces pays, a aidé à for­mer des mil­liers de méde­cins ; à libé­rer de l’analphabétisme des mil­lions de citoyens ; a construit quelques hôpi­taux. Sur le plan géo­po­li­tique, Cuba a signé presque tous trai­tés et accords de l’ONU.

Autant de signes qui pour­raient paraître plus que suf­fi­sants pour démon­trer au monde à quel point Cuba a pu répondre aux espé­rances papales…

MAIS à Cuba même, pour le peuple cubain, il en est tout autrement !

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Par exemple, seule­ment la moi­tié des consul­ta­tions médi­cales peuvent être tenues, faute de méde­cins et de spé­cia­listes. Le pays enre­gistre plus de vingt ans de retard dans la construc­tion d’hôpitaux et plu­sieurs chan­tiers en cours sont arrê­tés depuis des années.

Le sys­tème édu­ca­tif tra­verse une telle crise que le niveau d’espagnol ensei­gné y est au plus bas, de même qu’en his­toire et en mathématiques.

Le régime n’est pas par­venu à assu­rer à sa popu­la­tion une nour­ri­ture cor­recte, et cela après des années d’un sys­tème de dis­tri­bu­tion contrô­lée des ali­ments. Les besoins ali­men­taires de base du peuple cubain ne sont pas satisfaits.

Cuba a voulu hono­rer des accords avec l’ONU, mais n’a pas tenu ses enga­ge­ments envers son propre peuple. Alors que le peuple devait voir sa situa­tion s’améliorer, les choses ont empiré pour lui, sans que cette réa­lité soit per­çue à l’extérieur.

Qu’importe au peuple cubain que son pays s’ouvre au monde s’il ne lui reste, dans son île, qu’à rêver à des jours meilleurs.

« Azul »

Tra­duit par GP.
Photo ©gp : Un mar­ché « libre » dans Cen­tro Habana .

Cuba. Une photographe dissidente détenue pour « dangerosité sociale prédélictueuse »

Déjà inter­pel­lée trois fois en mai der­nier, la pho­to­graphe María Nélida López Báez, a été arrê­tée le 16 juin par la Sécu­rité cubaine. Le Cen­tro de Infor­ma­ción Hable­mos Press (CIH-PRESS, col­lec­tif de jour­na­listes de La Havane), pour lequel elle tra­vaillait se trouve dans l’ignorance du lieu et des condi­tions de sa détention.

A sept heures du matin le 16 juin (heure locale), selon le CIH-PRESS, le fils de María Nélida López Báez a reçu la visite d’une femme qui lui a remis un por­te­feuille et quelques objets appar­te­nant à sa mère. La visi­teuse lui a confié que la pho­to­graphe venait d’être arrê­tée par la Sécu­rité de l’État alors qu’elle se ren­dait dans les locaux du CIH-PRESS. Le lieu de déten­tion n’est pas connu. La jour­na­liste est sous le coup d’une pro­cé­dure pour « dan­ge­ro­sité sociale pré­dé­lic­tueuse ».

Cette dis­po­si­tion aber­rante, exor­bi­tante du droit le plus élé­men­taire, est une inven­tion cubaine très uti­li­sée contre les dis­si­dents. En consa­crant le délit d’intention, cette pro­cé­dure per­met de condam­ner un indi­vidu même s’il n’a com­mis aucun délit, au nom de la « menace poten­tielle » qu’il repré­sen­te­rait pour la société ! Trois jour­na­listes ont été condam­nés depuis 2006 pour ce motif à des peines allant de trois à quatre ans de pri­son : Oscar Sán­chez Madán, cor­res­pon­dant du site Cuba­net, Ramón Veláz­quez Toranso, de l’agence Liber­tad, et Ray­mundo Per­digón Brito, de l’agence Yayabo Press.

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San­tiago de Cuba, 2008 © g.ponthieu

À Cuba, estime Repor­ters sans fron­tières, « l’heure est à nou­veau à la répres­sion et à la cen­sure contre les dis­si­dents et les jour­na­listes. On com­prend mieux, dans ce contexte, pour­quoi le régime traite par le mépris la réin­té­gra­tion de Cuba à l’Organisation des États amé­ri­cains (OEA), récem­ment obte­nue grâce aux efforts des autres pays d’Amérique latine. Ce pro­ces­sus impli­que­rait le res­pect des liber­tés fon­da­men­tales, une pers­pec­tive visi­ble­ment into­lé­rable pour la der­nière dic­ta­ture du conti­nent. La déten­tion et la pos­sible condam­na­tion de María Nélida López Báez le démontrent. La com­mu­nauté inter­na­tio­nale doit se mobi­li­ser pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains ».

Parmi les dix-neuf condam­nés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003 figure un autre pho­to­graphe, Omar Rodrí­guez Saludes, de Nueva Prensa, qui a écopé de la peine la plus lourde: vingt-sept ans de prison.

Le CIH-PRESS a éga­le­ment fait savoir que son jeune cor­res­pon­dant à Guan­ta­namo, Enyor Díaz Allen, a été condamné à un an de pri­son pour « outrage ». Il est empri­sonné depuis le 3 mai, date de la Jour­née inter­na­tio­nale… de la liberté de la presse.

Cuba compte actuel­le­ment 24 jour­na­listes empri­son­nés, dont le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières, Ricardo Gonzá­lez Alfonso, fon­da­teur de la revue De Cuba et lau­réat du Prix 2008 de l’organisation, condamné en mars 2003 à vingt ans de prison.

Sources : Repor­ters sans fron­tières et Échange inter­na­tio­nal de la liberté d’expression (IFEX, Toronto).


Cuba. Le journaliste Alberto Santiago Du Bouchet condamné à trois ans de prison

Alberto San­tiago Du Bou­chet, cor­res­pon­dant à La Havane de l’agence de presse indé­pen­dante, Habana Press, a été condamné ce 12 mai à trois ans de pri­son. Il avait été arrêté le 18 avril, offi­ciel­le­ment pour « outrage ».

Jugé à la hâte deux jours après son incar­cé­ra­tion, Alberto San­tiago Du Bou­chet a peu de chance de voir sa peine infir­mée. L’avocat qui a inter­jeté appel de la condam­na­tion n’a même pas pu l’assister en pre­mière ins­tance. Alberto San­tiago Du Bou­chet est le vingt-quatrième jour­na­liste empri­sonné à Cuba, le qua­trième depuis que Raúl Cas­tro a assumé la pré­si­dence du Conseil d’État, en juillet 2006. Pour Repor­ters sans fron­tières, « mal­gré la tran­si­tion, l’île tient tou­jours son rang de deuxième pri­son du monde pour les journalistes ».

Ce jour­na­liste dis­si­dent a déjà purgé une peine d’un an de pri­son pour un motif simi­laire, d’août 2005 à août 2006. « Son incar­cé­ra­tion, com­mente RSF, inter­vient dans un contexte de coup d’arrêt aux mesures d’ouverture enga­gées par Raúl Cas­tro après son acces­sion offi­cielle à la tête de l’État, en février 2008. Ainsi, les jour­na­listes dis­si­dents se heurtent à nou­veau à des dif­fi­cul­tés pour accé­der à Inter­net dans les hôtels. Les har­cè­le­ments de la Sécu­rité de l’État ne cessent plus. Le régime a repris la voie de la répres­sion après avoir cher­ché davan­tage de res­pec­ta­bi­lité auprès de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale. Ce double jeu ne sau­rait tenir longtemps ».

Vingt-quatre jour­na­listes sont actuel­le­ment déte­nus à Cuba. Trois d’entre eux, depuis la tran­si­tion de juillet 2006, ont été empri­son­nés sur la base de l’article du code pénal cubain punis­sant la “dan­ge­ro­sité sociale pré­dé­lic­tueuse”, qui per­met d’incarcérer un indi­vidu même s’il n’a com­mis aucun délit.

C’est à la suite d’un échange ver­bal avec un offi­cier de police, le 18 avril à Arte­misa (pro­vince de La Havane), qu’Alberto San­tiago Du Bou­chet a été conduit au com­mis­sa­riat de la ville. Les cir­cons­tances de son arres­ta­tion res­tent mal connues. Le jour­na­liste avait été plu­sieurs fois menacé de retour­ner en pri­son après sa libé­ra­tion, en août 2006, en rai­son de ses acti­vi­tés au sein de la presse dissidente.

Par ailleurs, une menace de condam­na­tion à quatre ans de pri­son – tou­jours pour “dan­ge­ro­sité sociale pré­dé­lic­tueuse” – a été adres­sée, le 7 mai 2009, à Lisbán Hernán­dez Sán­chez, 27 ans, du bureau d’information de la Com­mis­sion Mar­tiana. Des agents de la Sécu­rité de l’État se sont ren­dus au domi­cile du jeune jour­na­liste pour l’avertir, selon le site Payo­libre.

Sur les 24 jour­na­listes aujourd’hui déte­nus à Cuba, 19 ont été arrê­tés lors du “Prin­temps noir” de mars 2003 et condam­nés pour leurs seules opi­nions à des peines com­prises entre qua­torze et vingt-sept ans de pri­son. Parmi eux, Ricardo Gonzá­lez Alfonso, direc­teur de la revue De Cuba, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières, libé­rable en 2023.

[Sources : RSF, Paris et Échange inter­na­tio­nal de la liberté d’expression, Ottawa (IFEX)]


Avis de gros temps sur la démocratie

Mon vieux pote Ber­nard Lan­glois consacre presque tout son Bloc-notes dans Poli­tis de cette semaine à un sujet que je me devais de trai­ter ici-même : le fas­cisme ram­pant qui s’insinue dans nos quo­ti­diens comme des cafards dans des arrière-cuisine pas propres.

Lan­glois inti­tule sa chro­nique « L’heure du lai­tier » et on devine tout de suite qu’il ne cause pas de la crise agri­cole. Il parle pré­ci­sé­ment de ces opé­ra­tions poli­cières fachoïdes qui se mul­ti­plient comme jamais depuis que nous vivons en Nou­veau régime. A preuve, la hausse phé­no­mé­nale du nombre des gardes à vue enre­gis­trées dans notre beau pays. Dans son récent rap­port, l’Observatoire natio­nal de la délin­quance (OND) pointe une hausse de 35,42 % en cinq ans, plus rapide que le nombre de per­sonnes pour­sui­vies en jus­tice (22,56 % durant la même période). D’après ce rap­port, 577 816 gardes à vue ont eu lieu en 2008 contre 426 671 en 2003. Une forte hausse, qui concerne éga­le­ment les per­sonnes mises en cause, c’est-à-dire pour­sui­vies en jus­tice, dont le nombre a bondi de 956 423 à 1 172 393. [Le Monde, 12/05/09].

Des chiffres qui tou­te­fois ne disent rien de la nature des vio­lences, humi­lia­tions, injures et sadismes en tout genre pra­ti­quées par les « garants de l’ordre répu­bli­cain ». Bref, j’en reviens au papier de Lan­glois et même que je vais ci-dessous le pom­per allé­gre­ment, ce qui n’interdit pas de lire le reste de sa chro­nique et de Poli­tis – au contraire.

« […] On annon­çait ce lundi midi que trois « proches » de Julien Cou­pat avaient été arrê­tés dans la région rouen­naise et pla­cés en garde à vue. À 14 heures, alors que je m’attaque à la rédac­tion de ce pré­sent bloc-notes, un coup de fil m’apprend qu’un autre coup de filet a pêché, à For­cal­quier, quatre autres sus­pects de la « mou­vance », dont Johanna et Fran­çois Bou­char­deau. Direc­tion Mar­seille pour inter­ro­ga­toire à l’hôtel de police (« l’Évêché », comme on conti­nue de dire là-bas, eu égard aux anciennes fonc­tions de cet édi­fice qui sur­plombe le Vieux Port, et où l’on dis­tri­bue main­te­nant plus sou­vent des tor­gnoles que des béné­dic­tions). En matière de ter­ro­risme, puisque c’est dans cette caté­go­rie qu’on a classé l’affaire qui nous occupe, tous ces braves gens peuvent res­ter en garde à vue jusqu’à 96 heures, une paille ! Ainsi, le pou­voir judi­ciaire conti­nue de s’acharner sur des citoyens aux­quels, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut repro­cher que des faits qui relèvent de la liberté de pen­ser et de mani­fes­ter. Voyons voir : je ne connais pas les embas­tillés de la région rouen­naise, mais je connais bien ceux de Forcalquier.

« Fran­çois Bou­char­deau fut long­temps (depuis l’adolescence, dans les années 1970) un des piliers de la célèbre com­mu­nauté de Longo Maï, dont le centre est situé sur la col­line Zin­zine, proche de Limans, à quelques kilo­mètres de For­cal­quier. Il l’a quit­tée depuis quelques années pour prendre la direc­tion de HB édi­tions, fon­dée par sa mère, l’ancienne ministre de l’Environnement Huguette Bou­char­deau, dont il a ins­tallé le siège à For­cal­quier même. Sa femme, Johanna, et leurs deux enfants vivent tou­jours dans la com­mu­nauté, où l’on ne se borne pas à culti­ver les terres arides de la Haute-Provence : depuis tou­jours, né de l’éruption de Mai 68, le pro­jet lon­go­maïen est poli­tique, et prône et pra­tique (dans la vie quo­ti­dienne, les rap­ports de pro­duc­tion et d’échanges, par l’exemple vivant, l’essaimage, la trans­mis­sion, la pro­pa­gande écrite et orale – Radio Zin­zine (1) est une sta­tion de qua­lité qui rayonne sur la région – et tous autres moyens légaux et non vio­lents) un mode de vie et d’organisation sociale en rup­ture avec la société capi­ta­liste. Inter­na­tio­na­lisme, auto­ges­tion, soli­da­rité, par­tage, tiers-mondisme : toutes ces choses, là, qui furent au coeur d’un idéal de gauche quand la gauche avait un idéal. Des gau­chistes, quoi.

« Le rap­port avec les incul­pés de Tar­nac ? Dans la pra­tique, je l’ignore. Dans la vision du monde, le rejet de la société mar­chande, la recherche et la pra­tique d’un mode de vie dif­fé­rent, il est évident. Lorsque l’affaire de Tar­nac a éclaté, souvenez-vous, j’avais du reste fait un paral­lèle entre les deux groupes. C’est donc tout natu­rel­le­ment que s’est immé­dia­te­ment posée la ques­tion de la soli­da­rité entre Longo Maï et Julien Cou­pat et ses amis. Ou plu­tôt qu’elle s’est impo­sée d’elle-même : dans le mou­ve­ment de sou­tien aux incul­pés qui s’est mis en place au plan natio­nal, nos Pro­ven­çaux (inter­lopes, mais Pro­ven­çaux quand même !) n’ont pas été les der­niers à se mobi­li­ser. Et les Bou­char­deau en par­ti­cu­lier, qui ont repré­senté Longo Maï dans les diverses réunions de coor­di­na­tion des comi­tés de soutien […]

« On en est là, les amis. On le savait déjà pour ce qui concerne l’aide aux migrants clan­des­tins (quoi qu’en dise le traître emblé­ma­tique du gou­ver­ne­ment), mais c’est vrai en géné­ral pour toute forme de sou­tien à des mili­tants en butte à la police et à la jus­tice : la soli­da­rité est désor­mais un délit. Peut-être même bien un crime ? Va savoir ! Ter­ro­risme, ce mot bien fait pour pani­quer le peuple, qu’on ne devrait employer qu’avec d’infinies pré­cau­tions, est mis à toutes les sauces. On s’en par­fume le battle-dress, on s’en gar­ga­rise le goitre, on alliot-marise toute la vie sociale. Bien­tôt, on ne sera plus dans ce qui est censé carac­té­ri­ser une démo­cra­tie, selon la for­mule bien connue : « Une société où, quand on sonne à votre porte à 6 heures du matin, c’est le lai­tier ! » Pour Fran­çois et Johanna et les deux jeunes enchris­tés avec eux, comme pour les gens de Rouen, et peut-être d’autres encore, ailleurs, ce matin ce n’était pas le lai­tier, mais la police judiciaire. »

Lan­glois évoque la fli­caille de Mar­seille. Elle est tri­ple­ment d’actualité. Outre cette affaire-là, celle de l’enseignant et son « Sar­kozy, je te vois ! » qui élec­trise et la force publique et le pro­cu­reur de la Répu­blique – lequel ne craint pas le ridi­cule en requé­rant 100 euros d’amende ! L’autre, le pla­ce­ment en garde à vue – et encore une ! – au com­mis­sa­riat Noailles de Mar­seille, pen­dant plus de 24 heures, d’un syn­di­ca­liste de la CGT, Charles Hoa­reau, suite à une simple convo­ca­tion dans une affaire de conflit social.

N’allons pas en infé­rer qu’il y a du Sarko dans tout ça – d’ailleurs l’ « Ély­sée » dément être inter­venu en quoi que ce soit… Pas besoin : c’est la force du pou­voir exces­sif de conduire ses agents (sbires ou seule­ment zélés ser­vi­teurs) à inté­rio­ri­ser les ordres d’En-Haut sans qu’ils aient à être expres­sé­ment for­mu­lés. L’état démo­cra­tique réel d’un régime se mesure pré­ci­sé­ment à l’aune de tels débor­de­ments répres­sifs et au fait qu’un État les tolère. C’est le meilleur baro­mètre de la pres­sion auto­ri­taire. Ces temps-ci, la météo poli­tique n’annonce rien de bon.

–––––––––
(1) Vous me direz que je ne manque pas d’air en pom­pant un confrère de manière aussi éhon­tée. J’ai une excuse et même deux : 1) Pour­quoi retis­ser une laine d’aussi haute lice ? 2) Sur­tout quand le tis­se­rand est consentant.

(2) Radio Zin­zine Info, 04300 Limans, www.radiozinzine.org et Longo maï, Révolte et uto­pie après 1968, vie et auto­ges­tion dans les coopé­ra­tives euro­péennes, Bea­triz Graf, The­sis ars his­to­rica, 176 p. Écrire à : trixiegraf@yahoo.fr


Fascisme ordinaire. « Monsieur Vadrot ? L’accès du Jardin des Plantes vous est interdit »

Jour­na­liste à Poli­tis et chargé de cours à Paris-VIII, Claude-Marie Vadrot, raconte l’inquiétante mésa­ven­ture qui vient de lui arri­ver ce 17 avril. Une his­toire qui rap­pelle un temps où l’on par­lait de « fas­cisme ordi­naire ». Au Jar­din des Plantes, dira-t-on, il est nor­mal que repoussent même les mau­vaises herbes.


« Je suis inquiet, très, très inquiet.. Ven­dredi der­nier,
à titre de soli­da­rité avec mes col­lègues ensei­gnants de l’Université de Paris 8 enga­gés, en tant que titu­laires et cher­cheurs de l’Éducation natio­nale, dans une oppo­si­tion dif­fi­cile à Valé­rie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la bio­di­ver­sité et l’origine de la pro­tec­tion des espèces et des espaces, que je donne habi­tuel­le­ment dans les locaux du dépar­te­ment de Géo­gra­phie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jar­din des Plantes (Muséum Natio­nal d’Histoire Natu­relle), là où fut inven­tée la pro­tec­tion de la nature. Une façon, avec ce «cours hors les murs», de faire décou­vrir ces lieux aux étu­diants et d’être soli­daire avec la grogne actuelle mais sans les péna­li­ser avant leurs partiels.

Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étu­diants, j’ai eu la sur­prise de me voir inter­pel­ler dès l’entrée fran­chie par le chef du ser­vice de sécu­rité? Tout en consta­tant que les deux portes du 36 rue Geof­froy Saint Hilaire étaient gar­dées par des vigiles.

– «Mon­sieur Vadrot ? ». — euh… oui — Je suis chargé de vous signi­fier que l’accès du Jar­din des Plantes vous est inter­dit. — Pour­quoi ?? — Je n’ai pas à vous don­ner d’explication.

– Pou­vez vous me remettre un papier me signi­fiant cette inter­dic­tion ?? — Non, les mani­fes­ta­tions sont inter­dites dans le Muséum — Il ne s’agit pas d’une mani­fes­ta­tion, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pan­carte — C’est non.

Les étu­diants, qui se baladent déjà dans le jar­din, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez-vous. Le cours se fait donc, pen­dant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la pro­tec­tion de la nature, sur Buf­fon. A la fin du cours, je demande à nou­veau à entrer pour effec­tuer une visite com­men­tée du jar­din. Nou­veau refus, seuls les étu­diants peuvent entrer, pas leur ensei­gnant. Ils entrent et, je décide de ten­ter ma chance par une autre grille, rue de Buf­fon, où je retrouve des membres du ser­vice de sécu­rité qui, pos­sé­dant mani­fes­te­ment mon signa­le­ment, comme les pre­miers, m’interdisent à nou­veau l’entrée.

Évi­dem­ment, je finis pas me fâcher et exige, sous peine de bous­cu­ler les vigiles, la pré­sence du direc­teur de la sur­veillance du Jar­din des Plantes. Comme le scan­dale menace il finit par arri­ver. D’abord par­fai­te­ment mépri­sant, il finit pas me réci­ter mon CV et le contenu de mon blog. Cela com­mence à res­sem­bler à un pro­cès poli­tique, avec des­crip­tions de mes opi­nions, faits et gestes. D’autres ensei­gnants du dépar­te­ment de Géo­gra­phie, dont le direc­teur Oli­vier Archam­beau, pré­sident du Club des Explo­ra­teurs, Alain Bué et Chris­tian Weiss, insistent et menacent d’un scan­dale. Le direc­teur de la Sur­veillance, qui me dit agir au nom du Direc­teur du Muséum (où je pen­sais être hono­ra­ble­ment connu), com­men­çant sans doute à dis­cer­ner le ridi­cule de sa situa­tion, finit par nous faire une pro­po­si­tion incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autre­fois, comme jour­na­liste, en Union sovié­tique: — Écou­tez, si vous me pro­met­tez de ne pas par­ler de poli­tique à vos étu­diants et aux autres pro­fes­seurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étu­diants.. Je pro­mets et évi­dem­ment ne tien­drai pas cette pro­messe, tant le pro­pos est absurde. J’entre donc avec l’horrible cer­ti­tude que, d’ordre du direc­teur et pro­ba­ble­ment du minis­tère de l’Éducation natio­nale, je viens de faire l’objet d’une «inter­dic­tion poli­tique». Pour la pre­mière fois de mon exis­tence, en France.

Je n’ai réa­lisé que plus tard, après la fin de la visite se ter­mi­nant au laby­rinthe du Jar­din des Plantes, à quel point cet inci­dent était «extra­or­di­naire » et révé­la­teur d’un glis­se­ment angois­sant de notre société. Rétros­pec­ti­ve­ment, j’ai eu peur, très peur. »


Purge à Cuba. Fidel tire encore les ficelles

Peut-être mou­rant mais pas mort ! Cas­tro Fidel tire encore les ficelles à la tête de son île. Il vient en effet de limo­ger deux hauts res­pon­sables du gou­ver­ne­ment, selon une pro­cé­dure qui fleure « bon » la purge stalinienne.

Car­los Lage, était vice-président et chef de cabi­net et Felipe Perez Roque ministre des rela­tions exté­rieures. Ce der­nier avait été nommé chef de la diplo­ma­tie en 1999, à l’âge de 34 ans, après avoir été pen­dant sept ans le secré­taire par­ti­cu­lier de Fidel Castro.

Tous deux ont été mis en dis­grâce par Fidel Cas­tro lui-même qui, jusqu’alors, les consi­dé­rait comme de ses plus « fidèles » ser­vi­teurs. Leur éjec­tion annon­cée la semaine der­nière par Raúl avait pu faire croire en un geste d’affirmation du « petit frère » (75 ans) ainsi décidé à s’affranchir de l’inusable « líder máximo ». Que nenni ! C’est bien Fidel lui-même qui, dans une de ses « Reflexiones » publiée le 3 mars dans le quo­ti­dien Granma, a pro­noncé – sans les citer nom­mé­ment – la mise en dis­grâce de deux hommes, accu­sés de « conduite indigne ». Cita­tion exacte : « Le miel du pou­voir pour lequel ils n’ont consenti aucun sacri­fice a éveillé en eux des ambi­tions qui les ont conduits à jouer à un rôle indigne. L’ennemi exté­rieur a nourri bien des illu­sions à leur égard. »

En d’autres termes que la langue de bois, et faute de plus de pré­ci­sions, il s’agit bel et bien d’une tra­hi­son au pro­fit des États-Unis. Et dans la tra­di­tion des pro­cès de Mos­cou ou du moins de leur « ins­truc­tion », les deux appa­rat­chiks ont fait une auto­cri­tique publiée le 5 mars par les médias cubains. Dans une lettre au pré­sident, les deux poli­ti­ciens affirment avoir com­mis des « erreurs » et devoir quit­ter leurs fonc­tions à la suite de ces mêmes « erreurs ». « Je recon­nais les erreurs com­mises et en assume la res­pon­sa­bi­lité. Je consi­dère comme juste et pro­fonde l’analyse réa­li­sée lors de la der­nière réunion du Bureau poli­tique », écrit Car­los Lage dans sa lettre datée du 3 mars. Quelles « erreurs » ? Mys­tère.

Car­los Lage était connu pour ses timides réformes intro­duites dans les années 1990 quand l’économie cubaine subis­sait le contre­coup de l’arrêt des sub­sides sovié­tiques. Felipe Roque était chef de la diplo­ma­tie depuis dix ans et jusqu’à ces der­niers jours où il eut à rece­voir l’émissaire de Sar­kozy, Jack Lang.

Lage et Roque sont de ces « quin­cas » sur les­quels pou­vait repo­ser une pos­sible ouver­ture du régime. Des « jeunes » hommes trop pres­sés sans doute et qui auraient pu com­mettre quelque impru­dence dans un sys­tème mili­taire et poli­cier tenu par de puis­sants ser­vices de renseignement.

Ce ne sont pas les pre­mières têtes qui tombent sans expli­ca­tion. En avril der­nier, le ministre de l’éducation Luis Igna­cio Gomez avait connu le même sort, accusé par Fidel d’avoir « perdu sa conscience révo­lu­tion­naire » après 18 ans de ser­vice.. Avant lui, en 1999, Roberto Robaina, le pré­dé­ces­seur de Felipe Perez Roque au minis­tère des affaires étran­gères avait aussi été bru­ta­le­ment limogé et exclu du parti com­mu­niste cubain en 2002. En 2006, Juan Car­los Robin­son, membre du Bureau poli­tique du PCC, avait été condamné à 12 ans de pri­son pour « tra­fic d’influence ».

Plus avant encore, il y a vingt ans, et autre­ment plus grave, il y eut l’affaire Ochoa. Arnaldo Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sierra Maes­tra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zuela, Éthio­pie et Angola – condamné à mort et exé­cuté en 1989 pour « tra­fic de drogues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régime. Démas­qué, Fidel lui avait imposé un mar­ché de dupes : prendre sur lui ce tra­fic de drogues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensuite. D’où la confes­sion auto­cri­tique de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cuté un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régime fit  de ce pro­cès, tenu par des juges mili­taires, une opé­ra­tion de pro­pa­gande dont il a le secret. On peut en suivre les prin­ci­pales phases sur  inter­net (taper « Arnaldo Ochoa » sur Google). C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours voulu cacher toute dis­si­dence et même tout désac­cord avec  la ligne poli­tique. Le régime ne peut admettre que des déviances ou des « fautes morales » personnelles.

Le parti com­mu­niste cubain est aujourd’hui tiraillé entre prag­ma­tiques, par­ti­sans d’une ouver­ture de l’économie et de la diplo­ma­tie, et conser­va­teurs, qui s’obstinent à main­te­nir le modèle exis­tant mal­gré les graves dif­fi­cul­tés que connaît le peuple cubain. L’arrivée de Barack Obama et la pers­pec­tive d’une détente avec les Etats-Unis ont accen­tué les dis­sen­sions, sur­tout si, à terme, une levée de l’embargo place le régime cubain devant sa propre ina­nité éco­no­mique et le signe patent de son échec poli­tique. Que l’Histoire ne les acquitte pas, c’est par des­sus tout ce que redoutent les frères Castro.


CUBA À L’AN 50 DE LA RÉVOLUTION CASTRISTE (reportage)

« L’espérance était verte,

la vache l’a mangée »

Monde de façades et de double-jeu. Cuba, miroir aux alouettes béates, ces ado­ra­teurs exo­tiques en mal de « Che » ou tou­ristes bala­dés, pour­voyeurs de devises qui ali­mentent le pre­mier biz­ness de l’île, bien avant le cigare et le nickel. La dic­ta­ture caraïbe tient par ses charmes, eux-mêmes lif­tés grâce à un art consommé du maquillage. A cin­quante ans – ce 1er jan­vier, elle va fêter ça en grands pompes – la Révo­lu­tion cas­triste fait vrai­ment vieille déca­tie. C’est ainsi, quand on n’assume pas son âge, ses rides, ses vices.

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Tri­ni­dad. Croi­se­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au pho­to­graphe… et à un demi-siècle de cas­trisme [© gp]

La Havane, début novembre. Pedro me montre le bout rafis­tolé de ses chaus­sures. Il est méde­cin psy­chiatre. « Que pen­ser de cette réa­lité ? Mes chaus­sures ont plus de deux ans, elles sont usées mais je n’ai pas les moyens d’en chan­ger car je gagne 450 pesos par mois ! » À moins de 20 euros, son salaire atteint pour­tant le triple du revenu mini­mum cubain (150 pesos, à peine 6 euros). Pedro a la déprime, ancrée au fil des années de sa qua­ran­taine sans espé­rance. Il n’a qu’un but : man­ger et faire man­ger les siens. Comme tout Cubain. Tra­vailler deux fois, l’officielle et l’autre, la com­bine. « Para comer », pour man­ger. C’est le leit­mo­tiv. « Si je change de chaus­sures, insiste Pedro, on ne mange pas à la mai­son ! Et je suis médecin !»

On s’est assis sur un muret isolé, dans un square proche de l’hôpital où il tra­vaille, dans le Vedado, quar­tier plu­tôt chic de la capi­tale – à deux heures de bus de son domi­cile, en ban­lieue loin­taine. Ter­rible désir d’expression – ce sera une constante dans mes ren­contres – qui se libère une fois la confiance éta­blie. On vient de mar­cher durant plus d’une heure, sans autre but que d’avancer en par­lant, ne pas res­ter sur place, ris­quer les oreilles rap­por­teuses. On tourne autour de la place de la Révo­lu­tion, ce grand œuvre sta­li­nien, sta­tue colos­sale de José Marti – l’Apôtre, comme ils l’appellent –, por­trait géant du Che – le Héros –, tri­bune d’où Fidel a massé les masses – le Pue­blo sanc­ti­fié – à pleines heures de palabres. Pedro se lâche de plus en plus, lui fils d’un ancien maqui­sard de la Sierra Maes­tra, lui qui n’en peut plus de cette logor­rhée de slo­gans pom­peux, de ces appels à la mobi­li­sa­tion, à la morale, à la pureté. Il ricane.

»> Suite dans Poli­tis de cette semaine.

»> Voici le lien du site de Poli­tis et de l’amorçage de mon article . Vous y trou­ve­rez sur­tout une suite de com­men­taires dont cer­tains valent le détour…


Les Nouvelles de Pékin censuré pour avoir publié une photo de Tiananmen

Le gou­ver­ne­ment chi­nois a cen­suré jeudi le site Inter­net du quo­ti­dien Xin Jing Bao (Les Nou­velles de Pékin). Le jour­nal papier avait publié une photo (repro­duite ici, au risque de la cen­sure chi­noise…) mon­trant des jeunes bles­sés durant la répres­sion du mou­ve­ment démo­cra­tique de la place Tia­nan­men en 1989. D’autres sanc­tions sont à craindre. Cette affaire illustre le rai­dis­se­ment du gou­ver­ne­ment chi­nois, tan­dis qu’attentats et pol­lu­tion pèsent sur la tenue toute pro­chaine des JO.

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(AP Photo/Liu Heung Shing)

Les médias chi­nois sont tenus de pas­ser sous silence les fameux évé­ne­ments. Le quo­ti­dien a-t-il cru déjouer la cen­sure en publiant la photo sans légende ?… pour illus­trer l’interview de Liu Xiang­cheng, un ancien pho­to­graphe d’Associated Press, lau­réat du prix Pulit­zer en 1992 pour son tra­vail sur la chute de l’Union sovié­tique. Ce qui n’a pas trompé l’œil des cen­seurs. Les­quels vont cepen­dant devoir s’attaquer à inter­net où l’on retrouve l’image sacri­lège, cette fois avec sa légende indi­quant clai­re­ment que les jeunes gens ensan­glan­tés, allon­gés à l’arrière d’un cyclo­pousse de trans­port, sont des vic­times du 4 juin 1989.

Des exem­plaires du journal-papier ont éga­le­ment été rap­pe­lés des kiosques, rap­porte ven­dredi le quo­ti­dien hong­kon­gais Ming Pao.

Selon Asso­cia­ted Press et l’AFP, Les Nou­velles de Pékin a la répu­ta­tion d’être une voix libé­rale dans le pay­sage média­tique chi­nois, mais les rai­sons qui ont poussé le jour­nal à publier cette photo res­tent obs­cures. Fin 2005, le titre avait fait l’objet d’une reprise en main par le dépar­te­ment de la publi­cité (ex-propagande) du Parti com­mu­niste chi­nois. En juin 2007, plu­sieurs res­pon­sables d’un autre jour­nal du sud-ouest de la Chine, le Chengdu Eve­ning News, avaient été limo­gés après la paru­tion d’une publi­cité qui ren­dait un hom­mage déguisé aux vic­times de 1989.


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    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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