On n'est pas des moutons

Mot-clé: élections

Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effaré par tous ces gens, y com­pris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effaré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la con­science poli­tique ?

La soupe néolibérale, je ne la goûte guère. Elle détraque tou­jours plus notre bonne vieille Terre et ses habi­tants, en par­ti­c­uli­er nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rap­pel­er. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vom­ir et qui hélas ! ren­con­tre telle­ment d’écho aujourd’hui dans notre France : la can­di­date néo­fas­ciste (j’ai bien dit néo) a obtenu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été rénovée pour être plus “présentable”, la réal­ité empirique­ment observ­able n’est pas belle à voir. Ce par­ti reste un ramas­sis de pétain­istes et le soi-dis­ant gaulliste Philip­pot y est minori­taire. La ges­tion des munic­i­pal­ités FN est inquié­tante, il y a beau­coup de témoignages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a par­ticipé au bal de l’extrême droite européenne le 27 jan­vi­er 2012, jour du 67e anniver­saire de la libéra­tion du camp de con­cen­tra­tion d’Auschwitz !…

m-le-pen

© Ph. Reuters. Cli­quer pour agrandir

Le Monde –28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants “combattants”, adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se présente comme le défenseur du peu­ple français con­tre la tech­nocra­tique Union européenne. Ce qui plaît dans ce dis­cours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émis­saire facile aux électeurs, leur évi­tant par là-même la fatigue de penser à des prob­lèmes com­plex­es qui ne peu­vent se résoudre d’un coup de baguette mag­ique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aus­si quelques avan­tages. Et si l’on en sor­tait, il y aurait certes quelques avan­tages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peu­ple, on sim­pli­fie les choses, on lui fait miroi­ter des solu­tions mir­a­cles.

Ce que ne font jamais  les idéo­logues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réal­ité est tou­jours mul­ti­ple et con­tra­dic­toire : la con­tra­dic­tion est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pen­sée binaire, et dans le cirque élec­toral la réal­ité est très sou­vent gom­mée d’un effet de manche, sans jamais être appréhendée dans sa com­plex­ité.

Com­ment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron prési­dent qu’à Le Pen ? C’est la soi-dis­ant proche du peu­ple Le Pen qui demandait l’interdiction des man­i­fs pen­dant le mou­ve­ment d’opposition à la loi tra­vail, et non pas le ban­quier Macron. Il serait donc sage de choisir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réelle­ment répub­li­cains !

Rap­pel : Res pub­li­ca sig­ni­fie la chose publique, qui appar­tient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr




Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édité un tim­bre. Rien n’y a fait ! Un méti­er…

Je cède : tant de com­men­taires, analy­ses, sup­pu­ta­tions, etc. déver­sés depuis des mois… Et rien sur ma can­di­da­ture, son échec, mon dés­espoir, mon dépit ! À dés­espér­er de la mer­diacratie. Ce néol­o­gisme-valise syn­thé­tise à mer­veille le dégoût politi­cien à l’encontre de la presse dans son ensem­ble – à l’exception toute­fois du Figaro et de Valeurs actuelles. Il réu­nit aus­si dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélen­chon, out­rance et amer­tume, triste alliance de con­traires.

C’est en fait sous la pres­sion de mes innom­brables fans 1 que je reprends ma plume délais­sée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâch­es m’avaient acca­paré ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réu­ni mes 500 sig­na­tures, pas même cinq… N’est pas Chem­i­nade qui veut, ni Poutou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tri­bun. Ain­si en étais-je resté à lInsoumis « qui ne plan­tait rien », en tout cas qui s’est plan­té, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foirade en poli­tique ? À un mot de trop, un déra­page ver­bal et fatal. Pour lui, son Alliance boli­vari­enne, au moment même où son cama­rade vénézuélien met­tait Cara­cas à feu et à sang. Il a eu beau ten­ter de rat­trap­er l’affaire avec un vague truc com­mer­cial guyano-antil­lais, ben non, le coup était bien par­ti. Pour le Marcheur, une ivresse de trop, celle du pou­voir qui monte à la tête d’un Rasti­gnac si pressé, qui va devoir mâch­er de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouf­fer du Fouquet’s pen­dant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Dessin de Charb, Char­lie Heb­do, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à vot­er pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres. 2 Rap­pel : mon can­di­dat (à défaut de ma pro­pre can­di­da­ture…) est par­rainé par un cer­tain Jean Giono, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Provence. Ce même Giono que led­it Mélen­chon a insulté à la télévi­sion, en direct, quand le comé­di­en Philippe Tor­re­ton avait cru bon, éco­lo et généreux de lui offrir L’Homme qui plan­tait des arbres, dudit Giono : « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », avait tout aus­sitôt lancé Mélen­chon. Quelle immoral­ité, bigre ? Celle de « cette his­toire […] écrite pen­dant la guerre, et quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les électeurs de Manosque, mag­nanimes ou indo­lents, n’en ont pas voulu au don­neur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont placé en tête à 22,5% des bul­letins… Pour qui voteront-ils le 7 mai si leur préféré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte con­tre « le fas­cisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voilà le “Tri­bun du peu­ple” soudain muet, mouché sur sa droite extrême, en appelant à la vox populi/dei de ses 450 000 afi­ciona­dos.

Sans légende, et désor­mais légendaire.

Je rap­pelais en note, dans mon arti­cle précé­dent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Par­ti com­mu­niste alle­mand avait pour cible pri­or­i­taire le Par­ti social-démoc­rate ! Et on sait que l’Histoire peut bégay­er – même si je ne saurais con­fon­dre lep­enisme et nazisme. Les anathèmes sim­plistes et out­ranciers con­tre le Front nation­al n’ont plus de prise ; ils sont même devenus con­tre-pro­duc­tifs en niant une réal­ité (certes acca­blante et déplorable) encore véri­fiée par ces élec­tions : le FN est con­fir­mé comme pre­mier par­ti « ouvri­er » – plus pré­cisé­ment ceux des lais­sés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le sys­tème » con­damne, tout comme les « euro­crates » brux­el­lois et les « hordes d’immigrés ». Sous les out­rances ver­beuses et le ric­tus car­nassier de la can­di­date, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la fron­tiste, en filant droit à Rungis saluer comme Sarkozy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aus­si d’un pro­gramme écol­o­giste et utopiste. Dans cette France des 35–40 heures, on ne doit pas oser désacralis­er la valeur tra­vail. 5 Ain­si ont voté les 387 citoyens de Fes­sen­heim autour de leur vieille, dan­gereuse et nourri­cière cen­trale : les nucléaristes y font le plein, Fil­lon en tête, suivi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aig­nant – Mélen­chon et Hamon recueil­lant moins de 50 voix…

À pro­pos de Dupont-Aig­nant, ren­dons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épargnés la Le Pen en tête de gon­do­le 6, et sauvés du spec­tre Fil­lon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podi­um… On se con­sole de peu. Mais on n’a pas fini de rigol­er (jaune) car revoilà Sarko et sa bande d’embusqués prêts à dégain­er pour le troisième tour. Le pire n’est jamais cer­tain, dit-on par pré­cau­tion.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avéré…
  3. Voir mon papi­er sur le sujet.
  4. C’est au lende­main de ce pre­mier tour que les pro­duc­teurs de “vian­des racées” lan­cent une saig­nante cam­pagne de pub dans les médias… avec ce slo­gan fleu­rant sa terre pétain­iste : “Ini­tiez-vous aux plaisirs racés”. Si la notion de race s’applique aux vach­es, pourquoi plus aux hommes ?
  5. Surtout en impro­visant bien laborieuse­ment, c’est le cas de le dire, sur la ques­tion du revenu uni­versel” !
  6. Il va se faire par­don­ner vite fait!
  7. Dézin­guage en règle lancé sur France Inter par Char­line Van­hoe­nack­er, du « com­plot médi­a­tique ».

Élections. Xavier Bertrand, salaud sartrien (article de 2010, pour l’Histoire…)

Xavier Bertrand, futur prési­dent de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ce politi­cien de bas étage – je main­tiens –, se refait donc une sorte de vir­ginité sur l’air du “front répub­li­cain”. Le politi­cien, on le recon­naît à ça, lui aus­si, tout comme l’autre : il ose tout. Et, comme tel, il parvient à faire accroire au bon peu­ple si abus­able qu’il vient de ter­rass­er le Drag­on. Lui qui l’a engrais­sé, tout comme tant de ses con­génères de la basse poli­tique. Voici donc, pour mémoire et pour l’Histoire (avec sa grande hache…), ce moment télévisé de févri­er 2010, il y a cinq ans. Pour illus­tr­er une belle saloperie.


 

J’écris « salaud sar­trien » par pré­cau­tion judi­ci­aire, vu que c’est une caté­gorie estampil­lée phi­lo. Bon. Mais nor­male­ment, si j’écrivais à un pote, je m’en passerais et par­lerais plutôt de la dig­nité selon Camus. Car ce type est igno­ble (con­traire de noble, ça oui !), abject (qu’on a envie de jeter), mépris­able, etc. Si vous voulez le voir en action, y a qu’à cli­quer sur l’image et vous allez assis­ter à la représen­ta­tion la plus vile de ce qu’un politi­cien peut don­ner à voir. Ce lam­en­ta­ble spec­ta­cle mon­tre un Xavier Bertrand et nonob­stant secré­taire général de l’UMP pra­ti­quer une danse du scalp, voire une mise à mort, autour d’un jour­nal­iste du Cour­ri­er picard. Un tel mépris de la per­son­ne, affiché avec tant de morgue, ça fait plus que froid dans le dos.

Cela se passe le 19 jan­vi­er, sur le plateau de l’émission “Ter­rain poli­tique” de la chaîne Pub­lic Sénat. Xavier Bertrand, par ailleurs adjoint au maire de Saint-Quentin (Aisne), est ques­tion­né par Nico­las Totet, respon­s­able de l’édition locale du Cour­ri­er picard à Saint-Quentin. Le jour­nal­iste n’est pas à l’aise, ce n’est pas son truc la télé. L’autre le toise de son œil noir comme un ban­dit au coin du bois. Pas besoin d’en dire plus puisque le doc­u­ment fait foi. Ce morceau désolant va s’ajouter à la vaste antholo­gie cou­vrant la caté­gorie vul­gar­ité et bassesse politi­ci­ennes.

Extrait des réac­tions des lecteurs du monde.fr :

Sou­tien le plus total au jour­nal­iste du Cour­ri­er Picard. Tout le monde ne peut pas être à l’aise à la télévi­sion, et prof­iter des faib­less­es de son con­tra­dicteur pour l’humilier, c’est vrai­ment pitoy­able. Ne vous en faites pas Mon­sieur Totet, ce n’est pas vous qui sortez rabais­sé de cette vidéo, mais bien le balourd d’en face.

Vrai qu’il fal­lait lui ren­tr­er dans le lard à l’ex assureur trop assuré, mais là nib ! Un jour­nal­iste en forme de feuille morte trem­blante à la moin­dre chique­naude de l’engraissé Bertrand. Le Cour­ri­er Picard… ça doit venir du cli­mat, le froid ça fait per­dre ses moyens.

Je vous trou­ve dur avec le pau­vre Xavier. Sou­venez-vous, il était sym­pa dans le lip­dub de l’ump… Pensez à son déhanche­ment, sa petite main au bout de son bras dessi­nant des vagues. Avouez, de suite, on ressent bien la bêtise pro­fonde, grasse, du per­son­nage…

Le com­porte­ment de Xavier Bertrand est celui d’un 4x4 face à une 2 chevaux : gros, puis­sant et vul­gaire. Pro­pre­ment scan­daleux, non pas fellinien, mais berlus­conien!


Paru icihttps://c-pour-dire.com/xavier-bertrand-salaud-sartrien/  Et sous l’article voir aus­si le per­ti­nent com­men­taire de l’époque.


À propos d’élections et de démocratie…

les-echos-elections-education

education-elections-democratie

Un vieux sujet de réflex­ion, tou­jours actuel

À pro­pos d’élections, le tableau ci-dessus exprime bien des choses… Il résulte d’une enquête menée auprès de 2.800 per­son­nes pour le compte des Échos, le quo­ti­di­en de l’économie libérale – que je me per­me­ts ain­si de citer, une fois n’est pas cou­tume. À cha­cun sa pro­pre lec­ture de cette « pho­togra­phie ».

Mer­ci à ma fille de m’avoir envoyé ce doc­u­ment, accom­pa­g­né de son com­men­taire : « En tout cas, cer­tains ont bien intérêt à ne pas trop édu­quer les mass­es… »

Nous tou­chons là à l’essence de la démoc­ra­tie, que Churchill con­sid­érait comme, le « pire sys­tème de gou­verne­ment, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expéri­men­tés ». [« Democ­ra­cy is the worst form of Gov­ern­ment except all those oth­er forms that have been tried from time to time ». Win­ston Churchill, 11 novem­bre 1947, à Lon­dres, Cham­bre des com­munes].


Elections et langue de bois. « Le message des Français a été entendu »

elections-baratin-politiqueAyant, ce dimanche, un peu suc­com­bé au charme télévi­suel des soirées élec­torales, me voici sur France 2 en son con­cen­tré de niais­eries ver­beuses. Une sorte de con­som­mé, comme on dit dans les restos qui se la jouent en vous ser­vant une vul­gaire soupe, à l’occasion fraîche­ment sor­tie de sa boîte à con­serve.

Ce n’est pas nou­veau, certes, mais à chaque fois il sem­ble que le pro­grès soit dans ce domaine en marche con­stante. À l’image du « Point God­win », je me suis amusé à guet­ter le « Point Baratin Poli­tique », ou Point BP – non pas une pompe à essence, plutôt une pompe à air, prop­ice à génér­er du vide et à épuis­er la démoc­ra­tie.

Rap­pelons en pas­sant la déf­i­ni­tion de la « Loi God­win » : « Plus une dis­cus­sion dure longtemps, plus la prob­a­bil­ité d’y trou­ver une com­para­i­son impli­quant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Ain­si, dans un débat, un inter­locu­teur se dis­crédite quand il atteint le point God­win, véri­fi­ant ain­si la loi du même nom.

Donc ce Point BP a été très vite atteint, d’ailleurs à l’ouverture des micros, pour ce « debrief­ing » post élec­toral qui avait tout de la réu­nion de type man­agér­i­al qui égaie tant le quo­ti­di­en des patrons et autres cadres d’entreprises; par exem­ple, quand ils vien­nent d’emporter un appel d’offres ou, au con­traire, de le per­dre, et qu’il faut tir­er des enseigne­ments, régler des comptes, redéfinir des postes, met­tre untel au plac­ard, pouss­er tel autre au sui­cide, et toutes ces joyeusetés mod­ernes de la socia­bil­ité entre­pre­neuri­ale – beurk !

À l’origine, la « langue de bois » était la « langue de chêne », expres­sion util­isée par les Russ­es, avant la révo­lu­tion bolchevique, pour qual­i­fi­er le style admin­is­tratif dans la bureau­cratie tsariste.

Et là, puisque la parole fut illi­co don­née à Ségolène Royale, c’est elle qui, sans bar­guign­er, décrocha le pom­pon avec un glo­rieux : « Il faut mobilis­er les éner­gies et libér­er les forces créa­tri­ces ». Joli. Bien vite, la voici sec­ou­rue par un Pierre Moscovi­ci en grande forme (il vient de per­dre sa mairie) : « Il est dif­fi­cile de réformer un pays comme la France ». Forte pen­sée qu’il ten­ta de nuancer : Il fal­lait «pren­dre acte» de ce qui s’était passé et recon­naître «un déficit d’explication». « Faire sens » a  cru devoir renchérir Ségolène Roy­al. « En tant que respon­s­able poli­tique, nous ne pou­vons pas ne pas tenir compte du résul­tat » a ensuite lâché Michel Sapin, impér­i­al (après Roy­al, c’était bien le moins).

Puis vint Jean-Pierre Raf­farin et ses fameuses raf­fari­nades, ici en trois points dont il ne res­ta que deux mots-clés : « chô­mage » et « change­ment ». Le niveau mon­tait. Pas tant qu’avec l’ineffable Hen­ri Guaino, la « plume » de qui-l’on-sait, qui a ten­té des envolées à base d’État, de Nation, de fron­tières, d’idées… Plouf. Heureuse­ment, Marine Le Pen clairon­nait la fin du vieux monde UMPS, prophéti­sant la révo­lu­tion fron­tiste. Tan­dis que Cécile Duflot, elle, reve­nait aux « fon­da­men­taux » : « Moi, si j’étais un Français ou une Française, je ne sais pas si…» Rama Yade voy­ait quant à elle, l’occasion rêvée de relancer la mar­que UDI, moyen­nant un  “cor­rec­tif en com­mu­ni­ca­tion”. Bruno Lemaire, enfin, avait la colère direc­to­ri­ale et Lau­rent Wauquiez, l’éloquence com­mer­ciale.

Pujadas et Dela­housse se déme­naient en gen­tils ani­ma­teurs de réu­nion à l’usage des PDG de la poli­ti­querie, ce vaste domaine mon­di­al­isé de la parole ver­beuse auto-déval­uée et qui men­ace le monde de la pen­sée comme le CO2 le cli­mat de la planète.

Mais que « les Français se ras­surent », « leur mes­sage a été enten­du ».

Lire aus­si :

Tournée générale : Copé offre sa rasade de langue de bois


Je ne vois pas comment le Festival pourrait vivre à Avignon avec une mairie FN” (Olivier Py)

festival-avignon-olivier-py-front-national-FN

Le fes­ti­val rap­porte près de 20 mil­lions d’euros chaque année.

En déclarant lun­di 24 mars au matin à France Info : « Je ne vois pas com­ment le Fes­ti­val pour­rait vivre à Avi­gnon avec une mairie Front nation­al », Olivi­er Py, directeur du Fes­ti­val d’Avignon, a relancé la bataille poli­tique dans une ville où tous les acteurs cul­turels se déclar­ent « sous le choc », au lende­main du pre­mier tour des élec­tions munic­i­pales, qui a vu Philippe Lot­ti­aux, le can­di­dat du Front nation­al (FN), devancer de 27 voix Cécile Helle, la can­di­date du Par­ti social­iste.

 Si le FN gag­nait la mairie, Olivi­er Py pense qu’il faudrait alors délo­calis­er le Fes­ti­val d’Avignon : « Je ne vois pas com­ment un directeur du Fes­ti­val pour­rait tra­vailler sans com­pro­mis­sion avec une mairie FN : il est totale­ment imbriqué dans la ville, sans laque­lle il n’est pas pos­si­ble de l’organiser, tech­nique­ment, et à qui il rap­porte près de 20 mil­lions d’euros chaque année. » La ville, qui met au ser­vice du Fes­ti­val de nom­breux lieux, dont la Cour d’honneur du Palais des papes, inter­vient égale­ment à hau­teur de 28 % dans les sub­ven­tions, dont le pre­mier bailleur de fonds est l’État (52 %).

Mais l’édition 2014, la 68e de la man­i­fes­ta­tion fondée par Jean Vilar, aura lieu, quoi qu’il arrive. Dès avant le pre­mier tour des munic­i­pales, Olivi­er Py l’avait déclaré. En pré­cisant bien que, dans le cas d’une vic­toire du Front nation­al, ce serait « une édi­tion de la résis­tance. »

Résis­tance : c’est le mot d’ordre que repren­nent deux directeurs de salles per­ma­nentes d’Avignon : Gérard Gelas, au Théâtre du Chêne noir, et Danièle Van­tag­gi­oli, au Théâtre du Chien qui fume. « J’ai 68 ans, dit cette dernière, ce n’est pas à moi que je pense, mais aux plus jeunes. Il faut rester à Avi­gnon, et se bat­tre pour eux. » Gérard Gelas va dans le même sens : « Je ne pense pas que le FN me ferait de cadeaux, mais je ne fer­merais pas mon théâtre. Au con­traire. »

Alain Timar, du Théâtre des Halles, une salle ouverte elle aus­si à l’année, n’est pas du tout sur cette ligne, et il le dit sans ambages : « Mes valis­es sont prêtes. Rester, ce serait une posi­tion extrême­ment courageuse, mais vouée à l’échec. Partout où il y a le Front nation­al, les artistes sont attaqués, en com­mençant par le retrait des sub­ven­tions. Je ne vois pas pourquoi ça chang­erait à Avi­gnon. »

[D’après France Info, LeMonde.fr]


Bernard Laporte se surpasse : « Quand tu baises une laide… »

bernard-laporte

Les cons, ça ose tout…” (Michel Audi­ard). Ph. Ben­jamin Lemaire

Dans le tumulte de l’ “affaire Dieudon­né”, on aurait presque raté la dernière sor­tie du beauf macho de ser­vice – que Valls pour­rait frap­per d’une autre cir­cu­laire, anti-sex­iste pour le coup. Bernard Laporte, donc, demeure bien égal à lui-même, avec une ten­dance à se sur­pass­er.

Comme l’a sor­ti Le Parisien ( 7/12/13 ), l’ancien secré­taire d’Etat aux Sports de Nico­las Sarkozy, et actuel entraîneur du RC Toulon, a grat­i­fié les jour­nal­istes lors d’une con­férence de presse d’une tirade dont il a le secret.

Extraits de ses pro­pos rap­portés par Var-Matin : « Quand tu bais­es une laide et qu’un jour tu bais­es une belle, tu pens­es que tu vas bais­er que des belles… eh non… mal­heureuse­ment… ça a dû t’arriver, ça m’est arrivé, et tôt ou tard tu repass­es au ragoût, tu vois ce que je veux dire… Parce que de temps en temps,  tu peux faire un exploit, on a tous con­nu ça, c’est pareil..
Voilà le niveau. On peut  le voir à l’œuvre à par­tir de ce lien. (l’ayant finale­ment retiré de ce blog qu’il par­a­sitait avec un bug).

A pri­ori, je n’éprouve pas un grand intérêt pour ce genre de per­son­nage, de sur­croit adoubé par la sarkozie et ayant trem­pé dans maintes magouilles de casi­nos et autres… Mais il se trou­ve que le maire UMP de ma com­mune – Venelles, Bouch­es-du-Rhône – vient de l’inviter en vedette “améri­caine” d’un dîn­er-débat élec­toral,  placé sous le thème « Une cam­pagne claire et trans­par­ente ». On ne rigole pas !

L’hiver sera rude, le printemps (électoral) radieux

1venelles 12:10:13

Le cli­mat est morose, mais l’avenir radieux. Ne pas con­fon­dre cli­ma­tolo­gie et météorolo­gie, diantre ! Ain­si, ce same­di matin, sur le marché de Venelles, en Provence, c’est bien un météoro­logue qui a étalé son sys­tème prévi­sion­nel du temps à venir. Vision courter­miste et néan­moins formelle : l’hiver sera rude. C’est tout en enchaîne­ment de faits qui a per­mis d’anticiper cette proche réal­ité météo : là-haut, dans les Alpes, les mou­tons ont épais­si leur toi­son avant de redescen­dre vers la val­lée et les éta­bles. Là, comme il se doit, ils ont été ton­dus comme cer­tains con­tribuables. Et hop ! voici les chaus­sons abon­dam­ment four­rés pour les petits petons frileux qui, déjà, sen­tent mon­ter les frimas. Le monde est par­fois bien fait.

Mais il n’est pas par­fait, ce monde. Et d’autres prévi­sion­nistes pré­ten­dent y remédi­er. Ain­si, un peu plus loin, même marché, autre marchands. Eux promet­tent le rêve élec­toral, le bon­heur sur terre com­mu­nale. D’ailleurs le fond de l’enseigne est aus­si bleu que le ciel. Le bon peu­ple s’est approché, mais pas trop. Sur l’estrade, le trio à l’étroit entonne un coup de Mar­seil­laise : ça chante faux, on malmène les paroles mais l’intention y est, et depuis sa fenêtre la République à l’épaule nue fixe l’instant pour l’éternité. [Voir ici com­plé­ments et vidéo sur cet his­torique événe­ment].

Ain­si en est-il depuis des siè­cles. Cinq siè­cles, par exem­ple, qu’un cer­tain François Rabelais et son Pan­ta­gru­el avaient “prog­nos­tiqué” :

Cette année les aveu­gles ne ver­ront que bien peu, les sour­dz oyront assez mal, les muetz ne par­leront guieres, les rich­es se porteront un peu mieulx que les pau­vres et les sains mieulx que les malades (1532).


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Fréquentation de « C’est pour dire »

    • 0
    • 590
    • 175
    • 4 825
    • 36 422
    • 1 621
    • 3 748
  • Calendrier

    janvier 2018
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Déc  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress