On n'est pas des moutons

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Du harcèlement des femmes, de la question du pouvoir, de la sexo-politique

Et le harcèlement médiatique alors ? Oui, on n’est pas forcés de suivre le feuilleton… un peu quand même. Trop ! Quand on ouvre son poste, ses écrans, son canard et tout, ça dégouline de harcèlement sexuel. Les choses tendent à se calmer, alors que surgissent, heureusement, les questions de fond. Dont celle, et non des moindres, de la place de la femme dans les sociétés, ce marqueur de civilisation. Questions de fond, mais quelles réponses?

Cette affaire, il fallait bien qu’elle partît d’Hollywood pour atteindre un tel sommet spectaculaire. Le risque était, de ce fait, qu’elle demeurât dans la sphère du showbiz, dans l’entre-soi de ces vedettes soudain affectées à des rôles de néo-guerrières du sexe féminin, ayant débusqué le Diable en personne, symbole honni du porc à balancer. Mais non, ces happy few auront provoqué une révolution inattendue, à la manière dont les « bourgeois à talent » 1 avaient contribué à déclencher la Révolution française. N’avaient-ils, pour autant, profité des largesses de l’Ancien régime ? N’avaient-elles aussi, ces égéries du star-system, un peu trop joué avec le feu de leurs charmes qu’elles eurent – parfois (attention aux généralisations coupables) – la faiblesse de monnayer sur le marché des écrans, des scènes, de tous ces lieux du paraître ? La question peut sembler osée, provocante, dangereuse, en ces jours de l’ordre nouveau qui voudrait remettre les sexes davantage à leurs places.

Davantage, c’est le mot, qui relativise la portée du changement, selon les temps, les lieux, les mœurs. Ici même, il reste à inclure la femme, dans cette France « des droits de l’homme ». Quand par exemple – ce 31 janvier 2018, exactement – un avocat de meurtrier 2 de sa femme anticipe la défense de son client sur le registre d’une épouse « à la personnalité écrasante ». Ce serait alors lui la victime… Comment ne pas évoquer aussi les qualifications de « crime passionnel » pour atténuer pénalement les responsabilités des criminels. Oserait-on encore user d’un tel sophisme, maintenant que notre société se dirige peu à peu vers une réelle égalité des sexes ? Justement, c’est une direction, pas un état de fait établi, reconnu, pratique, « entré dans les mœurs ». D’ailleurs, comme souligné ci-dessus, les choses sont à relativiser selon les lieux, les époques et lesdites mœurs.

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Infantilisée de tous temps (ou presque) la femme, en particulier en terre d’Islam, peine à s’émanciper. (Ph. d.r.)

Ainsi, dans les régimes théocratiques ou, peu ou prou, sous la coupe des religions et de leurs clergés, la route reste à tracer ! Les progrès, quand il y en a, demeurent minimes – toujours bons à prendre, certes. Comme en Arabie saoudite, pays féodal, où les femmes (du moins celles de la société dominante) viennent d’obtenir de leurs tyrans mâles (par la grâce du prince mâle héritier…) le droit d’aller au concert… en restant sagement entre elles, certes. Elles peuvent aussi désormais apprendre à conduire les voitures – derrière la fente étroite de leurs burqas. Un début de progrès.

Ailleurs, dans au moins les deux tiers des pays du monde, les femmes continuent à avoir le droit de perpétuer l’espèce, de porter les enfants dans le dos en même temps que de l’eau sur la tête, ou des fagots pour le chauffage et la cuisine. Et le droit suprême de la fermer. « Que ne mettent-elles tout ça par terre ? » comme aurait dit Molière ! Si, pour parodier un célèbre prédicateur, la libération des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes, les hommes doivent tout de même se poser la question de leur dominance, interroger leur histoire, et cela depuis le paléolithique avec le passage du matriarcat des « chasseurs-cueilleurs » au patriarcat des débuts d’une civilisation agraire et marchande, prémices de l’agriculture intensive dont nous sommes les héritiers survivants et maladifs – ce dont nous n’aurons conscience qu’au début du XXe siècle ! Tandis qu’entretemps, dans ce « long temps d’une courte histoire », hommes et femmes auront perdu le lien commun qui les reliait aux mêmes joies vitales, une communion (qu’on me passe le mot, à prendre dans ses racines : union commune) avec la Terre. C’est la guerre désormais, celle qui, avant de tuer, éventre les sols comme un violeur la femme ; laboure dans la haine de la nature, son asservissement par la technique triomphante et, pour comble, la domination de l’homme par l’homme, de l’homme sur la femme. La survie sur la vie.

Réharmoniser les rapports homme/femme, quel plus beau, bref et impérieux programme ? Celui sans lequel toutes les Conférences des parties, de la COP 21 à la 2000e, resteront lettre creuse.

American Girl in Italy (Ph. Ruth Orpin) femmes-emancipation

« American Girl in Italy » est une photographie en noir et blanc de la photographe américaine Ruth Orkin prise en 1951. Elle représente une jeune femme élégante, Ninalee Allen Craig, marchant sur le trottoir d’une rue de Florence, sous le regard convergent d’une quinzaine d’hommes de tous âges en position de machisme ordinaire. Il s’agit d’une scène recomposée.

Re-prendre les rênes, pour les femmes, pour leur propre compte, pour leur vie… Cela présuppose qu’elles ont pu tenir un rôle déterminant dans l’histoire longue de l’homo sapiens, au moins à égalité dans la répartition des tâches, autant que dans la prééminence de la fonction maternelle – celle de donner la vie. Fonction plus magique encore que biologique, dont l’homme a pu se sentir dépossédé, au point de s’en plaindre auprès des divinités qu’il allait invoquer, après les avoir inventées… S’ensuivront bientôt les cohortes séculaires vouées aux dominations religieuses organisées, régentées par des textes sexistes et spécialement anti-féminins – les trois monothéismes ayant parachevé en « Loi du Livre », chacun le sien, cette condamnation de la Femme à la souffrance coupable.

C’est dire – en raccourci extrême – à quel point la rébellion féminine a pu – et peut encore – macérer sous la chape de la domination masculine. Aujourd’hui elle ressurgit dans un contexte de reconquête bien plus avancée – dans les sociétés occidentales surtout, où les femmes peuvent affirmer leur plus grande autonomie : biologique, sexuelle, économique, sociale, culturelle. La « femme moderne » a le vent en poupe. Ses représentations dans le Spectacle universalisé – en particulier dans la publicité – la montrent triomphante et dominatrice, mue par le désir, l’intelligence, l’affirmation. Cependant qu’elle demeure objet sexuel marchandifié, dûment tarifé – je souligne le terme –, avec acmé hollywoodien. Cinglant paradoxe : c’est là, dans cette Mecque de l’artifice filmé et friqué, que le scandale a jailli. Comme s’il avait soudainement manqué à « la femme archétypale » cette égalité sexuelle qui lui permettrait de mettre les hommes au tapis – l’imparable coup bas dans les génitoires (restons corrects…) L’un est resté KO, cloué au sol et voué aux gémonies mondialisées – l’Affreux, le Porc… Je n’irais pas jusqu’à le montrer innocent, non, mais naïf, con, …couillon quoi ! Car « la chose », comme le sexisme, n’était-elle pas aussi vieille que le monde des studios et surtout de leurs coulisses ? De ce thème, ils ont même fait un film, Promotion canapé (1990), selon une métaphore franchouillarde du harcèlement d’aujourd’hui.

Les mecs en rabattent donc 3. Certains même se rabougrissent, sous le poids d’une culpabilité remontant aux dernières générations. Comme pour la colonisation des ancêtres, certains pourraient se risquer dans la repentance. Des femmes s’engouffrent dans la brèche, à l’occasion se font castratrices – stade radical du coup de genou… Ce serait la réponse inversée à la violence subie, une continuation de la guerre. Et l’amour dans tout ça ? c’est-à-dire cette intelligence des cœurs, des corps, des esprits (dans n’importe quel ordre, et plutôt tous à la fois !) ?

Mais les femmes ont-elles le désir du pouvoir ? De quel pouvoir s’agit-il ? Parle-t-on de la domination sur l’autre, ou seulement de l’affirmation de soi selon ses propres désirs ? Autant de questions sexo-politique par excellence et, en particulier celle, précisément, de la dissolution de la question du pouvoir ! C’est-à-dire de la domination des uns par les autres. Qu’en est-il plutôt des impératifs de coopération, de solidarité, d’entraide, d’empathie et aussi de coévolution comme on dit de nos jours ? Celles invoquées depuis plus d’un siècle par des penseurs positivement engagés 4 Les « revanchardes du harcèlement » n’en sont pas, semble-t-il, à vouloir pacifier la lutte des sexes – pas plus que la lutte des classes n’a généré la paix sur terre. Il y a lutte, certes, mais doit-on s’y complaire ? Ou chercher d’autres voies, vers la recherche de solutions plutôt que la perpétuation des problèmes.

« Les femmes » ne sauraient constituer une entité, pas plus que « les hommes ». Les généralisations qui s’affrontent finissent dans des impasses. Comment en sortir ?

Notes:

  1. Expression qu’affectionnait l’historienne Madeleine Rebérioux †.
  2. « Présumé meurtrier», qualificatif de rigueur légale. Même si la procureure déclare : « Cela ne fait aucun doute, il y a bien eu meurtre », on n’en connaît pas l’auteur tant que la Justice n’aura pas « tranché », si on ose dire.
  3. Là encore, il y a lieu de relativiser… Des millénaires de mâlitude dominante ne sauraient s’évaporer du jour au lendemain… Voir ici par exemple.
  4. Formule générale pour évoquer, entre autres et pêle-mêle, Pierre Leroux, Charles Darwin, Piotr Kropotkine, Émile Durkheim, Léon Bourgeois, Jean Piaget… – que des mâles pensants, relayés à leurs manières, c’est-à-dire autrement par les Christine de Pisan, Olympe de Gouges, Louise Michel, Simone de Beauvoir, et toutes leurs descendantes.

Benoîte Groult : « Tant qu’on a la curiosité, le désir dans la tête »

Benoite_Groult_-_Comédie_du_Livre_2010

Benoîte Groult, à la Comédie du Livre de Montpellier en 2010. Ph. Esby.

La romancière et féministe Benoîte Groult est morte hier à 96 ans, lundi 20 juin, à Hyères (Var) où elle résidait. Benoîte Groult fut la première à avoir dénoncé publiquement les mutilations génitales féminines dans son livre Ainsi soit-elle, publié en 1975. « Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir », a indiqué sa fille, Blandine de Caunes.

J’avais eu un grand plaisir à la rencontrer en 1998 – elle avait alors 78 ans – pour un entretien sur la sexualité et les vieux, paru l’année d’après dans mon livre écrit avec Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cendre (Éd. Phébus). Livre aujourd’hui épuisé, ce qui m’autorise à publier ici cet entretien.

Également journaliste, Benoîte Groult a notamment travaillé à Elle et Marie-Claire, et a longtemps était jurée du prix Fémina. Elle avait d’abord publié, avec sa sœur Flora, des livres comme Journal à quatre mains (1958). Plusieurs best-sellers avaient suivi, comme La Part des choses (1972) et plus récemment La Touche étoile (2006).

Un mot la représente, qu’elle fait d’ailleurs sien : curiosité. Son credo, son secret, son élixir. Benoîte Groult a les yeux mêmes de la curiosité,  pimpante qualité qui garde l’être debout parce que désirant. Ce qu’on n’ose plus dire aujourd’hui aux dames – même si on s’autorise désormais à demander leur âge –, on ne pourrait s’en empêcher devant elle : « 78 ans, vraiment ? Mais vous ne les faites pas ! » Elle ne s’en excuse pas, non, sauf en mettant cette chance sur le dos de la génétique. Enfin, un peu seulement, par modestie en somme, alors que son secret plus vrai sans doute réside dans un art consommé de prendre la vie : en actrice de son devenir. Benoîte n’a pas toujours été debout, elle le rappelle en passant ci-après. C’est qu’il a fallu batailler, sans jamais baisser la garde car le renoncement veille, ce «salaud et con» parfois déguisé en homme. En homme ? À discuter, s’agissant de cette sous-variété de gynophobes dont le regard-phallus traverse la femme – surtout l’étiquetée «vieille» – sans la voir.

Benoîte Groult : …Avant, 50 ans, c’était vraiment le vieil âge. Alors qu’aujourd’hui, les femmes qui ont entre 40 et 60 ans, et même plus, on s’y trompe ! Tant de chose ont changé : les œstrogènes, les hormones et même la chirurgie esthétique.

• La vieillesse est bien désormais une notion relative, mais qui bute quand même sur des réalités…

– Elle bute sur les maladies : rhumatismes, histoires cardiaques, etc., L’âge rend plus vulnérable. Ce qui n’exclut pas une vie sexuelle qui puisse atteindre la plénitude. Je fais partie de la première génération à avoir bénéficié de tout ça, qui prend des œstrogènes depuis déjà 20 ans…

• …Vous avez aussi bien milité dans ce sens !

– Oui. Il ne faut pas oublier que la ménopause, par exemple, était encore un de ces tabous dont on ne parlait pas; les trois quarts des médecins en France disaient : mais laissez faire la nature ! De même pour la contraception. La sexualité envisagée après la ménopause, ça devenait quelque chose d’un peu dégoûtant, obscène – pour une femme, du moins ! Pour l’homme, la question de l’âge demeurait beaucoup plus floue. Voyez encore aujourd’hui un Gregory Peck qui, à 80 ans, refait une série d’enfants – il en avait déjà sept ou huit – avec une secrétaire…

• On cite toujours volontiers ces cas célèbres : Chaplin, Victor Hugo… Il y a beaucoup plus de tolérance envers les hommes.

– Toujours ! On a toléré leurs maîtresses, leurs infidélités, leur liberté sexuelle, leur langage cru. Aujourd’hui, les femmes entrent, peut-être par la petite porte, mais enfin elles entrent sérieusement aussi dans les mêmes libertés. Mais on continue à ne pas le dire ! Le livre de Simone de Beauvoir, La Vieillesse, est tombé comme un pavé dans un silence général, dans un dégoût ! Il faut dire qu’elle a toujours eu le chic pour montrer les phénomènes physiologiques… – elle ne s’était pas réconciliée avec son corps. Elle décrivait la vie dans des hospices où les femmes avaient une demande sexuelle exacerbée, relevaient leurs chemises, se masturbaient en public – bref, son livre était atroce. Il n’a pas été lu, d’ailleurs personne ne voulait entendre parler de la vieillesse. Aujourd’hui, la vieillesse a tout de même pris un autre aspect, même s’il y a toujours des endroits peu réjouissants, des mouroirs…

• Qu’est-ce donc pour vous que la vieillesse ?

– Tant que les cinq sens fonctionnent, qu’on peut marcher, continuer à faire ce qu’on aime : aller à la pêche (j’ai une maison en Irlande à cause de ça, avec des casiers à homards !), exercer ce qu’on aime… Évidemment, je ne fais plus de ski ; il y a des choses auxquelles il faut renoncer, quand ça demande une force physique trop grande. Tant que je pourrai lire… Je comprends très bien Montherlant qui s’est suicidé parce qu’il était devenu aveugle. Pour moi, ce serait l’horreur ! Sourde, je m’en arrangerais, mais ne plus pouvoir lire, ni regarder mon jardin… Donc, il y a bien des choses qui seraient rédhibitoires. Je me dirais : je suis vieille, ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Au fond, la vieillesse c’est d’abord une question de santé.

• Et si la santé fait défaut, la sexualité aussi ?

– Non. Je crois qu’il y a des maladies qui s’accommodent du désir amoureux – la tuberculose, par exemple. Tant qu’on a la curiosité, le désir dans la tête, tout est encore possible. La curiosité maintient en vie car elle pousse vers l’amour, le désir de l’autre et de voir comment ce sera de faire l’amour. L’essentiel, vraiment, c’est bien la curiosité : si on est curieux de quelque chose, de quelqu’un de nouveau, de comment ça se passe autour et avant…, l’envie encore de voyager, de vivre un printemps, de revoir ce printemps qui est toujours différent… C’est ça qui maintient en vie, cette sorte d’élan.

• La curiosité passe aussi par une relation charnelle, non ?

– Pas toujours. J’étais en train de lire, à mon avis l’un des plus beaux livres sur un amour qui ne devient jamais charnel, c’est de Doris Lessing, Si Vieillesse pouvait, les carnets de Jeanne Sommers. Elle raconte l’histoire d’un coup de foudre : une femme de 6065 ans qui, dans  le métro, se coince un talon, tombe et croise le regard d’un homme ; il a à peu près le même âge qu’elle; elle le regarde et c’est le coup de foudre comme quand on a 20 ans ! Et ils se rencontrent dans Londres, déjeunent au restaurant, vont à la campagne ensemble. Je ne sais pas pourquoi ils ne passent jamais au fait… Chez elle, ça ne s’arrange pas, à cause d’une petite nièce… Lui a une femme malade –  bref, c’est pour moi l’une des plus belles histoires d’amour, même s’il n’y a pas tout à fait la solution… Ils en rêvent tous les deux… Je trouve que c’est une histoire toujours possible. Même si on y a un peu peur de montrer son corps – ça date tout de même d’une vingtaine d’années…

• Est-ce que ces obstacles, réels ou imaginaires, ne constituent pas aussi une manière de se protéger d’un risque,  de ce risque dû à l’âge peut-être, de déceptions éventuelles quant au corps, aux formes, aux défaillances organiques ?

– Sûrement. Mais aujourd’hui il y a tellement de jeunes qui sont obèses, ou qui ont les seins qui tombent à trente ans… Finalement, l’important c’est la façon dont on s’appréhende plutôt que la réalité des choses.

• Il faudrait sans doute la confiance mutuelle pour oser cette curiosité, affronter ce désir qui correspond aussi à une mise en danger… Et si on ne l’a pas, cette confiance, la fuite serait peut-être comme une manière de salut, de sécurisation ?

– On risque peut-être plus les déceptions ou les ratages, mais après tout c’est aussi le sort de toutes les tentatives que de ne pas réussir à coup sûr.

• Comment l’histoire de votre couple avec Paul Guimard est-elle aussi marquée par cette question de l’âge et de l’amour ?

– Il y a 45 ans que l’on est ensemble ! On s’est marié un peu sous le contrat Sartre-de Beauvoir, à savoir que l’autre n’est pas votre prisonnier, qu’il regardera ailleurs. Donc, on a connu des naufrages, des résurrections. Ça a été un peu agité, mais on avait tellement de bonnes raisons de vivre ensemble – des goûts en commun, les mêmes idées politiques, éthiques, etc. –, qu’on a surmonté les aventures et les aléas.

• Sans doute y a-t-il une distinction à opérer avec des couples comme le vôtre qui présentent un côté merveilleux du seul fait déjà de ces longues années en commun. Le fait qu’il y ait eu du temps est admirable en soi…

– Oui, et ça redonne une forme d’amour qui est tout à fait autre chose, qui n’est peut-être pas mêlé de sexualité – car la sexualité exige un peu l’excitation de l’inconnu, de nouveauté qu’on n’a évidemment plus avec les années. Et puis aussi, on a trop vu peut-être de ces moments de maladie de l’un ou de l’autre… Il y a quelque chose pour la sexualité qui se trouve un peu éteint mais remplacé par cette durée, cette connivence, cette complicité…

• …Qui n’est évidemment pas possible quand l’un des deux, le plus souvent la femme, se retrouve seul…

– La solitude, aujourd’hui, a changé de visage. Il y a cinquante ans, la solitude c’était à l’image d’une vieille fille abandonnée, repliée sur elle-même. Aujourd’hui, des femmes de 5060 ans reprennent quelquefois des études; et il y a aussi les voyages en commun, toutes sortes de choses qui font naître des rencontres. Des femmes, veuves, s’aperçoivent brusquement qu’elles adorent le théâtre, ou apprennent une langue… Des richesses apparaissent une fois les enfants élevés. On peut dire aussi qu’aujourd’hui l’amitié entre les femmes est née, ce qui apporte aussi une grande richesse – peut-être même la découverte qu’on aime les femmes, qui sait ? Donc il y a des compensations. Je pense aux vieillards d’il y a 70 ans : il n’y avait pas la télé à la maison, les soirées devaient être interminables… De nos jours, on trouve beaucoup de clubs, pas seulement du troisième âge, simplement des clubs de rencontre, d’écriture, de mise en forme… Tout ça permet de rire avec d’autres. Et les femmes sont devenues des personnes qui connaissent l’amitié – les hommes avaient déjà ça, les anciens boulistes de je ne sais quoi, les clubs de foot, les anciens combattants : toutes sortes de lieux de rencontres entre hommes. Maintenant, les femmes les ont aussi ! Tout cela excite beaucoup les facultés spirituelles et le désir.

• On voit de temps à autre des couples de personnes âgées «partir ensemble» en se donnant la mort. On pense au comédien Jean Mercure et sa femme, à Roger Quillot, le maire de Clermont-Ferrand, et la sienne. Qu’en dites-vous ?

– Je ne serai sans doute pas de ces couples-là. En général, c’est l’homme qui a une grave maladie et sa femme l’accompagne dans la mort. Le plus grand drame, c’est celui de Mme Quillot : survivre au suicide. Là, les médecins ont très mal agi, elle était à l’article de la mort, il n’y avait qu’à laisser faire les choses, c’était sa volonté, elle l’avait dit ! Oui, il y a encore cette capacité d’amour total d’une femme pour un homme. J’ai l’impression, mais ça c’est personnel, qu’on est plus heureuse si on a des amours plus dispersés. Par certains côtés, je peux trouver ça monstrueux de la part de l’homme, cette appropriation dans la mort. Je pense à ce vers de l’Affiche rouge, d’Aragon : « Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant ». Il faut se dire ça dans un couple, d’une façon ou d’une autre, même si on n’aura plus d’enfants à proprement parler ; on pourrait aussi bien dire : « Et je te dis de vivre et de voir tes enfants ». C’est difficile à vivre la liberté réciproque, sûrement. On prend des risques, c’est fatiguant ! Toutes les libertés, au début, ont été une angoisse, comme celle, justement, d’avoir ou non un enfant, d’user ou non de cette liberté avant d’arriver à 45 ans, quand brusquement c’est trop tard.

• Le fait d’ « entrer en vieillesse » peut-il bouleverser sa conception de la sexualité ?

– Moi, je ne trouve pas. Le drame, en réalité, ce n’est pas la vieillesse, c’est le regard des hommes sur la vieillesse des femmes. Parce qu’on s’aperçoit qu’ils ne vous regardent plus ! Ça c’est terrible, terrible ! Des garçons jeunes, jamais ils ne me portent une valise sur un quai de gare, jamais ! Comme la politesse n’existe plus et que la séduction de la dame n’est pas éclatante, ils vous ignorent totalement : le regard vous traverse. 

• N’est-ce pas aussi le signe inverse : celui de ne pas vous considérer comme une vieille dame ?

– Non, parce que par exemple, pour mes filles : l’une est une brune, personne ne l’aide; l’autre, blonde assez aguicheuse, en mini-jupe, ne traîne jamais une valise ! Évidemment la coquetterie est, chez la fille, un signe de la demande. Alors, quand on n’a plus les signes, eh bien ils sont d’une vacherie, d’un mépris ! Pourtant, les femmes, elles, regardent les hommes vieux ! Elles peuvent les trouver beaux, la preuve : elles les épousent, elles font des enfants avec eux. La femme ne divise pas la vie en âges rédhibitoires. Parce qu’elles s’intéressent beaucoup à l’âme, ça a l’air idiot…, disons à l’esprit, au charme ; elles sentent qu’il les écoutera, qu’il a un talent, autre chose que les signes extérieurs ; je trouve que les femmes ont une façon beaucoup plus intelligente, et vaste, et large, d’aimer. Elles peuvent aimer un homme très laid qui a un charme intérieur. Alors que pour se faire aimer quand on est laide, alors là, on a beau avoir l’âme admirable !… C’est beaucoup plus difficile et rare. Le plus terrible c’est quand on n’a pas autre chose, quand on tout misé sur l’amour, toute sa vie ; le jour où l’on est transparent pour les hommes, qu’est-ce qu’on fait ? Effectivement, il reste la masturbation.

• Ou toute une gamme de compensations…

– Oui…, mais il faut les avoir ! S’il n’est pas trop tard. Tout le monde n’est pas Thérèse d’Avila pour sublimer dans la foi religieuse…

• …ou la créativité littéraire !

– Bien sûr ! Les hommes, c’est très impressionnant, vivent encore selon des critères d’il y a trente ans ou trente siècles ! C’est-à-dire qu’après 50 ans, il n’y a plus rien à faire d’une femme, même pas la regarder ! Même pas lui dire pardon quand on la cogne ! On n’existe plus ! Alors, le tout mêlé à la dureté de ce temps…

• Votre constat est sévère. Diriez-vous quand même qu’il y a une évolution ?

– Oui. Il y avait autrefois… cinq pour cent d’hommes et aujourd’hui peut-être dix ou quinze qui sont capables de se dire – comme dans cette pièce de Yasmina Reza qui se passe dans un train, une rencontre entre un homme et une femme : « Tiens, je suis là avec cette femme, elle ne me plaît pas formidablement, mais on va parler, elle est peut-être intéressante. » Après, à chacun de jouer. Oui, il y en a un peu plus qui font attention…

• Il faut aussi que la femme accepte, qu’elle ne se dise pas : encore un qui va me draguer.

– Oui. Mais aujourd’hui les femmes sont assez grandes, elles ont moins cette peur d’être draguées. Autrefois, si un homme vous adressait la parole dans la rue, on prenait un air pincé, on serrait les jambes… On a une attitude plus détendue. C’est le regard des hommes qui reste très impressionnant, très glaçant.

• Qu’est-ce que ça provoque en vous ?

– De la rancune contre eux ! Je trouve que c’est des cons et des salauds : les deux ! C’est bête parce qu’il y a souvent quelque chose à tirer d’une relation avec quelqu’un, qui que ce soit ! Et c’est vache parce qu’ils n’ont pas cette gentillesse. Moi, je suis gentille avec les vieilles dames ; avec si peu on les illumine ! Ils pourraient le faire, ça ne leur coûterait rien, on ne leur demande pas de coucher avec elles ! Et dans les livres, je n’ai jamais, ces derniers temps, vu parler du sexe des femmes avec autant de haine et d’horreur. Comme si les femmes n’étaient que des sacs à maladies, à puanteurs. Dès que la femme n’est plus exactement dans le créneau qui le fait bander d’avance, c’est la haine qui remplace l’attirance. Ça relève d’une gynophobie éhontée, encore très sensible dans beaucoup de romans d’hommes où ils peuvent raconter ce qu’ils veulent, comme si toutes ces femmes vieilles étaient en manque d’amour. Les femmes sont moins demandeuses que ça ; il s’imaginent qu’on est des goules et qu’on voudrait les vampiriser. Les femmes ont déjà bien assez peur d’elles-mêmes !

• On entend dire parfois que le féminisme a presque fait son temps. Il y a là, pourtant, sur cette question du vieillissement et de l’amour, un terrain d’action bien réel.

– Moi, je continue à être féministe ! Tant que durera cette relation de possession, de pouvoir, de violence à l’encontre de la femme. Une relation qui peut être d’ailleurs très insidieuse. Rappelons-nous par exemple des premiers rapports Kinsey sur la sexualité aux États-Unis ; ils prétendaient que plus on était cultivées plus on avait du mal à atteindre l’orgasme. L’année d’après, ils ont publié une deuxième édition en disant : Nos recherches n’étaient pas complètes, c’est le contraire ! Plus on est cultivé, plus on remplace ce qui ne va pas physiquement par l’excitation cérébrale, un films porno, de la littérature érotique, ce qu’on veut… On jouit mieux quand on a l’esprit plus développé. Ils avaient dit le contraire !, tellement ça les ennuyait cette idée qu’une femme intelligente perdait de son animalité !

• Quels sont vos préceptes de vie ?

– Une dose d’égoïsme, au meilleur sens du terme. Si on s’oublie, le jour où les enfants font leur vie ailleurs,  le mari aussi parfois, ou il meurt, eh bien, si on ne s’aime plus soi-même, qu’est-ce qui vous reste ? C’est en s’aimant qu’on est le plus rayonnant finalement. Bien sûr, il y a aussi une question de tempérament, de chance. Et aussi ce fait d’avoir vécu au siècle où j’ai vu les femmes soumises à un cadre, à un carcan – moi-même aussi d’ailleurs, n’osant m’affirmer, ni prendre la parole dans une réunion politique, effacée… Il fallait entrer dans le rôle de grand-mère…

• Il y a une vision de la grand-mère ou du grand-père…

– …Oui, importante, je m’en aperçois…

• …mais en même temps égoïste de la part des enfants. Ne faudrait-il pas savoir ne pas être une bonne mamie ou un bon papi ? Ce qui serait aussi une manière de l’être.

– Je le crois . Parce que les enfants sont très cruels et peuvent mépriser ce grand-parent qui les attend comme le messie, et ils ne viennent pas. 

• Ne peut-on dire aussi qu’il y a un tabou entre les parents, cette fois, et les enfants ?

– Les enfants n’aiment pas bien, en effet, entendre parler de la sexualité des parents – surtout quand ils ont 70 ans !

• On n’en parle pas.

– Pas dans les détails, ce que je trouve d’ailleurs très bien. De même qu’à l’inverse les parents n’ont pas à connaître de la sexualité de leurs enfants. C’est toujours une affaire personnelle, intime.

• Finalement, qu’est-ce qui peut encore nourrir cette curiosité que vous considérez comme le sel de la vie, sinon de l’amour et de la sexualité ?

– Eh bien, ne serait-ce que de lire – des romans d’amour par exemple –, ce qui maintient dans un état de sensibilité propice à « ça » et à se dire : C’est vrai que les commencements sont une chose merveilleuse ! Se rencontrer aussi, se faire des confidences, aller au cinéma, bref : rester en contact avec la vie.

Entretien avec Gérard Ponthieu„ octobre 1998.


Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Groth

En attribuant le Nobel de littérature à Svetlana Alexievitch, le jury de Stockholm honore une magnifique écrivaine et s’honore lui-même. Un choix courageux qui consacre une femme elle-même vouée à témoigner du courage face au terrible quotidien de «héros ordinaires». Un choix qui s’inscrit dans un contexte géo-politique et écologique des plus troubles, affectant toute l’humanité.

Je suis d’autant plus sensible à cette reconnaissance que je dois à Svetlana Alexievitch deux livres qui m’ont particulièrement bouleversé : La Supplication (1997) et La Guerre n’a pas un visage de femme (1985).

2290300314Le premier, sous-titré Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, témoigne avec force de l’univers terrifiant d’après la catastrophe ; les témoignages rassemblés donnent au drame sa dimension pleinement humaine, dépeinte sans artifice aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réalité noire », signification littérale de « Tchernobyl », ainsi que le souligne un photographe, expliquant pourquoi il ne prend pas de photos en couleur…

Plus loin, un liquidateur raconte comment se bloquaient les dosimètres étalonnés jusqu’à deux cents röntgens, tandis que des journaux écrivaient : « Au-dessus du réacteur, l’air est pur » ! « On nous donnait des diplômes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Lénine et des drapeaux rouges. »

Une femme, épouse d’un liquidateur, raconte l’agonie de son homme : « Un matin, au réveil, il ne pouvait pas se lever. Et ne pouvait rien dire… Il ne pouvait plus parler… Il avait de très grands yeux… C’est seulement à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous restait une année. […] L’homme que j’aimais tellement […] se transformait devant mes yeux… en un monstre… » Le reste de ce témoignage, oui, c’est une supplication ; elle est insupportable et pourtant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union soviétique, cette catastrophe a sonné le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses causes en sont autant politiques que techniques, contraction implosive d’un système dément et d’une inconséquence scientiste.

Ce livre constitue aussi le plaidoyer le plus implacable contre l’énergie nucléaire dite « pacifiste ». Rappel : Il y a plus de 400 réacteurs nucléaires dans le monde – dont 58 en France.

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Autre grand livre : La guerre n’a pas un visage de femme… mais les femmes ont été de toutes les guerres. En particulier les femmes russes enrôlées dans l’Armée rouge et envoyées au front contre les Allemands : auxiliaires de toutes sortes, de toutes corvées, blanchisseuses de linge gorgé de sang, infirmières, brancardières, médecins, cuisinières, puis combattantes, tireurs d’élite. Des héroïnes au même titre que les liquidateurs de Tchernobyl. Avec leurs témoignages tout aussi insupportables.

• Svetlana Alexandrovna Alexievitch, écrivaine et journaliste russophone, ukrainienne par sa mère et biélorusse par son père, est une dissidente irréductible, tant sous le régime soviétique que dans la Russie poutinienne et la Biélorussie du dictateur Loukachenko.

On lui doit aussi Cercueils de zinc (1991), sur la guerre soviéto-afghane, Ensorcelés par la mort, récits (1995), sur les suicides de citoyens russes après la chute du communisme et Derniers Témoins (2005), témoignages de femmes et d’hommes qui étaient enfants pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement, recueille des centaines de témoignages dans l’ex-URSS (prix Médicis essai et « meilleur livre de l’année » par le magazine Lire.)

Le prix Nobel de littérature la consacre pour « son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque ».

 

Lire aussi : Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

Tchernobyl. La terreur par le Mensonge


La maltraitance gynécologique, variante du viol

28 septembre 2015, France Culture, l’émission Sur les Docks a pour thème la maltraitance gynécologique. Les témoignages d’enchaînent, bouleversants, révoltants. Ce n’est pas d’aujourd’hui ni d’hier, pourtant ce sujet, si grave, est rarement porté sur la place publique. Il est vrai qu’il s’agit de problèmes « de femmes », face au pouvoir médical, un pouvoir trop souvent totalitaire, voire fasciste et en tout cas empreint de sexisme.

On pourrait, plus généralement, évoquer la maltraitance médicale. Ainsi, j’ai eu moi-même à me plaindre de la brutalité machiste d’un médecin à l’occasion d’un «toucher prostatique». Eh oui, toujours cette violence anti-sexuelle !

Comme pour le viol, dont elle est somme toute une variante, cette maltraitance envers le corps féminin reste trop souvent subie en silence car, en plus de la blessure intime, les victimes s’efforcent de la refouler au plus profond d’elles-mêmes, ajoutant une dimension affective et psychique à cette souffrance.

Trop souvent, lors d’une consultation, d’un accouchement, d’une IVG… le corps de la femme ne lui appartient plus. Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues pas toujours respectueux, parfois méprisants – qu’il s’agisse de médecins hommes, ou femmes.

C’est un nouveau combat que les femmes sont en l’occurrence amenées à livrer dans leurs luttes pour l’égalité sexuelle.

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d.r.

Faits récents : au printemps 2014, des sages-femmes alertent sur le « point du mari » : un geste clandestin – ou pas – qui consiste à recoudre une épisiotomie par quelques points de suture supplémentaires  – supposé accroître le plaisir de l’homme lors des rapports sexuels. En février 2015 surgit sur la toile, le scandale des touchers vaginaux sur patientes endormies. Puis, encore sur internet, des centaines de femmes ont raconté leurs expériences douloureuses chez le (ou la) gynécologue : paternalisme, sexisme, conseils dépassés, examens brutaux, paroles humiliantes, homophobie, absence de consentement, etc.

L’émission de France Culture a libéré la parole sur cette question, même si il faut se garder de la généralisation, toujours dangereuse, dans ce domaine comme dans d’autres.

 Magnifique pièce à verser au dossier, la chanson de Georges Brassens, Le Blason. [Impossible de la glisser ici]

Extraits des témoignages recueillis par Hélène Combis-Schlumberger sur cette maltraitance.. En notant qu’ils ne concernent que cette partie restreinte et privilégiée du monde – le nôtre – où les femmes ont acquis plus de droits qu’ailleurs…

«Parfait pour la levrette», par Léa

Au CHU de Nantes, mon gynéco m’a dit une fois : «Votre col de l’utérus doit être parfait pour la levrette». Toi, à ce moment là, tu es au plus mal, position humiliante sur l’étrier (l’engin de torture) et tu as juste envie de l’émasculer : CONNARD.

«L’ancienne gynéco de ma mère lui a caché un cancer», témoignage anonyme

L’ancienne gynéco de ma mère lui a caché un cancer (oui, oui) parce qu’elle était enceinte (bah oui, des fois que ma mère aurait préféré avorter et se faire soigner 8 mois plus tôt !!!).

Une amie n’a pas pu bénéficier d’un avortement thérapeutique (enfant non viable) parce que sa gynéco lui a volontairement menti sur les délais légaux pour le pratiquer, et a fait traîner les démarches. Elle a fini par le faire moyennant finances dans un pays frontalier ! Il faudrait prendre le problème dans le bon sens : dépister l’intégrisme religieux parmi les médecins. C’est cet intégrisme qui véhicule l’image nauséabonde de la femme et de son corps, qui mène à ces abus.

«Quand il va tomber du trou», par Francine

Au début des années 70, je fus enceinte de mon premier enfant et j’étais suivie par un gynécologue strasbourgeois de renom.
Au sixième mois, au cours d’une consultation, nous avons parlé plus précisément de l’accouchement, et je fus effarée d’entendre ce monsieur dire à plusieurs reprises : «Quand il va tomber du trou…». Cette grossièreté m’a fait envisager de changer de praticien.
Je n’en ai pas eu l’occasion car quelques jours plus tard j’accouchais prématurément (à 40 km de Strasbourg). Mon fils est décédé très vite suite à une insuffisance respiratoire ; à aucun moment ce monsieur ne s’est manifesté …
quelle classe et quelle humanité !
Et les femmes gynéco ne sont pas toujours différentes, un comble !

«Il me fait un bisou sur un sein», par Domie

Un gynécologue réputé dans ma ville qui, après consultation, me fait un bisou sur un sein.… J’avais 25 ans et depuis, je n’ai que des gynés femmes (…) Et il me dit : «Vous avez une des plus belles poitrines de ma clientèle». Combien de fois a-t-il dû dire ça ? Combien de fois cela a dû fonctionner.… ou pas. Combien de gynécos ou autres médecins ont abusé de leur fonction ? (…) J’étais jeune et je n’ai pensé qu’à fuir, et ne plus jamais revenir.

«Le gynécologue en chef est arrivé avec toute une équipe d’élèves», par Danielle

Je me souviens très bien d’avoir été hospitalisée à l’hôpital de Rennes pour une grossesse à risque il y a de cela 39 ans et je me rappelle très bien le gynécologue en chef, arrivé dans ma chambre avec toute une équipe d’élèves, après avoir expliqué mon cas et ayant demandé à chacun de faire un toucher. Or à un moment donné (j’étais toute jeune, 23 ans ) je me suis mise à pleurer à la grande surprise du médecin et j’ai réussi à dire que j’étais très gênée par tous ces regards sur moi braqués .
Ce témoignage vaut ce qu’il vaut mais je m’en souviens encore très sensiblement…

«Faut pas coucher», par Lux

Un jour, à une consult sur un souci de pilule : «Ah bah si vous voulez pas avoir de bébés, faut pas coucher, hein !»

«Un bout de viande sur sa table d’examen», par Anne-Marie

Je suis infirmière et pourtant, mon dernier passage chez ma gynécologue je l’ai considéré comme un viol : cette femme a été d’une brutalité incroyable et d’un irrespect pour ma pudeur… J’étais un bout de viande sur sa table d’examen. J’en suis sortie traumatisée, avec un mal au ventre terrible, je ne suis pas près d’y retourner. Cela m’ a permis aussi de m’interroger sur mon travail, et sur le respect et la douceur que je dois aux patients : une remise en cause fondamentale de mon métier.

«J’ai subi un deuxième viol», témoignage anonyme

On a décidé de ne pas m’anesthésier du tout pendant une intervention au laser sur le col de l’utérus. Pleurer de douleur pendant toute l’intervention… Les demandes des infirmières n’ont pas convaincu le chirurgien de faire une pause ou de reporter l’opération pour passer sous anesthésie.
Une question : pourquoi attacher nos jambes sur les étriers avec des lanières de cuir si l’on n’est pas anesthésiées ?
Le coup de massue : «ça ne faisait quand même pas si mal que ça !», dixit Mr le Dr. G.
J’ai subi un deuxième viol, je n’en avais vraiment pas besoin.

«Elle a écrit IVG pour une femme qui venait de perdre sa troisième grossesse», par Edna

Lors de ma troisième fausse couche, à la sortie, après le curetage nécessaire, je demande épuisée, désespérée, à l’interne de me faire un arrêt de travail : elle me regarde de travers…
Je lui dis que reprendre mon travail de médecin, m’occuper des gens dans l’état où je suis va être difficile, que je me sens très mal, elle finit par me donner un arrêt en me disant : «Bon, trois jours».

Je sors du bloc, d’une anesthésie, j’encaisse ma troisième fausse couche… trois jours.
En rentrant chez moi je remplis l’arrêt et là, LA STUPEUR : elle a écrit IVG: interruption volontaire de grossesse, pour une femme qui vient de perdre sa troisième grossesse !!!!

En gros : elle ne connait pas mon dossier, elle confond fausse couche et IVG, et en plus, ça la gonfle, la détresse d’une femme qui «aurait» fait une IVG. Sii je n’avais pas été aussi affectée, je serais retournée lui mettre mon poing dans la g***** parce que juger, se tromper, manquer d’empathie, c’est carrément gravissime pour un médecin en formation!

Et que l’on me parle pas de la fatigue des internes, j’en étais, cela n’excuse pas la connerie et le mépris.

«Peut-être que mon corps me tuera dans quelques années de ne pas m’être soumise aux gynécos», témoignage anonyme

Traumatisée depuis mon adolescence par les propos que me tenait ma mère («Le gynéco, tu vas devoir y passer»), par des consultations violentes au début de la vingtaine, où je me rendais de mon propre chef, persuadée qu’il fallait faire des frottis tous les ans parce que c’est important pour la santé, parce que c’est ce que disait le fascicule donné par la fac, parce que toutes les femmes semblent se résigner à remettre leur corps et surtout leur intimité physique et psychique entre les mains de médecins qui, au début de leur formation, vivent des bizutages d’une rare misogynie…
Un jour je me suis dit que si j’en souffrais tellement, eh bien il y avait une solution toute simple : ne plus y aller, chez le gynéco. Et advienne que pourra. Peut-être que mon corps me tuera dans quelques années de ne pas m’être soumise aux gynécos, peut-être que je mourrai au cours d’un accouchement à domicile. Ou pas. Mais au moins je vivrai à l’abri de cette violence destructrice, et digne.

«Vous allez prendre un traitement hormonal, sinon vous risquez de devenir lesbienne», témoignage anonyme

Quand j’étais ado : «Ah si vous voulez qu’un homme veuille de vous un jour malgré votre acné, faut arrêter le rugby, hein !» Ou à 17 ans : «C’est pas normal à votre âge que vous soyez aussi musclée et que vous n’ayez pas de seins, vous allez prendre un traitement hormonal, sinon vous risquez de devenir lesbienne.» (???) Quand j’avais 20 ans : «De toute façon, toutes les jeunes filles qui ont des mycoses récurrentes, c’est qu’elles mentent sur leur pratique de la sodomie

De ce que j’ai observé chez certains praticiens, l’incertitude est comblée par des mythes personnels souvent liés aux bonnes moeurs, à la bonne hygiène, à une «sexualité convenable.» Ça donne des légions de filles sur Doctissimo qui s’essaient aux huiles essentielles diluées ou non (tee trea, etc) et aux cures de yaourt appliqué localement.

«Je n’étais pas là pour être tripotée par toute la classe», par Laurence

Lors de mon premier accouchement, j’avais alors 21 ans, j’ai eu un déclenchement. J’attendais depuis quelques heures déjà que le col s’ouvre, quand, de temps à autre, une infirmière venait se rendre compte de l’avancée des choses. Soudain un jeune étudiant en médecine entra et souleva le drap qui recouvrait mes jambes écartées, offrant ainsi une vue imprenable. Il fit mine de mesurer l’ouverture puis, semblant satisfait, ressortit. Un autre étudiant entra à sa suite et fit le même manège… Lorsque le troisième entra, je l’empêchais aussitôt d’aller plus loin dans la manoeuvre en rabaissant fermement le drap, et je lui indiquais la porte en lui disant que je n’étais pas là pour être tripotée par toute la classe. Qu’il fasse passer le mot, à ceux qui attendent derrière la porte !

«Je ne connais pas une amie qui n’a pas une histoire douloureuse à raconter», témoignage anonyme

Je ne connais pas une amie, une copine, une collègue qui, lorsqu’on parle gynéco, n’a pas une histoire douloureuse à raconter : atteinte violente à leur pudeur, commentaire très critique sur une partie de leur corps ou compliment sexuel malvenu, paroles dégradantes sur leur pratique sexuelle, douleur physique non entendue, voire méprisée, humiliation par celui qui vous prend de haut et vous intimide. On a cru longtemps qu’il fallait se taire.
Merci à tous ceux qui luttent contre ça : hommes, femmes, spécialistes de la médecine, de l’éthique et journalistes.

  • France Culture, Sur les docks, documentaire de Mélanie Déchalotte et François Teste. Diffusé le 28.09.2015. Des dizaines de commentaires s’ajoutent comme autant de témoignages à ceux de l’émission.

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-maltraitance-gynecologique-201509-28

 


IVG. Bompard, dernier rempart

L’Assemblée nationale a adopté ce mercredi par 143 voix contre 7 une proposition de résolution réaffirmant le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France, en Europe et dans le monde. Ce texte, non contraignant, a été adopté le jour anniversaire du démarrage des débats sur la loi de Simone Veil, le 26 novembre 1974. Gilbert Collard s’est abstenu, sept députés ne l’ont pas voté, cinq UMP, un UDI, et l’ancien FN, maire d’Orange et député d’extrême droite du Vaucluse, Jacques Bompard. Son homélie, sur le modèle hollandien de l’anaphore ( «Moi président»…), constitue un ramassis des clichés qu’on aurait pu croire d’un autre âge. Au moins reste-t-il fidèle à son parcours politique : OAS, Occident, Ordre nouveau, Front national, Ligue du Sud… Il a été réélu maire d’Orange en 2014 au premier tour avec 60% des voix…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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