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Chine-Areva. Combien de milliards la vente d’une usine nucléaire… va coûter à la France ?

Par Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Incor­ri­gi­bles, de nom­breux médias célèbrent la pré­ten­due vente à la Chine par Are­va — et surtout par son VRP Emmanuel Macron — d’une usine de traite­ment de déchets nucléaires, alors que le passé a mon­tré que ce genre d’annonce n’est suivi d’aucune con­créti­sa­tion… ou alors de lour­des pertes finan­cières pour la France !

Rappelons d’abord qu’il est de tra­di­tion que des annonces « fra­cas­santes » soient faites lors des déplace­ments prési­den­tiels, le cham­pi­on toutes caté­gories étant incon­testable­ment M. Sarkozy qui a pré­ten­du­ment ven­du des dizaines de réac­teurs (y com­pris à M. Kad­hafi en 2007) ou autres instal­la­tions nucléaires partout dans le monde, pour un résul­tat bien heureuse­ment égal à zéro.

macron-arevaRien de nou­veau avec M. Macron, la « vente » d’une usine de retraite­ment de déchets nucléaires étant par­faite­ment fic­tive à ce jour, rem­placée par la sig­na­ture d’un fumeux « mémoran­dum pour un accord com­mer­cial ».

Les Chi­nois sont de gens polis qui lais­sent leurs invités se van­ter, mais ils sont aus­si par­faite­ment infor­més des ter­ri­bles décon­v­enues et incom­pé­tences affichées par Are­va et EDF ces dernières années, du flop gigan­tesque des EPR (en Fin­lande et à Fla­manville) au scan­dale inouï des mil­liers de pièces défectueuses pro­duites dans les usines Are­va du Creusot… dont les deux cuves instal­lées dans les EPR actuelle­ment en chantier à Taïshan.

De fait, si les Chi­nois achè­tent vrai­ment l’usine annon­cée, ce qui reste à démon­tr­er, ce sera en imposant à Are­va des con­di­tions léonines qui fer­ont que ce seront les Français qui cou­vriront les pertes finan­cières éventuelles… ou plutôt inévita­bles lorsque l’on con­sid­ère les « exploits » d’Areva et EDF sur tous leurs chantiers.

Pour mémoire, l’EPR a été bradé à 3 mil­liards aux Fin­landais en 2004 pour une fac­ture finale de plus de 10 mil­liards et un chantier de près de 15 ans au lieu de 4 ans et demi annon­cés (!) : la France va sous peu être lour­de­ment con­damnée en jus­tice inter­na­tionale et devoir vers­er des mil­liards aux Fin­landais.

Pour mémoire aus­si, les deux EPR « ven­dus » à la Chine en 2008 ont en réal­ité été eux aus­si totale­ment bradés : le mon­tant du con­trat a été annon­cé à 8 mil­liards mais il com­por­tait la livrai­son de com­bustible (sans qu’il soit mon­tré en quoi Are­va y aurait gag­né de l’argent) : c’est en réal­ité à 3,66 mil­liards les deux que les EPR ont été bradés.

Il est évi­dent que cette opéra­tion a coûté et coûte encore fort chez à la France, ce qui n’a pas empêché qu’elle soit qual­i­fiée de façon dithyra­m­bique de « marché du siè­cle » par de nom­breux médias qui se gar­dent bien d’enquêter sur le résul­tat financier réel.

Aujourd’hui encore, se dépêchant d’oublier leurs pro­pres erre­ments, les mêmes voix se gar­garisent à nou­veau d’un pré­ten­du « grand suc­cès » de l’industrie nucléaire française, annonçant même qu’il va « sauver Are­va ». En réal­ité, l’industrie nucléaire mon­di­ale est en décon­fi­ture générale et irréversible, comme le mon­trent les désen­gage­ments des groupes alle­mands RWE et E.ON et la fail­lite de l’américain West­ing­house.

Pour sa part, la France est plom­bée par ses boulets Are­va et EDF qui sont plus que jamais en déroute indus­trielle et finan­cière mal­gré de ruineuses recap­i­tal­i­sa­tions déjà opérées…   et d’autres encore à venir. Sans que leur avis ne soit jamais sol­lic­ité, les citoyens de France vont devoir cou­vrir des pertes colos­sales qui vont être encore aggravées par les pro­jets absur­des de deux EPR en Grande-Bre­tagne et d’une usine en Chine.

Loin d’un « renou­veau de la poli­tique », le macro­nisme con­siste à con­tin­uer et même aggraver les erreurs passées et faire pay­er le tout par la pop­u­la­tion en pro­tégeant les priv­ilégiés et les lob­bies les plus nuis­i­bles comme celui de l’atome.


De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urticaire : ça me démange de partout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je par­le de cette « actu », drogue jour­nal­is­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoilà par la moin­dre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme dis­ait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance con­tre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écrivant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du méti­er d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réal­ité du monde qui sem­ble s’effilocher par tous les bouts. Pour par­o­di­er Nougaro, « est-ce moi qui vac­ille, ou la terre qui trem­ble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à pren­dre ladite « actu » par un bout, sans être rat­trapé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je con­nais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman doc­u­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­vera des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­nolo­gie, ses mir­a­cles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­simistes analy­sent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapi­ens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­nom­i­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa dernière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cat­a­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, locataires arro­gants, vils prof­i­teurs, exploiteurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pass­er ici-bas, sus­pendus au viager d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les esclavagistes mod­ernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux casseurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galér­er leurs salariés, mal­traités comme des bêtes de somme, méprisés, ser­mon­nés, engueulés, usés et finale­ment jetés comme des déchets à la poubelle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­tiv­ité. On con­naît la musique : « Pri­va­tis­er les béné­fices, mutu­alis­er les pertes », ren­gaine cap­i­tal­iste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste fig­u­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Man­i­feste com­mu­niste ; signe des temps dés­espérés car nos­tal­giques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les salariés dans les cen­tres d’appels, ce sont les ouvri­ers du XXIe siè­cle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il par­le. Mais il n’a pas voulu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa chargée de com’ – le comble ! –, lais­sant la corvée à un chef de rég­i­ment bien emmerdé, prob­a­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « man­ag­er ». Tous ces pio­ns néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été biberon­nés aux mêmes évangiles pro­duc­tivistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de recevoir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la con­fiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines élim­i­nent totale­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­t­isés. Ah, que vien­nent enfin les temps bénis de la robo­t­i­sa­tion totale, total­i­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploiteurs de choc – pour gag­n­er trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus ignor­er ce que recou­vre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voil­er la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­di­ennes vont être autorisées par leurs princes à con­duire. Elles vont pou­voir pren­dre le volant – mais restent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libéra­teur. Cha­cun ses hiérar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le procès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la con­damna­tion, 221 de l’acquittement.

Juste­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les qua­tre émis­sions, cette semaine, des Chemins de la philoso­phie (France Cul­ture) con­sacrés à Socrate, spé­ciale­ment à son procès et à sa mort ? La con­damna­tion du philosophe grec (470–399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois philosophique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Chemins, mène au mieux l’« instruc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divinités nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeunesse. Peine req­uise : la mort. »

Si le débat garde toute son actu­al­ité, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions con­cer­nant le droit et la loi, la citoyen­neté et la démoc­ra­tie, la lib­erté et la philoso­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbi­tre. De ces qua­tre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gaire­ment, que Socrate fut un emmerdeur suprême, un gêneur poli­tique qui claquait le bec aus­si bien à ceux qui pré­tendaient savoir qu’aux sophistes, embobineurs filoux, aux politi­ciens, poètes, gens de méti­er ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne pro­pre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moin­dres, posée par Socrate et sa con­damna­tion : celle de la démoc­ra­tie. Le philosophe était très cri­tique à son sujet ; il lui reprochait notam­ment de faire la part belle aux opin­ions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa philoso­phie poli­tique se situ­ait entre mépris de la majorité et amour des lois, y com­pris celles qui le con­damnaient : plutôt subir l’injustice que la com­met­tre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeunesse »… Con­cerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se dis­ait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui enseignait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Con­nais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avança aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le laideron… Pédophilie socra­tique ? en des temps où la pédérastie effarouchait peu, sem­ble-t-il… Il est plus prob­a­ble que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le con­tenu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voilà qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trou­ve acca­paré par les oblig­a­tions de la survie. Se tuer à gag­n­er sa vie – for­mu­la­tion anci­enne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toy­er les charmes du pro­duc­tivisme, le priv­ilège de « vivre les samedis comme des lundis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son orig­ine latine : tri­pal­i­um, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affairistes télé­com­man­dent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si longtemps, depuis 1983, pour en rester à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est con­ver­ti à la reli­gion libéral­iste.

Gou­vern­er sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sin­istres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imi­tent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­tiquiers der­rière leur caisse enreg­istreuse, ten­ant un pays comme une épicerie. La San­té, com­bi­en ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop élevé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arranger ça. La for­mule mag­ique reste inchangée : les pau­vres ne sont pas rich­es, mais ils sont si nom­breux que leur pren­dre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beau­coup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du partage binaire entre opti­mistes et pes­simistes. Reste les réal­istes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le perçoivent. Exer­ci­ce très insta­ble d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embouteil­lage, l’écrivain Alexan­dre Vialat­te, s’entendant dire par son voisin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléonasme aurait iro­nisé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre penseur. Penseur suf­fi­rait. »
  4. Pro­longé par Niet­zsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeunesse. Sans doute nous savons ce qui con­stitue la per­ver­sité des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu con­nais, qui, pieux d’abord, sages, économes, mod­érés, tem­pérants, laborieux, soient devenus par mes leçons, imp­ies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, efféminés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion hon­teuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en con­nais que tu as décidés à suiv­re tes avis plutôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont suivi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeunesse. C’est ain­si que pour la san­té nous suiv­ons les con­seils des médecins plutôt que ceux de nos par­ents. Vous-mêmes Athéniens, dans les élec­tions de généraux, ne préférez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien général le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obti­en­nent préférence et con­sid­éra­tion, explique com­ment tu peux sol­liciter la mort de Socrate, pré­cisé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    XénophonApolo­gie de Socrate, pp.726–727





Président. « Dieu est avec nous » : pourvu qu’il ne nous oublie pas !

macron-président-faber

© faber — 2017

Le jeune homme bien élevé s’est élevé au som­met. Il lui a fal­lu un beau culot, une con­fi­ance en soi con­fi­nant à un état supérieur, à une qua­si-mys­tique. Ce regard bleu et droit recèle de l’élan, une foi, pour ne pas dire une cer­taine tran­scen­dance, ingré­di­ents indis­pens­ables à tout con­quérant du pou­voir. Ver­tu vir­ile, donc plutôt mâle, qui sied moins aux dames – l’Histoire en témoigne, jusqu’à ses rares excep­tions. Dans cette caté­gorie restreinte, son opposante en aura sans doute trop démon­tré dans sa mâl­i­tude, là où elle n’a pas su / pu jouer dans une finesse plutôt accolée à la fémini­tude. Nous sommes là, pour une part, dans les stéréo­types du genre – mais pour une part seule­ment, sinon qu’en serait-il de nos pré­cieuses dif­férences femme / homme et de « celles-zé-ceux » du nou­v­el élu ?

Certes, je préfère avoir ici tail­lé ce por­trait que celui de sa con­cur­rente (qui a bien propul­sé son adver­saire en tant que repous­soir…) Nous n’en sommes pas quittes pour autant : dix mil­lions d’électeurs ont voté pour l’extrême-droite ! Cette banal­i­sa­tion « du mal » recou­vre le délabre­ment d’un “sys­tème” igno­rant les iné­gal­ités cri­antes et nour­ris­sant les extrêmes. Le cri ne serait-il donc pas encore assez puis­sant qu’il faille atten­dre le prochain coup ? Pour m’en tenir à ma zone géo­graphique, en PACA et en Corse, l’extrême-droite a recueil­li la plu­part du temps un vote sur deux ! Même à Vit­rolles où ils avaient pour­tant déjà « essayé » les Mégret (1995), avec le désas­tre qui s’ensuivit ! Et mal­gré – ou à cause – les deux man­da­tures social­istes suiv­antes… Tel est le défi, prob­a­ble­ment ultime, qu’aura à relever le nou­veau prési­dent : redonner un con­tenu à ce qu’on appelle encore la République – en marche, ou en phase ter­mi­nale.

Il l’a donc rem­porté, ce valeureux guer­ri­er, ambitieux, volon­tariste et vain­queur. Ne le sures­ti­mons certes pas, sans pour autant nier cette farouche puis­sance de com­bat­tant, quelque chose de niet­zschéen chez ce gosse de nan­tis, nan­ti lui-même de cette volon­té de puis­sance rarement fournie avec la « cuiller d’argent » de la nais­sance – et qui fait les chefs autant que les tyrans.

Le beau gosse, de sur­croît, a aus­si con­nu la grâce de la Prov­i­dence, ça ne s’invente pas : ain­si s’appelle ce bahut catho joux­tant la Cité sco­laire d’Amiens, lycée pub­lic où j’ai passé mon bachot. Nous ne risquions donc pas de nous crois­er, indépen­dam­ment de nos âges respec­tifs : les grilles de cette mai­son jésui­t­ique en pierre de taille tenaient her­mé­tique­ment de murs de class­es.

Le nou­v­el élu, jamais autrement élu, et cepen­dant élu « des dieux » : celui du catholi­cisme « prov­i­den­tiel », depuis le col­lège même ; celui du protes­tantisme du philosophe Paul Ricœur auprès duquel il dit d’être frot­té ; celui, plus matéri­al­iste, de l’héritage famil­ial – par­ents médecins qui lui offriront au Tou­quet la vil­la du cou­ple (estimée à 1,4 mil­lions d’euros, financée égale­ment par Brigitte, l’épouse et héri­tière des renom­més choco­latiers amiénois).

Catho, pro­to, friqué… Le jeune homme a beau être héri­ti­er – on ne choisit pas ses orig­ines – il a aus­si du tal­ent, qua­trième pili­er de son édi­fi­ca­tion. D’abord de l’entregent – c’est-à-dire cette forme appliquée de la séduc­tion –, qui propulse notre Rasti­gnac picard vers les tem­ples du pou­voir : Sci­ences Po’ 1, l’ENA, à défaut de Nor­mal Sup’ où il a buté par deux fois. Ces for­mal­ités accom­plies, il n’est pas bien dif­fi­cile de frap­per aux portes des ban­ques et, tant qu’à faire, chez celle de Roth­schild, la plus emblé­ma­tique, voire car­i­cat­u­rale : frac, haut de forme et cig­a­re…

Pour le « reste », quelques coups de pis­ton – Minc, Attali, Hol­lande, etc. – et hop ! voilà com­ment se fab­rique, ou se révèle, un « Imanou El » qui en hébreu veut dire « dieu avec nous » – tant qu’à faire.

Notes:

  1. Comme pour l’économie, hiss­er la poli­tique au rang de sci­ence m’a tou­jours fait mar­rer !

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­verne­ment ne recule devant aucun sac­ri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel autorise la pub­lic­ité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croy­ait encore pou­voir s’accrocher. Tu croy­ais, naïf, que les radios du ser­vice pub­lic te met­taient à l’abri des sail­lies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débil­ités lim­itées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence com­mune et la vul­gar­ité marchande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bag­noles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchanter­ess­es, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­verne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un min­istre à la hau­teur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa con­ner­ie.

Nous restera à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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