On n'est pas des moutons

Archive for décembre, 2005

Ouest-France ou le journalisme « doux Jésus »

1ofOn s’en fou­trait un peu des extras d’Ouest-France avec la pré­fec­ture de Bre­tagne. M’enfin, c’est tout de même avec de l’argent public qu’ont été payées les quatre « enquêtes » sur «la Bre­tagne et ses démons» publiées dans le jour­nal. C’est tout de même sous cou­vert de jour­na­lisme. Et, par des­sus le mar­ché, c’est tout de même fort de café de la part d’un jour­nal oeu­vrant volon­tiers au nom de la bien-pensance mora­liste. [voir sur ce blog : Ouest-France et sa mar­me­lade d’info-com]

Ces contradictions-là n’ont pas empê­ché le direc­teur de la rédac­tion du quo­ti­dien de Rennes de signer et per­sé­vé­rer. Ainsi que le note aujourd’hui le cor­res­pon­dant de Libé­ra­tion, qui a révélé l’affaire, en citant ledit direc­teur de la rédac­tion tenu de se jus­ti­fier, si on peut dire : « “Le com­bat pour la prise de conscience va conti­nuer”, écrit Didier Pillet, sans citer Libé­ra­tion. ”Ouest-France, jour­nal engagé par­tout où le res­pect et la dignité de l’homme sont en ques­tion, est fier de le mener avec et aux côtés des ser­vices publics sans avoir pour cela à alié­ner la moindre par­celle [sou­li­gné par moi] de l’indépendance qui lui est chère et qui nour­rit la confiance des lec­teurs”, poursuit-il. »

Une mise au point qui, sans en être une, jus­ti­fie plei­ne­ment le titre de Libé : « Ouest-France droit dans ses bottes ».

Rien ne vau­drait pour­tant une bonne repen­tance, dans la fou­lée mys­tique, par exemple de la une du 24 décembre par laquelle Ouest-France clôt en apo­théose l’année du cen­te­naire de la laï­cité répu­bli­caine. Contrai­re­ment au petit Jésus, ce journalisme-là, il faut le voir pour y croire. Même La Croix aura fait moins dévot, moins sul­pi­cien aussi, espérons-le, dans l’illustration. Laquelle, il est vrai, per­met de lier l’intention pieuse au geste cha­ri­table : l’œuvre a été com­man­dée à un peintre d’Haïti, vous savez ce pays si pauvre…

2ofQuant à l’homélie signée Jeanne Emma­nuelle Hutin – fille de Fran­çois Régis, cha­noine de Chan­te­pie, où s’impriment aux matines les 800.000 exem­plaires quo­ti­diens –, elle appelle à une totale béa­ti­tude. En voyant cette page, je vois aussi (sainte) Thé­rèse dans Le Père Noël est une ordure devant le tableau porno offert par (saint) Pierre, et je l’entends dire : « Oui, il est mignon là le petit agneau blanc… »

Je serais Bre­ton et lec­teur d’Ouest-France, je m’élèverais ver­te­ment contre cette intru­sion de conscience, je… Et je dirais même plus si, par exemple, j’étais un peu musulman…

Même avec ses croyances, grand dieu, on doit conti­nuer à croire aussi à un jour­na­lisme moral et laïc !

» Les images (pieuses) : la une du 24 décembre et, en médaillon, le sou­rire béat du pieux édito. Cli­quer des­sus en faci­li­tera une lec­ture recueillie.

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Mignonne, allons voir si la PQR

Tiens, me dis-je, en ce len­de­main de Noël, Mignonne allons voir ce qu’en ses élans fes­tifs la PQR aura déposé dans nos bottes repues…  Pas de roses, ça non ! Mais tout de même, cette pépite offerte par les Der­nières nou­velles d’Alsace (DNA) :

Dna_d20051226Si telle est la der­nière nou­velle de ce 26 décembre, parions que les inven­dus auront battu le record de 2005. Quoique les lec­teurs alsa­ciens se dis­tinguent par une fidé­lité à toute épreuve à leur jour­nal. Et que, tout compte fait, ils auront même pu appré­cier cet hom­mage appuyé à la Grande Tradition.

Les Nor­mands, eux, sont appe­lés à ne pas oublier le tsu­nami. Ça non, ils n’auront pas oublié ce que leur Paris Nor­man­die de jour­nal leur avait mis dans le chou : une vague encore plus belle et for­mi­dable que ter­rible ! Pnormand_d20051226Elle avait déferlé sur la rédac­tion de Rouen avec la marée d’Internet et les lec­teurs durent attendre le 7 jan­vier pour apprendre de leur jour­nal que la photo mon­tée en mayon­naise de une était en fait «un mas­ca­ret qui se pro­duit régu­liè­re­ment sur le fleuve Qian Tang Jiang dans le Zhe­jiang en Chine».

Parisien_d20051226Enfin, appré­cions à leur forte valeur rajou­tée, les efforts du même style accom­plis par Le Pari­sien pour don­ner un relief hyper­réa­liste à la dra­ma­tur­gie anni­ver­saire de l’événement.

Dom­mage pour les gaze­tiers que le pire ne soit jamais sûr… On pour­rait traire le filon avec la régu­la­rité des bonnes lai­tières, nor­mandes ou autres. La crise de la presse n’existerait donc  pas ? A moins qu’elle ne réside pré­ci­sé­ment là : à la remorque des événements…

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Sarkozy dans le fruit médiatique

Ély­sons Sar­kozy « homme de l’année » en 2005 plu­tôt qu’en 2007. Voilà le fond de ma pen­sée du jour (veille de Noël), après avoir recensé les plus récents exploits de l’objet média­tique. Soit :

2952_1– La cen­sure de Noah dans son inter­view à Paris Match. La phrase caviar­dée, un « détail » : « Une chose est sûre : si jamais Sar­kozy passe, je me casse ! ». Le Canard raconte l’affaire par le menu et inter­roge Alain Genes­tar, direc­teur de la rédac­tion de l’hebdo de Lagar­dère, ami de Sar­kozy : « Je récep­tionne une inter­view très longue, après, je décide avec la per­sonne inter­viewée de ce qui paraît ou pas. Moi, je n’ai jamais cen­suré per­sonne de ma vie de jour­na­liste. […] » Atten­dons la ver­sion de Noah, que le Canard n’a encore pu joindre.

Affichesarkozya4bd– L’action judi­ciaire inten­tée par l’UMP à l’encontre d’Act Up et visant à inter­dire l’affiche ci-contre. Expli­ca­tions d’Eric Labbé, porte-parole d’Act Up [Libé­ra­tion, 24/12/05] : «Peter Lind­berg, l’auteur de la pho­to­gra­phie que nous avons uti­li­sée, s’est retourné contre nous au nom du droit moral sur son oeuvre. C’est une photo offi­cielle et nous esti­mons que notre démarche relève du droit de cari­ca­ture. Mais, compte tenu de la fra­gi­lité d’Act Up, nous avons pré­féré reti­rer l’affiche de notre site Inter­net. Plus glo­ba­le­ment, on espère que cette cam­pagne va convaincre la gauche au sens large qu’il est temps de s’attaquer fron­ta­le­ment à cet homme. »

– L’interview du même Sar­kozy dans Libé­ra­tion [23/12/05], titrée «Je connais mieux ce qui se passe en ban­lieue que Thu­ram». Entre­tien que Libé qua­li­fie de « mus­clé » et qui me fait pen­ser à Coluche dans un de ses sketches : « Je cause fran­çais très mieux que vous et je vous merde ». C’est à qui trai­tera l’autre d’extrémiste, comme s’il n’y avait pas, dans ce bras de fer de cour d’école, une sorte de recon­nais­sance mutuelle.

D’ailleurs, à quoi bon inter­vie­wer Sar­kozy ? Dans quel but ? Le Pen aurait dû, en démon­trant aux jour­na­listes la dan­ge­reuse vanité du genre, dis­sua­der ces va-t-en guerre de batailler contre des déma­gogues et des men­teurs. Je crains que le ver ne soit dans le fruit. Que Sar­kozy ait élu domi­cile dans la pomme média­tique :  au-delà de Lagardère-Hachette-Match ; de Dassault-Le Figaro  et de leurs empires ; au-delà des états d’âme édi­to­riaux du Monde… Au-delà du copi­nage Sarkozy-July pris en pleins bisou­nours publics, ainsi qu’il est révélé dans « L’Almanach cri­tique des médias » (éd. Les Arènes) et sur leur site – à visi­ter.

Image1  Image4

Au-delà donc il y a, plus grave encore, cette très fâcheuse pro­pen­sion des médias à la mise en spec­tacle du monde et de ses acteurs en inces­sante repré­sen­ta­tion. Il est vrai que le spec­tacle implique des spec­ta­teurs. Telle est la vraie ques­tion politique.

» Les images :
– « Noah. Mes quatre véri­tés à la France » Quatre, moins une.
L’affiche d’Act Up.
Bisous-bisous entre potes. Y a un truc ? Hélas non.

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Ouest-France et sa marmelade d’info-com

La com’, fille de pub et de mar­chan­dise, voilà bien l’ennemie ram­pante du jour­na­lisme actuel. Il est d’ailleurs bien dif­fi­cile de mas­quer les inté­rêts « bien com­pris » d’une publi­ca­tion et de la com’, y com­pris ins­ti­tu­tion­nelle. Ouest-France, pre­mier quo­ti­dien par son tirage (800.000 exem­plaires), dont le direc­teur se targue volon­tiers de morale chré­tienne, vient d’être pris les doigts dans la confi­ture du péché de grosse gour­man­dise vénale.

Le jour­nal de Rennes a publié, entre le 15 octobre et le 19 novembre, une série d’articles por­tant sur «La Bre­tagne face à ses démons», à savoir l’alcool, le tabac, le can­na­bis et même «la fête et ses dérives». L’appel à chas­ser le démon cadrait au mieux avec les ana­thèmes mai­son. Soit.

Sauf qu’il s’agissait de com­mandes para-publicitaires pas­sées par la pré­fec­ture de région à Pré­com, la régie de Ouest-France. Sauf qu’aucune men­tion n’apparaissait avec ces articles, comme il est d’usage, même en tout petit, et sur­tout quand on veut dégui­ser une opé­ra­tion de com’. Car une com’ digne de ce nom ne sau­rait appa­raître pour ce qu’elle est. Rien ne vaut le Canada dry du « bon » rédac­tion­nel ! Ce en quoi madame le pré­fet fut des mieux ser­vies, elle qui bataille contre les addic­tions et les débauches des jeunes Bretons.

Les syn­di­cats CFDT et SNJ des jour­na­listes ont vendu la mèche et dénoncé le mic­mac. Lequel devrait se répé­ter en mars avec des pseudo-enquêtes «politico-publicitaires». Mais ce pre­mier avis de tem­pête devrait ame­ner la direc­tion de Ouest-France à tru­quer la météo. Simple ques­tion de com”.

[Source : Pierre-Henri ALLAIN, cor­res­pon­dant de Libé­ra­tion.]

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Libé et les «banlieusards des médias»

À pro­pos de Libé et de son malaise, je ne peux m’empêcher de faire le rap­pro­che­ment avec la récente, sau­vage, vio­lente grève de sa rédac­tion et la révolte des ban­lieues. Il y a dans la presse de nos pays, et du nôtre en par­ti­cu­lier, tout un peuple souf­frant, ignoré, méprisé parce que pas reconnu, mal aimé.

Sachons-le, c’est une nou­velle géné­ra­tion de jour­na­listes qui cogne aux murs sourds de la com­man­de­rie média­tique frap­pée par le mal du tout libé­ral, mar­chand, finan­cier. Qui ne pour­rait lire cette réa­lité dans la motion de défiance adres­sée à Serge July, com­man­deur en chef, atteint et de sur­dité et de cécité, et aggra­vée de l’entêtement de ces fous de pou­voir qui finissent par tout pour­rir – avant de pour­rir eux-mêmes, comme tout un cha­cun, nous autres les indis­pen­sables pro­mis aux cime­tières débordants ?

→ Lire l’article.

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ReBondyssement médiatique

Dans un com­men­taire reçu ce matin, Jean-Louis Bétant reBondy [Je sais : facile…] :

 « Je reviens de visite à Bondy. Chapô, les Suisses. Je pense qu’il y a une grande dif­fé­rence entre leur démarche et celle de Libé. Libé, c’est qua­rante ans de presse écrite sur du papier (moi aussi, presque, je ne leur lance pas la pierre). Et, même sur Inter­net, ça reste de l’essence de presse écrite. Le site est consi­déré pour ce qu’il apporte à l’édition papier, pas en ce qu’il pour­rait en être indépendant.

« Les p’tits Suisses n’ont pas cette chape. C’est un blog, point, sans même de cor­don ombi­li­cal entre lui et le maga­zine exo­tique dont per­sonne (ici du moins) n’a entendu par­ler. Et ça marche. Ça donne de l’information comme on n’en a pas encore eu sur le sujet, ça vit en feed-back. C’est fantastique.

« Reste que ça sup­pose qu’une struc­ture paye le loyer – et les salaires. Que l’information n’est pas gratuite. »

Voilà qui met bien « l’église au milieu du vil­lage », comme aimait à dire un vieux copain lorrain.

Voir, au besoin, Le che­min de Bondy comme Damas jour­na­lis­tique.


13 décembre 2004. Date à retenir

Zut !, un anni­ver­saire que j’ai laissé pas­ser : le pre­mier de « c’est pour dire », jeté sur les fonts bap­tis­maux de la blo­go­sphère le 13 décembre 2004 – rete­nons bien cette date ! – et lancé par un Coup de démar­reur qui, ma foi, n’a pas connu trop de ratés…

Mollo l’autocongratulation ! Juste un peu, sous des chiffres tou­jours inter­pré­tables, comme la qua­lité d’ailleurs : 446 notes, avec images – dont les des­sins com­plices de Faber –, 1.763 com­men­taires et envi­ron 300.000 visites.

Mais tout ça pour mener où au juste, hein ? ;-)

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Masquez cette opposante que je ne saurais voir…

Dans son inno­cente rubrique « Vie asso­cia­tive », au cha­pitre « Huma­ni­taire », mon maga­zine com­mu­nal de décembre, Venelles Mag, com­met un for­fait – puni par la loi – qui s’appelle vul­gai­re­ment un faux. Je dirais même plus un faux avec volonté de fal­si­fier. Un faux… par défaut… un faux par omis­sion – et même par disparition.

Lire l’article et voir le tru­cage.

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Le chemin de Bondy comme Damas journalistique

Une dou­zaine de jour­na­listes suisses de L’Hebdo [Lau­sanne, 50.000 exem­plaires] se relaient depuis le 11 novembre à Bondy (9–3), où ils viennent scru­ter la France au fond des yeux de sa ban­lieue rebelle. Le jour­nal a loué un petit stu­dio dans la cité Auguste-Blanqui ; les repor­ters y viennent à tour de rôle avec leur sac de cou­chage. Ils envoient un papier par semaine et animent aussi L’Hebdo Bondy Blog par de courts articles, comme des « choses vues » et même vécues. Ainsi la note sobre­ment titrée « Agressé » où Paul Acker­mann raconte la dure vie d’envoyé spé­cial sur la ligne de front :

« Hier soir, vers neuf heures un gaillard, la ving­taine, sonne à la porte du local dans lequel je dors depuis jeudi. Il veut savoir si aucun membre du club n’est là. Je lui dis que non. Une demi-heure plus tard, il revient. Sonne. J’ouvre à nou­veau. Mais cette fois-ci il est accom­pa­gné. Un autre, mas­qué, sur­git de der­rière le mur. Je tente vio­lem­ment de refer­mer la porte mais ils la bloquent, tendent un bras et giclent du gaz lacry­mo­gène dans toute la chambre. Ils poussent la porte, je la retiens en appe­lant à l’aide. Je frappe de toutes mes forces avec l’épaule. Effrayés par les cris ou bles­sés par la porte, ils partent après une minute de lutte qui m’a paru une heure.

« Que voulaient-ils? L’ordinateur ou le départ de L’Hebdo?

« Tou­jours est-il que j’ai immé­dia­te­ment télé­phoné à notre ami Moha­med qui a rameuté ses contacts dans le quar­tier. La jus­tice, ils la feront eux-mêmes car ils n’ont pas confiance en la police: « Si on l’appelle, elle va arrê­ter tout ce que le quar­tier compte de jeunes noirs. » Nous avons aéré le local pen­dant près d’une heure, mais rien n’y fait. Le gaz est tou­jours là, agres­sif. Comme mon épaule dou­lou­reuse, mon dos tordu et la peur qui désor­mais ne me quit­tera pas. »

Cet hebdo de jeunes jour­na­listes (tren­te­naires) réus­sit un joli coup pro­fes­sion­nel. En damant le pion à bien des médias domi­nants. Du coup, on vient les obser­ver à l’ouvrage comme des bêtes curieuses – c’est le cas de le dire : et jus­te­ment, plus curieuses que la moyenne. Ça fait donc des sujets dans le sujet, une mise en abyme,  du méta-sujet et pour finir, encore et tou­jours du méta-journalisme.

C’est ainsi que le quo­ti­dien du bou­le­vard Auguste-Blanqui (Le Monde, Paris XIIIe) a dépê­ché une repor­ter près le pro­vi­soire Hebdo de la cité du même Auguste-Blanqui (révo­lu­tion­naire à plus d’un titre). Tan­dis qu’une autre jour­na­liste du Monde inter­viewe le réd’ chef du jour­nal qui remet la presse à sa juste place : là où se noue la com­plexité du monde, en l’occurrence « de l’autre côté du périph’ », comme l’avait aussi décou­vert en son temps le cinéaste Ber­trand Taver­nier. Extraits des pro­pos d’Alain Jean­net, réd’ chef de l’Hebdo :

« […] Nous sommes arri­vés à la conclu­sion que les médias étaient aussi décon­nec­tés de cer­taines réa­li­tés que les poli­tiques. En fait, on pré­fère prendre l’avion pour aller en Côte d’Ivoire qu’emprunter le RER pour se plon­ger dans une réa­lité fina­le­ment plus étran­gère. Nous avons moins de réseaux, de contacts, dans les ban­lieues que dans la plu­part des capi­tales du monde entier.

« Il y a une sorte de pres­by­tie de la part des jour­na­listes. Les pro­jec­teurs étaient bra­qués sur les ban­lieues tant que les voi­tures flam­baient, et ensuite, plus per­sonne n’en a parlé. »

La leçon est sévère. Parce que juste – d’autant qu’assénée sans for­fan­te­rie, comme par la seule force de son évi­dence. On ne sait si elle sera bien rele­vée par les patrons de nos médias, tel­le­ment téta­ni­sés par la crise qui secoue la presque tota­lité des médias d’information (j’exclus les maga­zines pipoles ou de loi­sirs) et les isole dans des mesu­rettes por­tant le plus sou­vent sur des amé­na­ge­ments for­mels (for­mats, maquette, formules…).

Le che­min de Bondy pris par les jeunes jour­na­listes suisses pourra-t-il conduire les res­pon­sables fran­çais vers une sorte de che­min de Damas média­tique ? Les jour­na­listes de L’Hebdo, eux, semblent avoir retrouvé à Bondy les fon­da­men­taux du métier d’informer : ils ont décidé de louer des appar­te­ments en ban­lieue de Genève et de Lau­sanne et refaire des blogs. Des blogs, c’est-à-dire des car­nets rapides, des blocs-notes, quoi, chauds et vite-faits bien-faits.

C’est encore autre chose, comme expé­rience jour­na­lis­tique, que de ten­ter la mode du « bi-média » (tel Libé s’inspirant de quo­ti­diens amé­ri­cains) qui revient à acco­ler un jour­nal avec un site inter­net. Tout dépend, il est vrai, de la dyna­mique qui peut jaillir entre les deux médias. Là, on retrouve bien la don­née humaine – donc la matière jour­na­lis­tique première.

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Daniel Groussard. Satanée tempête qui a emporté l’ami!

1dgroussard0701Daniel, mort. Hier soir, il est parti mon cher pote Daniel Grous­sard. Soixante-six ans, can­cer. Adieu va ! Tu nous rends le monde bien triste en nous pri­vant de ton rire de vivant, de tes yeux à malice, de ton auréole grise et apai­sante. Tan­dis que tu laisses aussi der­rière toi, comme une autre peau, ce regard affûté du jour­na­liste. Mais ce n’est pas à « ça » que je vou­drais te réduire. Même si jour­na­liste tu fus, oh com­bien !

Cor­res­pon­dant mar­seillais de Libé­ra­tion de 1981 à 1996, ça laisse des traces. Moins quand même que l’amitié qui incluait, aussi, une dis­tan­cia­tion com­plice sur le métier. Façon de dire que la qua­lité d’être prime sur tout, et que le métier d’informer ne peut que s’en réjouir.

On s’est connus dans les années 80 chez Jean-Pierre Cha­brol, dans sa mai­son des Cévennes. L’été der­nier, un quart de siècle plus tard, tu avais été fort ému de revoir les pho­tos de ces bons moments. Bons parce que c’était ceux de notre ren­contre et de quelques autres amis. Bons parce qu’on bai­gnait encore dans la fraîche espé­rance de « 81 ». Même que Cha­brol – vieux méfiant, déjà inquiet – venait de nous pas­ser un savon dans un papier à la une du Monde.

Chabrolmartigroussard82_1Tu avais fondé et animé Sud, de 76 à 80,  hebdo indé­pen­dant du Languedoc-Roussillon, concur­rent de Midi-Libre où tu ron­geais tes freins. Tan­dis que dans le même temps, ou presque, je m’étais aussi échiné à faire vivre Sex­pol sur le ter­rain de la sexo-politique. Eh quoi ! pes­tait Cha­brol, vous arrê­tez main­te­nant alors que tout reste à faire ! Tel était le sens géné­ral de son papier inti­tulé «Les Alba­tros», dans lequel il nous ran­geait parmi ces «géants» aux ailes para­ly­santes – du moins para­ly­sées : trop d’énergie dépen­sée pour trop peu d’effet. Les com­bat­tants ren­daient les armes de la presse mili­tante. Somme toute, ils pas­saient le bébé à la Poli­tique – encore majus­cule dans ses habits réno­vés. Oh les Naïfs!

Mais, tout comme moi et tant d’autres alors, Daniel a souf­flé. Façon de par­ler, car il rejoi­gnait alors ce Libé qui, jus­te­ment, pré­ten­dait encore assu­rer la relève de la vigi­lance. Mais du moins devenait-il sala­rié d’une entre­prise plus solide que son hebdo régio­nal. Il rejoi­gnait aussi un jour­nal alors plein d’allant. Une aventure.

Quinze ans donc à deve­nir le plus mar­seillais des Bre­tons. Le Ren­nais d’origine s’était atta­ché à la «cité pho­céenne», dont il ne man­quait pas de bien châ­tier ses éner­gu­mènes les plus toni-truands. Atta­ché à Mar­seille, tout comme dans le Vieux port il avait atta­ché son «Bal­bu­zard» de voi­lier, mor­fondu depuis des mois à l’anneau de l’abandon inéluctable.

Sata­née tem­pête qui t’a emporté !

> Der­nier adieu ce lundi à 15h15, cime­tière Saint-Pierre.

> L’image en noir et blanc : à Cham­bo­ri­gaud, chez Cha­brol en 1982.

» Pour tout com­men­taire éven­tuel, pas­sez par la colonne de gauche et, dans « Notes récentes », cli­quez sur le titre. La fonc­tion « com­men­taire » est alors acti­vée. Sinon, pas moyen – allez savoir pour­quoi ! [Un pied de nez de Daniel, c’est sûr !]

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Dassault cherche dessineux gentil. En voilà un bien con

Comme ça Das­sault Serge – fils de Mar­cel, feu le tenan­cier du Café du com­merce – cherche pour son Figaro « un des­si­na­teur poli­tique gen­til pour rem­pla­cer Jacques Fai­zant ». Il a passé la petite annonce en inau­gu­rant un salon de la BD à Corbeil-Essonnes (Essonne) où il est aussi maire, en plus de séna­teur et bien­fai­teur de la presse (70 canards ache­tés en un seul chèque).

L’offre est tom­bée dans l’oreille des sourds de Char­lie Hebdo. Onze d’entre eux, de Wolinski à Luz, en pas­sant par Tignous ou Jul, ont donc pos­tulé et pro­posé leurs ser­vices sous forme de des­sins parus dans le der­nier numéro. Das­sault se trouve donc bien embar­rassé : com­ment trier dans ce déluge talentueux ?

Mais j’oubliais : il veut un « gen­til », un clone de Fai­zant. Ça devrait se trou­ver sans peine.  Le vieux des­si­na­teur vient d’être évincé du Figaro nou­velle mou­ture à la veille de ses  97 ans. Pour fêter ça, le jour­nal a annoncé hier un « hom­mage » à l’artiste déchu, dans une for­mule bien faux-cul : « …Parce que Le Figaro ne pou­vait pas le lais­ser par­tir à la retraite sans lui rendre un grand hom­mage, le quo­ti­dien lui consacre deux pages ven­dredi 16 décembre ». Plantu, Solo, Ray­naud, Deligne, Dubouillon, Redon, Méot, Ran­son, Dobritz, Trez, Wolinski et d’autres se sont coti­sés pour lui tres­ser une cou­ronne des­si­née dans les colonnes dudit Figaro (numéro du 31 décembre…).

Fai­zant, je ne me sou­viens pas qu’il m’ait fait sou­rire. Ou bien à l’arrachée, un jour de gri­saille, un jour à lire Le Figaro chez le den­tiste. Ça doit quand même être un brave type. Et cos­taud avec ça ! C’est pas comme ce grin­ga­let – je sup­pose –, ce gom­meux – j’en suis sûr –, dont je trouve une espèce de des­sin repris aujourd’hui sur Yahoo. J’ai honte pour lui (il s’appelle Delize) et c’est pour ça que je le repro­duis, pour la lui faire boire ici même, sa honte (mais il en est fier, bien sûr).

DelizeC’est vrai­ment le genre de bave cra­po­teuse qui va faire hur­ler notre Faber pré­féré. Sans par­ler de la mochon­ceté du cro­bard, son pro­pos est car­ré­ment con et fachoïde, exac­te­ment au centre du débat qu’il pré­tend « illus­trer ». Le Pen et Devil­liers tenant le crayon d’un pauvre type. Même Das­sault n’en vou­drait pas.

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Les Etats-Unis ont un « problème d’image » et de propagande

Comme ça, W a reconnu hier [12/12/05] : 
– que la guerre d’Irak avait causé la mort de quelque 30.000 civils (d’autres esti­ma­tions parlent de 100.000 civiles tués), et
– que son pays avait un « pro­blème d’image », notam­ment dans les pays arabes. « C’est dif­fi­cile, a ajouté Bush. Leur machine de pro­pa­gande est très intense. Et nous devons constam­ment envoyer des mes­sages, essayer de ras­su­rer les gens. Et agir ». C’est vrai quoi, l’Empire est bien démuni ques­tion pro­pa­gande. Peu de télés, de radios, de jour­naux ; si peu de ser­vices de com’… La dèche.

Ou alors, c’est avec les gros sabots, genre godillots mili­taires et autres chaus­settes à clous… Ainsi cette révé­la­tion du quo­ti­dien Los Angeles Times [30/11/05], selon lequel l’armée amé­ri­caine aurait rému­néra secrè­te­ment des jour­naux ira­kiens pour qu’ils publient des articles rédi­gés par ses mili­taires dans le but d’améliorer l’image des Etats-Unis auprès de la popu­la­tion irakienne.

Ces articles, pré­sen­tés comme rédi­gés par des jour­na­listes indé­pen­dants, sont tra­duit de l’anglais à l’arabe par une entre­prise pri­vée du sec­teur de la défense, le groupe Lin­coln, dont le siège est à Washing­ton. Ils vantent le tra­vail des Amé­ri­cains et des Ira­kiens sur le ter­rain et dénoncent les actions des insur­gés. Selon le Los Angeles Times, les articles étaient « fon­da­men­ta­le­ment fac­tuels », mais ils omet­taient les infor­ma­tions qui pour­raient être défa­vo­rables aux Etats-Unis ou au gou­ver­ne­ment ira­kien sou­tenu par eux. Tou­jours selon le LA Times, l’ « Infor­ma­tion Ope­ra­tions Task Force », a aussi racheté un jour­nal ira­kien et s’est assuré le contrôle d’une sta­tion de radio, qu’elle uti­lise pour dif­fu­ser des points de vue pro-américains.

« Nous sommes très pré­oc­cu­pés par ces allé­ga­tions. Nous deman­dons davan­tage d’informations au Penta­gone », a déclaré Scott McClel­lan, porte-parole de la Mai­son blanche, ajou­tant encore : « Les Etats-Unis sont pilotes pour pro­mou­voir et défendre la liberté et l’indépendance de la presse dans le monde et nous conti­nue­rons à le faire. Nos opi­nions sont très claires sur la liberté de la presse. Sur ce sujet par­ti­cu­lier, nous vou­lons déter­mi­ner quels sont les faits et nous pour­rons ensuite en par­ler plus».
[Source: AFP].

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« Un soir j’ai regardé Miss France sur TF1, et pas le Téléthon… »

par Chris­tian Le Meut

1stmissworld1920s_1Il y a peu, je dois l’avouer, je me suis laissé entraî­ner sur une mau­vaise pente. C’est comme ça, quand on est en groupe, on se laisse aller à faire des choses que l’on ne fera pas autre­ment… C’était un soir de pluie et de tem­pête, j’avais bu quelques verres d’excellents vins rouges, j’avais bien mangé, je n’avais plus toute ma tête et voilà, c’est arrivé, j’ai cra­qué, j’ai replongé…

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« Debussy-27 » : l’album-souvenirs, page 6

2chaine

Les ama­teurs du feuille­ton « Debussy » sont invi­tés à mon­ter à bord, par l’échelle de cou­pée…


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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