On n'est pas des moutons

Archive for juin, 2010

Charlie Jazz Festival à Vitrolles. Trois soirs sans foot !

PROMO : Atten­tion, c’est ven­dredi 2, samedi 3 et dimanche 4 juillet, dès 18 heures ! Char­lie Jazz Fes­ti­val, édi­tion 13, dans le « 13 », Bouches du Rhône, Pro­vence, écrin de ver­dure sur­volé de pla­tanes tri­cen­te­naires, Domaine de Font­blanche, Vitrolles.

L’essentiel est dit, sauf la musique, la fête, la ren­contre. Avec le lieu, avec les autres, avec le jazz de haute volée. Non mais, voyez-​moi un peu le pro­gramme : Jean-​Marie MACHADO (piano), Enrico RAVA (trom­pette), Mina AGOSSI (chant), Odean POPE (saxo), Jeff « Tain » WATTS (bat­te­rie). Ça c’est pour les têtes d’affiche qui, par défi­ni­tion et injus­te­ment, prennent la pre­mière place. En atten­dant la relève, déjà à pleines dents : le groupe MELC, avec Denis JONES, gui­tare (en rési­dence au Mou­lin à Jazz de Vitrolles), Fran­çois CORDAS (saxo) et son quar­tet, le trio SASHIRD LAO et le quin­tet de Florent PUJUILA (anches) ... Sans oublier les fan­fares : La Méca­nique des Fluides, Same­na­koa, Won­der­brass.

Un fes­ti­val de jazz, et éga­le­ment un « éco-​festival » sen­sible aussi à la musique éco­lo­gique : res­tau­ra­tion et bois­sons bio, recy­clage des déchets, éclai­rage par Led, toi­lettes sèches, co-​voiturage, etc.

De Pro­vence ou de pas­sage, ce serait trop bête de rater le Char­lie Jazz Fes­ti­val. Ne serait-​ce que pour se repo­ser du Mondial…

Vous aurez pigé que cet appel n’est rien moins qu’un copi­nage. Y a pas qu’à l’Ump’ qu’on se ren­voie des ascen­seurs. Sauf que celui-​ci n’a rien de doré, qu’il ne mène pas aux Sey­chelles mais tout bon­ne­ment à un bout de para­dis du jazz et du plai­sir de vivre. Et en plus de ça, si vous me ren­voyez votre nom par cour­riel, vous béné­fi­cie­rez d’un tarif réduit de 15 euros la soi­rée (quatre concerts !) au lieu de 20. Suf­fira de vous pré­sen­ter de ma part à l’accueil. Pas beau ça ?

Odean Pope, un col­tra­nien au phrasé pro­fond (Dimanche soir, il se retourne…)

Comptes ren­dus, extraits vidéo et pho­tos des trois jours de fes­ti­val se trouvent là :

http://​www​.concer​tandco​.com/​m​a​r​s​e​i​l​le/


Affaire(s) Éric Woerth. Le ministre roulerait-​il pour Peugeot ?

Voyons : Éric Woerth jure la main sur le cœur que le ministre du bud­get qu’il fut n’a pu inter­ve­nir dans une « quel­conque » affaire Bet­ten­court, pas même pour deman­der une enquête de l’administration, a-​t-​il mar­telé. Et de pré­ci­ser : aucun ministre ne le pour­rait, pas davan­tage mon suc­ces­seur.. Or celui-​ci, Fran­çois Baroin, a annoncé dimanche sur Europe 1 que l “admi­nis­tra­tion fis­cale va exa­mi­ner les comptes ban­caires suisses de l’héritière de L’Oréal et les élé­ments de for­tune qu’elle pour­rait déte­nir à l’étranger…

Le gou­ver­ne­ment fait bloc et la droite poli­tique aussi, mais en moins asser­tif que le pré­sident, sur­tout, qui en fait bien beau­coup sur la pro­tec­tion de Woerth. Il lui renou­velle sa confiance «tota­le­ment et com­plè­te­ment» parce que… «c’est un remar­quable ministre du tra­vail». Est-​ce le sujet ? En tout cas c’est l’axe de défense et donc celui des «élé­ments de lan­gage» : accu­ser la gauche, en s’en pre­nant au ministre, de vou­loir tor­piller la réforme des retraites.

Mais les faits sont têtus : voilà que M. Woerth trempe main­te­nant dans une his­toire de dîner, en décembre der­nier, avec l’héritier de Peu­geot et une affaire de lin­gots d’or volés… Tan­dis que le même ministre, en juin, déco­rait de la légion d’honneur le même Robert Peu­geot

M. Woerth semble affec­tion­ner la fré­quen­ta­tion des riches héritie(e)s qu’il honore de médailles (pas en chocolat).

Notons en pas­sant que la der­nière révé­la­tion a été publiée par le Jour­nal du dimanche (JDD) du «frère» Lagar­dère. Y aurait-​il quelque chose de vrai­ment pourri dans le royaume de France ?


Mondial. Le foot adoucit les mœurs, par Faber

© Des­sin de Faber. Visi­ter « Trait drôle » en cli­quant sur l’image


France Inter. Pétition et manifs pour une radio publique indépendante

Après pas mal d’initiatives spon­ta­nées mais hélas écla­tées, une péti­tion sou­te­nue par l’intersyndicale de Radio-​France est à signer sur le site :

Pour la défense de Radio-​France et le retour de Guillon et Porte.

Par ailleurs des manifs sont pré­vues le 1er juillet devant le siège de Radio-​France à Paris et en régions.


Du Tchernobyl pétrolier et des émeutes dans le monde

Tan­dis que la diver­sion rem­plit son office autour du bal­lon mon­dia­lisé, tan­dis que le rideau de fumée s’épaissit sur les sombres affaires et magouilles du monde (le ministre et la miliar­daire ; le fric des banques dans le sys­tème Bouton-​Kerviel ; le tour de passe-​passe entre ce même fric et les retraites ; le mer­dier à France Inter ; l’annulation de la garden-​party ély­séenne et la livrai­son de l’avion Air Sarko One… on en oublie et on nous en cache d’autres…). Pen­dant ce temps donc le pétrole conti­nue à rem­plir l’océan. Pas de quoi rigo­ler à pro­pos de ce Tcher­no­byl pétro­lier. Pour­tant marrons-​nous quand même (rire jaune et vert) à la vue de cette cin­glante parodie :

L’émeute, phé­no­mène mon­dia­lisé… comme la mondialisation.

Autre perle, sur un mode bien dif­fé­rent, cet entre­tien sur « Non​fic​tion​.fr » avec Alain Ber­tho, pro­fes­seur d’anthropologie à l’Université de Paris 8-​Saint Denis qui, après avoir étu­dié les ban­lieues et la crise de la poli­tique, s’intéresse aux émeutes comme phé­no­mène mon­dial ancré dans le contem­po­rain. Extrait : « Parmi les choses obser­vables, il y a notam­ment l’absence d’interlocution avec l’État. L’absence de mots qui a beau­coup frappé les obser­va­teurs en 2005. Une émeute ne se fait pas avec des ban­de­roles, ne se fait pas avec des mots d’ordre, ne se fait pas avec des pro­grammes de négo­cia­tions. On n’est pas dans l’interlocution, on n’est pas dans le dis­cur­sif, on est dans autre chose. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à dire, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de lan­gage sauf que le lan­gage, c’est l’acte. Nous sommes dans un moment d’affrontement où l’affrontement est ce que l’on a à dire. Cet affron­te­ment a des formes, un réper­toire. » […]


France Inter. Une ambiance de merde ne peut produire de la bonne radio

« Quel bor­del ! ». Fran­çois Morel, ce matin sur Inter

« Ambiance de merde à France Inter ».C’est le thème de la chro­nique de Fran­çois Morel sur ladite radio ce matin. Fini de rire, dit-​il. L’écouter ou la réécou­ter, c’est de la den­telle fine et solide. Sur­vi­vant (pro­vi­soire ?) de l’actuel vent de purge qui secoue la radio publique, Morel com­pare Hees à Dome­nech, en dépit du fait que le Pdg de Radio France s’en défen­dait crâ­ne­ment la veille. Morel tape juste en ce sens qu’on ne peut bien jouer au foot dans une ambiance de merde – preuve par le Mon­dial. Ce qui vaut pour toute autre acti­vité, comme de faire vivre une radio, ou un jour­nal pour de la bonne info, une bou­lan­ge­rie pour du bon pain. Ou un gou­ver­ne­ment pour de la bonne jus­tice sociale, entre autres.

Mais si on peut envi­sa­ger de chan­ger de gou­ver­ne­ment ou de régime (ne pas être impa­tient), c’est plus ris­qué pour son bou­lan­ger et quasi impos­sible pour sa radio. Ainsi hier, que c’était grève, fal­lait boire la tasse puba­gère et limite putas­sière de ce qui se pro­mène sur les ondes libé­rales et com­mer­ciales, ça va ensemble. Y avait même pas France Culture pour com­pen­ser, c’est dire le désert.

Que les diri­geants actuels de la radio publique, Hees et Val, s’en prennent à l’humour et à la satire au nom de la qua­lité de l’info (deux domaines sépa­rés), c’est vrai­ment le signe. Signe d’un des­po­tisme chopé comme une sale grippe, par conta­gion de pen­sée, si on ose dire, ou plu­tôt inté­gré, comme natu­ra­lisé par conni­vence et par sou­mis­sion plus géné­rale avec les puis­sants du moment. Non pas que ceux-​ci donnent néces­sai­re­ment leurs ordres, non, pas la peine, ça se fait tout seul, par impré­gna­tion lente, sur­tout s’agissant d’esprits doués pour ça : l’art de bais­ser la tête dès le matin, pour n’avoir pas à se voir dans la glace.


Éric Woerth ou la politique saisie par le luxe indécent

Éric Woerth, août 2008. Doué pour les chiffres, il veille sur nos retraites. Photo Wikipedia

L’affaire Woerth, madame et mon­sieur, leurs manœuvres fri­quées. « Légal » ou pas, on s’en fout ! Car la ques­tion est celle de la légi­ti­mité ou, plus encore, de la décence com­mune comme disait George Orwell. Ce goût du luxe jusqu’à la luxu­riance, cette avi­dité pour la « clin­quance » (on en est à inven­ter des mots !), la cherté obsé­quieuse du bling-​bling, le jamais assez et donc tou­jours plus, voilà la névrose obses­sion­nelle des puis­sants de ce monde qu’ils mettent en coupe réglée ! La ques­tion est bien celle du pognon exor­bi­tant dont cer­tains se goinfrent avec une avi­dité encore jamais vue. Je dis bien « vue », en ce sens où le caché d’avant, sans doute, valait bien l’étalage actuel, devenu indé­cent jusqu’au porno !

L’âpreté au gain semble n’avoir jamais été aussi vorace qu’en ces temps de déca­dence. Une telle osten­ta­tion tient du pousse au crime et consti­tue l’une des causes des vio­lences récur­rentes qui secouent, entre autres, les quar­tiers dits « dif­fi­ciles » – c’est-à-dire là où la prise de conscience ne trouve d’autre exu­toire que dans le caillas­sage de « tout » : bus, flics, pom­piers, bagnoles et pou­belles – sym­boles glo­ba­li­sés d’une société fon­ciè­re­ment malade, car fon­ciè­re­ment injuste. La délin­quance comme mode d’expression… Quelle déso­la­tion morale, exis­ten­tielle ! Et il en est ainsi dans tout le monde glo­ba­lisé régi par son inéqua­tion : tou­jours plus de très riches = tou­jours plus de très pauvres. « Jusque-​z-​à-​quand », ren­ché­ri­raient nos sati­ristes déchus, dont on espère qu’ils vont pas­ser à l’acte de l’engagement direct : se payer, gra­tos, les têtes cou­ron­nées… On peut encore rêver.

Reve­nons aux Woerth, char­mant couple, fringues grif­fées, fra­grances de LVMH-L’Oréal, tis­sus pré­cieux payés cher à la sueur du front du populo, ceux qui gagnent si peu mais qui sont si nom­breux. C’est le prin­cipe même du capi­ta­lisme : prendre un peu (appa­rem­ment) à beau­coup ; les faire cas­quer pour pas grand chose, un chouia par ci un par là, à peine visible, même pas dou­lou­reux, pas trop : y a le foot, le pipole, le bourre-​bedaine de bouffe et de bière pas trop chère, bien dégueu, la télé pour faire rêver et apeu­rer en même temps : les grandes séries hol­ly­woo­diennes, leurs copies locales, du drame et du cul, de l’angoisse ter­ri­fiante – méchants bar­jots, flics ex-​machina pour tenir à car­reaux et ras­su­rer le bas peuple cade­nassé dans ses incer­ti­tudes du len­de­main, et enfin les courses de bour­rins, les lotos miri­fiques et autres ordi­naires sédatifs.

Tiens, au moment même où je vous cause, lemonde​.fr (pas Le Pari­sien, non, la « réfé­rence ») me bom­barde un URGENT : « Isner bat Mahut et rem­porte le match le plus long de l’histoire du ten­nis ». Voilà l’urgence d’aujourd’hui : l’insignifiance spec­ta­cu­laire ! Tan­dis que l’hémorragie pétro­lière, la sai­gnée de la Terre-​mère reprennent de plus belle – façon de par­ler. Tan­dis qu’un chef d’État, chef de quoi ?, reçoit vous savez qui, un foo­teux tri­cheur, repré­sen­tant du sys­tème le plus éhonté mêlant par la déme­sure le fric à la pelle et le vedet­ta­riat le plus ido­lâtre. Mais le peuple en veut, il en rede­mande le peuple, du pain (un peu) et des jeux (beau­coup), et on n’est pas tenu alors de l’enmajusculer. Fai­blesses et gran­deurs sont les moteurs de l’Histoire en marche. D’un côté la las­si­tude déses­pé­rée, de l’autre un res­saut de manif. Et à l’instant même, autre URGENT de même source : Le nombre d’inscrits au chô­mage en hausse de 0,8 % en mai. Bizarre cette col­li­sion de niouzes, ces col­lages d’actu comme des mes­sages épars venus de pla­nètes étrangères…

Donc le Woerth, cet irré­pro­chable hon­nête homme dont je mesure l’étendue et la pré­co­cité de ses talents en cha­rité bien ordonnée :

En 1992 donc, la Chambre régio­nale des Comptes de Picar­die épluche les livres de l’Agence de déve­lop­pe­ment de l’Oise (ADO), diri­gée par Woerth, sur la période 1986-​1989 et émet de sévères observations :

« [Le juge admi­nis­tra­tif] n’a pas admis que le conseil géné­ral délègue à un orga­nisme privé l’exécution des inter­ven­tions éco­no­miques du dépar­te­ment sans avoir défini les prin­cipes de ces inter­ven­tions, les moda­li­tés géné­rales de leur mise en œuvre et les contrôles qu’il enten­dait exercer. De nom­breuses dérives sont consta­tées, notamment :

– Des reva­lo­ri­sa­tions de salaires « dis­cré­tion­naires et exor­bi­tantes » :

Éric Woerth, direc­teur géné­ral, dont le salaire passe de 23 400 F (3 567€) en 1986 à 35 000 F (5 336€) en 1989. Il a perçu une prime de fin de contrat équi­va­lente à 5 mois de salaire, qua­li­fiée de « pure libé­ra­lité » par la Chambre. A cette rému­né­ra­tion men­suelle s’ajoute les trois primes de fin d’année de 3567,31 euros, 4484,75 euros et 4484,75 euros qui lui ont été ver­sées au titre des exer­cices 1986, 1987 et 1988.

Des frais de dépla­ce­ments, de mis­sions et de récep­tions « en aug­men­ta­tion de 724% » entre 1986 et 1989 :

« La Chambre a observé que près de la moi­tié de ces dépenses cor­res­pon­dait à des frais de res­tau­rant du pré­sident de l’ADO. Elle a, en par­ti­cu­lier, relevé que tous les res­tau­rants, sans excep­tion, étaient situés à Paris, qu’ils comp­taient parmi les plus répu­tés et les plus chers de la capi­tale, qu’aucune indi­ca­tion sur l’objet de la récep­tion et les per­sonnes conviées n’était jointe aux fac­tures et que le prix par per­sonne était élevé, fré­quem­ment voi­sin des 1000 F (150 euros) ».

Eric Woerth dis­po­sait éga­le­ment d’une voi­ture de fonc­tion, ce qui n’était pas prévu dans son contrat de tra­vail, et comme son domi­cile situé à Chan­tilly, est éloi­gné du siège de l’Agence, les frais d’essence pris en charge par l’ADO ont été coû­teux pour les finances de celles-​ci. En 1988, par exemple, leur mon­tant s’est élevé à 2295,88 euros. »

Cet homme, très doué pour les chiffres, ne pou­vait que gra­vir les plus hautes marches du pou­voir et, en par­ti­cu­lier celle qui l’a conduit au minis­tère du bud­get – noblesse oblige – tout en tenant les caisses de l’UMP.

En jan­vier 2008, alors qu’il était ministre du bud­get, Éric Woerth a aussi remis les insignes de che­va­lier de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, direc­teur géné­ral de Cly­mène, orga­nisme de ges­tion du patri­moine de Liliane Bet­ten­court – avocat qu’il pré­ten­dait ne pas connaître. Tan­dis que, jusqu’à sa démis­sion il y a quelques jours, son épouse Flo­rence Woerth était elle-​même res­pon­sable de la ges­tion de la for­tune de Liliane Bet­ten­court, une des plus grandes for­tunes du monde, au sein de Cly­mène.

Le voici aujourd’hui ministre du Tra­vail, et maire de Chan­tilly. C’est lui qui doit négo­cier la réforme des retraites avec les syn­di­cats. Un homme de la situa­tion, capable de com­prendre et par­ta­ger l’inquiétude de ses conci­toyens. D’ailleurs, il est aussi chargé de la Fonc­tion publique. Et de la Soli­da­rité [sic].


Entre voile et burqa. Guillon et Porte éjectés de France Inter

Et voilà le tra­vail : à peine parti une dou­zaine de jours et vlan ! on retrouve un pays la tête dans le cul : un ministre et sa madame bar­bo­tant dans la rata­touille du fric – ce qui est assez banal en ces temps de petits arran­ge­ments par­ti­cu­liers, voyez Bou­tin, Estrosi, Amara, etc. (sans remon­ter à Gay­mard ni à Sar­kozy et leurs magouilles immo­bi­lières à Neuilly) – ; une équipe de foot en déban­dade mon­diale ; la garden-​party du 14-​juillet sup­pri­mée. Et en plus une radio publique en manque d’humour et sur­tout d’humoristes.

Autant de petits faits diver­sifs (le mot vient de sor­tir, pas la chose) qui, en effet, font bien diver­sion. Cha­cun à son niveau, ils recouvrent d’un voile, ou plu­tôt d’une gaze quasi lai­teuse le spec­tacle d’une cer­taine déca­dence. Ils la laissent entre­voir sans qu’elle se montre tota­le­ment ; à peine la révèlent-​ils qu’aussitôt ils la masquent. C’est plus sub­til que la bur­qua… dont a parlé l’humoriste en ultime fac­tion ce matin sur France Inter.

La der­nière de Sté­phane Guillon (vidéo en cli­quant sur l’image)

Der­nier indice en date, donc, l’éjection de Guillon et Porte de France Inter. Rien de plus pré­vi­sible, car rele­vant presque d’une loi du genre : la satire n’ayant de cesse de mordre les mol­lets de ses proies, les­quelles ne trou­vant rien de mieux que de ripos­ter selon leurs moyens, en l’occurrence ceux des puis­sants. Ça finit donc en pot de terre contre pot de fer, en mar­tyre contre bour­reau. Tra­duc­tion dans le texte : le PDG de Radio France, Jean-​Luc Hees, pro­clame que « l’humour ne doit pas être confis­qué par de petits tyrans ». Parole de grand sage, évi­dem­ment, mais cepen­dant com­mandé par plus grand que lui, humo­riste suprême adoubé par la moi­tié des élec­teurs de 2007.

Hees se jus­ti­fie [Le Monde 23/​6/​10] en invo­quant le jour­na­lisme et ses convic­tions qui ne sont « que jour­na­lis­tiques ». Ou bien il conteste l’humour de Guillon et Porte selon des cri­tères pré­ten­du­ment qua­li­ta­tifs, alors qu’il s’agit de satire, même mati­née d’humour évi­dem­ment. Le jour­na­lisme n’a rien à voir là-​dedans ; il s’agit bien d’une ques­tion poli­tique, celle qui oppose le pou­voir à ses contes­ta­taires – ce qui se nomme aussi polé­mique et qui, en géné­ral, reflète la santé d’une démo­cra­tie. On notera en pas­sant que, l’Histoire se répé­tant par­fois, même en bégayant, le Roi n’aura pas eu néces­sai­re­ment à inter­ve­nir direc­te­ment : il y a les mar­quis pour cela, excel­lents pour leur zèle dans les basses oeuvres. Il en était ainsi des tar­tuffes pour Molière sous Louis XIV. Ou encore pour Vol­taire sous le feu des monarques.

Hees ne jure que par son indé­pen­dance, comme si d’avoir été fait roi­te­let n’obligeait pas, par essence – l’essence même du pou­voir. Val aussi se trouve lié au même des­tin, l’échelon en des­sous, celui du val-​et ;-) en peine de prou­ver exis­tence, lui le hobe­reau venu de Char­lie Hebdo. Un vrai labeur. Il est prêt pour ça à de grandes mesures : sup­pres­sion annon­cée d’émissions comme «Esprit cri­tique» (Vincent Josse) et «Et pour­tant elle tourne», (Jean-​Marc Four), peut-​être aussi d’ « Allo la pla­nète », et du « 7-​9 du week-​end ». Val, en ce sens, serait davan­tage le Dome­nech que Hees se défend d’être. Quoi qu’il en soit l’équipe France Inter va prendre un coup au moral. Et le pro­chain match n’est qu’en 2012.


En chrétienne de choc, Christine Boutin renonce à la moitié de son manteau (estimé à 18 000 euros mensuels)

La pré­si­dente du Part chrétien-​démocrate. Oh, pôvre, la voilà bien­tôt à moi­tié à poil.

«Der­nière minute
«jeudi 10 juin 2010, 20 h 19

«Chris­tine Bou­tin renonce à son salaire de char­gée de mission

«Chris­tine Bou­tin a annoncé, jeudi sur France 2, qu’elle renon­çait à sa rému­né­ra­tion de 9 500 euros par mois, tout en pour­sui­vant la mis­sion qui lui a été confiée par l’Elysée sur les effets de la mon­dia­li­sa­tion sur les poli­tiques sociales.»

La grande âme, la sainte dame, chantre du catho­li­cisme de choc, pré­si­dente du Parti chrétien-​démocrate, anti homo, anti IVG,
voilà qu’elle donne la moi­tié de son man­teau (de vison) – qui était le double donc (18 000 euros men­suels ! selon le Canard enchaîné, plus voi­ture de fonc­tion avec chauf­feur, plus des bureaux et un secré­ta­riat par­ti­cu­lier !) de ce qu’il doit lui res­ter, soit encore plus de dix fois la misère du smi­card ! (sans par­ler des sous-​miséreux de l’ASS, RSA, on s’y perd… face à tant de riches…)

Au nom de quelles valeurs, autres que bour­sières, peut-​on jus­ti­fier une telle âpreté au gain ?!

Ainsi a-​t-​il fallu une dénon­cia­tion publique pour que pareil scan­dale cesse. Comme l’a dit Woerth, ministre, ce matin dans le poste, «main­te­nant qu’il y a polé­mique»… Parce que, pour sûr, si la dis­cré­tion avait pu être pré­ser­vée, on n’en serait pas là. Satané Canard, Enchaîné de mes deux. Il fau­drait bien le reprendre en mains aussi celui-​là ! Après Estrosi, Amara, Gay­mard, Sar­kozy lui-​même avec ses magouilles immo­bi­lières à Neuilly, et aussi Chi­rac, ne pas oublier, 30 000 euros de retraite men­suelle et logé à l’oeil par son mécène liba­nais… mais qui parle de crise du loge­ment dans cette outra­geante monarchie ?


La fin du Monde c’est aussi la fin d’un monde et d’une information plutôt indépendante

Je lis Le Monde depuis que j’ai voulu faire jour­na­liste, dès l’année où j’ai pré­paré le concours à l’École de jour­na­lisme de Lille. Je ne vous dis pas le nombre de lustres, ni le nombre de numé­ros parus depuis. Fau­drait être rude­ment con pour m’apercevoir aujourd’hui de mon erreur… Le Monde reste à mes yeux un bon canard. Le prin­ci­pal du bou­lot étant, il est vrai, celui que je pro­duis à sa lec­ture cri­tique, comme en toutes choses – autant que pos­sible. « Ils » devraient me payer pour ça, et notam­ment pour les « pan­toufles » que j’ai pu leur infli­ger sur ce blog il y a quelques années, dénon­çant leurs tra­vers occa­sion­nels – pas si rares à vrai dire. Je ne revien­drai pas non plus ici sur mes déboires avec leur suc­cur­sale élec­tro­nique qui héber­geait « C’est pour dire », un peu comme la corde sou­tient le pendu… Vive l’indépendance, ô com­bien !

Ne manque plus que la cas­quette Ricard. Ph. gp

Mon pro­pos du jour concerne l’avenir de ce jour­nal dit « de réfé­rence » (en réfé­rence à lui-​même, certes) et, par­tant, de ce que j’en per­çois. Car il se trouve que ce jour-​même donc, ma char­mante fac­trice au nom d’Aurore m’apporte sa livrai­son mati­nale, plus char­gée que d’ordinaire : tout un assor­ti­ment, un peu à la manière dont jadis les ven­deurs du Tour de France recy­claient à tour de bras les inven­dus de la presse : « Je ne vous en mets pas trois, pas sept, mais dix ainsi qu’un onzième ! ». Le tout pour trois fois rien et, en prime, la cas­quette de l’Équipe ou de chez Ricard. Voilà que me tom­baient des­sus, dans la même bras­sée : Le Monde et son Monde des Livres, mais aussi Le Monde Maga­zine, mais encore cette hor­reur de « M », comme sor­tie de la morgue. A quoi j’ajoute, livrés par une autre malle pos­tale : Télé­rama, Cour­rier inter­na­tio­nal, Le Men­suel, puis la pub pour « les grands clas­siques de la lit­té­ra­ture liber­tine »… N’en jetez plus!

Et ma cas­quette, alors ? La voilà, disons, four­nie par le directeur-​cycliste de la gazette en débine finan­cière. Quand on titre un édito « A nos lec­teurs », ce n’est pas bon signe. Ça sent son pré­sident de la Répu­blique sor­tant son « allo­cu­tion télé­vi­sée », sa Mar­seillaise et son ser­rage de cein­ture repeint en « soli­da­rité nationale ».

Et qu’annonce donc le PDG Fot­to­rino à la une et à la vingt de sa feuille quo­ti­dienne? Que celle-​ci va perdre son indé­pen­dance. Rien de moins. Aussi ne l’apprend-on pas en pre­mière page, où l’article se trouve, comme par hasard, coupé après ce passage :

« Les efforts de notre col­lec­ti­vité n’ont pas été vains. Mais ils doivent se pour­suivre à des fins de bonne ges­tion. L’indépendance d’un groupe de presse est aussi fonc­tion de ses résul­tats : c’est en gagnant de l’argent - pour le réin­ves­tir dans son coeur d’activité - que Le Monde garan­tira sa véri­table indépendance. »

C’est beau comme du Sarko dans le texte. Aussi faut-​il s’attendre au pire. Allons-​y, page 20, tout en pas de page, fin de colonne, sous le tapis :

« Quel est l’enjeu de cette reca­pi­ta­li­sa­tion ? A l’évidence, une page de l’histoire du quo­ti­dien va se tour­ner. Depuis 1951, l’indépendance du jour­nal a pro­cédé du contrôle de sa gérance et de sa ligne édi­to­riale par la rédac­tion. Demain, quel que soit le can­di­dat dési­gné, la Société des rédac­teurs du Monde et, plus lar­ge­ment, les socié­tés de per­son­nels per­dront ce contrôle majo­ri­taire au pro­fit du nou­vel entrant. Pareil bou­le­ver­se­ment ne peut se déci­der à la légère. C’est pour­quoi plu­sieurs cri­tères devront entrer en ligne de compte pour éclai­rer le choix. »

Le reste relève du bla­bla de pédégé, nor­mal, tenu de ras­su­rer ses troupes au len­de­main d’un Water­loo jour­na­lis­tique. Car il s’agit bien d’une défaite de plus dans l’océan de l’information emporté par le tsu­nami du tout mar­chan­disé néo­li­bé­ral. A cet égard, les diri­geants, action­naires, jour­na­listes du Monde ne sont vic­times que ce au devant de quoi ils ont couru ! Cela date, en par­ti­cu­lier, de la fin du « beuve-​mérysme » – cette aus­té­rité morale, finan­cière, pro­tes­tante pour tout dire du patron his­to­rique, Hubert Beuve-​Méy –, elle-​même datée par le démé­na­ge­ment du siège tout aussi his­to­rique, rue des Ita­liens à Paris. Cet acte phy­sique et sym­bo­lique a ainsi mar­qué le début d’une ère disons ges­tion­naire, sinon affai­riste, culmi­nant dans les années 90 avec le trio Colom­bani, Ple­nel et Minc et leur fameux « péri­mètre indus­triel », pour qui le modèle idéal était le New York Times. Une telle ambi­tion ne pou­vait alors habi­ter que dans des immeubles en rap­port – mais non de rapport… – exprimant un goût de luxe fri­sant l’ostentation. Ce fut donc la course en avant où, sous pré­texte d’investissements, se mit en place une logique de ren­ta­bi­lité et de vente, au mépris de la ligne édi­to­riale et de règles déontologiques.

Voilà pour­quoi, en allant vite évi­dem­ment, comme tout abonné, je dois aujourd’hui me taper une tonne de « pro­duits déri­vés » et chers (1,40 euro le numéro, 32 euros par mois, 368 par an !) pour épon­ger la méga­lo­ma­nie des citi­zens Colom­bani et autres ; voilà pour­quoi je dois me far­cir (enfin, dans la che­mi­née) de ces dis­pen­dieux sup­plé­ments au luxe outra­geant (montres, bijoux, par­fums, frime bling-​bling) ; et pour­quoi Télé­rama, vache à lait du groupe, s’est trouvé gagé pour per­mettre au Monde de contrac­ter un prêt ban­caire de 25 mil­lions d’euros auprès de la BNP, laquelle exi­geant en contre­par­tie la fameuse reca­pi­ta­li­sa­tion !

Alors, qu’on ne nous parle plus d’indépendance ! Celle ne serait de toutes façons, au delà de ses moi­rages de ver­nis, ni d’abord éco­no­mique, ni éco­lo­gique (voir le gâchis de papier de luxe pour pro­duits de luxe et de merde), ni sur­tout éthique. Autre­ment dit aucu­ne­ment journalistique.

D’où la poi­lade qui me secoue devant ces lignes de Fot­to­rino : « […] obte­nir la garan­tie que le nou­vel action­naire n’interviendra ni de près ni de loin dans les conte­nus de nos titres, dans une période où l’échéance pré­si­den­tielle de 2012 occupe déjà les esprits. La valeur de nos conte­nus, leur cré­di­bi­lité, est direc­te­ment fonc­tion de la liberté lais­sée aux rédac­tions pour tra­vailler, en dehors de tout soup­çon d’influence. » [Le Monde, 4/​6/​10]. Amen.


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