On n'est pas des moutons

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L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les catas­tro­phes suc­cè­dent aux catas­tro­phes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de bel­les ima­ges avec des flam­mes « gran­des com­me des immeu­bles ». Voyez cet exo­de, 100 000 per­son­nes, com­me en 40. Des armées de pom­piers recu­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quin­ze, vingt fois plus gran­des que Paris ! La télé se lamen­te, les com­men­ta­teurs déplo­rent, les bras bal­lants, à cours de super­la­tifs. La fata­li­té.

On implo­re la pluie. On brû­le­rait… des cier­ges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétai­nis­tes : pac­ti­ser pour ne pas capi­tu­ler. Le Feu com­me le Dia­ble. Ah oui, un dia­ble ex machi­na, sur­gi de nul­le part ou des élé­ments déchaî­nés, des folies de Dame Natu­re ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schis­tes bitu­meux. On y vient trai­re cet­te vieille vache érein­tée, sur­nom­mée Ter­re, qui gar­de de beaux res­tes, si on détour­ne les yeux de cer­tains lieux com­me ceux-là. À pei­ne recon­naît-on que « c’est la fau­te au cli­mat », com­me si les humains avi­des n’y étaient pour rien. Et la « frac­tu­ra­tion hydrau­li­que », c’est jus­te une fan­tai­sie esthé­ti­que, une aima­ble chi­rur­gie béné­fi­que… Oui, béné­fi­que, tout est là, en dol­lars « verts », en pro­fits insa­tia­bles, à engrais­ser l’obèse Dow Jones.

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Nan­cy Hus­ton : « Fort McMur­ray est une vil­le ter­ri­fian­te par­ce qu’elle est là pour l’argent. C’est com­me la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siè­cle. »

Tan­dis que s’assèchent les nap­pes phréa­ti­ques pom­pées à mort sous tout un État grand com­me la Fran­ce ; que la ter­re aus­si s’assoiffe, devient brû­lan­te et s’enflamme. Tan­dis que les com­pa­gnies pétro­liè­res, en exploi­tant les immen­ses réser­ves de sables bitu­mi­neux, rasent les forêts, pol­luent les sols, détrui­sent la fau­ne et la flo­re. C’est un ter­ri­toi­re gou­ver­né par le pétro­le et l’argent au mépris de la natu­re, des peu­ples. Au mépris de l’humanité.

Un témoi­gna­ge à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­dien­ne Nan­cy Hus­ton que publie l’excellent site Repor­ter­re : En Alber­ta, « l’avènement d’une huma­ni­té... inhu­mai­ne »

À lire aus­si :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufres­ne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wie­be, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, para­bo­le de l’époque, édi­to de Her­vé Kempf.


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cet­te sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et tex­te. D’autant que cet­te idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tcher­no­byl).

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Nous nous som­mes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons jus­te un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cet­te sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­sai­res à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cet­te cam­pa­gne anti-nucléai­re.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnot­te élec­tro­ni­que sécu­ri­sée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chè­que ou un billet à mon adres­se : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­miè­re (nous vous deman­de­rons alors votre adres­se pos­ta­le par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tran­ches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la lis­te des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des éta­pes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cet­te créa­tion de qua­li­té, à tira­ge limi­té. Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Samedi 14 mars, réaction en chaîne humaine dans la vallée du Rhône - Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la transition énergétique sans nucléaire !

Programme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anniversaire que ce quatrième marquant la catastrophe de Fukushima. À 14 h 46, ce vendredi 11 mars 2011, un tremblement de terre d'une magnitude 9 se produit, endommageant la centrale nucléaire de Fukushima Daini dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres générée par le séisme atteint la centrale de Fukushima Daiichi, construite à une hauteur de 6,5 à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Pour Fukushima-Daini, l'exploitant Tepco avait construit un mur qui ne pouvait résister qu'à un tsunami de 5,7 mètres de haut maximum. Trois des six réacteurs se mettent à l'arrêt automatique. Tandis que les systèmes de refroidissement tombent en panne, ainsi que les groupes électrogènes de secours.

Et c'est la catastrophe majeure : fusion des réacteurs, explosions ou incendies des enceintes 1 à 4, dispersions radioactives dépassant 300 fois la norme admissible, contamination sur un rayon de plus de 80 km, déplacement de milliers de riverains, rejet d'eau fortement radioactive dans le Pacifique, situation incontrôlable de l'ensemble des installations – et nullement stabilisée aujourd’hui. Tandis que des milliers de travailleurs ont depuis été amenés sur place – dans des conditions critiques, et très critiquées – pour tenter de "colmater les brèches" d'un chantier désormais sans fin, sans horizon. Voici un instantané concernant la situation des "lquidateurs" de Fukushima, telle que rapportée par le blog Fukushima 福島第 consacré entièrement à la catastrophe nucléaire et à ses répercussions au Japon et dans le monde.

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L'étendue du sinistre

Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, le 20 janvier, un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu'à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l'année dernière.

Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1, travaillent chaque jour 6.000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur témoigne : "Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l'accident, car leur norme d'exposition était dépassée. Maintenant, la politique de Tepco est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents."

Extrait d'un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j'avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir", a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s'occupait d'enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l'eau contaminée, mais maintenant il transporte l'eau contaminée qui s'est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

"La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu'il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu'il ne peut pas se déplacer facilement, c'est pourquoi un travail d'une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l'usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. […]

"Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d'être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s'il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d'un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l'accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l'on puisse connaître ce fait "."

Craintes de maladies

"Tepco a enquêté chez 4.587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 2014. 2.003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l'éventualité d'une maladie due à la radioactivité. Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu'ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

"Cependant il est étrange que l'Autorité de régulation nucléaire prévoit d'augmenter la norme maximale d'exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: "La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c'est. S'il arrive un accident de même niveau qu'à Fukushima, les travailleurs pourront s'occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts."

Prolifération des déchets contaminés

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L'étendue des déchets

"Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n'a pas le droit de les transporter à l'extérieur, de sorte que tous les déchets s'accumulent sur le  site. Tepco  prévoit que jusqu'à 2027 s'amasseront 560.000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l'espace de stockage.

"Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. Tepco prévoit de les brûler et d'en réduire la quantité, mais n'y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand."


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tè­me de décon­ta­mi­na­tion d’eau de la cen­tra­le de Fuku­shi­ma est arrê­té depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japo­nais, une des trois lignes de décon­ta­mi­na­tion du sys­tè­me a arrê­té de fonc­tion­ner nor­ma­le­ment lun­di, ce qui a conduit la com­pa­gnie à la stop­per puis à sus­pen­dre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tè­me, bap­ti­sé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plu­sieurs mois, mais dans les faits il ne ces­se de ren­con­trer des pro­blè­mes divers. Cet équi­pe­ment déve­lop­pé avec le grou­pe Toshi­ba est pour­tant pré­sen­té com­me un roua­ge-clé pour résou­dre le pro­blè­me d’eau conta­mi­née dont regor­ge la cen­tra­le acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça débor­de. [Docu­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau conta­mi­née sont actuel­le­ment sto­ckés dans plus d’un mil­lier de gigan­tes­ques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co conti­nue d’en fai­re ins­tal­ler entre vingt et qua­ran­te par mois pour ten­ter de sui­vre le ryth­me du flux conti­nu de liqui­de souillé pro­ve­nant des sous-sols du site et des arro­sa­ges per­ma­nents des réac­teurs rava­gés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fi­que est en pas­se de s’aggraver ; à la fois par les fui­tes d’eau détec­tées en de mul­ti­ples endroits sur les rui­nes des cen­tra­les, mais aus­si par­ce que l’eau actuel­le­ment sto­ckée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cet­te eau aura été « décon­ta­mi­née » par le sys­tè­me ALPS – car elle contien­dra enco­re au moins du tri­tium.

Le direc­teur de la cen­tra­le, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cul­tés, et espé­rer que les efforts menés avec les auto­ri­tés per­met­tront d’en venir à bout. 

La priè­re com­me der­nier rem­part contre la radio­ac­ti­vi­té.

[Sour­ces : AFP, Le Mon­de]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…« L’Association « Fes­sen­heim, notre Ener­gie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de for­ce de ce jour per­pé­tré par des mili­tants de Green­pea­ce et condam­ne vive­ment cet­te action. Contrai­re­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­len­te puisqu’il y a effrac­tion déli­bé­rée avec des moyens impor­tants de type ter­ro­ris­te, un véri­ta­ble choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

« L’ASFNE esti­me qu’il est tota­le­ment dis­pro­por­tion­né de recou­rir à des métho­des de com­man­dos pour fai­re pas­ser un mes­sa­ge quel qu’il soit. Et il est inac­cep­ta­ble qu’EELV, dont deux mem­bres figu­rent au gou­ver­ne­ment, ait pu féli­ci­ter ce matin Green­pea­ce pour cet­te action illé­ga­le et anti-démo­cra­ti­que. Il est évi­dent que l’absence de réel­les sanc­tions dis­sua­si­ves, après les actions simi­lai­res pré­cé­den­tes,encou­ra­ge Green­pea­ce dans cet­te voie.
« Il faut rap­pe­ler enfin que Fes­sen­heim a été décla­rée sûre par l’Autorité de Sûre­té Nucléai­re, la seule auto­ri­té com­pé­ten­te. Des cen­tai­nes de mil­lions d’euros ont été inves­tis ces der­niè­res années pour en fai­re une des 1ère cen­tra­les de Fran­ce dont la sûre­té a été moder­ni­sée et mise aux der­niers stan­dards inter­na­tio­naux du moment. Une usi­ne ne vieillit pas com­me les humains ; quand un maté­riel nedon­ne plus satis­fac­tion, on le répa­re ou le rem­pla­ce !
« Sou­hai­tons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subis­sent les Alle­mandsaprès la déci­sion radi­ca­le de fer­me­tu­re de son parc nucléai­re, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des for­tes attein­tes envi­ron­ne­men­ta­les ? La pol­lu­tion atmo­sphé­ri­que de ces der­niers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­tra­les au char­bon alle­man­des, est un exem­ple qui impac­te tous leurs voi­sins. A contra­rio, la Fran­ce fait par­tie des meilleurs pays euro­péens pour ses fai­bles émis­sions de CO2… grâ­ce à son éner­gie nucléai­re ! »

Nucléaire. À Fessenheim, Greenpeace interpelle Hollande et Merkel sur la transition énergétique

Ce mar­di 18 mars, une soixan­tai­ne de mili­tants de Green­pea­ce, venus de Fran­ce, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Bel­gi­que, d’Italie ou de Polo­gne ont « inves­ti » à leurs maniè­res  la plus vieille cen­tra­le fran­çai­se, cel­le de Fes­sen­heim, en Alsa­ce. Ain­si, deux jours avant le som­met des chefs d’Etat euro­péens qui doit déci­der ce jeu­di 20 mars de l’avenir de l’énergie en Euro­pe, ces citoyens euro­péens deman­dent à Fran­çois Hol­lan­de et Ange­la Mer­kel d’engager leur pays et l’Europe entiè­re dans une vraie tran­si­tion éner­gé­ti­que, débar­ras­sée du ris­que nucléai­re et basée sur les renou­ve­la­bles. 

D’autre part, par une tel­le action, l’organisation éco­lo­gis­te démon­tre une fois de plus la vul­né­ra­bi­li­té des sys­tè­mes de sécu­ri­té des ins­tal­la­tions nucléai­res et, pas consé­quent, des sys­tè­mes de sûre­té s’agissant d’éventuelles (et pos­si­bles) actions ter­ro­ris­tes.

Green­pea­ce pour­suit sa voca­tion de lan­ceur d’alerte dans le domai­nes des ris­ques humains et éco­lo­gi­ques. Par ses actions répé­tées, l’ONG démon­tre en même temps la vani­té des nucléo­cra­tes et de leurs tech­ni­ciens adep­tes du culte de l’infaillibilité – ou pré­ten­dant s’en appro­cher, plan­qués qu’ils sont der­riè­re leur fameux dog­me du « risque-zéro-qui-n’existe-pas  », et grâ­ce auquel ils comp­tent se dédoua­ner de tout acci­dent ou catas­tro­phe à venir. Qu’ils aillent tenir leurs bali­ver­nes auprès des popu­la­tions lour­de­ment éprou­vées de Tcher­no­byl et de Fuku­shi­ma !

 
Lire aus­si, entre autres, sur« C’est pour dire »  :

Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par GreenPeace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Photo xtcbz (Flickr)

 

L’état des réacteurs difficile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus difficile de faire un état des lieux de l’état précis de chaque réacteur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le combustible de trois des cœurs des réacteurs a fondu, au moins partiellement. Dans le réacteur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (magma résultant de la fusion des éléments du cœur d’un réacteur nucléaire, constitué du combustible nucléaire, des éléments de l’assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact.) se répand dans la partie basse de la cuve du réacteur, et ce depuis les premiers jours qui ont suivis le séisme.
Pour la piscine du réacteur n°2, Tepco a mis en place, début juin, un système de refroidissement. La mise en place de ce système est prévue pour les piscines des réacteurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la piscine n°4, un consolidation de son soutènement avec des piliers en acier est nécessaire au préalable.

La dernière mise à jour de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique sur le sujet date du … 2 juin.
Les dernières informations fournies par l’opérateur de la centrale, Tepco, manquent elles aussi de précisions les dernières mises à jour portant sur l’évacuation des eaux de refroidissement contaminées, l’état des réacteurs n’étant pas modifié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néanmoins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, reprenant les éléments fournis par Tepco, évoque une « stabilisation de la situation des réacteurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire française elle même introduit son communiqué de presse en déclarant : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. ». Les deux instances expertes en France ne semblent donc pas totalement en phase dans leurs analyses…

Ce communiqué de presse n°31 de l’ASN relève également que : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur percement. »

Une contamination très étendue …. qui va durer

Les dernières mesures effectuées dans la ville de Fukushima, située à soixante kilomètres de la centrale, sont franchement inquiétantes.

Les mesures de terrain et analyses de sol effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD indiquent que les retombées de césium 134 et 137 radioactif sont de plusieurs centaines de milliers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école primaire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quartier Watari. Cette irradiation ne diminuera que très lentement. Elle est due en effet principalement au césium 137 et au césium 134 dont les périodes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respectivement). Cela signifie que la radioactivité du césium 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioactivité du césium 134 ne sera abaissée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la première fois une très forte contamination au césium a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la préfecture de Fukushima au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus contaminées ne sont pas nécessairement dans la zone interdite des 20 km autour de la centrale accidentée. Cette contamination alimentaire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habitants

La population est trop exposée aux radiations !

En l’état actuel des choses, les habitants de la ville de Fukushima pourraient subir dans les douze mois à venir une irradiation externe de plusieurs milliSieverts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de cancer mortel est jugé inacceptable par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) est de 1 milliSievert par an.

À la demande de citoyens japonais, l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushima et les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerel par litre.

Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont probablement aussi été par d’autres éléments radioactifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces derniers éléments disparaissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables).

Les mesures prises par les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur

Les autorités japonaises ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fukushima de dosimètres individuels. Ces dosimètres sont chargés de mesurer la dose de radioactivité reçue par les enfants durant leur journée d’école. Pas de prévenir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesurer. Le rayon de 20 kilomètres d’évacuation totale n’a toujours pas été modifié. Dans les 10 kilomètres suivants, la population est censée à la fois « rester confinée » et vivre normalement, envoyant les enfants à l’école, munis d’un dérisoire masque de papier et de leur dosimètre.

Il faudrait évacuer les populations sur un périmètre beaucoup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des aliments doivent être contrôlés et les mesures de radioactivité bien plus fréquentes. L’élargissement de la zone est essentiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notamment est plus que nécessaire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michè­le Riva­si, dépu­tée euro­péen­ne Euro­pe Eco­lo­gie-les Verts, fon­da­tri­ce de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michè­le Riva­si a pu consta­ter l’impact de la catas­tro­phe nucléai­re de Fuku­shi­ma sur le quo­ti­dien et la men­ta­li­té des Japo­nais. Invi­tée par le puis­sant Sei­kat­su Club, union des consom­ma­teurs for­te de 22 mil­lions de mem­bres, et les Verts japo­nais elle est notam­ment allée à la ren­con­tre des famil­les de pay­sans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effa­rée et révol­tée par ce qu’elle a pu consta­ter dans les ter­ri­toi­res conta­mi­nés où la popu­la­tion conti­nue de vivre expo­sée à des for­tes doses d’irradiation. Trois mois après la catas­tro­phe, le cau­che­mar ne fait mal­heu­reu­se­ment que com­men­cer.

« Je res­te de plus en plus convain­cue que là où com­men­ce le nucléai­re s’arrête la démo­cra­tie. Quand les auto­ri­tés ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par man­que d’information: aucu­ne pré­cau­tion n’est pri­se pour pro­té­ger la san­té des popu­la­tions vivant en zone conta­mi­née qui conti­nuent de consom­mer les ali­ments conta­mi­nés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la catas­tro­phe, la dis­tri­bu­tion de pas­tilles d’iodure de potas­sium n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une for­te haus­se du nom­bre de can­cers, sur­tout chez les enfants.

« Qui plus est, aucu­ne solu­tion n’est appor­tée aux réfu­giés de la radio­ac­ti­vi­té, ces popu­la­tions exclues du péri­mè­tre des 20 kilo­mè­tres entou­rant la cen­tra­le. La plu­part d’entre eux trou­vent refu­ge auprès de pro­ches, dans le péri­mè­tre de la zone d’évacuation volon­tai­re. Aucu­ne indem­ni­té n’ayant enco­re été ver­sée et aucun relo­ge­ment n’ayant été effec­tué, les fem­mes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hom­mes conti­nuent d’exercer leurs acti­vi­tés agri­co­les dans des zones conta­mi­nées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croi­re que la natu­re qui fleu­rit et bour­geon­ne est une natu­re mor­te: ils ten­tent d’éviter ain­si ce que l’on appel­le com­mu­né­ment le ‘stress radio­lo­gi­que’ qui peut mener à des trou­bles psy­cho­lo­gi­ques sérieux.

« Cet état de fait est faci­li­té par la cultu­re japo­nai­se, une cultu­re de sou­mis­sion qui pous­se les gens à conte­nir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publi­que­ment, ter­ras­sés par la fata­li­té. Leur colè­re inter­ne se mani­fes­te sous la for­me d’une rési­gna­tion tota­le. En consé­quen­ce, les auto­ri­tés pro­fi­tent de cet­te fai­bles­se cultu­rel­le pour impo­ser une omer­ta inquié­tan­te faci­li­tée par l’absence de contre-pou­voirs.

« Heu­reu­se­ment, des grou­pes aidés par la CRIIRAD vien­nent d’être créés et visent à contrô­ler le niveau de radio­ac­ti­vi­té de ali­ments consom­més: c’est un pre­mier pas salu­tai­re dans la lut­te contre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la catas­tro­phe res­te per­ma­nen­te: l’irradiation res­te tel­le­ment for­te que les tra­vaux dans la cen­tra­le pei­nent à évo­luer et le ris­que d’explosion par hydro­gè­ne dans les réac­teurs endom­ma­gés res­te impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­ve­nir. »

Site de Michè­le Riva­si : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Restes du bâtiment réacteur III - 12 mai 2011

Restes du bâtiment réacteur IV - 12 mai 2011

Ainsi que je le précise en post scriptum de l'article précédent sur la nouvelle explosion enregistrée à la centrale en ruines de Fukushima, c'est le réacteur IV et non le III qui serait concerné. La différence est importante puisqu'elle porte sur le chargement en MOX du réacteur III, et le risque de rejet de plutonium particulièrement toxique. Le problème – qui remonte aux origines mêmes de la catastrophe – tient au blocage de l'information officielle, et même aux omissions et mensonges émanant de ces sources officielles, tant le gouvernement japonais que l'exploitant Tepco.

Une autre vue de l’explosion est visible ici : entre 0:16 et 0:18. (Document Tepco).

Autres nouvelles, peu rassurantes :

– 6 400 tonnes d’eau radioactive dans le sous-sol du réacteur III. Les employés de Tepco ont bravé la très haute contamination radioactive du réacteur III (100 milliseverts/heure) pour explorer le sous-sol du bâtiment dans lequel ils ont confirmé la présence de 6400 tonnes d’eau hautement radioactive. (51 milliseverts/heure en surface du volume d’eau qui fait près de 6 mètres de profondeur).

– Pas de chance pour Areva (exit sa patronne) et pour Tepco, qui devaient commencer le 15 juin les travaux de décontamination de plus de 100 000 tonnes d’eau contaminée : le système ne fonctionne pas car Tepco vient de découvrir 10 fuites dans des valves et autres tuyauteries.

Le Monde du 17/6/11. Comme si l' "emprise" n'était déjà pas économico-politique… Ou comment le spectacle politique prend le pas sur les faits, l'opérette de salon sur le journalisme de terrain.

Soyons positifs et admettons que le système Areva puisse décontaminer à 100 % plus de 100 000 tonnes d’eau, à ce jour, et une autre bordée de 100 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bordées subséquentes de 100 000 tonnes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que faire du concentré toxique généré par ce processus de « décontamination » ? Selon Tepco, ce concentré contiendrait 100 millions de becquerels de substances radioactives par centimètre cube. Tepco estime que ce seront 2 000 mètres cubes de concentré toxique qui seront générés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tepco ne dispose que d’une capacité de 1 200 mètres cubes sur le site de Fukushima. De plus, Areva a concédé qu’ils n’ont aucune expérience dans la gestion de concentrés toxiques issues d’eau radioactives et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrême radioactivité dans la partie est de Tokyo. Suite à la pression d’une association de parents (Koto Association to Protect Children), le gouvernement japonais a enfin reconnu ses mensonges quant à la radioactivité de l’air ambiant aux alentours du centre de retraitement des boues d’épuration de Nanbu Ota-ku, Tokyo. Depuis combien de semaines l’incinérateur est-il en train de contaminer cette zone de Tokyo ? Cette association de parents, aidée par un professeur de l’Université de Kobé, a sollicité les services de l’ONG française, Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrêmement élevés de radioactivité dans le terrain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyenne proximité du centre de traitement incriminé: par exemple, le parc pour enfants est à 8 km de distance.

Le parc est encore plus contaminé que le terrain de sport avec un taux de césium 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de césium 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tellurium 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quelle serait la quantité de combustible à Fukushima-Daichi en attente de dilution dans l’atmosphère, les nappes phréatiques et l’océan? Selon Associated press, 3 400 tonnes de combustible usagé seraient accumulées dans les piscines de stockage et 877 tonnes de fuel actif dans les coeurs des réacteurs, ou ce qu’il en reste. A savoir en tout 4 277 tonnes de combustible. Par comparaison, il y en avait 30 tonnes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 tonnes à Tchernobyl en 1986.

– Deux baleines ont été découvertes fin avril à 650 km de Fukushima, avec des niveau de radiation de 31 et 24 becquerels de césium par kilo de viande. Le Marine Biological Laboratory, basé à Woods Hall dans le Massachusetts, a commencé à évaluer le niveau de contamination radioactive dans l’Océan Pacifique. Et selon Arnie Gundersen, le MBL a déjà déclaré que la contamination radioactive dans l’Océan Pacifique provenant de Fukushima est dix fois supérieure à celle de la Mer Noire ayant émané de Tchernobyl.

– La centrale nucléaire de Fort Calhoun, à Omaha dans le Nebraska (États-Unis) est assiégée (vidéo ici) par l’eau du Missouri qui monte et qui va encore monter de quelques mètres d’ici l’été. Pas de soucis, l’ingénierie nucléaire a déployé tout son savoir faire pour endiguer les risques radioactifs : des murs de sacs de sable.

La centrale nucléaire de Fort Calhoun, photographiée le 14 juin, menacée par la montée régulière des eaux du Missouri. (Ph. Cryptome)

Voir d'autres photos.

 

 

 

Autres informations suivies : http://www.kokopelli-blog.org/


Fukushima. Nouvelle explosion sur un réacteur

Une nou­vel­le explo­sion s’est pro­dui­te dans les rui­nes de la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Daii­chi dans la nuit du 13 à 14 Juin à 00h43. Com­me on peut le voir sur un enre­gis­tre­ment vidéo (ci-des­sous) de l’opérateur nucléai­re Tep­co, l’explosion – très impres­sion­nan­te – a affec­té le réac­teur III, par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux car il contient du com­bus­ti­ble MOX char­gé de plu­to­nium.

Selon Green­pea­ce, c’est un signe patent que le noyau en fusion de com­bus­ti­ble MOX est acti­ve­ment dan­ge­reux. Vrai­sem­bla­ble­ment, il y a eu une explo­sion cau­sée par le contact des maté­riaux du cœur fon­du avec de l’eau. Avec une tel­le explo­sion un relâ­che­ment de gran­des quan­ti­tés radio­ac­ti­ves dans l’environnement est à crain­dre.

Tou­jours selon Green­pea­ce, qui a ren­du publi­que l’information, les niveaux de radio­ac­ti­vi­té mesu­rés près des rui­nes de l’enceinte de confi­ne­ment du réac­teur I attei­gnent 260 sie­vert. Selon l’expert Shaun Bur­nie, de Green­pea­ce, cela confir­me que les par­ties fon­dues du cœur ont per­cé le fond de la cuve du réac­teur.

L’événement paraît visi­ble à par­tir de la 2e minu­te de l’enregistrement.

D’autre part, les Japo­nais pro­jet­tent de recou­vrir les rui­nes des réac­teurs par des sar­co­pha­ges… en plas­ti­que – cela afin de limi­ter les infil­tra­tions d’eau et les rejets de matiè­res radio­ac­ti­ves. La maquet­te de ces sar­co­pha­ges a été mon­trée ce 16 juin au JT de 20 heu­res sur Fran­ce 2.

[Sour­ces : Col­lec­tif anti­nu­cléai­re 13, Green­pea­ce; Tep­co]

Post scrip­tum 17/6/11 : Il s’agirait plu­tôt du réac­teur IV. C’est ce qu’indiquent diver­ses sour­ces tel­les que :
– le site du jour­nal Hawaï News Dai­ly http://hawaiinewsdaily.com/2011/06/apparent-explosion-and-fire-at-fukushima-4/
– le site de l’association Koko­pel­li, qui suit de très près la situa­tion à Fuku­shi­ma : http://www.kokopelli-blog.org/?p=916
La situa­tion res­te des plus gra­ves à Fuku­shi­ma, mais cet­te pré­ci­sion exclu­rait le ris­que de dif­fu­sion atmo­sphé­ri­que du plu­to­nium conte­nu dans le com­bus­ti­ble MOX qui ali­men­te le réac­teur III.


Samedi 11 juin, « Carton rouge au nucléaire » sur toute la France

 

nucleaire© faber

Mani­fes­ta­tions et débats sont annon­cés ce samedi 11 juin devant les mai­ries de France et de Navarre. Qu’on ne nous fasse plus prendre des centrales nucléaires pour des lanternes !


Nucléaire. La France n’a pas « l’électricité la moins chère d’Europe »

Par défi­ni­tion, les cli­chés ont la peau dure. Sur­tout s’ils sont en per­ma­nen­ce réac­ti­vés par des bon­nes âmes très inten­tion­nées…  Ain­si en est-il spé­cia­le­ment de cet­te Fran­ce à l” »élec­tri­ci­té la moins chè­re ». Et grâ­ce à qui, hein ? En ces temps de catas­tro­phe nucléai­re au Japon, les pro­mo­teurs de l’atome ne ces­sent de répé­ter que, « grâ­ce au nucléai­re », la Fran­ce béné­fi­cie­rait des tarifs d’électricité « les plus bas d’Europe », voi­re du mon­de ! D’où l’intérêt de ce détour ins­truc­tif par l’Obser­va­toi­re du nucléai­re et quel­ques don­nées édi­fian­tes :

 

D’abord, on ne voit pas en quoi cela jus­ti­fie­rait de vivre avec la pers­pec­ti­ve d’une catas­tro­phe simi­lai­re ou pire que cel­le en cours à Fuku­shi­ma. Mais, sur­tout, cet­te affir­ma­tion est tota­le­ment faus­se. Il suf­fit pour s’en convain­cre de se repor­ter aux chif­fres offi­ciels publiés par l’Union euro­péen­ne. Voi­ci les don­nées consul­ta­bles, por­tant sur 2007 (qui ne tien­nent donc pas comp­te du fait que, depuis, EDF a entam­mé une pol­ti­que de for­tes aug­men­ta­tions du prix de l’électricité ven­du en Fran­ce) :

Étude complète consultable ici : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-07-080/FR/KS-SF-07-080-FR.PDF

On consta­te que, dans 12 pays de l’Union euro­péen­ne, les ména­ges paient moins cher qu’en Fran­ce. Dans deux pays, le tarif est com­pa­ra­ble, et dans qua­tor­ze pays, il est plus éle­vé qu’en Fran­ce. Les tarifs en Fran­ce sont donc à peu près dans la moyen­ne. La Fran­ce est en des­sous de la moyen­ne de l’UE car cer­tains pays com­me le Dane­mark ont choi­si de taxer très for­te­ment l’électricité pour éli­mi­ner les gas­pilla­ges (ce qui n’empêche pas de met­tre en pla­ce des tarifs sociaux pour la consom­ma­tion de base des ména­ges modes­tes).

Les tarifs étaient plus avan­ta­geux en Fran­ce pour les entre­pri­ses mais, depuis, de for­tes aug­men­ta­tions ont eu lieu. Qui plus est, EDF a annon­cé de très for­tes aug­men­ta­tions (au moins 30% !) tant pour les ména­ges que les entre­pri­ses, et ce pour finan­cer la pro­lon­ga­tion de la durée de vie des réac­teurs nucléai­res.

Il est donc temps que les citoyens de Fran­ce com­pren­nent qu’ils sont abu­sés depuis des années par une com­mu­ni­ca­tion trom­peu­se : non, la Fran­ce n’a pas les tarifs d’électricité les plus bas d’Europe, et elle sera bien­tôt par­mi les pays où l’électricité est la plus chè­re...

Mais il y a enco­re pire : si le tarif de l’électricité est res­té moyen­ne­ment modé­ré pen­dant deux décen­nies, c’est du fait d’un véri­ta­ble dum­ping, un report dans le temps des véri­ta­bles coûts de l’électricité nucléai­re : bien­tôt, il fau­dra acquit­ter des fac­tu­res incom­men­su­ra­bles pour déman­tè­ler les ins­tal­la­tions nucléai­res et pour s’occuper (pen­dant des mil­lé­nai­res !) des déchets radio­ac­tifs.

Les Fran­çais ont donc man­gé leur pain blanc (ou consom­mé leur « élec­tri­ci­té  blan­che » !), l’heure des comp­tes appro­che.


 


Nucléaire. La probabilité d’un accident en France serait de 50% pour le parc actuel

Sur la base du constat des acci­dents majeurs sur­ve­nus dans l’industrie nucléai­re ces tren­te der­niè­res années, on devrait sta­tis­ti­que­ment connaî­tre un acci­dent de ce type dans l’Union euro­péen­ne au cours de la vie du parc actuel, avec une pro­ba­bi­li­té de 50% de voir cet acci­dent majeur se pro­dui­re en Fran­ce. C’est en tout cas ce que démon­trent Ber­nard Lapon­che, phy­si­cien nucléai­re, expert en poli­ti­ques de l’énergie, et Ben­ja­min Des­sus, ingé­nieur et éco­no­mis­te, dans un arti­cle publié sur le site de Glo­bal Chan­ce. Cet­te asso­cia­tion regrou­pe des scien­ti­fi­ques et des experts convain­cus qu’un déve­lop­pe­ment mon­dial plus équi­li­bré peut et doit résul­ter de la pri­se de conscien­ce crois­san­te des mena­ces qui pèsent sur l’environnement glo­bal. Ce tex­te a déjà été publié dans Libé­ra­tion et dans Poli­tis. Il est assez impor­tant pour méri­ter une lar­ge dif­fu­sion.

Accident nucléaire : une certitude statistique

Le ris­que d’accident majeur dans une cen­tra­le nucléai­re a été consi­dé­ré com­me la com­bi­nai­son d’un évé­ne­ment d’une gra­vi­té extrê­me et d’une très fai­ble pro­ba­bi­li­té d’occurrence. Cer­tes, la mul­ti­pli­ca­tion de zéro par l’infini pose quel­ques pro­blè­mes mais les pro­mo­teurs du nucléai­re, met­tant en avant cet­te très fai­ble pro­ba­bi­li­té, affir­maient qu’il n’y avait aucun dan­ger. Si la gra­vi­té des consé­quen­ces d’un tel acci­dent a bien été confir­mée par Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma, que peut-on dire aujourd’hui de la pro­ba­bi­li­té de son occur­ren­ce ?

Il y a deux métho­des pour esti­mer la pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent : la métho­de théo­ri­que, qui consis­te à la cal­cu­ler sur la base de scé­na­rios de simu­la­tion d’accidents pre­nant en comp­te les sys­tè­mes de défen­se et les ris­ques de dys­fonc­tion­ne­ment, et la métho­de expé­ri­men­ta­le, qui consis­te à pren­dre en comp­te les acci­dents sur­ve­nus, ce que l’on fait par exem­ple pour les acci­dents de voi­tu­re. Les résul­tats de l’approche théo­ri­que, issus des tra­vaux des experts de la sûre­té nucléai­re, dis­tin­guent, pour les cen­tra­les actuel­le­ment en fonc­tion­ne­ment dans le mon­de, deux types d’accidents : « l’accident gra­ve » avec fusion du cœur du réac­teur, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour 100 000 « années-réac­teur » (un réac­teur fonc­tion­nant pen­dant un an) et « l’accident majeur », acci­dent gra­ve non maî­tri­sé et condui­sant à d’importants relâ­che­ments de radio­ac­ti­vi­té, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour un mil­lion d’années-réacteur.

(Lire la sui­te…)


Nucléaire-Fukushima. La France contaminée deux jours avant la date officielle, selon la CRIIRAD

TCHERNOBYL BIS REPETITA ? La CRIIRAD (Com­mis­sion de Recher­che et d’Information Indé­pen­dan­tes sur la Radio­ac­ti­vi­té) vient de publier la car­te qui prou­ve que la Fran­ce a été conta­mi­née dès le 22 mars 2011, dix jours après le début de la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma et deux jours avant la date offi­ciel­le­ment avan­cée :
1/  les mas­ses d’air conta­mi­né par les rejets radio­ac­tifs de la cen­tra­le nucléai­re de FUKUSHIMA DAIICHI sont arri­vées 2 jours avant la date indi­quée par l’Institut de Radio­pro­tec­tion et de Sûre­té Nucléai­re (IRSN) ;

2/  elles ont affec­té les trois quarts de la Fran­ce (et non pas le seul som­met du Puy-de-Dôme) ;
3/ l’activité de l’iode 131 par­ti­cu­lai­re était plus de 20 fois supé­rieu­re à cel­le annon­cée pour le 24 mars.
Ni l’IRSN, ni les grands exploi­tants du nucléai­re, ne pou­vaient l’ignorer. Omis­sion invo­lon­tai­re (mais invrai­sem­bla­ble) ou déli­bé­rée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a sai­si le Pre­mier minis­tre et le pré­si­dent de l’Autorité de Sûre­té Nucléai­re d’une deman­de d’enquête sur la chro­no­lo­gie des faits et les dif­fé­rents niveaux de res­pon­sa­bi­li­tés.
Plus d’information : http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

CRIIRAD : : asso@criirad.org
Site web : www.criirad.org


Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont pas­sé. Une espè­ce de suai­re média­ti­que a com­men­cé à enve­lop­per Fuku­shi­ma, ses qua­tre réac­teurs sinis­trés, la région et tout le Japon dans son dra­me. Une cha­pe de silen­ce tend à œuvrer afin de main­te­nir dans son coma tout un modè­le de socié­té basé sur le tou­jours plus, com­me si la fin des temps humains ne s’en trou­vait pas hâtée. Un temps de cen­dres pour­tant tou­jours des plus radio­ac­ti­ves.

 

Dans la sui­te 36 de sa chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re, Domi­ni­que Leglu, direc­tri­ce de la rédac­tion du maga­zi­ne Scien­ces et ave­nir, se mon­tre car­ré­ment alar­man­te : « On s’en dou­tait depuis long­temps, mais voir la cho­se admi­se par l’opérateur Tep­co de la cen­tra­le Fuku­shi­ma fait un effet sidé­rant : le cœur fon­du du réac­teur n°1 a per­cé sa cuve en de mul­ti­ples endroits ! Ou pour le dire avec les cir­con­vo­lu­tions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le com­bus­ti­ble  nucléai­re fon­du au fond de la cuve du réac­teur n°1 ».

 

 

« C’est, en clair, l’accident maxi­mal pour un réac­teur de ce type. L’enceinte ulti­me, autre­ment dit la cuve pres­su­ri­sée dans laquel­le est enfer­mé le com­bus­ti­ble nucléai­re, cuve cen­sée être le der­nier rem­part contre l’émission de radio­ac­ti­vi­té vers l’extérieur, est rom­pue ! »

 

Il s’avère en effet que de nom­breu­ses sou­du­res n’ont pas résis­té aux très hau­tes tem­pé­ra­tu­res dues à la fon­te du réac­teur, ain­si qu’à une cor­ro­sion inten­se cau­sée par le sel de l’eau de mer employée pour les ten­ta­ti­ves de refroi­dis­se­ment. L’inox uti­li­sé dans les cuves des réac­teurs « se retrou­ve aus­si ailleurs dans la cen­tra­le, notam­ment dans les casiers des assem­bla­ges de com­bus­ti­bles (dans les pis­ci­nes qui ont été dra­ma­ti­que­ment endom­ma­gées – en par­ti­cu­lier dans les uni­tés 3 et 4 ».

 

En fait, pour­suit Domi­ni­que Leglu, « on se deman­de si tous les réac­teurs (pas seule­ment le n°1 mais peut-être aus­si les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tom­ber en miet­tes » – leurs struc­tu­res métal­li­ques étant de plus en plus défaillan­tes, après que les struc­tu­res en béton ont été ébran­lées et fis­su­rées lors des explo­sions qui ont eu lieu dès les pre­miers jours de la catas­tro­phe. »

 

La jour­na­lis­te de Scien­ces et ave­nir met aus­si en dou­te la pré­ten­tion d’Areva à « décon­ta­mi­ner l’eau qui a abon­dam­ment ser­vi à refroi­dir les réac­teurs et les pis­ci­nes et ins­tal­ler un cir­cuit fer­mé pour la ré-uti­li­ser. Com­ment fai­re un cir­cuit fer­mé avec une (des) cuve(s) de réac­teur transformée(s)  en pas­soi­re ? Sur­tout, com­ment s’approcher de ces lieux extrê­me­ment radio­ac­tifs – vu la non étan­chéi­té de l’ensemble - pour éven­tuel­le­ment « rebou­cher » les trous ? Qui va s’approcher ? »

 

Et de conclu­re : « Deux mois après la catas­tro­phe, on se deman­de enco­re autre cho­se : pen­dant com­bien de mois (d’années ?) va-t-il fal­loir conti­nuer à refroi­dir les lieux, accu­mu­lant tou­jours plus d’eau conta­mi­née. Cela signi­fie-t-il qu’il va fal­loir reje­ter à nou­veau cel­le-ci « volon­tai­re­ment » dans l’océan, com­me cela a été fait pour plus de 10 000 ton­nes (eau dite alors « fai­ble­ment conta­mi­née ») il y a quel­ques semai­nes ? C’est un véri­ta­ble cau­che­mar qui conti­nue. »

 

D’autre part, selon une dépê­che de l’AFP du 29 avril, un conseiller scien­ti­fi­que du pre­mier minis­tre japo­nais, le pro­fes­seur Toshi­so Kosa­ko, a pré­sen­té sa démis­sion « en lar­mes » lors d’une confé­ren­ce de pres­se, « en rai­son de désac­cords sur la ges­tion de la cen­tra­le nucléai­re acci­den­tée de Fuku­shi­ma ». La rai­son essen­tiel­le de cet­te démis­sion est due au fait que le gou­ver­ne­ment a envi­sa­gé un relè­ve­ment du taux admis­si­ble de radio­ac­ti­vi­té dans les éco­les, sur les aires de jeux. Alors que « la limi­te était jusqu’à pré­sent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une sour­ce uni­ver­si­tai­re japo­nai­se, l’intention est de la fai­re pas­ser à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les pro­fes­sion­nels du nucléai­re en Fran­ce.


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

26 avril 1986, catas­tro­phe de Tcher­no­byl. Voi­là vingt-cinq ans. Une réfé­ren­ce pour la fameu­se échel­le INES, attein­te à son niveau 7, le plus éle­vé. Attein­tes humai­nes et envi­ron­ne­men­ta­les incal­cu­la­bles – des vic­ti­mes par cen­tai­nes de mil­liers, décé­dées ou mala­des ; un ter­ri­toi­re grand com­me la Suis­se ren­du invi­va­ble à jamais… Un quart de siè­cle plus tard, la cen­tra­le japo­nai­se de Fuku­shi­ma entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­tro­phe ». « On » pré­fè­re euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le mira­cle du dieu Tech­ni­que. « On » : nucléo­cra­tes et poli­ti­ques fon­dus dans le même mou­le du ren­de­ment éco­no­mi­que, de cet­te ren­ta­bi­li­té dans laquel­le le fac­teur humain ne consti­tue qu’une varia­ble par­mi d’autres. Sauf que la « varia­ble » humai­ne pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excu­se sovié­ti­que » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­ni­que infé­rieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­ri­té occi­den­ta­le », cel­le des cen­tra­les de concep­tion états-unien­ne ins­tal­lées au Japon, com­me en Fran­ce d’ailleurs, a donc appor­té la preu­ve de ses pro­pres limi­tes, met­tant à bas le dog­me de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine bié­lo­rus­se Svet­la­na Alexievitch,  «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se»

La catas­tro­phe de Fuku­shi­ma aura sans dou­te – quoi qu’il en soit de ses consé­quen­ces – per­mis de bat­tre en brè­che l’omerta nucléa­ris­te. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dog­mes tech­ni­cis­tes, mais aus­si les choix éner­gé­ti­ques fon­da­men­taux, les poli­ti­ques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-même pri­se la main dans le sac du secret, du men­son­ge, de la for­fai­tu­re. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléai­re est affai­re trop dan­ge­reu­se pour la lais­ser aux mains des nucléo­cra­tes !)

Même à armes inéga­les, le débat sur les choix éner­gé­ti­ques et de socié­té a été for­te­ment réac­ti­vé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléai­re, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-trai­tan­ce. Cet­te pra­ti­que de for­me escla­va­gis­te – cet­te mal-trai­tan­ce – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vi­ces publics en géné­ral. Ain­si EDF en est-elle venue à se désen­ga­ger en quel­que sor­te de la main­te­nan­ce et indi­rec­te­ment de la sûre­té de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véa­ble (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­si­té – sur les ris­ques sani­tai­res), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­si­té de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les dépla­ce-t-elle vers les entre­pri­ses pri­vées de cet­te sous-trai­tan­ce.

Les « liqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, pris entre héroïs­me et rési­gna­tion.

Enco­re ne s’agit-il que de gérer l’exploitation nor­ma­le des cen­tra­les et de ses réac­teurs. Tan­dis que les acci­dents et a for­tio­ri les catas­tro­phes chan­gent com­plè­te­ment la don­ne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voi­re les deux mêlés, de ceux que depuis Tcher­no­byl on appel­le les « liqui­da­teurs ».  Com­bien sont-ils exac­te­ment à Fuku­shi­ma ? Dans quel­les condi­tions tra­vaillent-ils ? Ris­quant leurs vies, pro­mis à la mala­die, ils sont quel­ques cen­tai­nes à batailler dans cet enfer moder­ne. Employés de l’exploitant Tokyo Elec­tric Power (Tep­co) ou de ses sous-trai­tants, ils s’activent en milieu hau­te­ment conta­mi­né par les radia­tions. Les pics de radio­ac­ti­vi­té sont tels qu’ils doi­vent être par­fois éva­cués, et que  plu­sieurs d’entre eux ces sau­ve­teurs déses­pé­rés ont dû être hos­pi­ta­li­sés – autant dire qu’ils ont peu de chan­ce de sur­vi­vre.

 » Le pro­grès trans­for­mé en cime­tiè­re »

«La leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se», s’indigne dans Libé­ra­tion [entre­tien avec Vero­ni­ka Dorman19/03/2011] l’ écri­vai­ne bié­lo­rus­se Svet­la­na Alexie­vit­ch, à qui l’on doit La Sup­pli­ca­tion, chro­ni­ques du mon­de après l’apocalypse, ouvra­ge pro­pre­ment ren­ver­sant. Voi­ci ce qu’elle décla­re à pro­pos des liqui­da­teurs japo­nais :

« Là aus­si, je vois beau­coup de res­sem­blan­ce avec ce qui s’est pas­sé chez nous. La cultu­re japo­nai­se est fon­dée sur le col­lec­tif, elle aus­si. L’individu en tant que tel n’existe pas vrai­ment, mais se recon­naît com­me une par­tie d’un tout.

[…] « Je me suis ren­due sur l’île Hok­kai­do, au Japon, dans la cen­tra­le nucléai­re de Toma­ri. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenê­tre de mon hôtel. C’était une vision fan­tas­ti­que, un site cos­mi­que futu­ris­te au bord de l’océan. J’ai ren­con­tré des employés de la cen­tra­le, qui m’ont deman­dé de racon­ter Tcher­no­byl. Pen­dant mon récit, ils avaient des sou­ri­res polis, mani­fes­taient de la com­pas­sion. «Bien sûr, c’est ter­ri­ble pour les gens, mais c’est la fau­te au tota­li­ta­ris­me. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre cen­tra­le est la plus exem­plai­re, la plus sûre, tout est par­fai­te­ment étu­dié.» Face à cet orgueil tech­no­gè­ne de l’homme, l’idée d’un pou­voir sur la natu­re, j’ai com­pris que la leçon de Tcher­no­byl n’avait pas été appri­se par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cet­te fron­tiè­re où, très clai­re­ment, nous ne pou­vons plus accu­ser per­son­ne, ni le sovié­tis­me ni le tota­li­ta­ris­me. L’homme doit recon­naî­tre le carac­tè­re limi­té de ses pos­si­bi­li­tés. La natu­re est plus puis­san­te, elle com­men­ce à se ven­ger dans un com­bat inégal. J’ai enten­du la même cho­se à Gre­no­ble, lors d’une ren­con­tre avec des spé­cia­lis­tes fran­çais. «Chez nous, c’est impos­si­ble. Chez vous, à l’Est, où la vie tan­gue entre le bor­del et le bara­que­ment… » Avant l’explosion à Tcher­no­byl, l’académicien Ana­to­li Alexan­drov avait décla­ré que les cen­tra­les sovié­ti­ques étaient tel­le­ment sûres que nous pou­vions les construi­re sur la pla­ce Rou­ge. Éton­nant com­me cet­te arro­gan­ce des savants ato­mis­tes a pu sur­vi­vre si long­temps.

[…] « Rien ne chan­ge. Je viens d’arriver à Minsk pour appren­dre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Rus­sie construi­se une cen­tra­le nucléai­re en Bié­lo­rus­sie, à Ostro­vets, une zone dépeu­plée depuis un trem­ble­ment de ter­re de magni­tu­de 7, en 1909. Pen­dant que le mon­de entier est vis­sé aux écrans de télé­vi­sion pour sui­vre le désas­tre au Japon, les jour­naux de Minsk se féli­ci­tent du deal avec la Rus­sie, de la futu­re cen­tra­le qui sera «la plus sûre du mon­de». Iro­nie du sort, la Bié­lo­rus­sie, qui a le plus souf­fert de Tcher­no­byl, est en train de se lan­cer dans le nucléai­re. Mieux : le chef de l’agence fédé­ra­le Ros­sa­tom, Ser­gueï Kirien­ko, se van­te de voir la Rus­sie construi­re des cen­tra­les nucléai­res off­sho­re, pour les ven­dre à l’Indonésie, au Viet­nam. Ima­gi­nez, dans l’océan, quel­ques dizai­nes de peti­tes Hiro­shi­ma flot­tan­tes…

[…] « Nous ne savons tou­jours pas ce qui se pas­se vrai­ment sous le sar­co­pha­ge de Tcher­no­byl. Seuls 3% des élé­ments conte­nus dans le réac­teur se sont dis­sous dans l’air. 97% y sont enco­re. Désor­mais, le régi­me poli­ti­que - tota­li­ta­ris­me ou libé­ra­lis­me com­me au Japon - n’a plus gran­de impor­tan­ce. Ce qui en a, ce sont les rela­tions entre l’homme et les hau­tes tech­no­lo­gies dont dis­po­se la socié­té.

[…] « Le mon­de n’a pas tenu comp­te de la pre­miè­re leçon ato­mi­que. La recher­che sur les sour­ces d’énergie alter­na­ti­ve est enco­re l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le ratio­na­lis­me est dans une impas­se. D’où un sen­ti­ment sui­ci­dai­re. […] Le tsu­na­mi au Japon a trans­for­mé le pro­grès en cime­tiè­re. »

> Sur la catas­tro­phe de Tcher­no­byl et ses cau­ses, voir aus­si sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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