On n'est pas des moutons

Mot-clé: blasphème

En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un diman­che matin, celui d’un diman­che d’« après ». Plus tout à fait com­me « avant ». Après mes ablu­tions, le café et tou­te la pro­cé­du­re de démar­ra­ge du lamb­da qui s’est cou­ché tard pour cau­se de chaos mon­dial, j’allume mon ordi res­té en mode télé de la veille. Et voi­là que je tom­be (Fran­ce 2) sur trois las­cars en cra­va­tes devi­sant, pei­nards, sur l’étymologie des pré­noms musul­mans en lan­gue ara­be. C’est l’émission « Islam » : fort inté­res­san­te. Je suis sur le ser­vi­ce public de la télé. Vont sui­vre « La Sour­ce de vie », émis­sion des juifs, puis « Pré­sen­ce pro­tes­tan­te », puis « Le Jour du Sei­gneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le mon­de veut pren­dre sa pla­ce »… (Je n’ose voir là-dedans une hié­rar­chie cal­cu­lée…)

Donc, pas de pain, mais du reli­gieux et du reli-jeux… Faci­le ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croyan­ces bien sépa­rés de la pen­sée cri­ti­que, en stra­tes, en cou­ches sédi­men­tai­res. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun res­tant dans ses réfé­rents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation paren­ta­le, selon qu’on sera né à Kara­chi, Nia­mey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­ne­vil­liers.

Entre-temps j’ai allu­mé le pos­te (Fran­ce Cultu­re, ma radio pré­fé­rée, de loin !). Et là, diman­che obli­ge, vont se suc­cé­der : Chré­tiens d’Orient, Ser­vi­ce pro­tes­tant, La Chro­ni­que scien­ce (trois minu­tes…), Tal­mu­di­ques, Divers aspects de la pen­sée contem­po­rai­ne : aujourd’hui la Gran­de loge de Fran­ce (ça peut aus­si être le Grand orient, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « gar­de »). Et, bien sûr, la Mes­se.

On est tou­jours sur le ser­vi­ce public des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plu­tôt bien, même si, on le devi­ne, tou­tes les innom­bra­bles cha­pel­les, obé­dien­ces et autres ten­dan­ces font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio Fran­ce pour qué­man­der leurs parts de prê­che.

sempe-tele-laicite

– Main­te­nant, je vou­drais vous poser la ques­tion que doi­vent se poser tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre concept oni­ri­que à ten­dan­ce kaf­kaïen­ne coexis­te-t-il avec la vision sublo­gi­que que vous vous fai­tes de l’existence intrin­sè­que ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plu­tôt bien, et qu’on nous fou­te la paix ! Sur­tout dans la mesu­re où – pour par­ler pré­ci­sé­ment de Fran­ce Cultu­re – le res­te des pro­gram­mes est essen­tiel­le­ment orien­té sur la cultu­re, au sens plein – incluant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des connais­san­ces : phi­lo­so­phi­ques, his­to­ri­ques, anthro­po­lo­gi­ques, socio­lo­gi­ques –scien­ti­fi­ques en géné­ral, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voin­chet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plai­res).

Je me dis qu’une tel­le radio s’inscrit dans l’« excep­tion cultu­rel­le » fran­çai­se et qu’elle est pré­ci­sé­ment un pro­duit de notre laï­ci­té. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vier, et en par­ti­cu­lier le pre­mier contre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nul­le­ment de mini­mi­ser celui contre les juifs du maga­sin casher, évi­dem­ment, mais seule­ment d’en res­ter au fait de la liber­té d’expression et de cari­ca­tu­re. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cet­te liber­té, du moins dans une cer­tai­ne vigueur de lan­ga­ge, voi­re une ver­deur – ce qui consti­tue un signe mani­fes­te et sup­plé­men­tai­re de libé­ra­tion.

Enco­re un effort ! Et pour­vu que ça dure.


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

Riss-charlie

Lau­rent Sou­ris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de « Char­lie Heb­do ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss com­me un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cet­te vio­len­ce abso­lu­tis­te qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si tris­te der­riè­re des paro­les emprein­tes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cis­me sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur Fran­ce Cultu­re, la hau­teur de vue d’un Pier­re Nora sur les évé­ne­ments et ses sui­tes pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscien­ce de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et cel­le de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumiè­res, appa­ren­té « à la clas­se qui sait, et qu’on récu­se par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cet­te jeu­nes­se délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­po­se une cau­se, une aven­tu­re, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tis­me de la jeu­nes­se, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fi­ce… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­ni­que » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une maniè­re de fai­re face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les cau­ses pro­fon­des ayant conduit aux dra­mes pren­dra au moins une ou deux dizai­nes d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice socia­le, dans notre pays com­me dans le mon­de en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­tai­re ! Et on relè­ve à cha­que hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizai­nes de morts.

Cet­te année enco­re, dans la riche sta­tion hel­vè­te de Davos, les « grands » du mon­de vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­dia­le et « se pen­cher » sur la conjonc­tu­re et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus riches du mon­de pos­sè­dent autant que la moi­tié la plus pau­vre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­len­ce plus révol­tan­te et, de ce fait, plus géné­ra­tri­ce des désor­dres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La Fran­ce ara­bo-orien­ta­le était mar­di l’invité de Clai­re Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heu­res de Fran­ce Inter. Il revient sur ce ter­me « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion socia­le en Fran­ce. Son ana­ly­se méri­te d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots com­me apar­theid… »


 

Choqués par un repor­ta­ge « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lis­me d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquel­le ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Li­bre, l’EMI et Alter­mon­des, par­te­nai­res du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lis­me et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tri­bu­ne.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­ta­ge du Figa­ro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mi­que », les lan­gues com­men­cent à se délier dans le mon­de ara­be. Les cri­ti­ques ne visent plus seule­ment les « mau­vai­ses inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le mon­de, des voix – cer­tes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­ma­ne pour s’opposer à l’oppression isla­mi­que.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chia­tre amé­ri­ca­no-syrien­ne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­ra­ge et véhé­men­ce sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Cel­les-ci, rap­por­tées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cet­te fem­me – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­li­gne avec for­ce com­bien, selon elle, il est impor­tant de fai­re bar­ra­ge au ter­ro­ris­me reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la mon­trent, ont été détour­nés par d’autres fana­ti­ques, anti-isla­mi­ques en géné­ral et à l’occasion anti-Ara­bes et anti­sé­mi­tes – autant dire d’horribles racis­tes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­ri­que de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-des­sus).

En Fran­ce, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de Fran­ce. Leur mani­fes­te remon­te à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le tex­te de Sami Bat­ti­kh, un jeu­ne vidéas­te liber­tai­re d’origine musul­ma­ne. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­ti­que de l’islam, l’auteur expo­se sa moti­va­tion anti­ra­cis­te et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfè­re à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­si­ve d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siè­cle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si pro­che de cet­te épo­que som­bre et nau­séa­bon­de. »
Les réseaux dits sociaux dif­fu­sent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trot­toir22) un arti­cle évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le mon­de ara­be. Bouillon­ne­ment qu’il com­pa­re à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çai­se…  En voi­ci des extraits :
Dans le mon­de ara­be, on pou­vait cer­tes cri­ti­quer les per­son­nes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­ma­ne elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant tou­te l’ère moder­ne com­me une répon­se tou­te fai­te à tou­tes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blè­mes com­plexes du mon­de musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­ta­ge sur ce jeu­ne Yémé­ni­te de 11 ans, Ammar Moham­med

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mi­que par Dae­ch et la nomi­na­tion d’un “cali­fe ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lè­vent de nom­breu­ses ques­tions. Elles met­tent en dou­te le tex­te lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieu­se aux pro­blè­mes du mon­de musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­ris­te du mou­ve­ment Dae­ch, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que com­me la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et grou­pes isla­mis­tes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frè­res musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois der­niè­res années, il y a eu autant de vio­len­ces confes­sion­nel­les en Syrie, en Irak et en Egyp­te qu’au cours des cent années pré­cé­den­tes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­vo­que un désen­chan­te­ment chez les jeu­nes Ara­bes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mis­tes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lis­me reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­pa­ge désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquel­le « l’islam est la solu­tion » com­men­ce à appa­raî­tre de plus en plus clai­re­ment com­me une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mi­ses ces der­niè­res années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du mon­de musul­man s’affranchissent des phra­ses impli­ci­tes, ces­sent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­ri­que pro­pre à la lan­gue ara­be qu’avaient employée les cri­ti­ques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egyp­te : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en dou­te du tex­te a une lon­gue his­toi­re dans le mon­de musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lè­le là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain ara­be des VIIIe-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré com­me le père de la lit­té­ra­tu­re ara­be en pro­se au VIIIe siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­ti­ques impli­ci­tes de la reli­gion. C’est sur leur héri­ta­ge que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuel­le des concepts reli­gieux et des figu­res his­to­ri­ques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouillon­ne­ment actuel du mon­de ara­be est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çai­se. Cel­le-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­net­te et, à la fin, elle abou­tit à la chu­te des ins­tan­ces reli­gieu­ses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­bli­que. Ce à quoi nous assis­tons dans le mon­de musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­si­dent. Et pour cela des années de lut­te seront néces­sai­res.

Omar Yous­sef Sulei­man
Publié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­rou­th

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, socia­les et cultu­rel­les des 22 pays ara­bes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egyp­te.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si inté­res­sant que sujet à polé­mi­que, le tex­te qui suit, à rebrous­se-poil des pre­miers élans, ne man­que pas de ques­tion­ner, sinon de déran­ger. En par­ti­cu­lier par son pes­si­mis­me dont cha­cun appré­cie­ra la dis­tan­ce – ou proxi­mi­té – avec sa pro­pre per­cep­tion de la réa­li­té sur­gie des tra­gi­ques évé­ne­ments de la semai­ne der­niè­re. 

Plus impor­tan­te mobi­li­sa­tion en Fran­ce depuis la Libé­ra­tion, la mar­che de diman­che a-t-elle été l’«élan magni­fi­que» d’un peu­ple qui redres­se la tête face à la bar­ba­rie? Je vou­drais le croi­re. Mais l’extrême confu­sion qui carac­té­ri­se la lec­tu­re “répu­bli­cai­ne” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tris­tes­se et mon inquié­tu­de. Je peux me trom­per, mais mon sen­ti­ment est que cet­te appa­ren­te vic­toi­re est la signa­tu­re la plus cer­tai­ne de notre défai­te.

Mer­cre­di 7 jan­vier, j’apprends la tue­rie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annon­ce 11 morts. L’instant de sidé­ra­tion pas­sé, mon cer­veau asso­cie de lui-même le sou­ve­nir de l’affaire des cari­ca­tu­res de Maho­met à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des qua­tre noms des des­si­na­teurs: Cabu, Wolins­ki, Charb, Tignous. La tris­tes­se et la colè­re m’envahissent, car je connais ces noms, je vois leurs des­sins. Les vic­ti­mes ne sont pas des ano­ny­mes, mais des per­son­na­li­tés sym­pa­thi­ques, bien connues du grand public, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Qua­tre noms qui chan­gent tout. Je suis mal­heu­reu­se­ment inca­pa­ble de me rap­pe­ler le nom des vic­ti­mes ano­ny­mes de la pri­se d’otages de Vin­cen­nes, pour­tant plus récen­te. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la mar­que d’un chan­ge­ment de stra­té­gie redou­ta­ble des dji­ha­dis­tes. Mal­gré l’horreur des tue­ries per­pé­trées par Moham­med Merah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mou­che (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été ran­gés dans la lon­gue lis­te des cri­mes ter­ro­ris­tes, sans pro­vo­quer une émo­tion com­pa­ra­ble à cel­le d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­ci­tées l’été der­nier par l’exécution de James Foley, les jour­na­lis­tes sont deve­nus des cibles de choix des dji­ha­dis­tes. Au choix de la lisi­bi­li­té sym­bo­li­que des atten­tats, très appa­rent depuis le 11 sep­tem­bre, se super­po­se une nou­vel­le option qui consis­te à viser déli­bé­ré­ment la pres­se, pour aug­men­ter l’impact des atten­tats. Selon cet­te grille très mac-luha­nien­ne où le média se confond avec le mes­sa­ge, le réflexe natu­rel des col­lè­gues et amis des vic­ti­mes étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification média­ti­que est bien supé­rieu­re lors­que des jour­na­lis­tes sont tou­chés.

L’efficacité de cet­te stra­té­gie a reçu sa confir­ma­tion le 11 jan­vier. Si 4 mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue, c’est à cau­se de la lisi­bi­li­té d’un atten­tat visant la pres­se, ins­ti­tu­tion pha­re de la démo­cra­tie, et à cau­se de l’énorme émo­tion sus­ci­tée par le meur­tre de per­son­na­li­tés connues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la mar­que d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une lar­ge part du grand public aux vic­ti­mes. Il fal­lait, pour attein­dre ce degré d’empathie, un capi­tal de noto­rié­té et d’affection qui ne pou­vait être réuni que par les des­si­na­teurs d’un jour­nal sati­ri­que pota­che et non-vio­lent.

Les effets de ce piè­ge sont catas­tro­phi­ques. Alors même que la socié­té fran­çai­se glis­se peu à peu dans l’anomie carac­té­ris­ti­que des fins de sys­tè­me, exac­te­ment com­me le 11 sep­tem­bre a gal­va­ni­sé la nation amé­ri­cai­ne, le «pays de Vol­tai­re» ne retrou­ve le sens de la com­mu­nau­té que face à l’adversité ter­ro­ris­te. Com­me l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la Fran­ce. On ne savait plus très bien pour­quoi conti­nuer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me sem­ble qu’on com­men­ce à re-com­pren­dre ce qu’on a à défen­dre».

On ne sait pas ce qu’on a à fai­re ensem­ble, mais on sait contre qui. Le pré­cé­dent ras­sem­ble­ment d’ampleur com­pa­ra­ble, celui du 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen, réa­li­sait lui aus­si l’«union sacrée» contre un enne­mi de la Répu­bli­que, réunis­sant plus de per­son­nes qu’aucune autre cau­se.

Nul hasard à ce qu’on retrou­ve aujourd’hui la même ima­ge à la Une des jour­naux, cel­le d’un pom­pié­ris­me exal­té, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un ges­te immo­bi­le. Sou­dée par la peur, le deuil et la colè­re, la com­mu­nau­té qui fait bloc contre l’ennemi est pro­fon­dé­ment régres­si­ve. Elle se ber­ce de sym­bo­les pour fai­re mine de retrou­ver une his­toi­re à laquel­le elle a ces­sé depuis long­temps de croi­re. Dès le len­de­main du 11 jan­vier, on a pu consta­ter que cet­te mytho­gra­phie répu­bli­cai­ne signi­fiait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,triom­phe de la répres­sion, dithy­ram­bes des édi­to­ria­lis­tes – jusqu’aux pitre­ries de Sar­ko­zy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est enco­re à venir. Car mal­gré les appels des modé­rés à évi­ter les amal­ga­mes, c’est bien la droi­te tou­te entiè­re, calée sur les star­ting-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le bou­le­vard de la “guer­re des civi­li­sa­tions” et la dénon­cia­tion de l’ennemi inté­rieur. Inuti­le d’essayer de rap­pe­ler que le dji­ha­dis­me repré­sen­te aus­si peu l’islam que le Front natio­nal la Fran­ce éter­nel­le, la grille de lec­tu­re iden­ti­tai­re, cel­le-là même à laquel­le cédaient les cari­ca­tu­res de Char­lie, qui pei­gnaient le ter­ro­ris­me sous les cou­leurs de la reli­gion, est trop sim­ple pour man­quer de convain­cre les imbé­ci­les.

Les ter­ro­ris­tes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la lis­te des motifs qui ali­men­tent la radi­ca­li­sa­tion, dres­sée par Domi­ni­que Boul­lier, qui rejoint cel­le des maux de notre socié­té, on se rend comp­te que rien d’essentiel ne chan­ge­ra, et que rien ne peut nous pro­té­ger de cri­mes qui résul­tent de nos erreurs et de nos confu­sions. Com­me celui de la socié­té amé­ri­cai­ne après le 11 sep­tem­bre, c’est un som­bre hori­zon que des­si­ne l’après-Charlie. Pas­sé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment concret ne per­met pour l’instant de croi­re que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront rete­nus.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toi­re cultu­rel­le et étu­des visuel­les (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image socia­le -13 jan­vier 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans dou­te conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annon­ce un défou­le­ment blas­phé­ma­toi­re tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bon­ne foi(s ) pour tou­tes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sa­ble – ce qu’on appel­le les éner­gies renou­ve­la­bles, cen­sées ali­men­ter l’écologie men­ta­le… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do repa­raît. On repar­le donc du blas­phè­me, plus que de liber­té, qui est cen­tra­le, essen­tiel­le, non négo­cia­ble. Libre au blas­phé­mé de le fai­re savoir dans son « Cha­ria Heb­do », par exem­ple. Libre aus­si à tout reli­gieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fon­ne. En liber­té, per­son­ne n’est obli­gé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça ris­que de le déran­ger ! Autre­ment dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­ti­ques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­ni­kov n’ont lais­sé aucun choix, aucu­ne liber­té à leurs dix-sept vic­ti­mes.

Ce ne serait pas si com­pli­qué si une moi­tié de la pla­nè­te ne pen­sait pas pré­ci­sé­ment le contrai­re. Et même bien plus que la moi­tié si aux fon­da­men­ta­lis­mes reli­gieux on ajou­te les inté­gris­mes poli­ti­ques. Il serait d’ailleurs plus sim­ple, pour l’inventaire, de comp­ta­bi­li­ser les excep­tions. Les­quel­les n’étant pas non plus exemp­tes de tout péché dans ce domai­ne si sen­si­ble aux fluc­tua­tions, aux ten­ta­tions, aux fai­bles­ses auto­ri­tai­res, faci­le­ment liber­ti­ci­des.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie repa­raît, les regards se tour­nent vers lui, les conscien­ces se sou­la­gent… et voi­là qu’on embas­tille un Dieu­don­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jaillit [Le Mon­de] : « Pour­quoi Dieu­don­né est-il atta­qué alors que “Char­lie Heb­do” peut fai­re des “unes” sur la reli­gion ? » Par­ce que sa pro­vo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ro­ris­me. Cer­tes… Par­ce que la Liber­té ne serait qu’un concept, une lam­pe allu­mée au loin, un pha­re dans la tem­pê­te humai­ne. Par­ce que la Fra­ter­ni­té est une uto­pie et l’Égalité un leur­re ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvrer à la Jus­ti­ce, autant que fai­re se peut, dans la com­plexi­té du vas­te mon­de et des esprits plus ou moins errants. Et sur­tout pas dans la Véri­té, cet­te redou­ta­ble tueu­se. Le der­nier mot (ici) à mon vieux pote Mon­tai­gne : « Mieux vaut pen­ser contre soi-même que conso­li­der la matiè­re de ses pro­pres convic­tions ».


« Je suis Charlie ». Les mots, les images, les symboles

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© Mar­tin Argy­ro­glo

Cette pho­to, vite deve­nue emblé­ma­ti­que, a été pri­se par Mar­tin Argy­ro­glo, un pho­to­gra­phe indé­pen­dant. Elle a été par­ta­gée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cli­ché a été qua­li­fié de « plus bel­le pho­to de la mani­fes­ta­tion », d’instantané « his­to­ri­que » et, com­me tel, com­pa­ré au tableau d’Eugène Dela­croix, La Liber­té gui­dant le peu­ple. Le pein­tre s’était ins­pi­ré du sou­lè­ve­ment popu­lai­re pari­sien contre Char­les X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glo­rieu­ses.

On remar­que­ra aus­si sur cet­te ima­ge, au pied de Mada­me LaNa­tion, une pan­car­te au gra­phis­me typé sou­vent vu dans les manifs. Et pour cau­se : son auteur est un fer­vent pra­ti­quant des manifs, dès lors qu’il en épou­se la cau­se, en Fran­ce et en Euro­pe. Un repor­ter du Monde.fr a retrou­vé ce mili­tant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedet­te de cet­te actua­li­té, elle a été pri­se par un pho­to­gra­phe de Nan­tes, Sté­pha­ne Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­ni­que Reu­ters. Appe­lée « Le crayon gui­dant le peu­ple », elle immor­ta­li­se Char­les Bous­quet, un jeu­ne comé­dien de Lama­lou-les-Bains (Hérault) armé d’un crayon géant et ins­tal­lé sur Le Triom­phe de la Répu­bli­que, pla­ce de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

« Le Crayon gui­dant le peu­ple ». © Sté­pha­ne Mahé, Reu­ters                                                     Le tableau d’Eugène Dela­croix, 1830



Chômeur - Cohn-Bendit - Depardieu - imam  » modéré  » - Turquie - Fazil Say - blasphème - musique

Quel­ques notes en pas­sant, là où ça m’a gra­touillé, face au spec­ta­cle du mon­de.

• Au lieu de s’immoler par le feu devant une agen­ce de Pôle emploi à Nan­tes, le mal­heu­reux chô­meur de 42 ans aurait dû ten­ter le coup de la grue média­ti­que. Mais quand on est com­plè­te­ment vidé, à bout, les idées et les for­ces aus­si res­tent en ber­ne.

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Hier soir (17/2/13 ), Dany Cohn-Ben­dit à la télé. Il a tou­jours vécu du spec­ta­cle de la socié­té qui l’a fait naî­tre. Regard tou­jours pétillant, la lan­gue bien pen­due, peu embar­ras­sé par la bien­séan­ce : il tient son rôle, bon VRP de lui-même et de ses œuvres (un bou­quin sur les par­tis), culti­vant son ima­ge auto­sa­tis­fai­te. Dépu­té en fin de man­dat, ayant bien sinué entre les nuan­ces de la ver­du­re dite éco­lo­gi­que, il aurait pu finir séna­teur s’il n’avait pris le chou de Bruxel­les – ce sera pour une autre vie. Le « liber­tai­re » a ain­si et dou­cet­te­ment viré « liber­ta­rien » puis « libé­ral », ain­si qu’il est d’usage chez les 68tards andro­pau­sés et autres maoïs­tes défro­qués. De son œil gogue­nard, il a trai­té Depar­dieu de « cin­glé » en rai­son de son deal avec le « dic­ta­teur Pou­ti­ne », tan­dis qu’il affir­mait se fou­tre de sa plan­que fis­ca­le en Bel­gi­que. Pour­quoi ain­si l’exonérer de la soli­da­ri­té fis­ca­le, ce qui est bien plus gra­ve, selon moi, que sa pan­ta­lon­na­de avec l’ex du KGB ?

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• Ce gou­ver­ne­ment finit par me sor­tir de par­tout. La finan­ce com­man­de, ils obtem­pè­rent, et même avec zèle. Socia­lis­tes mon cul ! N’ont de ces­se de s’aligner sur les uka­ses comp­ta­bles de l’Europe. Cet­te Euro­pe qui n’existe pas, sinon cel­le du fric et de sa mon­naie pour­rie qui rui­ne les pays et sur­tout les peu­ples. D’où les dan­ses du ven­tre des Mélen­chon et Le Pen.

Le pire, ce n’est pas tant leur impuis­san­ce rela­ti­ve – l’Europe déla­brée, la finan­ce déchaî­née – le pire, c’est qu’ils s’aplatissent sans même rous­pé­ter, hur­ler, gueu­ler, exis­ter quoi ! Des tou­tous.

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Par hasard en tour­nant le bou­ton, je tom­be sur une radio pri­vée ce lun­di matin, pas sur les publi­ques que j’écoute d’habitude, et entends par­ler de Fazil Say, ce pia­nis­te turc, dont le pro­cès pour athéis­me et blas­phè­me s’ouvre aujourd’hui à Istan­bul.

Tur­quie : 163 jour­na­lis­tes en pri­son, sans juge­ment ! Sur Fran­ce Cultu­re, l’imam Chal­ghou­mi, qui se dit « modé­ré », trou­ve que « c’est mieux » en Tur­quie. Mieux qu’en Égyp­te ou qu’en Tuni­sie.  Dire « c’est mieux » : tout un aveu, tou­tes les limi­tes de l’air de la « modé­ra­tion ».

J’ai, de loin, pré­fé­ré les pro­pos vrai­ment laï­ques (ou laïcs ?) de Jean­net­te Bou­grab, pour­tant de droi­te (ex minis­tre de l’affreux S).

 

1fazil_say

Fazil Say - Pho­to http://fazilsay.com/

Mieux, ça ne peut être que moins pire. J’en reviens à Fazil Say. Admi­ra­ble pia­nis­te et musi­cien (de jazz éga­le­ment, ce qui ne sau­rait me déplai­re), mais il ne serait pas si remar­qua­ble sans son cou­ra­ge dres­sé contre ce régi­me à l’islamisme dit « modé­ré ».

Exem­ples emprun­tés à Guillau­me Per­rier, cor­res­pon­dant du Mon­de à Istam­bul :

• En avril, Fazil Say avait moqué l’appel à la priè­re d’un muez­zin. « Le muez­zin a ter­mi­né son appel en 22 secon­des. Pres­tis­si­mo con fuo­co !!! Quel­le est l’urgence ? Un ren­dez-vous amou­reux ? Un repas au raki ? »  Il avait éga­le­ment eu l’audace de repro­dui­re sur les réseaux sociaux des vers du poè­te per­san Omar Khayyam, à qui il a dédié un concer­to pour cla­ri­net­te : « Vous dites que des riviè­res de vin cou­lent au para­dis. Le para­dis est-il une taver­ne pour vous ? Vous dites que deux vier­ges y atten­dent cha­que croyant. Le para­dis est-il un bor­del pour vous ? » Il ris­que, en théo­rie, de neuf à dix-huit mois de pri­son pour « offen­se pro­pa­geant la hai­ne et l’hostilité » et « déni­gre­ment des croyan­ces reli­gieu­ses d’un grou­pe ».

• Le roman­cier et Prix Nobel Orhan Pamuk, jugé pour insul­te à l’identité natio­na­le tur­que en 2006 pour avoir décla­ré : « Dans ce pays, un mil­lion d’Arméniens et 30 000 Kur­des ont été tués. »

Le cari­ca­tu­ris­te Baha­dir Baru­ter res­te sous la mena­ce d’une pei­ne d’un an de pri­son pour un des­sin à la « une » de l’hebdomadaire sati­ri­que Pen­guen, en 2011, où était écrit sur le mur d’une mos­quée : « Il n’y a pas de Dieu, la reli­gion est un men­son­ge. »

• Le roman­cier fran­co-turc Nedim Gür­sel a lui aus­si subi les fou­dres de la jus­ti­ce pour Les Filles d’Allah, une bio­gra­phie roman­cée du pro­phè­te Maho­met. Qua­ran­te et un pas­sa­ges de son livre avaient été jugés irres­pec­tueux par le pro­cu­reur d’Istanbul. Nedim Gür­sel avait fina­le­ment été acquit­té en 2009.

• Un pro­cès a aus­si visé un ouvra­ge du bio­lo­gis­te bri­tan­ni­que Richard Daw­kins. Des orga­ni­sa­tions isla­mis­tes et un auteur créa­tion­nis­te, Adnan Oktar, sont sou­vent à l’origine de ces plain­tes.

« Jurer et insul­ter ne peut pas être consi­dé­ré com­me de la liber­té d’expression », a esti­mé le vice-pre­mier minis­tre Bekir Boz­dag, théo­lo­gien de for­ma­tion. Lequel a récla­mé qu’une enquê­te soit ouver­te contre l’intellectuel d’origine armé­nien­ne Sevan Nisa­nyan. Ce lin­guis­te, volon­tiers pro­vo­ca­teur, décla­rait fin sep­tem­bre : « La moque­rie d’un chef ara­be qui a pré­ten­du il y a des siè­cles être entré en contact avec Dieu et a fait des béné­fi­ces poli­ti­ques, finan­ciers et sexuels, n’est pas un cri­me de hai­ne ; c’est la liber­té de paro­le. »


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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