On n'est pas des moutons

Mot-clé: éducation

15 et 16 septembre à Paris. L’éducation face au numérique

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté… »

Numé­ri­sa­tion de l’éducation : pro­messes, illu­sions et enjeux. C’est sous ce titre que l’association Tech­no­lo­gos, d’inspiration ellu­lienne 1, consacre ses cin­quièmes Assises natio­nales à la numé­ri­sa­tion de l’éducation.

Rap­pel : Mai 2015, le Pré­sident de la Répu­blique déploie, à marche for­cée, le « Plan numé­rique pour l’éducation ». Des mil­liers d’écoles et des cen­taines de mil­liers de col­lé­giens vont être dotés de tablettes numé­riques, cofi­nan­cées par l’État et par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, pour le plus grand pro­fit de Micro­soft. Il ne s’agit pas moins d’un for­mi­dable ter­rain d’expérimentation de la numé­ri­sa­tion du monde. Le numé­rique est pro­mu par nos diri­geants comme solu­tion aux maux de l’Ecole, alors que la maî­trise insuf­fi­sante des savoir-faire fon­da­men­taux appa­raît comme la cause prin­ci­pale de la dégra­da­tion de l’insertion professionnelle.

Béa­ti­tude par l’écran. Docu­ment Microsoft…

Peu importent les alarmes des sciences cog­ni­tives sur les effets néfastes des écrans dans l’apprentissage, l’épuisement des psy­chismes sous l’effet de l’excitation per­ma­nente, l’appauvrissement des savoir-faire, l’affaissement des liens péda­go­giques, l’infantilisation des maîtres et des élèves, l’entrée en force de firmes pri­vées dans l’enseignement public, ou la réduc­tion des effec­tifs d’enseignants par le numé­rique à l’heure de l’austérité budgétaire…

En croi­sant le regard d’experts et de pra­ti­ciens, d’observateurs du numé­rique et d’enseignants, ces deux jours seront l’occasion de débattre des enjeux du numé­rique à l’école et dans l’éducation non sco­laire – de ses pro­messes et de ses réa­li­sa­tions, mais aus­si de ses dégâts et des moyens d’y résister.

15 et 16 sep­tembre à l’EHESS, 105 bou­le­vard Ras­pail - Paris VIe.   Entrée libre. Pro­gramme com­plet : http://technologos.fr/index.php?fic=text/assises_nationales_2017.txt

Notes:

  1. Taper Ellul dans la case de recherche ci-des­sus pour en savoir plus. Wiki­pé­dia est bien aus­si…

À propos d’élections et de démocratie…

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Un vieux sujet de réflexion, tou­jours actuel

À pro­pos d’élections, le tableau ci-des­sus exprime bien des choses… Il résulte d’une enquête menée auprès de 2.800 per­sonnes pour le compte des Échos, le quo­ti­dien de l’économie libé­rale – que je me per­mets ain­si de citer, une fois n’est pas cou­tume. À cha­cun sa propre lec­ture de cette « photographie ».

Mer­ci à ma fille de m’avoir envoyé ce docu­ment, accom­pa­gné de son com­men­taire : « En tout cas, cer­tains ont bien inté­rêt à ne pas trop édu­quer les masses... »

Nous tou­chons là à l’essence de la démo­cra­tie, que Chur­chill consi­dé­rait comme, le « pire sys­tème de gou­ver­ne­ment, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expé­ri­men­tés ». [« Demo­cra­cy is the worst form of Govern­ment except all those other forms that have been tried from time to time ». Wins­ton Chur­chill, 11 novembre 1947, à Londres, Chambre des communes].



École. Les 841 ballons noirs de Nancy

Tan­dis que le Japon s’enfonce dans le cau­che­mar, l’actualité vire au kaki spec­ta­cu­laire. Ça ne laisse guère de place à la télé pour signa­ler un autre fait de résis­tance, celui des ensei­gnants en proie au tsu­na­mi annon­cé de la pro­chaine ren­trée, avec une sai­gnée de 16 000 postes. Par­mi les plus frap­pées des aca­dé­mies, celle de Nancy-Metz.

D’où cette mani­fes­ta­tion ori­gi­nale, ce same­di à Nan­cy, des ensei­gnants et parents, envi­ron 1500 per­sonnes por­tant 841 bal­lons noirs qui sym­bo­lisent les 841 postes d’enseignants sup­pri­més à la ren­trée pro­chaine. C’est d’après les orga­ni­sa­teurs la plus forte sai­gnée par­mi toutes les aca­dé­mies fran­çaises. Pas de pro­blème, la Lor­raine est un sec­teur par­ti­cu­liè­re­ment favorisé...

« Les bal­lons devaient être lâchés en fin de par­cours, explique Fran­cis Col­lin, ensei­gnant à Nan­cy et mili­tant syn­di­cal (et auteur de ces pho­tos),  mais notre demande a essuyé un refus de la mai­rie de Nan­cy qui a fait valoir une obli­ga­tion de réserve à 24 heures des élec­tions can­to­nales... C’est sans doute le même droit de réserve qui pousse l’administration à repous­ser cette année l’annonce de la carte sco­laire ( la liste des postes sup­pri­més) juste après le second tour des élec­tions  ».

Cette liste, le nombre en tout cas, est un secret de poli­chi­nelle, de même qu’on sait que les effec­tifs glo­baux d’élèves seront en hausse à cette ren­trée. C’est donc fina­le­ment accro­chés aux grilles dorées de la place Sta­nis­las que les bal­lons ont ter­mi­né leur mani­fes­ta­tion, immé­dia­te­ment enle­vés par les ser­vices muni­ci­paux. Chez M. Ros­si­not, le maire, on est pour les solu­tions radicales !


Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique

En jan­vier 75, il y a un peu plus de trente ans, parais­sait le pre­mier numé­ro d’une revue plu­tôt bal­bu­tiante, sous une cou­ver­ture un rien pré­ten­tieuse. Voi­là qui aurait pu ne pas mener bien loin. Mais le coup de clai­ron son­nait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”…  Le pro­gramme ne péchait pas par modestie.

En ces temps-là les jeunes ne dou­taient pas, ou si peu; ils avaient été nour­ris au lait entier des cer­ti­tudes, peut-être même de la cer­ti­tude des dési­rs-réa­li­té confon­dus. Soixante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défour­nait, en les démou­lant d’un bloc, des pans entiers de condam­na­tions assas­sines et d’utopies célestes. Sex­pol aus­si sor­tait de ce four-là, mais en déno­tant dans le concert des feuilles “néo-révo­lu­tion­naires”, inter­ro­geant dans les pro­fon­deurs et l’individu et la socié­té, tra­çant les pre­miers sillons des ques­tions de fond, tou­jours actuelles, après des siècles et des siècles, depuis le début de l’humanité.

L’aventure allait durer presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e paru­tion, en qua­si silence, sur les plages émol­lientes de la gauche au pou­voir. Non pas un nau­frage, plu­tôt la boucle fer­mée d’un temps à demi-révo­lu, même pas une demi-révo­lu­tion, autant dire un virage mou finis­sant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Mar­ché, de la mar­chan­dise mondialisée.

La vie, plein emploi

Sex­pol sor­tait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à com­men­cer par son étrange titre, appe­lant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annon­cer “la cou­leur”, c’est-à-dire une mise en dia­lec­tique des deux enti­tés humaines fon­da­men­tales : l’individu, et la socié­té. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, contre l’autre; et sur­tout, autant que pos­sible, l’un et l’une pour l’autre. Tout un pro­gramme. En effet, c’en était un, expo­sé comme les tables de la Loi, en un “Iti­né­raire bali­sé pour (s)explorateurs pru­dents” : treize étapes fleu­rant bon le bou­quet liber­taire et situa­tion­niste. Où l’on déplore que «le plai­sir se codi­fie, se cho­si­fie, se mar­chande. Se négo­cie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on parle de l’ «ani­mal humain» et de son «drame» qu’est sa démis­sion dans la fata­li­té rési­gnée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les inter­pré­ta­tions dog­ma­tiques sur la lutte des classes pour lui pré­fé­rer ce clin d’œil situ : Est pro­lé­taire qui­conque est «dépos­sé­dé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les cer­ti­tudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration pru­dente – non arro­gante en tout cas.

Arrê­tons-nous un ins­tant, du haut de ce tiers de siècle écou­lé, pour consi­dé­rer cette ligne de pers­pec­tive – pas une ligne de fuite, jus­te­ment pas, mais une ligne qui nous appelle tou­jours vers le haut, vers plus de légè­re­té, même pro­fonde, dans la qua­li­té de l’être au monde. Une libé­ra­tion ? Nous libé­rer de quoi ? De la vie, qui va et vient, cette garce sublime et détes­table, grâce liber­taire ou pesan­teur mor­bide, c’est selon. Selon les aléas, selon notre capa­ci­té, cha­cun et tous, à sai­sir les fila­ments du bon­heur, à plon­ger dans l’océan plu­tôt qu’à nous en «libé­rer».

Nous disions : le «plein emploi de sa vie»…Voyons comme les temps ont écor­né l’utopie – ampu­té même, déca­pi­té ! Adieu la vie, bon­jour le «plein emploi» tout court, et encore : pré­sen­té comme le seul à-venir dési­rable à qui veut bien encore ava­ler cette cou­leuvre que les mul­ti­na­tio­nales conti­nuent à pro­duire à pro­por­tion de leurs Profits.

Inté­grismes, fas­cismes, ethnismes

Pour­sui­vons notre iti­né­raire bali­sé qui passe par «la sexua­li­té en tant qu’expression la plus intense de l’énergie vitale libé­rée». Des mots ? Pas si vite. L’expérience n’est pas loin, elle sera mul­tiple en ses ten­ta­tives pour conju­rer les atteintes aux mou­ve­ments du corps et de la pen­sée, des sen­ti­ments et des émo­tions, de la pas­sion et de la rai­son. Que serait le poli­tique s’il n’ouvrait le champ libre au bon­heur d’être, ici et main­te­nant ? Le poli­tique alors, oui, ne serait que la poli­tique – on connaît.

Et puis voi­ci que sur­git sur cette route un cer­tainWil­helm Reich – mais pas tant ce héraut sul­fu­reux, auteur de La révo­lu­tion sexuelle, auquel s’étaient ral­liés les révol­tés d’alors, en manque de jouis­sance-sans-entraves. Reich, le pre­mier, avait posé en termes disons his­to­riques la place pri­mor­diale de la sexua­li­té dans la construc­tion d’une huma­ni­té digne de ce nom. Alors que Freud ouvrait le champ infi­ni de l’inconscient, quand Marx avait mis au jour les méca­nismes de l’aliénation par le capi­tal, Reich, lui, tente une syn­thèse que, pour dire vite, on qua­li­fie­ra alors de «freu­do-mar­xiste». Psy­cha­na­lyste enga­gé, méde­cin social, il fonde en 1931, en Alle­magne pré-nazie, le mou­ve­ment Sex­pol, abré­via­tion de poli­tique sexuelle, mou­ve­ment des­ti­né à venir en aide aux ado­les­cents en proie à la «misère sexuelle». Résul­tat : les freu­distes le sus­pectent de com­mu­nisme, là où Reich avait posé la ques­tion de la dimen­sion sociale des névroses et de leur trai­te­ment. Les com­mu­nistes le traitent de méde­cin bour­geois intro­dui­sant la psy­cho­lo­gie et, pire encore, la sexua­li­té, dans la poli­tique. Il est donc reje­té par les deux camps. Tan­dis qu’un troi­sième, la bête immonde à l’affût dans l’ombre, aura bien­tôt «rai­son» de tout – sauf de sa magis­trale dénon­cia­tion dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme.

Autre point de pers­pec­tive : l’histoire ne sau­rait se répé­ter, certes, mais inter­ro­geons ici nos socié­tés à cri­mi­na­li­té record, le plus sou­vent de mani­fes­ta­tion direc­te­ment sexuelle: viols, vio­lences sadiques et meurtres per­vers, pédo­phi­lie «ordi­naire» ou orga­ni­sée, mar­chan­di­fiée, tou­ris­ti­quée. Ques­tion­nons les pous­sées d’intégrismes mul­tiples, de fas­cismes, les guerres dites eth­niques – tout cela à nos portes, en Autriche (pays de Reich) comme en Suisse, ou plus loin à l’est comme au sud, des­sus des­sous et même à l’intérieur de nos fron­tières. Ce chaos, Reich l’a connu, en plus ouver­te­ment violent, oh à peine ! – autres temps même mœurs. Il est l’un des tout pre­miers pen­seurs poli­tiques et scien­ti­fiques modernes à poser de manière déli­bé­rée l’étude des méca­nismes de la souf­france humaine.

Car il s’agit bien de souf­france, cette inca­pa­ci­té à «se lais­ser aller au flux de l’amour uni­ver­sel», à l’ «élan vital». Il pointe alors pré­ci­sé­ment, obser­va­teur et ana­lyste acerbes, les méca­nismes de répres­sion tapis dans les sys­tèmes édu­ca­tifs, dans la struc­ture fami­liale, patriar­cale et éco­no­mique, et comme engram­més chez les indi­vi­dus eux-mêmes qui n’ont de cesse de per­pé­tuer par­tout, et en par­ti­cu­lier chez leurs enfants, à peine nés, les meurtres de la vie. Il iden­ti­fie non seule­ment dans les carac­tères psy­cho­lo­giques mais dans le corps lui-même les traces visibles, pal­pables des bles­sures du vivant, rétré­ci sous sa cui­rasse, et don­ne­ra ain­si nais­sance aux thé­ra­pies psycho-corporelles.

Tous étaient atteints

C’est aus­si dans ces années 70 que cir­cule en France, en édi­tion sau­vage, la tra­duc­tion sous le titre Les Hommes et l’État, de People in trouble, un des der­niers livres de Reich, qui consti­tue son auto­bio­gra­phie poli­tique. Ce fut un choc salu­taire pour plus d’un gau­chiste (mais guère plus d’un peut-être… ou une poi­gnée !), que 68 avait pu pétrir de ces fameuses cer­ti­tudes idéo­lo­giques, ces moules à “pen­ser”. Reich y décrit par les détails les plus fins de l’observation, ce qu’il appel­le­ra les signes de la struc­ture carac­té­rielle rigide des hommes d’appareils, des par­tis, orga­ni­sa­tions diverses au ser­vice de la fixi­té des choses, réso­lu­ment hos­tiles au mou­ve­ment du vivant, à sa pul­sion. Alors mili­tant socia­liste, il remarque en défi­lant à leurs côtés, com­bien les tra­vailleurs autri­chiens, mani­fes­tant lors de grandes grèves, à Vienne en 1927, appa­raissent sou­mis à leurs meneurs, se com­por­tant de manière très irra­tion­nelle, appa­rem­ment incom­pré­hen­sible. Reich ouvre ain­si la voie à un autre regard poli­tique – sexo-poli­tique, pré­ci­sé­ment –, sur la socié­té autant que sur cha­cun de ses indi­vi­dus, vous, moi, lui dont il dira plus tard, n’en connaître aucun qui ne porte en lui les marques de la struc­ture fasciste.

Le pro­jet de Sex­pol, la revue, naît de cette sorte de révé­la­tion, de ce regard autre, tout à fait neuf, ful­gu­rant, por­té sur l’histoire humaine avec le désir d’en com­prendre les res­sorts intimes. Cela au moment où le mani­chéisme idéo­lo­gique de l’après-68 attei­gnait, comme on dirait aujourd’hui, des pics de pol­lu­tion men­tale et phy­sique. «Tous n’en mou­raient pas, mais tous étaient atteints». Les humains étaient malades de la peste – cette peste émo­tion­nelle, ain­si que l’appellera Reich qui, jusqu’à sa mort en pri­son, frap­pé lui aus­si par le mal, n’aura de cesse de l’interroger pour mieux la com­battre. 

Telle était bien aus­si, à sa mesure, l’ambition deSex­pol qui va y aller de ses ques­tion­ne­ments : le mili­tan­tisme, la méde­cine, le désir, la beau­té et la lai­deur, le couple, l’enfance, la bouffe, l’homosexualité, la sexua­li­té de groupe, la vio­lence, la nature, les pri­sons, l’éducation, le mys­ti­cisme, les élec­tions, femmes et hommes, les sen­ti­ments, l’adolescence, la vieillesse – autant de thèmes qui furent tami­sés à la lumière sexo-poli­tique, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs, on peut aujourd’hui mieux le recon­naître, le recul aidant (cette posi­tion haute de l’après-coup). Des fai­blesses qui n’entachent en rien la démarche, tout juste humaine et nor­ma­le­ment névro­sée, voire pes­ti­fé­rée aux entour­nures de l’air du temps qui s’interdisait d’interdire… De cette com­plai­sance qui faillit lui être fatale lorsque des annonces pédo­phi­liques subrep­tices lui valurent l’interdiction, exploi­tée en cen­sure poli­tique, puis en bre­vet révo­lu­tion­naire et en presque suc­cès commercial…

Veau, Pou­lets, Bœufs, Vaches…

Com­plai­sance encore à tolé­rer l’intolérable: par libé­ra­lisme incon­sé­quent, des per­vers de tous poils se ser­vant de la revue comme de sup­port à leurs pra­tiques anti-vie, tour­née sur­tout contre les enfants. Quelques illu­mi­nés mono­ma­niaques trou­vèrent aus­si refuge dans nos colonnes peu regar­dantes sur cer­tains effets de “modes” com­por­te­men­tales que leurs adeptes s’évertuaient, si l’on ose dire, à éle­ver au rang de norme. «Ne vois-tu pas, mon vieux Neill, que tout ton édi­fice de res­pect libé­ral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas confondre la réa­li­té de l’homme patho­lo­gique avec le prin­cipe de la digni­té humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraî­née vers l’abîme à cause de cette sorte de confu­sion libé­rale…» 

Ain­si écri­vait Reich à Alexan­der Neill, son ami, le fameux péda­gogue anglais de Sum­me­rhill, auteur, pré­ci­sé­ment, deFree­dom, not license, bête­ment tra­duit par La liber­té, pas l’anarchie…

Ce qui demeure aujourd’hui de ces annéesSex­pol et de sa qua­ran­taine de numé­ros, ce sont néan­moins des valeurs pivo­tales, d’ailleurs le plus sou­vent héri­tées de Reich, et dont l’actualité demeure, hélas, tou­jours impérieuse.

Ain­si l’identité psy­cho-cor­po­relle de l’être humain, certes aujourd’hui recon­nue en théo­rie (dans nos socié­tés dites avan­cées), mais aus­si­tôt trans­mu­tée par la dic­ta­ture du paraître, la pré­émi­nence dic­ta­to­riale de l’image, l’empire du look, l’idéologie néo­fas­ciste du corps magni­fié, idéa­li­sé en un nou­veau culte païen.

Ain­si le délire scien­tiste, ou la ten­ta­tion démiur­gique de “savants” fous atta­quant la struc­ture ultime de la cel­lule, bri­co­lant bien­tôt l’être humain comme d’autres déjà tri­potent les gènes du maïs ou du soja, clonent Dol­ly, tout juste avant… Loa­na ou Steve.

Ain­si ce qu’écrivait dans le der­nier Sex­pol, il y a vingt-cinq ans, Roger Dadoun : «…Le Veau d’or (d’hormones) n’est plus debout; une esca­lope bouf­fie fait remon­ter toute la chaîne ali­men­taire; poli­ti­ciens, experts, savants, spé­cu­la­teurs, labo­ra­toires, indus­triels, inter­mé­diaires et autres se déchaînent, débus­qués dans leurs pra­tiques mons­trueuses et mor­ti­fères : un petit non à l’escalope, et l’immense machine qui vacille ? Ne pas s’arrêter au Veau : écou­ter désor­mais les Pou­lets, suivre les Bœufs et les Vaches, et toute la Vian­dasse moderne; et pour­suivre avec les Lai­tages; et conti­nuer avec tous les Végé­taux, pour lire, à tra­vers engrais, chi­mies, sélec­tions, mono­poles de culture et autres sys­tèmes d’exploitation, le gigan­tesque gâchis pla­né­taire… » Pré­mo­ni­toire, hélas, cent fois !

Résis­tants de tous les pays…

Ain­si ces numé­ros spé­ciaux sur les bio-éner­gies, et sur la nais­sance, et sur Reich enfin qui ont dit à pleines pages, et qu’on entend encore aujourd’hui, par­mi les tam-tams média­tiques du “vil­lage pla­né­taire” – où l’on s’étripe plus que jamais –, qui ont dit à pleins cris que l’animal humain, bête et homme, étrange et pré­cieux couple, demeure ce mys­tère indi­cible de mons­truo­si­té et d’idéal. Selon les jours, selon les lieux, les pro­por­tions du mélange nous incitent à plus ou moins d’optimisme… Selon que les ravages de la pen­sée unique iraient jusqu’à nous rendre nos­tal­giques des “deux blocs” entre les­quels on pou­vait encore glis­ser l’espoir d’un monde autre. Uni­ci­té tota­li­sante qui frappe de plein fouet culture et agri-culture, menace nos artistes, nos assiettes et notre san­té, façonne nos vête­ments et nos iden­ti­tés; qui chan­ne­lise l’information et, au bout du satel­lite, aligne la poli­tique sur la mar­chan­dise et le gros Dow Jones, la sexua­li­té sur la consommation.


Gar­dons le mou­ve­ment qui nous sauve.
Mou­ve­ment des cultures, du mys­tère amou­reux, de la quête des enfants, des femmes et des hommes vers l’art de la vie. Résis­tance, cama­rades de tous les pays, le monde vieux est devant nous !

Gérard Pon­thieu

sexpol

Cadeau-sou­ve­nir aux anciens lec­teurs et abon­nés de Sex­pol: la repro­duc­tion de l’affiche-mascotte de la revue qui fut dif­fu­sée à des mil­liers d’exemplaires. Le « bébé Sex­pol » rap­por­ta peut-être autant que la vente de la revue, qui attei­gnit tout de même les 20.000 exem­plaires. Quant au bébé, c’est… un petit Mexi­cain. Il avait été pho­to­gra­phié par un membre de l’Institut Wil­helm-Reich de Mexi­co.  « Anciens de Sex­pol », faites signe en passant !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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