On n'est pas des moutons

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Boues rouges en Méditerranée. Déjà Alain Bombard, en 1964 !

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Avant de se jeter dans la mer, la condui­te a par­cou­ru 50 km depuis l’usine Alteo de Gar­dan­ne.

Les oppo­sants au rejet de boues rou­ges par l’usine Alteo de Gar­dan­ne dans le parc natio­nal des Calan­ques se ras­sem­blent ce wee­kend à Cas­sis. Une his­toi­re vieille de plus d’un demi-siè­cle ! Dès 1964, Alain Bom­bard dénon­çait ce scan­da­le lors d’un ras­sem­ble­ment d’opposants à Cas­sis. Deux ans après, il enfon­çait le « clou » dans ce docu­ment de l’Ina où il s’en pre­nait aus­si au mépris du prin­ci­pe de pré­cau­tion. Cin­quan­te deux ans après, moyen­nant quel­ques acco­mo­de­ments « cos­mé­ti­ques », l’industriel Alteo conti­nue à pol­luer gra­ve­ment la Médi­ter­ra­née. Avec la béné­dic­tion du gou­ver­ne­ment et la rési­gna­tion de la minis­tre de l’Environnement.

 

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1964. Alain Bom­bard à Cas­sis. [Ph. Le Gabian déchaî­né]

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26 sep­tem­bre, 500 oppo­sants devant la pré­fec­tu­re à Mar­seille [Ph. Feli­zat]

• Une pétition a déjà recueilli près de 350 000 signatures. On peut la signer ici.


EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relan­ce de l’EPR fran­co-chi­nois en Gran­de-Bre­ta­gne ;  maria­ge mons­trueux de Bayer et de Mon­san­to – Mon­sieur Pes­ti­ci­de avec Mada­me OGM, bon­jour la des­cen­dan­ce ! Alteo et ses boues rou­ges en Médi­ter­ra­née. Et en pri­me, le péril Sar­ko en haus­se son­da­giè­re, sur les tra­ces de Trump (il avait bien sin­gé son ami Bush) et son néga­tion­nis­me cli­ma­ti­que…

L’affaire Alteo est loin d’être jouée !  L’usine de Gar­dan­ne est l’objet d’une mise en demeu­re de la pré­fec­tu­re des Bou­ches-du-Rhô­ne, sui­te à un contrô­le inopi­né de l’Agence de l’eau. Cel­le-ci a en effet détec­té des effluents hors nor­mes dans les rejets actuels en mer. Un comi­té de sui­vi doit tran­cher ce 26 sep­tem­bre.

Restons-en à la « Gran­de nou­vel­le ! », la «  nou­vel­le extra­or­di­nai­re! ». Ils n’en peu­vent plus, côté fran­çais, d’exulter : la diri­gean­te bri­tan­ni­que, The­re­sa May, vient de vali­der « sous condi­tions » le pro­jet d’EDF de construi­re deux réac­teurs nucléai­res EPR à Hin­ck­ley Point, dans le sud de la Gran­de-Bre­ta­gne. Res­te, il est vrai, à connaî­tre les­di­tes « condi­tions » de la « per­fi­de Albion ». On ver­ra plus tard. Ne bou­dons pas la joie « exul­tan­te », donc, du secré­tai­re d’État à l’industrie qui va jusqu’à évo­quer « un nou­veau départ » pour la filiè­re nucléai­re fran­çai­se ; Hol­lan­de n’est pas en res­te, et même son de clo­che, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cepen­dant, l’avenir finan­cier de sa boî­te sur­en­det­tée et acces­soi­re­ment l’avenir de ses sala­riés.

Le sujet est clai­ron­né sur les télés et radios, sans grand dis­cer­ne­ment com­me d’habitude, c’est-à-dire sans rap­pe­ler la ques­tion de fond du nucléai­re, sous ses mul­ti­ples aspects :

sa dan­ge­ro­si­té extrê­me, éprou­vée lors de deux catas­tro­phes majeu­res (Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma)– et plu­sieurs autres acci­dents plus ou moins mino­rés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dis­si­mu­lés (catas­tro­phe du com­plexe nucléai­re Maïak, une usi­ne de retrai­te­ment de com­bus­ti­ble en Union sovié­ti­que, 1957, l’un des plus gra­ves acci­dents nucléai­res jamais connus).

sa noci­vi­té poten­tiel­le liée aux ris­ques tech­no­lo­gi­ques, sis­mi­ques, ter­ro­ris­tes ; ain­si qu’à la ques­tion des déchets radio­ac­tifs sans solu­tion accep­ta­ble ; sans oublier les ris­ques sani­tai­res et éco­lo­gi­ques liés à l’extraction de l’uranium et au trai­te­ment du com­bus­ti­ble usa­gé (La Hague, entre autres) ;

son coût exor­bi­tant, dès lors que sont pris en comp­te les coûts réels d’exploitation, des inci­dents et acci­dents, de la san­té des popu­la­tions, des éco­no­mies loca­les rui­nées (Ukrai­ne, Bié­lo­rus­sie, pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma-Daï­chi) , du trai­te­ment des déchets, du déman­tè­le­ment si com­plexe des cen­tra­les en fin d’exploitation ;

ses incer­ti­tu­des tech­no­lo­gi­ques spé­ci­fi­ques aux réac­teurs EPR en construc­tion pro­blé­ma­ti­que – Fin­lan­de, Fla­man­vil­le et Chi­ne –, tou­jours retar­dés, selon des bud­gets sans ces­ses rééva­lués.

Coco­ri­co ! L’annonce est por­tée sur le ton triom­phal, glo­ri­fiant l’ « excel­len­ce fran­çai­se » et les retom­bées pro­mi­ses avec des emplois par mil­liers ! Cer­tes.

Mais les éner­gies renou­ve­la­bles, ne devraient-elles pas créer aus­si des mil­liers d’emplois – de la recher­che à la pro­duc­tion ? Selon des cri­tè­res autre­ment éco­lo­gi­ques et éthi­ques que ceux du nucléai­re – rap­pe­lons en pas­sant que l’extraction et le trai­te­ment ini­tial de l’uranium (com­bus­ti­ble fos­si­le, limi­té lui aus­si), sont très émet­teurs de gaz à effet de ser­re (engins miniers gigan­tes­ques ; trans­port du mine­rai jusqu’aux usi­nes loin­tai­nes, com­me à Pier­re­lat­te dans la Drô­me.

Évi­dem­ment, la « ques­tion de l’emploi » demeu­re un élé­ment déter­mi­nant ; au point de blo­quer tou­te dis­cus­sion réel­le, c’est-à-dire de fond, hon­nê­te, qui évi­te le piè­ge du « chan­ta­ge à l’emploi ».

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L’usine Alteo de Gar­dan­ne (Bou­ches-du-Rhô­ne) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne don­ne pas du bou­lot ! » : paro­les d’un ano­ny­me de Gar­dan­ne inter­ro­gé par la télé sur l’affaire des boues rou­ges pro­dui­tes par l’usine Alteo 1. Argu­ment bien com­pré­hen­si­ble, qui oppo­se une néces­si­té immé­dia­te à une autre, dif­fé­rée dans le temps et autre­ment essen­tiel­le, cepen­dant : cel­le des dés­équi­li­bres bio­lo­gi­ques qui mena­cent la vie mari­ne et, par delà, humai­ne.

Cet­te semai­ne aus­si, sur le même regis­tre, on a vu les syn­di­ca­lis­tes de Fes­sen­heim mani­fes­ter pour leur emploi mena­cé par la fer­me­tu­re annon­cée de la cen­tra­le nucléai­re. Des cégé­tis­tes, en l’occurrence, vont ain­si jusqu’à dénon­cer « une inco­hé­ren­ce » dans la volon­té poli­ti­que de vou­loir main­te­nir l’emploi chez Alstom à Bel­fort tout en « détrui­sant » ceux de Fes­sen­heim. Ce pro­pos pas­se tota­le­ment à la trap­pe l’enjeu éco­lo­gi­que lié à une cen­tra­le nucléai­re ayant dépas­sé la limi­te de sa durée de vie. On com­pa­re deux situa­tions incom­pa­ra­bles, de même qu’on oppo­se ain­si une logi­que loca­le « court-ter­mis­te » à des enjeux por­tant sur l’avenir de l’espèce humai­ne. On poin­te là un gouf­fre d’incompréhension fon­da­men­ta­le oppo­sant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humai­ne.

Concer­nant pré­ci­sé­ment l’affaire des boues rou­ges et des effluents toxi­ques reje­tés dans la Médi­ter­ra­née, il y aurait cepen­dant une solu­tion tech­ni­que avé­rée pré­sen­tée depuis plu­sieurs mois à Alteo. Mais la « logi­que » finan­ciè­re sem­ble s’opposer à cet­te solu­tion. L’élimination tota­le des déchets toxi­ques impli­que en effet un coût que les action­nai­res du fond d’investissement état­su­nien dont dépend Alteo refu­sent par prin­ci­pe – c’est-à-dire par inté­rêt ! Même oppo­si­tion symé­tri­que, là enco­re, entre inté­rêts indi­vi­duels immé­diats et inté­rêts rele­vant du bien com­mun et de la conscien­ce éco­lo­gi­que glo­ba­le.

On se trou­ve pré­ci­sé­ment dans l’enjeu expri­mé par le « pen­ser glo­bal - agir local », selon la for­mu­le de Jac­ques Ellul 2, repri­se et por­tée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dua­li­té de ten­sions, que recou­vrent bien nos actuels erre­ments de Ter­riens mal en point. En fait, on peut affir­mer sans trop s’avancer que le « pen­ser glo­bal » de la plu­part de nos contem­po­rains se limi­te à l’« agir local ». Autre­ment dit, de la pen­sée de lil­li­pu­tiens ne voyant guè­re au-delà de leur bout de nez court-ter­mis­te. Et enco­re ! Car il n’y par­fois pas de pen­sée du tout, une preu­ve :

 

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La non-conscien­ce éco­lo­gi­que, ou l’inconscience de l’homo « peu » sapiens mena­ce l’humanité entiè­re. [Ph. gp]

Un tel outra­ge à la beau­té du mon­de (voir l’arrière plan : Mar­seille, pla­ge des Gou­des) me rend tris­te­ment pes­si­mis­te sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pour­tant qu’un for­fait d’allure mineu­re, ordi­nai­re – cepen­dant à hau­te por­tée sym­bo­li­que – aux côtés des agres­sions et des pol­lu­tions majeu­res : mers et océans à l’état de pou­bel­les, agri­cul­tu­re chi­mi­que, éle­va­ges indus­triels, défo­res­ta­tion, déser­ti­fi­ca­tion, sur­con­som­ma­tion-sur­dé­jec­tions, atmo­sphè­re satu­rée par les gaz à effet de ser­re ; dérè­gle­ment cli­ma­ti­que, fon­te des gla­ces et mon­tée des eaux… Un désas­tre ample­ment amor­cé – sans même par­ler des folies guer­riè­res et ter­ro­ris­tes. Et j’en pas­se.

Ain­si à Gar­dan­ne, vil­le dou­ble­ment rou­ge : rou­gie par les pous­siè­res d’alumine qui la recou­vre, et rou­gie par qua­ran­te ans de muni­ci­pa­li­té com­mu­nis­te et à ce titre asser­vie à la crois­san­ce et à son indus­trie, fût-elle dévas­ta­tri­ce de l’environnement natu­rel et de la san­té humai­ne. Il en va de même ici com­me à Fes­sen­heim et pour tou­te l’industrie nucléai­re, sou­te­nue depuis tou­jours par les com­mu­nis­tes et la CGT, tout autant que par les socia­lis­tes et tou­te la clas­se poli­ti­que et syn­di­ca­lis­te, à l’exception des éco­lo­gis­tes, bien enten­du, et d’EELV en par­ti­cu­lier.

Notes:

  1. L’ancienne usi­ne Pechi­ney de Gar­dan­ne, créée en 1893, appar­tient depuis 2012 au fonds d’investissement H.I.G Capi­tal basé à Mia­mi. Alteo se pré­sen­te com­me le « pre­mier pro­duc­teur mon­dial d’alumines de spé­cia­li­té ». Alteo Gar­dan­ne emploie 400 sala­riés et 250 sous-trai­tants
  2. Pro­fes­seur d’histoire du droit, socio­lo­gue, théo­lo­gien pro­tes­tant, 1912-1994. Pen­seur du sys­tè­me tech­ni­cien, ses idées sont notam­ment déve­lop­pées en Fran­ce par l’association Tech­no­lo­gos
  3. Agro­no­me, bio­lo­gis­te, 1901-1982 Auteur de nom­breux ouvra­ges, dont Cour­ti­sons la ter­re (1980) et Les Célé­bra­tions de la vie (1982)

Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cu­les de boues rou­ges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­dan­ne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc natio­nal des calan­ques (Bou­ches-du-Rhô­ne), inquiè­tent les spé­cia­lis­tes, mais aus­si les défen­seurs de l’environnement.

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Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de ton­nes de « boues rou­ges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La minis­tre de l’Environnement, Ségo­lè­ne Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a impu­té à son Pre­mier minis­tre l’absence de lut­te contre ce fléau : elle assu­re avoir vou­lu les inter­di­re, mais que  « Manuel Valls a déci­dé le contrai­re » .  « C’est inad­mis­si­ble », assè­ne la minis­tre devant la camé­ra de « Tha­las­sa » , dif­fu­sé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur Fran­ce 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­ven­ce-Alpes-Côte d’Azur a auto­ri­sé en décem­bre la socié­té Alteo à pour­sui­vre l’exploitation de ses usi­nes sur le site de Gar­dan­ne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lè­ne Royal, rap­pel­le Le Mon­de.

La déci­sion d’interdire ces déchets incom­be au chef du gou­ver­ne­ment, affir­me Ségo­lè­ne Royal :   »[Manuel Valls] a pris cet­te déci­sion. Il a don­né l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajou­te-t-elle.

[Sour­ce : Fran­cein­fo, 30/8/16]



Trafic aérien et pollution. On n’y voit que du bleu

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Pol­lu­tion à tous les éta­ges [dr]

Pour mon­trer la den­si­té du tra­fic aérien – et donc de la pol­lu­tion –, un jour d’été au-des­sus de l’Europe, les réa­li­sa­teurs de cet­te vidéo ont uti­li­sé des infor­ma­tions sur les vols com­mer­ciaux. Ils ont ain­si « com­pri­mé » en deux minu­tes vingt-qua­tre heu­res de tra­fic. Cer­tains pour­ront s’extasier devant l” « exploit tech­no­lo­gi­que » en le mon­trant tel quel – ce que fait lemonde.fr – com­me un spec­ta­cle dis­trayant, « haut en cou­leur » et sur fond d’insouciante musi­quet­te. Il n’est pas ano­din que le bleu ait été rete­nu pour visua­li­ser  le flux des avions  et, par delà, l’agitation fré­né­ti­que du mon­de et de ses habi­tants. Repei­gnons tout cela en noir, de la cou­leur des éma­na­tions gazeu­ses char­gées de par­ti­cu­les et notre vision, plus réa­lis­te, sera aus­si plus pro­che de l’état éco­lo­gi­que de le notre Ter­re.


Louisiane. Le pétrole touche terre

L’envoyé spé­cial en Loui­sia­ne du quo­ti­dien bre­ton Le Télé­gram­me l’atteste : le pétro­le a bien tou­ché l’embouchure du Mis­sis­sip­pi.  Pla­ges, rochers et maré­ca­ges sont souillés et la nap­pe, témoi­gne Pas­cal Bodé­ré, atteint par­fois jusqu’à un mètre d’épaisseur.

« C’est dégueu­las­se ». [Ph. P. Bodé­ré, Le Télé­gram­me

Embar­qué sur un pneu­ma­ti­que  de Green­pea­ce, le jour­na­lis­te bre­ton racon­te le « jeu » du chat et de la sou­ris que se mènent mili­tants éco­lo­gis­tes et gar­de-côtes états-uniens.  «Regar­dez-moi ça, c’est dégueu­las­se, par­tout!» déplo­re Paul Hors­man, de Green­pea­ce. Sur les 300 mètres de rocaille, en effet, des spots et des pla­ques de pétro­le bru­nis­sent les Jet­ties. […] Hors­man des­cend, enfi­le ses gants et chaus­se ses bot­tes. Il glis­se ses bras entre les rochers et en res­sort à plei­nes mains un che­wing-gum brun dégou­li­nant. «Regar­dez-moi ça. Ceci est la preu­ve que la nap­pe de pétro­le est là. Invi­si­ble jusqu’à aujourd’hui, elle se mon­tre enfin. Cet­te pol­lu­tion de ces quel­ques cen­tai­nes de mètres du lit­to­ral de Loui­sia­ne que l’on décou­vre là, annon­ce mal­heu­reu­se­ment les mil­liers de litres à venir».

[…] « La veille, pour­suit Pas­cal Bodé­ré, la Loui­sia­ne mon­trait un visa­ge effrayant. Ciel noir, délu­ge de pluie, vents à 120 km/h, le tout agré­men­té d’énormes éclairs se cra­shant lit­té­ra­le­ment au sol... […] «La mer a remué. La nap­pe avan­ce. »


Éco-meurtre dans le Golfe du Mexique. BP noie la marée noire dans la com’ !

Les appren­tis sor­ciers de la Bri­si­th Petro­leum patau­gent dans la gadoue péro­liè­re dans laquel­le ils sont aus­si en train de plon­ger l’océan et tout un éco­sys­tè­me. Il est à crain­dre qu’on n’ait enco­re pas mesu­ré tou­te l’ampleur de cet­te catas­tro­phe – la plus épou­van­ta­ble du gen­re. A défaut de pou­voir arrê­ter l’hémorragie de brut, ni même de savoir com­ment s’y pren­dre, BP se lan­ce dans la… com­mu­ni­ca­tion.

L’océan tout en noir, et en deuil de solu­tions.

Le grou­pe pétro­lier a ouvert un site Inter­net pour déployer le rideau de fumée sur la nap­pe noi­re qui s’étend à cha­que secon­de. Pro­chai­ne éta­pe à Lour­des avec allu­ma­ge mas­sif de cier­ges – vu que le pape, hier à Fati­ma, n’a eu rien à secouer de cet­te attein­te à la sain­te Ter­re, même pas un bout de début d’homélie.

Donc, sur ce site dédié à la catas­tro­phe, on peut ain­si sui­vre les opé­ra­tions en cours, ou du moins les ten­ta­ti­ves; mais aus­si sug­gé­rer des « solu­tions alter­na­ti­ves » . C’est dire à quel point les piteux tech­ni­ciens se trou­vent dans la débi­ne ! Ils ten­dent leurs sébi­les à idées ! dans l’espoir de ravi­go­ter l’imagination en ber­ne des ingé­nieurs pétro­liers. Par­mi les « solu­tions » envi­sa­gées, l’injection sous très hau­te pres­sion de cochon­ne­ries gen­re débris mul­ti­ples, mor­ceaux de pneus, bal­les de gol. C’est ce qu’a avan­cé, sans rire, l’amiral Thad Allen, char­gé de coor­don­ner les opé­ra­tions.

La pro­chai­ne « clo­che » pour ten­ter de rédui­re la fui­te. On bri­co­le com­me on peut…

Il y a aus­si ça, qui n’est pas une bla­gue : l’association « Mat­ter of trust » récu­pè­re des… che­veux sur tout le conti­nent pour en rem­plir des bas afin d’en fai­re des épon­ges à pétro­le… Aus­si effi­ca­ce que des bar­ra­ges à grilla­ge à pou­les ou en végé­taux, fau­te de bar­ra­ges plus effi­ca­ces, inexis­tants… Autant vider la mer avec une cuiller à café. A pro­pos, ame­nez-nous aus­si le des­sert en même temps. Quant à l’addition, ce sera pour BP. Enfin, on aime­rait bien. Et si en gui­se de pour­boi­re, on leur fai­sait ava­ler leur incon­sé­quen­ce avec un vrai boy­cott ? com­me cela avait été amor­cé envers Total lors du nau­fra­ge de l’Erika…

Mora­le de ce nou­vel épi­so­de éco-meur­trier : l’Homme est bien le plus néfas­te des ani­maux du glo­be.

»> Voir aus­si ci des­sous Loui­sia­ne, gol­fe du Mexi­que. La marée noi­re du fric, pol­lu­tion majeu­re


Louisiane, golfe du Mexique. La marée noire du fric, pollution majeure

Ah ! cet­te ter­ri­ble pro­pen­sion des médias à digé­rer-éva­cuer les évé­ne­ments, à les neu­tra­li­ser au fur et à mesu­re que l’un chas­se l’autre. On ne le dira jamais assez. C’en est ain­si de cet­te sor­te de « loi » de l’info-jetable, à l’image de nos temps à la va-vite. Donc, en ce diman­che 2 mai, je consta­te que la marée noi­re du Gol­fe du Mexi­que se trou­ve déjà pha­go­cy­tée par la marée javel­li­san­te de l’ « actu »: accord UE-FMI sur la Grè­ce (ouf ! il y va de la finan­ce inter­na­tio­na­le – voir l’intéressante inter­view de Jean Zie­gler sur la ques­tion dans L’Humanité) ; bom­be désa­mor­cée à New-York (ouf ! on res­pi­re dans l’empire US et donc dans le mon­de…) ; PSG sacré roi du foot hexa­go­nal (ouf ! « on » a eu chaud…) ; et cæte­ra.

Ain­si, l’actuelle catas­tro­phe majeu­re, ce trou béant qui fait sai­gner le flanc de la pla­nè­te, cet­te puru­len­ce qui s’en échap­pe et infec­te le corps ter­res­tre, aurait déjà atteint le sta­de de la diges­tion par le grê­le intes­tin de l’info-spectaculaire. Puisqu’il faut bien que le mon­de conti­nue à tour­ner tant bien que mal. Il le faut ! Impé­ra­tif abso­lu, et qu’importe le sens de la rota­tion… Le sens, quel sens ? Prio­ri­té au diver­tis­se­ment, cet­te pou­dre à mas­quer l’essentiel. Pla­ce au futi­le, au léger, au secon­dai­re, à l’insignifiant !

Peti­tes îles madré­po­ri­ques peu­plées de man­gro­ves de palé­tu­viers, les îles Mou­cha et Mas­ca­li se trou­vent à une heu­re de bou­tre de Dji­bou­ti. © g.ponthieu

Infer­na­le, la machi­ne à broyer l’ « info » – cet­te écu­me sans len­de­main – tour­ne sans relâ­che. Pour­vu qu’on y pour­voie…, dès lors qu’à plei­nes pel­le­tées on gave sa chau­diè­re avi­de du dra­me humain mis en spec­ta­cle. Demain est un autre jour, un nou­vel épi­so­de du grand feuille­ton de la comé­die humai­ne. Atten­dons donc, com­me une sui­te annon­cée, les pro­chai­nes ima­ges du dra­me en mar­che : pol­lu­tion des marais à man­gro­ves des côtes du gol­fe du Mexi­que, des­truc­tion de la flo­re et de la fau­ne, mort des éco­sys­tè­mes. Ça nous lais­se un bon gise­ment de « bel­les ima­ges », une bon­ne nap­pe déri­van­te d’indignations pas chè­res. Puis, tout ren­tre­ra « dans l’ordre », autre­ment dit dans le chaos ordi­nai­re qu’on appel­le la mar­che du mon­de.

Forêt lit­to­ra­le, inter­fa­ce entre la mer et le domai­ne ter­res­tre. © g.ponthieu

A quoi, bien modes­te­ment, j’oppose mes autres bel­les ima­ges, sans guille­mets tou­te­fois, pri­ses en 2006 dans la man­gro­ve de l’île Mou­cha, au lar­ge de Dji­bou­ti. Nous som­mes à l’entrée de la mer Rou­ge, ce cor­ri­dor qui voit défi­ler une arma­da inces­san­te de pétro­liers. Zone de conflits, de pira­ta­ge, de grands dan­gers liés à la folie des humains. Les côtes de la mer Rou­ge abri­tent aus­si une for­te den­si­té de man­gro­ves, donc un vivier végé­tal et ani­mal sem­bla­ble à celui de la Loui­sia­ne, un acquis construit au fil des temps immé­mo­riaux – des mil­liers de siè­cles.

Les palé­tu­viers per­chés sur leurs raci­nes-échas­ses. ©g.ponthieu

Voi­ci donc mes pho­tos pour égayer la noir­ceur… Et en plus, ornées d’une coquet­te­rie : En avril 2008, le pré­si­dent de Dji­bou­ti – Omar Guel­leh, poten­tat bien gan­gre­né – a annon­cé le pro­jet de louer l’île à des inves­tis­seurs chi­nois qui pré­voient d’y construi­re un hôtel de luxe et un casi­no… La marée noi­re du fric, la plus dévas­ta­tri­ce.

Les man­gro­ves consti­tuent les éco­sys­tè­mes les plus pro­duc­tifs en bio­mas­se de notre pla­nè­te. © g.ponthieu


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

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