On n'est pas des moutons

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L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les cat­a­stro­phes suc­cè­dent aux cat­a­stro­phes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­son­nes, comme en 40. Des armées de pom­piers rec­u­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­lat­ifs. La fatal­ité.

On implore la pluie. On brûlerait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétain­istes : pactis­er pour ne pas capit­uler. Le Feu comme le Dia­ble. Ah oui, un dia­ble ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaînés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitumeux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, surnom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tura­tion hydraulique », c’est juste une fan­taisie esthé­tique, une aimable chirurgie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en prof­its insa­tiables, à engraiss­er l’obèse Dow Jones.

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Nan­cy Hus­ton : “Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fi­ante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siè­cle.”

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brûlante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pag­nies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitu­mineux, rasent les forêts, pol­lu­ent les sols, détru­isent la faune et la flo­re. C’est un ter­ri­toire gou­verné par le pét­role et l’argent au mépris de la nature, des peu­ples. Au mépris de l’humanité.

Un témoignage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­di­enne Nan­cy Hus­ton que pub­lie l’excellent site Reporterre : En Alber­ta, « l’avènement d’une human­ité… inhu­maine »

À lire aus­si :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, parabole de l’époque, édi­to de Hervé Kempf.


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils François et moi-même – saisi au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) par la pub­li­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 événe­ments cul­turels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tch­er­nobyl).

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Nous nous sommes donc lancés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu mod­éré l’élan avant de pass­er au papi­er d’édition…D’où cet appel à soutenir l’initiative. D’où cette souscrip­tion afin recueil­lir les fonds néces­saires à la pub­li­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ticiper en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tron­ique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adress­er un chèque ou un bil­let à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Moulet 13006 Mar­seille.

En con­tribuant pour 20 euros, vous recevrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­derons alors votre adresse postale par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous recevrez autant d’exemplaires que de tranch­es de 20 euros. Vous fig­ur­erez aus­si dans la liste des souscrip­teurs et serez tenus au courant des étapes de fab­ri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-dessus, vous trou­verez plus d’information sur cette créa­tion de qual­ité, à tirage lim­ité. Les pho­tos, pris­es en Provence et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

François et Gérard Pon­thieu


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaîne humaine dans la val­lée du Rhône — Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion énergé­tique sans nucléaire !

Pro­gramme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sin­istre anniver­saire que ce qua­trième mar­quant la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de terre d’une mag­ni­tude 9 se pro­duit, endom­mageant la cen­trale nucléaire de Fukushi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres générée par le séisme atteint la cen­trale de Fukushi­ma Dai­ichi, con­stru­ite à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Pour Fukushi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait con­stru­it un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsuna­mi de 5,7 mètres de haut max­i­mum. Trois des six réac­teurs se met­tent à l’arrêt automa­tique. Tan­dis que les sys­tèmes de refroidisse­ment tombent en panne, ain­si que les groupes élec­trogènes de sec­ours.

Et c’est la cat­a­stro­phe majeure : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incendies des enceintes 1 à 4, dis­per­sions radioac­tives dépas­sant 300 fois la norme admis­si­ble, con­t­a­m­i­na­tion sur un ray­on de plus de 80 km, déplace­ment de mil­liers de riverains, rejet d’eau forte­ment radioac­tive dans le Paci­fique, sit­u­a­tion incon­trôlable de l’ensemble des instal­la­tions – et nulle­ment sta­bil­isée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été amenés sur place – dans des con­di­tions cri­tiques, et très cri­tiquées – pour ten­ter de “col­mater les brèch­es” d’un chantier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voici un instan­ta­né con­cer­nant la sit­u­a­tion des “lqui­da­teurs” de Fukushi­ma, telle que rap­portée par le blog Fukushi­ma 福島第 con­sacré entière­ment à la cat­a­stro­phe nucléaire et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sin­istre

Le 19 jan­vi­er, à la cen­trale nucléaire n°1 de Fukushi­ma, un tra­vailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la cen­trale nucléaire n° 2, le 20 jan­vi­er, un autre tra­vailleur est mort égale­ment, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novem­bre, 40 tra­vailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus impor­tant que l’année dernière.

Main­tenant, dans la cen­trale nucléaire n°1, tra­vail­lent chaque jour 6.000 per­son­nes. Il manque non seule­ment des forces de tra­vail, mais aus­si la qual­ité du tra­vail. Un tra­vailleur témoigne : “Il manque certes des tra­vailleurs, mais tout aus­si grave est le manque de tra­vailleurs expéri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvri­ers expéri­men­tés qui tra­vail­laient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépassée. Main­tenant, la poli­tique de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­si­ble et à moin­dre coût. Sa poli­tique axée sur le seul prof­it engen­dre des acci­dents.”

Extrait d’un arti­cle paru dans le jour­nal Fukushi­ma Min­jū le 11 décem­bre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux sub­venir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait dif­fi­cile de la nour­rir”, a déclaré un homme de 50 ans qui tra­vaille à la cen­trale n°1 depuis trois ans déjà. Aupar­a­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de con­struc­tion de réser­voirs pour l’eau con­t­a­m­inée, mais main­tenant il trans­porte l’eau con­t­a­m­inée qui s’est accu­mulée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

La radioac­tiv­ité dans la cen­trale est encore si forte qu’il porte un vête­ment de pro­tec­tion et un masque qui lui cou­vre toute la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se déplac­er facile­ment, c’est pourquoi un tra­vail d’une heure et demie est sa lim­ite mais, en rai­son de la longueur des procé­dures pour pénétr­er dans l’usine et en sor­tir et à cause des pré­parat­ifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son apparte­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­trale, et il ren­tre chez lui seule­ment dans la soirée. Il partage sa cham­bre avec quelques per­son­nes. […]

Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 mil­lisiev­ert de radioac­tiv­ité. Il est légale­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être exposés à un max­i­mum de 50 mil­lisiev­erts par an, cepen­dant de nom­breuses entre­pris­es ont leur pro­pre norme par exem­ple de 20 mil­lisiev­erts, donc s’il tra­vaille et se trou­ve exposé à ce rythme, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le pub­lic a com­mencé  à se dés­in­téress­er de l’accident nucléaire, mais des travaux plus dan­gereux se mul­ti­pli­eront cer­taine­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je souhaite que l’on puisse con­naître ce fait “.”

Craintes de maladies

Tep­co a enquêté chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­trale nucléaire n°1 en août et sep­tem­bre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­trale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une mal­adie due à la radioac­tiv­ité. Le min­istère a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­trales ont davan­tage de risques de can­cers de la vessie, du poumon et du phar­ynx lorsqu’ils sont exposés à plus de 100 mil­lisiev­erts.

Cepen­dant il est étrange que l’Autorité de régu­la­tion nucléaire prévoit d’aug­menter la norme max­i­male d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­lisiev­erts. Le respon­s­able a dit: “La norme inter­na­tionale est com­prise entre 250 et 500 mil­lisiev­erts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un acci­dent de même niveau qu’à Fukushi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion max­i­male de 250 mil­lisiev­erts.”

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

Main­tenant, on a com­mencé à déman­tel­er les qua­tre réac­teurs de la cen­trale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réac­teurs détru­its et arbres abat­tus pour faire place aux réser­voirs sont forte­ment radioac­t­ifs. On n’a pas le droit de les trans­porter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  prévoit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets con­t­a­m­inés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont com­mencé à arriv­er, qui occu­pent 60% de l’espace de stock­age.

Les tra­vailleurs des cen­trales por­tent un casque, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plusieurs autres effets. On réu­tilise casques,masques et chaus­sures, mais on jette les autres arti­cles. On les met  dans de grandes caiss­es et on en fait des mon­tic­ules à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co prévoit de les brûler et d’en réduire la quan­tité, mais n’y parvien­dra pas, car le nom­bre de tra­vailleurs est de plus en plus grand.”


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tème de décon­t­a­m­i­na­tion d’eau de la cen­trale de Fukushi­ma est arrêté depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japon­ais, une des trois lignes de décon­t­a­m­i­na­tion du sys­tème a arrêté de fonc­tion­ner nor­male­ment lun­di, ce qui a con­duit la com­pag­nie à la stop­per puis à sus­pendre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tème, bap­tisé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plusieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de ren­con­tr­er des prob­lèmes divers. Cet équipement dévelop­pé avec le groupe Toshi­ba est pour­tant présen­té comme un rouage-clé pour résoudre le prob­lème d’eau con­t­a­m­inée dont regorge la cen­trale acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça débor­de. [Doc­u­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau con­t­a­m­inée sont actuelle­ment stock­és dans plus d’un mil­li­er de gigan­tesques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co con­tin­ue d’en faire installer entre vingt et quar­ante par mois pour ten­ter de suiv­re le rythme du flux con­tinu de liq­uide souil­lé provenant des sous-sols du site et des arrosages per­ma­nents des réac­teurs rav­agés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détec­tées en de mul­ti­ples endroits sur les ruines des cen­trales, mais aus­si parce que l’eau actuelle­ment stock­ée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été “décon­t­a­m­inée” par le sys­tème ALPS – car elle con­tien­dra encore au moins du tri­tium.

Le directeur de la cen­trale, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cultés, et espér­er que les efforts menés avec les autorités per­me­t­tront d’en venir à bout. 

La prière comme dernier rem­part con­tre la radioac­tiv­ité.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…“L’Association « Fes­sen­heim, notre Energie » (ASFNE) s’insurge con­tre le coup de force de ce jour per­pétré par des mil­i­tants de Green­peace et con­damne vive­ment cette action. Con­traire­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­lente puisqu’il y a effrac­tion délibérée avec des moyens impor­tants de type ter­ror­iste, un véri­ta­ble choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

“L’ASFNE estime qu’il est totale­ment dis­pro­por­tion­né de recourir à des méth­odes de com­man­dos pour faire pass­er un mes­sage quel qu’il soit. Et il est inac­cept­able qu’EELV, dont deux mem­bres fig­urent au gou­verne­ment, ait pu féliciter ce matin Green­peace pour cette action illé­gale et anti-démoc­ra­tique. Il est évi­dent que l’absence de réelles sanc­tions dis­sua­sives, après les actions sim­i­laires précé­dentes,encour­age Green­peace dans cette voie.
“Il faut rap­pel­er enfin que Fes­sen­heim a été déclarée sûre par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la seule autorité com­pé­tente. Des cen­taines de mil­lions d’euros ont été investis ces dernières années pour en faire une des 1ère cen­trales de France dont la sûreté a été mod­ernisée et mise aux derniers stan­dards inter­na­tionaux du moment. Une usine ne vieil­lit pas comme les humains ; quand un matériel nedonne plus sat­is­fac­tion, on le répare ou le rem­place !
“Souhaitons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subis­sent les Alle­mandsaprès la déci­sion rad­i­cale de fer­me­ture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes envi­ron­nemen­tales ? La pol­lu­tion atmo­sphérique de ces derniers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­trales au char­bon alle­man­des, est un exem­ple qui impacte tous leurs voisins. A con­trario, la France fait par­tie des meilleurs pays européens pour ses faibles émis­sions de CO2… grâce à son énergie nucléaire !”

Nucléaire. À Fessenheim, Greenpeace interpelle Hollande et Merkel sur la transition énergétique

Ce mar­di 18 mars, une soix­an­taine de mil­i­tants de Green­peace, venus de France, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Bel­gique, d’Italie ou de Pologne ont “investi” à leurs manières  la plus vieille cen­trale française, celle de Fes­sen­heim, en Alsace. Ain­si, deux jours avant le som­met des chefs d’Etat européens qui doit décider ce jeu­di 20 mars de l’avenir de l’énergie en Europe, ces citoyens européens deman­dent à François Hol­lande et Angela Merkel d’engager leur pays et l’Europe entière dans une vraie tran­si­tion énergé­tique, débar­rassée du risque nucléaire et basée sur les renou­ve­lables. 

D’autre part, par une telle action, l’organisation écol­o­giste démon­tre une fois de plus la vul­néra­bil­ité des sys­tèmes de sécu­rité des instal­la­tions nucléaires et, pas con­séquent, des sys­tèmes de sûreté s’agissant d’éventuelles (et pos­si­bles) actions ter­ror­istes.

Green­peace pour­suit sa voca­tion de lanceur d’alerte dans le domaines des risques humains et écologiques. Par ses actions répétées, l’ONG démon­tre en même temps la van­ité des nucléocrates et de leurs tech­ni­ciens adeptes du culte de l’infaillibilité – ou pré­ten­dant s’en approcher, plan­qués qu’ils sont der­rière leur fameux dogme du “risque-zéro-qui-n’existe-pas”, et grâce auquel ils comptent se dédouan­er de tout acci­dent ou cat­a­stro­phe à venir. Qu’ils ail­lent tenir leurs baliv­ernes auprès des pop­u­la­tions lour­de­ment éprou­vées de Tch­er­nobyl et de Fukushi­ma !

 
Lire aus­si, entre autres, sur« C’est pour dire »  :

Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Flickr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à con­naître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bustible de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tielle­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le cori­um (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, con­sti­tué du com­bustible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bustible et des divers élé­ments du cœur avec lesquels il ren­tre en con­tact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont suiv­is le séisme.
Pour la piscine du réac­teur n°2, Tep­co a mis en place, début juin, un sys­tème de refroidisse­ment. La mise en place de ce sys­tème est prévue pour les piscines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la piscine n°4, un con­sol­i­da­tion de son soutène­ment avec des piliers en aci­er est néces­saire au préal­able.

La dernière mise à jour de l’Agence Inter­na­tionale à l’Énergie Atom­ique sur le sujet date du … 2 juin.
Les dernières infor­ma­tions fournies par l’opérateur de la cen­trale, Tep­co, man­quent elles aus­si de pré­ci­sions les dernières mis­es à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroidisse­ment con­t­a­m­inées, l’état des réac­teurs n’étant pas mod­i­fié, par exem­ple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information pub­liée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juil­let, dans laque­lle l’Institut, reprenant les élé­ments four­nis par Tep­co, évoque une « sta­bil­i­sa­tion de la sit­u­a­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire française elle même intro­duit son com­mu­niqué de presse en déclarant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du com­bustible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être con­sid­érée comme sta­bil­isée tant que cette sit­u­a­tion per­siste. ». Les deux instances expertes en France ne sem­blent donc pas totale­ment en phase dans leurs analy­ses…

Ce com­mu­niqué de presse n°31 de l’ASN relève égale­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du com­bustible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être con­sid­érée comme sta­bil­isée tant que cette sit­u­a­tion per­siste. Les dernières analy­ses japon­ais­es mon­trent que le com­bustible des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bustible fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur perce­ment. »

Une con­t­a­m­i­na­tion très éten­due …. qui va dur­er

Les dernières mesures effec­tuées dans la ville de Fukushi­ma, située à soix­ante kilo­mètres de la cen­trale, sont franche­ment inquié­tantes.

Les mesures de ter­rain et analy­ses de sol effec­tuées par le lab­o­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retombées de cési­um 134 et 137 radioac­t­if sont de plusieurs cen­taines de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Mori­ai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quarti­er Watari. Cette irra­di­a­tion ne dimin­uera que très lente­ment. Elle est due en effet prin­ci­pale­ment au cési­um 137 et au cési­um 134 dont les péri­odes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respec­tive­ment). Cela sig­ni­fie que la radioac­tiv­ité du cési­um 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioac­tiv­ité du cési­um 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du cési­um 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte con­t­a­m­i­na­tion au cési­um a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la pré­fec­ture de Fukushi­ma au Japon. Une alerte qui con­firme que les zones les plus con­t­a­m­inées ne sont pas néces­saire­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette con­t­a­m­i­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habi­tants

La pop­u­la­tion est trop exposée aux radi­a­tions !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fukushi­ma pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­di­a­tion externe de plusieurs mil­liSiev­erts alors que la dose au-delà de laque­lle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cept­able par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tionale de Pro­tec­tion Radi­ologique) est de 1 mil­liSiev­ert par an.

À la demande de citoyens japon­ais, l’ACRO (Asso­ci­a­tion pour le Con­trôle de la Radioac­tiv­ité dans l’Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushi­ma et les résul­tats sont sans ambiguïté : toutes les urines con­ti­en­nent du cési­um 134 et cési­um 137 à des con­cen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­quer­el par litre.

Cela sig­ni­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous con­t­a­m­inés en cési­um 134 et cési­um 137 et qu’ils l’ont prob­a­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radioac­t­ifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces derniers élé­ments dis­parais­sent plus vite et ne sont donc déjà plus détecta­bles).

Les mesures pris­es par les pou­voirs publics ne sont pas à la hau­teur

Les autorités japon­ais­es ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fukushi­ma de dosimètres indi­vidu­els. Ces dosimètres sont chargés de mesur­er la dose de radioac­tiv­ité reçue par les enfants durant leur journée d’école. Pas de prévenir ces dos­es, pas de les éviter…seulement de les mesur­er. Le ray­on de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été mod­i­fié. Dans les 10 kilo­mètres suiv­ants, la pop­u­la­tion est cen­sée à la fois « rester con­finée » et vivre nor­male­ment, envoy­ant les enfants à l’école, munis d’un dérisoire masque de papi­er et de leur dosimètre.

Il faudrait évac­uer les pop­u­la­tions sur un périmètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être con­trôlés et les mesures de radioac­tiv­ité bien plus fréquentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que néces­saire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecolo­gie-les Verts, fon­da­trice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Rivasi a pu con­stater l’impact de la cat­a­stro­phe nucléaire de Fukushi­ma sur le quo­ti­di­en et la men­tal­ité des Japon­ais. Invitée par le puis­sant Seikat­su Club, union des con­som­ma­teurs forte de 22 mil­lions de mem­bres, et les Verts japon­ais elle est notam­ment allée à la ren­con­tre des familles de paysans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effarée et révoltée par ce qu’elle a pu con­stater dans les ter­ri­toires con­t­a­m­inés où la pop­u­la­tion con­tin­ue de vivre exposée à des fortes dos­es d’irradiation. Trois mois après la cat­a­stro­phe, le cauchemar ne fait mal­heureuse­ment que com­mencer.

« Je reste de plus en plus con­va­in­cue que là où com­mence le nucléaire s’arrête la démoc­ra­tie. Quand les autorités ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par manque d’information: aucune pré­cau­tion n’est prise pour pro­téger la san­té des pop­u­la­tions vivant en zone con­t­a­m­inée qui con­tin­u­ent de con­som­mer les ali­ments con­t­a­m­inés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la cat­a­stro­phe, la dis­tri­b­u­tion de pastilles d’iodure de potas­si­um n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nom­bre de can­cers, surtout chez les enfants.

Qui plus est, aucune solu­tion n’est apportée aux réfugiés de la radioac­tiv­ité, ces pop­u­la­tions exclues du périmètre des 20 kilo­mètres entourant la cen­trale. La plu­part d’entre eux trou­vent refuge auprès de proches, dans le périmètre de la zone d’évacuation volon­taire. Aucune indem­nité n’ayant encore été ver­sée et aucun rel­o­ge­ment n’ayant été effec­tué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hommes con­tin­u­ent d’exercer leurs activ­ités agri­coles dans des zones con­t­a­m­inées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleu­rit et bour­geonne est une nature morte: ils ten­tent d’éviter ain­si ce que l’on appelle com­muné­ment le ‘stress radi­ologique’ qui peut men­er à des trou­bles psy­chologiques sérieux.

“Cet état de fait est facil­ité par la cul­ture japon­aise, une cul­ture de soumis­sion qui pousse les gens à con­tenir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publique­ment, ter­rassés par la fatal­ité. Leur colère interne se man­i­feste sous la forme d’une résig­na­tion totale. En con­séquence, les autorités prof­i­tent de cette faib­lesse cul­turelle pour impos­er une omer­ta inquié­tante facil­itée par l’absence de con­tre-pou­voirs.

Heureuse­ment, des groupes aidés par la CRIIRAD vien­nent d’être créés et visent à con­trôler le niveau de radioac­tiv­ité de ali­ments con­som­més: c’est un pre­mier pas salu­taire dans la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la cat­a­stro­phe reste per­ma­nente: l’irradiation reste telle­ment forte que les travaux dans la cen­trale peinent à évoluer et le risque d’explosion par hydrogène dans les réac­teurs endom­magés reste impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­venir. »

Site de Michèle Rivasi : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Restes du bâti­ment réac­teur III — 12 mai 2011

Restes du bâti­ment réac­teur IV — 12 mai 2011

Ain­si que je le pré­cise en post scrip­tum de l’article précé­dent sur la nou­velle explo­sion enreg­istrée à la cen­trale en ruines de Fukushi­ma, c’est le réac­teur IV et non le III qui serait con­cerné. La dif­férence est impor­tante puisqu’elle porte sur le charge­ment en MOX du réac­teur III, et le risque de rejet de plu­to­ni­um par­ti­c­ulière­ment tox­ique. Le prob­lème – qui remonte aux orig­ines mêmes de la cat­a­stro­phe – tient au blocage de l’information offi­cielle, et même aux omis­sions et men­songes émanant de ces sources offi­cielles, tant le gou­verne­ment japon­ais que l’exploitant Tep­co.

Une autre vue de l’explosion est vis­i­ble ici : entre 0:16 et 0:18. (Doc­u­ment Tep­co).

Autres nou­velles, peu ras­sur­antes :

– 6 400 tonnes d’eau radioac­tive dans le sous-sol du réac­teur III. Les employés de Tep­co ont bravé la très haute con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive du réac­teur III (100 milliseverts/heure) pour explor­er le sous-sol du bâti­ment dans lequel ils ont con­fir­mé la présence de 6400 tonnes d’eau haute­ment radioac­tive. (51 milliseverts/heure en sur­face du vol­ume d’eau qui fait près de 6 mètres de pro­fondeur).

– Pas de chance pour Are­va (exit sa patronne) et pour Tep­co, qui devaient com­mencer le 15 juin les travaux de décon­t­a­m­i­na­tion de plus de 100 000 tonnes d’eau con­t­a­m­inée : le sys­tème ne fonc­tionne pas car Tep­co vient de décou­vrir 10 fuites dans des valves et autres tuyau­ter­ies.

Le Monde du 17/6/11. Comme si l’ “emprise” n’était déjà pas éco­nom­i­co-poli­tique… Ou com­ment le spec­ta­cle poli­tique prend le pas sur les faits, l’opérette de salon sur le jour­nal­isme de ter­rain.

Soyons posi­tifs et admet­tons que le sys­tème Are­va puisse décon­t­a­min­er à 100 % plus de 100 000 tonnes d’eau, à ce jour, et une autre bor­dée de 100 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bor­dées sub­séquentes de 100 000 tonnes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que faire du con­cen­tré tox­ique généré par ce proces­sus de « décon­t­a­m­i­na­tion » ? Selon Tep­co, ce con­cen­tré con­tiendrait 100 mil­lions de bec­querels de sub­stances radioac­tives par cen­timètre cube. Tep­co estime que ce seront 2 000 mètres cubes de con­cen­tré tox­ique qui seront générés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tep­co ne dis­pose que d’une capac­ité de 1 200 mètres cubes sur le site de Fukushi­ma. De plus, Are­va a con­cédé qu’ils n’ont aucune expéri­ence dans la ges­tion de con­cen­trés tox­iques issues d’eau radioac­tives et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrême radioac­tiv­ité dans la par­tie est de Tokyo. Suite à la pres­sion d’une asso­ci­a­tion de par­ents (Koto Asso­ci­a­tion to Pro­tect Chil­dren), le gou­verne­ment japon­ais a enfin recon­nu ses men­songes quant à la radioac­tiv­ité de l’air ambiant aux alen­tours du cen­tre de retraite­ment des boues d’épuration de Nan­bu Ota-ku, Tokyo. Depuis com­bi­en de semaines l’incinérateur est-il en train de con­t­a­min­er cette zone de Tokyo ? Cette asso­ci­a­tion de par­ents, aidée par un pro­fesseur de l’Université de Kobé, a sol­lic­ité les ser­vices de l’ONG française, Asso­ci­a­tion pour le Con­trôle de la Radioac­tiv­ité dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrême­ment élevés de radioac­tiv­ité dans le ter­rain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyenne prox­im­ité du cen­tre de traite­ment incrim­iné: par exem­ple, le parc pour enfants est à 8 km de dis­tance.

Le parc est encore plus con­t­a­m­iné que le ter­rain de sport avec un taux de cési­um 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de cési­um 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tel­luri­um 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quelle serait la quan­tité de com­bustible à Fukushi­ma-Daichi en attente de dilu­tion dans l’atmosphère, les nappes phréa­tiques et l’océan? Selon Asso­ci­at­ed press, 3 400 tonnes de com­bustible usagé seraient accu­mulées dans les piscines de stock­age et 877 tonnes de fuel act­if dans les coeurs des réac­teurs, ou ce qu’il en reste. A savoir en tout 4 277 tonnes de com­bustible. Par com­para­i­son, il y en avait 30 tonnes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 tonnes à Tch­er­nobyl en 1986.

– Deux baleines ont été décou­vertes fin avril à 650 km de Fukushi­ma, avec des niveau de radi­a­tion de 31 et 24 bec­querels de cési­um par kilo de viande. Le Marine Bio­log­i­cal Lab­o­ra­to­ry, basé à Woods Hall dans le Mass­a­chu­setts, a com­mencé à éval­uer le niveau de con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive dans l’Océan Paci­fique. Et selon Arnie Gun­der­sen, le MBL a déjà déclaré que la con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive dans l’Océan Paci­fique provenant de Fukushi­ma est dix fois supérieure à celle de la Mer Noire ayant émané de Tch­er­nobyl.

– La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, à Oma­ha dans le Nebras­ka (États-Unis) est assiégée (vidéo ici) par l’eau du Mis­souri qui monte et qui va encore mon­ter de quelques mètres d’ici l’été. Pas de soucis, l’ingénierie nucléaire a déployé tout son savoir faire pour endiguer les risques radioac­t­ifs : des murs de sacs de sable.

La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, pho­tographiée le 14 juin, men­acée par la mon­tée régulière des eaux du Mis­souri. (Ph. Cryp­tome)

Voir d’autres pho­tos.

 

 

 

Autres infor­ma­tions suiv­ies : http://www.kokopelli-blog.org/


Fukushima. Nouvelle explosion sur un réacteur

Une nou­velle explo­sion s’est pro­duite dans les ruines de la cen­trale nucléaire de Fukushi­ma Dai­ichi dans la nuit du 13 à 14 Juin à 00h43. Comme on peut le voir sur un enreg­istrement vidéo (ci-dessous) de l’opérateur nucléaire Tep­co, l’explosion – très impres­sion­nante – a affec­té le réac­teur III, par­ti­c­ulière­ment dan­gereux car il con­tient du com­bustible MOX chargé de plu­to­ni­um.

Selon Green­peace, c’est un signe patent que le noy­au en fusion de com­bustible MOX est active­ment dan­gereux. Vraisem­blable­ment, il y a eu une explo­sion causée par le con­tact des matéri­aux du cœur fon­du avec de l’eau. Avec une telle explo­sion un relâche­ment de grandes quan­tités radioac­tives dans l’environnement est à crain­dre.

Tou­jours selon Green­peace, qui a ren­du publique l’information, les niveaux de radioac­tiv­ité mesurés près des ruines de l’enceinte de con­fine­ment du réac­teur I atteignent 260 siev­ert. Selon l’expert Shaun Burnie, de Green­peace, cela con­firme que les par­ties fon­dues du cœur ont per­cé le fond de la cuve du réac­teur.

L’événement paraît vis­i­ble à par­tir de la 2e minute de l’enregistrement.

D’autre part, les Japon­ais pro­jet­tent de recou­vrir les ruines des réac­teurs par des sar­cophages… en plas­tique – cela afin de lim­iter les infil­tra­tions d’eau et les rejets de matières radioac­tives. La maque­tte de ces sar­cophages a été mon­trée ce 16 juin au JT de 20 heures sur France 2.

[Sources : Col­lec­tif anti­nu­cléaire 13, Green­peace; Tep­co]

Post scrip­tum 17/6/11 : Il s’agirait plutôt du réac­teur IV. C’est ce qu’indiquent divers­es sources telles que :
– le site du jour­nal Hawaï News Dai­ly http://hawaiinewsdaily.com/2011/06/apparent-explosion-and-fire-at-fukushima-4/
– le site de l’association Kokopel­li, qui suit de très près la sit­u­a­tion à Fukushi­ma : http://www.kokopelli-blog.org/?p=916
La sit­u­a­tion reste des plus graves à Fukushi­ma, mais cette pré­ci­sion exclu­rait le risque de dif­fu­sion atmo­sphérique du plu­to­ni­um con­tenu dans le com­bustible MOX qui ali­mente le réac­teur III.


Samedi 11 juin, « Carton rouge au nucléaire » sur toute la France

 

nucleaire© faber

Mani­fes­ta­tions et débats sont annon­cés ce samedi 11 juin devant les mai­ries de France et de Navarre. Qu’on ne nous fasse plus prendre des centrales nucléaires pour des lanternes !


Nucléaire. La France n’a pas “l’électricité la moins chère d’Europe”

Par déf­i­ni­tion, les clichés ont la peau dure. Surtout s’ils sont en per­ma­nence réac­tivés par des bonnes âmes très inten­tion­nées…  Ain­si en est-il spé­ciale­ment de cette France à l’”électricité la moins chère”. Et grâce à qui, hein ? En ces temps de cat­a­stro­phe nucléaire au Japon, les pro­mo­teurs de l’atome ne cessent de répéter que, “grâce au nucléaire”, la France béné­ficierait des tar­ifs d’électricité “les plus bas d’Europe”, voire du monde ! D’où l’intérêt de ce détour instruc­tif par l’Obser­va­toire du nucléaire et quelques don­nées édi­fi­antes :

 

D’abord, on ne voit pas en quoi cela jus­ti­fierait de vivre avec la per­spec­tive d’une cat­a­stro­phe sim­i­laire ou pire que celle en cours à Fukushi­ma. Mais, surtout, cette affir­ma­tion est totale­ment fausse. Il suf­fit pour s’en con­va­in­cre de se reporter aux chiffres offi­ciels pub­liés par l’Union européenne. Voici les don­nées con­sulta­bles, por­tant sur 2007 (qui ne tien­nent donc pas compte du fait que, depuis, EDF a entam­mé une pol­tique de fortes aug­men­ta­tions du prix de l’électricité ven­du en France) :

Étude complète consultable ici : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-07–080/FR/KS-SF-07080-FR.PDF

On con­state que, dans 12 pays de l’Union européenne, les ménages paient moins cher qu’en France. Dans deux pays, le tarif est com­pa­ra­ble, et dans qua­torze pays, il est plus élevé qu’en France. Les tar­ifs en France sont donc à peu près dans la moyenne. La France est en dessous de la moyenne de l’UE car cer­tains pays comme le Dane­mark ont choisi de tax­er très forte­ment l’électricité pour élim­in­er les gaspillages (ce qui n’empêche pas de met­tre en place des tar­ifs soci­aux pour la con­som­ma­tion de base des ménages mod­estes).

Les tar­ifs étaient plus avan­tageux en France pour les entre­pris­es mais, depuis, de fortes aug­men­ta­tions ont eu lieu. Qui plus est, EDF a annon­cé de très fortes aug­men­ta­tions (au moins 30% !) tant pour les ménages que les entre­pris­es, et ce pour financer la pro­lon­ga­tion de la durée de vie des réac­teurs nucléaires.

Il est donc temps que les citoyens de France com­pren­nent qu’ils sont abusés depuis des années par une com­mu­ni­ca­tion trompeuse : non, la France n’a pas les tar­ifs d’électricité les plus bas d’Europe, et elle sera bien­tôt par­mi les pays où l’électricité est la plus chère…

Mais il y a encore pire : si le tarif de l’électricité est resté moyen­nement mod­éré pen­dant deux décen­nies, c’est du fait d’un véri­ta­ble dump­ing, un report dans le temps des véri­ta­bles coûts de l’électricité nucléaire : bien­tôt, il fau­dra acquit­ter des fac­tures incom­men­su­rables pour déman­tèler les instal­la­tions nucléaires et pour s’occuper (pen­dant des mil­lé­naires !) des déchets radioac­t­ifs.

Les Français ont donc mangé leur pain blanc (ou con­som­mé leur “élec­tric­ité  blanche” !), l’heure des comptes approche.


 


Nucléaire. La probabilité d’un accident en France serait de 50% pour le parc actuel

Sur la base du con­stat des acci­dents majeurs sur­venus dans l’industrie nucléaire ces trente dernières années, on devrait sta­tis­tique­ment con­naître un acci­dent de ce type dans l’Union européenne au cours de la vie du parc actuel, avec une prob­a­bil­ité de 50% de voir cet acci­dent majeur se pro­duire en France. C’est en tout cas ce que démon­trent Bernard Laponche, physi­cien nucléaire, expert en poli­tiques de l’énergie, et Ben­jamin Dessus, ingénieur et écon­o­miste, dans un arti­cle pub­lié sur le site de Glob­al Chance. Cette asso­ci­a­tion regroupe des sci­en­tifiques et des experts con­va­in­cus qu’un développe­ment mon­di­al plus équili­bré peut et doit résul­ter de la prise de con­science crois­sante des men­aces qui pèsent sur l’environnement glob­al. Ce texte a déjà été pub­lié dans Libéra­tion et dans Poli­tis. Il est assez impor­tant pour mérit­er une large dif­fu­sion.

Accident nucléaire : une certitude statistique

Le risque d’accident majeur dans une cen­trale nucléaire a été con­sid­éré comme la com­bi­nai­son d’un événe­ment d’une grav­ité extrême et d’une très faible prob­a­bil­ité d’occurrence. Certes, la mul­ti­pli­ca­tion de zéro par l’infini pose quelques prob­lèmes mais les pro­mo­teurs du nucléaire, met­tant en avant cette très faible prob­a­bil­ité, affir­maient qu’il n’y avait aucun dan­ger. Si la grav­ité des con­séquences d’un tel acci­dent a bien été con­fir­mée par Tch­er­nobyl et Fukushi­ma, que peut-on dire aujourd’hui de la prob­a­bil­ité de son occur­rence ?

Il y a deux méth­odes pour estimer la prob­a­bil­ité d’un acci­dent : la méth­ode théorique, qui con­siste à la cal­culer sur la base de scé­nar­ios de sim­u­la­tion d’accidents prenant en compte les sys­tèmes de défense et les risques de dys­fonc­tion­nement, et la méth­ode expéri­men­tale, qui con­siste à pren­dre en compte les acci­dents sur­venus, ce que l’on fait par exem­ple pour les acci­dents de voiture. Les résul­tats de l’approche théorique, issus des travaux des experts de la sûreté nucléaire, dis­tinguent, pour les cen­trales actuelle­ment en fonc­tion­nement dans le monde, deux types d’accidents : « l’accident grave » avec fusion du cœur du réac­teur, dont la prob­a­bil­ité serait de moins de un pour 100 000 « années-réac­teur » (un réac­teur fonc­tion­nant pen­dant un an) et « l’accident majeur », acci­dent grave non maîtrisé et con­duisant à d’importants relâche­ments de radioac­tiv­ité, dont la prob­a­bil­ité serait de moins de un pour un mil­lion d’années-réacteur.

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Nucléaire-Fukushima. La France contaminée deux jours avant la date officielle, selon la CRIIRAD

TCHERNOBYL BIS REPETITA ? La CRIIRAD (Com­mis­sion de Recherche et d’Information Indépen­dantes sur la Radioac­tiv­ité) vient de pub­li­er la carte qui prou­ve que la France a été con­t­a­m­inée dès le 22 mars 2011, dix jours après le début de la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma et deux jours avant la date offi­cielle­ment avancée :
1/  les mass­es d’air con­t­a­m­iné par les rejets radioac­t­ifs de la cen­trale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI sont arrivées 2 jours avant la date indiquée par l’Institut de Radio­pro­tec­tion et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ;

2/  elles ont affec­té les trois quarts de la France (et non pas le seul som­met du Puy-de-Dôme) ;
3/ l’activité de l’iode 131 par­tic­u­laire était plus de 20 fois supérieure à celle annon­cée pour le 24 mars.
Ni l’IRSN, ni les grands exploitants du nucléaire, ne pou­vaient l’ignorer. Omis­sion involon­taire (mais invraisem­blable) ou délibérée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a saisi le Pre­mier min­istre et le prési­dent de l’Autorité de Sûreté Nucléaire d’une demande d’enquête sur la chronolo­gie des faits et les dif­férents niveaux de respon­s­abil­ités.
Plus d’information : http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

CRIIRAD : : asso@criirad.org
Site web : www.criirad.org


Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont passé. Une espèce de suaire médi­a­tique a com­mencé à envelop­per Fukushi­ma, ses qua­tre réac­teurs sin­istrés, la région et tout le Japon dans son drame. Une chape de silence tend à œuvr­er afin de main­tenir dans son coma tout un mod­èle de société basé sur le tou­jours plus, comme si la fin des temps humains ne s’en trou­vait pas hâtée. Un temps de cen­dres pour­tant tou­jours des plus radioac­tives.

Dans la suite 36 de sa chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire, Dominique Leglu, direc­trice de la rédac­tion du mag­a­zine Sci­ences et avenir, se mon­tre car­ré­ment alar­mante : « On s’en doutait depuis longtemps, mais voir la chose admise par l’opérateur Tep­co de la cen­trale Fukushi­ma fait un effet sidérant : le cœur fon­du du réac­teur n°1 a per­cé sa cuve en de mul­ti­ples endroits ! Ou pour le dire avec les cir­con­vo­lu­tions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le com­bustible  nucléaire fon­du au fond de la cuve du réac­teur n°1 ».

« C’est, en clair, l’accident max­i­mal pour un réac­teur de ce type. L’enceinte ultime, autrement dit la cuve pres­surisée dans laque­lle est enfer­mé le com­bustible nucléaire, cuve cen­sée être le dernier rem­part con­tre l’émission de radioac­tiv­ité vers l’extérieur, est rompue ! »

Il s’avère en effet que de nom­breuses soudures n’ont pas résisté aux très hautes tem­péra­tures dues à la fonte du réac­teur, ain­si qu’à une cor­ro­sion intense causée par le sel de l’eau de mer employée pour les ten­ta­tives de refroidisse­ment. L’inox util­isé dans les cuves des réac­teurs « se retrou­ve aus­si ailleurs dans la cen­trale, notam­ment dans les casiers des assem­blages de com­bustibles (dans les piscines qui ont été dra­ma­tique­ment endom­magées – en par­ti­c­uli­er dans les unités 3 et 4 ».

En fait, pour­suit Dominique Leglu, « on se demande si tous les réac­teurs (pas seule­ment le n°1 mais peut-être aus­si les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tomber en miettes » – leurs struc­tures métalliques étant de plus en plus défail­lantes, après que les struc­tures en béton ont été ébran­lées et fis­surées lors des explo­sions qui ont eu lieu dès les pre­miers jours de la cat­a­stro­phe. »

La jour­nal­iste de Sci­ences et avenir met aus­si en doute la pré­ten­tion d’Areva à « décon­t­a­min­er l’eau qui a abon­dam­ment servi à refroidir les réac­teurs et les piscines et installer un cir­cuit fer­mé pour la ré-utilis­er. Com­ment faire un cir­cuit fer­mé avec une (des) cuve(s) de réac­teur transformée(s)  en pas­soire ? Surtout, com­ment s’approcher de ces lieux extrême­ment radioac­t­ifs – vu la non étanchéité de l’ensemble — pour éventuelle­ment « rebouch­er » les trous ? Qui va s’approcher ? »

Et de con­clure : « Deux mois après la cat­a­stro­phe, on se demande encore autre chose : pen­dant com­bi­en de mois (d’années ?) va-t-il fal­loir con­tin­uer à refroidir les lieux, accu­mu­lant tou­jours plus d’eau con­t­a­m­inée. Cela sig­ni­fie-t-il qu’il va fal­loir rejeter à nou­veau celle-ci « volon­taire­ment » dans l’océan, comme cela a été fait pour plus de 10 000 tonnes (eau dite alors « faible­ment con­t­a­m­inée ») il y a quelques semaines ? C’est un véri­ta­ble cauchemar qui con­tin­ue. »

D’autre part, selon une dépêche de l’AFP du 29 avril, un con­seiller sci­en­tifique du pre­mier min­istre japon­ais, le pro­fesseur Toshiso Kosako, a présen­té sa démis­sion « en larmes » lors d’une con­férence de presse, « en rai­son de désac­cords sur la ges­tion de la cen­trale nucléaire acci­den­tée de Fukushi­ma ». La rai­son essen­tielle de cette démis­sion est due au fait que le gou­verne­ment a envis­agé un relève­ment du taux admis­si­ble de radioac­tiv­ité dans les écoles, sur les aires de jeux. Alors que « la lim­ite était jusqu’à présent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une source uni­ver­si­taire japon­aise, l’intention est de la faire pass­er à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les pro­fes­sion­nels du nucléaire en France.


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, “la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise”

26 avril 1986, cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl. Voilà vingt-cinq ans. Une référence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus élevé. Atteintes humaines et envi­ron­nemen­tales incal­cu­la­bles – des vic­times par cen­taines de mil­liers, décédées ou malades ; un ter­ri­toire grand comme la Suisse ren­du inviv­able à jamais… Un quart de siè­cle plus tard, la cen­trale japon­aise de Fukushi­ma entre en « com­péti­tion » en atteignant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « cat­a­stro­phe ». « On » préfère euphémiser, jouer sur le temps, implor­er le mir­a­cle du dieu Tech­nique. « On » : nucléocrates et poli­tiques fon­dus dans le même moule du ren­de­ment économique, de cette rentabil­ité dans laque­lle le fac­teur humain ne con­stitue qu’une vari­able par­mi d’autres. Sauf que la « vari­able » humaine pour­rait bien se reb­if­fer plus sévère­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse sovié­tique » – les “Popofs” étant alors con­sid­érés avec mépris d’un niveau tech­nique inférieur… – avait été invo­quée. La « supéri­or­ité occi­den­tale », celle des cen­trales de con­cep­tion états-uni­enne instal­lées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc apporté la preuve de ses pro­pres lim­ites, met­tant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine biélorusse Svet­lana Alex­ievitch,  «la leçon de Tch­er­nobyl n’a pas été apprise»

La cat­a­stro­phe de Fukushi­ma aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses con­séquences – per­mis de bat­tre en brèche l’omerta nucléariste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, oblig­eant à recon­sid­ér­er les fameux dogmes tech­ni­cistes, mais aus­si les choix énergé­tiques fon­da­men­taux, les poli­tiques de développe­ment, et même la démoc­ra­tie elle-même prise la main dans le sac du secret, du men­songe, de la for­fai­ture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléaire est affaire trop dan­gereuse pour la laiss­er aux mains des nucléocrates !)

Même à armes iné­gales, le débat sur les choix énergé­tiques et de société a été forte­ment réac­tivé. De même que celui, com­bi­en fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléaire, et tout par­ti­c­ulière­ment ceux de la sous-trai­tance. Cette pra­tique de forme esclavagiste – cette mal-trai­tance – s’est dévelop­pée et accélérée depuis le début de pri­vati­sa­tion du secteur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vices publics en général. Ain­si EDF en est-elle venue à se désen­gager en quelque sorte de la main­te­nance et indi­recte­ment de la sûreté de ses instal­la­tions. En recourant à du per­son­nel corvéable (moins cher, peu reven­di­catif, peu regar­dant – par néces­sité – sur les risques san­i­taires), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­gerosité de ses activ­ités, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entre­pris­es privées de cette sous-trai­tance.

Les “liq­ui­da­teurs” de Fukushi­ma, pris entre héroïsme et résig­na­tion.

Encore ne s’agit-il que de gér­er l’exploitation nor­male des cen­trales et de ses réac­teurs. Tan­dis que les acci­dents et a for­tiori les cat­a­stro­phes changent com­plète­ment la donne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voire les deux mêlés, de ceux que depuis Tch­er­nobyl on appelle les « liq­ui­da­teurs ».  Com­bi­en sont-ils exacte­ment à Fukushi­ma ? Dans quelles con­di­tions tra­vail­lent-ils ? Risquant leurs vies, promis à la mal­adie, ils sont quelques cen­taines à batailler dans cet enfer mod­erne. Employés de l’exploitant Tokyo Elec­tric Pow­er (Tep­co) ou de ses sous-trai­tants, ils s’activent en milieu haute­ment con­t­a­m­iné par les radi­a­tions. Les pics de radioac­tiv­ité sont tels qu’ils doivent être par­fois évac­ués, et que  plusieurs d’entre eux ces sauveteurs dés­espérés ont dû être hos­pi­tal­isés – autant dire qu’ils ont peu de chance de sur­vivre.

” Le pro­grès trans­for­mé en cimetière”

«La leçon de Tch­er­nobyl n’a pas été apprise», s’indigne dans Libéra­tion [entre­tien avec Veroni­ka Dorman19/03/2011] l’ écrivaine biélorusse Svet­lana Alex­ievitch, à qui l’on doit La Sup­pli­ca­tion, chroniques du monde après l’apocalypse, ouvrage pro­pre­ment ren­ver­sant. Voici ce qu’elle déclare à pro­pos des liq­ui­da­teurs japon­ais :

« Là aus­si, je vois beau­coup de ressem­blance avec ce qui s’est passé chez nous. La cul­ture japon­aise est fondée sur le col­lec­tif, elle aus­si. L’individu en tant que tel n’existe pas vrai­ment, mais se recon­naît comme une par­tie d’un tout.

[…] « Je me suis ren­due sur l’île Hokkai­do, au Japon, dans la cen­trale nucléaire de Tomari. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenêtre de mon hôtel. C’était une vision fan­tas­tique, un site cos­mique futur­iste au bord de l’océan. J’ai ren­con­tré des employés de la cen­trale, qui m’ont demandé de racon­ter Tch­er­nobyl. Pen­dant mon réc­it, ils avaient des sourires polis, man­i­fes­taient de la com­pas­sion. «Bien sûr, c’est ter­ri­ble pour les gens, mais c’est la faute au total­i­tarisme. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre cen­trale est la plus exem­plaire, la plus sûre, tout est par­faite­ment étudié.» Face à cet orgueil technogène de l’homme, l’idée d’un pou­voir sur la nature, j’ai com­pris que la leçon de Tch­er­nobyl n’avait pas été apprise par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cette fron­tière où, très claire­ment, nous ne pou­vons plus accuser per­son­ne, ni le soviétisme ni le total­i­tarisme. L’homme doit recon­naître le car­ac­tère lim­ité de ses pos­si­bil­ités. La nature est plus puis­sante, elle com­mence à se venger dans un com­bat iné­gal. J’ai enten­du la même chose à Greno­ble, lors d’une ren­con­tre avec des spé­cial­istes français. «Chez nous, c’est impos­si­ble. Chez vous, à l’Est, où la vie tangue entre le bor­del et le baraque­ment… » Avant l’explosion à Tch­er­nobyl, l’académicien Ana­toli Alexan­drov avait déclaré que les cen­trales sovié­tiques étaient telle­ment sûres que nous pou­vions les con­stru­ire sur la place Rouge. Éton­nant comme cette arro­gance des savants atom­istes a pu sur­vivre si longtemps.

[…] « Rien ne change. Je viens d’arriver à Min­sk pour appren­dre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Russie con­stru­ise une cen­trale nucléaire en Biélorussie, à Ostro­vets, une zone dépe­u­plée depuis un trem­ble­ment de terre de mag­ni­tude 7, en 1909. Pen­dant que le monde entier est vis­sé aux écrans de télévi­sion pour suiv­re le désas­tre au Japon, les jour­naux de Min­sk se félici­tent du deal avec la Russie, de la future cen­trale qui sera «la plus sûre du monde». Ironie du sort, la Biélorussie, qui a le plus souf­fert de Tch­er­nobyl, est en train de se lancer dans le nucléaire. Mieux : le chef de l’agence fédérale Rossatom, Ser­gueï Kirienko, se vante de voir la Russie con­stru­ire des cen­trales nucléaires off­shore, pour les ven­dre à l’Indonésie, au Viet­nam. Imag­inez, dans l’océan, quelques dizaines de petites Hiroshi­ma flot­tantes…

[…] « Nous ne savons tou­jours pas ce qui se passe vrai­ment sous le sar­cophage de Tch­er­nobyl. Seuls 3% des élé­ments con­tenus dans le réac­teur se sont dis­sous dans l’air. 97% y sont encore. Désor­mais, le régime poli­tique — total­i­tarisme ou libéral­isme comme au Japon — n’a plus grande impor­tance. Ce qui en a, ce sont les rela­tions entre l’homme et les hautes tech­nolo­gies dont dis­pose la société.

[…] « Le monde n’a pas tenu compte de la pre­mière leçon atom­ique. La recherche sur les sources d’énergie alter­na­tive est encore l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le ratio­nal­isme est dans une impasse. D’où un sen­ti­ment sui­cidaire. […] Le tsuna­mi au Japon a trans­for­mé le pro­grès en cimetière. »

> Sur la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl et ses caus­es, voir aus­si sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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  • Salut cousin !

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