On n'est pas des moutons

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L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les catastrophes succèdent aux catastrophes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Canada. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 personnes, comme en 40. Des armées de pompiers reculant devant l’ennemi. Et ces forêts parties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les commentateurs déplorent, les bras ballants, à cours de superlatifs. La fatalité.

On implore la pluie. On brûlerait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des propos pétainistes : pactiser pour ne pas capituler. Le Feu comme le Diable. Ah oui, un diable ex machina, surgi de nulle part ou des éléments déchaînés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, version schistes bitumeux. On y vient traire cette vieille vache éreintée, surnommée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de certains lieux comme ceux-là. À peine reconnaît-on que « c’est la faute au climat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « fracturation hydraulique », c’est juste une fantaisie esthétique, une aimable chirurgie bénéfique… Oui, bénéfique, tout est là, en dollars « verts », en profits insatiables, à engraisser l’obèse Dow Jones.

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Nancy Huston : «Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle.»

Tandis que s’assèchent les nappes phréatiques pompées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aussi s’assoiffe, devient brûlante et s’enflamme. Tandis que les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

Un témoignage à ne pas manquer, celui de l’écrivaine canadienne Nancy Huston que publie l’excellent site Reporterre : En Alberta, « l’avènement d’une humanité… inhumaine »

À lire aussi :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00

• L’incendie de l’Alberta, parabole de l’époque, édito de Hervé Kempf.


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils François et moi-même – saisi au vol cette suggestion d’un ami : marquer le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) par la publication d’un album photos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 événements culturels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril (30 ans après Tchernobyl).

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Nous nous sommes donc lancés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modéré l’élan avant de passer au papier d’édition…D’où cet appel à soutenir l’initiative. D’où cette souscription afin recueillir les fonds nécessaires à la publication puis la diffusion dans le cadre de cette campagne anti-nucléaire.

Vous pouvez participer en cliquant sur le lien d’une cagnotte électronique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pouvez aussi adresser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Ponthieu, 102, rue Jules-Moulet 13006 Marseille.

En contribuant pour 20 euros, vous recevrez l’album chez vous en avant première (nous vous demanderons alors votre adresse postale par courriel).

Si vous donnez plus, vous recevrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figurerez aussi dans la liste des souscripteurs et serez tenus au courant des étapes de fabrication, puis de diffusion de cet album.

À partir du lien ci-dessus, vous trouverez plus d’information sur cette création de qualité, à tirage limité. Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ».

Merci d’avance pour votre soutien !

François et Gérard Ponthieu


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Samedi 14 mars, réaction en chaîne humaine dans la vallée du Rhône — Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la transition énergétique sans nucléaire !

Programme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anniversaire que ce quatrième marquant la catastrophe de Fukushima. À 14 h 46, ce vendredi 11 mars 2011, un tremblement de terre d’une magnitude 9 se produit, endommageant la centrale nucléaire de Fukushima Daini dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres générée par le séisme atteint la centrale de Fukushima Daiichi, construite à une hauteur de 6,5 à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Pour Fukushima-Daini, l’exploitant Tepco avait construit un mur qui ne pouvait résister qu’à un tsunami de 5,7 mètres de haut maximum. Trois des six réacteurs se mettent à l’arrêt automatique. Tandis que les systèmes de refroidissement tombent en panne, ainsi que les groupes électrogènes de secours.

Et c’est la catastrophe majeure : fusion des réacteurs, explosions ou incendies des enceintes 1 à 4, dispersions radioactives dépassant 300 fois la norme admissible, contamination sur un rayon de plus de 80 km, déplacement de milliers de riverains, rejet d’eau fortement radioactive dans le Pacifique, situation incontrôlable de l’ensemble des installations – et nullement stabilisée aujourd’hui. Tandis que des milliers de travailleurs ont depuis été amenés sur place – dans des conditions critiques, et très critiquées – pour tenter de «colmater les brèches» d’un chantier désormais sans fin, sans horizon. Voici un instantané concernant la situation des «lquidateurs» de Fukushima, telle que rapportée par le blog Fukushima 福島第 consacré entièrement à la catastrophe nucléaire et à ses répercussions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sinistre

Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, le 20 janvier, un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l’année dernière.

Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1, travaillent chaque jour 6.000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur témoigne : «Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépassée. Maintenant, la politique de Tepco est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents.»

Extrait d’un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir», a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l’eau contaminée, mais maintenant il transporte l’eau contaminée qui s’est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

«La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu’il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu’il ne peut pas se déplacer facilement, c’est pourquoi un travail d’une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l’usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. […]

«Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d’être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s’il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d’un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l’accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l’on puisse connaître ce fait «.»

Craintes de maladies

«Tepco a enquêté chez 4.587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 20142.003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une maladie due à la radioactivité. Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu’ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

«Cependant il est étrange que l’Autorité de régulation nucléaire prévoit d’augmenter la norme maximale d’exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: «La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un accident de même niveau qu’à Fukushima, les travailleurs pourront s’occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts.»

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

«Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n’a pas le droit de les transporter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tepco  prévoit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l’espace de stockage.

«Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. Tepco prévoit de les brûler et d’en réduire la quantité, mais n’y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand.»


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le système de décontamination d’eau de la centrale de Fukushima est arrêté depuis hier, 18 mars. Selon Tepco, l’EDF japonais, une des trois lignes de décontamination du système a arrêté de fonctionner normalement lundi, ce qui a conduit la compagnie à la stopper puis à suspendre aussi par précaution les deux autres. Ce système, baptisé ALPS, est censé fonctionner depuis plusieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de rencontrer des problèmes divers. Cet équipement développé avec le groupe Toshiba est pourtant présenté comme un rouage-clé pour résoudre le problème d’eau contaminée dont regorge la centrale accidentée.

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Quand c’est plein, ça déborde. [Document Tepco]

Plus de 435 000 m3 d’eau contaminée sont actuellement stockés dans plus d’un millier de gigantesques réservoirs montés à la hâte. Tepco continue d’en faire installer entre vingt et quarante par mois pour tenter de suivre le rythme du flux continu de liquide souillé provenant des sous-sols du site et des arrosages permanents des réacteurs ravagés. La pollution de l’océan Pacifique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détectées en de multiples endroits sur les ruines des centrales, mais aussi parce que l’eau actuellement stockée finira tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été «décontaminée» par le système ALPS – car elle contiendra encore au moins du tritium.

Le directeur de la centrale, Akira Ono, a reconnu récemment se sentir démuni face à ces difficultés, et espérer que les efforts menés avec les autorités permettront d’en venir à bout. 

La prière comme dernier rempart contre la radioactivité.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…«L’Association « Fessenheim, notre Energie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de force de ce jour perpétré par des militants de Greenpeace et condamne vivement cette action. Contrairement à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action violente puisqu’il y a effraction délibérée avec des moyens importants de type terroriste, un véritable choc pour le personnel au travail. 

«L’ASFNE estime qu’il est totalement disproportionné de recourir à des méthodes de commandos pour faire passer un message quel qu’il soit. Et il est inacceptable qu’EELV, dont deux membres figurent au gouvernement, ait pu féliciter ce matin Greenpeace pour cette action illégale et anti-démocratique. Il est évident que l’absence de réelles sanctions dissuasives, après les actions similaires précédentes,
«Il faut rappeler enfin que Fessenheim a été déclarée sûre par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la seule autorité compétente. Des centaines de millions d’euros ont été investis ces dernières années pour en faire une des 1ère centrales de France dont la sûreté a été modernisée et mise aux derniers standards internationaux du moment. Une usine ne vieillit pas comme les humains ; quand un matériel nedonne plus satisfaction, on le répare ou le remplace !
«Souhaitons-nous vraiment vivre dans notre pays ce que subissent les Allemandsaprès la décision radicale de fermeture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes environnementales ? La pollution atmosphérique de ces derniers jours, en partie due aux émissions des centrales au charbon allemandes, est un exemple qui impacte tous leurs voisins. A contrario, la France fait partie des meilleurs pays européens pour ses faibles émissions de CO2… grâce à son énergie nucléaire !»

Nucléaire. À Fessenheim, Greenpeace interpelle Hollande et Merkel sur la transition énergétique

Ce mardi 18 mars, une soixantaine de militants de Greenpeace, venus de France, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie ou de Pologne ont «investi» à leurs manières  la plus vieille centrale française, celle de Fessenheim, en Alsace. Ainsi, deux jours avant le sommet des chefs d’Etat européens qui doit décider ce jeudi 20 mars de l’avenir de l’énergie en Europe, ces citoyens européens demandent à François Hollande et Angela Merkel d’engager leur pays et l’Europe entière dans une vraie transition énergétique, débarrassée du risque nucléaire et basée sur les renouvelables. 

D’autre part, par une telle action, l’organisation écologiste démontre une fois de plus la vulnérabilité des systèmes de sécurité des installations nucléaires et, pas conséquent, des systèmes de sûreté s’agissant d’éventuelles (et possibles) actions terroristes.

Greenpeace poursuit sa vocation de lanceur d’alerte dans le domaines des risques humains et écologiques. Par ses actions répétées, l’ONG démontre en même temps la vanité des nucléocrates et de leurs techniciens adeptes du culte de l’infaillibilité – ou prétendant s’en approcher, planqués qu’ils sont derrière leur fameux dogme du «risque-zéro-qui-n’existe-pas», et grâce auquel ils comptent se dédouaner de tout accident ou catastrophe à venir. Qu’ils aillent tenir leurs balivernes auprès des populations lourdement éprouvées de Tchernobyl et de Fukushima !

 
Lire aussi, entre autres, sur« C’est pour dire »  :

Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par GreenPeace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Photo xtcbz (Flickr)

 

L’état des réacteurs difficile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus difficile de faire un état des lieux de l’état précis de chaque réacteur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le combustible de trois des cœurs des réacteurs a fondu, au moins partiellement. Dans le réacteur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (magma résultant de la fusion des éléments du cœur d’un réacteur nucléaire, constitué du combustible nucléaire, des éléments de l’assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact.) se répand dans la partie basse de la cuve du réacteur, et ce depuis les premiers jours qui ont suivis le séisme.
Pour la piscine du réacteur n°2, Tepco a mis en place, début juin, un système de refroidissement. La mise en place de ce système est prévue pour les piscines des réacteurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la piscine n°4, un consolidation de son soutènement avec des piliers en acier est nécessaire au préalable.

La dernière mise à jour de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique sur le sujet date du … 2 juin.
Les dernières informations fournies par l’opérateur de la centrale, Tepco, manquent elles aussi de précisions les dernières mises à jour portant sur l’évacuation des eaux de refroidissement contaminées, l’état des réacteurs n’étant pas modifié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néanmoins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, reprenant les éléments fournis par Tepco, évoque une « stabilisation de la situation des réacteurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire française elle même introduit son communiqué de presse en déclarant : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. ». Les deux instances expertes en France ne semblent donc pas totalement en phase dans leurs analyses…

Ce communiqué de presse n°31 de l’ASN relève également que : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur percement. »

Une contamination très étendue …. qui va durer

Les dernières mesures effectuées dans la ville de Fukushima, située à soixante kilomètres de la centrale, sont franchement inquiétantes.

Les mesures de terrain et analyses de sol effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD indiquent que les retombées de césium 134 et 137 radioactif sont de plusieurs centaines de milliers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école primaire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quartier Watari. Cette irradiation ne diminuera que très lentement. Elle est due en effet principalement au césium 137 et au césium 134 dont les périodes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respectivement). Cela signifie que la radioactivité du césium 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioactivité du césium 134 ne sera abaissée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la première fois une très forte contamination au césium a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la préfecture de Fukushima au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus contaminées ne sont pas nécessairement dans la zone interdite des 20 km autour de la centrale accidentée. Cette contamination alimentaire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habitants

La population est trop exposée aux radiations !

En l’état actuel des choses, les habitants de la ville de Fukushima pourraient subir dans les douze mois à venir une irradiation externe de plusieurs milliSieverts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de cancer mortel est jugé inacceptable par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) est de 1 milliSievert par an.

À la demande de citoyens japonais, l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushima et les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerel par litre.

Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont probablement aussi été par d’autres éléments radioactifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces derniers éléments disparaissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables).

Les mesures prises par les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur

Les autorités japonaises ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fukushima de dosimètres individuels. Ces dosimètres sont chargés de mesurer la dose de radioactivité reçue par les enfants durant leur journée d’école. Pas de prévenir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesurer. Le rayon de 20 kilomètres d’évacuation totale n’a toujours pas été modifié. Dans les 10 kilomètres suivants, la population est censée à la fois « rester confinée » et vivre normalement, envoyant les enfants à l’école, munis d’un dérisoire masque de papier et de leur dosimètre.

Il faudrait évacuer les populations sur un périmètre beaucoup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des aliments doivent être contrôlés et les mesures de radioactivité bien plus fréquentes. L’élargissement de la zone est essentiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notamment est plus que nécessaire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecologie-les Verts, fondatrice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Rivasi a pu constater l’impact de la catastrophe nucléaire de Fukushima sur le quotidien et la mentalité des Japonais. Invitée par le puissant Seikatsu Club, union des consommateurs forte de 22 millions de membres, et les Verts japonais elle est notamment allée à la rencontre des familles de paysans affectés par la catastrophe.Elle revient effarée et révoltée par ce qu’elle a pu constater dans les territoires contaminés où la population continue de vivre exposée à des fortes doses d’irradiation. Trois mois après la catastrophe, le cauchemar ne fait malheureusement que commencer.

« Je reste de plus en plus convaincue que là où commence le nucléaire s’arrête la démocratie. Quand les autorités ne font pas de la désinformation, elles pêchent tout simplement par manque d’information: aucune précaution n’est prise pour protéger la santé des populations vivant en zone contaminée qui continuent de consommer les aliments contaminés, au péril de leur santé et de leur vie. J’ai appris que lors de la catastrophe, la distribution de pastilles d’iodure de potassium n’avait même pas été effectuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nombre de cancers, surtout chez les enfants.

«Qui plus est, aucune solution n’est apportée aux réfugiés de la radioactivité, ces populations exclues du périmètre des 20 kilomètres entourant la centrale. La plupart d’entre eux trouvent refuge auprès de proches, dans le périmètre de la zone d’évacuation volontaire. Aucune indemnité n’ayant encore été versée et aucun relogement n’ayant été effectué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pendant que les hommes continuent d’exercer leurs activités agricoles dans des zones contaminées. Les villageois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleurit et bourgeonne est une nature morte: ils tentent d’éviter ainsi ce que l’on appelle communément le ‘stress radiologique’ qui peut mener à des troubles psychologiques sérieux.

«Cet état de fait est facilité par la culture japonaise, une culture de soumission qui pousse les gens à contenir leurs émotions: ils s’interdisent d’exprimer leur désarroi publiquement, terrassés par la fatalité. Leur colère interne se manifeste sous la forme d’une résignation totale. En conséquence, les autorités profitent de cette faiblesse culturelle pour imposer une omerta inquiétante facilitée par l’absence de contre-pouvoirs.

«Heureusement, des groupes aidés par la CRIIRAD viennent d’être créés et visent à contrôler le niveau de radioactivité de aliments consommés: c’est un premier pas salutaire dans la lutte contre la désinformation. Pourtant la catastrophe reste permanente: l’irradiation reste tellement forte que les travaux dans la centrale peinent à évoluer et le risque d’explosion par hydrogène dans les réacteurs endommagés reste important. Le pire peut toujours subvenir. »

Site de Michèle Rivasi : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Restes du bâtiment réacteur III12 mai 2011

Restes du bâtiment réacteur IV12 mai 2011

Ainsi que je le précise en post scriptum de l’article précédent sur la nouvelle explosion enregistrée à la centrale en ruines de Fukushima, c’est le réacteur IV et non le III qui serait concerné. La différence est importante puisqu’elle porte sur le chargement en MOX du réacteur III, et le risque de rejet de plutonium particulièrement toxique. Le problème – qui remonte aux origines mêmes de la catastrophe – tient au blocage de l’information officielle, et même aux omissions et mensonges émanant de ces sources officielles, tant le gouvernement japonais que l’exploitant Tepco.

Une autre vue de l’explosion est visible ici : entre 0:16 et 0:18. (Document Tepco).

Autres nouvelles, peu rassurantes :

6 400 tonnes d’eau radioactive dans le sous-sol du réacteur III. Les employés de Tepco ont bravé la très haute contamination radioactive du réacteur III (100 milliseverts/heure) pour explorer le sous-sol du bâtiment dans lequel ils ont confirmé la présence de 6400 tonnes d’eau hautement radioactive. (51 milliseverts/heure en surface du volume d’eau qui fait près de 6 mètres de profondeur).

– Pas de chance pour Areva (exit sa patronne) et pour Tepco, qui devaient commencer le 15 juin les travaux de décontamination de plus de 100 000 tonnes d’eau contaminée : le système ne fonctionne pas car Tepco vient de découvrir 10 fuites dans des valves et autres tuyauteries.

Le Monde du 17/6/11. Comme si l’ «emprise» n’était déjà pas économico-politique… Ou comment le spectacle politique prend le pas sur les faits, l’opérette de salon sur le journalisme de terrain.

Soyons positifs et admettons que le système Areva puisse décontaminer à 100 % plus de 100 000 tonnes d’eau, à ce jour, et une autre bordée de 100 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bordées subséquentes de 100 000 tonnes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que faire du concentré toxique généré par ce processus de « décontamination » ? Selon Tepco, ce concentré contiendrait 100 millions de becquerels de substances radioactives par centimètre cube. Tepco estime que ce seront 2 000 mètres cubes de concentré toxique qui seront générés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tepco ne dispose que d’une capacité de 1 200 mètres cubes sur le site de Fukushima. De plus, Areva a concédé qu’ils n’ont aucune expérience dans la gestion de concentrés toxiques issues d’eau radioactives et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrême radioactivité dans la partie est de Tokyo. Suite à la pression d’une association de parents (Koto Association to Protect Children), le gouvernement japonais a enfin reconnu ses mensonges quant à la radioactivité de l’air ambiant aux alentours du centre de retraitement des boues d’épuration de Nanbu Ota-ku, Tokyo. Depuis combien de semaines l’incinérateur est-il en train de contaminer cette zone de Tokyo ? Cette association de parents, aidée par un professeur de l’Université de Kobé, a sollicité les services de l’ONG française, Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrêmement élevés de radioactivité dans le terrain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyenne proximité du centre de traitement incriminé: par exemple, le parc pour enfants est à 8 km de distance.

Le parc est encore plus contaminé que le terrain de sport avec un taux de césium 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de césium 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tellurium 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quelle serait la quantité de combustible à Fukushima-Daichi en attente de dilution dans l’atmosphère, les nappes phréatiques et l’océan? Selon Associated press, 3 400 tonnes de combustible usagé seraient accumulées dans les piscines de stockage et 877 tonnes de fuel actif dans les coeurs des réacteurs, ou ce qu’il en reste. A savoir en tout 4 277 tonnes de combustible. Par comparaison, il y en avait 30 tonnes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 tonnes à Tchernobyl en 1986.

– Deux baleines ont été découvertes fin avril à 650 km de Fukushima, avec des niveau de radiation de 31 et 24 becquerels de césium par kilo de viande. Le Marine Biological Laboratory, basé à Woods Hall dans le Massachusetts, a commencé à évaluer le niveau de contamination radioactive dans l’Océan Pacifique. Et selon Arnie Gundersen, le MBL a déjà déclaré que la contamination radioactive dans l’Océan Pacifique provenant de Fukushima est dix fois supérieure à celle de la Mer Noire ayant émané de Tchernobyl.

– La centrale nucléaire de Fort Calhoun, à Omaha dans le Nebraska (États-Unis) est assiégée (vidéo ici) par l’eau du Missouri qui monte et qui va encore monter de quelques mètres d’ici l’été. Pas de soucis, l’ingénierie nucléaire a déployé tout son savoir faire pour endiguer les risques radioactifs : des murs de sacs de sable.

La centrale nucléaire de Fort Calhoun, photographiée le 14 juin, menacée par la montée régulière des eaux du Missouri. (Ph. Cryptome)

Voir d’autres photos.

 

 

 

Autres informations suivies : http://www.kokopelli-blog.org/


Fukushima. Nouvelle explosion sur un réacteur

Une nouvelle explosion s’est produite dans les ruines de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi dans la nuit du 13 à 14 Juin à 00h43. Comme on peut le voir sur un enregistrement vidéo (ci-dessous) de l’opérateur nucléaire Tepco, l’explosion – très impressionnante – a affecté le réacteur III, particulièrement dangereux car il contient du combustible MOX chargé de plutonium.

Selon Greenpeace, c’est un signe patent que le noyau en fusion de combustible MOX est activement dangereux. Vraisemblablement, il y a eu une explosion causée par le contact des matériaux du cœur fondu avec de l’eau. Avec une telle explosion un relâchement de grandes quantités radioactives dans l’environnement est à craindre.

Toujours selon Greenpeace, qui a rendu publique l’information, les niveaux de radioactivité mesurés près des ruines de l’enceinte de confinement du réacteur I atteignent 260 sievert. Selon l’expert Shaun Burnie, de Greenpeace, cela confirme que les parties fondues du cœur ont percé le fond de la cuve du réacteur.

L’événement paraît visible à partir de la 2e minute de l’enregistrement.

D’autre part, les Japonais projettent de recouvrir les ruines des réacteurs par des sarcophages… en plastique – cela afin de limiter les infiltrations d’eau et les rejets de matières radioactives. La maquette de ces sarcophages a été montrée ce 16 juin au JT de 20 heures sur France 2.

[Sources : Collectif antinucléaire 13, Greenpeace; Tepco]

Post scriptum 17/6/11 : Il s’agirait plutôt du réacteur IV. C’est ce qu’indiquent diverses sources telles que :
– le site du journal Hawaï News Daily http://hawaiinewsdaily.com/2011/06/apparent-explosion-and-fire-at-fukushima-4/
– le site de l’association Kokopelli, qui suit de très près la situation à Fukushima : http://www.kokopelli-blog.org/?p=916
La situation reste des plus graves à Fukushima, mais cette précision exclurait le risque de diffusion atmosphérique du plutonium contenu dans le combustible MOX qui alimente le réacteur III.


Samedi 11 juin, « Carton rouge au nucléaire » sur toute la France

 

nucleaire© faber

Mani­fes­ta­tions et débats sont annon­cés ce samedi 11 juin devant les mai­ries de France et de Navarre. Qu’on ne nous fasse plus prendre des centrales nucléaires pour des lanternes !


Nucléaire. La France n’a pas «l’électricité la moins chère d’Europe»

Par définition, les clichés ont la peau dure. Surtout s’ils sont en permanence réactivés par des bonnes âmes très intentionnées…  Ainsi en est-il spécialement de cette France à l’»électricité la moins chère». Et grâce à qui, hein ? En ces temps de catastrophe nucléaire au Japon, les promoteurs de l’atome ne cessent de répéter que, «grâce au nucléaire», la France bénéficierait des tarifs d’électricité «les plus bas d’Europe», voire du monde ! D’où l’intérêt de ce détour instructif par l’Observatoire du nucléaire et quelques données édifiantes :

 

D’abord, on ne voit pas en quoi cela justifierait de vivre avec la perspective d’une catastrophe similaire ou pire que celle en cours à Fukushima. Mais, surtout, cette affirmation est totalement fausse. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux chiffres officiels publiés par l’Union européenne. Voici les données consultables, portant sur 2007 (qui ne tiennent donc pas compte du fait que, depuis, EDF a entammé une poltique de fortes augmentations du prix de l’électricité vendu en France) :

Étude complète consultable ici : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-07080/FR/KS-SF-07080-FR.PDF

On constate que, dans 12 pays de l’Union européenne, les ménages paient moins cher qu’en France. Dans deux pays, le tarif est comparable, et dans quatorze pays, il est plus élevé qu’en France. Les tarifs en France sont donc à peu près dans la moyenne. La France est en dessous de la moyenne de l’UE car certains pays comme le Danemark ont choisi de taxer très fortement l’électricité pour éliminer les gaspillages (ce qui n’empêche pas de mettre en place des tarifs sociaux pour la consommation de base des ménages modestes).

Les tarifs étaient plus avantageux en France pour les entreprises mais, depuis, de fortes augmentations ont eu lieu. Qui plus est, EDF a annoncé de très fortes augmentations (au moins 30% !) tant pour les ménages que les entreprises, et ce pour financer la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires.

Il est donc temps que les citoyens de France comprennent qu’ils sont abusés depuis des années par une communication trompeuse : non, la France n’a pas les tarifs d’électricité les plus bas d’Europe, et elle sera bientôt parmi les pays où l’électricité est la plus chère…

Mais il y a encore pire : si le tarif de l’électricité est resté moyennement modéré pendant deux décennies, c’est du fait d’un véritable dumping, un report dans le temps des véritables coûts de l’électricité nucléaire : bientôt, il faudra acquitter des factures incommensurables pour démantèler les installations nucléaires et pour s’occuper (pendant des millénaires !) des déchets radioactifs.

Les Français ont donc mangé leur pain blanc (ou consommé leur «électricité  blanche» !), l’heure des comptes approche.


 


Nucléaire. La probabilité d’un accident en France serait de 50% pour le parc actuel

Sur la base du constat des accidents majeurs survenus dans l’industrie nucléaire ces trente dernières années, on devrait statistiquement connaître un accident de ce type dans l’Union européenne au cours de la vie du parc actuel, avec une probabilité de 50% de voir cet accident majeur se produire en France. C’est en tout cas ce que démontrent Bernard Laponche, physicien nucléaire, expert en politiques de l’énergie, et Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, dans un article publié sur le site de Global Chance. Cette association regroupe des scientifiques et des experts convaincus qu’un développement mondial plus équilibré peut et doit résulter de la prise de conscience croissante des menaces qui pèsent sur l’environnement global. Ce texte a déjà été publié dans Libération et dans Politis. Il est assez important pour mériter une large diffusion.

Accident nucléaire : une certitude statistique

Le risque d’accident majeur dans une centrale nucléaire a été considéré comme la combinaison d’un événement d’une gravité extrême et d’une très faible probabilité d’occurrence. Certes, la multiplication de zéro par l’infini pose quelques problèmes mais les promoteurs du nucléaire, mettant en avant cette très faible probabilité, affirmaient qu’il n’y avait aucun danger. Si la gravité des conséquences d’un tel accident a bien été confirmée par Tchernobyl et Fukushima, que peut-on dire aujourd’hui de la probabilité de son occurrence ?

Il y a deux méthodes pour estimer la probabilité d’un accident : la méthode théorique, qui consiste à la calculer sur la base de scénarios de simulation d’accidents prenant en compte les systèmes de défense et les risques de dysfonctionnement, et la méthode expérimentale, qui consiste à prendre en compte les accidents survenus, ce que l’on fait par exemple pour les accidents de voiture. Les résultats de l’approche théorique, issus des travaux des experts de la sûreté nucléaire, distinguent, pour les centrales actuellement en fonctionnement dans le monde, deux types d’accidents : « l’accident grave » avec fusion du cœur du réacteur, dont la probabilité serait de moins de un pour 100 000 « années-réacteur » (un réacteur fonctionnant pendant un an) et « l’accident majeur », accident grave non maîtrisé et conduisant à d’importants relâchements de radioactivité, dont la probabilité serait de moins de un pour un million d’années-réacteur.

(Lire la suite…)


Nucléaire-Fukushima. La France contaminée deux jours avant la date officielle, selon la CRIIRAD

TCHERNOBYL BIS REPETITA ? La CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) vient de publier la carte qui prouve que la France a été contaminée dès le 22 mars 2011, dix jours après le début de la catastrophe de Fukushima et deux jours avant la date officiellement avancée :
1/  les masses d’air contaminé par les rejets radioactifs de la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI sont arrivées 2 jours avant la date indiquée par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ;

2/  elles ont affecté les trois quarts de la France (et non pas le seul sommet du Puy-de-Dôme) ;
3/ l’activité de l’iode 131 particulaire était plus de 20 fois supérieure à celle annoncée pour le 24 mars.
Ni l’IRSN, ni les grands exploitants du nucléaire, ne pouvaient l’ignorer. Omission involontaire (mais invraisemblable) ou délibérée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a saisi le Premier ministre et le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire d’une demande d’enquête sur la chronologie des faits et les différents niveaux de responsabilités.
Plus d’information : http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

CRIIRAD : : asso@criirad.org
Site web : www.criirad.org


Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont passé. Une espèce de suaire médiatique a commencé à envelopper Fukushima, ses quatre réacteurs sinistrés, la région et tout le Japon dans son drame. Une chape de silence tend à œuvrer afin de maintenir dans son coma tout un modèle de société basé sur le toujours plus, comme si la fin des temps humains ne s’en trouvait pas hâtée. Un temps de cendres pourtant toujours des plus radioactives.

Dans la suite 36 de sa chronique de la catastrophe nucléaire, Dominique Leglu, directrice de la rédaction du magazine Sciences et avenir, se montre carrément alarmante : « On s’en doutait depuis longtemps, mais voir la chose admise par l’opérateur Tepco de la centrale Fukushima fait un effet sidérant : le cœur fondu du réacteur n°1 a percé sa cuve en de multiples endroits ! Ou pour le dire avec les circonvolutions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le combustible  nucléaire fondu au fond de la cuve du réacteur n°1 ».

« C’est, en clair, l’accident maximal pour un réacteur de ce type. L’enceinte ultime, autrement dit la cuve pressurisée dans laquelle est enfermé le combustible nucléaire, cuve censée être le dernier rempart contre l’émission de radioactivité vers l’extérieur, est rompue ! »

Il s’avère en effet que de nombreuses soudures n’ont pas résisté aux très hautes températures dues à la fonte du réacteur, ainsi qu’à une corrosion intense causée par le sel de l’eau de mer employée pour les tentatives de refroidissement. L’inox utilisé dans les cuves des réacteurs « se retrouve aussi ailleurs dans la centrale, notamment dans les casiers des assemblages de combustibles (dans les piscines qui ont été dramatiquement endommagées – en particulier dans les unités 3 et 4 ».

En fait, poursuit Dominique Leglu, « on se demande si tous les réacteurs (pas seulement le n°1 mais peut-être aussi les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tomber en miettes » – leurs structures métalliques étant de plus en plus défaillantes, après que les structures en béton ont été ébranlées et fissurées lors des explosions qui ont eu lieu dès les premiers jours de la catastrophe. »

La journaliste de Sciences et avenir met aussi en doute la prétention d’Areva à « décontaminer l’eau qui a abondamment servi à refroidir les réacteurs et les piscines et installer un circuit fermé pour la ré-utiliser. Comment faire un circuit fermé avec une (des) cuve(s) de réacteur transformée(s)  en passoire ? Surtout, comment s’approcher de ces lieux extrêmement radioactifs – vu la non étanchéité de l’ensemble — pour éventuellement « reboucher » les trous ? Qui va s’approcher ? »

Et de conclure : « Deux mois après la catastrophe, on se demande encore autre chose : pendant combien de mois (d’années ?) va-t-il falloir continuer à refroidir les lieux, accumulant toujours plus d’eau contaminée. Cela signifie-t-il qu’il va falloir rejeter à nouveau celle-ci « volontairement » dans l’océan, comme cela a été fait pour plus de 10 000 tonnes (eau dite alors « faiblement contaminée ») il y a quelques semaines ? C’est un véritable cauchemar qui continue. »

D’autre part, selon une dépêche de l’AFP du 29 avril, un conseiller scientifique du premier ministre japonais, le professeur Toshiso Kosako, a présenté sa démission « en larmes » lors d’une conférence de presse, « en raison de désaccords sur la gestion de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima ». La raison essentielle de cette démission est due au fait que le gouvernement a envisagé un relèvement du taux admissible de radioactivité dans les écoles, sur les aires de jeux. Alors que « la limite était jusqu’à présent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une source universitaire japonaise, l’intention est de la faire passer à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les professionnels du nucléaire en France.


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, «la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise»

26 avril 1986, catastrophe de Tchernobyl. Voilà vingt-cinq ans. Une référence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus élevé. Atteintes humaines et environnementales incalculables – des victimes par centaines de milliers, décédées ou malades ; un territoire grand comme la Suisse rendu invivable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la centrale japonaise de Fukushima entre en « compétition » en atteignant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose parler de « catastrophe ». « On » préfère euphémiser, jouer sur le temps, implorer le miracle du dieu Technique. « On » : nucléocrates et politiques fondus dans le même moule du rendement économique, de cette rentabilité dans laquelle le facteur humain ne constitue qu’une variable parmi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pourrait bien se rebiffer plus sévèrement qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse soviétique » – les «Popofs» étant alors considérés avec mépris d’un niveau technique inférieur… – avait été invoquée. La « supériorité occidentale », celle des centrales de conception états-unienne installées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc apporté la preuve de ses propres limites, mettant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch,  «la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise»

La catastrophe de Fukushima aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses conséquences – permis de battre en brèche l’omerta nucléariste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obligeant à reconsidérer les fameux dogmes technicistes, mais aussi les choix énergétiques fondamentaux, les politiques de développement, et même la démocratie elle-même prise la main dans le sac du secret, du mensonge, de la forfaiture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce propos :Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !)

Même à armes inégales, le débat sur les choix énergétiques et de société a été fortement réactivé. De même que celui, combien fondamental, sur les travailleurs du nucléaire, et tout particulièrement ceux de la sous-traitance. Cette pratique de forme esclavagiste – cette mal-traitance – s’est développée et accélérée depuis le début de privatisation du secteur de l’électricité et la démolition des services publics en général. Ainsi EDF en est-elle venue à se désengager en quelque sorte de la maintenance et indirectement de la sûreté de ses installations. En recourant à du personnel corvéable (moins cher, peu revendicatif, peu regardant – par nécessité – sur les risques sanitaires), l’électricien industriel se lave les mains de la dangerosité de ses activités, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entreprises privées de cette sous-traitance.

Les «liquidateurs» de Fukushima, pris entre héroïsme et résignation.

Encore ne s’agit-il que de gérer l’exploitation normale des centrales et de ses réacteurs. Tandis que les accidents et a fortiori les catastrophes changent complètement la donne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voire les deux mêlés, de ceux que depuis Tchernobyl on appelle les « liquidateurs ».  Combien sont-ils exactement à Fukushima ? Dans quelles conditions travaillent-ils ? Risquant leurs vies, promis à la maladie, ils sont quelques centaines à batailler dans cet enfer moderne. Employés de l’exploitant Tokyo Electric Power (Tepco) ou de ses sous-traitants, ils s’activent en milieu hautement contaminé par les radiations. Les pics de radioactivité sont tels qu’ils doivent être parfois évacués, et que  plusieurs d’entre eux ces sauveteurs désespérés ont dû être hospitalisés – autant dire qu’ils ont peu de chance de survivre.

» Le progrès transformé en cimetière»

«La leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise», s’indigne dans Libération [entretien avec Veronika Dorman19/03/2011] l’ écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch, à qui l’on doit La Supplication, chroniques du monde après l’apocalypse, ouvrage proprement renversant. Voici ce qu’elle déclare à propos des liquidateurs japonais :

« Là aussi, je vois beaucoup de ressemblance avec ce qui s’est passé chez nous. La culture japonaise est fondée sur le collectif, elle aussi. L’individu en tant que tel n’existe pas vraiment, mais se reconnaît comme une partie d’un tout.

[…] « Je me suis rendue sur l’île Hokkaido, au Japon, dans la centrale nucléaire de Tomari. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenêtre de mon hôtel. C’était une vision fantastique, un site cosmique futuriste au bord de l’océan. J’ai rencontré des employés de la centrale, qui m’ont demandé de raconter Tchernobyl. Pendant mon récit, ils avaient des sourires polis, manifestaient de la compassion. «Bien sûr, c’est terrible pour les gens, mais c’est la faute au totalitarisme. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre centrale est la plus exemplaire, la plus sûre, tout est parfaitement étudié.» Face à cet orgueil technogène de l’homme, l’idée d’un pouvoir sur la nature, j’ai compris que la leçon de Tchernobyl n’avait pas été apprise par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cette frontière où, très clairement, nous ne pouvons plus accuser personne, ni le soviétisme ni le totalitarisme. L’homme doit reconnaître le caractère limité de ses possibilités. La nature est plus puissante, elle commence à se venger dans un combat inégal. J’ai entendu la même chose à Grenoble, lors d’une rencontre avec des spécialistes français. «Chez nous, c’est impossible. Chez vous, à l’Est, où la vie tangue entre le bordel et le baraquement… » Avant l’explosion à Tchernobyl, l’académicien Anatoli Alexandrov avait déclaré que les centrales soviétiques étaient tellement sûres que nous pouvions les construire sur la place Rouge. Étonnant comme cette arrogance des savants atomistes a pu survivre si longtemps.

[…] « Rien ne change. Je viens d’arriver à Minsk pour apprendre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Russie construise une centrale nucléaire en Biélorussie, à Ostrovets, une zone dépeuplée depuis un tremblement de terre de magnitude 7, en 1909. Pendant que le monde entier est vissé aux écrans de télévision pour suivre le désastre au Japon, les journaux de Minsk se félicitent du deal avec la Russie, de la future centrale qui sera «la plus sûre du monde». Ironie du sort, la Biélorussie, qui a le plus souffert de Tchernobyl, est en train de se lancer dans le nucléaire. Mieux : le chef de l’agence fédérale Rossatom, Sergueï Kirienko, se vante de voir la Russie construire des centrales nucléaires offshore, pour les vendre à l’Indonésie, au Vietnam. Imaginez, dans l’océan, quelques dizaines de petites Hiroshima flottantes…

[…] « Nous ne savons toujours pas ce qui se passe vraiment sous le sarcophage de Tchernobyl. Seuls 3% des éléments contenus dans le réacteur se sont dissous dans l’air. 97% y sont encore. Désormais, le régime politique — totalitarisme ou libéralisme comme au Japon — n’a plus grande importance. Ce qui en a, ce sont les relations entre l’homme et les hautes technologies dont dispose la société.

[…] « Le monde n’a pas tenu compte de la première leçon atomique. La recherche sur les sources d’énergie alternative est encore l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le rationalisme est dans une impasse. D’où un sentiment suicidaire. […] Le tsunami au Japon a transformé le progrès en cimetière. »

> Sur la catastrophe de Tchernobyl et ses causes, voir aussi sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

      tcherno2-2-300x211

      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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