On n'est pas des moutons

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L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les catas­trophes suc­cèdent aux catas­trophes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­sonnes, comme en 40. Des armées de pom­piers recu­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­la­tifs. La fata­li­té.

On implore la pluie. On brû­le­rait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétai­nistes : pac­ti­ser pour ne pas capi­tu­ler. Le Feu comme le Diable. Ah oui, un diable ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaî­nés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitu­meux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, sur­nom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tu­ra­tion hydrau­lique », c’est juste une fan­tai­sie esthé­tique, une aimable chi­rur­gie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en pro­fits insa­tiables, à engrais­ser l’obèse Dow Jones.

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Nan­cy Hus­ton : « Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. »

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brû­lante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pa­gnies pétro­lières, en exploi­tant les immenses réserves de sables bitu­mi­neux, rasent les forêts, pol­luent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un ter­ri­toire gou­ver­né par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

Un témoi­gnage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­dienne Nan­cy Hus­ton que publie l’excellent site Repor­terre : En Alber­ta, « l’avènement d’une huma­ni­té... inhu­maine »

À lire aus­si :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, para­bole de l’époque, édi­to de Her­vé Kempf.


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tcher­no­byl).

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Nous nous sommes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cette sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­saires à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tro­nique sécu­ri­sée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­de­rons alors votre adresse pos­tale par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la liste des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des étapes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cette créa­tion de qua­li­té, à tirage limi­té. Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaîne humaine dans la val­lée du Rhône - Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion éner­gé­tique sans nucléaire !

Pro­gramme et iti­né­raire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anni­ver­saire que ce qua­trième mar­quant la catas­trophe de Fuku­shi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de terre d’une magni­tude 9 se pro­duit, endom­ma­geant la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres géné­rée par le séisme atteint la cen­trale de Fuku­shi­ma Daii­chi, construite à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-des­sus du niveau de la mer. Pour Fuku­shi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait construit un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsu­na­mi de 5,7 mètres de haut maxi­mum. Trois des six réac­teurs se mettent à l’arrêt auto­ma­tique. Tan­dis que les sys­tèmes de refroi­dis­se­ment tombent en panne, ain­si que les groupes élec­tro­gènes de secours.

Et c’est la catas­trophe majeure : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incen­dies des enceintes 1 à 4, dis­per­sions radio­ac­tives dépas­sant 300 fois la norme admis­sible, conta­mi­na­tion sur un rayon de plus de 80 km, dépla­ce­ment de mil­liers de rive­rains, rejet d’eau for­te­ment radio­ac­tive dans le Paci­fique, situa­tion incon­trô­lable de l’ensemble des ins­tal­la­tions – et nul­le­ment sta­bi­li­sée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été ame­nés sur place – dans des condi­tions cri­tiques, et très cri­ti­quées – pour ten­ter de « col­ma­ter les brèches » d’un chan­tier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voi­ci un ins­tan­ta­né concer­nant la situa­tion des « lqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, telle que rap­por­tée par le blog Fuku­shi­ma 福島第 consa­cré entiè­re­ment à la catas­trophe nucléaire et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sinistre

Le 19 jan­vier, à la cen­trale nucléaire n°1 de Fuku­shi­ma, un tra­vailleur est tom­bé du bas­sin et il est mort, et à la cen­trale nucléaire n° 2, le 20 jan­vier, un autre tra­vailleur est mort éga­le­ment, écra­sé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novembre, 40 tra­vailleurs ont été bles­sés. Ce chiffre est trois fois plus impor­tant que l’année der­nière.

Main­te­nant, dans la cen­trale nucléaire n°1, tra­vaillent chaque jour 6.000 per­sonnes. Il manque non seule­ment des forces de tra­vail, mais aus­si la qua­li­té du tra­vail. Un tra­vailleur témoigne :  « Il manque certes des tra­vailleurs, mais tout aus­si grave est le manque de tra­vailleurs expé­ri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvriers expé­ri­men­tés qui tra­vaillaient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépas­sée. Main­te­nant, la poli­tique de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­sible et à moindre coût. Sa poli­tique axée sur le seul pro­fit engendre des acci­dents. »

Extrait d’un article paru dans le jour­nal Fuku­shi­ma Min­jū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux sub­ve­nir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait dif­fi­cile de la nour­rir », a décla­ré un homme de 50 ans qui tra­vaille à la cen­trale n°1 depuis trois ans déjà. Aupa­ra­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construc­tion de réser­voirs pour l’eau conta­mi­née, mais main­te­nant il trans­porte l’eau conta­mi­née qui s’est accu­mu­lée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

« La radio­ac­ti­vi­té dans la cen­trale est encore si forte qu’il porte un vête­ment de pro­tec­tion et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se dépla­cer faci­le­ment, c’est pour­quoi un tra­vail d’une heure et demie est sa limite mais, en rai­son de la lon­gueur des pro­cé­dures pour péné­trer dans l’usine et en sor­tir et à cause des pré­pa­ra­tifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appar­te­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­trale, et il rentre chez lui seule­ment dans la soi­rée. Il par­tage sa chambre avec quelques per­sonnes. […]

« Au cours du der­nier mois, il a été expo­sé à 1,8 mil­li­sie­vert de radio­ac­ti­vi­té. Il est léga­le­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être expo­sés à un maxi­mum de 50 mil­li­sie­verts par an, cepen­dant de nom­breuses entre­prises ont leur propre norme par exemple de 20 mil­li­sie­verts, donc s’il tra­vaille et se trouve expo­sé à ce rythme, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le public a com­men­cé  à se dés­in­té­res­ser de l’accident nucléaire, mais des tra­vaux plus dan­ge­reux se mul­ti­plie­ront cer­tai­ne­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je sou­haite que l’on puisse connaître ce fait « . »

Craintes de maladies

« Tep­co a enquê­té chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­trale nucléaire n°1 en août et sep­tembre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­trale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une mala­die due à la radio­ac­ti­vi­té. Le minis­tère a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­trales ont davan­tage de risques de can­cers de la ves­sie, du pou­mon et du pha­rynx lorsqu’ils sont expo­sés à plus de 100 mil­li­sie­verts.

« Cepen­dant il est étrange que l’Autorité de régu­la­tion nucléaire pré­voit d’aug­men­ter la norme maxi­male d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­li­sie­verts. Le res­pon­sable a dit:  « La norme inter­na­tio­nale est com­prise entre 250 et 500 mil­li­sie­verts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un acci­dent de même niveau qu’à Fuku­shi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion maxi­male de 250 mil­li­sie­verts. »

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

« Main­te­nant, on a com­men­cé à déman­te­ler les quatre réac­teurs de la cen­trale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que mor­ceaux de béton des réac­teurs détruits et arbres abat­tus pour faire place aux réser­voirs sont for­te­ment radio­ac­tifs. On n’a pas le droit de les trans­por­ter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  pré­voit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets conta­mi­nés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont com­men­cé à arri­ver, qui occupent 60% de l’espace de sto­ckage.

« Les tra­vailleurs des cen­trales portent un casque, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plu­sieurs autres effets. On réuti­lise casques,masques et chaus­sures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des mon­ti­cules à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co pré­voit de les brû­ler et d’en réduire la quan­ti­té, mais n’y par­vien­dra pas, car le nombre de tra­vailleurs est de plus en plus grand. »


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tème de décon­ta­mi­na­tion d’eau de la cen­trale de Fuku­shi­ma est arrê­té depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japo­nais, une des trois lignes de décon­ta­mi­na­tion du sys­tème a arrê­té de fonc­tion­ner nor­ma­le­ment lun­di, ce qui a conduit la com­pa­gnie à la stop­per puis à sus­pendre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tème, bap­ti­sé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plu­sieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de ren­con­trer des pro­blèmes divers. Cet équi­pe­ment déve­lop­pé avec le groupe Toshi­ba est pour­tant pré­sen­té comme un rouage-clé pour résoudre le pro­blème d’eau conta­mi­née dont regorge la cen­trale acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça déborde. [Docu­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau conta­mi­née sont actuel­le­ment sto­ckés dans plus d’un mil­lier de gigan­tesques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co conti­nue d’en faire ins­tal­ler entre vingt et qua­rante par mois pour ten­ter de suivre le rythme du flux conti­nu de liquide souillé pro­ve­nant des sous-sols du site et des arro­sages per­ma­nents des réac­teurs rava­gés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détec­tées en de mul­tiples endroits sur les ruines des cen­trales, mais aus­si parce que l’eau actuel­le­ment sto­ckée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été « décon­ta­mi­née » par le sys­tème ALPS – car elle contien­dra encore au moins du tri­tium.

Le direc­teur de la cen­trale, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cul­tés, et espé­rer que les efforts menés avec les auto­ri­tés per­met­tront d’en venir à bout. 

La prière comme der­nier rem­part contre la radio­ac­ti­vi­té.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…« L’Association « Fes­sen­heim, notre Ener­gie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de force de ce jour per­pé­tré par des mili­tants de Green­peace et condamne vive­ment cette action. Contrai­re­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­lente puisqu’il y a effrac­tion déli­bé­rée avec des moyens impor­tants de type ter­ro­riste, un véri­table choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

« L’ASFNE estime qu’il est tota­le­ment dis­pro­por­tion­né de recou­rir à des méthodes de com­man­dos pour faire pas­ser un mes­sage quel qu’il soit. Et il est inac­cep­table qu’EELV, dont deux membres figurent au gou­ver­ne­ment, ait pu féli­ci­ter ce matin Green­peace pour cette action illé­gale et anti-démo­cra­tique. Il est évident que l’absence de réelles sanc­tions dis­sua­sives, après les actions simi­laires pré­cé­dentes,encou­rage Green­peace dans cette voie.
« Il faut rap­pe­ler enfin que Fes­sen­heim a été décla­rée sûre par l’Autorité de Sûre­té Nucléaire, la seule auto­ri­té com­pé­tente. Des cen­taines de mil­lions d’euros ont été inves­tis ces der­nières années pour en faire une des 1ère cen­trales de France dont la sûre­té a été moder­ni­sée et mise aux der­niers stan­dards inter­na­tio­naux du moment. Une usine ne vieillit pas comme les humains ; quand un maté­riel nedonne plus satis­fac­tion, on le répare ou le rem­place !
« Sou­hai­tons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subissent les Alle­mandsaprès la déci­sion radi­cale de fer­me­ture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes envi­ron­ne­men­tales ? La pol­lu­tion atmo­sphé­rique de ces der­niers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­trales au char­bon alle­mandes, est un exemple qui impacte tous leurs voi­sins. A contra­rio, la France fait par­tie des meilleurs pays euro­péens pour ses faibles émis­sions de CO2… grâce à son éner­gie nucléaire ! »

Nucléaire. À Fessenheim, Greenpeace interpelle Hollande et Merkel sur la transition énergétique

Ce mar­di 18 mars, une soixan­taine de mili­tants de Green­peace, venus de France, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Bel­gique, d’Italie ou de Pologne ont « inves­ti » à leurs manières  la plus vieille cen­trale fran­çaise, celle de Fes­sen­heim, en Alsace. Ain­si, deux jours avant le som­met des chefs d’Etat euro­péens qui doit déci­der ce jeu­di 20 mars de l’avenir de l’énergie en Europe, ces citoyens euro­péens demandent à Fran­çois Hol­lande et Ange­la Mer­kel d’engager leur pays et l’Europe entière dans une vraie tran­si­tion éner­gé­tique, débar­ras­sée du risque nucléaire et basée sur les renou­ve­lables. 

D’autre part, par une telle action, l’organisation éco­lo­giste démontre une fois de plus la vul­né­ra­bi­li­té des sys­tèmes de sécu­ri­té des ins­tal­la­tions nucléaires et, pas consé­quent, des sys­tèmes de sûre­té s’agissant d’éventuelles (et pos­sibles) actions ter­ro­ristes.

Green­peace pour­suit sa voca­tion de lan­ceur d’alerte dans le domaines des risques humains et éco­lo­giques. Par ses actions répé­tées, l’ONG démontre en même temps la vani­té des nucléo­crates et de leurs tech­ni­ciens adeptes du culte de l’infaillibilité – ou pré­ten­dant s’en appro­cher, plan­qués qu’ils sont der­rière leur fameux dogme du « risque-zéro-qui-n’existe-pas  », et grâce auquel ils comptent se dédoua­ner de tout acci­dent ou catas­trophe à venir. Qu’ils aillent tenir leurs bali­vernes auprès des popu­la­tions lour­de­ment éprou­vées de Tcher­no­byl et de Fuku­shi­ma !

 
Lire aus­si, entre autres, sur« C’est pour dire »  :

Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Fli­ckr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bus­tible de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tiel­le­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, consti­tué du com­bus­tible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bus­tible et des divers élé­ments du cœur avec les­quels il rentre en contact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont sui­vis le séisme.
Pour la pis­cine du réac­teur n°2, Tep­co a mis en place, début juin, un sys­tème de refroi­dis­se­ment. La mise en place de ce sys­tème est pré­vue pour les pis­cines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la pis­cine n°4, un conso­li­da­tion de son sou­tè­ne­ment avec des piliers en acier est néces­saire au préa­lable.

La der­nière mise à jour de l’Agence Inter­na­tio­nale à l’Énergie Ato­mique sur le sujet date du … 2 juin.
Les der­nières infor­ma­tions four­nies par l’opérateur de la cen­trale, Tep­co, manquent elles aus­si de pré­ci­sions les der­nières mises à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroi­dis­se­ment conta­mi­nées, l’état des réac­teurs n’étant pas modi­fié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, repre­nant les élé­ments four­nis par Tep­co, évoque une « sta­bi­li­sa­tion de la situa­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûre­té Nucléaire fran­çaise elle même intro­duit son com­mu­ni­qué de presse en décla­rant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. ». Les deux ins­tances expertes en France ne semblent donc pas tota­le­ment en phase dans leurs ana­lyses…

Ce com­mu­ni­qué de presse n°31 de l’ASN relève éga­le­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. Les der­nières ana­lyses japo­naises montrent que le com­bus­tible des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bus­tible fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur per­ce­ment. »

Une conta­mi­na­tion très éten­due …. qui va durer

Les der­nières mesures effec­tuées dans la ville de Fuku­shi­ma, située à soixante kilo­mètres de la cen­trale, sont fran­che­ment inquié­tantes.

Les mesures de ter­rain et ana­lyses de sol effec­tuées par le labo­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retom­bées de césium 134 et 137 radio­ac­tif sont de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quar­tier Wata­ri. Cette irra­dia­tion ne dimi­nue­ra que très len­te­ment. Elle est due en effet prin­ci­pa­le­ment au césium 137 et au césium 134 dont les périodes phy­siques sont longues (30 ans et 2 ans res­pec­ti­ve­ment). Cela signi­fie que la radio­ac­ti­vi­té du césium 137 sera divi­sée par 2 dans 30 ans. On peut esti­mer que dans les douze mois à venir, la radio­ac­ti­vi­té du césium 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte conta­mi­na­tion au césium a été déce­lée dans de la viande de bœuf qui vien­drait de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus conta­mi­nées ne sont pas néces­sai­re­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette conta­mi­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habi­tants

La popu­la­tion est trop expo­sée aux radia­tions !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fuku­shi­ma pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­dia­tion externe de plu­sieurs mil­li­Sie­verts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cep­table par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tio­nale de Pro­tec­tion Radio­lo­gique) est de 1 mil­li­Sie­vert par an.

À la demande de citoyens japo­nais, l’ACRO (Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest) a ana­ly­sé les urines des enfants de Fuku­shi­ma et les résul­tats sont sans ambi­guï­té : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­que­rel par litre.

Cela signi­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous conta­mi­nés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont pro­ba­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radio­ac­tifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces der­niers élé­ments dis­pa­raissent plus vite et ne sont donc déjà plus détec­tables).

Les mesures prises par les pou­voirs publics ne sont pas à la hau­teur

Les auto­ri­tés japo­naises ont déci­dé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fuku­shi­ma de dosi­mètres indi­vi­duels. Ces dosi­mètres sont char­gés de mesu­rer la dose de radio­ac­ti­vi­té reçue par les enfants durant leur jour­née d’école. Pas de pré­ve­nir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesu­rer. Le rayon de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été modi­fié. Dans les 10 kilo­mètres sui­vants, la popu­la­tion est cen­sée à la fois « res­ter confi­née » et vivre nor­ma­le­ment, envoyant les enfants à l’école, munis d’un déri­soire masque de papier et de leur dosi­mètre.

Il fau­drait éva­cuer les popu­la­tions sur un péri­mètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être contrô­lés et les mesures de radio­ac­ti­vi­té bien plus fré­quentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que néces­saire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Riva­si, dépu­tée euro­péenne Europe Eco­lo­gie-les Verts, fon­da­trice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Riva­si a pu consta­ter l’impact de la catas­trophe nucléaire de Fuku­shi­ma sur le quo­ti­dien et la men­ta­li­té des Japo­nais. Invi­tée par le puis­sant Sei­kat­su Club, union des consom­ma­teurs forte de 22 mil­lions de membres, et les Verts japo­nais elle est notam­ment allée à la ren­contre des familles de pay­sans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effa­rée et révol­tée par ce qu’elle a pu consta­ter dans les ter­ri­toires conta­mi­nés où la popu­la­tion conti­nue de vivre expo­sée à des fortes doses d’irradiation. Trois mois après la catas­trophe, le cau­che­mar ne fait mal­heu­reu­se­ment que com­men­cer.

« Je reste de plus en plus convain­cue que là où com­mence le nucléaire s’arrête la démo­cra­tie. Quand les auto­ri­tés ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par manque d’information: aucune pré­cau­tion n’est prise pour pro­té­ger la san­té des popu­la­tions vivant en zone conta­mi­née qui conti­nuent de consom­mer les ali­ments conta­mi­nés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la catas­trophe, la dis­tri­bu­tion de pas­tilles d’iodure de potas­sium n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nombre de can­cers, sur­tout chez les enfants.

« Qui plus est, aucune solu­tion n’est appor­tée aux réfu­giés de la radio­ac­ti­vi­té, ces popu­la­tions exclues du péri­mètre des 20 kilo­mètres entou­rant la cen­trale. La plu­part d’entre eux trouvent refuge auprès de proches, dans le péri­mètre de la zone d’évacuation volon­taire. Aucune indem­ni­té n’ayant encore été ver­sée et aucun relo­ge­ment n’ayant été effec­tué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hommes conti­nuent d’exercer leurs acti­vi­tés agri­coles dans des zones conta­mi­nées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleu­rit et bour­geonne est une nature morte: ils tentent d’éviter ain­si ce que l’on appelle com­mu­né­ment le ‘stress radio­lo­gique’ qui peut mener à des troubles psy­cho­lo­giques sérieux.

« Cet état de fait est faci­li­té par la culture japo­naise, une culture de sou­mis­sion qui pousse les gens à conte­nir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publi­que­ment, ter­ras­sés par la fata­li­té. Leur colère interne se mani­feste sous la forme d’une rési­gna­tion totale. En consé­quence, les auto­ri­tés pro­fitent de cette fai­blesse cultu­relle pour impo­ser une omer­ta inquié­tante faci­li­tée par l’absence de contre-pou­voirs.

« Heu­reu­se­ment, des groupes aidés par la CRIIRAD viennent d’être créés et visent à contrô­ler le niveau de radio­ac­ti­vi­té de ali­ments consom­més: c’est un pre­mier pas salu­taire dans la lutte contre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la catas­trophe reste per­ma­nente: l’irradiation reste tel­le­ment forte que les tra­vaux dans la cen­trale peinent à évo­luer et le risque d’explosion par hydro­gène dans les réac­teurs endom­ma­gés reste impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­ve­nir. »

Site de Michèle Riva­si : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Restes du bâti­ment réac­teur III - 12 mai 2011

Restes du bâti­ment réac­teur IV - 12 mai 2011

Ain­si que je le pré­cise en post scrip­tum de l’article pré­cé­dent sur la nou­velle explo­sion enre­gis­trée à la cen­trale en ruines de Fuku­shi­ma, c’est le réac­teur IV et non le III qui serait concer­né. La dif­fé­rence est impor­tante puisqu’elle porte sur le char­ge­ment en MOX du réac­teur III, et le risque de rejet de plu­to­nium par­ti­cu­liè­re­ment toxique. Le pro­blème – qui remonte aux ori­gines mêmes de la catas­trophe – tient au blo­cage de l’information offi­cielle, et même aux omis­sions et men­songes éma­nant de ces sources offi­cielles, tant le gou­ver­ne­ment japo­nais que l’exploitant Tep­co.

Une autre vue de l’explosion est visible ici : entre 0:16 et 0:18. (Docu­ment Tep­co).

Autres nou­velles, peu ras­su­rantes :

– 6 400 tonnes d’eau radio­ac­tive dans le sous-sol du réac­teur III. Les employés de Tep­co ont bra­vé la très haute conta­mi­na­tion radio­ac­tive du réac­teur III (100 milliseverts/heure) pour explo­rer le sous-sol du bâti­ment dans lequel ils ont confir­mé la pré­sence de 6400 tonnes d’eau hau­te­ment radio­ac­tive. (51 milliseverts/heure en sur­face du volume d’eau qui fait près de 6 mètres de pro­fon­deur).

– Pas de chance pour Are­va (exit sa patronne) et pour Tep­co, qui devaient com­men­cer le 15 juin les tra­vaux de décon­ta­mi­na­tion de plus de 100 000 tonnes d’eau conta­mi­née : le sys­tème ne fonc­tionne pas car Tep­co vient de décou­vrir 10 fuites dans des valves et autres tuyau­te­ries.

Le Monde du 17/6/11. Comme si l” « emprise » n’était déjà pas éco­no­mi­co-poli­tique… Ou com­ment le spec­tacle poli­tique prend le pas sur les faits, l’opérette de salon sur le jour­na­lisme de ter­rain.

Soyons posi­tifs et admet­tons que le sys­tème Are­va puisse décon­ta­mi­ner à 100 % plus de 100 000 tonnes d’eau, à ce jour, et une autre bor­dée de 100 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bor­dées sub­sé­quentes de 100 000 tonnes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que faire du concen­tré toxique géné­ré par ce pro­ces­sus de « décon­ta­mi­na­tion » ? Selon Tep­co, ce concen­tré contien­drait 100 mil­lions de bec­que­rels de sub­stances radio­ac­tives par cen­ti­mètre cube. Tep­co estime que ce seront 2 000 mètres cubes de concen­tré toxique qui seront géné­rés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tep­co ne dis­pose que d’une capa­ci­té de 1 200 mètres cubes sur le site de Fuku­shi­ma. De plus, Are­va a concé­dé qu’ils n’ont aucune expé­rience dans la ges­tion de concen­trés toxiques issues d’eau radio­ac­tives et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrême radio­ac­ti­vi­té dans la par­tie est de Tokyo. Suite à la pres­sion d’une asso­cia­tion de parents (Koto Asso­cia­tion to Pro­tect Chil­dren), le gou­ver­ne­ment japo­nais a enfin recon­nu ses men­songes quant à la radio­ac­ti­vi­té de l’air ambiant aux alen­tours du centre de retrai­te­ment des boues d’épuration de Nan­bu Ota-ku, Tokyo. Depuis com­bien de semaines l’incinérateur est-il en train de conta­mi­ner cette zone de Tokyo ? Cette asso­cia­tion de parents, aidée par un pro­fes­seur de l’Université de Kobé, a sol­li­ci­té les ser­vices de l’ONG fran­çaise, Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrê­me­ment éle­vés de radio­ac­ti­vi­té dans le ter­rain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyenne proxi­mi­té du centre de trai­te­ment incri­mi­né: par exemple, le parc pour enfants est à 8 km de dis­tance.

Le parc est encore plus conta­mi­né que le ter­rain de sport avec un taux de césium 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de césium 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tel­lu­rium 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quelle serait la quan­ti­té de com­bus­tible à Fuku­shi­ma-Dai­chi en attente de dilu­tion dans l’atmosphère, les nappes phréa­tiques et l’océan? Selon Asso­cia­ted press, 3 400 tonnes de com­bus­tible usa­gé seraient accu­mu­lées dans les pis­cines de sto­ckage et 877 tonnes de fuel actif dans les coeurs des réac­teurs, ou ce qu’il en reste. A savoir en tout 4 277 tonnes de com­bus­tible. Par com­pa­rai­son, il y en avait 30 tonnes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 tonnes à Tcher­no­byl en 1986.

– Deux baleines ont été décou­vertes fin avril à 650 km de Fuku­shi­ma, avec des niveau de radia­tion de 31 et 24 bec­que­rels de césium par kilo de viande. Le Marine Bio­lo­gi­cal Labo­ra­to­ry, basé à Woods Hall dans le Mas­sa­chu­setts, a com­men­cé à éva­luer le niveau de conta­mi­na­tion radio­ac­tive dans l’Océan Paci­fique. Et selon Arnie Gun­der­sen, le MBL a déjà décla­ré que la conta­mi­na­tion radio­ac­tive dans l’Océan Paci­fique pro­ve­nant de Fuku­shi­ma est dix fois supé­rieure à celle de la Mer Noire ayant éma­né de Tcher­no­byl.

– La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, à Oma­ha dans le Nebras­ka (États-Unis) est assié­gée (vidéo ici) par l’eau du Mis­sou­ri qui monte et qui va encore mon­ter de quelques mètres d’ici l’été. Pas de sou­cis, l’ingénierie nucléaire a déployé tout son savoir faire pour endi­guer les risques radio­ac­tifs : des murs de sacs de sable.

La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, pho­to­gra­phiée le 14 juin, mena­cée par la mon­tée régu­lière des eaux du Mis­sou­ri. (Ph. Cryp­tome)

Voir d’autres pho­tos.

 

 

 

Autres infor­ma­tions sui­vies : http://www.kokopelli-blog.org/


Fukushima. Nouvelle explosion sur un réacteur

Une nou­velle explo­sion s’est pro­duite dans les ruines de la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Daii­chi dans la nuit du 13 à 14 Juin à 00h43. Comme on peut le voir sur un enre­gis­tre­ment vidéo (ci-des­sous) de l’opérateur nucléaire Tep­co, l’explosion – très impres­sion­nante – a affec­té le réac­teur III, par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux car il contient du com­bus­tible MOX char­gé de plu­to­nium.

Selon Green­peace, c’est un signe patent que le noyau en fusion de com­bus­tible MOX est acti­ve­ment dan­ge­reux. Vrai­sem­bla­ble­ment, il y a eu une explo­sion cau­sée par le contact des maté­riaux du cœur fon­du avec de l’eau. Avec une telle explo­sion un relâ­che­ment de grandes quan­ti­tés radio­ac­tives dans l’environnement est à craindre.

Tou­jours selon Green­peace, qui a ren­du publique l’information, les niveaux de radio­ac­ti­vi­té mesu­rés près des ruines de l’enceinte de confi­ne­ment du réac­teur I atteignent 260 sie­vert. Selon l’expert Shaun Bur­nie, de Green­peace, cela confirme que les par­ties fon­dues du cœur ont per­cé le fond de la cuve du réac­teur.

L’événement paraît visible à par­tir de la 2e minute de l’enregistrement.

D’autre part, les Japo­nais pro­jettent de recou­vrir les ruines des réac­teurs par des sar­co­phages… en plas­tique – cela afin de limi­ter les infil­tra­tions d’eau et les rejets de matières radio­ac­tives. La maquette de ces sar­co­phages a été mon­trée ce 16 juin au JT de 20 heures sur France 2.

[Sources : Col­lec­tif anti­nu­cléaire 13, Green­peace; Tep­co]

Post scrip­tum 17/6/11 : Il s’agirait plu­tôt du réac­teur IV. C’est ce qu’indiquent diverses sources telles que :
– le site du jour­nal Hawaï News Dai­ly http://hawaiinewsdaily.com/2011/06/apparent-explosion-and-fire-at-fukushima-4/
– le site de l’association Koko­pel­li, qui suit de très près la situa­tion à Fuku­shi­ma : http://www.kokopelli-blog.org/?p=916
La situa­tion reste des plus graves à Fuku­shi­ma, mais cette pré­ci­sion exclu­rait le risque de dif­fu­sion atmo­sphé­rique du plu­to­nium conte­nu dans le com­bus­tible MOX qui ali­mente le réac­teur III.


Samedi 11 juin, « Carton rouge au nucléaire » sur toute la France

 

nucleaire© faber

Mani­fes­ta­tions et débats sont annon­cés ce samedi 11 juin devant les mai­ries de France et de Navarre. Qu’on ne nous fasse plus prendre des centrales nucléaires pour des lanternes !


Nucléaire. La France n’a pas « l’électricité la moins chère d’Europe »

Par défi­ni­tion, les cli­chés ont la peau dure. Sur­tout s’ils sont en per­ma­nence réac­ti­vés par des bonnes âmes très inten­tion­nées…  Ain­si en est-il spé­cia­le­ment de cette France à l” »élec­tri­ci­té la moins chère ». Et grâce à qui, hein ? En ces temps de catas­trophe nucléaire au Japon, les pro­mo­teurs de l’atome ne cessent de répé­ter que, « grâce au nucléaire », la France béné­fi­cie­rait des tarifs d’électricité « les plus bas d’Europe », voire du monde ! D’où l’intérêt de ce détour ins­truc­tif par l’Obser­va­toire du nucléaire et quelques don­nées édi­fiantes :

 

D’abord, on ne voit pas en quoi cela jus­ti­fie­rait de vivre avec la pers­pec­tive d’une catas­trophe simi­laire ou pire que celle en cours à Fuku­shi­ma. Mais, sur­tout, cette affir­ma­tion est tota­le­ment fausse. Il suf­fit pour s’en convaincre de se repor­ter aux chiffres offi­ciels publiés par l’Union euro­péenne. Voi­ci les don­nées consul­tables, por­tant sur 2007 (qui ne tiennent donc pas compte du fait que, depuis, EDF a entam­mé une pol­tique de fortes aug­men­ta­tions du prix de l’électricité ven­du en France) :

Étude complète consultable ici : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-07-080/FR/KS-SF-07-080-FR.PDF

On constate que, dans 12 pays de l’Union euro­péenne, les ménages paient moins cher qu’en France. Dans deux pays, le tarif est com­pa­rable, et dans qua­torze pays, il est plus éle­vé qu’en France. Les tarifs en France sont donc à peu près dans la moyenne. La France est en des­sous de la moyenne de l’UE car cer­tains pays comme le Dane­mark ont choi­si de taxer très for­te­ment l’électricité pour éli­mi­ner les gas­pillages (ce qui n’empêche pas de mettre en place des tarifs sociaux pour la consom­ma­tion de base des ménages modestes).

Les tarifs étaient plus avan­ta­geux en France pour les entre­prises mais, depuis, de fortes aug­men­ta­tions ont eu lieu. Qui plus est, EDF a annon­cé de très fortes aug­men­ta­tions (au moins 30% !) tant pour les ménages que les entre­prises, et ce pour finan­cer la pro­lon­ga­tion de la durée de vie des réac­teurs nucléaires.

Il est donc temps que les citoyens de France com­prennent qu’ils sont abu­sés depuis des années par une com­mu­ni­ca­tion trom­peuse : non, la France n’a pas les tarifs d’électricité les plus bas d’Europe, et elle sera bien­tôt par­mi les pays où l’électricité est la plus chère...

Mais il y a encore pire : si le tarif de l’électricité est res­té moyen­ne­ment modé­ré pen­dant deux décen­nies, c’est du fait d’un véri­table dum­ping, un report dans le temps des véri­tables coûts de l’électricité nucléaire : bien­tôt, il fau­dra acquit­ter des fac­tures incom­men­su­rables pour déman­tè­ler les ins­tal­la­tions nucléaires et pour s’occuper (pen­dant des mil­lé­naires !) des déchets radio­ac­tifs.

Les Fran­çais ont donc man­gé leur pain blanc (ou consom­mé leur « élec­tri­ci­té  blanche » !), l’heure des comptes approche. 


 


Nucléaire. La probabilité d’un accident en France serait de 50% pour le parc actuel

Sur la base du constat des acci­dents majeurs sur­ve­nus dans l’industrie nucléaire ces trente der­nières années, on devrait sta­tis­ti­que­ment connaître un acci­dent de ce type dans l’Union euro­péenne au cours de la vie du parc actuel, avec une pro­ba­bi­li­té de 50% de voir cet acci­dent majeur se pro­duire en France. C’est en tout cas ce que démontrent Ber­nard Laponche, phy­si­cien nucléaire, expert en poli­tiques de l’énergie, et Ben­ja­min Des­sus, ingé­nieur et éco­no­miste, dans un article publié sur le site de Glo­bal Chance. Cette asso­cia­tion regroupe des scien­ti­fiques et des experts convain­cus qu’un déve­lop­pe­ment mon­dial plus équi­li­bré peut et doit résul­ter de la prise de conscience crois­sante des menaces qui pèsent sur l’environnement glo­bal. Ce texte a déjà été publié dans Libé­ra­tion et dans Poli­tis. Il est assez impor­tant pour méri­ter une large dif­fu­sion.

Accident nucléaire : une certitude statistique

Le risque d’accident majeur dans une cen­trale nucléaire a été consi­dé­ré comme la com­bi­nai­son d’un évé­ne­ment d’une gra­vi­té extrême et d’une très faible pro­ba­bi­li­té d’occurrence. Certes, la mul­ti­pli­ca­tion de zéro par l’infini pose quelques pro­blèmes mais les pro­mo­teurs du nucléaire, met­tant en avant cette très faible pro­ba­bi­li­té, affir­maient qu’il n’y avait aucun dan­ger. Si la gra­vi­té des consé­quences d’un tel acci­dent a bien été confir­mée par Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma, que peut-on dire aujourd’hui de la pro­ba­bi­li­té de son occur­rence ?

Il y a deux méthodes pour esti­mer la pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent : la méthode théo­rique, qui consiste à la cal­cu­ler sur la base de scé­na­rios de simu­la­tion d’accidents pre­nant en compte les sys­tèmes de défense et les risques de dys­fonc­tion­ne­ment, et la méthode expé­ri­men­tale, qui consiste à prendre en compte les acci­dents sur­ve­nus, ce que l’on fait par exemple pour les acci­dents de voi­ture. Les résul­tats de l’approche théo­rique, issus des tra­vaux des experts de la sûre­té nucléaire, dis­tinguent, pour les cen­trales actuel­le­ment en fonc­tion­ne­ment dans le monde, deux types d’accidents : « l’accident grave » avec fusion du cœur du réac­teur, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour 100 000 « années-réac­teur » (un réac­teur fonc­tion­nant pen­dant un an) et « l’accident majeur », acci­dent grave non maî­tri­sé et condui­sant à d’importants relâ­che­ments de radio­ac­ti­vi­té, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour un mil­lion d’années-réacteur.

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Nucléaire-Fukushima. La France contaminée deux jours avant la date officielle, selon la CRIIRAD

TCHERNOBYL BIS REPETITA ? La CRIIRAD (Com­mis­sion de Recherche et d’Information Indé­pen­dantes sur la Radio­ac­ti­vi­té) vient de publier la carte qui prouve que la France a été conta­mi­née dès le 22 mars 2011, dix jours après le début de la catas­trophe de Fuku­shi­ma et deux jours avant la date offi­ciel­le­ment avan­cée :
1/  les masses d’air conta­mi­né par les rejets radio­ac­tifs de la cen­trale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI sont arri­vées 2 jours avant la date indi­quée par l’Institut de Radio­pro­tec­tion et de Sûre­té Nucléaire (IRSN) ;

2/  elles ont affec­té les trois quarts de la France (et non pas le seul som­met du Puy-de-Dôme) ;
3/ l’activité de l’iode 131 par­ti­cu­laire était plus de 20 fois supé­rieure à celle annon­cée pour le 24 mars.
Ni l’IRSN, ni les grands exploi­tants du nucléaire, ne pou­vaient l’ignorer. Omis­sion invo­lon­taire (mais invrai­sem­blable) ou déli­bé­rée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a sai­si le Pre­mier ministre et le pré­sident de l’Autorité de Sûre­té Nucléaire d’une demande d’enquête sur la chro­no­lo­gie des faits et les dif­fé­rents niveaux de res­pon­sa­bi­li­tés.
Plus d’information : http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

CRIIRAD : : asso@criirad.org
Site web : www.criirad.org


Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont pas­sé. Une espèce de suaire média­tique a com­men­cé à enve­lop­per Fuku­shi­ma, ses quatre réac­teurs sinis­trés, la région et tout le Japon dans son drame. Une chape de silence tend à œuvrer afin de main­te­nir dans son coma tout un modèle de socié­té basé sur le tou­jours plus, comme si la fin des temps humains ne s’en trou­vait pas hâtée. Un temps de cendres pour­tant tou­jours des plus radio­ac­tives.

 

Dans la suite 36 de sa chro­nique de la catas­trophe nucléaire, Domi­nique Leglu, direc­trice de la rédac­tion du maga­zine Sciences et ave­nir, se montre car­ré­ment alar­mante : « On s’en dou­tait depuis long­temps, mais voir la chose admise par l’opérateur Tep­co de la cen­trale Fuku­shi­ma fait un effet sidé­rant : le cœur fon­du du réac­teur n°1 a per­cé sa cuve en de mul­tiples endroits ! Ou pour le dire avec les cir­con­vo­lu­tions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le com­bus­tible  nucléaire fon­du au fond de la cuve du réac­teur n°1 ».

 

 

« C’est, en clair, l’accident maxi­mal pour un réac­teur de ce type. L’enceinte ultime, autre­ment dit la cuve pres­su­ri­sée dans laquelle est enfer­mé le com­bus­tible nucléaire, cuve cen­sée être le der­nier rem­part contre l’émission de radio­ac­ti­vi­té vers l’extérieur, est rom­pue ! »

 

Il s’avère en effet que de nom­breuses sou­dures n’ont pas résis­té aux très hautes tem­pé­ra­tures dues à la fonte du réac­teur, ain­si qu’à une cor­ro­sion intense cau­sée par le sel de l’eau de mer employée pour les ten­ta­tives de refroi­dis­se­ment. L’inox uti­li­sé dans les cuves des réac­teurs « se retrouve aus­si ailleurs dans la cen­trale, notam­ment dans les casiers des assem­blages de com­bus­tibles (dans les pis­cines qui ont été dra­ma­ti­que­ment endom­ma­gées – en par­ti­cu­lier dans les uni­tés 3 et 4 ».

 

En fait, pour­suit Domi­nique Leglu, « on se demande si tous les réac­teurs (pas seule­ment le n°1 mais peut-être aus­si les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tom­ber en miettes » – leurs struc­tures métal­liques étant de plus en plus défaillantes, après que les struc­tures en béton ont été ébran­lées et fis­su­rées lors des explo­sions qui ont eu lieu dès les pre­miers jours de la catas­trophe. »

 

La jour­na­liste de Sciences et ave­nir met aus­si en doute la pré­ten­tion d’Areva à « décon­ta­mi­ner l’eau qui a abon­dam­ment ser­vi à refroi­dir les réac­teurs et les pis­cines et ins­tal­ler un cir­cuit fer­mé pour la ré-uti­li­ser. Com­ment faire un cir­cuit fer­mé avec une (des) cuve(s) de réac­teur transformée(s)  en pas­soire ? Sur­tout, com­ment s’approcher de ces lieux extrê­me­ment radio­ac­tifs – vu la non étan­chéi­té de l’ensemble - pour éven­tuel­le­ment « rebou­cher » les trous ? Qui va s’approcher ? »

 

Et de conclure : « Deux mois après la catas­trophe, on se demande encore autre chose : pen­dant com­bien de mois (d’années ?) va-t-il fal­loir conti­nuer à refroi­dir les lieux, accu­mu­lant tou­jours plus d’eau conta­mi­née. Cela signi­fie-t-il qu’il va fal­loir reje­ter à nou­veau celle-ci « volon­tai­re­ment » dans l’océan, comme cela a été fait pour plus de 10 000 tonnes (eau dite alors « fai­ble­ment conta­mi­née ») il y a quelques semaines ? C’est un véri­table cau­che­mar qui conti­nue. »

 

D’autre part, selon une dépêche de l’AFP du 29 avril, un conseiller scien­ti­fique du pre­mier ministre japo­nais, le pro­fes­seur Toshi­so Kosa­ko, a pré­sen­té sa démis­sion « en larmes » lors d’une confé­rence de presse, « en rai­son de désac­cords sur la ges­tion de la cen­trale nucléaire acci­den­tée de Fuku­shi­ma ». La rai­son essen­tielle de cette démis­sion est due au fait que le gou­ver­ne­ment a envi­sa­gé un relè­ve­ment du taux admis­sible de radio­ac­ti­vi­té dans les écoles, sur les aires de jeux. Alors que « la limite était jusqu’à pré­sent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une source uni­ver­si­taire japo­naise, l’intention est de la faire pas­ser à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les pro­fes­sion­nels du nucléaire en France.


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

26 avril 1986, catas­trophe de Tcher­no­byl. Voi­là vingt-cinq ans. Une réfé­rence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus éle­vé. Atteintes humaines et envi­ron­ne­men­tales incal­cu­lables – des vic­times par cen­taines de mil­liers, décé­dées ou malades ; un ter­ri­toire grand comme la Suisse ren­du invi­vable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la cen­trale japo­naise de Fuku­shi­ma entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­trophe ». « On » pré­fère euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le miracle du dieu Tech­nique. « On » : nucléo­crates et poli­tiques fon­dus dans le même moule du ren­de­ment éco­no­mique, de cette ren­ta­bi­li­té dans laquelle le fac­teur humain ne consti­tue qu’une variable par­mi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse sovié­tique » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­nique infé­rieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­ri­té occi­den­tale », celle des cen­trales de concep­tion états-unienne ins­tal­lées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc appor­té la preuve de ses propres limites, met­tant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine bié­lo­russe Svet­la­na Alexievitch,  «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise»

La catas­trophe de Fuku­shi­ma aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses consé­quences – per­mis de battre en brèche l’omerta nucléa­riste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dogmes tech­ni­cistes, mais aus­si les choix éner­gé­tiques fon­da­men­taux, les poli­tiques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-même prise la main dans le sac du secret, du men­songe, de la for­fai­ture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléaire est affaire trop dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains des nucléo­crates !)

Même à armes inégales, le débat sur les choix éner­gé­tiques et de socié­té a été for­te­ment réac­ti­vé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléaire, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-trai­tance. Cette pra­tique de forme escla­va­giste – cette mal-trai­tance – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vices publics en géné­ral. Ain­si EDF en est-elle venue à se désen­ga­ger en quelque sorte de la main­te­nance et indi­rec­te­ment de la sûre­té de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véable (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­si­té – sur les risques sani­taires), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­si­té de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entre­prises pri­vées de cette sous-trai­tance.

Les « liqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, pris entre héroïsme et rési­gna­tion.

Encore ne s’agit-il que de gérer l’exploitation nor­male des cen­trales et de ses réac­teurs. Tan­dis que les acci­dents et a for­tio­ri les catas­trophes changent com­plè­te­ment la donne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voire les deux mêlés, de ceux que depuis Tcher­no­byl on appelle les « liqui­da­teurs ».  Com­bien sont-ils exac­te­ment à Fuku­shi­ma ? Dans quelles condi­tions tra­vaillent-ils ? Ris­quant leurs vies, pro­mis à la mala­die, ils sont quelques cen­taines à batailler dans cet enfer moderne. Employés de l’exploitant Tokyo Elec­tric Power (Tep­co) ou de ses sous-trai­tants, ils s’activent en milieu hau­te­ment conta­mi­né par les radia­tions. Les pics de radio­ac­ti­vi­té sont tels qu’ils doivent être par­fois éva­cués, et que  plu­sieurs d’entre eux ces sau­ve­teurs déses­pé­rés ont dû être hos­pi­ta­li­sés – autant dire qu’ils ont peu de chance de sur­vivre.

 » Le pro­grès trans­for­mé en cime­tière »

«La leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise», s’indigne dans Libé­ra­tion [entre­tien avec Vero­ni­ka Dorman19/03/2011] l’ écri­vaine bié­lo­russe Svet­la­na Alexie­vitch, à qui l’on doit La Sup­pli­ca­tion, chro­niques du monde après l’apocalypse, ouvrage pro­pre­ment ren­ver­sant. Voi­ci ce qu’elle déclare à pro­pos des liqui­da­teurs japo­nais :

« Là aus­si, je vois beau­coup de res­sem­blance avec ce qui s’est pas­sé chez nous. La culture japo­naise est fon­dée sur le col­lec­tif, elle aus­si. L’individu en tant que tel n’existe pas vrai­ment, mais se recon­naît comme une par­tie d’un tout.

[…] « Je me suis ren­due sur l’île Hok­kai­do, au Japon, dans la cen­trale nucléaire de Toma­ri. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenêtre de mon hôtel. C’était une vision fan­tas­tique, un site cos­mique futu­riste au bord de l’océan. J’ai ren­con­tré des employés de la cen­trale, qui m’ont deman­dé de racon­ter Tcher­no­byl. Pen­dant mon récit, ils avaient des sou­rires polis, mani­fes­taient de la com­pas­sion. «Bien sûr, c’est ter­rible pour les gens, mais c’est la faute au tota­li­ta­risme. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre cen­trale est la plus exem­plaire, la plus sûre, tout est par­fai­te­ment étu­dié.» Face à cet orgueil tech­no­gène de l’homme, l’idée d’un pou­voir sur la nature, j’ai com­pris que la leçon de Tcher­no­byl n’avait pas été apprise par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cette fron­tière où, très clai­re­ment, nous ne pou­vons plus accu­ser per­sonne, ni le sovié­tisme ni le tota­li­ta­risme. L’homme doit recon­naître le carac­tère limi­té de ses pos­si­bi­li­tés. La nature est plus puis­sante, elle com­mence à se ven­ger dans un com­bat inégal. J’ai enten­du la même chose à Gre­noble, lors d’une ren­contre avec des spé­cia­listes fran­çais. «Chez nous, c’est impos­sible. Chez vous, à l’Est, où la vie tangue entre le bor­del et le bara­que­ment… » Avant l’explosion à Tcher­no­byl, l’académicien Ana­to­li Alexan­drov avait décla­ré que les cen­trales sovié­tiques étaient tel­le­ment sûres que nous pou­vions les construire sur la place Rouge. Éton­nant comme cette arro­gance des savants ato­mistes a pu sur­vivre si long­temps.

[…] « Rien ne change. Je viens d’arriver à Minsk pour apprendre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Rus­sie construise une cen­trale nucléaire en Bié­lo­rus­sie, à Ostro­vets, une zone dépeu­plée depuis un trem­ble­ment de terre de magni­tude 7, en 1909. Pen­dant que le monde entier est vis­sé aux écrans de télé­vi­sion pour suivre le désastre au Japon, les jour­naux de Minsk se féli­citent du deal avec la Rus­sie, de la future cen­trale qui sera «la plus sûre du monde». Iro­nie du sort, la Bié­lo­rus­sie, qui a le plus souf­fert de Tcher­no­byl, est en train de se lan­cer dans le nucléaire. Mieux : le chef de l’agence fédé­rale Ros­sa­tom, Ser­gueï Kirien­ko, se vante de voir la Rus­sie construire des cen­trales nucléaires off­shore, pour les vendre à l’Indonésie, au Viet­nam. Ima­gi­nez, dans l’océan, quelques dizaines de petites Hiro­shi­ma flot­tantes…

[…] « Nous ne savons tou­jours pas ce qui se passe vrai­ment sous le sar­co­phage de Tcher­no­byl. Seuls 3% des élé­ments conte­nus dans le réac­teur se sont dis­sous dans l’air. 97% y sont encore. Désor­mais, le régime poli­tique - tota­li­ta­risme ou libé­ra­lisme comme au Japon - n’a plus grande impor­tance. Ce qui en a, ce sont les rela­tions entre l’homme et les hautes tech­no­lo­gies dont dis­pose la socié­té.

[…] « Le monde n’a pas tenu compte de la pre­mière leçon ato­mique. La recherche sur les sources d’énergie alter­na­tive est encore l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le ratio­na­lisme est dans une impasse. D’où un sen­ti­ment sui­ci­daire. […] Le tsu­na­mi au Japon a trans­for­mé le pro­grès en cime­tière. »

> Sur la catas­trophe de Tcher­no­byl et ses causes, voir aus­si sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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