On n'est pas des moutons

Archive for février, 2011

Juppé, le cumulard qui s’égalomane à lui-même

Sarko n°2 menacé du dedans : le « Droit dans ses bottes » risque en effet de ne plus pou­voir les reti­rer pour cause d’enflures déme­su­rées des che­villes. Comme dirait l’humoriste qué­bé­cois Sol,  « je méga­lo­mane à moi-même  ». Bref, le Monde entier n’a qu’à bien se tenir !  Et nous autres, apai­sés, rou­piller sous nos épaisses couettes.

 


On peut tout dire, estime Faber

Rien à craindre, de nos jours. La liberté d’expression est sans limites. Enfin, dans les limites de la place disponible.

© faber


Il y a 30 ans, l’Espagne échappait à une nouvelle tentative fasciste

Il y a trente ans aujourd’hui, le 23 février 1981, une ten­ta­tive de coup d’État faillit faire replon­ger l’Espagne dans les affres du franquisme.

A 18h30 ce jour-là, le colo­nel de la Garde civile, Anto­nio Tejero Molina, fait irrup­tion à la tri­bune du Palais du congrès où sont réunis les dépu­tés espa­gnols pour élire le nou­veau chef du gou­ver­ne­ment. Tejero menace le pré­sident de l’Assemblée avec un revol­ver posé sur sa tempe. La scène est retrans­mise en direct à la télé­vi­sion. Les put­schistes veulent tout bon­ne­ment mettre fin à la démo­cra­tie. A Valence, le capi­taine Milans del Bossch a déjà sorti les tanks. A 1h15 du matin, le roi Juan Car­los ras­sure les Espa­gnols dans un dis­cours télé­visé. Il désap­prouve le coup d’État et en réfère à la consti­tu­tion. Un cabi­net de crise se met en contact avec les rebelles et obtient leur red­di­tion le 24 à midi.

Tejero sera condamné à 30 ans de pri­son. Incar­céré à la pri­son d’Alcalá de Henares, il béné­fi­cia d’un régime ouvert dès 1993, et fut libéré sous le régime de la liberté condi­tion­nelle en 1996. Depuis, il par­tage son temps entre Madrid et sa pro­vince natale de Málaga, où il contri­bue épi­so­di­que­ment à un quo­ti­dien local, Melilla Hoy.

Ce putsch dit du « 23 F. » fut la der­nière ten­ta­tive de coup d’état d’une armée qui en deux siècles avait tenté près de deux cents sou­lè­ve­ments… Le 23 février 1981, vit aussi s’affirmer la figure du roi Juan-Carlos, plus sub­til et fin poli­tique qu’on pou­vait alors le redou­ter – il avait été adoubé par Franco. C’est en par­tie grâce à lui que la démo­cra­tie espa­gnole, qui avait déjà un cadre ins­ti­tu­tion­nel voté en décembre 1978, fut non seule­ment sau­vée, mais naquit dans sa forme actuelle. Comme quoi la démo­cra­tie demeure tou­jours une idée fra­gile, qui demande les plus grandes attentions.


L’Europe et la Libye. Tripoli, Munich, Guernica…

Cet extrait vidéo ne dure qu’une minute, une minute de trop dans l’horreur des pro­pos de cet innom­mable des­pote, prêt à tuer encore et encore pour assou­vir sa démence. On s’était presque habi­tués aux révoltes quasi « nor­males », sans « trop » de vic­times. Ce qui s’est enclen­ché en Libye sus­cite les plus grandes craintes. D’autant que les réac­tions inter­na­tio­nales semblent tel­le­ment timo­rées. A com­men­cer par celles de notre gou­ver­ne­ment – mais là, on s’est vrai­ment habi­tués. Tant de com­pro­mis­sions pas­sées et si récentes avec tous ces régimes toxiques – pour reprendre un qua­li­fi­ca­tif finan­cier déjà effacé – ont semé assez de troubles dans les esprits accom­mo­dables, à l’éthique si élas­tique, au manque de droi­ture et de cou­rage, assez de déran­ge­ments pour para­ly­ser la moindre action.

La rébel­lion ver­bale d’un groupe de diplo­mates, publiée dans Le Monde> de ce jour, consti­tue un signe de plus attes­tant de la déli­ques­cence de ce régime à vau-l’eau, bal­lotté par les évé­ne­ments sur les­quels il n’a aucune prise – on appelle d’ailleurs ça la realt-politik, ici elle est éle­vée au rang des beaux-arts. Ce n’est évi­dem­ment pas un Ber­lus­coni qui va rele­ver le niveau euro­péen quant au drame libyen, ni s’agissant de l’histrion d’opérette, ni de la poli­tique de l’ancienne colo­nie sous per­fu­sion pétro­lière libyenne. Mer­kel y va de son cou­plet hor­ri­fié et Came­ron semble porté dis­paru. Ainsi l’Europe se trouve-t-elle une fois de plus sans voix, atten­dant sans doute les ins­truc­tions en pro­ve­nance d’outre-Atlantique.

Rien ne se répète jamais. S’il faut cepen­dant rete­nir les leçons de l’Histoire, je pense aux fameux accords de Munich. J’entends aussi la voix trem­blant, émou­vante certes, et dra­ma­ti­que­ment impuis­sante de Léon Blum renon­çant à l’intervention mili­taire contre l’Espagne fran­quiste. Je pense à ça et aussi, c’était écrit, à Guer­nica – à Guer­nica le vil­lage basque mar­tyre , et bien sûr au célèbre tableau de Picasso. Et j’ai peur pour la Libye, pour le peuple libyen livré à la folie meur­trière d’un monstre sans retenue.

Rue89 a mis en ligne les rares témoi­gnages par­ve­nant du pays quasi coupé du monde. Une Suisso-Libyenne vivant à Ben­ghazi, dans l’est de la Libye appelle au secours : «  On a filmé ! On a les vidéos ! Mais ils ont coupé Inter­net. Ils tuent n’importe qui, une petite fille de 7 ans, notre voi­sine, qui se ren­dait dans un maga­sin. A quoi ça sert main­te­nant d’avoir peur ? On a besoin des jour­na­listes ! Pour que le monde sache ce que fait Mouam­mar Kadhafi. Les gens disent : « Ou nous, ou lui ! Ou Kadhafi, ou le peuple ! » » .


Céline Bonacina au Moulin à jazz de Vitrolles. En plein jazz vivant

Dans l’étui de son saxo, elle pour­rait tenir… Je blague. Mais il s’agit tout de même d’un bary­ton. Et Céline Bona­cina taille plu­tôt alto, voire soprano. Et puis, après tout, puisqu’elle joue des trois et qu’ « aux âmes bien nées »… Tou­jours est-il qu’avec basse et bat­te­rie son trio a lit­té­ra­le­ment enflammé le Mou­lin à jazz de Vitrolles, samedi 12 février, comme rare­ment on l’avait vu dans ce lieu pour­tant peu fri­leux. Ten­tons des expli­ca­tions… sur Citi­zen Jazz. [Photo Gérard Tissier]


Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon « fils » de Khadafi !


Boillon défend Kadhafi (C+)
envoyé par LePostfr. — L’info inter­na­tio­nale vidéo.

Ça tourne au court-Boillon pour le toni­truant ambas­sa­deur de France à Tunis. Car, ce lundi, le site Le Post a déterré un extrait de novembre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-dessus] Boris Boillon défendre Kadhafi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Apha­tie pour que le diplo­mate recon­naisse le passé ter­ro­riste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas « lais­ser libre cours aux idées reçues » . Et de conclure, à pro­pos du diri­geant libyen:  « Dans la vie, on fait tous des erreurs. »

Rap­pe­lons aussi que le même super-Boillon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Kha­dafi lors de sa visite offi­cielle en France, en décembre 2007 – y com­pris donc les défi­lés du cor­tège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jar­dins de l’hôtel Mati­gnon.
Le « colo­nel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sar­ko­zyens, ainsi qu’on le voit éga­le­ment sur cette vidéo :


Super-Boillon à Tunis, ambassadeur et « philosophe »…

http://www.youtube.com/watch?v=SnuH0fuXcSg

« Je suis là pour vous expo­ser une phi­lo­so­phie… » « Je suis pour le contrat de confiance… » Ainsi cause le nou­vel ambas­sa­deur de la France, per­met­tez, entre Mon­sieur Homais et Mon­sieur Darty. Quel mépris que ce mec ! « Dégage, petit Sarko ! » lui a aus­si­tôt rétor­qué la rue tuni­sienne, sans craindre le pléo­nasme qui fait mouche. Le tout frin­gant ambas­sa­deur de France en Tuni­sie, le « Sarko-boy » Boris Boillon a été obligé de bouf­fer son cha­peau après son exploit du jour et pré­sen­ter son mea-culpa le soir même. Sur son site Twit­ter d’abord -« Vrai­ment désolé si j’ai pu offen­ser. Ce n’était pas mon inten­tion »-, et puis à la télé­vi­sion natio­nale tuni­sienne samedi soir. « Je pré­sente toutes mes excuses à tout le peuple tuni­sien, a déclaré l’ambassadeur décrié. « J’ai une éner­gie et une volonté bien déter­mi­née de pro­mou­voir des rela­tions bila­té­rales. J’ai été spon­tané plus que je n’aurais du l’être. Doré­na­vant je dois par­ler de manière plus polie ». Pré­ten­tion gou­jate et diplo­ma­tie, ça fait deux ; ce n’est pas à l’école de son men­tor qu’un tel gom­meux aurait pu apprendre ce b-a-ba, certes.

Ce qu’en dit sur son blog je jour­na­liste tuni­sien Allal Sahbi :

« J’ai écouté l’intervention en arabe, l’échange avec les jour­na­listes. La façon dont il fait ces­ser le dia­logue : “kha­lass !“ (un peu l’équivalent de “basta” en espa­gnol), est extrê­me­ment mépri­sante, auto­ri­taire et cassante. 

« Déjà, il ne fal­lait pas envoyer comme diplo­mate en Tuni­sie un type qui a aussi chau­de­ment appré­cié l’intervention US en Irak. Regar­dez plus bas d’ailleurs, pas un mot sur les vic­times humaines. Pas un mot  de com­pas­sion, pas de place pour l’humain. Il ne sait par­ler qu’en mil­lions et mil­liards de dol­lars, en parts de mar­ché, c’est vrai­ment hon­teux, indé­cent !!!  Pas­cal Boni­face l’a très heu­reu­se­ment épin­glé au sujet de ses prises de posi­tions en Irak

Devant l’ambassade de France à Tunis, 20/2/11

« Ensuite, il est super­flu d’être ara­bo­phone quand on fait montre d’autant de mépris. Il vaut mieux quelqu’un qui ne parle pas un mot d’arabe, mais qui ne méprise pas à ce point ses inter­lo­cu­teurs, et tout le peuple.

Il est dans la droite ligne du trop fameux “dis­cours de Dakar” : tout dans l’arrogance, la condes­cen­dance et le mépris.
.  Il se qua­li­fie de pur  pro­duit “Sarko”, ce en quoi il a par­fai­te­ment rai­son.[…] Ce sar­ko­boy 2.0, sou­vent pré­senté comme un James Bond de la diplo­ma­tie aura fort à faire pour redo­rer l’image de la France, démi­ner le ter­rain poli­tique et retis­ser des liens avec la société civile. Sans comp­ter la réor­ga­ni­sa­tion d’un outil diplo­ma­tique qui a mon­tré beau­coup de fai­blesses au moment de la révolte tuni­sienne.
Il incarne le pro­to­type de l’homo diplo­ma­ti­cus moderne sous l’ère Sarkozy. »



Un « néo­con » à la fran­çaise ?

 Ancien ambas­sa­deur de France auprès des Emi­rats Arabes Unis, éga­le­ment en poste en Soma­lie, et en Tuni­sie, auteur du livre « Les Voies de la diplo­ma­tie », Charles Cret­tien a ainsi exprimé ses réti­cences dans une tri­bune au Monde  : « On ne nomme pas un ambas­sa­deur comme on nomme un pré­fet. La diplo­ma­tie est un dia­logue avec un pays étran­ger, son gou­ver­ne­ment et son chef d’Etat. La nomi­na­tion de Boris Boillon comme ambas­sa­deur de France est la néga­tion de ce prin­cipe élé­men­taire, elle est donc cho­quante voire dan­ge­reuse pour les rela­tions à venir entre Paris et Tunis ».



Pub. Enfin, le voyagiste de vos rêv’olutions !

Cli­quez sur l’image pour faire le choix de votre pro­chaine des­ti­na­tion (de rêv’olution)


Mon Œil. La pièce maîtresse

Puzzle. Vide-grenier, Venelles (Bouches-du-Rhône), 2011. Vu par gp ©




France-Égypte. En langue diplo « Casse-toi, pauvre con ! » = Dégage, le prof’ !

Écran de « BFM-TV ». Visage flouté par mes soins, même si ce n’est pas le cas ailleurs…

Un citoyen fran­çais ne dit pas de gros mots en public et les écrit encore moins. Sur­tout sur une pan­carte dans une manif, place de la révo­lu­tion au Caire, par exemple. Et que, de sur­croît, le gros mot consti­tue un emprunt – non auto­risé (est-il déposé, au fait ?) – au pré­sident de la Répu­blique. Pour une telle faute, ce pro­fes­seur du lycée fran­çais du Caire a été rapa­trié par le Quai d’Orsay, vous savez, le minis­tère d’Alliot-Marie qui, elle, sait cau­ser comme il faut, à un dic­ta­teur par exemple, his­toire de lui remon­ter le moral en des temps aussi éprou­vants, de lui pro­po­ser un coup de savoir-faire bien de chez nous, de le remer­cier pour son sens de l’accueil et l’infinie obli­geance de ses rela­tions.Un fonc­tion­naire, sauf ministre, ne peut que la bou­cler face à un évé­ne­ment his­to­rique dont lui à le sens d’en mesu­rer la portée.

Donc, mardi 1er février, jour de la mani­fes­ta­tion « du mil­lion » en Égypte, ce pro­fes­seur au lycée fran­çais du Caire se pré­pare à aller suivre le ras­sem­ble­ment prévu sur la place Tah­rir. « Alexandre [c’est ainsi que le désigne Télé­rama, qui a révélé l’affaire] est marié à une Égyp­tienne, il a deux enfants, il connaît l’Egypte et le régime liber­ti­cide de Mou­ba­rak comme sa poche.

« Membre de l’Association démo­cra­tique des Fran­çais à l’étranger (ADFE), Alexandre n’est pas insen­sible aux thèses des révo­lu­tion­naires égyp­tiens. Dans les pré­cé­dentes mani­fes­ta­tions, il a vu les slo­gans qui fai­saient réfé­rence à la révo­lu­tion tuni­sienne, les « Dégage Mou­ba­rak ! », en fran­çais dans le texte. Il décide de concoc­ter sa propre pan­carte et écrit sur son pan­neau ces quatre fameux mots pré­si­den­tiels : « Casse-toi pauvre con ! »

« Dès le ven­dredi qui suit son audace, le pro­fes­seur est convo­qué par l’ambassade. Il doit être puni. Il faut faire un exemple, décou­ra­ger les vel­léi­tés pro-révolutionnaires des autres expa­triés. Alexandre est rapa­trié à Paris dès le samedi matin, « pour sa sécu­rité ». En France, il est menacé de rétro­gra­da­tion. Il s’en sort avec un blâme.

Le Quai d’Orsay lui a d’abord fait com­prendre qu’il pour­rait ren­trer en Egypte et retrou­ver sa famille l’été pro­chain, après son départ à la retraite. Mou­ba­rak ayant quitté le pou­voir, il pour­rait ren­trer plus tôt. »

Le 2 février, j’apprends en écou­tant France Culture qu’un géo­graphe fran­çais du CNRS a été prié de ne pas cau­ser dans le poste… Il s’agissait d’une émis­sion scien­ti­fique autour du thème : «  Les ter­ri­toires de la révo­lu­tion au Caire et en Egypte ».

J’adore quand on conti­nue à acco­ler au mot France le cli­ché de «  pays des droits de l’homme ».


Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­naires qui secouent le monde arabe nous ques­tionnent à bien des égards. On ne manque pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie semble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opi­nions », et autres fleu­rissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plai­sir n’est pas mince pour qui­conque se pré­oc­cupe du bien-être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inutile de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tuni­siens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lutté contre la tyran­nie avec une telle éner­gie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde glo­ba­lisé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aussi bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sentent des don­nées socio­po­li­tiques plus com­pa­rables. Mais restons-en à la pre­mière hypo­thèse qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoani San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes pré­cé­dents articles, via la case de recherche ci-contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette photo de la fameuse place Tah­rir enva­hie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tah­rir, une phos­pho­res­cence rou­geoyante entre­cou­pée par les flashs des appa­reils photo et la lueur des écrans de télé­phones por­tables. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­senti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­nière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient sou­dain libé­rées d’un énorme far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai senti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé piraté d’un poli­cier cyber­né­tique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de craindre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner rendez-vous pour secouer les contrôles éta­tiques, par­ti­sans et idéo­lo­giques. En lisant les paroles du jeune Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­mettre ou non de nous connec­ter à la toile. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­pole de l’information, à régu­ler ce qui nous arrive et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­te­nant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cybers­pace nous rap­proche de Tah­rir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démissionne. »

[Tra­duit par Jean-Claude Marouby – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sage de Yaoni San­chez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre photo, celle d’un de ces ras­sem­ble­ments monstres orga­ni­sés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gères illu­sions de l’Histoire.

Cin­quante ans après sa révo­lu­tion, le peuple cubain ne s’est tou­jours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appe­lant à des ana­lyses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Paolo Fresu à Aix. Un jazz « terriblement d’accord »…

Fau­drait être mau­vais cou­cheur pour ne pas appré­cier un concert comme celui donné le 8 février au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence par Paolo Fresu et son quar­tette. Ce fut donc un bon concert. Pas­ser un bon moment, après tout, ce n’est pas rien, par ces temps si secoués et incer­tains. Et le jazz là dedans ? Ben oui, voilà ze question.

Suite à lire et voir sur Citi­zen­Jazz, làhttp://www.citizenjazz.com/Paolo-Fresu-quartet-a-Aix-en.html


Égypte. Fillon rend hommage au « courage » de Moubarak !

La poli­tique étran­gère de ce gou­ver­ne­ment est déci­dé­ment cala­mi­teuse. A peine dans arrivé dans les eaux de la mer Rouge – sur le « De-Gaulle » en plus –, Fran­çois Fillon n’a rien trouvé de plus urgent que de rendre hom­mage… à son cher ami Mou­ba­rak –  comme quoi vacances et gra­ti­tude obligent:

« Je tiens à rendre hom­mage à cette déci­sion cou­ra­geuse de quit­ter le pou­voir, déci­sion qui répond aux fortes aspi­ra­tions du peuple égyp­tien à la démo­cra­tie, à la liberté, à la dignité », a-t-il pré­cisé, repre­nant la posi­tion expri­mée la veille par l’Elysée, avant de rendre un hom­mage à l’action pas­sée du « raïs » : « C’est aux Egyp­tiens qu’il revient d’apprécier l’action d’Hosni Mou­ba­rak et la trace qu’il lais­sera dans l’histoire de son pays, mais per­sonne ne pourra contes­ter la contri­bu­tion qu’il a appor­tée à la cause de la paix dans la région. »

On ne rêve pas. Il est bien ques­tion du cou­rage de quit­ter le pou­voir… Du cou­rage à s’y cram­pon­ner, à la rigueur ! Pas du cou­rage de ces Égyp­tiens à avoir ris­qué leur vie durant trois semaines en affron­tant les sbires dudit « raïs » ; ni du cou­rage quo­ti­dien qu’il aura aussi fallu oppo­ser à ces trente années d’oppression, sans par­ler du demi-siècle de sys­tème post-colonial. Non, le peuple, lui, n’avait que de « fortes aspi­ra­tions  »…

Le pre­mier ministre est en visite offi­cielle en Ara­bie saou­dite et aux Émi­rats arabes unis – des régimes cou­ra­geux… Mais il a un mot d’excuse, il est en mis­sion de VRP : vendre du TGV et du Rafale. Et pour­quoi pas aussi du « savoir faire » poli­cier ou mili­taire fran­çais, vu le vent mau­vais qui agite le monde arabe ?…

aaaaaaaaaaaaa
PS 1. Ah, M. Fillon, si vous pas­sez par Riyad, n’ayez pas l’ingratitude de ne pas saluer Ben Ali. L’ami de la France et de MAM serait réfu­gié avec sa famille dans la capi­tale saoudienne.

PS 2. ÉGYPTE : Un mili­taire chasse l’autre. Il faut donc veiller au plus près à la suite. D’autant plus quand c’est aussi l’armée qui dégage les bar­ri­cades et net­toie la place de la Libération…


  • Twitter — Gazouiller

  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
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