On n'est pas des moutons

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Gaza. «Un scandale du point de vue moral et un acte criminel» s’indigne Ban Ki-moon

Il existe, hélas, des chirurgiens qu’on qualifie de bouchers. Parce qu’ils ne sont pas dignes de leur métier consistant par principe à soigner, ou à tenter de le faire, au mieux de son savoir et de son éthique. C’est même injuste de comparer ceux-là à des bouchers, infâmant à l’égard de ceux-ci qui, le plus souvent, font bien leur métier, c’est-à-dire avec conscience et l’amour du travail bien fait.

En fait, je parle ici, pour les dénoncer autant que je peux, avec le souci du travail bien fait de l’informateur-citoyen indigné : je ne parle pas à la légère d’impressions subjectives. Je dénonce avec rigueur et détermination ces mauvais et terrible bouchers militaires agissant au nom d’Israël et sous couvert de «frappes chirurgicales»,  non plus seulement pour se défendre donc, mais désormais pour se venger et causer du mal, du grand mal, du terrible mal : de la mort, de la douleur, de la misère. L’abomination.

Voilà ce que j’entends ce matin dans le poste, puis ce que je lis :

Après un nouveau bombardement sur une école de l’ONU, qui a tué au moins dix Palestiniens, Israël fait face à l’indignation internationale, alors même que l’Etat hébreu  opérait dimanche un début de retrait de ses troupes au sol dans la bande de Gaza. En guise de défense, l’armée israélienne a déclaré qu’elle avait «pris pour cibles trois terroristes du Djihad islamique […] à proximité d’une école de l’UNRWA [Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient] à Rafah» et qu’elle examinait les «conséquences» de cet acte, sans en reconnaître formellement la responsabilité. Au vingt-septième jour de conflit, 71 personnes ont péri dans le seul secteur de Rafah, à la suite du pilonnage intensif de la ville, selon les services de secours locaux. C’est la troisième fois qu’une école de l’ONU est ainsi touchée, après les bombardements visant Beit Hanoun et Jabaliya, les 24 et 31 juillet, qui ont fait une trentaine de morts, alors qu’Israël affirme procéder à des frappes «chirurgicales» (C’est moi qui souligne). «C’est un scandale du point de vue moral et un acte criminel», ainsi qu’une «nouvelle violation flagrante du droit humanitaire international», s’est indigné le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, principaux alliés d’Israël, se sont dits «consternés» par un «bombardement honteux». Face au tollé international, Israël a annoncé une trêve de sept heures ce lundi, entre 9 heures et 16 heures, heure française). Le cessez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affrontements continuent. [lemonde.fr]

Le coup des « frappes chirurgicales », on connaît ! Côté « chirurgiens-bouchers », on a été servis avec George W. Bush en Irak et pour venger le 11 septembre. On a vu, on voit le résultat !

Qu’espère donc ce gouvernement ultra de « néo-conservateurs » israéliens ? Justement, à quelle espérance pourrait-il prétendre encore ? En la paix ? En la sécurité ? En la dignité ? En la divinité – pendant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quelle peut bien être la hiérarchie des valeurs qui déterminent les antagonismes meurtriers de ce conflit séculaire (millénaire ?) ? Car il ne saurait être question, dans ce dérèglement monstrueux, d’absoudre les extrémistes de l’autre bord, les islamistes. La partie archaïque des « frères ennemis » remontant aux mythes fondateurs des deux systèmes théocratiques, on peut se demander en quoi et comment des aménagements « modernes » pourraient conduire à la paix sans éradiquer – à la racine – cette pathologie ?

« Aménagements modernes », autrement dit : le partage des territoires tel qu’il fut en principe décidé et acté par les accords internationaux, estampillé par l’ONU, etc. – et aussi peu respecté que toujours bafoué ; donc l’établissement de frontières communes entre deux États reconnus, à commencer par eux-mêmes ; donc une coopération économique basée sur les partages équitables de l’eau et des richesses du sous-sol, dont le pétrole (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une utopie totale, stérile, venant se fracasser contre ce mur – au propre comme au figuré – dressé entre Yahvé et Allah, au nom du monothéisme… qui postule l’existence d’un Dieu unique !

Si, comme je le pense, les hommes ont inventé les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direction d’une Humanité digne de ce nom devrait viser l’affranchissement des croyances ancestrales. Mais nous touchons là à un processus relevant du temps long de l’évolution. Processus de l’évolution dont on sait, depuis Darwin notamment, qu’il dépend à part inégales et aléatoires du hasard et de la nécessité. La tâche est donc rude pour l’Homo sapiens de s’ériger [erectus] en sage. Voir à ce propos la notice littéralement renversante de Wikipedia consacrée aux actuels conflits dans le monde. Où l’on découvre deux tableaux (et quels tableaux !) dressant la litanie des guerres à l’intérieur de l’espèce humaine, classées (par commodité…) entre celles qui causent plus ou moins d’un millier de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Liste des guerres modernes ». En voici un aperçu illustré :

carte-conflits-monde

carré marron – difficultés politiques
carré bleu – conflits en cours de résolution
rond vert – zones de tension
étoile noire – tensions ethniques ou civiles
losange rouge – zones de guerre •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brauman — Régis Debray — Christiane Hessel — Edgar Morin viennent d’adresser, via Le Monde de ce jour, un appel à Hollande, en gros pour qu’il se bouge le cul sur le drame de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon genre ? [On peut rêver…].  En attendant, cet appel se trouve ci-dessous :

Appel à Hollande 4:8:14


Gaza. «Une nuit ‘particulièrement’ meurtrière…» Un silence ‘particulièrement’ assourdissant

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Je reçois ça du «Monde» ce matin, par internet… La routine, si ce n’est l’adverbe : «particulièrement». Avant ça, non, de la rigolade. On monte donc d’un cran. Dérisoire. Il est des moments où cette pseudo neutralité journalistique constitue un outrage au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille nécessairement prendre parti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hurler à la paix ! Interpeller sans relâche les «grands» du Monde, invoquer la Paix, à la Jaurès, se lever sur toutes les tribunes possibles pour faire arrêter le massacre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Voyez cette insoutenable photo ci-dessus. Comment justifier ce qui l’a provoquée ? La hargne de destruction, la… solution finale ? Je sais, Israël est agressé, menacé, nié par une horde de tueurs fanatiques. Oui mais, les autres… Ne cherchons pas ici à remonter aux sources de l’indémêlable conflit entre territoires, entre monothéismes et dominations économiques. Les extrémismes sont indéfendables, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que protestent, que proposent, que «agissent» nos causeurs sans cause, nos pacifistes sans paix, nos politiciens sans politique ?

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Compter les victimes. Les infographes ont renoncé à l’image des plateaux de la balance…

Tandis qu’ici, contraints au spectacle médiatique, à compter les morts, impuissants ou tout juste autorisés, sauf interdiction, à quelque manif’ de rue par un gouvernement foncièrement lâche, sans engagement ni parole – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplomatique. Hollande, Valls, Fabius, brochette de la honte.

Donc, on célèbre «Quatrorze», la «Grande Guerre». On fait retentir le tocsin, vibrer les clochers et, au fond, glorifier Clémenceau plutôt que Jaurès – la défaite de la Paix sur la «Victoire», quitte à remettre «ça» vingt ans après.

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Venelles, 2/8/14 .Comme en Quatorze. (Ph. gp)

Et ces combattants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueule – à repartir comme en Quatorze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nouvelle salve de violences vient d’éclater entre Israël et la Palestine et une fois encore, des enfants meurent. Les seuls appels au cessez-le-feu ne marchent pas, nous le savons. Il est temps de lancer des actions non-violentes pour mettre fin une fois pour toutes à des décennies de cauchemar.

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Ph. Avaaz

Nos gouvernements ont échoué — tout en négociant la paix et en adoptant des résolutions à l’ONU, ils continuent, via leurs entreprises, à financer, à tirer profit et à investir dans la violence. La seule manière de mettre un frein à ce cercle vicieux de confiscation des terres des familles innocentes, de punitions collectives, de lancement de roquettes du Hamas, et de bombardements sur Gaza est de rendre le coût économique du conflit insoutenable.

Nous savons que ça marche — la directive européenne empêchant le financement des colonies illégales avait causé un séisme au sein du gouvernement israélien. La décision du fonds de pension néerlandais PGGM de se retirer des colonies illégales suite à un appel citoyen avait également créé une tempête politique.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne mettra certainement pas fin aux tueries, mais l’Histoire nous a montré que souvent, le chemin de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cliquez sur le lien pour exhorter six banques, fonds de pension et entreprises à mettre un terme à ces investissements — si nous réussissons à faire monter la pression, ces établissements pourraient se retirer, cela porterait un coup à l’économie israélienne, et nous pourrions déjouer les calculs politiques des extrémistes qui profitent politiquement de l’horreur:

Lors des cinq dernières semaines, trois adolescents israéliens ont été assassinés en Cisjordanie, un jeune palestinien a été brûlé vif, un adolescent américain a été brutalement frappé par la police israélienne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israéliens. Ce n’est plus “le conflit israélo-palestinien”, c’est une guerre contre les enfants. Et nous sommes en train de devenir insensibles à cette ignominie. Des médias font passer cette guerre pour un conflit insoluble entre deux belligérants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les attaques des extrémistes palestiniens contre des civils innocents doivent être condamnées et cesser, mais c’est la spoliation du peuple palestinien qui est à la racine du conflit. Israël occupe, colonise, bombarde, attaque et contrôle l’eau, le commerce et les frontières d’un État libre et reconnu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus grande prison à ciel ouvert du monde, puis lui a imposé un blocus. Aujourd’hui, alors que les bombes pleuvent, les familles n’ont aucun endroit où se réfugier.

Ce sont des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine? Il y a cinquante ans, Israël et ses voisins arabes sont entrés en guerre et Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza. Occuper un territoire après une guerre est chose commune, mais aucune occupation militaire ne devrait se transformer en des dizaines d’années de tyrannie, qui ne profite qu’aux extrémistes qui prennent les innocents pour cible. Et qui souffre? La grande majorité des familles des deux côtés, des familles aimantes qui ne veulent que la liberté et la paix.

Pour un certain nombre de personnes, en particulier en Europe et en Amérique du Nord, appeler les entreprises à retirer leurs investissements en cessant de financer ou de participer à l’occupation israélienne en Palestine semble partial. Mais ce n’est pas le cas — c’est la stratégie non violente la plus efficace pour mettre fin aux cycles de violence, assurer la sécurité d’Israël et obtenir la liberté pour les Palestiniens. La Palestine est minuscule à côté de la puissance et de la richesse d’Israël. Si cette dernière refuse de mettre fin aux occupations illégales de terres palestiniennes, le monde doit agir pour en rendre le coût insupportable.

ABP, le fonds de pension néerlandais, investit dans les banques israéliennes qui financent la colonisation de la Palestine. D’énormes banques comme Barclays financent les fabricants d’armes israéliens et d’autres entreprises [dont Veolia] qui fleurissent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hewlett-Packard fournit des systèmes de surveillance sophistiqués pour contrôler les mouvements des Palestiniens. Et Caterpillar produit des bulldozers qui sont utilisés pour détruire des maisons et des fermes palestiniennes. Si nous lançons le plus grand appel jamais vu pour exhorter ces entreprises à se retirer, nous montrerons que le monde ne veut plus être complice de ce bain de sang. Les Palestiniens appellent le monde entier à soutenir cette action et les Israéliens progressistes la soutiennent également. Rejoignons-les!

Une pétition à signer ici.

Notre communauté se rassemble pour offrir la paix, l’espoir et le changement dans certains des conflits les plus durs au monde. Souvent, cela signifie prendre position pour attaquer le problème à la racine. Pendant des années, notre communauté a cherché une solution politique à ce cauchemar, mais avec la nouvelle vague d’horreur qui déferle sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les arguments économiques pour mettre un terme à l’horreur pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Avec espoir et détermination,

Alice, Fadi, Ben, Laila, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majorité de l’UE déconseille le commerce avec les colonies israéliennes (Euractiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israéliens et les Palestiniens sont en faveur de la paix mais n’ont guère d’espoir (Gallup — en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colonies israéliennes : le Quai d’Orsay met en garde les investisseurs français (France 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. «Notre misérable État juif», par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Article de Gideon Levy, publié dans Haaretz, le 6 juillet 2014 [1]. Traduction SF pour l’UJFP (Union juive française pour la paix), diffusé par la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon.

Les jeunes de l’État juif attaquent des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, exactement comme les jeunes chez les gentils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répandant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur diabolique sans précédent. Des inconnus de l’État juif sur une base purement ethnique. Ce sont les enfants de la génération nationaliste et raciste – la descendance de Netanyahou.

Depuis cinq ans maintenant ils n’ont entendu qu’incitations, propos alarmistes et suprématie sur les Arabes de la part du véritable instructeur de cette génération, le premier ministre Benjamin Netanyahou. Pas un mot d’humanité, de compassion ou de traitement égal.

  Maintenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de compassion et de sentiments humains que pour les Juifs, des droits uniquement pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont grandi dans le contexte de la revendication provocante de reconnaissance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclusions qui s’imposent. Avant même la délimitation de ce que signifie « État juif » — sera-ce un État qui met les tefilin (phylactères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfermés dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux chambranles des portes d’entrée), sanctifie des sortilèges, ferme le jour de Shabbath et observe strictement les lois de la cashrout – les masses ont compris.

La foule a d’emblée intériorisé la véritable signification : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au centre de détention de Holot dans le Néguev et celui des Palestiniens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condition qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de constitution, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la présidente de l’Assemblée de la Knesset, Ruth Calderon (du parti Yesh Atid – inutile de préciser que c’est le « centre » de l’échiquier politique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, bouleversé, d’une visite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été massacré, et le sermonne cyniquement sur le thème qu’il doit aussi faire référence aux trois jeunes Juifs massacrés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démolition de la maison de la famille d’un homme suspecté de meurtre avant même qu’il ne soit condamné. Un État juif édicte des lois racistes et nationalistes. Les médias d’un État juif se complaisent sur le meurtre de trois étudiants de yeshiva et ignorent presque complètement le sort de plusieurs jeunes Palestiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, généralement sans raison.

Personne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit international ni des conventions internationales. Dans l’État juif, il n’y a de compassion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nouvelle génération qui grandit sous sa coupe est dangereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanyahou est son ministre de l’éducation ; les médias militaristes et nationalistes font office de poème pédagogique ; le système d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nouvelle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais rencontré son homologue palestinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un animal sauvage, qu’il a seulement l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un terroriste.

Il sait qu’Israël n’a pas de partenaire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a ententu un nombre incalculable de fois de la part de Netanyahou, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et du ministre de l’Économie, Naftali Bennett. De la bouche de Yair Lapid il a entendu qu’il y a des « Zoabis » – en référence condescendante à la députée de la Knesset Haneen Zoabi (du parti Balad).

Etre de gauche ou désireux de justice dans l’État juif est considéré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démocratie pour diabolique. Dans un État juif – dont rêvent non seulement la droite mais le supposé centre gauche incluant Tzipi Livni et Lapid – la démocratie est floue.

Le principal problème de l’État juif ce ne sont pas les skinheads mais les embobineurs moralisateurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les marginaux mais le courant principal qui est en partie nationaliste et en partie indifférent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont manifesté avec Martin Luther King ou fait de la prison avec Nelson Mandela. L’État juif, qu’Israël veut absolument faire reconnaître par les Palestiniens, doit d’abord se reconnaître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine terrible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, nationaliste, conçu uniquement pour les Juifs.

–––

[1] “Our wretched Jewish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre…


«Les Juifs» selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

Desproges: «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle?» «On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.»

Quand Pierre Desproges – il y a une vingtaine d’années – s’est commis avec son fameux sketch intitulé «Les Juifs», la France n’en fut nullement retournée. Aujourd’hui que Dieudonné a mis le feu aux poudres, les meutes antisémites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Daylimotion qui héberge les sketches de Desproges. Au point que le site a dû fermer le robinet des commentaires.

Que s’est-il passé durant ces deux décennies ? À l’évidence, le contexte a changé. Extension des communautarismes, notamment religieux ; attentats du 11 septembre 2001, guerres d’Afghanistan, du Proche et Moyen Orient ; impasse palestinienne surtout et colonisation israélienne. Autant de faits réels, objectifs, pourtant déniés dans la plupart des débats actuels autour de ces questions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Frédéric Taddeï  «Ce soir ou jamais» où, dès le début, le mot «Palestine» déclenchait  hostilité et clivage entre les intervenants.

Certes, Desproges et Dieudonné s’opposent comme le jour et la nuit. Le premier pratique une distanciation humoristique affirmée – à condition toutefois d’adhérer à ses codes et à cette distance ; en quoi le risque existe toujours. L’autre, à l’inverse, barbotte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le premier et le ixième degré. Quand il ne sombre pas carrément dans l’abjection. Ainsi, dans une telle confusion, son public trouve  assez « à boire et à manger » pour ne pas s’embarrasser d’un quelconque distinguo entre antisionisme et antisémitisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesurer cet écart qui marque pesamment deux époques, revoici donc «Les Juifs» par Pierre Desproges, version vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce geste, dit de la quenelle, devenu symbole de la «Dieudosphère», Dieudonné l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste «antisioniste» qu’il conduit aux européennes.

L’ «affaire Dieudonné» est en passe d’empoisonner notre espace du «vivre ensemble». Cette belle idée – illusoire ? – montre bien sa fragilité face à la brutalité des croyances, des certitudes et autres convictions – ces convictions que Nietzsche dénonçait comme «des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » Antisioniste revendiqué, antisémite masqué, Dieudonné provoque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses propos lui valent plus encore de réprobations morales que de condamnations pénales, tandis que ses spectacles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refusées), en dépit d’une omerta médiatique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa personne, de ses prestations et de ses fréquentations – Faurisson, Le Pen, Soral, Meyssan, Chavez, Ahmadinejad… Alors pourquoi ? Tentatives d’explications autour de quelques questions dont celle-ci, sans réponse, lancée à la radio par le directeur du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin : «Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ?»

À cause du petit mouton contrariant qui préside aux destinées de ce blog… je suis amené à revenir sur ce qu’on peut désormais appeler « l’affaire Dieudonné ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davantage, ainsi que s’y emploient les politiciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cependant, petit mouton oblige, je voudrais y revenir à contre-courant de la marée dominante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce terrain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus précis. Donc, vendredi matin, dans le poste (France Culture), j’entends Laurent Joffrin (du Nouvel Obs, qui fait sa couverture sur qui ?) résumer l’affaire à sa façon, selon son habituel ton débonnaire, frappé au coin du bon sens et parfois de la courte vue. Ainsi : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ? Rien, évidemment, ils s’en foutent […] Ils ont protesté quand Dieudonné a fait un sketch antisémite. C’est ça le crime initial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en quatre minutes de chronique, on peut à peine plus finasser qu’en cent quarante signes sur Twitter… Pas une raison pour sauter à pieds joints sur des questions fondamentales qu’appellent des sujets de société fondamentaux. Et Joffrin enjambe allégrement la faille de sa courte pensée : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. » Il minimise en fait, tout en y recourant, l’importance de cet adverbe fondamental : pourquoi ? N’est-ce pas le sel-même du journalisme et, au delà, de toute soif de comprendre. Alors : pourquoi Dieudonné a-t-il la haine des Juifs ? Pourquoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évidemment » répond Joffrin. L’évidence, c’est bien le contraire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expliqué – dé-compliqué. J’aimerais passer un moment avec Dieudonné [Article documenté sur Wikipedia]. Sûrement pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui poser quelques « pourquoi ? ». Des questions qui tourneraient autour de celle-ci, en effet fondamentale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais question que je me garderais de lui opposer au préalable comme une pique provocante. Il y a chez Dieudonné, bien sûr, « matière à creuser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa naissance, mère bretonne, père camerounais. Un métis, ce cousin du métèque. Un frustré sans doute, un révolté, voire un indigné, comme tant de jeunes peinant à se percevoir comme Français à part entière, à cause de la discrimination sociale et du racisme. À cause aussi de l’Histoire et du passé colonial dont il a fini par prendre fait et cause. Une prise de conscience qui l’a sans doute fondé dans son devenir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard critique pouvant aller jusqu’à l’acidité et la méchanceté. De l’ironie à la haine, la voie est parfois étroite. Puis le succès de scène, l’adulation d’un public séduit, pas toujours « éduqué » car socialement marginalisé, réceptif aux idées courtes, pourvu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo politiquement « équilibré »; leur rupture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la radicalisation dans laquelle le ressentiment tient lieu d’argument idéologique, à preuve cet « antisionisme » dont l’ambivalence d’usage (double dimension : historique et sémantique, dans un jeu perfide masquant sa nature antisémite) permet d’euphémiser le rejet des Juifs comme fauteurs universels, cause de tous les maux du monde des rejetés et surtout des frustrés. D’où le recours à l’antienne du « lobby juif, » puis à la théorie du Complot qui permet d’« expliquer bien des choses cachées et des mystères » et d’alimenter cette filandreuse notion de « système » qu’on retrouve aux extrêmes, gauche et droite, des idéologies. (Lire la suite…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre monde part en miettes. Vers où se tourner pour y puiser quelque espoir de mieux ? À l’inverse des prophètes de l’apocalypse, Edgar Morin fait partie de ces rares penseurs qui refusent la fatalité. Ce qui ne lui interdit pas la lucidité, bien au contraire ! Dans sa remarquable conférence prononcée le 16 décembre à l’iInstitut du monde arabe, à Paris, il n’élude aucune des complexités – un terme qui lui est cher – caractérisant tout le bassin de la Méditerranée. Et en particulier ce qu’il a appelé «le cancer» pour désigner la situation de la Palestine. Une lucidité qui met en cause la politique coloniale de l’État d’Israël, au point de s’être fait accuser d’antisémitisme !

Cette conférence est intégralement accessible ci-dessous. C’est un grand moment d’histoire, de culture, d’analyse. C’est aussi un exploit quasiment sportif, s’agissant d’un athlète de 92 ans parcourant, sans notes, un marathon de la pensée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis alerte, parce que l’Europe tend à se détourner de la Méditerranée au moment où justement en Méditerranée s’accroissent les problèmes et périls.

Les processus de dislocation, dégradation, renfermement qui se développent un peu partout affectent particulièrement la Méditerranée.

Plus encore : la mer de la communication devient la mer des ségrégations, la mer des métissages devient la mer des purifications religieuses, ethniques, nationales.

Les grandes villes cosmopolites, véritables «cités-monde», creusets de la culture méditerranéenne se sont éteintes les unes après les autres dans la monochromie: Salonique, Istambul, Alexandrie, Beyrouth. Sarajevo agonise.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tournant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détournée des problèmes fondamentaux de la Méditerranée qui la concernent vitalement. L’économie européenne s’est tournée vers les marchés potentiels de l’est, regardant au delà l’énorme marché chinois. La Méditerranée est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud européen, particulièrement de l’Arc Latin, n’ont pas élaboré une conception commune pour une politique méditerranéenne.

L’Europe ouverte tend à redevenir l’Europe du rejet. Au moment où avaient commencé les processus d’intégration européenne de l’Islam, posthumes comme en Espagne qui réintègre en son identité, son passé maure, modernes comme en France et en Allemagne avec les immigrés maghrébins et turcs, voilà que revient le vieux démon européen: refouler, exclure l’Islam. L’offensive serbe en Bosnie n’est pas seulement un accident, elle est la poursuite d’une reconquête.

Partout, le partenaire nécessaire est de plus en plus considéré comme l’adversaire potentiel et cela de chacun des quatre cotés de la Méditerranée: nord sud et est ouest.

La Méditerranée s’efface comme dénominateur commun.

Nous pouvons aujourd’hui espérer, sans certitude aucune, en une progressive pacification au Moyen-Orient, notamment par l’accession de la Palestine à l’indépendance nationale, mais le trou noir géo-historique y demeure(…)
Pourrons-nous sauver la Méditerranée? Pourrons nous restaurer mieux développer sa fonction communicatrice? Pourrons-nous remettre en activité cette mer d’échanges, de rencontres, ce creuset et bouillon de culture, cette machine à fabriquer de la civilisation ?

Il y a des solutions économiques, mais les solutions seulement économiques sont insuffisantes et parfois font problème: ainsi le FMI met les États dans la nécessité d’obéir à ses exigences pour avoir des crédits, mais aussi dans la nécessité de leur désobéir pour éviter le clash politique et social (…). Il faut du développement, mais il faut aussi entièrement repenser et transformer notre concept de développement lequel est sous-développé. Ainsi il n’y a pas que l’économie industrielle à installer, il y a aussi à réinventer une économie de convivialité.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de «Marseille-Provence 2013 » avec l’État d’Israël

Le gouvernement israélien a décidé de faire de Marseille capitale européenne de la culture un outil pour « modifier son image ». Un certain nombre de citoyens, parmi lesquels des artistes, responsables de structures culturelles ou d’édition, solidaires du peuple palestinien, refusent de cautionner une telle opération de propagande. Ils ont signé et lancé un appel de protestation contre cette manœuvre de séduction.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de responsables de structures culturelles, de spectateurs, solidaires du peuple palestinien

« A l’occasion de « Marseille capitale européenne de la culture 2013 », le Consulat d’Israël à Marseille a organisé la venue de nombreux artistes pour une quarantaine de rendez-vous appelés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de simples événements artistiques et culturels, mais d’une véritable opération de propagande destinée à « changer l’image d’Israël » dans l’opinion française, directement organisée par le gouvernement israélien. Les artistes ainsi instrumentalisés ne peuvent l’ignorer.

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Israël. «Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves»

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elhanan au Parlement européen — Ph. Wikipedia

La lettre ouverte ci-dessous fait suite à l’interdiction de la conférence sur la Palestine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 janvier à l’École normale supérieure, à Paris. Transmise en commentaire à l’article précédent (merci René !), elle mérite toute son importance et c’est pourquoi je la publie ici en entier. Importante, elle l’est d’abord par son contenu mais aussi par son auteure. Nurit Peled-Elhanan est à la fois Israélienne  et opposante résolue à l’actuel régime israélien qu’elle ne craint pas de comparer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et «ces Juifs français que rend sourds la propagande du régime raciste d’Israël.»

«Cher Monsieur Hessel, chère Madame Shahid, chers participants,

Je suis désolée de ne pouvoir assister à cette importante conférence. Mais je tiens à exprimer mon admiration à Monsieur Hessel, et à tous les participants et à vous assurer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du président du CRIF se félicitant de l’interdiction de votre conférence et remerciant des philosophes et écrivains hypocrites et ignorants, qui pérorent sous les ors des salons parisiens et pensent briller en étalant leur prose «politiquement correcte» tout en ignorant de manière étonnante la vie réelle des gens dans les Territoires palestiniens occupés et le caractère dictatorial du gouvernement israélien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négligence, mais un crime, car ils encouragent la tendance fasciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Palestine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens palestiniens d’Israël ont été proposées en Israël et, pour la plupart, approuvées. Elles séparent des familles.

Elles permettent de confisquer des maisons et des terres, de refuser les traitements médicaux nécessaires à des invalides, de détruire les maisons des Bédouins, de discriminer des écoles quand elles sont druzes ou palestiniennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la justice, qui devrait protéger les gens contre cette terreur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autrefois, toutes les discriminations anti-palestiniennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes perpétrés contre ces «non-citoyens».
En revanche, ce gouvernement où un Liebermann joue un rôle décisif considère comme un péché mortel la résistance non-violente à l’occupation, qui se développe dans les sociétés palestinienne et israélienne contre  les crimes et la répression découlant de l’occupation.

Ces derniers temps, la police et l’armée israéliennes arrêtent des militants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yonathan Polack, et les tuent s’ils sont palestiniens, tels Bassem Abu-Rahma et sa sœur, Jawahr. Les organisations droits-de-l’hommistes en question sont désormais soumises à des enquêtes brutales et humiliantes par…  les criminels contre l’Humanité qui nous gouvernent. De surcroît, la pauvreté touche plus l’Israélien que jamais, et ses principales victimes sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF soutient.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de France à Tel Aviv. Photo: Motti Kimche

Où notre ineffable compatriote Bernard-Henri Lévy n’aura encore pas manqué de se distinguer. La veille de l’action militaire que l’on sait contre la flottille pro-palestinienne, BHL prononçait à Tel-Aviv de ces fortes paroles marquées de pertinence et de prescience :  « Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales. » (Haaretz.com, 31 mai). Comme le rappelle Alain Gresh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guerre de Gaza, notre philosophe s’était pavané sur un char israélien pour entrer dans le territoire. Réagissant à l’attaque […], Lévy l’a qualifiée, selon l’AFP, de « stupide » car risquant de ternir l’image d’Israël. Pas un mot de condamnation, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géorgie au Darfour, de la Tchétchénie à Israël, BHL exerce son subjuguant don de voyance.

«La seule question qui se pose maintenant, poursuit Alain Gresh, est de savoir quel prix le gouvernement israélien devra payer pour ce crime. Car, depuis des années, les Nations unies ont adopté des dizaines de résolutions (« Résolutions de l’ONU non respectées par Israël », Le Monde diplomatique, février 2009), l’Union européenne a voté d’innombrables textes qui demandent à Israël de se conformer au droit international, ou tout simplement au droit humanitaire, en levant, par exemple, le blocus de Gaza. Ces textes ne sont jamais suivis du moindre effet. Au contraire, l’Union européenne et les Etats-Unis récompensent Israël. C’est ce qu’a prouvé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), la semaine dernière, et la visite en France du premier ministre israélien Nétanyahou pour assister à l’intronisation de son pays.»

Dans la foulée des perles historiques, on distinguera aussi sur le sujet  celle de l’autre ineffable et néanmoins porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre déclarant finement, comme toujours, que son parti « regrette » les morts, mais dénonce les « provocations » de « ceux qui se disent les amis des Palestiniens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une quarantaine de blessés qui auraient été dénombrés après l’attaque lundi du navire turc «Mavi Marmara» par l’armée israélienne. Une opération désastreuse à tous points de vue, tant pour l’État israélien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avantage qui puisse se dégager de tels événements concerne la remise en cause sur la scène internationale de l’impunité dont bénéficiait jusque là Israël avec la complicité objective de la « communauté internationale » – euphémisme désignant les riches États de l’hémisphère Nord – et des institutions mondiales, en particulier l’ONU. C’est une bien mince consolation au regard du recul politique et diplomatique que provoque déjà ce séisme, recul dont le peuple palestinien demeure la victime permanente.

Des soldats israéliens à l’assaut d’un des bateaux de la Flotille internatiionale pour la liberté. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizaine de citoyens français avaient pris part à l’opération «Flotilles pour Gaza» ; neuf seraient détenus à la prison de Beer-Sheva, au centre du territoire israélien. Parmi eux se trouverait Thomas Sommer-Houdeville, coordinateur des missions civiles, salarié de l’ONG Focus on Global South, qui a embarqué à bord de la flottille en Turquie. Sa mère déclarait mardi à l’AFP n’avoir encore eu encore aucune nouvelle de lui. La veille de l’attaque, il avait rédigé pour son blog un texte depuis le cargo grec sur lequel il naviguait. Un texte clairvoyant et hélas prémonitoire. En voici des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écrira l’histoire complète de cette aventure. Il y aura beaucoup de rires, de véritables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire maintenant, c’est que nous n’avions jamais imaginé que nous ferions flipper Israël comme ça. Enfin, peut-être dans certains de nos plus beaux rêves.… Tout d’abord, ils ont créé une équipe spéciale d’urgence réunissant le ministère israélien des Affaires étrangères, le commando de marine israélien et les autorités pénitentiaires pour contrer la menace existentielle que nous et nos quelques bateaux remplis d’aide humanitaire représentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, malgré son agenda chargé, de nous mettre en garde à travers les médias israéliens. Ils nous annoncent maintenant qu’ils nous enverront dans la pire des prisons israéliens, dans le désert près de Beersheva.

« Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une certaine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur commando tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils saisissent notre cargaison et toute l’aide médicale, les matériaux de construction, les maisons préfabriquées, les kits scolaires, et qu’ils les détruisent. Toute cette solidarité patiemment rassemblée dans de si nombreux pays pendant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens normaux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Turquie, Irlande, France, Italie, Algérie, Malaisie. Tout ceci pris comme un trophée par un État agissant comme un vulgaire pirate des îles. Qui ne sentirait pas un certain sentiment de responsabilité et de peur de ne pas être capable d’accomplir notre mission et livrer nos marchandises à la population emprisonnée de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aussi de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coalition, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour éviter la confrontation avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêcher de partir, de regrouper nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous briser. Leur scénario idéal était de nous diviser, les Irlandais d’un côté, les Grecs et Suédois d’un autre, les Américains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pourraient pas mettre la pression sur la Turquie, ni agir directement là-bas. Alors ils ont concentré leurs attaques sur les parties irlandaises et grecques de notre coalition.

« Le premier set a commencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlandais, l’obligeant à retarder son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aussi vite qu’ils le pouvaient et maintenant ils sont à un ou deux jours derrière nous. Puis ils ont mis une pression énorme sur le gouvernement grec, affaibli par la crise économique, pour l’obliger à ne pas laisser partir le cargo grec et le bateau de passagers greco-suédois. A cause de ces pressions, nous avons dû retarder notre voyage deux fois et demander aux Turcs, à leurs 500 passagers et aux amis américains qui étaient prêts à partir de nous attendre. C’est ce qu’ils ont fait heureusement ! Jusqu’à la dernière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gouvernement grec, mais finalement le gouvernement grec a décidé de prendre ses responsabilités en agissant comme un Etat souverain et a laissé le cargo et le bateau de passagers quitter le port du Pirée à Athènes.

[…] « Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représentons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécontents de ce que l’État criminel d’Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour. »

Thomas Sommer-Houdeville, depuis l’un des bateaux de la flottille de Gaza, coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP)

Voir aussi : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ainsi, la flottille acheminant des centaines de militants pro-palestiniens et de l’aide pour Gaza a été interceptée par un commando israélien. Au moins dix-neuf passagers ont été tués, une trentaine blessés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révolté par ce qui est rapporté. Une fois de plus Israël se comporte de manière intolérable ; une fois de plus l’intolérable sera toléré, moyennant quelques rodomontades de l’ineffable « communauté internationale », aussi habituelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la perspective de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mortifère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israélienne contre le bateau turc «Mavi Marmara» filmée par la chaîne de télévision du Qatar Al-Jazeera. Cliquer sur l’image.

C’est également ainsi qu’Israël, sur le plan militaro-diplomatique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a décidé de tourner le dos au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cela s’est passé vendredi dernier : tandis que les 189 États parties prenantes au TNP se sont accordés, à l’unanimité, sur une déclaration finale appelant à la tenue, en 2012, d’une conférence régionale en faveur d’un Moyen-Orient dénucléarisé, Israël dénonçait le lendemain même cet accord. Le gouvernement israélien l’a qualifié de « très imparfait et hypocrite », déplorant que « le régime terroriste iranien n’est même pas mentionné». Israël accuse aussi les Etats-Unis d’«avoir cédé à la pression internationale».

Non signataire du TNP, mais possédant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambiguïté stratégique et politique maintenue sous ses multiples oscillations idéologiques et religieuses de ses régimes successifs, de gauche aussi bien d’extrême-droite, comme l’actuel gouvernement de Nétanyahou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhéran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une certaine exploitation de son tragique destin historique – exploitation idéologique, symbolique, psychologique : en ne cessant de faire endosser au « reste du monde »  la facture de la shoa, de faire payer cette tragédie en monnaie de culpabilisation assortie d’interdits multiples : interdit d’exercer toute critique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Obama ayant « cédé à la pression internationale ». Une telle attitude, pouvant certes trouver explication à l’analyse du sulfureux cocktail religieux et historique, obère toute avancée raisonnable, donc aussi rationnelle que responsable.

Comme si le but de toute politique avancée, sinon évoluée, n’était de conforter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne saurait se réaliser en construisant des murs plutôt que des ponts, en envoyant des commandos militaires plutôt que des légions évangéliques. Et on va se plaindre de la guerre !


*Interdit même d’écrire « lobby juif » sur un blog sans provoquer la censure… C’est une des fonctions du tabou que d’interdire aussi toute pensée critique à son propos et quant à son objet…


GAZA • Les dirigeants israéliens n’ont pas de plomb dans la tête

Signé du poète israélien Jonathan Geffen, l’article qui suit est paru dans Maariv (Le Soir), quotidien israélien populaire de droite… Comme quoi rien n’est simple dans la complexité du monde… Toujours est-il que ce texte, traduit et publié dans Courrier international [merci au Faber qui l’a repéré] lève bien haut le cri du poète debout face au déshonneur d’un État assassin. Ce texte vient heurter celui dans lequel un Glucksmann s’échine à s’interroger, faussement, sur les « responsabilités » de la guerre. Pour en accabler qui, devinez ? Comment ça « une riposte excessive » ?  [Le Monde 7/1/09] Indécente question, inhumanité d’un « philosophe » jusqu’au bushiste. Passons à l’honneur du poète :

De retour de New York le 26 décembre, je ne savais pas quel Israël j’allais retrouver. Sur la route de Lod à Tel-Aviv, alors que mes yeux fixaient le ciel, j’avais bien remarqué des hélicoptères Apache qui s’envolaient pour le Sud. Malgré cela, je ne me rendais pas encore compte dans quel pays j’étais revenu. Et, comme lors de chaque retour, j’ai à peine déposé ma valise que je me suis effondré dans mon lit. Lorsque je me suis réveillé le lendemain à 17 heures, j’ai entendu sur mon répondeur trois messages qui me demandaient de participer à une manifestation de protestation à Tel-Aviv et de signer une pétition contre la guerre. Quelle guerre ? Pourquoi ne m’avait-on rien dit ? Lorsqu’on subit le décalage horaire, il y a quelque chose qui va bien au-delà de la simple fatigue, quelque chose de mystérieux qui vient inexorablement brouiller l’espace et le temps. Mais j’ai été profondément heurté de me rendre compte que, pendant que je dormais, la guerre contre laquelle je suis censé me mobiliser venait précisément d’éclater.

Ainsi, à l’occasion des fêtes de Hanouka*, nous avons inventé un nouveau spectacle pour le plus grand plaisir des enfants, spécialement pour ceux de Gaza : le Festigaza, un spectacle de pyrotechnie qui a l’avantage de bénéficier du concours extraordinaire de l’aviation israélienne, le tout diffusé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et notre peuple tout entier s’est à nouveau mis à communier dans la violence festive, en scandant des incantations telles que «Opération justifiée» et «Tsahal a lavé l’affront». Mais de quelle justice et de quel honneur parle-t-on ? Certes, l’Etat a le devoir de protéger ses citoyens. Mais cette guerre insensée n’éliminera jamais le Hamas. Au contraire, elle rendra la population de Gaza davantage sensible aux extrémistes. Une fois de plus, nous faisons la seule chose que nous semblons savoir faire : un massacre de masse qui finit toujours par être perçu comme une sorte de génocide (pardonnez-moi l’expression), une opération de destruction et de dévastation qui nous amène, encore et toujours, plus de dévastation et de destruction. Dès lors que nos dirigeants n’ont ni programme politique ni plan militaire, et qu’ils n’ont même pas la finesse d’envisager des incursions ponctuelles de commandos, ils préfèrent envoyer nos «hurleurs d’acier» [les avions de chasse] rayer de la carte toute une ville sans se soucier ni des morts innocents, ni des mères prostrées dans les tunnels mitraillés, ni de leurs enfants qui ne savent plus trop de qui ils doivent avoir le plus peur – du Hamas ou de nos forces armées.

«Comme nous avions cette bombe, il fallait bien que nous l’utilisions», avait déclaré le président Truman après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Puisque nous ne manquons pas de munitions, nous utiliserons toute notre puissance de feu contre un adversaire qui ne nous arrive pas à la cheville. «A Gaza, il n’y a plus assez de place pour les cimetières», a expliqué un commentateur israélien. Mais comme il nous reste encore des tonnes de missiles et qu’il faut bien en faire quelque chose, bombardons les cimetières ! Et gardons-nous de diffuser la moindre image du massacre, vu que les spectateurs sont de grands sensibles. Et envoyons des médicaments aux Palestiniens avant de bombarder leurs stocks de médicaments. En attendant, ceux qui osent s’exprimer contre le crime sont à nouveau considérés comme des traîtres. Je suis curieux de savoir si Amos Oz et A.B. Yehoshua [deux consciences de gauche qui soutiennent l’offensive israélienne] ont déjà publié un énième manifeste humaniste dans les pages du Ha’Aretz ou s’ils sont seulement en train d’y travailler. Cela dit, depuis quand un écrivain est-il écouté dans ce pays ?

A cet égard, quoi de plus troublant que de découvrir que le nom du pogrom que nous sommes en train de commettre est tiré d’un poème de Bialik* [Plomb durci], le «poète des pogroms» ? Honte sur vous, militaires, si, après ma mort, vous décidiez de baptiser l’une de vos opérations en vous inspirant d’un de mes poèmes. En toute modestie, je viens de modifier mon testament pour que mes ayants droit (ma compagne, mes parents et mes enfants) puissent légalement intervenir contre quiconque aurait l’idée saugrenue de baptiser la prochaine opération israélienne «Jardin fermé» ou «Violettes». Cela dit – qui sait ? –, peut-être que d’ici là, vous aurez été cités à comparaître devant un tribunal international pour crimes de guerre et contre l’humanité.

Jonathan Geffen

* Lancée lors de la fête juive de Hanouka, l’offensive israélienne a été baptisée d’après une comptine enfantine du poète Haïm Nahman Bialik (18731934), En l’honneur de Hanoukka, où il est question d’une toupie en plomb durci. Bialik doit sa notoriété à son poème La Ville du massacre, composé après un pogrom qui avait entraîné la mort de quarante-neuf Juifs en 1903, en Russie.


GAZA – Un massacre, un… pogrom ?

Une année qui commence par une guerre ! De quelle humanité sommes-nous ? La crise, on peut s’en foutre après tout. Mais la guerre, Crise indépassable, monstrueuse, bestiale, sauvage. Une barbarie de plus dans la cacophonie du monde. L’impuissance à agir condamne à crier, hurler, gueuler. Aux chiottes les arguties politiciennes sur l’origine des conflits quand des vies tombent ! A mort la mort semée en habit de justicier légitime ! Mais 500 morts de côté, et un de l’autre, dites : de quoi s’agit-il. Un massacre, un… pogrom ? Rien ne peut justifier l’injustice suprême de la violence meurtrière. Surtout venant d’Israël, pays des juifs martyres. On voudrait ne pas confondre peuple et dirigeants… Mais les Israéliens, l’opinion va-t-en guerre des Israéliens ne lave pas le déshonneur – à quelques admirables exceptions près, certes. Toute guerre ne peut que se draper dans le déshonneur. La violence est une défaite de l’intelligence. De toutes parts, elle frappe à l’aveugle, rend aveugle. A moins que ce ne soit la cécité qui la cause. Parler de paix en même temps confine à l’obscénité. Comme sont obscènes les chars, les avions, les bombes et toute cette technicité de guerre. David s’habille en kaki, couleur du désespoir, mélange sale de bleu, de jaune, de vert. Et de rouge-sang surtout. David est devenu Goliath. Quelle inversion des symboles ! Ne pas pour autant confondre les Palestiniens et ceux qui les instrumentalisent au nom d’Allah et surtout de leur folie pareillement meurtrière. Mais dans l’urgence, face à une telle inégalité, comment ne pas prendre parti ? Voler au secours du plus faible, là au moment même où il affronte la mort : voilà qui balaie toute injustifiable alternative. Voilà la vraie question politique, une question de vie ou de mort.


Le Proche-Orient pour les nuls

par Sindibad

Sous la signature de Sindibad et sous le titre repris ici, la Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient (CAPJPO) publie sur son site – « en forme de satire » –, un texte décapant. Il pose en particulier la question du traitement par la plupart des médias dominants de l’actualité du Proche-Orient. Bien des journalistes pourraient se sentir visés.

Depuis près de six ans, le gouvernement israélien tue par semaine entre 10 et 20 Palestiniens, enlève les hommes et les femmes par dizaines, détruit les habitations, les champs et les infrastructures, enferme et empêche les habitants de Gaza et de Cisjordanie de circuler librement chez eux. Alors, quand un groupe de résistants, «terroristes» pour les israéliens, «activistes» pour les autres, capture un soldat chargé de surveiller la grande prison à ciel ouvert qu’est Gaza, l’Occident, l’Europe, la France et sa presse indépendante trouvent que c’en est trop pour Israël. Cet État «seule démocratie au Proche-Orient» est également le seul État à avoir le droit de tuer des civils, d’enlever des ministres et des députés élus démocratiquement, dans un pays en lambeaux, seule démocratie sous occupation dans le monde.

Il y a quelque chose d’irréel dans ce monde libre voulu par Bush et Blair. On se frotte les yeux et on tend les oreilles pour réaliser que c’est bien la réalité. Celle des bombes puissantes qui pulvérise les réfugiés libanais sur la route de l’exode. Celle d’une télévision qui choisit de ne pas montrer ce qu’on ne doit pas voir. On se dit alors, que nous n’avons rien compris. Le malaise qu’on éprouve devant notre poste de télévision vient de notre incapacité à comprendre les nouvelles règles du jeu. Ces règles sont certainement écrites quelque part dans les cerveaux des éditorialistes de Libération, du Monde ou de France Inter.

Il n’y a qu’à écouter et regarder ces journalistes, envoyés très spéciaux, tentant de nous vendre la version d’un conflit dont les forces en présence seraient symétriques, entre l’une des armées les mieux équipées du monde, qui en plus est soutenue par la première puissance mondiale, et d’un pays dépourvu d’armée digne de ce nom.

Depuis le début de l’Intifada, les Israéliens morts suite à des tirs de roquettes palestiniennes se comptent sur les doigts de la main. Autant dire qu’un Israélien a plus de risques de mourir de la foudre que victime d’une roquette du Hamas. Pourtant on a fini par croire que les roquettes Azedine Alquassam mettaient en péril l’existence d’Israël, état dit tantôt «hébreu», tantôt «démocratique, surtout quand ça l’arrange.

On croyait, nous les naïfs, qu’un homme en valait un autre. On avait tort, preuve qu’on n’avait rien compris aux règles du jeu. Ce sont ces règles qui font que la vie d’un soldat israélien n’a pas de prix. Un soldat Israélien capturé, justifie que 300 Arabes soient assassinés et qu’un pays tout entier soit dévasté, sans qu’on y trouve rien à redire.

Voici, en exclusivité, ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son journal le matin. Tout deviendra simple.

Règle numéro 1 : Au Proche-Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers et c’est toujours Israël qui se défend. Cela s’appelle des représailles.

Règle numéro 2 : Les Arabes, Palestiniens ou Libanais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du terrorisme.

Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réaction de la communauté internationale.

Règle numéro 5 : Les Palestiniens et les Libanais n’ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats.

Règle numéro 6 : Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Palestiniens qu’ils le souhaitent (environ 10.000 prisonniers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique «terroriste».

Règle numéro 7 : Quand vous dites «Hezbollah», il faut toujours rajouter l’expression « soutenu par la Syrie et l’Iran ».

Règle numéro 8 : Quand vous dites «Israël», Il ne faut surtout pas rajouter après : « soutenu par les Etats-Unis, la France et l’Europe », car on pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.

Règle numéro 9 : Ne jamais parler de «Territoires occupés «, ni de résolutions de l’ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur et l’auditeur de France Info.

Règle numéro 10 : Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neutralité journalistique.

Règle numéro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ses règles ou si vous trouvez qu’elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un dangereux antisémite.

••• CAPJPO-Euro-Palestine, 16 bis rue d’Odessa 75014 Paris.
http://www.europalestine.com • infos@europalestine.com


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
      Licence Creative Commons

    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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    • Salut cousin !

      Je doute donc je suis - gp

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