On n'est pas des moutons

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Gaza. “Un scandale du point de vue moral et un acte criminel” s’indigne Ban Ki-moon

Il existe, hélas, des chirurgiens qu’on qual­i­fie de bouch­ers. Parce qu’ils ne sont pas dignes de leur méti­er con­sis­tant par principe à soign­er, ou à ten­ter de le faire, au mieux de son savoir et de son éthique. C’est même injuste de com­par­er ceux-là à des bouch­ers, infâ­mant à l’égard de ceux-ci qui, le plus sou­vent, font bien leur méti­er, c’est-à-dire avec con­science et l’amour du tra­vail bien fait.

En fait, je par­le ici, pour les dénon­cer autant que je peux, avec le souci du tra­vail bien fait de l’informateur-citoyen indigné : je ne par­le pas à la légère d’impressions sub­jec­tives. Je dénonce avec rigueur et déter­mi­na­tion ces mau­vais et ter­ri­ble bouch­ers mil­i­taires agis­sant au nom d’Israël et sous cou­vert de “frappes chirur­gi­cales”,  non plus seule­ment pour se défendre donc, mais désor­mais pour se venger et causer du mal, du grand mal, du ter­ri­ble mal : de la mort, de la douleur, de la mis­ère. L’abomination.

Voilà ce que j’entends ce matin dans le poste, puis ce que je lis :

Après un nou­veau bom­barde­ment sur une école de l’ONU, qui a tué au moins dix Pales­tiniens, Israël fait face à l’indignation inter­na­tionale, alors même que l’Etat hébreu  opérait dimanche un début de retrait de ses troupes au sol dans la bande de Gaza. En guise de défense, l’armée israéli­enne a déclaré qu’elle avait “pris pour cibles trois ter­ror­istes du Dji­had islamique […] à prox­im­ité d’une école de l’UNRWA [Office de sec­ours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Pales­tine dans le Proche-Ori­ent] à Rafah” et qu’elle exam­i­nait les “con­séquences” de cet acte, sans en recon­naître formelle­ment la respon­s­abil­ité. Au vingt-sep­tième jour de con­flit, 71 per­son­nes ont péri dans le seul secteur de Rafah, à la suite du pilon­nage inten­sif de la ville, selon les ser­vices de sec­ours locaux. C’est la troisième fois qu’une école de l’ONU est ain­si touchée, après les bom­barde­ments visant Beit Hanoun et Jabaliya, les 24 et 31 juil­let, qui ont fait une trentaine de morts, alors qu’Israël affirme procéder à des frappes “chirur­gi­cales (C’est moi qui souligne). “C’est un scan­dale du point de vue moral et un acte crim­inel”, ain­si qu’une “nou­velle vio­la­tion fla­grante du droit human­i­taire inter­na­tion­al”, s’est indigné le secré­taire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, prin­ci­paux alliés d’Israël, se sont dits “con­sternés” par un “bom­barde­ment hon­teux”. Face au tol­lé inter­na­tion­al, Israël a annon­cé une trêve de sept heures ce lun­di, entre 9 heures et 16 heures, heure française). Le cessez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affron­te­ments con­tin­u­ent. [lemonde.fr]

Le coup des « frappes chirur­gi­cales », on con­naît ! Côté « chirurgiens-bouch­ers », on a été servis avec George W. Bush en Irak et pour venger le 11 sep­tem­bre. On a vu, on voit le résul­tat !

Qu’espère donc ce gou­verne­ment ultra de « néo-con­ser­va­teurs » israéliens ? Juste­ment, à quelle espérance pour­rait-il pré­ten­dre encore ? En la paix ? En la sécu­rité ? En la dig­nité ? En la divinité – pen­dant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quelle peut bien être la hiérar­chie des valeurs qui déter­mi­nent les antag­o­nismes meur­tri­ers de ce con­flit sécu­laire (mil­lé­naire ?) ? Car il ne saurait être ques­tion, dans ce dérè­gle­ment mon­strueux, d’absoudre les extrémistes de l’autre bord, les islamistes. La par­tie archaïque des « frères enne­mis » remon­tant aux mythes fon­da­teurs des deux sys­tèmes théocra­tiques, on peut se deman­der en quoi et com­ment des amé­nage­ments « mod­ernes » pour­raient con­duire à la paix sans éradi­quer – à la racine – cette patholo­gie ?

« Amé­nage­ments mod­ernes », autrement dit : le partage des ter­ri­toires tel qu’il fut en principe décidé et acté par les accords inter­na­tionaux, estampil­lé par l’ONU, etc. – et aus­si peu respec­té que tou­jours bafoué ; donc l’établissement de fron­tières com­munes entre deux États recon­nus, à com­mencer par eux-mêmes ; donc une coopéra­tion économique basée sur les partages équita­bles de l’eau et des richess­es du sous-sol, dont le pét­role (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une utopie totale, stérile, venant se fra­cass­er con­tre ce mur – au pro­pre comme au fig­uré – dressé entre Yahvé et Allah, au nom du monothéisme… qui pos­tule l’existence d’un Dieu unique !

Si, comme je le pense, les hommes ont inven­té les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direc­tion d’une Human­ité digne de ce nom devrait vis­er l’affranchissement des croy­ances ances­trales. Mais nous tou­chons là à un proces­sus rel­e­vant du temps long de l’évolution. Proces­sus de l’évolution dont on sait, depuis Dar­win notam­ment, qu’il dépend à part iné­gales et aléa­toires du hasard et de la néces­sité. La tâche est donc rude pour l’Homo sapi­ens de s’ériger [erec­tus] en sage. Voir à ce pro­pos la notice lit­térale­ment ren­ver­sante de Wikipedia con­sacrée aux actuels con­flits dans le monde. Où l’on décou­vre deux tableaux (et quels tableaux !) dres­sant la litanie des guer­res à l’intérieur de l’espèce humaine, classées (par com­mod­ité…) entre celles qui causent plus ou moins d’un mil­li­er de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Liste des guer­res mod­ernes ». En voici un aperçu illus­tré :

carte-conflits-monde

car­ré mar­ron – dif­fi­cultés poli­tiques
car­ré bleu – con­flits en cours de réso­lu­tion
rond vert – zones de ten­sion
étoile noire – ten­sions eth­niques ou civiles
losange rouge – zones de guerre •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brau­man — Régis Debray — Chris­tiane Hes­sel — Edgar Morin vien­nent d’adresser, via Le Monde de ce jour, un appel à Hol­lande, en gros pour qu’il se bouge le cul sur le drame de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon genre ? [On peut rêver…].  En atten­dant, cet appel se trou­ve ci-dessous :

Appel à Hol­lande 4:8:14


Gaza. “Une nuit ‘particulièrement’ meurtrière…” Un silence ‘particulièrement’ assourdissant

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Je reçois ça du “Monde” ce matin, par inter­net… La rou­tine, si ce n’est l’adverbe : “par­ti­c­ulière­ment”. Avant ça, non, de la rigo­lade. On monte donc d’un cran. Dérisoire. Il est des moments où cette pseu­do neu­tral­ité jour­nal­is­tique con­stitue un out­rage au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille néces­saire­ment pren­dre par­ti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hurler à la paix ! Inter­peller sans relâche les “grands” du Monde, invo­quer la Paix, à la Jau­rès, se lever sur toutes les tri­bunes pos­si­bles pour faire arrêter le mas­sacre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Ham­ra

Voyez cette insouten­able pho­to ci-dessus. Com­ment jus­ti­fi­er ce qui l’a provo­quée ? La hargne de destruc­tion, la… solu­tion finale ? Je sais, Israël est agressé, men­acé, nié par une horde de tueurs fana­tiques. Oui mais, les autres… Ne cher­chons pas ici à remon­ter aux sources de l’indémêlable con­flit entre ter­ri­toires, entre monothéismes et dom­i­na­tions économiques. Les extrémismes sont indéfend­ables, mais la Paix, oui !  Et que font, que dis­ent, que protes­tent, que pro­posent, que “agis­sent” nos causeurs sans cause, nos paci­fistes sans paix, nos politi­ciens sans poli­tique ?

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Compter les vic­times. Les info­graphes ont renon­cé à l’image des plateaux de la bal­ance…

Tan­dis qu’ici, con­traints au spec­ta­cle médi­a­tique, à compter les morts, impuis­sants ou tout juste autorisés, sauf inter­dic­tion, à quelque manif’ de rue par un gou­verne­ment fon­cière­ment lâche, sans engage­ment ni parole – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douil­let maquis diplo­ma­tique. Hol­lande, Valls, Fabius, bro­chette de la honte.

Donc, on célèbre “Qua­trorze”, la “Grande Guerre”. On fait reten­tir le toc­sin, vibr­er les clochers et, au fond, glo­ri­fi­er Clé­menceau plutôt que Jau­rès – la défaite de la Paix sur la “Vic­toire”, quitte à remet­tre “ça” vingt ans après.

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Venelles, 2/8/14 .Comme en Qua­torze. (Ph. gp)

Et ces com­bat­tants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueule – à repar­tir comme en Qua­torze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nou­velle salve de vio­lences vient d’éclater entre Israël et la Pales­tine et une fois encore, des enfants meurent. Les seuls appels au cessez-le-feu ne marchent pas, nous le savons. Il est temps de lancer des actions non-vio­lentes pour met­tre fin une fois pour toutes à des décen­nies de cauchemar.

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Ph. Avaaz

Nos gou­verne­ments ont échoué — tout en négo­ciant la paix et en adop­tant des réso­lu­tions à l’ONU, ils con­tin­u­ent, via leurs entre­pris­es, à financer, à tir­er prof­it et à inve­stir dans la vio­lence. La seule manière de met­tre un frein à ce cer­cle vicieux de con­fis­ca­tion des ter­res des familles inno­centes, de puni­tions col­lec­tives, de lance­ment de roquettes du Hamas, et de bom­barde­ments sur Gaza est de ren­dre le coût économique du con­flit insouten­able.

Nous savons que ça marche — la direc­tive européenne empêchant le finance­ment des colonies illé­gales avait causé un séisme au sein du gou­verne­ment israélien. La déci­sion du fonds de pen­sion néer­landais PGGM de se retir­er des colonies illé­gales suite à un appel citoyen avait égale­ment créé une tem­pête poli­tique.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne met­tra cer­taine­ment pas fin aux tueries, mais l’Histoire nous a mon­tré que sou­vent, le chemin de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cliquez sur le lien pour exhort­er six ban­ques, fonds de pen­sion et entre­pris­es à met­tre un terme à ces investisse­ments — si nous réus­sis­sons à faire mon­ter la pres­sion, ces étab­lisse­ments pour­raient se retir­er, cela porterait un coup à l’économie israéli­enne, et nous pour­rions déjouer les cal­culs poli­tiques des extrémistes qui prof­i­tent poli­tique­ment de l’horreur:

Lors des cinq dernières semaines, trois ado­les­cents israéliens ont été assas­s­inés en Cisjor­danie, un jeune pales­tinien a été brûlé vif, un ado­les­cent améri­cain a été bru­tale­ment frap­pé par la police israéli­enne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israéliens. Ce n’est plus “le con­flit israé­lo-pales­tinien”, c’est une guerre con­tre les enfants. Et nous sommes en train de devenir insen­si­bles à cette igno­minie. Des médias font pass­er cette guerre pour un con­flit insol­u­ble entre deux bel­ligérants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les attaques des extrémistes pales­tiniens con­tre des civils inno­cents doivent être con­damnées et cess­er, mais c’est la spo­li­a­tion du peu­ple pales­tinien qui est à la racine du con­flit. Israël occupe, colonise, bom­barde, attaque et con­trôle l’eau, le com­merce et les fron­tières d’un État libre et recon­nu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus grande prison à ciel ouvert du monde, puis lui a imposé un blo­cus. Aujourd’hui, alors que les bombes pleu­vent, les familles n’ont aucun endroit où se réfugi­er.

Ce sont des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Pales­tine? Il y a cinquante ans, Israël et ses voisins arabes sont entrés en guerre et Israël a occupé la Cisjor­danie et la bande de Gaza. Occu­per un ter­ri­toire après une guerre est chose com­mune, mais aucune occu­pa­tion mil­i­taire ne devrait se trans­former en des dizaines d’années de tyran­nie, qui ne prof­ite qu’aux extrémistes qui pren­nent les inno­cents pour cible. Et qui souf­fre? La grande majorité des familles des deux côtés, des familles aimantes qui ne veu­lent que la lib­erté et la paix.

Pour un cer­tain nom­bre de per­son­nes, en par­ti­c­uli­er en Europe et en Amérique du Nord, appel­er les entre­pris­es à retir­er leurs investisse­ments en ces­sant de financer ou de par­ticiper à l’occupation israéli­enne en Pales­tine sem­ble par­tial. Mais ce n’est pas le cas — c’est la stratégie non vio­lente la plus effi­cace pour met­tre fin aux cycles de vio­lence, assur­er la sécu­rité d’Israël et obtenir la lib­erté pour les Pales­tiniens. La Pales­tine est minus­cule à côté de la puis­sance et de la richesse d’Israël. Si cette dernière refuse de met­tre fin aux occu­pa­tions illé­gales de ter­res pales­tini­ennes, le monde doit agir pour en ren­dre le coût insup­port­able.

ABP, le fonds de pen­sion néer­landais, investit dans les ban­ques israéli­ennes qui finan­cent la coloni­sa­tion de la Pales­tine. D’énormes ban­ques comme Bar­clays finan­cent les fab­ri­cants d’armes israéliens et d’autres entre­pris­es [dont Veo­lia] qui fleuris­sent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hewlett-Packard four­nit des sys­tèmes de sur­veil­lance sophis­tiqués pour con­trôler les mou­ve­ments des Pales­tiniens. Et Cater­pil­lar pro­duit des bull­doz­ers qui sont util­isés pour détru­ire des maisons et des fer­mes pales­tini­ennes. Si nous lançons le plus grand appel jamais vu pour exhort­er ces entre­pris­es à se retir­er, nous mon­trerons que le monde ne veut plus être com­plice de ce bain de sang. Les Pales­tiniens appel­lent le monde entier à soutenir cette action et les Israéliens pro­gres­sistes la sou­ti­en­nent égale­ment. Rejoignons-les!

Une péti­tion à sign­er ici.

Notre com­mu­nauté se rassem­ble pour offrir la paix, l’espoir et le change­ment dans cer­tains des con­flits les plus durs au monde. Sou­vent, cela sig­ni­fie pren­dre posi­tion pour atta­quer le prob­lème à la racine. Pen­dant des années, notre com­mu­nauté a cher­ché une solu­tion poli­tique à ce cauchemar, mais avec la nou­velle vague d’horreur qui défer­le sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les argu­ments économiques pour met­tre un terme à l’horreur pour les Israéliens comme pour les Pales­tiniens.

Avec espoir et déter­mi­na­tion,

Alice, Fadi, Ben, Laila, Anna, Rick­en, Jo, Nell, Mais et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majorité de l’UE décon­seille le com­merce avec les colonies israéli­ennes (Eurac­tiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israéliens et les Pales­tiniens sont en faveur de la paix mais n’ont guère d’espoir (Gallup — en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colonies israéli­ennes : le Quai d’Orsay met en garde les investis­seurs français (France 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. “Notre misérable État juif”, par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Arti­cle de Gideon Levy, pub­lié dans Haaretz, le 6 juil­let 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union juive française pour la paix), dif­fusé par la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon.

Les jeunes de l’État juif attaque­nt des Pales­tiniens dans les rues de Jérusalem, exacte­ment comme les jeunes chez les gen­tils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaî­nent sur les réseaux soci­aux, répan­dant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur dia­bolique sans précé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­nique. Ce sont les enfants de la généra­tion nation­al­iste et raciste – la descen­dance de Netanya­hou.

Depuis cinq ans main­tenant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alarmistes et supré­matie sur les Arabes de la part du véri­ta­ble instruc­teur de cette généra­tion, le pre­mier min­istre Ben­jamin Netanya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de traite­ment égal.

  Main­tenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits unique­ment pour le Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le con­texte de la reven­di­ca­tion provo­cante de recon­nais­sance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les con­clu­sions qui s’imposent. Avant même la délim­i­ta­tion de ce que sig­ni­fie « État juif » — sera-ce un État qui met les tefil­in (phy­lac­tères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfer­més dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux cham­bran­les des portes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­tilèges, ferme le jour de Shab­bath et observe stricte­ment les lois de la cashrout – les mass­es ont com­pris.

La foule a d’emblée intéri­or­isé la véri­ta­ble sig­ni­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au cen­tre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­tiniens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule con­di­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de con­sti­tu­tion, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la prési­dente de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Calderon (du par­ti Yesh Atid – inutile de pré­cis­er que c’est le « cen­tre » de l’échiquier poli­tique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, boulever­sé, d’une vis­ite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été mas­sacré, et le ser­monne cynique­ment sur le thème qu’il doit aus­si faire référence aux trois jeunes Juifs mas­sacrés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démo­li­tion de la mai­son de la famille d’un homme sus­pec­té de meurtre avant même qu’il ne soit con­damné. Un État juif édicte des lois racistes et nation­al­istes. Les médias d’un État juif se com­plaisent sur le meurtre de trois étu­di­ants de yeshi­va et ignorent presque com­plète­ment le sort de plusieurs jeunes Pales­tiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, générale­ment sans rai­son.

Per­son­ne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit inter­na­tion­al ni des con­ven­tions inter­na­tionales. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­velle généra­tion qui grandit sous sa coupe est dan­gereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanya­hou est son min­istre de l’éducation ; les médias mil­i­taristes et nation­al­istes font office de poème péd­a­gogique ; le sys­tème d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nou­velle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­logue pales­tinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sauvage, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un mon­stre, un ter­ror­iste.

Il sait qu’Israël n’a pas de parte­naire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a enten­tu un nom­bre incal­cu­la­ble de fois de la part de Netanya­hou, du min­istre des Affaires étrangères Avig­dor Lieber­man et du min­istre de l’Économie, Naf­tali Ben­nett. De la bouche de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoabis » – en référence con­de­scen­dante à la députée de la Knes­set Haneen Zoabi (du par­ti Bal­ad).

Etre de gauche ou désireux de jus­tice dans l’État juif est con­sid­éré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démoc­ra­tie pour dia­bolique. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droite mais le sup­posé cen­tre gauche inclu­ant Tzipi Livni et Lapid – la démoc­ra­tie est floue.

Le prin­ci­pal prob­lème de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embobineurs moral­isa­teurs, les voy­ous, l’extrême droite et les colons. Non pas les mar­gin­aux mais le courant prin­ci­pal qui est en par­tie nation­al­iste et en par­tie indif­férent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laque­lle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont man­i­festé avec Mar­tin Luther King ou fait de la prison avec Nel­son Man­dela. L’État juif, qu’Israël veut absol­u­ment faire recon­naître par les Pales­tiniens, doit d’abord se recon­naître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine ter­ri­ble, il sem­ble qu’un État juif ce soit un État raciste, nation­al­iste, conçu unique­ment pour les Juifs.

–––

[1] “Our wretched Jew­ish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre…


Les Juifs” selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

Desprog­es: “On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la salle?” “On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la dernière guerre mon­di­ale de nom­breux Juifs ont eu une atti­tude car­ré­ment hos­tile à l’égard du régime nazi.”

Quand Pierre Desprog­es – il y a une ving­taine d’années – s’est com­mis avec son fameux sketch inti­t­ulé “Les Juifs”, la France n’en fut nulle­ment retournée. Aujourd’hui que Dieudon­né a mis le feu aux poudres, les meutes anti­sémites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Daylimo­tion qui héberge les sketch­es de Desprog­es. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­taires.

Que s’est-il passé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le con­texte a changé. Exten­sion des com­mu­nau­tarismes, notam­ment religieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Proche et Moyen Ori­ent ; impasse pales­tini­enne surtout et coloni­sa­tion israéli­enne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Frédéric Tad­deï  “Ce soir ou jamais” où, dès le début, le mot “Pales­tine” déclen­chait  hos­til­ité et cli­vage entre les inter­venants.

Certes, Desprog­es et Dieudon­né s’opposent comme le jour et la nuit. Le pre­mier pra­tique une dis­tan­ci­a­tion humoris­tique affir­mée – à con­di­tion toute­fois d’adhérer à ses codes et à cette dis­tance ; en quoi le risque existe tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­botte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixième degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une telle con­fu­sion, son pub­lic trou­ve  assez « à boire et à manger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­conque dis­tin­guo entre anti­sion­isme et anti­sémitisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesur­er cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoici donc “Les Juifs” par Pierre Desprog­es, ver­sion vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce geste, dit de la quenelle, devenu sym­bole de la “Dieu­dosphère”, Dieudon­né l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste “anti­sion­iste” qu’il con­duit aux européennes.

L’ “affaire Dieudon­né” est en passe d’empoisonner notre espace du “vivre ensem­ble”. Cette belle idée – illu­soire ? – mon­tre bien sa fragilité face à la bru­tal­ité des croy­ances, des cer­ti­tudes et autres con­vic­tions – ces con­vic­tions que Niet­zsche dénonçait comme “des enne­mis de la vérité plus dan­gereux que les men­songes. » Anti­sion­iste revendiqué, anti­sémite masqué, Dieudon­né provoque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses pro­pos lui valent plus encore de répro­ba­tions morales que de con­damna­tions pénales, tan­dis que ses spec­ta­cles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refusées), en dépit d’une omer­ta médi­a­tique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses presta­tions et de ses fréquen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meyssan, Chavez, Ahmadine­jad… Alors pourquoi ? Ten­ta­tives d’explications autour de quelques ques­tions dont celle-ci, sans réponse, lancée à la radio par le directeur du Nou­v­el Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : “Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudon­né ?”

À cause du petit mou­ton con­trari­ant qui pré­side aux des­tinées de ce blog… je suis amené à revenir sur ce qu’on peut désor­mais appel­er « l’affaire Dieudon­né ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davan­tage, ain­si que s’y emploient les politi­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton oblige, je voudrais y revenir à con­tre-courant de la marée dom­i­nante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le poste (France Cul­ture), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­v­el Obs, qui fait sa cou­ver­ture sur qui ?) résumer l’affaire à sa façon, selon son habituel ton débon­naire, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la courte vue. Ain­si : « Dieudon­né, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudon­né ? Rien, évidem­ment, ils s’en foutent […] Ils ont protesté quand Dieudon­né a fait un sketch anti­sémite. C’est ça le crime ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre min­utes de chronique, on peut à peine plus finass­er qu’en cent quar­ante signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sauter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­tales qu’appellent des sujets de société fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjambe allé­gre­ment la faille de sa courte pen­sée : « Dieudon­né, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. » Il min­imise en fait, tout en y recourant, l’importance de cet adverbe fon­da­men­tal : pourquoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­nal­isme et, au delà, de toute soif de com­pren­dre. Alors : pourquoi Dieudon­né a-t-il la haine des Juifs ? Pourquoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évidem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le con­traire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expliqué – dé-com­pliqué. J’aimerais pass­er un moment avec Dieudon­né [Arti­cle doc­u­men­té sur Wikipedia]. Sûre­ment pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui pos­er quelques « pourquoi ? ». Des ques­tions qui tourn­eraient autour de celle-ci, en effet fon­da­men­tale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me garderais de lui oppos­er au préal­able comme une pique provo­cante. Il y a chez Dieudon­né, bien sûr, « matière à creuser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa nais­sance, mère bre­tonne, père camer­ounais. Un métis, ce cousin du métèque. Un frus­tré sans doute, un révolté, voire un indigné, comme tant de jeunes peinant à se percevoir comme Français à part entière, à cause de la dis­crim­i­na­tion sociale et du racisme. À cause aus­si de l’Histoire et du passé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cause. Une prise de con­science qui l’a sans doute fondé dans son devenir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard cri­tique pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchanceté. De l’ironie à la haine, la voie est par­fois étroite. Puis le suc­cès de scène, l’adulation d’un pub­lic séduit, pas tou­jours « éduqué » car sociale­ment mar­gin­al­isé, récep­tif aux idées cour­tes, pourvu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­tique­ment « équili­bré »; leur rup­ture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la rad­i­cal­i­sa­tion dans laque­lle le ressen­ti­ment tient lieu d’argument idéologique, à preuve cet « anti­sion­isme » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­torique et séman­tique, dans un jeu per­fide masquant sa nature anti­sémite) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs comme fau­teurs uni­versels, cause de tous les maux du monde des rejetés et surtout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théorie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des choses cachées et des mys­tères » et d’alimenter cette filan­dreuse notion de « sys­tème » qu’on retrou­ve aux extrêmes, gauche et droite, des idéolo­gies. (Lire la suite…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre monde part en miettes. Vers où se tourn­er pour y puis­er quelque espoir de mieux ? À l’inverse des prophètes de l’apocalypse, Edgar Morin fait par­tie de ces rares penseurs qui refusent la fatal­ité. Ce qui ne lui inter­dit pas la lucid­ité, bien au con­traire ! Dans sa remar­quable con­férence pronon­cée le 16 décem­bre à l’iInstitut du monde arabe, à Paris, il n’élude aucune des com­plex­ités – un terme qui lui est cher – car­ac­térisant tout le bassin de la Méditer­ranée. Et en par­ti­c­uli­er ce qu’il a appelé “le can­cer” pour désign­er la sit­u­a­tion de la Pales­tine. Une lucid­ité qui met en cause la poli­tique colo­niale de l’État d’Israël, au point de s’être fait accuser d’antisémitisme !

Cette con­férence est inté­grale­ment acces­si­ble ci-dessous. C’est un grand moment d’histoire, de cul­ture, d’analyse. C’est aus­si un exploit qua­si­ment sportif, s’agissant d’un ath­lète de 92 ans par­courant, sans notes, un marathon de la pen­sée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis alerte, parce que l’Europe tend à se détourn­er de la Méditer­ranée au moment où juste­ment en Méditer­ranée s’accroissent les prob­lèmes et périls.

Les proces­sus de dis­lo­ca­tion, dégra­da­tion, ren­fer­me­ment qui se dévelop­pent un peu partout affectent par­ti­c­ulière­ment la Méditer­ranée.

Plus encore : la mer de la com­mu­ni­ca­tion devient la mer des ségré­ga­tions, la mer des métis­sages devient la mer des purifi­ca­tions religieuses, eth­niques, nationales.

Les grandes villes cos­mopo­lites, véri­ta­bles “cités-monde”, creusets de la cul­ture méditer­ranéenne se sont éteintes les unes après les autres dans la mono­chromie: Salonique, Istam­bul, Alexan­drie, Bey­routh. Sara­je­vo ago­nise.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tour­nant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détournée des prob­lèmes fon­da­men­taux de la Méditer­ranée qui la con­cer­nent vitale­ment. L’économie européenne s’est tournée vers les marchés poten­tiels de l’est, regar­dant au delà l’énorme marché chi­nois. La Méditer­ranée est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud européen, par­ti­c­ulière­ment de l’Arc Latin, n’ont pas élaboré une con­cep­tion com­mune pour une poli­tique méditer­ranéenne.

L’Europe ouverte tend à rede­venir l’Europe du rejet. Au moment où avaient com­mencé les proces­sus d’intégration européenne de l’Islam, posthumes comme en Espagne qui réin­tè­gre en son iden­tité, son passé mau­re, mod­ernes comme en France et en Alle­magne avec les immi­grés maghrébins et turcs, voilà que revient le vieux démon européen: refouler, exclure l’Islam. L’offensive serbe en Bosnie n’est pas seule­ment un acci­dent, elle est la pour­suite d’une recon­quête.

Partout, le parte­naire néces­saire est de plus en plus con­sid­éré comme l’adversaire poten­tiel et cela de cha­cun des qua­tre cotés de la Méditer­ranée: nord sud et est ouest.

La Méditer­ranée s’efface comme dénom­i­na­teur com­mun.

Nous pou­vons aujourd’hui espér­er, sans cer­ti­tude aucune, en une pro­gres­sive paci­fi­ca­tion au Moyen-Ori­ent, notam­ment par l’accession de la Pales­tine à l’indépendance nationale, mais le trou noir géo-his­torique y demeure(…)
Pour­rons-nous sauver la Méditer­ranée? Pour­rons nous restau­r­er mieux dévelop­per sa fonc­tion com­mu­ni­ca­trice? Pour­rons-nous remet­tre en activ­ité cette mer d’échanges, de ren­con­tres, ce creuset et bouil­lon de cul­ture, cette machine à fab­ri­quer de la civil­i­sa­tion ?

Il y a des solu­tions économiques, mais les solu­tions seule­ment économiques sont insuff­isantes et par­fois font prob­lème: ain­si le FMI met les États dans la néces­sité d’obéir à ses exi­gences pour avoir des crédits, mais aus­si dans la néces­sité de leur désobéir pour éviter le clash poli­tique et social (…). Il faut du développe­ment, mais il faut aus­si entière­ment repenser et trans­former notre con­cept de développe­ment lequel est sous-dévelop­pé. Ain­si il n’y a pas que l’économie indus­trielle à installer, il y a aus­si à réin­ven­ter une économie de con­vivi­al­ité.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de “Marseille-Provence 2013 ” avec l’État d’Israël

Le gou­verne­ment israélien a décidé de faire de Mar­seille cap­i­tale européenne de la cul­ture un out­il pour « mod­i­fi­er son image ». Un cer­tain nom­bre de citoyens, par­mi lesquels des artistes, respon­s­ables de struc­tures cul­turelles ou d’édition, sol­idaires du peu­ple pales­tinien, refusent de cau­tion­ner une telle opéra­tion de pro­pa­gande. Ils ont signé et lancé un appel de protes­ta­tion con­tre cette manœu­vre de séduc­tion.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de respon­s­ables de struc­tures cul­turelles, de spec­ta­teurs, sol­idaires du peu­ple pales­tinien

« A l’occasion de « Mar­seille cap­i­tale européenne de la cul­ture 2013 », le Con­sulat d’Israël à Mar­seille a organ­isé la venue de nom­breux artistes pour une quar­an­taine de ren­dez-vous appelés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de sim­ples événe­ments artis­tiques et cul­turels, mais d’une véri­ta­ble opéra­tion de pro­pa­gande des­tinée à « chang­er l’image d’Israël » dans l’opinion française, directe­ment organ­isée par le gou­verne­ment israélien. Les artistes ain­si instru­men­tal­isés ne peu­vent l’ignorer.

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Israël. “Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves”

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elhanan au Par­lement européen — Ph. Wikipedia

La let­tre ouverte ci-dessous fait suite à l’interdiction de la con­férence sur la Pales­tine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vi­er à l’École nor­male supérieure, à Paris. Trans­mise en com­men­taire à l’article précé­dent (mer­ci René !), elle mérite toute son impor­tance et c’est pourquoi je la pub­lie ici en entier. Impor­tante, elle l’est d’abord par son con­tenu mais aus­si par son auteure. Nurit Peled-Elhanan est à la fois Israéli­enne  et opposante résolue à l’actuel régime israélien qu’elle ne craint pas de com­par­er à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et “ces Juifs français que rend sourds la pro­pa­gande du régime raciste d’Israël.”

Cher Mon­sieur Hes­sel, chère Madame Shahid, chers par­tic­i­pants,

Je suis désolée de ne pou­voir assis­ter à cette impor­tante con­férence. Mais je tiens à exprimer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­tic­i­pants et à vous assur­er que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du prési­dent du CRIF se félic­i­tant de l’interdiction de votre con­férence et remer­ciant des philosophes et écrivains hyp­ocrites et igno­rants, qui pérorent sous les ors des salons parisiens et pensent briller en éta­lant leur prose “poli­tique­ment cor­recte” tout en igno­rant de manière éton­nante la vie réelle des gens dans les Ter­ri­toires pales­tiniens occupés et le car­ac­tère dic­ta­to­r­i­al du gou­verne­ment israélien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une nég­li­gence, mais un crime, car ils encour­a­gent la ten­dance fas­ciste qui men­ace de nous noy­er tous, en Israël, en Pales­tine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens pales­tiniens d’Israël ont été pro­posées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles sépar­ent des familles.

Elles per­me­t­tent de con­fis­quer des maisons et des ter­res, de refuser les traite­ments médi­caux néces­saires à des invalides, de détru­ire les maisons des Bédouins, de dis­crim­in­er des écoles quand elles sont druzes ou pales­tini­ennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­tice, qui devrait pro­téger les gens con­tre cette ter­reur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autre­fois, toutes les dis­crim­i­na­tions anti-pales­tini­ennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes per­pétrés con­tre ces “non-citoyens”.
En revanche, ce gou­verne­ment où un Lieber­mann joue un rôle décisif con­sid­ère comme un péché mor­tel la résis­tance non-vio­lente à l’occupation, qui se développe dans les sociétés pales­tini­enne et israéli­enne con­tre  les crimes et la répres­sion découlant de l’occupation.

Ces derniers temps, la police et l’armée israéli­ennes arrê­tent des mil­i­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yonathan Polack, et les tuent s’ils sont pales­tiniens, tels Bassem Abu-Rah­ma et sa sœur, Jawahr. Les organ­i­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais soumis­es à des enquêtes bru­tales et humiliantes par…  les crim­inels con­tre l’Humanité qui nous gou­ver­nent. De sur­croît, la pau­vreté touche plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pales vic­times sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF sou­tient.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de France à Tel Aviv. Pho­to: Mot­ti Kim­che

Où notre inef­fa­ble com­pa­tri­ote Bernard-Hen­ri Lévy n’aura encore pas man­qué de se dis­tinguer. La veille de l’action mil­i­taire que l’on sait con­tre la flot­tille pro-pales­tini­enne, BHL prononçait à Tel-Aviv de ces fortes paroles mar­quées de per­ti­nence et de pre­science :  « Je n’ai jamais vu une armée aus­si démoc­ra­tique, qui se pose telle­ment de ques­tions morales. » (Haaretz.com, 31 mai). Comme le rap­pelle Alain Gresh dans dans son «Blog du Dip­lo», «il est vrai que, lors de la guerre de Gaza, notre philosophe s’était pavané sur un char israélien pour entr­er dans le ter­ri­toire. Réagis­sant à l’attaque […], Lévy l’a qual­i­fiée, selon l’AFP, de « stu­pide » car risquant de ternir l’image d’Israël. Pas un mot de con­damna­tion, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géorgie au Dar­four, de la Tchétchénie à Israël, BHL exerce son sub­juguant don de voy­ance.

«La seule ques­tion qui se pose main­tenant, pour­suit Alain Gresh, est de savoir quel prix le gou­verne­ment israélien devra pay­er pour ce crime. Car, depuis des années, les Nations unies ont adop­té des dizaines de réso­lu­tions (« Réso­lu­tions de l’ONU non respec­tées par Israël », Le Monde diplo­ma­tique, févri­er 2009), l’Union européenne a voté d’innombrables textes qui deman­dent à Israël de se con­former au droit inter­na­tion­al, ou tout sim­ple­ment au droit human­i­taire, en lev­ant, par exem­ple, le blo­cus de Gaza. Ces textes ne sont jamais suiv­is du moin­dre effet. Au con­traire, l’Union européenne et les Etats-Unis récom­pensent Israël. C’est ce qu’a prou­vé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopéra­tion et le développe­ment économiques (OCDE), la semaine dernière, et la vis­ite en France du pre­mier min­istre israélien Nétanya­hou pour assis­ter à l’intronisation de son pays.»

Dans la foulée des per­les his­toriques, on dis­tinguera aus­si sur le sujet  celle de l’autre inef­fa­ble et néan­moins porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefeb­vre déclarant fine­ment, comme tou­jours, que son par­ti « regrette » les morts, mais dénonce les « provo­ca­tions » de « ceux qui se dis­ent les amis des Pales­tiniens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une quar­an­taine de blessés qui auraient été dénom­brés après l’attaque lun­di du navire turc “Mavi Mar­mara” par l’armée israéli­enne. Une opéra­tion désas­treuse à tous points de vue, tant pour l’État israélien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avan­tage qui puisse se dégager de tels événe­ments con­cerne la remise en cause sur la scène inter­na­tionale de l’impunité dont béné­fi­ci­ait jusque là Israël avec la com­plic­ité objec­tive de la « com­mu­nauté inter­na­tionale » – euphémisme désig­nant les rich­es États de l’hémisphère Nord – et des insti­tu­tions mon­di­ales, en par­ti­c­uli­er l’ONU. C’est une bien mince con­so­la­tion au regard du recul poli­tique et diplo­ma­tique que provoque déjà ce séisme, recul dont le peu­ple pales­tinien demeure la vic­time per­ma­nente.

Des sol­dats israéliens à l’assaut d’un des bateaux de la Flotille inter­nati­ionale pour la lib­erté. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizaine de citoyens français avaient pris part à l’opération “Flotilles pour Gaza” ; neuf seraient détenus à la prison de Beer-She­va, au cen­tre du ter­ri­toire israélien. Par­mi eux se trou­verait Thomas Som­mer-Houdeville, coor­di­na­teur des mis­sions civiles, salarié de l’ONG Focus on Glob­al South, qui a embar­qué à bord de la flot­tille en Turquie. Sa mère déclarait mar­di à l’AFP n’avoir encore eu encore aucune nou­velle de lui. La veille de l’attaque, il avait rédigé pour son blog un texte depuis le car­go grec sur lequel il nav­iguait. Un texte clair­voy­ant et hélas pré­moni­toire. En voici des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écrira l’histoire com­plète de cette aven­ture. Il y aura beau­coup de rires, de véri­ta­bles cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire main­tenant, c’est que nous n’avions jamais imag­iné que nous feri­ons flip­per Israël comme ça. Enfin, peut-être dans cer­tains de nos plus beaux rêves.… Tout d’abord, ils ont créé une équipe spé­ciale d’urgence réu­nis­sant le min­istère israélien des Affaires étrangères, le com­man­do de marine israélien et les autorités péni­ten­ti­aires pour con­tr­er la men­ace exis­ten­tielle que nous et nos quelques bateaux rem­plis d’aide human­i­taire représen­tent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, mal­gré son agen­da chargé, de nous met­tre en garde à tra­vers les médias israéliens. Ils nous annon­cent main­tenant qu’ils nous enver­ront dans la pire des pris­ons israéliens, dans le désert près de Beer­she­va.

« Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une cer­taine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apach­es et de leur com­man­do tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils sai­sis­sent notre car­gai­son et toute l’aide médi­cale, les matéri­aux de con­struc­tion, les maisons pré­fab­riquées, les kits sco­laires, et qu’ils les détru­isent. Toute cette sol­i­dar­ité patiem­ment rassem­blée dans de si nom­breux pays pen­dant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens nor­maux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Turquie, Irlande, France, Ital­ie, Algérie, Malaisie. Tout ceci pris comme un trophée par un État agis­sant comme un vul­gaire pirate des îles. Qui ne sen­ti­rait pas un cer­tain sen­ti­ment de respon­s­abil­ité et de peur de ne pas être capa­ble d’accomplir notre mis­sion et livr­er nos marchan­dis­es à la pop­u­la­tion empris­on­née de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aus­si de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coali­tion, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour éviter la con­fronta­tion avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêch­er de par­tir, de regrouper nos forces et de pren­dre le large tous ensem­ble vers Gaza. Ils ont essayé de nous bris­er. Leur scé­nario idéal était de nous divis­er, les Irlandais d’un côté, les Grecs et Sué­dois d’un autre, les Améri­cains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pour­raient pas met­tre la pres­sion sur la Turquie, ni agir directe­ment là-bas. Alors ils ont con­cen­tré leurs attaques sur les par­ties irlandais­es et grec­ques de notre coali­tion.

« Le pre­mier set a com­mencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le car­go irlandais, l’obligeant à retarder son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aus­si vite qu’ils le pou­vaient et main­tenant ils sont à un ou deux jours der­rière nous. Puis ils ont mis une pres­sion énorme sur le gou­verne­ment grec, affaib­li par la crise économique, pour l’obliger à ne pas laiss­er par­tir le car­go grec et le bateau de pas­sagers gre­co-sué­dois. A cause de ces pres­sions, nous avons dû retarder notre voy­age deux fois et deman­der aux Turcs, à leurs 500 pas­sagers et aux amis améri­cains qui étaient prêts à par­tir de nous atten­dre. C’est ce qu’ils ont fait heureuse­ment ! Jusqu’à la dernière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gou­verne­ment grec, mais finale­ment le gou­verne­ment grec a décidé de pren­dre ses respon­s­abil­ités en agis­sant comme un Etat sou­verain et a lais­sé le car­go et le bateau de pas­sagers quit­ter le port du Pirée à Athènes.

[…] « Dans quelques heures, le dernier set, cru­cial, com­mencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matérielle­ment, il serait très facile pour Israël de nous stop­per et nous arrêter, mais le coût poli­tique qu’ils auront à pay­er sera énorme. Vrai­ment énorme, à tel point que toutes les rus­es et les pièges qu’ils ont ten­té de met­tre sur notre route ont réus­si à faire une seule chose : sen­si­bilis­er de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flot­tille et sur la sit­u­a­tion de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représen­tons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécon­tents de ce que l’État crim­inel d’Israël fait aux Pales­tiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose pren­dre le par­ti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de per­son­nes à décider de boy­cotter Israël chaque jour. »

Thomas Som­mer-Houdeville, depuis l’un des bateaux de la flot­tille de Gaza, coor­di­na­teur de la Cam­pagne civile inter­na­tionale pour la pro­tec­tion du peu­ple pales­tinien (CCIPPP)

Voir aus­si : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ain­si, la flot­tille achem­i­nant des cen­taines de mil­i­tants pro-pales­tiniens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­man­do israélien. Au moins dix-neuf pas­sagers ont été tués, une trentaine blessés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révolté par ce qui est rap­porté. Une fois de plus Israël se com­porte de manière intolérable ; une fois de plus l’intolérable sera toléré, moyen­nant quelques rodomon­tades de l’ineffable « com­mu­nauté inter­na­tionale », aus­si habituelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la per­spec­tive de paix au Moyen-Ori­ent s’efface vers sa mor­tifère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israéli­enne con­tre le bateau turc “Mavi Mar­mara” filmée par la chaîne de télévi­sion du Qatar Al-Jazeera. Cli­quer sur l’image.

C’est égale­ment ain­si qu’Israël, sur le plan mil­i­taro-diplo­ma­tique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a décidé de tourn­er le dos au Traité sur la non-pro­liféra­tion des armes nucléaires (TNP). Cela s’est passé ven­dre­di dernier : tan­dis que les 189 États par­ties prenantes au TNP se sont accordés, à l’unanimité, sur une déc­la­ra­tion finale appelant à la tenue, en 2012, d’une con­férence régionale en faveur d’un Moyen-Ori­ent dénu­cléarisé, Israël dénonçait le lende­main même cet accord. Le gou­verne­ment israélien l’a qual­i­fié de « très impar­fait et hyp­ocrite », déplo­rant que « le régime ter­ror­iste iranien n’est même pas men­tion­né”. Israël accuse aus­si les Etats-Unis d’“avoir cédé à la pres­sion inter­na­tionale”.

Non sig­nataire du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambiguïté stratégique et poli­tique main­tenue sous ses mul­ti­ples oscil­la­tions idéologiques et religieuses de ses régimes suc­ces­sifs, de gauche aus­si bien d’extrême-droite, comme l’actuel gou­verne­ment de Nétanya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhéran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­taine exploita­tion de son trag­ique des­tin his­torique – exploita­tion idéologique, sym­bol­ique, psy­chologique : en ne ces­sant de faire endoss­er au « reste du monde »  la fac­ture de la shoa, de faire pay­er cette tragédie en mon­naie de cul­pa­bil­i­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­ti­ples : inter­dit d’exercer toute cri­tique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Oba­ma ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tionale ». Une telle atti­tude, pou­vant certes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fureux cock­tail religieux et his­torique, obère toute avancée raisonnable, donc aus­si rationnelle que respon­s­able.

Comme si le but de toute poli­tique avancée, sinon évoluée, n’était de con­forter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne saurait se réalis­er en con­stru­isant des murs plutôt que des ponts, en envoy­ant des com­man­dos mil­i­taires plutôt que des légions évangéliques. Et on va se plain­dre de la guerre !


*Inter­dit même d’écrire « lob­by juif » sur un blog sans provo­quer la cen­sure… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aus­si toute pen­sée cri­tique à son pro­pos et quant à son objet…


GAZA • Les dirigeants israéliens n’ont pas de plomb dans la tête

Signé du poète israélien Jonathan Gef­fen, l’article qui suit est paru dans Maariv (Le Soir), quo­ti­di­en israélien pop­u­laire de droite… Comme quoi rien n’est sim­ple dans la com­plex­ité du monde… Tou­jours est-il que ce texte, traduit et pub­lié dans Cour­ri­er inter­na­tion­al [mer­ci au Faber qui l’a repéré] lève bien haut le cri du poète debout face au déshon­neur d’un État assas­sin. Ce texte vient heurter celui dans lequel un Glucks­mann s’échine à s’interroger, fausse­ment, sur les « respon­s­abil­ités » de la guerre. Pour en acca­bler qui, devinez ? Com­ment ça « une riposte exces­sive » ?  [Le Monde 7/1/09] Indé­cente ques­tion, inhu­man­ité d’un « philosophe » jusqu’au bushiste. Pas­sons à l’honneur du poète :

De retour de New York le 26 décem­bre, je ne savais pas quel Israël j’allais retrou­ver. Sur la route de Lod à Tel-Aviv, alors que mes yeux fix­aient le ciel, j’avais bien remar­qué des héli­cop­tères Apache qui s’envolaient pour le Sud. Mal­gré cela, je ne me rendais pas encore compte dans quel pays j’étais revenu. Et, comme lors de chaque retour, j’ai à peine déposé ma valise que je me suis effon­dré dans mon lit. Lorsque je me suis réveil­lé le lende­main à 17 heures, j’ai enten­du sur mon répon­deur trois mes­sages qui me demandaient de par­ticiper à une man­i­fes­ta­tion de protes­ta­tion à Tel-Aviv et de sign­er une péti­tion con­tre la guerre. Quelle guerre ? Pourquoi ne m’avait-on rien dit ? Lorsqu’on subit le décalage horaire, il y a quelque chose qui va bien au-delà de la sim­ple fatigue, quelque chose de mys­térieux qui vient inex­orable­ment brouiller l’espace et le temps. Mais j’ai été pro­fondé­ment heurté de me ren­dre compte que, pen­dant que je dor­mais, la guerre con­tre laque­lle je suis cen­sé me mobilis­er venait pré­cisé­ment d’éclater.

Ain­si, à l’occasion des fêtes de Hanou­ka*, nous avons inven­té un nou­veau spec­ta­cle pour le plus grand plaisir des enfants, spé­ciale­ment pour ceux de Gaza : le Fes­tigaza, un spec­ta­cle de pyrotech­nie qui a l’avantage de béné­fici­er du con­cours extra­or­di­naire de l’aviation israéli­enne, le tout dif­fusé vingt-qua­tre heures sur vingt-qua­tre. Et notre peu­ple tout entier s’est à nou­veau mis à com­mu­nier dans la vio­lence fes­tive, en scan­dant des incan­ta­tions telles que “Opéra­tion jus­ti­fiée” et “Tsa­hal a lavé l’affront”. Mais de quelle jus­tice et de quel hon­neur par­le-t-on ? Certes, l’Etat a le devoir de pro­téger ses citoyens. Mais cette guerre insen­sée n’éliminera jamais le Hamas. Au con­traire, elle ren­dra la pop­u­la­tion de Gaza davan­tage sen­si­ble aux extrémistes. Une fois de plus, nous faisons la seule chose que nous sem­blons savoir faire : un mas­sacre de masse qui finit tou­jours par être perçu comme une sorte de géno­cide (par­don­nez-moi l’expression), une opéra­tion de destruc­tion et de dévas­ta­tion qui nous amène, encore et tou­jours, plus de dévas­ta­tion et de destruc­tion. Dès lors que nos dirigeants n’ont ni pro­gramme poli­tique ni plan mil­i­taire, et qu’ils n’ont même pas la finesse d’envisager des incur­sions ponctuelles de com­man­dos, ils préfèrent envoy­er nos “hurleurs d’acier” [les avions de chas­se] ray­er de la carte toute une ville sans se souci­er ni des morts inno­cents, ni des mères prostrées dans les tun­nels mitrail­lés, ni de leurs enfants qui ne savent plus trop de qui ils doivent avoir le plus peur – du Hamas ou de nos forces armées.

Comme nous avions cette bombe, il fal­lait bien que nous l’utilisions”, avait déclaré le prési­dent Tru­man après le largage de la bombe atom­ique sur Hiroshi­ma. Puisque nous ne man­quons pas de muni­tions, nous utilis­erons toute notre puis­sance de feu con­tre un adver­saire qui ne nous arrive pas à la cheville. “A Gaza, il n’y a plus assez de place pour les cimetières”, a expliqué un com­men­ta­teur israélien. Mais comme il nous reste encore des tonnes de mis­siles et qu’il faut bien en faire quelque chose, bom­bar­dons les cimetières ! Et gar­dons-nous de dif­fuser la moin­dre image du mas­sacre, vu que les spec­ta­teurs sont de grands sen­si­bles. Et envoyons des médica­ments aux Pales­tiniens avant de bom­barder leurs stocks de médica­ments. En atten­dant, ceux qui osent s’exprimer con­tre le crime sont à nou­veau con­sid­érés comme des traîtres. Je suis curieux de savoir si Amos Oz et A.B. Yehoshua [deux con­sciences de gauche qui sou­ti­en­nent l’offensive israéli­enne] ont déjà pub­lié un énième man­i­feste human­iste dans les pages du Ha’Aretz ou s’ils sont seule­ment en train d’y tra­vailler. Cela dit, depuis quand un écrivain est-il écouté dans ce pays ?

A cet égard, quoi de plus trou­blant que de décou­vrir que le nom du pogrom que nous sommes en train de com­met­tre est tiré d’un poème de Bia­lik* [Plomb dur­ci], le “poète des pogroms” ? Honte sur vous, mil­i­taires, si, après ma mort, vous déci­diez de bap­tis­er l’une de vos opéra­tions en vous inspi­rant d’un de mes poèmes. En toute mod­estie, je viens de mod­i­fi­er mon tes­ta­ment pour que mes ayants droit (ma com­pagne, mes par­ents et mes enfants) puis­sent légale­ment inter­venir con­tre quiconque aurait l’idée saugrenue de bap­tis­er la prochaine opéra­tion israéli­enne “Jardin fer­mé” ou “Vio­lettes”. Cela dit – qui sait ? –, peut-être que d’ici là, vous aurez été cités à com­para­ître devant un tri­bunal inter­na­tion­al pour crimes de guerre et con­tre l’humanité.

Jonathan Gef­fen

* Lancée lors de la fête juive de Hanou­ka, l’offensive israéli­enne a été bap­tisée d’après une comp­tine enfan­tine du poète Haïm Nah­man Bia­lik (1873–1934), En l’honneur de Hanouk­ka, où il est ques­tion d’une toupie en plomb dur­ci. Bia­lik doit sa notoriété à son poème La Ville du mas­sacre, com­posé après un pogrom qui avait entraîné la mort de quar­ante-neuf Juifs en 1903, en Russie.


GAZA – Un massacre, un… pogrom ?

Une année qui commence par une guerre ! De quelle humanité sommes-nous ? La crise, on peut s’en foutre après tout. Mais la guerre, Crise indépassable, monstrueuse, bestiale, sauvage. Une barbarie de plus dans la cacophonie du monde. L’impuissance à agir condamne à crier, hurler, gueuler. Aux chiottes les arguties politiciennes sur l’origine des conflits quand des vies tombent ! A mort la mort semée en habit de justicier légitime ! Mais 500 morts de côté, et un de l’autre, dites : de quoi s’agit-il. Un massacre, un… pogrom ? Rien ne peut justifier l’injustice suprême de la violence meurtrière. Surtout venant d’Israël, pays des juifs martyres. On voudrait ne pas confondre peuple et dirigeants… Mais les Israéliens, l’opinion va-t-en guerre des Israéliens ne lave pas le déshonneur – à quelques admirables exceptions près, certes. Toute guerre ne peut que se draper dans le déshonneur. La violence est une défaite de l’intelligence. De toutes parts, elle frappe à l’aveugle, rend aveugle. A moins que ce ne soit la cécité qui la cause. Parler de paix en même temps confine à l’obscénité. Comme sont obscènes les chars, les avions, les bombes et toute cette technicité de guerre. David s’habille en kaki, couleur du désespoir, mélange sale de bleu, de jaune, de vert. Et de rouge-sang surtout. David est devenu Goliath. Quelle inversion des symboles ! Ne pas pour autant confondre les Palestiniens et ceux qui les instrumentalisent au nom d’Allah et surtout de leur folie pareillement meurtrière. Mais dans l’urgence, face à une telle inégalité, comment ne pas prendre parti ? Voler au secours du plus faible, là au moment même où il affronte la mort : voilà qui balaie toute injustifiable alternative. Voilà la vraie question politique, une question de vie ou de mort.


Le Proche-Orient pour les nuls

par Sindibad

Sous la sig­na­ture de Sindibad et sous le titre repris ici, la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-Ori­ent (CAPJPO) pub­lie sur son site – « en forme de satire » –, un texte déca­pant. Il pose en par­ti­c­uli­er la ques­tion du traite­ment par la plu­part des médias dom­i­nants de l’actualité du Proche-Ori­ent. Bien des jour­nal­istes pour­raient se sen­tir visés.

Depuis près de six ans, le gou­verne­ment israélien tue par semaine entre 10 et 20 Pales­tiniens, enlève les hommes et les femmes par dizaines, détru­it les habi­ta­tions, les champs et les infra­struc­tures, enferme et empêche les habi­tants de Gaza et de Cisjor­danie de cir­culer libre­ment chez eux. Alors, quand un groupe de résis­tants, “ter­ror­istes” pour les israéliens, “activistes” pour les autres, cap­ture un sol­dat chargé de sur­veiller la grande prison à ciel ouvert qu’est Gaza, l’Occident, l’Europe, la France et sa presse indépen­dante trou­vent que c’en est trop pour Israël. Cet État “seule démoc­ra­tie au Proche-Ori­ent” est égale­ment le seul État à avoir le droit de tuer des civils, d’enlever des min­istres et des députés élus démoc­ra­tique­ment, dans un pays en lam­beaux, seule démoc­ra­tie sous occu­pa­tion dans le monde.

Il y a quelque chose d’irréel dans ce monde libre voulu par Bush et Blair. On se frotte les yeux et on tend les oreilles pour réalis­er que c’est bien la réal­ité. Celle des bombes puis­santes qui pul­vérise les réfugiés libanais sur la route de l’exode. Celle d’une télévi­sion qui choisit de ne pas mon­tr­er ce qu’on ne doit pas voir. On se dit alors, que nous n’avons rien com­pris. Le malaise qu’on éprou­ve devant notre poste de télévi­sion vient de notre inca­pac­ité à com­pren­dre les nou­velles règles du jeu. Ces règles sont cer­taine­ment écrites quelque part dans les cerveaux des édi­to­ri­al­istes de Libéra­tion, du Monde ou de France Inter.

Il n’y a qu’à écouter et regarder ces jour­nal­istes, envoyés très spé­ci­aux, ten­tant de nous ven­dre la ver­sion d’un con­flit dont les forces en présence seraient symétriques, entre l’une des armées les mieux équipées du monde, qui en plus est soutenue par la pre­mière puis­sance mon­di­ale, et d’un pays dépourvu d’armée digne de ce nom.

Depuis le début de l’Intifada, les Israéliens morts suite à des tirs de roquettes pales­tini­ennes se comptent sur les doigts de la main. Autant dire qu’un Israélien a plus de risques de mourir de la foudre que vic­time d’une roquette du Hamas. Pour­tant on a fini par croire que les roquettes Aze­dine Alquas­sam met­taient en péril l’existence d’Israël, état dit tan­tôt “hébreu”, tan­tôt “démoc­ra­tique, surtout quand ça l’arrange.

On croy­ait, nous les naïfs, qu’un homme en valait un autre. On avait tort, preuve qu’on n’avait rien com­pris aux règles du jeu. Ce sont ces règles qui font que la vie d’un sol­dat israélien n’a pas de prix. Un sol­dat Israélien cap­turé, jus­ti­fie que 300 Arabes soient assas­s­inés et qu’un pays tout entier soit dévasté, sans qu’on y trou­ve rien à redire.

Voici, en exclu­siv­ité, ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son jour­nal le matin. Tout devien­dra sim­ple.

Règle numéro 1 : Au Proche-Ori­ent, ce sont tou­jours les Arabes qui attaque­nt les pre­miers et c’est tou­jours Israël qui se défend. Cela s’appelle des repré­sailles.

Règle numéro 2 : Les Arabes, Pales­tiniens ou Libanais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du ter­ror­isme.

Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puis­sances occi­den­tales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réac­tion de la com­mu­nauté inter­na­tionale.

Règle numéro 5 : Les Pales­tiniens et les Libanais n’ont pas le droit de cap­tur­er des mil­i­taires israéliens, même si leur nom­bre est très lim­ité et ne dépasse pas trois sol­dats.

Règle numéro 6 : Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Pales­tiniens qu’ils le souhait­ent (env­i­ron 10.000 pris­on­niers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune lim­ite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la cul­pa­bil­ité des per­son­nes enlevées. Il suf­fit juste de dire le mot mag­ique “ter­ror­iste”.

Règle numéro 7 : Quand vous dites “Hezbol­lah”, il faut tou­jours rajouter l’expression « soutenu par la Syrie et l’Iran ».

Règle numéro 8 : Quand vous dites “Israël”, Il ne faut surtout pas rajouter après : « soutenu par les Etats-Unis, la France et l’Europe », car on pour­rait croire qu’il s’agit d’un con­flit déséquili­bré.

Règle numéro 9 : Ne jamais par­ler de “Ter­ri­toires occupés “, ni de réso­lu­tions de l’ONU, ni de vio­la­tions du droit inter­na­tion­al, ni des con­ven­tions de Genève. Cela risque de per­turber le téléspec­ta­teur et l’auditeur de France Info.

Règle numéro 10 : Les Israéliens par­lent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ain­si qu’à leurs par­ti­sans, aus­si sou­vent que pos­si­ble la parole. Ain­si, ils peu­vent nous expli­quer les règles précé­dentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neu­tral­ité jour­nal­is­tique.

Règle numéro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ses règles ou si vous trou­vez qu’elles favorisent une par­tie dans le con­flit con­tre une autre, c’est que vous êtes un dan­gereux anti­sémite.

••• CAPJPO-Euro-Pales­tine, 16 bis rue d’Odessa 75014 Paris.
http://www.europalestine.com • infos@europalestine.com


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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