On n'est pas des moutons

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Poussée d’intolérance au Maroc. «Much Loved» interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste marocain Nabil Ayouch, est un film remarquable dont j’aurais dû parler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heureusement, est toujours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une raison plus que cinématographique : le film est interdit au Maroc, ce qui n’est pas surprenant, mais, surtout, l’actrice qui tient le rôle principal, Loubna Abidar – superbe –, a été violemment agressée le 5 novembre. Elle raconte cela dans une tribune adressée au Monde [12/11/15 ], expliquant aussi pourquoi elle se voit contrainte de quitter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loubna Abidar violemment agressée à Casablanca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la société qui se trouve au centre d’une actualité permanente et à peu près générale dans le monde, même si, bien sûr, les situations sont variables, et donc leur degré de gravité. N’empêche, cela vaut dans nos sociétés dites évoluées. Que l’on songe aux différences de salaires entre hommes et femmes, à fonctions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de responsabilité, du harcèlement sexuel, du machisme « ordinaire ». On n’entrera même pas ici sur le lamentable débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la condition féminine dans un des pays arabes les plus rétrogrades sur la question – et sur tant d’autres, hélas – tandis que cette royauté d’un autre âge voudrait se draper dans une prétendue modernité.

Dans son texte, la comédienne donne à voir le propos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse personnelle, une implacable dénonciation d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une société.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films commerciaux, j’ai obtenu le premier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pouvoir travailler avec un réalisateur talentueux et internationalement reconnu, et parce que j’allais donner la parole à toutes celles avec lesquelles j’avais grandi : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais auxquelles on dit sans cesse qu’un jour elles rencontreront un homme riche qui les emmènera loin… Dès 1415 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trouver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont devenues des prostituées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de travail, portée par Nabil Ayouch et mes partenaires de jeu. Le film a été sélectionné à Cannes. J’y étais, c’était magique. Mais dès le lendemain de sa présentation, un mouvement de haine a démarré au Maroc. Un ministre qui n’avait pas vu le film a décidé de l’interdire avant même que la production ne demande l’autorisation de le diffuser. Much Loved dérangeait, parce qu’il parlait de la prostitution, officiellement interdite au Maroc, parce qu’il donnait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les autorités ont déclaré que le film donnait une image dégradante de la femme marocaine, alors que ses héroïnes débordent de vie, de combativité, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une campagne de détestation s’est répandue sur les réseaux sociaux et dans la population. Personne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà devenu le sujet numéro un de toutes les discussions. La violence augmentait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tunisienne) et à mon encontre. Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le premier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je prenais position ouvertement contre l’hypocrisie par des déclarations nombreuses.

Cachée sous une burqa

« Des messages de soutien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sorti et a connu un bel accueil (j’ai notamment obtenu le Prix de la meilleure actrice dans les deux festivals majeurs de films francophones, Angoulême en France et Namur en Belgique). Mais surtout, et c’était le plus important pour moi, au Maroc. Par des gens éclairés car ils sont nombreux. Et aussi par des prostituées qui ont enfin osé parler à visage découvert pour dire qu’elles se reconnaissaient dans le film.

« Mais rien n’a calmé la haine contre moi. Sur Facebook et Twitter, mon nom est associé à celui de « sale pute » des milliers de fois par jour. Quand une fille se comporte mal, on lui dit « tu finiras comme Abidar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes marocaines. Chaque semaine, je reçois des menaces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me soutenir, mais beaucoup se sont détournés de moi. Pendant des semaines, je ne suis pas sortie de chez moi, ou alors uniquement pour des courses rapides, cachée sous une burqa (quel paradoxe, me sentir protégée grâce à une burqa…).

« Ces derniers jours, le temps passant, la tension me semblait retombée. Alors jeudi 5 novembre, le soir, je suis allée à Casablanca à visage découvert. J’y ai été agressée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voiture, ils m’ont vue et reconnue, ils étaient saouls, ils m’ont fait monter dans leur véhicule, ils ont roulé pendant de très longues minutes et pendant ce temps ils m’ont frappée sur le corps et au visage tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui voulaient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été terrible. Les médecins à qui je me suis adressée pour les secours et les policiers au commissariat se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sentie incroyablement seule… Un chirurgien esthétique a quand même accepté de sauver mon visage. Ma hantise était justement d’avoir été défigurée, de garder les traces de cette agression sur mon visage, de ne plus pouvoir faire mon métier…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me soutenir. J’ai fait des déclarations de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai décidé de quitter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une campagne de dénigrement légitimée par une interdiction de diffusion du film, alimentée par les conservateurs, nourrie par les réseaux sociaux si présents aujourd’hui… et qui continue de tourner en rond et dans la violence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une partie de la population, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homosexuels dérangent, que les désirs de changement dérangent. Ce sont eux que je veux dénoncer aujourd’hui, et pas seulement les trois jeunes qui m’ont agressée… »

Loubna Abidar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mises en circulation au Maroc, dans lesquelles des scènes pornographiques ont été ajoutées pour en dénoncer l’immoralité !


Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Prenons cet article pour un signe des temps : celui d’un (possible) retour vers les utopies. À preuve, cette référence (ci-dessous) à l’An 01, de feu Gébé, de la bande d’Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, surtout, l’objet même de ce raccourci stimulant qui donne à (entre)voir le cargo Capitalisme lancé plein cap sur la catastrophe. En quoi il serait grand temps de repenser l’avenir !

Aujourd’hui plus qu’hier, la grande majorité des habitants des pays surdéveloppés est comme abasourdie par une prolifération fantastique d’absurdités criantes. Le confort minimal garanti hier encore par l’Etat Providence est désormais remis en question par l’immondialisation de l’économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette économique par une grande diète sociale.

La liberté despotique des mouvements de capitaux a détruit des secteurs entiers de la production et l’économie mondiale s’est transformée en casino planétaire. La règle d’or du capitalisme a toujours été, dès la première moitié du XIXe siècle,  la minimisation des coûts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivité la plus haute possible. Ce sont des  luttes politiques et sociales qui ont contrecarré cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des réductions de la durée du travail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ainsi au système d’être noyé dans sa propre production.

Le capitalisme ne conduit certainement pas naturellement vers un équilibre, sa vie est plutôt une succession incessante de phases d’expansion – la fameuse expansion économique – et de contraction – les non moins fameuses crises économiques. Les  nouvelles politiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répartition du produit social ont été rageusement combattues par l’establishment capitaliste, bancaire et académique. Pendant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires et réduire le temps de travail sans entraîner la faillite de leur entreprise et celle de la société tout entière ; et ils ont toujours trouvé des économistes pour leur donner raison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’augmentations des salaires et régulation étatique ont été acceptées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion capitaliste : les « Trente Glorieuses ».

Dès les années 1980, cet équilibre entre le capital et le travail a été détruit par une offensive néo-libérale (Thatcher, Reagan et, en France, dès 1983, Mitterrand) qui s’est étendue à toute la planète. Cette contre-révolution économique a permis  un retour insensé au « libéralisme » sauvage, qui a profité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosité devenue évidente des régimes soi-disant communistes et réellement totalitaires (ce n’était pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat) a discrédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capitaliste a fini par triompher.

À tremper sans vergogne dans les eaux glacées du calcul égoïste, les décideurs ont perdu toute lucidité. Ils ont ainsi éliminé les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réussi à leur imposer. Les firmes transnationales, la spéculation financière et même les mafias au sens strict du terme mettent à sac la planète sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se serrer la ceinture pour être concurrentiels. Les élites  dirigeantes se goinfrent  de manière décomplexée, tout en expliquant doctement à la population médusée qu’elle vit  au-dessus de ses  moyens. Aucune « flexibilité » du travail dans nos vieux pays industrialisés ne pourra résister à la concurrence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils disent) de pays qui contiennent un réservoir inépuisable de force de travail. Des centaines de millions de pauvres sont mobilisés brutalement dans un processus d’industrialisation  forcenée. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quantité négligeable,  c’est notre Terre patrie et ses habitants que l’on épuise toujours plus.

Toujours plus, toujours plus … mais toujours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sensibilité dans nos rapports sociaux ? Plus de beauté dans nos vies ?  Non. Le superflu prolifère, alors que le minimum vital n’est même pas toujours là, et que l’essentiel manque. Plus de téléviseurs extra-plats, plus d’ordinateurs individuels, plus de téléphones portables. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n’est aucunement la propriété de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du système économique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des choses qui règnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-mêmes. », écrivait déjà Guy Debord en 1967 dans La Société du spectacle.

un-pas-de-côté

Dessin de Gébé.

La société libérale avancée (pour ne pas dire avariée…) est en phase de décomposition et, comme au temps de la décadence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le credo abrutissant des immenses foules solitaires. Toutefois, de belles et bonnes âmes prônent l’adoption d’un développement durable, plus doux pour les humains et leur environnement : on ralentirait  les processus dévastateurs, on consommerait moins de combustibles fossiles, on ferait des économies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on conseillait au commandant du Titanic de simplement réduire la vitesse de son vaisseau pour éviter l’iceberg naufrageur, au lieu de lui faire changer de cap.Le dessinateur utopiste Gébé était beaucoup plus réaliste quand il écrivait dans L’An 01, au début des années 1970, cette formule provocante :« On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. »Un tel propos peut sembler dérisoire, pour ne pas dire révolutionnaire. Mais tout le reste, toute cette réalité qui se morcèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus dérisoire encore ?Nous avons toute une multitude de chaînes à perdre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout simplement vivable à reconstruire.Ce sera maintenant ou jamais…

* Un simple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une première version de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre «Titanic Amer»
sur le Blog de Paul Jorion, consacré au déchiffrage de l’actualité économique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux comprendre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  «rationalité» du capitalisme (dont la première partie de ce texte est librement inspirée), de Cornélius Castoriadis, disponible en poche dans Figures du pensable (1999).

• Le film L’An 01 peut être vu en entier ci-dessous — tout de suite (1h 24). 


La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mouvement International pour une Écologie Libidinale (M.I.E.L.) vient de numériser la revue Sexpol, sexualité/politique et met ainsi à disposition l’ensemble des 39 numéros parus de 1975 à 1980, cela dans la forme originale. C’est un travail aussi considérable qu’utile, d’autant plus que, trente ans après sa disparition, Sexpol était devenue introuvable, sinon sur le marché « noir » de quelques profiteurs…

L’association MIEL explique ainsi sa démarche : « L’objectif est d’une part la conservation d’un patrimoine culturel : une revue de langue française inscrite dans l’histoire des aspirations à la liberté sexuelle et politique, qui ont marqué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de rendre accessible aujourd’hui des textes toujours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la situation politico-sexuelle en France (et ailleurs) n’a guère évolué positivement. Pire, elle a même régressé sur bien des aspects, tandis que le type de discours sur la sexualité qui caractérisait Sexpol a totalement disparu du paysage médiatique. »

 

Fondateur et directeur de Sexpol, je me réjouis de cette initiative due à Jocelyn Patinel, animateur du MIEL, association militante non lucrative qui ainsi, à sa manière, a repris le flambeau d’une lutte incessante pour l’épanouissement du genre humain – en quoi il reste bien du travail…

J’espère aussi que cette collection ressuscitée en numérique pourra toucher d’anciens lecteurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exemplaires – ainsi que les membres de l’équipe, une vingtaine, aujourd’hui éparpillés, perdus de vue, ou même disparus.

Le DVD est mis en vente à prix coûtant de la numérisation (plus de 2 000 pages), de la duplication et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette couleur et boîtier rigide ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de commande à partir de cette page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une parcelle d’Histoire

 

« Sexpol » donc,  comme sexualité et politique. Questionnez la toile et ce blog, à commencer, et vous en apprendrez déjà pas mal sur cette revue et sa quarantaine de numéros parus de 1975 à 80. Une aventure à sa façon : celle d’une (s)exploration dans le monde des vivants, entamée par un certain Wilhelm Reich (18971957), médecin, psychanalyste, freudien déviant, marxiste puis dissident en communisme, scientifique un peu scientiste, juif et mécréant, inclassable et étiqueté « fou », finalement mort dans un pénitencier étatsunien. Raccourci abusif pour cerner un vrai grand personnage, y compris jusque dans ses enferrements et contradictions, dans ses engagements, ses « folies » : son entière humanité.

Assez oublié depuis ce siècle amnésiant, Reich revient (de loin) comme les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tribune de son université populaire de Caen et prépare, semble-t-il, un ouvrage sur ce « freudiste hérétique ». Signe des temps, ou signe avant-coureur d’une « résurrection » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamelles peu ragoûtantes. Reich, en effet, fut parmi les tout premiers des psychologues à placer la question sociale dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pouvait que constituer un casus belli avec Freud et les salons bourgeois de la Vienne des années 20. Tandis que la question sexuelle, comme l’avers de la médaille, non séparable, primordiale, se trouvait prise à bras le corps – à prendre au pied de la lettre ! et incluant tout le corps social, corps souffrant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fatidiques d’empestement nazi. Terrifiante peste à laquelle répondait en quasi symétrie le choléra du stalinisme, l’une et l’autre qui allèrent jusqu’à passer ensemble un pacte, avant de s’affronter à la mort comme un même monstre à deux têtes. Reich eut très tôt pressenti cette similitude des extrêmes, non pas dans leurs origines et dimensions tant historiques que sociologiques, mais dans leur essence même, celle de la « totalité totalisante », ce totalitarisme à base d’idéal divinisé et de pureté diabolisée.

Reich creuse la question : comment se peut-il que l’homme (il aimait à son propos parler d’ « animal humain », ce qui n’est pas anodin) se laisse à ce point entraîner vers sa propre déchéance et, dans un même élan mortifère, aller jusqu’à sa perte ? Toute l’œuvre écrite de Reich tournera autour de ce « mystère », depuis Les Hommes dans l’État, jusqu’à Écoute, petit homme ! en passant par le fondamental Psychologie de masse du fascisme.

Il n’en fallait pas plus pour se trouver rejeté, détesté, dénigré et, diront certains, assassiné. Pour le moins, les fascistes et des psychanalystes le dénoncèrent comme « communiste et agent de Moscou », les communistes comme « contre-révolutionnaire agent de la bourgeoisie » et tout le monde ou presque se devait de suspecter ce pourfendeur des religions et de la morale répressive, ce précurseur de la « révolution sexuelle ».

À l’image d’un Épicure quelque deux millénaires avant, Reich fut l’objet victimaire de visions réductrices et même de contresens quant à sa pensée, son action et son œuvre. En raison particulière du fait qu’elles portaient sur la sexualité et la désaliénation politique. Et que, comme pour l’épicurisme, le « reichisme » ne pouvait correspondre à la dépravation libidineuse. Tous deux, en fait, se posaient en questionneurs de la morale politique et, plus généralement, en précurseurs d’un art de vivre reliant l’unique et le collectif, l’individu et la cité, dans l’harmonie positive des plaisirs comme des valeurs morales.

C’est à ce prix – celui des contresens – que Reich connut une certaine gloire avec le mouvement de Mai 68. C’est dans les restes des barricades déblayées qu’une bande de jeunes utopistes, bardés de leurs espérances, rassemblèrent les pépites laissées par les fulgurances reichiennes. Ainsi naquit Sexpol comme une revue anti-dogmatique. C’était début 75, dans ces années désabusées imprégnées des De Gaulle-Pompidou-Giscard, qui menèrent au sacre de Mitterrand en même temps qu’à la fin d’une « expérience ». Concomitance à décrypter, certes. On y trouvera matière, sans nulle doute, dans cette collection numérisée, dans ce CVD et sa modeste et réelle parcelle d’Histoire.

Gérard Ponthieu

> > > Voir aussi :

Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pouvait en douter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révolution tunisienne : la « bourde » de la ministre des affaires étrangères n’en était pas une. Cette pro-position était bien celle, décidée et assumée à l’Élysée comme à Matignon : celle de venir en aide directe à un régime et à un président amis.

Les plus sceptiques, s’il en restait, auront pu être convaincus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tordus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Sazkozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pensant, comme dans les bulles savonneuses de BD « Quelle merdasse, comment m’en sortir ? »…

Ainsi apparaît une fois de plus – notamment après le trop fameux discours de Dakar – la vraie nature du sarkozysme. A la fois comme politique à duplicité permanente (refrain « droits de l’homme » et couplet donneur de leçon ; ingérence et non-ingérence ; bref : grandeur du baratin et décadence de l’action) et comme vraie nature : une politique autoritaire sur fond répressif difficilement dissimulé. Car ce « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité [pour] régler des situations sécuritaires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 janvier 2011], ne doutons pas, hélas, de sa fonction première : son utilisation « sécuritaire » hors exportation, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oligarchie constitutionnelle.


Henri Guaino
envoyé par franceinter. — L’info internationale vidéo.


Tunisie. Fortes tensions sociales et brutalités policières

La Tunisie est en proie à de graves tensions sociales provoquant des manifestations et une répression policière des plus brutales. Un récit nous en est fourni par la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), qui regroupe en France des Tunisiens opposés au régime de Ben Ali. De son côté, la télévision quatarie El Jazira a largement rendu compte de ces événements comme le montre l’extrait ci-dessous/

«Le mouvement  de protestation  s’est déclenché  à Sidi Bouzid le vendredi 17 décembre après qu’un jeune chômeur, vendeur ambulant de fruits et légumes, s’est immolé par le feu. Il venait d’être délogé du trottoir par des policiers. Ainsi a-t-il voulu signifier qu’il ne lui restait aucun espoir pour vivre dans la Tunisie des « miracles » économiques, dont le résultat est un chômage endémique qui touche aujourd’hui en particulier la jeunesse, sans épargner aucunement les titulaires d’un diplôme supérieur.

«A partir de ce moment, ce sont d’importantes manifestations de jeunes chômeurs, de précaires et de travailleurs qui sont descendues dans la rue. De nombreuses villes des alentours de Sidi Bouzid ont rejoint le mouvement dans un premier temps, puis des villes du nord au sud du pays jusque la capitale, Tunis, ont donné à ce mouvement un caractère de ras-le-bol généralisé contre le chômage, la cherté de la vie, la corruption, l’injustice des politiques sociales et économiques qui s’est étendue à toutes les régions de la Tunisie. Les slogans les plus répandus y mettent en cause directement les choix politiques fondamentaux du pouvoir et de l’administration.

«Le régime tunisien dans une attitude caractérisée par l’autisme a refusé d’entendre ces cris de désespoir. Sa seule réponse à ce mouvement pacifique dans un premier temps a été l’utilisation des forces de répression. Il en est résulté la mort par balles d’un jeune de 18 ans, et de nombreux blessés. (Lire la suite…)


Pétition en faveur du cinéaste iranien Jafar Panahi

En réaction à la condamnation à la prison du cinéaste iranien Jafar Panahi, un collectif s’est constitué autour de professionnels du cinéma et de la culture afin d’organiser protestation et solidarité. Une pétition peut être signée en ligne par tous ceux qui se sentent concernés par cette nouvelle atteinte portée aux droits de l’homme par le régime iranien.

«Nous apprenons avec colère et inquiétude le jugement du Tribunal de la République Islamique à Téhéran, condamnant très lourdement le cinéaste iranien Jafar Panahi. La sentence : six ans de prison ferme, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réaliser des films, de donner des interviews aux médias, de quitter le territoire et d’entrer en relation avec des organisations culturelles étrangères.

Jafar Panahi, condamné à six ans de prison, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réaliser des films, de donner des interviews aux médias, de quitter le territoire et d’entrer en relation avec des organisations culturelles étrangères.

«Un autre cinéaste, Mohammad Rassoulov, a également été condamné à six ans de prison. Jafar Panahi et Mohammad Rassoulov vont rejoindre les nombreux prisonniers qui croupissent en prison en Iran, dans un état de détresse totale. Certains font la grève de la faim, d’autres sont gravement malades.

«Que reproche le pouvoir iranien à Jafar Panahi ? D’avoir conspiré contre son pays et mené une campagne hostile au régime iranien. La vérité est que Jafar Panahi est innocent et que son seul crime est de vouloir continuer d’exercer librement son métier de cinéaste en Iran. Depuis plusieurs mois le pouvoir iranien a mis en place contre lui une véritable machine de guerre visant à le détruire, à l’enfermer en le contraignant à se taire.

«Jafar Panahi est cinéaste et ses films ont été montrés dans le monde entier. Invité par les plus grands festivals de cinéma (Cannes, Venise, Berlin), il est aujourd’hui empêché de poursuivre son œuvre de cinéaste. La lourde condamnation qui le frappe le prive de liberté, l’empêche physiquement et moralement d’exercer son travail de cinéaste. Il doit désormais se taire, s’interdire tout contact avec ses collègues cinéastes en Iran et dans le monde entier.

«A travers cette condamnation qui frappe Jafar Panahi, c’est tout le cinéma iranien qui est manifestement visé.

«Cette condamnation nous révolte et nous scandalise. Aussi, appelons-nous cinéastes, acteurs et actrices, scénaristes et producteurs, tous les professionnels du cinéma ainsi que tous les hommes et femmes épris de liberté et pour qui les droits de l’homme sont une chose fondamentale, à se joindre à nous pour exiger la levée de cette condamnation.»

Rejoignez l’appel aux côtés de : le Festival de Cannes, la SACD, la Cinémathèque française, l’ARP, la Cinémathèque suisse, le Festival international du film de Locarno, le Forum des images, Positif, la SRF, lesCahiers du cinéma, Citéphilo (Lille), France culture, la Mostra Internazionale d’Arte Cinematogafica di Venezia, Culturesfrance, la Quinzaine des Réalisateurs, Sarajevo Film Festival, Cinéma Gindou, Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir, Centre Culturel Pouya.


Regain de tensions à La Havane. Obama répond à Yoani Sanchez sur le blog Generacion Y

Je reçois des nouvelles plutôt alarmantes de Cuba. Un de mes amis cubains qui parvient à m’envoyer des courriels depuis La Havane – et dont je n’avais pas de nouvelles depuis plusieurs semaines – vient de m’adresser quelques lignes dont j’extrais ce passage : « Ici à Cuba, les choses sont super mauvaises. La surveillance gouvernementale est énorme ces jours-ci. Il y a beaucoup de dangers. Je ne peux pas t’écrire dans une telle situation ». Le même, il y a quelques mois me disait sa nouvelle espérance dans le nouveau régime de Raùl Castro… Il a vite déchanté.

Autre sujet d’inquiétude faisant craindre à un retour du « fantôme de 1980 » lorsque de graves tensions avaient opposé adversaires et partisans du régime, et que ces derniers organisaient des « répudiations publiques » à l’encontre des premiers. Il s’agissait alors de dénoncer publiquement les opposants repérés et d’organiser autour d’eux des manifestations hostiles, voire violentes.

yoani_reinaldo.1259085801.jpgUne manifestation de ce genre s’est produite vendredi dernier dans les rues de La Havane à l’encontre de Reinaldo Escobar, le mari de Yoani Sanchez [photo], cette résistante blogueuse dont j’ai parlé ici dernièrement. Reinaldo a adressé une lettre ouverte « à l’ex-dictateur Fidel Castro » au sujet des libertés bafouées. Il s’est ensuite rendu à l’endroit même où, la semaine dernière, sa femme Yoani avait été enlevée et molestée par des flics en civil. Il était attendu par un cortège hostile monté « spontanément » avec fanfares, forces flics en civil et quelques dizaines de manifestants criant des slogans de soutien à Fidel et Raùl, proférant des injures à l’encontre de Reinaldo, le traitant comme d’habitude de vermine [gusano] et le menaçant physiquement. Finalement il a été extirpé par des flics en civil qui l’ont ensuite relâché.

De son côté, à partir de son blog, Generacion Y, Yoani a adressé deux séries de sept questions à Raul Castro et à Barack Obama sur les conditions d’un rapprochement politique cubano-américain. Si l’un n’a pas répondu (devinez qui), l’autre si – certes en termes fort pesés, mais qui ont fait sensation dans les milieux cubains informés – ceux du pouvoir, bien sûr. Les réponses du président US se trouvent sur le blog de Yoani Sanchez . Elle et son mari deviennent des opposants d’autant plus encombrants que leur notoriété est désormais considérable, surtout à l’étranger. Cette jeune femme fait montre d’un grand courage, à l’égal des opposants historiques qu’ont été, sous d’autres cieux du communisme radieux, les Havel, Walesa, Pliouchtch, Boukovski, Grigorenko… sans oublier, à Cuba cette fois, les innombrables Valladares, Matos, Reinaldo Areinas et jusqu’à la propre fille de Fidel, Alina Fernandez.


CUBA. Enlèvement style camorra à La Havane

yoani_sanchez.1258734486.gif À Cuba, Yoani Sánchez [photo] est aujourd’hui l’une des plus courageuses résistantes à la dictature castriste. Son blog, Generacion Y – seulement lisible à l’extérieur de l’île – témoigne au quotidien des difficultés de vivre des Cubains et de la répression qui les frappe au moindre signe de désaccord. Manifester, même pacifiquement, à Cuba relève de l’héroïsme. Yoani, précisément, se rendait à une manifestation contre la violence du régime (voir la vidéo), quand elle a été enlevée et battue par des sbires en civil et en voiture banalisée. Son récit ci-dessous est édifiant.

Yoani est devenue la bête noire du régime par son blog diffusé sur toute la toile, sauf à Cuba où l’internet se trouve des plus cadenassés au monde. Trente deux ans, diplômée de philologie, Yoani Sanchez espérait il y a quelques semaines obtenir un visa pour assister à la remise d’un prix de journalisme décerné par la Columbia University de New York. Refus catégorique. Un de plus. Yoani a atteint un tel niveau de notoriété internationale qu’elle dérange vraiment le régime. De même que le rocker Gorki Aguila, maintes fois emprisonné, devenu très emblématique auprès des jeunes Cubains.

Consulter le blog Generacion Y (traduit en français et en une dizaine de langues) serait salutaire aux négationnistes pro-castristes. Mais ils continuent, par définition, à ne rien vouloir considérer qui ébranlerait leur mythologie. Cuba, à bien des égards, est comparable à l’ancienne Allemagne de l’Est, Stasi et Mur y compris. Sauf que le mur cubain, océanique, entoure la totalité du pays.

Pas loin de la rue 23, juste à la rotonde de l’avenue des Présidents, nous avons vu arriver dans une voiture noire, de fabrication chinoise, trois inconnus trapus. « Yoani, entre dans la voiture » m’a dit l’un d’entre eux, tandis qu’il me serrait fortement le poignet. Les deux autres entouraient Claudia Cadelo, Orlando Luís Pardo Lazo et une amie qui nous accompagnait à une manifestation contre la violence. Par une de ces ironies de la vie, au lieu d’une journée de paix et de solidarité, c’est une après-midi chargée de coups, de cris et d’insultes qui nous attendait. Les « agresseurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles. Orlando et moi étions condamnés à la voiture et ses plaques d’immatriculation jaune*, au terrain épouvantable de l’illégalité et à l’impunité digne de l’Armageddon.

J’ai refusé de monter dans la Geely brillante et nous avons exigé qu’ils nous montrent une identification ou un ordre judiciaire pour nous amener. Comme c’était à espérer, ils n’ont montré aucun papier qui justifierait de la légitimité de notre arrestation. Les curieux commençaient à arriver et j’ai crié « Au secours ! Ces hommes veulent nous enlever ». Mais ces hommes ont arrêté ceux qui voulaient intervenir d’un cri qui affichait avec évidence la signification idéologique de l’opération : « Ne vous mêlez pas de ça, ce sont des contre-révolutionnaires ». Devant notre résistance verbale, ils ont pris le téléphone pour demander à quelqu’un qui devait être leur chef « Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne veulent pas monter dans la voiture ». J’imagine que de l’autre côté la réponse à été tranchante car s’en est suivie une rouée de coups et de bousculades. Ils m’ont portée, la tête en bas, et ont essayé de me fourrer dans l’auto. Je me suis agrippée à la porte… J’ai pris des coups sur les jointures de mes mains… J’ai réussi à prendre un papier que l’un d’entre eux portait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nouvelle rouée de coups pour que je rende le document.

Orlando se trouvait déjà dedans, immobilisé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête plaquée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poitrine pendant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papier. Pendant un moment, j’ai pensé que je ne sortirai jamais de cette voiture. « C’est fini, Yoani », « Fini les conneries » disait celui assis à côté du chauffeur qui me tirait des cheveux. Sur le siège arrière, un spectacle bizarre se déroulait : mes jambes vers le haut, mon visage rougi par la tension et mon corps endoloris. De l’autre côté, Orlando réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses testicules, à travers son pantalon, dans un acte désespéré. J’ai enfoncé mes ongles, en supposant qu’il continuerait à m’écraser la poitrine jusqu’au dernier souffle. « Tue-moi d’une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui restait de ma dernière inhalation. Celui de l’avant a alors averti le plus jeune : « Laisse-la respirer ».

J’entendais Orlando haleter pendant que les coups continuaient à pleuvoir. J’ai calculé la possibilité d’ouvrir la porte et de sauter dehors, mais il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. Nous étions à leur merci, mais entendre la voix d’Orlando me redonnait du courage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entrecoupés lui disaient « Yoani est encore vivante ». On nous a laissés étalés et endoloris dans une rue de La Timba*. Une femme s’est approchée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlèvement », j’ai réussi à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’un de l’autre, au milieu de la rue. Je pensais à Teo. Mon Dieu, comment vais-je lui expliquer tous ces bleus ? Comment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Comment le regarder et lui raconter que sa mère a été agressée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opinions en octets ? Comment lui décrire l’expression despotique qui animait ceux qui nous ont mis de force dans cette voiture, le plaisir que l’on voyait sur leur visage quand ils nous battaient, quand ils soulevaient ma jupe et me traînaient à moitié nue jusqu’à la voiture.

J’ai pu voir, néanmoins, le degré de nervosité de nos attaquants, leur peur devant ce qui leur est nouveau, devant ce qu’ils ne peuvent pas détruire car ils ne le comprennent pas. La terreur masquée sous la bravade de ceux qui savent que leurs jours sont comptés.

Notes de traduction :

Les plaques d’immatriculation jaune sont celles des voitures de particuliers.

La Timba – Quartier chaud de La Havane, proche de l’endroit où ils ont été enlevés.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

Note de l’éditeur du blog: La vidéo montre la manifestation à laquelle Yoani a été empêchée d’assister


Cuba s’est ouvert au monde, mais pas à son peuple

Correspondance de « Azul » à La Havane

« Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba ! » C’est par ces paroles que le pape Jean-Paul II, en 1998, a terminé sa visite à Cuba. Je me souviens encore de ces beaux mots qui ont rempli d’espoir des millions de Cubains et dans lesquels le monde a vu un message d’espoir. Depuis, Cuba a en effet montré quelques avancées : le régime a établi des relations avec 192 pays du monde ; il a permis l’entrée de capitaux étrangers dans les affaires de l’île ; il a entrepris un programme d’aide humanitaire pour éliminer les maladies, la faim et l’inégalité sociale… dans certains pays d’Amérique latine, notamment le Venezuela, la Bolivie, et l’Équateur.

C’est ainsi que Cuba, dans ces pays, a aidé à former des milliers de médecins ; à libérer de l’analphabétisme des millions de citoyens ; a construit quelques hôpitaux. Sur le plan géopolitique, Cuba a signé presque tous traités et accords de l’ONU.

Autant de signes qui pourraient paraître plus que suffisants pour démontrer au monde à quel point Cuba a pu répondre aux espérances papales…

MAIS à Cuba même, pour le peuple cubain, il en est tout autrement !

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Par exemple, seulement la moitié des consultations médicales peuvent être tenues, faute de médecins et de spécialistes. Le pays enregistre plus de vingt ans de retard dans la construction d’hôpitaux et plusieurs chantiers en cours sont arrêtés depuis des années.

Le système éducatif traverse une telle crise que le niveau d’espagnol enseigné y est au plus bas, de même qu’en histoire et en mathématiques.

Le régime n’est pas parvenu à assurer à sa population une nourriture correcte, et cela après des années d’un système de distribution contrôlée des aliments. Les besoins alimentaires de base du peuple cubain ne sont pas satisfaits.

Cuba a voulu honorer des accords avec l’ONU, mais n’a pas tenu ses engagements envers son propre peuple. Alors que le peuple devait voir sa situation s’améliorer, les choses ont empiré pour lui, sans que cette réalité soit perçue à l’extérieur.

Qu’importe au peuple cubain que son pays s’ouvre au monde s’il ne lui reste, dans son île, qu’à rêver à des jours meilleurs.

« Azul »

Traduit par GP.
Photo ©gp : Un marché «libre» dans Centro Habana .

Cuba. Une photographe dissidente détenue pour « dangerosité sociale prédélictueuse »

Déjà interpellée trois fois en mai dernier, la photographe María Nélida López Báez, a été arrêtée le 16 juin par la Sécurité cubaine. Le Centro de Información Hablemos Press (CIH-PRESS, collectif de journalistes de La Havane), pour lequel elle travaillait se trouve dans l’ignorance du lieu et des conditions de sa détention.

A sept heures du matin le 16 juin (heure locale), selon le CIH-PRESS, le fils de María Nélida López Báez a reçu la visite d’une femme qui lui a remis un portefeuille et quelques objets appartenant à sa mère. La visiteuse lui a confié que la photographe venait d’être arrêtée par la Sécurité de l’État alors qu’elle se rendait dans les locaux du CIH-PRESS. Le lieu de détention n’est pas connu. La journaliste est sous le coup d’une procédure pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».

Cette disposition aberrante, exorbitante du droit le plus élémentaire, est une invention cubaine très utilisée contre les dissidents. En consacrant le délit d’intention, cette procédure permet de condamner un individu même s’il n’a commis aucun délit, au nom de la « menace potentielle » qu’il représenterait pour la société ! Trois journalistes ont été condamnés depuis 2006 pour ce motif à des peines allant de trois à quatre ans de prison : Oscar Sánchez Madán, correspondant du site Cubanet, Ramón Velázquez Toranso, de l’agence Libertad, et Raymundo Perdigón Brito, de l’agence Yayabo Press.

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Santiago de Cuba, 2008 © g.ponthieu

À Cuba, estime Reporters sans frontières, « l’heure est à nouveau à la répression et à la censure contre les dissidents et les journalistes. On comprend mieux, dans ce contexte, pourquoi le régime traite par le mépris la réintégration de Cuba à l’Organisation des États américains (OEA), récemment obtenue grâce aux efforts des autres pays d’Amérique latine. Ce processus impliquerait le respect des libertés fondamentales, une perspective visiblement intolérable pour la dernière dictature du continent. La détention et la possible condamnation de María Nélida López Báez le démontrent. La communauté internationale doit se mobiliser pour la libération des prisonniers politiques cubains ».

Parmi les dix-neuf condamnés lors du « Printemps noir » de mars 2003 figure un autre photographe, Omar Rodríguez Saludes, de Nueva Prensa, qui a écopé de la peine la plus lourde: vingt-sept ans de prison.

Le CIH-PRESS a également fait savoir que son jeune correspondant à Guantanamo, Enyor Díaz Allen, a été condamné à un an de prison pour « outrage ». Il est emprisonné depuis le 3 mai, date de la Journée internationale… de la liberté de la presse.

Cuba compte actuellement 24 journalistes emprisonnés, dont le correspondant de Reporters sans frontières, Ricardo González Alfonso, fondateur de la revue De Cuba et lauréat du Prix 2008 de l’organisation, condamné en mars 2003 à vingt ans de prison.

Sources : Reporters sans frontières et Échange international de la liberté d’expression (IFEX, Toronto).


Cuba. Le journaliste Alberto Santiago Du Bouchet condamné à trois ans de prison

Alberto Santiago Du Bouchet, correspondant à La Havane de l’agence de presse indépendante, Habana Press, a été condamné ce 12 mai à trois ans de prison. Il avait été arrêté le 18 avril, officiellement pour « outrage ».

Jugé à la hâte deux jours après son incarcération, Alberto Santiago Du Bouchet a peu de chance de voir sa peine infirmée. L’avocat qui a interjeté appel de la condamnation n’a même pas pu l’assister en première instance. Alberto Santiago Du Bouchet est le vingt-quatrième journaliste emprisonné à Cuba, le quatrième depuis que Raúl Castro a assumé la présidence du Conseil d’État, en juillet 2006. Pour Reporters sans frontières, « malgré la transition, l’île tient toujours son rang de deuxième prison du monde pour les journalistes ».

Ce journaliste dissident a déjà purgé une peine d’un an de prison pour un motif similaire, d’août 2005 à août 2006. « Son incarcération, commente RSF, intervient dans un contexte de coup d’arrêt aux mesures d’ouverture engagées par Raúl Castro après son accession officielle à la tête de l’État, en février 2008. Ainsi, les journalistes dissidents se heurtent à nouveau à des difficultés pour accéder à Internet dans les hôtels. Les harcèlements de la Sécurité de l’État ne cessent plus. Le régime a repris la voie de la répression après avoir cherché davantage de respectabilité auprès de la communauté internationale. Ce double jeu ne saurait tenir longtemps ».

Vingt-quatre journalistes sont actuellement détenus à Cuba. Trois d’entre eux, depuis la transition de juillet 2006, ont été emprisonnés sur la base de l’article du code pénal cubain punissant la “dangerosité sociale prédélictueuse”, qui permet d’incarcérer un individu même s’il n’a commis aucun délit.

C’est à la suite d’un échange verbal avec un officier de police, le 18 avril à Artemisa (province de La Havane), qu’Alberto Santiago Du Bouchet a été conduit au commissariat de la ville. Les circonstances de son arrestation restent mal connues. Le journaliste avait été plusieurs fois menacé de retourner en prison après sa libération, en août 2006, en raison de ses activités au sein de la presse dissidente.

Par ailleurs, une menace de condamnation à quatre ans de prison – toujours pour “dangerosité sociale prédélictueuse” – a été adressée, le 7 mai 2009, à Lisbán Hernández Sánchez, 27 ans, du bureau d’information de la Commission Martiana. Des agents de la Sécurité de l’État se sont rendus au domicile du jeune journaliste pour l’avertir, selon le site Payolibre.

Sur les 24 journalistes aujourd’hui détenus à Cuba, 19 ont été arrêtés lors du “Printemps noir” de mars 2003 et condamnés pour leurs seules opinions à des peines comprises entre quatorze et vingt-sept ans de prison. Parmi eux, Ricardo González Alfonso, directeur de la revue De Cuba, le correspondant de Reporters sans frontières, libérable en 2023.

[Sources : RSF, Paris et Échange international de la liberté d’expression, Ottawa (IFEX)]


Avis de gros temps sur la démocratie

Mon vieux pote Bernard Langlois consacre presque tout son Bloc-notes dans Politis de cette semaine à un sujet que je me devais de traiter ici-même : le fascisme rampant qui s’insinue dans nos quotidiens comme des cafards dans des arrière-cuisine pas propres.

Langlois intitule sa chronique « L’heure du laitier » et on devine tout de suite qu’il ne cause pas de la crise agricole. Il parle précisément de ces opérations policières fachoïdes qui se multiplient comme jamais depuis que nous vivons en Nouveau régime. A preuve, la hausse phénoménale du nombre des gardes à vue enregistrées dans notre beau pays. Dans son récent rapport, l’Observatoire national de la délinquance (OND) pointe une hausse de 35,42 % en cinq ans, plus rapide que le nombre de personnes poursuivies en justice (22,56 % durant la même période). D’après ce rapport, 577 816 gardes à vue ont eu lieu en 2008 contre 426 671 en 2003. Une forte hausse, qui concerne également les personnes mises en cause, c’est-à-dire poursuivies en justice, dont le nombre a bondi de 956 423 à 1 172 393. [Le Monde, 12/05/09].

Des chiffres qui toutefois ne disent rien de la nature des violences, humiliations, injures et sadismes en tout genre pratiquées par les « garants de l’ordre républicain ». Bref, j’en reviens au papier de Langlois et même que je vais ci-dessous le pomper allégrement, ce qui n’interdit pas de lire le reste de sa chronique et de Politis – au contraire.

« […] On annonçait ce lundi midi que trois « proches » de Julien Coupat avaient été arrêtés dans la région rouennaise et placés en garde à vue. À 14 heures, alors que je m’attaque à la rédaction de ce présent bloc-notes, un coup de fil m’apprend qu’un autre coup de filet a pêché, à Forcalquier, quatre autres suspects de la « mouvance », dont Johanna et François Bouchardeau. Direction Marseille pour interrogatoire à l’hôtel de police (« l’Évêché », comme on continue de dire là-bas, eu égard aux anciennes fonctions de cet édifice qui surplombe le Vieux Port, et où l’on distribue maintenant plus souvent des torgnoles que des bénédictions). En matière de terrorisme, puisque c’est dans cette catégorie qu’on a classé l’affaire qui nous occupe, tous ces braves gens peuvent rester en garde à vue jusqu’à 96 heures, une paille ! Ainsi, le pouvoir judiciaire continue de s’acharner sur des citoyens auxquels, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut reprocher que des faits qui relèvent de la liberté de penser et de manifester. Voyons voir : je ne connais pas les embastillés de la région rouennaise, mais je connais bien ceux de Forcalquier.

« François Bouchardeau fut longtemps (depuis l’adolescence, dans les années 1970) un des piliers de la célèbre communauté de Longo Maï, dont le centre est situé sur la colline Zinzine, proche de Limans, à quelques kilomètres de Forcalquier. Il l’a quittée depuis quelques années pour prendre la direction de HB éditions, fondée par sa mère, l’ancienne ministre de l’Environnement Huguette Bouchardeau, dont il a installé le siège à Forcalquier même. Sa femme, Johanna, et leurs deux enfants vivent toujours dans la communauté, où l’on ne se borne pas à cultiver les terres arides de la Haute-Provence : depuis toujours, né de l’éruption de Mai 68, le projet longomaïen est politique, et prône et pratique (dans la vie quotidienne, les rapports de production et d’échanges, par l’exemple vivant, l’essaimage, la transmission, la propagande écrite et orale – Radio Zinzine (1) est une station de qualité qui rayonne sur la région – et tous autres moyens légaux et non violents) un mode de vie et d’organisation sociale en rupture avec la société capitaliste. Internationalisme, autogestion, solidarité, partage, tiers-mondisme : toutes ces choses, là, qui furent au coeur d’un idéal de gauche quand la gauche avait un idéal. Des gauchistes, quoi.

« Le rapport avec les inculpés de Tarnac ? Dans la pratique, je l’ignore. Dans la vision du monde, le rejet de la société marchande, la recherche et la pratique d’un mode de vie différent, il est évident. Lorsque l’affaire de Tarnac a éclaté, souvenez-vous, j’avais du reste fait un parallèle entre les deux groupes. C’est donc tout naturellement que s’est immédiatement posée la question de la solidarité entre Longo Maï et Julien Coupat et ses amis. Ou plutôt qu’elle s’est imposée d’elle-même : dans le mouvement de soutien aux inculpés qui s’est mis en place au plan national, nos Provençaux (interlopes, mais Provençaux quand même !) n’ont pas été les derniers à se mobiliser. Et les Bouchardeau en particulier, qui ont représenté Longo Maï dans les diverses réunions de coordination des comités de soutien […]

« On en est là, les amis. On le savait déjà pour ce qui concerne l’aide aux migrants clandestins (quoi qu’en dise le traître emblématique du gouvernement), mais c’est vrai en général pour toute forme de soutien à des militants en butte à la police et à la justice : la solidarité est désormais un délit. Peut-être même bien un crime ? Va savoir ! Terrorisme, ce mot bien fait pour paniquer le peuple, qu’on ne devrait employer qu’avec d’infinies précautions, est mis à toutes les sauces. On s’en parfume le battle-dress, on s’en gargarise le goitre, on alliot-marise toute la vie sociale. Bientôt, on ne sera plus dans ce qui est censé caractériser une démocratie, selon la formule bien connue : « Une société où, quand on sonne à votre porte à 6 heures du matin, c’est le laitier ! » Pour François et Johanna et les deux jeunes enchristés avec eux, comme pour les gens de Rouen, et peut-être d’autres encore, ailleurs, ce matin ce n’était pas le laitier, mais la police judiciaire. »

Langlois évoque la flicaille de Marseille. Elle est triplement d’actualité. Outre cette affaire-là, celle de l’enseignant et son « Sarkozy, je te vois ! » qui électrise et la force publique et le procureur de la République – lequel ne craint pas le ridicule en requérant 100 euros d’amende ! L’autre, le placement en garde à vue – et encore une ! – au commissariat Noailles de Marseille, pendant plus de 24 heures, d’un syndicaliste de la CGT, Charles Hoareau, suite à une simple convocation dans une affaire de conflit social.

N’allons pas en inférer qu’il y a du Sarko dans tout ça – d’ailleurs l’ « Élysée » dément être intervenu en quoi que ce soit… Pas besoin : c’est la force du pouvoir excessif de conduire ses agents (sbires ou seulement zélés serviteurs) à intérioriser les ordres d’En-Haut sans qu’ils aient à être expressément formulés. L’état démocratique réel d’un régime se mesure précisément à l’aune de tels débordements répressifs et au fait qu’un État les tolère. C’est le meilleur baromètre de la pression autoritaire. Ces temps-ci, la météo politique n’annonce rien de bon.

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(1) Vous me direz que je ne manque pas d’air en pompant un confrère de manière aussi éhontée. J’ai une excuse et même deux : 1) Pourquoi retisser une laine d’aussi haute lice ? 2) Surtout quand le tisserand est consentant.

(2) Radio Zinzine Info, 04300 Limans, www.radiozinzine.org et Longo maï, Révolte et utopie après 1968, vie et autogestion dans les coopératives européennes, Beatriz Graf, Thesis ars historica, 176 p. Écrire à : trixiegraf@yahoo.fr


Fascisme ordinaire. « Monsieur Vadrot ? L’accès du Jardin des Plantes vous est interdit »

Journaliste à Politis et chargé de cours à Paris-VIII, Claude-Marie Vadrot, raconte l’inquiétante mésaventure qui vient de lui arriver ce 17 avril. Une histoire qui rappelle un temps où l’on parlait de « fascisme ordinaire ». Au Jardin des Plantes, dira-t-on, il est normal que repoussent même les mauvaises herbes.


« Je suis inquiet, très, très inquiet.. Vendredi dernier,
à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Éducation nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature. Une façon, avec ce «cours hors les murs», de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.

Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dès l’entrée franchie par le chef du service de sécurité? Tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire étaient gardées par des vigiles.

– «Monsieur Vadrot ? ». — euh… oui — Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit. — Pourquoi ?? — Je n’ai pas à vous donner d’explication.

– Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?? — Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum — Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte — C’est non.

Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez-vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon, où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.

Évidemment, je finis pas me fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commence à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs, Alain Bué et Christian Weiss, insistent et menacent d’un scandale. Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique: — Écoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants.. Je promets et évidemment ne tiendrai pas cette promesse, tant le propos est absurde. J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Éducation nationale, je viens de faire l’objet d’une «interdiction politique». Pour la première fois de mon existence, en France.

Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était «extraordinaire » et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur. »


Purge à Cuba. Fidel tire encore les ficelles

Peut-être mourant mais pas mort ! Castro Fidel tire encore les ficelles à la tête de son île. Il vient en effet de limoger deux hauts responsables du gouvernement, selon une procédure qui fleure « bon » la purge stalinienne.

Carlos Lage, était vice-président et chef de cabinet et Felipe Perez Roque ministre des relations extérieures. Ce dernier avait été nommé chef de la diplomatie en 1999, à l’âge de 34 ans, après avoir été pendant sept ans le secrétaire particulier de Fidel Castro.

Tous deux ont été mis en disgrâce par Fidel Castro lui-même qui, jusqu’alors, les considérait comme de ses plus « fidèles » serviteurs. Leur éjection annoncée la semaine dernière par Raúl avait pu faire croire en un geste d’affirmation du « petit frère » (75 ans) ainsi décidé à s’affranchir de l’inusable « líder máximo ». Que nenni ! C’est bien Fidel lui-même qui, dans une de ses « Reflexiones » publiée le 3 mars dans le quotidien Granma, a prononcé – sans les citer nommément – la mise en disgrâce de deux hommes, accusés de « conduite indigne ». Citation exacte : « Le miel du pouvoir pour lequel ils n’ont consenti aucun sacrifice a éveillé en eux des ambitions qui les ont conduits à jouer à un rôle indigne. L’ennemi extérieur a nourri bien des illusions à leur égard. »

En d’autres termes que la langue de bois, et faute de plus de précisions, il s’agit bel et bien d’une trahison au profit des États-Unis. Et dans la tradition des procès de Moscou ou du moins de leur « instruction », les deux apparatchiks ont fait une autocritique publiée le 5 mars par les médias cubains. Dans une lettre au président, les deux politiciens affirment avoir commis des « erreurs » et devoir quitter leurs fonctions à la suite de ces mêmes « erreurs ». « Je reconnais les erreurs commises et en assume la responsabilité. Je considère comme juste et profonde l’analyse réalisée lors de la dernière réunion du Bureau politique », écrit Carlos Lage dans sa lettre datée du 3 mars. Quelles « erreurs » ? Mystère.

Carlos Lage était connu pour ses timides réformes introduites dans les années 1990 quand l’économie cubaine subissait le contrecoup de l’arrêt des subsides soviétiques. Felipe Roque était chef de la diplomatie depuis dix ans et jusqu’à ces derniers jours où il eut à recevoir l’émissaire de Sarkozy, Jack Lang.

Lage et Roque sont de ces « quincas » sur lesquels pouvait reposer une possible ouverture du régime. Des « jeunes » hommes trop pressés sans doute et qui auraient pu commettre quelque imprudence dans un système militaire et policier tenu par de puissants services de renseignement.

Ce ne sont pas les premières têtes qui tombent sans explication. En avril dernier, le ministre de l’éducation Luis Ignacio Gomez avait connu le même sort, accusé par Fidel d’avoir « perdu sa conscience révolutionnaire » après 18 ans de service.. Avant lui, en 1999, Roberto Robaina, le prédécesseur de Felipe Perez Roque au ministère des affaires étrangères avait aussi été brutalement limogé et exclu du parti communiste cubain en 2002. En 2006, Juan Carlos Robinson, membre du Bureau politique du PCC, avait été condamné à 12 ans de prison pour « trafic d’influence ».

Plus avant encore, il y a vingt ans, et autrement plus grave, il y eut l’affaire Ochoa. Arnaldo Ochoa, général de tous les combats, héros national – Sierra Maestra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Angola – condamné à mort et exécuté en 1989 pour « trafic de drogues ». Il avait eu le tort de résister aux Castro et même de préparer une évolution du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : prendre sur lui ce trafic de drogues entre Cuba et les narcos de Colombie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condamnation à la prison avec une libération arrangée ensuite. D’où la confession autocritique de Ochoa, qui fut cependant exécuté un mois après sa condamnation à mort. Le régime fit  de ce procès, tenu par des juges militaires, une opération de propagande dont il a le secret. On peut en suivre les principales phases sur  internet (taper « Arnaldo Ochoa » sur Google). C’est stupéfiant – sans mauvais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont toujours voulu cacher toute dissidence et même tout désaccord avec  la ligne politique. Le régime ne peut admettre que des déviances ou des « fautes morales » personnelles.

Le parti communiste cubain est aujourd’hui tiraillé entre pragmatiques, partisans d’une ouverture de l’économie et de la diplomatie, et conservateurs, qui s’obstinent à maintenir le modèle existant malgré les graves difficultés que connaît le peuple cubain. L’arrivée de Barack Obama et la perspective d’une détente avec les Etats-Unis ont accentué les dissensions, surtout si, à terme, une levée de l’embargo place le régime cubain devant sa propre inanité économique et le signe patent de son échec politique. Que l’Histoire ne les acquitte pas, c’est par dessus tout ce que redoutent les frères Castro.


CUBA À L’AN 50 DE LA RÉVOLUTION CASTRISTE (reportage)

« L’espérance était verte,

la vache l’a mangée »

Monde de façades et de double-jeu. Cuba, miroir aux alouettes béates, ces adorateurs exotiques en mal de « Che » ou touristes baladés, pourvoyeurs de devises qui alimentent le premier bizness de l’île, bien avant le cigare et le nickel. La dictature caraïbe tient par ses charmes, eux-mêmes liftés grâce à un art consommé du maquillage. A cinquante ans – ce 1er janvier, elle va fêter ça en grands pompes – la Révolution castriste fait vraiment vieille décatie. C’est ainsi, quand on n’assume pas son âge, ses rides, ses vices.

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Trinidad. Croisement d’américaines. Entre les deux ailes de la Plymouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au photographe… et à un demi-siècle de castrisme [© gp]

La Havane, début novembre. Pedro me montre le bout rafistolé de ses chaussures. Il est médecin psychiatre. « Que penser de cette réalité ? Mes chaussures ont plus de deux ans, elles sont usées mais je n’ai pas les moyens d’en changer car je gagne 450 pesos par mois ! » À moins de 20 euros, son salaire atteint pourtant le triple du revenu minimum cubain (150 pesos, à peine 6 euros). Pedro a la déprime, ancrée au fil des années de sa quarantaine sans espérance. Il n’a qu’un but : manger et faire manger les siens. Comme tout Cubain. Travailler deux fois, l’officielle et l’autre, la combine. « Para comer », pour manger. C’est le leitmotiv. « Si je change de chaussures, insiste Pedro, on ne mange pas à la maison ! Et je suis médecin !»

On s’est assis sur un muret isolé, dans un square proche de l’hôpital où il travaille, dans le Vedado, quartier plutôt chic de la capitale – à deux heures de bus de son domicile, en banlieue lointaine. Terrible désir d’expression – ce sera une constante dans mes rencontres – qui se libère une fois la confiance établie. On vient de marcher durant plus d’une heure, sans autre but que d’avancer en parlant, ne pas rester sur place, risquer les oreilles rapporteuses. On tourne autour de la place de la Révolution, ce grand œuvre stalinien, statue colossale de José Marti – l’Apôtre, comme ils l’appellent –, portrait géant du Che – le Héros –, tribune d’où Fidel a massé les masses – le Pueblo sanctifié – à pleines heures de palabres. Pedro se lâche de plus en plus, lui fils d’un ancien maquisard de la Sierra Maestra, lui qui n’en peut plus de cette logorrhée de slogans pompeux, de ces appels à la mobilisation, à la morale, à la pureté. Il ricane.

»> Suite dans Politis de cette semaine.

»> Voici le lien du site de Politis et de l’amorçage de mon article . Vous y trouverez surtout une suite de commentaires dont certains valent le détour…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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