On n'est pas des moutons

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Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Trente ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tristes anni­ver­saires qui marquent à jamais les deux plus grandes catas­trophes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléaire. Une éner­gie bien par­ti­cu­lière que ses exploi­tants s’efforcent de rendre banale, ordi­naire… Une éner­gie de l’avenir, radieuse (si on ose dire) et même propre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuelle pro­pa­gande en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­miques, en effet, ne pro­duisent pas le si néfaste CO2. Donc, plu­tôt la Peste (nucléaire) que le Cho­lé­ra (fos­sile).

Mais il tourne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukraine et plus encore en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jusque sur nos têtes et sous nos pieds, dans presque toute l’Europe. Puis une autre tem­pête aus­si malé­fique s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le monde vivant.

Le vent tourne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éoliennes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­rages, élec­trise les pan­neaux pho­to­vol­taïques. Le vent d’un autre ave­nir qui refuse la ter­reur de la Toute-Puis­sance tech­no­lâtre à la mer­ci d’un cou­vercle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séisme et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ristes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son délire.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tième anni­ver­saire de cette catas­trophe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléaire ne peut être com­pa­rable à aucun autre acci­dent lié à l’activité humaine.

Au pro­gramme

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­trale Lénine

Mar­di 26. 2) Le monstre s’est déchaîné

Mer­cre­di 27. 3)  Comme un nuage

Jeu­di 26. 4) Un nuage, des lam­beaux partout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dissimulés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-programme

Une centrale, des Inconnus



Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tchernobyl).

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Nous nous sommes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cette sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­saires à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tro­nique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Marseille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­de­rons alors votre adresse pos­tale par courriel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la liste des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des étapes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cette créa­tion de qua­li­té, à tirage limi­té. Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre soutien !

Fran­çois et Gérard Ponthieu


Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Groth

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­ture à Svet­la­na Alexie­vitch, le jury de Stock­holm honore une magni­fique écri­vaine et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consacre une femme elle-même vouée à témoi­gner du cou­rage face au ter­rible quo­ti­dien de « héros ordi­naires ». Un choix qui s’inscrit dans un contexte géo-poli­tique et éco­lo­gique des plus troubles, affec­tant toute l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­sible à cette recon­nais­sance que je dois à Svet­la­na Alexie­vitch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guerre n’a pas un visage de femme (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­nique du monde après l’apocalypse, témoigne avec force de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­trophe ; les témoi­gnages ras­sem­blés donnent au drame sa dimen­sion plei­ne­ment humaine, dépeinte sans arti­fice aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noire », signi­fi­ca­tion lit­té­rale de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­ligne un pho­to­graphe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en couleur…

Plus loin, un liqui­da­teur raconte com­ment se blo­quaient les dosi­mètres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplômes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Lénine et des dra­peaux rouges. »

Une femme, épouse d’un liqui­da­teur, raconte l’agonie de son homme : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un monstre… » Le reste de ce témoi­gnage, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­table et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­tique, cette catas­trophe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses causes en sont autant poli­tiques que tech­niques, contrac­tion implo­sive d’un sys­tème dément et d’une incon­sé­quence scientiste.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­cable contre l’énergie nucléaire dite « paci­fiste ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléaires dans le monde – dont 58 en France.

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Autre grand livre : La guerre n’a pas un visage de femme… mais les femmes ont été de toutes les guerres. En par­ti­cu­lier les femmes russes enrô­lées dans l’Armée rouge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liaires de toutes sortes, de toutes cor­vées, blan­chis­seuses de linge gor­gé de sang, infir­mières, bran­car­dières, méde­cins, cui­si­nières, puis com­bat­tantes, tireurs d’élite. Des héroïnes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gnages tout aus­si insupportables.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vitch, écri­vaine et jour­na­liste rus­so­phone, ukrai­nienne par sa mère et bié­lo­russe par son père, est une dis­si­dente irré­duc­tible, tant sous le régime sovié­tique que dans la Rus­sie pou­ti­nienne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Loukachenko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guerre sovié­to-afghane, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­cides de citoyens russes après la chute du com­mu­nisme et Der­niers Témoins (2005), témoi­gnages de femmes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rouge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­taines de témoi­gnages dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zine Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­ture la consacre pour « son œuvre poly­pho­nique, mémo­rial de la souf­france et du cou­rage à notre époque ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Mensonge


Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lan­ceurs d’alertes : cli­mat, fli­cages numé­riques, cor­rup­tions en tous genres. Et nucléaire ce lun­di avec les aler­teurs de Green­peace. Une fois de plus, ils ont fait leur bou­lot de démons­tra­tion par la preuve. EDF, l’ASN et les pou­voirs publics peuvent bien ten­ter de mini­mi­ser l’opération de cette nuit à la cen­trale de Tri­cas­tin en pré­ten­dant que les aler­teurs  de Green­peace ne sont pas par­ve­nus dans la zone ultime de contrôle. Espèrent-ils  qu’un groupe de ter­ro­ristes fassent « mieux » ?… Ain­si, au lieu de les féli­ci­ter pour orga­ni­ser gra­tui­te­ment et gran­deur nature un exer­cice de crise, ils vont les pour­suivre en justice !

Le site de Tri­cas­tin accueille la plus impor­tante concen­tra­tion d’industries nucléaires et chi­miques de France. C’est aus­si le site nucléaire le plus éten­du de France, devant l’usine de retrai­te­ment de La Hague. Le site regroupe de nom­breuses acti­vi­tés liées à la fabri­ca­tion et l’exploitation du com­bus­tible nucléaire. Les pre­mières ins­tal­la­tions sont entrées en fonc­tion­ne­ment au cours des années 1960 pour enri­chir de l’uranium à des fins mili­taires. Actuel­le­ment, plus de 5 000 employés tra­vaillent au Tri­cas­tin dans un impor­tant réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité pro­duite par les quatre réac­teurs de 900 MW sont consom­més sur place, notam­ment par l’usine voi­sine d’enrichissement Euro­dif. Il est pré­vu que le der­nier tiers ali­men­te­ra l’expérimentation d’ITER, quand ce réac­teur à fusion nucléaire sera opé­ra­tion­nel – s’il le devient – dans quinze ou vingt ans, à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

En exploi­ta­tion à par­tir de 1960, la cen­trale de Tri­cas­tin est presque aus­si vieille que celle de Fes­sen­heim – que Fran­çois Hol­lande s’est enga­gé à fer­mer. Ce que lui rap­pelle Green­peace en actua­li­sant cette pro­messe et en l’étendant aux ins­tal­la­tions de Tri­cas­tin, éga­le­ment situées sur une zone sis­mique. Par leurs pro­jec­tions d’images sur les murailles de béton, en par­ti­cu­lier la repré­sen­ta­tion appuyée d’une fis­sure, l’ONG éco­lo­giste appuie aus­si sur une réa­li­té : à savoir que la plu­part des enceintes de confi­ne­ment des réac­teurs – même épaisses d’un mètre de béton – sont plus ou moins fis­su­rées et non étanches !

Les popu­la­tions voi­sines se sont le plus sou­vent, et dans l’ensemble, habi­tuées et rési­gnées face aux dan­gers qui les menacent au quo­ti­dien. Comme dans d’autres ins­tal­la­tions nucléaires, mais à Tri­cas­tin plus par­ti­cu­liè­re­ment, des inci­dents se sont suc­cé­dés ces der­nières années. L’Auto­ri­té de sûre­té se veut tou­jours ras­su­rante en clas­sant ces inci­dents dans le bas de l’échelle des risques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finance les col­lec­ti­vi­tés locales à hau­teur de 14 mil­lions d’euros par an au titre de la taxe pro­fes­sion­nelle. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui com­mande. Jusqu’à ce qu’un acci­dent grave pré­sente sa fac­ture. Mais les acci­dents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tcher­no­byl, Fuku­shi­ma

 

Lire aus­si :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

26 avril 1986, catas­trophe de Tcher­no­byl. Voi­là vingt-cinq ans. Une réfé­rence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus éle­vé. Atteintes humaines et envi­ron­ne­men­tales incal­cu­lables – des vic­times par cen­taines de mil­liers, décé­dées ou malades ; un ter­ri­toire grand comme la Suisse ren­du invi­vable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la cen­trale japo­naise de Fuku­shi­ma entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­trophe ». « On » pré­fère euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le miracle du dieu Tech­nique. « On » : nucléo­crates et poli­tiques fon­dus dans le même moule du ren­de­ment éco­no­mique, de cette ren­ta­bi­li­té dans laquelle le fac­teur humain ne consti­tue qu’une variable par­mi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse sovié­tique » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­nique infé­rieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­ri­té occi­den­tale », celle des cen­trales de concep­tion états-unienne ins­tal­lées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc appor­té la preuve de ses propres limites, met­tant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine bié­lo­russe Svet­la­na Alexievitch,  «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise»

La catas­trophe de Fuku­shi­ma aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses consé­quences – per­mis de battre en brèche l’omerta nucléa­riste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dogmes tech­ni­cistes, mais aus­si les choix éner­gé­tiques fon­da­men­taux, les poli­tiques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-même prise la main dans le sac du secret, du men­songe, de la for­fai­ture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléaire est affaire trop dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains des nucléo­crates !)

Même à armes inégales, le débat sur les choix éner­gé­tiques et de socié­té a été for­te­ment réac­ti­vé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléaire, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-trai­tance. Cette pra­tique de forme escla­va­giste – cette mal-trai­tance – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vices publics en géné­ral. Ain­si EDF en est-elle venue à se désen­ga­ger en quelque sorte de la main­te­nance et indi­rec­te­ment de la sûre­té de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véable (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­si­té – sur les risques sani­taires), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­si­té de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entre­prises pri­vées de cette sous-traitance.

Les « liqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, pris entre héroïsme et résignation.

Encore ne s’agit-il que de gérer l’exploitation nor­male des cen­trales et de ses réac­teurs. Tan­dis que les acci­dents et a for­tio­ri les catas­trophes changent com­plè­te­ment la donne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voire les deux mêlés, de ceux que depuis Tcher­no­byl on appelle les « liqui­da­teurs ».  Com­bien sont-ils exac­te­ment à Fuku­shi­ma ? Dans quelles condi­tions tra­vaillent-ils ? Ris­quant leurs vies, pro­mis à la mala­die, ils sont quelques cen­taines à batailler dans cet enfer moderne. Employés de l’exploitant Tokyo Elec­tric Power (Tep­co) ou de ses sous-trai­tants, ils s’activent en milieu hau­te­ment conta­mi­né par les radia­tions. Les pics de radio­ac­ti­vi­té sont tels qu’ils doivent être par­fois éva­cués, et que  plu­sieurs d’entre eux ces sau­ve­teurs déses­pé­rés ont dû être hos­pi­ta­li­sés – autant dire qu’ils ont peu de chance de survivre.

 » Le pro­grès trans­for­mé en cimetière »

«La leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise», s’indigne dans Libé­ra­tion [entre­tien avec Vero­ni­ka Dorman19/03/2011] l’ écri­vaine bié­lo­russe Svet­la­na Alexie­vitch, à qui l’on doit La Sup­pli­ca­tion, chro­niques du monde après l’apocalypse, ouvrage pro­pre­ment ren­ver­sant. Voi­ci ce qu’elle déclare à pro­pos des liqui­da­teurs japonais :

« Là aus­si, je vois beau­coup de res­sem­blance avec ce qui s’est pas­sé chez nous. La culture japo­naise est fon­dée sur le col­lec­tif, elle aus­si. L’individu en tant que tel n’existe pas vrai­ment, mais se recon­naît comme une par­tie d’un tout.

[…] « Je me suis ren­due sur l’île Hok­kai­do, au Japon, dans la cen­trale nucléaire de Toma­ri. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenêtre de mon hôtel. C’était une vision fan­tas­tique, un site cos­mique futu­riste au bord de l’océan. J’ai ren­con­tré des employés de la cen­trale, qui m’ont deman­dé de racon­ter Tcher­no­byl. Pen­dant mon récit, ils avaient des sou­rires polis, mani­fes­taient de la com­pas­sion. «Bien sûr, c’est ter­rible pour les gens, mais c’est la faute au tota­li­ta­risme. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre cen­trale est la plus exem­plaire, la plus sûre, tout est par­fai­te­ment étu­dié.» Face à cet orgueil tech­no­gène de l’homme, l’idée d’un pou­voir sur la nature, j’ai com­pris que la leçon de Tcher­no­byl n’avait pas été apprise par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cette fron­tière où, très clai­re­ment, nous ne pou­vons plus accu­ser per­sonne, ni le sovié­tisme ni le tota­li­ta­risme. L’homme doit recon­naître le carac­tère limi­té de ses pos­si­bi­li­tés. La nature est plus puis­sante, elle com­mence à se ven­ger dans un com­bat inégal. J’ai enten­du la même chose à Gre­noble, lors d’une ren­contre avec des spé­cia­listes fran­çais. «Chez nous, c’est impos­sible. Chez vous, à l’Est, où la vie tangue entre le bor­del et le bara­que­ment… » Avant l’explosion à Tcher­no­byl, l’académicien Ana­to­li Alexan­drov avait décla­ré que les cen­trales sovié­tiques étaient tel­le­ment sûres que nous pou­vions les construire sur la place Rouge. Éton­nant comme cette arro­gance des savants ato­mistes a pu sur­vivre si longtemps.

[…] « Rien ne change. Je viens d’arriver à Minsk pour apprendre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Rus­sie construise une cen­trale nucléaire en Bié­lo­rus­sie, à Ostro­vets, une zone dépeu­plée depuis un trem­ble­ment de terre de magni­tude 7, en 1909. Pen­dant que le monde entier est vis­sé aux écrans de télé­vi­sion pour suivre le désastre au Japon, les jour­naux de Minsk se féli­citent du deal avec la Rus­sie, de la future cen­trale qui sera «la plus sûre du monde». Iro­nie du sort, la Bié­lo­rus­sie, qui a le plus souf­fert de Tcher­no­byl, est en train de se lan­cer dans le nucléaire. Mieux : le chef de l’agence fédé­rale Ros­sa­tom, Ser­gueï Kirien­ko, se vante de voir la Rus­sie construire des cen­trales nucléaires off­shore, pour les vendre à l’Indonésie, au Viet­nam. Ima­gi­nez, dans l’océan, quelques dizaines de petites Hiro­shi­ma flottantes…

[…] « Nous ne savons tou­jours pas ce qui se passe vrai­ment sous le sar­co­phage de Tcher­no­byl. Seuls 3% des élé­ments conte­nus dans le réac­teur se sont dis­sous dans l’air. 97% y sont encore. Désor­mais, le régime poli­tique - tota­li­ta­risme ou libé­ra­lisme comme au Japon - n’a plus grande impor­tance. Ce qui en a, ce sont les rela­tions entre l’homme et les hautes tech­no­lo­gies dont dis­pose la société.

[…] « Le monde n’a pas tenu compte de la pre­mière leçon ato­mique. La recherche sur les sources d’énergie alter­na­tive est encore l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le ratio­na­lisme est dans une impasse. D’où un sen­ti­ment sui­ci­daire. […] Le tsu­na­mi au Japon a trans­for­mé le pro­grès en cime­tière. »

> Sur la catas­trophe de Tcher­no­byl et ses causes, voir aus­si sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


Du Titanic à Fukushima. Navigation à vue sur l’océan de la Technique sacralisée

Le texte qui suit (mer­ci à Fran­çois qui me l’a trans­mis) est extrait du livre « Tita­nic, au-delà d’une malé­dic­tion » de Dja­na et Michel Pas­cal (Ed. Anne Car­rière Docu­ment, 2004). On le voit, il s’agit du Tita­nic dont on sait le des­tin, le mythe et sa « réin­car­na­tion » dans le spec­tacle hol­ly­woo­dien. Mais son actua­li­té rejoint, un siècle après (1912), la tra­gé­die japo­naise, en ce sens qu’il super­pose dans une mytho­lo­gie moderne et tech­nique le plus grand, luxueux, et sur­tout « insub­mer­sible » paque­bot de l’époque, à la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma, au Japon. Celle-ci ne pou­vait évi­dem­ment figu­rer au pan­théon des Mer­veilles du monde d’alors, pas plus que l’A-380 ou les ver­ti­gi­neuses tours comme celle de Dubaï – et autres phal­liques chefs d’œuvre de l’ingéniosité humaine. Avant la série d’accidents sur ses réac­teurs, elle y aurait figu­ré d’office, dans le même lot des 435 réac­teurs nucléaires recen­sés dans le monde, implan­tés au nom de la sûre­té maxi­male. Tout comme le Tita­nic avait navi­gué sur l’océan de l’infaillibilité, tout comme Tcher­no­byl avait été le jouet d’apprentis-sorciers.

Voi­là qui don­ne­ra du grain à moudre aux par­ti­sans de Jacques Ellul – dont mon ami Joël Decar­sin, avec ardeur – qui voyait la source des maux de la moder­ni­té dans la sacra­li­té trans­fé­rée à la Technique.

 

La dixième et ultime Mer­veille du monde, ici mesu­rée à l’aune de ses concurrentes…

« ...sur l’affiche de pro­mo­tion, on « pose » donc le Tita­nic à côté d’une cathé­drale, mais pas n’importe laquelle : on choi­sit l’une des plus hautes jamais bâties par l’homme, celle de Cologne. On fait la même chose avec la pyra­mide de Gizeh qui parait plu­tôt ridi­cule. Com­pa­rer le Tita­nic aux plus hautes construc­tions sacrées de l’homme, c’est induire, dans l’inconscient col­lec­tif, le concept que ce navire porte en lui une dimen­sion sacrée, éter­nelle, immor­telle. C’est aus­si rap­pro­cher les ouvriers des chan­tiers navals des bâtis­seurs de cathé­drales d’hier. Bien évi­dem­ment, ces hommes sont tout autant res­pec­tables, la ques­tion n’est pas là. Construire un paque­bot demande un immense savoir-faire, une expé­rience, du talent. Mais les cathé­drales et les pyra­mides recèlent une dimen­sion spi­ri­tuelle suprême, un laby­rinthe de mes­sages sur le sens de la vie, de la mort. Les paque­bots, eux, sont avant tout des gale­ries mar­chandes, des hôtels de luxe, de magni­fiques lieux de consom­ma­tion. Confondre pro­fane et sacré, comme le fait Ismay (un des publi­ci­taires de l’époque, de la White Star Line), tout mélan­ger, réduire le sens fon­da­men­tal, abo­lir les repères, tel est le nou­vel évan­gile de ce début de siècle.

« Posé à la ver­ti­cale, le Tita­nic appa­raît effec­ti­ve­ment bien plus haut que la cathé­drale de Cologne ou la pyra­mide de Khéops. Ces construc­tions, dues au tra­vail des hommes, ont per­du­ré à tra­vers les siècles. Ain­si, der­rière cette jux­ta­po­si­tion se cache l’idée d’éternité. Telle une cathé­drale, le Tita­nic semble là pour durer. Peu importe que ce soit abso­lu­ment faux, et que la durée d’utilisation d’un navire se limite à quelques dizaines d’années. Le poser au coté des monu­ments sacrés situe éga­le­ment le paque­bot dans la lignée des construc­tions dédiées à Dieu. Lui aus­si confor­te­ra la notion d’éternité. Une fois de plus, la réa­li­té se place exac­te­ment à l’opposé de la publicité.

« Le Tita­nic est une inven­tion entiè­re­ment vouée à l’enrichissement, au pro­fit. Le choc de la pho­to, le poids de l’ignorance ber­ne­ront tout un cha­cun. En pré­ten­dant qu’un navire ne peut cou­ler en étant per­sua­dé que ses dimen­sions dépassent et de loin celles des lieux sacrés, on laisse pen­ser au pas­sa­ger qu’il accé­de­ra à une forme d’immortalité. Sur un tel paque­bot, rien ne peut lui arri­ver. Ce leurre pho­to­gra­phique sera dif­fu­sé à des mil­liers d’exemplaires dans la presse. Celle-ci par­ti­ci­pe­ra, à son insu, à la gigan­tesque cam­pagne de dés­in­for­ma­tion. Elle accré­di­te­ra une réa­li­té mépri­sant toutes les lois de la nature, au risque de pro­vo­quer ses charges les plus négatives.

« Enfin, sur la bro­chure publi­ci­taire, le Tita­nic appa­raît, tou­jours ver­ti­ca­le­ment, à côté des plus hauts buil­dings de New York. Il touche presque le ciel, sa sil­houette fuse­lée semble prendre son envol. Jux­ta­po­ser le plus grand navire de tous les temps, les sym­boles de la réus­site maté­rielle et les construc­tions sacrées s’avérera d’une ter­rible por­tée dans l’inconscient col­lec­tif. Comme un magi­cien cher­chant à semer la confu­sion, Ismay va sciem­ment mani­pu­ler la réa­li­té. En ce début de siècle, il s’agit d’aider à la perte des repères pour que l’homme consomme plus, qu’il se plie au nou­veau monde qu’on lui prépare.

« Lorsque nous avons posé à Mil­vi­na Dean (une res­ca­pée du nau­frage) la ques­tion sui­vante : « Quel est pour vous l’iceberg d’aujourd’hui ? « , elle nous a répon­du, après un léger temps de réflexion : « Ne plus croire en Dieu. » Il nous a sem­blé que son regard pro­fond et sa réponse se situaient bien au-delà d’une simple inter­pré­ta­tion chré­tienne. En res­tant fidèle à son pro­pos, on peut dire qu’elle fai­sait allu­sion aux défaillances de nos sys­tèmes, à notre manque d’éthique, de com­pas­sion, aux­quelles se sont sub­sti­tués le culte de l’ego, la star­ma­nia, cette volon­té vani­teuse de se croire supé­rieur à la nature, cette fuite en avant, cette incroyable déter­mi­na­tion à occul­ter la mort.

« En addi­tion­nant les trois points forts mis en avant par les publi­ci­taires : le détour­ne­ment du sacré, l’utopie d’éternité, la confu­sion des genres, on par­vint à un constat qui, d’un  point de vue socio­lo­gique, recoupe celui de Mil­vi­na Dean : la perte des repères... »

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Sur le même thème : Le syn­drome du Tita­nic, de Nico­las Hulot (Cal­mann-Lévy, 2004)

 


Du Tchernobyl pétrolier et des émeutes dans le monde

Tan­dis que la diver­sion rem­plit son office autour du bal­lon mon­dia­li­sé, tan­dis que le rideau de fumée s’épaissit sur les sombres affaires et magouilles du monde (le ministre et la miliar­daire ; le fric des banques dans le sys­tème Bou­ton-Ker­viel ; le tour de passe-passe entre ce même fric et les retraites ; le mer­dier à France Inter ; l’annulation de la gar­den-par­ty ély­séenne et la livrai­son de l’avion Air Sar­ko One… on en oublie et on nous en cache d’autres…). Pen­dant ce temps donc le pétrole conti­nue à rem­plir l’océan. Pas de quoi rigo­ler à pro­pos de ce Tcher­no­byl pétro­lier. Pour­tant mar­rons-nous quand même (rire jaune et vert) à la vue de cette cin­glante parodie :

L’émeute, phé­no­mène mon­dia­li­sé… comme la mondialisation.

Autre perle, sur un mode bien dif­fé­rent, cet entre­tien sur « Nonfiction.fr » avec Alain Ber­tho, pro­fes­seur d’anthropologie à l’Université de Paris 8-Saint Denis qui, après avoir étu­dié les ban­lieues et la crise de la poli­tique, s’intéresse aux émeutes comme phé­no­mène mon­dial ancré dans le contem­po­rain. Extrait : « Par­mi les choses obser­vables, il y a notam­ment l’absence d’interlocution avec l’État. L’absence de mots qui a beau­coup frap­pé les obser­va­teurs en 2005. Une émeute ne se fait pas avec des ban­de­roles, ne se fait pas avec des mots d’ordre, ne se fait pas avec des pro­grammes de négo­cia­tions. On n’est pas dans l’interlocution, on n’est pas dans le dis­cur­sif, on est dans autre chose. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à dire, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de lan­gage sauf que le lan­gage, c’est l’acte. Nous sommes dans un moment d’affrontement où l’affrontement est ce que l’on a à dire. Cet affron­te­ment a des formes, un réper­toire. » […]

Retour en force du nucléaire. « L’être humain n’est pas fait pour le nucléaire. », témoigne un sous-traitant accidenté

Je viens de rece­voir, sur ce blog, un tou­chant témoi­gnage venu en com­men­taire d’un pré­cé­dent papier (« Encore un inci­dent nucléaire au Tri­cas­tin : cent per­sonnes conta­mi­nées »). Fré­dé­ric Rage apporte son témoi­gnage per­son­nel qu’il inti­tule « Le men­songe nucléaire » : « Ancien sala­rié d’un socié­té sous-trai­tante pour le nucléaire, je tra­vaillais sur des conte­neurs de trans­port de type A en cas­mat à la SOCATRI, j’ai été conta­mi­né, j’ai pris à moi seul 300 mil­li­rems de cobalt, depuis je fais des crises de tachy­car­die (16 g. de mau­vais cho­les­té­rol) preuves à l’appui, j’aurai dû être dans le coma. j’ai mon aînée qui a fait de l’eczéma à la nais­sance, mala­die très rare chez un nour­ris­son (preuves à l’appui). L’être humain n’est pas fait pour faire du nucléaire. 
Je n’ai jamais eu mon dos­sier médi­cal, aucune indem­ni­sa­tion, tout est caché à Euro­dif.
 Si une per­sonne a les moyens, je vou­drais bien récu­pé­rer mon dos­sier à Euro­dif.
 J’ai été conta­mi­né en 1992. »

« L’être humain n’est pas fait pour faire du nucléaire », ponc­tue Fré­dé­ric, qui sait de quoi il témoigne, jusque dans sa chair. Avec d’autres, déjà innom­brables, de Tcher­no­byl à Tri­cas­tin en pas­sant par toute la chaîne des « inci­dents » nucléaires, il pointe d’un doigt accu­sa­teur les limites d’une tech­nique cen­sée appor­ter le Pro­grès. La tech­nique ne rend jamais l’homme meilleur, ni plus sage. Elle lui per­met de mieux griller sa tar­tine du matin. Mais que fera-t-il ensuite de sa journée ?

Reve­nons sur ce qu’il faut bien appe­ler le retour en force du nucléaire, réchauf­fé sur le dos du climat…

En tant que scep­tique « paten­té » (par moi-même…), je n’ai rien a prio­ri contre les cli­ma­to-scep­tiques. Du moins jusqu’à ce qu’ils rap­pliquent avec leurs autres cer­ti­tudes, les mêmes, en néga­tif, qu’ils opposent à ces néo-croyants que sont les prê­cheurs de l’apocalypse. Je ne sau­rais dénier, comme une pro­ba­bi­li­té, la pers­pec­tive de ladite apo­ca­lypse – celle de la fin d’un monde fini, si l’on s’en tient aux lois phy­siques et non pas aux spé­cu­la­tions sur­na­tu­relles. Mais si tout ça n’est quand même pas pour demain, ce n’est pas une rai­son pour en hâter la venue, ni sur­tout pour gâter cette « bonne vie » sur terre ; ni pour s’interdire d’espérer en elle et de se battre pour la faire adve­nir – du moins pour ceux, les plus nom­breux, qui en sont exclus.

Alors, même en admet­tant que la ques­tion du réchauf­fe­ment cli­ma­tique puisse se dis­cu­ter, je ne vois rien qui empêche de pré­ser­ver la qua­li­té de vie ici bas et donc d’empêcher autant que pos­sible la pol­lu­tion éhon­tée de la pla­nète, c’est-à-dire son exploi­ta­tion la plus vorace. En quoi la lutte éco­lo­gique ne peut man­quer d’être scien­ti­fique – et politique.

Mais l’animal humain s’avère par­ti­cu­liè­re­ment tor­du et même vice­lard. Ain­si, spé­cu­lant sur l’Apo­ca­lypse (majus­cule) à qui mieux-mieux clai­ron­née, peut-il oser sans ver­gogne en van­ter une autre, encore plus pos­si­ble­ment ter­rible ! C’est ce qu’on a pu voir hier soir sur France 3 dans un excellent docu­men­taire, « Nucléaire en alerte »*. On y voit entre autres – c’est ce qui m’a le plus hor­ri­fié –, deux repré­sen­tants (comme on dirait des VRP) d’Are­va, se pour­lé­cher les babines à l’idée de se goin­frer avec les com­mandes de cen­trales nucléaires en train d’affluer du monde entier ! 

Ain­si les aler­teurs par excès en arrivent-ils à pro­duire des effets contraires à ceux qu’ils sou­haitent pro­duire. Tan­dis que nous serions tous per­dants. A la fois sur le plan cli­ma­to­lo­gique : car, même en décu­plant dans les cin­quante ans qui viennent, le nombre des réac­teurs nucléaires dans le monde, on sait que cela n’aurait pas d’incidence notable sur l’effet de serre et sur les dérè­gle­ments cli­ma­tiques. A for­tio­ri si ces dérè­gle­ments, comme le pré­tendent les cli­ma­to-scep­tiques, étaient dus pour par­tie aux cycles du soleil. Mais plus encore nous serions per­dants sur le plan de la sécu­ri­té phy­sique et sani­taire, ce qu’a bien mon­tré le docu­men­taire « Nucléaire en alerte ». En mul­ti­pliant par dix, ou plus, le nombre d’installations nucléaires dans le monde, on mul­ti­plie­rait d’autant les risques d’accidents et la pro­duc­tion de déchets, leur trans­port, leurs retrai­te­ments, leurs sto­ckage, sans oublier les ten­ta­tions et ten­ta­tives ter­ro­ristes abou­tis­sant à d’inévitables dis­sé­mi­na­tions et conta­mi­na­tions dans le monde entier. Sans igno­rer la ten­sion qui se pro­dui­ra sur les réserves, elles aus­si limi­tées, de mine­rai d’uranium.

Il est une varié­té de scien­ti­fiques par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuse, agis­sant comme des néo-croyants, pèle­rins de leur dog­ma­tique infailli­bi­li­té et à ce titre se pre­nant même pour Dieu. Ils ne sont peut-être pas majo­ri­taires mais demeurent très influents auprès de leurs pen­dants inté­gristes qui sévissent dans les sphères poli­tiques et éco­no­miques. Un Claude Allègre serait de ceux-là, bien qu’il semble ajou­ter quelques gouttes de moindre suf­fi­sance dans son vin de cer­ti­tude (serait-il, à ce prix, à nou­veau minis­trable ou retrai­table en sar­ko­zie ?). Ain­si, dans Le Monde [4/3/10] vient-il d’en rabattre un coup en recen­trant l’affaire du cli­mat sur plus de réflexion ques­tion­nante. Extraits : « La pla­nète est-elle mena­cée de réchauf­fe­ment ? Oui, de deux ou trois degrés dans... un siècle. Mais elle est aus­si, peut-être, mena­cée de refroi­dis­se­ment. Faut-il conti­nuer à s’agiter dans des col­loques sans rien faire ou faut-il, comme nous le sug­gé­rons, s’adapter à toutes les éven­tua­li­tés ?

« Le CO2 est-il une menace ? L’excès de CO2, évi­dem­ment. Et cet excès doit être com­bat­tu car, par exemple, il aci­di­fie l’océan et, de toute manière, il est de bonne pra­tique d’économiser les éner­gies fos­siles. Mais, en l’état, tout lui impu­ter - donc tout impu­ter à l’homme -, c’est s’égarer.

«  Y a-t-il une idéo­lo­gie du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ? C’est une évi­dence. Il faut retrou­ver les lois élé­men­taires du débat scien­ti­fique - ouvert, contra­dic­toire, sans a prio­ri -, mais cer­tains éco­lo­gistes (ou se pré­sen­tant comme tels) s’arc-boutent : hors de notre pré car­ré, disent-ils, point de salut. De quoi ont-ils peur ? »

Certes, les éco­lo­gistes, – la plu­part sans doute – ont peur. Il y a de quoi et c’est pour­quoi leur frousse est deve­nue conta­gieuse, sous des allures par­fois mes­sia­niques. On l’explique, s’agissant du nucléaire – j’y reviens – qui consti­tue le vrai risque majeur, autre­ment mena­çant à plus court terme que le réchauf­fe­ment du cli­mat. Parce que la pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent est liée en pro­por­tion à la com­plexi­té des tech­niques, donc à leurs fai­blesses, aggra­vées par les propres fai­blesses humaines (huit acci­dents sur dix sont dus à l’homme). C’est en quoi les VRP d’Areva – et leurs com­plices poli­ti­co-mar­chands – se com­portent en vul­gaires et irres­pon­sables pro­fi­teurs. Ils spé­culent notam­ment sur le temps qui a émous­sé les mémoires à pro­pos de Tcher­no­byl (1986) et aus­si, avant et après, d’une lita­nie d’incidents et d’accidents plus ou moins pas­sés à la trappe de l’actualité spec­ta­cu­laire. Le docu­men­taire mon­tré hier sur France 3 a bien rap­pe­lé l’impérieuse réa­li­té du risque nucléaire, qui n’a rien à voir avec le risque indus­triel « ordi­naire ». Une catas­trophe nucléaire cause des dégâts humains, éco­lo­giques, éco­no­miques exor­bi­tants – c’est-à-dire sor­tant de l’acceptable, même comp­ta­ble­ment, dans le rap­port « avantages/coûts ».

L’exercice de crise mon­tré hier à la télé­vi­sion, tel que EDF et ses par­te­naires de sûre­té les pra­tiquent régu­liè­re­ment, est cen­sé ras­su­rer les popu­la­tions tout en fai­sant admettre la pro­ba­bi­li­té de l’accident… Dou­teux et putas­sier para­doxe, enfon­cé à coups de « com’ » envers une citoyen­ne­té rési­gnée, les habi­tants du Coten­tin en l’occurrence à qui l’on a impo­sé – hors consul­ta­tion démo­cra­tique, car per­sonne n’en aurait vou­lu –, de vivre dans la zone la plus nucléa­ri­sée du monde : deux réac­teurs nucléaires et un troi­sième en construc­tion (EPR), la plus grosse usine de retrai­te­ment des déchets radio­ac­tifs (La Hague) et en prime une base de sous-marins nucléaires (Cher­bourg).

S’ils ont vu le film « Nucléaire en alerte » (dif­fu­sé de 23 heures à minuit et demi…), ils auront pu en faire quelques cau­che­mars. En décou­vrant par exemple que les fameuses enceintes de confi­ne­ment en béton (le dôme) s’avèrent poreuses aux gaz radio­ac­tifs et que, de plus, elles ne résis­te­raient pas à une sur­pres­sion interne liée à la fonte du cœur d’un réac­teur en perte de contrôle. Une simu­la­tion a d’ailleurs mon­tré son explo­sion, qui aurait les effets d’un autre Tcher­no­byl. C’est pour­quoi, les nou­veaux réac­teurs EPR en construc­tion (pro­blé­ma­tique) ajoutent une pro­tec­tion en acier dou­blant le dôme de béton. Et quoi d’autre encore pour pro­té­ger l’enceinte d’acier ? et conti­nuer ain­si à habiller la pou­pée russe qui sym­bo­lise bien, hélas, la fuite en avant face à une éner­gie injus­ti­fiable. Comme disait jadis le slo­gan, « l’assurance ne paraît chère qu’avant l’accident ».

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* Nucléaire en alerte, de Tho­mas John­son, France 2009. 105 mn. Redif­fu­sion ce 5 mars à 2 h 30…


Tchernobyl. La terreur par le Mensonge

Tcher­no­byl, 26 avril 1986. Un avant et un après. Une nou­velle donne poli­tique, éco­no­mique, éco­lo­gique, humaine. Et chro­no­lo­gique. Comme pour Jésus-Christ, sur un tout autre registre et pour ceux qui s’y réfèrent, on devra mar­quer le temps de cette borne noire. Avant ou après T-86. 

Nous sommes en l’an 20 après T-86.

Voi­là vingt ans que s’est pro­duit ce drame sans pré­cé­dent dans l’Histoire. Vingt ans de souf­frances pour des mil­liers de vic­times du « sida nucléaire ». Vingt ans de men­songes aujourd’hui à peine écor­nés. Ain­si ces films, pho­tos, témoi­gnages, articles, docu­ments qui com­mencent à sor­tir du noir abso­lu, abso­lu­tiste. Timide levée du voile – noir –, qu’une omer­ta, farou­che­ment, main­tient en ses quatre coins. Pou­voirs de l’argent, de la Tech­no­lo­gie comme rap­port tota­li­taire au monde, clas­se­ment de l’humain comme sous-valeur. Si timide, en terme de conscience uni­ver­selle, cette levée du voile demeure sym­bo­lique. Certes, elle per­met de mettre cartes sur table. Pour une par­tie de poker menteur. 

Dans la quin­zaine pré­cé­dant l’anniversaire de l’accident, la télé fran­çaise a notam­ment dif­fu­sé cinq ou six films remar­quables. Mais pour les couche-tard, sur des chaînes secon­daires. Rien sur TF1, certes. Ni sur France 2, hélas – si j’ai bien lu les pro­grammes. France 3 a dif­fu­sé « La Bataille de Tcher­no­byl » [de Tho­mas John­son, excellent], mais à 23 heures 20.

Arte aus­si a livré une soi­rée « thé­ma » : deux docu­men­taires remar­quables, notam­ment celui de Wla­di­mir Tcher­koff, « Le Piège ato­mique ». On y croise, les yeux dans les yeux – et c’en est à pleu­rer – le peuple des vic­times, pié­gées, oui, comme des rats, dans cette démence idéo­lo­gique, tech­ni­ciste et pour tout dire abso­lu­tiste. Sur les terres rava­gées à jamais – presqu’une moi­tié de la France qui serait conta­mi­née ! –, quelques pay­sans ont refu­sé de par­tir, ou sont reve­nus. Telle cette pay­sanne bié­lo­russe en blouse fleu­rie. Elle sur­vit avec son unique vache dans sa cam­pagne qu’elle conti­nue à trou­ver si belle. Tel ce petit père de 80 ans à large cas­quette, au teint gris et au récit déses­pé­ré et poi­gnant : « On a eu le socia­lisme, le com­mu­nisme… main­te­nant c’est « ça »! Je peux vous dire : En quatre-vingts ans, je n’ai pas connu huit jours heu­reux ! » Et de remer­cier l’équipe de ciné­ma de lui avoir ren­du visite…

Le film, ensuite, fait témoi­gner des « liqui­da­teurs », pro­los et sol­dats réqui­si­tion­nés pour domp­ter le monstre. Il y en eut entre 500.000 et 800.000 (pas de chiffres offi­ciels, pas de sta­tis­tiques, tout dans le Secret et le Men­songe). Ils y allèrent, à la pelle, pous­ser dans le gouffre les débris pro­je­tés d’uranium ou de gra­phite. Radia­tions plein pot, pro­tec­tions déri­soires, incons­cience, abné­ga­tion et héroïsme mêlés. Par­fois arro­sés de vod­ka – « ça pro­té­geait! ». Quatre-vingt dix secondes au pas de course, tem­pé­ra­ture + 100°. Perte des repères tem­po­rels, ils res­taient sou­vent plu­sieurs minutes. Goût de métal dans la bouche, les dents comme dis­pa­rues. Il fal­lait bien ! Même les robots ne tenaient pas le coup : tous grillés en quelques minutes !

Ils racontent l’enfer, pleurent au sou­ve­nir de leurs copains morts. N’en veulent à per­sonne, dans une appa­rente séré­ni­té. Ils ont tou­ché l’équivalent d’une cen­taine d’euros. Et une médaille. L’un d’eux, en fau­teuil rou­lant, le souffle court, répète à plu­sieurs reprises « C’était il y a long­temps et ce n’est pas vrai ».

On ver­ra aus­si ces enfants aux regards graves de vieux, atteints de can­cers, le cou dif­forme ou alors mal­for­més parce que conçus après T-86. Enfants mons­trueux de Tcher­no­byl à qui manquent un bras, une jambe, ou affu­blés de becs de lièvre – pour ce qui est du visible. Ex-phy­si­cien du nucléaire reve­nu de toutes ses illu­sions tech­ni­cistes, aujourd’hui enga­gé contre l’atome, Vas­si­li Nes­te­ren­ko avance des chiffres : 23% d’enfants d’un seul vil­lage atteints de cata­racte ou de céci­té, 85% de pro­blèmes car­diaques, de gas­trites, d’ulcères…

Mais, pour la fin de cette Thé­ma,  le « meilleur » était à venir sous la forme annon­cée d’un « débat ». Le jour­na­liste alle­mand de la chaîne se trou­vait face à un dénom­mé Jean-Ber­nard Ché­rié, pré­sen­té comme « délé­gué de l’IRSN pour EUROSAFE » – donc, ça devait être un impor­tant, un ponte… En fait, le pro­to­type même du tech­no­crate-à-langue-de-bois, espèce non appe­lée à muter, même sous hautes radia­tions. Rien à tirer de cet aimable entre­tien entre gens poli­cés. Sauf l’injure por­tée aux témoi­gnages pré­cé­dents et, par delà, aux vic­times pas­sées, actuelles et à venir de la catas­trophe T-86. Une injure non-vou­lue, certes. Juste l’ordinaire parole froide, sans chair, des chantres du Progrès.

Ce type, payé par le Sys­tème nucléo­crate sau­rait-il recra­cher autre chose que son jar­gon de per­ro­quet embrouillas­sé ? Mais à consi­dé­rer son dis­cours non ver­bal – corps rigide, langue sèche et expres­sions ensu­quées –, on pou­vait, sous l’absence de convic­tion, devi­ner chez ce lar­bin si mal à l’aise une pro­bable souf­france interne. Le prix à payer (com­bien, au fait ?) pour la parole non libre, celle de « la voix de son maître ».

Une ex-dépu­tée sovié­tique et ex-ingé­nieure du nucléaire, a trou­vé la for­mule-choc : Le plus grave, dit-elle en sub­stance dans l’un des docu­men­taires, ce n’est pas le césium 137 , ni le plu­to­nium 239, c’est le M-86, le Men­songe de Tcher­no­byl. Rele­vons en pas­sant que ledit Men­songe – sans doute aus­si vieux que l’humanité et, dans sa forme moderne, aus­si vieux que la poli­tique – est à la fois consé­quence et cause de la catas­trophe. C’est bien le Men­songe poli­tique, éta­tique, névro­tique du sta­li­nisme ago­ni­sant qui a engen­dré la fatale réac­tion en chaîne. Pro­duire, pro­duire, pro­duire ! Et d’abord au pro­fit du sys­tème mili­ta­ro-indus­triel, héri­tier du « gos­plan » léni­niste. Hors de quoi, point de salut. Exit l’individu, vive la don­née chif­frée, brute, bru­tale, assas­sine. Ce régime avait déjà sacri­fié des mil­lions d’êtres ; il n’allait tout de même pas se gêner pour quelques mil­liers d’autres !

Comme le ver dans la pomme, le Men­songe avait pour­ri le fruit amer du sta­li­nisme. Les ingé­nieurs de Tcher­no­byl igno­raient les para­mètres réels du fonc­tion­ne­ment des ins­tal­la­tions car les concep­teurs – mili­taires ou au ser­vice de l’armée – les gar­daient sous le bois­seau du secret d’État. Nous étions tou­jours en « guerre froide », en dépit de Gor­bat­chev. Tan­dis que le cow-boy Rea­gan rêvait de sa « guerre des étoiles ». La cen­trale de Tcher­no­byl  – quatre réac­teurs, pré­vue pour douze ! – était cen­sée pro­duire du cou­rant, certes, mais à base de plu­to­nium et pour nour­rir les ogives nucléaires poin­tées sur l’Occident. Le direc­teur de la cen­trale était un appa­rat­chik; son adjoint rêvait de gagner quelques galons. L’expérience qu’il allait mener devait lui assu­rer une pro­mo­tion. Car elle n’avait pas pu être conduite avant la mise en ser­vice du réac­teur, vieux seule­ment de deux ans. Ce Dr Fola­mour alla donc au bout de ses dési­rs de pou­voir, en dépit des objec­tions de ses proches col­la­bo­ra­teurs inquiets des manœuvres ordon­nées à l’encontre de la sûre­té. [Il fut l’un des rares sur­vi­vants de l’équipe sur place, il est mort après quelques années de prison].

Autre face du M-86 : sa variante poli­tique qui s’évertua, si l’on ose dire, à taire la ter­rible réa­li­té. Gor­bat­chev lui-même ne fut aver­ti de la gra­vi­té de la situa­tion que 48 heures après l’explosion! Ce qui ne l’empêcha pas, sans doutre aus­si au nom de la « Glas­nost », de main­te­nir les fameuses céré­mo­nies sovié­tiques du 1er mai. Les­quelles, par un soleil radieux, expo­sèrent à l’invisible nuage mor­ti­fère des cen­taines de mil­liers de Russes, d’Ukrainiens et de Bié­lo­russes. Sans par­ler, notam­ment, de ces autres mil­liers de Fran­çais qu’un autre – le même, en réa­li­té – Men­songe d’État, avait empê­chés de se mettre à l’abri, comme ils auraient dû ! J’en fus, ain­si que ma blonde et notre petite der­nière, de quelques mois. Le ciel était sans doute aus­si bleu qu’à Mos­cou ou à Kiev et Minsk. Nous avons déjeu­né sur la ter­rasse, rejoints par un copain de pas­sage. Belle journée !

On savait bien, cette his­toire d’accident dans une loin­taine cen­trale nucléaire… Mais les infos cou­laient, ras­su­rantes, comme le long et pai­sible fleuve de l’intox. Ce même fleuve infer­nal, ce Léthé char­gé de mort qui, tou­jours, aujourd’hui, menace nos vies car il irrigue de son poi­son nos fra­giles, cupides et cou­pables sys­tèmes média­tiques ! C’est notam­ment de là que date mon cre­do ren­for­cé en un jour­na­lisme du doute métho­dique. Ne rien croire qui ne soit véri­fié, recou­pé, deux fois, trois plu­tôt, et même plus ! Et se méfier des sources aus­si appa­rem­ment lim­pides qu’un nuage radioactif.

De ce côté-ci de la ver­tu poli­tique, oeu­vraient une bande de poli­ti­ciens enivrés du pou­voir nou­veau : 1986, pre­mière coha­bi­ta­tion, Chi­rac et sa clique aux affaires depuis le 20 mars : Charles Pas­qua (inté­rieur), Michèle Bar­zac (san­té publique), Alain Cari­gnon (envi­ron­ne­ment), Alain Made­lin (indus­trie et recherche) et Fran­çois Guillaume (agri­cul­ture). On n’allait tout de même pas gâcher la fête pour quelques bec­que­rels ! Le Secret fut convo­qué. Silence radio jusque sur les télés et jour­naux domi­nants. Sauf pour la météo et Bri­gitte Simo­net­ta, inno­cente nunuche ras­su­rant le peuple de France : seul de toute l’Europe, il était abri­té par le bien­veillant anti­cy­clone des Açores !

Le 6 mai, une semaine après la catas­trophe, Fran­çois Guillaume déclare : « Le ter­ri­toire fran­çais, en rai­son de son éloi­gne­ment, a été tota­le­ment épar­gné par les retom­bées de radio­nu­cléides consé­cu­tives à l’accident de Tcher­no­byl ». Le patron des agri­cul­teurs pro­duc­ti­vistes avait choi­si et le gou­ver­ne­ment avec lui : prio­ri­té au lait et à la salade !, pro­tec­tion des reve­nus agri­coles. Même sens huma­ni­taire, avec onc­tion « scien­ti­fique », expri­mé par celui qui allait deve­nir le plus fameux des garde-bar­rières, le pro­fes­seur Pelllerin…

L’économie d’abord. Après on ver­rait bien. D’ailleurs, on a vu. Pell­le­rin, Guillaume et tous les autres conju­rés de l’omerta s’en sont remis comme d’une grippe. A côté de quoi, pour­tant, l’affaire du sang conta­mi­né pour­rait ne sem­bler qu’une bluette (bien que non négli­geable, cela va sans dire).

Le Men­songe tou­jours. Celui des médias mou­ton­niers, empor­tés dans le même élan cré­dule. Je parle des médias domi­nants, pas des feuilles éco­lo­gistes (mais je crois bien que La Gueule ouverte avait déjà ces­sé de paraître), ni de ces scien­ti­fiques qui se mobi­li­sèrent, tels ceux qui fon­dèrent alors la CRIIRAD (labo­ra­toire indé­pen­dant ins­tal­lé à Valence) comme contre-pou­voir scien­ti­fique aux assauts de la com­mu­ni­ca­tion éta­tique corrompue.

Ren­dons à César, en l’occurrence Jean-Claude Bour­ret d’avoir été l’un des tout pre­miers jour­na­listes de média domi­nant (TF1) à dou­ter du cre­do offi­ciel. C’est lui qui – de retour d’Italie où des mesures de pro­tec­tion publique avaient été prises – invi­ta le Pell­le­rin en direct et, l’ayant pla­cé face à Monique Ser­ré, cher­cheuse au CNRS, abou­tit à faire appa­raître sa filou­te­rie de contre­ban­dier pseu­do scien­ti­fique. On était déjà le 10 mai, la dupe­rie d’État durait depuis quinze jours.

Men­songe. Les balises de toutes les cen­trales et ins­tal­la­tions nucléaires, ain­si que celles de cer­taines casernes de pom­piers (comme à Ajac­cio) s’étaient déclen­chées, accu­sant des taux de radio­ac­ti­vi­té dix fois supé­rieurs à la nor­male ! Pré­fets, ministres, pre­mier ministre: tous savaient ! Mit­ter­rand avait-il été réel­le­ment infor­mé de ces niveaux anor­maux de radio­ac­ti­vi­té ? On ne sait trop.

Et viennent alors péro­rer devant micros et camé­ras les Bar­zac (Michèle, ministre de la san­té !), les Made­lin (Alain, ministre de quoi déjà ?, de l’industrie par­di !) assu­rant tout sou­rire de VRP qu’on pou­vait consom­mer fruits et légumes en toute sécu­ri­té. [Je ne peux me pri­ver de rap­pe­ler que c’est de ce même Made­lin qu’est sor­ti le fameux apho­risme selon lequel « la nature sait tou­jours répa­rer les erreurs humaines »… C’est vrai, après tout : il suf­fi­ra de 25.000 ans au plu­to­nium 239 répan­du autour de Tcher­no­byl pour perdre la moi­tié de sa nocivité !]

Men­songe encore, tou­jours. Tcher­no­byl n’était pas la vieille­rie dépas­sée que l’occident s’est com­plu à déni­grer. C’était une cen­trale moderne, récente (le réac­teur 4 fonc­tion­nait depuis deux ans), per­for­mante – au sens des dogmes tech­ni­cistes. Avec des défauts qui, une fois iden­ti­fiés, s’avéraient gérables – tou­jours selon les mêmes dogmes. Pas plus dan­ge­reuse que les autres, au fond. Pas moins non plus. Voi­là jus­te­ment ce qu’il fal­lait se refu­ser à admettre, sous peine de remettre en cause le tout nucléaire alors triom­phant (sor­tie de choc pétrolier).

Les occi­den­taux optèrent alors pour une cri­tique tech­nique de la filière RBMK (Reak­tor Bol­choi Mochtch­nos­ti Kanal­ni), consi­dé­rée comme bien infé­rieure à la filière amé­ri­caine Wes­tin­ghouse géné­ra­li­sée dans le « rest of the world » et notam­ment en France (52 réac­teurs de ce type aujourd’hui). Pour­tant, le 28 mars 1979,  l’un des plus impor­tants acci­dents de l’histoire de l’énergie élec­tro­nu­cléaire s’est pro­duit dans la cen­trale nucléaire de Three Mile Island, en Penn­syl­va­nie, aux Etats-Unis. Fonc­tion­nant depuis trois mois, le cœur du réac­teur numé­ro 2 a fon­du et a été mis défi­ni­ti­ve­ment hors ser­vice. Il s’en est fal­lu d’une heure pour que l’enceinte de confi­ne­ment n’explose, pro­vo­quant un Tcher­no­byl américain !

Ce « miracle » a aus­si per­mis aux nucléo­crates de for­ger un men­songe de plus : celui concer­nant la fameuse enceinte de confi­ne­ment d’un mètre d’épaisseur. Cette cloche de béton en prin­cipe her­mé­tique – en fait, la plu­part deviennent poreuses en vieillis­sant ! – n’existant pas dans les ins­tal­la­tion type RBMK, l’argument en fut tiré d’une écra­sante supé­rio­ri­té des cen­trales occi­den­tales. Argu­ment illu­sion­niste : EDF et les orga­nismes de sûre­té ont tous inté­gré dans leurs scé­na­rios de catas­trophe l’hypothèse de l’explosion de cette enceinte en cas de fusion du cœur d’un réac­teur (pro­duc­tion incon­trô­lée d’hydrogène déton­nant). On sait aus­si que les­dites enceintes ne résis­te­raient ni à un séisme impor­tant, ni à une attaque ter­ro­riste du genre 11 sep­tembre 2001.

Quant à Tcher­no­byl, les Sovié­tiques, bien sûr, acca­blèrent les res­pon­sables tech­niques locaux. Erreurs humaines contre erreurs tech­niques. Un point par­tout et le sys­tème poli­ti­co-nucléaire était sauf. Un accord, à base de secret, fut même conclu lors de l’officielle confé­rence tenue à huis clos à Vienne en août 1986 : taire la réa­li­té pour « ne pas affo­ler les popu­la­tions » ! Ce qui, en nov­langue (de bois), de Mos­cou à Paris, Washing­ton, Vienne tra­dui­sait une seule et même obses­sion : pré­ser­ver à tout prix le cre­do nucléaire, sa reli­gion scien­tiste et capi­ta­liste (le gros mot), ses papes inqui­si­teurs de l’internationale mensongère.

C’est ain­si que de cette confé­rence, sous la hou­lette de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA), pré­si­dée par Hans Blix – on le retrou­ve­ra plus tard en Irak en ver­sion sur­mé­dia­ti­sée –, sor­ti­ront des esti­ma­tions chif­frées du nombre des vic­times : aber­rantes, atten­ta­toires à l’Histoire. Esti­ma­tions offi­cielles tou­jours avan­cées – à la baisse ! – par les mêmes sources et vingt ans plus tard.

Et le Men­songe per­dure, aujourd’hui même. Certes, on peut par­ler de Tcher­no­byl, mon­trer et dire pra­ti­que­ment ce qu’on veut. Car les contre-feux ont été allu­més depuis tou­jours – c’est-à-dire depuis qu’existe le secret mili­taire lié à l’arme ato­mique. Tan­dis que la guerre mon­diale, aujourd’hui s’est trans­po­sée – trans­mu­tée – dans le champ géné­ra­li­sé de la mar­chan­dise et de la finance. Le Dogme des dogmes posant la Crois­sance comme Abso­lu intou­chable, comme Tota­li­té glo­ba­li­sée, inter­dit toute cri­tique de cette fuite en avant pro­duc­ti­viste qui menace l’avenir de l’humanité. « Inter­dire » n’est d’ailleurs pas néces­saire tant l’évidence s’est impo­sée – gloire à la com” ! – comme une seconde « nature », tant le dogme s’est trou­vé « natu­ra­li­sé », inté­gré au pro­ces­sus de mort sous le masque de la vie.

On peut voir là l’une des « vic­toires » du néo­li­bé­ra­lisme et de leurs théo­ri­ciens, les néo-conser­va­teurs états-uniens prô­nant la reli­gion de la (dé)régulation par le tout-mar­ché. L’autre reli­gion domi­nante du tout-État ayant fon­du avec l’uranium de Tcher­no­byl, ont sur­gi les « irra­diés d’Allah » au Pakis­tan et aujourd’hui en Iran. Bombe ou pas, la ques­tion du nucléaire me paraît aus­si spé­cieuse que celle por­tant sur la « modé­ra­tion » de l’islamisme. Quand les hommes suc­combent à la folie pro­mé­théenne, se prennent pour des porte-feu invin­cibles, quel espoir reste-t-il à la paix, à l’idéal, à la fra­ter­ni­té, à l’amour ?

Aujourd’hui s’annonce la fin du pétrole. Non, je rec­ti­fie, « on » annonce la fin du pétrole comme une Apo­ca­lypse dont le dan­ger serait immi­nent. Et pour cause, « on » a lais­sé venir la crise. « On » a déni­gré les éner­gies renou­ve­lables et toutes autres alter­na­tives à l’effrénée consom­ma­tion éner­gé­tique. « On » res­sort donc la même carte, biseau­tée, de sa manche d’illusionniste : le nucléaire. Comme si la fin du pétrole ne datait pas de son début! Je me sou­viens pour­tant, gamin, avoir enten­du dans le poste cette sor­nette qui, alors, m’avait inter­lo­qué, et selon laquelle « il y avait tant de pétrole dans le monde que jamais on n’en ver­rait la fin » ! Aujourd’hui, l’humanité chan­celle au bord du gouffre, empif­frée jusqu’à étouf­fe­ment dans son « pro­grès ». Mais ses affai­ristes, de plus belle, conti­nuent à pros­pé­rer en fabri­quant des 4x4 pour le bon­heur de mil­lions de Chi­nois, pro­to-com­mu­nistes néo-conver­tis à la reli­gion marchande.

Le nucléaire a vrai­ment de l’avenir. Plus que l’Homme. Tel­le­ment plus que l’homo-tchernobylus, sur­vi­vant mala­dif et sans joie. Je revois ces visages blêmes d’enfants aux regards durs et enfon­cés, ces femmes et ces hommes ron­gés du dedans par le manque à vivre, la vie impos­sible. Cinq mil­lions de dépor­tés, des vil­lages rasés, des villes déser­tées, des forêts et des champs conta­mi­nés à jamais. Des ter­ri­toires ren­dus inha­bi­tables pour des siècles. Des géné­ra­tions trau­ma­ti­sées au plus pro­fond des corps, des âmes. Et même des gènes, pour ce qui est de l’avenir.

Voi­là aus­si pour­quoi ce ving­tième anni­ver­saire sonne creux dans les opi­nions géné­rales. Des faits sur­nagent « dans l’actu », flot­tant dans l’absence de sens, un cer­tain vide évé­ne­men­tiel, le spec­tacle du monde pour un monde du spec­tacle. Cette semaine Tcher­no­byl, puis « le mois du blanc », les soldes, la vie moderne… Si « à toute chose  mal­heur est bon », en cher­chant bien… peut-être pour­rait-on accor­der un cré­dit à la catas­trophe T-86 : d’avoir rabat­tu le caquet des nucléo­crates arro­gants. Enfin, un peu et en appa­rence. Car, entre temps, les mêmes ont eu le loi­sir de s’exercer à la com”, his­toire de four­bir des argu­ments spé­cieux, sur l’air ingé­nu de la « trans­pa­rence », auprès des médias ven­dus aux indus­triels. Sans oublier, retour­né comme un doigt de gant, le fameux « risque-zéro-qui-n’existe-pas » ! Et c’est bien là le pro­blème, le point noir, abys­sal, d’où a jailli le feu de l’enfer. C’était à Tcher­no­byl, Ukraine, comme ce pour­rait l’être de l’un ou l’autre de ces 443 réac­teurs nucléaires implan­tés dans le monde [source: AIEA], « tous plus sûrs les uns que les autres ». Sou­ve­nons-nous, la pro­ba­bi­li­té – cette « science » imbé­cile – avait pré­dit pour Tcher­no­byl : un risque sur deux mil­lions. Comme au loto, ver­sion sinistre.

On peut bien clai­ron­ner de grandes œuvres télé­vi­suelles sur « les ori­gines de l’Homme », rameu­ter le banc et l’arrière-croupe des fils de pub”, de com” et autres lob­byistes. Et faire « de l’audience » pour la bonne cause. Le pas­sé, le bon pas­sé bien loin­tain, sans consé­quences tan­gibles, actuelles : oui, ça on sait le « pro­mo­tion­ner » en « prime time » et en « tête-de-gon­dole » de tous les super­mar­chés du monde.

T-86, tra­gé­die moderne. Ne pas man­quer de lire La Sup­pli­ca­tion, de Svet­la­na Alexie­vitch (éd. J’ai lu), qui a recueilli des paroles de sur­vi­vants, la plu­part de ses com­pa­triotes bié­lo­russes. Des hommes et des femmes simples. Des Héros. Sans eux, nous ne serions peut-être pas là à devi­ser sur leur apo­ca­lypse ; car elle serait deve­nue la nôtre aus­si. Ce demi-mil­lion de « liqui­da­teurs », à l’instant, je me demande où, dans quel pays de la pla­nète on trou­ve­rait aujourd’hui à les lever pour, à mains nues, affron­ter le diable. 

En ce jour tris­te­ment anni­ver­saire, Svet­la­na Alexie­vitch a écrit dans Le Monde : « Vingt ans se sont écou­lés depuis la catas­trophe et, pour­tant, la ques­tion essen­tielle reste pour moi : suis-je en train de témoi­gner du pas­sé ou de l’avenir ? Je consi­dère pour ma part Tcher­no­byl comme le début d’une nou­velle his­toire. L’homme s’est trou­vé pla­cé devant la néces­si­té de revoir toutes ses repré­sen­ta­tions de lui-même et du monde. »


DANS LA PRESSE. Leçons de survie à la radioactivité en Biélorussie

Il faut se faire à l’idée d’un Tcher­no­byl à nos portes. On se décide même à y pré­pa­rer l’opinion occi­den­tale. C’est ce qui res­sort des conclu­sions d’un col­loque tenu les 14 et 15 mars à Paris et orga­ni­sé par le « SAGE » – ne rions pas, il s’agit de Stra­té­gies pour le déve­lop­pe­ment d’une culture de pro­tec­tion radio­lo­gique. Ça me rap­pelle, sur un autre registre, ces autres col­loques dont les coopé­ra­tions du Nord bom­bardent les Africains. 

Her­vé Kempf, Le Monde [17/03/05]

Diantre, quel meilleur « ter­rain d’étude » que celui de la Bié­lo­rus­sie ? « Situé au nord de l’Ukraine, rap­pelle le jour­na­liste, ce pays qui ne pos­sède pas de cen­trale nucléaire, a reçu 70 % des retom­bées radio­ac­tives de l’explosion de 1986. Un mil­lion et demi de per­sonnes vivent dans des zones où les sols pré­sentent une radio­ac­ti­vi­té supé­rieure à 37 000 bec­que­rels (Bq) par m2. On apprend ain­si que dans le dis­trict de Bra­gin, seul un enfant sur dix peut être consi­dé­ré en bonne san­té au terme des études secon­daires… À Minsk, 90 % des enfants dans les zones aujourd’hui conta­mi­nées étaient en bonne san­té en 1985, 20 % aujourd’hui. Les enfants ont des mala­dies de vieux : patho­lo­gies car­dio-vas­cu­laires, des pro­blèmes immu­ni­taires et du canal diges­tif, plus encore que des cancers.

1supplic« Cela ne rentre pas dans les sché­mas connus. Toute la science de la radio­ac­ti­vi­té s’est construite sur Hiro­shi­ma, un phé­no­mène d’irradiation bru­tale et externe. Avec Tcher­no­byl, la situa­tion est toute nou­velle : des mil­lions de per­sonnes ingèrent par ali­men­ta­tion de la radio­ac­ti­vi­té. Et il semble bien qu’au-delà d’effets can­cé­ro­gènes d’autres effets soient provoqués. »

Des asso­cia­tions anti­nu­cléaires mettent en cause la neu­tra­li­té de col­loques comme celui-ci, finan­cé par EDF, Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique. Les cri­tiques portent notam­ment sur le fait « d’aider les popu­la­tions à faire comme si elles pou­vaient vivre nor­ma­le­ment dans des condi­tions qui les tuent. (...) Toute cette affaire vise à orga­ni­ser l’acceptation et la confiance sociale néces­saires à la relance actuelle des pro­grammes nucléaires  ».

→ Sur Tcher­no­byl, s’il n’y avait qu’un livre à lire : La sup­pli­ca­tion, de Svet­la­na Alexie­vitch. Enquête impla­cable menée en Bié­lo­rus­sie par la plus célèbre aujourd’hui de ses citoyennes (qui vit d’ailleurs en France).
→ Sur ce col­loque : www.ec-sage.net


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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