On n'est pas des moutons

La typo, art du caractère, secret de la police

Les typo­gra­phies ne vien­nent pas de nul­le part: ins­pi­rées par un mou­ve­ment cultu­rel ou artis­ti­que, aspi­rées par l’Histoire, contrain­tes par des besoins, et mar­quées par le prag­ma­tis­me et la fan­tai­sie de leurs créa­teurs. C’est ce que racon­te Sacrés Carac­tè­res, une remar­qua­ble web­sé­rie ima­gi­née par Tho­mas Sipp, pro­dui­te par Les Films d’Ici et Radio Fran­ce, et mise en ligne sur le site de Fran­ce Cultu­re.

En dou­ze épi­so­des d’à pei­ne trois minu­tes, la web­sé­rie racon­te la nais­san­ce, l’histoire et la pos­té­ri­té des typos Auriol, Bodo­ni, Hel­ve­ti­ca ou enco­re Times New Roman, à l’aide d’une ani­ma­tion futée. Et d’une voix-off effi­ca­ce, lue par Chia­ra Mas­troian­ni: «Cha­que typo­gra­phie fonc­tion­ne com­me une voix, avec son pro­pre tim­bre, son regis­tre, et ses inflexions».


Sacrés carac­tè­res - Mis­tral par fran­ce­cul­tu­re

Sacrés Carac­tè­res mon­tre à quel point leur créa­tion est liée aux inno­va­tions: au déve­lop­pe­ment de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Comic Sans), de la pres­se (Bodo­ni), de l’édition (Auriol) ou de la publi­ci­té et la com­mu­ni­ca­tion de mas­se (Cooper Bla­ck).

Les typo­gra­phies disent beau­coup de leur pério­de de concep­tion. Futu­ra par exem­ple, née de l’avant-garde alle­man­de du début du XXe siè­cle, vou­lait «créer l’écriture de son temps». Mise au pla­card par les nazis, qui la jugeaient «bol­ché­vi­que» et lui pré­fé­raient les carac­tè­res gothi­ques, elle fit un grand retour après-guer­re pour deve­nir la typo favo­ri­te de la publi­ci­té du mon­de entier.

Ou la Suis­se Hel­ve­ti­ca, autre poli­ce pour pubards, influen­cée par le Bau­haus. Elle est donc la «typo objec­ti­ve, hégé­mo­ni­que», décrit la web­sé­rie, qui racon­te l’expérience d’un gra­phis­te qui a ten­té de pas­ser une jour­née sans Hel­ve­ti­ca - il a dû se conten­ter de man­ger une pom­me et de boi­re de l’eau du robi­net. Impos­si­ble de pren­dre les trans­ports, fumer une clo­pe, ou même de s’habiller: Hel­ve­ti­ca est par­tout.

Omni­pré­sen­tes sur papier ou sur écran, dans l’art, les ensei­gnes des maga­sins ou sur les pan­neaux de signa­li­sa­tion, démo­dées puis recy­clées, les typo­gra­phies répon­dent sou­vent à des com­man­des. Ain­si Gotham, issu des let­tra­ges de vieilles bou­ti­ques et d’abri-bus new-yor­kais, a été remi­se au goût du jour pour deve­nir la typo de GQ lors d’une nou­vel­le for­mu­le, puis la poli­ce de carac­tè­res offi­ciel­le de la cam­pa­gne d’Obama.

Hon­nie par de nom­breux inter­nau­tes, uti­li­sée à tort et à tra­vers pen­dant des années, la fameu­se Comic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Micro­soft, qui jus­que-là par­lait en Times New Roman (un com­ble !). Elle est une réin­ter­pré­ta­tion des carac­tè­res des comics amé­ri­cains.

Quant au Mis­tral, son nom l’indique, il est por­té par un souf­fle pro­ven­çal et même mar­seillais, depuis la fon­de­rie Oli­ve en emprun­tant la Natio­na­le 7.

[Avec Libé, L’Obs et Fran­ce Cultu­re]

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Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

Obama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces "fiançailles" à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des "belles américaines". Ici, à Trinidad, le gamin dans l'auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : "Miami Beach". [© gp-2008]

Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l'intérieur et à l'extérieur de l'île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l'Iran et le Soudan).

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Ah oui, parlons-en de la « Journée de la Laïcité » !

Ils disent, dans le poste, qu’aujourd’hui c’est la journée de la Laïcité. Ah bon, ce n’est donc pas « chaque jour que Dieu fait » ? Comme la journée de la Bonté, de la Femme, de l’Air pur et du Bonheur en pilules.

laicite laïcité

Un mot qui se passe d'adjectifs.

Toujours est-il qu’on en entend de toutes sortes et de toutes sornettes surtout. Qui viennent non pas tant des laïcs de conviction que des cléricaux effarouchés par les dernières « affaires », les plus atroces il est vrai comme celle de Créteil. Et les voilà soudain trop empressés de saisir cette perche du Destin, même satanique, à laquelle ils s’évertuent à raccrocher l’innocence « pur Dieu » de leurs officines menacées. Le danger, même fantasmatique, ressoude les combattants de jadis, ennemis inconciliables devant l’Histoire connue, jamais à court d’étripages, de bûchers et de langues arrachées, de Giordano Bruno au chevalier de la Barre, sous la hargne des Torquemada innombrables, ornés de sabres, goupillons, faucilles, marteaux et autres cols Mao. Ou bien, désormais, au nom de la modernité tolérante, de la Marchandise et du Tiroir-caisse, qui n’ont de religion que celle du Profit. Avez-vous vu, sur nos écrans consensuels, ces rangs resserrés des imposteurs monothéistes prêcher cette tolérance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de combattre ? Je parle des cléricaux, non des croyants. Je parle de leurs soi-disant porte-parole, de leurs « bergers » prétentieux, avant-gardes des militaires et des colonisateurs de tous poils, ravageurs des forêts, exploiteurs de la Terre entière, des bêtes et des hommes, bâtisseurs d’empires et de fortunes et, au bout du Compte, agents de la grande Misère à l’œuvre sur toute la planète.

Avez-vous vu, sur nos écrans consensuels, ces rangs resserrés des imposteurs monothéistes prêcher cette tolérance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de combattre ?

Le problème, aujourd’hui même, avec la chansonnette de la Laïcité – je mets exprès partout des majuscules de Sacralité comme des grosses têtes de carnaval – c’est qu’elle habille de Tolérance ce qui lui est totalement contraire, si on veut bien considérer le douloureux cheminement de l’Humanité. Chemins de toutes les errances dont l’histoire humaine se trouve percluse, en une accumulation de guerres. L’Histoire ne se résume-t-elle pas, pour l’essentiel et hors exceptions, à celle des guerres ? Et celles-ci de se succéder en ses diverses variantes : conflits de domination entre ego pathologiques agissant au nom des multiples dieux du pouvoir, du commerce, de la compétition et des croyances « supérieures » promptes à racheter la bassesse des « pauvres pécheurs ».

Même perfidie, sinon pire, que celle de ces « laïcs » arguant de la Tradition pour justifier l’installation de la Crèche de Noël – un oxymore entre christianisme et paganisme, soit dit en passant * – dans une mairie (en l’occurrence celle de Béziers et de son maire, Robert Ménard et ses nouvelles frontières frontistes **. Puisqu’avant 1905 et la loi sur la laïcité, la « tradition », en effet, justifiait la présence de crucifix dans les écoles et les tribunaux, pas seulement dans les églises. Puisqu’avant le 21 janvier 1793, le Roi représentait Dieu sur Terre, tandis que sa décapitation a aussi tranché le fil divin, sans que le Chaos s’abatte sur l’humanité (en plus du désordre historique !) Puisque, jusqu’à présent, l’indigne spectacle de la corrida se trouve maintenu au nom de la « tradition tauromachique », sans rien enlever à son horreur.

Où l’on voit que la laïcité, tout comme les trois piliers fondateurs de la République, reste un acquis fragile, à préserver et à renforcer tant les forces anti-vie, voire mortifères, restent à la manœuvre.

J’en profite pour extraire un passage sur le sujet du fameux Journal de Jules Renard :

« -- Moi, dit Borneau, je n’ai pas de religion, mais je respecte celle des autres. La religion, c’est sacré.

« Pourquoi ce privilège, cette immunité ? Un croyant, c’est un homme ou une femme qui croit à ce que dit un prêtre et ne veut pas croire à ce que dit Renan ou Victor Hugo. Qu’y a-t-il là de sacré ? Quelle différence entre ce croyant et tel imbécile qui préférerait la littérature du feuilleton à celle de nos grands poètes ?

« Un croyant crée Dieu à son image ; s’il est laid, son Dieu est laid, moralement. Pourquoi la laideur morale serait-elle respectable ? La religion d’un sot ne le met pas à l’abri de notre dédain ou de notre raillerie.

« Soyons intolérants pour nous-mêmes !

« Que le troupeau de nos idées file droit devant cette grave bergère, la Raison ! Effaçons les mauvais vers de l’humanité. » [26 septembre 1903]

–––

* Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie.

** Se méfier tout autant de ces "hyper-laïcs" nostalgiques des croisades… dont le fond de commerce abrite les moins reluisants des anti-musulmans – et donc anti-arabes – autant que des antisémites.

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L’abeille au cœur de la géopolitique

Au nom de la défen­se des abeilles et d’une agri­cul­tu­re res­pec­tueu­se de la natu­re, une péti­tion lan­cée par Poli­nis, un mou­ve­ment qui se dit indé­pen­dant, se pro­po­se de contrer la cam­pa­gne de lob­bying menées par les mul­ti­na­tio­na­les agro­chi­mi­ques. Cel­les-ci cher­chent à fai­re « ava­ler » par l’opinion publi­que la géné­ra­li­sa­tion d’une nou­vel­le clas­se de pes­ti­ci­des mena­çant les abeilles et l’ensemble de l’écosystème agro-ali­men­tai­re. Au cœur des enjeux, des maniè­res oppo­sées de fai­re son miel.

L’inten­tion sem­ble loua­ble. Quoi de plus noble, a prio­ri, que de s’opposer aux méchants tueurs de nos amies buti­neu­ses ? Cet­te ini­tia­ti­ve est cepen­dant contes­tée sur la toi­le. Laquel­le offre, il est vrai, tou­tes les pos­si­bi­li­tés à n’importe quel grin­cheux de s’opposer à tout ce qui bou­ge dans tous les sens. Et il devient par­fois bien dif­fi­ci­le de se for­ger une opi­nion char­pen­tée. À tel point qu’on finit par n’en avoir plus du tout.

abeille

On ne sait trop qui est ce Poli­nis, tan­tôt un « mou­ve­ment », tan­tôt une asso­cia­tion, dont on pei­ne à iden­ti­fier les ani­ma­teurs, leurs inten­tions réel­les. Y a-t-il lieu de les clas­ser dans ces chas­seurs de péti­tion­nai­res et donc col­lec­teurs d’@dresses ensui­te reven­dues à des com­mer­ciaux divers qui s’abattront sur nos boî­tes à cour­riels com­me la misè­re sur le mon­de ?

Méfian­ce, mal­gré la nobles­se affi­chée de la cau­se. On sait l’ampleur des mena­ces qui pèsent sur de nom­breu­ses espè­ces ani­ma­les – dont l’abeille. Laquel­le ne se conten­te pas de nous four­nir en miel ; par sa fonc­tion pol­li­ni­sa­tri­ce, elle condi­tion­ne tou­te la chaî­ne de repro­duc­tion des végé­taux – autant dire tou­te la chaî­ne ali­men­tai­re.

À for­ce de se croi­re au som­met de la « créa­tion », sur­tout si elle se pré­tend divi­ne, l’Homme n’a eu de ces­se de domi­ner les autres espè­ces ani­ma­les. À la fois pour se confor­ter dans sa pré­ten­due et pré­ten­tieu­se « supé­rio­ri­té », et pour en tirer pro­fit – cet hor­ri­ble mot – par une exploi­ta­tion éhon­tée autant que cri­mi­nel­le du mon­de vivant. Les ani­maux sont évi­dem­ment en pre­miè­re ligne dans cet­te colo­ni­sa­tion géné­ra­le qui, rap­pe­lons-le, tout au long de l’Histoire, a aus­si tou­ché d’autres êtres humains consi­dé­rés com­me des sous-espè­ces.

Aus­si est-il deve­nu plus « pro­fi­ta­ble » de nos jours d’instaurer d’autres types de domi­na­tion bio­lo­gi­que, par exem­ple à l’aide d’agents chi­mi­ques qui pro­met­tent tant et rap­por­tent tel­le­ment plus enco­re. L’agriculture se trou­ve dans le « coeur de cible » des empoi­son­neurs publics que sont les fir­mes agro­chi­mi­ques tel­les que Mon­san­to, Bayer, DuPont, BASF, etc. Ces mul­ti­na­tio­na­les ont intro­duit dans leurs pano­plies une nou­vel­le clas­se d’insecticides agis­sant sur le sys­tè­me ner­veux cen­tral des insec­tes avec une toxi­ci­té pré­ten­du­ment infé­rieu­re chez les mam­mi­fè­res. Il s’agit des néo­ni­co­ti­noï­des désor­mais éle­vés au rang des insec­ti­ci­des les plus uti­li­sés à tra­vers le mon­de.

Plu­sieurs étu­des scien­ti­fi­ques ont sou­li­gné l’impact néga­tif de cet­te famil­le sur les abeilles et bour­dons en labo­ra­toi­re et lors de tests en condi­tions contrô­lées ; et de nom­breux api­cul­teurs met­tent en cau­se ces molé­cu­les pour expli­quer le syn­dro­me d’effon­dre­ment des colo­nies d’abeilles. Au-delà des seuls buti­neurs, les néo­ni­co­ti­noï­des nui­sent à l’ensemble des êtres vivants ver­té­brés ou inver­té­brés, com­me le mon­tre une méta-ana­ly­se indé­pen­dan­te publiée en 2014.(World­wi­de Inte­gra­ted Assess­ment on sys­te­mic pes­ti­ci­des).

abeille2C’est ain­si que l’avenir de l’abeille rejoin­drait la théo­rie du chaos – théo­rie mathé­ma­ti­que com­plexe sou­vent rédui­te, à tort, au fameux « effet papillon ». Gar­dons tou­te­fois la méta­pho­re pour l’appliquer au bat­te­ment d’ailes d’une abeille, laquel­le pro­vo­que­rait ain­si, com­me vic­ti­me « inno­cen­te », une tem­pê­te dans le mon­de de l’agrochimie…   C’est ain­si que la géo­po­li­ti­que relè­ve­rait désor­mais de l’entomologie. Il est vrai que nous, pau­vres humains, ne som­mes jamais que des insec­tes per­dus dans l’Univers.

––––

La signer ou pas ?  La péti­tion est là.

 

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Lettre d’un Français au Québec

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IVG. Bompard, dernier rempart

L’Assem­blée natio­na­le a adop­té ce mer­cre­di par 143 voix contre 7 une pro­po­si­tion de réso­lu­tion réaf­fir­mant le droit fon­da­men­tal à l’interruption volon­tai­re de gros­ses­se en Fran­ce, en Euro­pe et dans le mon­de. Ce tex­te, non contrai­gnant, a été adop­té le jour anni­ver­sai­re du démar­ra­ge des débats sur la loi de Simo­ne Veil, le 26 novem­bre 1974. Gil­bert Col­lard s’est abs­te­nu, sept dépu­tés ne l’ont pas voté, cinq UMP, un UDI, et l’ancien FN, mai­re d’Orange et dépu­té d’extrême droi­te du Vau­clu­se, Jac­ques Bom­pard. Son homé­lie, sur le modè­le hol­lan­dien de l’anaphore ( « Moi pré­si­dent »…), consti­tue un ramas­sis des cli­chés qu’on aurait pu croi­re d’un autre âge. Au moins res­te-t-il fidè­le à son par­cours poli­ti­que : OAS, Occi­dent, Ordre nou­veau, Front natio­nal, Ligue du Sud… Il a été réélu mai­re d’Orange en 2014 au pre­mier tour avec 60% des voix…

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Pour saluer Rosetta & Philae

Tout ou pres­que a été dit depuis hier sur l’exploit que consti­tue la bala­de cos­mi­que de Roset­ta et Phi­lae, en pas­se de deve­nir des héros moder­nes, des « per­son­na­ges concep­tuels  » com­me aurait dit Gil­les Deleu­ze. Par delà l’éblouissante per­for­man­ce humai­ne et tech­ni­que, com­ment com­pren­dre l’engouement qui sem­ble avoir accom­pa­gné cet­te déam­bu­la­tion contrô­lée des deux machi­nes ? Serait-ce que la Ter­re est deve­nue trop peti­te pour nos besoins d’Aventure ? Que les films hol­ly­woo­diens, même en 3D, man­quent d’exotisme ? Que la Rou­te du rhum n’enivre plus assez ? Cer­tes, l’Atlantique en sept jours, ça fait petit bras par rap­port à ces espa­ces fri­sant l’infinité des mon­des. Voi­là qui peut enco­re nous fai­re rêver. Car ici-bas…

Atten­dons d’autres ima­ges de cet Ailleurs de gla­ce et de pous­siè­res d’étoiles dont nous som­mes peut-être les des­cen­dants. Tan­dis qu’en remon­tant cet­te immen­se échel­le du temps nous allons tutoyer nos ori­gi­nes, ou pour cer­tains cha­touiller Dieu sous sa plan­te des « pieds ».

© ESA

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Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient par­lent plus fort que le p’tit Nico­las, frin­gant sémi­na­ris­te… On en apprend de bel­les, sur le site des Inrocks, à pro­pos de  la vie sexuel­le des prê­tres, tel­le qu’exposée dans l’émission de télé domi­ni­ca­le le Jour du sei­gneurconsa­crée à l’Assemblée plé­niè­re des évê­ques de Fran­ce. Ou com­ment un lap­sus a rui­né la pres­ta­tion – mais pas la car­riè­re, au contrai­re ! – du jeu­ne sémi­na­ris­te. 

Mer­ci au caf­teur, l’ami Ber­nard Lan­glois !

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1914-1918 – Édouard, Louis… et quelques millions d’autres

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Édouard, Louis. Et des mil­lions d’autres. (Monu­ment au cime­tiè­re de Venel­les, Bou­ches-du-Rhô­ne)

Résu­mé : Les per­tes humai­nes de la Pre­miè­re Guer­re mon­dia­le s’élèvent à envi­ron 18,6 mil­lions de morts. Soit : 9,7 mil­lions de morts pour les mili­tai­res et 8,9 mil­lions pour les civils. 

Vingt ans après, la Secon­de a plus que tri­plé l” « addi­tion  » (entre 60 et 80 mil­lions de morts).

Quant à la Troi­siè­me…

faber-tous-les-grands-peres-sont-poilus

Ne pas oublier : à empor­ter dans les tran­chées, le der­nier Faber, celui qu’a vécu la guer­re (par le sou­ve­nir du grand-père). 

Ed. Fran­çois-Bou­rin

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Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour sombrer dans le plus noir des pessimismes, voire dans la dépression, rien de tel que la soirée Thema d'hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j'ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en dessert, les deux derniers volets sur les six consacrés au Capitalisme (avec une capitale…) De loin les plus intéressants, en particulier le tout dernier consacré à l'économiste hongrois Karl Polanyi qui, dès 1944, a pointé le danger représenté par une société totalement menée par l'économie, et non l'inverse. Comme si l'activité humaine, par on ne sait quelle folie, s'était précipitée dans le gouffre noir du profit mortifère. Au point que les déséquilibres mondiaux ne semblent avoir jamais atteint un tel niveau ahurissant, laissant dans le plus grand dénuement plus de la moitié de l'humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accroissant en même temps les dérèglement écologiques, faisant surgir le spectre d'une disparition possible de l'espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

"Moi, je crois que c'est le pouvoir, le goût du pouvoir…"

Il se trouve qu'hier également je faisais rentrer du gaz dans ma citerne (l'hiver, en dépit/à cause du réchauffement, va finir par se pointer…). M. Total est arrivé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c'est que nous, on est des sous-traitants, en location… C'est comme ça pour tout, peut-être même pour les raffineries, c'est en location, ça appartient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Margerie, les circonstances.

– Il faut toujours aller vite, plus vite; il fallait qu'il rentre tout de suite, sans attendre…

On parle de son salaire…

– C'est pas tant une histoire de sous, je crois; c'est les honneurs – il était plus important qu'un ministre, vous avez vu, reçu par Poutine; peut-être qu'ils se tutoyaient… Moi, je crois que c'est le pouvoir, le goût du pouvoir…

Belle leçon d'analyse politique, venue de "la base" comme on dit parfois avec condescendance. Analyse plus subtile et plus humaine que celle d'un Gérard Filoche qualifiant de Margerie de "suceur de sang" (un ex partisan de Trotsky, le suceur de sang des marins de Kronstadt, peut avoir la mémoire très sélective). Elle aurait pu figurer avantageusement dans la série d'Arte qui, soit-dit en passant, nous a bien baladés avec ses six épisodes souvent brumeux et embrumés, à savoir qui de Smith, Ricardo ou Keynes avait été le plus visionnaire. Au point qu'à l'issue de ces innombrables enfilages d'avis d'experts et autres économistes patentés on n'y entravait plus couic ! Car, enfin, à question fortes réponses de même : à quoi sert l'économie ? Quelle est sa finalité ? De même pour le capitalisme. Il fallut attendre les paroles simples et fortes de la fille de Polanyi pour aller à l'essentiel,, qui ramenait au début de la soirée Thema  sur la faim et la soir : si l'activité humaine ne sert pas les humains dans la justice et en vue de leur épanouissement, n'y aurait-il pas "comme un défaut" – tout particulièrement dans la course productiviste et l'avidité sans limite des possédants. L'une et l'autre apparaissant comme liés par un délire névrotique développé avec la naissance du capitalisme historique au XiXe siècle jusqu'à sa dérive actuelle, le néo-libéralisme financier. De même que le chauffeur-livreur de Total n' "appartient" pas à Total – mais sait-il qui est son vrai propriétaire ?… –, qui peut aujourd’hui démêler l'écheveau mondialisé des milliards de milliards qui changent de portefeuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peuvent les "politiques", ballottés comme marionnettes dans ce sinistre ballet réglé à leurs façons par des algorithmes "magiques" autant qu'anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évolution ? Quelle évolution ?

Si nous reconnaissons aujourd’hui cette patente réalité d'un dérèglement mondial relevant d'un délire névrotique – c'est-à-dire d'une pathologie – on ne peut plus raisonner, en raison raisonnante, d'après les critères du XIXe siècle, et en particulier le dogme marxiste. Comment ne pas remettre en question ce postulat selon lequel  l'infrastructure (la production) détermine la superstructure (les idées) ? Ne serait-ce pas plutôt l'inverse, dans la mesure précisément ou "les idées", si on peut dire, seraient déterminées par la religion du profit et sa fascisante irrationalité, avec ses cohortes subséquentes : productivisme, croissance, surconsommation, pillage des ressources,  déséquilibres nord-sud, guerres, dérèglement climatique, et cætera ?

À cet égard, ne pourrait-on espérer qu'un économiste – un économiste nouveau –, développant la pensée de Polanyi, reconsidère la bonne gestion de notre maison commune, la Terre, et de sa gouvernance à partir de données intrinsèquement humanistes, au bénéfice des humains et du vivant ? Pensons, par exemple et en particulier, à la manière dont un Wilhelm Reich (mort en 1957), bousculant pour le moins les idéologies du marxisme et du freudisme, a pu émettre une analyse des folies mortifères du nazisme impliquant les complexes et contradictoires dimensions des comportements humains (Psychologie de masse du fascisme, Payot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illustration avec ce cri d'alarme lancé par l'Observatoire des inégalités dont les remarquables travaux ne cessent de dénoncer à partir d'études et de données qui, toutefois, ne remontent pas aux causes premières et profondes du dérèglement humain et de l'économie. Économie qui, en effet, partage la même étymologie que écologie : du grec oikos (maison, habitat) et logos (discours, science) ; ou encore, plus généralement : la science des conditions d'existence, ce qui recouvre le champ de l'économie, si on considère le sens du nomos, gérer, administrer.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octobre 2014 - Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.


Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les données 2012 publiées par Proxinvest dans son 15e rapport La Rémunération des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (novembre 2013). De 4,8 millions d’euros (équivalents à 358 années de Smic) pour Maurice Lévy (Publicis) à 14,9 millions d’euros (1 112 années de Smic) pour Bernard Charlès, patron de Dassault Systèmes.
Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, les stock-options [1] et les actions gratuites. Ils ne comprennent pas, par contre, certains autres avantages comme ceux en nature (voitures, logements de fonction par exemple), le complément de retraite sur-complémentaire alloué à certains dirigeants de grandes entreprises notamment. Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnel (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.).
Il faut ajouter que ces dirigeants disposent aussi de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise résultant d’une mésentente avec les actionnaires, d’erreurs stratégiques ou économiques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de certaines professions ou des sportifs peuvent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié.

patrons

 

Les très hauts salaires * par profession
Unité : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Sportifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonctions financières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d'état major 238 674 19
Dirigeants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonction commerciale 181 257 14
Fonction technique 180 230 14
* Les 1 % de salariés à temps complet les mieux rémunérés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee - 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du secteur privé - Insee première n°1288 - avril 2010.

Notes

[1Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous certaines conditions, notamment avec un rabais, ce qui leur procure une plus-value quasi certaine lors de la revente.

Date de rédaction le 28 octobre 2014

© Observatoire des inégalités

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M. L’Homme, écolo de mes deux

andre faber

© Des­sin André Faber 2014

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Sur l’idéologie du « Progrès » comme facteur de régression

Mes ami(e)s, je me suis laissé aller à ce texte fort long et peut-être ennuyeux… C’est que j’en ai « sur la patate » et que rien ne vaut un bon lâcher de pression (à part peut-être une bonne bière – pression…)

Le « nouveau capitalisme », le « capitalisme cognitif » lié à l’économie numérique et à tous les chamboulements actuels et plus encore à venir, semble postuler la pérennité dudit capitalisme, c'est-à-dire de l’accumulation des richesses par le plus petit nombre.

Tandis que les pays se déchirent, entre eux et en eux-mêmes ; que les pauvres s’entretuent comme jamais, manœuvrés comme des marionnettes rattachées à leurs dieux stupides, meurtriers et manipulateurs – autant dire automanipulées – une nouvelle oligarchie met en place son club fermé, de plus en plus restreint, englobant les nouveaux mécanismes de l’information, au sens général, prenant le contrôle absolutiste des réseaux et, par delà, des richesses qu’ils canalisent.

Google, Amazon, Facebook, Twitter, Apple et autres happy few, de plus en plus « happy » et « few », ont déjà amplement tissé le réseau d’un capitalisme totalitaire, car tout bonnement totalisant, jusqu’au « total » du tiroir-caisse, aboutissement comptable à base d’additions et de multiplications, laissant aux « autres » – les laissés pour compte – le soin de se chamailler autour des restes : divisions et soustractions.

Test de connaissances utiles et modernes

Test de connaissances utiles et modernes

Cette nouvelle domination, cependant, engendre (peut-être sans trop le savoir, ou en voulant l’ignorer, dans la griserie de la jouissance immédiate et apparemment infinie) sa propre limitation par l’excès et la cupidité sans bornes. Son ignorance de l’Histoire, variante de son ignorance princeps – la banque n’est pas une bibliothèque, on n’y trouve que des livres de comptes –, son culte de la « prospective » le frappe d’amnésie, cette perte de mémoire, porte ouverte au déni. Encore que dénier suppose le rejet d’une réalité tout de même, un tant soit peu, perçue. Et il n’est pas sûr que les scénaristes du futur capitalistique possèdent assez de culture historique et scientifique – sciences exactes et sciences humaines – pour entrevoir les limites de leur imperium.

Comme les empires anciens de Chine, de Perse, de Rome et d’autres ils sont voués à la disparition, dans un même aveuglement et sans doute dans l’incompréhension de leurs empereurs. Seuls des sages auront tenté d’apporter leurs lumières, les Confucius, Héraclite, Sénèque… et leurs paroles inécoutées.

À l’œuvre dans le pillage mortifère de la planète, les néo-capitalistes menacent les espèces vivantes, à commencer par l’humaine. Dans ce but, ils se sont approprié, non pas les savoirs ni les sciences, mais leurs applications vulgaires, immédiates, monnayables, rentables, celles qui nourrissent ce qu’on appelle le « Progrès » et qui correspond en fait à la marchandisation des techniques, ce qu’on regroupe sous le mot « technologie ».

(Lire la suite…)

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Le journalisme est (parfois) un sport de combat

Ouais, les repor­ters de guer­re, les pho­to­gra­phes en gilets pare-bal­les, ils paient com­me on dit un lourd tri­but à l’information. Cer­tes. Mais il est d’autres ter­rains (pres­que) aus­si dan­ge­reux, ain­si qu’en témoi­gnent ces deux vidéos d’archives jour­na­lis­ti­co-pugi­lis­ti­ques…

6 mars 1959 – Au cours de la retrans­mis­sion du com­bat de cat­ch oppo­sant l « Hom­me mas­qué  » [alias Gil Voi­ney] à Roger Dela­por­te, un mat­ch com­men­té avec ver­ve par Roger Cou­derc, le jour­na­lis­te est pris à par­ti par Roger Dela­por­te, à la des­cen­te du ring.

Emis­sion : Cat­ch - 
Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se - réa­li­sa­teur
 Pier­re Badel - com­men­ta­teur
 Roger Cou­derc - Docu­ment Ina

 

5 mars 1976 – Sur le pla­teau de l’émission « Apos­tro­phes », Moha­med Ali s’emporte contre l’ancien secré­tai­re de Sar­tre, Jean Cau, invi­té de l’émission, qui n’en mène pas lar­ge. « S’il y’a quelqu’un que je n’aime pas, c’est vous (il le poin­te du doigt). Oh je vois quel­que cho­se que je n’aime pas du tout... je sais que vous êtes suf­fi­sam­ment malin pour ne pas taper sur Moha­med Ali » ! Voi­là un boxeur qui ne man­quait ni de pun­ch ni de flair.

Emis­sion : Apos­tro­phes - 
Anten­ne 2 - réa­li­sa­teur
 Jean Caze­na­ve - pro­duc­teur
 Ber­nard Pivot - Docu­ment Ina

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Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archi­vé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nou­veau­té qu’il mon­tre date de 1942. Il s’agit de « l’Œuf élec­tri­que  » mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, « père » des loco­mo­tri­ces élec­tri­ques « BB ». Outre quel­ques pro­pos du même Arzens, ces « Actua­li­tés » inter­ro­gent aus­si le pré­fet de poli­ce Mau­ri­ce Gri­maud qui, dans le mois sui­vant du Joli Mai, va connaî­tre une célé­bri­té à laquel­le il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux vision­nai­res nous pré­di­sent l’avenir radieux du « tout élec­tri­que » – et bran­ché au nucléai­re pour quel­ques rayon­nan­tes décen­nies.

En plus de la musi­quet­te bien datée qui accom­pa­gne gaie­ment ce petit film, on décou­vre que la pres­se pré-soixan­te-hui­tar­de a déjà pris goût au redou­ta­ble micro-trot­toir, ce degré zéro du jour­na­lis­me, désor­mais triom­phant dans nos médias.

Com­me disait Alexan­dre Via­lat­te, pris dans un embou­teilla­ge : « On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul  ».

  • Emis­sion « Pano­ra­ma »,
    Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se (ORTF)
    Jour­na­lis­tes : Michel Le Pai­re ; Ber­nard Cor­re ;
    Par­ti­ci­pants : Paul Arzens ; Mau­ri­ce Gri­maud.

Docu­ment Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel

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Hervé Gourdel assassiné. Ce ne sont pas des hommes

Hervé GourdelHervé Gourdel. Je pars de sa bonne tête de brave homme, au regard droit. C’est par un tweet que, lundi, je découvre son enlèvement. Puis, par la vidéo qui l’exhibe flanqué de deux gardiens masqués et armés, je le vois et l’entends, désespéré, lire son message de secours, sous la contrainte.

Et ils l’ont décapité.

Les salauds.

Ils se font appeler « Soldats du Califat », se disent affiliés à « Daech » ou « État islamique ». Leur pouvoir de nuisance extrême porte atteinte à l’ensemble de l’humanité, dont ils se trouvent exclus.

Car ce ne sont pas des hommes. Ou alors d’une sous-espèce particulièrement dégradée. Ou encore en raison, si on peut dire, de la plus profonde des perversions. Et il est vrai, hélas, que l’Homme, majuscule, sait aussi atteindre cette dégradante petitesse assassine – lui, l’unique spécimen du règne animal capable d’un tel génie dans le mal. Dans le Mal, majuscule, il a su œuvrer au plus bas de la bassesse – et au nom d’idéaux déments, mêlés de pureté et de haine, impliquant les dieux ou des guides suprêmes, trouvant toujours à leur service des générations de Torquemada experts en torture, habiles à arracher les langues hérétiques – de juifs ou de musulmans, selon le balancier de l’Histoire, selon l’urgence liée au besoin d’obscurité. La liste serait inépuisable, on la limitera ici à trois évocations emblématiques :

Giordano Bruno mis au bûcher pour avoir soutenu l’infinité des mondes face au champ de l’Ignorance ;

les terribles guerres de religion entre protestants et catholiques au nom du Christ (XVIe siècle) ;

la langue arrachée, le corps torturé, démantelé et – aussi – décapité du Chevalier de la Barre, 20 ans, pour « blasphème et sacrilège ». Il n’avait pas ôté son chapeau devant une procession (Abbeville, 1765).

Il nous fallut bien du temps, du temps de luttes pour nous extraire de ces arrière-mondes. Et les chutes parsèment l’Histoire, lourde de malheurs et d’atrocités, jusqu’à la déportation esclavagiste, jusqu’aux génocides « modernes » des Arméniens, Juifs, Tutsis.

De ce temps si âpre, il ne nous en faudrait bien moins aujourd’hui pour y sombrer à nouveau.

Guide de haute montagne, Hervé Gourdel était attiré par les sommets. Sans doute avait-il de l’Humanité une idée élevée.

Il a été jeté dans les ténèbres par des fanatiques, de ces hallucinés qui renvoient à ceux qu’évoque si puissamment le Zarathoustra de Nietzsche dont voici quelques extraits :

DES HALLUCINÉS DE L’ARRIÈRE-MONDE

 Ainsi moi aussi, je jetai mon illusion par delà les hommes, pareil à tous les hallucinés de l’arrière-monde. Par delà les hommes, en vérité ?

"Hélas, mes frères, ce dieu que j’ai créé était œuvre faite de main humaine et folie humaine, comme sont tous les dieux.

Il n’était qu’homme, pauvre fragment d’un homme et d’un « moi » : il sortit de mes propres cendres et de mon propre brasier, ce fantôme, et vraiment, il ne me vint pas de l’au-delà !

[…]

Ce furent des malades et des décrépits qui méprisèrent le corps et la terre, qui inventèrent les choses célestes et les gouttes du sang rédempteur : et ces poisons doux et lugubres, c’est encore au corps et à la terre qu’ils les ont empruntés !

Ils voulaient se sauver de leur misère et les étoiles leur semblaient trop lointaines. Alors ils se mirent à soupirer : Hélas ! que n’y a-t-il des voies célestes pour que nous puissions nous glisser dans un autre Être, et dans un autre bonheur ! » — Alors ils inventèrent leurs artifices et leurs petites boissons sanglantes !

[…]

Il y eut toujours beaucoup de gens malades parmi ceux qui rêvent et qui languissent vers Dieu ; ils haïssent avec fureur celui qui cherche la connaissance, ils haïssent la plus jeune des vertus qui s’appelle : loyauté.

Ils regardent toujours en arrière vers des temps obscurs : il est vrai qu’alors la folie et la foi étaient autre chose. La fureur de la raison apparaissait à l’image de Dieu et le doute était péché.

Je connais trop bien ceux qui sont semblables à Dieu : ils veulent qu’on croie en eux et que le doute soit un péché. Je sais trop bien à quoi ils croient eux-mêmes le plus.

Ce n’est vraiment pas à des arrière-mondes et aux gouttes du sang rédempteur : mais eux aussi croient davantage au corps et c’est leur propre corps qu’ils considèrent comme la chose en soi.

Mais le corps est pour eux une chose maladive : et volontiers ils sortiraient de leur peau. C’est pourquoi ils écoutent les prédicateurs de la mort et ils prêchent eux-mêmes les arrière-mondes.

Écoutez plutôt, mes frères, la voix du corps guéri : c’est une voix plus loyale et plus pure.

Le corps sain parle avec plus de loyauté et plus de pureté, le corps complet, carré de la tête à la base : il parle du sens de la terre. —

Ainsi parlait Zarathoustra."

 

Friedrich Nietzsche

Ainsi parlait Zarathoustra
Un livre pour tous et pour personne
Traduction par Henri Albert.
Mercure de France, 1903 [sixième édition] (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 9, pp. 40-45).

Lire aussi : 

À Michel Germaneau, mort au nom de l’Homme, victime du fanatisme

Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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