On n'est pas des moutons

Bridget Kyoto empoigne le Système technicien de Jacques Ellul

La Minute Néces­saire de Brid­get Kyoto :

Brid­get vous révèle une vieille tech­nique de grand-mère pour sor­tir de notre « sys­tème tech­ni­cien » devenu fou. Elle s’inspire, dirait-on, d’un bou­quin d’un cer­tain Jacques Ellul, mono­ma­niaque de ce qu’il dénonce, à juste titre : Le Sys­tème tech­ni­cien. L’analyse, certes, semble juste éga­le­ment. Mon scep­ti­cisme porte sur les consé­quences qu’Ellul attri­bue à une cause unique : la tech­nique. Moyen­nant quoi, il pré­tend déte­nir la clé uni­ver­selle ouvrant la solu­tion à tous les maux du monde. Je ne m’étends pas plus ici sur cette épi­neuse ques­tion. Car je sens que des com­men­taires vont bien­tôt lan­cer l’inévitable débat…

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Dame de fer, dame sans cœur, par Faber

© faber

© faber

 

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Cahuzac et le « pire des analphabètes », selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa cru­ci­fixion. [ph. DR]

Une cata infor­ma­tique s’est abat­tue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata poli­tique qui fera du 2 avril 2013 la date réfé­rence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépan­née – merci Daniel !), déplo­rable pour l’autre et pour nous tous, en par­ti­cu­lier pour ce qui relève de la Démo­cra­tie et de la Répu­blique – avec majus­cules – ces construc­tions si belles, labo­rieuses à faire gran­dir, si fra­giles, au point qu’elles chan­cellent sous les coups d’un ignoble Mal­frat (majus­cule aussi !).  Ce qui est ici en cause, c’est la col­lu­sion intime de l’Argent, du Pou­voir et de la Peti­tesse, amal­game rui­neux pour l’Homme – construc­tion humaine – et qui ruine les hommes, le peuple, la société, la morale déjà si chan­ce­lante en ces temps désenchantés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Cru­ci­fixion, de la triche, du men­songe, de l’ignominie. Rien à ajou­ter à l’immonde. Sauf ce texte res­sorti à point nommé (merci Rosa et Michel !). Un texte du dra­ma­turge alle­mand Ber­tolt Brecht (mort en 1956), bros­sant le por­trait de l’analphabète poli­tique, cet amné­sique et irres­pon­sable par lequel l’Histoire ne manque pas de bégayer.

Cahu­zac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, pré­cède les sui­vants, illustre les actuels. Son talent sup­plé­men­taire lui garan­tit le sta­tut d’icône moderne. Car il n’a rien inventé.

« Le pire des anal­pha­bètes, c’est l’analphabète poli­tique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne par­ti­cipe pas aux évé­ne­ments poli­tiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des hari­cots et du pois­son, le prix de la farine, le loyer, le prix des sou­liers et des médi­ca­ments dépendent des déci­sions poli­tiques. L’analphabète poli­tique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poi­trine pour dire qu’il déteste la poli­tique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son igno­rance poli­tique qui pro­duit la pros­ti­tuée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les ban­dits et sur­tout le poli­ti­cien mal­hon­nête, men­teur et cor­rompu, qui lèche les pieds des entre­prises natio­nales et mul­ti­na­tio­nales. » [Ber­tolt Brecht, ni daté, ni sourcé]

• Voir éga­le­ment, du 17 décembre 2012 :

Le men­hir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fis­cale ? par Attac

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Tapie, patron de « La Provence » et papa piston

Il disait n’avoir pas besoin d’acheter un jour­nal quand on pou­vait se payer un jour­na­liste… Mais il a changé d’avis, ne sachant sans doute quoi faire de tout ce pognon accu­mulé à par­tir d’affaires, disons louches… Bref, Tapie est devenu patron de La Pro­vence entre autres canards du sud-est. On se deman­dait pour­quoi, tout en ayant quelques idées. Sans peut-être avoir pensé à ces petits arran­ge­ments fami­liaux, ainsi résu­més en ce dimanche de Pâques par ces innom­brables tweets, comme celui-ci :

Ber­nard Tapie, patron de @laprovence > Laurent Tapie, res­pon­sable web de @laprovence > Sophie Tapie, invi­tée mer­credi de @laprovence.

Tout est dit sur l’air du népo­tisme. On peut regar­der de plus près ici sur laprovence.com

Posez bien vos questions, hein !

Posez bien vos ques­tions, hein !

Et vive la presse (libre, j’oubliais) !

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Richard Bohringer aux politiciens : La banque est plus forte que vous !

Invité sur le pla­teau de « On n’est pas cou­ché » samedi soir, l’acteur Richard Boh­rin­ger a poussé un beau et émou­vant coup de gueule. Face à Henri Guaino, il a exprimé ses convic­tions en poin­tant du doigt les poli­ti­ciens et leur impuis­sance face aux banques et au monde de la finance.

« Pour­quoi il n’y a pas de Répu­blique ?  a-t-il lancé. Parce qu’on n’est pas répu­bli­cains !
« Le poli­tique, qu’il soit homme ou femme,…, ne sert plus à rien, c’est un pres­ta­taire de ser­vice…
« La preuve, ces putains de dettes, on n’arrive pas à les payer… tant qu’il y aura ces his­toires des dettes, qui mettent à plat les peuples… vous les poli­tiques n’arrivez pas à les faire éli­mi­ner, parce que la banque est plus forte que vous, c’est elle qui vous imprime la des­ti­née de notre peuple et non pas vous. »

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Selon François Morel, tout ça remonte au paléolithique inférieur


Le Billet de Fran­cois Morel par fran­cein­ter

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Souvenir du paradis (fiscal), par Faber

Chypre bis

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Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de « Marseille-Provence 2013  » avec l’État d’Israël

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a décidé de faire de Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture un outil pour « modi­fier son image ». Un cer­tain nombre de citoyens, parmi les­quels des artistes, res­pon­sables de struc­tures cultu­relles ou d’édition, soli­daires du peuple pales­ti­nien, refusent de cau­tion­ner une telle opé­ra­tion de pro­pa­gande. Ils ont signé et lancé un appel de pro­tes­ta­tion contre cette manœuvre de séduction.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de res­pon­sables de struc­tures cultu­relles, de spec­ta­teurs, soli­daires du peuple palestinien

« A l’occasion de « Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture 2013 », le Consu­lat d’Israël à Mar­seille a orga­nisé la venue de nom­breux artistes pour une qua­ran­taine de rendez-vous appe­lés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de simples évé­ne­ments artis­tiques et cultu­rels, mais d’une véri­table opé­ra­tion de pro­pa­gande des­ti­née à « chan­ger l’image d’Israël » dans l’opinion fran­çaise, direc­te­ment orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Les artistes ainsi ins­tru­men­ta­li­sés ne peuvent l’ignorer.

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Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guetta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­mando Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démocratiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guetta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Borély … pour en tenir un autre non sub­ven­tionné au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guetta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

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Printemps précoce, météo affolée

Pas pu m'empêcher… Photo X.

Pas pu m’empêcher… Photo X.

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Quand « arte » débat sur le rire : défense de rigoler

Qu’est-ce que le rire ? Vaste ques­tion… Si l’on s’en réfère à Blaise Pas­cal autant qu’à Henri Berg­son, il serait le propre de l’Homme. Cepen­dant, des études récentes ont mon­tré que cette fonc­tion avait pu être déce­lée chez cer­tains ani­maux – sous réserve tou­te­fois de véri­fi­ca­tions expé­ri­men­tales, actuel­le­ment menées par le pro­fes­seur écos­sais John Mac Hilar dans son labo­ra­toire d’Edimbourg. Il se trouve épaulé depuis plu­sieurs années par un autre émi­nent spé­cia­liste de la ques­tion, M. You­goulé M’Dialo, auteur du célèbre essai Étu­dio­lo­gie com­pa­rée du rire de brousse et de savane (éd. du Griot). Notons à son sujet que c’est la pre­mière fois qu’un auteur afri­cain publie sur cette ques­tion qui, en Europe en par­ti­cu­lier et en Occi­dent en géné­ral, ali­mente en abon­dance les rayons des biblio­thèques. Rayons sur les­quels on trouve les mul­tiples recherches menées cette fois sur le plan plus phi­lo­so­phique et socio­lo­gique par le dis­tin­gué cri­tique Jean Balibot. La chaîne Arte, tou­jours à l’avant-garde de ce genre de débats, a récem­ment réuni ces deux der­niers pro­ta­go­nistes dans un pas­sion­nant débat animé par Yolande Mirot-Desmiches. On y aborde l’éternelle ques­tion de l’origine du rire, mais cette fois les réponses appor­tées par les deux spé­cia­listes appa­raissent sans la moindre ambi­guïté. On retien­dra en par­ti­cu­lier le démon­tage en trois par­ties du méca­nisme ana­ly­tique du rire : l’antématique, la sus­ma­tique et la post­ma­tique. Abso­lu­ment éblouis­sant et défi­ni­tif, démons­tra­tion à l’appui. Enfin, nous voici éclai­rés sur cette fonc­tion essen­tielle qu’est le rire chez l’homme – sur­tout chez l’homme. Qu’on en juge, grâce à la vidéo ci-dessous [cli­quer sur l’image] :

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Le regard des Cassini sur le territoire de France, via Google

Sauf la Corse…

Sauf la Corse…

Voir la France du XVIIIe siècle sur Google Maps, assem­blée à par­tir des 182 feuillets de la carte Cas­sini (taille ini­tiale : 64 × 95 cm la feuille), c’est donc désor­mais on ne peut plus facile depuis son écran d’ordi et grâce au tra­vail de David Rum­sey sur son site. Quel docu­ment et quel éblouis­se­ment que de consi­dé­rer cette repré­sen­ta­tion par la carte qui – on le sait – n’est pas le ter­ri­toire. Mais toute car­to­gra­phie a tenté le rap­pro­che­ment avec la réa­lité, tan­dis qu’elle en reste une repré­sen­ta­tion. Idem entre le roman et la vie…

La carte de Cas­sini ou carte de l’Académie est la pre­mière carte géné­rale et par­ti­cu­lière du royaume de France. Il serait plus appro­prié de par­ler de carte des Cas­sini, car elle fut dres­sée par la famille Cas­sini, prin­ci­pa­le­ment César-François Cas­sini (Cas­sini III) et son fils Jean-Dominique Cas­sini (Cas­sini IV) au XVIIIe siècle.

Cette carte consti­tuait pour l’époque une véri­table inno­va­tion et une avan­cée tech­nique déci­sive. Elle est la pre­mière carte à s’appuyer sur une tri­an­gu­la­tion géo­dé­sique dont l’établissement prit plus de cin­quante ans. Les trois géné­ra­tions de Cas­sini se suc­cé­dèrent pour ache­ver ce tra­vail. La carte ne loca­lise pas pré­ci­sé­ment les habi­ta­tions ou les limites des marais et forêts, mais le niveau de pré­ci­sion du réseau rou­tier ancien est tel qu’en super­po­sant des pho­tos satel­lite ortho­rec­ti­fiées aux feuilles de la carte de la France on obtient de spec­ta­cu­laires résultats.

La carte n'étant toujours pas le territoire…

La carte n’étant tou­jours pas le territoire…

Le tra­vail des Cas­sini laissa même son empreinte sur le ter­rain où l’on trouve encore aujourd’hui des topo­nymes dits « Signal de Cas­sini », qui révèlent les lieux où s’effectuèrent les mesures de l’époque. Ces points de repères cor­res­pondent aux som­mets des mille tri­angles qui for­maient la trame de la carte de Cas­sini.

De nos jours, les cher­cheurs consultent fré­quem­ment les feuilles de la carte des Cas­sini, soit sa forme papier en salle de lec­ture du dépar­te­ment des cartes et plans de la Biblio­thèque natio­nale de France, soit sa forme numé­rique en ligne. Elle inté­resse tout par­ti­cu­liè­re­ment les archéo­logues, les his­to­riens, les géo­graphes, les généa­lo­gistes, les chas­seurs de tré­sors et les éco­logues qui ont besoin de faire de l’éco­lo­gie rétros­pec­tive ou de com­prendre l’histoire du pay­sage. [Wiki­pe­dia]

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Mort de Stéphane Hessel. « Du moment qu’on lutte, on projette de la lumière dans l’obscurité »

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Sté­phane Hes­sel, le 12 novembre 2002 à Aix, à la librai­rie Vents du Sud. « …Nous lais­ser aller vers l’utopie d’un monde plus har­mo­nieux – et peut-être plus juste ». Photo © gp

Né alle­mand à Ber­lin le 20 octobre 1917, Sté­phane Hes­sel arrive en France à l’âge de 8 ans. Natu­ra­lisé fran­çais en 1937, nor­ma­lien, il rejoint les forces fran­çaises libres en 1941 à Londres. Résis­tant, il est arrêté et déporté à Buchen­wald puis à Dora et ne doit la vie qu’à une sub­sti­tu­tion d’identité avec un pri­son­nier mort du typhus et à son évasion.

Il entre au Quai d’Orsay en 1945 et fait une par­tie de sa car­rière diplo­ma­tique auprès des Nations unies (dont le siège est à l’époque ins­tallé en France, à Paris au Palais de Chaillot) où il assiste comme témoin pri­vi­lé­gié à la consti­tu­tion de la charte des droits de l’homme et du citoyen. Homme de gauche et euro­péen convaincu, il est ami de Pierre Mendès-France et Michel Rocard.

Sté­phane Hes­sel est connu pour ses prises de posi­tion concer­nant notam­ment es droits de l’homme, les « sans-papiers » et le conflit israélo-palestinien ainsi que pour son mani­feste Indignez-vous ! paru en 2010, au suc­cès international.

Je l’avais ren­con­tré fin 2002 à Aix-en-Provence où il avait été invité pour une confé­rence sur la coopé­ra­tion et le déve­lop­pe­ment. Il venait aussi de publier de son der­nier livre, Dix pas dans le nou­veau siècle (Le Seuil), qui règle son compte à cette « mon­dia­li­sa­tion éco­no­mi­ciste » pré­ten­dant ordon­ner le chaos par le tout marchandise.

J’avais alors écrit, pour La Pro­vence, un article dont voici un extrait :

« Le monde va mal, c’est peu de le dire. Et voilà un sage de 85 ans qui, tout sou­rire déployé et sans nier l’évidence, vous inonde du plus bel opti­misme. […]  Résis­tance, camps de la mort – dont il réchappe par miracle : qu’il nous excuse le rac­courci sur une vie qui va ensuite tra­ver­ser le siècle au ser­vice de la diplo­ma­tie fran­çaise ; il sera ainsi ambas­sa­deur de France, jusqu’à sa « retraite » en 1982.

« Ce n’est alors qu’un autre départ vers un nou­vel enga­ge­ment auprès de mul­tiples causes et asso­cia­tions. On a du mal à le suivre entre le Haut conseil pour l’intégration, le Comité fran­çais pour la soli­da­rité inter­na­tio­nale, la Confé­rence mon­diale pour les droits de l’homme, le Haut conseil pour la coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, l’Office franco-allemand pour la jeu­nesse, sa média­tion pour les sans-papiers de Saint-Bernard et son sou­tien à Agri­sud qui, en Afrique et en Asie, aide les pay­sans sans terre. Par­tout où sévissent l’injustice et le dénue­ment, Sté­phane Hes­sel accourt – en tout cas n’est pas loin, ou à défaut sou­tient ses innom­brables amis.

« Mais un tel opti­misme, tout de même…, l’Irak, le Moyen-Orient, la Tchét­ché­nie… « Il faut se méfier de ces notions d’optimisme et de pes­si­misme. Du moment qu’on lutte, on pro­jette de la lumière dans l’obscurité. En un siècle, voyez comme tant de pro­blèmes ont été réso­lus : le nazisme, la déco­lo­ni­sa­tion, le sta­li­nisme, l’apartheid… Et l’Europe, qui aurait cru ? La pers­pec­tive longue que mon âge me per­met de jeter aujourd’hui sur l’Histoire moderne me fait croire aux solu­tions. Et j’ai tou­jours le sen­ti­ment que le com­bat n’est jamais inutile. »

Le déve­lop­pe­ment, cepen­dant, est plus que rela­tif, voyez en Afrique sur­tout… « Oui, les écarts se sont plu­tôt accrus. On n’a pas trouvé le « truc » ; il nous faut réflé­chir pour s’y prendre autre­ment. Les ONG, au Nord comme au sud, ouvrent de réelles pers­pec­tives pour atta­quer la pau­vreté et les inéga­li­tés. Nous devons inven­ter une nou­velle coopé­ra­tion avec les plus dému­nis ; c’est déjà ce qui se passe depuis Porto Alegre et main­te­nant Flo­rence, tous ces mou­ve­ments qui obligent les gou­ver­ne­ments à prendre conscience. Il s’agit bien d’un com­bat, d’une ten­sion, comme cela s’est passé entre patrons, ouvriers, syn­di­cats sur les légis­la­tions sociales. C’est la pres­sion citoyenne qui fait émer­ger de nou­velles soli­da­ri­tés. Il y a tou­jours néces­sité d’une vision uto­pique. Quant au déve­lop­pe­ment, on doit cer­tai­ne­ment lui trou­ver un autre contenu, plus sobre, moins consom­ma­teur – et donc plus moderne. Mais tout ça n’est pas encore entré en poli­tique ! »

[…] « On aurait pu aussi enta­mer le cha­pitre « Jules et Jim »… Car Sté­phane – l’a-t-on assez dit – , est le fils de Franz et Hélène Hes­sel, la maman qui tomba amou­reuse d’un cer­tain Henri-Pierre Roché, le « Jim » du roman, puis du film de Truf­faut. Sté­phane avait trois ans, à peine quelques pas dans le siècle. »

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L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­na­lisme spor­tif » : un oxy­more. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aussi oppo­sés que l’huile et l’eau. Sum­mum du genre atteint par L’Équipe qui, au len­de­main du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­to­rat en ména­geant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voilà le tableau, selon l’édition, pari­sienne ou marseillaise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Ima­gi­nons L’Huma publiant une édi­tion de droite…

Comme le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur images), les heb­dos aussi « sont cou­tu­miers des cou­ver­tures régio­na­li­sées. « Le vrai pou­voir à Mont­pel­lier », « Stras­bourg demain », « les dix qui font Le Havre », « ceux qui comptent à Vier­zon »: en cou­ver­ture du Point ou de L’Express, ça en jette au lec­to­rat local, sup­posé flatté que la presse pari­sienne, du haut de Sa Pari­sia­ni­tude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de mettre car­ré­ment les pieds dans le plat de la déma­go­gie clien­té­liste ou, vul­gai­re­ment par­lant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse spor­tive d’un bon prin­cipe de mar­chan­di­sage : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aussi qu’il y a lieu de dis­tin­guer entre crise des médias et crise du jour­na­lisme, et ne pas réduire la réflexion à l’opposition toile contre papier.

 

Post scrip­tum, dans la fou­lée et en ver­sion « cou­vrez ces épaules que je ne sau­rais voir » :

Oscars: Une agence de presse ira­nienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 

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Olivier Voisin. Le photographe mort à la guerre

Photo AFP

Photo AFP

Oli­vier Voi­sin pho­to­gra­phiait la Syrie en guerre. Il en est mort, à 38 ans, atteint par des éclats d’obus. Je viens de lire son der­nier cour­riel [ci-dessous], adressé à une amie. Très beau et émou­vant témoi­gnage, parce que lucide aussi. Lui non plus n’était pas obligé d’y aller. Jus­te­ment, il y était. Pour­quoi ? Quelle néces­sité l’avait poussé là, au triste milieu de la folie humaine ? Le savait-il lui-même ? au delà d’un « des­tin », de la néces­sité de croû­ter (à pas bien cher, quand on y pense, au prix de la peau du repor­ter), puis rendu addict à l’adrénaline, cette drogue auto-produite par un corps menacé de mort.

Dans la presse, le sta­tut d’indépendant – free lance –, vue de l’extérieur, se paie de beau­coup d’illusions. On y est libre que selon la lan­gueur de la chaîne qui rat­tache au mar­ché de l’information, cyni­que­ment for­mulé par le slo­gan de Paris-Match : « le poids mots, le choc des pho­tos ». Une for­mule aujourd’hui rame­née au pas grand chose de cette infla­tion par laquelle  la nou­velle s’est réduite au potin, l’information au tout-spectacle.

Un ami pho­to­graphe d’Olivier Voi­sin, Antoine Vit­kine, rap­pelle cette réa­lité, écri­vant à son propos :

« Indé­pen­dant, il devait sans cesse four­nir des pho­tos aux agences pour pou­voir vivre de son métier. Cette pres­sion éco­no­mique le tenaillait. Il pre­nait des pho­tos magni­fiques, qui sou­vent n’intéressaient pas les agences, pas assez «news» sans doute, et qu’il ne cher­chait guère à faire connaître, happé qu’il était par les conflits qu’il cou­vrait, pen­sant déjà à son pro­chain reportage. »

Voici donc le texte du cour­riel envoyé par Oli­vier Voi­sin à une amie ita­lienne, Mimosa Mar­tini, la veille du jour où il a été blessé. Celle-ci l’a rendu public sur Face­book. Comme écrit de son côté Antoine Vit­kine, « ce texte doit être lu. Il est pas­sion­nant, bou­le­ver­sant, il lui res­semble et il témoigne de l’horreur, de l’impasse du conflit syrien. Il raconte aussi ce qu’est la vie d’un pho­to­graphe de guerre indé­pen­dant, et plus encore, il raconte l’homme qu’était Oli­vier Voisin. »

 On peut voir cer­taines de ses pho­tos sur son site web.

Syrie, 20 février 2013

Enfin j’ai réussi par pas­ser! Après m’être fait refusé le pas­sage à la fron­tière par les auto­ri­tés turques, il a fallu pas­ser la fron­tière illé­ga­le­ment de nou­veau. Un pas­sage pas très loin mais à tra­vers le no man’s land avec quelques mines à gauche et droite et le paie­ment de 3 sol­dats. Me voilà tout seul à pas­ser par le lit d’une rivière avec à peu prêt deux kilo­mètres à faire tout en se cachant pour ne pas se faire remar­quer par les mira­dores. Putain, j’ai eu la trouille de me faire pin­cer et de faire le mau­vais pas. Et puis d’un coup le copain syrien qui m’attend et que je retrouve comme une libé­ra­tion. Le sac et sur­tout les appa­reils pho­tos fai­saient à la fin 10000kg sur les épaules.

La Voi­ture est là avec les mecs de la sec­tion de com­bat que je rejoins au nord de la ville de Hamah, deux heures de route nous attendent et on arrive tous feux éteints pour ne pas se faire voir. Les mecs m’accueillent for­mi­da­ble­ment bien ! et sont impres­sion­nés par le pas­sage tout seul de la fron­tière plus tôt.

Les pre­miers tirs d’artillerie se font entendre au loin. J’apprends que les forces loya­listes tiennent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est repré­sen­tée plu­tôt par les démar­ca­tions entre ala­wites et sun­nites. Alors les forces d’Assad bom­bardent à l’aveugle et ils res­tent très puis­sants. Par chance les avions n’attaquent plus tant le temps est pourri!

Les condi­tions de vie ici sont plus que pré­caires. C’est un peu dure. La bonne nou­velle, je pense que je vais perdre un peu de ventre mais au retour je vais avoir besoin de 10 douches pour rede­ve­nir un peu présentable!

Aujourd’hui je suis tombé sur des familles qui viennent de Hamah et qui ont per­dues leur mai­son. Ils vivent sous terre ou dans des grottes. Ils ont tout perdu. Du coup ça rela­ti­vise de suite les condi­tions de vie que j’ai au sein de cette compagnie.

Je fais les pho­tos et je suis même pas sûr que l’afp les prennent.

Il fait très froid la nuit. Heu­reu­se­ment que je me suis acheté un col­lant de femme en Tur­quie du coup c’est pour moi un peu plus supportable.

L’artillerie tire toutes les 20 minutes à peu prêt et le sol tremble souvent.

Le pro­blème j’ai la sen­sa­tion qu’ils tirent à l’aveugle et ont quand même des canons assez puis­sants pour cou­vrir une ving­taine de kilomètres.

Il y a peu de com­bats directs. Les mecs ont besoin d’à peu prêt 20000 us $ pour tenir en muni­tions entre 2 à 4 heures de bas­ton. Du coup ils se battent peu. Ils font rien du coup la jour­née. Je me demande com­ment ils peuvent gagner cette guerre. Ca confirme ce que je sen­tais. La guerre va durer très long­temps. Alors le chef du chef vient par­fois en rajou­ter une couche, apporte un mou­ton pour man­ger, les mecs vont alors cou­per du bois dans la forêt aux alen­tours. Il apporte aussi des car­touches entières de ciga­rettes et le soir fait prier tout son monde ! Cer­tains sont très jeunes. Ils ont perdu déjà une ving­taines de leurs cama­rades, d’autres sont bles­sés mais sont quand même pré­sents et je pense sur­tout à Abou Ziad, qui a perdu un oeil et c’est lui qui confec­tionne les roquettes mai­son pour les balan­cer durant les com­bats. Il est brave et cou­ra­geux. Tou­jours devant, tou­jours le pre­mier à tout, pour aider, pour cou­per le bois, don­ner des ciga­rettes, se lever. Avec quelques mots d’arabes on essaie de se par­ler. Evi­dem­ment les dis­cus­sions tournent sou­vent sur la reli­gion mais eux ne se consi­dèrent pas sala­fistes. Entre nous si c’était le cas je serais plus vivant. J’aime être avec lui. Quand les autres me demandent des trucs -évi­dem­ment avec le maté­riel apporté- c’est tou­jours lui qui les « dis­putent » et de me foutre la paix!

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  • Twitter - Gazouiller

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la vérité s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • C’est pour dire de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • 1emmen

    Un chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Ce qui explique quelques vides dans des articles anciens.

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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