On n'est pas des moutons

L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décembre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Surgi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de diable roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minutes magiques !

On peut lire aussi : Arnotto ou la greffe cœurs-poumons

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Au Répu, ça pue !

Un hono­rable et ami­cal cor­res­pon­dant de Lor­raine (merci Domi­nique) m’envoie cette photo (trouble, à cause de l’odeur) de son quo­ti­dien local dénommé Répu­bli­cain lor­rain, alias Le Répu.

Le Républicain lorrain, 24/9/13

Le Répu­bli­cain lor­rain, 24/9/13

On a beau être, com­ment dire ? tolé­rant, souple, com­pré­hen­sif, bien­veillant, etc. il y a quand même des coups de pied au cul qui se perdent. Quand la crasse men­tale rejoint la jour­na­lis­tique, le Gui­ness des records n’y suf­fi­rait plus. C’est pour­tant « dans le jour­nal », celui daté du 24/9/13. Pourvu qu’il y ait encore plus d’invendus que d’habitude !

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11 septembre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démocratie

Onze sep­tembre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démo­cra­tie. Mort d’Allende. Quelques mil­liers d’autres vont suivre – cer­tai­ne­ment bien plus que les deux milles annon­cés. Com­bien de mar­ty­ri­sés, de « dis­pa­rus », de bles­sés ? Com­bien d’exilés ? Com­bien de drames ? Qua­rante ans déjà. J’ai res­sorti mes dia­pos pour revivre et par­ta­ger ces dou­lou­reux évé­ne­ments. Voici ma sélec­tion. Images prises juste avant le « golpe » de Pinochet.

L’atmosphère à San­tiago où j’avais été envoyé par Tri­bune socia­liste, l’hebdo du PSU, déjà dégra­dée depuis plu­sieurs mois (une ten­ta­tive de putsch avait eu lieu en juin), se ten­dait ter­ri­ble­ment en ce début sep­tembre. De plus en plus visibles, sol­dats et poli­ciers occu­paient la rue, se fai­saient plus arro­gants. De même que les milices d’extrême droite, ouver­te­ment mena­çantes. Des mani­fes­ta­tions spo­ra­diques écla­taient ça et là, sur­tout dans le centre, répri­mées à coups de gre­nades lacry­mo­gènes et de canons à eau. Par­fois aussi par balles, on ne savait trop faire la dif­fé­rence. Mais il y avait des corps éten­dus, des ambu­lances, des pompiers.

La der­nière grande mani­fes­ta­tion de l’Unité popu­laire avait mon­tré des airs de cor­tège funèbre. Le cœur n’y était plus, et le fameux slo­gan « El pue­blo – unido – jamas sera ven­cido » avait baissé d’ardeur. Des rumeurs entre­te­naient l’illusion autour de l’existence de stocks d’armes « secrets » qui allaient per­mettre de résis­ter aux fas­cistes. Les­quels étaient à la besogne, à saper la fra­gile éco­no­mie (les camion­neurs en grève blo­quaient les trans­ports), appuyés en sous-main par la vin­dicte yan­kee. Nixon, Kis­sin­ger, la CIA et leur cor­res­pon­dant sur place, la mul­ti­na­tio­nale des télé­com­mu­ni­ca­tions ITT s’acharnaient à rui­ner l” « expé­rience chi­lienne », cet insup­por­table régime socia­liste issu d’élections démocratiques.

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Cas­tro et Pinochet…

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Éton­nant attelage…

Sal­va­dor Allende voyait ses marges de manœuvre se res­treindre de jour en jour. Les géné­raux des dif­fé­rentes armes se pré­sen­taient de plus en plus sou­vent pour des audiences au palais pré­si­den­tiel et des exi­gences crois­santes. Le 23 août 1973, le géné­ral Prats démis­sionne. Com­man­dant en chef de l’armée chi­lienne, c’est un proche d’Allende, qui le rem­place par un autre « proche », Augusto Pino­chet. Celui-ci, en effet, a plu­tôt une répu­ta­tion de pro­gres­siste ; il sera même chargé de la pro­tec­tion de Fidel Cas­tro en visite d’État au Chili ! (des pho­tos les montrent tous deux côte à côte…) Il a la confiance d’Allende. Le « golpe », le putsch, Pino­chet ne s’y ral­lie que tar­di­ve­ment, presqu’à corps défen­dant, sous la pres­sion de son véri­table pro­mo­teur, le géné­ral d’aviation Gus­tavo Leigh Guzmán. Anti-marxiste de choc, c’est lui qui ordonna de bom­bar­der le palais de la Moneda. Mais Pino­chet devait se rat­tra­per bien vite et dépas­ser son men­tor pen­dant dix-sept ans de dictature…

Vou­lant en appe­ler direc­te­ment au peuple face à la sédi­tion mon­tante des mili­taires, Allende avait orga­nisé un réfé­ren­dum pour le 12 sep­tembre, un mer­credi. Mais il y eut le mardi. On connaît la suite.

 

PS. Les cir­cons­tances de la mort d’Allende res­tent troubles, en dépit de la ver­sion offi­cielle, celle du sui­cide. Il n’y a en effet pas eu de témoins directs décla­rés, Allende s’étant alors retiré dans un salon du palais pré­si­den­tiel. Il n’y était cepen­dant peut-être pas seul : on pense à ses gardes du corps cubains, « four­nis » par Fidel Cas­tro. L’hypothèse de l’assassinat d’Allende par un de ses gardes n’est nul­le­ment far­fe­lue. Je l’ai expo­sée en 2009 sur ce blog dans l’article : Mort de Hor­ten­sia Bussi, la veuve d’Allende. Du Chili à Cuba, de Pino­chet à Cas­tro, de troubles jeux mortels

 

Voici donc une série de pho­tos qu’on peut, qua­rante ans après, qua­li­fier d’historiques. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.  © Gérard Ponthieu

 

 

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Document. Dumayet et Desgraupes, Pierre-s angulaires du scoop rimbaldien

Ce 25 novembre 1954, sur­gis­sant de la brume arden­naise, chaus­sés de leurs bottes de caou­tchouc, affron­tant bra­ve­ment la gadoue, Pierre Dumayet et Pierre Des­graupes ont fleuré miam-miam le scoop d’enfer.

Clope au bec, gabar­dine de flic, les Roux-Combaluzier du jour­na­lisme let­tré, allure madrée et fière d’épagneul picard en approche du gibier, sont venus (exprès de Paris, avec toute une équipe tech­nique) inter­vie­wer Mon­sieur Fri­co­tot, contem­po­rain d’Arthur Rim­baud.  Le pay­san, en cas­quette, un peu endi­man­ché dirait-on, a été posé au pied de sa char­rue, bâton à la main. Par la gauche, Madame Fri­co­tot vient se ran­ger dans le champ, façon Ange­lus de Millet. « Bon­jour Madame ». Mais c’est à Mon­sieur qu’on cause. Ça tourne. On branche le micro. Les ques­tions fusent (ils s’y mettent à deux). Quant aux réponses, elles valent leurs 2 min 42 s de jour­na­lisme à haute inten­sité documentaire…

« Bon, ben, j’crois qu’on vous a demandé à peu près tout… Au revoir Mon­sieur, R’voir madame… »

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Archive de l’Ina.

MOTS CLÉS de l’Ina : jour­na­liste pay­san Rim­baud Arthur vie rurale champ boue botte Témoignage

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Michel Onfray, l’autre pensée 68 et les situationnistes

France Culture a dif­fusé ven­dredi (30/8/13) la der­nière de la ving­taine d’émissions de Michel Onfray consa­crées à « L’autre pen­sée 68 ». Ce volée a sur­tout porté sur le phi­lo­sophe Henri Lefebvre, puis sur les situa­tion­nistes qui en sont en grande par­tie les héri­tiers. Les­quels « situs » n’ayant jamais compté guère plus qu’une ving­taine de membres estam­pillés, dont l’histoire n’en retien­dra que deux, Guy Debord et Raoul Vaneigem.

1debord

Guy Debord

 

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Raoul Vanei­gem

Deux seule­ment, mais leur influence fut grande : autour de 68, plu­tôt avant que pen­dant ; et sur­tout après et jusqu’à nos jours où leurs ana­lyses ont fini par dif­fu­ser bien au delà de leurs sphères ini­tiales, non sans subir leurs lots de « retrai­te­ment », trans­for­ma­tions, trans­mu­ta­tions, récupérations.

Mais « il en reste quelque chose » assu­ré­ment, et c’est pré­ci­sé­ment ce que Michel Onfray s’est pro­posé de faire res­sor­tir devant ses fidèles et concen­trés audi­teurs de l’Université popu­laire de Caen (Argen­tan en fait) avec ses cours désor­mais fameux, d’autant plus que France Culture les dif­fuse chaque été depuis plu­sieurs années. Si vous avez raté cette série, elle reste télé­char­geable par le biais du « pod­cast » – mais atten­tion ! pen­dant quinze jours seule­ment après leur dif­fu­sion. (Début le 29 juillet ici : http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-saison-11-l-esprit-de-mai-2013-07-29)

Debord – Vanei­gem, deux volets autour d’un même pivot, qui n’est même pas le situa­tion­nisme. Car en tant que « sys­tème », voire d’idéologie, le situa­tion­nisme n’existe pas ; il n’y a en effet que « des » situa­tion­nistes, pen­seurs cri­tiques d’un monde tra­vaillant à sa perte. En l’occurrence, deux êtres que « tout » oppose, qui se ren­contrent pour­tant dans une conjonc­tion intel­lec­tuelle et évé­ne­men­tielle, dans une époque de fin de règne et une révo­lu­tion bien­tôt matée dans une néo-normalité qui va deve­nir le libé­ra­lisme, réel héri­tier de Mai-68.

L’un, Debord, tra­vaille sur­tout à sa légende et, pour cela, s’emploie à recy­cler de grands ancêtres : Lau­tréa­mont, Rim­baud, Isi­dore Isou, les dadaïstes, let­tristes et sur­réa­listes, plus tard, le groupe Socia­lisme ou Bar­ba­rie. Il tra­vaille aussi à ce qu’on tra­vaille pour lui – sa femme, qui pige pour un jour­nal hip­pique, son riche  beau-père ; puis l’éditeur Gérard Lei­bo­vici (Champ libre), bonne for­tune également…

Debord est prin­ci­pa­le­ment l’homme d’un livre, La Société du spec­tacle, dont la thèse a le plus sou­vent été réduite à la cri­tique du monde de la repré­sen­ta­tion et du paraître à tra­vers les médias en tous genres. La por­tée de la réflexion de Debord va bien au delà, par­tant de l’analyse de Marx sur la mar­chan­dise et son féti­chisme. Selon la pra­tique favo­rite des situs, celle du détour­ne­ment (d’ailleurs inven­tée par Isi­dore Ducasse, Lau­tréa­mont), Debord avance que  le spec­tacle est devenu le nou­veau visage du capi­tal ; il étend ensuite la notion de spec­tacle à celle de la sépa­ra­tion, axio­ma­tique chez les situs. Elle atteint l’individu aliéné qui a séparé son être de l’action – quand il agit encore – deve­nant ainsi le propre spec­ta­teur de son renon­ce­ment au sta­tut d’homme libre.

C’est vite dit, s’agissant d’un livre riche, à la lec­ture cepen­dant dérou­tante, dans une langue qui frise le sabir et se répan­dra de même dans les douze numé­ros de la revue L’Internationale situa­tion­niste.

Debord s’est aussi beau­coup voué au cinéma, ou plu­tôt à son détour­ne­ment par sub­sti­tu­tion des dia­logues ou  par des incrustations.

Son alcoo­lisme chro­nique et la mala­die l’amènent à se sui­ci­der en 1994, à 62 ans.

Il est le fon­da­teur en 1957 de l’Internationale situa­tion­niste (IS), que Raoul Vanei­gem rejoin­dra de 1961 à 1970.

Vanei­gem (né en 1934)), c’est l’autre situ et, jusqu’à un cer­tain point théo­rique, l’alter ego de Debord. Il sera par­tie pre­nante de la cri­tique de la mar­chan­dise et de la révo­lu­tion radi­cale devant en décou­ler. Jusqu’à un cer­tain point seule­ment, tant les ori­gines, les carac­tères et les che­mi­ne­ments des deux hommes ne pou­vaient mener qu’à leurs diver­gences. Ainsi, les posi­tions réso­lu­ment hédo­nistes de Raoul Vanei­gem, expo­sées dès 1967 dans Le Traité de savoir-vire à l’usage des jeunes géné­ra­tions, ne pou­vaient – au-delà d’un goût com­mun pour la bou­tanche – qu’éloigner les deux hommes. L’un optait pour le vivant, l’autre pour un radi­ca­lisme aussi révo­lu­tion­naire que théo­rique – le bio­phile opposé au tha­na­to­phile, ainsi que les qua­li­fie Onfray, en réfé­rence notam­ment à Wil­helm Reich. La cas­sure était pro­gram­mée, tout comme déjà elle avait scindé en deux la Révo­lu­tion fran­çaise, au pro­fit de la Ter­reur et des robes­pier­ristes – cli­vage qui tra­verse tou­jours les champs poli­tiques d’aujourd’hui.

C’est pour­quoi ces feuille­tons d’Onfray sur « L’autre pen­sée 68 », tout comme le mou­ve­ment de 68 lui-même, irriguent puis­sam­ment nos actuels et éter­nels débats, débats qui, n’empêche, consti­tuent le sel des pro­ces­sus démo­cra­tiques. En France encore, mais aussi bien au-delà dans ce monde atteint par la peste libé­ra­liste ou sa variante inté­griste des reli­gions. Dans quel sens se dirige le « pro­grès » ? – selon l’analyse qu’on en fait, le contenu qu’on lui donne, selon qu’il s’érige à son tour, ou non, en nou­velle religion.

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Adresse aux jeunes peut-être futurs journalistes et autres rêveurs romanesques

Jeunes peut-être futurs jour­na­listes, pos­tu­lants ou appren­tis des si nom­breux lieux de for­ma­tion, rêveurs roma­nesques qui s’identifient à la pim­pante grande repor­ter et redres­seuse de torts des films hol­ly­woo­diens et des séries télé, …

… il est encore temps de bien ques­tion­ner votre voca­tion et pour cela, …

…plus encore, de vous impré­gner de la réa­lité d’aujourd’hui du métier d’informer.

Ce n’est pas l’ancien de la pro­fes­sion qui lance sa pro­phé­tie de vieux schnok,

c’est que les condi­tions d’exercice dudit métier ont tel­le­ment changé, à l’image de la pla­nète mon­dia­li­sée et de l’information dématérialisée.

Et si en prime vous fan­tas­mez sur les héros « des grands conflits qui font les grands reporters »,

lisez en prio­rité le témoi­gnage d’une jeune et cou­ra­geuse pigiste ita­lienne, Fran­cesca Borri, que sa pré­sence sur le front de la guerre civile en Syrie a lit­té­ra­le­ment trans­for­mée – tout autant d’ailleurs que l’indifférence plus ou moins char­gée de mépris oppo­sée par ses confrères. Et aussi par le public.

Son article a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la “Colum­bia Jour­na­lism Review”, Il est repris sur le site du Nou­vel Obs sous le titre

« Lettre d’une pigiste per­due dans l’enfer syrien ».

Là non plus, on ne pourra pas dire « je ne savais pas ».

 

• Voir aussi :

BONNE NOUVELLE. Les jour­naux sont fou­tus, vive les journalistes !

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BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

Cet article a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site pro­fes­sion­nel désor­mais fermé pour cause de retraite. Il a ensuite été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redonne ici une nou­velle actua­lité, un peu à la manière dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pra­tiquent la rediffusion. 

En presque dix ans, l’analyse a gardé de sa per­ti­nence et d’une cer­taine jus­tesse d’anticipation. Ainsi en ce qui concerne l’apparition sur inter­net de plu­sieurs sites d’information dont, jusqu’à pré­sent, seul Media­part semble avoir trouvé le modèle jour­na­lis­tique et économique.

Cette décen­nie aura vu la dégra­da­tion géné­rale de l’économie de la presse d’information et, paral­lè­le­ment, l’accélération de la déma­té­ria­li­sa­tion des sup­ports au pro­fit d’internet et des outils « nomades ». Parmi ceux-ci, les smart­phones ont pris la pre­mière place non seule­ment en tant que sup­port d’information, mais dans le pro­ces­sus même de pro­duc­tion d’information.. Les «  réseaux sociaux  »  sont ainsi deve­nus des médias à part entière – moins le pro­fes­sion­na­lisme des jour­na­listes (notion d’ailleurs toute rela­tive, on le sait, et l’article ci-dessous évoque lar­ge­ment cet aspect). Face­book et Twit­ter notam­ment devancent désor­mais les médias tra­di­tion­nels dans la « course » aux nou­velles; bien plus, ils les squeezent lit­té­ra­le­ment dans le rôle dévolu à l’information dans les pro­ces­sus his­to­riques (révo­lu­tions arabes, révoltes turque et bré­si­lienne en particulier).

C’est peut-être sur le plan tech­nique que l’article de « Mac­Gre­gor » se trouve le plus dépassé, quoique de manière très rela­tive : ainsi le sup­port en plas­tique élec­tro­nique n’a pas été géné­ra­lisé, étant pour le moment sup­planté par les tablettes ; ainsi, les centres d’impression délo­ca­li­sés des jour­naux n’ont-ils pas vu le jour : la pres­sion éner­gé­tique n’étant sans doute pas encore assez convain­cante et les camions conti­nuent à rou­ler à tout va ; sur­tout, le pro­ces­sus accé­léré de la déma­té­ria­li­sa­tion par le numé­rique est en passe de faire sau­ter cette étape et avec elle une par­tie impor­tante de l’économie du papier d’impression.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que consta­ter amè­re­ment – aux excep­tions près, certes notables mais mino­ri­taires – un affai­blis­se­ment du jour­na­lisme actif – posi­ti­ve­ment cri­tique – au détri­ment d’une indus­trie du retrai­te­ment d’informations de secondes mains (« experts », agents de com”, lob­byistes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ainsi pros­pé­rer dans les médias de masse cette «  infor­ma­tion blanche  » que déplore Mac­Gre­gor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un sys­tème clos. Une « infor­ma­tion » qui se nie, autant dire une dés­in­for­ma­tion à base de mimé­tisme, voire de consan­gui­nité mena­çant l’espèce jour­na­lis­tique par excès de cli­chés, « mar­ron­niers », micro-trottoirs, pipo­li­sa­tion, géné­ra­li­sa­tions, approxi­ma­tions, incul­ture, tics et fautes de langue, non recou­pe­ments, non contextualisation… 

Le bon côté de ce triste constat, c’est, comme se plaisent à dire les mana­geurs, qu’il y a «  des marges de pro­gres­sion  ».

Lire l’article

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Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lan­ceurs d’alertes : cli­mat, fli­cages numé­riques, cor­rup­tions en tous genres. Et nucléaire ce lundi avec les aler­teurs de Green­peace. Une fois de plus, ils ont fait leur bou­lot de démons­tra­tion par la preuve. EDF, l’ASN et les pou­voirs publics peuvent bien ten­ter de mini­mi­ser l’opération de cette nuit à la cen­trale de Tri­cas­tin en pré­ten­dant que les aler­teurs  de Green­peace ne sont pas par­ve­nus dans la zone ultime de contrôle. Espèrent-ils  qu’un groupe de ter­ro­ristes fassent « mieux » ?… Ainsi, au lieu de les féli­ci­ter pour orga­ni­ser gra­tui­te­ment et gran­deur nature un exer­cice de crise, ils vont les pour­suivre en justice !

Le site de Tri­cas­tin accueille la plus impor­tante concen­tra­tion d’industries nucléaires et chi­miques de France. C’est aussi le site nucléaire le plus étendu de France, devant l’usine de retrai­te­ment de La Hague. Le site regroupe de nom­breuses acti­vi­tés liées à la fabri­ca­tion et l’exploitation du com­bus­tible nucléaire. Les pre­mières ins­tal­la­tions sont entrées en fonc­tion­ne­ment au cours des années 1960 pour enri­chir de l’uranium à des fins mili­taires. Actuel­le­ment, plus de 5 000 employés tra­vaillent au Tri­cas­tin dans un impor­tant réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité pro­duite par les quatre réac­teurs de 900 MW sont consom­més sur place, notam­ment par l’usine voi­sine d’enrichissement Euro­dif. Il est prévu que le der­nier tiers ali­men­tera l’expérimentation d’ITER, quand ce réac­teur à fusion nucléaire sera opé­ra­tion­nel – s’il le devient – dans quinze ou vingt ans, à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

En exploi­ta­tion à par­tir de 1960, la cen­trale de Tri­cas­tin est presque aussi vieille que celle de Fes­sen­heim – que Fran­çois Hol­lande s’est engagé à fer­mer. Ce que lui rap­pelle Green­peace en actua­li­sant cette pro­messe et en l’étendant aux ins­tal­la­tions de Tri­cas­tin, éga­le­ment situées sur une zone sis­mique. Par leurs pro­jec­tions d’images sur les murailles de béton, en par­ti­cu­lier la repré­sen­ta­tion appuyée d’une fis­sure, l’ONG éco­lo­giste appuie aussi sur une réa­lité : à savoir que la plu­part des enceintes de confi­ne­ment des réac­teurs – même épaisses d’un mètre de béton – sont plus ou moins fis­su­rées et non étanches !

Les popu­la­tions voi­sines se sont le plus sou­vent, et dans l’ensemble, habi­tuées et rési­gnées face aux dan­gers qui les menacent au quo­ti­dien. Comme dans d’autres ins­tal­la­tions nucléaires, mais à Tri­cas­tin plus par­ti­cu­liè­re­ment, des inci­dents se sont suc­cé­dés ces der­nières années. L’Auto­rité de sûreté se veut tou­jours ras­su­rante en clas­sant ces inci­dents dans le bas de l’échelle des risques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finance les col­lec­ti­vi­tés locales à hau­teur de 14 mil­lions d’euros par an au titre de la taxe pro­fes­sion­nelle. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui com­mande. Jusqu’à ce qu’un acci­dent grave pré­sente sa fac­ture. Mais les acci­dents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tcher­no­byl, Fuku­shima

 

Lire aussi :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 

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Oh, Grand Frère Sam, pourquoi as-tu de si grandes oreilles ?

yes brotherLes grandes oreilles de l’oncle Sam – dis­crètes depuis quelques années, mais jamais au repos – sont réap­pa­rues dans leur ver­sion très aug­men­tée, « Big Bro­ther » modèle Obama. Grâce soit ren­due au brave sol­dat Edward Snow­den, res­pon­sable des fuites sur les pro­grammes amé­ri­cains de cyber-surveillance et aujourd’hui tra­qué comme un vul­gaire Ben Laden, obligé de quit­ter Hong­kong pour Mos­cou, avant peut-être de rejoindre le fon­da­teur de Wiki­leaks, Julian Assange, dans son stu­dio lon­do­nien de l’ambassade d’Équateur.

Où l’on voit que les sys­tèmes tota­li­taires (il s’agit bien de sur­veiller la tota­lité des Ter­riens, ou tout au moins d’y tendre), y com­pris et sur­tout por­tés sur les fonts bap­tis­maux de la tech­no­lo­gie la plus éla­bo­rée, sont tota­li­tai­re­ment à la merci d’un bug, qu’il soit lui-même tech­nique ou humain.

Humain ici en l’occurrence : Edward Snow­den n’était jamais qu’un agent de sécu­rité des sys­tèmes infor­ma­tiques sen­sibles des USA et employé d’un sous-traitant. (Même sys­tème, notons-le en pas­sant, que dans le sec­teur des cen­trales nucléaires, en France notam­ment – ce qui a été maintes fois dénoncé en termes de sécurité).

Julian Assange, et le cinéaste amé­ri­cain Michaël Moore, consi­dèrent Edward Snow­den comme un héros natio­nal. Le col­lec­tif hack­ti­viste Ano­ny­mous a aussi rendu hom­mage à Snow­den, le qua­li­fiant « d’un des plus grands lan­ceurs d’alerte de l’histoire ».

Une des consé­quences sau­gre­nues de ce scan­dale a été de décu­pler les ventes du roman 1984 de George Orwell (+ 337% le 10 juin sur le site Amazon…)

A force de par­ler de « Big Bro­ther » à tort et à tra­vers, la réa­lité a dépassé la fic­tion, comme sou­vent. Nor­mal qu’on cherche à recou­per sa petite culture avec la ver­sion ori­gi­nale du livre d’Orwell devenu une réfé­rence dans la lit­té­ra­ture anti-totalitaire.

En pas­sant, si l’envie vous en prend aussi de lire ou relire 1984, pas besoin d’engraisser Ama­zon ni d’enrichir sa base de don­nées sur vos goûts, pen­chants, opi­nions et autres don­nées très intimes qu’ils col­lectent à cha­cune de nos consul­ta­tions et com­mandes. Donc, pas­sez direc­te­ment au télé­char­ge­ment ici. Sans pour autant échap­per au fait que l’oncle Sam sera immé­dia­te­ment mis au cou­rant de cette manœuvre plus que sus­pecte. Déjà qu’ils savent par­fai­te­ment que vous êtes connecté à C’est pour dire et que vous feriez bien de vous tenir à car­reau. Avant de prendre le maquis, pen­sez aussi à bazar­der vos ordis, tablettes et machin-phones, sans oublier de lour­der vos pages Face­book et autres éta­lages de vie privée.

« Big Bro­ther » nous avait pour­tant pré­ve­nus, depuis le temps ! (paru­tion de 1984 en 1949).

Extrait de la présentation PowerPoint remise par Edward Snowden aux médias, portant sur l'échantillonnage de PRISM.

Extrait de la pré­sen­ta­tion Power­Point remise par Edward Snow­den aux médias, por­tant sur l’échantillonnage de Prism.

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De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une boule en bois. Une idée folle, du génie, de la volonté et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­tique. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musical.

Des Japo­nais ont ainsi construit (et filmé) en pleine forêt un xylo­phone en pente, qu’une boule en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeure » de Jean-Sébastien Bach.

Une per­for­mance extra­or­di­naire lorsque l’on sait que la lon­gueur de chaque lamelle, taillée en V pour main­te­nir la balle, doit être cal­cu­lée pour jouer la bonne note et la bonne durée.

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Ibrahim Maalouf entre parking et platanes du Charlie Jazz Festival

Un banal sous-sol de par­king, cinq palettes en bois, une gratte et son ampli ; enfin une trom­pette et son souf­fleur. Et quand même une bonne dose de talent. Il n’en fal­lait pas plus à Ibra­him Maa­louf et Fran­çois Del­porte pour faire jaillir la musique, de celle qui vient des pro­fon­deurs, bien en deçà du par­king de Télé­rama.

Le trom­pet­tiste franco-libanais vient de sor­tir un nou­veau disque, Wind, qui s’inspire d’un film de René Clair, La Proie du vent, un film muet de 1926. Il y est ques­tion d’un pilote pris dans une tem­pête et forcé d’atterrir dans un parc du châ­teau. Il tombe amou­reux de la maî­tresse des lieux… Com­ment en vient-on à com­po­ser du jazz là-dessus ? Com­ment Miles com­posa, à la volée, la bande ori­gi­nale d’Ascen­seur pour l’échafaud ?

Si vous vou­lez com­prendre ce genre de mys­tère, pre­nez date : Ibra­him Maa­louf jouera avec son quin­tette le samedi 6 juillet au Char­lie Jazz Fes­ti­val de Vitrolles.

L’occasion de faire aussi le lien, le ven­dredi 5, avec Marseille-Provence 2013 et le concert donné par le Medi­ter­ra­nean Char­lie Orches­tra, alliage pro­met­teur entre l’Orchestre des Jeunes de la Médi­ter­ra­née et la com­pa­gnie Nine Spi­rit – soit une tren­taine de musi­ciens enle­vés par le saxo­pho­niste et com­po­si­teur Raphaël Imbert.

Le fes­ti­val pren­dra fin le dimanche 7 avec le quar­tet d’Avi­shaï Cohen, contre­bas­siste pétillant. Il rem­place ainsi le trom­pet­tiste Roy Har­grove, obligé d’annuler sa tour­née pour rai­son de santé.

Pro­gramme com­plet du Char­lie Jazz Fes­ti­val et réser­va­tion : http://charliejazzfestival.com/


Ibra­him Maa­louf en Télé­rama garage Ses­sion par tele­rama

Lire aussi l’entretien avec Ibra­him Maa­louf sur CitizenJazz.com

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Le Sahara, par Bernard Nantet. Un désert entre fascination et enjeux internationaux

SAHARA-Bernard NantetQuand Ber­nard Nan­tet écrit sur l’Afrique, c’est du solide. Pas de ces bou­quins vite faits au détour d’une « actu », en l’occurrence la guerre au Mali. Depuis des décen­nies, il l’aura labouré ce conti­nent infini, à tous les sens du mot, et dans tous les sens de son insa­tiable curio­sité. Archéo­logue autant que jour­na­liste – les deux métiers s’entremêlent, selon les pro­fon­deurs des couches explo­rées, selon les époques –, cet éru­dit atten­tionné pos­sède le don de ques­tion­ner les traces pour faire par­ler les hommes qui les ont lais­sées dans les temps plus ou moins loin­tains. De même que, jour­na­liste, il ques­tionne « les gens », ceux de main­te­nant pour atteindre ce qui demeure du passé. Deux méthodes qui, en fin de compte, se croisent dans le champ de l’Histoire et celui de l’actualité.

Ainsi interroge-t-il aujourd’hui le Sahara, cet autre conti­nent dans le conti­nent, ou plu­tôt cet océan de pierres, cailloux, mon­tagnes. Et de sable. Ce désert immense et inquié­tant, objet de fas­ci­na­tion, enjeu de conquêtes et de pou­voir. Ce lieu de confron­ta­tions que l’on peut dire exis­ten­tielles entre pay­sans séden­taires et nomades, lieu cepen­dant livré à tous les vents, y com­pris les plus mau­vais des enva­his­seurs, exploi­teurs, tra­fi­quants en tous genres – aujourd’hui les armes, la drogue, les expé­dients du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux, viles mar­chan­dises suc­cé­dant au com­merce ances­tral du bétail, du sel, de l’or, des esclaves aussi, non sans for­ger une cer­taine sagesse nouée à l’infinitude des horizons.

Comme le dit d’emblée l’auteur, dans un désir de démy­thi­fier une contrée expo­sée à l’exotisme, « Tom­bouc­tou l’inaccessible a cessé d’être la Mys­té­rieuse ». Il faut désor­mais se rendre à la dure réa­lité qui rejoint l’âpreté du « monde glo­ba­lisé », assoiffé comme jamais de res­sources « vitales », dont cet ura­nium d’Arlite au Niger, qui nour­rit nos cen­trales, devient un enjeu inter­na­tio­nal et excite les terroristes.

On com­prend au fil de ces quatre cents pages très denses, à quel point le Sahara, depuis les temps immé­mo­riaux en pas­sant par sa tumul­tueuse his­toire (curieu­se­ment liée aux pre­miers navi­ga­teurs) se trouve relié à l’« autre monde », notam­ment, et pour aller vite, via l’arabisation et les colo­ni­sa­tions modernes. Sans oublier les épo­pées fameuses, dont celle de l’Aéropostale avec l’escale non moins célèbre de Cap Juby (Laté­coère, Saint-Exupéry).

On sera étonné éga­le­ment par le cha­pitre illus­trant la « fas­ci­na­tion du désert », nour­rie en effet d’exotisme (Dela­croix, Fro­men­tin ; Isa­belle Ebe­rhardt ; Paul Morand… et Albert Londres). Vint ensuite « le temps des cher­cheurs », remar­quables défri­cheurs au long cours des mis­sions scientifiques.

L’ouvrage se ter­mine par un abon­dant cha­pitre inti­tulé « L ‘« Indé­pen­dance et après », en quoi il rejoint l’actualité la plus brû­lante, qui ne se ter­mine pas, sinon sur une inter­ro­ga­tion, là où le jour­na­liste rejoint l’historien.

Pas­sion­nant, cet ouvrage est à la fois pré­cieux par la richesse de contenu et par la qua­lité de l’écriture. Sa lec­ture en est faci­li­tée par d’innombrables inter­titres et tout un appa­reillage d’édition : chro­no­lo­gie, glos­saire, carte, biblio­gra­phie et index – cer­tains édi­teurs pour­raient s’en ins­pi­rer. De même, pour d’autres rai­sons, qu’un cer­tain conseiller pré­si­den­tiel, quant à lui désor­mais bien entré dans l’Histoire.

 

Le Sahara. His­toire, guerres et conquêtes. Ber­nard Nantet.

Tal­lan­dier édi­teur. 400 p. 22,90 €

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Les « sans fleurs » de Georges Moustaki

Ph. Michiel Hendryckx, Wikipedia

Ph. Michiel Hen­dry­ckx, Wikipedia

Mous­taki est mort. Je me souviens…

Bien sûr, les médias en font des méga-tonnes. Plus de qua­rante minutes ce midi au jour­nal radio (Inter) ; ce soir sur les télés, on attend le déluge. C’est que la chan­son et ses hérauts/héros comptent énor­mé­ment dans nos ima­gi­naires – pas besoin d’ajouter popu­laires, ça vaut pour tous, je crois. La bonne chan­son, cet art du rac­courci, mémo­rable parce que si bien mémo­ri­sable dans cette fusion paroles/musique. 

Donc, les chan­teurs célèbres, on les célèbre comme ces icônes que fabrique le Spec­tacle géné­ra­lisé. On les adore, on les vénère, on les panthéonise.

Mous­taki, soit, était plu­tôt un brave type, pour ce qu’on en dit. Il chan­tait faux et jouait de même de sa gratte. Mais il l’assumait. Et une dizaine de chan­sons auront pris place dans ce qu’on appelle le patri­moine culturel.

J’ai un sou­ve­nir per­son­nel de lui. Ça remonte à Sex­pol, la revue (voir ci-contre). Besoin de sous, nous déci­dons d’organiser un « gala de sou­tien ». Ce sera le lundi 9 mai 1977 au Palace, rue du fau­bourg Mont­martre à Paris. Acceptent de se pro­duire gra­tui­te­ment divers artistes géné­reux dont Cathe­rine Ribeiro + Alpes, Fran­çois Rab­bath, le contre­bas­siste, la comé­dienne Pier­rette Dupoyet, etc. Et Georges Mous­taki, arrivé comme convenu avec sa guitare.

Le gala démarre, les artistes enchaînent… Arrive le tour de Mous­taki… On attend. On va voir dans sa loge : per­sonne. Disparu.

Penauds, on annonce la défec­tion du chan­teur au mil­lier de spec­ta­teurs, qui ne le prennent pas trop mal.

Le len­de­main, pour avoir le fin mot, j’appelle le Moustaki.

Ben oui, m’explique-t-il, il n’y avait pas de fleurs dans ma loge, alors je suis parti.

Je ne sais plus ce que j’ai pu alors bafouiller avant de clore la conver­sa­tion. Quelques années plus tard, je devais le croi­ser  dans un cou­loir d’Orly. On s’est serré la main tan­dis que je lui rap­pe­lais l’affaire Sex­pol. Il a souri benoî­te­ment. On s’est plus revus.

Pour son ultime gala, cette fois c’est sûr, il ne va pas man­quer de fleurs.

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Alain Mollot, l’homme de théâtre, l’ami perdu

De ces jours où tout bas­cule. Télé­phone de l’ami qui m’apprend la mort d’Alain, l’ami très cher. Je fais répé­ter. J’ai bien entendu. Larmes, visions ravi­vées, voix, sou­ve­nirs. Alain Mol­lot, homme de théâtre. Mais homme d’abord, homme debout. Jusqu’à la fin.

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Alain Mol­lot, avril 2007, à Vau­ve­nargues devant le châ­teau où repose Picasso (ph. gp)

« Je n’irai qu’une semaine à Avi­gnon » me disait-il encore au télé­phone la semaine d’avant. Il se sen­tait décli­nant, menacé, mais pas au point de s’absenter. Sa der­nière mise en scène se jouera sans lui (du 6 au 28 juillet 2013 au Théâtre des Lucioles à 17h25) mais cepen­dant toute péné­trée de sa pré­sence. La Ville est une tragi-comédie de l’auteur russe contem­po­rain Evguéni Gri­ch­ko­vets, sorte de «  Woody Allen mos­co­vite ». Avec cette ultime pièce, Alain boucle ainsi un cycle entamé il y a une qua­ran­taine d’années avec la créa­tion du Théâtre de la Jac­que­rie, cette troupe alors inclas­sable de comé­diens ren­con­trés à l’école Jacques-Lecoq, (où il ensei­gnera plus tard). Jean-Pierre Cha­brol les repère bien­tôt et ne les quit­tera plus du cœur et des yeux – jusqu’à sa mort, évi­dem­ment, lui aussi. De cette jonc­tion naî­tront Lum­pen en 78 et Tit bon­homme l’est pas très mort en 80, pièces « déjan­tées » célé­brant le théâtre cru, char­nel, comique et popu­laire – en ce sens un théâtre de l’engagement.

Dès 1985, la Jac­que­rie s’implante dans le Val-de-Marne, à Vil­le­juif. Alain aborde alors le réper­toire à tra­vers Molière, L’École des Femmes,  Gol­doni, Le Café,  Romain Rol­land, Robes­pierre, Brecht, Maître Pun­tila et son valet Matti... Il écrit son pre­mier texte, Sur le sable, qu’il monte en 1993. En 1995, retrou­vant ainsi l’improvisation comme base de créa­tion, il crée avec son com­plice Chris­tophe Mer­lant Cro­quis Mar­rants d’une vie redou­tée et Caba­ret Monstre.

Alain en 2009, à Villeneuve-les-Avignon (ph. gp)

Alain en 2009, à Villeneuve-lès-Avignon (ph. gp)

Après avoir uti­lisé la déri­sion pour dénon­cer les méfaits de la société, il res­sent le besoin de s’attaquer aux « grands sen­ti­ments ». Il monte alors un mélo­drame, Liliom, de l’auteur hon­grois Ferenc Molnár et, à par­tir de 1999, construit le pro­jet d’une épo­pée théâ­trale cen­trée sur la vie quo­ti­dienne et la cri­tique de cette société en dis­so­lu­tion dans la « moder­nité ». D’où la tri­lo­gie : Roman de familles, La four­mi­lière, sur le tra­vail, et Res Publica sur l’idée de nation et du bien commun.

Ces der­nières années, son tra­vail rend compte d’un va et vient constant entre les spec­tacles créés à par­tir de témoi­gnages et la mise en scène de grandes fables modernes. La fic­tion nour­rit le réel et le réel la fic­tion. Les lan­gages théâ­traux s’entremêlent libre­ment : jeux réa­listes, masques, marion­nettes, chansons...

Paral­lè­le­ment il revient au texte en met­tant en scène Le Man­teau, d’après Gogol, avec des comé­diens ren­con­trés à l’Institut Natio­nal de la Marion­nette à Charleville-Mézières où il a ensei­gné, et La fin d’une liai­son, adap­ta­tion du roman de Gra­ham Greene.

De 2001 à 2010, il a été à la direc­tion du Théâtre Romain-Rolland de Vil­le­juif où il a cher­ché à pro­mou­voir un « théâtre du geste et de l’image ».

Pré­sen­ta­tion de La Ville, sa der­nière mise en scène, pro­gram­mée à Avignon

Alain était l’homme des fidé­li­tés : à ses ori­gines popu­laires, à sa famille, à ses comé­diens, à ses amis, à sa femme Yola Buszko, comé­dienne qu’il ren­con­tra en Pologne, à leur fils, Max, bien sûr.

En mars, alors qu’il lut­tait contre le can­cer, nous avons passé une mati­née entière à la Grande gale­rie de l’évolution… Étrange lieu célé­brant et la vie et la mort… Pré­cieuse pré­sence de l’ami, curieux, ques­tion­nant, pré­sent. À consi­dé­rer les mys­tères de la vie, inter­ro­geant sa beauté et son hypo­thé­tique fina­lité… On parle du temps long, si imper­cep­tible au cer­veau humain, des énigmes qui demeurent, pour tou­jours affa­mer la science, ali­men­ter les ques­tions ; faire rêver les hommes dans les bras des dieux.

On a pris le temps de man­ger, là devant le trou­peau des « mer­veilles de la créa­tion » – ces créa­tures empaillées qui illu­minent les yeux des visi­teurs, dont tous ces enfants qui lèvent des regards éba­his sous le sque­lette de la baleine.

C’est là qu’il m’a dit, Alain : « Je suis en dan­ger », et que la conver­sa­tion a divergé.

 

Voir le site de La Jacquerie

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La Revue Sexpol ressuscitée !

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Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité/politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages, ont res­sus­cité par la grâce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans.

Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-contre.

En savoir plus ici sur Sex­pol.

 

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  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la vérité s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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  • 1emmen

    Un chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Ce qui explique quelques vides dans des articles anciens.

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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