On n'est pas des moutons

« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 2/4 – Une « gueule », une présence charnelle

jean-jauresTant d’écrits ont été publiés sur Jau­rès et le sont encore à l’occasion du cen­te­naire de son assas­si­nat – ainsi, notam­ment ce livre récent de Char­les Syl­ves­tre (ancien direc­teur de L’Humanité, devenu organe du Parti com­mu­niste), dont le titre La Vic­toire de Jau­rès*, célè­bre l’actualité des lut­tes du grand homme. Qu’il s’agisse de ses clair­voyan­tes posi­tions et enga­ge­ments directs sur la ques­tion colo­niale, de son cou­rage obs­tiné sur l’affaire Drey­fus, sur la sépa­ra­tion des Égli­ses et de l’État, sur les réfor­mes socia­les, et sur l’internationalisme et le paci­fisme.

Je m’en tien­drai ici à quel­ques consi­dé­ra­tions ins­pi­rées par la per­sonne même de Jean Jau­rès, telle qu’elle peut émer­ger de l’Histoire à tra­vers les témoi­gna­ges de ses contem­po­rains, tout en se méfiant des ten­ta­tions hagio­gra­phi­ques à la limite de l’idolâtrie.

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Cro­quis de Eloy-Vin­cent, pour ser­vir à illus­trer l’histoire de l’éloquence. © Musée Jean-Jau­rès

Jau­rès, c’est une sil­houette et une « gueule », une pré­sence char­nelle, ren­for­cée par une ges­tuelle d’orateur excep­tion­nel ; le tout porté par une cohé­rence « fond et forme » : le « ce que je dis » se trou­vant pro­pulsé par le « com­ment je le dis » – ce qu’en ter­mes psy un tan­ti­net pom­peux on nomme la congruence. Ou, en d’autres ter­mes, ce qu’un Albert Camus, s’agissant, de l’expression artis­ti­que et de la « révo­lu­tion en art » défi­nis­sait comme « l’exacte adé­qua­tion entre le fond et la forme » – la parole et le geste, l’intention et l’acte, etc.

Par contraste avec l’appauvrissement – le mot est fai­ble et mal venu, s’agissant des igno­bles enri­chis­se­ments indi­vi­duels récem­ment dévoi­lés ! – du « per­son­nel » poli­ti­que actuel, on oppo­sera les ges­ti­cu­la­tions  tant cari­ca­tu­rées d’un Sar­kozy, ou cette sorte d’aphasie par­tielle qui a frappé Hol­lande dès son élec­tion : devenu Pré­si­dent, sa parole jus­que là rela­ti­ve­ment fluide, « congruente » – dans la limite du champ poli­ti­cien – deve­nait sou­dain bafouillante, trouée de « euh », de silen­ces embar­ras­sés, d’hésitations cal­cu­la­tri­ces. Comme si c’en était sou­dain fini des élans de convic­tion, de la parole créa­trice, de la sin­cé­rité sim­ple des lea­ders natu­rels : tout ce qui carac­té­ri­sait pré­ci­sé­ment un Jean Jau­rès, capa­ble en effet de sou­le­ver les fou­les, de faire bas­cu­ler des assem­blées, d’élever l’art ora­toire au niveau des beaux-arts, d’exprimer l’ivresse de l’utopie – « aller à l’idéal et com­pren­dre le réel » – en lui fer­mant les por­tes de la déma­go­gie. [Sur Jau­rès ora­teur, lire ici.]

Jaures orateur

On le sur­nom­mait « Saint-Jean-Bou­che d’or… « Jau­rès ora­teur », des­sin de Car­los Pra­dal (1987)

On est désor­mais passé à l’ère de la com’, ce poi­son qui fait régner la faus­seté dans le champ poli­ti­que, entre autres. Ainsi, en ces temps « moder­nes » (au sens de Cha­plin), un conseiller de la chose peut-il faire ven­dre « du Jau­rès » par un Sar­kozy en mal de popu­lisme ; ou bien un autre « pro­duit » tout aussi incon­gru chez « ces gens-là » comme Guy Môquet.

Hol­lande, lui, a pré­tendu un temps de se pas­ser de ces conseillers com’. Il a voulu faire ça lui-même, et on a vu. Voilà qu’il change de lunet­tes pour des nou­vel­les, plus « com’ », mais de fabri­ca­tion danoise : ça c’est de la vraie com’ en faveur du « redres­se­ment pro­duc­tif » ! Qu’en serait-il s’il chan­geait aussi de ges­tuelle, qu’il a si balourde, les mains au pli du pan­ta­lon, tout comme les mots dont il ne sait quoi faire, qu’il cher­che au fond de ses poches ?

Croit-on un ins­tant que Jau­rès ait suc­combé à cette com’, qui n’existait même pas, du moins sous ce mot, car la chose, oui, qui se résu­mait à être soi-même autant que pos­si­ble, et non en repré­sen­ta­tion per­ma­nente dans la cour du Spec­ta­cle (sens de Debord). Tan­dis que, de nos jours, dans ce monde hyper média­tisé, la parole s’est déva­luée. Qui tient encore parole ?

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« Au pré Saint-Ger­vais, le 25 mai 1913 devant 150 000 per­son­nes, il veut se faire enten­dre de tous, de ceux aussi qui sont dis­per­sés dans les champs ! Pas de micro ni de haut par­leur, la voix seule­ment qu’il faut aller cher­cher au fond de soi, des mots d’intelligence et de convic­tion, qui doi­vent démon­trer et en même temps qu’il faut envoyer loin… »
Max Gallo, « Le grand Jau­rès »
• Assis, à sa droite, Pierre Renau­del.

Jau­rès, his­to­rien, phi­lo­so­phe, let­tré, huma­niste, uni­ver­sa­liste, laïc, tolé­rant, sans doute aussi affu­blé de ses défauts – on aime­rait les connaî­tre. Je ne lui en vois qu’un, le même déjà énoncé : sa croyance en la gran­deur de l’Homme, la seule peut-être qu’il n’ait pas pas­sée au fil­tre de son exi­gence intel­lec­tuelle, du moins pas com­plè­te­ment. En effet, quand il énonce avec force : « Nous pou­vons, dans le com­bat révo­lu­tion­naire, gar­der des entrailles humai­nes. Nous ne som­mes pas tenus, pour res­ter dans le socia­lisme, de nous enfuir hors de l’humanité », il subo­dore dans le genre humain quel­ques inhé­ren­tes imper­fec­tions ou éven­tuel­les bas­ses­ses. De même quand il fait sienne la parole de Mon­tai­gne : « Tout homme porte la forme entière de l’humaine condi­tion ». Mais il était un homme de foi, plus pro­che du Miche­let mys­ti­que que du Marx maté­ria­liste.

»> La suite 3/4 ci-des­sous 

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* Édi­tions Pri­vat, 2013. Illus­tra­tions d’Ernest Pignon-Ernest. Char­les Syves­tre a été invité le 24 juillet à Aix-en-Pro­vence par les Amis du Monde diplo­ma­ti­que pour une très confé­rence sur l’actualité de Jau­rès.

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« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 3/4 – Croqué par Jules Renard

jean-jauresIls étaient contem­po­rains, se ren­con­traient et s’appréciaient, fré­quen­tant ces mêmes « salons », lieux de dis­pu­ta­tion intel­lec­tuelle à l’image des salons des Lumiè­res, qui pré­cé­dè­rent la Révo­lu­tion. Voici le por­trait que Jules Renard brosse de Jean Jau­rès dans son Jour­nal (22 décem­bre 1902)

« Jau­rès. L’air, un peu, d’un ours aima­ble. Le cou court, juste de quoi met­tre une petite cra­vate de col­lé­gien de pro­vince. Des yeux mobi­les. Beau­coup de pères de famille de qua­rante-cinq ans lui res­sem­blent, vous savez, ces papas aux­quels leur grande fille dit fami­liè­re­ment : « Bou­tonne ta redin­gote, papa. Papa, tu devrais remon­ter un peu tes bre­tel­les, je t’assure. »

Arrive, en petit cha­peau melon, le col du par­des­sus relevé.

Une affec­ta­tion de sim­pli­cité, une sim­pli­cité de citoyen qui com­mence bien son dis­cours par « Citoyens et citoyen­nes », mais qui s’oublie quel­que­fois, dans le feu de la parole, jusqu’à dire : « Mes­sieurs ».

Des ges­tes courts -- Jau­rès n’a pas les bras longs --, mais très uti­les. Le doigt sou­vent en l’air mon­tre l’idéal. Les poings pleins d’idées vont se cho­quer quel­que­fois, le bras tout entier écarte des cho­ses, ou décrit la para­bole du balai. Jau­rès mar­che par­fois une main dans la poche, tire un mou­choir et s’en essuie les lèvres.

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Jules Renard (1864 - 1910). Il fau­drait lui dire : « Au fond, vous n’êtes pas un vrai socia­liste ; vous êtes l’homme de génie du socia­lisme. »

(Je ne l’ai entendu qu’une fois. Ceci n’est donc qu’une note.)

Le début lent, des mots sépa­rés par de grands vides. On a peur : n’est-ce que cela ? Tout à coup, une grande vague sonore et gon­flée, qui menace avant de retom­ber dou­ce­ment. Il a une dizaine de vagues de cette ampleur. C’est le plus beau. C’est très beau.

Ce n’est pas la tirade comme l’est une stro­phe de cinq ou six beaux vers dits par un grand acteur. Il y a cette dif­fé­rence qu’on n’est pas sûr que Jau­rès les sache, et qu’on a peur que le der­nier n’arrive pas. Le mot « sus­pendu » a toute sa force à son pro­pos. On l’est vrai­ment, avec la crainte de la chute où Jau­rès... nous ferait mal.

Entre ces gran­des vagues, des pré­pa­ra­tions, des zones où le public se repose, où le voi­sin peut regar­der le voi­sin, dont un mon­sieur peut pro­fi­ter pour se rap­pe­ler un ren­dez-vous et pour sor­tir.

Il parle deux heu­res, et boit une goutte d’eau.

Quel­que­fois -- rare­ment -- la période est man­quée, s’arrête court, et les applau­dis­se­ments s’éteignent tout de suite, comme ceux d’une cla­que.

Il cite le grand nom de Bos­suet. Je le soup­çonne, quel que soit son sujet, de tou­jours trou­ver le moyen de citer ce grand nom.

Ce qu’il dit ne m’intéresse pas tou­jours. Il dit de bel­les cho­ses, et il a rai­son de les dire, mais peut-être que je les connais, ou que je ne suis plus assez peu­ple, mais, sou­dain, une belle for­mule comme celle-ci :

-- Quand nous expo­sons notre doc­trine, on objecte qu’elle n’est pas pra­ti­que : on ne dit plus qu’elle n’est pas juste.

Ou, encore :

-- Le pro­lé­ta­rien n’oubliera pas l’humanité, car le pro­lé­ta­rien la porte en lui-même. Il ne pos­sède rien, que son titre d’homme. Avec lui et en lui, c’est le titre d’homme qui triom­phera.

Une voix qui va jusqu’aux der­niè­res oreilles, mais qui reste agréa­ble, une voix claire, très éten­due, un peu aiguë, une voix, non de ton­nerre, mais de feux de salve.

Une gueule, mais le coup de gueule reste dis­tin­gué.

Le seul don qui soit envia­ble. Sans fati­gue, il se sert de tous les mots lourds qui sont comme les moel­lons de sa phrase, et qui écor­che­raient, tom­bant d’une plume, les doigts et le papier de l’écrivain.

Quel­que­fois, un mot mal employé dit le contraire de ce qu’il veut dire, mais le mou­ve­ment -- le fameux mou­ve­ment cher aux hom­mes de théâ­tre -- laisse le mot impro­pre et emporte le sens avec lui.

Très peu de ses phra­ses pour­raient être écri­tes tel­les quel­les ; mais, si l’oeil est un tain, l’oreille est un enton­noir.

Une idée large, et indis­cu­ta­ble, le sou­tient : c’est comme l’épine dor­sale de son dis­cours. Exem­ple : le pro­grès de la jus­tice dans l’humanité n’est pas le résul­tat de for­ces aveu­gles, mais d’un effort conscient, d’une idée tou­jours plus haute, vers un idéal tou­jours plus élevé. »

»> La suite 4/4 ci-des­sous 

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« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 4/4 – Son fameux discours sur le courage (Albi, 1903)

jean-jaurèsC’est un dis­cours pro­noncé en 1903 devant les élè­ves du lycée d “Albi dans lequel il a fait ses débuts comme ensei­gnant, 32 ans plus tôt, après avoir obtenu l’agrégation de phi­lo­so­phie. Jau­rès brosse à cette occa­sion un pre­mier bilan de sa vie, évo­que « l’insensible fuite des jours… », une réflexion sur le temps qui passe ; la confiance dans l’avenir, dans la mémoire, mais aussi sa fidé­lité à son passé, son angoisse devant les ris­ques de guerre, la mon­tée des périls (un de ses pre­miers grands dis­cours sur ce thème), sa défense non pas de l’utopie de la paix mais du réa­lisme de la paix. 

Jau­rès pri­vi­lé­gie l’action et la volonté des hom­mes et vante le cou­rage dont il fait un des res­sorts de son dis­cours et de sa vie. Jau­rès expose sa phi­lo­so­phie per­son­nelle, faite de luci­dité et de dés­in­té­res­se­ment ; c’est dans cet éloge du cou­rage qu’il pro­nonce sa for­mule célè­bre : « Le cou­rage, c’est d’aller à l’idéal et de com­pren­dre le réel ».

Extraits sur le thème du cou­rage.

[…]

L’humanité est mau­dite, si pour faire preuve de cou­rage elle est condam­née à tuer éter­nel­le­ment.

■ Le cou­rage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impres­sions et des for­ces ; c’est de gar­der dans les las­si­tu­des inévi­ta­bles l’habitude du tra­vail et de l’action.

■ Le cou­rage dans le désor­dre infini de la vie qui nous sol­li­cite de tou­tes parts, c’est de choi­sir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebu­ter du détail minu­tieux ou mono­tone ; c’est de deve­nir, autant qu’on le peut, un tech­ni­cien accom­pli ; c’est d’accepter et de com­pren­dre cette loi de la spé­cia­li­sa­tion du tra­vail qui est la condi­tion de l’action utile, et cepen­dant de ména­ger à son regard, à son esprit, quel­ques échap­pées vers le vaste monde et des pers­pec­ti­ves plus éten­dues.

La cause des Armé­niens

« Voilà dix-huit ans que l’Europe avait inséré dans le traité de Ber­lin (13 juillet 1878) l’engagement solen­nel de pro­té­ger la sécu­rité, la vie, l’honneur des Armé­niens […] que l’Europe devrait deman­der des conp­tes annuels et exer­cer un contrôle annuel sur les réfor­mes et sur les garan­ties intro­dui­tes par le sul­tan dans ses rela­tions avec ses sujets d’Asie Mineure. Où sont ces comp­tes? sont ces contrô­les?

[…] Devant tout ce sang versé, devant ces abo­mi­na­tions et ces sau­va­ge­ries, devant cette vio­la­tion de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n’est sorti de vos bou­ches, pas une parole n’est sor­tie de vos conscien­ces, et vous avez assisté, muets et, par consé­quent, com­pli­ces, à l’extermination com­plète ... »

Jean Jau­rès, dis­cours du 3 novem­bre 1896 à la Cham­bre.

Ces paro­les ren­dent assour­dis­sant la parole feu­trée de nos actuels « socia­lis­tes » à pro­pos du mar­tyre des Pales­ti­niens.

■ Le cou­rage, c’est d’être tout ensem­ble, et quel que soit le métier, un pra­ti­cien et un phi­lo­so­phe.

■ Le cou­rage, c’est de com­pren­dre sa pro­pre vie, de la pré­ci­ser, de l’approfondir, de l’établir et de la coor­don­ner cepen­dant à la vie géné­rale.

■ Le cou­rage, c’est de sur­veiller exac­te­ment sa machine à filer ou à tis­ser pour qu’aucun fil ne se casse, et de pré­pa­rer cepen­dant un ordre social plus vaste et plus fra­ter­nel où la machine sera la ser­vante com­mune des tra­vailleurs libé­rés.

■ Le cou­rage, c’est d’accepter les condi­tions nou­vel­les que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la com­plexité pres­que infi­nie des faits et des détails, et cepen­dant d’éclairer cette réa­lité énorme et confuse par des idées géné­ra­les, de l’organiser et de la sou­le­ver par la beauté sacrée des for­mes et des ryth­mes.

■ Le cou­rage, c’est de domi­ner ses pro­pres fau­tes, d’en souf­frir mais de ne pas être acca­blé et de conti­nuer son che­min.

■ Le cou­rage, c’est d’aimer la vie et de regar­der la mort d’un regard tran­quille ; c’est d’aller à l’idéal et de com­pren­dre le réel ; c’est d’agir et de se don­ner aux gran­des cau­ses sans savoir quelle récom­pense réserve à notre effort l’univers pro­fond, ni s’il lui réserve une récom­pense.

■ Le cou­rage, c’est de cher­cher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du men­songe triom­phant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bou­che et de nos mains aux applau­dis­se­ments imbé­ci­les et aux huées fana­ti­ques. »

Jean JAURÈS, Extrait du Dis­cours à la Jeu­nesse, Albi 1903

L’intégralité du dis­cours ici.

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Jean Jau­rès © Archi­ves natio­na­les

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Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nou­velle salve de vio­len­ces vient d’éclater entre Israël et la Pales­tine et une fois encore, des enfants meu­rent. Les seuls appels au ces­sez-le-feu ne mar­chent pas, nous le savons. Il est temps de lan­cer des actions non-vio­len­tes pour met­tre fin une fois pour tou­tes à des décen­nies de cau­che­mar.

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Ph. Avaaz

Nos gou­ver­ne­ments ont échoué -- tout en négo­ciant la paix et en adop­tant des réso­lu­tions à l’ONU, ils conti­nuent, via leurs entre­pri­ses, à finan­cer, à tirer pro­fit et à inves­tir dans la vio­lence. La seule manière de met­tre un frein à ce cer­cle vicieux de confis­ca­tion des ter­res des famil­les inno­cen­tes, de puni­tions col­lec­ti­ves, de lan­ce­ment de roquet­tes du Hamas, et de bom­bar­de­ments sur Gaza est de ren­dre le coût éco­no­mi­que du conflit insou­te­na­ble.

Nous savons que ça mar­che -- la direc­tive euro­péenne empê­chant le finan­ce­ment des colo­nies illé­ga­les avait causé un séisme au sein du gou­ver­ne­ment israé­lien. La déci­sion du fonds de pen­sion néer­lan­dais PGGM de se reti­rer des colo­nies illé­ga­les suite à un appel citoyen avait éga­le­ment créé une tem­pête poli­ti­que.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne met­tra cer­tai­ne­ment pas fin aux tue­ries, mais l’Histoire nous a mon­tré que sou­vent, le che­min de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cli­quez sur le lien pour exhor­ter six ban­ques, fonds de pen­sion et entre­pri­ses à met­tre un terme à ces inves­tis­se­ments -- si nous réus­sis­sons à faire mon­ter la pres­sion, ces éta­blis­se­ments pour­raient se reti­rer, cela por­te­rait un coup à l’économie israé­lienne, et nous pour­rions déjouer les cal­culs poli­ti­ques des extré­mis­tes qui pro­fi­tent poli­ti­que­ment de l’horreur:

Lors des cinq der­niè­res semai­nes, trois ado­les­cents israé­liens ont été assas­si­nés en Cis­jor­da­nie, un jeune pales­ti­nien a été brûlé vif, un ado­les­cent amé­ri­cain a été bru­ta­le­ment frappé par la police israé­lienne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israé­liens. Ce n’est plus “le conflit israélo-pales­ti­nien”, c’est une guerre contre les enfants. Et nous som­mes en train de deve­nir insen­si­bles à cette igno­mi­nie. Des médias font pas­ser cette guerre pour un conflit inso­lu­ble entre deux bel­li­gé­rants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les atta­ques des extré­mis­tes pales­ti­niens contre des civils inno­cents doi­vent être condam­nées et ces­ser, mais c’est la spo­lia­tion du peu­ple pales­ti­nien qui est à la racine du conflit. Israël occupe, colo­nise, bom­barde, atta­que et contrôle l’eau, le com­merce et les fron­tiè­res d’un État libre et reconnu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus grande pri­son à ciel ouvert du monde, puis lui a imposé un blo­cus. Aujourd’hui, alors que les bom­bes pleu­vent, les famil­les n’ont aucun endroit où se réfu­gier.

Ce sont des cri­mes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pour­quoi alors les accep­ter en Pales­tine? Il y a cin­quante ans, Israël et ses voi­sins ara­bes sont entrés en guerre et Israël a occupé la Cis­jor­da­nie et la bande de Gaza. Occu­per un ter­ri­toire après une guerre est chose com­mune, mais aucune occu­pa­tion mili­taire ne devrait se trans­for­mer en des dizai­nes d’années de tyran­nie, qui ne pro­fite qu’aux extré­mis­tes qui pren­nent les inno­cents pour cible. Et qui souf­fre? La grande majo­rité des famil­les des deux côtés, des famil­les aiman­tes qui ne veu­lent que la liberté et la paix.

Pour un cer­tain nom­bre de per­son­nes, en par­ti­cu­lier en Europe et en Amé­ri­que du Nord, appe­ler les entre­pri­ses à reti­rer leurs inves­tis­se­ments en ces­sant de finan­cer ou de par­ti­ci­per à l’occupation israé­lienne en Pales­tine sem­ble par­tial. Mais ce n’est pas le cas -- c’est la stra­té­gie non vio­lente la plus effi­cace pour met­tre fin aux cycles de vio­lence, assu­rer la sécu­rité d’Israël et obte­nir la liberté pour les Pales­ti­niens. La Pales­tine est minus­cule à côté de la puis­sance et de la richesse d’Israël. Si cette der­nière refuse de met­tre fin aux occu­pa­tions illé­ga­les de ter­res pales­ti­nien­nes, le monde doit agir pour en ren­dre le coût insup­por­ta­ble.

ABP, le fonds de pen­sion néer­lan­dais, inves­tit dans les ban­ques israé­lien­nes qui finan­cent la colo­ni­sa­tion de la Pales­tine. D’énormes ban­ques comme Bar­clays finan­cent les fabri­cants d’armes israé­liens et d’autres entre­pri­ses [dont Veo­lia] qui fleu­ris­sent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hew­lett-Packard four­nit des sys­tè­mes de sur­veillance sophis­ti­qués pour contrô­ler les mou­ve­ments des Pales­ti­niens. Et Cater­pillar pro­duit des bull­do­zers qui sont uti­li­sés pour détruire des mai­sons et des fer­mes pales­ti­nien­nes. Si nous lan­çons le plus grand appel jamais vu pour exhor­ter ces entre­pri­ses à se reti­rer, nous mon­tre­rons que le monde ne veut plus être com­plice de ce bain de sang. Les Pales­ti­niens appel­lent le monde entier à sou­te­nir cette action et les Israé­liens pro­gres­sis­tes la sou­tien­nent éga­le­ment. Rejoi­gnons-les!

Une péti­tion à signer ici.

Notre com­mu­nauté se ras­sem­ble pour offrir la paix, l’espoir et le chan­ge­ment dans cer­tains des conflits les plus durs au monde. Sou­vent, cela signi­fie pren­dre posi­tion pour atta­quer le pro­blème à la racine. Pen­dant des années, notre com­mu­nauté a cher­ché une solu­tion poli­ti­que à ce cau­che­mar, mais avec la nou­velle vague d’horreur qui déferle sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les argu­ments éco­no­mi­ques pour met­tre un terme à l’horreur pour les Israé­liens comme pour les Pales­ti­niens.

Avec espoir et déter­mi­na­tion,

Alice, Fadi, Ben, Laila, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majo­rité de l’UE décon­seille le com­merce avec les colo­nies israé­lien­nes (Eur­ac­tiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israé­liens et les Pales­ti­niens sont en faveur de la paix mais n’ont guère d’espoir (Gal­lup - en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colo­nies israé­lien­nes : le Quai d’Orsay met en garde les inves­tis­seurs fran­çais (France 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/

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Israel-Palestine. « Notre misérable État juif », par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Arti­cle de Gideon Levy, publié dans Haa­retz, le 6 juillet 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union juive fran­çaise pour la paix), dif­fusé par la Ligue des Droits de l’Homme de Tou­lon.

Les jeu­nes de l’État juif atta­quent des Pales­ti­niens dans les rues de Jéru­sa­lem, exac­te­ment comme les jeu­nes chez les gen­tils atta­quaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israé­liens de l’État juif se déchaî­nent sur les réseaux sociaux, répan­dant une haine et un désir de ven­geance d’une ampleur dia­bo­li­que sans pré­cé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­ni­que. Ce sont les enfants de la géné­ra­tion natio­na­liste et raciste – la des­cen­dance de Neta­nya­hou.

Depuis cinq ans main­te­nant ils n’ont entendu qu’incitations, pro­pos alar­mis­tes et supré­ma­tie sur les Ara­bes de la part du véri­ta­ble ins­truc­teur de cette géné­ra­tion, le pre­mier minis­tre Ben­ja­min Neta­nya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de trai­te­ment égal.

  Main­te­nant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits uni­que­ment pour le Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont grandi dans le contexte de la reven­di­ca­tion pro­vo­cante de recon­nais­sance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclu­sions qui s’imposent. Avant même la déli­mi­ta­tion de ce que signi­fie « État juif » - sera-ce un État qui met les tefi­lin (phy­lac­tè­res), embrasse les mezou­zot (des rou­leaux de priè­res enfer­més dans de peti­tes boî­tes métal­li­ques ou en bois qui sont fixées aux cham­bran­les des por­tes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­ti­lè­ges, ferme le jour de Shab­bath et observe stric­te­ment les lois de la cash­rout – les mas­ses ont com­pris.

La foule a d’emblée inté­rio­risé la véri­ta­ble signi­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Afri­cains est d’être envoyé au cen­tre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­ti­niens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça mar­che dans un État juif : c’est à cette seule condi­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de consti­tu­tion, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la pré­si­dente de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Cal­de­ron (du parti Yesh Atid – inutile de pré­ci­ser que c’est le « cen­tre » de l’échiquier poli­ti­que) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, bou­le­versé, d’une visite à la famille de Shoa­fat, le jeune Arabe qui a été mas­sa­cré, et le ser­monne cyni­que­ment sur le thème qu’il doit aussi faire réfé­rence aux trois jeu­nes Juifs mas­sa­crés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême auto­rise la démo­li­tion de la mai­son de la famille d’un homme sus­pecté de meur­tre avant même qu’il ne soit condamné. Un État juif édicte des lois racis­tes et natio­na­lis­tes. Les médias d’un État juif se com­plai­sent sur le meur­tre de trois étu­diants de yeshiva et igno­rent pres­que com­plè­te­ment le sort de plu­sieurs jeu­nes Pales­ti­niens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des der­niers mois, géné­ra­le­ment sans rai­son.

Per­sonne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Ara­bes, dont les vies valent peu. Pas un soup­çon de res­pect du droit inter­na­tio­nal ni des conven­tions inter­na­tio­na­les. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­velle géné­ra­tion qui gran­dit sous sa coupe est dan­ge­reuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Neta­nya­hou est son minis­tre de l’éducation ; les médias mili­ta­ris­tes et natio­na­lis­tes font office de poème péda­go­gi­que ; le sys­tème d’éducation qui l’emmène à Ausch­witz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nou­velle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­lo­gue pales­ti­nien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sau­vage, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un mons­tre, un ter­ro­riste.

Il sait qu’Israël n’a pas de par­te­naire pour la paix, puis­que c’est ce qu’il a ententu un nom­bre incal­cu­la­ble de fois de la part de Neta­nya­hou, du minis­tre des Affai­res étran­gè­res Avig­dor Lie­ber­man et du minis­tre de l’Économie, Naf­tali Ben­nett. De la bou­che de Yair Lapid il a entendu qu’il y a des « Zoa­bis » – en réfé­rence condes­cen­dante à la dépu­tée de la Knes­set Haneen Zoabi (du parti Balad).

Etre de gau­che ou dési­reux de jus­tice dans l’État juif est consi­déré comme un délit, la société civile est tenue pour tri­cheuse, la vraie démo­cra­tie pour dia­bo­li­que. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droite mais le sup­posé cen­tre gau­che incluant Tzipi Livni et Lapid – la démo­cra­tie est floue.

Le prin­ci­pal pro­blème de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embo­bi­neurs mora­li­sa­teurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les mar­gi­naux mais le cou­rant prin­ci­pal qui est en par­tie natio­na­liste et en par­tie indif­fé­rent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction bibli­que selon laquelle il faut être juste avec la mino­rité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont mani­festé avec Mar­tin Luther King ou fait de la pri­son avec Nel­son Man­dela. L’État juif, qu’Israël veut abso­lu­ment faire recon­naî­tre par les Pales­ti­niens, doit d’abord se recon­naî­tre lui-même. Au terme de la jour­née, après une semaine ter­ri­ble, il sem­ble qu’un État juif ce soit un État raciste, natio­na­liste, conçu uni­que­ment pour les Juifs.

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[1] “Our wret­ched Jewish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre...

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Charlie Haden (1937-2014). Le jazz comme « musique de la rébellion »

Char­lie Haden est mort le 11 juillet 2014 à Los Ange­les. Il avait 76 ans. Malade et très affai­bli depuis plu­sieurs années, il avait cessé de jouer en 2011 et son der­nier concert avec son Quar­tet West band remonte à 2008. Ins­tru­men­tiste, com­po­si­teur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la contre­basse s’est éteint.

En 2007, après trente ans d’éloignement, Haden télé­phone à Jar­rett pour lui pro­po­ser de jouer à nou­veau avec lui. Les retrou­vailles auront lieu chez Keith Jar­rett, dans la grange de sa mai­son du New Jer­sey, là où il a ins­tallé son vieux Stein­way. Pen­dant plu­sieurs jours, Jar­rett et Haden jouent les stan­dards, sans témoin. Des chan­sons d’amour, le « Great Ame­ri­can Song­book »… ECM en sor­tiraJas­mine puis, tout récem­ment, comme un adieu pré­mo­ni­toire, Last Dance.

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À La Roque d’Anthéron en 2005, après son concert avec le pia­niste cubain Gon­zalo Rubal­caba. Il s’entretient avec Gérard de Haro, du stu­dio de La Buis­sonne. [Ph. gp]

On le recon­nais­sait d’emblée : ce son uni­que porté par un tempo infailli­ble et sans la moin­dre fio­ri­ture ; un « gros son », comme il fut sou­vent dit, attiré vers la pro­fon­deur et, pour le coup, par la gra­vité. Il ne s’agissait pas seule­ment sous son doigté des sons d’abysse de la contre­basse, mais du pro­pos lui-même, rele­vant de la pul­sion vitale autant que de l’humaine révolte. On par­lera ici de l’engagement, oui, musi­cien et citoyen, sans doute de manière indis­so­cia­ble. D’où le choix de l’instrument, d’où cette musi­que qui, l’un et l’autre gron­dent, enflent, sour­dent.

Jean-Louis Comolli résume la per­son­na­lité musi­cale de l’instrumentiste en ces mots : « La basse de Haden – mesu­rée, sobre et sereine – trouve le ton juste pour accueillir dans les pro­fon­deurs du jazz d’autres révol­tes (...) » [Dic­tion­naire du jazz, éd. Robert Laf­font, 1986].

Char­les Edward Haden, dit « Char­lie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, passe son enfance et son ado­les­cence dans le Mis­souri. Ses parents sont des musi­ciens tra­di­tion­nels, por­tés sur les chan­sons de style blue­grass, un maté­riau basi­que, popu­laire, dont on retrou­vera sou­vent l’influence chez le jazz­man tout au long de son par­cours.

Dans son enfance, il est plu­tôt tenté par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il contracte une forme légère de polio­myé­lite qui endom­mage de manière irré­ver­si­ble sa gorge et ses cor­des voca­les. Il fera donc chan­ter d’autres cor­des, ne choi­sis­sant tou­te­fois la contre­basse comme ins­tru­ment prin­ci­pal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Ange­les attiré par sa scène jazz et la musi­que impro­vi­sée contem­po­raine. Il s’inscrit au West­lake Col­lege of Music, tout en pre­nant des cours par­ti­cu­liers avec Red Mit­chell, alors l’un des contre­bas­sis­tes les plus renom­més de la côte ouest. Il joue avec Art Pep­per et Paul Bley. Ren­con­tre Scott LaFaro avec qui il par­tage un appar­te­ment pen­dant quel­ques mois. Tous deux devien­dront bien­tôt des pion­niers de l’émancipation de la contre­basse jazz des années 1960, cha­cun en sui­vant sa pro­pre voie. Ainsi pour Haden, trois musi­ciens seront déter­mi­nants dans son che­mi­ne­ment : Ornette Cole­man, Keith Jar­rett et Carla Bley – trois per­son­na­li­tés aussi dif­fé­ren­tes que riches.

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Char­lie Haden, Gand, Bel­gi­que, sep­tem­bre 2007. Photo de Geert Van­de­poele

Avec Ornette, Haden va plon­ger dans le free nais­sant ; le saxo­pho­niste l’intègre dans son fameux quar­tette, aux côtés du trom­pet­tiste Don Cherry et du bat­teur Billy Hig­gins. En 1959, les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Cen­tury font par­tie des pro­duc­tions les plus abou­ties du quar­tette. Puis Ornette dou­ble la mise : il enrôle dans le plus fou des pro­jets du moment (1960) Scott LaFaro (cb), Eric Dol­phy (bcl),Fred­die Hub­bard (tp), Ed Bla­ck­well (dm). Un quar­tette pour le canal gau­che, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Col­lec­tive Impro­vi­sa­tion By The Ornette Cole­man Dou­ble Quar­tet pro­duit chez Atlan­tic par les frè­res Ertegün. Deux contre­bas­ses, deux bat­te­ries, deux trom­pet­tes, un alto et une cla­ri­nette basse ; deux ving­tai­nes de minu­tes où s’invente une manière incon­nue de contre­point – l’interplay –, cou­sine loin­taine de Jean-Sébas­tien, cer­tes, héri­tière directe de John – qui a lar­ge­ment ouvert la voie depuis quel­ques années avec les albums Giant Steps, Bags and Trane(avec Milt Jack­son), Col­trane Jazz et, cette même année 1960, The Avant-Garde (avec Don Cherry) et My Favo­rite Things.

Char­lie a donc « fait » les bar­ri­ca­des de ce « Mai 68 » du jazz. Une révo­lu­tion. Musi­ca­le­ment du moins, le mot n’est pas gal­vaudé : le jazz ne sera plus comme avant. Ou plu­tôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout comme il y eut en Europe, dans l’autre siè­cle, l’avant et l’après Her­nani. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pour­rait – et on doit désor­mais, mar­quer les bor­nes de 1989 : la chute du Mur, la répres­sion de Tia­nan­men. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux Sta­tes, si le jazz joue les cham­boule-tout, c’est aussi que la musi­que afro-amé­ri­caine se heurte de plein fouet à la lutte contre le racisme et pour les droits civi­ques. Le blues et les gos­pels n’y ont rien fait : la dis­cri­mi­na­tion s’est enkys­tée comme un can­cer. La guerre au Viet­nam atteint son paroxysme. Le chô­mage sévit lour­de­ment. Des émeu­tes écla­tent dans les ghet­tos noirs. Cas­tro a repris Cuba à Batista et aux « yan­quis », les fusées sovié­ti­ques poin­tent leurs mena­ces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cette autre plaie qui frappe en par­ti­cu­lier les milieux artis­ti­ques et musi­caux : la dro­gue. Le jazz est très tou­ché, Haden aussi est gra­ve­ment atteint. Le suc­cès du quar­tette Free Jazz s’évanouit bien­tôt. Scott Lafaro meurt dans un acci­dent. Char­lie Haden suit plu­sieurs cures de dés­in­toxi­ca­tion, avant d’être contraint de se reti­rer pres­que tota­le­ment de la scène jusqu’en 1968 où il retrouve Ornette Cole­man, et se pro­duit avec lui au fes­ti­val de Mon­ter­rey et dans divers clubs en Europe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des enga­ge­ments sur la côte ouest et enre­gis­tre avec Dex­ter Gor­don, Hamp­ton Hawes, Art Pep­per. À New York, le free jazz est devenu la réfé­rence et, outre des jeu­nes musi­ciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beau­coup de musi­ciens confir­més s’y recon­nais­sent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orches­tra, un col­lec­tif d’avant-garde fondé par Bill Dixon, auquel Haden par­ti­cipe à la plu­part des ren­con­tres et enre­gis­tre­ments. Son expé­rience est désor­mais recon­nue, liée à un sens aigu de la mélo­die et une grande assu­rance ryth­mi­que.

L’autre ren­con­tre musi­cale déter­mi­nante se sera pro­duite en 1968, quand le contre­bas­siste intè­gre aux côtés du bat­teur Paul Motian le pre­mier trio de Keith Jar­rett. Trio qui renou­velle le genre tant par son style très per­son­nel que par son réper­toire à base de titres inha­bi­tuels pour une for­ma­tion de jazz à cette épo­que, comme des repri­ses de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio conti­nue jus­que vers le milieu des années 1970, puis Jar­rett se concen­tre davan­tage sur son tra­vail en solo, et son quar­tette « euro­péen » (avec Jan Gar­ba­rek, Jon Chris­ten­sen, et Palle Daniels­son).

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Carla Bley et Char­lie Haden por­tent la ban­nière. Cou­ver­ture du dis­que.

Troi­sième ren­con­tre enfin – sans pré­ju­ger des innom­bra­bles autres –, celle avec Carla Bley. Une affaire aussi poli­ti­que que musi­cale. Libe­ra­tion Music Orches­tra est le nom – « génial et modeste… » – que se donne le col­lec­tif de 13 musi­ciens de free jazz lors de sa consti­tu­tion en 1969. Une grande par­tie du réper­toire, com­posé essen­tiel­le­ment par Haden et arrangé par Carla Bley, est for­mée de « chants de libé­ra­tion » – même si The bal­lad of the fal­len célè­bre les vain­cus… – liés notam­ment à la guerre d’Espagne, à la révo­lu­tion por­tu­gaise (Gran­dola Vila Morena de José Afonso), aux résis­tan­ces popu­lai­res au Chili et au Sal­va­dor. Mais l’engagement concerne aussi les droits civi­ques des Noirs états-uniens, porté en l’occurrence par deux musi­ciens blancs. Ainsi, en photo sur le pre­mier dis­que du Libe­ra­tion Music Orches­tra, Carla Bley tient la ban­de­role d’un côté, et Char­lie Haden de l’autre. En tête de manif’, comme dirait la presse locale, on recon­nais­sait notam­ment : Gato Bar­bieri, Dewey Red­man, Don Cherry, Ros­well Rudd, Andrew Cyrille, Paul Motian… Parmi les « slo­gans », un « Song for Ché » et des chants répu­bli­cains espa­gnols (El Quinto Regi­miento)… – pour situer l’époque, le style.

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17e Charlie Jazz Festival. La belle cuvée

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Médé­ric Col­li­gnon et ses 11 musi­ciens pour un hom­mage au groupe de rock King Crim­son.

Foot­ball et météo ont bien tenté leurs redou­ta­bles assauts. Mais non, le jazz a tenu bon et Char­lie de même, depuis son domaine de Font­blan­che à Vitrol­les. Encore une belle cuvée que cette 17e qui aura réuni quel­que 2.300 ama­teurs autour d’un pro­gramme de haute qua­lité [rap­pelé ici] dans un lieu par­ti­cu­liè­re­ment adapté à la célé­bra­tion musi­cale. Ces pho­tos [© Gérard Tis­sier et Klervi Bechen­nec] en guise d’aperçu et pour le ren­dez-vous de 2015.

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Joshua Red­man, figure de proue du jazz actuel

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Encore un sale coup pour Hollande : Faber arrête son blog

Il n’en pou­vait plus : la Coupe de foot, le Pacte de res­pon­sa­bi­lité, l’UMP en couilles, le Tour dans le Tun­nel – et lui-même qui s” demande… Trop c’est trop. Tant pis pour Hol­lande. Faber arrête. Il arrête son blog Trait drôle. Si ! Allez-y donc lui ren­dre visite avant la fin des sol­des, vous pour­rez l’admirer sur sa noire vespa, altier, que dis-je ? impé­rial ! Il est là, grand, face à la béance du vide qui nous menace tous. Tan­dis que monte en lui un appel de son vieux pote, le Rimb”. « Et pres­sen­tant vio­lem­ment la voile  ».

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© faber – Paru dans LE JEUDI - Luxem­bourg

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Foot et religion, comme sabre et goupillon

Je m’intéresse au foot à peu près comme à la reli­gion : avec éton­ne­ment et déso­la­tion. Je nuance : j’aime quand même bien le foot, jusqu’à un cer­tain point. Tan­dis que je ne sau­rais pren­dre du plai­sir au spec­ta­cle de l’aliénation reli­gieuse. Mais les deux m’intéressent sur le plan, disons, anthro­po­lo­gi­que : qu’est-ce que cet ani­mal humain aussi admi­ra­ble que sou­vent détes­ta­ble, capa­ble du sublime et de l’horrible, allant jusqu’à nuire à sa pro­pre espèce et à tout l’écosystème ?

Or, avec la Coupe du monde… la coupe déborde de tous côtés,  et spé­cia­le­ment pour ce qui est du foot et du reli­gieux. Ce n’est pas le lieu ici de s’y ris­quer, mais il y aurait matière à épi­lo­guer sur cette litur­gie qui accom­pa­gne les céré­mo­nies dans les actuels tem­ples païens du Bré­sil, avant, pen­dant, après… Rien qu’un détour par les joueurs : onze comme les… Douze apô­tres que l’on sait, adu­lés comme tels par des fou­les en extase, au bord du sacri­fice ; divi­ni­tés inter­mé­diai­res ren­dant grâce au Ciel quand le Des­tin leur fait mar­quer un but – et empo­cher une sub­stan­tielle prime –, se signant lors de l’entrée sur la pelouse sacrée – ou bien s’y pros­ter­nant, cha­cun selon son Dieu. C’est en ce moment au Bré­sil et ça enflamme la pla­nète, qui ne s’en réchauffe que de plus belle ! Soit, que le bal­lon ait rem­placé (pour un temps) le sabre dans son alliance avec le gou­pillon, voyons l’affaire comme un moin­dre mal.

S’agissant des maho­mé­tans, louons le génie d’Allah qui place sur une même orbite céleste bal­lon rond et rama­dan, tout en four­nis­sant, contre paie­ment, une dis­pense et le moyen d’éviter ainsi tout inutile conflit d’intérêt. On ne pour­rait que rêver d’une même bonne volonté pour régler les conflits des Pro­che et Moyen Orient. Au fait, on ne signale pas sur les sta­des de signes osten­ta­toi­res de judaïsme… Sans doute parce que cette reli­gion pas très catho­li­que, ni même très ortho­doxe, sait s’arranger avec ses pro­pres règles… Ou alors, un juif ne sait pas jouer au foot, il a les pieds cro­chus, comme aurait dit Des­pro­ges…

Ce diman­che matin – un peu de vécu perso –, péda­lant à l’heure de la messe sur un de mes iti­né­rai­res favo­ris, je passe devant le petit ora­toire célé­brant la Vierge Marie. À cha­que fois je m’y arrête. Non par dévo­tion, on s’en doute, mais par atten­tion aux varia­tions por­tées par des mains ano­ny­mes à l’ordonnancement de la petite cha­pelle. Un jour c’est une image pieuse, un autre une carte à jouer ou un cha­pe­let qui vien­nent s’ajouter aux mul­ti­ples acces­soi­res pieux ; ou encore quel­ques fleurs ou une bou­gie allu­mée au fond d’un verre. Et à cha­que fois je prends une photo – on ne sait jamais, si un jour se pro­dui­sait un mira­cle, comme à Lour­des… J’ai ainsi une sacrée col­lec­tion de ce lieu évo­luant au fil des ans et des croyan­ces. Et, hier donc, voici ce qui m’est apparu :

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Marie, gar­dienne de but… © g_p

 

D’où ce petit cha­pe­let de mes modes­tes réflexions… qui me rap­pel­lent un cadre accro­ché dans un bis­trot de mon pate­lin pro­ven­çal, cla­mant sur fond bleuté du sigle de l’« OM » : « Le foot­ball est notre reli­gion – Le stade Vélo­drome notre Tem­ple – L’OM notre Dieu ». Pro­fond, non ?

Un autre fait méri­te­rait bien des déve­lop­pe­ments. Il fait jaser en Cata­lo­gne et dans toute l’Espagne, jusqu’en Anda­lou­sie et bien au delà : l’émir du Qatar a pro­posé 2 mil­liards d’euros pour rache­ter les célè­bres arè­nes monu­men­ta­les de Bar­ce­lone qui seraient trans­for­mées en mos­quée ! Laquelle pour­rait accueillir 40 000 afi­cio­na­dos de l’islam, devien­drait ainsi la troi­sième plus grande mos­quée au monde après cel­les de la Mec­que et de Médine. Un mina­ret de 300 mètres de haut sur­plom­be­rait cet ensem­ble du plus bel effet.

Voyons, cet émir qatari, n’est-ce pas le même qui s’est payé le PSG ? Les 300 mètres de la Tour Eif­fel, il en pro­pose com­bien ?

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Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


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Ça s’affaire à Vitrol­les, Bou­ches-du-Rhône, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­nière tou­che à son légen­daire fes­ti­val de jazz. Cette 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu comme tou­jours dans le magni­fi­que domaine de Font­blan­che aux pla­ta­nes tri-cen­te­nai­res. Le pro­gramme et les infor­ma­tions pra­ti­ques se trou­vent à por­tée de clic, ici. On en reparle ces pro­chains jours.

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Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du concert filmé en public à Copen­ha­gue, Dane­mark, en avril 1968. Horace Sil­ver y pré­sente le fameux mor­ceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enre­gis­tré pour Blue Note en 1964. Les mor­ceaux de ce dis­que ont été com­po­sés suite à un voyage au Bré­sil. La cou­ver­ture repro­duit une photo du père du musi­cien [ci-des­sous].

Le pia­niste et com­po­si­teur de jazz Horace Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a contri­bué à vivi­fier et à renou­ve­ler à tra­vers le cou­rant dit du hard bop. 

Cou­rant qu’illustre assez bien, à sa manière, le film de Mar­tin Scor­sese, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros saxo­pho­niste (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des grou­pes de Har­lem. Là, des musi­ciens afro-amé­ri­cains ont décidé de réagir à la domi­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – sur­tout des Blancs comme Chet Baker, Gerry Mul­li­gan, Len­nie Tris­tano, Dave Bru­beck éga­le­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soi­re­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, disons que l’acte de nais­sance (jamais uni­que !) est mar­qué en 1954 par le quin­tette que for­ment le bat­teur Max Roach et le trom­pet­tiste Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le saxo­pho­niste ténor Sonny Rol­lins. Tou­te­fois, le pre­mier repré­sen­tant de ce style fut le groupe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Bla­key et, nous y voilà, le pia­niste Horace Sil­ver en 1955, qui for­mera ensuite son pro­pre quin­tette.

L’affaire est lan­cée, dans le contexte états-unien de lut­tes pour les droits civi­ques et contre le racisme. Les artis­tes en géné­ral, les musi­ciens en par­ti­cu­lier et les musi­ciens de jazz sur­tout sont à la pointe de ce com­bat poli­ti­que et cultu­rel. Sourcé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de rési­gna­tion et de révolte.

C’est en1955 éga­le­ment que Miles Davis embau­che John Col­trane (Sonny Rol­lins a décliné l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (piano), Paul Cham­bers (basse) et Philly Joe Jones (bat­te­rie). À cette épo­que, Col­trane était encore un musi­cien inconnu.

En 1957, Sonny Rol­lins se rat­trape en ras­sem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gure l’apparition du trom­bone dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­tige sont les prin­ci­paux labels qui pro­dui­si­rent des grou­pes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­ture du dis­que « Song for my father », 1964

Bio­gra­phie [Wiki­pe­dia]Horace Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Connec­ti­cut) aux États-Unis. Son père (né Silva) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Connec­ti­cut était d’origine irlan­daise-afri­caine. Son père lui ensei­gne la musi­que folk­lo­ri­que du Cap Vert. Il com­mence sa car­rière comme saxo­pho­niste tenor dans les clubs du Connec­ti­cut et en 1950, il est repéré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chan­gera d’instrument pour le piano. C’est dans son orches­tre qu’il s’affirme comme com­po­si­teur be bop. Il tra­vaille ensuite avec Miles Davis, Milt Jack­son, Les­ter Young et Cole­man Haw­kins. Il effec­tue les pre­miers enre­gis­tre­ments sous son nom aux côtés du saxo­pho­niste Lou Donald­son en 1952.

En 1953, il fonde avec le bat­teur Art Bla­key le quin­tette des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ainsi l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quitte le groupe pour fon­der le Horace Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les grou­pes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeu­nes talents.

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De Bagdad à Rio, cette même Grande Guerre de religions ?

L’His­toire ne se répète pas, elle bégaie. On sait ça depuis Marx et même depuis tou­jours, vu que, avec ou sans Confu­cius, « on ne se bai­gne jamais deux fois dans la même rivière ». Voilà qu’elle s’est mise, l’Histoire, à hoque­ter sale­ment et à nou­veau en Irak – dans cette Méso­po­ta­mie qui fut un haut lieu de la civi­li­sa­tion, entre Tigre et Euphrate. C’est là que s’inventa l’écriture, le cal­cul aussi, qui étaient liés. À ce point d’émergence de la connais­sance miroi­tait aussi la sagesse. Un bel ave­nir sem­blait pro­mis. Que nenni ! C’eut été sans comp­ter sur l’insondable mys­tère qui rend l’espèce humaine si per­tur­bée, quasi illi­si­ble, n’ayant de cesse de noir­cir son ciel, d’éteindre les lumiè­res, de patau­ger dans ses maré­ca­ges. D’aller même jusqu’à atten­ter à son sys­tème vital.

Nous som­mes des siè­cles avant notre ère. La Méso­po­ta­mie est une terre de marais, d’argiles, de boues : de quoi créer des for­mes, des figu­ri­nes, des sta­tues… Et des mythes – ce besoin insa­tia­ble d’histoires à faire rêver debout, ou tres­saillir dans les ténè­bres de la nuit. On ne sait trop com­ment, sur­git alors Gil­ga­mesh, le roi légen­daire en quête d’immortalité. La plus ancienne des épo­pées écri­tes va se fixer sur des tablet­tes d’argile, trois mille ans avant ses répli­ques élec­tro­ni­ques – même for­mat, moins la bat­te­rie…

Et L’homme créa les dieux (sous ce titre, lire Pas­cal Boyer, Gal­li­mard ; et dans la fou­lée Mar­cel Mauss, Mir­cea Eliade, etc.), il les créa comme une néces­sité vitale ; il en créa « à la pelle », en importa d’Afrique, de Chine, de Grèce et de par­tout ; puis les tamisa en vrac et, fina­le­ment, vou­lut n’en rete­nir qu’un seul. Pata­tras ! Et pour­quoi donc ?  ici, un grand blanc. Le vide inter­ro­ga­tif, quasi inson­da­ble.

Vont s’ensuivre des siè­cles de malé­dic­tions aveu­glan­tes, san­glan­tes, mor­ti­fè­res, sans cesse entre­te­nues, ravi­vées en d’incessants bûchers. Cela s’appelle l’Histoire. Pré­cé­dée au jour le jour par ce que nous nom­mons ingé­nu­ment l’Actualité. Laquelle se suc­cède à elle-même, dans un jeu de répé­ti­tions bégayan­tes, en effet. Avant-hier l’Inquisition, les guer­res de reli­gion. Hier les conflits ter­ri­to­riaux, finan­ciers, natio­na­lis­tes. Et aujourd’hui le foot, cette reli­gion païenne sur fond d’affrontements guer­riers ? Plu­sieurs batailles par jour pen­dant un mois, voilà qui ne laisse plus beau­coup de place à la nou­velle guerre civile relan­cée en Irak, et encore moins à celle de Syrie, inex­tri­ca­ble. Toute une vaste région à feu et à sang. Les deux bran­ches enne­mies des maho­mé­tans, réar­mées aux gou­pillons comme aux sabres, se sont élan­cées vers de splen­di­des saint-Bar­thé­lémy. Der­niers déve­lop­pe­ments [les médias] :

« Les rebel­les de l’État isla­mi­que en Irak et au Levant (EIIL) ont pris une nou­velle ville en Irak et avan­cent vers Bag­dad, dans une offen­sive ful­gu­rante qui a poussé à la fuite envi­ron un demi mil­lion d’habitants. Cette avan­cée des dji­ha­dis­tes sun­ni­tes face à des for­ces gou­ver­ne­men­ta­les en déroute et un pou­voir chiite impuis­sant, ris­que de plon­ger ce pays pétro­lier dans le chaos. « L’Iran chiite mais aussi les États-Unis ont apporté leur sou­tien au gou­ver­ne­ment de Nouri Al-Maliki face au « ter­ro­risme ». La der­nière conquête des dji­ha­dis­tes est Tikrit, à 160 km au nord de Bag­dad. Ils ont, en outre, tenté, en vain, de pren­dre Samarra, à une cen­taine de kilo­mè­tres de Bag­dad. Ils se sont empa­rés depuis mardi de la deuxième ville d’Irak, Mos­soul, de sa pro­vince, Ninive, et de sec­teurs dans deux pro­vin­ces pro­ches, Kir­kouk et Sala­hed­dine, majo­ri­tai­re­ment sun­ni­tes. « L’EIIL a en outre pris en ota­ges 49 Turcs au consu­lat de Tur­quie à Mos­soul parmi les­quels le consul et des mem­bres des for­ces spé­cia­les, de même que 31 chauf­feurs de poids-lourd turcs dans cette pro­vince. Paral­lè­le­ment, les atten­tats anti-chii­tes ne connais­saient pas de répit, fai­sant près de 40 morts. « Le Conseil de sécu­rité des Nations unies se réunira jeudi … »

Il y a onze ans déjà, en 2003, le dénommé George W. Bush, Bible au poing, Dieu Dol­lar  en poche, imbibé de Pétrole, au nom d’un des plus éhon­tés men­son­ges d’État connus dans l’Histoire (qui en est far­cie), avait pré­tendu en finir avec les adep­tes du grand chal­len­ger, Allah. (Lire la suite…)

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Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­si­que, et sur­tout si vous tâtez du piano : ne regar­dez pas cette vidéo, elle est écœu­rante !

Puis­que vous l’avez voulu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­mencé à jouer du piano à six. À sept, il atta­que le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­nage dans la capi­tale, Dja­karta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invité par l’Unesco à jouer du piano solo en pré­sence de Her­bie Han­cock. Comme un pre­mier com­mu­niant invité au Vati­can pour dire la messe avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débile.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­dige même pas (pas encore) pré­ten­tieux, tout juste admi­ra­ble. Si vous foui­nez sur la toile à son pro­pos, vous ver­rez aussi que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­trane, Chick Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, comme vous l’avez constaté de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !

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Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péen­nes se dis­tin­gue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquê­tes socio­lo­gi­ques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflexions sui­van­tes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond arti­cle trouvé dans le der­nier Marianne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Périco Légasse.

Sous le titre « Les tru­ca­ges d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­ti­que », « intel­lec­tuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laquelle se trouve défen­due la thèse du mul­ti­cul­tu­ra­lisme en train de saper notre modèle démo­cra­ti­que et répu­bli­cain « à la fran­çaise », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comi­que, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racis­tes : juifs grippe-sous, Chi­nois four­bes à peti­tes bites, Noirs lubri­ques à grande queue et pas futés, Ara­bes « mus­lims » et voleurs…

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Légende four­nie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est par­te­naire, a dépassé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Can­nes jeudi soir, après avoir monté les mar­ches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous som­mes tous racis­tes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­men­tent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­li­bre des racis­mes comme il y a une équi­li­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cédé se dou­ble alors d’une autre faute morale consis­tant à inver­ser la réa­lité d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se passe en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent fran­çais aussi bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Misère du monde, 1993) et aussi Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tielle dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aussi, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­gi­ques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­sité des peu­ples » achoppe notam­ment sur le sta­tut de la femme que le film éva­cue tota­le­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voi­lée ! En occul­tant ainsi cette ques­tion du voile, se trouve aussi éva­cuée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile imposé à la femme (ou même « libre­ment consenti ») la fonc­tion de l’interdit opposé au jeu exo­game : « Tou­che pas à la femme voi­lée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ainsi ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aussi s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de maria­ges mix­tes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­lai­res), s’est effon­dré ces trente der­niè­res années à cause du ren­fer­me­ment endo­ga­mi­que d’une immi­gra­tion récente encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa culture d’origine. On repart se marier au bled. »

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L” « Europe ». Que de guillemets !

Docu­ment ORTF-Ina

L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » iro­ni­sait de Gaulle en 1965 en sau­tant « comme un cabri » Et com­ment faut-il pren­dre « les cho­ses » un demi-siè­cle plus tard ? En tout cas, de mon fenes­tron, à la veille d’ « élec­tions » dites « euro­péen­nes », je n’y vois goutte. D’où ces guille­mets trou­blés, sinon révul­sés. Que de ces trou­bles les popu­lis­tes fas­sent leurs choux gras ne doit pas empê­cher de consi­dé­rer la réa­lité des­di­tes « cho­ses ».

Je suis censé aller voter dans trois jours à peine… et quoi ? Voter pour quoi, pour qui ? Rien dans mes boî­tes à let­tres, ni la vraie ni la vir­tuelle. On dira que c’est au nom des éco­no­mies de papier et d’énergie. Bien. Mais est-ce au nom de l’économie démo­cra­ti­que qu’on va jus­ti­fier un tel trou noir infor­ma­tif ? On dira aussi que « le citoyen d’aujourd’hui » est assez « moderne et adulte » pour se for­ger lui-même son opi­nion en allant s’abreuver aux mul­ti­ples canaux média­ti­ques qui vont jusqu’à l’inonder… On dira que la télé et l’internet suf­fi­sent désor­mais à l’exigence démo­cra­ti­que… Et que dira-t-on de ces 50 % et plus d’abstentionnistes annon­cés ?

L’Europe, cette abs­trac­tion tech­no­cra­ti­que, sans chair, pon­deuse de règle­ments uni­for­mi­sa­teurs et de mon­naie uni­que, cal­quée sur le modèle états-unien et son idéo­lo­gie du libre mar­ché au pro­fit de la libre finance, étape sup­plé­men­taire vers le grand bazar mon­dia­lisé, de la Chine au Bré­sil, en pas­sant par le pillage inten­si­fié de l’Afrique, par la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sour­ces pla­né­tai­res, par le creu­se­ment accé­léré et éhonté du fossé entre tou­jours plus riches et tou­jours plus pau­vres – de cette richesse osten­ta­toire, patho­lo­gi­que nar­guant cette pau­vreté des vies rési­gnées, rétré­cies, agres­si­ves mais pas révol­tées : lami­nées, dépos­sé­dées de juge­ment, ou alors à l’emporte-pièces, à coups de « solu­tions » sim­plis­tes, de rejets hai­neux.

Cette Europe dés­in­car­née, réduite à l’économie mar­chande, aux échan­ges de « biens de consom­ma­tion », rivée à la crois­sance comme seul « idéal » – autant de cultes deve­nus intou­cha­bles, régis par des « lois » au pied des­quel­les se pros­ter­nent les « gou­ver­nants » qui ne gou­ver­nent plus rien, pris qu’ils sont par les flux finan­ciers mon­dia­li­sés, tout occu­pés qu’ils sont à faire sem­blant (par­fois même en y croyant) d’agiter des leviers de com­mande…

Cette Europe du caba­ret atter­rant de l’Eurovision, pré­ci­sé­ment à son image : léni­fiante, insi­gni­fiante, et alié­nante. Et pour autant mise en scène autour d’une « élec­tion ». Tou­jours ces fameux guille­mets. D’ailleurs, jusqu’à plus ample nou­velle, ne devrait-on pas en entou­rer l’ « Europe » ? Et bien sûr ces fameu­ses « élec­tions ».

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros + 5 euros de frais d’envoi, soit 20 euros. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    Vous pou­vez aussi régler par chè­que à Gérard Pon­thieu 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille

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    Il s’agit d’un album-photo de qua­lité, à tirage soi­gné et limité, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl). Fran­çois et Gérard Pon­thieu

  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la vérité s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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