On n'est pas des moutons

Paco de Lucia (1947-2014)

paco-de-lucia

Paco de Lucía, Festival de Timişoara, 2007 [Ph. Cornel]

Le guitariste espagnol Paco de Lucía est mort ce 26 février à Cancún au Mexique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musiciens de son temps. On peut dire qu’il a sorti l’art du flamenco de sa gangue traditionaliste et même de sa torpeur franquiste. C’est un raccourci mais qui, cependant, exprime bien une réalité que j’ai partagée en son temps avec des amis anti-franquistes.

Franco et sa dictature s’étaient en effet appropriés le flamenco, ainsi devenu une sorte d’art officiel figé dans ses stéréotypes. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous contrôle, saturaient leurs auditeurs de musiques « nationales » et folkloristes, en tête desquelles trônait le flamenco. Les opposants à la dictature, et les plus jeunes d’entre eux en particulier finissaient par vomir cette musique aux relents propagandistes. D’autant plus que cette Espagne de Franco, tout comme le Portugal de Salazar, s’étaient coupés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeuraient à l’écart du jazz et du rock débarqués avec les libérateurs américains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musical fut ainsi perçue comme une promesse de renouveau, y compris dans le flamenco dont il était pleinement issu et qu’il ne reniait nullement. Au contraire, il s’y affirmait comme instrumentiste de premier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une virtuosité époustouflante au service d’un jeu des plus inventifs. Bientôt, et peu à peu, Paco de Lucia va découvrir le jazz et l’improvisation, puis se rapprocher de musiciens de jazz comme le guitariste texan Larry Coryell – un des pionniers du jazz-rock, né en 1943 – et le pianiste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine européenne.

En 1981, il se retrouve avec l’Anglais John McLaughlin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meola (1954) en un trio qui deviendra légendaire ; leur disque Friday Night in San Francisco [cliquer pour écouter] enregistré à l’issue d’une tournée mondiale s’est classé rapidement parmi les meilleures ventes de disques de guitare instrumentale. Il aura ainsi été à la fois un « revivaliste » du flamenco – notamment aux côtés de la grande figure du chant flamenco Camarón de la Isla  – et un des révélateurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Francisco Sánchez Gomez, il était né le 21 décembre 1947 à Algesiras, province de Cadix. Paco de Lucia aura illuminé la scène musicale dans le monde entier. On le voit aussi dans le Carmen de Carlos Saura. Comme ce dernier pour le cinéma, et également Pedro Almodovar ; comme Antonio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chanson – pour se limiter à eux –, Paco de Lucia aura donné largement sa part au génie artistique espagnol.

Gerard Ponthieu

Pour Jean-Pierre, merci à tous !

Voilà : mon frère Jean-Pierre s’est volatilisé lundi dans les flammes du crematorium de Perpignan, après une cérémonie civile aussi simple qu’émouvante et la dispersion de ses cendres dans le « jardin du souvenir ». Le souvenir, oui, c’est ce qui subsiste, tandis que le corps n’est plus.  Ainsi s’en est allé le mari, le père, le frère, l’ami… Des images dans les mémoires, des sons et des voix, des photos ou des films, des mots sur du papier vont continuer à batailler contre l’oubli, contre l’inexorable marche du temps, qui est aussi celle de la vie.

Je veux ici remercier mes amis, connus de moi ou pas, qui m’ont envoyé de touchants messages, ici sur ce blog, ou autrement et par courrier comme toi « M.-T. » (Marie-Thérèse ?) que je ne connais pas. Comme tous ceux, anonymes aussi, venus exprès rendre hommage à Jean-Pierre, des hommes et des femmes de son quartier ; ou ces voisins s’arrêtant devant sa maison pour écrire quelques mots de compassion sur le livre de condoléances, comme ce « monsieur promenant son petit chien ».

Bien sûr, la mort interpelle les vivants. Elle interroge sur soi-même et sur la fragilité de l’existence, ainsi que sur celle des sociétés dès lors qu’elles renoncent à l’essentielle et fondatrice fraternité des hommes.

Le hasard a fait que, dimanche après-midi, dans une rue de Perpignan, je croise un homme, un pauvre hère bien fatigué par les années, flanqué de quatre petits chiens tenus en laisse. On parle un peu. Il me demande :

– Sans vouloir être indiscret, de où vous venez ?

– De Marseille, par là…

– Ah, de Marseille ?! J’ai mon frère là-bas !

Et il sort de la poche de son manteau un petit carnet qu’il ouvre à la première page pour me montrer l’adresse de son frère, dans le XIVe arrondissement, sans numéro de téléphone. Il l’avait là, sur son cœur, si près. Fraternité.

Merci encore, les amis, les chers amis. Continuons la route, c’est notre lot. Ce beau vers de Paul Valéry va à l’essentiel :  « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».

Gerard Ponthieu
2 Commentaires

Jean-Pierre, mon frère

luce-jean-pierre-ponthieu

Luce, sa femme, et Jean-Pierre Ponthieu en 2007 à Marseille [Ph. fp]

Jean-Pierre, mon frère aimé est mort hier soir à l’hôpital de Perpignan. La mort, cycle final de la vie, sa négation, son non-sens. J’hésite encore à l’écrire ici, au risque de l’impudeur. Eh quoi, je déplore à maintes occasions la disparition de musiciens, de copains, de gens connus, plus ou moins célèbres… et je ne dirais rien de celle-là alors qu’il s’agit de mon frère ?

Né le 19 septembre 1934 (79 ans), Jean-Pierre avait onze ans à la fin de l’horrible guerre. Son enfance fut marquée, dans notre village familial de Picardie flanquée d’une DCA allemande, par les alertes, les descentes à la cave, les bombardements. Notre sœur Ginette peut encore en témoigner, elle qui en subit aussi de grandes frayeurs; tandis que moi-même (né en août 44) n’en perçut probablement que des chocs auditifs.

Vint ensuite le temps de la reconstruction du pays ravagé et ce qu’on appellera pompeusement les« Trente glorieuses » – du moins pour les affaires. Mais  pour le jeune homme à peine sorti de l’adolescence, ce sera l’enrôlement dans une autre guerre, celle d’Algérie. Vingt-quatre mois près d’Alger, à Maison-Blanche, l’aéroport militaire. Puis envoi à Colomb-Béchar, vers le sud, frontière du Maroc. Deuxième classe d’un bout à l’autre, échappant aux combats directs, mais soumis au stress permanent. Une période dont mon frère parlait peu, comme beaucoup  de cette génération sacrifiée aux « grandes causes » coloniales.

La vie normale reprit ses droits et obligations, dans l’euphorie relative de la consommation débridée. Électricien comme notre père, Jean-Pierre se retrouva technicien à France-Télécom jusqu’à la retraite, qu’il prit plein sud, à Perpignan, où il vécut de belles années entouré de nombreux amis, aimé de Luce, de leurs enfants Jean-Luc et Laurence, et quatre petits-enfants, Margot, Axel, Galla,, Hugo-Louis.

Ces quelques mots, donc, pour graver le souvenir, défier la mort, ou simplement la dépasser en l’admettant, parce qu’elle est réalité, inexplicable, inexcusable. J’use donc des mots et de ma petite tribune, tournée vers ceux que je sais ouverts à la compréhension des fameuses « choses de la vie », si complexes.

La mort de l’Autre, plus encore la mort d’un être proche, rappelle à sa propre mort, oblige au recueillement sur sa propre condition de simple mortel, sur la brièveté de la vie et l’impérieuse obligation de ne pas la gaspiller. Ce qui est aussi un art, autrement difficile.

Car le temps s’envole, sans retour. À moins d’en appeler à l’au-delà. Tandis que la simple philosophie peut suffire à dépasser le mystère que condense avec force cette interrogation sous forme de haïku japonais : « Je ne sais pourquoi j’aime ce monde dans lequel nous sommes venus mourir ».

Jean-Pierre, mon grand frère, adieu va ! Je ne serais pas ce que je suis sans toi, sans nos vécus communs, nos joies et peines. Celles, aussi, de la mort de nos parents. Et voilà que tu es parti, toi aussi.

Des mots, de la poésie, de la musique. Voici une chanson belle et profonde, pour toi, pour chacun :

Une mort douce

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Gerard Ponthieu
26 Commentaires

Photographie. Le siècle de Cartier-Bresson

Dix ans après sa mort, Henri Cartier-Bresson est de retour en célébration. Le Spectacle marchand se nourrit de ces cycles promotionnels. Il est des « produits » plus avariés. Autant profiter de celui-là, qui le vaut, ô combien ! Le Centre Pompidou à Paris a rassemblé quelque 400 photos de « HCB » dans une exposition ouverte jusqu’au 9 juin 2014. 

(© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson)

Le Siècle de Cartier-Bresson est un documentaire de Pierre Assouline dont voici un extrait [ci-dessous] fourni par  l’Ina. Ce film est construit sur un montage de photos et d’extraits de films retraçant le parcours de Cartier-Bresson. Il raconte comment il a appris le métier de photographe, remercie André Lhote, parle de sa rencontre avec Max Ernst, André Breton, Pablo Picasso, Henri Matisse. Il parle de sa manière de prendre les photos, son regard, évoque ses premiers voyages en Afrique, sa prise de conscience des conditions de travail très difficiles pour les Africains.

  • producteur ou co-producteur : Institut national de l’audiovisuel, Cinétévé – réalisateur Pierre Assouline

 

« La tête, l’œil et le cœur sur la même ligne de mire »

Le photographe s’est expliqué sur son art et même plutôt sur sa vision du monde. Ainsi dans l’ouvrage De qui s’agit-il ? Henri Cartier-Bresson (Gallimard, 2003) accompagnant l’exposition du même nom, qui s’est tenue à la BNF du 29 avril au 31 juillet 2003 :

« Il y a ceux qui font des photographies arrangées au préalable et ceux qui vont à la découverte de l’image et la saisissent.  L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois.

« Pour signifier le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C’est par une économie de moyen et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression.

« Photographier : c’est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c’est alors que la saisie d’une image est d’une grande joie physique et intellectuelle.

« Photographier : c’est dans un même instant et une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse des formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

« Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur.

« En ce qui me concerne, photographier, est un moyen de comprendre qui ne peut se séparer des autres moyens d’expression visuelle. C’est une façon de crier, de se libérer, non pas de prouver ni d’affirmer sa propre originalité. C’est une façon de vivre. »

H_Cartier-Bresson_Montjustin

La tombe du photographe, dans le petit cimetière de Montjustin, Alpes de Haute-Provence, 2007. Photo © Gérard Ponthieu

Le Musée d’art de Toulon abrite un fonds photographique de près de 400 œuvres, signées Edward SteichenMan RayHenri Cartier-BressonWilly Ronis.

Gerard Ponthieu

Centrafrique et Libye : les bégaiements de l’histoire

Bernard-Nantet par Bernard Nantet, journaliste et archéologue, spécialiste de l’Afrique

centrafriqueAu matin du 5 janvier, les habitants de Bangui, la capitale centrafricaine, virent surgir des groupes de combattants sans uniforme, le corps bardé de grigris et d’amulettes protectrices. Brusquement, l’Afrique de la brousse remontait à la surface avec ses traditions et son histoire occultée par la longue parenthèse coloniale et une indépendance mal assumée.

Il faut dire que l’ancien Oubangui-Chari ne nous avait pas habitués à voir s’exprimer tant de haine opposant gens de la brousse, christianisés de fraîche date, et musulmans, éleveurs ou commerçants établis depuis longtemps dans le pays.

Il aura suffi qu’un an auparavant, un ancien ministre, Michel Djotodia, agrège en une coalition (séléka en sango) tout ce que la région comptait de mécontents pour faire vaciller un État rongé par la corruption et le népotisme. La mise en coupe réglée du pays fit remonter à la surface les récits d’une époque où l’esclavage ravageait la région. Les opposants qui avaient fondu sur la capitale centrafricaine rassemblaient en l’occurrence des mercenaires tchadiens et soudanais, flanqués de coupeurs de routes et de braconniers venus épauler les revendications de la minorité musulmane marginalisée,

Des mois de pillages, de destructions et de tueries perpétrés par les membres de la Séléka suscitèrent la formation de groupes d’autodéfense, les anti-balaka (anti-machettes), un surnom qui renvoyait à des temps lointains où la kalachnikov n’équipait pas encore les envahisseurs. L’irruption de milices villageoises dans cette guerre civile de basse intensité s’accompagna d’exactions et de massacres envers les musulmans locaux accusés – souvent à tort – d’avoir pactisé avec les prédateurs.

La guerre civile en Sierra Leone (1991-2001) nous avait déjà montré à quelles dérives meurtrières des milices incontrôlées pouvaient se livrer dans des conflits internes. Issues des associations traditionnelles de chasseurs, ou kamajors, et baptisées en la circonstance Forces de défense civile (CDF), ces milices progouvernementales sierra-léonaises furent à l’origine de nombreuses atrocités.

Disparu récemment, l’historien malien Youssouf Tata Cissé (1935-2013), auteur d’une thèse sur les confréries de chasseurs en Afrique occidentale, a montré l’importance des chasseurs traditionnels dans la vie collective et la défense des villages. Autrefois groupées en confréries initiatiques, elles avaient un rôle dans le maintien de la cohésion sociale, comme au Rwanda où Tutsis, Hutus et Twas pouvaient se retrouver au sein d’un culte rendu au chasseur mythique Ryangombe.

Avant que les compagnies européennes concessionnaires n’exploitent le pays et les populations de façon scandaleuse (début du XXe siècle), les forêts de l’Oubangui-Chari servirent de refuge aux animistes fuyant les razzias esclavagistes destinées à fournir au monde arabe et à l’Empire ottoman la force servile qui leur manquait. Premier des voyageurs du XIXe siècle à visiter la région, le Tunisien Mohamed el Tounsi, qui accompagna une razzia au Darfour voisin (1803-1813), témoigna des pillages et des rafles qui dévastaient des territoires entiers comme le Dar el Ferti dans l’est de la Centrafrique, aujourd’hui déserté.

À cette époque, le pays subit le contrecoup de la déstabilisation du Tchad provoquée par l’arrivée des Ouled Slimane, anciens mercenaires à la solde des pachas de Tripoli contre les nomades Toubous du Fezzan, en Libye. Cette tribu arabe fut chassée vers le Tchad quand l’Empire ottoman reprit en main la régence de Tripoli, jugée trop faible pour s’opposer à la poussée française en Algérie (milieu du XIXe siècle). Dévasté, ses royaumes affaiblis, le Tchad ne put s’opposer aux esclavagistes venus du Soudan. Parmi ceux-ci figure le chef de guerre Rabah dont les armes à feu firent merveille dans la chasse aux animistes qui se réfugièrent dans les forêts centrafricaines.

sahara-bernard-nantetOr il y a un an, c’est du nord-est, porte d’entrée traditionnelle des anciens chasseurs d’esclaves, qu’a surgi la Séléka, rejouant un scénario bien connu. Aujourd’hui en Libye, l’histoire paraît aussi bégayer. Les affrontements meurtriers, dont Sebha, dans le sud, fut récemment le théâtre (150 morts dans la dernière quinzaine de janvier), mettent de nouveau aux prises les Ouled Slimane, anciens alliés de Kadhafi, avec les Toubous. En effet, ces derniers tentent de récupérer des territoires au Fezzan et des oasis, tel celui de Koufra dont ils furent jadis chassés.

Ainsi, ironie de l’Histoire, en Centrafrique comme en Libye, la mémoire de l’esclavage et de ses razzias se rappelle au souvenir des hommes à travers les événements dramatiques actuels qui, à première vue, pourraient paraître sans aucun lien.

Article paru sur le Huffington Post

Invité

Aux amateurs de jazz !

Avis aux amateurs de jazz !  Vous pourrez retrouver – à partir de l’onglet « Jazz » en tête de « C’est pour dire »  – des liens ouvrant mes articles  parus (ordre chronologique) sur le fameux site Citizen Jazz. De même, vous pourrez vous brancher sur les sites de Charlie Free et du Moulin à jazz  de Vitrolles pour y suivre programmes et activités diverses. Et que ça swingue !

Gerard Ponthieu

De sondages en sondages, selon Faber

faber-sondages-politique

© faber, 2014

Invité

Écologie. Le bilan carbone de Jicé, selon Bridget Kyoto

bridget-kyoto-écologie

Un rien l’habille.

Bridget Kyoto est le double vidéo et déjanté de Laure Noualhat, journaliste-écologiste à Libé et sur Arte, France Inter, Terraeco.net. Sa Minute nécessaire diffusée sur internet chaque semaine (concoctée avec Eric Blanchet) évoque celle de M. Cyclopède et de Pierre Desproges. Il y a là un évident lien de parenté, même si l’écologie en appelle désormais à l’urgence et à l’alerte générale. Mais on peut et doit rire de tout, du moment qu’on reste en bonne compagnie… Par exemple : – Oui bon ben c’est pas parce que t’es un « fils de » qu’on va pas te faire ton bilan carbone !

Voir ou revoir, sur « C’est pour dire » : 

Écologie. Bridget Kyoto empoigne le Système technicien de Jacques Ellul

Gerard Ponthieu

Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

jazz.-guy-longnon-conservatoire-marseille

Guy Longnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scotto)

Le jazz français, et en particulier provençal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Longnon, mort ce 4 février 2014. Trompettiste et créateur en 1964 de la première classe de jazz dans un conservatoire français, en l’occurrence celui de Marseille, il a porté sur les frontons du jazz toute une génération de musiciens parmi lesquels Bruno Angelini, André Jaume, Raphaël Imbert, Perrine Mansuy, Pierre Christophe, Alain Soler, Jean-Paul Florens, Henri Florens.

Ainsi, le saxophoniste André Jaume se souvient de la conférence sur le jazz que Guy Longnon prononça à Marseille vers 1960 et dans laquelle il précisa clairement sa préférence pour le be-bop, marquant ainsi sa dissidence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panassié. C’est aussi à cette époque qu’il renonça à jouer avec Sidney Bechet car, rappelle André Jaume, il en avait assez d’être considéré comme « un accompagnateur de chanteur ». Bechet était alors en effet une véritable star, à l’égal d’une vedette de variétés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette conférence que Pierre Barbizet, directeur du conservatoire de Marseille – et immense musicien –, l’invite à créer la classe de jazz, première du genre. Guy Longnon y consacrera toute sa carrière. Un pédagogue « fabuleux », s’exclame André Jaume, se souvenant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du classique au jazz », se référant souvent à Ellington, Parker, Clifford Brown… « Un homme très modeste », souligne encore André Jaume, rappelant que dans ses cours « il jouait du piano, de la contrebasse… mais pas de la trompette ! »

Guy Longnon avait aussi joué avec Claude Luter, Jean-Claude Fohrenbach et Moustache.  Élève au Conservatoire de Paris dans la classe de violoncelle, il fréquenta Boris Vian et le monde de Saint-Germain-des-Prés.

Claude Gravier rappelle qu’il avait chaleureusement encouragé la création en 1989 de l’association de Vitrolles Charlie Free et le Moulin à Jazz, qu’il avait soutenus dans la période « noire » de 1997 et l’avait honoré de sa présence lors de quelques concerts de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pioli, Bernard Abeille, Joseph Crimi, Philippe Renault, Henri Florens, Christian Bon, Yves Laplane…

Dans leur passionnant livre À fond de cale (éd. Wildproject) sur le jazz à Marseille, Michel Samson et Gilles Suzanne consacrent un savoureux chapitre au chamboulement provoqué par l’arrivée de Guy  Longnon dans la cité phocéenne. On y découvre une étonnante facette de Pierre Barbizet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pianiste classique. « Ah ben oui »,  répond le jazzeux. « Alors on va faire une classe de jazz », propose Barbizet. L’affaire est lancée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz précise : « J’étais complètement ahuri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement possible du jazz. »

L’affaire ne fut pas simple, ni sans péripéties, ainsi que le racontent les auteurs. Mais la descendance est assurée puisque la classe de jazz continue de vivre sous la direction du tromboniste Philippe Renault, tandis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du conservatoire, a récemment enregistré un hommage au maître.

–––           

La discographie de Guy Longnon dans Wikipedia ne mentionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sidney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Torride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Classic Jazz at Saint-Germain-des-Prés, Universal

André Jaume signale un disque en quartet avec Don Byas, sous le titre Saratoga Hound Jazz.

Il a aussi composé pour le cinéma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Terreur en Oklahoma

– 1952 : Chicago-digest

–––

Ne pas confondre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aussi trompettiste, pianiste, chanteur, compositeur de renom (né en 1953).

–––

La cérémonie des obsèques aura lieu le mardi 11 février à 14h30 au crématorium du cimetière Saint-Pierre de Marseille.

Gerard Ponthieu

Réchauffement climatique. « C’est foutu ? Non, mais… ça sera très difficile « 

Certes, une tempête ce n’est pas la mer à boire… Ah ? Mais les voilà qui se succèdent en rafales,les tempêtes, érodent les côtes comme jamais, menacent les habitations. Tandis qu’il pleut des cordes à peu près partout en Europe, voire dans le monde (sauf dans les zones désertiques, bien sûr), que les rivières débordent, les routes et les ponts s’effondrent. Certes, certes : ne pas confondre mauvaise météo et climat déréglé. M’enfin, depuis qu’on nous canule sur l’air de Tout va très bien madame la marquise, il se pourrait bien qu’on se rapproche du début de la fin.

Considérer cette information toute « fraîche »: « L’année 2013 se place au sixième rang des années les plus chaudes observées depuis le milieu du XIXe siècle, ex aequo avec 2007. Le bilan climatique préliminaire de l’année écoulée, rendu public mercredi 5 février par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), précise en outre que la température moyenne à la surface de la Terre a été de 0,5°C supérieure à la normale météorologique calculée sur la période 1961-1990. » [LE MONDE | 

rechauffement-climat-le-telegramme-inondationsEt les Bretons de déprimer encore plus sous le coup des lames géantes ou des inondations, comme à Morlaix, dont la mairesse finit par déplorer publiquement les effets d’une agriculture ravageuse des haies et talus. Plus rien ne retient l’eau  de pluie qui se déverse dans la ville comme dans un entonnoir. Serait-il donc  possible que l’activité humaine fût cause de tant de dérèglements et dégâts ?! La sagesse finirait-elle par poindre après tant de dénégations ou de contre-affirmations forcenées ?

L’humain et sa tendance à courir au devant des catastrophes – « Nous étions au bord d’un gouffre, nous avons fait un grand pas en avant »...(Félix Houphouët-Boigny). Puis, s’il en réchappe c’est aussitôt pour oublier la leçon. Ainsi claudique l’humanité.

Voyons ce qu’en dit, dans sa docte prudence, un de nos spécialistes du climat.


Pour Jean Jouzel, le réchauffement climatique… par FranceInfo

Gerard Ponthieu

L’Uruguayen José Mujica, un président vraiment pas normal

Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, détenu en tant qu’otage par la dictature (1973-1985),, José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », a été élu président de l’Uruguay le 29 novembre 2009. Il tranche par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Délaissant le palais présidentiel, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d’un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec son épouse, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à des organisations caritatives ou pour aider des « petits entrepreneurs », conservant pour lui-même l’équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Le couple présidentiel bénéficie de la protection de deux policiers à la ferme. Le patrimoine du couple présidentiel provient pour la majeure partie de madame (Mujica n’ayant comme seul bien qu’une Coccinelle de 23 ans) et est évalué en 2012 à 4,2 millions de pesos uruguayens (environ 170 000 euros). Lors de la vague de froid qu’a subie le pays en juin 2012, il a immédiatement inscrit la résidence présidentielle sur la liste des refuges pour les sans-abris. Pepe Mujica est aussi végétarien et athée. Vraiment pas normal.

Gerard Ponthieu

Déforestation. Le « progrès », ça me scie le tronc

Les stupéfiantes photos ci-dessous datent de la préhistoire. De la préhistoire des bûcherons nord-américains – canadiens ou états-uniens. Pour eux, oui, il y a un avant et un après la « chainsaw », la scie à chaîne, autrement dit la tronçonneuse. A considérer ces monstres d’arbres de plus de cinq mètres de diamètre et pouvant atteindre quatre-vingts mètres de hauteur, avec une masse totale dépassant deux mille tonnes…  on comprend mieux la révolution que cette invention a pu représenter pour les bûcherons. Tandis qu’elle sonnait le début de la déforestation industrielle.

deforestation-amerique-du-nord

© Collection Claude Guertin, Montréal

L’invention de la tronçonneuse remonte à plus ou moins un siècle selon les sources. Un Allemand, Andreas Stihl, a développé et breveté une tronçonneuse en 1925. D’autres revendiquent cette paternité. En tout cas, avant cette scie mécanique, l’industrie forestière devait relever de fameux défis, surtout aux États-Unis et au Canada où poussaient les séquoias géants et qu’il fallait abattre à la main ! Ce qui relevait de l’exploit. Ce travail d’Hercule nécessitait des hommes très costauds devant manœuvrer des scies à main de plusieurs mètres. De nombreux chevaux étaient également mobilisés pendant de longues journées de travail. Car une fois l’arbre abattu, il fallait une semaine ou plus pour le découper en tronçons pouvant être transportés par train. Tronçons gigantesques dans lesquels on pouvait à l’occasion installer un bureau ou un logement après les avoir creusés, ce qui ne devait pas non plus être une mince affaire…

Ainsi l’invention de la tronçonneuse a-t-elle marqué un tournant essentiel dans l’exploitation forestière. Comme toujours, la technique s’est avancée en douce : n’allait-elle pas libérer l’Homme en allégeant sa souffrance au travail ? En fait, elle a surtout libéré l’appétit sans limites des exploitants, aujourd’hui à l’œuvre sur l’ensemble des continents, en particulier en Amazonie, en Indonésie, en Afrique où ce ne sont pas seulement des arbres qu’on abat selon des critères industriels – ceux des abattoirs, qu’il s’agisse d’arbres ou d’animaux, pour ne pas parler des génocides humains ! –, mais des formes de vie, des cultures, des populations ancestrales qui, ignorant le « progrès » ont, à leurs manières et au long de siècles, voire de millénaires, ouvragé une osmose avec leurs milieux naturels de vie. La déforestation, vaste sujet… de désolation. Question philosophique aussi, touchant la place de l’Homme dans la nature, son rôle dévastateur lié à une insatiable avidité et cupidité. Surtout depuis qu’il est devenu sapiens, l’animal humain n’a eu de cesse de perfectionner son âpreté au profit, à la compétitivité, au rendement – tous ces horribles mots inventés en même temps que le « progrès » et son corollaire, la technique.

Gerard Ponthieu

Cavanna : « La vieillesse, pire que la mort ! »

francois-cavanna

François Cavanna – Foire du Livre de Brive-la-Gaillarde- 6 novembre 2005 Photo Oscar J. Marianez [Wikimedia Commons]

François Cavanna avait un compte à régler avec la mort. Ce 30 janvier 2014, elle a été la plus forte. Même en ayant protesté  avec tant de véhémence contre cette vacherie, rien n’y fit. Même après avoir écrit Stop-crève (1976), elle le prit entre ses terribles tenailles et le tortura au nom de Parkinson, cette « salope infâme ». Il résista néanmoins avec vaillance, jusqu’à 90 ans.

On s’était connus en 1975 lors de l’interdiction de la Revue Sexpol (sous Giscard d’Estaing, Poniatowki à l’Intérieur), interdiction qui ravivait celle d’Hara-Kiri Hebdo, en 1969. D’autant que le même prétexte avait été avancé par les sbires de l’époque : pornographie. Une telle infâmie commune créée des liens et de l’amitié.

Les deux fois, en effet, Anastatie avait agi au nom de la loi (du 16 juillet 1949, toujours en vigueur), et même au nom de la jeunesse et de sa «protection». En fait, une certaine vieillesse se rebiffait ainsi, en un soubresaut morbide, de ses débandades de 68. Quelques années plus tard, en son 34e numéro, consacré aux Vieux, Sexpol envoyait Robert Boudet, mort depuis lui aussi, la vache !, demander à Cavanna des nouvelles du front vieillissant. Résultat, deux pages titrées «Je suis trop exigeant pour être un gentil vieillard». Et  vingt ans de plus ont coulé… Ça valait le coup de revenir à la charge vers la déjà et toujours «belle tête emmitouflée de favoris», sans parler des bacchantes à la Vercingétorix. Il en résulta un long entretien qui trouva place dans un livre co-écrit avec mon ami Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cendre (Éd. Phébus, 1999). Cavanna saute à pieds joints dans ce sujet qui le taraude, le vieillissement. En voici des extraits.

• Tu criais alors ta révolte contre le vieillissement et la mort. Tu venais d’écrire Stop-Crève (chez Pauvert), qui amplifiait tes coups de gueule dans Charlie-Hebdo…

François Cavanna : Enfin, une révolte… Je ne peux pas me révolter ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? C’est plutôt une non-acceptation : je ne coopère pas à mon vieillissement, je le subis et je ne suis pas content !

• …et tu disais, tout en regrettant que nos cellules vieillissent – et nous avec : «La matière vivante, elle s’use pas». Tu crois toujours ça, du haut de tes 76 ans ?

– Il ne s’agit pas de croire ! Deux hypothèses :

Ou le vieillissement est programmé, et il fait partie du déroulement normal des événements d’une vie; par exemple la puberté, la ménopause, la croissance, etc. Voilà des événements programmés, d’avance inscrits dans le patrimoine génétique. Depuis la naissance on grandit et, à un certain moment, un signal parvient qui arrête le processus. Pareil pour la puberté, la ménopause. Quand une femme a épuisé son stock d’ovules, une fois le dernier parti, l’organisme parvient à la fin de la fécondité – non pas à la fin de sa capacité de bander, de baiser et d’aimer ! Au contraire même pour certaines femmes.

Ou bien le vieillissement est un accident. C’est-à-dire que dès la conception on est soumis à une influence par le biais d’accidents qui se produisent au niveau des noyaux des cellules et des gènes. Des accidents se produisent qui, la plupart du temps, sont neutres, n’affectent pas un gène essentiel. Sauf certaines fois. Et voilà donc une cellule qui va être boiteuse, ou même qui va mourir. Entre autres traumatismes auxquels tout être vivant se trouve soumis, se trouve le rayonnement cosmique. Il s’agit de rayonnements extrêmement puissants, qui viennent de l’espace, des corpuscules chargés qui nous traversent le corps en permanence, cognant de ci, de là une cellule ou une autre, ou pénètrent dans le noyau, voire dans le gène – ce qui peut provoquer une mutation. Comme on subit plusieurs millions d’impacts par jour, c’est forcé que la probabilité d’être sérieusement atteint devienne une certitude. Parvenus au même âge, on a tous reçu, grosso modo, la même quantité de rayonnements et donc de traumatismes; nous nous trouvons tous dans le même état, ou à peu près.

• Ceux qui s’en sortent le mieux auraient donc subi moins de bombardements dommageables ?

– Je n’en sais rien, on n’a pas fait l’expérience, mais il faudrait voir si les poissons des grandes profondeurs, par exemple, montrent un vieillissement ralenti, ou même pas de vieillissement du tout. Pourquoi les grandes profondeurs ? Parce qu’une importante masse d’eau ralentit une grande partie des rayonnements. Certains corpuscules chargés finissent par être freinés. D’autres non, comme les neutrinos, que rien n’arrête – ils traversent complètement la planète. Mais on nage en pleine hypothèse ! On sait qu’il existe un rayonnement cosmique formé d’un tas de corpuscules plus ou moins puissants qui traversent la matière vivante et ont une incidence sur elle.

Ainsi, la manière d’attaquer le problème du vieillissement diffère selon qu’on part de l’une ou l’autre hypothèse. Il est certain qu’on meurt trop jeune; on devrait vivre bien plus vieux et en bon état, sans soins spéciaux. Aujourd’hui, n’empêche, on voit de plus en plus de centenaires; dans les années 50, un centenaire apparaissait comme une merveille…

• Il y en a dans les 6 000 maintenant*, rien qu’en France…

6 000 ! Tu t’imagines… Ceux qui parviennent à 100 ans ne sont en général pas des maladifs; ils avaient sans doute un bon bagage à la naissance.

Ne pas rater : le bel hommage de François Morel dans son Billet de ce 31/1/14 sur France Inter :

• Voilà la question : le bagage, si on ne le trouve pas dans son  berceau, peut-on se le concocter, par exemple en entretenant le désir comme un moteur de vie – la machine désirante… Qu’en dis-tu ?

– On ne peut guère affirmer qu’en son propre nom. Moi, je pense que le désir ne s’efface jamais. Si on le manifeste moins à partir d’un certain âge, c’est par résignation. Il y a aussi l’aspect social : un gars jeune qui s’intéresse aux femmes, qui cavale, bon, ce n’est peut-être pas très moral aux yeux de certains, mais enfin, ce n’est pas ridicule. Mais un vieillard libidineux, hein, un vieillard qui s’intéresse au cul des jeunes filles…, eh bien il en a conscience et il ferme sa gueule. En ce qui me concerne, l’intérêt pour la féminité, pour la femme, n’a jamais faibli. Je peux dire que j’ai été un obsédé sexuel dès ma plus tendre enfance – et que je continue. Oui ! Je ne comprends pas que cette question ne soit pas la principale aux yeux des gens, l’ambition première… Le fait énorme, gigantesque, de la vie, c’est qu’il existe des femmes, la Femme avec une majuscule. Retire ça : à quoi bon vivre ? Même si tu n’as pas l’intention de mener une idylle, rien que de savoir qu’elles existent, rien que de les voir marcher dans la rue, c’est formidable ! Et puis imaginer ce qu’elles ont sous leurs vêtements, savoir que ça sent bon, ouah !… Seulement, il est certain qu’à partir d’un certain âge, si tu ne te freines pas, t’es un vieux cochon ! Moi, je ne m’en gêne pas; je me fous un peu de l’opinion des gens.

Là, on parle de désir. Mais il y a l’autre aspect : l’aboutissement. L’intéressant dans l’amour, c’est la séduction, le moment où tu sens que ça marche, quand t’es accepté, quand quelque chose est passé; elle t’a…, bon, c’est formidable. Mais que peut espérer un vieillard ? A la rigueur des jeunes filles un peu curieuses ? Mais pas une femme épanouie, par exemple une femme de quarante ans. Non, elle préférera plutôt un homme plus jeune. Les vieillardes ? Ouais… Ces idylles de maisons de retraite, ces délabrements qui se mélangent, qui… ces… Pourquoi pas, s’ils trouvent leurs satisfactions ?, mais…

• Dans Sexpol, tu parlais déjà de ces vieux en train de «pourrir vivants» et tu disais qu’en eux tu haïssais la vieillesse.

– Et que je hais en moi ! [silence] Je devais avoir entre 45 et 50 ans. Donc, je n’avais pas encore subi les attaques de la vieillesse. Je vivais pleinement ma vie, tous mes organes fonctionnaient bien. Mais je savais qu’elle viendrait, elle…  Ça me paraissait vraiment l’horreur. Pire que la mort ! Je ne pouvais pas me figurer que je supporterais ça plus tard. C’est peut-être beaucoup de narcissisme…

• Aujourd’hui, tu te ranges toi-même dans cette catégorie des vieillards ?

– Ben merde, j’ai l’âge, non ?!

• D’accord, il y a l’âge. Et puis ce qu’on vit. Tu te définirais comme un vieillard ?

– [Silence] … Ouais ! Un vieillard qui se tient bien si tu veux, qui ne tremblotte pas encore, qui bave pas sa soupe sur le menton… Mais enfin, un vieillard ! Bon, pas trop mal : on me donnerait facilement dix ans de moins… Mais enfin, est-ce que je les ai réellement, ces dix ans de moins ? Mes organes, mon corps et tout ça, ils ne les ont pas ces dix ans ?

• C’est toi qui sens.

– Ben ouais. Moi je me sens, je me sens… comme à 20 ans, oui ! Bon, si je me remettais à l’épreuve, non, je ne pourrais pas tenir trois rounds de deux minutes… Je ne pourrais pas non plus courir 100 mètres en douze secondes ! Quoi que… j’ai l’impression que je pourrais, mais…

[…]

• Biologiquement parlant, ça ne devrait pas poser de problème particulier : ce n’est pas une épreuve sportive que de faire l’amour !

– Mais faut bander, nom de dieu ! […] Quand je pense à une femme, je ne pense pas tout de suite à la pénétration. Je pense à aller fourrer mon nez là-dedans, à me remplir de son odeur sauvage ! et puis la bouffer, oh la la !… tu vois, bon ! Et le reste vient tout seul, bien sûr ! Ce qui me motive, c’est de jouir d’elle, de tout ce qui émane d’elle, de ces bonnes odeurs, de son contact, et puis de ses yeux et puis, ah ! la vache ! merde !

(Lire la suite…)

Gerard Ponthieu

Alors l’INA, on solde le patrimoine de la chanson ?

 chanson française

chanson

Bien sûr, ça ne vaut pas la Seine, mais c’est pas cher tout de même.

Alors ce soir j’attendrai Lina, même qu’elle est trop belle pour moi.

Mais si tu t’imagines

Que je vais m’ faire tout petit…

Gerard Ponthieu

Un peu d’art dans ce monde de brutes

Louis Jean François Lagrenée, "Amour et Psyché"

Louis Jean François Lagrenée, « Amour et Psyché »

« Vois-tu ce que je vois ? », me demande un copain de « C’est pour dire »  en me joignant la vidéo ci-dessous, pour le moins fascinante… Je renvoie la question aux visiteurs du lieu. 

Il s’agit d’un montage-animation, une vidéo de dix minutes faisant défiler une centaine de peintures néo-classiques, romantiques et baroques, de la Renaissance à la fin du XIXe siècle. On en trouve la liste sur le site de l’auteur, le réalisateur italien Rino Stefano Tagliafierro. Chapeau les artistes !

Alors, vos impressions, réflexions ?

Invité

  • oignon jr_flexe  
  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter – Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • C'est pour dire de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • 1emmen

    Un changement de serveur a causé la perte de quelques "cartons", en l'occurrence certaines images. Ce qui explique quelques vides dans des articles anciens.

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • oooooooooooooooooooooooooooooooo
  • Calendrier

    février 2016
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Jan  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    29 
    Copyright © 1996-2016 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress
    Peace for Paris - © Jean Jullien