On n'est pas des moutons

USA-UE. Ne pas se laisser moucher dans le TAFTA

stop-taftaJe relaie ici l’appel du col­lec­tif « Stop TAFTA » qui s’oppose à l’accord de libre-échange débridé en cours de négo­cia­tion entre les États-Unis, le Canada et l’Union euro­péenne. Voici le texte de cet appel, ainsi que quelques liens qui en dénoncent les mul­tiples et bien réels dan­gers éco­no­miques, sociaux, sani­taires, cultu­rels. Une péti­tion avait déjà cir­culé et alerté de ces périls en décembre der­nier. [Voir ici : Mon­dia­li­sa­tion. Un appel à péti­tion contre le « par­te­na­riat trans­pa­ci­fique » ]

Le 14 juin 2013, la Com­mis­sion euro­péenne a obtenu man­dat de la part de tous les États membres pour négo­cier avec les États-Unis le Trans­at­lan­tic Free Trade Area (TAFTA). Cet accord cherche à ins­tau­rer un vaste mar­ché de libre-échange entre l’Union euro­péenne et les États-Unis, allant au-delà des accords de l’OMC.

Ce pro­jet de Grand mar­ché trans­at­lan­tique vise le déman­tè­le­ment des droits de douane res­tants, entre autres dans le sec­teur agri­cole, et plus grave encore, la sup­pres­sion des « bar­rières non tari­faires » qui ampli­fie­rait la concur­rence débri­dée et empê­che­rait la relo­ca­li­sa­tion des acti­vi­tés.

Il condui­rait à un nivel­le­ment par le bas des règles sociales, éco­no­miques, sani­taires, cultu­relles et envi­ron­ne­men­tales, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. Ainsi, la pro­duc­tion de lait et de viande avec usage d’hormones, la volaille chlo­rée et bien d’autres semences OGM, com­mer­cia­li­sées aux États-Unis, pour­raient arri­ver sur le mar­ché euro­péen. Inver­se­ment, cer­taines régu­la­tions des mar­chés publics et de la finance aux États-Unis pour­raient être mises à bas.

Cet accord serait un moyen pour les mul­ti­na­tio­nales d’éliminer toutes les déci­sions publiques qui consti­tuent des entraves à l’expansion de leurs parts de mar­ché. Nous pen­sons tous que ce pro­jet consacre la domi­na­tion des mul­ti­na­tio­nales euro­péennes comme amé­ri­caines. Pour cer­tains il affirme éga­le­ment la domi­na­tion des États-Unis. À coup sûr, il asser­vi­rait les peuples des deux côtés de l’Atlantique.

stop-taftaCe pro­jet pour­rait intro­duire un méca­nisme d’arbitrage privé « inves­tis­seur-État », qui se sub­sti­tue­rait aux juri­dic­tions exis­tantes. Les inves­tis­seurs pri­vés pour­raient ainsi contour­ner les lois et les déci­sions qui les gêne­raient, per­met­tant par exemple aux pétro­liers d’imposer en France l’exploitation des gaz de schistes et autres hydro­car­bures dits non conven­tion­nels.

Une telle archi­tec­ture juri­dique limi­te­rait les capa­ci­tés déjà faibles des États à main­te­nir des ser­vices publics (édu­ca­tion, santé, etc.), à pro­té­ger les droits sociaux, à garan­tir la pro­tec­tion sociale, à main­te­nir des acti­vi­tés asso­cia­tives, sociales et cultu­relles pré­ser­vées du mar­ché, à contrô­ler l’activité des mul­ti­na­tio­nales dans le sec­teur extrac­tif ou encore à inves­tir dans des sec­teurs d’intérêt géné­ral comme la tran­si­tion éner­gé­tique. (Lire la suite…)

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Expérience : se balader dans « C’est pour dire » au gré des images… Étonnant, non ?

Encore un exploit de la bidouille infor­ma­tique, grâce à laquelle on ten­tera l’expérience sui­vante : se lais­ser gui­der par les images pour par­cou­rir une par­tie de « C’est pour dire ». Voir aussi les com­men­taires pos­sibles, à la fin du par­cours.

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Gare à nous : « Il est de retour » !

il est de retour

Photo prise à Mar­seille en ce jour férié (de fête) du 8 mai 2014. (gp)

Vous avez vu cette affiche ? Cette esquisse si puis­sam­ment évo­ca­trice, cette remar­quable effi­ca­cité gra­phique – redou­table vou­lais-je dire, sous ces trois cou­leurs on ne peut plus expli­cites. La recette est connue et, on le sait, elle a fait ses preuves, hélas !

Ainsi les Alle­mands raf­fo­le­raient de cet ouvrage (1,5 mil­lion d’exemplaires ven­dus) dont on nous annonce l’invasion en cours de la Fran­kreich. « Il est de retour » dit la mous­tache. On tremble. S’agit-il du péril brun qui se fait mena­çant par le biais des pro­chaines élec­tions euro­péennes ? S’agit-il, plus pro­ba­ble­ment, d’une de ces fic­tions des­ti­nées à nous effa­rou­cher, à nous rendre encore plus peu­reux du pire, à nous rési­gner de ce qui nous arrive, qui pour­rait être encore « plus pire » que le libé­ra­lisme déchaîné ?

 

» Lire : Peut-on rire avec Hit­ler ? (Le Monde)

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Mai 1968. Les Shadoks débarquent et se mettent à pomper

29 avril 1968. Les Sha­doks débarquent sur le petit écran de l’ORTF. Mai approche, le ver est dans la pomme. C’est le début d’une longue saga télé­vi­sée (208 épi­sodes) immor­ta­li­sée par la voix de Claude Pié­plu. Plus fort que Game of thrones, plus intense que True Detec­tive, voici les Sha­doks sai­son 1, épi­sode 1. Résumé : 

Sur la pla­nète Gibi vivent les Gibis. Sur la pla­nète Sha­dok vivent les Sha­doks. Les deux peuples ont des dif­fi­cul­tés à vivre sur leurs pla­nètes res­pec­tives et décident d’aller sur la Terre. Et c’est aussi le début de la fin. D’on ne sait quoi…

Géné­riqueréa­li­sa­teur : René Borg - scé­na­riste : Jacques Rouxel - auteur de la musique pré-exis­tante : Robert Cohen-Solal - musique ori­gi­nale : Ted Scotto ; Phi­lippe Beetz - com­men­ta­teur : Claude Pie­plu - des­si­na­teur : Jacques Rouxel ;inter­prète : Jean Cohen Solal 

Docu­ment © Ina

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Football. « La solitude du gardien de but à l’instant de sa connerie »

Quelques expli­ca­tions docu­men­tées :

• conne­rie [kɔnʀi] nom fémi­nin – étym. 1845 ◊ de con, fig. « imbé­cile » (cf. onart XIIIe); latin cun­nus

 1.  Bêtise, cré­ti­nisme.   « Si la conne­rie se mesu­rait, il ser­vi­rait de mètre éta­lon » (M. Audiard, « Le cave se rebiffe », film).

 2.  Imbé­cil­lité, absur­dité.  cucu­te­rie. Tout ça c’est des conne­ries !   bêtise.  « Quelle conne­rie la guerre » (Pré­vert).

▫ Action, parole inepte.  couillon­nade. Faire, dire des conne­ries. Arrête tes conne­ries.

▫ Erreur. bourde.

• suf­fi­sance [syfizɑ̃s] nom fémi­nin : (1640) Carac­tère, esprit suf­fi­sant  fatuité, orgueil, pré­somp­tion, auto­sa­tis­fac­tion, vanité. « Avec quel ton de suf­fi­sance il par­le­rait du pré­cep­teur de ses enfants ! » (Sten­dhal).  contraires : Insuf­fi­sance. Bon­ho­mie, fami­lia­rité, modes­tie.

foot­ball [fut­bol] nom mas­cu­lin

étym. 1888; 1698 dans un récit de voyage ◊ mot anglais « balle (ball) au pied (foot) »

Famille éty­mo­lo­gique   pied.

 1.  Vx Foot­ball rugby ( rugby), foot­ball asso­cia­tion (ou asso­cia­tion*) : sports de bal­lon en équipe.

 2.  Mod. Sport d’équipe (d’abord appelé foot­ball asso­cia­tion) oppo­sant deux équipes de onze joueurs, où il faut faire péné­trer un bal­lon rond dans les buts adverses, sans le tou­cher de la main ni du bras. région. soc­cer. Équipe de foot­ball ( onze) com­po­sée d’avants, de demis, d’arrières et d’un gar­dien (de but) ou goal.  aussi libéro, 2. stop­peur. Club, coupe, cham­pion­nat, ter­rain de foot­ball. Match de foot­ball ( 1. arbitre; attaque, but, 2. cor­ner, mi-temps, pro­lon­ga­tion; des­cente, envoi, 2. franc [coup franc], hors-jeu, 1. passe, pénalty, répa­ra­tion, shoot, tacle, tête, tir, touche, volée; blo­quer, déga­ger, se démar­quer, drib­bler, fein­ter, inter­cep­ter, lober, mar­quer, plon­ger, shoo­ter, talon­ner). Foot­ball fémi­nin. Foot­ball en salle.  fut­sal.Abrév. fam.foot[fut]. Jouer au foot.

 Foot­ball de table.  baby-foot, région. kicker.

 3.  En Amé­rique du Nord, Sport oppo­sant deux équipes de onze (foot­ball amé­ri­cain) ou douze joueurs (foot­ball cana­dien) qui doivent por­ter un bal­lon ovale jusqu’à une zone adverse en bout de ter­rain.

▫ Région. (Canada) [fut­bal] Ligue cana­dienne de foot­ball.

▫ Adj. foot­bal­lis­tique. L’actualité foot­bal­lis­tique.

(Le Petit Robert, 2012)

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À Brescia (Italie). Un pèlerin de 20 ans tué par la croix papale

Merci au « frère Jef », d’une obé­dience concur­rente, d’avoir relayé ce cas de déca­no­ni­sa­tion datant  de ce 25 avril 2014, l’avant-veille de l’apopthéose papiste au Vati­can. Un pèle­rin de 20 ans a été tué par la sta­tue (600 kg) de Jean-Paul II qui s’est effon­drée. Le drame a eu lieu à Bres­cia, en Ita­lie apos­to­lique et romaine > cf com­men­taire dans Valls, ou la laï­cité au bout du canon

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L’Apocalypse selon Sainte-Marchandise, ou T-Rex, le retour

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Le retour du T-Rex. Nour­rir la bête jusqu’à son écla­te­ment. Cli­quer sur le tableau pour mieux mesu­rer l’étendue des dégâts.

 

Ce chef d’œuvre, ci-des­sus, de l’art contem­po­rain pour­rait s’intituler L’Apocalypse selon Sainte-Mar­chan­dise. En plus syn­thé­tique, c’est une sorte de tapis­se­rie de Bayeux, ver­sion moderne,  faite & défaite nuit et jour, sans cesse, par une Péné­lope aux ordres du dieu Argent, encore dénommé Capi­ta­lisme.

Cette œuvre de l’Époque absurde, qui pré­cède celle dite de la Concen­tra­tion extrême, date en effet d’hier. Elle semble intem­po­relle, voire éter­nelle car, quoi qu’il en soit, elle datera tou­jours d’hier et de demain, c’est-à-dire de la veille de la pro­chaine pré­da­tion. Ses cou­leurs vives, gaies, flat­teuses au regard de pas­sage, affichent une trom­peuse diver­sité.

En fait, si nous nous pla­çons du point de vue évo­lu­tion­niste, l’œuvre illustre bien cette évo­lu­tion à rebours – une contre-évo­lu­tion en quelque sorte – condui­sant à la recons­ti­tu­tion des dino­saures et en par­ti­cu­lier du Tyran­no­sau­rus rex, le plus gros pré­da­teur que la Terre ait porté, le T-Rex pour les intimes.

Jul-bande dessinée- silex- préhistoireDu même point de vue – « alter-dar­wi­niste » comme dit le génial Jul dans son feuille­ton sur Arte, Silex and the city –, cette régres­sion annonce aussi la fin de la bio-diver­sité com­mer­ciale, arti­sa­nale, indus­trielle et artis­tique, autre­ment dit la dis­pa­ri­tion des espèces, sous-espèces et ainsi de suite jusqu’à la der­nière bac­té­rie uni­cel­lu­laire.

Ainsi s’annonce, pour bien­tôt (en termes de temps long), l’apo­ca­lypse repré­sen­tée par cette lucide tapis­se­rie. Celle-ci, por­tée en par­ti­cu­lier sur le monde de la Grande Bouffe (GB) et de la Très Grande Consom­ma­tion (TGC), se trouve décli­née en ses pro­vi­soires varié­tés dans les domaines de l’habillement, des loi­sirs, des médias, des trans­ports, de l’énergie, du luxe, de la culture mar­chande, et cae­tera. Sans oublier l’actuel étri­page en vue duquel s’activent avec fureur les Alsto­miens, Gene­lec­tri­cus, Sie­men­sus et autres Are­vux – toutes espèces à court terme mena­cées.

Dieu recon­naî­tra les siens, qui auront tous dis­paru. Il sera bien avancé.

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Valls, ou la laïcité au bout du canon

L’en-pire de gauche… Ce que la droite se per­met­tait comme entorses envers la laï­cité, la gauche au pou­voir le réa­lise en « mieux », le per­fec­tionne en quelque sorte. Ainsi Manuel Valls va-t-il assis­ter à la cano­ni­sa­tion conjointe de deux anciens papes, Jean XXIII et Jean-Paul II ce dimanche 27 avril à Rome. Tan­dis qu’en 2011, sous l’ancien régime…, les par­tis de gauche avaient dénoncé à rai­son la pré­sence de Fran­çois Fillon lors de la béa­ti­fi­ca­tion de Jean-Paul II. On n’est plus à un renie­ment près.

Le Pre­mier ministre va ainsi repré­sen­ter « la France » à cette céré­mo­nie déci­dée par le pape Fran­çois. Déjà qu’un autre Fran­çois, le Hol­lande, non­obs­tant pré­sident de la Répu­blique, s’était lui-même rendu au Vati­can le 24 jan­vier pour s’y entre­te­nir avec pon­tife sur des «sujets d’actualité» – famille et bioé­thique notam­ment. Voilà qui com­mence à entailler sérieu­se­ment le répu­bli­cain et laïc prin­cipe de sépa­ra­tion des églises et de l’État. Déjà qu’il se trouve bafoué depuis Napo­léon en Alsace et en Moselle, dépar­te­ments régis par le Concor­dat. C’est-à-dire que l’État y rétri­bue curés et évêques depuis 1919, nom­més qu’ils sont par le pré­sident de la Répu­blique...

En 1918, invité à assis­ter au Te Deum de l’armistice par l’archevêque de Paris, Cle­men­ceau refusa et somma le pré­sident de la Répu­blique, Poin­caré, et le pré­sident de la Chambre, Des­cha­nel de ne pas y assis­ter. Au pre­mier il fit valoir : « Vous êtes le pré­sident de tous les Fran­çais et non des seuls catho­liques. ».

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Tra­di­tions, gou­pillons mêmes com­bats [dr]

Presque cent ans plus tard, le nou­veau pre­mier ministre, qui se dit admi­ra­teur du Tigre et défen­seur farouche de la Répu­blique, a décidé de se rendre au Vati­can pour la cano­ni­sa­tion de Jean XXIII et de Jean-Paul IIBien sûr, com­ment ne pas se rendre au Vati­can après avoir été fêter l’Aïd el Kebir avec son pré­dé­ces­seur et avoir par­ti­cipé à dif­fé­rents dîners du CRIF ?

Ainsi la vul­gate poli­tique en vient-elle à nor­ma­li­ser un clé­ri­ca­lisme tous azi­muts, à pla­cer les reli­gions comme un fait poli­tique et non pas seule­ment – et par néces­sité répu­bli­caine – comme une don­née socio­lo­gique ou anthro­po­lo­gique. Ce qui finit par conduire au non-res­pect du devoir de réserve répu­bli­cain quant aux croyances per­son­nelles.

Danièle Sal­le­nave a pointé dette dérive dans son livre remar­quable, dieu.com (Gal­li­mard, 2004, déjà évo­qué ici : Dieu­donné vs Patrick Cohen. Quand fas­cisme et jour­na­lisme voguent sur le même bateau). Ce matin (25/4/14), dans sa chro­nique heb­do­ma­daire sur France Culture, l’écrivaine et aca­dé­mi­cienne, est reve­nue avec per­ti­nence sur cette essen­tielle ques­tion de société. On peut la réécou­ter ici :

• Laï­cité — Wiki­pé­dia

• Laï­cité en France — Wiki­pé­dia

• Laï­cité : Valls a besoin de repères, pas de Saints-Pères ! – Marianne

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Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés

« Nos » quatre jour­na­listes-otages sont donc ren­trés de Syrie. C’est bien. Mais plein de choses me gênent et, main­te­nant qu’ils ont été si célé­brés, je me lâche. Car tant de célé­bra­tions, jusqu’à l’indécence, m’ont en effet incom­modé. Sur­tout, cet éta­lage cor­po­ra­tiste des « pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion », comme on dit avec iro­nie. Je reprends l’expression à mon compte, en y ajou­tant… quoi ? Du dépit, de la honte (pour la « confrè­rie »), de la gêne plu­tôt, au nom de tous ceux qui, face à cette sacra­li­sa­tion impu­dique, ne peuvent que se taire.

C’en est devenu un rituel, en effet, avec ses enjeux poli­tico-média­tiques : le jour­na­liste comme héros moderne, hélas par­fois haussé au rang du mar­tyr, tombé au champ d’honneur de l’Information et de la Liberté, rapa­trié en hélico, tar­mac mili­taire, pré­sident de la Répu­blique, et tout et tout. Et pour bien faire entrer ces quatre héros au pan­théon moderne du tout-info, il aura fallu bien les pres­su­rer devant tant de micros et de camé­ras :

Dites, au moins, vous avez beau­coup souf­fert !…, « ils » ont été méchants, hein !…, et ces simu­lacres d’exécution !…

– Ben… pas tant que ça… enfin un peu quand même…

J’ai été de cette cor­po­ra­tion…, en ayant tou­jours res­senti le besoin d’une dis­tance. Avec des ques­tion­ne­ments per­son­nels et en géné­ral : Qu’est-ce qui pousse tel ou tel à deve­nir jour­na­liste ? Quid du nar­cis­sisme « pro­fes­sion­nel », du voyeu­risme, du roman­tisme, de l’ « héroïsme » et de la vanité ?

Un pro­fes­sion­nel, c’est quelqu’un… qui fait son bou­lot, de son mieux ; plus ou moins contraint ; en échange d’un salaire, plus ou moins gros. Un jour­na­liste aussi. Si son chan­tier se trouve en Syrie, et qu’il a, plus ou moins, accepté de le rejoindre, il doit œuvrer à la même tâche : com­prendre et faire com­prendre, témoi­gner aussi. Bou­lot ris­qué, dans un pays en guerre. Y être pris en otage fait par­tie des dan­gers dudit métier. Acci­dent du tra­vail. C’est heu­reux, bien sûr, qu’il soit libéré. Que l’accidenté en réchappe et gué­risse. Nor­mal, là encore, c’est le bou­lot.

otages mali

Otages au Mali depuis 2011 et 2012

Mais l’un et l’autre de ces tra­vailleurs ne connaî­tront pas le même « trai­te­ment ». Tout comme pour Serge Laza­re­vic et Gil­berto Rodri­guez Leal, enle­vés au Mali, res­pec­ti­ve­ment depuis novembre 2011 et novembre 2012. Ils ne sont pas jour­na­listes, les pauvres. Double peine ! De même pour Phi­lippe Ver­don, 53 ans, retrouvé en juillet 2013, au Mali, assas­siné d’une balle dans la tête.

Je ne veux pas cra­cher dans cette soupe qui m’a nourri, et dont je me suis d’ailleurs régalé. Mais l’outrance de ces célé­bra­tions me font dire qu’elle cache trop de non-dits et d’enjeux qui n’ont rien à voir avec le spec­tacle exhibé. Ou bien si : ils ont à voir, par contraste, avec la réa­lité vrai­ment et autre­ment dra­ma­tique de l’état du monde. Avec les vrais héros de ce monde en souf­france extrême. Ces héros de la vie ordi­naire, quo­ti­dienne ; ceux qui souffrent au jour le jour ; qui se lèvent dans la dou­leur, sans désir car cette société ne les regarde pas, ne les voit même pas ; car ils ne sont que don­nées abs­traites dans la macro-éco­no­mie mon­dia­li­sée. Tous ces héros non ren­dus assez visibles par tant de jour­na­listes assis, ayant déserté les ter­ri­toires de la grande misère ordi­naire.

Si aucun jour­na­liste n’a encore été pris en otage et gardé dans une cave obs­cure d’un quar­tier de France, c’est peut-être qu’aucun jour­na­liste (ou presque) ne s’y rend, pré­fé­rant, sans doute, de « vrais » ter­ri­toires de guerre.

• Sur Wiki­pe­dia, la notice Otage

• Sur lemonde.fr : La fille de l’otage fran­çais retenu au Mali dénonce une inéga­lité de trai­te­ment

• sur Otages-du-monde : LES 3 FRANÇAIS OTAGES DANS LE MONDE (dont RODOLFO CAZARES, FRANCO-MEXICAIN AU MEXIQUE depuis le 9 juillet 2011 - LE PLUS ANCIEN OTAGE FRANCAIS)

• Pas si à côté du sujet - lemonde.fr : Faut-il libé­rer les orques en cap­ti­vité ?

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Pâques. Ça tourne pas rond

oeufs pâques planètes

© Solar Walk

« Pâque »vient du latin popu­laire *pas­cua »  (« nour­ri­ture », du verbe pas­cere « paître »), emprunté au grec πάσχα / pás­kha, lui-même emprunté à l’hébreu פסח Pessa’h « il passa [par-des­sus] », d’où « pas­sage », est le nom de la fête juive qui com­mé­more la sor­tie d’Égypte. D’après les Évan­giles, c’est pen­dant cette fête juive (qui dure 8 jours) qu’eut lieu la résur­rec­tion de Jésus ; c’est pour­quoi le nom en a été repris pour dési­gner la fête chré­tienne. [Wiki­pe­dia]

Tant qu’on en est à célé­brer des sor­nettes, engram­mées dans notre patri­moine cultu­rel, revoyons notre sys­tème pla­né­taire à la mode ovoïde. Et révi­sons les fon­da­men­taux reli­gieux avec un mini­mum de savoir ration­nel remon­tant aux rites païens. Où l’on retrouve l’éternelle ques­tion de l’œuf ou du… lapin. La réponse appar­tient à cha­cun, à ses rêves, croyances, ima­gi­naires, désirs… ou refou­le­ments.

Cet « Happy Eas­ter ! » vient du monde anglo-saxon et de son folk­lore lié la déesse ger­ma­nique Ostera (Eas­ter pour les Anglo-saxons et Eastre pour les Scan­di­naves) dont le lapin, ou le lièvre,  était l’attribut sym­bo­li­sant la fécon­dité. Mais de nom­breuses cou­tumes datant de la plus haute Anti­quité des­ti­nées à accueillir le retour du prin­temps se rat­ta­chèrent à la fête de Pâques. L’œuf est le sym­bole de la ger­mi­na­tion qui se pro­duit au début du prin­temps.

Pas très catholique…

Pas très catho­lique…

La tra­di­tion d’offrir des œufs remonte à l’Antiquité. Les Égyp­tiens et les Romains offraient des œufs peints à la déesse mère (Vénus, Isis, Semi­ra­mis...). À l’époque pha­rao­nique, on écri­vait en cou­leurs des vœux sur les œufs, on les dépo­sait le soir dans un panier qui, au matin était inondé par les bien­faits de Ra, le Soleil. Les pre­miers chré­tiens coptes ont sup­primé l’écriture des vœux et peint les œufs en rouge pour sym­bo­li­ser le sang du Christ. Cette tra­di­tion païenne s’est répan­due dans toute la chré­tienté jusqu’à nos jours (le com­merce ayant quelque peu adapté les pro­duits… > image impie ci-contre).

Comme pour Noël, la date de Pâques cor­res­pond à des évé­ne­ments astro­no­miques mar­quant les rites païens. La défi­ni­tion actuelle de la date de Pâques a été arrê­tée en 325 lors du concile de Nicée. « Pâques est le dimanche qui suit le qua­tor­zième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immé­dia­te­ment après  ». Le qua­tor­zième jour de la Lune étant le jour de la pleine Lune et le 21 mars cor­res­pon­dant à la date de l’équi­noxe de prin­temps, cette défi­ni­tion est sou­vent tra­duite de la manière sui­vante : Pâques est le pre­mier dimanche qui suit la pre­mière pleine Lune de Prin­temps. Cette seconde défi­ni­tion est trom­peuse car elle laisse entendre que la date de Pâques est le résul­tat d’un cal­cul astro­no­mique basé sur la déter­mi­na­tion de l’équinoxe de prin­temps et de la pre­mière pleine Lune sui­vant cet équi­noxe. En réa­lité il n’en est rien, le cal­cul de la date de Pâques se fait à l’aide d’un calen­drier per­pé­tuel lunaire uti­li­sant une Lune moyenne fic­tive (Lune ecclé­sias­tique). Cette méthode de cal­cul porte le nom de com­put ecclé­sias­tique.  [ http://www.imcce.fr/promenade/pages4/440.html ]

Ainsi va le monde. « Et pour­tant il tourne » – pas bien rond.

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Affaire « Aquilino Morelle ». Dix accessoires indispensables au bon exercice du Pouvoir

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C’est une expé­rience éter­nelle que tout homme qui a du pou­voir est porté à en abu­ser (...) Pour qu’on ne puisse abu­ser du pou­voir, il faut que, par la dis­po­si­tion des choses, le pou­voir arrête le pou­voir  Mon­tes­quieu,             De l’esprit des lois 

Emprun­tons au Monde du jour [19/4/14] et au pho­to­graphe S. Cal­vet de l’agence Diver­gence, cette image muette et pour­tant si par­lante. C’est pour­quoi nous allons la sous-titrer, spé­cia­le­ment pour les sourds et mal-enten­dants (en poli­tique). Il s’agit d’une séquence ordi­naire tirée de la super-pro­duc­tion qui car­tonne actuel­le­ment sur la grande scène du Spec­tacle sous le titre Pou­voir & Poli­tique. C’est une série sans fin pro­gram­mée, qui sait se renou­ve­ler sans cesse et sans peine, au gré des répé­ti­tions, impro­vi­sa­tions, repré­sen­ta­tions qui émaillent la Grande Scène du Pou­voir. Petit démon­tage en dix points.

À par­tir de cet ins­tan­tané (photo ci-des­sus), recons­ti­tuons, comme dans une de ces scènes de crime si chères aux séries télé, les élé­ments néces­saires et plus que suf­fi­sants au bon usage des pro­ta­go­nistes.

Ah ! j’oubliais un détail, vrai­ment ano­din car désor­mais banal : il s’agit de la nou­velle Affaire dite « Aqui­lino Morelle », du nom de son acteur prin­ci­pal, por­tant ici le dos­sard n°1.

Aqui­lino Morelle, né le 5 juin 1962 à Paris, est un méde­cin et homme poli­tique fran­çais. Il a notam­ment été conseiller de Lio­nel Jos­pin, lorsque celui-ci était Pre­mier ministre, de 1997 à 20021. Du 15 mai 2012 au 18 avril 2014, il est conseiller poli­tique au cabi­net du pré­sident de la Répu­blique Fran­çois Hol­lande.

Né d’une famille d’immigrés espa­gnols[…] Aqui­lino Morelle a vécu durant toute son enfance dans le quar­tier popu­laire pari­sien de Bel­le­ville, et une par­tie de son ado­les­cence dans le XVIe arron­dis­se­ment de Paris, où il a décou­vert l’autre côté de la vie pari­sienne tout en pour­sui­vant des études de méde­cine.

Son père était ouvrier affû­teur chez Citroën à Nan­terre ; sa mère, femme au foyer.

Il est doc­teur en méde­cine et a effec­tué son inter­nat aux Hôpi­taux de Paris (1985 à 1988). Paral­lè­le­ment à ses études de méde­cine, il intègre Sciences Po, puis réus­sit au concours d’entrée à l’ENA, dont il sort diplômé en 1992 dans la « pro­mo­tion Condor­cet ».

Aqui­lino Morelle a été marié à la jour­na­liste Eli­za­beth Mar­ti­choux. Il est le com­pa­gnon actuel de Lau­rence Engel, énarque (Pro­mo­tion Condor­cet) et direc­trice de cabi­net auprès d’Aurélie Filip­petti au minis­tère de la Culture. Lau­rence Engel est pres­sen­tie pour prendre la tête du Musée Picasso.

De cette bio extraite de Wiki­pe­dia (voir la suite), on retient le rac­courci : fils d’immigrés pauvres > Bel­le­ville > XVIe > méde­cine > Sciences Po > ENA > femme jour­na­liste > Jos­pin > Hol­lande. Il y aura aussi un pas­sage chez Euro RSCG (vous savez Séguéla, sa Rolex, et tout) avec séjour de deux ans aux Etats-Unis.

V’là notre homme fin équipé ou presque. Il lui faut le cos­tard (1), genre cache­mire, sur mesure bien sûr. La dame à côté (2), bien qu’UMP (alors secré­taire d’État char­gée de la Santé) s’habille chez le même tailleur, ou pas loin. Elle aussi a tra­vaillé pour des groupes phar­ma­ceu­tiques. Voilà pour­quoi elle est si syn­chro­ni­sée avec son voi­sin : même croi­se­ment de jambe, même élé­gance rigide dans le port de anthra­cite qui sied tant aux gens de pou­voir (3). Ils ont du vécu com­mun, et cette science de l’entregent. À côté d’eux (4), le chef de l’IGAS (Ins­pec­tion géné­rale des affaires sociales) res­semble à un prolo (enfin presque).

Des pen­sées pour (liste non exhaus­tive) :

- Woerth (vente de la forêt de Com­piègne au rabais) ;

- Ber­trand (Média­tor) ;

- Das­sault (achats de votes);

- Gué­rini (asso­cia­tion de mal­fai­teurs) ;

- Cahu­zac (blan­chi­ment d’argent, fraude fis­cale.) ;

- Dal­lon­ge­ville (cor­rup­tion) ;

- Bal­la­dur (Kara­chi) ;

- Guéant (Libye) et Sar­kozy (Libye aussi), entre autres.

Mais le sieur serait bien incom­plet sans sa paire de pompes (5), attri­but es-sen-tiel de tout bon cour­ti­san – depuis Louis XIV au moins, sou­ve­nons-nous du film Ridi­cule (de Patrice Leconte, 1996) qui montre la ter­rible déchéance d’un baron à côté de ses grolles ava­chies. Aqui­lino a retenu la leçon : ses godasses, il les bichonne et les fait bichon­ner, par un cireur exprès convo­quéMédia­part assène : « […] Aqui­lino Morelle a 30 paires de sou­liers de luxe faites sur-mesure, pour son pied qui a une forme par­ti­cu­lière. Des Davi­son, des Wes­ton… » « […] (Il) aurait fait « pri­va­ti­ser » (sic) « à deux reprises, un salon de l’hôtel Mari­gny afin de se faire cirer les chaus­sures seul au milieu de cette pièce toute en dorures ». Et l’un de ses chauf­feurs « véhi­cule son fils pour des acti­vi­tés per­son­nelles « .

Ah les godasses d’Aquilino ! Féti­chiste, lui aussi, tout comme son illustre pré­dé­ces­seur, Roland Dumas, autre grand ser­vi­teur de la Répu­blique ? Lui avait pré­féré des Ber­luti à 11.000 francs. Cha­cun ses goûts (Julien Dray, lui, c’est les montres).

Autres acces­soires indis­pen­sables aux gens de pou­voir, acces­soires et preuves de la réa­lité dudit pou­voir. C’est enivrant : les salons à hauts pla­fonds (6) com­plé­ments de l’épaisse moquette (7), ici comme fleur­de­li­sée (restes de l’Ancien régime). Enfin les médias, la presse, les pho­to­graphes (8) sans les­quels tout cela ne serait que vaine mas­ca­rade, puisque sans public, sans recon­nais­sance, sans adu­la­tion nar­cis­sique (croient-ils), sans RIEN !

Enfin, secon­daire mais non inutile, bien qu’ici fou­lés aux pieds ver­nis­sés : les dos­siers, gros, bouf­fis, énormes dos­siers (9) que jamais on ne lira mais qui attestent du « sérieux de l’affaire » et de ses fameux ser­vi­teurs. Dire qu’une feuille (10) s’est éga­rée entre les pieds (de chaise) dans l’indifférence de ce moment si impor­tant pour l’avenir de la Santé en France ! À quoi ça tient, l’avenir.

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Pour saluer Gabriel Garcia Marquez

Gabriel Garcia Marquez,

Gabriel Gar­cia Mar­quez, Ph. Jose Lara, 2002

Gabriel Gar­cia Mar­quez est mort hier à Mexico, à 87 ans. Un monu­ment. Tous ces morts, on en parle plus que des vivants. N’ont-ils pas « fait leurs preuves », le cuir tanné à la vie, le « bilan » der­rière eux ? 

Hier soir, donc, le JT de France 3, via sa cor­res­pon­dante à Mexico, le pré­sen­tait comme un écri­vain mexi­cain… Tout juste s’il avait été signalé comme Colom­bien. Qu’importe, c’était un latino, le plus uni­ver­sel des his­pa­niques, disons après Cer­vantes et en étant quelque peu injuste pour les autres : de Juan Rulfo à Mario Var­gas Llosa, en pas­sant par Jorge Luis Borjes, Julio Cor­ta­zar et Car­los Fuentes. Et aussi le Cubain Alejo Car­pen­tier et les très contem­po­rains José Lezama Lima, Rei­naldo Are­nas, Pedro Juan Gutier­rez.

Je parle des Cubains, ceux de Cuba, que Marques aura tra­his par son inféo­da­tion totale à Fidel Cas­tro et à son régime abo­mi­nable. De retour de là-bas, en 2008 je lui dédiais en quelque sorte mon repor­tage :  « […] J’y suis retourné [à Cuba], pre­nant au mot l’écrivain colom­bien Gabriel Gar­cia Mar­quez. Celui-ci (et quel écri­vain, bon sang !, mais moindre jour­na­liste) s’étant vu atta­qué sur son atti­tude pro-cas­triste a fini par répli­quer : “Et puis zut, ne me croyez pas sur parole. Allez voir sur place !” Donc j’y suis allé, pour voir “de mes yeux vu” » [Repor­tage paru dans Poli­tis, télé­char­geable ici.]

nl_Cienanosde_soledad9Cha­cun ses « fide­li­tés », à la hau­teur de ses contra­dic­tions. Le lot de ces humains dont il était, ô com­bien. On ne pour­rait sans cela avoir écrit de tels chefs d’œuvre, dont le Cent ans de soli­tude, qui tient de l’Odyssée, ver­sion latino-amé­ri­caine, dans le délire, la luxu­riance, l’excès et l’entière huma­nité, comme disait Mon­taigne.

Ces quelques lignes un peu trop à la va-vite, pour saluer l’homme et aussi le jour­na­liste, grand ami du repor­ter polo­nais Rys­zard Kapus­cinski avec qui il avait fondé à Bogota cette école pour un jour­na­lisme « autre », en fait à fort pen­chant lit­té­raire et, sur ce plan contes­table.

De « Gabo », son sur­nom fami­lier, et de son chef d’œuvre, je retiens deux pas­sages à mes yeux essen­tiels – et sur deux registres bien typés :

• « […Le savoir est peine per­due s’il n’est pos­sible de s’en ser­vir pour inven­ter une nou­velle manière d’accommoder les pois chiches. » (p. 408, Le Seuil).

• « […] que le secret d’une bonne vieillesse n’était rien d’autre que la conclu­sion d’un pacte hono­rable avec la soli­tude. » (p.213)

Lire aussi, entre autres :

Mort de Gabriel Garcia Marquez, légende de la littérature (Le Monde)

Gabriel García Márquez (Wikipedia)

Ryszard Kapuscinski. Engagé comme un journaliste (C’est pour dire)

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Exclusif. On a retrouvé le fils caché de Tintin !

Tintin a un fils ! La nou­velle est d’autant plus sen­sa­tion­nelle qu’on ne connais­sait d’aventures au célèbre héros belge, ni même d’ailleurs d’activité sexuelle – ni au Congo, ni chez les soviets. Rien non plus avec la Cas­ta­fiore, pas davan­tage avec les Dupontd. Pour­tant ce fils, Pierre D.  l’a retrouvé. Le voici, dans un bou­le­ver­sant docu­ment de 1982.

  • La minute néces­saire de Mon­sieur Cyclo­pède, France 3. Réa­li­sa­teur : Jean-Louis Four­nier. Inter­prète : Pierre Des­proges. © Ina
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Nucléaire. Voyage au pays des forçats de l’atome, une enquête du Monde

En France, 22 000 sous-trai­tants effec­tuent les trois quarts des opé­ra­tions de main­te­nance des dix-neuf cen­trales EDF – cin­quante-huit réac­teurs. Ces tra­vailleurs sont les plus expo­sés à la radio­ac­ti­vité. On les appelle les for­çats de l’atome – ce qu’ils sont en effet, ainsi que le montre l’enquête menée par Rémi Bar­roux, que vient de publier Le Monde sous le titre : « Nucléaire : voyage au pays des for­çats de l’atome ».

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La ques­tion de ces tra­vailleurs est aussi vieille que l’industrie nucléaire, dif­fé­rente des autres acti­vi­tés indus­trielles du fait de ses spé­ci­fi­ci­tés liées à la radio­ac­ti­vité. L’exposition aux rayons ioni­sants pré­sente au moins deux types de risques sur la santé : d’une part un risque per­ma­nent – cer­taines inter­ven­tions ont lieu sans pro­tec­tion pos­sible – et éga­le­ment acci­den­tel (risques tech­niques et humains) ; d’autre part un risque cumu­la­tif : le corps absorbe les rayons dont les effets s’additionnent et, avec eux, les risques de lésions des tis­sus, notam­ment sous forme de can­cers.

L’exploitant nucléaire, EDF, a vite pris la mesure des incon­vé­nients d’exposer son propre per­son­nel à de tels risques, à cause des obli­ga­tions légales et – on y revient tou­jours – des coûts engen­drés par les soins, indem­ni­tés et pour­suites judi­ciaires. D’où l’idée – géniale, géné­reuse, phi­lan­thro­pique – de recou­rir à des socié­tés de sous-trai­tants avec leurs per­son­nels exté­rieurs sous contrats pri­vés ou inté­ri­maires, taillables et cor­véables.

C’est notam­ment ce que dénonce cette belle enquête jour­na­lis­tique, repre­nant par les faits et témoi­gnages ce que le film de Rebecca Zlo­towski, Grand Cen­tral [extrait], a traité récem­ment (2013), racon­tant la vie de ces sous-trai­tants du nucléaire. « C’est un com­bat contre la dose, inco­lore, inodore, invi­sible, elle est par­tout », lance l’acteur Oli­vier Gour­met au nou­vel arri­vant inter­prété par Tahar Rahim. Plus tard, dans le film, un des sala­riés planque son dosi­mètre pour pou­voir conti­nuer de tra­vailler. Exces­sif, cari­ca­tu­ral ! objec­te­ront les nucléo­crates. Ah oui ? s’est demandé le jour­na­liste du Monde en allant à la source, comme il se devait.

Extraits :

En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 mil­li­rems . On s’entraînait beau­coup pour ne pas perdre de temps et on décou­pait l’action pour répar­tir la dose entre nous. En deux ans, j’avais pris 250 mil­li­sie­verts. Entre nous, on s’appelait les sau­cisses à griller.

« De fait, le fossé est grand entre ceux qui assurent les « ser­vi­tudes nucléaires », rebap­ti­sées « logis­tique » par EDF, ceux qui sont char­gés de l’entretien, du tri des déchets ou de la décon­ta­mi­na­tion des pis­cines, entre ceux qui posent les tabliers de plomb pour per­mettre à d’autres d’intervenir en étant mieux pro­té­gés, et les tra­vaux plus qua­li­fiés. Cette divi­sion se tra­duit par des ten­sions sur le ter­rain. « Il n’y a pas de rai­son que l’on fasse 80 % de l’activité, que l’on prenne 80 % de la dose et qu’on n’ait pas les mêmes avan­tages que ceux d’EDF », pro­teste Charles Rumaux, 50 ans, lui aussi chez Essor.

« Aux vexa­tions des inéga­li­tés de sta­tut, comme ces res­tau­rants d’entreprise ou ces par­kings inter­dits aux sous-trai­tants, s’ajoute l’incompréhension de voir de jeunes agents EDF venir contrô­ler un tra­vail qu’ils ne connaissent pas. « Il y a beau­coup de jalou­sie, de frus­tra­tion par rap­port à nous, recon­naît Eli­sa­beth Pozzi, d’EDF, res­pon­sable SUD-Ener­gie à la cen­trale de Dam­pierre-en-Burly (Loi­ret). J’ai même vu des graf­fi­tis “EDF encu­lés” dans les ves­tiaires.

« Après avoir été l’une des pre­mières femmes en France à grim­per aux poteaux élec­triques pour l’entreprise publique, Eli­sa­beth Pozzi, 46 ans, est entrée dans les géné­ra­teurs de vapeur pour poser les « bou­chons » – qui obturent les tuyaux reliant le géné­ra­teur au réac­teur. « Jum­per », c’est le poste le plus exposé. L’opération ne doit pas durer plus de deux minutes, tant l’irradiation est forte. « En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 mil­li­rems . On s’entraînait beau­coup pour ne pas perdre de temps et on décou­pait l’action pour répar­tir la dose entre nous, raconte-t-elle. En deux ans, j’avais pris 250 mil­li­sie­verts. Entre nous, on s’appelait les sau­cisses à griller. »

En prin­cipe, on peut lire l’enquête de Rémi Bar­roux en ligne à par­tir de ce lien :

Nucléaire : voyage au pays des forçats de l’atome

[clear-line]• Pour la sixième année consé­cu­tive, la Fon­da­tion Coper­nic, repré­sen­tée par Michel Bianco, orga­nise à Venelles (Bouches-du-Rhône) une ren­contre dans le cadre de la « Jour­née mon­diale de la sécu­rité et de la santé au tra­vail », ini­tiée par l’Organisation Inter­na­tio­nale du Tra­vail (OIT) en 2003, et qui porte, cette année, sur « la sécu­rité et la santé dans l’utilisation des pro­duits chi­miques au tra­vail ». Sur ce thème, la Fon­da­tion Coper­nic a décidé, en par­te­na­riat avec la mai­rie, une opé­ra­tion de sen­si­bi­li­sa­tion à la pro­tec­tion des tra­vailleurs et de l’environnement en direc­tion du grand public et des médias locaux, sur le mar­ché de Venelles ce samedi 26 avril 2014 de 8 h à 12 h.

[clear-line]

Lire aussi : 

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Faber : « Comment j’ai réchappé à l’enfer du fer ! » (exclusif)

andre-faber-fenschMon ami Faber, mon cher Dédé, des­si­na­teur de talent, bien connu dans la galaxie, et reconnu sur « C’est pour dire » et autres mul­tiples organes média­tiques – vir­gule – n’est pas non plus man­chot de la plume. Je le savais depuis long­temps. Mais là, il vient de sor­tir un vrai beau bou­quin en papier de bois d’arbre 😉 inti­tulé Fensch - Les Hauts-four­neaux ne repoussent pas. Il y raconte son his­toire de Lor­rain qui échappe, de peu, à l’engrenage de la fer­raille à broyer du prolo. Ce qu’il en dit lui-même : « Ce récit – hom­mage aux hommes du fer, à mes potes, et sur­tout à mon pater – ne fait pas dans la nos­tal­gie. Votre ser­vi­teur a fait ses classes dans les ate­liers et usines sidé­rur­giques de Moselle en prolo roman­tique, tou­jours pas foutu de savoir dans quel sens on dévisse un écrou. Les usines étaient là pour que je m’en sauve. » C’est bien ça, tout à fait ça, j’en témoigne, moi qui ai lu l’ouvrage par des­sus l’épaule de son ouvrier, tan­dis qu’il limait chaque mot au micron près et que sa sueur embau­mait toute la val­lée des « anges » (déchus) : Flo­range, Gan­drange, Knu­tange, Hayange…, attei­gnant le Luxem­bourg, la Sarre et même la Ruhr. Pour dire l’ampleur de l’affaire : de la belle ouvrage d’éditeur (Éd. Fran­çois Bou­rin), illus­trée de la main gauche du Faber en chair et os, et avec ça pré­fa­cée par Gérard Mor­dillat en vrai. Et le tout pour 18 euros – cadeau ! (Librai­ries et inter­net).

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  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros + 5 euros de frais d’envoi, soit 20 euros. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    Vous pou­vez aussi régler par chèque à Gérard Pon­thieu 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille

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    Il s’agit d’un album-photo de qua­lité, à tirage soi­gné et limité, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl). Fran­çois et Gérard Pon­thieu

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la vérité s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • 1emmen

    Un changement de serveur a causé la perte de quelques « cartons », en l’occurrence certaines images. Ce qui explique quelques vides dans des articles anciens.

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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