On n'est pas des moutons

L’Apocalypse selon Sainte-Marchandise, ou T-Rex, le retour

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Le retour du T-Rex. Nourrir la bête jusqu’à son éclatement. Cliquer sur le tableau pour mieux mesurer l’étendue des dégâts.

 

Ce chef d’œuvre, ci-dessus, de l’art contemporain pourrait s’intituler L’Apocalypse selon Sainte-Marchandise. En plus synthétique, c’est une sorte de tapisserie de Bayeux, version moderne,  faite & défaite nuit et jour, sans cesse, par une Pénélope aux ordres du dieu Argent, encore dénommé Capitalisme.

Cette œuvre de l’Époque absurde, qui précède celle dite de la Concentration extrême, date en effet d’hier. Elle semble intemporelle, voire éternelle car, quoi qu’il en soit, elle datera toujours d’hier et de demain, c’est-à-dire de la veille de la prochaine prédation. Ses couleurs vives, gaies, flatteuses au regard de passage, affichent une trompeuse diversité.

En fait, si nous nous plaçons du point de vue évolutionniste, l’œuvre illustre bien cette évolution à rebours – une contre-évolution en quelque sorte – conduisant à la reconstitution des dinosaures et en particulier du Tyrannosaurus rex, le plus gros prédateur que la Terre ait porté, le T-Rex pour les intimes.

Jul-bande dessinée- silex- préhistoireDu même point de vue – « alter-darwiniste » comme dit le génial Jul dans son feuilleton sur Arte, Silex and the city –, cette régression annonce aussi la fin de la bio-diversité commerciale, artisanale, industrielle et artistique, autrement dit la disparition des espèces, sous-espèces et ainsi de suite jusqu’à la dernière bactérie unicellulaire.

Ainsi s’annonce, pour bientôt (en termes de temps long), l’apocalypse représentée par cette lucide tapisserie. Celle-ci, portée en particulier sur le monde de la Grande Bouffe (GB) et de la Très Grande Consommation (TGC), se trouve déclinée en ses provisoires variétés dans les domaines de l’habillement, des loisirs, des médias, des transports, de l’énergie, du luxe, de la culture marchande, et caetera. Sans oublier l’actuel étripage en vue duquel s’activent avec fureur les Alstomiens, Genelectricus, Siemensus et autres Arevux – toutes espèces à court terme menacées.

Dieu reconnaîtra les siens, qui auront tous disparu. Il sera bien avancé.

Gerard Ponthieu
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Valls, ou la laïcité au bout du canon

L’en-pire de gauche… Ce que la droite se permettait comme entorses envers la laïcité, la gauche au pouvoir le réalise en « mieux », le perfectionne en quelque sorte. Ainsi Manuel Valls va-t-il assister à la canonisation conjointe de deux anciens papes, Jean XXIII et Jean-Paul II ce dimanche 27 avril à Rome. Tandis qu’en 2011, sous l’ancien régime…, les partis de gauche avaient dénoncé à raison la présence de François Fillon lors de la béatification de Jean-Paul II. On n’est plus à un reniement près.

Le Premier ministre va ainsi représenter « la France » à cette cérémonie décidée par le pape François. Déjà qu’un autre François, le Hollande, nonobstant président de la République, s’était lui-même rendu au Vatican le 24 janvier pour s’y entretenir avec pontife sur des «sujets d’actualité» – famille et bioéthique notamment. Voilà qui commence à entailler sérieusement le républicain et laïc principe de séparation des églises et de l’État. Déjà qu’il se trouve bafoué depuis Napoléon en Alsace et en Moselle, départements régis par le Concordat. C’est-à-dire que l’État y rétribue curés et évêques depuis 1919, nommés qu’ils sont par le président de la République…

En 1918, invité à assister au Te Deum de l’armistice par l’archevêque de Paris, Clemenceau refusa et somma le président de la République, Poincaré, et le président de la Chambre, Deschanel de ne pas y assister. Au premier il fit valoir : « Vous êtes le président de tous les Français et non des seuls catholiques. ».

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Traditions, goupillons mêmes combats [dr]

Presque cent ans plus tard, le nouveau premier ministre, qui se dit admirateur du Tigre et défenseur farouche de la République, a décidé de se rendre au Vatican pour la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II… Bien sûr, comment ne pas se rendre au Vatican après avoir été fêter l’Aïd el Kebir avec son prédécesseur et avoir participé à différents dîners du CRIF ?

Ainsi la vulgate politique en vient-elle à normaliser un cléricalisme tous azimuts, à placer les religions comme un fait politique et non pas seulement – et par nécessité républicaine – comme une donnée sociologique ou anthropologique. Ce qui finit par conduire au non-respect du devoir de réserve républicain quant aux croyances personnelles.

Danièle Sallenave a pointé dette dérive dans son livre remarquable, dieu.com (Gallimard, 2004, déjà évoqué ici : Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau). Ce matin (25/4/14), dans sa chronique hebdomadaire sur France Culture, l’écrivaine et académicienne, est revenue avec pertinence sur cette essentielle question de société. On peut la réécouter ici :

• Laïcité — Wikipédia

• Laïcité en France — Wikipédia

• Laïcité : Valls a besoin de repères, pas de Saints-Pères ! – Marianne

Gerard Ponthieu
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Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés

« Nos » quatre journalistes-otages sont donc rentrés de Syrie. C’est bien. Mais plein de choses me gênent et, maintenant qu’ils ont été si célébrés, je me lâche. Car tant de célébrations, jusqu’à l’indécence, m’ont en effet incommodé. Surtout, cet étalage corporatiste des « professionnels de la profession », comme on dit avec ironie. Je reprends l’expression à mon compte, en y ajoutant… quoi ? Du dépit, de la honte (pour la « confrèrie »), de la gêne plutôt, au nom de tous ceux qui, face à cette sacralisation impudique, ne peuvent que se taire.

C’en est devenu un rituel, en effet, avec ses enjeux politico-médiatiques : le journaliste comme héros moderne, hélas parfois haussé au rang du martyr, tombé au champ d’honneur de l’Information et de la Liberté, rapatrié en hélico, tarmac militaire, président de la République, et tout et tout. Et pour bien faire entrer ces quatre héros au panthéon moderne du tout-info, il aura fallu bien les pressurer devant tant de micros et de caméras :

Dites, au moins, vous avez beaucoup souffert !…, « ils » ont été méchants, hein !…, et ces simulacres d’exécution !…

– Ben… pas tant que ça… enfin un peu quand même…

J’ai été de cette corporation…, en ayant toujours ressenti le besoin d’une distance. Avec des questionnements personnels et en général : Qu’est-ce qui pousse tel ou tel à devenir journaliste ? Quid du narcissisme « professionnel », du voyeurisme, du romantisme, de l’ « héroïsme » et de la vanité ?

Un professionnel, c’est quelqu’un… qui fait son boulot, de son mieux ; plus ou moins contraint ; en échange d’un salaire, plus ou moins gros. Un journaliste aussi. Si son chantier se trouve en Syrie, et qu’il a, plus ou moins, accepté de le rejoindre, il doit œuvrer à la même tâche : comprendre et faire comprendre, témoigner aussi. Boulot risqué, dans un pays en guerre. Y être pris en otage fait partie des dangers dudit métier. Accident du travail. C’est heureux, bien sûr, qu’il soit libéré. Que l’accidenté en réchappe et guérisse. Normal, là encore, c’est le boulot.

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Otages au Mali depuis 2011 et 2012

Mais l’un et l’autre de ces travailleurs ne connaîtront pas le même « traitement ». Tout comme pour Serge Lazarevic et Gilberto Rodriguez Leal, enlevés au Mali, respectivement depuis novembre 2011 et novembre 2012. Ils ne sont pas journalistes, les pauvres. Double peine ! De même pour Philippe Verdon, 53 ans, retrouvé en juillet 2013, au Mali, assassiné d’une balle dans la tête.

Je ne veux pas cracher dans cette soupe qui m’a nourri, et dont je me suis d’ailleurs régalé. Mais l’outrance de ces célébrations me font dire qu’elle cache trop de non-dits et d’enjeux qui n’ont rien à voir avec le spectacle exhibé. Ou bien si : ils ont à voir, par contraste, avec la réalité vraiment et autrement dramatique de l’état du monde. Avec les vrais héros de ce monde en souffrance extrême. Ces héros de la vie ordinaire, quotidienne ; ceux qui souffrent au jour le jour ; qui se lèvent dans la douleur, sans désir car cette société ne les regarde pas, ne les voit même pas ; car ils ne sont que données abstraites dans la macro-économie mondialisée. Tous ces héros non rendus assez visibles par tant de journalistes assis, ayant déserté les territoires de la grande misère ordinaire.

Si aucun journaliste n’a encore été pris en otage et gardé dans une cave obscure d’un quartier de France, c’est peut-être qu’aucun journaliste (ou presque) ne s’y rend, préférant, sans doute, de « vrais » territoires de guerre.

• Sur Wikipedia, la notice Otage

• Sur lemonde.fr : La fille de l’otage français retenu au Mali dénonce une inégalité de traitement

• sur Otages-du-monde : LES 3 FRANÇAIS OTAGES DANS LE MONDE (dont RODOLFO CAZARES, FRANCO-MEXICAIN AU MEXIQUE depuis le 9 juillet 2011 – LE PLUS ANCIEN OTAGE FRANCAIS)

• Pas si à côté du sujet – lemonde.fr : Faut-il libérer les orques en captivité ?

Gerard Ponthieu
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Pâques. Ça tourne pas rond

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© Solar Walk

« Pâque »vient du latin populaire *pascua »  (« nourriture », du verbe pascere « paître »), emprunté au grec πάσχα / páskha, lui-même emprunté à l’hébreu פסח Pessa’h « il passa [par-dessus] », d’où « passage », est le nom de la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte. D’après les Évangiles, c’est pendant cette fête juive (qui dure 8 jours) qu’eut lieu la résurrection de Jésus ; c’est pourquoi le nom en a été repris pour désigner la fête chrétienne. [Wikipedia]

Tant qu’on en est à célébrer des sornettes, engrammées dans notre patrimoine culturel, revoyons notre système planétaire à la mode ovoïde. Et révisons les fondamentaux religieux avec un minimum de savoir rationnel remontant aux rites païens. Où l’on retrouve l’éternelle question de l’œuf ou du… lapin. La réponse appartient à chacun, à ses rêves, croyances, imaginaires, désirs… ou refoulements.

Cet « Happy Easter ! » vient du monde anglo-saxon et de son folklore lié la déesse germanique Ostera (Easter pour les Anglo-saxons et Eastre pour les Scandinaves) dont le lapin, ou le lièvre,  était l’attribut symbolisant la fécondité. Mais de nombreuses coutumes datant de la plus haute Antiquité destinées à accueillir le retour du printemps se rattachèrent à la fête de Pâques. L’œuf est le symbole de la germination qui se produit au début du printemps.

Pas très catholique…

Pas très catholique…

La tradition d’offrir des œufs remonte à l’Antiquité. Les Égyptiens et les Romains offraient des œufs peints à la déesse mère (Vénus, Isis, Semiramis…). À l’époque pharaonique, on écrivait en couleurs des vœux sur les œufs, on les déposait le soir dans un panier qui, au matin était inondé par les bienfaits de Ra, le Soleil. Les premiers chrétiens coptes ont supprimé l’écriture des vœux et peint les œufs en rouge pour symboliser le sang du Christ. Cette tradition païenne s’est répandue dans toute la chrétienté jusqu’à nos jours (le commerce ayant quelque peu adapté les produits… > image impie ci-contre).

Comme pour Noël, la date de Pâques correspond à des événements astronomiques marquant les rites païens. La définition actuelle de la date de Pâques a été arrêtée en 325 lors du concile de Nicée. « Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après« . Le quatorzième jour de la Lune étant le jour de la pleine Lune et le 21 mars correspondant à la date de l’équinoxe de printemps, cette définition est souvent traduite de la manière suivante : Pâques est le premier dimanche qui suit la première pleine Lune de Printemps. Cette seconde définition est trompeuse car elle laisse entendre que la date de Pâques est le résultat d’un calcul astronomique basé sur la détermination de l’équinoxe de printemps et de la première pleine Lune suivant cet équinoxe. En réalité il n’en est rien, le calcul de la date de Pâques se fait à l’aide d’un calendrier perpétuel lunaire utilisant une Lune moyenne fictive (Lune ecclésiastique). Cette méthode de calcul porte le nom de comput ecclésiastique.  [ http://www.imcce.fr/promenade/pages4/440.html ]

Ainsi va le monde. « Et pourtant il tourne » – pas bien rond.

Gerard Ponthieu
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Affaire « Aquilino Morelle ». Dix accessoires indispensables au bon exercice du Pouvoir

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C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir  Montesquieu,             De l’esprit des lois  

Empruntons au Monde du jour [19/4/14] et au photographe S. Calvet de l’agence Divergence, cette image muette et pourtant si parlante. C’est pourquoi nous allons la sous-titrer, spécialement pour les sourds et mal-entendants (en politique). Il s’agit d’une séquence ordinaire tirée de la super-production qui cartonne actuellement sur la grande scène du Spectacle sous le titre Pouvoir & Politique. C’est une série sans fin programmée, qui sait se renouveler sans cesse et sans peine, au gré des répétitions, improvisations, représentations qui émaillent la Grande Scène du Pouvoir. Petit démontage en dix points.

À partir de cet instantané (photo ci-dessus), reconstituons, comme dans une de ces scènes de crime si chères aux séries télé, les éléments nécessaires et plus que suffisants au bon usage des protagonistes.

Ah ! j’oubliais un détail, vraiment anodin car désormais banal : il s’agit de la nouvelle Affaire dite « Aquilino Morelle », du nom de son acteur principal, portant ici le dossard n°1.

Aquilino Morelle, né le 5 juin 1962 à Paris, est un médecin et homme politique français. Il a notamment été conseiller de Lionel Jospin, lorsque celui-ci était Premier ministre, de 1997 à 20021. Du 15 mai 2012 au 18 avril 2014, il est conseiller politique au cabinet du président de la République François Hollande.

Né d’une famille d’immigrés espagnols[…] Aquilino Morelle a vécu durant toute son enfance dans le quartier populaire parisien de Belleville, et une partie de son adolescence dans le XVIe arrondissement de Paris, où il a découvert l’autre côté de la vie parisienne tout en poursuivant des études de médecine.

Son père était ouvrier affûteur chez Citroën à Nanterre ; sa mère, femme au foyer.

Il est docteur en médecine et a effectué son internat aux Hôpitaux de Paris (1985 à 1988). Parallèlement à ses études de médecine, il intègre Sciences Po, puis réussit au concours d’entrée à l’ENA, dont il sort diplômé en 1992 dans la « promotion Condorcet ».

Aquilino Morelle a été marié à la journaliste Elizabeth Martichoux. Il est le compagnon actuel de Laurence Engel, énarque (Promotion Condorcet) et directrice de cabinet auprès d’Aurélie Filippetti au ministère de la Culture. Laurence Engel est pressentie pour prendre la tête du Musée Picasso.

De cette bio extraite de Wikipedia (voir la suite), on retient le raccourci : fils d’immigrés pauvres > Belleville > XVIe > médecine > Sciences Po > ENA > femme journaliste > Jospin > Hollande. Il y aura aussi un passage chez Euro RSCG (vous savez Séguéla, sa Rolex, et tout) avec séjour de deux ans aux Etats-Unis.

V’là notre homme fin équipé ou presque. Il lui faut le costard (1), genre cachemire, sur mesure bien sûr. La dame à côté (2), bien qu’UMP (alors secrétaire d’État chargée de la Santé) s’habille chez le même tailleur, ou pas loin. Elle aussi a travaillé pour des groupes pharmaceutiques. Voilà pourquoi elle est si synchronisée avec son voisin : même croisement de jambe, même élégance rigide dans le port de anthracite qui sied tant aux gens de pouvoir (3). Ils ont du vécu commun, et cette science de l’entregent. À côté d’eux (4), le chef de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) ressemble à un prolo (enfin presque).

Des pensées pour (liste non exhaustive) :

 Woerth (vente de la forêt de Compiègne au rabais) ;

 Bertrand (Médiator) ;

 Dassault (achats de votes);

Guérini (association de malfaiteurs) ;

Cahuzac (blanchiment d’argent, fraude fiscale.) ;

Dallongeville (corruption) ;

Balladur (Karachi) ;

Guéant (Libye) et Sarkozy (Libye aussi), entre autres.

Mais le sieur serait bien incomplet sans sa paire de pompes (5), attribut es-sen-tiel de tout bon courtisan – depuis Louis XIV au moins, souvenons-nous du film Ridicule (de Patrice Leconte, 1996) qui montre la terrible déchéance d’un baron à côté de ses grolles avachies. Aquilino a retenu la leçon : ses godasses, il les bichonne et les fait bichonner, par un cireur exprès convoquéMédiapart assène : « […] Aquilino Morelle a 30 paires de souliers de luxe faites sur-mesure, pour son pied qui a une forme particulière. Des Davison, des Weston… » « […] (Il) aurait fait « privatiser » (sic) « à deux reprises, un salon de l’hôtel Marigny afin de se faire cirer les chaussures seul au milieu de cette pièce toute en dorures ». Et l’un de ses chauffeurs « véhicule son fils pour des activités personnelles « .

Ah les godasses d’Aquilino ! Fétichiste, lui aussi, tout comme son illustre prédécesseur, Roland Dumas, autre grand serviteur de la République ? Lui avait préféré des Berluti à 11.000 francs. Chacun ses goûts (Julien Dray, lui, c’est les montres).

Autres accessoires indispensables aux gens de pouvoir, accessoires et preuves de la réalité dudit pouvoir. C’est enivrant : les salons à hauts plafonds (6) compléments de l’épaisse moquette (7), ici comme fleurdelisée (restes de l’Ancien régime). Enfin les médias, la presse, les photographes (8) sans lesquels tout cela ne serait que vaine mascarade, puisque sans public, sans reconnaissance, sans adulation narcissique (croient-ils), sans RIEN !

Enfin, secondaire mais non inutile, bien qu’ici foulés aux pieds vernissés : les dossiers, gros, bouffis, énormes dossiers (9) que jamais on ne lira mais qui attestent du « sérieux de l’affaire » et de ses fameux serviteurs. Dire qu’une feuille (10) s’est égarée entre les pieds (de chaise) dans l’indifférence de ce moment si important pour l’avenir de la Santé en France ! À quoi ça tient, l’avenir.

Gerard Ponthieu
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Pour saluer Gabriel Garcia Marquez

Gabriel Garcia Marquez,

Gabriel Garcia Marquez, Ph. Jose Lara, 2002

Gabriel Garcia Marquez est mort hier à Mexico, à 87 ans. Un monument. Tous ces morts, on en parle plus que des vivants. N’ont-ils pas « fait leurs preuves », le cuir tanné à la vie, le « bilan » derrière eux ? 

Hier soir, donc, le JT de France 3, via sa correspondante à Mexico, le présentait comme un écrivain mexicain… Tout juste s’il avait été signalé comme Colombien. Qu’importe, c’était un latino, le plus universel des hispaniques, disons après Cervantes et en étant quelque peu injuste pour les autres : de Juan Rulfo à Mario Vargas Llosa, en passant par Jorge Luis Borjes, Julio Cortazar et Carlos Fuentes. Et aussi le Cubain Alejo Carpentier et les très contemporains José Lezama Lima, Reinaldo Arenas, Pedro Juan Gutierrez.

Je parle des Cubains, ceux de Cuba, que Marques aura trahis par son inféodation totale à Fidel Castro et à son régime abominable. De retour de là-bas, en 2008 je lui dédiais en quelque sorte mon reportage :  « […] J’y suis retourné [à Cuba], prenant au mot l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Celui-ci (et quel écrivain, bon sang !, mais moindre journaliste) s’étant vu attaqué sur son attitude pro-castriste a fini par répliquer : “Et puis zut, ne me croyez pas sur parole. Allez voir sur place !” Donc j’y suis allé, pour voir “de mes yeux vu” » [Reportage paru dans Politis, téléchargeable ici.]

nl_Cienanosde_soledad9Chacun ses « fidelités », à la hauteur de ses contradictions. Le lot de ces humains dont il était, ô combien. On ne pourrait sans cela avoir écrit de tels chefs d’œuvre, dont le Cent ans de solitude, qui tient de l’Odyssée, version latino-américaine, dans le délire, la luxuriance, l’excès et l’entière humanité, comme disait Montaigne.

Ces quelques lignes un peu trop à la va-vite, pour saluer l’homme et aussi le journaliste, grand ami du reporter polonais Ryszard Kapuscinski avec qui il avait fondé à Bogota cette école pour un journalisme « autre », en fait à fort penchant littéraire et, sur ce plan contestable.

De « Gabo », son surnom familier, et de son chef d’œuvre, je retiens deux passages à mes yeux essentiels – et sur deux registres bien typés :

• « […Le savoir est peine perdue s’il n’est possible de s’en servir pour inventer une nouvelle manière d’accommoder les pois chiches. » (p. 408, Le Seuil).

• « […] que le secret d’une bonne vieillesse n’était rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude. » (p.213)

Lire aussi, entre autres :

Mort de Gabriel Garcia Marquez, légende de la littérature (Le Monde)

Gabriel García Márquez (Wikipedia)

Ryszard Kapuscinski. Engagé comme un journaliste (C’est pour dire)

Gerard Ponthieu
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Exclusif. On a retrouvé le fils caché de Tintin !

Tintin a un fils ! La nouvelle est d’autant plus sensationnelle qu’on ne connaissait d’aventures au célèbre héros belge, ni même d’ailleurs d’activité sexuelle – ni au Congo, ni chez les soviets. Rien non plus avec la Castafiore, pas davantage avec les Dupontd. Pourtant ce fils, Pierre D.  l’a retrouvé. Le voici, dans un bouleversant document de 1982.

  • La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, France 3. Réalisateur : Jean-Louis Fournier. Interprète : Pierre Desproges. © Ina
Gerard Ponthieu
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Nucléaire. Voyage au pays des forçats de l’atome, une enquête du Monde

En France, 22 000 sous-traitants effectuent les trois quarts des opérations de maintenance des dix-neuf centrales EDF – cinquante-huit réacteurs. Ces travailleurs sont les plus exposés à la radioactivité. On les appelle les forçats de l’atome – ce qu’ils sont en effet, ainsi que le montre l’enquête menée par Rémi Barroux, que vient de publier Le Monde sous le titre : « Nucléaire : voyage au pays des forçats de l’atome ».

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Ph. coordination-antinucleaire-sudest

La question de ces travailleurs est aussi vieille que l’industrie nucléaire, différente des autres activités industrielles du fait de ses spécificités liées à la radioactivité. L’exposition aux rayons ionisants présente au moins deux types de risques sur la santé : d’une part un risque permanent – certaines interventions ont lieu sans protection possible – et également accidentel (risques techniques et humains) ; d’autre part un risque cumulatif : le corps absorbe les rayons dont les effets s’additionnent et, avec eux, les risques de lésions des tissus, notamment sous forme de cancers.

L’exploitant nucléaire, EDF, a vite pris la mesure des inconvénients d’exposer son propre personnel à de tels risques, à cause des obligations légales et – on y revient toujours – des coûts engendrés par les soins, indemnités et poursuites judiciaires. D’où l’idée – géniale, généreuse, philanthropique – de recourir à des sociétés de sous-traitants avec leurs personnels extérieurs sous contrats privés ou intérimaires, taillables et corvéables.

C’est notamment ce que dénonce cette belle enquête journalistique, reprenant par les faits et témoignages ce que le film de Rebecca Zlotowski, Grand Central [extrait], a traité récemment (2013), racontant la vie de ces sous-traitants du nucléaire. « C’est un combat contre la dose, incolore, inodore, invisible, elle est partout », lance l’acteur Olivier Gourmet au nouvel arrivant interprété par Tahar Rahim. Plus tard, dans le film, un des salariés planque son dosimètre pour pouvoir continuer de travailler. Excessif, caricatural ! objecteront les nucléocrates. Ah oui ? s’est demandé le journaliste du Monde en allant à la source, comme il se devait.

Extraits :

En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 millirems . On s’entraînait beaucoup pour ne pas perdre de temps et on découpait l’action pour répartir la dose entre nous. En deux ans, j’avais pris 250 millisieverts. Entre nous, on s’appelait les saucisses à griller.

« De fait, le fossé est grand entre ceux qui assurent les « servitudes nucléaires », rebaptisées « logistique » par EDF, ceux qui sont chargés de l’entretien, du tri des déchets ou de la décontamination des piscines, entre ceux qui posent les tabliers de plomb pour permettre à d’autres d’intervenir en étant mieux protégés, et les travaux plus qualifiés. Cette division se traduit par des tensions sur le terrain. « Il n’y a pas de raison que l’on fasse 80 % de l’activité, que l’on prenne 80 % de la dose et qu’on n’ait pas les mêmes avantages que ceux d’EDF », proteste Charles Rumaux, 50 ans, lui aussi chez Essor.

« Aux vexations des inégalités de statut, comme ces restaurants d’entreprise ou ces parkings interdits aux sous-traitants, s’ajoute l’incompréhension de voir de jeunes agents EDF venir contrôler un travail qu’ils ne connaissent pas. « Il y a beaucoup de jalousie, de frustration par rapport à nous, reconnaît Elisabeth Pozzi, d’EDF, responsable SUD-Energie à la centrale de Dampierre-en-Burly (Loiret). J’ai même vu des graffitis “EDF enculés” dans les vestiaires.

« Après avoir été l’une des premières femmes en France à grimper aux poteaux électriques pour l’entreprise publique, Elisabeth Pozzi, 46 ans, est entrée dans les générateurs de vapeur pour poser les « bouchons » – qui obturent les tuyaux reliant le générateur au réacteur. « Jumper », c’est le poste le plus exposé. L’opération ne doit pas durer plus de deux minutes, tant l’irradiation est forte. « En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 millirems . On s’entraînait beaucoup pour ne pas perdre de temps et on découpait l’action pour répartir la dose entre nous, raconte-t-elle. En deux ans, j’avais pris 250 millisieverts. Entre nous, on s’appelait les saucisses à griller. »

En principe, on peut lire l’enquête de Rémi Barroux en ligne à partir de ce lien :

Nucléaire : voyage au pays des forçats de l’atome

[clear-line]• Pour la sixième année consécutive, la Fondation Copernic, représentée par Michel Bianco, organise à Venelles (Bouches-du-Rhône) une rencontre dans le cadre de la « Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail », initiée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en 2003, et qui porte, cette année, sur « la sécurité et la santé dans l’utilisation des produits chimiques au travail ». Sur ce thème, la Fondation Copernic a décidé, en partenariat avec la mairie, une opération de sensibilisation à la protection des travailleurs et de l’environnement en direction du grand public et des médias locaux, sur le marché de Venelles ce samedi 26 avril 2014 de 8 h à 12 h.

[clear-line]

Lire aussi : 

Gerard Ponthieu
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Faber : « Comment j’ai réchappé à l’enfer du fer ! » (exclusif)

andre-faber-fenschMon ami Faber, mon cher Dédé, dessinateur de talent, bien connu dans la galaxie, et reconnu sur « C’est pour dire » et autres multiples organes médiatiques – virgule – n’est pas non plus manchot de la plume. Je le savais depuis longtemps. Mais là, il vient de sortir un vrai beau bouquin en papier de bois d’arbre 😉 intitulé FenschLes Hauts-fourneaux ne repoussent pas. Il y raconte son histoire de Lorrain qui échappe, de peu, à l’engrenage de la ferraille à broyer du prolo. Ce qu’il en dit lui-même : « Ce récit – hommage aux hommes du fer, à mes potes, et surtout à mon pater – ne fait pas dans la nostalgie. Votre serviteur a fait ses classes dans les ateliers et usines sidérurgiques de Moselle en prolo romantique, toujours pas foutu de savoir dans quel sens on dévisse un écrou. Les usines étaient là pour que je m’en sauve. » C’est bien ça, tout à fait ça, j’en témoigne, moi qui ai lu l’ouvrage par dessus l’épaule de son ouvrier, tandis qu’il limait chaque mot au micron près et que sa sueur embaumait toute la vallée des « anges » (déchus) : Florange, Gandrange, Knutange, Hayange…, atteignant le Luxembourg, la Sarre et même la Ruhr. Pour dire l’ampleur de l’affaire : de la belle ouvrage d’éditeur (Éd. François Bourin), illustrée de la main gauche du Faber en chair et os, et avec ça préfacée par Gérard Mordillat en vrai. Et le tout pour 18 euros – cadeau ! (Librairies et internet).

Gerard Ponthieu
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Le bouchon de la Technique a enfin sauté !

technique-tire-bouchonEnfin la technique triomphe ! Dans un domaine pourtant ultra concurrentiel qui, depuis des siècles, a mobilisé des génies de l’invention, spécialement en France qui, sur ce plan aussi, a élevé très haut la notion de civilisation. C’est dire la claque qu’inflige ainsi au génie français l’inventeur anglo-saxon de cette prodigieuse machine, summum de la simplicité alliée à la performance – et même à  l’élégance. Reconnaissons humblement et tristement la réalité de ce Trafalgar infligé au Génie de la France éternelle.

Nota bene. Il n’est pas anodin, et non moins humiliant, qu’un bordeaux ait été ostensiblement requis pour cette démonstration. Preuve renouvelée de la perfidie albionesque bien connue, surtout en Aquitaine. Outrage supplémentaire lié au fait que le contempteur suprême de la Technique, un certain Jacques Ellul, fut lui-même bordelais. Ses actuels épigones ne manqueront pas de réagir et, au besoin, de préciser la portée de son engagement dans ce domaine de lutte contre la sacralité technicienne 😉

Pour parodier Monsieur Prudhomme : Rendons grâce au Génie de la Nature qui a su placer le Bouchon de liège au bon endroit de la Machine.

Gerard Ponthieu
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Régine Deforges : « La littérature érotique ? – Je la conseille à tout le monde, à tous les âges ! »

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Régine Deforges, 1996
Ph. François Alquier

L’auteure et éditrice Régine Deforges est morte hier, 3 avril, à l’âge de 78 ans. Je l’avais rencontrée en février 1999, voilà donc quinze ans, en préparation d’un livre co-écrit avec mon ami Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cendre (Éd. Phébus, 1999). Notre entretien devait porter sur la sexualité face au vieillissement, un sujet qui ne pouvait que la concerner – comme tout un chacun, question de temps… – en tant que femme, bien sûr, et en particulier comme éditrice d’ouvrages érotiques (éditions L’Or du temps).

• Vous avez, en tant qu’éditrice, une vue particulière sur la littérature dite érotique. Trouve-t-on, dans cette littérature, des acteurs vieillards et, si oui, quelle image en est-il donné ?

Régine Deforges : Non, à ma connaissance, il n’y a rien. Si ce n’est un livre érotique, excellent, écrit par une femme – d’ailleurs ce sont presque uniquement des femmes qui écrivent des textes érotiques à l’heure actuelle. Il s’agit de Métro Ciel, chez Actes Sud; c’est l’histoire d’une rencontre dans le métro d’une femme qui n’est plus jeune avec un homme qui n’est pas jeune non plus. C’est une histoire très érotique et très belle, la seule qui me vienne à l’esprit.

• Des acteurs âgés de scènes érotiques, on en trouve tout de même chez Sade…

– Oui, mais ils sont tous, non seulement vieux, mais impuissants ! Et ils commettent quelques exactions ou quelques excès pour se redonner de la vigueur. Sade, en effet, a traité de la question mais comme quelqu’un qui avait été enfermé et qui souffrait assez de tout ça – il avait lui-même des problèmes d’érection.

  …Les femmes, elles, peuvent tomber amoureuses d’un homme plus âgé car elles n’ont pas ce regard critique négatif des hommes. Et elles peuvent aussi avoir ce même rapport avec les femmes. C’est une différence de comportement très nette.

• D’où le sadisme…, comme Viagra intellectuel ?

– Exactement : comme recours à des stimulations psychiques.

• Comment alors interpréter cette sorte de vide dans les littératures ?

– L’érotisme et l’amour, c’est quand même lié à la jeunesse ! Les messieurs recherchent des jeunes femmes et les dames des jeunes hommes. C’est lié à la beauté aussi. Vous me direz que toute l’humanité n’est pas belle – c’est dommage. Justement, il me revient une scène qui m’a particulièrement choquée : Je devais avoir une vingtaine d’années, c’était par un jour de printemps, en bas des Champs Elysées, là où se trouvent des jardins. Et, sous un arbre en fleurs, il y avait un couple : une vieille femme et un jeune homme enlacés, qui s’embrassaient à qui mieux-mieux. Ce qui était terrible, pour moi, c’est que la vieille femme avait des bas comme en portaient mes institutrices quand j’étais gamine, des bas de coton gris. Le contraste m’est apparu comme quelque chose d’effrayant, comme une insulte au printemps, une insulte à l’arbre en fleurs, une insulte à la jeunesse. Je m’en suis voulue par la suite, du fait que c’était une attitude un peu raciste. Mais j’avais été choquée parce qu’il y a des femmes de 60-70 ans qui sont encore sexy, désirables. Mais alors là, je ne sais pas, ou c’était une vraie perverse, ou… Mais je m’en suis fait le reproche de cette attitude.

Sinon, dans ce registre, il y a toujours ce fameux couple d’Harold et Maude. Mon fils me racontait qu’un de ses copains, de 25 ans, était tombé raide amoureux d’une femme de 60 qui se refusait à lui, s’estimant trop vieille. Mais lui, vraiment, il la désire ! Ça existe, et tant mieux !

[Régine Deforges, qui vient de séjourner à Cuba, allume un havane; c’est un Roméo et Juliette… :]

• Et ces deux-là, comment auraient-il vieilli ?

– Mal, comme tout le monde ! Il n’y a pas de secret…

• C’est quand même curieux qu’il y ait une telle carence, voire un tel rejet des vieillards dans la littérature érotique, qu’on aurait crue plus ouverte, par définition…

– On est bien obligé de le constater : on met plus facilement en scène des hommes plus âgés, comme dans Lolita, par exemple, que l’inverse, une vieille femme et un jeune homme. Ah oui, il y a eu Chéri, de Colette !

• Mais vieillir, est-ce vraiment si difficile ? Ne voit-on pas de ces vieux satisfaits, peut-être pas du nombre de leurs années, mais assez heureux ?

– Ce sont des sages ! Comme vous n’avez pas le choix, autant prendre la chose le moins mal possible… Enfin, on ne me fera jamais croire que c’est facile, pour un homme ou pour une femme, de renoncer à séduire ! Je n’y crois pas !

• Pourquoi renoncer ?

– Parce qu’on se rend bien compte, à un certain moment, que ça ne correspond plus à rien ! Moi, je connais des femmes d’un certain âge qui continuent à draguer le minet. C’est pitoyable ! Et qui font des grâces comme si elles étaient encore jolies – souvent, d’ailleurs, ce sont celles qui n’ont pas été belles qui se comportent ainsi : vieilles, elles sont moins moches que les belles devenues vieilles !

• Ça se nivelle…

– Eh oui ! C’est en fait un peu triste. Êtes-vous allés voir Dominique Rollin ? [Ndlr : le grand amour de Philippe Sollers] 90 ans ! Moi, je la trouve très belle; ça ne me choquerait pas qu’elle séduise encore avec cette beauté qu’elle garde en elle.

(Lire la suite…)

Gerard Ponthieu
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Pour saluer Jacques Le Goff, grand passeur d’histoire

L‘historien médiéviste, Jacques Le Goff est mort ce mardi 1er avril à Paris. Il était âgé de 90 ans. Co-directeur de la revue  « Annales, Histoire et Sciences sociales« , co-producteur de l’émission « Les Lundis de l’histoire » depuis 1968, sur France Culture, son importance est unanimement reconnue, comme historien et comme vulgarisateur.

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Jacques Le Goff – capture d’écran

Né à Toulon le 1er janvier 1924, normalien, agrégé d’histoire en 1950, (quatrième ex-aequo avec Alain Touraine), il préfère la recherche collective à l’enseignement. En 1962, il devient maître-assistant à l’École pratique des hautes études, y découvrant la liberté de recherche et d’échanges. En 1972, il succède à Fernand Braudel.

Ses travaux sur l’occident médiéval font  référence pour les historiens et les étudiants. Pour lui, l’histoire ne peut être objective : c’est une « activité presque involontaire de rationalisation ». Il s’est penché sur l’Histoire comme mémoire et aussi sur l’histoire des mentalités et des sensibilités en utilisant des documents traditionnels tout autant que des objets de la vie quotidienne. Il porte également son intérêt sur la place des sentiments et de l’affectivité dans l’Histoire. Il questionne l’époque médiévale notamment à travers la place accordée à  la femme, au travail et à la religion. De même accorde-t-il une grande importance  à l’imaginaire des individus et des sociétés, à leurs mentalités.  À cet égard, s’il avait quelque attirance pour l’analyse marxiste, il s’en différenciait tout autant par une distanciation avec le matérialisme historique.

Pour lui les guerres ne sont pas un grand moteur de l’Histoire, même si elles sont capables d’accélérer ou de retarder les évolutions. On retrouve toujours sa pensée selon laquelle l’histoire politique et l’histoire des grands évènements doivent céder la place à une histoire plus profonde et plus longue qui s’écrit sous la forme de lentes évolutions.

Sur la « pureté ethnique »

La « pureté ethnique » […] est, en général, stérile et limitée dans ses aptitudes. Les peuples issus de mélanges sont au contraire en général plus riches et plus féconds du point de vue de la civilisation et des institutions. Le croisement des hommes est une source de progrès.

  • L’europe expliquée aux jeunesJacques Le goff, éd. Seuil, 2007, p. 47

Dans les années 1980, il s’intéresse à l’imaginaire politique (ses symboles, ses rites, ses cérémonies, ses rêves, ses images) et écrit L’Imaginaire médiéval. Il porte ses recherches sur le rêve, la culture populaire et les croyances collectives dans la société du Moyen Âge, sur les mentalités ainsi que sur leurs modifications et évolutions. Il essaie même de prendre en compte des hypothèses sur la conscience et l’inconscient. Il se pose également des questions sur l’Histoire qui se fait et l’Histoire qu’il reste à faire et souhaite pour cela étudier le rire au Moyen Âge. Parallèlement, il s’intéresse à la civilisation matérielle et culturelle populaire, à travers les vêtements, les aliments, les romans, mais aussi les paroles et les gestes. En quoi l’historien rejoignait l’anthropologue. Ayant passé son enfance à Toulon, cette ville marque l’esprit de Jacques Le Goff : étant né sur le cours La Fayette, il habite une position stratégique dans la topographie géographique et sociale de Toulon. Ce qui l’amènera à s’intéresser par la suite à la topographie sociale des villages.

L’historien n’hésitait pas à quitter sa période de prédilection pour aborder l’actualité et exprimer ses options politiques nettement à gauche.

Il avait également été conseiller scientifique sur le tournage du film  Le Nom de la rose, adapté par Jean-Jacques Annaud du roman d’Umberto Eco

La passionnante vidéo ci-dessous (90 mn), « Pour un autre Moyen Âge », le montre dans un dialogue avec Robert Philippe, Pierre Nora, Emmanuel Le Roy Ladurie et Jean-Claude Schmidt, Jacques Le Goff parcourt l’itinéraire qui, des marchands et des intellectuels du Moyen Âge, en passant par la synthèse de la Civilisation de l’Occident médiéval, le purgatoire, la ville, l’imaginaire et la royauté, lui a fait explorer le Moyen-Âge, comme terrain de renouvellement de l’histoire et de ses méthodes en s’efforçant de définir une anthropologie historique.

Sources : Wikipedia, France Culture. À noter que mon édition de 2007 de l’Encyclopaedia Universalis ne présente pas d’article spécifique sur Jacques Le Goff !

Gerard Ponthieu
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Elections et langue de bois. « Le message des Français a été entendu »

elections-baratin-politiqueAyant, ce dimanche, un peu succombé au charme télévisuel des soirées électorales, me voici sur France 2 en son concentré de niaiseries verbeuses. Une sorte de consommé, comme on dit dans les restos qui se la jouent en vous servant une vulgaire soupe, à l’occasion fraîchement sortie de sa boîte à conserve.

Ce n’est pas nouveau, certes, mais à chaque fois il semble que le progrès soit dans ce domaine en marche constante. À l’image du « Point Godwin », je me suis amusé à guetter le « Point Baratin Politique », ou Point BP – non pas une pompe à essence, plutôt une pompe à air, propice à générer du vide et à épuiser la démocratie.

Rappelons en passant la définition de la « Loi Godwin » : « Plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Ainsi, dans un débat, un interlocuteur se discrédite quand il atteint le point Godwin, vérifiant ainsi la loi du même nom.

Donc ce Point BP a été très vite atteint, d’ailleurs à l’ouverture des micros, pour ce « debriefing » post électoral qui avait tout de la réunion de type managérial qui égaie tant le quotidien des patrons et autres cadres d’entreprises; par exemple, quand ils viennent d’emporter un appel d’offres ou, au contraire, de le perdre, et qu’il faut tirer des enseignements, régler des comptes, redéfinir des postes, mettre untel au placard, pousser tel autre au suicide, et toutes ces joyeusetés modernes de la sociabilité entrepreneuriale – beurk !

À l’origine, la « langue de bois » était la « langue de chêne », expression utilisée par les Russes, avant la révolution bolchevique, pour qualifier le style administratif dans la bureaucratie tsariste.

Et là, puisque la parole fut illico donnée à Ségolène Royale, c’est elle qui, sans barguigner, décrocha le pompon avec un glorieux : « Il faut mobiliser les énergies et libérer les forces créatrices ». Joli. Bien vite, la voici secourue par un Pierre Moscovici en grande forme (il vient de perdre sa mairie) : « Il est difficile de réformer un pays comme la France ». Forte pensée qu’il tenta de nuancer : Il fallait «prendre acte» de ce qui s’était passé et reconnaître «un déficit d’explication». « Faire sens » a  cru devoir renchérir Ségolène Royal. « En tant que responsable politique, nous ne pouvons pas ne pas tenir compte du résultat » a ensuite lâché Michel Sapin, impérial (après Royal, c’était bien le moins).

Puis vint Jean-Pierre Raffarin et ses fameuses raffarinades, ici en trois points dont il ne resta que deux mots-clés : « chômage » et « changement ». Le niveau montait. Pas tant qu’avec l’ineffable Henri Guaino, la « plume » de qui-l’on-sait, qui a tenté des envolées à base d’État, de Nation, de frontières, d’idées… Plouf. Heureusement, Marine Le Pen claironnait la fin du vieux monde UMPS, prophétisant la révolution frontiste. Tandis que Cécile Duflot, elle, revenait aux « fondamentaux » : « Moi, si j’étais un Français ou une Française, je ne sais pas si…» Rama Yade voyait quant à elle, l’occasion rêvée de relancer la marque UDI, moyennant un  « correctif en communication ». Bruno Lemaire, enfin, avait la colère directoriale et Laurent Wauquiez, l’éloquence commerciale.

Pujadas et Delahousse se démenaient en gentils animateurs de réunion à l’usage des PDG de la politiquerie, ce vaste domaine mondialisé de la parole verbeuse auto-dévaluée et qui menace le monde de la pensée comme le CO2 le climat de la planète.

Mais que « les Français se rassurent », « leur message a été entendu ».

Lire aussi :

Tournée générale : Copé offre sa rasade de langue de bois

Gerard Ponthieu
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L’humour, antidote post-électoral

N‘attendons pas demain soir pour désespérer de la politique ! D’ailleurs cette désespérance est constitutive de la politique. Ce qui est tout de même rassurant, quand on songe à quel point les systèmes totalitaires ont voulu nous faire croire à leur Pureté tout comme à l’Idéal du Surhomme et du Bonheur absolu dans le Renoncement à Tout !

Donc, ces moments de désillusion sont salutaires. Pas de lendemains qui chantent, pas de rasage gratis (pour les hommes et les femmes à barbe), rien que de pérorants volatiles qui s’égosillent pour clamer que dorénavant tout sera comme jadis. Et à la niche, les hordes de « Sciences » Po ! Aux chiottes, énarques des sous-préfectures !

Ces retours sur le plancher des vaches sont précieux, en effet. On y respire bon la bouse fraîche, annonçant les si pimpantes pâquerettes. C’est ainsi que rejaillit l’humour sous des formes multiples autant que salutaires. L’air en redevient plus respirable, malgré ses trop fines particules. Voyez ci-dessous cette aimable parodie crypto-électorale : elle touche à l’universel. On la doit à : Le blog d’un odieux connard judicieusement sous-titré « Qu’il est bon d’être mauvais« . Cliquez dans l’image juste en-dessous.

À signaler aussi, dans une veine semblable ce GORAFI.fr  qui date de la naissance du Figaro (1826) et d’un de ses fameux journalistes dyslexiques. On y apprend notamment que Vladimir Poutine accuse ses conseillers de ne pas l’avoir averti qu’il serait illégal d’annexer la Crimée. Bref, l’humour survit largement, surtout aux tragi-comédies électorales.

Gerard Ponthieu
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Trafic aérien et pollution. On n’y voit que du bleu

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Pollution à tous les étages [dr]

Pour montrer la densité du trafic aérien – et donc de la pollution –, un jour d’été au-dessus de l’Europe, les réalisateurs de cette vidéo ont utilisé des informations sur les vols commerciaux. Ils ont ainsi « comprimé » en deux minutes vingt-quatre heures de trafic. Certains pourront s’extasier devant l’ « exploit technologique » en le montrant tel quel – ce que fait lemonde.fr – comme un spectacle distrayant, « haut en couleur » et sur fond d’insouciante musiquette. Il n’est pas anodin que le bleu ait été retenu pour visualiser  le flux des avions  et, par delà, l’agitation frénétique du monde et de ses habitants. Repeignons tout cela en noir, de la couleur des émanations gazeuses chargées de particules et notre vision, plus réaliste, sera aussi plus proche de l’état écologique de le notre Terre.

Gerard Ponthieu
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  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros + 5 euros de frais d'envoi, soit 20 euros. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    Vous pouvez aussi régler par chèque à Gérard Ponthieu 102, rue Jules-Moulet 13006 Marseille

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). François et Gérard Ponthieu

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • 1emmen

    Un changement de serveur a causé la perte de quelques "cartons", en l'occurrence certaines images. Ce qui explique quelques vides dans des articles anciens.

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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