On n'est pas des moutons

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­niste, pia­niste, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une grande figure du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était malade depuis quelques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­niques de ses amis, comme Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le groupe des Double Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­ti­ni­quaise, est trom­pet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tour­nées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il découvre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trom­pette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gistre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pagne Nicole Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Charles Azna­vour, Bar­ba­ra, Serge Gains­bourg, Jacques Hige­lin), se lance dans un octette (avec le vio­lo­niste Domi­nique Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fare de cin­quante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gistre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux disque fameux, Confé­rence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orchestre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gistre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­nière appa­ri­tion publique.

Musi­cien de tous les registres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­co­lore » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les rythmes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, ins­tru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prètent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à dési­rer. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

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« Tou­jours les meilleurs qui partent », comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornette Cole­man, un his­to­rique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet article sur Citi­zen­Jazz


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Per­raud, né à Nantes en 1971 : per­cus­sion­niste, bat­teur, com­po­si­teur, impro­vi­sa­teur, cher­cheur et aus­si trou­veur – comme dans trou­vère… Oui, ça lui va bien à ce Pier­rot lunaire, trou­ba­dour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le bat­te­ment du cœur vital, chœur musi­cal, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc fon­ciè­re­ment poète, jusqu’à écrire de la poé­sie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images pho­tos, car cet homme à talents est aus­si pho­to­graphe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rim­bal­dien jouant aux dés avec Lau­tréa­mont, Hugo, Mah­ler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lan­çait la suite n°2 du disque « Synaes­the­tic Trip », un som­met du genre. Décou­vrez-le davan­tage ça et , entre autres.

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Mou­lin à jazz, 2010 © G. Tis­sier

Com­bien de temps ?

C’est la fin de l’hiver, le début d’un prin­temps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d’amour ?

Com­bien de temps déjà que papa n’est plus là ?

La tou­pie s’arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en pous­sière.

La terre a fait son tour, encore un champ d’horreurs ?

Com­bien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Ima­gi­nez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu’où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Com­bien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l’astre suprême nous serons tous égaux

Et fon­dront nos égos comme s’écoulent les armes

La terre a fait son tour, c’est pour­tant pas banal ?

Com­bien de temps encore pour le règne ani­mal ?

Cupi­don trop cupide, la coupe d’or est pleine,

Mais la terre sature, pol­luée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débar­rasse toi de tes pires para­sites

Une chance pour­tant pour­rait sau­ver le monde

Que l’âme de poète ino­cule et féconde

L’esprit des tout-petits futurs grands mili­tants.

Que l’amour du vivant sup­plante le pauvre argent !

Com­bien de temps encore jusqu’aux der­nières neiges

Conti­nue­ra-t-il à tour­ner le beau manège ?

 Edward Per­raud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Per­raud
© mars 2015


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaT­si­pras ? C’est le titre de l’actualité chan­tée de Cécile de Ker­vas­doué et Ben­ja­min Laurent, mer­cre­di sur France Musique dans l’émission La Mati­nale cultu­relle, de Vincent Josse. L’actualité, c’est évi­dem­ment l’élection grecque et la vic­toire de Samo­thrace – euh, seule­ment de Tsi­pras, mais déjà sculp­té dans le marbre média­tique. Pour­vu qu’il résiste à l’érosion des pou­voirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsi­pras du nom du nou­veau chef du gou­ver­ne­ment grec. Pre­mier homme poli­tique d’extrême gauche à diri­ger un pays de l’Union Euro­péenne, Alexis Tsi­pras, 40 ans, s’est fait élire triom­pha­le­ment dimanche soir sur un pro­gramme anti-aus­té­ri­té anti-dette et anti-Union Euro­péenne. Ça n’empêche pas de nom­breux euro­péens de suc­com­ber à son charme.

Texte et inter­pré­ta­tion de cette paro­die musi­cale et poli­tique valent leur pesant son-or-e : ci-des­sous :

KamaT­si­pras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sou­rire enjô­leur
Il ouvre une nou­velle ère
Pour des mil­lions de chô­meurs
Finie l’austérité
Nous pour­rons nous chauf­fer
Nous soi­gner, nous édu­quer
Et peut être tra­vailler
Vic­toire Vic­toire
C’est la vic­toire de Tsi­pras c’est la vic­toire de Tsi­pras c’est la vic­toire de Tsi­pras
Finis tous ces voyous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papan­dreous
Qui vivent grâce à nous
Gloire Gloire
Gloire Au nou­vel apol­lon, gloire au nou­vel apol­lon, gloire au nou­vel apol­lon.
Finis les libé­raux
Les impôts et l’euro
Grâce à notre héros
On remet la dette à zéro

Chant 2

Kamat­si­pras Kamat­si­pras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Priape
Je ne veux pas de ces agapes
Il vou­drait me tour­ner la tête
Mais pas ques­tion d’effacer sa dette

Chant 4

J’vais vous apprendre à dan­ser
J’vais vous apprendre à lut­ter
Pour la soli­da­ri­té
J’vais vous apprendre à m’aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capable de lire dans cinq langues, titu­laire de mul­tiples mas­tères, elle se forme paral­lè­le­ment au chant lyrique dans la classe du contre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Janine Four­rier de l’Opéra de Paris. Elle se dis­tingue dans les rôles de tra­ves­tis (Ché­ru­bin dans les Noces de Figa­ro de Mozart, Fra­go­let­to dans les Bri­gands d’Offenbach, Oreste dans la Belle Helène d’Offenbach), puis dans la can­tate fran­çaise et se pas­sionne pour la musique anglaise (Dow­land, Blow, Pur­cell). Mue par le désir d’inventer de nou­velles formes pour trans­mettre l’actualité inter­na­tio­nale, Cécile de Ker­vas­doué a rejoint en 2013, la rédac­tion du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplô­mé du Conser­va­toire natio­nal supé­rieur de musique et de danse de Paris, Ben­ja­min Laurent, pia­niste, se consacre à la com­po­si­tion et à la direc­tion de chant. Il est chef de chant dans l’opéra Eugène One­guine de Tchai­kovs­ki à l’abbaye de Royau­mont en août 2013, puis en février 2014 dans L’Elisir d’amore de Doni­zet­ti à l’opéra de Monte Car­lo. Pro­fes­seur d’accompagnement, il vient d’intégrer l’atelier lyrique de l’opéra de Paris comme pia­niste chef de chant. Il est l’auteur de plu­sieurs musiques de film.


Charlie Haden (1937-2014). Le jazz comme « musique de la rébellion »

Char­lie Haden est mort le 11 juillet 2014 à Los Angeles. Il avait 76 ans. Malade et très affai­bli depuis plu­sieurs années, il avait ces­sé de jouer en 2011 et son der­nier concert avec son Quar­tet West band remonte à 2008. Ins­tru­men­tiste, com­po­si­teur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la contre­basse s’est éteint.

En 2007, après trente ans d’éloignement, Haden télé­phone à Jar­rett pour lui pro­po­ser de jouer à nou­veau avec lui. Les retrou­vailles auront lieu chez Keith Jar­rett, dans la grange de sa mai­son du New Jer­sey, là où il a ins­tal­lé son vieux Stein­way. Pen­dant plu­sieurs jours, Jar­rett et Haden jouent les stan­dards, sans témoin. Des chan­sons d’amour, le « Great Ame­ri­can Song­book »… ECM en sor­ti­raJas­mine puis, tout récem­ment, comme un adieu pré­mo­ni­toire, Last Dance.

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À La Roque d’Anthéron en 2005, après son concert avec le pia­niste cubain Gon­za­lo Rubal­ca­ba. Il s’entretient avec Gérard de Haro, du stu­dio de La Buis­sonne. [Ph. gp]

On le recon­nais­sait d’emblée : ce son unique por­té par un tem­po infaillible et sans la moindre fio­ri­ture ; un « gros son », comme il fut sou­vent dit, atti­ré vers la pro­fon­deur et, pour le coup, par la gra­vi­té. Il ne s’agissait pas seule­ment sous son doig­té des sons d’abysse de la contre­basse, mais du pro­pos lui-même, rele­vant de la pul­sion vitale autant que de l’humaine révolte. On par­le­ra ici de l’engagement, oui, musi­cien et citoyen, sans doute de manière indis­so­ciable. D’où le choix de l’instrument, d’où cette musique qui, l’un et l’autre grondent, enflent, sourdent.

Jean-Louis Comol­li résume la per­son­na­li­té musi­cale de l’instrumentiste en ces mots : « La basse de Haden – mesu­rée, sobre et sereine – trouve le ton juste pour accueillir dans les pro­fon­deurs du jazz d’autres révoltes (...) » [Dic­tion­naire du jazz, éd. Robert Laf­font, 1986].

Charles Edward Haden, dit « Char­lie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, passe son enfance et son ado­les­cence dans le Mis­sou­ri. Ses parents sont des musi­ciens tra­di­tion­nels, por­tés sur les chan­sons de style blue­grass, un maté­riau basique, popu­laire, dont on retrou­ve­ra sou­vent l’influence chez le jazz­man tout au long de son par­cours.

Dans son enfance, il est plu­tôt ten­té par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il contracte une forme légère de polio­myé­lite qui endom­mage de manière irré­ver­sible sa gorge et ses cordes vocales. Il fera donc chan­ter d’autres cordes, ne choi­sis­sant tou­te­fois la contre­basse comme ins­tru­ment prin­ci­pal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Angeles atti­ré par sa scène jazz et la musique impro­vi­sée contem­po­raine. Il s’inscrit au West­lake Col­lege of Music, tout en pre­nant des cours par­ti­cu­liers avec Red Mit­chell, alors l’un des contre­bas­sistes les plus renom­més de la côte ouest. Il joue avec Art Pep­per et Paul Bley. Ren­contre Scott LaFa­ro avec qui il par­tage un appar­te­ment pen­dant quelques mois. Tous deux devien­dront bien­tôt des pion­niers de l’émancipation de la contre­basse jazz des années 1960, cha­cun en sui­vant sa propre voie. Ain­si pour Haden, trois musi­ciens seront déter­mi­nants dans son che­mi­ne­ment : Ornette Cole­man, Keith Jar­rett et Car­la Bley – trois per­son­na­li­tés aus­si dif­fé­rentes que riches.

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Char­lie Haden, Gand, Bel­gique, sep­tembre 2007. Pho­to de Geert Van­de­poele

Avec Ornette, Haden va plon­ger dans le free nais­sant ; le saxo­pho­niste l’intègre dans son fameux quar­tette, aux côtés du trom­pet­tiste Don Cher­ry et du bat­teur Billy Hig­gins. En 1959, les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Cen­tu­ry font par­tie des pro­duc­tions les plus abou­ties du quar­tette. Puis Ornette double la mise : il enrôle dans le plus fou des pro­jets du moment (1960) Scott LaFa­ro (cb), Eric Dol­phy (bcl),Fred­die Hub­bard (tp), Ed Bla­ck­well (dm). Un quar­tette pour le canal gauche, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Col­lec­tive Impro­vi­sa­tion By The Ornette Cole­man Double Quar­tet pro­duit chez Atlan­tic par les frères Ertegün. Deux contre­basses, deux bat­te­ries, deux trom­pettes, un alto et une cla­ri­nette basse ; deux ving­taines de minutes où s’invente une manière incon­nue de contre­point – l’interplay –, cou­sine loin­taine de Jean-Sébas­tien, certes, héri­tière directe de John – qui a lar­ge­ment ouvert la voie depuis quelques années avec les albums Giant Steps, Bags and Trane(avec Milt Jack­son), Col­trane Jazz et, cette même année 1960, The Avant-Garde (avec Don Cher­ry) et My Favo­rite Things.

Char­lie a donc « fait » les bar­ri­cades de ce « Mai 68 » du jazz. Une révo­lu­tion. Musi­ca­le­ment du moins, le mot n’est pas gal­vau­dé : le jazz ne sera plus comme avant. Ou plu­tôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout comme il y eut en Europe, dans l’autre siècle, l’avant et l’après Her­na­ni. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pour­rait – et on doit désor­mais, mar­quer les bornes de 1989 : la chute du Mur, la répres­sion de Tia­nan­men. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux States, si le jazz joue les cham­boule-tout, c’est aus­si que la musique afro-amé­ri­caine se heurte de plein fouet à la lutte contre le racisme et pour les droits civiques. Le blues et les gos­pels n’y ont rien fait : la dis­cri­mi­na­tion s’est enkys­tée comme un can­cer. La guerre au Viet­nam atteint son paroxysme. Le chô­mage sévit lour­de­ment. Des émeutes éclatent dans les ghet­tos noirs. Cas­tro a repris Cuba à Batis­ta et aux « yan­quis », les fusées sovié­tiques pointent leurs menaces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cette autre plaie qui frappe en par­ti­cu­lier les milieux artis­tiques et musi­caux : la drogue. Le jazz est très tou­ché, Haden aus­si est gra­ve­ment atteint. Le suc­cès du quar­tette Free Jazz s’évanouit bien­tôt. Scott Lafa­ro meurt dans un acci­dent. Char­lie Haden suit plu­sieurs cures de dés­in­toxi­ca­tion, avant d’être contraint de se reti­rer presque tota­le­ment de la scène jusqu’en 1968 où il retrouve Ornette Cole­man, et se pro­duit avec lui au fes­ti­val de Mon­ter­rey et dans divers clubs en Europe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des enga­ge­ments sur la côte ouest et enre­gistre avec Dex­ter Gor­don, Hamp­ton Hawes, Art Pep­per. À New York, le free jazz est deve­nu la réfé­rence et, outre des jeunes musi­ciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beau­coup de musi­ciens confir­més s’y recon­naissent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orches­tra, un col­lec­tif d’avant-garde fon­dé par Bill Dixon, auquel Haden par­ti­cipe à la plu­part des ren­contres et enre­gis­tre­ments. Son expé­rience est désor­mais recon­nue, liée à un sens aigu de la mélo­die et une grande assu­rance ryth­mique.

L’autre ren­contre musi­cale déter­mi­nante se sera pro­duite en 1968, quand le contre­bas­siste intègre aux côtés du bat­teur Paul Motian le pre­mier trio de Keith Jar­rett. Trio qui renou­velle le genre tant par son style très per­son­nel que par son réper­toire à base de titres inha­bi­tuels pour une for­ma­tion de jazz à cette époque, comme des reprises de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio conti­nue jusque vers le milieu des années 1970, puis Jar­rett se concentre davan­tage sur son tra­vail en solo, et son quar­tette « euro­péen » (avec Jan Gar­ba­rek, Jon Chris­ten­sen, et Palle Daniels­son).

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Car­la Bley et Char­lie Haden portent la ban­nière. Cou­ver­ture du disque.

Troi­sième ren­contre enfin – sans pré­ju­ger des innom­brables autres –, celle avec Car­la Bley. Une affaire aus­si poli­tique que musi­cale. Libe­ra­tion Music Orches­tra est le nom – « génial et modeste… » – que se donne le col­lec­tif de 13 musi­ciens de free jazz lors de sa consti­tu­tion en 1969. Une grande par­tie du réper­toire, com­po­sé essen­tiel­le­ment par Haden et arran­gé par Car­la Bley, est for­mée de « chants de libé­ra­tion » – même si The bal­lad of the fal­len célèbre les vain­cus… – liés notam­ment à la guerre d’Espagne, à la révo­lu­tion por­tu­gaise (Gran­do­la Vila More­na de José Afon­so), aux résis­tances popu­laires au Chi­li et au Sal­va­dor. Mais l’engagement concerne aus­si les droits civiques des Noirs états-uniens, por­té en l’occurrence par deux musi­ciens blancs. Ain­si, en pho­to sur le pre­mier disque du Libe­ra­tion Music Orches­tra, Car­la Bley tient la ban­de­role d’un côté, et Char­lie Haden de l’autre. En tête de manif’, comme dirait la presse locale, on recon­nais­sait notam­ment : Gato Bar­bie­ri, Dewey Red­man, Don Cher­ry, Ros­well Rudd, Andrew Cyrille, Paul Motian… Par­mi les « slo­gans », un « Song for Ché » et des chants répu­bli­cains espa­gnols (El Quin­to Regi­mien­to)… – pour situer l’époque, le style.

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Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


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Ça s’affaire à Vitrolles, Bouches-du-Rhône, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­nière touche à son légen­daire fes­ti­val de jazz. Cette 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu comme tou­jours dans le magni­fique domaine de Font­blanche aux pla­tanes tri-cen­te­naires. Le pro­gramme et les infor­ma­tions pra­tiques se trouvent à por­tée de clic, ici. On en reparle ces pro­chains jours.


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du concert fil­mé en public à Copen­hague, Dane­mark, en avril 1968. Horace Sil­ver y pré­sente le fameux mor­ceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enre­gis­tré pour Blue Note en 1964. Les mor­ceaux de ce disque ont été com­po­sés suite à un voyage au Bré­sil. La cou­ver­ture repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-des­sous].

Le pia­niste et com­po­si­teur de jazz Horace Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a contri­bué à vivi­fier et à renou­ve­ler à tra­vers le cou­rant dit du hard bop. 

Cou­rant qu’illustre assez bien, à sa manière, le film de Mar­tin Scor­sese, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros saxo­pho­niste (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des groupes de Har­lem. Là, des musi­ciens afro-amé­ri­cains ont déci­dé de réagir à la domi­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – sur­tout des Blancs comme Chet Baker, Ger­ry Mul­li­gan, Len­nie Tris­ta­no, Dave Bru­beck éga­le­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soi­re­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, disons que l’acte de nais­sance (jamais unique !) est mar­qué en 1954 par le quin­tette que forment le bat­teur Max Roach et le trom­pet­tiste Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le saxo­pho­niste ténor Son­ny Rol­lins. Tou­te­fois, le pre­mier repré­sen­tant de ce style fut le groupe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Bla­key et, nous y voi­là, le pia­niste Horace Sil­ver en 1955, qui for­me­ra ensuite son propre quin­tette.

L’affaire est lan­cée, dans le contexte états-unien de luttes pour les droits civiques et contre le racisme. Les artistes en géné­ral, les musi­ciens en par­ti­cu­lier et les musi­ciens de jazz sur­tout sont à la pointe de ce com­bat poli­tique et cultu­rel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de rési­gna­tion et de révolte.

C’est en1955 éga­le­ment que Miles Davis embauche John Col­trane (Son­ny Rol­lins a décli­né l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (pia­no), Paul Cham­bers (basse) et Phil­ly Joe Jones (bat­te­rie). À cette époque, Col­trane était encore un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rol­lins se rat­trape en ras­sem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gure l’apparition du trom­bone dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­tige sont les prin­ci­paux labels qui pro­dui­sirent des groupes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­ture du disque « Song for my father », 1964

Bio­gra­phie [Wiki­pe­dia]Horace Sil­ver est né le 2 sep­tembre 1928 à Nor­walk (Connec­ti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Connec­ti­cut était d’origine irlan­daise-afri­caine. Son père lui enseigne la musique folk­lo­rique du Cap Vert. Il com­mence sa car­rière comme saxo­pho­niste tenor dans les clubs du Connec­ti­cut et en 1950, il est repé­ré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chan­ge­ra d’instrument pour le pia­no. C’est dans son orchestre qu’il s’affirme comme com­po­si­teur be bop. Il tra­vaille ensuite avec Miles Davis, Milt Jack­son, Les­ter Young et Cole­man Haw­kins. Il effec­tue les pre­miers enre­gis­tre­ments sous son nom aux côtés du saxo­pho­niste Lou Donald­son en 1952.

En 1953, il fonde avec le bat­teur Art Bla­key le quin­tette des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quitte le groupe pour fon­der le Horace Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les groupes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeunes talents.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­sique, et sur­tout si vous tâtez du pia­no : ne regar­dez pas cette vidéo, elle est écœu­rante !

Puisque vous l’avez vou­lu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­men­cé à jouer du pia­no à six. À sept, il attaque le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­nage dans la capi­tale, Dja­kar­ta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invi­té par l’Unesco à jouer du pia­no solo en pré­sence de Her­bie Han­cock. Comme un pre­mier com­mu­niant invi­té au Vati­can pour dire la messe avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débile.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­dige même pas (pas encore) pré­ten­tieux, tout juste admi­rable. Si vous foui­nez sur la toile à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­trane, Chick Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, comme vous l’avez consta­té de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

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Guy Lon­gnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tiste et créa­teur en 1964 de la pre­mière classe de jazz dans un conser­va­toire fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz toute une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jaume, Raphaël Imbert, Per­rine Man­suy, Pierre Chris­tophe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le saxo­pho­niste André Jaume se sou­vient de la confé­rence sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquelle il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­rence pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­dence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cette époque qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pelle André Jaume, il en avait assez d’être consi­dé­ré comme « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­table star, à l’égal d’une vedette de varié­tés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette confé­rence que Pierre Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toire de Mar­seille – et immense musi­cien –, l’invite à créer la classe de jazz, pre­mière du genre. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra toute sa car­rière. Un péda­gogue « fabu­leux », s’exclame André Jaume, se sou­ve­nant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du clas­sique au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un homme très modeste », sou­ligne encore André Jaume, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­basse… mais pas de la trom­pette ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Claude Luter, Jean-Claude Foh­ren­bach et Mous­tache.  Élève au Conser­va­toire de Paris dans la classe de vio­lon­celle, il fré­quen­ta Boris Vian et le monde de Saint-Ger­main-des-Prés.

Claude Gra­vier rap­pelle qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrolles Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la période « noire » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sence lors de quelques concerts de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Joseph Cri­mi, Phi­lippe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Laplane…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gilles Suzanne consacrent un savou­reux cha­pitre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céenne. On y découvre une éton­nante facette de Pierre Bar­bi­zet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pia­niste clas­sique. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va faire une classe de jazz », pro­pose Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­cise : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­sible du jazz. »

L’affaire ne fut pas simple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racontent les auteurs. Mais la des­cen­dance est assu­rée puisque la classe de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­niste Phi­lippe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du conser­va­toire, a récem­ment enre­gis­tré un hom­mage au maître.

–––           

La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jaume signale un disque en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­ho­ma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

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Ne pas confondre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tiste, pia­niste, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

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La céré­mo­nie des obsèques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tière Saint-Pierre de Mar­seille.


À l’ouest du jazz, Chico Hamilton a cessé de battre

1chico_HamiltonRepre­nant la bagnole, Jazz à Fip envoie du Chi­co Hamil­ton. Tiens, en quel hon­neur ? Tou­jours bon à prendre, hein. Mais c’est que le bougre avait, ce 25 novembre 2013, ren­du baguettes, cym­bales, mailloches et le tou­tim. Les bat­teurs sont en deuil, et les musi­ciens en géné­ral, sur­tout les jaz­zeux. Il avait 92 ans.

Héri­tier de Jo Jones, Chi­co [« p’tit mec »] fut très appré­cié, non seule­ment pour son jeu des plus sub­tils, mais aus­si pour son flair comme décou­vreur de talents par­mi les­quels on relève le bas­siste Ron Car­ter, les saxo­pho­nistes Eric Dol­phy et Charles Lloyd et les gui­ta­ristes Jim Hall, Gabor Sza­bo et Lar­ry Coryell.

Il est né à Los Angeles le 21 sep­tembre 1921. Encore lycéen, il s’immerge dans les scènes jazz locales. En 1940, il part en tour­née avec le big band de Lio­nel Hamp­ton. Après son ser­vice mili­taire pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, on le retrouve dans les orchestres de Jim­my Mun­dy, Char­lie Bar­net et Count Basie.

De 1948 à 1955, tou­jours basé et actif à Los Angeles, il accom­pagne Lena Horne en Europe dans ses tour­nées d’été. Il par­ti­cipe à des musiques de film et rejoint le pre­mier quar­tette de Ger­ry Mul­li­gan qui com­pre­nait éga­le­ment Chet Baker à la trom­pette. En quoi il a par­ti­ci­pé à la nais­sance du jazz West Coast, plus lisse et céré­bral que celui de la côte Est.

En 1955, il monte un quin­tette avec Bud­dy Col­lette, Jim Hall, Fred Katz et Car­son Smith. Gros suc­cès, pro­lon­gé par une appa­ri­tion dans le film The Sweet Smell of Suc­cess [Le Grand Chan­tage en VF] réa­li­sé par Alexan­der Mac­ken­drick.

Chi­co Hamil­ton a conti­nué à jouer et enre­gis­trer au-delà de son 90e anni­ver­saire. Il a sor­ti un album, « Révé­la­tion » en 2011 et en avait un autre en pré­pa­ra­tion.

Les mor­ceaux qu’on peut écou­ter ci-des­sous par le biais de Dee­zer, pro­viennent de l’album Dan­cing To A Dif­ferent Drum­mer (1994) qui res­semble à une leçon de bat­te­rie. De la Danse des tym­pans à la Valse des mailloches, en pas­sant Mr Jo Jones, Chi­co Hamil­ton en arrive fina­le­ment à l’Uni­ver­sal Lan­guage Of Man.


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décembre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de diable roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minutes magiques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la greffe cœurs-pou­mons


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une boule en bois. Une idée folle, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­tique. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musi­cal.

Des Japo­nais ont ain­si construit (et fil­mé) en pleine forêt un xylo­phone en pente, qu’une boule en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeure » de Jean-Sébas­tien Bach.

Une per­for­mance extra­or­di­naire lorsque l’on sait que la lon­gueur de chaque lamelle, taillée en V pour main­te­nir la balle, doit être cal­cu­lée pour jouer la bonne note et la bonne durée.


Chômeur - Cohn-Bendit - Depardieu - imam  » modéré  » - Turquie - Fazil Say - blasphème - musique

Quelques notes en pas­sant, là où ça m’a gra­touillé, face au spec­tacle du monde.

• Au lieu de s’immoler par le feu devant une agence de Pôle emploi à Nantes, le mal­heu­reux chô­meur de 42 ans aurait dû ten­ter le coup de la grue média­tique. Mais quand on est com­plè­te­ment vidé, à bout, les idées et les forces aus­si res­tent en berne.

–––

Hier soir (17/2/13 ), Dany Cohn-Ben­dit à la télé. Il a tou­jours vécu du spec­tacle de la socié­té qui l’a fait naître. Regard tou­jours pétillant, la langue bien pen­due, peu embar­ras­sé par la bien­séance : il tient son rôle, bon VRP de lui-même et de ses œuvres (un bou­quin sur les par­tis), culti­vant son image auto­sa­tis­faite. Dépu­té en fin de man­dat, ayant bien sinué entre les nuances de la ver­dure dite éco­lo­gique, il aurait pu finir séna­teur s’il n’avait pris le chou de Bruxelles – ce sera pour une autre vie. Le « liber­taire » a ain­si et dou­cet­te­ment viré « liber­ta­rien » puis « libé­ral », ain­si qu’il est d’usage chez les 68tards andro­pau­sés et autres maoïstes défro­qués. De son œil gogue­nard, il a trai­té Depar­dieu de « cin­glé » en rai­son de son deal avec le « dic­ta­teur Pou­tine », tan­dis qu’il affir­mait se foutre de sa planque fis­cale en Bel­gique. Pour­quoi ain­si l’exonérer de la soli­da­ri­té fis­cale, ce qui est bien plus grave, selon moi, que sa pan­ta­lon­nade avec l’ex du KGB ?

–––

• Ce gou­ver­ne­ment finit par me sor­tir de par­tout. La finance com­mande, ils obtem­pèrent, et même avec zèle. Socia­listes mon cul ! N’ont de cesse de s’aligner sur les ukases comp­tables de l’Europe. Cette Europe qui n’existe pas, sinon celle du fric et de sa mon­naie pour­rie qui ruine les pays et sur­tout les peuples. D’où les danses du ventre des Mélen­chon et Le Pen.

Le pire, ce n’est pas tant leur impuis­sance rela­tive – l’Europe déla­brée, la finance déchaî­née – le pire, c’est qu’ils s’aplatissent sans même rous­pé­ter, hur­ler, gueu­ler, exis­ter quoi ! Des tou­tous.

–––

Par hasard en tour­nant le bou­ton, je tombe sur une radio pri­vée ce lun­di matin, pas sur les publiques que j’écoute d’habitude, et entends par­ler de Fazil Say, ce pia­niste turc, dont le pro­cès pour athéisme et blas­phème s’ouvre aujourd’hui à Istan­bul.

Tur­quie : 163 jour­na­listes en pri­son, sans juge­ment ! Sur France Culture, l’imam Chal­ghou­mi, qui se dit « modé­ré », trouve que « c’est mieux » en Tur­quie. Mieux qu’en Égypte ou qu’en Tuni­sie.  Dire « c’est mieux » : tout un aveu, toutes les limites de l’air de la « modé­ra­tion ».

J’ai, de loin, pré­fé­ré les pro­pos vrai­ment laïques (ou laïcs ?) de Jean­nette Bou­grab, pour­tant de droite (ex ministre de l’affreux S).

 

1fazil_say

Fazil Say - Pho­to http://fazilsay.com/

Mieux, ça ne peut être que moins pire. J’en reviens à Fazil Say. Admi­rable pia­niste et musi­cien (de jazz éga­le­ment, ce qui ne sau­rait me déplaire), mais il ne serait pas si remar­quable sans son cou­rage dres­sé contre ce régime à l’islamisme dit « modé­ré ».

Exemples emprun­tés à Guillaume Per­rier, cor­res­pon­dant du Monde à Istam­bul :

• En avril, Fazil Say avait moqué l’appel à la prière d’un muez­zin. « Le muez­zin a ter­mi­né son appel en 22 secondes. Pres­tis­si­mo con fuo­co !!! Quelle est l’urgence ? Un ren­dez-vous amou­reux ? Un repas au raki ? »  Il avait éga­le­ment eu l’audace de repro­duire sur les réseaux sociaux des vers du poète per­san Omar Khayyam, à qui il a dédié un concer­to pour cla­ri­nette : « Vous dites que des rivières de vin coulent au para­dis. Le para­dis est-il une taverne pour vous ? Vous dites que deux vierges y attendent chaque croyant. Le para­dis est-il un bor­del pour vous ? » Il risque, en théo­rie, de neuf à dix-huit mois de pri­son pour « offense pro­pa­geant la haine et l’hostilité » et « déni­gre­ment des croyances reli­gieuses d’un groupe ».

• Le roman­cier et Prix Nobel Orhan Pamuk, jugé pour insulte à l’identité natio­nale turque en 2006 pour avoir décla­ré : « Dans ce pays, un mil­lion d’Arméniens et 30 000 Kurdes ont été tués. »

Le cari­ca­tu­riste Baha­dir Baru­ter reste sous la menace d’une peine d’un an de pri­son pour un des­sin à la « une » de l’hebdomadaire sati­rique Pen­guen, en 2011, où était écrit sur le mur d’une mos­quée : « Il n’y a pas de Dieu, la reli­gion est un men­songe. »

• Le roman­cier fran­co-turc Nedim Gür­sel a lui aus­si subi les foudres de la jus­tice pour Les Filles d’Allah, une bio­gra­phie roman­cée du pro­phète Maho­met. Qua­rante et un pas­sages de son livre avaient été jugés irres­pec­tueux par le pro­cu­reur d’Istanbul. Nedim Gür­sel avait fina­le­ment été acquit­té en 2009.

• Un pro­cès a aus­si visé un ouvrage du bio­lo­giste bri­tan­nique Richard Daw­kins. Des orga­ni­sa­tions isla­mistes et un auteur créa­tion­niste, Adnan Oktar, sont sou­vent à l’origine de ces plaintes.

« Jurer et insul­ter ne peut pas être consi­dé­ré comme de la liber­té d’expression », a esti­mé le vice-pre­mier ministre Bekir Boz­dag, théo­lo­gien de for­ma­tion. Lequel a récla­mé qu’une enquête soit ouverte contre l’intellectuel d’origine armé­nienne Sevan Nisa­nyan. Ce lin­guiste, volon­tiers pro­vo­ca­teur, décla­rait fin sep­tembre : « La moque­rie d’un chef arabe qui a pré­ten­du il y a des siècles être entré en contact avec Dieu et a fait des béné­fices poli­tiques, finan­ciers et sexuels, n’est pas un crime de haine ; c’est la liber­té de parole. »



Dix mots pour (mieux) entendre le jazz

Notable ini­tia­tive de Télérama.fr qui, dans son cha­pitre Musique, décor­tique quelques codes du jazz. Exemples à l’appui et illus­tra­tions sonores par des musi­ciens tout à fait « auto­ri­sés ». On y « voit » mieux dans ce qui peut appa­raître par­fois comme du cha­ra­bia d’initiés. Même esprit vul­ga­ri­sa­teur, au meilleur sens, que dans les « Leçons de jazz » d’Antoine Her­vé (ou les « Leçons de musique » de Jean-Fran­çois Zygel). On pour­rait ten­ter une même démarche avec la poli­tique, rayon « caco­pho­nie »…

Cli­quer sur l’image.

[Mer­ci Claude d’avoir débus­qué cette perle sur la toile.]


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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