On n'est pas des moutons

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fa­re, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­nis­te, pia­nis­te, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tis­te, per­cus­sion­nis­te , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une gran­de figu­re du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était mala­de depuis quel­ques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­ni­ques de ses amis, com­me Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le grou­pe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­tri­ce Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swin­gle et Chris­tia­ne Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, mor­te en 2010 : Mimi Per­rin, com­me un pin­son du jazz ]

Edouard Loui­se, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pier­re, d’origine mar­ti­ni­quai­se, est trom­pet­tis­te et l’entraîne très jeu­ne dans des tour­nées esti­va­les où il s’imprègne de la musi­que dite « typi­que » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments com­me la trom­pet­te, le vibra­pho­ne – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À sei­ze ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gis­tre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nico­le Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Clau­de Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant trei­ze ans. Il ne rechi­gne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Char­les Azna­vour, Bar­ba­ra, Ser­ge Gains­bourg, Jac­ques Hige­lin), se lan­ce dans un octet­te (avec le vio­lo­nis­te Domi­ni­que Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fa­re de cin­quan­te musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gis­tre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux dis­que fameux, Confé­ren­ce de Pres­se (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orches­tre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au jus­te…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gis­tre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­niè­re appa­ri­tion publi­que.

Musi­cien de tous les regis­tres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­tu­re « mul­ti­co­lo­re » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les ryth­mes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smi­th, maî­tre du Ham­mond, ins­tru­ment de fines­se et de fou­gue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prè­tent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en Fran­ce, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le mon­de avait 45 ans de moins… Le son lais­se à dési­rer. Cet extrait  de Caraï­bes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui par­tent », com­me il se dit bête­ment… Dans cet­te caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornet­te Cole­man, un his­to­ri­que du jazz s’il en est. Rat­tra­pa­ge avec cet arti­cle sur Citi­zen­Jazz


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Perraud, né à Nantes en 1971 : percussionniste, batteur, compositeur, improvisateur, chercheur et aussi trouveur – comme dans trouvère… Oui, ça lui va bien à ce Pierrot lunaire, troubadour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le battement du cœur vital, chœur musical, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc foncièrement poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images photos, car cet homme à talents est aussi photographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rimbaldien jouant aux dés avec Lautréamont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaesthetic Trip », un sommet du genre. Découvrez-le davantage ça et , entre autres.

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Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Combien de temps ?

C'est la fin de l'hiver, le début d'un printemps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d'amour ?

Combien de temps déjà que papa n'est plus là ?

La toupie s'arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en poussière.

La terre a fait son tour, encore un champ d'horreurs ?

Combien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imaginez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu'où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Combien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l'astre suprême nous serons tous égaux

Et fondront nos égos comme s'écoulent les armes

La terre a fait son tour, c'est pourtant pas banal ?

Combien de temps encore pour le règne animal ?

Cupidon trop cupide, la coupe d'or est pleine,

Mais la terre sature, polluée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débarrasse toi de tes pires parasites

Une chance pourtant pourrait sauver le monde

Que l'âme de poète inocule et féconde

L'esprit des tout-petits futurs grands militants.

Que l'amour du vivant supplante le pauvre argent !

Combien de temps encore jusqu'aux dernières neiges

Continuera-t-il à tourner le beau manège ?

 Edward Perraud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Perraud
© mars 2015


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaTsipras ? C'est le titre de l'actualité chantée de Cécile de Kervasdoué et Benjamin Laurent, mercredi sur France Musique dans l'émission La Matinale culturelle, de Vincent Josse. L'actualité, c'est évidemment l'élection grecque et la victoire de Samothrace – euh, seulement de Tsipras, mais déjà sculpté dans le marbre médiatique. Pourvu qu'il résiste à l'érosion des pouvoirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsipras du nom du nouveau chef du gouvernement grec. Premier homme politique d'extrême gauche à diriger un pays de l'Union Européenne, Alexis Tsipras, 40 ans, s'est fait élire triomphalement dimanche soir sur un programme anti-austérité anti-dette et anti-Union Européenne. Ça n'empêche pas de nombreux européens de succomber à son charme.

Texte et interprétation de cette parodie musicale et politique valent leur pesant son-or-e : ci-dessous :

“KamaTsipras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sourire enjôleur
Il ouvre une nouvelle ère
Pour des millions de chômeurs
Finie l’austérité
Nous pourrons nous chauffer
Nous soigner, nous éduquer
Et peut être travailler
Victoire Victoire
C’est la victoire de Tsipras c’est la victoire de Tsipras c’est la victoire de Tsipras
Finis tous ces voyous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papandreous
Qui vivent grâce à nous
Gloire Gloire
Gloire Au nouvel apollon, gloire au nouvel apollon, gloire au nouvel apollon.
Finis les libéraux
Les impôts et l’euro
Grâce à notre héros
On remet la dette à zéro

Chant 2

Kamatsipras Kamatsipras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Priape
Je ne veux pas de ces agapes
Il voudrait me tourner la tête
Mais pas question d’effacer sa dette

Chant 4

J'vais vous apprendre à danser
J'vais vous apprendre à lutter
Pour la solidarité
J'vais vous apprendre à m'aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capable de lire dans cinq langues, titulaire de multiples mastères, elle se forme parallèlement au chant lyrique dans la classe du contre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Janine Fourrier de l’Opéra de Paris. Elle se distingue dans les rôles de travestis (Chérubin dans les Noces de Figaro de Mozart, Fragoletto dans les Brigands d’Offenbach, Oreste dans la Belle Helène d’Offenbach), puis dans la cantate française et se passionne pour la musique anglaise (Dowland, Blow, Purcell). Mue par le désir d’inventer de nouvelles formes pour transmettre l’actualité internationale, Cécile de Kervasdoué a rejoint en 2013, la rédaction du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Benjamin Laurent, pianiste, se consacre à la composition et à la direction de chant. Il est chef de chant dans l'opéra Eugène Oneguine de Tchaikovski à l'abbaye de Royaumont en août 2013, puis en février 2014 dans L'Elisir d'amore de Donizetti à l'opéra de Monte Carlo. Professeur d’accompagnement, il vient d’intégrer l'atelier lyrique de l'opéra de Paris comme pianiste chef de chant. Il est l’auteur de plusieurs musiques de film.


Charlie Haden (1937-2014). Le jazz comme « musique de la rébellion »

Charlie Haden est mort le 11 juillet 2014 à Los Angeles. Il avait 76 ans. Malade et très affaibli depuis plusieurs années, il avait cessé de jouer en 2011 et son dernier concert avec son Quartet West band remonte à 2008. Instrumentiste, compositeur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la contrebasse s’est éteint.

En 2007, après trente ans d’éloignement, Haden téléphone à Jarrett pour lui proposer de jouer à nouveau avec lui. Les retrouvailles auront lieu chez Keith Jarrett, dans la grange de sa maison du New Jersey, là où il a installé son vieux Steinway. Pendant plusieurs jours, Jarrett et Haden jouent les standards, sans témoin. Des chansons d’amour, le « Great American Songbook »… ECM en sortiraJasmine puis, tout récemment, comme un adieu prémonitoire, Last Dance.

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À La Roque d'Anthéron en 2005, après son concert avec le pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba. Il s'entretient avec Gérard de Haro, du studio de La Buissonne. [Ph. gp]

On le reconnaissait d’emblée : ce son unique porté par un tempo infaillible et sans la moindre fioriture ; un « gros son », comme il fut souvent dit, attiré vers la profondeur et, pour le coup, par la gravité. Il ne s’agissait pas seulement sous son doigté des sons d’abysse de la contrebasse, mais du propos lui-même, relevant de la pulsion vitale autant que de l’humaine révolte. On parlera ici de l’engagement, oui, musicien et citoyen, sans doute de manière indissociable. D’où le choix de l’instrument, d’où cette musique qui, l’un et l’autre grondent, enflent, sourdent.

Jean-Louis Comolli résume la personnalité musicale de l’instrumentiste en ces mots : « La basse de Haden – mesurée, sobre et sereine – trouve le ton juste pour accueillir dans les profondeurs du jazz d’autres révoltes (...) » [Dictionnaire du jazz, éd. Robert Laffont, 1986].

Charles Edward Haden, dit « Charlie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, passe son enfance et son adolescence dans le Missouri. Ses parents sont des musiciens traditionnels, portés sur les chansons de style bluegrass, un matériau basique, populaire, dont on retrouvera souvent l’influence chez le jazzman tout au long de son parcours.

Dans son enfance, il est plutôt tenté par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il contracte une forme légère de poliomyélite qui endommage de manière irréversible sa gorge et ses cordes vocales. Il fera donc chanter d’autres cordes, ne choisissant toutefois la contrebasse comme instrument principal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Angeles attiré par sa scène jazz et la musique improvisée contemporaine. Il s’inscrit au Westlake College of Music, tout en prenant des cours particuliers avec Red Mitchell, alors l’un des contrebassistes les plus renommés de la côte ouest. Il joue avec Art Pepper et Paul Bley. Rencontre Scott LaFaro avec qui il partage un appartement pendant quelques mois. Tous deux deviendront bientôt des pionniers de l’émancipation de la contrebasse jazz des années 1960, chacun en suivant sa propre voie. Ainsi pour Haden, trois musiciens seront déterminants dans son cheminement : Ornette Coleman, Keith Jarrett et Carla Bley – trois personnalités aussi différentes que riches.

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Charlie Haden, Gand, Belgique, septembre 2007. Photo de Geert Vandepoele

Avec Ornette, Haden va plonger dans le free naissant ; le saxophoniste l’intègre dans son fameux quartette, aux côtés du trompettiste Don Cherry et du batteur Billy Higgins. En 1959, les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Century font partie des productions les plus abouties du quartette. Puis Ornette double la mise : il enrôle dans le plus fou des projets du moment (1960) Scott LaFaro (cb), Eric Dolphy (bcl),Freddie Hubbard (tp), Ed Blackwell (dm). Un quartette pour le canal gauche, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Collective Improvisation By The Ornette Coleman Double Quartet produit chez Atlantic par les frères Ertegün. Deux contrebasses, deux batteries, deux trompettes, un alto et une clarinette basse ; deux vingtaines de minutes où s’invente une manière inconnue de contrepoint – l’interplay –, cousine lointaine de Jean-Sébastien, certes, héritière directe de John – qui a largement ouvert la voie depuis quelques années avec les albums Giant Steps, Bags and Trane(avec Milt Jackson), Coltrane Jazz et, cette même année 1960, The Avant-Garde (avec Don Cherry) et My Favorite Things.

Charlie a donc « fait » les barricades de ce « Mai 68 » du jazz. Une révolution. Musicalement du moins, le mot n’est pas galvaudé : le jazz ne sera plus comme avant. Ou plutôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout comme il y eut en Europe, dans l’autre siècle, l’avant et l’après Hernani. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pourrait – et on doit désormais, marquer les bornes de 1989 : la chute du Mur, la répression de Tiananmen. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux States, si le jazz joue les chamboule-tout, c’est aussi que la musique afro-américaine se heurte de plein fouet à la lutte contre le racisme et pour les droits civiques. Le blues et les gospels n’y ont rien fait : la discrimination s’est enkystée comme un cancer. La guerre au Vietnam atteint son paroxysme. Le chômage sévit lourdement. Des émeutes éclatent dans les ghettos noirs. Castro a repris Cuba à Batista et aux « yanquis », les fusées soviétiques pointent leurs menaces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cette autre plaie qui frappe en particulier les milieux artistiques et musicaux : la drogue. Le jazz est très touché, Haden aussi est gravement atteint. Le succès du quartette Free Jazz s’évanouit bientôt. Scott Lafaro meurt dans un accident. Charlie Haden suit plusieurs cures de désintoxication, avant d’être contraint de se retirer presque totalement de la scène jusqu’en 1968 où il retrouve Ornette Coleman, et se produit avec lui au festival de Monterrey et dans divers clubs en Europe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des engagements sur la côte ouest et enregistre avec Dexter Gordon, Hampton Hawes, Art Pepper. À New York, le free jazz est devenu la référence et, outre des jeunes musiciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beaucoup de musiciens confirmés s’y reconnaissent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orchestra, un collectif d’avant-garde fondé par Bill Dixon, auquel Haden participe à la plupart des rencontres et enregistrements. Son expérience est désormais reconnue, liée à un sens aigu de la mélodie et une grande assurance rythmique.

L’autre rencontre musicale déterminante se sera produite en 1968, quand le contrebassiste intègre aux côtés du batteur Paul Motian le premier trio de Keith Jarrett. Trio qui renouvelle le genre tant par son style très personnel que par son répertoire à base de titres inhabituels pour une formation de jazz à cette époque, comme des reprises de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio continue jusque vers le milieu des années 1970, puis Jarrett se concentre davantage sur son travail en solo, et son quartette « européen » (avec Jan Garbarek, Jon Christensen, et Palle Danielsson).

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Carla Bley et Charlie Haden portent la bannière. Couverture du disque.

Troisième rencontre enfin – sans préjuger des innombrables autres –, celle avec Carla Bley. Une affaire aussi politique que musicale. Liberation Music Orchestra est le nom – « génial et modeste… » – que se donne le collectif de 13 musiciens de free jazz lors de sa constitution en 1969. Une grande partie du répertoire, composé essentiellement par Haden et arrangé par Carla Bley, est formée de « chants de libération » – même si The ballad of the fallen célèbre les vaincus… – liés notamment à la guerre d’Espagne, à la révolution portugaise (Grandola Vila Morena de José Afonso), aux résistances populaires au Chili et au Salvador. Mais l’engagement concerne aussi les droits civiques des Noirs états-uniens, porté en l’occurrence par deux musiciens blancs. Ainsi, en photo sur le premier disque du Liberation Music Orchestra, Carla Bley tient la banderole d’un côté, et Charlie Haden de l’autre. En tête de manif’, comme dirait la presse locale, on reconnaissait notamment : Gato Barbieri, Dewey Redman, Don Cherry, Roswell Rudd, Andrew Cyrille, Paul Motian… Parmi les « slogans », un « Song for Ché » et des chants républicains espagnols (El Quinto Regimiento)… – pour situer l’époque, le style.

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Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


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Ça s’affaire à Vitrol­les, Bou­ches-du-Rhô­ne, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­niè­re tou­che à son légen­dai­re fes­ti­val de jazz. Cet­te 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu com­me tou­jours dans le magni­fi­que domai­ne de Font­blan­che aux pla­ta­nes tri-cen­te­nai­res. Le pro­gram­me et les infor­ma­tions pra­ti­ques se trou­vent à por­tée de clic, ici. On en repar­le ces pro­chains jours.


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du concert fil­mé en public à Copen­ha­gue, Dane­mark, en avril 1968. Hora­ce Sil­ver y pré­sen­te le fameux mor­ceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enre­gis­tré pour Blue Note en 1964. Les mor­ceaux de ce dis­que ont été com­po­sés sui­te à un voya­ge au Bré­sil. La cou­ver­tu­re repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-des­sous].

Le pia­nis­te et com­po­si­teur de jazz Hora­ce Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a contri­bué à vivi­fier et à renou­ve­ler à tra­vers le cou­rant dit du hard bop. 

Cou­rant qu’illustre assez bien, à sa maniè­re, le film de Mar­tin Scor­se­se, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros saxo­pho­nis­te (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des grou­pes de Har­lem. Là, des musi­ciens afro-amé­ri­cains ont déci­dé de réagir à la domi­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – sur­tout des Blancs com­me Chet Baker, Ger­ry Mul­li­gan, Len­nie Tris­ta­no, Dave Bru­be­ck éga­le­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soi­re­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, disons que l’acte de nais­san­ce (jamais uni­que !) est mar­qué en 1954 par le quin­tet­te que for­ment le bat­teur Max Roa­ch et le trom­pet­tis­te Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le saxo­pho­nis­te ténor Son­ny Rol­lins. Tou­te­fois, le pre­mier repré­sen­tant de ce sty­le fut le grou­pe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Bla­key et, nous y voi­là, le pia­nis­te Hora­ce Sil­ver en 1955, qui for­me­ra ensui­te son pro­pre quin­tet­te.

L’affaire est lan­cée, dans le contex­te états-unien de lut­tes pour les droits civi­ques et contre le racis­me. Les artis­tes en géné­ral, les musi­ciens en par­ti­cu­lier et les musi­ciens de jazz sur­tout sont à la poin­te de ce com­bat poli­ti­que et cultu­rel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de rési­gna­tion et de révol­te.

C’est en1955 éga­le­ment que Miles Davis embau­che John Col­tra­ne (Son­ny Rol­lins a décli­né l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (pia­no), Paul Cham­bers (bas­se) et Phil­ly Joe Jones (bat­te­rie). À cet­te épo­que, Col­tra­ne était enco­re un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rol­lins se rat­tra­pe en ras­sem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gu­re l’apparition du trom­bo­ne dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­ti­ge sont les prin­ci­paux labels qui pro­dui­si­rent des grou­pes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­tu­re du dis­que « Song for my father », 1964

Bio­gra­phie [Wiki­pe­dia]Hora­ce Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Connec­ti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Connec­ti­cut était d’origine irlan­dai­se-afri­cai­ne. Son père lui ensei­gne la musi­que folk­lo­ri­que du Cap Vert. Il com­men­ce sa car­riè­re com­me saxo­pho­nis­te tenor dans les clubs du Connec­ti­cut et en 1950, il est repé­ré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chan­ge­ra d’instrument pour le pia­no. C’est dans son orches­tre qu’il s’affirme com­me com­po­si­teur be bop. Il tra­vaille ensui­te avec Miles Davis, Milt Jack­son, Les­ter Young et Cole­man Haw­kins. Il effec­tue les pre­miers enre­gis­tre­ments sous son nom aux côtés du saxo­pho­nis­te Lou Donald­son en 1952.

En 1953, il fon­de avec le bat­teur Art Bla­key le quin­tet­te des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quit­te le grou­pe pour fon­der le Hora­ce Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les grou­pes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeu­nes talents.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­si­que, et sur­tout si vous tâtez du pia­no : ne regar­dez pas cet­te vidéo, elle est écœu­ran­te !

Puis­que vous l’avez vou­lu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­men­cé à jouer du pia­no à six. À sept, il atta­que le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­na­ge dans la capi­ta­le, Dja­kar­ta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invi­té par l’Unesco à jouer du pia­no solo en pré­sen­ce de Her­bie Han­co­ck. Com­me un pre­mier com­mu­niant invi­té au Vati­can pour dire la mes­se avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débi­le.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­di­ge même pas (pas enco­re) pré­ten­tieux, tout jus­te admi­ra­ble. Si vous foui­nez sur la toi­le à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­tra­ne, Chi­ck Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, com­me vous l’avez consta­té de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

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Guy Lon­gnon, avec Yves Lapla­ne, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tis­te et créa­teur en 1964 de la pre­miè­re clas­se de jazz dans un conser­va­toi­re fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz tou­te une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jau­me, Raphaël Imbert, Per­ri­ne Man­suy, Pier­re Chris­to­phe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le saxo­pho­nis­te André Jau­me se sou­vient de la confé­ren­ce sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquel­le il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­ren­ce pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­den­ce d’avec le pape du Hot Club de Fran­ce, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cet­te épo­que qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pel­le André Jau­me, il en avait assez d’être consi­dé­ré com­me « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­ta­ble star, à l’égal d’une vedet­te de varié­tés.

Sans dou­te est-ce à l’époque de cet­te confé­ren­ce que Pier­re Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toi­re de Mar­seille – et immen­se musi­cien –, l’invite à créer la clas­se de jazz, pre­miè­re du gen­re. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra tou­te sa car­riè­re. Un péda­go­gue « fabu­leux », s’exclame André Jau­me, se sou­ve­nant de l’« hom­me très ouvert à tou­tes les musi­ques, du clas­si­que au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un hom­me très modes­te », sou­li­gne enco­re André Jau­me, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­bas­se… mais pas de la trom­pet­te ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Clau­de Luter, Jean-Clau­de Foh­ren­ba­ch et Mous­ta­che.  Élè­ve au Conser­va­toi­re de Paris dans la clas­se de vio­lon­cel­le, il fré­quen­ta Boris Vian et le mon­de de Saint-Ger­main-des-Prés.

Clau­de Gra­vier rap­pel­le qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrol­les Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la pério­de « noi­re » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sen­ce lors de quel­ques concerts de ses élè­ves : André Jau­me, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Jose­ph Cri­mi, Phi­lip­pe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Lapla­ne…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gil­les Suzan­ne consa­crent un savou­reux cha­pi­tre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céen­ne. On y décou­vre une éton­nan­te facet­te de Pier­re Bar­bi­zet et cet échan­ge :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lan­ce le pia­nis­te clas­si­que. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va fai­re une clas­se de jazz », pro­po­se Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­ci­se : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri par­ce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­si­ble du jazz. »

L’affaire ne fut pas sim­ple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racon­tent les auteurs. Mais la des­cen­dan­ce est assu­rée puis­que la clas­se de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­nis­te Phi­lip­pe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui por­te le nom de la sal­le jazz du conser­va­toi­re, a récem­ment enre­gis­tré un hom­ma­ge au maî­tre.

–––           

La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tion­ne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Clau­de Luter et son orches­tre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ri­de !, 52e Rue Est

– 1994 : Cycla­des (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jau­me signa­le un dis­que en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­ho­ma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

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Ne pas confon­dre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tis­te, pia­nis­te, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

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La céré­mo­nie des obsè­ques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tiè­re Saint-Pier­re de Mar­seille.


À l’ouest du jazz, Chico Hamilton a cessé de battre

1chico_HamiltonRepre­nant la bagno­le, Jazz à Fip envoie du Chi­co Hamil­ton. Tiens, en quel hon­neur ? Tou­jours bon à pren­dre, hein. Mais c’est que le bou­gre avait, ce 25 novem­bre 2013, ren­du baguet­tes, cym­ba­les, maillo­ches et le tou­tim. Les bat­teurs sont en deuil, et les musi­ciens en géné­ral, sur­tout les jaz­zeux. Il avait 92 ans.

Héri­tier de Jo Jones, Chi­co [« p’tit mec »] fut très appré­cié, non seule­ment pour son jeu des plus sub­tils, mais aus­si pour son flair com­me décou­vreur de talents par­mi les­quels on relè­ve le bas­sis­te Ron Car­ter, les saxo­pho­nis­tes Eric Dol­phy et Char­les Lloyd et les gui­ta­ris­tes Jim Hall, Gabor Sza­bo et Lar­ry Coryell.

Il est né à Los Ange­les le 21 sep­tem­bre 1921. Enco­re lycéen, il s’immerge dans les scè­nes jazz loca­les. En 1940, il part en tour­née avec le big band de Lio­nel Hamp­ton. Après son ser­vi­ce mili­tai­re pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le, on le retrou­ve dans les orches­tres de Jim­my Mun­dy, Char­lie Bar­net et Count Basie.

De 1948 à 1955, tou­jours basé et actif à Los Ange­les, il accom­pa­gne Lena Hor­ne en Euro­pe dans ses tour­nées d’été. Il par­ti­ci­pe à des musi­ques de film et rejoint le pre­mier quar­tet­te de Ger­ry Mul­li­gan qui com­pre­nait éga­le­ment Chet Baker à la trom­pet­te. En quoi il a par­ti­ci­pé à la nais­san­ce du jazz West Coast, plus lis­se et céré­bral que celui de la côte Est.

En 1955, il mon­te un quin­tet­te avec Bud­dy Col­let­te, Jim Hall, Fred Katz et Car­son Smi­th. Gros suc­cès, pro­lon­gé par une appa­ri­tion dans le film The Sweet Smell of Suc­cess [Le Grand Chan­ta­ge en VF] réa­li­sé par Alexan­der Mac­ken­dri­ck.

Chi­co Hamil­ton a conti­nué à jouer et enre­gis­trer au-delà de son 90e anni­ver­sai­re. Il a sor­ti un album, « Révé­la­tion » en 2011 et en avait un autre en pré­pa­ra­tion.

Les mor­ceaux qu’on peut écou­ter ci-des­sous par le biais de Dee­zer, pro­vien­nent de l’album Dan­cing To A Dif­fe­rent Drum­mer (1994) qui res­sem­ble à une leçon de bat­te­rie. De la Dan­se des tym­pans à la Val­se des maillo­ches, en pas­sant Mr Jo Jones, Chi­co Hamil­ton en arri­ve fina­le­ment à l’Uni­ver­sal Lan­gua­ge Of Man.


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décem­bre 2010, pla­ce Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumiè­res, pla­ce aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drô­le de type, allu­re de dia­ble roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minu­tes magi­ques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la gref­fe cœurs-pou­mons


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une bou­le en bois. Une idée fol­le, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­ti­que. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musi­cal.

Des Japo­nais ont ain­si construit (et fil­mé) en plei­ne forêt un xylo­pho­ne en pen­te, qu’une bou­le en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeu­re » de Jean-Sébas­tien Bach.

Une per­for­man­ce extra­or­di­nai­re lors­que l’on sait que la lon­gueur de cha­que lamel­le, taillée en V pour main­te­nir la bal­le, doit être cal­cu­lée pour jouer la bon­ne note et la bon­ne durée.


Chômeur - Cohn-Bendit - Depardieu - imam  » modéré  » - Turquie - Fazil Say - blasphème - musique

Quel­ques notes en pas­sant, là où ça m’a gra­touillé, face au spec­ta­cle du mon­de.

• Au lieu de s’immoler par le feu devant une agen­ce de Pôle emploi à Nan­tes, le mal­heu­reux chô­meur de 42 ans aurait dû ten­ter le coup de la grue média­ti­que. Mais quand on est com­plè­te­ment vidé, à bout, les idées et les for­ces aus­si res­tent en ber­ne.

–––

Hier soir (17/2/13 ), Dany Cohn-Ben­dit à la télé. Il a tou­jours vécu du spec­ta­cle de la socié­té qui l’a fait naî­tre. Regard tou­jours pétillant, la lan­gue bien pen­due, peu embar­ras­sé par la bien­séan­ce : il tient son rôle, bon VRP de lui-même et de ses œuvres (un bou­quin sur les par­tis), culti­vant son ima­ge auto­sa­tis­fai­te. Dépu­té en fin de man­dat, ayant bien sinué entre les nuan­ces de la ver­du­re dite éco­lo­gi­que, il aurait pu finir séna­teur s’il n’avait pris le chou de Bruxel­les – ce sera pour une autre vie. Le « liber­tai­re » a ain­si et dou­cet­te­ment viré « liber­ta­rien » puis « libé­ral », ain­si qu’il est d’usage chez les 68tards andro­pau­sés et autres maoïs­tes défro­qués. De son œil gogue­nard, il a trai­té Depar­dieu de « cin­glé » en rai­son de son deal avec le « dic­ta­teur Pou­ti­ne », tan­dis qu’il affir­mait se fou­tre de sa plan­que fis­ca­le en Bel­gi­que. Pour­quoi ain­si l’exonérer de la soli­da­ri­té fis­ca­le, ce qui est bien plus gra­ve, selon moi, que sa pan­ta­lon­na­de avec l’ex du KGB ?

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• Ce gou­ver­ne­ment finit par me sor­tir de par­tout. La finan­ce com­man­de, ils obtem­pè­rent, et même avec zèle. Socia­lis­tes mon cul ! N’ont de ces­se de s’aligner sur les uka­ses comp­ta­bles de l’Europe. Cet­te Euro­pe qui n’existe pas, sinon cel­le du fric et de sa mon­naie pour­rie qui rui­ne les pays et sur­tout les peu­ples. D’où les dan­ses du ven­tre des Mélen­chon et Le Pen.

Le pire, ce n’est pas tant leur impuis­san­ce rela­ti­ve – l’Europe déla­brée, la finan­ce déchaî­née – le pire, c’est qu’ils s’aplatissent sans même rous­pé­ter, hur­ler, gueu­ler, exis­ter quoi ! Des tou­tous.

–––

Par hasard en tour­nant le bou­ton, je tom­be sur une radio pri­vée ce lun­di matin, pas sur les publi­ques que j’écoute d’habitude, et entends par­ler de Fazil Say, ce pia­nis­te turc, dont le pro­cès pour athéis­me et blas­phè­me s’ouvre aujourd’hui à Istan­bul.

Tur­quie : 163 jour­na­lis­tes en pri­son, sans juge­ment ! Sur Fran­ce Cultu­re, l’imam Chal­ghou­mi, qui se dit « modé­ré », trou­ve que « c’est mieux » en Tur­quie. Mieux qu’en Égyp­te ou qu’en Tuni­sie.  Dire « c’est mieux » : tout un aveu, tou­tes les limi­tes de l’air de la « modé­ra­tion ».

J’ai, de loin, pré­fé­ré les pro­pos vrai­ment laï­ques (ou laïcs ?) de Jean­net­te Bou­grab, pour­tant de droi­te (ex minis­tre de l’affreux S).

 

1fazil_say

Fazil Say - Pho­to http://fazilsay.com/

Mieux, ça ne peut être que moins pire. J’en reviens à Fazil Say. Admi­ra­ble pia­nis­te et musi­cien (de jazz éga­le­ment, ce qui ne sau­rait me déplai­re), mais il ne serait pas si remar­qua­ble sans son cou­ra­ge dres­sé contre ce régi­me à l’islamisme dit « modé­ré ».

Exem­ples emprun­tés à Guillau­me Per­rier, cor­res­pon­dant du Mon­de à Istam­bul :

• En avril, Fazil Say avait moqué l’appel à la priè­re d’un muez­zin. « Le muez­zin a ter­mi­né son appel en 22 secon­des. Pres­tis­si­mo con fuo­co !!! Quel­le est l’urgence ? Un ren­dez-vous amou­reux ? Un repas au raki ? »  Il avait éga­le­ment eu l’audace de repro­dui­re sur les réseaux sociaux des vers du poè­te per­san Omar Khayyam, à qui il a dédié un concer­to pour cla­ri­net­te : « Vous dites que des riviè­res de vin cou­lent au para­dis. Le para­dis est-il une taver­ne pour vous ? Vous dites que deux vier­ges y atten­dent cha­que croyant. Le para­dis est-il un bor­del pour vous ? » Il ris­que, en théo­rie, de neuf à dix-huit mois de pri­son pour « offen­se pro­pa­geant la hai­ne et l’hostilité » et « déni­gre­ment des croyan­ces reli­gieu­ses d’un grou­pe ».

• Le roman­cier et Prix Nobel Orhan Pamuk, jugé pour insul­te à l’identité natio­na­le tur­que en 2006 pour avoir décla­ré : « Dans ce pays, un mil­lion d’Arméniens et 30 000 Kur­des ont été tués. »

Le cari­ca­tu­ris­te Baha­dir Baru­ter res­te sous la mena­ce d’une pei­ne d’un an de pri­son pour un des­sin à la « une » de l’hebdomadaire sati­ri­que Pen­guen, en 2011, où était écrit sur le mur d’une mos­quée : « Il n’y a pas de Dieu, la reli­gion est un men­son­ge. »

• Le roman­cier fran­co-turc Nedim Gür­sel a lui aus­si subi les fou­dres de la jus­ti­ce pour Les Filles d’Allah, une bio­gra­phie roman­cée du pro­phè­te Maho­met. Qua­ran­te et un pas­sa­ges de son livre avaient été jugés irres­pec­tueux par le pro­cu­reur d’Istanbul. Nedim Gür­sel avait fina­le­ment été acquit­té en 2009.

• Un pro­cès a aus­si visé un ouvra­ge du bio­lo­gis­te bri­tan­ni­que Richard Daw­kins. Des orga­ni­sa­tions isla­mis­tes et un auteur créa­tion­nis­te, Adnan Oktar, sont sou­vent à l’origine de ces plain­tes.

« Jurer et insul­ter ne peut pas être consi­dé­ré com­me de la liber­té d’expression », a esti­mé le vice-pre­mier minis­tre Bekir Boz­dag, théo­lo­gien de for­ma­tion. Lequel a récla­mé qu’une enquê­te soit ouver­te contre l’intellectuel d’origine armé­nien­ne Sevan Nisa­nyan. Ce lin­guis­te, volon­tiers pro­vo­ca­teur, décla­rait fin sep­tem­bre : « La moque­rie d’un chef ara­be qui a pré­ten­du il y a des siè­cles être entré en contact avec Dieu et a fait des béné­fi­ces poli­ti­ques, finan­ciers et sexuels, n’est pas un cri­me de hai­ne ; c’est la liber­té de paro­le. »



Dix mots pour (mieux) entendre le jazz

Nota­ble ini­tia­ti­ve de Télérama.fr qui, dans son cha­pi­tre Musi­que, décor­ti­que quel­ques codes du jazz. Exem­ples à l’appui et illus­tra­tions sono­res par des musi­ciens tout à fait « auto­ri­sés ». On y « voit » mieux dans ce qui peut appa­raî­tre par­fois com­me du cha­ra­bia d’initiés. Même esprit vul­ga­ri­sa­teur, au meilleur sens, que dans les « Leçons de jazz » d’Antoine Her­vé (ou les « Leçons de musi­que » de Jean-Fran­çois Zygel). On pour­rait ten­ter une même démar­che avec la poli­ti­que, rayon « caco­pho­nie »…

Cli­quer sur l’image.

[Mer­ci Clau­de d’avoir débus­qué cet­te per­le sur la toi­le.]


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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