On n'est pas des moutons

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fa­re, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­nis­te, pia­nis­te, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tis­te, per­cus­sion­nis­te , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une gran­de figu­re du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était mala­de depuis quel­ques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­ni­ques de ses amis, com­me Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le grou­pe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­tri­ce Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swin­gle et Chris­tia­ne Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, mor­te en 2010 : Mimi Per­rin, com­me un pin­son du jazz ]

Edouard Loui­se, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pier­re, d’origine mar­ti­ni­quai­se, est trom­pet­tis­te et l’entraîne très jeu­ne dans des tour­nées esti­va­les où il s’imprègne de la musi­que dite « typi­que » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments com­me la trom­pet­te, le vibra­pho­ne – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À sei­ze ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gis­tre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nico­le Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Clau­de Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant trei­ze ans. Il ne rechi­gne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Char­les Azna­vour, Bar­ba­ra, Ser­ge Gains­bourg, Jac­ques Hige­lin), se lan­ce dans un octet­te (avec le vio­lo­nis­te Domi­ni­que Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fa­re de cin­quan­te musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gis­tre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux dis­que fameux, Confé­ren­ce de Pres­se (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orches­tre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au jus­te…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gis­tre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­niè­re appa­ri­tion publi­que.

Musi­cien de tous les regis­tres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­tu­re « mul­ti­co­lo­re » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les ryth­mes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smi­th, maî­tre du Ham­mond, ins­tru­ment de fines­se et de fou­gue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prè­tent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en Fran­ce, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le mon­de avait 45 ans de moins… Le son lais­se à dési­rer. Cet extrait  de Caraï­bes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui par­tent », com­me il se dit bête­ment… Dans cet­te caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornet­te Cole­man, un his­to­ri­que du jazz s’il en est. Rat­tra­pa­ge avec cet arti­cle sur Citi­zen­Jazz


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Per­raud, né à Nan­tes en 1971 : per­cus­sion­nis­te, bat­teur, com­po­si­teur, impro­vi­sa­teur, cher­cheur et aus­si trou­veur – com­me dans trou­vè­re… Oui, ça lui va bien à ce Pier­rot lunai­re, trou­ba­dour de la baguet­te magi­que, cel­le qui pul­se, ryth­me, impul­se, assu­re le bat­te­ment du cœur vital, chœur musi­cal, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc fon­ciè­re­ment poè­te, jusqu’à écri­re de la poé­sie, com­me ici, avec des mots, des mots-ima­ges, des ima­ges pho­tos, car cet hom­me à talents est aus­si pho­to­gra­phe. Il a l’œil qui écou­te, l’oreille d’ un voyant rim­bal­dien jouant aux dés avec Lau­tréa­mont, Hugo, Mah­ler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – com­me celui d’Avignon où il lan­çait la sui­te n°2 du dis­que « Synaes­the­tic Trip », un som­met du gen­re. Décou­vrez-le davan­ta­ge ça et , entre autres.

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Mou­lin à jazz, 2010 © G. Tis­sier

Com­bien de temps ?

C’est la fin de l’hiver, le début d’un prin­temps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La ter­re a fait son tour, enco­re un chant d’amour ?

Com­bien de temps déjà que papa n’est plus là ?

La tou­pie s’arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en pous­siè­re.

La ter­re a fait son tour, enco­re un champ d’horreurs ?

Com­bien de temps déjà que je comp­te plus les heurts ?

Ima­gi­nez le prix de ce petit poè­me

Quand nous ne savons pas jusqu’où la vie nous aime ?

La ter­re a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Com­bien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l’astre suprê­me nous serons tous égaux

Et fon­dront nos égos com­me s’écoulent les armes

La ter­re a fait son tour, c’est pour­tant pas banal ?

Com­bien de temps enco­re pour le règne ani­mal ?

Cupi­don trop cupi­de, la cou­pe d’or est plei­ne,

Mais la ter­re satu­re, pol­luée, mor­ne plai­ne.

Va fai­re un tour au lar­ge, Ter­re chan­ge de mythe,

Et débar­ras­se toi de tes pires para­si­tes

Une chan­ce pour­tant pour­rait sau­ver le mon­de

Que l’âme de poè­te ino­cu­le et fécon­de

L’esprit des tout-petits futurs grands mili­tants.

Que l’amour du vivant sup­plan­te le pau­vre argent !

Com­bien de temps enco­re jusqu’aux der­niè­res nei­ges

Conti­nue­ra-t-il à tour­ner le beau manè­ge ?

 Edward Per­raud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Per­raud
© mars 2015


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaT­si­pras ? C’est le titre de l’actualité chan­tée de Céci­le de Ker­vas­doué et Ben­ja­min Lau­rent, mer­cre­di sur Fran­ce Musi­que dans l’émission La Mati­na­le cultu­rel­le, de Vin­cent Jos­se. L’actualité, c’est évi­dem­ment l’élection grec­que et la vic­toi­re de Samo­thra­ce – euh, seule­ment de Tsi­pras, mais déjà sculp­té dans le mar­bre média­ti­que. Pour­vu qu’il résis­te à l’érosion des pou­voirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsi­pras du nom du nou­veau chef du gou­ver­ne­ment grec. Pre­mier hom­me poli­ti­que d’extrême gau­che à diri­ger un pays de l’Union Euro­péen­ne, Alexis Tsi­pras, 40 ans, s’est fait éli­re triom­pha­le­ment diman­che soir sur un pro­gram­me anti-aus­té­ri­té anti-det­te et anti-Union Euro­péen­ne. Ça n’empêche pas de nom­breux euro­péens de suc­com­ber à son char­me.

Tex­te et inter­pré­ta­tion de cet­te paro­die musi­ca­le et poli­ti­que valent leur pesant son-or-e : ci-des­sous :

KamaT­si­pras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sou­ri­re enjô­leur
Il ouvre une nou­vel­le ère
Pour des mil­lions de chô­meurs
Finie l’austérité
Nous pour­rons nous chauf­fer
Nous soi­gner, nous édu­quer
Et peut être tra­vailler
Vic­toi­re Vic­toi­re
C’est la vic­toi­re de Tsi­pras c’est la vic­toi­re de Tsi­pras c’est la vic­toi­re de Tsi­pras
Finis tous ces voyous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papan­dreous
Qui vivent grâ­ce à nous
Gloi­re Gloi­re
Gloi­re Au nou­vel apol­lon, gloi­re au nou­vel apol­lon, gloi­re au nou­vel apol­lon.
Finis les libé­raux
Les impôts et l’euro
Grâ­ce à notre héros
On remet la det­te à zéro

Chant 2

Kamat­si­pras Kamat­si­pras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Pria­pe
Je ne veux pas de ces aga­pes
Il vou­drait me tour­ner la tête
Mais pas ques­tion d’effacer sa det­te

Chant 4

J’vais vous appren­dre à dan­ser
J’vais vous appren­dre à lut­ter
Pour la soli­da­ri­té
J’vais vous appren­dre à m’aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capa­ble de lire dans cinq lan­gues, titu­lai­re de mul­ti­ples mas­tè­res, elle se for­me paral­lè­le­ment au chant lyri­que dans la clas­se du contre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Jani­ne Four­rier de l’Opéra de Paris. Elle se dis­tin­gue dans les rôles de tra­ves­tis (Ché­ru­bin dans les Noces de Figa­ro de Mozart, Fra­go­let­to dans les Bri­gands d’Offenbach, Ores­te dans la Bel­le Helè­ne d’Offenbach), puis dans la can­ta­te fran­çai­se et se pas­sion­ne pour la musi­que anglai­se (Dow­land, Blow, Pur­cell). Mue par le désir d’inventer de nou­vel­les for­mes pour trans­met­tre l’actualité inter­na­tio­na­le, Céci­le de Ker­vas­doué a rejoint en 2013, la rédac­tion du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplô­mé du Conser­va­toi­re natio­nal supé­rieur de musi­que et de dan­se de Paris, Ben­ja­min Lau­rent, pia­nis­te, se consa­cre à la com­po­si­tion et à la direc­tion de chant. Il est chef de chant dans l’opéra Eugè­ne One­gui­ne de Tchai­kovs­ki à l’abbaye de Royau­mont en août 2013, puis en février 2014 dans L’Elisir d’amore de Doni­zet­ti à l’opéra de Mon­te Car­lo. Pro­fes­seur d’accompagnement, il vient d’intégrer l’atelier lyri­que de l’opéra de Paris com­me pia­nis­te chef de chant. Il est l’auteur de plu­sieurs musi­ques de film.


Charlie Haden (1937-2014). Le jazz comme « musique de la rébellion »

Char­lie Haden est mort le 11 juillet 2014 à Los Ange­les. Il avait 76 ans. Mala­de et très affai­bli depuis plu­sieurs années, il avait ces­sé de jouer en 2011 et son der­nier concert avec son Quar­tet West band remon­te à 2008. Ins­tru­men­tis­te, com­po­si­teur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la contre­bas­se s’est éteint.

En 2007, après tren­te ans d’éloignement, Haden télé­pho­ne à Jar­rett pour lui pro­po­ser de jouer à nou­veau avec lui. Les retrou­vailles auront lieu chez Kei­th Jar­rett, dans la gran­ge de sa mai­son du New Jer­sey, là où il a ins­tal­lé son vieux Stein­way. Pen­dant plu­sieurs jours, Jar­rett et Haden jouent les stan­dards, sans témoin. Des chan­sons d’amour, le « Great Ame­ri­can Song­book »… ECM en sor­ti­raJas­mi­ne puis, tout récem­ment, com­me un adieu pré­mo­ni­toi­re, Last Dan­ce.

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À La Roque d’Anthéron en 2005, après son concert avec le pia­nis­te cubain Gon­za­lo Rubal­ca­ba. Il s’entretient avec Gérard de Haro, du stu­dio de La Buis­son­ne. [Ph. gp]

On le recon­nais­sait d’emblée : ce son uni­que por­té par un tem­po infailli­ble et sans la moin­dre fio­ri­tu­re ; un « gros son », com­me il fut sou­vent dit, atti­ré vers la pro­fon­deur et, pour le coup, par la gra­vi­té. Il ne s’agissait pas seule­ment sous son doig­té des sons d’abysse de la contre­bas­se, mais du pro­pos lui-même, rele­vant de la pul­sion vita­le autant que de l’humaine révol­te. On par­le­ra ici de l’engagement, oui, musi­cien et citoyen, sans dou­te de maniè­re indis­so­cia­ble. D’où le choix de l’instrument, d’où cet­te musi­que qui, l’un et l’autre gron­dent, enflent, sour­dent.

Jean-Louis Comol­li résu­me la per­son­na­li­té musi­ca­le de l’instrumentiste en ces mots : « La bas­se de Haden – mesu­rée, sobre et serei­ne – trou­ve le ton jus­te pour accueillir dans les pro­fon­deurs du jazz d’autres révol­tes (...) » [Dic­tion­nai­re du jazz, éd. Robert Laf­font, 1986].

Char­les Edward Haden, dit « Char­lie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, pas­se son enfan­ce et son ado­les­cen­ce dans le Mis­sou­ri. Ses parents sont des musi­ciens tra­di­tion­nels, por­tés sur les chan­sons de sty­le blue­grass, un maté­riau basi­que, popu­lai­re, dont on retrou­ve­ra sou­vent l’influence chez le jazz­man tout au long de son par­cours.

Dans son enfan­ce, il est plu­tôt ten­té par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il contrac­te une for­me légè­re de polio­myé­li­te qui endom­ma­ge de maniè­re irré­ver­si­ble sa gor­ge et ses cor­des voca­les. Il fera donc chan­ter d’autres cor­des, ne choi­sis­sant tou­te­fois la contre­bas­se com­me ins­tru­ment prin­ci­pal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Ange­les atti­ré par sa scè­ne jazz et la musi­que impro­vi­sée contem­po­rai­ne. Il s’inscrit au West­la­ke Col­le­ge of Music, tout en pre­nant des cours par­ti­cu­liers avec Red Mit­chell, alors l’un des contre­bas­sis­tes les plus renom­més de la côte ouest. Il joue avec Art Pep­per et Paul Bley. Ren­con­tre Scott LaFa­ro avec qui il par­ta­ge un appar­te­ment pen­dant quel­ques mois. Tous deux devien­dront bien­tôt des pion­niers de l’émancipation de la contre­bas­se jazz des années 1960, cha­cun en sui­vant sa pro­pre voie. Ain­si pour Haden, trois musi­ciens seront déter­mi­nants dans son che­mi­ne­ment : Ornet­te Cole­man, Kei­th Jar­rett et Car­la Bley – trois per­son­na­li­tés aus­si dif­fé­ren­tes que riches.

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Char­lie Haden, Gand, Bel­gi­que, sep­tem­bre 2007. Pho­to de Geert Van­de­poe­le

Avec Ornet­te, Haden va plon­ger dans le free nais­sant ; le saxo­pho­nis­te l’intègre dans son fameux quar­tet­te, aux côtés du trom­pet­tis­te Don Cher­ry et du bat­teur Billy Hig­gins. En 1959, les albums The Sha­pe of Jazz To Come et Chan­ge of the Cen­tu­ry font par­tie des pro­duc­tions les plus abou­ties du quar­tet­te. Puis Ornet­te dou­ble la mise : il enrô­le dans le plus fou des pro­jets du moment (1960) Scott LaFa­ro (cb), Eric Dol­phy (bcl),Fred­die Hub­bard (tp), Ed Bla­ck­well (dm). Un quar­tet­te pour le canal gau­che, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Col­lec­ti­ve Impro­vi­sa­tion By The Ornet­te Cole­man Dou­ble Quar­tet pro­duit chez Atlan­tic par les frè­res Ertegün. Deux contre­bas­ses, deux bat­te­ries, deux trom­pet­tes, un alto et une cla­ri­net­te bas­se ; deux ving­tai­nes de minu­tes où s’invente une maniè­re incon­nue de contre­point – l’interplay –, cou­si­ne loin­tai­ne de Jean-Sébas­tien, cer­tes, héri­tiè­re direc­te de John – qui a lar­ge­ment ouvert la voie depuis quel­ques années avec les albums Giant Steps, Bags and Tra­ne(avec Milt Jack­son), Col­tra­ne Jazz et, cet­te même année 1960, The Avant-Gar­de (avec Don Cher­ry) et My Favo­ri­te Things.

Char­lie a donc « fait » les bar­ri­ca­des de ce « Mai 68 » du jazz. Une révo­lu­tion. Musi­ca­le­ment du moins, le mot n’est pas gal­vau­dé : le jazz ne sera plus com­me avant. Ou plu­tôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout com­me il y eut en Euro­pe, dans l’autre siè­cle, l’avant et l’après Her­na­ni. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pour­rait – et on doit désor­mais, mar­quer les bor­nes de 1989 : la chu­te du Mur, la répres­sion de Tia­nan­men. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux Sta­tes, si le jazz joue les cham­bou­le-tout, c’est aus­si que la musi­que afro-amé­ri­cai­ne se heur­te de plein fouet à la lut­te contre le racis­me et pour les droits civi­ques. Le blues et les gos­pels n’y ont rien fait : la dis­cri­mi­na­tion s’est enkys­tée com­me un can­cer. La guer­re au Viet­nam atteint son paroxys­me. Le chô­ma­ge sévit lour­de­ment. Des émeu­tes écla­tent dans les ghet­tos noirs. Cas­tro a repris Cuba à Batis­ta et aux « yan­quis », les fusées sovié­ti­ques poin­tent leurs mena­ces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cet­te autre plaie qui frap­pe en par­ti­cu­lier les milieux artis­ti­ques et musi­caux : la dro­gue. Le jazz est très tou­ché, Haden aus­si est gra­ve­ment atteint. Le suc­cès du quar­tet­te Free Jazz s’évanouit bien­tôt. Scott Lafa­ro meurt dans un acci­dent. Char­lie Haden suit plu­sieurs cures de dés­in­toxi­ca­tion, avant d’être contraint de se reti­rer pres­que tota­le­ment de la scè­ne jusqu’en 1968 où il retrou­ve Ornet­te Cole­man, et se pro­duit avec lui au fes­ti­val de Mon­ter­rey et dans divers clubs en Euro­pe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des enga­ge­ments sur la côte ouest et enre­gis­tre avec Dex­ter Gor­don, Hamp­ton Hawes, Art Pep­per. À New York, le free jazz est deve­nu la réfé­ren­ce et, outre des jeu­nes musi­ciens (com­me Archie Shepp et Albert Ayler), beau­coup de musi­ciens confir­més s’y recon­nais­sent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orches­tra, un col­lec­tif d’avant-garde fon­dé par Bill Dixon, auquel Haden par­ti­ci­pe à la plu­part des ren­con­tres et enre­gis­tre­ments. Son expé­rien­ce est désor­mais recon­nue, liée à un sens aigu de la mélo­die et une gran­de assu­ran­ce ryth­mi­que.

L’autre ren­con­tre musi­ca­le déter­mi­nan­te se sera pro­dui­te en 1968, quand le contre­bas­sis­te intè­gre aux côtés du bat­teur Paul Motian le pre­mier trio de Kei­th Jar­rett. Trio qui renou­vel­le le gen­re tant par son sty­le très per­son­nel que par son réper­toi­re à base de titres inha­bi­tuels pour une for­ma­tion de jazz à cet­te épo­que, com­me des repri­ses de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio conti­nue jus­que vers le milieu des années 1970, puis Jar­rett se concen­tre davan­ta­ge sur son tra­vail en solo, et son quar­tet­te « euro­péen » (avec Jan Gar­ba­rek, Jon Chris­ten­sen, et Pal­le Daniels­son).

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Car­la Bley et Char­lie Haden por­tent la ban­niè­re. Cou­ver­tu­re du dis­que.

Troi­siè­me ren­con­tre enfin – sans pré­ju­ger des innom­bra­bles autres –, cel­le avec Car­la Bley. Une affai­re aus­si poli­ti­que que musi­ca­le. Libe­ra­tion Music Orches­tra est le nom – « génial et modes­te… » – que se don­ne le col­lec­tif de 13 musi­ciens de free jazz lors de sa consti­tu­tion en 1969. Une gran­de par­tie du réper­toi­re, com­po­sé essen­tiel­le­ment par Haden et arran­gé par Car­la Bley, est for­mée de « chants de libé­ra­tion » – même si The bal­lad of the fal­len célè­bre les vain­cus… – liés notam­ment à la guer­re d’Espagne, à la révo­lu­tion por­tu­gai­se (Gran­do­la Vila More­na de José Afon­so), aux résis­tan­ces popu­lai­res au Chi­li et au Sal­va­dor. Mais l’engagement concer­ne aus­si les droits civi­ques des Noirs états-uniens, por­té en l’occurrence par deux musi­ciens blancs. Ain­si, en pho­to sur le pre­mier dis­que du Libe­ra­tion Music Orches­tra, Car­la Bley tient la ban­de­ro­le d’un côté, et Char­lie Haden de l’autre. En tête de manif’, com­me dirait la pres­se loca­le, on recon­nais­sait notam­ment : Gato Bar­bie­ri, Dewey Red­man, Don Cher­ry, Ros­well Rudd, Andrew Cyril­le, Paul Motian… Par­mi les « slo­gans », un « Song for Ché » et des chants répu­bli­cains espa­gnols (El Quin­to Regi­mien­to)… – pour situer l’époque, le sty­le.

(Lire la sui­te…)


Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


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Ça s’affaire à Vitrol­les, Bou­ches-du-Rhô­ne, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­niè­re tou­che à son légen­dai­re fes­ti­val de jazz. Cet­te 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu com­me tou­jours dans le magni­fi­que domai­ne de Font­blan­che aux pla­ta­nes tri-cen­te­nai­res. Le pro­gram­me et les infor­ma­tions pra­ti­ques se trou­vent à por­tée de clic, ici. On en repar­le ces pro­chains jours.


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du concert fil­mé en public à Copen­ha­gue, Dane­mark, en avril 1968. Hora­ce Sil­ver y pré­sen­te le fameux mor­ceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enre­gis­tré pour Blue Note en 1964. Les mor­ceaux de ce dis­que ont été com­po­sés sui­te à un voya­ge au Bré­sil. La cou­ver­tu­re repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-des­sous].

Le pia­nis­te et com­po­si­teur de jazz Hora­ce Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a contri­bué à vivi­fier et à renou­ve­ler à tra­vers le cou­rant dit du hard bop. 

Cou­rant qu’illustre assez bien, à sa maniè­re, le film de Mar­tin Scor­se­se, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros saxo­pho­nis­te (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des grou­pes de Har­lem. Là, des musi­ciens afro-amé­ri­cains ont déci­dé de réagir à la domi­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – sur­tout des Blancs com­me Chet Baker, Ger­ry Mul­li­gan, Len­nie Tris­ta­no, Dave Bru­be­ck éga­le­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soi­re­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, disons que l’acte de nais­san­ce (jamais uni­que !) est mar­qué en 1954 par le quin­tet­te que for­ment le bat­teur Max Roa­ch et le trom­pet­tis­te Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le saxo­pho­nis­te ténor Son­ny Rol­lins. Tou­te­fois, le pre­mier repré­sen­tant de ce sty­le fut le grou­pe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Bla­key et, nous y voi­là, le pia­nis­te Hora­ce Sil­ver en 1955, qui for­me­ra ensui­te son pro­pre quin­tet­te.

L’affaire est lan­cée, dans le contex­te états-unien de lut­tes pour les droits civi­ques et contre le racis­me. Les artis­tes en géné­ral, les musi­ciens en par­ti­cu­lier et les musi­ciens de jazz sur­tout sont à la poin­te de ce com­bat poli­ti­que et cultu­rel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de rési­gna­tion et de révol­te.

C’est en1955 éga­le­ment que Miles Davis embau­che John Col­tra­ne (Son­ny Rol­lins a décli­né l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (pia­no), Paul Cham­bers (bas­se) et Phil­ly Joe Jones (bat­te­rie). À cet­te épo­que, Col­tra­ne était enco­re un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rol­lins se rat­tra­pe en ras­sem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gu­re l’apparition du trom­bo­ne dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­ti­ge sont les prin­ci­paux labels qui pro­dui­si­rent des grou­pes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­tu­re du dis­que « Song for my father », 1964

Bio­gra­phie [Wiki­pe­dia]Hora­ce Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Connec­ti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Connec­ti­cut était d’origine irlan­dai­se-afri­cai­ne. Son père lui ensei­gne la musi­que folk­lo­ri­que du Cap Vert. Il com­men­ce sa car­riè­re com­me saxo­pho­nis­te tenor dans les clubs du Connec­ti­cut et en 1950, il est repé­ré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chan­ge­ra d’instrument pour le pia­no. C’est dans son orches­tre qu’il s’affirme com­me com­po­si­teur be bop. Il tra­vaille ensui­te avec Miles Davis, Milt Jack­son, Les­ter Young et Cole­man Haw­kins. Il effec­tue les pre­miers enre­gis­tre­ments sous son nom aux côtés du saxo­pho­nis­te Lou Donald­son en 1952.

En 1953, il fon­de avec le bat­teur Art Bla­key le quin­tet­te des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quit­te le grou­pe pour fon­der le Hora­ce Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les grou­pes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeu­nes talents.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­si­que, et sur­tout si vous tâtez du pia­no : ne regar­dez pas cet­te vidéo, elle est écœu­ran­te !

Puis­que vous l’avez vou­lu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­men­cé à jouer du pia­no à six. À sept, il atta­que le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­na­ge dans la capi­ta­le, Dja­kar­ta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invi­té par l’Unesco à jouer du pia­no solo en pré­sen­ce de Her­bie Han­co­ck. Com­me un pre­mier com­mu­niant invi­té au Vati­can pour dire la mes­se avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débi­le.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­di­ge même pas (pas enco­re) pré­ten­tieux, tout jus­te admi­ra­ble. Si vous foui­nez sur la toi­le à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­tra­ne, Chi­ck Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, com­me vous l’avez consta­té de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

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Guy Lon­gnon, avec Yves Lapla­ne, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tis­te et créa­teur en 1964 de la pre­miè­re clas­se de jazz dans un conser­va­toi­re fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz tou­te une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jau­me, Raphaël Imbert, Per­ri­ne Man­suy, Pier­re Chris­to­phe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le saxo­pho­nis­te André Jau­me se sou­vient de la confé­ren­ce sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquel­le il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­ren­ce pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­den­ce d’avec le pape du Hot Club de Fran­ce, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cet­te épo­que qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pel­le André Jau­me, il en avait assez d’être consi­dé­ré com­me « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­ta­ble star, à l’égal d’une vedet­te de varié­tés.

Sans dou­te est-ce à l’époque de cet­te confé­ren­ce que Pier­re Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toi­re de Mar­seille – et immen­se musi­cien –, l’invite à créer la clas­se de jazz, pre­miè­re du gen­re. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra tou­te sa car­riè­re. Un péda­go­gue « fabu­leux », s’exclame André Jau­me, se sou­ve­nant de l’« hom­me très ouvert à tou­tes les musi­ques, du clas­si­que au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un hom­me très modes­te », sou­li­gne enco­re André Jau­me, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­bas­se… mais pas de la trom­pet­te ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Clau­de Luter, Jean-Clau­de Foh­ren­ba­ch et Mous­ta­che.  Élè­ve au Conser­va­toi­re de Paris dans la clas­se de vio­lon­cel­le, il fré­quen­ta Boris Vian et le mon­de de Saint-Ger­main-des-Prés.

Clau­de Gra­vier rap­pel­le qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrol­les Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la pério­de « noi­re » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sen­ce lors de quel­ques concerts de ses élè­ves : André Jau­me, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Jose­ph Cri­mi, Phi­lip­pe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Lapla­ne…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gil­les Suzan­ne consa­crent un savou­reux cha­pi­tre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céen­ne. On y décou­vre une éton­nan­te facet­te de Pier­re Bar­bi­zet et cet échan­ge :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lan­ce le pia­nis­te clas­si­que. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va fai­re une clas­se de jazz », pro­po­se Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­ci­se : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri par­ce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­si­ble du jazz. »

L’affaire ne fut pas sim­ple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racon­tent les auteurs. Mais la des­cen­dan­ce est assu­rée puis­que la clas­se de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­nis­te Phi­lip­pe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui por­te le nom de la sal­le jazz du conser­va­toi­re, a récem­ment enre­gis­tré un hom­ma­ge au maî­tre.

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La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tion­ne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Clau­de Luter et son orches­tre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ri­de !, 52e Rue Est

– 1994 : Cycla­des (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jau­me signa­le un dis­que en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­ho­ma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

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Ne pas confon­dre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tis­te, pia­nis­te, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

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La céré­mo­nie des obsè­ques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tiè­re Saint-Pier­re de Mar­seille.


À l’ouest du jazz, Chico Hamilton a cessé de battre

1chico_HamiltonRepre­nant la bagno­le, Jazz à Fip envoie du Chi­co Hamil­ton. Tiens, en quel hon­neur ? Tou­jours bon à pren­dre, hein. Mais c’est que le bou­gre avait, ce 25 novem­bre 2013, ren­du baguet­tes, cym­ba­les, maillo­ches et le tou­tim. Les bat­teurs sont en deuil, et les musi­ciens en géné­ral, sur­tout les jaz­zeux. Il avait 92 ans.

Héri­tier de Jo Jones, Chi­co [« p’tit mec »] fut très appré­cié, non seule­ment pour son jeu des plus sub­tils, mais aus­si pour son flair com­me décou­vreur de talents par­mi les­quels on relè­ve le bas­sis­te Ron Car­ter, les saxo­pho­nis­tes Eric Dol­phy et Char­les Lloyd et les gui­ta­ris­tes Jim Hall, Gabor Sza­bo et Lar­ry Coryell.

Il est né à Los Ange­les le 21 sep­tem­bre 1921. Enco­re lycéen, il s’immerge dans les scè­nes jazz loca­les. En 1940, il part en tour­née avec le big band de Lio­nel Hamp­ton. Après son ser­vi­ce mili­tai­re pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le, on le retrou­ve dans les orches­tres de Jim­my Mun­dy, Char­lie Bar­net et Count Basie.

De 1948 à 1955, tou­jours basé et actif à Los Ange­les, il accom­pa­gne Lena Hor­ne en Euro­pe dans ses tour­nées d’été. Il par­ti­ci­pe à des musi­ques de film et rejoint le pre­mier quar­tet­te de Ger­ry Mul­li­gan qui com­pre­nait éga­le­ment Chet Baker à la trom­pet­te. En quoi il a par­ti­ci­pé à la nais­san­ce du jazz West Coast, plus lis­se et céré­bral que celui de la côte Est.

En 1955, il mon­te un quin­tet­te avec Bud­dy Col­let­te, Jim Hall, Fred Katz et Car­son Smi­th. Gros suc­cès, pro­lon­gé par une appa­ri­tion dans le film The Sweet Smell of Suc­cess [Le Grand Chan­ta­ge en VF] réa­li­sé par Alexan­der Mac­ken­dri­ck.

Chi­co Hamil­ton a conti­nué à jouer et enre­gis­trer au-delà de son 90e anni­ver­sai­re. Il a sor­ti un album, « Révé­la­tion » en 2011 et en avait un autre en pré­pa­ra­tion.

Les mor­ceaux qu’on peut écou­ter ci-des­sous par le biais de Dee­zer, pro­vien­nent de l’album Dan­cing To A Dif­fe­rent Drum­mer (1994) qui res­sem­ble à une leçon de bat­te­rie. De la Dan­se des tym­pans à la Val­se des maillo­ches, en pas­sant Mr Jo Jones, Chi­co Hamil­ton en arri­ve fina­le­ment à l’Uni­ver­sal Lan­gua­ge Of Man.


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décem­bre 2010, pla­ce Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumiè­res, pla­ce aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drô­le de type, allu­re de dia­ble roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minu­tes magi­ques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la gref­fe cœurs-pou­mons


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une bou­le en bois. Une idée fol­le, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­ti­que. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musi­cal.

Des Japo­nais ont ain­si construit (et fil­mé) en plei­ne forêt un xylo­pho­ne en pen­te, qu’une bou­le en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeu­re » de Jean-Sébas­tien Bach.

Une per­for­man­ce extra­or­di­nai­re lors­que l’on sait que la lon­gueur de cha­que lamel­le, taillée en V pour main­te­nir la bal­le, doit être cal­cu­lée pour jouer la bon­ne note et la bon­ne durée.


Chômeur - Cohn-Bendit - Depardieu - imam  » modéré  » - Turquie - Fazil Say - blasphème - musique

Quel­ques notes en pas­sant, là où ça m’a gra­touillé, face au spec­ta­cle du mon­de.

• Au lieu de s’immoler par le feu devant une agen­ce de Pôle emploi à Nan­tes, le mal­heu­reux chô­meur de 42 ans aurait dû ten­ter le coup de la grue média­ti­que. Mais quand on est com­plè­te­ment vidé, à bout, les idées et les for­ces aus­si res­tent en ber­ne.

–––

Hier soir (17/2/13 ), Dany Cohn-Ben­dit à la télé. Il a tou­jours vécu du spec­ta­cle de la socié­té qui l’a fait naî­tre. Regard tou­jours pétillant, la lan­gue bien pen­due, peu embar­ras­sé par la bien­séan­ce : il tient son rôle, bon VRP de lui-même et de ses œuvres (un bou­quin sur les par­tis), culti­vant son ima­ge auto­sa­tis­fai­te. Dépu­té en fin de man­dat, ayant bien sinué entre les nuan­ces de la ver­du­re dite éco­lo­gi­que, il aurait pu finir séna­teur s’il n’avait pris le chou de Bruxel­les – ce sera pour une autre vie. Le « liber­tai­re » a ain­si et dou­cet­te­ment viré « liber­ta­rien » puis « libé­ral », ain­si qu’il est d’usage chez les 68tards andro­pau­sés et autres maoïs­tes défro­qués. De son œil gogue­nard, il a trai­té Depar­dieu de « cin­glé » en rai­son de son deal avec le « dic­ta­teur Pou­ti­ne », tan­dis qu’il affir­mait se fou­tre de sa plan­que fis­ca­le en Bel­gi­que. Pour­quoi ain­si l’exonérer de la soli­da­ri­té fis­ca­le, ce qui est bien plus gra­ve, selon moi, que sa pan­ta­lon­na­de avec l’ex du KGB ?

–––

• Ce gou­ver­ne­ment finit par me sor­tir de par­tout. La finan­ce com­man­de, ils obtem­pè­rent, et même avec zèle. Socia­lis­tes mon cul ! N’ont de ces­se de s’aligner sur les uka­ses comp­ta­bles de l’Europe. Cet­te Euro­pe qui n’existe pas, sinon cel­le du fric et de sa mon­naie pour­rie qui rui­ne les pays et sur­tout les peu­ples. D’où les dan­ses du ven­tre des Mélen­chon et Le Pen.

Le pire, ce n’est pas tant leur impuis­san­ce rela­ti­ve – l’Europe déla­brée, la finan­ce déchaî­née – le pire, c’est qu’ils s’aplatissent sans même rous­pé­ter, hur­ler, gueu­ler, exis­ter quoi ! Des tou­tous.

–––

Par hasard en tour­nant le bou­ton, je tom­be sur une radio pri­vée ce lun­di matin, pas sur les publi­ques que j’écoute d’habitude, et entends par­ler de Fazil Say, ce pia­nis­te turc, dont le pro­cès pour athéis­me et blas­phè­me s’ouvre aujourd’hui à Istan­bul.

Tur­quie : 163 jour­na­lis­tes en pri­son, sans juge­ment ! Sur Fran­ce Cultu­re, l’imam Chal­ghou­mi, qui se dit « modé­ré », trou­ve que « c’est mieux » en Tur­quie. Mieux qu’en Égyp­te ou qu’en Tuni­sie.  Dire « c’est mieux » : tout un aveu, tou­tes les limi­tes de l’air de la « modé­ra­tion ».

J’ai, de loin, pré­fé­ré les pro­pos vrai­ment laï­ques (ou laïcs ?) de Jean­net­te Bou­grab, pour­tant de droi­te (ex minis­tre de l’affreux S).

 

1fazil_say

Fazil Say - Pho­to http://fazilsay.com/

Mieux, ça ne peut être que moins pire. J’en reviens à Fazil Say. Admi­ra­ble pia­nis­te et musi­cien (de jazz éga­le­ment, ce qui ne sau­rait me déplai­re), mais il ne serait pas si remar­qua­ble sans son cou­ra­ge dres­sé contre ce régi­me à l’islamisme dit « modé­ré ».

Exem­ples emprun­tés à Guillau­me Per­rier, cor­res­pon­dant du Mon­de à Istam­bul :

• En avril, Fazil Say avait moqué l’appel à la priè­re d’un muez­zin. « Le muez­zin a ter­mi­né son appel en 22 secon­des. Pres­tis­si­mo con fuo­co !!! Quel­le est l’urgence ? Un ren­dez-vous amou­reux ? Un repas au raki ? »  Il avait éga­le­ment eu l’audace de repro­dui­re sur les réseaux sociaux des vers du poè­te per­san Omar Khayyam, à qui il a dédié un concer­to pour cla­ri­net­te : « Vous dites que des riviè­res de vin cou­lent au para­dis. Le para­dis est-il une taver­ne pour vous ? Vous dites que deux vier­ges y atten­dent cha­que croyant. Le para­dis est-il un bor­del pour vous ? » Il ris­que, en théo­rie, de neuf à dix-huit mois de pri­son pour « offen­se pro­pa­geant la hai­ne et l’hostilité » et « déni­gre­ment des croyan­ces reli­gieu­ses d’un grou­pe ».

• Le roman­cier et Prix Nobel Orhan Pamuk, jugé pour insul­te à l’identité natio­na­le tur­que en 2006 pour avoir décla­ré : « Dans ce pays, un mil­lion d’Arméniens et 30 000 Kur­des ont été tués. »

Le cari­ca­tu­ris­te Baha­dir Baru­ter res­te sous la mena­ce d’une pei­ne d’un an de pri­son pour un des­sin à la « une » de l’hebdomadaire sati­ri­que Pen­guen, en 2011, où était écrit sur le mur d’une mos­quée : « Il n’y a pas de Dieu, la reli­gion est un men­son­ge. »

• Le roman­cier fran­co-turc Nedim Gür­sel a lui aus­si subi les fou­dres de la jus­ti­ce pour Les Filles d’Allah, une bio­gra­phie roman­cée du pro­phè­te Maho­met. Qua­ran­te et un pas­sa­ges de son livre avaient été jugés irres­pec­tueux par le pro­cu­reur d’Istanbul. Nedim Gür­sel avait fina­le­ment été acquit­té en 2009.

• Un pro­cès a aus­si visé un ouvra­ge du bio­lo­gis­te bri­tan­ni­que Richard Daw­kins. Des orga­ni­sa­tions isla­mis­tes et un auteur créa­tion­nis­te, Adnan Oktar, sont sou­vent à l’origine de ces plain­tes.

« Jurer et insul­ter ne peut pas être consi­dé­ré com­me de la liber­té d’expression », a esti­mé le vice-pre­mier minis­tre Bekir Boz­dag, théo­lo­gien de for­ma­tion. Lequel a récla­mé qu’une enquê­te soit ouver­te contre l’intellectuel d’origine armé­nien­ne Sevan Nisa­nyan. Ce lin­guis­te, volon­tiers pro­vo­ca­teur, décla­rait fin sep­tem­bre : « La moque­rie d’un chef ara­be qui a pré­ten­du il y a des siè­cles être entré en contact avec Dieu et a fait des béné­fi­ces poli­ti­ques, finan­ciers et sexuels, n’est pas un cri­me de hai­ne ; c’est la liber­té de paro­le. »



Dix mots pour (mieux) entendre le jazz

Nota­ble ini­tia­ti­ve de Télérama.fr qui, dans son cha­pi­tre Musi­que, décor­ti­que quel­ques codes du jazz. Exem­ples à l’appui et illus­tra­tions sono­res par des musi­ciens tout à fait « auto­ri­sés ». On y « voit » mieux dans ce qui peut appa­raî­tre par­fois com­me du cha­ra­bia d’initiés. Même esprit vul­ga­ri­sa­teur, au meilleur sens, que dans les « Leçons de jazz » d’Antoine Her­vé (ou les « Leçons de musi­que » de Jean-Fran­çois Zygel). On pour­rait ten­ter une même démar­che avec la poli­ti­que, rayon « caco­pho­nie »…

Cli­quer sur l’image.

[Mer­ci Clau­de d’avoir débus­qué cet­te per­le sur la toi­le.]


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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