On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accéder à l’apothéose, dernier grade qui man­quait à sa gloire. Il était temps car l’icône se craque­lle. Les céré­monies d’adieu au « com­man­dante » s’annoncent grandios­es – de vraies pom­pes funèbres. Mais les « grands » de ce monde mod­èrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne fer­ont pas tous le voy­age, pressen­tant que l’Histoire se garde désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les cen­taines de mil­liers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­naire qui va se refer­mer sur un peu­ple abusé, gavé de pal­abres. Un peu­ple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Rev­olu­cion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­monies à la gloire du « Com­man­dante » rassem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­ni­ants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Rev­olu­cion offrait la journée de con­gé, les sand­wich­es et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans par­ler de la vig­i­lance des CDR, Comités de défense de la révo­lu­tion quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage inté­gré aus­sitôt la prise de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fi­er dans un proces­sus révo­lu­tion­naire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours menaçant, utile­ment menaçant. Cas­tro en fera son dogme : « Dans une forter­esse assiégée, toute dis­si­dence est une trahi­son ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loy­ola – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fréquen­té l’école des jésuites à San­ti­a­go…

Le cas­trisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boule­vard idéologique et surtout poli­tique, selon la pra­tique impéri­al­iste con­sti­tu­tive des Etats-Unis, celle de la force imma­nente, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amérin­di­ens, d’abord, puis des innom­brables inter­ven­tions de la CIA et des mil­i­taires 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­cace en fin de compte 2, le régime améri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tourn­er vers l’Union sovié­tique. De même que la fail­lite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Chavez), son cama­rade Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entr­era bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agrandir) :

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La grande force de Cas­tro – au risque même d’un con­flit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résis­tance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David bar­bu­do affrontant l’affreux Goliath, se prê­tant objec­tive­ment à cette mise en spec­ta­cle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le cap­i­tal de sym­pa­thie accu­mulé par le régime de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tropiques » à base de rhum, cig­a­res, sal­sa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hem­ing­way, et des cohort­es de touristes bien canal­isés, sans oubli­er les pré­cieux relais idéologiques que con­sti­tu­aient les intel­lectuels ébahis, à l’esprit cri­tique en berne.

Ils accou­rurent à toute vitesse, pour se lim­iter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mark­er, Jean Fer­rat, Bernard Kouch­n­er, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Mar­guerite Duras, Jorge Sem­prun ou l’éditeur François Maspero. Même François Mit­ter­rand, et Danielle surtout, présen­tèrent leur dévo­tion au « com­man­dante », sans oubli­er évidem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aig­nan salu­aient Cas­tro le sou­verain­iste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quelques arti­cles pas très regar­dant sur les dessous d’un sys­tème manip­u­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toire de la jeunesse – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quelques timides cri­tiques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la suite, me con­tenter d’une vis­ite « touris­tique », libre mais mal­gré tout un peu risquée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encom­bres. J’en tirai quelques arti­cles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit dra­peau russe, le guide rassem­ble son trou­peau du jour. Les bouquin­istes vendent la révo­lu­tion et ses pro­duits dérivés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Hem­ing­way et même Sartre, de Beau­voir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présen­toir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, réc­it des cent heures que le lid­er max­i­mo a passées en com­pag­nie d’Igna­cio Ramon­et, qui fut patron du Monde diplo­ma­tique

Je m’interroge sur la cou­ver­ture du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui sem­blent aus­si oblig­er le sourire. Sourire ou ric­tus ? Pose ou atti­tude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la mal­adie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquin­iste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­proche­ment pour le moins sac­rilège entre Pinoc­chio et les cent heures d’entretien Cas­tro-Ramon­et… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, dis­ons, vingt jours à pal­abr­er… Vingt jours, la durée de mon périple à tra­vers l’île, à la ren­con­tre « des gens » ; à les observ­er et les écouter, à ten­ter de com­pren­dre dans sa com­plex­ité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espag­nol, pal­abras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-mess­es cas­tristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lid­er, place de la Révo­lu­tion, sous l’œil statu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais sec­ondé par l’effigie grandiose du Che, devant une foule mil­lion­naire (mais si pau­vre) soumise au prêche inter­minable d’un bon­i­menteur de car­rière…

Roi du baratin pom­peux autant que redon­dant et dém­a­gogue, Fidel Cas­tro aura passé au total des mois entiers, voire des années à pal­abr­er. Ses dis­cours ont par­fois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du per­son­nage, de son ego sans lim­ites. Assuré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tude est bien le pro­pre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tures car­ac­térielles ; ou bien aus­si, il est vrai, des prédi­ca­teurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de dés­espérance.

Je suis tou­jours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramon­et cédant lui aus­si, façon « Monde diplo­ma­tique », à une forme d’adoration com­plice, fût-elle mât­inée de quelque audace cri­tique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le dernier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Cas­tro lors de son procès pour l’attaque en juil­let 1953 de La Mon­ca­da, caserne de San­ti­a­go, l’autre grande ville cubaine. Un slo­gan de tri­bunal pronon­cé tout exprès comme une for­mule de com’, et une man­i­fes­ta­tion, déjà, du plus mon­strueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­triste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédi­ca­tion. La com­para­i­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tionne les fonde­ments des pou­voirs et de leurs plus vir­u­lents agents, avant de pass­er le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que rec­u­lant d’un pas, je décou­vre, joux­tant le Cas­tro-Ramon­et, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incon­grue sur le présen­toir…  Las Aven­turas de Pinocho voi­sine, là, juste à côté d’un Com­man­dante soudaine­ment gêné par cette mar­i­on­nette au nez accusa­teur… La bouquin­iste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­songe… Sur un mur, à Guan­tanamo – la ville, pas la base états-uni­enne –, je relève ce graf­fi­ti décrépi : « Rev­olu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La brave injonc­tion, comme on en trou­ve tant, aux couleurs désor­mais sou­vent délavées. À Bara­coa, pointe ori­en­tale de l’île, assis à la porte d’un entre­pôt vide, un jeune gar­di­en encadré par deux longues cita­tions murales de José Mar­ti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pal­abras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille pro­pa­gande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le men­songe d’État n’opérait plus, même pas par oppo­si­tion.

A l’aéroport région­al, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé dif­fuse son émis­sion d’éducation poli­tique. Il y est juste­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, sem­ble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se con­tre­fout.

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San­ti­a­go. Même si des amélio­ra­tions récentes ont été apportées, les Cubains con­tin­u­ent à s’entasser dans des sortes de bétail­lères pour se ren­dre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gande élevée comme un art poli­tique suprême. Une pra­tique red­outable et anci­enne. Voici com­ment j’en fus vic­time –  en mai 68 !…Jeune Tintin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­nal­istes européens. Propo­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un minicar, d’une inter­prète – Olga, char­mante blonde… – et d’un « accom­pa­g­na­teur » à fine mous­tache noire, Eduar­do, non moins affa­ble. Pro­gramme de vis­ite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime cas­triste s’affairait à orchestr­er son immor­tal­ité. Mai 68 était amor­cé, en France et ailleurs dans le monde, la Tché­coslo­vaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà loin­taine. Cuba cueil­lait les div­i­den­des d’une sym­pa­thie inter­na­tionale pas seule­ment de gauche.

Et la petite bor­dée de jour­nal­istes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y com­pris, bien sûr. On nous bal­a­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­naire en con­struc­tion, de plan­ta­tions de tabac en plage du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­naires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son éle­vage de croc­o­diles en match de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie !

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­posé, comme sup­plé­ment au pro­gramme, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­saire poli­tique – com­ment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toute­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrouss­er chemin…– J’ai une propo­si­tion à vous faire, nous dit-il un matin, en sub­stance : aller à l’île des Pins, tout juste rebap­tisée « île de la Jeunesse », afin d’y vis­iter l’ancienne prison de Batista, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée mod­èle…

Com­ment ne pas adhér­er à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu com­pliquée à organ­is­er, mais voilà l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­triste. On n’y séjourn­erait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et con­trar­ié par quelques aléas malen­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la vis­ite d’une ferme elle aus­si mod­èle, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imag­i­na­tions. Quelques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juil­let 68 dans plusieurs quo­ti­di­ens régionaux : « Quelle est l’image la plus hal­lu­ci­nante ? La crèche des bam­bins de San Andrès para­chutée en pleine Sier­ra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista trans­for­mée en école tech­nique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœu­vre grossière­ment sub­tile. Si grossière qu’elle ne pou­vait que marcher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pecter un tel strat­a­gème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organ­is­er une telle expédi­tion à l’île de la Jeunesse ? Les dif­fi­cultés pra­tiques pour nous y amen­er ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organ­isa­teurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révéla­tion de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pris­ons de Fidel Cas­tro. Pierre Golen­dorf [ancien cor­re­spon­dant de L’Humanité à La Havane] y racon­tait par le détail les con­di­tions de son arresta­tion et de son incar­céra­tion à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-mod­èle !

J’avais – nous avions tous, ces jour­nal­istes « bal­adés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le recon­naître, apparut magis­trale. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école sovié­tique. Les élèves cubains mon­traient de réelles dis­po­si­tions à égaler sinon à dépass­er les maîtres for­més à la red­outable pro­pa­gande stal­in­i­enne. Dépass­er, non : sur­pass­er, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il con­tin­ue à œuvr­er avec con­stance et effi­cac­ité dans son art con­som­mé de la pro­pa­gande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à San­ti­a­go, la machine mys­ti­fi­ca­trice est en chauffe max­i­male pour mon­ter au zénith de la pro­pa­gande mon­di­ale le spec­ta­cle des obsèques du « lid­er max­i­mo », dieu du social­isme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourn­er, durant plus d’un demi-siè­cle ! Deux généra­tions y ont été soumis­es ; à com­mencer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­di­ale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme cas­triste et gue­variste. 6

L’historien – et a for­tiori le « pau­vre » jour­nal­iste sont bien dému­nis face aux tor­nades mys­ti­fi­antes dont les réc­its pren­nent force mythique de Vérité éter­nelle et risquent ain­si de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rouge­mont :

« […] les mythes traduisent les règles de con­duite d’un groupe social ou religieux. Ils procè­dent donc de l’élément sacré autour duquel s’est con­sti­tué le groupe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son orig­ine doit être obscure. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le car­ac­tère le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, générale­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénètre aisé­ment par le biais de notre apti­tude à la croy­ance, ce désir de cer­ti­tude autant que de ras­sur­ance. Les révo­lu­tions s’y ali­mentent et l’alimentent par néces­sité de dur­er. C’est ain­si qu’elles com­men­cent « bien » (ça dépend pour qui, toute­fois…), avant de s’affronter à la dure réal­ité, qu’il fau­dra pli­er par la vio­lence et le men­songe. Il n’en a jamais été autrement, de la Révo­lu­tion française à la bolchevique, en pas­sant par le cas­trisme, le maoïsme et jusqu’aux « print­emps arabes ».

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Trinidad. Croise­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mouth, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Beach » tire la langue au pho­tographe… et à un demi-siè­cle de cas­trisme. [Ph. gp]

Restons-en au cas­trisme et une illus­tra­tion de son car­ac­tère mon­strueux, dont cer­tains se sou­vi­en­nent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­plice for­cé et vic­time d’un procès stal­in­ien.

Arnal­do Ochoa, général de tous les com­bats, héros nation­al – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Ango­la – con­damné à mort et exé­cuté en 1989 pour « traf­ic de drogues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­par­er une évo­lu­tion du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : pren­dre sur lui ce traf­ic de drogues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à met­tre au grand jour, en échange d’une con­damna­tion à la prison avec une libéra­tion arrangée ensuite. D’où la con­fes­sion aut­o­cri­tique de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cuté, avec d’autres, un mois après sa con­damna­tion à mort. Le régime fit de ce procès lit­térale­ment stal­in­ien, tenu par des juges mil­i­taires, retrans­mis en direct à la télévi­sion, une opéra­tion de pro­pa­gande dont il a le secret. On peut en suiv­re les prin­ci­pales phas­es sur inter­net. C’est stupé­fi­ant – sans mau­vais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont tou­jours voulu mas­quer toute dis­si­dence et même tout désac­cord avec la ligne poli­tique. Le régime ne peut admet­tre que des « déviances » (“folie”, “per­ver­sions sex­uelles”)  ou des « fautes morales » per­son­nelles. À Cuba, la presse est unique, sous con­trôle éta­tique total ; de même la mag­i­s­tra­ture ; et aus­si toute l’économie, en grande par­tie aux mains des mil­i­taires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servi­tude volon­taire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en France, la désil­lu­sion a com­mencé à poindre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le restant des com­mu­nistes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tristes pour allumer des cierges en hom­mage au Héros dis­paru.

Tan­dis que, de La Havane à San­ti­a­go, « on » s’échine à faire per­dur­er le mythe de la Rev­olu­cion éter­nelle – ¡ Has­ta siem­pre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dra­ma­tique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette han­tise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Viet­nam (64), République domini­caine, Uruguay (65), Chili (73), Argen­tine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Pana­ma (89).… Sans oubli­er la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à mas­quer l’incurie du gou­verne­ment des Cas­tro, en par­ti­c­uli­er l’échec de la poli­tique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voy­ante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il social­iste ? (La réponse est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­nolo­gie cas­triste et sa pro­pa­gande, l’embar­go a tou­jours été traduit par blo­queo. Or, il ne s’agit nulle­ment d’un blo­cus au sens mar­itime et aérien. Les échanges com­mer­ci­aux avec Cuba ont été com­pliqués mais non blo­qués. Même des com­pag­nies éta­suni­ennes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go améri­cain assur­ait une navette com­mer­ciale par semaine, ain­si que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la for­mule de Gue­vara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêt­nam »
  4. Jour­nal­iste sans visa pro­fes­sion­nel, touriste incer­tain débar­quant à La Havane par­mi les 400 touristes français quo­ti­di­ens. J’avais été pho­tographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces his­toires ter­ri­bles de répres­sion, ces témoignages des Golen­dorf, Val­ladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; par­cou­ru les rap­ports de Reporters sans fron­tières, du CPJ (Cen­tre de pro­tec­tion des jour­nal­istes) et de l’IFEX (Échange inter­na­tion­al de la lib­erté d’expression) sur la répres­sion des jour­nal­istes et des mil­i­tants des droits de l’homme ; pris con­tact avec des con­frères de retour de reportage… Tout ce qu’il fal­lait pour lester de para­no mon équipement de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus belle leçon de jour­nal­isme : pra­ti­quer stricte­ment le scep­ti­cisme méthodique. En 1986, Albin Michel pub­lia Mémoires de prison, Témoignage hal­lu­ci­nant sur les pris­ons de Cas­tro. Il s’agissait du réc­it de l’écrivain cubain Arman­do Val­ladarès, détenu durant 22 ans, tor­turé, libéré après une vaste cam­pagne inter­na­tionale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­vara, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cureur suprême » de la prison de la forter­esse de la Cabaña. Il est ain­si surnom­mé le car­nicer­i­to (le petit bouch­er) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce poste il décide des arresta­tions et super­vise les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une journée et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­son­nes selon les sources. 
  7. D. de Rouge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPour­tant sacral­isé, immor­tal­isé, Fidel Cas­tro a fini par mourir. Qua­tre-vingt-dix ans. Tout de même, les dic­tatures con­ser­vent… Ses obsèques vont être grandios­es, c’est bien le moins pour couron­ner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil nation­al ! Qua­tre jours à balad­er ses cen­dres, reliques d’une « révo­lu­tion » sanc­ti­fiée, spec­ta­cle poli­tique, icono­graphique, religieux, médi­a­tique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spec­ta­cle qui, en effet, a pro­duit, entretenu, con­sacré le cas­trisme. Com­ment cela s’est-il opéré ? Com­ment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siè­cle ? Com­ment cela per­dure-t-il encore, mal­gré les désor­mais évi­dentes désil­lu­sions ?

Com­ment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désig­nait un homme qui avait pris le pou­voir sans autorité con­sti­tu­tion­nelle légitime. Le mot était neu­tre, tout comme la chose, n’impliquant aucun juge­ment sur les qual­ités de per­son­ne ou de gou­ver­nant. 1 Le par­al­lèle avec Cuba et Cas­tro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la con­stance du proces­sus d’évolution du Pou­voir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pou­voir passe peu à peu d’une forme dis­ons libérale à celle d’un pou­voir mil­i­taire incon­trôlé. Et les tyrans le dev­in­rent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le cas­trisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le con­texte géopoli­tique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impéri­al­ismes améri­cain et sovié­tique ;

l’habileté machi­avélique de Fidel Cas­tro dans sa con­quête et sa soif du pou­voir avec un sens extrême de la com­mu­ni­ca­tion, mêlant mys­tique et mys­ti­fi­ca­tion ;

la com­plic­ité objec­tive des « élites » occi­den­tales surtout, mais aus­si tiers-mondistes, fascinées par le cas­trisme comme « troisième voie » poli­tique.

Ces trois piliers prin­ci­paux ont per­mis à Cas­tro d’asseoir une dic­tature « aimable », sym­pa­thique, voire human­iste – une « dic­tature de gauche » a même osé Eduar­do Manet, dra­maturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des pho­tos », surtout s’il s’agit d’images pieuses, celles du héros mod­erne, incar­na­tion du mythe biblique de David con­tre Goliath. Images ren­for­cées par les mul­ti­ples ten­ta­tives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour cer­taines) menées par la CIA, jusqu’au débar­que­ment raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fias­co mil­i­taire ajoute à la gloire du « com­man­dante », gon­flant la légende com­mencée dans la Sier­ra Maes­tra avec la guéril­la des bar­bu­dos, sym­pa­thiques débrail­lés fumant le cig­a­re en com­pag­nie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, tail­lé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L’icône au ser­vice de la mytholo­gie. Que la révo­lu­tion était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios clairon­ner la doxa con­sis­tant à blanchir les excès « autori­taires » en les met­tant sur le dos des méchants Améri­cains et leur « embar­go », cause de tous les maux des mal­heureux et valeureux Cubains ! Led­it embar­go a certes causé de forts obsta­cles dans les échanges com­mer­ci­aux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le pre­mier pays pour les échanges com­mer­ci­aux (hors pro­duits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embar­go – tou­jours qual­i­fié de blo­cus par le gou­verne­ment cubain, ce qu’il n’est nulle­ment ! – a surtout servi à ren­forcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ain­si le bouc émis­saire idéal. J’ai mon­tré tout cela lors d’un reportage pub­lié en 2008 dans Poli­tis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décem­bre 2008 – disponible en fin d’article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, poli­to­logue spé­cial­iste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Pas­sons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biogra­phies sont tou­jours des plus éclairantes à cet égard. Rap­pelons juste que Cas­tro fut soutenu par les Etats-Unis dès son oppo­si­tion à la dic­tature de Batista. Après la prise de pou­voir en 1959, son gou­verne­ment est recon­nu par les États-Unis. Nom­mé Pre­mier min­istre, Cas­tro est reçu à la Mai­son Blanche où il ren­con­tre Nixon, vice-prési­dent d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Cas­tro envis­age de nation­alis­er indus­tries et ban­ques, ain­si que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union sovié­tique – qui achète au prix fort la qua­si-total­ité du sucre cubain. C’est la casus bel­li : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime com­mu­niste » instau­ré à 150 kilo­mètres de ses côtes.

J’ai aus­si fait appa­raître dans ce même reportage com­ment le refrain de « la san­té et de l’éducation gra­tu­ites », unanime­ment repris dans les médias, relève avant tout de slo­gans pub­lic­i­taires. Sans même par­ler de la qual­ité des soins et de l’enseignement, leur « gra­tu­ité » se trou­ve large­ment payée par la sous-rémunéra­tion des salariés cubains : l’équivalent d’une quin­zaine d’euros men­su­els en moyenne !

Si toute­fois ce régime a tenu sur ses trois piliers boi­teux, c’est au prix d’une coerci­tion du peu­ple cubain. À com­mencer par le « réc­it nation­al » – l’expression est à la mode – entre­pris dès la prise du pou­voir par Cas­tro, propagé et ampli­fié par l’enseignement (gra­tu­it !) sous forme de pro­pa­gande, et par les médias tous dépen­dants du régime. Coerci­tion dans les esprits et aus­si coerci­tion physique par la sur­veil­lance et le con­trôle étroits menés dans chaque quarti­er, auprès de chaque habi­tant, par les Comités de défense de la révo­lu­tion. De sorte que la dis­si­dence appa­raisse comme unique forme pos­si­ble d’opposition – d’où l’emprisonnement poli­tique, l’exil clan­des­tin, la per­sé­cu­tion des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Cas­tro était aus­si et peut-être d’abord un séduc­teur des mass­es dou­blé d’un illu­sion­niste. Ses tal­ents dans ce domaine étaient indé­ni­ables et à pren­dre au pied de la let­tre : ain­si quand, lors d’un de ses inter­minables ser­mons, quand il fait se pos­er, comme par mir­a­cle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entr­er dans l’Histoire… mais la supercherie démon­tée quelques années plus tard.

Le cas­trisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pim­pante, restau­rées pour la cause, entre lesquelles se fau­fi­lent les touristes béats au long des cir­cuits des voy­ag­istes. Ces touristes peu­vent aus­si, bien sou­vent, être rejoints par nom­bre de jour­nal­istes, écrivains, politi­ciens et divers intel­lectuels en mal de fas­ci­na­tion exo­tique.

La mort de Cas­tro n’implique pas for­cé­ment celle du cas­trisme. Mais que sur­vivra-t-il de cette dic­tature illu­sion­niste après la mort de ses manip­u­la­teurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait sur­gir la réal­ité d’un demi-siè­cle de fal­si­fi­ca­tions ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Poli­tis :gponthieu241208politis ; et la Tri­bune qui s’ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-30–31-j-habel ; enfin, ma réponse : poli­tis_1041re­ponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Fin­ley, Ed. Maspero, 1971.

Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Oba­ma et Raul Cas­tro ont donc annon­cé mer­cre­di le rétab­lisse­ment de rela­tions diplo­ma­tiques entre leurs pays après un demi-siè­cle de guerre froide. Certes, ce réchauf­fe­ment vaut mieux que les annonces d’attentats hor­ri­bles et autres mas­sacres. Mais douce­ment les clairons ! Les inten­tions des gou­ver­nants sous ten­dent des manœu­vres peu portées au dés­in­téresse­ment.

Obama tente de redor­er un bla­son pour le moins terni. De sa prési­dence, l’Histoire retien­dra la mise en place d’une cou­ver­ture san­té pour 32 mil­lions d’Américains dému­nis. Pour le reste, rien de mar­quant, sinon de grandes décep­tions. Surtout sur le plan social et racial, ain­si que l’ont rap­pelé les émeutes de Fer­gu­son. Oba­ma va donc pêch­er en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guan­tanamo le ramène au pire de ses renon­ce­ments. Mais ces “fiançailles” à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médi­as­phère, lais­seront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des “belles améri­caines”. Ici, à Trinidad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au pho­tographe. Sur son T-shirt : “Mia­mi Beach”. [© gp-2008]

Raul Cas­tro lui aus­si espère bien tir­er quelques béné­fices de cette pacti­sa­tion avec l’ennemi d’un demi-siè­cle. Les Cubains fan­tas­ment tou­jours sur l’Amérique voi­sine, en pro­por­tion inverse de leur désil­lu­sion cas­triste. Entrou­vrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rap­porter quelques dol­lars. D’autant que le fameux « blo­queo » en vigueur depuis 1962, plus juste­ment qual­i­fié d’embargo, ne risque pas d’être offi­cielle­ment levé vu qu’une telle mesure relève du Con­grès, tenu par les répub­li­cains. Or ce « blo­cus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le com­merce, y com­pris avec les États-Unis ! On peut se référ­er à ce pro­pos à mon reportage dans Poli­tis du 24/12/2008, lis­i­ble ici), s’il vise surtout les trans­ac­tions finan­cières inter­na­tionales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de mas­quer leur échec poli­tique en le reje­tant sur le méchant voisin yan­qui.

Le rétab­lisse­ment des rela­tions diplo­ma­tiques cubano-état­suni­ennes pour­ra favoris­er cette libéral­i­sa­tion économique « à la viet­nami­enne » que Raul Cas­tro met en place depuis sa prési­dence. Pour les Cubains, pour leur vie quo­ti­di­enne, cela ne chang­era sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des prin­ci­pales opposantes con­nues au régime cas­triste. Dans son blog Gen­era­cion Y, elle rap­pelle les grandes étapes encore à venir pour « déman­tel­er le total­i­tarisme » :

« La libéra­tion de tous les pris­on­niers poli­tiques et pris­on­niers de con­science; la fin de la répres­sion poli­tique; la rat­i­fi­ca­tion des pactes civils, poli­tiques, économiques, soci­aux et cul­turels, la recon­nais­sance de la société civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En atten­dant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les dra­peaux, vous ne pou­vez pas encore débouch­er les bouteilles et le mieux est de main­tenir la pres­sion pour arriv­er enfin au jour J. »

–––

* Les ban­ques français­es Société générale, BNP Paribas et Crédit agri­cole ont fait l’objet d’une enquête pour blanchi­ment d’argent et vio­la­tions de sanc­tions améri­caines con­tre cer­tains pays – dont Cuba (ain­si que l’Iran et le Soudan).


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révoltes-révo­lu­tions arabes en cours ont provo­qué un tel retourne­ment his­torique (révo­lu­tions donc) qu’elles ont ringardisé – j’allais dire démonétisé – les plus emblé­ma­tiques. Je pense à la chi­noise, certes, et plus encore à Cuba dans la mesure où celle-ci con­tin­ue à don­ner le change auprès de quelques illu­sion­nés d’arrière-garde. J’y pense aus­si parce que j’ai gardé là-bas quelques attach­es épisodiques (inter­net étant des plus restreints et sur­veil­lés dans l’île des Cas­tro), après un reportage qui, en 2008, me val­ut quelques accu­sa­tions d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-cas­tristes*.

 

Peut-être le début d’un com­mence­ment : des antennes illicites se sont mul­ti­pliées, comme ici à La Havane.

A quand la révo­lu­tion à Cuba ? est évidem­ment une ques­tion icon­o­claste, et cepen­dant des plus per­ti­nentes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en par­ti­c­uli­er pour qui con­sid­ère, avec un min­i­mum de réal­isme, à quel point ce demi-siè­cle d’agitation trop­ica­lo-cas­triste fut une sin­istre mas­ca­rade qui aura plom­bé cette île et son peu­ple mag­nifiques.

 

Jour­nal­iste spé­cial­iste de Cuba au Monde, Paulo A. Paranagua se l’est aus­si posée, cette ques­tion qui dérange. Et il s’est donc ren­du sur place pour ten­ter de trou­ver des répons­es [Le Monde, 6/3/11].

 

Son arti­cle s’intitule : « A Cuba, les dis­si­dents ne s’attendent pas à une con­ta­gion révo­lu­tion­naire » C’est une syn­thèse de quelques entre­tiens avec des opposants con­nus, à com­mencer par Yoani Sanchez, célèbre par son blog Gen­era­cion Y – dont j’ai sou­vent par­lé ici [cli­quer ici pour le vis­iter ; il est traduit en plusieurs langues, dont le français – et qui illus­tre au quo­ti­di­en la dure réal­ité de la vie des Cubains con­fron­tés à une lutte per­ma­nente pour la survie, la dig­nité, la lib­erté.

 

Pour cette femme de 35 ans, assignée dans l’île comme la qua­si total­ité des Cubains, ain­si qu’elle le racon­te au reporter du Monde, « Nous avons tous fait des rap­proche­ments, [mais] la sit­u­a­tion n’est pas mûre ici pour une place Tahrir »,

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Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les événe­ments révo­lu­tion­naires qui sec­ouent le monde arabe nous ques­tion­nent à bien des égards. On ne manque pas de les com­menter, de les inter­préter, de glos­er. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie sem­ble-t-il, réin­scrits dans le courant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opin­ions”, et autres fleuris­sent ça et là dans les médias, comme en toute péri­ode d’effervescence. Le plaisir n’est pas mince pour quiconque se préoc­cupe du bien-être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nulle­ment voulant jouer les rabat-joie, inutile de rap­pel­er aux dures réal­ités des lende­mains de fêtes – elles s’en char­gent toutes seules. Les Tunisiens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té con­tre la tyran­nie avec une telle énergie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde glob­al­isé les coince au tour­nant.

Mes réflex­ions aujourd’hui tourne autour d’un rap­proche­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libéra­tion (Tahrir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­procher Cuba et la Tunisie qui, d’ailleurs, présen­tent des don­nées sociopoli­tiques plus com­pa­ra­bles. Mais restons-en à la pre­mière hypothèse qui m’est souf­flée par le blog Gen­era­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoani Sanchez qui, depuis plusieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes précé­dents arti­cles, via la case de recherche ci-con­tre].

Dans son arti­cle du 12 févri­er, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette pho­to de la fameuse place Tahrir envahie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénom­bre et lumière sur la Place Tahrir, une phos­pho­res­cence rougeoy­ante entre­coupée par les flashs des appareils pho­to et la lueur des écrans de télé­phones porta­bles. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont ressen­ti cha­cun des Égyp­tiens réu­nis la nuit dernière au cen­tre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleur­er de joie en pub­lic […], je con­firme que je ferais la même chose, je resterais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient soudain libérées d’un énorme fardeau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloignés, que les deux endroits n’étaient pas si dif­férents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions con­sternés à l’exposé piraté d’un polici­er cyberné­tique, pour lequel les réseaux soci­aux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce censeur de kilo­bits, et tous ses chefs, de crain­dre ces sites virtuels où les indi­vidus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour sec­ouer les con­trôles éta­tiques, par­ti­sans et idéologiques. En lisant les paroles du jeune Wael Ghon­im « Vous voulez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve  nos autorités à l’heure de nous per­me­t­tre ou non de nous con­necter à la toile. Ils se sont habitués à avoir le mono­pole de l’information, à réguler ce qui nous arrive et à réin­ter­préter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­tenant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous lais­sent faire dans le cyber­space nous rap­proche de Tahrir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démis­sionne. »

[Traduit par Jean-Claude Marou­by – mer­ci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veil­lées, le mes­sage de Yaoni Sanchez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre pho­to, celle d’un de ces rassem­ble­ments mon­stres organ­isés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est finale­ment échoué l’une des plus men­songères illu­sions de l’Histoire.

Cinquante ans après sa révo­lu­tion, le peu­ple cubain ne s’est tou­jours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appelant à des analy­ses poussées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la “bienveillance” de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a préféré quit­ter l’hémicycle du Par­lement de Stras­bourg plutôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remise du prix Sakharov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Far­iñas, empêché par la dic­tature cas­triste de quit­ter l’île. Comme lors de la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, cinq jours avant, la céré­monie s’est déroulée devant une chaise vide.

Chaise vide pour le Prix Sakharov (Pn. Par­lement européen)

L’auteur de Qu’ils s’en ail­lent tous ! a déclaré à l’AFP : « Le Par­lement européen est embri­gadé dans des croisades anti­com­mu­nistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on dés­ap­prou­ve la manière dont le Par­lement est bien­veil­lant pour des dic­tatures fas­cistes, et malveil­lant vis-à-vis du camp pro­gres­siste. »

Et le « camp pro­gres­siste », selon Mélen­chon n’est autre que cet aimable club regroupant notam­ment Cuba, la Chine et le Venezuela de son ami Chavez. Atti­tude symp­to­ma­tique chez les trot­skistes d’un jour ou/et de tou­jours (le leader du Par­ti de gauche fut mem­bre act­if de l’Organisation com­mu­niste inter­na­tion­al­iste).

À pro­pos des rela­tions entre la France et la Chine, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cul­ture com­mune bien plus éten­due et pro­fonde qu’avec les Nord-Améri­cains. Les Chi­nois, comme nous, accor­dent depuis des siè­cles une place cen­trale à l’Etat dans leur développe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tionales, ils ne pra­tiquent pas l’impérialisme aveu­gle des Améri­cains. La Chine est une puis­sance paci­fique. Il n’existe aucune base mil­i­taire chi­noise dans le monde. (…) La Chine n’est pas intéressée au rap­port de forces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démoc­ra­tie ?

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Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition “accuse le gouvernement cubain”

La pres­sion inter­na­tionale, notam­ment européenne, ajoutée à la déplorable sit­u­a­tion économique de l’île,  sem­ble con­duire la dic­tature cas­triste à lâch­er du lest. Le régime cubain s’apprêterait en effet à libér­er 52 pris­on­niers poli­tiques* incar­cérés depuis 2003 (on en dénom­bre env­i­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Havane, à la fois sur le plan diplo­ma­tique et aus­si en accep­tant d’accueillir les pris­on­niers à leur libéra­tion.

* L’annonce a été faite à l’issue d’une réu­nion entre le car­di­nal cubain Jaime Orte­ga et le prési­dent Raul Cas­tro, en présence du min­istre espag­nol des affaires étrangères, Miguel Angel Morati­nos.

De son côté, un comité inter­na­tion­al s’est con­sti­tué et a lancé une péti­tion ayant déjà recueil­li plus de 50.000 sig­na­tures – ce qui déplaît forte­ment aux Cas­tro.  Ce comité s’est inti­t­ulé #OZT, reprenant les ini­tiales de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo, le maçon mort en prison le 23 févri­er dernier après 85 jours de grève de faim. Aus­sitôt, Guiller­mo Far­iñas, psy­cho­logue et jour­nal­iste de 48 ans, entâ­mait à son tour une grève de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cette libéra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâch­er la pres­sion ni la sol­i­dar­ité. Voici le texte de l’appel à péti­tion lancé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 sig­na­tures obtenues pour la libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remise des sig­na­tures du 18 au 23 juil­let 2010

Nous voulons recueil­lir 100 000 sig­na­tures d’ici le 15 juil­let et aug­menter ain­si l’appui à la demande de libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques et au respect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voici ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos con­tacts en leur deman­dant de sign­er la Déc­la­ra­tion de la cam­pagne. Soyez bref! Par exem­ple, écrivez-leur : “Je vous invite à sign­er cette Déc­la­ra­tion pour la libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi.” N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invitez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux soci­aux à sign­er la Déc­la­ra­tion.
Les remis­es de sig­na­tures auront lieu du 18 au 23 juil­let à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux sièges du gou­verne­ment cubain à l’étranger. De grandes man­i­fes­ta­tions et de petites céré­monies de remise sont prévues selon les endroits. Si vous habitez près d’une ambas­sade, d’un con­sulat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­verne­ment cubain et que vous souhaitez par­ticiper, s’il vous plaît, con­tactez-nous.
Mer­ci de faire par­tie de cette cam­pagne!

#OZT: J’accuse le gou­verne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­danos a duplicar las más de 49,000 fir­mas recibidas por la lib­er­tad de los pre­sos polí ticos cubanos

- Par­tic­i­pa con nosotros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próx­i­mos

Quer­e­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y duplicar así  el apoyo a la deman­da por la excarcelación de los pre­sos polí ticos y el respeto a los dere­chos humanos en Cuba. Con tu ayu­da, podemos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus con­tac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Declaración de la cam­paña. Algo muy breve. Por ejem­p­lo: “Te invi­to a fir­mar esta Declaración por la lib­er­tad de los pre­sos políti­cos cubanos. Para mí  es muy impor­tante.” No olvides incluir el enlace (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes sociales a fir­mar la Declaración.
La entre­ga de las fir­mas la realizare­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gob­ier­no cubano alrede­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU… Frente a algu­nas sedes del gob­ier­no cubano realizare­mos una con­cen­tración; en otras, una pequeña cer­e­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, con­sula­do o sede ofi­cial cubana y estás dis­puesto a par­tic­i­par, con­tác­tanos.

Gra­cias por ser parte de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gob­ier­no cubano


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambiguïté la dic­tature cas­triste, clame un jour­nal­iste chilien de gauche. Ce que la plu­part des mil­i­tants pro­gres­sistes du con­ti­nent ne se sont jamais réso­lus à faire. L’article qui suit provient de l’hebdo chilien Qué pasa (cen­tre gauche). Il con­stitue un tour­nant dans la con­sid­éra­tion jusque là sans réserve dont béné­fi­ci­ait le régime cubain dans la gauche « lati­no ». Son con­tenu rejoint mon reportage pub­lié en 2009 dans Poli­tis, où il me val­ut les foudres de cer­tains lecteurs et autres « ana­lystes inspirés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­ti­a­go-du-Chili

La gauche lati­no-améri­caine a com­mis une faute qu’elle met­tra longtemps à expi­er: celle d’avoir défendu et soutenu la dic­tature cubaine bien plus longtemps qu’il n’était accept­able. Rares en effet ont été les fig­ures poli­tiques, les artistes et les intel­lectuels pro­gres­sistes qui, assis­tant de près à l’évolution du régime cas­triste, ont pris la peine de s’élever con­tre lui. Aujourd’hui, évidem­ment, ce n’est plus si dif­fi­cile. Les social­istes chiliens eux-mêmes osent le faire, même s’ils utilisent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du claire­ment com­plices ont fait en sorte de noy­er le pois­son et de diluer en phras­es inter­minables une con­damna­tion qui tient pour­tant en ‘un mot, “dic­tature”.

Fidel en a accueil­li beau­coup alors qu’ils fuyaient Pinochet dans le dénue­ment le plus total, il en a invité d’autres tel un maître dans son hacien­da, pour leur mon­tr­er les mille mer­veilles de son fief, les grat­i­fi­er de con­ver­sa­tions hal­lu­ci­nantes et les con­va­in­cre, pour la tran­quil­lité et la sérénité de leurs esprits bien-pen­sants, que la “Révo­lu­tion” – mot qui a heureuse­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réal­is­able et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tristes se sont sen­tis accueil­lis, les faibles se sont sen­tis flat­tés. Le con­tredire est bien­tôt devenu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­naires un acte aus­si red­outé foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un manque de lib­erté inac­cept­able. Fidel avait des qual­ités excep­tion­nelles, c’est cer­tain. C’est sans doute l’homme poli­tique vivant le plus expéri­men­té au monde. Je doute que de nom­breux cham­pi­ons de la démoc­ra­tie puis­sent le nier. Il a placé sa petite île au cen­tre de la carte du monde et, mieux encore, y a placé son nom et son prénom. Il s’est con­fron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la dig­nité d’un con­ti­nent pau­vre face à la puis­sance bru­tale d’un empire. Il a par­ticipé en géant à l’histoire de la guerre froide. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le méprise. Eux, ces Argentins des Caraïbes, se sen­tent au fond soumis par un homme grandiose. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­porté un demi-siè­cle sans plus se révolter?
Le seul prob­lème est qu’avec le temps les hommes grandios­es vieil­lis­sent net­te­ment moins bien que les hommes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heures. Même la droite chili­enne l’admire en secret. Lorsqu’il’ entre en scène, l’auditoire frémit. Ils le craig­nent tant qu’ils osent à peine pronon­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains utilisent de nou­velles formes gram­mat­i­cales ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régime], n’ayant pas de rubrique de faits divers, on pour­rait croire que La Havane ne con­naît ni crimes ni dél­its. Le jour­nal­isme n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plaig­nent de la con­cen­tra­tion des médias dans quelques mains par­don­nent à Cuba sans bronch­er. Les Cubains n’ont pas de par­lement, les tri­bunaux sont une farce, la police secrète est partout. Nous qui croyons en la démoc­ra­tie savons par­faite­ment qu’un tel gou­verne­ment ne ren­tre pas dans cette caté­gorie.
Rares sont les dis­cours plus hyp­ocrites que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous faudrait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vreté ni les coter­ies priv­ilégiées, que les autorités sont irréprochables, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des mag­a­sins pour les déten­teurs de devis­es et d’autres — mis­érables — pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jineteras [“cav­al­ières”, accom­pa­g­na­tri­ces de touristes, qui par­fois se pros­tituent] ne gag­nent pas mieux leur vie que les ingénieurs, que les pris­on­niers poli­tiques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous faudrait accepter tout cela alors que même le plus can­dide des vis­i­teurs, pour peu qu’il se promène les yeux ouverts, con­state qu’il n’en est rien. La san­té publique et l’éducation, les vieux chevaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­primés d’aspirine et ils n’étudient guère qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il existe un tourisme idéologique : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cherche le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Plane désor­mais l’idée que tous ces men­songes ne pour­ront plus fonc­tion­ner longtemps. Raul est plus mal­adroit que son frère, plus bru­tal, moins charmeur. Il a lais­sé mourir un gréviste de la faim [Orlan­do Zap­a­ta, mort le 23 févri­er au bout de 85 jours de grève de la faim], ten­tant en vain de con­va­in­cre le monde que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridicule que cela puisse paraître, Raul s’emploie aujourd’hui à nation­alis­er les rares entre­pris­es renta­bles. La cor­rup­tion sévit à grande échelle. Et cer­tains pari­ent déjà que cette fic­tion qui a ruiné tant de vies touche à sa fin. Comme pour l’URSS, nous décou­vrirons pro­gres­sive­ment la face som­bre de ce con­te de fées. Si la gauche entend de nou­veau nous pro­pos­er un rêve, qu’elle com­mence par nous racon­ter son cauchemar. Qu’elle n’hésite pas à utilis­er, pour par­ler de celte dynas­tie caribéenne, le mot “dic­tature”. Au Chili, nous savons à quel point les mots comptent en la matière.
Patri­cio Fer­nan­dez
directeur de la revue satirique « The Clin­ic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­ri­er inter­na­tion­al » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régime cubain se durcit encore davan­tage sous le dou­ble effet de la crise et d’un accès de protes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grève de la faim. Guiller­mo Far­iñas, psy­cho­logue et jour­nal­iste de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 févri­er à La Havane. Il avait cessé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­test­er con­tre ses con­di­tions de déten­tion et celles de plusieurs dizaines d’opposants incar­cérés. La déter­mi­na­tion dés­espérée de Guiller­mo Far­iñas bute sur l’intransigeance du régime cas­triste. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du con­nais­sance hier.

L’interview de Guiller­mo Far­iñas a été menée par le jour­nal­iste espag­nol Mauri­cio Vicent et pub­liée dans le quo­ti­di­en madrilène El Pais mar­di dernier. En voici la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­logue et jour­nal­iste dis­si­dent Guiller­mo Far­iñas a 48 ans et 23 grèves de la faim der­rière lui. Depuis qu’il a ren­du sa carte de l’Union des Jeunes Com­mu­nistes, en 1989, en protes­ta­tion con­tre l’exécution du général Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a passé, depuis, 11 ans et demi en prison. Il est con­sid­éré comme un dur. Sa dernière grève de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plusieurs mois et il fal­lut l’opérer à plusieurs repris­es pour lui sauver la vie. Il en garde de nom­breuses séquelles et sa famille, cette fois red­oute un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Clara, accom­pa­g­né d’une ving­taine d’opposants, Far­iñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tième jour sans nour­ri­t­ure ni eau [l’interview a été pub­liée le 02/03/2010]. Il est extrême­ment faible, bien que con­scient, et il peut encore marcher. Il a le regard illu­miné, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mourir pour devenir un « mar­tyre » et pren­dre le relais de Orlan­do Zap­a­ta. Il voit son corps comme un instru­ment de plus pour « faire par­venir Cuba à la lib­erté ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa femme, Clara, s’opposent rad­i­cale­ment à cette protes­ta­tion, bien qu’elles respectent sa déci­sion. Deux médecins lui ren­dent vis­ite chaque jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui suiv­ent en per­ma­nence son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recherchez-vous au tra­vers de cette grève ?

– Pre­mière­ment, que le gou­verne­ment paie un coût poli­tique fort pour l’assassinat de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo. En sec­ond lieu, si les autorités ne sont ni cru­elles ni inhu­maines, qu’elles libèrent immé­di­ate­ment les pris­on­niers poli­tiques qui sont malades et qui pour­raient bien­tôt devenir d’autres Zap­a­ta. Le troisième objec­tif est, si je meure, que le monde s’aperçoive que le gou­verne­ment laisse mourir ses opposants et que ce qu’il s’est passé avec Orlan­do n’est pas un cas isolé.

Mais quelle est votre demande con­crète ?

– Que le gou­verne­ment libère ces 26 pris­on­niers poli­tiques qui sont malades, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vices médi­caux du min­istère on con­sid­ère qu’ils doivent être mis en lib­erté, puisqu’ils ne sur­vivront pas en prison.

Et s’ils ne les relâchent pas ?

– Je con­tin­uerai jusqu’aux dernières con­séquences…

Vous voulez mourir ?

– (Silence)… Oui, je veux mourir. Il est temps que le monde s’aperçoive que ce gou­verne­ment est cru­el, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­tyres.

Vous voulez devenir un mar­tyre con­sciem­ment ?

– Même les psy­cho­logues du min­istère de l’intérieur dis­ent que c’est mon pro­fil : j’ai une grande voca­tion de mar­tyre… Orlan­do Zap­a­ta a été le pre­mier chaînon dans l’intensification de la lutte pour la lib­erté de Cuba. Moi j’ai été celui qui a saisi le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va provo­quer un stim­u­lant pour le change­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­simiste. Je pense que le gou­verne­ment ne va pas chang­er. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­verne­ment cubain se trou­ve dans une passe dif­fi­cile, mais il ne va pas chang­er, jusqu’à que nous soyons 50 opposants en grève de la faim, ce qui serait un prob­lème au niveau de toute la société.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­vara au Con­go. Votre mère était révo­lu­tion­naire. Vous-même avez été mil­i­taire et avez étudié en Union sovié­tique. Com­ment en êtes-vous arrivé à la dis­si­dence ?

– Ce fut un long proces­sus. Les événe­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont con­sti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­tenir l’ordre. Il y avait des dizaines de mil­liers de per­son­nes qui voulaient par­tir. En URSS, je me suis ren­du compte des nom­breuses per­ver­sions de ce régime auquel, en théorie, nous devions ressem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plète­ment rompu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tairai pas jusqu’à ce que je meure.

Qu’est ce qu’il va se pass­er main­tenant ?

– Moi je me sens déjà très faible. J’ai mal à la tête et je com­mence à me déshy­drater. Il arrivera un moment où je m’effondrerai et perdrai con­nais­sance. Alors ma famille décidera [la mère et l’épouse dis­ent qu’à ce moment elles le fer­ont entr­er à l’hôpital et le nour­riront par voie par­en­térale].

Et quand vous vous réveillerez à l’hôpital…

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas recevoir de vis­ite de mes frères de lutte, je deman­derai l’arrêt de l’alimentation médi­cale. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai recevoir la vis­ite de mes cama­rades, même si ça doit être au tra­vers de vit­res, dans la salle de soin inten­sif, pen­dant les horaires régle­men­taires des vis­ites, je per­me­t­trai cette ali­men­ta­tion par­en­térale, bien que je ne boirai ni mangerai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le voudra.

Que croyez-vous que pensent de tout ça votre femme, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­mencer cette grève de la faim, ma mère est restée seize heures sans me par­ler. Main­tenant, bien qu’elles s’y opposent tou­jours, elles respectent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famille doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si celle de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­tiques de l’indépendance de Cuba].

Tra­duc­tion Marine Pon­thieu

Notes de GP :

* Le général Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guerre d’Angola, a été exé­cuté sous l’accusation de traf­ic de drogue au lende­main d’un procès de type stal­in­ien, avec « aveux » large­ment médi­atisés par la télévi­sion. L’Histoire, quand elle par­lera, livr­era une toute autre ver­sion. Par exem­ple, que les frères Cas­tro avaient con­fon­du Ochoa dans des inten­tions putschistes, avec d’autres mil­i­taires en oppo­si­tion au régime ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révéler la réal­ité d’un offi­ciel traf­ic de drogue entre Cuba et les FARC colom­bi­ens. Un marché aurait été imposé à Ochoa : la vie sauve con­tre la recon­nais­sance du traf­ic de drogue mené à son pro­pre compte. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soupçon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cuté un mois après le ver­dict le con­damnant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Havane avait été lit­térale­ment envahie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire provo­qua ensuite le départ vers les États-Unis de 127 000 « marieli­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voilà bien­tôt deux mois que je suis sans nou­velles de deux amis cubains. J’ose espér­er qu’il ne leur est rien arrivé de plus grave que l’interdiction totale d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog “Gen­era­cion Y”, l’opposante Yoani Sanchez n’a plus déposé d’article depuis le 24 févri­er – ce qui est tout à fait inhab­ituel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zap­a­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 févri­er, dans un hôpi­tal de La Havane. Il menait une grève de la faim de plus de deux mois pour pro­test­er con­tre ses con­di­tions de déten­tion. Mem­bre d’une organ­i­sa­tion de défense civique illé­gale, le Direc­toire démoc­ra­tique cubain, il avait été con­damné en 2003 à dix-huit ans de prison pour « désor­dre pub­lic ».

Il s’agit du pre­mier détenu poli­tique « à mourir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affirme la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la réc­on­cil­i­a­tion nationale, une organ­i­sa­tion illé­gale mais tolérée par le pou­voir cubain. Selon son prési­dent, Elizar­do Sanchez, « Il s’agit d’un assas­si­nat virtuel, prémédité », accu­sant les autorités d’avoir trop tardé à offrir des soins au dis­si­dent trans­féré la semaine dernière seule­ment de Cam­agüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­céré, dans un hôpi­tal de La Havane.

Prix Sakharov 2002 du Par­lement européen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accusé les autorités cubaines d’avoir « assas­s­iné lente­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­time, selon lui, de coups et de vio­lences racistes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espinosa Chepe, arrêté en 2003 et libéré pour des raisons de san­té, estime que cette affaire pour­rait se repro­duire en rai­son du « très mau­vais état » des pris­ons cubaines, où aucune organ­i­sa­tion inter­na­tionale n’est admise. C’est le cas d’Amnesty Inter­na­tion­al, qui estime à 65 le nom­bre des « pris­on­niers de con­science » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tionaux éval­u­ent cepen­dant à env­i­ron 200 le nom­bre de pris­on­niers poli­tiques à Cuba.

Les prési­dents brésilien Luiz Ina­cio Lula da Sil­va et vénézuélien Hugo Chavez sont arrivés mar­di soir à La Havane, sans faire de com­men­taires, après un som­met dit de “l’Unité” au Mex­ique des 32 pays de la région. De son côté, le prési­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zap­a­ta. Depuis tou­jours, les autorités cubaines accusent les dis­si­dents d’être des “agents” ou des “mer­ce­naires” à la sol­de des Etats-Unis.

La pop­u­la­tion et l’économie cubaines se trou­vent à bout de souf­fle. La crise s’est aggravée ces derniers temps, à tel point que le pays est placé au bord d’une ces­sa­tion de paiement.

[Sources AFP, Le Monde, Yoani Sánchez – Gen­era­cion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­nal­iste de la petite agence Hol­guín Press, a été arrêté dans la mat­inée du 29 jan­vi­er par la Police nationale révo­lu­tion­naire (PNR), et emmené dans une caserne sous les incul­pa­tions d’”outrage”, “désobéis­sance” et “activ­ité économique illicite”. Remis en lib­erté le lende­main, il observe une grève de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui val­oir la prison ferme.

Har­cèle­ments de blogueurs, déten­tions arbi­traires et mau­vais traite­ments de pris­on­niers d’opinion restent car­ac­téris­tiques d’un régime qui ne tolère aucune infor­ma­tion en dehors de son con­trôle et dont les timides évo­lu­tions depuis févri­er 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur parole, les autorités de La Havane n’ont jamais rat­i­fié les deux Pactes de l’Onu relat­ifs aux droits civils et poli­tiques – signés au moment de la prise de fonc­tions offi­cielles de Raúl Cas­tro –, lesquels inclu­ent la lib­erté d’expression. La nor­mal­i­sa­tion des rela­tions avec Cuba prônée notam­ment par la prési­dence espag­nole de l’Union européenne ne saurait faire l’impasse sur les lib­ertés fon­da­men­tales.

Aucun geste human­i­taire n’a été con­sen­ti en faveur des jour­nal­istes arrêtés lors du “Print­emps noir” de mars 2003, dont Ricar­do González Alfon­so, con­damné à vingt ans de prison. Souf­frant de prob­lèmes de san­té, en par­ti­c­uli­er pul­monaires, le cor­re­spon­dant de Reporters sans fron­tières et fon­da­teur de la revue “De Cuba” s’est vu admin­istr­er avec retard, le 26 jan­vi­er, un traite­ment qu’il attendait depuis des mois. Mal­gré son état, il reste main­tenu en cel­lule au péni­tenci­er du Com­bi­na­do del Este (La Havane).

Autre pris­on­nier du “Print­emps noir”, égale­ment con­damné à vingt ans de prison, Juan Car­los Her­rera Acos­ta, de l’Agence de presse libre ori­en­tale (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais traite­ments et pri­va­tions ali­men­taires dont il a fait l’objet avec d’autres codétenus (voir la vidéo ). Incar­céré depuis six mois, le doc­teur et col­lab­o­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sage à tabac en cel­lule alors qu’il était menot­té.

La répres­sion vise de près les blogueurs et util­isa­teurs d’Internet. Deux étu­di­ants ont été ren­voyés au mois de jan­vi­er pour un tra­vail d’information “non autorisé”. Darío Ale­jan­dro Pauli­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Havane pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, con­tenant le compte ren­du d’une réu­nion de l’Union des jeunes com­mu­nistes (UJC). Fille du pris­on­nier poli­tique Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a con­nu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses activ­ités de jour­nal­iste indépen­dante.

Le 6 novem­bre 2009, la Sécu­rité de l’État (police poli­tique) a bru­tal­isé les blogueurs Yoani Sánchez, créa­trice de la plate-forme Gen­eración Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une man­i­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troisième, Luis Felipe Rojas, a été arrêté à deux repris­es en décem­bre et assigné à rési­dence.

[D’après Échange inter­na­tion­al de la lib­erté d’expression (IFEX, Toron­to) et Reporters sans fron­tières (RSF, Paris)]

Regain de tensions à La Havane. Obama répond à Yoani Sanchez sur le blog Generacion Y

Je reçois des nou­velles plutôt alar­mantes de Cuba. Un de mes amis cubains qui parvient à m’envoyer des cour­riels depuis La Havane – et dont je n’avais pas de nou­velles depuis plusieurs semaines – vient de m’adresser quelques lignes dont j’extrais ce pas­sage : « Ici à Cuba, les choses sont super mau­vais­es. La sur­veil­lance gou­verne­men­tale est énorme ces jours-ci. Il y a beau­coup de dan­gers. Je ne peux pas t’écrire dans une telle sit­u­a­tion ». Le même, il y a quelques mois me dis­ait sa nou­velle espérance dans le nou­veau régime de Raùl Cas­tro… Il a vite déchan­té.

Autre sujet d’inquiétude faisant crain­dre à un retour du « fan­tôme de 1980 » lorsque de graves ten­sions avaient opposé adver­saires et par­ti­sans du régime, et que ces derniers organ­i­saient des « répu­di­a­tions publiques » à l’encontre des pre­miers. Il s’agissait alors de dénon­cer publique­ment les opposants repérés et d’organiser autour d’eux des man­i­fes­ta­tions hos­tiles, voire vio­lentes.

yoani_reinaldo.1259085801.jpgUne man­i­fes­ta­tion de ce genre s’est pro­duite ven­dre­di dernier dans les rues de La Havane à l’encontre de Reinal­do Esco­bar, le mari de Yoani Sanchez [pho­to], cette résis­tante blogueuse dont j’ai par­lé ici dernière­ment. Reinal­do a adressé une let­tre ouverte « à l’ex-dictateur Fidel Cas­tro » au sujet des lib­ertés bafouées. Il s’est ensuite ren­du à l’endroit même où, la semaine dernière, sa femme Yoani avait été enlevée et molestée par des flics en civ­il. Il était atten­du par un cortège hos­tile mon­té « spon­tané­ment » avec fan­fares, forces flics en civ­il et quelques dizaines de man­i­fes­tants cri­ant des slo­gans de sou­tien à Fidel et Raùl, proférant des injures à l’encontre de Reinal­do, le trai­tant comme d’habitude de ver­mine [gusano] et le menaçant physique­ment. Finale­ment il a été extir­pé par des flics en civ­il qui l’ont ensuite relâché.

De son côté, à par­tir de son blog, Gen­era­cion Y, Yoani a adressé deux séries de sept ques­tions à Raul Cas­tro et à Barack Oba­ma sur les con­di­tions d’un rap­proche­ment poli­tique cubano-améri­cain. Si l’un n’a pas répon­du (devinez qui), l’autre si – certes en ter­mes fort pesés, mais qui ont fait sen­sa­tion dans les milieux cubains infor­més – ceux du pou­voir, bien sûr. Les répons­es du prési­dent US se trou­vent sur le blog de Yoani Sanchez . Elle et son mari devi­en­nent des opposants d’autant plus encom­brants que leur notoriété est désor­mais con­sid­érable, surtout à l’étranger. Cette jeune femme fait mon­tre d’un grand courage, à l’égal des opposants his­toriques qu’ont été, sous d’autres cieux du com­mu­nisme radieux, les Hav­el, Wale­sa, Pliouchtch, Boukovs­ki, Grig­orenko… sans oubli­er, à Cuba cette fois, les innom­brables Val­ladares, Matos, Reinal­do Areinas et jusqu’à la pro­pre fille de Fidel, Ali­na Fer­nan­dez.


CUBA. Enlèvement style camorra à La Havane

yoani_sanchez.1258734486.gif À Cuba, Yoani Sánchez [pho­to] est aujourd’hui l’une des plus courageuses résis­tantes à la dic­tature cas­triste. Son blog, Gen­era­cion Y – seule­ment lis­i­ble à l’extérieur de l’île – témoigne au quo­ti­di­en des dif­fi­cultés de vivre des Cubains et de la répres­sion qui les frappe au moin­dre signe de désac­cord. Man­i­fester, même paci­fique­ment, à Cuba relève de l’héroïsme. Yoani, pré­cisé­ment, se rendait à une man­i­fes­ta­tion con­tre la vio­lence du régime (voir la vidéo), quand elle a été enlevée et battue par des sbires en civ­il et en voiture banal­isée. Son réc­it ci-dessous est édi­fi­ant.

Yoani est dev­enue la bête noire du régime par son blog dif­fusé sur toute la toile, sauf à Cuba où l’internet se trou­ve des plus cade­nassés au monde. Trente deux ans, diplômée de philolo­gie, Yoani Sanchez espérait il y a quelques semaines obtenir un visa pour assis­ter à la remise d’un prix de jour­nal­isme décerné par la Colum­bia Uni­ver­si­ty de New York. Refus caté­gorique. Un de plus. Yoani a atteint un tel niveau de notoriété inter­na­tionale qu’elle dérange vrai­ment le régime. De même que le rock­er Gor­ki Aguila, maintes fois empris­on­né, devenu très emblé­ma­tique auprès des jeunes Cubains.

Con­sul­ter le blog Gen­era­cion Y (traduit en français et en une dizaine de langues) serait salu­taire aux néga­tion­nistes pro-cas­tristes. Mais ils con­tin­u­ent, par déf­i­ni­tion, à ne rien vouloir con­sid­ér­er qui ébran­lerait leur mytholo­gie. Cuba, à bien des égards, est com­pa­ra­ble à l’ancienne Alle­magne de l’Est, Stasi et Mur y com­pris. Sauf que le mur cubain, océanique, entoure la total­ité du pays.

Pas loin de la rue 23, juste à la rotonde de l’avenue des Prési­dents, nous avons vu arriv­er dans une voiture noire, de fab­ri­ca­tion chi­noise, trois incon­nus tra­pus. « Yoani, entre dans la voiture » m’a dit l’un d’entre eux, tan­dis qu’il me ser­rait forte­ment le poignet. Les deux autres entouraient Clau­dia Cade­lo, Orlan­do Luís Par­do Lazo et une amie qui nous accom­pa­g­nait à une man­i­fes­ta­tion con­tre la vio­lence. Par une de ces ironies de la vie, au lieu d’une journée de paix et de sol­i­dar­ité, c’est une après-midi chargée de coups, de cris et d’insultes qui nous attendait. Les « agresseurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles. Orlan­do et moi étions con­damnés à la voiture et ses plaques d’immatriculation jaune*, au ter­rain épou­vantable de l’illégalité et à l’impunité digne de l’Armageddon.

J’ai refusé de mon­ter dans la Geely bril­lante et nous avons exigé qu’ils nous mon­trent une iden­ti­fi­ca­tion ou un ordre judi­ci­aire pour nous amen­er. Comme c’était à espér­er, ils n’ont mon­tré aucun papi­er qui jus­ti­fierait de la légitim­ité de notre arresta­tion. Les curieux com­mençaient à arriv­er et j’ai crié « Au sec­ours ! Ces hommes veu­lent nous enlever ». Mais ces hommes ont arrêté ceux qui voulaient inter­venir d’un cri qui affichait avec évi­dence la sig­ni­fi­ca­tion idéologique de l’opération : « Ne vous mêlez pas de ça, ce sont des con­tre-révo­lu­tion­naires ». Devant notre résis­tance ver­bale, ils ont pris le télé­phone pour deman­der à quelqu’un qui devait être leur chef « Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne veu­lent pas mon­ter dans la voiture ». J’imagine que de l’autre côté la réponse à été tran­chante car s’en est suiv­ie une rouée de coups et de bous­cu­lades. Ils m’ont portée, la tête en bas, et ont essayé de me four­rer dans l’auto. Je me suis agrip­pée à la porte… J’ai pris des coups sur les join­tures de mes mains… J’ai réus­si à pren­dre un papi­er que l’un d’entre eux por­tait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nou­velle rouée de coups pour que je rende le doc­u­ment.

Orlan­do se trou­vait déjà dedans, immo­bil­isé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête plaquée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poitrine pen­dant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papi­er. Pen­dant un moment, j’ai pen­sé que je ne sor­ti­rai jamais de cette voiture. « C’est fini, Yoani », « Fini les con­ner­ies » dis­ait celui assis à côté du chauf­feur qui me tirait des cheveux. Sur le siège arrière, un spec­ta­cle bizarre se déroulait : mes jambes vers le haut, mon vis­age rou­gi par la ten­sion et mon corps endo­loris. De l’autre côté, Orlan­do réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que vis­er ses tes­tic­ules, à tra­vers son pan­talon, dans un acte dés­espéré. J’ai enfon­cé mes ongles, en sup­posant qu’il con­tin­uerait à m’écraser la poitrine jusqu’au dernier souf­fle. « Tue-moi d’une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui restait de ma dernière inhala­tion. Celui de l’avant a alors aver­ti le plus jeune : « Laisse-la respir­er ».

J’entendais Orlan­do haleter pen­dant que les coups con­tin­u­aient à pleu­voir. J’ai cal­culé la pos­si­bil­ité d’ouvrir la porte et de sauter dehors, mais il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. Nous étions à leur mer­ci, mais enten­dre la voix d’Orlando me redonnait du courage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entre­coupés lui dis­aient « Yoani est encore vivante ». On nous a lais­sés étalés et endo­loris dans une rue de La Tim­ba*. Une femme s’est approchée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlève­ment », j’ai réus­si à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’un de l’autre, au milieu de la rue. Je pen­sais à Teo. Mon Dieu, com­ment vais-je lui expli­quer tous ces bleus ? Com­ment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Com­ment le regarder et lui racon­ter que sa mère a été agressée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opin­ions en octets ? Com­ment lui décrire l’expression despo­tique qui ani­mait ceux qui nous ont mis de force dans cette voiture, le plaisir que l’on voy­ait sur leur vis­age quand ils nous bat­taient, quand ils soule­vaient ma jupe et me traî­naient à moitié nue jusqu’à la voiture.

J’ai pu voir, néan­moins, le degré de ner­vosité de nos attaquants, leur peur devant ce qui leur est nou­veau, devant ce qu’ils ne peu­vent pas détru­ire car ils ne le com­pren­nent pas. La ter­reur masquée sous la bravade de ceux qui savent que leurs jours sont comp­tés.

Notes de tra­duc­tion :

Les plaques d’immatriculation jaune sont celles des voitures de par­ti­c­uliers.

La Tim­ba – Quarti­er chaud de La Havane, proche de l’endroit où ils ont été enlevés.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

Note de l’éditeur du blog: La vidéo mon­tre la man­i­fes­ta­tion à laque­lle Yoani a été empêchée d’assister


Cuba s’est ouvert au monde, mais pas à son peuple

Cor­re­spon­dance de « Azul » à La Havane

« Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba ! » C’est par ces paroles que le pape Jean-Paul II, en 1998, a ter­miné sa vis­ite à Cuba. Je me sou­viens encore de ces beaux mots qui ont rem­pli d’espoir des mil­lions de Cubains et dans lesquels le monde a vu un mes­sage d’espoir. Depuis, Cuba a en effet mon­tré quelques avancées : le régime a établi des rela­tions avec 192 pays du monde ; il a per­mis l’entrée de cap­i­taux étrangers dans les affaires de l’île ; il a entre­pris un pro­gramme d’aide human­i­taire pour élim­in­er les mal­adies, la faim et l’inégalité sociale… dans cer­tains pays d’Amérique latine, notam­ment le Venezuela, la Bolivie, et l’Équateur.

C’est ain­si que Cuba, dans ces pays, a aidé à for­mer des mil­liers de médecins ; à libér­er de l’analphabétisme des mil­lions de citoyens ; a con­stru­it quelques hôpi­taux. Sur le plan géopoli­tique, Cuba a signé presque tous traités et accords de l’ONU.

Autant de signes qui pour­raient paraître plus que suff­isants pour démon­tr­er au monde à quel point Cuba a pu répon­dre aux espérances papales…

MAIS à Cuba même, pour le peu­ple cubain, il en est tout autrement !

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Par exem­ple, seule­ment la moitié des con­sul­ta­tions médi­cales peu­vent être tenues, faute de médecins et de spé­cial­istes. Le pays enreg­istre plus de vingt ans de retard dans la con­struc­tion d’hôpitaux et plusieurs chantiers en cours sont arrêtés depuis des années.

Le sys­tème édu­catif tra­verse une telle crise que le niveau d’espagnol enseigné y est au plus bas, de même qu’en his­toire et en math­é­ma­tiques.

Le régime n’est pas par­venu à assur­er à sa pop­u­la­tion une nour­ri­t­ure cor­recte, et cela après des années d’un sys­tème de dis­tri­b­u­tion con­trôlée des ali­ments. Les besoins ali­men­taires de base du peu­ple cubain ne sont pas sat­is­faits.

Cuba a voulu hon­or­er des accords avec l’ONU, mais n’a pas tenu ses engage­ments envers son pro­pre peu­ple. Alors que le peu­ple devait voir sa sit­u­a­tion s’améliorer, les choses ont empiré pour lui, sans que cette réal­ité soit perçue à l’extérieur.

Qu’importe au peu­ple cubain que son pays s’ouvre au monde s’il ne lui reste, dans son île, qu’à rêver à des jours meilleurs.

« Azul »

Traduit par GP.
Photo ©gp : Un marché “libre” dans Centro Habana .

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    ––––
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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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