On n'est pas des moutons

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Qui a dit « Je suis Haïti » ? Personne

Ce monde a le tour­nis. Ce monde donne le tour­nis. Et on ne sait plus où tourn­er la tête : la Syrie, l’Irak, la Libye, la Pales­tine, la Soma­lie, le Yémen et tous ces lieux de con­flits sans fin, incom­préhen­si­bles à la plu­part d’entre nous, à défaut de pou­voir les expli­quer. À ce sin­istre tableau géopoli­tique, il faut désor­mais ajouter celui des dérè­gle­ments cli­ma­tiques qui risquent d’égaler bien­tôt ceux de la folie des hommes – d’ailleurs ils en relèvent aus­si. C’est sans doute le cas de l’ouragan Matthew qui s’est déchaîné sur une par­tie des Caraïbes, dévas­tant en par­ti­c­uli­er Haïti où il a causé près de 1.000 morts et semé la déso­la­tion.

Quelles sont les con­séquences du réchauf­fe­ment cli­ma­tique sur les cyclones ?

Fab­rice Chau­vin, chercheur au Cen­tre nation­al de recherch­es météorologiques : – Selon les mod­èles sci­en­tifiques les plus pré­cis, le nom­bre glob­al de cyclones dans le cli­mat futur devrait être sta­ble, voire en légère baisse. Mais dans le même temps, on s’attend à une hausse des cyclones les plus intens­es, qui s’explique notam­ment par l’augmentation des tem­péra­tures des océans. On va aller vers des phénomènes plus puis­sants, asso­ciés à des pluies plus intens­es, d’environ 20 % supérieures. [Le Monde, 07/10/2016]

Haïti. Un autre mal­heur a frap­pé cette île tant de fois meur­trie – y com­pris par les dic­tatures suc­ces­sives –, c’est celui de l’indifférence. Car les « obser­va­teurs » n’avaient d’yeux que pour les États-Unis. « Seraient-ils touchés eux aus­si par cette même tem­pête ? » Seule cette ques­tion comp­tait. Rien ou presque pour les vic­times haï­ti­ennes. Pas même un « Je suis Haïti »…

C’est pour alert­er le monde sur cette sol­i­dar­ité à géométrie vari­able que Miguel Vil­lal­ba Sánchez, un artiste espag­nol, a réal­isé ce dessin :

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« Per­son­ne n’est Haïti », en effet.

« Je suis Char­lie, je suis Orlan­do, je suis Paris, je suis Brux­elles »… Mais pas de « Je suis Haïti »… Pourquoi ? Pays trop petit, trop loin, trop noir, trop pau­vre, trop…

Ce pays (situé sur la même île que la République Domini­caine), qui a quand même per­du 900 per­son­nes dans l’ouragan Matthew, n’a pas sus­cité d’émotion en pro­por­tion de son drame. Tous les regards médi­a­tiques étaient braqués vers Mia­mi. En chercher les caus­es revient à ques­tion­ner l’état du monde, la géo-poli­tique, l’injustice, les con­flits, le cli­mat… On en revient au point de départ.

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Cette pho­to de l’Unicef résume tout. Con­tre l’indifférence, on peut adress­er un donhttps://don.unicef.fr/urgences/ 


Le climat, peut-être… Mais la connerie ?

Suite, somme toute assez logique, de l’article précé­dent (il y était ques­tion de la fin de l’humanité…), cet exem­ple pathé­tique, pris sur le “vif” de l’humanité débile. En l’occurrence, ça vient des Etats-Unis, dans l’État de Vir­ginie de l’Ouest (houille et gaz de schiste…) qui compte le plus de cli­ma­to-scep­tiques (deux tiers des habi­tants). Mais il n’y aurait qu’à se baiss­er pour en ramass­er à la pelle tout autour de nous. Où l’on voit dans toute sa dimen­sion, l’alliance fusion­nelle de l’ignorance et des croy­ances (surtout religieuses), à quoi vient s’amalgamer, de façon « naturelle » en quelque sorte, la soif mal­adive du prof­it. Inépuis­able sujet de médi­ta­tion. C’était ce 28 sep­tem­bre 2015 dans le JT de 20 heures de France 2.

Mod­i­fi­er l’évolution du cli­mat, ça peut encore se con­cevoir… Mais que faire de la con­ner­ie ?

»> Vidéo coupée : Des dizaines d’autres films paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…

Post scrip­tum : Dans la même veine et en tout cas sur les mêmes sujets, j’ai fail­li oubli­er, cet excel­lent (comme tou­jours) bil­let de Sophia Aram sur France Inter, ce même 28 sep­tem­bre, au matin cette fois et inti­t­ulé Don­ald, Nadine et Dar­win :


Réchauffement climatique. “C’est foutu ? Non, mais… ça sera très difficile ”

Certes, une tem­pête ce n’est pas la mer à boire… Ah ? Mais les voilà qui se suc­cè­dent en rafales,les tem­pêtes, éro­dent les côtes comme jamais, men­a­cent les habi­ta­tions. Tan­dis qu’il pleut des cordes à peu près partout en Europe, voire dans le monde (sauf dans les zones déser­tiques, bien sûr), que les riv­ières débor­dent, les routes et les ponts s’effondrent. Certes, certes : ne pas con­fon­dre mau­vaise météo et cli­mat déréglé. M’enfin, depuis qu’on nous can­ule sur l’air de Tout va très bien madame la mar­quise, il se pour­rait bien qu’on se rap­proche du début de la fin.

Con­sid­ér­er cette infor­ma­tion toute “fraîche”: “L’année 2013 se place au six­ième rang des années les plus chaudes observées depuis le milieu du XIXe siè­cle, ex aequo avec 2007. Le bilan cli­ma­tique prélim­i­naire de l’année écoulée, ren­du pub­lic mer­cre­di 5 févri­er par l’Organisation météorologique mon­di­ale (OMM), pré­cise en out­re que la tem­péra­ture moyenne à la sur­face de la Terre a été de 0,5°C supérieure à la nor­male météorologique cal­culée sur la péri­ode 1961–1990.” [LE MONDE | 

rechauffement-climat-le-telegramme-inondationsEt les Bre­tons de déprimer encore plus sous le coup des lames géantes ou des inon­da­tions, comme à Mor­laix, dont la mairesse finit par déplor­er publique­ment les effets d’une agri­cul­ture ravageuse des haies et talus. Plus rien ne retient l’eau  de pluie qui se déverse dans la ville comme dans un enton­noir. Serait-il donc  pos­si­ble que l’activité humaine fût cause de tant de dérè­gle­ments et dégâts ?! La sagesse fini­rait-elle par poindre après tant de déné­ga­tions ou de con­tre-affir­ma­tions forcenées ?

L’humain et sa ten­dance à courir au devant des cat­a­stro­phes – “Nous étions au bord d’un gouf­fre, nous avons fait un grand pas en avant”...(Félix Houphouët-Boigny). Puis, s’il en réchappe c’est aus­sitôt pour oubli­er la leçon. Ain­si claudique l’humanité.

Voyons ce qu’en dit, dans sa docte pru­dence, un de nos spé­cial­istes du cli­mat.


Pour Jean Jouzel, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique… par Fran­ce­In­fo


Comment le nucléaire marque le clivage entre productivisme et humanisme

Quand il se fait prédi­ca­teur de l’Apocalypse, ce n’est pas ce que j’aime le plus chez Paul Vir­ilio, ce penseur de la tech­nolo­gie alliée à la vitesse. C’est sans doute à cause du ton, par trop péremp­toire. Pour­tant, lorsqu’il prédit que tout ce qui peut arriv­er finit par arriv­er il est impa­ra­ble et nous plonge le nez dans l’actualité la plus « radieuse ». Ain­si, je résume en sub­stance, en inven­tant le chemin de fer, l’homme a inven­té le déraille­ment. De même pour l’auto et les pla­tanes, l’avion et les crash­es, les cen­trales nucléaires et Fukushi­ma ou Tch­er­nobyl.

 

Mer­ci donc, Paul V. d’avoir fait de ces évi­dences l’un des piv­ots de nos moder­nités infer­nales.

 

S’agissant du nucléaire, nous nous voyons pro­jetés dans un autre reg­istre que celui de l’accident, même le moins banal. Ain­si devons-nous nous atten­dre, hélas, aux 600 ou même 800 cadavres qu’il fau­dra dénom­br­er du crash « annon­cé » d’un A-380 – l’appareil prob­a­ble­ment van­té dans les prospec­tus comme « le plus sûr du monde ». On sait : il en fut de même du Con­corde, …jusqu’à son dernier vol. On repar­lera une autre fois de l’épopée fatale du Titan­ic.

 

Mais le nucléaire… Ici, nous changeons totale­ment de reg­istre puisque, même en ayant déjà décrété les actuelles instal­la­tions comme les « plus sûres du monde », cette pré­ten­tion-slo­gan se fra­casse con­tre la ter­ri­ble « loi » de Paul V. Et aujourd’hui, la ter­ri­fi­ante et désolante actu­al­ité oblige les tech­nocrates – au sens strict : « qui gou­verne par la tech­nique » – à ajouter une couche sup­plé­men­taire à ladite sûreté prise en défail­lance. Madame Are­va s’est ain­si dépêchée, au troisième jour de l’Apocalypse japon­aise, de pro­mou­voir le super-mod­èle déjà en mag­a­sin sous l’appellation mag­ique de « EPR ». Si les Japon­ais, eut-elle l’outrecuidance d’énoncer en sub­stance, avaient été équipés de cen­trales EPR, ils n’en seraient pas là !

 

Madame Are­va, dans la caté­gorie générique des tech­nocrates, fait par­tie de la sous-espèce dite des « nucléocrates » – ceux qui gou­ver­nent par le nucléaire. Il s’agit de têtes d’œuf, donc « bien faites et bien pleines » des dogmes de l’infaillibilité de la chose atom­ique. Telle­ment bour­rées de ladite chose qu’il n’y a plus, dans ces cerveaux ain­si sat­urés, la moin­dre place pour quelques réflex­ions et con­nais­sances qui lim­it­eraient leurs orgueilleuses pré­ten­tions et les ouvri­raient, sinon vers une franche human­ité, du moins vers un sens authen­tique du bien com­mun.

Madame Are­va : “Nous, les enseigne­ments on les a déjà tirés dans tous nos “designs” (sic)

 

Pas­sagère­ment sec­oués par la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl, ils ne man­quèrent pas de se rem­plumer lors de ce dernier quart de siè­cle, qui vit aus­si l’émergence d’une relève de généra­tion toute neuve, pim­pante, sûre d’elle et con­quérante…

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Allègre s’estime diffamé par Politis, qu’il attaque en justice

L’ancien min­istre Claude Allè­gre s’estime dif­famé par une tri­bune parue dans Poli­tis le 18 juin 2009. Le texte por­tait les sig­na­tures de huit per­son­nal­ités du monde uni­ver­si­taire, sci­en­tifique ou asso­ci­atif. L’hebdo lance une péti­tion de sou­tien.

Les auteurs de la tri­bune qui dérange Allè­gre, ain­si que le directeur de la pub­li­ca­tion, ont été mis en exa­m­en pour « diffama­tion publique envers un fonc­tion­naire pub­lic ». Led­it fonc­tion­naire n’est autre que Claude Allè­gre, dont Patrick Piro brosse le por­trait dans le numéro en cours.

«Nous n’aimons guère l’adjectif « con­tro­ver­sé », écrit Denis Sief­fert, le rédac­teur en chef, Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allè­gre. L’homme est de nou­veau, aujourd’hui, au cœur d’une con­tro­verse qu’il a lui-même provo­quée en con­tes­tant vio­lem­ment les travaux des cli­ma­to­logues qui nous met­tent en garde con­tre les con­séquences de cer­taines activ­ités humaines sur l’avenir de la planète. Il est entré dans ce débat comme tou­jours, sans être trop regar­dant sur les moyens ni les argu­ments. Comme un mau­vais rug­by­man dans la mêlée : en piéti­nant ses adver­saires. Con­traire­ment à la présen­ta­tion que l’on fait de lui dans cer­tains médias com­plaisants, il n’est pas un « scep­tique ». Le scep­ti­cisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux con­clu­sions des cli­ma­to­logues du monde entier qu’à la roton­dité de la terre. Ce que M. Allè­gre appelle impro­pre­ment scep­ti­cisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incré­dulité par quelqu’un qui sait.

«Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allè­gre : ques­tion d’éthique » le texte de Poli­tis, l’important per­son­nage avait une autre actu­al­ité. On par­lait de lui comme min­is­tra­ble dans le gou­verne­ment Fil­lon. Il s’apprêtait à devenir dans le domaine des sci­ences et de l’éducation ce qu’Éric Besson, ancien social­iste comme lui, est à la sol­i­dar­ité et aux droits de l’homme. Auri­ons-nous, malen­con­treuse­ment, inter­féré dans ce cal­en­dri­er ? Serait-ce la cause de la colère de Claude Allè­gre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous voulons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir pub­lié et nous l’assumons pleine­ment aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-Yves Bar­rère, emporté par la mal­adie, nous a quit­tés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan cri­tique de toute une car­rière. Mais aus­si comme pré­moni­toire de la polémique sur le cli­mat. Preuve de sa dou­ble actu­al­ité.»

»> Voir aus­si : Allè­gre, GIEC, curés pédophiles. Sci­ence et reli­gion dans le plus obscur cli­mat


Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malaise dans nos civil­i­sa­tions. Civil­isées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le procla­ment ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous saisit. Quels repères, quels sens trou­ver qui indiquent direc­tion, espoir. « Le monde est pour­ri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajoutait aus­si, d’une con­vic­tion entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça ressem­ble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­ten­dre ici-bas accom­plir tout son pos­si­ble ? Vrai­ment tout le pos­si­ble… C’était ma minute phi­lo qui m’entraîne dans la patau­geoire que nous appelons aus­si « actu­al­ité », là où tout le pos­si­ble n’est jamais épuisé. J’en prends deux bouts, les deux extrémités d’un bâton bien merdique :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de guider… ; dans cette lignée, un appareil, celui du pou­voir religieux ecclési­as­tique et sa cohorte économique et hiérar­chique, sous-papes et pape, l’État vat­i­canesque, ses suc­cur­sales mon­di­al­isées propageant la « bonne parole » – tu par­les, oui !

– De l’autre, une ten­ta­tive de poli­ti­sa­tion de la sci­ence par le truche­ment de deux illu­sion­nistes médi­atisés, Vin­cent Cour­tillot et surtout Claude Allè­gre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­taire d’escamoteur et chantre du libéral­isme « décom­plexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même ten­ant, celui de la dis­sim­u­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, formes vis­i­bles de cet obscu­ran­tisme revenant à l’offensive sauvage dans nos temps en perte de lumières.

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont imprégné toutes les strates de nos sociétés, con­di­tion­nant jusqu’à nos incon­scients, notre lan­gage, nos com­porte­ments. Comme les sys­tèmes total­i­taires, elles ont aus­si sécrété leurs ordres policiers, déployé des agents d’inquisition, enfon­cé « leur main noire jusque dans le ven­tre des hommes » – Panaït Istrati en 1927 à pro­pos du stal­in­isme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de statut recon­nu d’agent cul­turel, paten­té, celui du medi­um selon la ter­mi­nolo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­nements que l’animal humain y place dans la durée de son his­toire.

Partout dans le monde débous­solé, les reli­gions se sont inscrites comme des man­i­fes­ta­tions « naturelles » de don­nées éminem­ment cul­turelles : les croy­ances et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­mencer, puis ses con­tin­u­a­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Dawkins en Grande-Bre­tagne – ont inté­gré les com­porte­ments religieux dans les proces­sus de l’évolution naturelle. Je passe ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plutôt faire ressor­tir les dif­fi­cultés énormes que sem­ble affron­ter le genre humain dans son immense majorité à pour­suiv­re son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­nal­ité affir­mée, et pour autant non dénuée de spir­i­tu­al­ité – au con­traire !

Certes, il faudrait ici en appel­er aux plus amples développe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frôler cette prob­lé­ma­tique à l’occasion des affaires de pédophilie ecclési­as­tique qu’on peut con­sid­ér­er sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne touchait à une crim­i­nal­ité et à ses vic­times ; il mon­tre que les curés, con­damnés à la névrose et au refoule­ment sex­uel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « nor­mal », sex­u­al­ité com­prise, con­tre­viendrait au « dévoue­ment au Seigneur »… Faut-il avoir par­cou­ru toute une chaîne de patholo­gies mul­ti­ples pour accouch­er d’une telle hérésie. Hérésie elle-même fon­da­trice du code général de déf­i­ni­tions et dénon­ci­a­tions de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme canon­ique. Ain­si boucle-t-on des sys­tèmes total­i­taires, en reli­gion comme en poli­tique, ou plus générale­ment en idéolo­gie. Si on admet que les curés ne sauraient être moins névrosés que le reste de la pop­u­la­tion – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, out­re que cela donne matière à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chasteté », il ne faut pas oubli­er que ces « servi­teurs » sont cen­sés se présen­ter en parangon de Ver­tu, et se pré­ten­dent tels ! On a donc beau et faux jeu que de min­imiser leurs crimes au pré­texte qu’ils ne seraient pas moin­dres de ceux des autres berg­ers de la société, comme les insti­tu­teurs de la laïque, suiv­ez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppose le régime cas­triste de Cuba à une pseu­do démoc­ra­tie cap­i­tal­iste. Il s’agit bien de dic­tatures, mais l’un pré­tend avoir mené son peu­ple au Par­adis social­iste. Ce qui n’excuse nulle­ment l’autre !

Sec­ond angle : Ces « ani­croches » cor­re­spondraient en somme à d’ordinaires anom­alies con­cer­nant des bre­bis égarées. Il suf­fit de les remet­tre dans le droit chemin et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plaider coupable », quelques con­tri­tions – vous savez ces séances publiques, bien médi­atisées, de par­don­nage impudique et en larmes de croc­o­diles, même les politi­cards en raf­fo­lent, les patrons brig­ands encore plus, du moment que ça fait pass­er les pilules du lende­main… Moyen­nant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des sys­tèmes d’aliénation religieuse, tout ren­tre dans l’ordre ecclésial et surtout séculi­er. Amen !

Deux­ième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche rationnelle, à la sci­ence, à la ten­ta­tive de l’homo sapi­ens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­delle qu’il porte. La pen­sée con­stru­ite – c’est-à-dire argu­men­tée et con­trée avant val­i­da­tion et pour­suite vers l’étape suiv­ante – spé­ci­fique de l’ani­mal humain [je tiens cette judi­cieuse expres­sion de Wil­helm Reich], vaut par sa capac­ité à éclair­er son devenir ; elle implique une idée de mieux-être, d’avancée dans une human­ité en marche et soucieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y con­tribue. Sa rup­ture d’avec l’irrationalité religieuse repose sur l’ancrage pré­cisé­ment ter­restre et non céleste, tem­porel et non éter­nel, réel et non con­tin­gent.

Elle s’écarte aus­si de la foi, soit en l’excluant comme hypothèse non rationnelle, soit en la reléguant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se con­fron­tent aus­si au quo­ti­di­en, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­cile) com­mu­ni­ca­tion entre per­son­nes, notam­ment aus­si dans l’établissement de ce qu’on appelle réal­ité ou vérité. Entre par­en­thès­es, le méti­er de jour­nal­iste se trou­ve pré­cisé­ment à la croisée de ces états selon lesquels se con­stituent, pour tout un cha­cun, son pro­pre rap­port au monde.

La Sci­ence, quant à elle et moins que toute activ­ité humaine, ne saurait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aus­si que sur­git un cli­vage, voire un schiste : uni­fi­er savoir et croy­ance par élim­i­na­tion « naturelle » de la dernière ; ou bien sépar­er les deux domaines, con­sid­ér­er qu’ils peu­vent fonc­tion­ner séparé­ment, voire col­la­bor­er.

Que le doute se sai­sisse du monde sci­en­tifique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­sité. Trop de « cer­ti­tudes » ou de « vérité » ne peut que nuire à l’établissement des don­nées de la com­plex­ité. Mais un soupçon même de croy­ance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche sci­en­tifique – point d’interrogation.

Pour en revenir aux deux « con­trevenants » s’opposant au Groupe d’experts inter­gou­verne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je rangerais Cour­tillot dans la pre­mière caté­gorie – celle des semeurs de doute quant à la Vérité cli­ma­tique, sous réserve de valid­ité de l’argumentation, bien sûr –, et Allè­gre dans la sec­onde, évidem­ment, celui des manip­u­la­teurs délibérés dont les visées peu­vent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impures » quant à la démarche sci­en­tifique. Les 400 cli­ma­to­logues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/4/10] sem­blent pos­séder de solides argu­ments. Je dis « sem­blent » car ils en pré­par­ent une présen­ta­tion prochaine. Mais indépen­dam­ment, il y a le per­son­nage même d’Allègre, forte­ment émet­teur d’antipathie – tant de suff­i­sance ubuesque ! tant d’arrivisme poli­tique ! Il y a aus­si et surtout son atti­tude de faus­saire l’ayant amené à fal­si­fi­er des don­nées sci­en­tifiques et des courbes – ce qu’il a recon­nu en « rai­son » d’« un choix édi­to­r­i­al ». Et ce qui l’exclut du champ sci­en­tifique. De même lorsqu’il con­clut son débat avec un écol­o­giste [Yan­nick Jadot, France Inter, 31/03/10] par, en sub­stance, « De toutes façons, la Nature répare tou­jours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même ter­mes, le cre­do libéral d’un Madelin, ou des néo-con­ser­va­teurs états-uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tir­er l’échelle sous ce Nos­tradamus à la manque et à le ren­voy­er à ses pré­dic­tions vol­caniques et autres délires sur l’amiante.


Copenhague. La sirène et la grenouille

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11rainette.1261239393.jpgC’est un con­te de Noël, emprun­té à La Provence [18/12/09]. Lisez voir ci-con­tre [clic droit] leur plat bil­let, mieux que rien. Mais à la veille du fias­co de Copen­h­ague – on peut bien crev­er la gueule ouverte – l’historiette de la rainette de Salon valait bien une fable. Même les Fontaine se taris­sent de nos tristes jours. Je tente la mienne, égale­ment à base de grenouil­lette, peut-être même de l’espèce de Salon (de Provence).
J’allais don­ner de ma grande cisaille à dégager le lierre envahissant. Je l’ai aperçue entre les deux lames, me scru­tant de ses yeux d’or, le jabot pal­pi­tant d’une courte res­pi­ra­tion. Inquiète ? Stressée ? Elle m’a lais­sé le temps d’une pause pho­to et même plus, comme une star­lette sur les march­es de Cannes. Elle posait là dans le plus sim­ple appareil, sur le plas­tique noir et tech­nique d’un boîti­er élec­trique ; à con­tem­pler le monde, sans rien savoir de Copen­h­ague ni de sa petite sirène au chant trompeur. Mais en en con­nais­sant bien tous les enjeux. C’est bien ça : elle frémis­sait sous l’air incer­tain, souf­flant le chaud et le froid. Comme nous en somme, pau­vres humains, sur la même galère en dérive. Jadis ani­mal fétiche de la météo, elle par­courait l’échelle du temps qu’il fait. La voilà dev­enue, petite et mag­nifique grenouille, sym­bole du temps qui reste.


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un con­sor­tium alle­mand veut lancer un grand pro­jet de cen­trales ther­moso­laires. Pro­duite en Afrique sahari­enne, l’électricité tran­sit­erait sur des lignes à haute ten­sion. Les pre­mières livraisons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/7/09]

La dernière richesse de l’Afrique pas encore exploitée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapaces à la laiss­er ain­si dor­er… au soleil ? Surtout, que les Africains ne se dépêchent pas d’entrer “dans l’Histoire”, qu’on les pille encore un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des politi­ciens africains n’ont pas atten­du cette lumineuse idée venue du Nord. Ain­si, dans la si longue lignée des dic­ta­teurs du con­ti­nent, un Mobu­tu a-t-il placé le Con­go-Kin­shasa en coupes réglées ; pour exploiter, à son compte per­son­nel pour com­mencer, les immenses richess­es minières du pays, il a fait con­stru­ire des bar­rages hydroélec­triques, dont un gigan­tesque des­tiné à ali­menter les mines de cuiv­re du Katan­ga. Les lignes à haute ten­sion tra­versent le pays, sans même con­de­scen­dre dans les pau­vres vil­lages quelles sur­plombent [lire sur ce blog : Con­go-Banque mon­di­ale. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bours­er une dette de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solaire et son exploita­tion, c’est déjà com­mencé avec les bar­rages. La nou­veauté, sous cou­vert « tech­nologique » – jadis les mis­sion­naires et les mil­i­taires précé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­nolo­gie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « éco­lo » avec des pan­neaux solaires. La blague ! Ils vont tout bon­nement envahir le Sahara – pas grave, c’est un désert – et planter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affairistes tein­tés de sens démoc­ra­tique, on ne rigole pas, la jouer car­ré­ment à la Mobu­tu. Non, ils dis­tribueront plus vis­i­ble­ment, osten­si­ble­ment, quelques miettes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mondiste. Craignons le pire. Pour le peu que les Chi­nois surenchéris­sent en tirant leurs lignes jusque là-bas…

Oba­ma devra revenir encore et sou­vent sur les traces de ses loin­tains ancêtres s’il veut par­venir à branch­er leurs actuels descen­dants sur les étroites voies du libéral­isme démo­c­ra­t­i­ca­ble.


Écologie mon amour. Le « tour du monde » de Depardon ne vaut pas un pet de baudet

Voici donc l’Air du Bar­bi­er de Nosvilles : demain on va écol­o­gis­er gratis et entr­er dans une ère nou­velle, prout-prout ma chère comme dit ma copine Chan­tal. L’ère en ques­tion, l’air nou­veau que voilà demain tout de suite ce sera selon la recette du pâté de cheval à l’alouette : une cen­trale nucléaire, un moulin à vent, dix­it le Sarko nou­vo.

Or, à pro­pos de vents et de prouts, je vais vous en con­ter une. Si vous suiv­ez ma prose blogueuse, vous savez donc que l’été dernier, j’ai effec­tué un périple fan­tas­tique exposé dans un ouvrage du même acabit brave­ment inti­t­ulé « Le tour d’un monde en sept jours avec un âne en Provence ». [Suiv­ez le lien pour plus d’info et si pos­si­ble le com­man­der].
Certes, je me fais un peu de pub au pas­sage mais, vous l’allez voir, elle se jus­ti­fie pleine­ment, en par­ti­c­uli­er depuis les dernières européennes, avec les résul­tats qu’on sait.

Donc, dis­ais-je, pour fêter à sa manière la sor­tie de mon bouquins [voir ci-dessus…], ma fiancée m’a offert… un autre bouquin au titre provo­ca­teur : « Le tour du monde en 14 jours, 7 escales, 1 visa ». L’auteur est un peu plus con­nu que celui du « Tour d’un monde, bour­ri­cot, etc. ». C’est un cer­tain Ray­mond Depar­don, qui clame ceci sur la 4e de couv’ : « Je reviens fatigué, mais heureux de voir que la Terre est ronde »… Beuh… Fatigué, Ray­mond ? On le com­prend, le cham­pagne dans les zincs de pre­mière classe ou classe biz­ness, ça pompe. Il a d’ailleurs la can­deur, notre « pho­tographe de répu­ta­tion inter­na­tionale », de nous met­tre sous le nez, les fac-sim­i­le de ses bil­lets, tous ou presque de Unit­ed Air­lines, comme ça on sait d’où vient le pognon.

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A l’heure de l’écologie tri­om­phante, pour sûr, notre Depar­don se sent un peu péteux rap­port au kérozène qu’il a bouf­fé, en plus des petits fours de Unit­ed Air­lines. Alors, à la façon du non moins fameux et pom­peux Yann Arthus-Bertrand [j’ai subi le début de son « Home » et ça m’a bien vite plus que gon­flé aus­si…], lequel est à François Pin­ault ce que Depar­don est à Unit­ed Air­lines, notre super pho­tographe a cher­ché un ou deux… par­dons par antic­i­pa­tion.

Il l’explique à la toute dernière page de son bouquin, une idée d’éditeur on dirait même : « Ray­mond Depar­don a souhaité com­penser les émis­sions de CO2 liées à son voy­age. Il a fait appel à la fon­da­tion suisse Mycli­mate,  une des entre­pris­es de com­pen­sa­tion de car­bone les plus réputées (on compte aujourd’hui env­i­ron 170 entre­pris­es de ce type).  Le cal­cul des émis­sions de CO2 s’effectue à par­tir de la con­som­ma­tion de kérosène des avions emprun­tés ain­si que de la classe dans laque­lle  le pas­sager a voy­agé.  Pour son tour du monde, Ray­mond Depar­don  a par­cou­ru 45157 kilo­mètres en pre­mière classe et en busi­ness. Les émis­sions de car­bone liées  à ce voy­age sont ain­si estimées à 17246 tonnes, com­pens­ables par un don de 1234 €.  Cette somme, que Ray­mond Depar­don a rever­sée à Mycli­mate, per­met à cette fon­da­tion de financer des pro­jets spé­cial­isés dans la pro­mo­tion  des éner­gies renou­ve­lables et dans la lim­i­ta­tion de la con­som­ma­tion d’énergie. » [Souligné par moi].

Pas beau ça ? Se don­ner bonne con­science, ça coûte pas cher quand on a les moyens. Ce bouquin est une escro­querie intel­lectuelle, d’ailleurs révélée par les quelques lignes mal­ha­biles ten­tant à jus­ti­fi­er cet injus­ti­fi­able « tour du monde en soli­taire ». Tu par­les !

Tan­dis que bibi, avec son « Juju » de baudet provençal, a réal­isé son tour d’un monde en moitié moins de temps et pour zéro émis­sion de CO2… Zéro, vrai­ment ? Ah non, pas tout à fait, il faut compter nos pets – eh ! – et surtout ceux de l’âne, pos­si­ble­ment volu­mineux mais rares en vérité, si on n’évalue pas ce qui se passe lors de l’émission de crot­tin.

Or, ce matin, j’aborde la chose avec un spé­cial­iste, Patrick Piro, jour­nal­iste « écolo­gie » à Poli­tis et vieux copain. Voici ce qu’il m’apprend presque en s’excusant : « Puis-je soulign­er que le pet des bour­ri­cots est neu­tre cli­ma­tique­ment, si l’on con­sid­ère que l’herbe bouf­fée repousse (fer­til­isée par les déjec­tions), fix­ant le car­bone relâché ? D’autant que les ânes n’étant pas des her­bi­vores poly­gas­triques comme les bovins, leurs flat­u­lences n’émettent que peu ou pas de méthane. »

Ain­si étais-je, en tant que grand voyageur tour-de-mondiste, totale­ment absout de pol­lu­tion nocive !

Quant au bouquin lui-même, il n’a pas dû être trop dépen­si­er : sor­ti à peu d’exemplaires (400) chez un imprimeur éti­queté « Imprim’ vert », il a seule­ment dû être trans­porté par camion­neur et par la poste.

A ce pro­pos, je peux même vous l’envoyer ! : chèque de 14 euros, et hop vous voy­agerez plus qu’avec Depar­don !



Tout un monde en Hummer et en Provence, jusque chez Richard Perle

2hummer_1En ce 1er août 2006, mon pote Bernard me dit au bigo ce dimanche, à l’heure de la messe :

« Ouf, ça va mieux, il pleu­viote sur Paris ! » [Notez le «sur» Paris, comme dans le Prévert de «il pleu­vait sans cesse sur Brest» …] 

Je dis ça en pas­sant parce qu’on par­le sou­vent à la va comme je te cause, et on écrit aus­si de même, agis que nous pou­vons être par les modes de par­lure, genre « au final », « on va dire », « je descends sur Mar­seille », « que du bon­heur ! » et autres for­mules frap­pées à l’emporte-pièce puis, on ne sait trop com­ment, propagées par une espèce de grippe-avi­aire-des-mots, sans doute inoculée par les pub­lic­i­taires, répan­dues par les feuil­letons télé, les radios et toute la basse-cour médi­a­tique. (Belle phrase, non ?).

Ce gros machin fachoïde…

Il me dis­ait ça, le Bernard et, tels des ex de la colo­niale, lui et moi on évo­quait cette fois où sous une pail­lote de l’hôtel Chari à N’Djaména, com­plète­ment à la ramasse, on regar­dait notre ther­momètre attein­dre son Ever­est : 47° Oui, la canicule dix mois par an, sans clim ni par­fois de flotte. Tu le ferais, toi ? « Des feignants ces nègres, tiens ! » Ce genre de con­ner­ie qu’on fini­ra peut-être bien­tôt par ne plus enten­dre, une fois nos cli­mats bien déréglés. Et que peut-être aus­si, à son tour, l’Afrique con­naî­tra les douceurs d’un Gulf stream. En atten­dant la glacia­tion. Ce qui, il est vrai et comme pour « le fût du canon », peut pren­dre quand même un cer­tain temps. Ain­si qu’on le va con­ter.

Donc, de ce pas et sous le cagnard domini­cal, j’allais quérir ma gazette locale au tabac-jour­naux du patelin. C’est bien de sor­tir. Même pas loin, comme j’aime à dire aux appren­tis-jour­nal­istes. Assigné à rési­dence dans mes espadrilles, je n’aurais rien su – pas cette fois du moins – d’une nou­velle hor­reur venant s’ajouter aux nuages d’ozone et CO2 de notre noir avenir plané­taire. Je n’en voy­ais guère de pire que les 4x4 diesel, genre four­gon funéraire pour rich­es, turbinant leurs 20 litres au cent, sans compter la clim’ pour garder le teint rosé. Mais t’as pas fini d’en voir, mon gars !

Ce gros machin fachoïde, là, garé sur l’emplacement du car, fenêtres noires et clos­es, moteur et clim en marche Pas croy­able, un mon­stre ! Comme qui dirait Schwarze­neger – ouais, gou­verneur de la Cal­i­fornie, où il a fait aus­si dans les 45° ces jours-ci – en bat­tle-dress macabre, casque à visière aveu­gle, des chromes comme des poignées de cer­cueil. Un machin de guerre améri­cain mât­iné de cor­bil­lard sovié­tique. Un « Hum­mer » ça s’appelle, que m’apprend le débi­tant – « Y a des revues là-dessus, voyez ! ». Regardez à votre tour (▲ pho­tos ▼ piquées sur le oueb, j’allais quand même acheter un canard pareil !). Vous croisez ça à la nuit tombante rue Quin­cam­poix, dans le qua­trième, à Paris – sup­posons –, que vous ne savez plus dans quel trou vous réfugi­er, comme en 40 sous la Kom­man­dan­tur.

Eh bien, y avait « ça » devant mon tabac-jour­naux ce matin ! Et « ça » était con­duit par une dame aus­si élé­gante que fluette venue chercher ses trois paque­ts de Marl­boro. Et que même mon débi­tant lui a causé en anglo-provençal, vu qu’elle ne pipait pas le molière. Pas le moin­dre «Bon­jour, Marl­boro, trois, mer­ci, r’voir». Que de l’angliche.

Je le lui fais remar­quer à mon débi­tant, en lui prenant la Provence que du coup il me fait pay­er « nine­ty » – pour de rire. Et qu’il accom­pa­gne d’une vanne éculée, prob­a­ble sur­vivance d’un film sur les Viets, façon Schoen­do­erf­fer: « Dans un œuf, y a du jaune et du blanc ; cassé et mélangé, y a plus que du jaune, hé ! »

Bon, je la ferme et me casse. La dame a rejoint sa case­mate à moteur pour démar­rer aus­sitôt comme à Dal­las, seule à bord.

Eh eh, me fais-je in pet­to, si c’était Mrs Per­le ? Oui : l’épouse de Richard Per­le, con­seiller et ami de W. Bush, l’un des néo-cons’ les plus influ­ents à la Mai­son Blanche – et pos­sé­dant par ailleurs une rési­dence dans le Luberon, je ne sais trop où, mais pas bien loin de mon tabac-jour­naux… Tenez, le v’là en pho­to  dans sa cabane provençale… à Gordes La vie est belle. Allez, « à ciao ! » Je vous laisse écrire la morale du con­te (un peu) véridique.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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