On n'est pas des moutons

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Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajouter, inutile­ment, à ce flot médi­a­tique mon­di­al déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du monde, on le sait bien, se situe aux États-Unis, cap­i­tale du Cap­i­tal 1. Qu’un histri­on mil­liar­daire en prenne les gou­vernes, c’est dans « l’ordre des choses ». Dans un cer­tain ordre de cer­taines choses : celles de l’argent-roi en par­ti­c­uli­er, de la crois­sance à tout-va, de l’exploitation sans bornes des ressources naturelles et des humains entre eux. Le cli­mat plané­taire n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veauté, cette fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont restés sur le cul. Tous médias con­fon­dus, ana­lystes, prévi­sion­nistes, son­deurs n’avaient envis­agé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­tique, une vision cauchemardesque aus­sitôt refoulée, comme pour mieux en con­jur­er l’éventualité. C’était impens­able.

Telle­ment impens­able que cet « ordre des choses » com­mandait de ne pas y penser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gag­nant de Trump, celui de pari­er sur le rejet organique du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés économique­ment, sociale­ment, cul­turelle­ment. Trump va sans doute les « trumper », puisque c’est un ban­dit poli­tique qui a su les séduire (au sens pre­mier : Détourn­er du vrai, faire tomber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­gage de la vul­gar­ité dans lequel led­it peu­ple a la faib­lesse de se com­plaire et de se recon­naître.

Et cela, à l’opposé des « élites », les soi-dis­ant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réal­ité vécue en dehors des sphères de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « instru­its cons ». 2 Dans cette caté­gorie, on met­tra notam­ment la « classe » des jour­nal­istes et assim­ilés. Je mets le mot entre guillemets car il n’est pas exact, pas juste, en ce sens qu’il désign­erait un ensem­ble homogène ; ce n’est pas le cas, car il faut con­sid­ér­er les excep­tions, même si elles sont plutôt rares, surtout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moore. Il a été l’un des rares à pressen­tir la vic­toire de Trump, dès le mois de juil­let dans un arti­cle sur son site inti­t­ulé « Cinq raisons pour lesquelles Trump va gag­n­er » 3.

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Le réal­isa­teur 4 prévoy­ait notam­ment une sorte de « Brex­it de la Cein­ture de rouille », en référence aux États de la région à l’industrie sin­istrée des Grands Lacs tra­di­tion­nelle­ment démoc­rates et qui pour­tant ont élu des gou­verneurs répub­li­cains depuis 2010. Selon Moore, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce paysage dép­ri­mant d’usines en décrépi­tude et de villes en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chômeurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensuite été aban­don­nés par les politi­ciens démoc­rates qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, frico­tent avec des lob­by­istes de Gold­man Sachs prêts à leur sign­er un beau gros chèque ».

Cette « prophétie » s’est réal­isée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une prophétie mais la déduc­tion d’une analyse de ter­rain pro­pre à la démarche de Moore. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­nal­iste français, Ignia­cio Ramon­et (ex-directeur du Monde diplo­ma­tique), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impens­able ». Le 21 sep­tem­bre, il pub­li­ait sur le site Mémoire des luttes, un arti­cle sous le titre « Les 7 propo­si­tions de Don­ald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la crise dévas­ta­trice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sor­tis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont pro­fondé­ment déçus, désen­chan­tés et désori­en­tés. La démoc­ra­tie elle-même, comme mod­èle, a per­du une grande part de son attrait et de sa crédi­bil­ité.

[…]

« Cette méta­mor­phose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà con­nu, en 2010, une vague pop­uliste ravageuse, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­daire Don­ald Trump dans la course à la Mai­son Blanche pro­longe cette vague et con­stitue une révo­lu­tion élec­torale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparem­ment, la vieille bicéphalie entre démoc­rates et répub­li­cains demeure, en réal­ité la mon­tée d’un can­di­dat aus­si atyp­ique que Trump con­stitue un véri­ta­ble trem­ble­ment de terre. Son style direct, pop­u­lac­i­er, et son mes­sage manichéen et réduc­tion­niste, qui sol­licite les plus bas instincts de cer­taines caté­gories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politi­ciens améri­cains. Aux yeux des couch­es les plus déçues de la société, son dis­cours autori­taro-iden­ti­taire pos­sède un car­ac­tère d’authenticité qua­si inau­gur­al. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le « poli­tique­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de « raciste ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les His­paniques, les Afro-Améri­cains, les immi­grés et les musul­mans comme un véri­ta­ble soulage­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répub­li­cain a su inter­préter, mieux que quiconque, ce qu’on pour­rait appel­er la « rébel­lion de la base ». Avant tout le monde, il a perçu la puis­sante frac­ture qui sépare désor­mais, d’un côté les élites poli­tiques, économiques, intel­lectuelles et médi­a­tiques ; et de l’autre côté, la base pop­u­laire de l’électorat con­ser­va­teur améri­cain. Son dis­cours anti-Wash­ing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les électeurs blancs peu éduqués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-compte de la glob­al­i­sa­tion économique. »

Ramon­et détaille ensuite les « sept mesures » en ques­tion, que je vous invite à con­naître pour mieux com­pren­dre en quoi les out­rances de Trump – mise en avant, en effet, par le médi­atisme mou­ton­nier et spec­tac­u­laire – n’ont pu gom­mer le réal­isme de ses propo­si­tions auprès des plus con­cernés, les lais­sés pour compte du libéral­isme sauvage et ravageur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heures sur France 2, Marine Le Pen n’a pas man­qué de tir­er son épin­gle de ce jeu brouil­lé, devant un jour­nal­iste en effet bien for­maté selon la pen­sée dom­i­nante, à l’image du « tout Clin­ton » portée par la fan­fare médi­a­tique.

Pour la prési­dente du Front nation­al, “la démoc­ra­tie, c’est pré­cisé­ment de respecter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pris­es, dernière­ment, aux élites, c’est parce que les élites sont com­plète­ment décon­nec­tées. C’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les méprise, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une petite minorité puisse décider pour eux ». Tout cela envoyé en toute sérénité, sur la petite musique des « élites et du peu­ple » façon FN, une musi­quette qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an prochain.

Notes:

  1. Les bours­es du monde se sont “res­saisies” en quelques heures…
  2. C’était l’expression de mon père pour désign­er les politi­ciens et les tech­nocrates ; je la trou­ve juste, et je suis fier de citer ma source…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la crise dans l’automobile) ou encore Bowl­ing for Columbine (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de masse états-uniens, comme les autres ailleurs, reflè­tent cette sépa­ra­tion élite/peuple ; autrement dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lystes dis­tin­gués se plaçant en posi­tion haute…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaînes « pop­u­laires » – celles des télés-réal­ité chères à Trump – et les « tabloïds », chantres du diver­tisse­ment vul­gaire). On retrou­ve là aus­si le cli­vage entre jour­nal­isme de ter­rain et jour­nal­isme assis. Ce qui me rap­pelle une sen­tence émise par un con­frère africain : « Il vaut mieux avoir de la pous­sière sous les semelles que sous les fess­es » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexag­o­naux ont déplacé des cohort­es de jour­nal­istes-prophètes pour « cou­vrir » l’élection états-uni­enne. Et, où se sont-ils amassés, ces chers jour­nal­istes : dans le nom­bril du nom­bril du monde, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rouge (Louisiane), à Amar­il­lo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Le climat, peut-être… Mais la connerie ?

Suite, somme toute assez logique, de l’article précé­dent (il y était ques­tion de la fin de l’humanité…), cet exem­ple pathé­tique, pris sur le “vif” de l’humanité débile. En l’occurrence, ça vient des Etats-Unis, dans l’État de Vir­ginie de l’Ouest (houille et gaz de schiste…) qui compte le plus de cli­ma­to-scep­tiques (deux tiers des habi­tants). Mais il n’y aurait qu’à se baiss­er pour en ramass­er à la pelle tout autour de nous. Où l’on voit dans toute sa dimen­sion, l’alliance fusion­nelle de l’ignorance et des croy­ances (surtout religieuses), à quoi vient s’amalgamer, de façon « naturelle » en quelque sorte, la soif mal­adive du prof­it. Inépuis­able sujet de médi­ta­tion. C’était ce 28 sep­tem­bre 2015 dans le JT de 20 heures de France 2.

Mod­i­fi­er l’évolution du cli­mat, ça peut encore se con­cevoir… Mais que faire de la con­ner­ie ?

»> Vidéo coupée : Des dizaines d’autres films paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…

Post scrip­tum : Dans la même veine et en tout cas sur les mêmes sujets, j’ai fail­li oubli­er, cet excel­lent (comme tou­jours) bil­let de Sophia Aram sur France Inter, ce même 28 sep­tem­bre, au matin cette fois et inti­t­ulé Don­ald, Nadine et Dar­win :


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du con­cert filmé en pub­lic à Copen­h­ague, Dane­mark, en avril 1968. Horace Sil­ver y présente le fameux morceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enreg­istré pour Blue Note en 1964. Les morceaux de ce disque ont été com­posés suite à un voy­age au Brésil. La cou­ver­ture repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-dessous].

Le pianiste et com­pos­i­teur de jazz Horace Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a con­tribué à viv­i­fi­er et à renou­vel­er à tra­vers le courant dit du hard bop.

Courant qu’illustre assez bien, à sa manière, le film de Mar­tin Scors­ese, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros sax­o­phon­iste (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des groupes de Harlem. Là, des musi­ciens afro-améri­cains ont décidé de réa­gir à la dom­i­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – surtout des Blancs comme Chet Bak­er, Ger­ry Mul­li­gan, Lennie Tris­tano, Dave Brubeck égale­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soire­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, dis­ons que l’acte de nais­sance (jamais unique !) est mar­qué en 1954 par le quin­tette que for­ment le bat­teur Max Roach et le trompet­tiste Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le sax­o­phon­iste ténor Son­ny Rollins. Toute­fois, le pre­mier représen­tant de ce style fut le groupe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Blakey et, nous y voilà, le pianiste Horace Sil­ver en 1955, qui for­mera ensuite son pro­pre quin­tette.

L’affaire est lancée, dans le con­texte états-unien de luttes pour les droits civiques et con­tre le racisme. Les artistes en général, les musi­ciens en par­ti­c­uli­er et les musi­ciens de jazz surtout sont à la pointe de ce com­bat poli­tique et cul­turel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de résig­na­tion et de révolte.

C’est en1955 égale­ment que Miles Davis embauche John Coltrane (Son­ny Rollins a décliné l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (piano), Paul Cham­bers (basse) et Philly Joe Jones (bat­terie). À cette époque, Coltrane était encore un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rollins se rat­trape en rassem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gure l’apparition du trom­bone dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­tige sont les prin­ci­paux labels qui pro­duisirent des groupes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­ture du disque “Song for my father”, 1964

Biogra­phie [Wikipedia]Horace Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Con­necti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Con­necti­cut était d’origine irlandaise-africaine. Son père lui enseigne la musique folk­lorique du Cap Vert. Il com­mence sa car­rière comme sax­o­phon­iste tenor dans les clubs du Con­necti­cut et en 1950, il est repéré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chang­era d’instrument pour le piano. C’est dans son orchestre qu’il s’affirme comme com­pos­i­teur be bop. Il tra­vaille ensuite avec Miles Davis, Milt Jack­son, Lester Young et Cole­man Hawkins. Il effectue les pre­miers enreg­istrements sous son nom aux côtés du sax­o­phon­iste Lou Don­ald­son en 1952.

En 1953, il fonde avec le bat­teur Art Blakey le quin­tette des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quitte le groupe pour fonder le Horace Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les groupes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeunes tal­ents.


Snowden : « Pas un pardon, une récompense ! »

snowden-amnestyLanceur d’alerte, ça devrait être une dis­ci­pline olympique ! En ligne directe avec la démoc­ra­tie athéni­enne. Cette année, la médaille d’or reviendrait évidem­ment à Edward Snow­den. D’autres jeux auraient sacré un Julian Assange ou Daniel Ells­berg, l’ancien ana­lyste qui a sor­ti des doc­u­ments du Pen­tagone en 1971. Snow­den bat cepen­dant tous les records du genre avec ses révéla­tions, dont cette dernière : chaque jour, la NSA col­lecte des cen­taines de mil­lions de SMS !

Edward Snow­den, on le sait, a révélé au monde entier le sys­tème de sur­veil­lance extrême exer­cé par le gou­verne­ment améri­cain sur l’ensemble de la planète et, poten­tielle­ment, sur cha­cun de ses habi­tants. L’ex-consultant de l’agence de ren­seigne­ment NSA risque trente ans de prison, l’infamie et l’isolement à vie si les agents améri­cains l’arrêtent. Il se trou­ve blo­qué en Russie depuis juil­let 2013 avec un visa d’un an qui ne sera sans doute pas renou­velé. À défaut d’avoir obtenu l’asile au « pays des droits de l’homme » (la France 😳 *) , il sera peut-être accueil­li au Brésil dont la prési­dente Dil­ma Rouss­eff, très remon­tée con­tre ces pra­tiques d’espionnage général­isé, pour­rait braver les men­aces de rétor­sion états-uni­ennes.

Pourquoi pas ?

Pourquoi pas ?

Aux Etats-Unis mêmes, des sou­tiens se font de plus en plus jour. Et Oba­ma a été amené, ce 17 jan­vi­er, à annon­cer une réforme de la NSA. Ou du moins à faire sem­blant : la col­lecte des don­nées con­tin­uera, mais… sous super­vi­sion de la jus­tice… Là aus­si, pen­dant la crise les affaires con­tin­u­ent. Mais c’est tout de même un signe que le plus grand lanceur d’alerte de l’Histoire a mar­qué des points dans son pro­pre pays. Il n’y est plus tout à fait le paria, le « traître ». On a même vu appa­raître un ” Mer­ci Edward Snow­den ” sur les bus de Wash­ing­ton sous la forme d’un pan­neau pub­lic­i­taire payé par des juristes de Part­ner­ship for Civ­il Jus­tice… On dis­cute désor­mais de la clé­mence qui pour­rait lui être accordée. Mais au prix d’un marchandage, tel celui envis­agé en décem­bre par Rick Led­gett, chef de l’unité mise en place par la NSA pour répon­dre aux fuites : une amnistie con­tre un arrêt des révéla­tions… Wash­ing­ton a coupé court. Mais le New York Times s’y est mon­tré favor­able : ” Con­sid­érant l’énorme valeur des infor­ma­tions qu’il a révélées et les abus qu’il a exposés, M. Snow­den mérite mieux qu’une vie d’exil per­ma­nent, de peur et de fuite. Il a peut-être com­mis un crime mais il a ren­du à ce pays un grand ser­vice. ”  Et ce com­men­taire d’un lecteur : “Ce n’est pas un par­don qu’il mérite, c’est une récom­pense. Et les dirigeants qui ont affir­mé qu’ils ne nous espi­onnaient pas méri­tent d’être des­ti­tués”. L’opinion états-uni­enne demeure cepen­dant pour le moins partagée. Selon un sondage ABC/ Wash­ing­ton Post, 57 % des plus de 30 ans esti­ment que Snow­den devrait être pour­suivi. ce qui lim­ite la per­spec­tive d’un « par­don ».

Avaaz a lancé une péti­tion à envoy­er à Dil­ma Rouss­eff pour qu’elle décide de soutenir Edward Snow­den en lui accor­dant l’asile. Plus de 800.000 sig­na­tures enreg­istrées à ce jour. Le mil­lion est espéré. On peut sign­er la péti­tion ici.

[Sources : Wikipedia, Corine Lesnes (Le Monde, Wash­ing­ton), Avaaz.]

Le , le min­istre de l’Intérieur, Manuel Valls, annonce avoir rejeté la demande d’asile d’Edward Snow­den : « La France a reçu, comme beau­coup d’autres pays, par l’intermédiaire de son ambas­sade à Moscou, une demande d’asile de Edward Snow­den. Compte tenu des élé­ments d’analyse juridique et de la sit­u­a­tion de l’intéressé, il n’y sera pas don­né suite ». Plus pré­cisé­ment, ce n’est pas l’asile, au sens usuel du terme (dont l’attribution est de la com­pé­tence de l’Office français de pro­tec­tion des réfugiés et apa­trides — OFPRA -), mais l’entrée sur le ter­ri­toire français qui lui a été refusée par les autorités. [Wikipedia]


Fukushima. L’ex-président de l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, ennemi de l’intérieur

g-jaczko-nucleaire-fukushima-usaEx-prési­dent de l’autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, Gre­go­ry Jaczko vient de jeter un sacré pavé dans la mare nucléariste. « Ce qui s’est passé à Fukushi­ma est tout sim­ple­ment inac­cept­able » a-t-il déclaré dans un entre­tien évidem­ment repris par le réseau Sor­tir du nucléaire. Il n’est pas le pre­mier à dénon­cer les insup­port­a­bles con­séquences de tout acci­dent nucléaire, dont l’éventualité – sinon la prob­a­bil­ité – n’exclut aucune instal­la­tion nucléaire dans le monde. La nou­veauté, en l’occurrence, vient de l’auteur de cette dénon­ci­a­tion, à savoir l’un des haut respon­s­ables de la sûreté nucléaire des Etats-Unis où les pronu­cléaires, faut-il le soulign­er ? le con­sid­èrent désor­mais comme un enne­mi.


États-Unis. Nouvelle suspension de la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, journaliste noir

Ph. X.

Résis­tant à l’injonction de la Cour Suprême des Etats-Unis, qui lui demandait de revoir sa déci­sion, la Cour d’Appel Fédérale de Philadel­phie vient de con­firmer pour la deux­ième fois en trois ans la sus­pen­sion pro­vi­soire de la con­damna­tion à mort du jour­nal­iste noir améri­cain Mumia Abu-Jamal. Cette déci­sion est assor­tie de l’obligation pour la jus­tice de Penn­syl­vanie de sélec­tion­ner un nou­veau jury dans les 180 jours. Ce jury devra ren­dre son ver­dict avec mal­heureuse­ment pour seule alter­na­tive de stat­uer entre la peine de mort ou la prison à per­pé­tu­ité. Dans l’attente, Mumia Abu-Jamal ne quit­tera pas du couloir de la mort.

Dès que l’arrêt de la Cour d’Appel a été ren­du pub­lic, le pro­cureur afro-améri­cain de Penn­syl­vanie récem­ment élu, Seth Williams, a immé­di­ate­ment fait savoir qu’il entendait faire appel pour con­tester la déci­sion auprès de la Cour Suprême des Etats-Unis.

 

Bien que la jus­tice fédérale ne remette pas en cause la cul­pa­bil­ité de Mumia Abu-Jamal et que la Cour Suprême des Etats-Unis a rejeté en 2010 ses recours por­tant sur la demande d’un nou­veau procès, la déci­sion de la Cour d’Appel est un cam­ou­flet pour la plus haute juri­dic­tion améri­caine. C’est un suc­cès à met­tre à l’actif de l’équipe de défense, con­duite hier par Maître Robert R. Bryan, aujourd’hui par Maître Judith Rit­ter, et de la mobil­i­sa­tion de ses nom­breux sou­tiens dans le monde entier.

 

Ce nou­v­el espace judi­ci­aire est un encour­age­ment à pour­suiv­re et à devel­op­per la sol­i­dar­ité en faveur de cet homme devenu l’une des fig­ures emblé­ma­tiques du com­bat con­tre la peine de mort aux Etats-Unis et partout dans le monde. Depuis bien­tôt 30 ans dans le couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal clame son inno­cence. A l’occasion de son 57e anniver­saire, des rassem­ble­ments ont eu lieu à Paris, Mar­seille et Rennes pour inter­peller les autorités améri­caines sur le déni de jus­tice dont il est vic­time et sur l’insupportable tor­ture men­tale qu’est l’acte inhu­main d’exécution.

 

Ce same­di 30 avril, la ville de Saint-Denis (93) célèbr­era le 5e anniver­saire de la seule rue au monde qui porte le nom de Mumia Abu-Jamal, en présence d’une délé­ga­tion améri­caine et de l’équipe de défense du jour­nal­iste.

 

> Le Col­lec­tif Uni­taire Nation­al de Sou­tien à Mumia Abu-Jamal, rassem­blant une cen­taine d’organisations et de col­lec­tiv­ités publiques français­es, est membre de la coali­tion mon­di­ale con­tre la peine de mort http://www.mumiabujamal.com

 

 

(43, boule­vard de Magen­ta 75010 Paris — Tél : 01 53 38 99 99 — abujamal@free.fr)

> Liste de dif­fu­sion du Col­lec­tif uni­taire nation­al de sou­tien  Mumia Abu-Jamal  : http://secure.mrap.fr/Liste-de-diffussion-du-

> Lire égale­ment sur ce blog : https://c-pour-dire.com/2010/11/etats-unis-mumia-abu-jamal-journaliste-noir-dans-le-couloir-de-la-mort/

 


La crise comme un (mauvais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouffer avant qu’ils crèvent ! »

« Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise ». C’était sur France 2 mar­di soir. Cinquante ans de dérives libérales ramassés en une heure et demie, une gageure plutôt réussie, y com­pris avec ses lacunes inévita­bles (entre autres, l’optimisme béat d’Orsenna à la fin…). Même si, trans­posée dans la finance mon­di­al­isée, la référence à « Règle­ment de comptes à OK-Coral » ne saurait tout expli­quer de la Crise, elle en illus­tre tout de même bien la démence irra­tionnelle.

L’ex-boss de Lehman Broth­ers, surnom­mé “le gorille”…

Quelques pas­sages de l’émission télé valaient leurs pesants de cota­tions bour­sières. En par­ti­c­uli­er celui qui mon­tre le prési­dent de Lehman Broth­ers, Dick Fuld, avec son pro­fil de car­nassier, la car­i­ca­ture du cap­i­tal­iste psy­chopathe qui voit le péril en la demeure et men­ace : « On va ser­rer très fort ! Com­prenez-moi bien [c’est une vidéo interne, il s’adresse à ses col­lab­o­ra­teurs, qui rica­nent en choeur], on va coin­cer tous ceux qui ne peu­vent plus rem­bours­er, et on va ser­rer très fort ! Ce n’est pas que je veux leur faire du mal… Non, je ne suis pas comme ça… je suis quelqu’un de doux et d’aimable… Non, ce que je veux, c’est les attrap­er, leur arracher le cœur et le bouf­fer avant qu’ils crèvent ! » Ça fait froid dans le dos. Et on pense à ces mil­liers, mil­lions même, d’Américains jetés de leurs loge­ments. Sans par­ler des con­séquences subies dans le monde entier.

Voyez ce grand moment illus­trant la névrose liée à l’avidité du fric. En com­para­i­son, Drac­u­la fait… pâle fig­ure. Extrait vidéo : 4 mn


La crise, un roman. « Leur arracher le cœur et le bouf­fer »


États-Unis. Mumia Abu-Jamal, journaliste noir, dans le “couloir de la mort”

Ce  mar­di 9 novem­bre, la cour d’appel fédérale de Philadel­phie exam­ine à nou­veau le cas de Mumia Abu-Jamal, jour­nal­iste noir améri­cain dans le “couloir de la mort” depuis 29 ans. La cour décidera de la sen­tence défini­tive : peine de mort ou prison à per­pé­tu­ité. La ques­tion est de savoir si elle résis­tera à l’injonction de la Cour suprême des Etats-Unis en refu­sant de don­ner le feu vert à l’exécution. Cet homme se trou­ve  privé du droit élé­men­taire à défendre son inno­cence, ain­si que le pré­tend son comité de défense – sans par­ler, bien enten­du de la lutte con­jointe des abo­li­tion­nistes.

Ph. X.

En 2008, le même tri­bunal avait ren­du son juge­ment : le procès de 1982 à l’issue duquel Mumia Abu-Jamal a été con­damné à mort était entaché de racisme. La cour recon­nais­sait ain­si que les droits con­sti­tu­tion­nels de l’accusé n’avaient pas été respec­tés. De ce fait, elle annu­lait sa con­damna­tion à mort mais con­fir­mait sa cul­pa­bil­ité…  Mumia Abu-Jamal n’est donc pas à l’abri d’une nou­velle con­damna­tion à mort, ni d’un enfer­me­ment à vie.

Ce mar­di donc, dans de nom­breux pays, des ini­tia­tives inter­pelleront les autorités améri­caines pour for­muler l’exigence de jus­tice et de lib­erté en faveur de Mumia Abu-Jamal. En France, des rassem­ble­ments auront lieu devant les représen­ta­tions con­sulaires des Etats-Unis. Ce sera notam­ment le cas à Mar­seille avec un rassem­ble­ment à par­tir de 18h devant le con­sulat des États-Unis, à l’angle de la rue Edmond Ros­tand et du bd Paul Pey­tral, VIe arrondisse­ment.

Le Col­lec­tif français de sou­tien à Mumia Abu-Jamal appelle égale­ment à par­ticiper à la cam­pagne inter­na­tionale d’interpellation de Barack Oba­ma en sig­nant la péti­tion en ligne à son atten­tion sur www.mumiabujamal.net… comme l’ont déjà fait , entre autres : Danielle Mit­ter­rand (France), Gün­ter Grass (Alle­magne, prix Nobel de lit­téra­ture), Mgr Desmond Tutu (Afrique du Sud, prix Nobel de la paix), Fati­ma Bhut­to (Pak­istan, écrivaine), Noam Chom­sky (États-Unis, philosophe), Ed Asner (États-Unis, acteur et pro­duc teur), Mike Far­rell (États-Unis, acteur), Michael Rad­ford (États-Unis, réal­isa­teur, Oscar du meilleur film pour Il Posti­no / Le Fac­teur), Col­in Firth (Roy­aume-Uni, acteur et co-réal­isa­teur du film In Prison My Whole Life sur l’affaire Mumia Abu-Jamal), Robert Meeropol (États-Unis, fils de Julius et Ethel Rosen­berg).

Sur Mumia Abu-Jamal et l’origine de l’ “affaire” qui l’a jeté dans la machine judi­ci­aire : http://www.mumiabujamal.net



Mort de Lena Horne. Le charme plus que le swing

Lena Horne dans La Pluie qui chante (1946)

Hele­na Horne, dite Lena, vient de mourir aux États-Unis à 92 ans. Je prends les devants car je vois débouler à son sujet la clicheton­ner­ie médi­a­tique qui jamais ne  som­meille. Ce midi, sur France Inter, on a eu droit à une queue de jour­nal avec un bout de Stormy Weath­er salu­ant la “grande dame du jazz”… Peu après, c’est lemonde.fr qui nous resser­vait la même soupe à base de la même “grande dame du jazz”. Mar­mande doit être aux champignons ou quoi, alors, on col­mate comme on peut.

Grande, Lena Horne le fut surtout par sa beauté. Une beauté assez hol­ly­woo­d­i­enne, pour être jugée présentable aux yeux de l’Amérique blanche et raciste. Peau claire, traits fins, sil­hou­ette féline – elle fut surnom­mée « la tigresse » –, Lena Horne con­nut surtout le suc­cès au ciné­ma:  Cab­in in the sky (1942), Broad­way Rythm, Swing Fever (1944), Ziegfeld Fol­lies (1946). Mais c’est surtout Stormy Weath­er (1943) qui la con­sacre par son charme et un éro­tisme dis­cret, voire mys­térieux.

En plus de n’être pas très blanche, Lena en vint aus­si à épouser un juif améri­cain, Hay­ton, l’un des pre­miers chefs d’orchestre et arrangeurs de la MGM. Des stu­dios dés­ap­prou­vent cette union « inter-raciale » et le cou­ple est mis au ban. Dans les années cinquante, le cou­ple est accusé d’« activ­ités anti-améri­caines » ce qui vau­dra à Lena Horne une tra­ver­sée du désert émail­lée de quelques dis­ques qu’elle parvient tout de même à enreg­istr­er pour RCA. Ses derniers enreg­istrements paraîtront chez Blue Note, sans révéler un éclat par­ti­c­uli­er. En fait, Lena Horne man­quait plutôt de swing. Elle fut plus une chanteuse de charme que de jazz. Mais certes, quel charme !

»> Voir aus­si un de mes papiers de 2005 ain­si que sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lena_Horne

»> Et puis la voir et l’entendre, rien de tel après tout…Lena Horne — Stormy Weath­er (1943)


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    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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