On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musulmans était postée sur YouTube, mettant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 septembre, des attaques furent menées, notamment, contre des missions diplomatiques états-uniennes. Furent ainsi prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consulat à Benghazi (Libye) où l’on déplora quatre morts, dont l’ambassadeur.

Innocence of Muslims, produite en 2012, fut alors attribuée à un certain Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien résidant en Californie, sous le pseudonyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénoncer les hypocrisies de l’islam en mettant en scène des passages de la vie de Mahomet…

À cette occasion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retomber et qui me semble toujours assez actuel, hélas, pour le publier à nouveau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habillement. Et toujours les déchaînements fanatiques, des affrontements, des violences, des morts.

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actualité atterrante et celle des vingt ans passés le montrent : des trois religions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus controversée, voire rejetée 1. Tandis que la judaïque et la chrétienne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur concurrente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se donner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas manqué d’être les pires dans leurs époques historiques flamboyantes, et qu’elles ne sont toujours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétrogrades et répressifs. 2

Préalable : parler « religions » ici c’est considérer les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs victimes plus ou moins consentantes. C’est donc parler des clergés, des dogmes et des cohortes activistes et prosélytes. On en dirait autant des idéologies, dont les pires – fascistes et nazies –, construites comme des religions, ont entaché l’Histoire selon des schémas similaires. Donc, distinguer les « humbles pécheurs » consentants, ou mystifiés par leurs « libérateurs », tout comme on ne confondra pas ces militants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Parlons donc de l’islam politique, mis en exhibition dramatique sur la scène planétaire, voulant en quelque sorte se prouver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la violence spectaculaire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïssable et le renforce du même coup dans sa propre et vindicative désespérance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et conséquence de son propre enfermement dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souffrance de cette fraction de l’humanité qui se trouve marginalisée, par la faute de cet « Occident » corrompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le message que tente de faire passer auprès du milliard et plus de musulmans répartis sur la planète, les plus activistes et djihadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharger ainsi sur ce bouc émissaire leur propre part de responsabilité quant à leur mise en marge de la « modernité ». Modernité à laquelle ils aspirent cependant en partie – ou tout au moins une part importante de la jeunesse musulmane. D’où cette puissante tension interne entre intégrisme mortifère et désir d’affranchissement des contraintes obscurantistes, entre gérontocrates intégristes et jeunesses revendicatives. D’où cette pression de « cocotte minute » et ces manifestations collectives sans lesquelles les sociétés musulmanes risqueraient l’implosion. D’où, plus avant, les « printemps arabes » et leurs normalisations politiques successives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nouvel épisode de poussées cléricales d’intégrisme se produit donc aujourd’hui avec la promotion d’une vidéo dénigrant l’islam diffusée sur la toile mondiale et attribuée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indéfinies 3. Prétexte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fanatiques toujours à l’affût.

On pourrait épiloguer sur ces conditionnements reptiliens (je parle des cerveaux, pas des personnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême violence à la moindre provocation du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notamment depuis la nouvelle fièvre éruptive qui a saisi les systèmes monothéistes à partir de son foyer le plus sensible, à savoir le Moyen Orient. De là et, partant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chrétiens, musulmans – et leurs sous-divisions prophétiques et sectaires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, installé des comptoirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, torturé et massacré des êtres humains par millions, au mépris de la vie hic et nunc, maintenant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi martyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothétique, proscrivant à chacun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de surcroît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne discutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces systèmes séculiers proliférant sur les plus noirs obscurantismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres religieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui permet aux deux autres de se revirginiser sur l’air de la modération. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, etc. – n’est jamais qu’un oxymore auquel judaïsme et christianisme adhèrent obséquieusement, par « charité bien comprise » en direction de leur propre « modération », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au profit des mythologies monothéistes, les affabulations entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biographies » incertaines, polies par le temps autant que manipulées, permettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seulement sur leur réalité existentielle, mais surtout sur les interprétations dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidemment – comme ignare, voleur, manipulateur, cupide et amateur de fillettes ? Pas plus réel que sa divinisation, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réalité, selon des contes infantiles psalmodiés et faisant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admettons que les hommes aient créé leurs dieux par nécessité, celle de combler leurs angoisses existentielles, de panser leurs misères, leurs vertiges face à l’univers et devant l’inconnu des lendemains et d’après la mort. Admettons cela et regardons l’humanité dans la perspective de son devenir et de son évolution – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se monter sur la pointe des pieds pour tenter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la condition d’humains désirant, parlant, connaissant, comprenant, aimant.

Alors, ces religions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la justice, la connaissance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, maltraité les enfants, méprisé les animaux ; inculqué la culpabilité et la soumission ; attaqué la philosophie et la science ; colonisé la culture et imprégné jusqu’au langage ; jeté des interdits sur la sexualité et les mœurs (contraception, avortement, mariage et même l’alimentation) ; commandé à la politique et aux puissants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – comment admettre que ces écrits, et a fortiori un seul, puisse contenir et exprimer LA vérité ? Par quels renoncements l’humain a-t-il cheminé pour finalement dissoudre sa rationalité et son jugement ? Mystère de la croyance… Soit ! encore une fois passons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la religion comme système séculier, comme ordre ecclésial, avec ses cohortes, ses palais, ses forteresses spirituelles et temporelles… Son histoire marquée en profondeur par la violence : croisades, Inquisition (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fantômes de Goya, de Milos Forman… ; une histoire de tout juste deux siècles !), guerres religieuses, Saint-Barthélemy, les bûchers, et aussi les colonisations, ethnocides, soutiens aux fascismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté islamisme, qui dit se dispenser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entièrement diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laïcisme des islamistes, se voudraient-ils « modérés ». Et que penser de cette violence endémique devenue synonyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extrémismes en nourrissent leurs fonds de commerce nationalistes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présenté dans son histoire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéantit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nombreuses sourates invoquant l’anéantissement des juifs, chrétiens et infidèles – tandis que, plus loin, d’autres versets promulguent une « sentence d’amitié » – contradiction ou signe opportuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fatwas de condamnation à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Taslima Nasreen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un documentaire, il venait de dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même double langage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de certains peuples de Palestine (dont les Cananéens…) Cela en vertu du fait que les juifs seraient «le peuple élu de Dieu», dont le premier commandement est « Tu ne tueras pas » ! Ce fantasme juif alimente en les légitimant le colonialisme et ce qui s’ensuit en Palestine et l’affrontement des théocraties. Affrontement également par affidés interposés et leurs États ou organisations terroristes : Bush contre Al Quaïda, Tsahal contre le Hezbollah, «kamikazes» contre population civile. Violences innommables, guerres sans fin.

Quant au film « blasphématoire » qui agite de plus belle les fanatiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contester la légitimité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une question d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses commanditaires, il fait bien apparaître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprégnant les pays musulmans. Ce qui s’était déjà produit avec les caricatures danoises de Mahomet, dont certains avaient, de même, contesté la qualité artistique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représentait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ? 6

La question ne porte aucunement sur la nature du « sacrilège » mais sur la disproportion de la réplique engendrée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses collaborateurs en Libye, victimes sacrificielles et à ce titre totalement inscrites dans un processus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provocations menées à Paris devant l’ambassade américaine ? Et aussi à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Caroline Fourest a été chahutée, menacée, insultée et empêchée de débattre – entre autres sur ces questions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résumer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –constitue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 septembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musulman, évidemment… Bien que des oppositions plus ou moins déclarées apparaissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette religion sans visée planétaire directe retrouve toutefois le christianisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de pénétrer jusque dans les têtes et les ventres de chacun. En ce sens, celles qui se présentent comme les « meilleures » parviennent bien à être les pires dans leurs manœuvres permanentes d’aliénation. De même que leur « modération » demeure relative à leur stratégie hégémonique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma version de septembre 2012, j’avais manqué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hirsi Ali, femme politique et écrivaine néerlando-somalienne connue pour son militantisme contre l’excision et ses prises de position sur la religion musulmane. Elle fut menacée de mort par Mohammed Bouyeri, assassin du cinéaste Theo van Gogh, notamment à la suite de sa participation au court-métrage du réalisateur qui dénonçait les violences faites aux femmes dans les pays musulmans.
  6. Le Guernica de Picasso n’est pas non plus une œuvre esthétique !

Gaza. «Un scandale du point de vue moral et un acte criminel» s’indigne Ban Ki-moon

Il existe, hélas, des chirurgiens qu’on qualifie de bouchers. Parce qu’ils ne sont pas dignes de leur métier consistant par principe à soigner, ou à tenter de le faire, au mieux de son savoir et de son éthique. C’est même injuste de comparer ceux-là à des bouchers, infâmant à l’égard de ceux-ci qui, le plus souvent, font bien leur métier, c’est-à-dire avec conscience et l’amour du travail bien fait.

En fait, je parle ici, pour les dénoncer autant que je peux, avec le souci du travail bien fait de l’informateur-citoyen indigné : je ne parle pas à la légère d’impressions subjectives. Je dénonce avec rigueur et détermination ces mauvais et terrible bouchers militaires agissant au nom d’Israël et sous couvert de «frappes chirurgicales»,  non plus seulement pour se défendre donc, mais désormais pour se venger et causer du mal, du grand mal, du terrible mal : de la mort, de la douleur, de la misère. L’abomination.

Voilà ce que j’entends ce matin dans le poste, puis ce que je lis :

Après un nouveau bombardement sur une école de l’ONU, qui a tué au moins dix Palestiniens, Israël fait face à l’indignation internationale, alors même que l’Etat hébreu  opérait dimanche un début de retrait de ses troupes au sol dans la bande de Gaza. En guise de défense, l’armée israélienne a déclaré qu’elle avait «pris pour cibles trois terroristes du Djihad islamique […] à proximité d’une école de l’UNRWA [Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient] à Rafah» et qu’elle examinait les «conséquences» de cet acte, sans en reconnaître formellement la responsabilité. Au vingt-septième jour de conflit, 71 personnes ont péri dans le seul secteur de Rafah, à la suite du pilonnage intensif de la ville, selon les services de secours locaux. C’est la troisième fois qu’une école de l’ONU est ainsi touchée, après les bombardements visant Beit Hanoun et Jabaliya, les 24 et 31 juillet, qui ont fait une trentaine de morts, alors qu’Israël affirme procéder à des frappes «chirurgicales» (C’est moi qui souligne). «C’est un scandale du point de vue moral et un acte criminel», ainsi qu’une «nouvelle violation flagrante du droit humanitaire international», s’est indigné le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, principaux alliés d’Israël, se sont dits «consternés» par un «bombardement honteux». Face au tollé international, Israël a annoncé une trêve de sept heures ce lundi, entre 9 heures et 16 heures, heure française). Le cessez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affrontements continuent. [lemonde.fr]

Le coup des « frappes chirurgicales », on connaît ! Côté « chirurgiens-bouchers », on a été servis avec George W. Bush en Irak et pour venger le 11 septembre. On a vu, on voit le résultat !

Qu’espère donc ce gouvernement ultra de « néo-conservateurs » israéliens ? Justement, à quelle espérance pourrait-il prétendre encore ? En la paix ? En la sécurité ? En la dignité ? En la divinité – pendant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quelle peut bien être la hiérarchie des valeurs qui déterminent les antagonismes meurtriers de ce conflit séculaire (millénaire ?) ? Car il ne saurait être question, dans ce dérèglement monstrueux, d’absoudre les extrémistes de l’autre bord, les islamistes. La partie archaïque des « frères ennemis » remontant aux mythes fondateurs des deux systèmes théocratiques, on peut se demander en quoi et comment des aménagements « modernes » pourraient conduire à la paix sans éradiquer – à la racine – cette pathologie ?

« Aménagements modernes », autrement dit : le partage des territoires tel qu’il fut en principe décidé et acté par les accords internationaux, estampillé par l’ONU, etc. – et aussi peu respecté que toujours bafoué ; donc l’établissement de frontières communes entre deux États reconnus, à commencer par eux-mêmes ; donc une coopération économique basée sur les partages équitables de l’eau et des richesses du sous-sol, dont le pétrole (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une utopie totale, stérile, venant se fracasser contre ce mur – au propre comme au figuré – dressé entre Yahvé et Allah, au nom du monothéisme… qui postule l’existence d’un Dieu unique !

Si, comme je le pense, les hommes ont inventé les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direction d’une Humanité digne de ce nom devrait viser l’affranchissement des croyances ancestrales. Mais nous touchons là à un processus relevant du temps long de l’évolution. Processus de l’évolution dont on sait, depuis Darwin notamment, qu’il dépend à part inégales et aléatoires du hasard et de la nécessité. La tâche est donc rude pour l’Homo sapiens de s’ériger [erectus] en sage. Voir à ce propos la notice littéralement renversante de Wikipedia consacrée aux actuels conflits dans le monde. Où l’on découvre deux tableaux (et quels tableaux !) dressant la litanie des guerres à l’intérieur de l’espèce humaine, classées (par commodité…) entre celles qui causent plus ou moins d’un millier de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Liste des guerres modernes ». En voici un aperçu illustré :

carte-conflits-monde

carré marron – difficultés politiques
carré bleu – conflits en cours de résolution
rond vert – zones de tension
étoile noire – tensions ethniques ou civiles
losange rouge – zones de guerre •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brauman — Régis Debray — Christiane Hessel — Edgar Morin viennent d’adresser, via Le Monde de ce jour, un appel à Hollande, en gros pour qu’il se bouge le cul sur le drame de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon genre ? [On peut rêver…].  En attendant, cet appel se trouve ci-dessous :

Appel à Hollande 4:8:14


Gaza. «Une nuit ‘particulièrement’ meurtrière…» Un silence ‘particulièrement’ assourdissant

gaza

Je reçois ça du «Monde» ce matin, par internet… La routine, si ce n’est l’adverbe : «particulièrement». Avant ça, non, de la rigolade. On monte donc d’un cran. Dérisoire. Il est des moments où cette pseudo neutralité journalistique constitue un outrage au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille nécessairement prendre parti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hurler à la paix ! Interpeller sans relâche les «grands» du Monde, invoquer la Paix, à la Jaurès, se lever sur toutes les tribunes possibles pour faire arrêter le massacre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Voyez cette insoutenable photo ci-dessus. Comment justifier ce qui l’a provoquée ? La hargne de destruction, la… solution finale ? Je sais, Israël est agressé, menacé, nié par une horde de tueurs fanatiques. Oui mais, les autres… Ne cherchons pas ici à remonter aux sources de l’indémêlable conflit entre territoires, entre monothéismes et dominations économiques. Les extrémismes sont indéfendables, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que protestent, que proposent, que «agissent» nos causeurs sans cause, nos pacifistes sans paix, nos politiciens sans politique ?

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Compter les victimes. Les infographes ont renoncé à l’image des plateaux de la balance…

Tandis qu’ici, contraints au spectacle médiatique, à compter les morts, impuissants ou tout juste autorisés, sauf interdiction, à quelque manif’ de rue par un gouvernement foncièrement lâche, sans engagement ni parole – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplomatique. Hollande, Valls, Fabius, brochette de la honte.

Donc, on célèbre «Quatrorze», la «Grande Guerre». On fait retentir le tocsin, vibrer les clochers et, au fond, glorifier Clémenceau plutôt que Jaurès – la défaite de la Paix sur la «Victoire», quitte à remettre «ça» vingt ans après.

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Venelles, 2/8/14 .Comme en Quatorze. (Ph. gp)

Et ces combattants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueule – à repartir comme en Quatorze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nouvelle salve de violences vient d’éclater entre Israël et la Palestine et une fois encore, des enfants meurent. Les seuls appels au cessez-le-feu ne marchent pas, nous le savons. Il est temps de lancer des actions non-violentes pour mettre fin une fois pour toutes à des décennies de cauchemar.

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Ph. Avaaz

Nos gouvernements ont échoué — tout en négociant la paix et en adoptant des résolutions à l’ONU, ils continuent, via leurs entreprises, à financer, à tirer profit et à investir dans la violence. La seule manière de mettre un frein à ce cercle vicieux de confiscation des terres des familles innocentes, de punitions collectives, de lancement de roquettes du Hamas, et de bombardements sur Gaza est de rendre le coût économique du conflit insoutenable.

Nous savons que ça marche — la directive européenne empêchant le financement des colonies illégales avait causé un séisme au sein du gouvernement israélien. La décision du fonds de pension néerlandais PGGM de se retirer des colonies illégales suite à un appel citoyen avait également créé une tempête politique.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne mettra certainement pas fin aux tueries, mais l’Histoire nous a montré que souvent, le chemin de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cliquez sur le lien pour exhorter six banques, fonds de pension et entreprises à mettre un terme à ces investissements — si nous réussissons à faire monter la pression, ces établissements pourraient se retirer, cela porterait un coup à l’économie israélienne, et nous pourrions déjouer les calculs politiques des extrémistes qui profitent politiquement de l’horreur:

Lors des cinq dernières semaines, trois adolescents israéliens ont été assassinés en Cisjordanie, un jeune palestinien a été brûlé vif, un adolescent américain a été brutalement frappé par la police israélienne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israéliens. Ce n’est plus “le conflit israélo-palestinien”, c’est une guerre contre les enfants. Et nous sommes en train de devenir insensibles à cette ignominie. Des médias font passer cette guerre pour un conflit insoluble entre deux belligérants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les attaques des extrémistes palestiniens contre des civils innocents doivent être condamnées et cesser, mais c’est la spoliation du peuple palestinien qui est à la racine du conflit. Israël occupe, colonise, bombarde, attaque et contrôle l’eau, le commerce et les frontières d’un État libre et reconnu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus grande prison à ciel ouvert du monde, puis lui a imposé un blocus. Aujourd’hui, alors que les bombes pleuvent, les familles n’ont aucun endroit où se réfugier.

Ce sont des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine? Il y a cinquante ans, Israël et ses voisins arabes sont entrés en guerre et Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza. Occuper un territoire après une guerre est chose commune, mais aucune occupation militaire ne devrait se transformer en des dizaines d’années de tyrannie, qui ne profite qu’aux extrémistes qui prennent les innocents pour cible. Et qui souffre? La grande majorité des familles des deux côtés, des familles aimantes qui ne veulent que la liberté et la paix.

Pour un certain nombre de personnes, en particulier en Europe et en Amérique du Nord, appeler les entreprises à retirer leurs investissements en cessant de financer ou de participer à l’occupation israélienne en Palestine semble partial. Mais ce n’est pas le cas — c’est la stratégie non violente la plus efficace pour mettre fin aux cycles de violence, assurer la sécurité d’Israël et obtenir la liberté pour les Palestiniens. La Palestine est minuscule à côté de la puissance et de la richesse d’Israël. Si cette dernière refuse de mettre fin aux occupations illégales de terres palestiniennes, le monde doit agir pour en rendre le coût insupportable.

ABP, le fonds de pension néerlandais, investit dans les banques israéliennes qui financent la colonisation de la Palestine. D’énormes banques comme Barclays financent les fabricants d’armes israéliens et d’autres entreprises [dont Veolia] qui fleurissent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hewlett-Packard fournit des systèmes de surveillance sophistiqués pour contrôler les mouvements des Palestiniens. Et Caterpillar produit des bulldozers qui sont utilisés pour détruire des maisons et des fermes palestiniennes. Si nous lançons le plus grand appel jamais vu pour exhorter ces entreprises à se retirer, nous montrerons que le monde ne veut plus être complice de ce bain de sang. Les Palestiniens appellent le monde entier à soutenir cette action et les Israéliens progressistes la soutiennent également. Rejoignons-les!

Une pétition à signer ici.

Notre communauté se rassemble pour offrir la paix, l’espoir et le changement dans certains des conflits les plus durs au monde. Souvent, cela signifie prendre position pour attaquer le problème à la racine. Pendant des années, notre communauté a cherché une solution politique à ce cauchemar, mais avec la nouvelle vague d’horreur qui déferle sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les arguments économiques pour mettre un terme à l’horreur pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Avec espoir et détermination,

Alice, Fadi, Ben, Laila, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majorité de l’UE déconseille le commerce avec les colonies israéliennes (Euractiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israéliens et les Palestiniens sont en faveur de la paix mais n’ont guère d’espoir (Gallup — en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colonies israéliennes : le Quai d’Orsay met en garde les investisseurs français (France 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. «Notre misérable État juif», par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Article de Gideon Levy, publié dans Haaretz, le 6 juillet 2014 [1]. Traduction SF pour l’UJFP (Union juive française pour la paix), diffusé par la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon.

Les jeunes de l’État juif attaquent des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, exactement comme les jeunes chez les gentils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répandant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur diabolique sans précédent. Des inconnus de l’État juif sur une base purement ethnique. Ce sont les enfants de la génération nationaliste et raciste – la descendance de Netanyahou.

Depuis cinq ans maintenant ils n’ont entendu qu’incitations, propos alarmistes et suprématie sur les Arabes de la part du véritable instructeur de cette génération, le premier ministre Benjamin Netanyahou. Pas un mot d’humanité, de compassion ou de traitement égal.

  Maintenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de compassion et de sentiments humains que pour les Juifs, des droits uniquement pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont grandi dans le contexte de la revendication provocante de reconnaissance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclusions qui s’imposent. Avant même la délimitation de ce que signifie « État juif » — sera-ce un État qui met les tefilin (phylactères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfermés dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux chambranles des portes d’entrée), sanctifie des sortilèges, ferme le jour de Shabbath et observe strictement les lois de la cashrout – les masses ont compris.

La foule a d’emblée intériorisé la véritable signification : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au centre de détention de Holot dans le Néguev et celui des Palestiniens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condition qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de constitution, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la présidente de l’Assemblée de la Knesset, Ruth Calderon (du parti Yesh Atid – inutile de préciser que c’est le « centre » de l’échiquier politique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, bouleversé, d’une visite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été massacré, et le sermonne cyniquement sur le thème qu’il doit aussi faire référence aux trois jeunes Juifs massacrés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démolition de la maison de la famille d’un homme suspecté de meurtre avant même qu’il ne soit condamné. Un État juif édicte des lois racistes et nationalistes. Les médias d’un État juif se complaisent sur le meurtre de trois étudiants de yeshiva et ignorent presque complètement le sort de plusieurs jeunes Palestiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, généralement sans raison.

Personne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit international ni des conventions internationales. Dans l’État juif, il n’y a de compassion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nouvelle génération qui grandit sous sa coupe est dangereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanyahou est son ministre de l’éducation ; les médias militaristes et nationalistes font office de poème pédagogique ; le système d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nouvelle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais rencontré son homologue palestinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un animal sauvage, qu’il a seulement l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un terroriste.

Il sait qu’Israël n’a pas de partenaire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a ententu un nombre incalculable de fois de la part de Netanyahou, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et du ministre de l’Économie, Naftali Bennett. De la bouche de Yair Lapid il a entendu qu’il y a des « Zoabis » – en référence condescendante à la députée de la Knesset Haneen Zoabi (du parti Balad).

Etre de gauche ou désireux de justice dans l’État juif est considéré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démocratie pour diabolique. Dans un État juif – dont rêvent non seulement la droite mais le supposé centre gauche incluant Tzipi Livni et Lapid – la démocratie est floue.

Le principal problème de l’État juif ce ne sont pas les skinheads mais les embobineurs moralisateurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les marginaux mais le courant principal qui est en partie nationaliste et en partie indifférent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont manifesté avec Martin Luther King ou fait de la prison avec Nelson Mandela. L’État juif, qu’Israël veut absolument faire reconnaître par les Palestiniens, doit d’abord se reconnaître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine terrible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, nationaliste, conçu uniquement pour les Juifs.

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[1] “Our wretched Jewish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre…


«Les Juifs» selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

Desproges: «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle?» «On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.»

Quand Pierre Desproges – il y a une vingtaine d’années – s’est commis avec son fameux sketch intitulé «Les Juifs», la France n’en fut nullement retournée. Aujourd’hui que Dieudonné a mis le feu aux poudres, les meutes antisémites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Daylimotion qui héberge les sketches de Desproges. Au point que le site a dû fermer le robinet des commentaires.

Que s’est-il passé durant ces deux décennies ? À l’évidence, le contexte a changé. Extension des communautarismes, notamment religieux ; attentats du 11 septembre 2001, guerres d’Afghanistan, du Proche et Moyen Orient ; impasse palestinienne surtout et colonisation israélienne. Autant de faits réels, objectifs, pourtant déniés dans la plupart des débats actuels autour de ces questions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Frédéric Taddeï  «Ce soir ou jamais» où, dès le début, le mot «Palestine» déclenchait  hostilité et clivage entre les intervenants.

Certes, Desproges et Dieudonné s’opposent comme le jour et la nuit. Le premier pratique une distanciation humoristique affirmée – à condition toutefois d’adhérer à ses codes et à cette distance ; en quoi le risque existe toujours. L’autre, à l’inverse, barbotte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le premier et le ixième degré. Quand il ne sombre pas carrément dans l’abjection. Ainsi, dans une telle confusion, son public trouve  assez « à boire et à manger » pour ne pas s’embarrasser d’un quelconque distinguo entre antisionisme et antisémitisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesurer cet écart qui marque pesamment deux époques, revoici donc «Les Juifs» par Pierre Desproges, version vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce geste, dit de la quenelle, devenu symbole de la «Dieudosphère», Dieudonné l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste «antisioniste» qu’il conduit aux européennes.

L’ «affaire Dieudonné» est en passe d’empoisonner notre espace du «vivre ensemble». Cette belle idée – illusoire ? – montre bien sa fragilité face à la brutalité des croyances, des certitudes et autres convictions – ces convictions que Nietzsche dénonçait comme «des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » Antisioniste revendiqué, antisémite masqué, Dieudonné provoque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses propos lui valent plus encore de réprobations morales que de condamnations pénales, tandis que ses spectacles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refusées), en dépit d’une omerta médiatique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa personne, de ses prestations et de ses fréquentations – Faurisson, Le Pen, Soral, Meyssan, Chavez, Ahmadinejad… Alors pourquoi ? Tentatives d’explications autour de quelques questions dont celle-ci, sans réponse, lancée à la radio par le directeur du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin : «Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ?»

À cause du petit mouton contrariant qui préside aux destinées de ce blog… je suis amené à revenir sur ce qu’on peut désormais appeler « l’affaire Dieudonné ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davantage, ainsi que s’y emploient les politiciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cependant, petit mouton oblige, je voudrais y revenir à contre-courant de la marée dominante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce terrain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus précis. Donc, vendredi matin, dans le poste (France Culture), j’entends Laurent Joffrin (du Nouvel Obs, qui fait sa couverture sur qui ?) résumer l’affaire à sa façon, selon son habituel ton débonnaire, frappé au coin du bon sens et parfois de la courte vue. Ainsi : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ? Rien, évidemment, ils s’en foutent […] Ils ont protesté quand Dieudonné a fait un sketch antisémite. C’est ça le crime initial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en quatre minutes de chronique, on peut à peine plus finasser qu’en cent quarante signes sur Twitter… Pas une raison pour sauter à pieds joints sur des questions fondamentales qu’appellent des sujets de société fondamentaux. Et Joffrin enjambe allégrement la faille de sa courte pensée : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. » Il minimise en fait, tout en y recourant, l’importance de cet adverbe fondamental : pourquoi ? N’est-ce pas le sel-même du journalisme et, au delà, de toute soif de comprendre. Alors : pourquoi Dieudonné a-t-il la haine des Juifs ? Pourquoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évidemment » répond Joffrin. L’évidence, c’est bien le contraire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expliqué – dé-compliqué. J’aimerais passer un moment avec Dieudonné [Article documenté sur Wikipedia]. Sûrement pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui poser quelques « pourquoi ? ». Des questions qui tourneraient autour de celle-ci, en effet fondamentale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais question que je me garderais de lui opposer au préalable comme une pique provocante. Il y a chez Dieudonné, bien sûr, « matière à creuser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa naissance, mère bretonne, père camerounais. Un métis, ce cousin du métèque. Un frustré sans doute, un révolté, voire un indigné, comme tant de jeunes peinant à se percevoir comme Français à part entière, à cause de la discrimination sociale et du racisme. À cause aussi de l’Histoire et du passé colonial dont il a fini par prendre fait et cause. Une prise de conscience qui l’a sans doute fondé dans son devenir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard critique pouvant aller jusqu’à l’acidité et la méchanceté. De l’ironie à la haine, la voie est parfois étroite. Puis le succès de scène, l’adulation d’un public séduit, pas toujours « éduqué » car socialement marginalisé, réceptif aux idées courtes, pourvu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo politiquement « équilibré »; leur rupture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la radicalisation dans laquelle le ressentiment tient lieu d’argument idéologique, à preuve cet « antisionisme » dont l’ambivalence d’usage (double dimension : historique et sémantique, dans un jeu perfide masquant sa nature antisémite) permet d’euphémiser le rejet des Juifs comme fauteurs universels, cause de tous les maux du monde des rejetés et surtout des frustrés. D’où le recours à l’antienne du « lobby juif, » puis à la théorie du Complot qui permet d’« expliquer bien des choses cachées et des mystères » et d’alimenter cette filandreuse notion de « système » qu’on retrouve aux extrêmes, gauche et droite, des idéologies. (Lire la suite…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre monde part en miettes. Vers où se tourner pour y puiser quelque espoir de mieux ? À l’inverse des prophètes de l’apocalypse, Edgar Morin fait partie de ces rares penseurs qui refusent la fatalité. Ce qui ne lui interdit pas la lucidité, bien au contraire ! Dans sa remarquable conférence prononcée le 16 décembre à l’iInstitut du monde arabe, à Paris, il n’élude aucune des complexités – un terme qui lui est cher – caractérisant tout le bassin de la Méditerranée. Et en particulier ce qu’il a appelé «le cancer» pour désigner la situation de la Palestine. Une lucidité qui met en cause la politique coloniale de l’État d’Israël, au point de s’être fait accuser d’antisémitisme !

Cette conférence est intégralement accessible ci-dessous. C’est un grand moment d’histoire, de culture, d’analyse. C’est aussi un exploit quasiment sportif, s’agissant d’un athlète de 92 ans parcourant, sans notes, un marathon de la pensée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis alerte, parce que l’Europe tend à se détourner de la Méditerranée au moment où justement en Méditerranée s’accroissent les problèmes et périls.

Les processus de dislocation, dégradation, renfermement qui se développent un peu partout affectent particulièrement la Méditerranée.

Plus encore : la mer de la communication devient la mer des ségrégations, la mer des métissages devient la mer des purifications religieuses, ethniques, nationales.

Les grandes villes cosmopolites, véritables «cités-monde», creusets de la culture méditerranéenne se sont éteintes les unes après les autres dans la monochromie: Salonique, Istambul, Alexandrie, Beyrouth. Sarajevo agonise.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tournant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détournée des problèmes fondamentaux de la Méditerranée qui la concernent vitalement. L’économie européenne s’est tournée vers les marchés potentiels de l’est, regardant au delà l’énorme marché chinois. La Méditerranée est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud européen, particulièrement de l’Arc Latin, n’ont pas élaboré une conception commune pour une politique méditerranéenne.

L’Europe ouverte tend à redevenir l’Europe du rejet. Au moment où avaient commencé les processus d’intégration européenne de l’Islam, posthumes comme en Espagne qui réintègre en son identité, son passé maure, modernes comme en France et en Allemagne avec les immigrés maghrébins et turcs, voilà que revient le vieux démon européen: refouler, exclure l’Islam. L’offensive serbe en Bosnie n’est pas seulement un accident, elle est la poursuite d’une reconquête.

Partout, le partenaire nécessaire est de plus en plus considéré comme l’adversaire potentiel et cela de chacun des quatre cotés de la Méditerranée: nord sud et est ouest.

La Méditerranée s’efface comme dénominateur commun.

Nous pouvons aujourd’hui espérer, sans certitude aucune, en une progressive pacification au Moyen-Orient, notamment par l’accession de la Palestine à l’indépendance nationale, mais le trou noir géo-historique y demeure(…)
Pourrons-nous sauver la Méditerranée? Pourrons nous restaurer mieux développer sa fonction communicatrice? Pourrons-nous remettre en activité cette mer d’échanges, de rencontres, ce creuset et bouillon de culture, cette machine à fabriquer de la civilisation ?

Il y a des solutions économiques, mais les solutions seulement économiques sont insuffisantes et parfois font problème: ainsi le FMI met les États dans la nécessité d’obéir à ses exigences pour avoir des crédits, mais aussi dans la nécessité de leur désobéir pour éviter le clash politique et social (…). Il faut du développement, mais il faut aussi entièrement repenser et transformer notre concept de développement lequel est sous-développé. Ainsi il n’y a pas que l’économie industrielle à installer, il y a aussi à réinventer une économie de convivialité.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de «Marseille-Provence 2013 » avec l’État d’Israël

Le gouvernement israélien a décidé de faire de Marseille capitale européenne de la culture un outil pour « modifier son image ». Un certain nombre de citoyens, parmi lesquels des artistes, responsables de structures culturelles ou d’édition, solidaires du peuple palestinien, refusent de cautionner une telle opération de propagande. Ils ont signé et lancé un appel de protestation contre cette manœuvre de séduction.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de responsables de structures culturelles, de spectateurs, solidaires du peuple palestinien

« A l’occasion de « Marseille capitale européenne de la culture 2013 », le Consulat d’Israël à Marseille a organisé la venue de nombreux artistes pour une quarantaine de rendez-vous appelés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de simples événements artistiques et culturels, mais d’une véritable opération de propagande destinée à « changer l’image d’Israël » dans l’opinion française, directement organisée par le gouvernement israélien. Les artistes ainsi instrumentalisés ne peuvent l’ignorer.

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Israël. «Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves»

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elhanan au Parlement européen — Ph. Wikipedia

La lettre ouverte ci-dessous fait suite à l’interdiction de la conférence sur la Palestine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 janvier à l’École normale supérieure, à Paris. Transmise en commentaire à l’article précédent (merci René !), elle mérite toute son importance et c’est pourquoi je la publie ici en entier. Importante, elle l’est d’abord par son contenu mais aussi par son auteure. Nurit Peled-Elhanan est à la fois Israélienne  et opposante résolue à l’actuel régime israélien qu’elle ne craint pas de comparer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et «ces Juifs français que rend sourds la propagande du régime raciste d’Israël.»

«Cher Monsieur Hessel, chère Madame Shahid, chers participants,

Je suis désolée de ne pouvoir assister à cette importante conférence. Mais je tiens à exprimer mon admiration à Monsieur Hessel, et à tous les participants et à vous assurer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du président du CRIF se félicitant de l’interdiction de votre conférence et remerciant des philosophes et écrivains hypocrites et ignorants, qui pérorent sous les ors des salons parisiens et pensent briller en étalant leur prose «politiquement correcte» tout en ignorant de manière étonnante la vie réelle des gens dans les Territoires palestiniens occupés et le caractère dictatorial du gouvernement israélien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négligence, mais un crime, car ils encouragent la tendance fasciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Palestine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens palestiniens d’Israël ont été proposées en Israël et, pour la plupart, approuvées. Elles séparent des familles.

Elles permettent de confisquer des maisons et des terres, de refuser les traitements médicaux nécessaires à des invalides, de détruire les maisons des Bédouins, de discriminer des écoles quand elles sont druzes ou palestiniennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la justice, qui devrait protéger les gens contre cette terreur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autrefois, toutes les discriminations anti-palestiniennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes perpétrés contre ces «non-citoyens».
En revanche, ce gouvernement où un Liebermann joue un rôle décisif considère comme un péché mortel la résistance non-violente à l’occupation, qui se développe dans les sociétés palestinienne et israélienne contre  les crimes et la répression découlant de l’occupation.

Ces derniers temps, la police et l’armée israéliennes arrêtent des militants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yonathan Polack, et les tuent s’ils sont palestiniens, tels Bassem Abu-Rahma et sa sœur, Jawahr. Les organisations droits-de-l’hommistes en question sont désormais soumises à des enquêtes brutales et humiliantes par…  les criminels contre l’Humanité qui nous gouvernent. De surcroît, la pauvreté touche plus l’Israélien que jamais, et ses principales victimes sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF soutient.

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République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme

Allez, je vais encore me faire des copains… Trois faits, trois nouvelles raisons de s’indigner – ce sport à la mode. De la faute à ce vieux Hessel à la peau blindée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bonnet phrygien – avec cocarde aux couleurs de la Palestine – à affronter le froid devant 400 personnes place du Panthéon. Motif de sa nouvelle indignation : l’annulation d’une conférence qu’il devait tenir ce 18 janvier à l’École normale supérieure (dont il est issu…) Annulation ? Interdiction conviendrait mieux.

Stéphane Hessel en 2002. Peut-on être grand résistant et défenseur de la Palestine ? © Ph. gp

En tout cas il s’agit bien d’une censure : celle par laquelle la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a répondu en obtempérant à la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, elle-même fortement conseillée par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), dénonçant ce qui leur apparaissait comme un acte de soutien à la campagne de boycott de produits israéliens » Boycott, désinvestissement et sanctions «, campagne qui avait déjà reçu l’appui de Stéphane Hessel.

Comme le rapporte Le Monde du 20 janvier, « Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou encore Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique, ont été félicités par Richard Prasquier, le président du CRIF, pour avoir » recommandé l’annulation du débat. «» Parmi les protestataires devant le Panthéon on relevait la présence de Cécile Duflot d’Europe Ecologie, Daniel Garrigue, député villepiniste, Alain Krivine, du NPA, ainsi que… Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, qui devait prendre part à la conférence interdite.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de France à Tel Aviv. Photo: Motti Kimche

Où notre ineffable compatriote Bernard-Henri Lévy n’aura encore pas manqué de se distinguer. La veille de l’action militaire que l’on sait contre la flottille pro-palestinienne, BHL prononçait à Tel-Aviv de ces fortes paroles marquées de pertinence et de prescience :  « Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales. » (Haaretz.com, 31 mai). Comme le rappelle Alain Gresh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guerre de Gaza, notre philosophe s’était pavané sur un char israélien pour entrer dans le territoire. Réagissant à l’attaque […], Lévy l’a qualifiée, selon l’AFP, de « stupide » car risquant de ternir l’image d’Israël. Pas un mot de condamnation, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géorgie au Darfour, de la Tchétchénie à Israël, BHL exerce son subjuguant don de voyance.

«La seule question qui se pose maintenant, poursuit Alain Gresh, est de savoir quel prix le gouvernement israélien devra payer pour ce crime. Car, depuis des années, les Nations unies ont adopté des dizaines de résolutions (« Résolutions de l’ONU non respectées par Israël », Le Monde diplomatique, février 2009), l’Union européenne a voté d’innombrables textes qui demandent à Israël de se conformer au droit international, ou tout simplement au droit humanitaire, en levant, par exemple, le blocus de Gaza. Ces textes ne sont jamais suivis du moindre effet. Au contraire, l’Union européenne et les Etats-Unis récompensent Israël. C’est ce qu’a prouvé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), la semaine dernière, et la visite en France du premier ministre israélien Nétanyahou pour assister à l’intronisation de son pays.»

Dans la foulée des perles historiques, on distinguera aussi sur le sujet  celle de l’autre ineffable et néanmoins porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre déclarant finement, comme toujours, que son parti « regrette » les morts, mais dénonce les « provocations » de « ceux qui se disent les amis des Palestiniens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une quarantaine de blessés qui auraient été dénombrés après l’attaque lundi du navire turc «Mavi Marmara» par l’armée israélienne. Une opération désastreuse à tous points de vue, tant pour l’État israélien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avantage qui puisse se dégager de tels événements concerne la remise en cause sur la scène internationale de l’impunité dont bénéficiait jusque là Israël avec la complicité objective de la « communauté internationale » – euphémisme désignant les riches États de l’hémisphère Nord – et des institutions mondiales, en particulier l’ONU. C’est une bien mince consolation au regard du recul politique et diplomatique que provoque déjà ce séisme, recul dont le peuple palestinien demeure la victime permanente.

Des soldats israéliens à l’assaut d’un des bateaux de la Flotille internatiionale pour la liberté. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizaine de citoyens français avaient pris part à l’opération «Flotilles pour Gaza» ; neuf seraient détenus à la prison de Beer-Sheva, au centre du territoire israélien. Parmi eux se trouverait Thomas Sommer-Houdeville, coordinateur des missions civiles, salarié de l’ONG Focus on Global South, qui a embarqué à bord de la flottille en Turquie. Sa mère déclarait mardi à l’AFP n’avoir encore eu encore aucune nouvelle de lui. La veille de l’attaque, il avait rédigé pour son blog un texte depuis le cargo grec sur lequel il naviguait. Un texte clairvoyant et hélas prémonitoire. En voici des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écrira l’histoire complète de cette aventure. Il y aura beaucoup de rires, de véritables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire maintenant, c’est que nous n’avions jamais imaginé que nous ferions flipper Israël comme ça. Enfin, peut-être dans certains de nos plus beaux rêves.… Tout d’abord, ils ont créé une équipe spéciale d’urgence réunissant le ministère israélien des Affaires étrangères, le commando de marine israélien et les autorités pénitentiaires pour contrer la menace existentielle que nous et nos quelques bateaux remplis d’aide humanitaire représentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, malgré son agenda chargé, de nous mettre en garde à travers les médias israéliens. Ils nous annoncent maintenant qu’ils nous enverront dans la pire des prisons israéliens, dans le désert près de Beersheva.

« Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une certaine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur commando tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils saisissent notre cargaison et toute l’aide médicale, les matériaux de construction, les maisons préfabriquées, les kits scolaires, et qu’ils les détruisent. Toute cette solidarité patiemment rassemblée dans de si nombreux pays pendant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens normaux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Turquie, Irlande, France, Italie, Algérie, Malaisie. Tout ceci pris comme un trophée par un État agissant comme un vulgaire pirate des îles. Qui ne sentirait pas un certain sentiment de responsabilité et de peur de ne pas être capable d’accomplir notre mission et livrer nos marchandises à la population emprisonnée de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aussi de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coalition, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour éviter la confrontation avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêcher de partir, de regrouper nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous briser. Leur scénario idéal était de nous diviser, les Irlandais d’un côté, les Grecs et Suédois d’un autre, les Américains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pourraient pas mettre la pression sur la Turquie, ni agir directement là-bas. Alors ils ont concentré leurs attaques sur les parties irlandaises et grecques de notre coalition.

« Le premier set a commencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlandais, l’obligeant à retarder son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aussi vite qu’ils le pouvaient et maintenant ils sont à un ou deux jours derrière nous. Puis ils ont mis une pression énorme sur le gouvernement grec, affaibli par la crise économique, pour l’obliger à ne pas laisser partir le cargo grec et le bateau de passagers greco-suédois. A cause de ces pressions, nous avons dû retarder notre voyage deux fois et demander aux Turcs, à leurs 500 passagers et aux amis américains qui étaient prêts à partir de nous attendre. C’est ce qu’ils ont fait heureusement ! Jusqu’à la dernière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gouvernement grec, mais finalement le gouvernement grec a décidé de prendre ses responsabilités en agissant comme un Etat souverain et a laissé le cargo et le bateau de passagers quitter le port du Pirée à Athènes.

[…] « Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représentons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécontents de ce que l’État criminel d’Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour. »

Thomas Sommer-Houdeville, depuis l’un des bateaux de la flottille de Gaza, coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP)

Voir aussi : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ainsi, la flottille acheminant des centaines de militants pro-palestiniens et de l’aide pour Gaza a été interceptée par un commando israélien. Au moins dix-neuf passagers ont été tués, une trentaine blessés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révolté par ce qui est rapporté. Une fois de plus Israël se comporte de manière intolérable ; une fois de plus l’intolérable sera toléré, moyennant quelques rodomontades de l’ineffable « communauté internationale », aussi habituelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la perspective de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mortifère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israélienne contre le bateau turc «Mavi Marmara» filmée par la chaîne de télévision du Qatar Al-Jazeera. Cliquer sur l’image.

C’est également ainsi qu’Israël, sur le plan militaro-diplomatique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a décidé de tourner le dos au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cela s’est passé vendredi dernier : tandis que les 189 États parties prenantes au TNP se sont accordés, à l’unanimité, sur une déclaration finale appelant à la tenue, en 2012, d’une conférence régionale en faveur d’un Moyen-Orient dénucléarisé, Israël dénonçait le lendemain même cet accord. Le gouvernement israélien l’a qualifié de « très imparfait et hypocrite », déplorant que « le régime terroriste iranien n’est même pas mentionné». Israël accuse aussi les Etats-Unis d’«avoir cédé à la pression internationale».

Non signataire du TNP, mais possédant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambiguïté stratégique et politique maintenue sous ses multiples oscillations idéologiques et religieuses de ses régimes successifs, de gauche aussi bien d’extrême-droite, comme l’actuel gouvernement de Nétanyahou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhéran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une certaine exploitation de son tragique destin historique – exploitation idéologique, symbolique, psychologique : en ne cessant de faire endosser au « reste du monde »  la facture de la shoa, de faire payer cette tragédie en monnaie de culpabilisation assortie d’interdits multiples : interdit d’exercer toute critique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Obama ayant « cédé à la pression internationale ». Une telle attitude, pouvant certes trouver explication à l’analyse du sulfureux cocktail religieux et historique, obère toute avancée raisonnable, donc aussi rationnelle que responsable.

Comme si le but de toute politique avancée, sinon évoluée, n’était de conforter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne saurait se réaliser en construisant des murs plutôt que des ponts, en envoyant des commandos militaires plutôt que des légions évangéliques. Et on va se plaindre de la guerre !


*Interdit même d’écrire « lobby juif » sur un blog sans provoquer la censure… C’est une des fonctions du tabou que d’interdire aussi toute pensée critique à son propos et quant à son objet…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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