On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tube, met­tant le feu aux poudres isla­mistes. Dès le 11 sep­tembre, des attaques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uniennes. Furent ain­si prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra quatre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un copte égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Maho­met…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retom­ber et qui me semble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minutes pour rani­mer la flamme du fana­tisme isla­miste. Cette actua­li­té atter­rante et celle des vingt ans pas­sés le montrent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voire reje­tée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­tienne, tapies dans l’ombre tapa­geuse de leur concur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs époques his­to­riques flam­boyantes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préa­lable : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins consen­tantes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dogmes et des cohortes acti­vistes et pro­sé­lytes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, construites comme des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­laires. Donc, dis­tin­guer les « humbles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout comme on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­line, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène pla­né­taire, vou­lant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­ta­cu­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïs­sable et le ren­force du même coup dans sa propre et vin­di­ca­tive déses­pé­rance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et consé­quence de son propre enfer­me­ment dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trouve mar­gi­na­li­sée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nète, les plus acti­vistes et dji­ha­distes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­saire leur propre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en marge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquelle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeu­nesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­ti­fère et désir d’affranchissement des contraintes obs­cu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeu­nesses reven­di­ca­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­tives sans les­quelles les socié­tés musul­manes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps arabes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­sode de pous­sées clé­ri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toile mon­diale et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sources indé­fi­nies 3. Pré­texte à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je parle des cer­veaux, pas des per­sonnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême vio­lence à la moindre pro­vo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a sai­si les sys­tèmes mono­théistes à par­tir de son foyer le plus sen­sible, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­tiques et sec­taires – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nète, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escouades et armées entières, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­tique, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyances, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres reli­gieuses l’ont repla­cé en leur centre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Parce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tia­nisme adhèrent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­prise » en direc­tion de leur propre « modé­ra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théistes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phètes, dont les « bio­gra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­mettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tielle, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – comme ignare, voleur, mani­pu­la­teur, cupide et ama­teur de fillettes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réa­li­té, selon des contes infan­tiles psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus totale cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­si­té, celle de com­bler leurs angoisses exis­ten­tielles, de pan­ser leurs misères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­tive de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abaisse, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la connais­sance ? Et la tolé­rance ? Ou ont-elles alié­né hommes et femmes – sur­tout les femmes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la science ; colo­ni­sé la culture et impré­gné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­giles, Coran – com­ment admettre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puisse conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­soudre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tère de la croyance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce cha­pitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème sécu­lier, comme ordre ecclé­sial, avec ses cohortes, ses palais, ses for­te­resses spi­ri­tuelles et tem­po­relles… Son his­toire mar­quée en pro­fon­deur par la vio­lence : croi­sades, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siècles !), guerres reli­gieuses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nisme.

Côté isla­misme, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son emprise ne s’en trouve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cisme des isla­mistes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cette vio­lence endé­mique deve­nue syno­nyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mismes en nour­rissent leurs fonds de com­merce natio­na­listes ? Sans doute un héri­tage du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toire comme le « Maître de la ven­geance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pitre les nom­breuses sou­rates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­niste de « tolé­rance » ? Voir en réponse les fat­was de condam­na­tion à mort – dont celles de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­desh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit balles et égor­gé en pleine rue ; dans un docu­men­taire, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même double lan­gage chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peuples de Pales­tine (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peuple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légi­ti­mant le colo­nia­lisme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­kazes » contre popu­la­tion civile. Vio­lences innom­mables, guerres sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques isla­mistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il pro­voque le niveau de fana­tisme impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tures danoises de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucu­ne­ment sur la nature du « sacri­lège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­times sacri­fi­cielles et à ce titre tota­le­ment ins­crites dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieuse !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­caine ? Et aus­si à La Cour­neuve, lors de la fête de l’Huma où Caro­line Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débattre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Comme quoi, pour résu­mer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 sep­tembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­raissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée pla­né­taire directe retrouve tou­te­fois le chris­tia­nisme – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nisme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de péné­trer jusque dans les têtes et les ventres de cha­cun. En ce sens, celles qui se pré­sentent comme les « meilleures » par­viennent bien à être les pires dans leurs manœuvres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeure rela­tive à leur stra­té­gie hégé­mo­nique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tembre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écri­vaine néer­lan­do-soma­lienne connue pour son mili­tan­tisme contre l’excision et ses prises de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métrage du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Gaza. « Un scandale du point de vue moral et un acte criminel » s’indigne Ban Ki-moon

Il existe, hélas, des chi­rur­giens qu’on qua­li­fie de bou­chers. Parce qu’ils ne sont pas dignes de leur métier consis­tant par prin­cipe à soi­gner, ou à ten­ter de le faire, au mieux de son savoir et de son éthique. C’est même injuste de com­pa­rer ceux-là à des bou­chers, infâ­mant à l’égard de ceux-ci qui, le plus sou­vent, font bien leur métier, c’est-à-dire avec conscience et l’amour du tra­vail bien fait.

En fait, je parle ici, pour les dénon­cer autant que je peux, avec le sou­ci du tra­vail bien fait de l’informateur-citoyen indi­gné : je ne parle pas à la légère d’impressions sub­jec­tives. Je dénonce avec rigueur et déter­mi­na­tion ces mau­vais et ter­rible bou­chers mili­taires agis­sant au nom d’Israël et sous cou­vert de « frappes chi­rur­gi­cales »,  non plus seule­ment pour se défendre donc, mais désor­mais pour se ven­ger et cau­ser du mal, du grand mal, du ter­rible mal : de la mort, de la dou­leur, de la misère. L’abomination.

Voi­là ce que j’entends ce matin dans le poste, puis ce que je lis :

Après un nou­veau bom­bar­de­ment sur une école de l’ONU, qui a tué au moins dix Pales­ti­niens, Israël fait face à l’indignation inter­na­tio­nale, alors même que l’Etat hébreu  opé­rait dimanche un début de retrait de ses troupes au sol dans la bande de Gaza. En guise de défense, l’armée israé­lienne a décla­ré qu’elle avait  « pris pour cibles trois ter­ro­ristes du Dji­had isla­mique [...] à proxi­mi­té d’une école de l’UNRWA [Office de secours et de tra­vaux des Nations unies pour les réfu­giés de Pales­tine dans le Proche-Orient] à Rafah » et qu’elle exa­mi­nait les  « consé­quences » de cet acte, sans en recon­naître for­mel­le­ment la res­pon­sa­bi­li­té. Au vingt-sep­tième jour de conflit, 71 per­sonnes ont péri dans le seul sec­teur de Rafah, à la suite du pilon­nage inten­sif de la ville, selon les ser­vices de secours locaux. C’est la troi­sième fois qu’une école de l’ONU est ain­si tou­chée, après les bom­bar­de­ments visant Beit Hanoun et Jaba­liya, les 24 et 31 juillet, qui ont fait une tren­taine de morts, alors qu’Israël affirme pro­cé­der à des frappes « chi­rur­gi­cales  » (C’est moi qui sou­ligne). « C’est un scan­dale du point de vue moral et un acte cri­mi­nel  », ain­si qu’une « nou­velle vio­la­tion fla­grante du droit huma­ni­taire inter­na­tio­nal  », s’est indi­gné le secré­taire géné­ral de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, prin­ci­paux alliés d’Israël, se sont dits « conster­nés  » par un  « bom­bar­de­ment hon­teux ». Face au tol­lé inter­na­tio­nal, Israël a annon­cé une trêve de sept heures ce lun­di, entre 9 heures et 16 heures, heure fran­çaise). Le ces­sez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affron­te­ments conti­nuent. [lemonde.fr]

Le coup des « frappes chi­rur­gi­cales », on connaît ! Côté « chi­rur­giens-bou­chers », on a été ser­vis avec George W. Bush en Irak et pour ven­ger le 11 sep­tembre. On a vu, on voit le résul­tat !

Qu’espère donc ce gou­ver­ne­ment ultra de « néo-conser­va­teurs » israé­liens ? Jus­te­ment, à quelle espé­rance pour­rait-il pré­tendre encore ? En la paix ? En la sécu­ri­té ? En la digni­té ? En la divi­ni­té – pen­dant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quelle peut bien être la hié­rar­chie des valeurs qui déter­minent les anta­go­nismes meur­triers de ce conflit sécu­laire (mil­lé­naire ?) ? Car il ne sau­rait être ques­tion, dans ce dérè­gle­ment mons­trueux, d’absoudre les extré­mistes de l’autre bord, les isla­mistes. La par­tie archaïque des « frères enne­mis » remon­tant aux mythes fon­da­teurs des deux sys­tèmes théo­cra­tiques, on peut se deman­der en quoi et com­ment des amé­na­ge­ments « modernes » pour­raient conduire à la paix sans éra­di­quer – à la racine – cette patho­lo­gie ?

« Amé­na­ge­ments modernes », autre­ment dit : le par­tage des ter­ri­toires tel qu’il fut en prin­cipe déci­dé et acté par les accords inter­na­tio­naux, estam­pillé par l’ONU, etc. – et aus­si peu res­pec­té que tou­jours bafoué ; donc l’établissement de fron­tières com­munes entre deux États recon­nus, à com­men­cer par eux-mêmes ; donc une coopé­ra­tion éco­no­mique basée sur les par­tages équi­tables de l’eau et des richesses du sous-sol, dont le pétrole (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une uto­pie totale, sté­rile, venant se fra­cas­ser contre ce mur – au propre comme au figu­ré – dres­sé entre Yah­vé et Allah, au nom du mono­théisme… qui pos­tule l’existence d’un Dieu unique !

Si, comme je le pense, les hommes ont inven­té les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direc­tion d’une Huma­ni­té digne de ce nom devrait viser l’affranchissement des croyances ances­trales. Mais nous tou­chons là à un pro­ces­sus rele­vant du temps long de l’évolution. Pro­ces­sus de l’évolution dont on sait, depuis Dar­win notam­ment, qu’il dépend à part inégales et aléa­toires du hasard et de la néces­si­té. La tâche est donc rude pour l’Homo sapiens de s’ériger [erec­tus] en sage. Voir à ce pro­pos la notice lit­té­ra­le­ment ren­ver­sante de Wiki­pe­dia consa­crée aux actuels conflits dans le monde. Où l’on découvre deux tableaux (et quels tableaux !) dres­sant la lita­nie des guerres à l’intérieur de l’espèce humaine, clas­sées (par com­mo­di­té…) entre celles qui causent plus ou moins d’un mil­lier de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Liste des guerres modernes ». En voi­ci un aper­çu illus­tré :

carte-conflits-monde

car­ré mar­ron – dif­fi­cul­tés poli­tiques
car­ré bleu – conflits en cours de réso­lu­tion
rond vert – zones de ten­sion
étoile noire – ten­sions eth­niques ou civiles
losange rouge – zones de guerre •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brau­man - Régis Debray - Chris­tiane Hes­sel - Edgar Morin viennent d’adresser, via Le Monde de ce jour, un appel à Hol­lande, en gros pour qu’il se bouge le cul sur le drame de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon genre ? [On peut rêver…].  En atten­dant, cet appel se trouve ci-des­sous :

Appel à Hol­lande 4:8:14


Gaza. « Une nuit “particulièrement” meurtrière… » Un silence “particulièrement” assourdissant

gaza

Je reçois ça du « Monde » ce matin, par inter­net… La rou­tine, si ce n’est l’adverbe : « par­ti­cu­liè­re­ment ». Avant ça, non, de la rigo­lade. On monte donc d’un cran. Déri­soire. Il est des moments où cette pseu­do neu­tra­li­té jour­na­lis­tique consti­tue un outrage au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille néces­sai­re­ment prendre par­ti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hur­ler à la paix ! Inter­pel­ler sans relâche les « grands » du Monde, invo­quer la Paix, à la Jau­rès, se lever sur toutes les tri­bunes pos­sibles pour faire arrê­ter le mas­sacre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Ham­ra

Voyez cette insou­te­nable pho­to ci-des­sus. Com­ment jus­ti­fier ce qui l’a pro­vo­quée ? La hargne de des­truc­tion, la… solu­tion finale ? Je sais, Israël est agres­sé, mena­cé, nié par une horde de tueurs fana­tiques. Oui mais, les autres… Ne cher­chons pas ici à remon­ter aux sources de l’indémêlable conflit entre ter­ri­toires, entre mono­théismes et domi­na­tions éco­no­miques. Les extré­mismes sont indé­fen­dables, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que pro­testent, que pro­posent, que « agissent » nos cau­seurs sans cause, nos paci­fistes sans paix, nos poli­ti­ciens sans poli­tique ?

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Comp­ter les vic­times. Les info­graphes ont renon­cé à l’image des pla­teaux de la balance…

Tan­dis qu’ici, contraints au spec­tacle média­tique, à comp­ter les morts, impuis­sants ou tout juste auto­ri­sés, sauf inter­dic­tion, à quelque manif” de rue par un gou­ver­ne­ment fon­ciè­re­ment lâche, sans enga­ge­ment ni parole – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplo­ma­tique. Hol­lande, Valls, Fabius, bro­chette de la honte.

Donc, on célèbre « Qua­trorze », la « Grande Guerre ». On fait reten­tir le toc­sin, vibrer les clo­chers et, au fond, glo­ri­fier Clé­men­ceau plu­tôt que Jau­rès – la défaite de la Paix sur la « Vic­toire », quitte à remettre « ça » vingt ans après.

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Venelles, 2/8/14 .Comme en Qua­torze. (Ph. gp)

Et ces com­bat­tants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueule – à repar­tir comme en Qua­torze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nou­velle salve de vio­lences vient d’éclater entre Israël et la Pales­tine et une fois encore, des enfants meurent. Les seuls appels au ces­sez-le-feu ne marchent pas, nous le savons. Il est temps de lan­cer des actions non-vio­lentes pour mettre fin une fois pour toutes à des décen­nies de cau­che­mar.

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Ph. Avaaz

Nos gou­ver­ne­ments ont échoué -- tout en négo­ciant la paix et en adop­tant des réso­lu­tions à l’ONU, ils conti­nuent, via leurs entre­prises, à finan­cer, à tirer pro­fit et à inves­tir dans la vio­lence. La seule manière de mettre un frein à ce cercle vicieux de confis­ca­tion des terres des familles inno­centes, de puni­tions col­lec­tives, de lan­ce­ment de roquettes du Hamas, et de bom­bar­de­ments sur Gaza est de rendre le coût éco­no­mique du conflit insou­te­nable.

Nous savons que ça marche -- la direc­tive euro­péenne empê­chant le finan­ce­ment des colo­nies illé­gales avait cau­sé un séisme au sein du gou­ver­ne­ment israé­lien. La déci­sion du fonds de pen­sion néer­lan­dais PGGM de se reti­rer des colo­nies illé­gales suite à un appel citoyen avait éga­le­ment créé une tem­pête poli­tique.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne met­tra cer­tai­ne­ment pas fin aux tue­ries, mais l’Histoire nous a mon­tré que sou­vent, le che­min de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cli­quez sur le lien pour exhor­ter six banques, fonds de pen­sion et entre­prises à mettre un terme à ces inves­tis­se­ments -- si nous réus­sis­sons à faire mon­ter la pres­sion, ces éta­blis­se­ments pour­raient se reti­rer, cela por­te­rait un coup à l’économie israé­lienne, et nous pour­rions déjouer les cal­culs poli­tiques des extré­mistes qui pro­fitent poli­ti­que­ment de l’horreur:

Lors des cinq der­nières semaines, trois ado­les­cents israé­liens ont été assas­si­nés en Cis­jor­da­nie, un jeune pales­ti­nien a été brû­lé vif, un ado­les­cent amé­ri­cain a été bru­ta­le­ment frap­pé par la police israé­lienne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israé­liens. Ce n’est plus “le conflit israé­lo-pales­ti­nien”, c’est une guerre contre les enfants. Et nous sommes en train de deve­nir insen­sibles à cette igno­mi­nie. Des médias font pas­ser cette guerre pour un conflit inso­luble entre deux bel­li­gé­rants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les attaques des extré­mistes pales­ti­niens contre des civils inno­cents doivent être condam­nées et ces­ser, mais c’est la spo­lia­tion du peuple pales­ti­nien qui est à la racine du conflit. Israël occupe, colo­nise, bom­barde, attaque et contrôle l’eau, le com­merce et les fron­tières d’un État libre et recon­nu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus grande pri­son à ciel ouvert du monde, puis lui a impo­sé un blo­cus. Aujourd’hui, alors que les bombes pleuvent, les familles n’ont aucun endroit où se réfu­gier.

Ce sont des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pour­quoi alors les accep­ter en Pales­tine? Il y a cin­quante ans, Israël et ses voi­sins arabes sont entrés en guerre et Israël a occu­pé la Cis­jor­da­nie et la bande de Gaza. Occu­per un ter­ri­toire après une guerre est chose com­mune, mais aucune occu­pa­tion mili­taire ne devrait se trans­for­mer en des dizaines d’années de tyran­nie, qui ne pro­fite qu’aux extré­mistes qui prennent les inno­cents pour cible. Et qui souffre? La grande majo­ri­té des familles des deux côtés, des familles aimantes qui ne veulent que la liber­té et la paix.

Pour un cer­tain nombre de per­sonnes, en par­ti­cu­lier en Europe et en Amé­rique du Nord, appe­ler les entre­prises à reti­rer leurs inves­tis­se­ments en ces­sant de finan­cer ou de par­ti­ci­per à l’occupation israé­lienne en Pales­tine semble par­tial. Mais ce n’est pas le cas -- c’est la stra­té­gie non vio­lente la plus effi­cace pour mettre fin aux cycles de vio­lence, assu­rer la sécu­ri­té d’Israël et obte­nir la liber­té pour les Pales­ti­niens. La Pales­tine est minus­cule à côté de la puis­sance et de la richesse d’Israël. Si cette der­nière refuse de mettre fin aux occu­pa­tions illé­gales de terres pales­ti­niennes, le monde doit agir pour en rendre le coût insup­por­table.

ABP, le fonds de pen­sion néer­lan­dais, inves­tit dans les banques israé­liennes qui financent la colo­ni­sa­tion de la Pales­tine. D’énormes banques comme Bar­clays financent les fabri­cants d’armes israé­liens et d’autres entre­prises [dont Veo­lia] qui fleu­rissent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hew­lett-Packard four­nit des sys­tèmes de sur­veillance sophis­ti­qués pour contrô­ler les mou­ve­ments des Pales­ti­niens. Et Cater­pillar pro­duit des bull­do­zers qui sont uti­li­sés pour détruire des mai­sons et des fermes pales­ti­niennes. Si nous lan­çons le plus grand appel jamais vu pour exhor­ter ces entre­prises à se reti­rer, nous mon­tre­rons que le monde ne veut plus être com­plice de ce bain de sang. Les Pales­ti­niens appellent le monde entier à sou­te­nir cette action et les Israé­liens pro­gres­sistes la sou­tiennent éga­le­ment. Rejoi­gnons-les!

Une péti­tion à signer ici.

Notre com­mu­nau­té se ras­semble pour offrir la paix, l’espoir et le chan­ge­ment dans cer­tains des conflits les plus durs au monde. Sou­vent, cela signi­fie prendre posi­tion pour atta­quer le pro­blème à la racine. Pen­dant des années, notre com­mu­nau­té a cher­ché une solu­tion poli­tique à ce cau­che­mar, mais avec la nou­velle vague d’horreur qui déferle sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les argu­ments éco­no­miques pour mettre un terme à l’horreur pour les Israé­liens comme pour les Pales­ti­niens.

Avec espoir et déter­mi­na­tion,

Alice, Fadi, Ben, Lai­la, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majo­ri­té de l’UE décon­seille le com­merce avec les colo­nies israé­liennes (Eur­ac­tiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israé­liens et les Pales­ti­niens sont en faveur de la paix mais n’ont guère d’espoir (Gal­lup - en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colo­nies israé­liennes : le Quai d’Orsay met en garde les inves­tis­seurs fran­çais (France 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. « Notre misérable État juif », par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Article de Gideon Levy, publié dans Haa­retz, le 6 juillet 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union juive fran­çaise pour la paix), dif­fu­sé par la Ligue des Droits de l’Homme de Tou­lon.

Les jeunes de l’État juif attaquent des Pales­ti­niens dans les rues de Jéru­sa­lem, exac­te­ment comme les jeunes chez les gen­tils atta­quaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israé­liens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répan­dant une haine et un désir de ven­geance d’une ampleur dia­bo­lique sans pré­cé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­nique. Ce sont les enfants de la géné­ra­tion natio­na­liste et raciste – la des­cen­dance de Neta­nya­hou.

Depuis cinq ans main­te­nant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alar­mistes et supré­ma­tie sur les Arabes de la part du véri­table ins­truc­teur de cette géné­ra­tion, le pre­mier ministre Ben­ja­min Neta­nya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de trai­te­ment égal.

  Main­te­nant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits uni­que­ment pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le contexte de la reven­di­ca­tion pro­vo­cante de recon­nais­sance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclu­sions qui s’imposent. Avant même la déli­mi­ta­tion de ce que signi­fie « État juif » - sera-ce un État qui met les tefi­lin (phy­lac­tères), embrasse les mezou­zot (des rou­leaux de prières enfer­més dans de petites boîtes métal­liques ou en bois qui sont fixées aux cham­branles des portes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­ti­lèges, ferme le jour de Shab­bath et observe stric­te­ment les lois de la cash­rout – les masses ont com­pris.

La foule a d’emblée inté­rio­ri­sé la véri­table signi­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Afri­cains est d’être envoyé au centre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­ti­niens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condi­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de consti­tu­tion, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la pré­si­dente de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Cal­de­ron (du par­ti Yesh Atid – inutile de pré­ci­ser que c’est le « centre » de l’échiquier poli­tique) coupe la parole au dépu­té arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine reve­nu, bou­le­ver­sé, d’une visite à la famille de Shoa­fat, le jeune Arabe qui a été mas­sa­cré, et le ser­monne cyni­que­ment sur le thème qu’il doit aus­si faire réfé­rence aux trois jeunes Juifs mas­sa­crés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême auto­rise la démo­li­tion de la mai­son de la famille d’un homme sus­pec­té de meurtre avant même qu’il ne soit condam­né. Un État juif édicte des lois racistes et natio­na­listes. Les médias d’un État juif se com­plaisent sur le meurtre de trois étu­diants de yeshi­va et ignorent presque com­plè­te­ment le sort de plu­sieurs jeunes Pales­ti­niens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des der­niers mois, géné­ra­le­ment sans rai­son.

Per­sonne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soup­çon de res­pect du droit inter­na­tio­nal ni des conven­tions inter­na­tio­nales. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­velle géné­ra­tion qui gran­dit sous sa coupe est dan­ge­reuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Neta­nya­hou est son ministre de l’éducation ; les médias mili­ta­ristes et natio­na­listes font office de poème péda­go­gique ; le sys­tème d’éducation qui l’emmène à Ausch­witz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nou­velle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­logue pales­ti­nien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sau­vage, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un ter­ro­riste.

Il sait qu’Israël n’a pas de par­te­naire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a enten­tu un nombre incal­cu­lable de fois de la part de Neta­nya­hou, du ministre des Affaires étran­gères Avig­dor Lie­ber­man et du ministre de l’Économie, Naf­ta­li Ben­nett. De la bouche de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoa­bis » – en réfé­rence condes­cen­dante à la dépu­tée de la Knes­set Haneen Zoa­bi (du par­ti Balad).

Etre de gauche ou dési­reux de jus­tice dans l’État juif est consi­dé­ré comme un délit, la socié­té civile est tenue pour tri­cheuse, la vraie démo­cra­tie pour dia­bo­lique. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droite mais le sup­po­sé centre gauche incluant Tzi­pi Liv­ni et Lapid – la démo­cra­tie est floue.

Le prin­ci­pal pro­blème de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embo­bi­neurs mora­li­sa­teurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les mar­gi­naux mais le cou­rant prin­ci­pal qui est en par­tie natio­na­liste et en par­tie indif­fé­rent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la mino­ri­té ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont mani­fes­té avec Mar­tin Luther King ou fait de la pri­son avec Nel­son Man­de­la. L’État juif, qu’Israël veut abso­lu­ment faire recon­naître par les Pales­ti­niens, doit d’abord se recon­naître lui-même. Au terme de la jour­née, après une semaine ter­rible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, natio­na­liste, conçu uni­que­ment pour les Juifs.

–––

[1] “Our wret­ched Jewish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre...


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­proges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la salle? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­nière guerre mon­diale de nom­breux Juifs ont eu une atti­tude car­ré­ment hos­tile à l’égard du régime nazi. » (dr)

Quand Pierre Des­proges – il y a une ving­taine d’années – s’est com­mis avec son fameux sketch inti­tu­lé « Les Juifs », la France n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux poudres, les meutes anti­sé­mites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héberge les sketches de Des­proges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­taires.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contexte a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­rismes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tembre 2001, guerres d’Afghanistan, du Proche et Moyen Orient ; impasse pales­ti­nienne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lienne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais  » où, dès le début, le mot « Pales­tine  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­vage entre les inter­ve­nants.

Certes, Des­proges et Dieu­don­né s’opposent comme le jour et la nuit. Le pre­mier pra­tique une dis­tan­cia­tion humo­ris­tique affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cette dis­tance ; en quoi le risque existe tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­botte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixième degré. Quand il ne sombre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une telle confu­sion, son public trouve  assez « à boire et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­conque dis­tin­guo entre anti­sio­nisme et anti­sé­mi­tisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui marque pesam­ment deux époques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pierre Des­proges, ver­sion vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce geste, dit de la que­nelle, deve­nu sym­bole de la « Dieu­do­sphère », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste « anti­sio­niste » qu’il conduit aux euro­péennes.

L” « affaire Dieu­don­né » est en passe d’empoisonner notre espace du « vivre ensemble ». Cette belle idée – illu­soire ? – montre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyances, des cer­ti­tudes et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietzsche dénon­çait comme « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­songes. » Anti­sio­niste reven­di­qué, anti­sé­mite mas­qué, Dieu­don­né pro­voque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses pro­pos lui valent plus encore de répro­ba­tions morales que de condam­na­tions pénales, tan­dis que ses spec­tacles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­tique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa per­sonne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­tives d’explications autour de quelques ques­tions dont celle-ci, sans réponse, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Laurent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cause du petit mou­ton contra­riant qui pré­side aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davan­tage, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton oblige, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le poste (France Culture), j’entends Laurent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­ture sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­naire, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la courte vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la haine des Juifs. Pour­quoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en foutent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sketch anti­sé­mite. C’est ça le crime ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en quatre minutes de chro­nique, on peut à peine plus finas­ser qu’en cent qua­rante signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­tales qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjambe allé­gre­ment la faille de sa courte pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la haine des Juifs. Pour­quoi ? Comme ça. » Il mini­mise en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adverbe fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lisme et, au delà, de toute soif de com­prendre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la haine des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contraire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Article docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui poser quelques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de celle-ci, en effet fon­da­men­tale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­lable comme une pique pro­vo­cante. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matière à creu­ser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa nais­sance, mère bre­tonne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métèque. Un frus­tré sans doute, un révol­té, voire un indi­gné, comme tant de jeunes pei­nant à se per­ce­voir comme Fran­çais à part entière, à cause de la dis­cri­mi­na­tion sociale et du racisme. À cause aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par prendre fait et cause. Une prise de conscience qui l’a sans doute fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard cri­tique pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la haine, la voie est par­fois étroite. Puis le suc­cès de scène, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées courtes, pour­vu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­ture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquelle le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gique, à preuve cet « anti­sio­nisme » dont l’ambivalence d’usage (double dimen­sion : his­to­rique et séman­tique, dans un jeu per­fide mas­quant sa nature anti­sé­mite) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs comme fau­teurs uni­ver­sels, cause de tous les maux du monde des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des choses cachées et des mys­tères » et d’alimenter cette filan­dreuse notion de « sys­tème » qu’on retrouve aux extrêmes, gauche et droite, des idéo­lo­gies. (Lire la suite…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre monde part en miettes. Vers où se tour­ner pour y pui­ser quelque espoir de mieux ? À l’inverse des pro­phètes de l’apocalypse, Edgar Morin fait par­tie de ces rares pen­seurs qui refusent la fata­li­té. Ce qui ne lui inter­dit pas la luci­di­té, bien au contraire ! Dans sa remar­quable confé­rence pro­non­cée le 16 décembre à l’iInstitut du monde arabe, à Paris, il n’élude aucune des com­plexi­tés – un terme qui lui est cher – carac­té­ri­sant tout le bas­sin de la Médi­ter­ra­née. Et en par­ti­cu­lier ce qu’il a appe­lé « le can­cer » pour dési­gner la situa­tion de la Pales­tine. Une luci­di­té qui met en cause la poli­tique colo­niale de l’État d’Israël, au point de s’être fait accu­ser d’antisémitisme !

Cette confé­rence est inté­gra­le­ment acces­sible ci-des­sous. C’est un grand moment d’histoire, de culture, d’analyse. C’est aus­si un exploit qua­si­ment spor­tif, s’agissant d’un ath­lète de 92 ans par­cou­rant, sans notes, un mara­thon de la pen­sée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis alerte, parce que l’Europe tend à se détour­ner de la Médi­ter­ra­née au moment où jus­te­ment en Médi­ter­ra­née s’accroissent les pro­blèmes et périls.

Les pro­ces­sus de dis­lo­ca­tion, dégra­da­tion, ren­fer­me­ment qui se déve­loppent un peu par­tout affectent par­ti­cu­liè­re­ment la Médi­ter­ra­née.

Plus encore : la mer de la com­mu­ni­ca­tion devient la mer des ségré­ga­tions, la mer des métis­sages devient la mer des puri­fi­ca­tions reli­gieuses, eth­niques, natio­nales.

Les grandes villes cos­mo­po­lites, véri­tables « cités-monde », creu­sets de la culture médi­ter­ra­néenne se sont éteintes les unes après les autres dans la mono­chro­mie: Salo­nique, Istam­bul, Alexan­drie, Bey­routh. Sara­je­vo ago­nise.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tour­nant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détour­née des pro­blèmes fon­da­men­taux de la Médi­ter­ra­née qui la concernent vita­le­ment. L’économie euro­péenne s’est tour­née vers les mar­chés poten­tiels de l’est, regar­dant au delà l’énorme mar­ché chi­nois. La Médi­ter­ra­née est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud euro­péen, par­ti­cu­liè­re­ment de l’Arc Latin, n’ont pas éla­bo­ré une concep­tion com­mune pour une poli­tique médi­ter­ra­néenne.

L’Europe ouverte tend à rede­ve­nir l’Europe du rejet. Au moment où avaient com­men­cé les pro­ces­sus d’intégration euro­péenne de l’Islam, post­humes comme en Espagne qui réin­tègre en son iden­ti­té, son pas­sé maure, modernes comme en France et en Alle­magne avec les immi­grés magh­ré­bins et turcs, voi­là que revient le vieux démon euro­péen: refou­ler, exclure l’Islam. L’offensive serbe en Bos­nie n’est pas seule­ment un acci­dent, elle est la pour­suite d’une recon­quête.

Par­tout, le par­te­naire néces­saire est de plus en plus consi­dé­ré comme l’adversaire poten­tiel et cela de cha­cun des quatre cotés de la Médi­ter­ra­née: nord sud et est ouest.

La Médi­ter­ra­née s’efface comme déno­mi­na­teur com­mun.

Nous pou­vons aujourd’hui espé­rer, sans cer­ti­tude aucune, en une pro­gres­sive paci­fi­ca­tion au Moyen-Orient, notam­ment par l’accession de la Pales­tine à l’indépendance natio­nale, mais le trou noir géo-his­to­rique y demeure(…)
Pour­rons-nous sau­ver la Médi­ter­ra­née? Pour­rons nous res­tau­rer mieux déve­lop­per sa fonc­tion com­mu­ni­ca­trice? Pour­rons-nous remettre en acti­vi­té cette mer d’échanges, de ren­contres, ce creu­set et bouillon de culture, cette machine à fabri­quer de la civi­li­sa­tion ?

Il y a des solu­tions éco­no­miques, mais les solu­tions seule­ment éco­no­miques sont insuf­fi­santes et par­fois font pro­blème: ain­si le FMI met les États dans la néces­si­té d’obéir à ses exi­gences pour avoir des cré­dits, mais aus­si dans la néces­si­té de leur déso­béir pour évi­ter le clash poli­tique et social (…). Il faut du déve­lop­pe­ment, mais il faut aus­si entiè­re­ment repen­ser et trans­for­mer notre concept de déve­lop­pe­ment lequel est sous-déve­lop­pé. Ain­si il n’y a pas que l’économie indus­trielle à ins­tal­ler, il y a aus­si à réin­ven­ter une éco­no­mie de convi­via­li­té.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de « Marseille-Provence 2013  » avec l’État d’Israël

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a déci­dé de faire de Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture un outil pour « modi­fier son image ». Un cer­tain nombre de citoyens, par­mi les­quels des artistes, res­pon­sables de struc­tures cultu­relles ou d’édition, soli­daires du peuple pales­ti­nien, refusent de cau­tion­ner une telle opé­ra­tion de pro­pa­gande. Ils ont signé et lan­cé un appel de pro­tes­ta­tion contre cette manœuvre de séduc­tion.

Voi­ci le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de res­pon­sables de struc­tures cultu­relles, de spec­ta­teurs, soli­daires du peuple pales­ti­nien

« A l’occasion de « Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture 2013 », le Consu­lat d’Israël à Mar­seille a orga­ni­sé la venue de nom­breux artistes pour une qua­ran­taine de ren­dez-vous appe­lés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de simples évé­ne­ments artis­tiques et cultu­rels, mais d’une véri­table opé­ra­tion de pro­pa­gande des­ti­née à « chan­ger l’image d’Israël » dans l’opinion fran­çaise, direc­te­ment orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Les artistes ain­si ins­tru­men­ta­li­sés ne peuvent l’ignorer.

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Israël. « Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves »

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elha­nan au Par­le­ment euro­péen - Ph. Wiki­pe­dia

La lettre ouverte ci-des­sous fait suite à l’interdiction de la confé­rence sur la Pales­tine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure, à Paris. Trans­mise en com­men­taire à l’article pré­cé­dent (mer­ci René !), elle mérite toute son impor­tance et c’est pour­quoi je la publie ici en entier. Impor­tante, elle l’est d’abord par son conte­nu mais aus­si par son auteure. Nurit Peled-Elha­nan est à la fois Israé­lienne  et oppo­sante réso­lue à l’actuel régime israé­lien qu’elle ne craint pas de com­pa­rer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et « ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gande du régime raciste d’Israël. »

« Cher Mon­sieur Hes­sel, chère Madame Sha­hid, chers par­ti­ci­pants,

Je suis déso­lée de ne pou­voir assis­ter à cette impor­tante confé­rence. Mais je tiens à expri­mer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­ti­ci­pants et à vous assu­rer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du pré­sident du CRIF se féli­ci­tant de l’interdiction de votre confé­rence et remer­ciant des phi­lo­sophes et écri­vains hypo­crites et igno­rants, qui pérorent sous les ors des salons pari­siens et pensent briller en éta­lant leur prose « poli­ti­que­ment cor­recte » tout en igno­rant de manière éton­nante la vie réelle des gens dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés et le carac­tère dic­ta­to­rial du gou­ver­ne­ment israé­lien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négli­gence, mais un crime, car ils encou­ragent la ten­dance fas­ciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Pales­tine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens pales­ti­niens d’Israël ont été pro­po­sées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles séparent des familles.

Elles per­mettent de confis­quer des mai­sons et des terres, de refu­ser les trai­te­ments médi­caux néces­saires à des inva­lides, de détruire les mai­sons des Bédouins, de dis­cri­mi­ner des écoles quand elles sont druzes ou pales­ti­niennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­tice, qui devrait pro­té­ger les gens contre cette ter­reur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autre­fois, toutes les dis­cri­mi­na­tions anti-pales­ti­niennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes per­pé­trés contre ces « non-citoyens ».
En revanche, ce gou­ver­ne­ment où un Lie­ber­mann joue un rôle déci­sif consi­dère comme un péché mor­tel la résis­tance non-vio­lente à l’occupation, qui se déve­loppe dans les socié­tés pales­ti­nienne et israé­lienne contre  les crimes et la répres­sion décou­lant de l’occupation.

Ces der­niers temps, la police et l’armée israé­liennes arrêtent des mili­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yona­than Polack, et les tuent s’ils sont pales­ti­niens, tels Bas­sem Abu-Rah­ma et sa sœur, Jawahr. Les orga­ni­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais sou­mises à des enquêtes bru­tales et humi­liantes par...  les cri­mi­nels contre l’Humanité qui nous gou­vernent. De sur­croît, la pau­vre­té touche plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pales vic­times sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF sou­tient.

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République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme

Allez, je vais encore me faire des copains… Trois faits, trois nou­velles rai­sons de s’indigner – ce sport à la mode. De la faute à ce vieux Hes­sel à la peau blin­dée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bon­net phry­gien – avec cocarde aux cou­leurs de la Pales­tine – à affron­ter le froid devant 400 per­sonnes place du Pan­théon. Motif de sa nou­velle indi­gna­tion : l’annulation d’une confé­rence qu’il devait tenir ce 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure (dont il est issu…) Annu­la­tion ? Inter­dic­tion convien­drait mieux. 

Sté­phane Hes­sel en 2002. Peut-on être grand résis­tant et défen­seur de la Pales­tine ? © Ph. gp

En tout cas il s’agit bien d’une cen­sure : celle par laquelle la direc­trice de l’ENS, Monique Can­to-Sper­ber, a répon­du en obtem­pé­rant à la ministre de l’enseignement supé­rieur, Valé­rie Pécresse, elle-même for­te­ment conseillée par le pré­sident du Conseil repré­sen­ta­tif des ins­ti­tu­tions juives de France (CRIF) et le Bureau natio­nal de vigi­lance contre l’antisémitisme (BNVCA), dénon­çant ce qui leur appa­rais­sait comme un acte de sou­tien à la cam­pagne de boy­cott de pro­duits israé­liens  » Boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment et sanc­tions « , cam­pagne qui avait déjà reçu l’appui de Sté­phane Hes­sel.

Comme le rap­porte Le Monde du 20 jan­vier, « Ber­nard-Hen­ri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut ou encore Claude Cohen-Tan­noud­ji, prix Nobel de phy­sique, ont été féli­ci­tés par Richard Pras­quier, le pré­sident du CRIF, pour avoir  » recom­man­dé l’annulation du débat.   »» Par­mi les pro­tes­ta­taires devant le Pan­théon on rele­vait la pré­sence de Cécile Duflot d’Europe Eco­lo­gie, Daniel Gar­rigue, dépu­té vil­le­pi­niste, Alain Kri­vine, du NPA, ain­si que… Leï­la Sha­hid, délé­guée géné­rale de l’Autorité pales­ti­nienne auprès de l’Union euro­péenne, qui devait prendre part à la confé­rence inter­dite.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de France à Tel Aviv. Pho­to: Mot­ti Kimche

Où notre inef­fable com­pa­triote Ber­nard-Hen­ri Lévy n’aura encore pas man­qué de se dis­tin­guer. La veille de l’action mili­taire que l’on sait contre la flot­tille pro-pales­ti­nienne, BHL pro­non­çait à Tel-Aviv de ces fortes paroles mar­quées de per­ti­nence et de pres­cience :  « Je n’ai jamais vu une armée aus­si démo­cra­tique, qui se pose tel­le­ment de ques­tions morales. » (Haaretz.com, 31 mai). Comme le rap­pelle Alain Gresh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guerre de Gaza, notre phi­lo­sophe s’était pava­né sur un char israé­lien pour entrer dans le ter­ri­toire. Réagis­sant à l’attaque […], Lévy l’a qua­li­fiée, selon l’AFP, de « stu­pide » car ris­quant de ter­nir l’image d’Israël. Pas un mot de condam­na­tion, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géor­gie au Dar­four, de la Tchét­ché­nie à Israël, BHL exerce son sub­ju­guant don de voyance.

«La seule ques­tion qui se pose main­te­nant, pour­suit Alain Gresh, est de savoir quel prix le gou­ver­ne­ment israé­lien devra payer pour ce crime. Car, depuis des années, les Nations unies ont adop­té des dizaines de réso­lu­tions (« Réso­lu­tions de l’ONU non res­pec­tées par Israël », Le Monde diplo­ma­tique, février 2009), l’Union euro­péenne a voté d’innombrables textes qui demandent à Israël de se confor­mer au droit inter­na­tio­nal, ou tout sim­ple­ment au droit huma­ni­taire, en levant, par exemple, le blo­cus de Gaza. Ces textes ne sont jamais sui­vis du moindre effet. Au contraire, l’Union euro­péenne et les Etats-Unis récom­pensent Israël. C’est ce qu’a prou­vé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopé­ra­tion et le déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE), la semaine der­nière, et la visite en France du pre­mier ministre israé­lien Néta­nya­hou pour assis­ter à l’intronisation de son pays.»

Dans la fou­lée des perles his­to­riques, on dis­tin­gue­ra aus­si sur le sujet  celle de l’autre inef­fable et néan­moins porte-parole de l’UMP, Fré­dé­ric Lefebvre décla­rant fine­ment, comme tou­jours, que son par­ti « regrette » les morts, mais dénonce les « pro­vo­ca­tions » de « ceux qui se disent les amis des Pales­ti­niens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une qua­ran­taine de bles­sés qui auraient été dénom­brés après l’attaque lun­di du navire turc « Mavi Mar­ma­ra » par l’armée israé­lienne. Une opé­ra­tion désas­treuse à tous points de vue, tant pour l’État israé­lien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avan­tage qui puisse se déga­ger de tels évé­ne­ments concerne la remise en cause sur la scène inter­na­tio­nale de l’impunité dont béné­fi­ciait jusque là Israël avec la com­pli­ci­té objec­tive de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale » – euphé­misme dési­gnant les riches États de l’hémisphère Nord – et des ins­ti­tu­tions mon­diales, en par­ti­cu­lier l’ONU. C’est une bien mince conso­la­tion au regard du recul poli­tique et diplo­ma­tique que pro­voque déjà ce séisme, recul dont le peuple pales­ti­nien demeure la vic­time per­ma­nente.

Des sol­dats israé­liens à l’assaut d’un des bateaux de la Flo­tille inter­na­tiio­nale pour la liber­té. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizaine de citoyens fran­çais avaient pris part à l’opération « Flo­tilles pour Gaza » ; neuf seraient déte­nus à la pri­son de Beer-She­va, au centre du ter­ri­toire israé­lien. Par­mi eux se trou­ve­rait Tho­mas Som­mer-Hou­de­ville, coor­di­na­teur des mis­sions civiles, sala­rié de l’ONG Focus on Glo­bal South, qui a embar­qué à bord de la flot­tille en Tur­quie. Sa mère décla­rait mar­di à l’AFP n’avoir encore eu encore aucune nou­velle de lui. La veille de l’attaque, il avait rédi­gé pour son blog un texte depuis le car­go grec sur lequel il navi­guait. Un texte clair­voyant et hélas pré­mo­ni­toire. En voi­ci des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écri­ra l’histoire com­plète de cette aven­ture. Il y aura beau­coup de rires, de véri­tables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire main­te­nant, c’est que nous n’avions jamais ima­gi­né que nous ferions flip­per Israël comme ça. Enfin, peut-être dans cer­tains de nos plus beaux rêves.... Tout d’abord, ils ont créé une équipe spé­ciale d’urgence réunis­sant le minis­tère israé­lien des Affaires étran­gères, le com­man­do de marine israé­lien et les auto­ri­tés péni­ten­tiaires pour contrer la menace exis­ten­tielle que nous et nos quelques bateaux rem­plis d’aide huma­ni­taire repré­sentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, mal­gré son agen­da char­gé, de nous mettre en garde à tra­vers les médias israé­liens. Ils nous annoncent main­te­nant qu’ils nous enver­ront dans la pire des pri­sons israé­liens, dans le désert près de Beer­she­va.

« Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une cer­taine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur com­man­do tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils sai­sissent notre car­gai­son et toute l’aide médi­cale, les maté­riaux de construc­tion, les mai­sons pré­fa­bri­quées, les kits sco­laires, et qu’ils les détruisent. Toute cette soli­da­ri­té patiem­ment ras­sem­blée dans de si nom­breux pays pen­dant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens nor­maux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Tur­quie, Irlande, France, Ita­lie, Algé­rie, Malai­sie. Tout ceci pris comme un tro­phée par un État agis­sant comme un vul­gaire pirate des îles. Qui ne sen­ti­rait pas un cer­tain sen­ti­ment de res­pon­sa­bi­li­té et de peur de ne pas être capable d’accomplir notre mis­sion et livrer nos mar­chan­dises à la popu­la­tion empri­son­née de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aus­si de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coa­li­tion, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour évi­ter la confron­ta­tion avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empê­cher de par­tir, de regrou­per nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous bri­ser. Leur scé­na­rio idéal était de nous divi­ser, les Irlan­dais d’un côté, les Grecs et Sué­dois d’un autre, les Amé­ri­cains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pour­raient pas mettre la pres­sion sur la Tur­quie, ni agir direc­te­ment là-bas. Alors ils ont concen­tré leurs attaques sur les par­ties irlan­daises et grecques de notre coa­li­tion.

« Le pre­mier set a com­men­cé il y a deux semaines quand ils ont sabo­té le car­go irlan­dais, l’obligeant à retar­der son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlan­dais ont répa­ré aus­si vite qu’ils le pou­vaient et main­te­nant ils sont à un ou deux jours der­rière nous. Puis ils ont mis une pres­sion énorme sur le gou­ver­ne­ment grec, affai­bli par la crise éco­no­mique, pour l’obliger à ne pas lais­ser par­tir le car­go grec et le bateau de pas­sa­gers gre­co-sué­dois. A cause de ces pres­sions, nous avons dû retar­der notre voyage deux fois et deman­der aux Turcs, à leurs 500 pas­sa­gers et aux amis amé­ri­cains qui étaient prêts à par­tir de nous attendre. C’est ce qu’ils ont fait heu­reu­se­ment ! Jusqu’à la der­nière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gou­ver­ne­ment grec, mais fina­le­ment le gou­ver­ne­ment grec a déci­dé de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés en agis­sant comme un Etat sou­ve­rain et a lais­sé le car­go et le bateau de pas­sa­gers quit­ter le port du Pirée à Athènes.

[…] « Dans quelques heures, le der­nier set, cru­cial, com­men­ce­ra quand nous entre­rons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, maté­riel­le­ment, il serait très facile pour Israël de nous stop­per et nous arrê­ter, mais le coût poli­tique qu’ils auront à payer sera énorme. Vrai­ment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont ten­té de mettre sur notre route ont réus­si à faire une seule chose : sen­si­bi­li­ser de plus en plus de gens par­tout dans le monde sur notre flot­tille et sur la situa­tion de Gaza. Et de tout ça, nous appre­nons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous repré­sen­tons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécon­tents de ce que l’État cri­mi­nel d’Israël fait aux Pales­ti­niens et à chaque amou­reux de la paix qui ose prendre le par­ti des oppri­més. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche ave­nir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de per­sonnes à déci­der de boy­cot­ter Israël chaque jour. »

Tho­mas Som­mer-Hou­de­ville, depuis l’un des bateaux de la flot­tille de Gaza, coor­di­na­teur de la Cam­pagne civile inter­na­tio­nale pour la pro­tec­tion du peuple pales­ti­nien (CCIPPP)

Voir aus­si : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ain­si, la flot­tille ache­mi­nant des cen­taines de mili­tants pro-pales­ti­niens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­man­do israé­lien. Au moins dix-neuf pas­sa­gers ont été tués, une tren­taine bles­sés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révol­té par ce qui est rap­por­té. Une fois de plus Israël se com­porte de manière into­lé­rable ; une fois de plus l’intolérable sera tolé­ré, moyen­nant quelques rodo­mon­tades de l’ineffable « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale », aus­si habi­tuelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la pers­pec­tive de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mor­ti­fère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israé­lienne contre le bateau turc « Mavi Mar­ma­ra » fil­mée par la chaîne de télé­vi­sion du Qatar Al-Jazee­ra. Cli­quer sur l’image.

C’est éga­le­ment ain­si qu’Israël, sur le plan mili­ta­ro-diplo­ma­tique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a déci­dé de tour­ner le dos au Trai­té sur la non-pro­li­fé­ra­tion des armes nucléaires (TNP). Cela s’est pas­sé ven­dre­di der­nier : tan­dis que les 189 États par­ties pre­nantes au TNP se sont accor­dés, à l’unanimité, sur une décla­ra­tion finale appe­lant à la tenue, en 2012, d’une confé­rence régio­nale en faveur d’un Moyen-Orient dénu­cléa­ri­sé, Israël dénon­çait le len­de­main même cet accord. Le gou­ver­ne­ment israé­lien l’a qua­li­fié de « très impar­fait et hypo­crite », déplo­rant que « le régime ter­ro­riste ira­nien n’est même pas men­tion­né ». Israël accuse aus­si les Etats-Unis d” « avoir cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale ».

Non signa­taire du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambi­guï­té stra­té­gique et poli­tique main­te­nue sous ses mul­tiples oscil­la­tions idéo­lo­giques et reli­gieuses de ses régimes suc­ces­sifs, de gauche aus­si bien d’extrême-droite, comme l’actuel gou­ver­ne­ment de Néta­nya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhé­ran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­taine exploi­ta­tion de son tra­gique des­tin his­to­rique – exploi­ta­tion idéo­lo­gique, sym­bo­lique, psy­cho­lo­gique : en ne ces­sant de faire endos­ser au « reste du monde »  la fac­ture de la shoa, de faire payer cette tra­gé­die en mon­naie de culpa­bi­li­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­tiples : inter­dit d’exercer toute cri­tique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Oba­ma ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale ». Une telle atti­tude, pou­vant certes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fu­reux cock­tail reli­gieux et his­to­rique, obère toute avan­cée rai­son­nable, donc aus­si ration­nelle que res­pon­sable.

Comme si le but de toute poli­tique avan­cée, sinon évo­luée, n’était de confor­ter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne sau­rait se réa­li­ser en construi­sant des murs plu­tôt que des ponts, en envoyant des com­man­dos mili­taires plu­tôt que des légions évan­gé­liques. Et on va se plaindre de la guerre !


*Inter­dit même d’écrire « lob­by juif » sur un blog sans pro­vo­quer la cen­sure… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aus­si toute pen­sée cri­tique à son pro­pos et quant à son objet…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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