On n'est pas des moutons

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Gaza. « Un scandale du point de vue moral et un acte criminel » s’indigne Ban Ki-moon

Il exis­te, hélas, des chi­rur­giens qu’on qua­li­fie de bou­chers. Par­ce qu’ils ne sont pas dignes de leur métier consis­tant par prin­ci­pe à soi­gner, ou à ten­ter de le fai­re, au mieux de son savoir et de son éthi­que. C’est même injus­te de com­pa­rer ceux-là à des bou­chers, infâ­mant à l’égard de ceux-ci qui, le plus sou­vent, font bien leur métier, c’est-à-dire avec conscien­ce et l’amour du tra­vail bien fait.

En fait, je par­le ici, pour les dénon­cer autant que je peux, avec le sou­ci du tra­vail bien fait de l’informateur-citoyen indi­gné : je ne par­le pas à la légè­re d’impressions sub­jec­ti­ves. Je dénon­ce avec rigueur et déter­mi­na­tion ces mau­vais et ter­ri­ble bou­chers mili­tai­res agis­sant au nom d’Israël et sous cou­vert de « frap­pes chi­rur­gi­ca­les »,  non plus seule­ment pour se défen­dre donc, mais désor­mais pour se ven­ger et cau­ser du mal, du grand mal, du ter­ri­ble mal : de la mort, de la dou­leur, de la misè­re. L’abomination.

Voi­là ce que j’entends ce matin dans le pos­te, puis ce que je lis :

Après un nou­veau bom­bar­de­ment sur une éco­le de l’ONU, qui a tué au moins dix Pales­ti­niens, Israël fait face à l’indignation inter­na­tio­na­le, alors même que l’Etat hébreu  opé­rait diman­che un début de retrait de ses trou­pes au sol dans la ban­de de Gaza. En gui­se de défen­se, l’armée israé­lien­ne a décla­ré qu’elle avait  « pris pour cibles trois ter­ro­ris­tes du Dji­had isla­mi­que [...] à proxi­mi­té d’une éco­le de l’UNRWA [Offi­ce de secours et de tra­vaux des Nations unies pour les réfu­giés de Pales­ti­ne dans le Pro­che-Orient] à Rafah »» et qu’elle exa­mi­nait les  « consé­quen­ces » de cet acte, sans en recon­naî­tre for­mel­le­ment la res­pon­sa­bi­li­té. Au vingt-sep­tiè­me jour de conflit, 71 per­son­nes ont péri dans le seul sec­teur de Rafah, à la sui­te du pilon­na­ge inten­sif de la vil­le, selon les ser­vi­ces de secours locaux. C’est la troi­siè­me fois qu’une éco­le de l’ONU est ain­si tou­chée, après les bom­bar­de­ments visant Beit Hanoun et Jaba­liya, les 24 et 31 juillet, qui ont fait une tren­tai­ne de morts, alors qu’Israël affir­me pro­cé­der à des frap­pes « chi­rur­gi­ca­les  »  (C’est moi qui sou­li­gne). « C’est un scan­da­le du point de vue moral et un acte cri­mi­nel », ain­si qu’une « nou­vel­le vio­la­tion fla­gran­te du droit huma­ni­tai­re inter­na­tio­nal », s’est indi­gné le secré­tai­re géné­ral de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, prin­ci­paux alliés d’Israël, se sont dits « conster­nés  » par un  « bom­bar­de­ment hon­teux » . Face au tol­lé inter­na­tio­nal, Israël a annon­cé une trê­ve de sept heu­res ce lun­di, entre 9 heu­res et 16 heu­res, heu­re fran­çai­se). Le ces­sez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affron­te­ments conti­nuent. [lemonde.fr]

Le coup des « frap­pes chi­rur­gi­ca­les », on connaît ! Côté « chi­rur­giens-bou­chers », on a été ser­vis avec Geor­ge W. Bush en Irak et pour ven­ger le 11 sep­tem­bre. On a vu, on voit le résul­tat !

Qu’espère donc ce gou­ver­ne­ment ultra de « néo-conser­va­teurs » israé­liens ? Jus­te­ment, à quel­le espé­ran­ce pour­rait-il pré­ten­dre enco­re ? En la paix ? En la sécu­ri­té ? En la digni­té ? En la divi­ni­té – pen­dant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quel­le peut bien être la hié­rar­chie des valeurs qui déter­mi­nent les anta­go­nis­mes meur­triers de ce conflit sécu­lai­re (mil­lé­nai­re ?) ? Car il ne sau­rait être ques­tion, dans ce dérè­gle­ment mons­trueux, d’absoudre les extré­mis­tes de l’autre bord, les isla­mis­tes. La par­tie archaï­que des « frè­res enne­mis » remon­tant aux mythes fon­da­teurs des deux sys­tè­mes théo­cra­ti­ques, on peut se deman­der en quoi et com­ment des amé­na­ge­ments « moder­nes » pour­raient condui­re à la paix sans éra­di­quer – à la raci­ne – cet­te patho­lo­gie ?

« Amé­na­ge­ments moder­nes », autre­ment dit : le par­ta­ge des ter­ri­toi­res tel qu’il fut en prin­ci­pe déci­dé et acté par les accords inter­na­tio­naux, estam­pillé par l’ONU, etc. – et aus­si peu res­pec­té que tou­jours bafoué ; donc l’établissement de fron­tiè­res com­mu­nes entre deux États recon­nus, à com­men­cer par eux-mêmes ; donc une coopé­ra­tion éco­no­mi­que basée sur les par­ta­ges équi­ta­bles de l’eau et des riches­ses du sous-sol, dont le pétro­le (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une uto­pie tota­le, sté­ri­le, venant se fra­cas­ser contre ce mur – au pro­pre com­me au figu­ré – dres­sé entre Yah­vé et Allah, au nom du mono­théis­me… qui pos­tu­le l’existence d’un Dieu uni­que !

Si, com­me je le pen­se, les hom­mes ont inven­té les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direc­tion d’une Huma­ni­té digne de ce nom devrait viser l’affranchissement des croyan­ces ances­tra­les. Mais nous tou­chons là à un pro­ces­sus rele­vant du temps long de l’évolution. Pro­ces­sus de l’évolution dont on sait, depuis Dar­win notam­ment, qu’il dépend à part inéga­les et aléa­toi­res du hasard et de la néces­si­té. La tâche est donc rude pour l’Homo sapiens de s’ériger [erec­tus] en sage. Voir à ce pro­pos la noti­ce lit­té­ra­le­ment ren­ver­san­te de Wiki­pe­dia consa­crée aux actuels conflits dans le mon­de. Où l’on décou­vre deux tableaux (et quels tableaux !) dres­sant la lita­nie des guer­res à l’intérieur de l’espèce humai­ne, clas­sées (par com­mo­di­té…) entre cel­les qui cau­sent plus ou moins d’un mil­lier de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Lis­te des guer­res moder­nes ». En voi­ci un aper­çu illus­tré :

carte-conflits-monde

car­ré mar­ron – dif­fi­cul­tés poli­ti­ques
car­ré bleu – conflits en cours de réso­lu­tion
rond vert – zones de ten­sion
étoi­le noi­re – ten­sions eth­ni­ques ou civi­les
losan­ge rou­ge – zones de guer­re •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brau­man - Régis Debray - Chris­tia­ne Hes­sel - Edgar Morin vien­nent d’adresser, via Le Mon­de de ce jour, un appel à Hol­lan­de, en gros pour qu’il se bou­ge le cul sur le dra­me de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon gen­re ? [On peut rêver…].  En atten­dant, cet appel se trou­ve ci-des­sous :

Appel à Hol­lan­de 4:8:14


Gaza. « Une nuit “particulièrement” meurtrière… » Un silence “particulièrement” assourdissant

gaza

Je reçois ça du « Mon­de » ce matin, par inter­net… La rou­ti­ne, si ce n’est l’adverbe : « par­ti­cu­liè­re­ment ». Avant ça, non, de la rigo­la­de. On mon­te donc d’un cran. Déri­soi­re. Il est des moments où cet­te pseu­do neu­tra­li­té jour­na­lis­ti­que consti­tue un outra­ge au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille néces­sai­re­ment pren­dre par­ti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hur­ler à la paix ! Inter­pel­ler sans relâ­che les « grands » du Mon­de, invo­quer la Paix, à la Jau­rès, se lever sur tou­tes les tri­bu­nes pos­si­bles pour fai­re arrê­ter le mas­sa­cre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Ham­ra

Voyez cet­te insou­te­na­ble pho­to ci-des­sus. Com­ment jus­ti­fier ce qui l’a pro­vo­quée ? La har­gne de des­truc­tion, la… solu­tion fina­le ? Je sais, Israël est agres­sé, mena­cé, nié par une hor­de de tueurs fana­ti­ques. Oui mais, les autres… Ne cher­chons pas ici à remon­ter aux sour­ces de l’indémêlable conflit entre ter­ri­toi­res, entre mono­théis­mes et domi­na­tions éco­no­mi­ques. Les extré­mis­mes sont indé­fen­da­bles, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que pro­tes­tent, que pro­po­sent, que « agis­sent » nos cau­seurs sans cau­se, nos paci­fis­tes sans paix, nos poli­ti­ciens sans poli­ti­que ?

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Comp­ter les vic­ti­mes. Les info­gra­phes ont renon­cé à l’image des pla­teaux de la balan­ce…

Tan­dis qu’ici, contraints au spec­ta­cle média­ti­que, à comp­ter les morts, impuis­sants ou tout jus­te auto­ri­sés, sauf inter­dic­tion, à quel­que manif” de rue par un gou­ver­ne­ment fon­ciè­re­ment lâche, sans enga­ge­ment ni paro­le – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplo­ma­ti­que. Hol­lan­de, Valls, Fabius, bro­chet­te de la hon­te.

Donc, on célè­bre « Qua­tror­ze », la « Gran­de Guer­re ». On fait reten­tir le toc­sin, vibrer les clo­chers et, au fond, glo­ri­fier Clé­men­ceau plu­tôt que Jau­rès – la défai­te de la Paix sur la « Vic­toi­re », quit­te à remet­tre « ça » vingt ans après.

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Venel­les, 2/8/14 .Com­me en Qua­tor­ze. (Ph. gp)

Et ces com­bat­tants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueu­le – à repar­tir com­me en Qua­tor­ze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nou­vel­le sal­ve de vio­len­ces vient d’éclater entre Israël et la Pales­ti­ne et une fois enco­re, des enfants meu­rent. Les seuls appels au ces­sez-le-feu ne mar­chent pas, nous le savons. Il est temps de lan­cer des actions non-vio­len­tes pour met­tre fin une fois pour tou­tes à des décen­nies de cau­che­mar.

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Ph. Avaaz

Nos gou­ver­ne­ments ont échoué -- tout en négo­ciant la paix et en adop­tant des réso­lu­tions à l’ONU, ils conti­nuent, via leurs entre­pri­ses, à finan­cer, à tirer pro­fit et à inves­tir dans la vio­len­ce. La seule maniè­re de met­tre un frein à ce cer­cle vicieux de confis­ca­tion des ter­res des famil­les inno­cen­tes, de puni­tions col­lec­ti­ves, de lan­ce­ment de roquet­tes du Hamas, et de bom­bar­de­ments sur Gaza est de ren­dre le coût éco­no­mi­que du conflit insou­te­na­ble.

Nous savons que ça mar­che -- la direc­ti­ve euro­péen­ne empê­chant le finan­ce­ment des colo­nies illé­ga­les avait cau­sé un séis­me au sein du gou­ver­ne­ment israé­lien. La déci­sion du fonds de pen­sion néer­lan­dais PGGM de se reti­rer des colo­nies illé­ga­les sui­te à un appel citoyen avait éga­le­ment créé une tem­pê­te poli­ti­que.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne met­tra cer­tai­ne­ment pas fin aux tue­ries, mais l’Histoire nous a mon­tré que sou­vent, le che­min de la paix pas­se par l’augmentation du coût de l’oppression. Cli­quez sur le lien pour exhor­ter six ban­ques, fonds de pen­sion et entre­pri­ses à met­tre un ter­me à ces inves­tis­se­ments -- si nous réus­sis­sons à fai­re mon­ter la pres­sion, ces éta­blis­se­ments pour­raient se reti­rer, cela por­te­rait un coup à l’économie israé­lien­ne, et nous pour­rions déjouer les cal­culs poli­ti­ques des extré­mis­tes qui pro­fi­tent poli­ti­que­ment de l’horreur:

Lors des cinq der­niè­res semai­nes, trois ado­les­cents israé­liens ont été assas­si­nés en Cis­jor­da­nie, un jeu­ne pales­ti­nien a été brû­lé vif, un ado­les­cent amé­ri­cain a été bru­ta­le­ment frap­pé par la poli­ce israé­lien­ne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israé­liens. Ce n’est plus “le conflit israé­lo-pales­ti­nien”, c’est une guer­re contre les enfants. Et nous som­mes en train de deve­nir insen­si­bles à cet­te igno­mi­nie. Des médias font pas­ser cet­te guer­re pour un conflit inso­lu­ble entre deux bel­li­gé­rants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les atta­ques des extré­mis­tes pales­ti­niens contre des civils inno­cents doi­vent être condam­nées et ces­ser, mais c’est la spo­lia­tion du peu­ple pales­ti­nien qui est à la raci­ne du conflit. Israël occu­pe, colo­ni­se, bom­bar­de, atta­que et contrô­le l’eau, le com­mer­ce et les fron­tiè­res d’un État libre et recon­nu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus gran­de pri­son à ciel ouvert du mon­de, puis lui a impo­sé un blo­cus. Aujourd’hui, alors que les bom­bes pleu­vent, les famil­les n’ont aucun endroit où se réfu­gier.

Ce sont des cri­mes de guer­re que l’on n’accepterait nul­le part ailleurs. Pour­quoi alors les accep­ter en Pales­ti­ne? Il y a cin­quan­te ans, Israël et ses voi­sins ara­bes sont entrés en guer­re et Israël a occu­pé la Cis­jor­da­nie et la ban­de de Gaza. Occu­per un ter­ri­toi­re après une guer­re est cho­se com­mu­ne, mais aucu­ne occu­pa­tion mili­tai­re ne devrait se trans­for­mer en des dizai­nes d’années de tyran­nie, qui ne pro­fi­te qu’aux extré­mis­tes qui pren­nent les inno­cents pour cible. Et qui souf­fre? La gran­de majo­ri­té des famil­les des deux côtés, des famil­les aiman­tes qui ne veu­lent que la liber­té et la paix.

Pour un cer­tain nom­bre de per­son­nes, en par­ti­cu­lier en Euro­pe et en Amé­ri­que du Nord, appe­ler les entre­pri­ses à reti­rer leurs inves­tis­se­ments en ces­sant de finan­cer ou de par­ti­ci­per à l’occupation israé­lien­ne en Pales­ti­ne sem­ble par­tial. Mais ce n’est pas le cas -- c’est la stra­té­gie non vio­len­te la plus effi­ca­ce pour met­tre fin aux cycles de vio­len­ce, assu­rer la sécu­ri­té d’Israël et obte­nir la liber­té pour les Pales­ti­niens. La Pales­ti­ne est minus­cu­le à côté de la puis­san­ce et de la riches­se d’Israël. Si cet­te der­niè­re refu­se de met­tre fin aux occu­pa­tions illé­ga­les de ter­res pales­ti­nien­nes, le mon­de doit agir pour en ren­dre le coût insup­por­ta­ble.

ABP, le fonds de pen­sion néer­lan­dais, inves­tit dans les ban­ques israé­lien­nes qui finan­cent la colo­ni­sa­tion de la Pales­ti­ne. D’énormes ban­ques com­me Bar­clays finan­cent les fabri­cants d’armes israé­liens et d’autres entre­pri­ses [dont Veo­lia] qui fleu­ris­sent grâ­ce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hew­lett-Packard four­nit des sys­tè­mes de sur­veillan­ce sophis­ti­qués pour contrô­ler les mou­ve­ments des Pales­ti­niens. Et Cater­pillar pro­duit des bull­do­zers qui sont uti­li­sés pour détrui­re des mai­sons et des fer­mes pales­ti­nien­nes. Si nous lan­çons le plus grand appel jamais vu pour exhor­ter ces entre­pri­ses à se reti­rer, nous mon­tre­rons que le mon­de ne veut plus être com­pli­ce de ce bain de sang. Les Pales­ti­niens appel­lent le mon­de entier à sou­te­nir cet­te action et les Israé­liens pro­gres­sis­tes la sou­tien­nent éga­le­ment. Rejoi­gnons-les!

Une péti­tion à signer ici.

Notre com­mu­nau­té se ras­sem­ble pour offrir la paix, l’espoir et le chan­ge­ment dans cer­tains des conflits les plus durs au mon­de. Sou­vent, cela signi­fie pren­dre posi­tion pour atta­quer le pro­blè­me à la raci­ne. Pen­dant des années, notre com­mu­nau­té a cher­ché une solu­tion poli­ti­que à ce cau­che­mar, mais avec la nou­vel­le vague d’horreur qui défer­le sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les argu­ments éco­no­mi­ques pour met­tre un ter­me à l’horreur pour les Israé­liens com­me pour les Pales­ti­niens.

Avec espoir et déter­mi­na­tion,

Ali­ce, Fadi, Ben, Lai­la, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et tou­te l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majo­ri­té de l’UE décon­seille le com­mer­ce avec les colo­nies israé­lien­nes (Eur­ac­tiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israé­liens et les Pales­ti­niens sont en faveur de la paix mais n’ont guè­re d’espoir (Gal­lup - en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colo­nies israé­lien­nes : le Quai d’Orsay met en gar­de les inves­tis­seurs fran­çais (Fran­ce 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. « Notre misérable État juif », par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Arti­cle de Gideon Levy, publié dans Haa­retz, le 6 juillet 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union jui­ve fran­çai­se pour la paix), dif­fu­sé par la Ligue des Droits de l’Homme de Tou­lon.

Les jeu­nes de l’État juif atta­quent des Pales­ti­niens dans les rues de Jéru­sa­lem, exac­te­ment com­me les jeu­nes chez les gen­tils atta­quaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israé­liens de l’État juif se déchaî­nent sur les réseaux sociaux, répan­dant une hai­ne et un désir de ven­gean­ce d’une ampleur dia­bo­li­que sans pré­cé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­ni­que. Ce sont les enfants de la géné­ra­tion natio­na­lis­te et racis­te – la des­cen­dan­ce de Neta­nya­hou.

Depuis cinq ans main­te­nant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alar­mis­tes et supré­ma­tie sur les Ara­bes de la part du véri­ta­ble ins­truc­teur de cet­te géné­ra­tion, le pre­mier minis­tre Ben­ja­min Neta­nya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de trai­te­ment égal.

  Main­te­nant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits uni­que­ment pour le Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le contex­te de la reven­di­ca­tion pro­vo­can­te de recon­nais­san­ce d’Israël com­me « État juif » et ils ont tiré les conclu­sions qui s’imposent. Avant même la déli­mi­ta­tion de ce que signi­fie « État juif » - sera-ce un État qui met les tefi­lin (phy­lac­tè­res), embras­se les mezou­zot (des rou­leaux de priè­res enfer­més dans de peti­tes boî­tes métal­li­ques ou en bois qui sont fixées aux cham­bran­les des por­tes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­ti­lè­ges, fer­me le jour de Shab­ba­th et obser­ve stric­te­ment les lois de la cash­rout – les mas­ses ont com­pris.

La fou­le a d’emblée inté­rio­ri­sé la véri­ta­ble signi­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a pla­ce que pour les Juifs. Le sort des Afri­cains est d’être envoyé au cen­tre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­ti­niens est d’endurer des pogroms. C’est com­me ça que ça mar­che dans un État juif : c’est à cet­te seule condi­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de consti­tu­tion, il n’y a même pas de pla­ce pour un Ara­be qui fait de son mieux pour être un bon Ara­be, com­me l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la pré­si­den­te de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Cal­de­ron (du par­ti Yesh Atid – inuti­le de pré­ci­ser que c’est le « cen­tre » de l’échiquier poli­ti­que) cou­pe la paro­le au dépu­té ara­be Ahmed Tibi (de la lis­te ara­be unie Ta’al) à pei­ne reve­nu, bou­le­ver­sé, d’une visi­te à la famil­le de Shoa­fat, le jeu­ne Ara­be qui a été mas­sa­cré, et le ser­mon­ne cyni­que­ment sur le thè­me qu’il doit aus­si fai­re réfé­ren­ce aux trois jeu­nes Juifs mas­sa­crés (alors même qu’il venait de le fai­re).

Dans un État juif, la Cour Suprê­me auto­ri­se la démo­li­tion de la mai­son de la famil­le d’un hom­me sus­pec­té de meur­tre avant même qu’il ne soit condam­né. Un État juif édic­te des lois racis­tes et natio­na­lis­tes. Les médias d’un État juif se com­plai­sent sur le meur­tre de trois étu­diants de yeshi­va et igno­rent pres­que com­plè­te­ment le sort de plu­sieurs jeu­nes Pales­ti­niens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des der­niers mois, géné­ra­le­ment sans rai­son.

Per­son­ne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Ara­bes, dont les vies valent peu. Pas un soup­çon de res­pect du droit inter­na­tio­nal ni des conven­tions inter­na­tio­na­les. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­vel­le géné­ra­tion qui gran­dit sous sa cou­pe est dan­ge­reu­se à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Neta­nya­hou est son minis­tre de l’éducation ; les médias mili­ta­ris­tes et natio­na­lis­tes font offi­ce de poè­me péda­go­gi­que ; le sys­tè­me d’éducation qui l’emmène à Ausch­witz et à Hébron lui sert de gui­de.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espè­ce nou­vel­le, piquan­te dehors com­me dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­lo­gue pales­ti­nien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sau­va­ge, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un mons­tre, un ter­ro­ris­te.

Il sait qu’Israël n’a pas de par­te­nai­re pour la paix, puis­que c’est ce qu’il a enten­tu un nom­bre incal­cu­la­ble de fois de la part de Neta­nya­hou, du minis­tre des Affai­res étran­gè­res Avig­dor Lie­ber­man et du minis­tre de l’Économie, Naf­ta­li Ben­nett. De la bou­che de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoa­bis » – en réfé­ren­ce condes­cen­dan­te à la dépu­tée de la Knes­set Haneen Zoa­bi (du par­ti Balad).

Etre de gau­che ou dési­reux de jus­ti­ce dans l’État juif est consi­dé­ré com­me un délit, la socié­té civi­le est tenue pour tri­cheu­se, la vraie démo­cra­tie pour dia­bo­li­que. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droi­te mais le sup­po­sé cen­tre gau­che incluant Tzi­pi Liv­ni et Lapid – la démo­cra­tie est floue.

Le prin­ci­pal pro­blè­me de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embo­bi­neurs mora­li­sa­teurs, les voyous, l’extrême droi­te et les colons. Non pas les mar­gi­naux mais le cou­rant prin­ci­pal qui est en par­tie natio­na­lis­te et en par­tie indif­fé­rent.

Dans l’État juif, il ne res­te rien de l’injonction bibli­que selon laquel­le il faut être jus­te avec la mino­ri­té ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont mani­fes­té avec Mar­tin Luther King ou fait de la pri­son avec Nel­son Man­de­la. L’État juif, qu’Israël veut abso­lu­ment fai­re recon­naî­tre par les Pales­ti­niens, doit d’abord se recon­naî­tre lui-même. Au ter­me de la jour­née, après une semai­ne ter­ri­ble, il sem­ble qu’un État juif ce soit un État racis­te, natio­na­lis­te, conçu uni­que­ment pour les Juifs.

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[1] “Our wret­ched Jewi­sh sta­te” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre...


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

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Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce ges­te, dit de la que­nel­le, deve­nu sym­bo­le de la « Dieu­do­sphè­re », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affi­che de la lis­te « anti­sio­nis­te » qu’il conduit aux euro­péen­nes.

L” « affai­re Dieu­don­né » est en pas­se d’empoisonner notre espa­ce du « vivre ensem­ble ». Cet­te bel­le idée – illu­soi­re ? – mon­tre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyan­ces, des cer­ti­tu­des et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietz­sche dénon­çait com­me « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­son­ges. » Anti­sio­nis­te reven­di­qué, anti­sé­mi­te mas­qué, Dieu­don­né pro­vo­que et, tout à la fois, révul­se et atti­re. Ses pro­pos lui valent plus enco­re de répro­ba­tions mora­les que de condam­na­tions péna­les, tan­dis que ses spec­ta­cles font sal­les com­bles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­ti­que dont il fait l’objet. Com­me si deux visions du mon­de s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­ti­ves d’explications autour de quel­ques ques­tions dont cel­le-ci, sans répon­se, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cau­se du petit mou­ton contra­riant qui pré­si­de aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affai­re qui ris­que d’enfler enco­re bien davan­ta­ge, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton obli­ge, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nan­te. Ce qui n’est pas sans ris­ques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrê­mes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le pos­te (Fran­ce Cultu­re), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­tu­re sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­nai­re, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la cour­te vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en fou­tent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sket­ch anti­sé­mi­te. C’est ça le cri­me ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre minu­tes de chro­ni­que, on peut à pei­ne plus finas­ser qu’en cent qua­ran­te signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­ta­les qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjam­be allé­gre­ment la faille de sa cour­te pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. » Il mini­mi­se en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adver­be fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lis­me et, au delà, de tou­te soif de com­pren­dre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la hai­ne des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contrai­re du dou­te. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puis­que rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Arti­cle docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui fai­re la cour­te-échel­le, mais bien pour lui poser quel­ques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de cel­le-ci, en effet fon­da­men­ta­le : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­la­ble com­me une pique pro­vo­can­te. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matiè­re à creu­ser » : depuis son enfan­ce, cer­tes, et même depuis sa nais­san­ce, mère bre­ton­ne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métè­que. Un frus­tré sans dou­te, un révol­té, voi­re un indi­gné, com­me tant de jeu­nes pei­nant à se per­ce­voir com­me Fran­çais à part entiè­re, à cau­se de la dis­cri­mi­na­tion socia­le et du racis­me. À cau­se aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cau­se. Une pri­se de conscien­ce qui l’a sans dou­te fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui impli­que, pour le moins, un regard cri­ti­que pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la hai­ne, la voie est par­fois étroi­te. Puis le suc­cès de scè­ne, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées cour­tes, pour­vu qu’elles soient « drô­les » ; son allian­ce pour la scè­ne avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­tu­re ensui­te ; ses déboi­res liés à ses déri­ves, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquel­le le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gi­que, à preu­ve cet « anti­sio­nis­me » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­to­ri­que et séman­ti­que, dans un jeu per­fi­de mas­quant sa natu­re anti­sé­mi­te) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs com­me fau­teurs uni­ver­sels, cau­se de tous les maux du mon­de des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des cho­ses cachées et des mys­tè­res » et d’alimenter cet­te filan­dreu­se notion de « sys­tè­me » qu’on retrou­ve aux extrê­mes, gau­che et droi­te, des idéo­lo­gies. (Lire la sui­te…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre mon­de part en miet­tes. Vers où se tour­ner pour y pui­ser quel­que espoir de mieux ? À l’inverse des pro­phè­tes de l’apocalypse, Edgar Morin fait par­tie de ces rares pen­seurs qui refu­sent la fata­li­té. Ce qui ne lui inter­dit pas la luci­di­té, bien au contrai­re ! Dans sa remar­qua­ble confé­ren­ce pro­non­cée le 16 décem­bre à l’iInstitut du mon­de ara­be, à Paris, il n’élude aucu­ne des com­plexi­tés – un ter­me qui lui est cher – carac­té­ri­sant tout le bas­sin de la Médi­ter­ra­née. Et en par­ti­cu­lier ce qu’il a appe­lé « le can­cer » pour dési­gner la situa­tion de la Pales­ti­ne. Une luci­di­té qui met en cau­se la poli­ti­que colo­nia­le de l’État d’Israël, au point de s’être fait accu­ser d’antisémitisme !

Cet­te confé­ren­ce est inté­gra­le­ment acces­si­ble ci-des­sous. C’est un grand moment d’histoire, de cultu­re, d’analyse. C’est aus­si un exploit qua­si­ment spor­tif, s’agissant d’un ath­lè­te de 92 ans par­cou­rant, sans notes, un mara­thon de la pen­sée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis aler­te, par­ce que l’Europe tend à se détour­ner de la Médi­ter­ra­née au moment où jus­te­ment en Médi­ter­ra­née s’accroissent les pro­blè­mes et périls.

Les pro­ces­sus de dis­lo­ca­tion, dégra­da­tion, ren­fer­me­ment qui se déve­lop­pent un peu par­tout affec­tent par­ti­cu­liè­re­ment la Médi­ter­ra­née.

Plus enco­re : la mer de la com­mu­ni­ca­tion devient la mer des ségré­ga­tions, la mer des métis­sa­ges devient la mer des puri­fi­ca­tions reli­gieu­ses, eth­ni­ques, natio­na­les.

Les gran­des vil­les cos­mo­po­li­tes, véri­ta­bles « cités-mon­de », creu­sets de la cultu­re médi­ter­ra­néen­ne se sont étein­tes les unes après les autres dans la mono­chro­mie: Salo­ni­que, Istam­bul, Alexan­drie, Bey­rou­th. Sara­je­vo ago­ni­se.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tour­nant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détour­née des pro­blè­mes fon­da­men­taux de la Médi­ter­ra­née qui la concer­nent vita­le­ment. L’économie euro­péen­ne s’est tour­née vers les mar­chés poten­tiels de l’est, regar­dant au delà l’énorme mar­ché chi­nois. La Médi­ter­ra­née est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud euro­péen, par­ti­cu­liè­re­ment de l’Arc Latin, n’ont pas éla­bo­ré une concep­tion com­mu­ne pour une poli­ti­que médi­ter­ra­néen­ne.

L’Europe ouver­te tend à rede­ve­nir l’Europe du rejet. Au moment où avaient com­men­cé les pro­ces­sus d’intégration euro­péen­ne de l’Islam, post­hu­mes com­me en Espa­gne qui réin­tè­gre en son iden­ti­té, son pas­sé mau­re, moder­nes com­me en Fran­ce et en Alle­ma­gne avec les immi­grés magh­ré­bins et turcs, voi­là que revient le vieux démon euro­péen: refou­ler, exclu­re l’Islam. L’offensive ser­be en Bos­nie n’est pas seule­ment un acci­dent, elle est la pour­sui­te d’une recon­quê­te.

Par­tout, le par­te­nai­re néces­sai­re est de plus en plus consi­dé­ré com­me l’adversaire poten­tiel et cela de cha­cun des qua­tre cotés de la Médi­ter­ra­née: nord sud et est ouest.

La Médi­ter­ra­née s’efface com­me déno­mi­na­teur com­mun.

Nous pou­vons aujourd’hui espé­rer, sans cer­ti­tu­de aucu­ne, en une pro­gres­si­ve paci­fi­ca­tion au Moyen-Orient, notam­ment par l’accession de la Pales­ti­ne à l’indépendance natio­na­le, mais le trou noir géo-his­to­ri­que y demeu­re(…)
Pour­rons-nous sau­ver la Médi­ter­ra­née? Pour­rons nous res­tau­rer mieux déve­lop­per sa fonc­tion com­mu­ni­ca­tri­ce? Pour­rons-nous remet­tre en acti­vi­té cet­te mer d’échanges, de ren­con­tres, ce creu­set et bouillon de cultu­re, cet­te machi­ne à fabri­quer de la civi­li­sa­tion ?

Il y a des solu­tions éco­no­mi­ques, mais les solu­tions seule­ment éco­no­mi­ques sont insuf­fi­san­tes et par­fois font pro­blè­me: ain­si le FMI met les États dans la néces­si­té d’obéir à ses exi­gen­ces pour avoir des cré­dits, mais aus­si dans la néces­si­té de leur déso­béir pour évi­ter le cla­sh poli­ti­que et social (…). Il faut du déve­lop­pe­ment, mais il faut aus­si entiè­re­ment repen­ser et trans­for­mer notre concept de déve­lop­pe­ment lequel est sous-déve­lop­pé. Ain­si il n’y a pas que l’économie indus­triel­le à ins­tal­ler, il y a aus­si à réin­ven­ter une éco­no­mie de convi­via­li­té.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de « Marseille-Provence 2013  » avec l’État d’Israël

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a déci­dé de fai­re de Mar­seille capi­ta­le euro­péen­ne de la cultu­re un outil pour « modi­fier son ima­ge ». Un cer­tain nom­bre de citoyens, par­mi les­quels des artis­tes, res­pon­sa­bles de struc­tu­res cultu­rel­les ou d’édition, soli­dai­res du peu­ple pales­ti­nien, refu­sent de cau­tion­ner une tel­le opé­ra­tion de pro­pa­gan­de. Ils ont signé et lan­cé un appel de pro­tes­ta­tion contre cet­te manœu­vre de séduc­tion.

Voi­ci le tex­te de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de res­pon­sa­bles de struc­tu­res cultu­rel­les, de spec­ta­teurs, soli­dai­res du peu­ple pales­ti­nien

« A l’occasion de « Mar­seille capi­ta­le euro­péen­ne de la cultu­re 2013 », le Consu­lat d’Israël à Mar­seille a orga­ni­sé la venue de nom­breux artis­tes pour une qua­ran­tai­ne de ren­dez-vous appe­lés « Israël en scè­ne 2013 ». Il ne s’agit pas de sim­ples évé­ne­ments artis­ti­ques et cultu­rels, mais d’une véri­ta­ble opé­ra­tion de pro­pa­gan­de des­ti­née à « chan­ger l’image d’Israël » dans l’opinion fran­çai­se, direc­te­ment orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Les artis­tes ain­si ins­tru­men­ta­li­sés ne peu­vent l’ignorer.

(Lire la sui­te…)


Israël. « Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves »

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elha­nan au Par­le­ment euro­péen - Ph. Wiki­pe­dia

La let­tre ouver­te ci-des­sous fait sui­te à l’interdiction de la confé­ren­ce sur la Pales­ti­ne et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vier à l’École nor­ma­le supé­rieu­re, à Paris. Trans­mi­se en com­men­tai­re à l’article pré­cé­dent (mer­ci René !), elle méri­te tou­te son impor­tan­ce et c’est pour­quoi je la publie ici en entier. Impor­tan­te, elle l’est d’abord par son conte­nu mais aus­si par son auteu­re. Nurit Peled-Elha­nan est à la fois Israé­lien­ne  et oppo­san­te réso­lue à l’actuel régi­me israé­lien qu’elle ne craint pas de com­pa­rer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que jui­ve,  dénon­ce-t-elle le CRIF et « ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gan­de du régi­me racis­te d’Israël. »

« Cher Mon­sieur Hes­sel, chè­re Mada­me Sha­hid, chers par­ti­ci­pants,

Je suis déso­lée de ne pou­voir assis­ter à cet­te impor­tan­te confé­ren­ce. Mais je tiens à expri­mer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­ti­ci­pants et à vous assu­rer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du pré­si­dent du CRIF se féli­ci­tant de l’interdiction de votre confé­ren­ce et remer­ciant des phi­lo­so­phes et écri­vains hypo­cri­tes et igno­rants, qui péro­rent sous les ors des salons pari­siens et pen­sent briller en éta­lant leur pro­se « poli­ti­que­ment cor­rec­te » tout en igno­rant de maniè­re éton­nan­te la vie réel­le des gens dans les Ter­ri­toi­res pales­ti­niens occu­pés et le carac­tè­re dic­ta­to­rial du gou­ver­ne­ment israé­lien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négli­gen­ce, mais un cri­me, car ils encou­ra­gent la ten­dan­ce fas­cis­te qui mena­ce de nous noyer tous, en Israël, en Pales­ti­ne et en Fran­ce.

En 2010, tren­te lois racis­tes visant les citoyens pales­ti­niens d’Israël ont été pro­po­sées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles sépa­rent des famil­les.

Elles per­met­tent de confis­quer des mai­sons et des ter­res, de refu­ser les trai­te­ments médi­caux néces­sai­res à des inva­li­des, de détrui­re les mai­sons des Bédouins, de dis­cri­mi­ner des éco­les quand elles sont dru­zes ou pales­ti­nien­nes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­ti­ce, qui devrait pro­té­ger les gens contre cet­te ter­reur, obéit aux lois racis­tes d’un régi­me d’apartheid.

Com­me en Afri­que du Sud autre­fois, tou­tes les dis­cri­mi­na­tions anti-pales­ti­nien­nes en Israël sont léga­les : nul n’est jamais puni pour les cri­mes per­pé­trés contre ces « non-citoyens ».
En revan­che, ce gou­ver­ne­ment où un Lie­ber­mann joue un rôle déci­sif consi­dè­re com­me un péché mor­tel la résis­tan­ce non-vio­len­te à l’occupation, qui se déve­lop­pe dans les socié­tés pales­ti­nien­ne et israé­lien­ne contre  les cri­mes et la répres­sion décou­lant de l’occupation.

Ces der­niers temps, la poli­ce et l’armée israé­lien­nes arrê­tent des mili­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, com­me Yona­than Pola­ck, et les tuent s’ils sont pales­ti­niens, tels Bas­sem Abu-Rah­ma et sa sœur, Jawahr. Les orga­ni­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais sou­mi­ses à des enquê­tes bru­ta­les et humi­lian­tes par...  les cri­mi­nels contre l’Humanité qui nous gou­ver­nent. De sur­croît, la pau­vre­té tou­che plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pa­les vic­ti­mes sont les citoyens ara­bes.

Et le mon­de se tait… Et le CRIF sou­tient.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de Fran­ce à Tel Aviv. Pho­to: Mot­ti Kim­che

Où notre inef­fa­ble com­pa­trio­te Ber­nard-Hen­ri Lévy n’aura enco­re pas man­qué de se dis­tin­guer. La veille de l’action mili­tai­re que l’on sait contre la flot­tille pro-pales­ti­nien­ne, BHL pro­non­çait à Tel-Aviv de ces for­tes paro­les mar­quées de per­ti­nen­ce et de pres­cien­ce :  « Je n’ai jamais vu une armée aus­si démo­cra­ti­que, qui se pose tel­le­ment de ques­tions mora­les. » (Haaretz.com, 31 mai). Com­me le rap­pel­le Alain Gre­sh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guer­re de Gaza, notre phi­lo­so­phe s’était pava­né sur un char israé­lien pour entrer dans le ter­ri­toi­re. Réagis­sant à l’attaque […], Lévy l’a qua­li­fiée, selon l’AFP, de « stu­pi­de » car ris­quant de ter­nir l’image d’Israël. Pas un mot de condam­na­tion, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géor­gie au Dar­four, de la Tchét­ché­nie à Israël, BHL exer­ce son sub­ju­guant don de voyan­ce.

«La seule ques­tion qui se pose main­te­nant, pour­suit Alain Gre­sh, est de savoir quel prix le gou­ver­ne­ment israé­lien devra payer pour ce cri­me. Car, depuis des années, les Nations unies ont adop­té des dizai­nes de réso­lu­tions (« Réso­lu­tions de l’ONU non res­pec­tées par Israël », Le Mon­de diplo­ma­ti­que, février 2009), l’Union euro­péen­ne a voté d’innombrables tex­tes qui deman­dent à Israël de se confor­mer au droit inter­na­tio­nal, ou tout sim­ple­ment au droit huma­ni­tai­re, en levant, par exem­ple, le blo­cus de Gaza. Ces tex­tes ne sont jamais sui­vis du moin­dre effet. Au contrai­re, l’Union euro­péen­ne et les Etats-Unis récom­pen­sent Israël. C’est ce qu’a prou­vé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopé­ra­tion et le déve­lop­pe­ment éco­no­mi­ques (OCDE), la semai­ne der­niè­re, et la visi­te en Fran­ce du pre­mier minis­tre israé­lien Néta­nya­hou pour assis­ter à l’intronisation de son pays.»

Dans la fou­lée des per­les his­to­ri­ques, on dis­tin­gue­ra aus­si sur le sujet  cel­le de l’autre inef­fa­ble et néan­moins por­te-paro­le de l’UMP, Fré­dé­ric Lefeb­vre décla­rant fine­ment, com­me tou­jours, que son par­ti « regret­te » les morts, mais dénon­ce les « pro­vo­ca­tions » de « ceux qui se disent les amis des Pales­ti­niens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une qua­ran­tai­ne de bles­sés qui auraient été dénom­brés après l’attaque lun­di du navi­re turc « Mavi Mar­ma­ra » par l’armée israé­lien­ne. Une opé­ra­tion désas­treu­se à tous points de vue, tant pour l’État israé­lien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avan­ta­ge qui puis­se se déga­ger de tels évé­ne­ments concer­ne la remi­se en cau­se sur la scè­ne inter­na­tio­na­le de l’impunité dont béné­fi­ciait jus­que là Israël avec la com­pli­ci­té objec­ti­ve de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le » – euphé­mis­me dési­gnant les riches États de l’hémisphère Nord – et des ins­ti­tu­tions mon­dia­les, en par­ti­cu­lier l’ONU. C’est une bien min­ce conso­la­tion au regard du recul poli­ti­que et diplo­ma­ti­que que pro­vo­que déjà ce séis­me, recul dont le peu­ple pales­ti­nien demeu­re la vic­ti­me per­ma­nen­te.

Des sol­dats israé­liens à l’assaut d’un des bateaux de la Flo­tille inter­na­tiio­na­le pour la liber­té. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizai­ne de citoyens fran­çais avaient pris part à l’opération « Flo­tilles pour Gaza » ; neuf seraient déte­nus à la pri­son de Beer-She­va, au cen­tre du ter­ri­toi­re israé­lien. Par­mi eux se trou­ve­rait Tho­mas Som­mer-Hou­de­vil­le, coor­di­na­teur des mis­sions civi­les, sala­rié de l’ONG Focus on Glo­bal Sou­th, qui a embar­qué à bord de la flot­tille en Tur­quie. Sa mère décla­rait mar­di à l’AFP n’avoir enco­re eu enco­re aucu­ne nou­vel­le de lui. La veille de l’attaque, il avait rédi­gé pour son blog un tex­te depuis le car­go grec sur lequel il navi­guait. Un tex­te clair­voyant et hélas pré­mo­ni­toi­re. En voi­ci des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écri­ra l’histoire com­plè­te de cet­te aven­tu­re. Il y aura beau­coup de rires, de véri­ta­bles cris et quel­ques lar­mes. Mais ce que je peux dire main­te­nant, c’est que nous n’avions jamais ima­gi­né que nous ferions flip­per Israël com­me ça. Enfin, peut-être dans cer­tains de nos plus beaux rêves.... Tout d’abord, ils ont créé une équi­pe spé­cia­le d’urgence réunis­sant le minis­tè­re israé­lien des Affai­res étran­gè­res, le com­man­do de mari­ne israé­lien et les auto­ri­tés péni­ten­tiai­res pour contrer la mena­ce exis­ten­tiel­le que nous et nos quel­ques bateaux rem­plis d’aide huma­ni­tai­re repré­sen­tent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, mal­gré son agen­da char­gé, de nous met­tre en gar­de à tra­vers les médias israé­liens. Ils nous annon­cent main­te­nant qu’ils nous enver­ront dans la pire des pri­sons israé­liens, dans le désert près de Beer­she­va.

« Ce sont des annon­ces pour nous fai­re peur. Et d’une cer­tai­ne façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navi­res de guer­re, peur de leurs Apa­ches et de leur com­man­do tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils sai­sis­sent notre car­gai­son et tou­te l’aide médi­ca­le, les maté­riaux de construc­tion, les mai­sons pré­fa­bri­quées, les kits sco­lai­res, et qu’ils les détrui­sent. Tou­te cet­te soli­da­ri­té patiem­ment ras­sem­blée dans de si nom­breux pays pen­dant plus d’un an. Tous ces efforts et cet­te vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens nor­maux, d’humbles citoyens de Grè­ce, Suè­de, Tur­quie, Irlan­de, Fran­ce, Ita­lie, Algé­rie, Malai­sie. Tout ceci pris com­me un tro­phée par un État agis­sant com­me un vul­gai­re pira­te des îles. Qui ne sen­ti­rait pas un cer­tain sen­ti­ment de res­pon­sa­bi­li­té et de peur de ne pas être capa­ble d’accomplir notre mis­sion et livrer nos mar­chan­di­ses à la popu­la­tion empri­son­née de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aus­si de l’autre côté. Par­ce que depuis le début de notre coa­li­tion, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour évi­ter la confron­ta­tion avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empê­cher de par­tir, de regrou­per nos for­ces et de pren­dre le lar­ge tous ensem­ble vers Gaza. Ils ont essayé de nous bri­ser. Leur scé­na­rio idéal était de nous divi­ser, les Irlan­dais d’un côté, les Grecs et Sué­dois d’un autre, les Amé­ri­cains d’un autre enco­re et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pour­raient pas met­tre la pres­sion sur la Tur­quie, ni agir direc­te­ment là-bas. Alors ils ont concen­tré leurs atta­ques sur les par­ties irlan­dai­ses et grec­ques de notre coa­li­tion.

« Le pre­mier set a com­men­cé il y a deux semai­nes quand ils ont sabo­té le car­go irlan­dais, l’obligeant à retar­der son départ pour près d’une semai­ne. Mais, les Irlan­dais ont répa­ré aus­si vite qu’ils le pou­vaient et main­te­nant ils sont à un ou deux jours der­riè­re nous. Puis ils ont mis une pres­sion énor­me sur le gou­ver­ne­ment grec, affai­bli par la cri­se éco­no­mi­que, pour l’obliger à ne pas lais­ser par­tir le car­go grec et le bateau de pas­sa­gers gre­co-sué­dois. A cau­se de ces pres­sions, nous avons dû retar­der notre voya­ge deux fois et deman­der aux Turcs, à leurs 500 pas­sa­gers et aux amis amé­ri­cains qui étaient prêts à par­tir de nous atten­dre. C’est ce qu’ils ont fait heu­reu­se­ment ! Jusqu’à la der­niè­re minu­te avant leur départ de Grè­ce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gou­ver­ne­ment grec, mais fina­le­ment le gou­ver­ne­ment grec a déci­dé de pren­dre ses res­pon­sa­bi­li­tés en agis­sant com­me un Etat sou­ve­rain et a lais­sé le car­go et le bateau de pas­sa­gers quit­ter le port du Pirée à Athè­nes.

[…] « Dans quel­ques heu­res, le der­nier set, cru­cial, com­men­ce­ra quand nous entre­rons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, maté­riel­le­ment, il serait très faci­le pour Israël de nous stop­per et nous arrê­ter, mais le coût poli­ti­que qu’ils auront à payer sera énor­me. Vrai­ment énor­me, à tel point que tou­tes les ruses et les piè­ges qu’ils ont ten­té de met­tre sur notre rou­te ont réus­si à fai­re une seule cho­se : sen­si­bi­li­ser de plus en plus de gens par­tout dans le mon­de sur notre flot­tille et sur la situa­tion de Gaza. Et de tout ça, nous appre­nons quel­que cho­se : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous par­ce que nous repré­sen­tons la colè­re des gens tout autour du mon­de. Les gens qui sont mécon­tents de ce que l’État cri­mi­nel d’Israël fait aux Pales­ti­niens et à cha­que amou­reux de la paix qui ose pren­dre le par­ti des oppri­més. Ils ont peur de nous par­ce qu’ils savent que, dans un pro­che ave­nir il y aura enco­re plus de bateaux à venir à Gaza com­me il y a de plus en plus de per­son­nes à déci­der de boy­cot­ter Israël cha­que jour. »

Tho­mas Som­mer-Hou­de­vil­le, depuis l’un des bateaux de la flot­tille de Gaza, coor­di­na­teur de la Cam­pa­gne civi­le inter­na­tio­na­le pour la pro­tec­tion du peu­ple pales­ti­nien (CCIPPP)

Voir aus­si : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ain­si, la flot­tille ache­mi­nant des cen­tai­nes de mili­tants pro-pales­ti­niens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­man­do israé­lien. Au moins dix-neuf pas­sa­gers ont été tués, une tren­tai­ne bles­sés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révol­té par ce qui est rap­por­té. Une fois de plus Israël se com­por­te de maniè­re into­lé­ra­ble ; une fois de plus l’intolérable sera tolé­ré, moyen­nant quel­ques rodo­mon­ta­des de l’ineffable « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le », aus­si habi­tuel­les qu’hypocrites. Une fois de plus, la pers­pec­ti­ve de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mor­ti­fè­re ligne de fui­te.

Une pha­se de l’attaque israé­lien­ne contre le bateau turc « Mavi Mar­ma­ra » fil­mée par la chaî­ne de télé­vi­sion du Qatar Al-Jazee­ra. Cli­quer sur l’image.

C’est éga­le­ment ain­si qu’Israël, sur le plan mili­ta­ro-diplo­ma­ti­que, dans une même démar­che d’isolement et d’arrogance, a déci­dé de tour­ner le dos au Trai­té sur la non-pro­li­fé­ra­tion des armes nucléai­res (TNP). Cela s’est pas­sé ven­dre­di der­nier : tan­dis que les 189 États par­ties pre­nan­tes au TNP se sont accor­dés, à l’unanimité, sur une décla­ra­tion fina­le appe­lant à la tenue, en 2012, d’une confé­ren­ce régio­na­le en faveur d’un Moyen-Orient dénu­cléa­ri­sé, Israël dénon­çait le len­de­main même cet accord. Le gou­ver­ne­ment israé­lien l’a qua­li­fié de « très impar­fait et hypo­cri­te », déplo­rant que « le régi­me ter­ro­ris­te ira­nien n’est même pas men­tion­né » . Israël accu­se aus­si les Etats-Unis d” « avoir cédé à la pres­sion inter­na­tio­na­le » .

Non signa­tai­re du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléai­res, Israël patau­ge dans une ambi­guï­té stra­té­gi­que et poli­ti­que main­te­nue sous ses mul­ti­ples oscil­la­tions idéo­lo­gi­ques et reli­gieu­ses de ses régi­mes suc­ces­sifs, de gau­che aus­si bien d’extrême-droite, com­me l’actuel gou­ver­ne­ment de Néta­nya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhé­ran.

Com­me si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­tai­ne exploi­ta­tion de son tra­gi­que des­tin his­to­ri­que – exploi­ta­tion idéo­lo­gi­que, sym­bo­li­que, psy­cho­lo­gi­que : en ne ces­sant de fai­re endos­ser au « res­te du mon­de »  la fac­tu­re de la shoa, de fai­re payer cet­te tra­gé­die en mon­naie de culpa­bi­li­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­ti­ples : inter­dit d’exercer tou­te cri­ti­que sous pei­ne de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Oba­ma ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tio­na­le ». Une tel­le atti­tu­de, pou­vant cer­tes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fu­reux cock­tail reli­gieux et his­to­ri­que, obè­re tou­te avan­cée rai­son­na­ble, donc aus­si ration­nel­le que res­pon­sa­ble.

Com­me si le but de tou­te poli­ti­que avan­cée, sinon évo­luée, n’était de confor­ter la paix entre les hom­mes, dans les cœurs com­me entre les États. Ce qui ne sau­rait se réa­li­ser en construi­sant des murs plu­tôt que des ponts, en envoyant des com­man­dos mili­tai­res plu­tôt que des légions évan­gé­li­ques. Et on va se plain­dre de la guer­re !


*Inter­dit même d’écrire « lob­by juif » sur un blog sans pro­vo­quer la cen­su­re… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aus­si tou­te pen­sée cri­ti­que à son pro­pos et quant à son objet…


GAZA • Les dirigeants israéliens n’ont pas de plomb dans la tête

Signé du poè­te israé­lien Jona­than Gef­fen, l’article qui suit est paru dans Maa­riv (Le Soir), quo­ti­dien israé­lien popu­lai­re de droi­te… Com­me quoi rien n’est sim­ple dans la com­plexi­té du mon­de… Tou­jours est-il que ce tex­te, tra­duit et publié dans Cour­rier inter­na­tio­nal [mer­ci au Faber qui l’a repé­ré] lève bien haut le cri du poè­te debout face au déshon­neur d’un État assas­sin. Ce tex­te vient heur­ter celui dans lequel un Glucks­mann s’échine à s’interroger, faus­se­ment, sur les « res­pon­sa­bi­li­tés » de la guer­re. Pour en acca­bler qui, devi­nez ? Com­ment ça « une ripos­te exces­si­ve » ?  [Le Mon­de 7/1/09] Indé­cen­te ques­tion, inhu­ma­ni­té d’un « phi­lo­so­phe » jusqu’au bushis­te. Pas­sons à l’honneur du poè­te :

De retour de New York le 26 décem­bre, je ne savais pas quel Israël j’allais retrou­ver. Sur la rou­te de Lod à Tel-Aviv, alors que mes yeux fixaient le ciel, j’avais bien remar­qué des héli­co­ptè­res Apa­che qui s’envolaient pour le Sud. Mal­gré cela, je ne me ren­dais pas enco­re comp­te dans quel pays j’étais reve­nu. Et, com­me lors de cha­que retour, j’ai à pei­ne dépo­sé ma vali­se que je me suis effon­dré dans mon lit. Lors­que je me suis réveillé le len­de­main à 17 heu­res, j’ai enten­du sur mon répon­deur trois mes­sa­ges qui me deman­daient de par­ti­ci­per à une mani­fes­ta­tion de pro­tes­ta­tion à Tel-Aviv et de signer une péti­tion contre la guer­re. Quel­le guer­re ? Pour­quoi ne m’avait-on rien dit ? Lorsqu’on subit le déca­la­ge horai­re, il y a quel­que cho­se qui va bien au-delà de la sim­ple fati­gue, quel­que cho­se de mys­té­rieux qui vient inexo­ra­ble­ment brouiller l’espace et le temps. Mais j’ai été pro­fon­dé­ment heur­té de me ren­dre comp­te que, pen­dant que je dor­mais, la guer­re contre laquel­le je suis cen­sé me mobi­li­ser venait pré­ci­sé­ment d’éclater.

Ain­si, à l’occasion des fêtes de Hanou­ka*, nous avons inven­té un nou­veau spec­ta­cle pour le plus grand plai­sir des enfants, spé­cia­le­ment pour ceux de Gaza : le Fes­ti­ga­za, un spec­ta­cle de pyro­tech­nie qui a l’avantage de béné­fi­cier du concours extra­or­di­nai­re de l’aviation israé­lien­ne, le tout dif­fu­sé vingt-qua­tre heu­res sur vingt-qua­tre. Et notre peu­ple tout entier s’est à nou­veau mis à com­mu­nier dans la vio­len­ce fes­ti­ve, en scan­dant des incan­ta­tions tel­les que « Opé­ra­tion jus­ti­fiée » et « Tsa­hal a lavé l’affront ». Mais de quel­le jus­ti­ce et de quel hon­neur par­le-t-on ? Cer­tes, l’Etat a le devoir de pro­té­ger ses citoyens. Mais cet­te guer­re insen­sée n’éliminera jamais le Hamas. Au contrai­re, elle ren­dra la popu­la­tion de Gaza davan­ta­ge sen­si­ble aux extré­mis­tes. Une fois de plus, nous fai­sons la seule cho­se que nous sem­blons savoir fai­re : un mas­sa­cre de mas­se qui finit tou­jours par être per­çu com­me une sor­te de géno­ci­de (par­don­nez-moi l’expression), une opé­ra­tion de des­truc­tion et de dévas­ta­tion qui nous amè­ne, enco­re et tou­jours, plus de dévas­ta­tion et de des­truc­tion. Dès lors que nos diri­geants n’ont ni pro­gram­me poli­ti­que ni plan mili­tai­re, et qu’ils n’ont même pas la fines­se d’envisager des incur­sions ponc­tuel­les de com­man­dos, ils pré­fè­rent envoyer nos « hur­leurs d’acier » [les avions de chas­se] rayer de la car­te tou­te une vil­le sans se sou­cier ni des morts inno­cents, ni des mères pros­trées dans les tun­nels mitraillés, ni de leurs enfants qui ne savent plus trop de qui ils doi­vent avoir le plus peur – du Hamas ou de nos for­ces armées.

« Com­me nous avions cet­te bom­be, il fal­lait bien que nous l’utilisions », avait décla­ré le pré­si­dent Tru­man après le lar­ga­ge de la bom­be ato­mi­que sur Hiro­shi­ma. Puis­que nous ne man­quons pas de muni­tions, nous uti­li­se­rons tou­te notre puis­san­ce de feu contre un adver­sai­re qui ne nous arri­ve pas à la che­ville. « A Gaza, il n’y a plus assez de pla­ce pour les cime­tiè­res », a expli­qué un com­men­ta­teur israé­lien. Mais com­me il nous res­te enco­re des ton­nes de mis­si­les et qu’il faut bien en fai­re quel­que cho­se, bom­bar­dons les cime­tiè­res ! Et gar­dons-nous de dif­fu­ser la moin­dre ima­ge du mas­sa­cre, vu que les spec­ta­teurs sont de grands sen­si­bles. Et envoyons des médi­ca­ments aux Pales­ti­niens avant de bom­bar­der leurs stocks de médi­ca­ments. En atten­dant, ceux qui osent s’exprimer contre le cri­me sont à nou­veau consi­dé­rés com­me des traî­tres. Je suis curieux de savoir si Amos Oz et A.B. Yeho­shua [deux conscien­ces de gau­che qui sou­tien­nent l’offensive israé­lien­ne] ont déjà publié un éniè­me mani­fes­te huma­nis­te dans les pages du Ha’Aretz ou s’ils sont seule­ment en train d’y tra­vailler. Cela dit, depuis quand un écri­vain est-il écou­té dans ce pays ?

A cet égard, quoi de plus trou­blant que de décou­vrir que le nom du pogrom que nous som­mes en train de com­met­tre est tiré d’un poè­me de Bia­lik* [Plomb dur­ci], le « poè­te des pogroms » ? Hon­te sur vous, mili­tai­res, si, après ma mort, vous déci­diez de bap­ti­ser l’une de vos opé­ra­tions en vous ins­pi­rant d’un de mes poè­mes. En tou­te modes­tie, je viens de modi­fier mon tes­ta­ment pour que mes ayants droit (ma com­pa­gne, mes parents et mes enfants) puis­sent léga­le­ment inter­ve­nir contre qui­con­que aurait l’idée sau­gre­nue de bap­ti­ser la pro­chai­ne opé­ra­tion israé­lien­ne « Jar­din fer­mé » ou « Vio­let­tes ». Cela dit – qui sait ? –, peut-être que d’ici là, vous aurez été cités à com­pa­raî­tre devant un tri­bu­nal inter­na­tio­nal pour cri­mes de guer­re et contre l’humanité.

Jona­than Gef­fen

* Lan­cée lors de la fête jui­ve de Hanou­ka, l’offensive israé­lien­ne a été bap­ti­sée d’après une comp­ti­ne enfan­ti­ne du poè­te Haïm Nah­man Bia­lik (1873-1934), En l’honneur de Hanouk­ka, où il est ques­tion d’une tou­pie en plomb dur­ci. Bia­lik doit sa noto­rié­té à son poè­me La Vil­le du mas­sa­cre, com­po­sé après un pogrom qui avait entraî­né la mort de qua­ran­te-neuf Juifs en 1903, en Rus­sie.


GAZA – Un massacre, un… pogrom ?

Une année qui commence par une guerre ! De quelle humanité sommes-nous ? La crise, on peut s’en foutre après tout. Mais la guerre, Crise indépassable, monstrueuse, bestiale, sauvage. Une barbarie de plus dans la cacophonie du monde. L’impuissance à agir condamne à crier, hurler, gueuler. Aux chiottes les arguties politiciennes sur l’origine des conflits quand des vies tombent ! A mort la mort semée en habit de justicier légitime ! Mais 500 morts de côté, et un de l’autre, dites : de quoi s’agit-il. Un massacre, un… pogrom ? Rien ne peut justifier l’injustice suprême de la violence meurtrière. Surtout venant d’Israël, pays des juifs martyres. On voudrait ne pas confondre peuple et dirigeants… Mais les Israéliens, l’opinion va-t-en guerre des Israéliens ne lave pas le déshonneur – à quelques admirables exceptions près, certes. Toute guerre ne peut que se draper dans le déshonneur. La violence est une défaite de l’intelligence. De toutes parts, elle frappe à l’aveugle, rend aveugle. A moins que ce ne soit la cécité qui la cause. Parler de paix en même temps confine à l’obscénité. Comme sont obscènes les chars, les avions, les bombes et toute cette technicité de guerre. David s’habille en kaki, couleur du désespoir, mélange sale de bleu, de jaune, de vert. Et de rouge-sang surtout. David est devenu Goliath. Quelle inversion des symboles ! Ne pas pour autant confondre les Palestiniens et ceux qui les instrumentalisent au nom d’Allah et surtout de leur folie pareillement meurtrière. Mais dans l’urgence, face à une telle inégalité, comment ne pas prendre parti ? Voler au secours du plus faible, là au moment même où il affronte la mort : voilà qui balaie toute injustifiable alternative. Voilà la vraie question politique, une question de vie ou de mort. 


Le Proche-Orient pour les nuls

par Sin­di­bad

Sous la signa­tu­re de Sin­di­bad et sous le titre repris ici, la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Jus­te au Pro­che-Orient (CAPJPO) publie sur son site – « en for­me de sati­re » –, un tex­te déca­pant. Il pose en par­ti­cu­lier la ques­tion du trai­te­ment par la plu­part des médias domi­nants de l’actualité du Pro­che-Orient. Bien des jour­na­lis­tes pour­raient se sen­tir visés.

Depuis près de six ans, le gou­ver­ne­ment israé­lien tue par semai­ne entre 10 et 20 Pales­ti­niens, enlè­ve les hom­mes et les fem­mes par dizai­nes, détruit les habi­ta­tions, les champs et les infra­struc­tu­res, enfer­me et empê­che les habi­tants de Gaza et de Cis­jor­da­nie de cir­cu­ler libre­ment chez eux. Alors, quand un grou­pe de résis­tants, « ter­ro­ris­tes » pour les israé­liens, « acti­vis­tes » pour les autres, cap­tu­re un sol­dat char­gé de sur­veiller la gran­de pri­son à ciel ouvert qu’est Gaza, l’Occident, l’Europe, la Fran­ce et sa pres­se indé­pen­dan­te trou­vent que c’en est trop pour Israël. Cet État « seule démo­cra­tie au Pro­che-Orient » est éga­le­ment le seul État à avoir le droit de tuer des civils, d’enlever des minis­tres et des dépu­tés élus démo­cra­ti­que­ment, dans un pays en lam­beaux, seule démo­cra­tie sous occu­pa­tion dans le mon­de.

Il y a quel­que cho­se d’irréel dans ce mon­de libre vou­lu par Bush et Blair. On se frot­te les yeux et on tend les oreilles pour réa­li­ser que c’est bien la réa­li­té. Cel­le des bom­bes puis­san­tes qui pul­vé­ri­se les réfu­giés liba­nais sur la rou­te de l’exode. Cel­le d’une télé­vi­sion qui choi­sit de ne pas mon­trer ce qu’on ne doit pas voir. On se dit alors, que nous n’avons rien com­pris. Le malai­se qu’on éprou­ve devant notre pos­te de télé­vi­sion vient de notre inca­pa­ci­té à com­pren­dre les nou­vel­les règles du jeu. Ces règles sont cer­tai­ne­ment écri­tes quel­que part dans les cer­veaux des édi­to­ria­lis­tes de Libé­ra­tion, du Mon­de ou de Fran­ce Inter.

Il n’y a qu’à écou­ter et regar­der ces jour­na­lis­tes, envoyés très spé­ciaux, ten­tant de nous ven­dre la ver­sion d’un conflit dont les for­ces en pré­sen­ce seraient symé­tri­ques, entre l’une des armées les mieux équi­pées du mon­de, qui en plus est sou­te­nue par la pre­miè­re puis­san­ce mon­dia­le, et d’un pays dépour­vu d’armée digne de ce nom.

Depuis le début de l’Intifada, les Israé­liens morts sui­te à des tirs de roquet­tes pales­ti­nien­nes se comp­tent sur les doigts de la main. Autant dire qu’un Israé­lien a plus de ris­ques de mou­rir de la fou­dre que vic­ti­me d’une roquet­te du Hamas. Pour­tant on a fini par croi­re que les roquet­tes Aze­di­ne Alquas­sam met­taient en péril l’existence d’Israël, état dit tan­tôt « hébreu », tan­tôt « démo­cra­ti­que, sur­tout quand ça l’arrange.

On croyait, nous les naïfs, qu’un hom­me en valait un autre. On avait tort, preu­ve qu’on n’avait rien com­pris aux règles du jeu. Ce sont ces règles qui font que la vie d’un sol­dat israé­lien n’a pas de prix. Un sol­dat Israé­lien cap­tu­ré, jus­ti­fie que 300 Ara­bes soient assas­si­nés et qu’un pays tout entier soit dévas­té, sans qu’on y trou­ve rien à redi­re.

Voi­ci, en exclu­si­vi­té, ces règles que tout le mon­de doit avoir à l’esprit lorsqu’il regar­de le JT le soir, ou quand il lit son jour­nal le matin. Tout devien­dra sim­ple.

Règle numé­ro 1 : Au Pro­che-Orient, ce sont tou­jours les Ara­bes qui atta­quent les pre­miers et c’est tou­jours Israël qui se défend. Cela s’appelle des repré­sailles.

Règle numé­ro 2 : Les Ara­bes, Pales­ti­niens ou Liba­nais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du ter­ro­ris­me.

Règle numé­ro 3 : Israël a le droit de tuer les civils ara­bes. Cela s’appelle de la légi­ti­me défen­se.

Règle numé­ro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puis­san­ces occi­den­ta­les l’appellent à la rete­nue. Cela s’appelle la réac­tion de la com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le.

Règle numé­ro 5 : Les Pales­ti­niens et les Liba­nais n’ont pas le droit de cap­tu­rer des mili­tai­res israé­liens, même si leur nom­bre est très limi­té et ne dépas­se pas trois sol­dats.

Règle numé­ro 6 : Les Israé­liens ont le droit d’enlever autant de Pales­ti­niens qu’ils le sou­hai­tent (envi­ron 10.000 pri­son­niers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n’y a aucu­ne limi­te et ils n’ont besoin d’apporter aucu­ne preu­ve de la culpa­bi­li­té des per­son­nes enle­vées. Il suf­fit jus­te de dire le mot magi­que « ter­ro­ris­te ».

Règle numé­ro 7 : Quand vous dites « Hez­bol­lah », il faut tou­jours rajou­ter l’expression « sou­te­nu par la Syrie et l’Iran ».

Règle numé­ro 8 : Quand vous dites « Israël », Il ne faut sur­tout pas rajou­ter après : « sou­te­nu par les Etats-Unis, la Fran­ce et l’Europe », car on pour­rait croi­re qu’il s’agit d’un conflit dés­équi­li­bré.

Règle numé­ro 9 : Ne jamais par­ler de « Ter­ri­toi­res occu­pés « , ni de réso­lu­tions de l’ONU, ni de vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal, ni des conven­tions de Genè­ve. Cela ris­que de per­tur­ber le télé­spec­ta­teur et l’auditeur de Fran­ce Info.

Règle numé­ro 10 : Les Israé­liens par­lent mieux le fran­çais que les Ara­bes. C’est ce qui expli­que qu’on leur don­ne, ain­si qu’à leurs par­ti­sans, aus­si sou­vent que pos­si­ble la paro­le. Ain­si, ils peu­vent nous expli­quer les règles pré­cé­den­tes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neu­tra­li­té jour­na­lis­ti­que.

Règle numé­ro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ses règles ou si vous trou­vez qu’elles favo­ri­sent une par­tie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un dan­ge­reux anti­sé­mi­te.

••• CAP­J­PO-Euro-Pales­ti­ne, 16 bis rue d’Odessa 75014 Paris.
http://www.europalestine.com • infos@europalestine.com


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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