On n'est pas des moutons

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Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxiè­me fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­na­lis­te algé­rien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son ana­ly­se des vio­len­ces sexuel­les du Nou­vel an à Colo­gne. Cet­te nou­vel­le condam­na­tion éma­ne d’une sor­te de sec­te laï­que ras­sem­blant une poi­gnée d’« intel­lec­tuels auto­pro­cla­més » à qui Le Mon­de a prê­té ses colon­nes.

Les signa­tai­res du « Col­lec­tif  »Nou­red­di­ne Ama­ra (his­to­rien), Joel Bei­nin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­rien­ne), Benoît Chal­land (socio­lo­gue), Joce­ly­ne Dakh­lia (his­to­rien­ne), Sonia Dayan-Herz­brun (socio­lo­gue), Muriam Haleh Davis (his­to­rien­ne), Giu­lia Fab­bia­no (anthro­po­lo­gue), Dar­cie Fon­tai­ne (his­to­rien­ne), David Theo Gold­berg (phi­lo­so­phe), Ghas­san Hage (anthro­po­lo­gue), Laleh Kha­li­li (anthro­po­lo­gue), Tris­tan Leper­lier (socio­lo­gue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tis­te), Pas­cal Méno­ret (anthro­po­lo­gue), Sté­pha­nie Poues­sel (anthro­po­lo­gue), Eli­za­be­th Shak­man Hurd (poli­tis­te), Tho­mas Ser­res (poli­tis­te), Seif Sou­da­ni (jour­na­lis­te).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fan­tas­mes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lan­çait son ana­thè­me, excluant de son céna­cle « cet huma­nis­te auto­pro­cla­mé ». Le mépris de l’expression dévoi­lait, dès les pre­miè­res lignes de la sen­ten­ce, l’intention mal­veillan­te des juges. Les lignes sui­van­tes confir­maient une condam­na­tion sans appel : « Tout en décla­rant vou­loir décons­trui­re les cari­ca­tu­res pro­mues par  » la droi­te et l’extrême droi­te « , l’auteur recy­cle les cli­chés orien­ta­lis­tes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psy­cho­lo­gie des fou­les ara­bes de Gus­ta­ve Le Bon (1841-1931). »

Que veu­lent donc dire, ces socio­lo­gi­sants ensou­ta­nés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droi­te et l’extrême droi­te »… 2) …puisqu’il « recy­cle les cli­chés orien­ta­lis­tes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) cli­chés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieille­ries datées (dates à l’appui) et donc obso­lè­tes… 5)… tan­dis que leur « socio­lo­gie » à eux, hein !

Nos inqui­si­teurs repro­chent au jour­na­lis­te algé­rien d’essen­tia­li­ser « le mon­de d’Allah », qu’il rédui­rait à un espa­ce res­treint (le sien, décrit ain­si avec condes­cen­dan­ce : « Cer­tai­ne­ment mar­qué par son expé­rien­ce durant la guer­re civi­le algé­rien­ne (1992-1999) [C’est moi qui sou­li­gne, et même deux fois, s’agissant du mot expé­rien­ce, si déli­ca­te­ment choi­si] Daoud ne s’embarrasse pas de nuan­ces et fait des isla­mis­tes les pro­mo­teurs de cet­te logi­que de mort. »), selon une « appro­che cultu­ra­lis­te ». En cela, ils rejoi­gnent les posi­tions de l’essayiste amé­ri­ca­no-pales­ti­nien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabri­ca­tion de l’Occident post-colo­nia­lis­te. Com­me si les cultu­res n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­fé­ren­ces ; de même pour les civi­li­sa­tions, y com­pris la musul­ma­ne, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

« Que se cache donc der­riè­re le mys­ti­cis­me des fas­cis­tes, ce mys­ti­cis­me qui fas­ci­nait les mas­ses ? » W. Rei­ch

À ce pro­pos, reve­nons aux com­pè­res Renan et Le Bon, en effet contem­po­rains et nul­le­ment arrié­rés com­me le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je gar­de les meilleurs sou­ve­nirs de leur fré­quen­ta­tion dans mes années « sex­po­lien­nes » – sexo-poli­ti­ques et rei­chien­nes –, lors­que l’orthodoxie mar­xis­te se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cet­te Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Rei­ch s’était notam­ment ins­pi­ré pour écri­re Le Meur­tre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cho­lo­gie des fou­les, de Gus­ta­ve Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breu­ses tra­ces dans Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cisme du même Wil­helm Rei­ch. Les agres­sions de Colo­gne peu­vent être ana­ly­sées selon les cri­tè­res rei­chiens du refou­le­ment sexuel et des cui­ras­ses carac­té­riel­le et cor­po­rel­le pro­pi­ces aux enrô­le­ments dans les idéo­lo­gies fas­cis­tes et mys­ti­ques. Ces cri­tè­res – avan­cés à sa maniè­re par Kamel Daoud – ne sont pas uni­ques et ne sau­raient nier les réa­li­tés « objec­ti­ves » des condi­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuel­le­ment. Tan­dis que les accu­sa­teurs de Daoud sem­blent igno­rer ces com­po­san­tes psy­cho-sexuel­les et affec­ti­ves.

Trai­té com­me un arrié­ré, Daoud est ain­si accu­sé de psy­cho­lo­gi­ser les vio­len­ces sexuel­les de Colo­gne, et d’« effa­cer les condi­tions socia­les, poli­ti­ques et éco­no­mi­ques qui favo­ri­sent ces actes ». Lamen­ta­ble retour­ne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retour­ner avec per­ti­nen­ce !

Enfin, le jour­na­lis­te algé­rien se trou­ve taxé d’isla­mo­pho­bie… Accu­sa­tion défi­ni­ti­ve qui, en fait, à reli­re ces com­pè­res, se situe à l’origine de leur atta­que. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit tou­te cri­ti­que de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­wa­ti­sé » pour­ra cepen­dant trou­ver quel­que récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Mon­de du 27 février. Le jour­na­lis­te rap­pel­le que Kamel Daoud a déci­dé d’arrêter le jour­na­lis­me pour se consa­crer à la lit­té­ra­tu­re. « Il ne chan­ge pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défai­te. Pas la sien­ne. Cel­le du débat. Il vit en Algé­rie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela don­ne de la chair à ses convic­tions. Du res­te, sa vision de l’islam est pas­sion­nan­te, hors nor­mes, car elle divi­se la gau­che, les fémi­nis­tes, les intel­lec­tuels. Une gran­de par­tie de la socio­lo­gie est contre lui mais des intel­lec­tuels afri­cains saluent son cou­ra­ge, Libé­ra­tion l’a défen­du, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “tou­tes les gran­des voix fémi­nis­tes his­to­ri­ques”. […] Ain­si va la confré­rie des socio­lo­gues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­ti­ques sans pren­dre en comp­te “la chair du réel”, écrit Aude Lan­ce­lin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ain­si, cet­te remar­qua­ble tri­bu­ne de la roman­ciè­re fran­co-tuni­sien­ne Faw­zia Zoua­ri, dans Libé­ra­tion du 28 février, rétor­quant aux accu­sa­teurs :

« Voi­là com­ment on se fait les alliés des isla­mis­tes sous cou­vert de phi­lo­so­pher… Voi­là com­ment on réduit au silen­ce l’une des voix dont le mon­de musul­man a le plus besoin. »

 


Faw­zia Zoua­ri : « Il faut dire qu’il y a un... par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mis­tes détes­tent-ils autant les fem­mes ? Pour­quoi refu­sent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et déran­gent l’islam des extrê­mes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théis­tes. Le jour­na­lis­te-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du mon­de musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans dou­te par­ce qu’elles leur sont consti­tu­ti­ves. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuel­les de fem­mes fin décem­bre à Colo­gne, il accu­se le « por­no-isla­mis­me » et inter­pel­le le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Clau­de Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nis­mes de hai­ne à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tis­me assas­sin, ne va pas sans ris­ques. Sur­tout si on tou­che aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas cou­ché sur Fran­ce 2, Kamel Daoud décla­re à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­sis­te à le croi­re : si on ne tran­che pas dans le mon­de dit ara­be la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieu­se devient vita­le dans le mon­de ara­be. Il faut qu’on la tran­che, il faut qu’on la réflé­chis­se pour pou­voir avan­cer. »

Quel­ques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fis­te, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­lis­te, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­ciè­re, avec tou­tes les contrain­tes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Gran­de-Bre­ta­gne, en sait quel­que cho­se…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la pla­ce – si on peut dire – de la fem­me dans l’islam :

«Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entiè­re. Les isla­mis­tes sont obsé­dés par le corps des fem­mes, ils le voi­lent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une per­te de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sen­te la per­pé­tua­tion de la vie ? La fem­me, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­mis­me. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­gra­phes dans leur tête. (…) Quand les hom­mes bou­gent, c’est une émeu­te. Quand les fem­mes sont pré­sen­tes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la fem­me et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Mon­de (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la fem­me en islam, cet­te fois sous l’actualité brû­lan­te des évé­ne­ments de la saint-Syl­ves­tre à Colo­gne. Il pous­se son ana­ly­se sous l’angle des « jeux de fan­tas­mes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lis­me, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­ba­res ancien­nes et base du binô­me bar­ba­re-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » fem­mes, les agres­sent et les vio­lent. »

meursaultsJour­na­lis­te et essayis­te algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquê­te (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sor­te de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lip­pe Ber­ling en a tiré une piè­ce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâ­tre des Ber­nar­di­nes à Mar­seille.

Daoud ne cher­che pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plai­re à Valls ! Donc, il rejet­te cet­te « naï­ve­té », cet angé­lis­me pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa cultu­re […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piè­ge cultu­rel que résu­me sur­tout son rap­port à Dieu et à la fem­me. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­va­ge » ? Non. Jus­te dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convain­cre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vas­te uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misè­re sexuel­le dans le mon­de ara­bo-musul­man, le rap­port mala­de à la fem­me, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mu­le sa « thè­se » :

« Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, le second dans le mon­de d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La fem­me est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela déno­te un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La fem­me est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­sai­re et est donc cou­pa­ble d’un cri­me affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une per­te de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inuti­le, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­san­ce et cet­te déso­béis­san­ce est le pro­duit d’une fem­me. »

Cer­tes, une tel­le ana­ly­se, par sa fines­se et sa per­ti­nen­ce, ne ris­que pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­ti­ques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tiè­re peut être min­ce des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quel­les chan­ces d’être enten­du ? – quand il par­le – naï­ve­ment ? – de « convain­cre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­li­gne que « le sexe est la plus gran­de misè­re dans le « mon­de d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­mis­me dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mis­tes pour recru­ter leurs « fidè­les » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus pro­che du bor­del que de la récom­pen­se pour gens pieux, fan­tas­me des vier­ges pour les kami­ka­zes, chas­se aux corps dans les espa­ces publics, puri­ta­nis­me des dic­ta­tu­res, voi­le et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en ter­re d’Occident, là où la liber­té est si inso­len­te. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabri­que du vivant un zom­bie, ou un kami­ka­ze qui rêve de confon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Euro­pe pour échap­per, dans l’errance, au piè­ge social de sa lâche­té : je veux connaî­tre une fem­me mais je refu­se que ma sœur connais­se l’amour avec un hom­me. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Colo­gne est-il le signe qu’il faut fer­mer les por­tes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les por­tes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenê­tres, et cela est un cri­me contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie com­me tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lis­me qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­ti­bles à la mino­ri­té d’une délin­quan­ce, mais cela pose le pro­blè­me des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défen­dre et à fai­re com­pren­dre. Cela pose le pro­blè­me de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guer­re » ne sau­rait condui­re à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­ri­que mil­lé­nai­re par­cou­ru de reli­gions et de vio­len­ce, de conquê­tes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la fem­me et de la vie, de hai­nes et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nè­te pour­ra bien sur­gir la sages­se humai­ne ?


Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


Centrafrique et Libye : les bégaiements de l’histoire

Bernard-Nantet par Ber­nard Nan­tet, jour­na­lis­te et archéo­lo­gue, spé­cia­lis­te de l’Afrique

centrafriqueAu matin du 5 jan­vier, les habi­tants de Ban­gui, la capi­ta­le cen­tra­fri­cai­ne, virent sur­gir des grou­pes de com­bat­tants sans uni­for­me, le corps bar­dé de gri­gris et d’amulettes pro­tec­tri­ces. Brus­que­ment, l’Afrique de la brous­se remon­tait à la sur­fa­ce avec ses tra­di­tions et son his­toi­re occul­tée par la lon­gue paren­thè­se colo­nia­le et une indé­pen­dan­ce mal assu­mée.

Il faut dire que l’ancien Ouban­gui-Cha­ri ne nous avait pas habi­tués à voir s’exprimer tant de hai­ne oppo­sant gens de la brous­se, chris­tia­ni­sés de fraî­che date, et musul­mans, éle­veurs ou com­mer­çants éta­blis depuis long­temps dans le pays.

Il aura suf­fi qu’un an aupa­ra­vant, un ancien minis­tre, Michel Djo­to­dia, agrè­ge en une coa­li­tion (sélé­ka en san­go) tout ce que la région comp­tait de mécon­tents pour fai­re vaciller un État ron­gé par la cor­rup­tion et le népo­tis­me. La mise en cou­pe réglée du pays fit remon­ter à la sur­fa­ce les récits d’une épo­que où l’esclavage rava­geait la région. Les oppo­sants qui avaient fon­du sur la capi­ta­le cen­tra­fri­cai­ne ras­sem­blaient en l’occurrence des mer­ce­nai­res tcha­diens et sou­da­nais, flan­qués de cou­peurs de rou­tes et de bra­con­niers venus épau­ler les reven­di­ca­tions de la mino­ri­té musul­ma­ne mar­gi­na­li­sée,

Des mois de pilla­ges, de des­truc­tions et de tue­ries per­pé­trés par les mem­bres de la Sélé­ka sus­ci­tè­rent la for­ma­tion de grou­pes d’autodéfense, les anti-bala­ka (anti-machet­tes), un sur­nom qui ren­voyait à des temps loin­tains où la kalach­ni­kov n’équipait pas enco­re les enva­his­seurs. L’irruption de mili­ces vil­la­geoi­ses dans cet­te guer­re civi­le de bas­se inten­si­té s’accompagna d’exactions et de mas­sa­cres envers les musul­mans locaux accu­sés – sou­vent à tort – d’avoir pac­ti­sé avec les pré­da­teurs.

La guer­re civi­le en Sier­ra Leo­ne (1991-2001) nous avait déjà mon­tré à quel­les déri­ves meur­triè­res des mili­ces incon­trô­lées pou­vaient se livrer dans des conflits inter­nes. Issues des asso­cia­tions tra­di­tion­nel­les de chas­seurs, ou kama­jors, et bap­ti­sées en la cir­cons­tan­ce For­ces de défen­se civi­le (CDF), ces mili­ces pro­gou­ver­ne­men­ta­les sier­ra-léo­nai­ses furent à l’origine de nom­breu­ses atro­ci­tés.

Dis­pa­ru récem­ment, l’historien malien Yous­souf Tata Cis­sé (1935-2013), auteur d’une thè­se sur les confré­ries de chas­seurs en Afri­que occi­den­ta­le, a mon­tré l’importance des chas­seurs tra­di­tion­nels dans la vie col­lec­ti­ve et la défen­se des vil­la­ges. Autre­fois grou­pées en confré­ries ini­tia­ti­ques, elles avaient un rôle dans le main­tien de la cohé­sion socia­le, com­me au Rwan­da où Tut­sis, Hutus et Twas pou­vaient se retrou­ver au sein d’un culte ren­du au chas­seur mythi­que Ryan­gom­be.

Avant que les com­pa­gnies euro­péen­nes conces­sion­nai­res n’exploitent le pays et les popu­la­tions de façon scan­da­leu­se (début du XXe siè­cle), les forêts de l’Oubangui-Chari ser­vi­rent de refu­ge aux ani­mis­tes fuyant les raz­zias escla­va­gis­tes des­ti­nées à four­nir au mon­de ara­be et à l’Empire otto­man la for­ce ser­vi­le qui leur man­quait. Pre­mier des voya­geurs du XIXe siè­cle à visi­ter la région, le Tuni­sien Moha­med el Toun­si, qui accom­pa­gna une raz­zia au Dar­four voi­sin (1803-1813), témoi­gna des pilla­ges et des rafles qui dévas­taient des ter­ri­toi­res entiers com­me le Dar el Fer­ti dans l’est de la Cen­tra­fri­que, aujourd’hui déser­té.

À cet­te épo­que, le pays subit le contre­coup de la désta­bi­li­sa­tion du Tchad pro­vo­quée par l’arrivée des Ouled Sli­ma­ne, anciens mer­ce­nai­res à la sol­de des pachas de Tri­po­li contre les noma­des Tou­bous du Fez­zan, en Libye. Cet­te tri­bu ara­be fut chas­sée vers le Tchad quand l’Empire otto­man reprit en main la régen­ce de Tri­po­li, jugée trop fai­ble pour s’opposer à la pous­sée fran­çai­se en Algé­rie (milieu du XIXe siè­cle). Dévas­té, ses royau­mes affai­blis, le Tchad ne put s’opposer aux escla­va­gis­tes venus du Sou­dan. Par­mi ceux-ci figu­re le chef de guer­re Rabah dont les armes à feu firent mer­veille dans la chas­se aux ani­mis­tes qui se réfu­giè­rent dans les forêts cen­tra­fri­cai­nes.

sahara-bernard-nantetOr il y a un an, c’est du nord-est, por­te d’entrée tra­di­tion­nel­le des anciens chas­seurs d’esclaves, qu’a sur­gi la Sélé­ka, rejouant un scé­na­rio bien connu. Aujourd’hui en Libye, l’histoire paraît aus­si bégayer. Les affron­te­ments meur­triers, dont Seb­ha, dans le sud, fut récem­ment le théâ­tre (150 morts dans la der­niè­re quin­zai­ne de jan­vier), met­tent de nou­veau aux pri­ses les Ouled Sli­ma­ne, anciens alliés de Kadha­fi, avec les Tou­bous. En effet, ces der­niers ten­tent de récu­pé­rer des ter­ri­toi­res au Fez­zan et des oasis, tel celui de Kou­fra dont ils furent jadis chas­sés.

Ain­si, iro­nie de l’Histoire, en Cen­tra­fri­que com­me en Libye, la mémoi­re de l’esclavage et de ses raz­zias se rap­pel­le au sou­ve­nir des hom­mes à tra­vers les évé­ne­ments dra­ma­ti­ques actuels qui, à pre­miè­re vue, pour­raient paraî­tre sans aucun lien.

Arti­cle paru sur le Huf­fing­ton Post


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

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Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce ges­te, dit de la que­nel­le, deve­nu sym­bo­le de la « Dieu­do­sphè­re », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affi­che de la lis­te « anti­sio­nis­te » qu’il conduit aux euro­péen­nes.

L” « affai­re Dieu­don­né » est en pas­se d’empoisonner notre espa­ce du « vivre ensem­ble ». Cet­te bel­le idée – illu­soi­re ? – mon­tre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyan­ces, des cer­ti­tu­des et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietz­sche dénon­çait com­me « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­son­ges. » Anti­sio­nis­te reven­di­qué, anti­sé­mi­te mas­qué, Dieu­don­né pro­vo­que et, tout à la fois, révul­se et atti­re. Ses pro­pos lui valent plus enco­re de répro­ba­tions mora­les que de condam­na­tions péna­les, tan­dis que ses spec­ta­cles font sal­les com­bles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­ti­que dont il fait l’objet. Com­me si deux visions du mon­de s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­ti­ves d’explications autour de quel­ques ques­tions dont cel­le-ci, sans répon­se, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cau­se du petit mou­ton contra­riant qui pré­si­de aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affai­re qui ris­que d’enfler enco­re bien davan­ta­ge, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton obli­ge, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nan­te. Ce qui n’est pas sans ris­ques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrê­mes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le pos­te (Fran­ce Cultu­re), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­tu­re sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­nai­re, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la cour­te vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en fou­tent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sket­ch anti­sé­mi­te. C’est ça le cri­me ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre minu­tes de chro­ni­que, on peut à pei­ne plus finas­ser qu’en cent qua­ran­te signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­ta­les qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjam­be allé­gre­ment la faille de sa cour­te pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. » Il mini­mi­se en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adver­be fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lis­me et, au delà, de tou­te soif de com­pren­dre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la hai­ne des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contrai­re du dou­te. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puis­que rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Arti­cle docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui fai­re la cour­te-échel­le, mais bien pour lui poser quel­ques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de cel­le-ci, en effet fon­da­men­ta­le : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­la­ble com­me une pique pro­vo­can­te. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matiè­re à creu­ser » : depuis son enfan­ce, cer­tes, et même depuis sa nais­san­ce, mère bre­ton­ne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métè­que. Un frus­tré sans dou­te, un révol­té, voi­re un indi­gné, com­me tant de jeu­nes pei­nant à se per­ce­voir com­me Fran­çais à part entiè­re, à cau­se de la dis­cri­mi­na­tion socia­le et du racis­me. À cau­se aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cau­se. Une pri­se de conscien­ce qui l’a sans dou­te fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui impli­que, pour le moins, un regard cri­ti­que pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la hai­ne, la voie est par­fois étroi­te. Puis le suc­cès de scè­ne, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées cour­tes, pour­vu qu’elles soient « drô­les » ; son allian­ce pour la scè­ne avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­tu­re ensui­te ; ses déboi­res liés à ses déri­ves, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquel­le le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gi­que, à preu­ve cet « anti­sio­nis­me » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­to­ri­que et séman­ti­que, dans un jeu per­fi­de mas­quant sa natu­re anti­sé­mi­te) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs com­me fau­teurs uni­ver­sels, cau­se de tous les maux du mon­de des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des cho­ses cachées et des mys­tè­res » et d’alimenter cet­te filan­dreu­se notion de « sys­tè­me » qu’on retrou­ve aux extrê­mes, gau­che et droi­te, des idéo­lo­gies. (Lire la sui­te…)


« Chronologie de l’Afrique » : un accordéon pour ne plus jouer faux sur l’air du Continent Noir

Voi­là qui devrait inté­res­ser au moins un conseiller et un pré­si­dent : un ouvra­ge à la fois fon­da­men­tal et des plus enga­geants d’accès. Il s’agit de « Chro­no­lo­gie de l’Afrique », qui vient de paraî­tre sous la plu­me de Ber­nard Nan­tet. Un for­mi­da­ble bou­quin qui, quant à la for­me, tient autant de la tapis­se­rie de Bayeux que de la Toi­le inter­net – sans cer­tains de leurs incon­vé­nients ! Cet ouvra­ge, en effet, nous amè­ne à par­cou­rir en un éton­nant pano­ra­mi­que l’épopée his­to­ri­que du conti­nent afri­cain, qua­si­ment depuis l’origine de la Ter­re et en tout cas depuis cel­le des homi­ni­dés, jusqu’à nos jours. Et, quand on n’ignore pas les décou­ver­tes de nos si loin­tains ancê­tres Lucy et Tou­maï (- 3,5 et 7 mil­lions d’années), on réa­li­se que cet­te chro­no­lo­gie recou­vre aus­si cel­le de l’humanité.

Le livre fait par­tie d’une col­lec­tion d’une cin­quan­tai­ne de titres réa­li­sés selon ce même prin­ci­pe d’un dérou­lé chro­no­lo­gi­que se dépliant com­me un accor­déon. La maquet­te, à la fois sim­ple dans sa logi­que et com­plexe dans la riches­se de ses entrées – tex­tuel­les, pho­to­gra­phi­ques, car­to­gra­phi­ques –, per­met une navi­ga­tion faci­le et ludi­que. On peut ain­si vire­vol­ter dans le temps et dans l’espace du conti­nent afri­cain, tout au long d’une cin­quan­tai­ne de pages grand for­mat et sur une impres­sion­nan­te lon­gueur – envi­ron quin­ze mètres ! C’est dire l’ampleur de la tâche pour laquel­le Ber­nard Nan­tet – son auteur et néan­moins ami – a dû consa­crer pas moins de qua­tre années. Devraient en pro­fi­ter, outre les sus-cités de l’Élysée, ceux que l’obscurité et l’obscurantisme sépa­rent du conti­nent que l’on dit Noir, pré­ci­sé­ment – au pre­mier rang des­quels les ensei­gnants et aus­si les jour­na­lis­tes.

Retour en pas­sant sur le trop fameux dis­cours de Dakar par lequel un je sais-tout en mis­sion com­man­dée, répé­tant dans une fein­te convic­tion la dic­tée d’un péremp­toi­re conseiller, avait décré­té que « l’homme afri­cain [n’est] pas assez entré dans l’Histoire »… On sait le tol­lé pro­vo­qué. Une tel­le géné­ra­li­sa­tion – qu’est-ce donc que « l’homme afri­cain » ? Et de quel­le « His­toi­re » s’agit-il ? – se trou­ve ici magis­tra­le­ment ren­voyée dans ses cor­des, noueu­ses, ten­dues par la pré­ten­tion mora­li­sa­tri­ce et l’ignorance. A l’opposé, Ber­nard Nan­tet allie l’érudition de l’africaniste che­vron­né à la clar­té aler­te du jour­na­lis­te, pho­to­gra­phe et archéo­lo­gue nour­ris du ter­rain – la ter­re afri­cai­ne, par­cou­rue depuis un qua­si demi-siè­cle – et aus­si à la sévè­re exi­gen­ce de ce « don­ner à com­pren­dre » qui, jus­te­ment, empê­che tout juge­ment mora­lis­te et péremp­toi­re.

Chro­no­lo­gie de l’Afrique, de Ber­nard Nan­tet, édi­tions TSH. 31 euros. En librai­ries et par inter­net : www.chrono-tsh.com


Double peine pour l’Afrique : drame climatique et mutisme médiatique

Il a dû fai­re ce qu’il a pu, et rien n’y a fait : son arti­cle est res­té coin­cé en « chan­del­le » dans un coin de la page 2 du Mon­de, affu­blé d’un titre invi­si­ble : « Silen­ce, on cou­le ! ». Un titre son­nant pour­tant com­me un SOS et qui se perd dans le cos­mos étroit des infos hexa­go­na­les. Jean-Pier­re Tuquoi, l’un des trois jour­na­lis­tes « Afri­que » du Mon­de n’aura pas réus­si, dans les colon­nes de son pro­pre jour­nal, à inver­ser le scan­da­le qu’il y dénon­ce pour­tant : le qua­si mutis­me média­ti­que dou­blant le dra­me cli­ma­ti­que que vien­nent de subir une dou­zai­ne de pays afri­cains, cau­sant quel­que 160 morts (recen­sés) et près de 600.000 sans-abri.

« Selon que vous serez riches ou pau­vres »…, on n’en sort pas de cet­te uni­ver­sel­le et ter­ri­ble sen­ten­ce, que les médias domi­nants confor­tent au jour le jour. Ima­gi­nez, com­me l’écrit Tuquoi, qu’un cyclo­ne ait rava­gé les côtes de Flo­ri­de et affec­tant 600.000 État­su­niens… Ima­gi­nez alors le défer­le­ment média­ti­que ! Sou­ve­nons-nous de Katri­na dévas­tant la Loui­sia­ne… Et le si télé­gé­ni­que « tsu­na­mi » de 2004 !

monde-18909.1253287373.pngPour­tant le conti­nent afri­cain se trou­ve être un bon four­nis­seur de sujets catas­tro­phi­ques ; il y faut seule­ment un niveau d’horreur suf­fi­sant pour pro­vo­quer un tant soit peu de com­pas­sion… dura­ble. L’idéal, c’est une bon­ne fami­ne spec­ta­cu­lai­re avec des bébés sque­let­ti­ques en arriè­re-plan d’un sac de riz sur une épau­le huma­ni­tai­re. Pas mal non plus, une bel­le guer­re entre sau­va­ges, avec bons et méchants dépar­ta­gés par l’œil expert d’un Zor­ro à enco­lu­re échan­crée. Aujourd’hui, on res­te trop loin du comp­te, à en croi­re le papier du Mon­de : « La Sier­ra Leo­ne, le Nige­ria et le Tchad ont été les pre­miers tou­chés. Puis, début sep­tem­bre, c’est sur le Séné­gal, le Niger, la Mau­ri­ta­nie, le Bur­ki­na Faso... que se sont abat­tues des pluies tor­ren­tiel­les. Même le Sud algé­rien n’a pas été épar­gné. En quel­ques heu­res, des quar­tiers entiers d’une dou­zai­ne de pays du conti­nent afri­cain ont été rayés de la car­te, des rou­tes détrui­tes, des ouvra­ges d’art empor­tés tan­dis que les agri­cul­teurs voyaient dis­pa­raî­tre leur bétail. Le bilan humain est lourd : au moins 160 morts recen­sés à ce jour et près de 600 000 sans-abri.

« C’est le Bur­ki­na Faso qui a été le plus atteint. Le 1er sep­tem­bre, à Oua­ga­dou­gou, la capi­ta­le, des dizai­nes de mil­liers d’habitations se sont écrou­lées. Le prin­ci­pal hôpi­tal de la vil­le a dû être vidé de ses patients et les éco­les réqui­si­tion­nées pour accueillir des famil­les. Même cho­se à Dakar, au Séné­gal, où quin­ze des sei­ze quar­tiers de la capi­ta­le ont été inon­dés. Au Niger, on redou­te que le cho­lé­ra fas­se des rava­ges. […] De ces évé­ne­ments dra­ma­ti­ques, la pres­se fran­çai­se – et étran­gè­re – n’a guè­re ren­du comp­te. Les agen­ces de pres­se ont pour­tant don­né l’alerte, mais sans sus­ci­ter de réac­tion. Au mieux, l’affaire a été expé­diée en quel­ques lignes, confir­mant l’idée que l’Afrique inté­res­se peu les médias. »

» Le Mon­de du 18/9/09, page 2. Cher­chez bien l’info, elle y est !


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consor­tium alle­mand veut lan­cer un grand pro­jet de cen­tra­les ther­mo­so­lai­res. Pro­dui­te en Afri­que saha­rien­ne, l’électricité tran­si­te­rait sur des lignes à hau­te ten­sion. Les pre­miè­res livrai­sons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Mon­de, 13/7/09]

La der­niè­re riches­se de l’Afrique pas enco­re exploi­tée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapa­ces à la lais­ser ain­si dorer… au soleil ? Sur­tout, que les Afri­cains ne se dépê­chent pas d’entrer « dans l’Histoire », qu’on les pille enco­re un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des poli­ti­ciens afri­cains n’ont pas atten­du cet­te lumi­neu­se idée venue du Nord. Ain­si, dans la si lon­gue lignée des dic­ta­teurs du conti­nent, un Mobu­tu a-t-il pla­cé le Congo-Kin­sha­sa en cou­pes réglées ; pour exploi­ter, à son comp­te per­son­nel pour com­men­cer, les immen­ses riches­ses miniè­res du pays, il a fait construi­re des bar­ra­ges hydro­élec­tri­ques, dont un gigan­tes­que des­ti­né à ali­men­ter les mines de cui­vre du Katan­ga. Les lignes à hau­te ten­sion tra­ver­sent le pays, sans même condes­cen­dre dans les pau­vres vil­la­ges quel­les sur­plom­bent [lire sur ce blog : Congo-Ban­que mon­dia­le. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bour­ser une det­te de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solai­re et son exploi­ta­tion, c’est déjà com­men­cé avec les bar­ra­ges. La nou­veau­té, sous cou­vert « tech­no­lo­gi­que » – jadis les mis­sion­nai­res et les mili­tai­res pré­cé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­no­lo­gie » qui débou­le d’abord – c’est de la jouer « éco­lo » avec des pan­neaux solai­res. La bla­gue ! Ils vont tout bon­ne­ment enva­hir le Saha­ra – pas gra­ve, c’est un désert – et plan­ter leurs pylô­nes à tout va. Sans dou­te n’oseront-ils pas, ces affai­ris­tes tein­tés de sens démo­cra­ti­que, on ne rigo­le pas, la jouer car­ré­ment à la Mobu­tu. Non, ils dis­tri­bue­ront plus visi­ble­ment, osten­si­ble­ment, quel­ques miet­tes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mon­dis­te. Crai­gnons le pire. Pour le peu que les Chi­nois sur­en­ché­ris­sent en tirant leurs lignes jus­que là-bas…

Oba­ma devra reve­nir enco­re et sou­vent sur les tra­ces de ses loin­tains ancê­tres s’il veut par­ve­nir à bran­cher leurs actuels des­cen­dants sur les étroi­tes voies du libé­ra­lis­me démo­cra­ti­ca­ble.


À Bongo, la Françàfric reconnaissante

L’empressement de nos poli­ti­ciens à saluer ce cher grand dis­pa­ru de Bon­go, pape de la Fran­çà­fric, sem­ble nor­ma­le­ment pro­por­tion­nel à ses ser­vi­ces ren­dus à icel­le – la Fran­ça­fri­que. Tous ont peu ou prou, sur­tout prou, été atteints par ses lar­ges­ses. Des liens « étroits » se sont ain­si tis­sés au long de qua­tre décen­nies d’un pou­voir au ser­vi­ce de ses inté­rêts et par contre­coups bien com­pris à ceux de «la Fran­ce». Qui n’aura-t-il pas arro­sé de ses bien­faits? Aus­si est-il à parier que les ins­truc­tions judi­ciai­res en cours sur le très cher dis­pa­ru, pas­se­ront bien vite à la trap­pe de la rai­son d’État. On com­prend donc la recon­nais­san­ce expri­mée par notre minis­tre des affai­res étran­ges. Le contrai­re eut rele­vé de l’ingratitude.

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»> A consul­ter : Cel­lu­le Fran­ca­fri­que
Notre arti­cle Fran­ça­fri­que. Sai­sie immo­bi­liè­re dans le Bon­go­land


« Les martyrs du golfe d’Aden », reportage au bout de l’enfer

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Si par mal­heur vous avez raté le der­nier Tha­las­sa (Fran­ce 3) et la re-dif­fu­sion d’un très grand repor­ta­ge (après la pre­miè­re en mars 2007), je n’y pour­rai que peu, soit ces quel­ques lignes. « Les mar­tyrs du gol­fe d’Aden » est un docu­ment vrai­ment excep­tion­nel. Son auteur, Daniel Grand­clé­ment, a eu le cou­ra­ge d’embarquer avec quel­que 130 migrants éthio­piens et soma­liens ten­tant de fuir la misè­re pour une autre, tein­tée d’une mai­gre espé­ran­ce. Un autre repor­ta­ge (dif­fu­sé il y a quel­ques mois dans Envoyé spé­cial) par­tait d’une sem­bla­ble démar­che, entre la Mau­ri­ta­nie et les Cana­ries, sans tou­te­fois attein­dre une tel­le inten­si­té humai­ne.

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C’est un voya­ge au bout de la détres­se, com­men­cé déjà, pour la plu­part, sur des cen­tai­nes de kilo­mè­tres depuis les fin fonds de l’Éthiopie et de la Soma­lie, en cet­te cor­ne de l’Afrique et jusqu’à sa poin­te extrê­me, com­me ten­due vers un grain d’espoir, on n’ose dire un Eldo­ra­do, s’agissant des côtes de ce Yémen à pei­ne mieux loti.

Bosa­so, port de rechan­ge de Moga­dis­cio, la capi­ta­le anéan­tie. C’est là que les pas­seurs s’affairent, sor­tes de tour opé­ra­teurs pour l’enfer. La pla­ce à quel­ques dizai­nes de dol­lars. Une for­tu­ne loca­le. Les can­di­dats au voya­ge atten­dent par cen­tai­nes (il en meurt aus­si dans les 1.700 par an, selon l’ONU). En les « pliant », en les emboî­tant les uns dans et sur les autres – ils sont si mai­gres–, on pour­ra en entas­ser une gros­se cen­tai­ne.

Daniel Grand­clé­ment sera du lot, sur ce canot d’une dizai­ne de mètres, pas mieux trai­té, ou à pei­ne, c’est-à-dire pas frap­pé com­me les autres à coups de san­gles… Pas le droit de fil­mer au départ, il y par­vien­dra peu à peu, par bri­bes, à la volée. Ses plans attei­gnent une véri­té impré­gnée de pudeur et de res­pect. Je me retiens pour en par­ler, ten­tant de gar­der un recul mini­mum… Impos­si­ble. Je revois, par anti­thè­se, la célè­bre (à son corps défen­dant) « mater dolo­ro­sa » pho­to­gra­phiée après un atten­tat en Algé­rie : la dou­leur com­me pré­tex­te esthé­ti­sant. Un déni jour­na­lis­ti­que. Ici, de cet­te détres­se, res­sor­tent à la fois l’horreur de la situa­tion, cel­le des pas­seurs infra-humains, et la sou­mis­sion de leurs vic­ti­mes liée à une espé­ran­ce éper­due.

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« La voi­là donc, cet­te vision incroya­ble, que le mon­de se refu­se à connaî­tre ! » lâche Daniel Grand­clé­ment sur ses ima­ges acca­blan­tes. On vomit, on suf­fo­que ; l’eau man­que ; les coups pleu­vent, paro­les et cris mêlés, pro­mis­cui­té, fau­te d’un mot plus jus­te ; sadis­me des domi­nants ; émer­gen­ce du kapo… Le jour­na­lis­te est à bout : « J’éprouve un pro­fond sen­ti­ment d’écoeurement et de dégoût ; j’ai même envie de sau­ter à l’eau pour échap­per au sup­pli­ce auquel j’assiste » Le cal­vai­re s’achève en plei­ne nuit ; il est bel et bien jeté par des­sus bord avec tous les pas­sa­gers. Le riva­ge est pro­che, il n’y aura pas de noyé. La sui­te est racon­tée par deux jour­na­lis­tes, une Anglai­se et une Suis­se, en « plan­que » à cet endroit-là et qui n’en atten­daient pas tant. Témoi­gna­ges et regards hal­lu­ci­nés, fil­més en mode noc­tur­ne, en un vert d’outre-tombe et là enco­re hal­lu­ci­nant, tel­le l’apparition de cet­te fillet­te au visa­ge de por­ce­lai­ne et dont les yeux sem­blent conte­nir l’entier dra­me humain.

4martyrs-aden.1213567672.jpgLa for­ce de ce docu­ment, tra­vaillé dans la pro­fon­deur et la durée, est évi­dem­ment d’exprimer l’indescriptible – c’est pour­quoi il faut le voir pour le croi­re, com­me on dit. On pour­rait bien le mon­trer, aus­si, dans les éco­les… Éco­les pri­mai­res, col­lè­ges, lycées. Sans oublier les éco­les de jour­na­lis­me ! Et, pen­dant qu’on y est, l’envoyer en recom­man­dé avec accu­sé de récep­tion, à un cer­tain minis­tre de l’immigration.

»> Les pho­tos sont extrai­tes du film de Daniel Grand­clé­ment [ci-des­sus], que l’on peut revoir ou télé­char­ger sur fran­ce tvod.fr

»> A voir aus­si, sur le site du Nou­vel Obser­va­teur, un entre­tien avec Daniel Grand­clé­ment à pro­pos de son repor­ta­ge et des condi­tions de réa­li­sa­tion.


Voyage en mort Méditerranée pour 26 jeunes Tunisiens

Tan­dis que les pré­si­dents tuni­sien et fran­çais par­lent « affai­res », de jeu­nes Tuni­siens s’embarquent vers leurs rêves et y ren­con­trent la mort. Ain­si ce témoi­gna­ge adres­sé par la Fédé­ra­tion des Tuni­siens pour une Citoyen­ne­té des deux Rives (FTCR) sous le titre « Tra­gé­die d’Aouled al-Mabrouk - Quand l’horizon de la jeu­nes­se des pays du Sud est de périr en Mare Nos­tra :

« Le vil­la­ge d’Aouled al-Mabrouk, com­me celui, avant lui, d’al-Hkaïma et enco­re d’autres régions de la Tuni­sie d’«en bas », vit sous le signe du deuil depuis jeu­di 24 avril quand la mer a reje­té 3 cada­vres : les 23 autres can­di­dats à l’émigration sont por­tés « dis­pa­rus ».

« Ce n’est pas une pre­miè­re ! C’est le éniè­me acte d’une tra­gé­die tou­jours recom­men­cée.

« Il suf­fit d’arpenter les ruel­les du vieux quar­tier de al-M’hamdia (ban­lieue pro­che de Tunis) pour mesu­rer l’ampleur de la pau­vre­té, du dénue­ment et du chô­ma­ge qui sévis­sent en rai­son des choix éco­no­mi­ques du gou­ver­ne­ment tuni­sien.

« Depuis le mois de jan­vier 2008, les jeu­nes et la popu­la­tion de Redeyef mani­fes­tent pour leur droit au tra­vail ; les jeu­nes des régions de al-M’hamdia, al-Kab­ba­ria, Dje­bel Jloud, Sidi Frej, Gaf­sa, Cheb­ba, Mal­lou­le­ch (12 jeu­nes sont ori­gi­nai­res du vieux quar­tier d’al-M’hamdia) par­tis, quant à eux, à la recher­che d’un tra­vail, d’une vie digne sur la rive nord, ont pris les bar­ques de la mort.

« En effet, le mar­di 22 avril 2008 au soir, la bar­que des 26 jeu­nes a quit­té Aou­led al-Mabrouk Cet­te nuit-là, la famil­le de Moha­med Dal­houm (l’un des trois morts rame­nés par les eaux) a reçu le der­nier appel télé­pho­ni­que de son fils. La famil­le de Ayman Ben Taïeb Has­si­ne (qui n’a que 17 ans) attend, tout com­me les autres famil­les, d’avoir une infor­ma­tion sûre et défi­ni­ti­ve.

« Ces jeu­nes savaient a prio­ri que pren­dre la mer sur des bar­ques de for­tu­ne (Har­ra­ga) est une opé­ra­tion hau­te­ment ris­quée et extrê­me­ment dan­ge­reu­se. Leur déses­poir et l’absence de tou­te autre alter­na­ti­ve les ont déter­mi­nés à côtoyer le dan­ger. Fuir une situa­tion fai­te de mar­gi­na­li­sa­tion, d’exclusion, de sen­ti­ment d’injustice, de pri­va­tion, de per­di­tion, d’absence de tout exer­ci­ce de la démo­cra­tie et d’une répar­ti­tion éga­li­tai­re des riches­ses entre les fils et les filles de la Tuni­sie était deve­nu leur seul et uni­que hori­zon. »

»> La Fédé­ra­tion des Tuni­siens Citoyens des deux Rives lan­ce un appel pour fai­re de la jour­née du 10 mai une jour­née de deuil natio­nal pour les jeu­nes de la Tuni­sie et de tous les pays frap­pés par le dra­me des bar­ques de la mort.  Signa­tu­res auprès de la FTCR, 3 rue de Nan­tes Paris 75019 Tél. 01 46 07 54 04 – Fax : 01 40 34 18 15. Cour­riel : ftcr2@wanadoo.fr - Site : www.ftcr.eu


Ni noir, ni blanc : humain. Un texte de Frantz Fanon

Pour hono­rer Aimé Césai­re et pro­lon­ger son concept de « négri­tu­de », cet extrait de Peau Noi­re, Mas­ques blancs, ouvra­ge d’un autre auteur mar­ti­ni­quais consi­dé­ra­ble, Frantz Fanon.

1ali_et_fanon-1.1208959887.jpg« Le Noir veut être com­me le Blanc. Pour le Noir, il n’y a qu’un des­tin. Et il est blanc. Il y a de cela long­temps le Noir a admis la supé­rio­ri­té indis­cu­ta­ble du Blanc, et tous ses efforts ten­dent à réa­li­ser une exis­ten­ce blan­che.

N’ai-je donc pas sur cet­te ter­re autre cho­se à fai­re qu’à ven­ger les noirs du XVIIe siè­cle?

Dois-je sur cet­te ter­re me poser le pro­blè­me de la véri­té noi­re?

Dois-je me confi­ner dans la jus­ti­fi­ca­tion d’un angle facial?

Je n’ai pas le droit, moi hom­me de cou­leur, de recher­cher en quoi ma race est supé­rieu­re ou infé­rieu­re à une autre race

Je n’ai pas le droit , moi hom­me de cou­leur, de sou­hai­ter la cris­tal­li­sa­tion chez le blanc d’une culpa­bi­li­té envers le pas­sé de ma race.

Je n’ai pas le droit , moi hom­me de cou­leur, de me pré­oc­cu­per des moyens qui me per­met­traient de pié­ti­ner la fier­té de l’ancien maî­tre.

Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger répa­ra­tion pour mes ancê­tres domes­ti­qués.

Il n’y a pas de mis­sion nègre; il n’y a pas de far­deau blanc.

Je me décou­vre un jour dans un mon­de où les cho­ses font mal; un mon­de où l’on récla­me que je me bat­te; un mon­de où il est tou­jours ques­tion d’anéantissement ou de vic­toi­re.

Je me décou­vre, moi hom­me, dans un mon­de où les mots se fran­gent de silen­ce; dans un mon­de où l’autre, inter­mi­na­ble­ment, se dur­cit.
Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma hai­ne au Blanc. Je n’ai pas le devoir de mur­mu­rer ma recon­nais­san­ce.
Il y a ma vie pri­se au las­so de l’existence. il y a ma liber­té qui me ren­voie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir.

Je n’ai pas le droit d’être ceci ou cela...

Si le Blanc contes­te mon huma­ni­té, je lui mon­tre­rai, en fai­sant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ce « y a bon bana­nia » qu’il per­sis­te à ima­gi­ner.

Je me décou­vre un jour dans le mon­de un seul droit: celui d’exiger de l’autre un com­por­te­ment humain.
Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liber­té au tra­vers de mes choix.
(...) Je ne suis pas l’esclave de l’Esclavage qui déshu­ma­ni­sa mes pères. »

»> Peau Noi­re, Mas­ques blancs, Édi­tion du Seuil, pp. 185/186 (1952)
»> La pho­to : Cas­bah d’Alger, 1er février 2006. Je deman­de à Ali de tour­ner son sac du bon côté. Il ne sait pas qui est Frantz Fanon, qu’il pro­mè­ne ain­si en pho­to à bout de bras. Des adul­tes, sans dou­te, lui par­le­ront de l’auteur des Dam­nés de la Ter­re, chan­tre des indé­pen­dan­ces, mort à 36 ans, jus­te avant les accords d’Évian qui, le 19 mars 1962, met­taient fin à la guer­re d’Algérie. © Gérard Pon­thieu


Françafrique. Saisie immobilière dans le Bongoland

1omarjpg.1207920810.jpgÇa relè­ve d’une espè­ce de génie. Quel­que cho­se com­me le Génie de la Bas­tille culbu­tant pri­sons et autres enfer­me­ments de l’esprit. Trois mani­fes­tants, deux ban­de­ro­les, un coup de crayon et voi­là l’Histoire qui perd son nord, chan­ge de tra­jec­toi­re. Petits mou­ve­ments grands effets ! Rap­pe­lons-nous ce tur­ban com­me une bom­be… sur la tête stu­pé­fiée de Maho­met – enfin de cel­les de ses hid­ja­dis­tes. Et aujourd’hui, cet­te flam­me des JO qui vacille – Mao mais…. (Oui, faci­le…) Et là, cet­te manif com­me un chef d’œuvre devant l’un des 33 biens immo­bi­liers de Omar Bon­go – deve­nu « el hadj » par inté­rêt bien com­pris… Hier donc, manif devant un haut-lieu du Bon­go­land, ain­si que le rap­por­te Rue89 :

« Au moment où Alain Joyan­det, le nou­veau secré­tai­re d’Etat à la Coopé­ra­tion, fou­lait le sol du Palais du bord de mer à Libre­vil­le, la Cel­lu­le Fran­ça­fri­que s’est invi­tée rue de la Bau­me.

« Au numé­ro 4 de cet­te rue hup­pée du VIIIe arron­dis­se­ment, un hôtel par­ti­cu­lier en tra­vaux. Pas de nom: la pla­que, près de la son­net­te, a été arra­chée. A 12h30, une dizai­ne de mem­bres du col­lec­tif Cel­lu­le Fran­ça­fri­que se retrou­vent, sous l’oeil avi­sé de l’émissaire de la pré­fec­tu­re de poli­ce, agent des RG en civil. Les jour­na­lis­tes sont aus­si nom­breux que les acti­vis­tes. (Voir la vidéo)

« Objec­tif de l’opération: la sai­sie -sym­bo­li­que- du 33e bien immo­bi­lier acquis par le pré­si­dent du Gabon. El Hadj Omar Bon­go Ondim­ba a fait ache­ter cet­te modes­te demeu­re (2000 m2 et 500 m2 de jar­din) pour deux de ses fils. Offi­ciel­le­ment, le pro­prié­tai­re est une SCI (socié­té civi­le immo­bi­liè­re) où appa­rais­sent les noms d’Omar Denis, 13 ans, et Yaci­ne Kini, 16 ans. Mon­tant de la tran­sac­tion: 18,875 mil­lions d’euros. Soit 9437 euros du mètre car­ré... La des­cen­dan­ce est à l’abri du besoin pour quel­ques années.

« Et les chif­fres sont cruels: le Gabon occu­pe la 84e pla­ce mon­dia­le pour le PIB par habi­tant, mais seule­ment la 119e posi­tion, sur 177 états, pour l’Indicateur de déve­lop­pe­ment humain. »

Voi­là, l’essentiel est dit. Pas besoin de glo­ser davan­ta­ge ici* sur la Fran­ça­fri­que et ses réa­li­tés per­pé­tuées par la sar­ko­zie en mar­che. Jean-Marie Bockel a de quoi médi­ter sur sa rétro­gra­da­tion au pro­fit d’un dépu­té et mai­re de Vesoul qui a vou­lu voir l’Afrique, et qui a vu Bon­go – com­me tou­jours.

* Mais il y a matiè­re ! Voir notam­ment l’excellent site Cel­lu­le Fran­ca­fri­que - www.cellulefrancafrique.org

»> Voir la vidéo de la « sai­sie du bien mal acquis »


Côte d’Ivoire. Le jeudi noir des Éléphants

Abid­jan, jeu­di 7/2/08

minuci_globe.1202847538.jpgLa vic­toi­re sur la Gui­née avait enivré tout le pays. Mais les Pha­raons ont « sor­ti » les Élé­phants. Tra­duc­tion pour les igna­res du foot : l’Égypte a bat­tu la Côte d’ivoire dans la Cou­pe d’Afrique des Nations. Et pas d’un peu : 4 à 1. La nuit est dou­ble­ment tom­bée sur Abid­jan. Les auto­ri­tés avaient craint les débor­de­ments, com­me lors des pré­cé­dents mat­ches vic­to­rieux : bus détruits, vols, bles­sés et même viols. Ce sera la gueu­le de bois.

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Mobi­li­sa­tion géné­ra­le pour la patrie du sport en dan­ger. Abid­jan, février 2008. 

Au « Saint-Ger­main », bou­le­vard de Mar­seille [tiens tiens…], zone 4 de Bié­try, la sono d’enfer a eu du mal à redé­mar­rer une fois les écrans géants mis en ber­ne. Et les minet­tes mobi­li­sées, tout en beau­té svel­te sous leur mini­ma­le vêtu­re oran­ge – cou­leur de l’équipe natio­na­le – n’avaient plus « le cœur aux fes­ses » pour fai­re rou­ler la rum­ba congo­lai­se. Soir de défai­te, à deux heu­res du rêve, le temps d’un mat­ch. Futi­li­té du foot et du sport ; gran­deur aus­si dans la vai­ne gra­tui­té – enfin, on le vou­drait.

Le rêve dans un bal­lon plein de vide. Bouf­fée d’oxygène, sans dou­te. Un seul but, le but adver­se, contre l’autre. Un peu de pain et plus de biè­re. Les peu­ples ne sont pas si exi­geants. La fête sera cour­te, autant se la payer à fond, com­me une défon­ce. Rap­pe­lons-nous la Cou­pe du mon­de vue de l’hexagone. Plus près enco­re le Mon­dial de rug­by. Pour la pre­miè­re, la «Fran­ce Bleu Bla­ck Beur» – tu par­les ! jus­te un pro­lo­gue à la révol­te des ban­lieues… Trans­po­sés à la Côte d’ivoire, les enjeux de la Cou­pe d’Afrique n’étaient pas moins poli­ti­ques – non, seule­ment mil­le fois plus. En Fran­ce, il y allait d’un point de PNB, d’un sur­croît de bau­me dans la sar­ko­zie glo­rieu­se. Soit. Ici, vic­toi­re ou défai­te, ça annon­ce «seule­ment» plus ou moins de chaos.

Côte d’ivoire, pays béni-mau­dit, c’est selon. Avers / revers. Pile ou face. On a beau la cher­cher, l’Espérance ne niche guè­re dans le ration­nel. Sinon, com­ment expli­quer le déchi­re­ment ? Ce pays, magni­fi­que, regor­geant de tout, ou pres­que. Et cet­te capi­ta­le, vibran­te, bos­seu­se, fiè­re. Paru­res d’Europe et par­lu­res de Fran­ce, tré­sors de cet­te Afri­que qua­si mythi­que, au sens des rêves de colons ; péné­trée du nord au sud, d’Alger au Cap, en de gran­des explo­ra­tions posant des pier­res blan­ches de-ci de-là. Abid­jan, le « pays d’ici », hal­te ins­pi­rée en plein gol­fe de Gui­née : un havre lagu­nai­re. Le vil­la­ge de pêcheurs du début du XXe siè­cle ploie aujourd’hui sous ses, peut-être, trois mil­lions d’habitants, dont des mil­liers de « dépla­cés de guer­re ». La folie urbai­ne aggra­vée. À la mode afri­cai­ne, dénue­ment en pri­me. À la fois bon enfant et explo­si­ve, incon­trô­la­ble, incer­tai­ne, ter­ri­fian­te à l’occasion.

La nuit est tom­bée donc sur Abid­jan et, com­me un signe, l’harmattan aus­si et son souf­fle brû­lant à 35°. Com­me si le vent mau­vais venu du Gha­na – pays de la défai­te – se dou­blait d’une dou­che froi­de– enfin, tiè­de…

Ce mat­ch, com­me le sport d’aujourd’hui, joue dans le sta­de poli­ti­que. «On gagne ou bien on gagne !», m’avait lan­cé un jeu­ne sup­por­ter à l’heure du coup d’envoi. Il répé­tait un slo­gan des par­ti­sans de Gbag­bo, l’actuel pré­si­dent. Des pré­si­den­tiel­les, en effet, s’annoncent ici dans les mois pro­chains. « Si la Côte d’ivoire gagne, il est sûr d’être réélu ! » : pro­nos­tic d’un chro­ni­queur… non spor­tif, de l’un des quel­que vingt quo­ti­diens de la capi­ta­le éco­no­mi­que – la plu­part « QG » d’autant de par­tis poli­ti­ques… Le temps de la Libé­ra­tion n’est pas ache­vé. D’autant moins que les Ivoi­riens pei­nent à sor­tir de la guer­re civi­le qui a cou­pé le pays en deux, par le milieu, autour des démons du refus de l’autre, au nom d’un concept dévoyé d’ «ivoi­ri­té», relayé par le tri­ba­lis­me et ceux qui, sur­tout, trou­vent avan­ta­ges de pou­voir et d’argent au poi­son de la divi­sion.

Abid­jan parais­sait donc apai­sée cet­te nuit, com­me ces temps-ci. L’espoir ? On ber­ce l’idée, savou­rant le reflux de la folie imbé­ci­le, dévas­ta­tri­ce, assas­si­ne. Le réa­lis­me, cepen­dant, com­man­de moins d’angélisme. La pres­se, les médias en géné­ral, veillent sur les brai­ses noi­res, prompts à les rani­mer. L’Olped, Obser­va­toi­re de la liber­té de la pres­se, de l’éthique et de la déon­to­lo­gie – le pre­mier du gen­re en date en Afri­que, 1995 – conti­nue, dans ses réunions de cha­que jeu­di, à rele­ver par dizai­nes les man­que­ments au métier d’informer ! Leur han­ti­se, à ses mem­bres, c’est le spec­tre du géno­ci­de au Rwan­da (94) et le fameux syn­dro­me de la radio des Mil­le-col­li­nes.

Les pro­chai­nes pré­si­den­tiel­les, donc… Trois prin­ci­paux can­di­dats selon les cli­va­ges his­to­ri­ques indé­lé­bi­les com­me des his­toi­res de famil­le, de clans, de tri­bus – véri­ta­bles tatoua­ges cultu­rels rehaus­sés d’animisme, de sor­cel­le­rie et autres sata­nées croyan­ces. L’imagerie actuel­le vou­draient les effa­cer, quand elles revien­nent par la fenê­tre pour ren­for­cer les for­te­res­ses démo­nia­ques. Trois can­di­dats, soit un tiers gagnant deux tiers per­dant, à moins d’un cock­tail com­bi­na­toi­re. Que fai­re ?

La télé de ce soir (pre­miè­re des deux chaî­nes publi­ques, pas de télé pri­vée hors satel­li­tes) fait dan­ser du mon­de joyeux dans une émis­sion « à l’ancienne » autour d’un ani­ma­teur débon­nai­re. Ça rigo­le, ça se tré­mous­se, cul contre cul ; les rituels de semailles sur­gis­sent des cultu­res immé­mo­ria­les ; com­me d’ailleurs au « Saint-Ger­main » tout à l’heure, en moins moder­ne, en moins «DJ ». Des fes­ses de Baou­lé, des fes­ses de Bété, des fes­ses de Diou­la, com­me de la soixan­tai­ne de tri­bus du pays. A l’image, a-t-on dit, des foot­bal­leurs de l’équipe ivoi­rien­ne – on y revient. Une défai­te qui ne man­que­ra pas d’être poli­ti­que, on peut le parier. Poli­ti­que com­me l’est le sport et tout par­ti­cu­liè­re­ment le foot. Peu avant le mat­ch, la pré­sen­ta­tri­ce du JT avait lan­cé : « Ce n’est pas un pha­raon, aus­si noble soit-il, qui va empê­cher l’éléphant de bar­rir ! » Ben si. Le pha­raon a vain­cu. À qua­tre repri­ses, ses repré­sen­tants se sont pros­ter­nés vers La Mec­que. Les Élé­phants, eux, n’étaient pas en res­te avec leurs signes de croix… La télé retrans­met­tait ce mic­mac anti-laï­que dans le mon­de entier, ou pres­que. Nord-Sud, les cli­va­ges ances­traux, leurs ver­sions sécu­liè­res et sécu­la­ri­sées… On n’en sort pas.

––––––
Post scrip­tum. Ces Élé­phants-là s’en reme­tr­ront bien. Quant aux autres, ceux sans majus­cu­le, ceux de l’espèce emblé­ma­ti­que du pays, les der­niers ont sans dou­te péri lors de la folie guer­riè­re des humains.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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