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Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du "Collectif"Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par " la droite et l'extrême droite ", l'auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s'embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l'essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d'une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l'islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l'a défendu, L'Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L'Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : "Il faut dire qu'il y a un... par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


Centrafrique et Libye : les bégaiements de l’histoire

Bernard-Nantet par Ber­nard Nan­tet, jour­na­lis­te et archéo­lo­gue, spé­cia­lis­te de l’Afrique

centrafriqueAu matin du 5 jan­vier, les habi­tants de Ban­gui, la capi­ta­le cen­tra­fri­cai­ne, virent sur­gir des grou­pes de com­bat­tants sans uni­for­me, le corps bar­dé de gri­gris et d’amulettes pro­tec­tri­ces. Brus­que­ment, l’Afrique de la brous­se remon­tait à la sur­fa­ce avec ses tra­di­tions et son his­toi­re occul­tée par la lon­gue paren­thè­se colo­nia­le et une indé­pen­dan­ce mal assu­mée.

Il faut dire que l’ancien Ouban­gui-Cha­ri ne nous avait pas habi­tués à voir s’exprimer tant de hai­ne oppo­sant gens de la brous­se, chris­tia­ni­sés de fraî­che date, et musul­mans, éle­veurs ou com­mer­çants éta­blis depuis long­temps dans le pays.

Il aura suf­fi qu’un an aupa­ra­vant, un ancien minis­tre, Michel Djo­to­dia, agrè­ge en une coa­li­tion (sélé­ka en san­go) tout ce que la région comp­tait de mécon­tents pour fai­re vaciller un État ron­gé par la cor­rup­tion et le népo­tis­me. La mise en cou­pe réglée du pays fit remon­ter à la sur­fa­ce les récits d’une épo­que où l’esclavage rava­geait la région. Les oppo­sants qui avaient fon­du sur la capi­ta­le cen­tra­fri­cai­ne ras­sem­blaient en l’occurrence des mer­ce­nai­res tcha­diens et sou­da­nais, flan­qués de cou­peurs de rou­tes et de bra­con­niers venus épau­ler les reven­di­ca­tions de la mino­ri­té musul­ma­ne mar­gi­na­li­sée,

Des mois de pilla­ges, de des­truc­tions et de tue­ries per­pé­trés par les mem­bres de la Sélé­ka sus­ci­tè­rent la for­ma­tion de grou­pes d’autodéfense, les anti-bala­ka (anti-machet­tes), un sur­nom qui ren­voyait à des temps loin­tains où la kalach­ni­kov n’équipait pas enco­re les enva­his­seurs. L’irruption de mili­ces vil­la­geoi­ses dans cet­te guer­re civi­le de bas­se inten­si­té s’accompagna d’exactions et de mas­sa­cres envers les musul­mans locaux accu­sés – sou­vent à tort – d’avoir pac­ti­sé avec les pré­da­teurs.

La guer­re civi­le en Sier­ra Leo­ne (1991-2001) nous avait déjà mon­tré à quel­les déri­ves meur­triè­res des mili­ces incon­trô­lées pou­vaient se livrer dans des conflits inter­nes. Issues des asso­cia­tions tra­di­tion­nel­les de chas­seurs, ou kama­jors, et bap­ti­sées en la cir­cons­tan­ce For­ces de défen­se civi­le (CDF), ces mili­ces pro­gou­ver­ne­men­ta­les sier­ra-léo­nai­ses furent à l’origine de nom­breu­ses atro­ci­tés.

Dis­pa­ru récem­ment, l’historien malien Yous­souf Tata Cis­sé (1935-2013), auteur d’une thè­se sur les confré­ries de chas­seurs en Afri­que occi­den­ta­le, a mon­tré l’importance des chas­seurs tra­di­tion­nels dans la vie col­lec­ti­ve et la défen­se des vil­la­ges. Autre­fois grou­pées en confré­ries ini­tia­ti­ques, elles avaient un rôle dans le main­tien de la cohé­sion socia­le, com­me au Rwan­da où Tut­sis, Hutus et Twas pou­vaient se retrou­ver au sein d’un culte ren­du au chas­seur mythi­que Ryan­gom­be.

Avant que les com­pa­gnies euro­péen­nes conces­sion­nai­res n’exploitent le pays et les popu­la­tions de façon scan­da­leu­se (début du XXe siè­cle), les forêts de l’Oubangui-Chari ser­vi­rent de refu­ge aux ani­mis­tes fuyant les raz­zias escla­va­gis­tes des­ti­nées à four­nir au mon­de ara­be et à l’Empire otto­man la for­ce ser­vi­le qui leur man­quait. Pre­mier des voya­geurs du XIXe siè­cle à visi­ter la région, le Tuni­sien Moha­med el Toun­si, qui accom­pa­gna une raz­zia au Dar­four voi­sin (1803-1813), témoi­gna des pilla­ges et des rafles qui dévas­taient des ter­ri­toi­res entiers com­me le Dar el Fer­ti dans l’est de la Cen­tra­fri­que, aujourd’hui déser­té.

À cet­te épo­que, le pays subit le contre­coup de la désta­bi­li­sa­tion du Tchad pro­vo­quée par l’arrivée des Ouled Sli­ma­ne, anciens mer­ce­nai­res à la sol­de des pachas de Tri­po­li contre les noma­des Tou­bous du Fez­zan, en Libye. Cet­te tri­bu ara­be fut chas­sée vers le Tchad quand l’Empire otto­man reprit en main la régen­ce de Tri­po­li, jugée trop fai­ble pour s’opposer à la pous­sée fran­çai­se en Algé­rie (milieu du XIXe siè­cle). Dévas­té, ses royau­mes affai­blis, le Tchad ne put s’opposer aux escla­va­gis­tes venus du Sou­dan. Par­mi ceux-ci figu­re le chef de guer­re Rabah dont les armes à feu firent mer­veille dans la chas­se aux ani­mis­tes qui se réfu­giè­rent dans les forêts cen­tra­fri­cai­nes.

sahara-bernard-nantetOr il y a un an, c’est du nord-est, por­te d’entrée tra­di­tion­nel­le des anciens chas­seurs d’esclaves, qu’a sur­gi la Sélé­ka, rejouant un scé­na­rio bien connu. Aujourd’hui en Libye, l’histoire paraît aus­si bégayer. Les affron­te­ments meur­triers, dont Seb­ha, dans le sud, fut récem­ment le théâ­tre (150 morts dans la der­niè­re quin­zai­ne de jan­vier), met­tent de nou­veau aux pri­ses les Ouled Sli­ma­ne, anciens alliés de Kadha­fi, avec les Tou­bous. En effet, ces der­niers ten­tent de récu­pé­rer des ter­ri­toi­res au Fez­zan et des oasis, tel celui de Kou­fra dont ils furent jadis chas­sés.

Ain­si, iro­nie de l’Histoire, en Cen­tra­fri­que com­me en Libye, la mémoi­re de l’esclavage et de ses raz­zias se rap­pel­le au sou­ve­nir des hom­mes à tra­vers les évé­ne­ments dra­ma­ti­ques actuels qui, à pre­miè­re vue, pour­raient paraî­tre sans aucun lien.

Arti­cle paru sur le Huf­fing­ton Post


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais  » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce ges­te, dit de la que­nel­le, deve­nu sym­bo­le de la « Dieu­do­sphè­re », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affi­che de la lis­te « anti­sio­nis­te » qu’il conduit aux euro­péen­nes.

L” « affai­re Dieu­don­né » est en pas­se d’empoisonner notre espa­ce du « vivre ensem­ble ». Cet­te bel­le idée – illu­soi­re ? – mon­tre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyan­ces, des cer­ti­tu­des et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietz­sche dénon­çait com­me « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­son­ges. » Anti­sio­nis­te reven­di­qué, anti­sé­mi­te mas­qué, Dieu­don­né pro­vo­que et, tout à la fois, révul­se et atti­re. Ses pro­pos lui valent plus enco­re de répro­ba­tions mora­les que de condam­na­tions péna­les, tan­dis que ses spec­ta­cles font sal­les com­bles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­ti­que dont il fait l’objet. Com­me si deux visions du mon­de s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­ti­ves d’explications autour de quel­ques ques­tions dont cel­le-ci, sans répon­se, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cau­se du petit mou­ton contra­riant qui pré­si­de aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affai­re qui ris­que d’enfler enco­re bien davan­ta­ge, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton obli­ge, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nan­te. Ce qui n’est pas sans ris­ques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrê­mes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le pos­te (Fran­ce Cultu­re), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­tu­re sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­nai­re, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la cour­te vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en fou­tent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sket­ch anti­sé­mi­te. C’est ça le cri­me ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre minu­tes de chro­ni­que, on peut à pei­ne plus finas­ser qu’en cent qua­ran­te signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­ta­les qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjam­be allé­gre­ment la faille de sa cour­te pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. » Il mini­mi­se en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adver­be fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lis­me et, au delà, de tou­te soif de com­pren­dre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la hai­ne des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contrai­re du dou­te. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puis­que rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Arti­cle docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui fai­re la cour­te-échel­le, mais bien pour lui poser quel­ques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de cel­le-ci, en effet fon­da­men­ta­le : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­la­ble com­me une pique pro­vo­can­te. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matiè­re à creu­ser » : depuis son enfan­ce, cer­tes, et même depuis sa nais­san­ce, mère bre­ton­ne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métè­que. Un frus­tré sans dou­te, un révol­té, voi­re un indi­gné, com­me tant de jeu­nes pei­nant à se per­ce­voir com­me Fran­çais à part entiè­re, à cau­se de la dis­cri­mi­na­tion socia­le et du racis­me. À cau­se aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cau­se. Une pri­se de conscien­ce qui l’a sans dou­te fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui impli­que, pour le moins, un regard cri­ti­que pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la hai­ne, la voie est par­fois étroi­te. Puis le suc­cès de scè­ne, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées cour­tes, pour­vu qu’elles soient « drô­les » ; son allian­ce pour la scè­ne avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­tu­re ensui­te ; ses déboi­res liés à ses déri­ves, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquel­le le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gi­que, à preu­ve cet « anti­sio­nis­me » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­to­ri­que et séman­ti­que, dans un jeu per­fi­de mas­quant sa natu­re anti­sé­mi­te) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs com­me fau­teurs uni­ver­sels, cau­se de tous les maux du mon­de des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des cho­ses cachées et des mys­tè­res » et d’alimenter cet­te filan­dreu­se notion de « sys­tè­me » qu’on retrou­ve aux extrê­mes, gau­che et droi­te, des idéo­lo­gies. (Lire la sui­te…)


« Chronologie de l’Afrique » : un accordéon pour ne plus jouer faux sur l’air du Continent Noir

Voi­là qui devrait inté­res­ser au moins un conseiller et un pré­si­dent : un ouvra­ge à la fois fon­da­men­tal et des plus enga­geants d’accès. Il s’agit de « Chro­no­lo­gie de l’Afrique », qui vient de paraî­tre sous la plu­me de Ber­nard Nan­tet. Un for­mi­da­ble bou­quin qui, quant à la for­me, tient autant de la tapis­se­rie de Bayeux que de la Toi­le inter­net – sans cer­tains de leurs incon­vé­nients ! Cet ouvra­ge, en effet, nous amè­ne à par­cou­rir en un éton­nant pano­ra­mi­que l’épopée his­to­ri­que du conti­nent afri­cain, qua­si­ment depuis l’origine de la Ter­re et en tout cas depuis cel­le des homi­ni­dés, jusqu’à nos jours. Et, quand on n’ignore pas les décou­ver­tes de nos si loin­tains ancê­tres Lucy et Tou­maï (- 3,5 et 7 mil­lions d’années), on réa­li­se que cet­te chro­no­lo­gie recou­vre aus­si cel­le de l’humanité.

Le livre fait par­tie d’une col­lec­tion d’une cin­quan­tai­ne de titres réa­li­sés selon ce même prin­ci­pe d’un dérou­lé chro­no­lo­gi­que se dépliant com­me un accor­déon. La maquet­te, à la fois sim­ple dans sa logi­que et com­plexe dans la riches­se de ses entrées – tex­tuel­les, pho­to­gra­phi­ques, car­to­gra­phi­ques –, per­met une navi­ga­tion faci­le et ludi­que. On peut ain­si vire­vol­ter dans le temps et dans l’espace du conti­nent afri­cain, tout au long d’une cin­quan­tai­ne de pages grand for­mat et sur une impres­sion­nan­te lon­gueur – envi­ron quin­ze mètres ! C’est dire l’ampleur de la tâche pour laquel­le Ber­nard Nan­tet – son auteur et néan­moins ami – a dû consa­crer pas moins de qua­tre années. Devraient en pro­fi­ter, outre les sus-cités de l’Élysée, ceux que l’obscurité et l’obscurantisme sépa­rent du conti­nent que l’on dit Noir, pré­ci­sé­ment – au pre­mier rang des­quels les ensei­gnants et aus­si les jour­na­lis­tes.

Retour en pas­sant sur le trop fameux dis­cours de Dakar par lequel un je sais-tout en mis­sion com­man­dée, répé­tant dans une fein­te convic­tion la dic­tée d’un péremp­toi­re conseiller, avait décré­té que « l’homme afri­cain [n’est] pas assez entré dans l’Histoire »… On sait le tol­lé pro­vo­qué. Une tel­le géné­ra­li­sa­tion – qu’est-ce donc que « l’homme afri­cain » ? Et de quel­le « His­toi­re » s’agit-il ? – se trou­ve ici magis­tra­le­ment ren­voyée dans ses cor­des, noueu­ses, ten­dues par la pré­ten­tion mora­li­sa­tri­ce et l’ignorance. A l’opposé, Ber­nard Nan­tet allie l’érudition de l’africaniste che­vron­né à la clar­té aler­te du jour­na­lis­te, pho­to­gra­phe et archéo­lo­gue nour­ris du ter­rain – la ter­re afri­cai­ne, par­cou­rue depuis un qua­si demi-siè­cle – et aus­si à la sévè­re exi­gen­ce de ce « don­ner à com­pren­dre » qui, jus­te­ment, empê­che tout juge­ment mora­lis­te et péremp­toi­re.

Chro­no­lo­gie de l’Afrique, de Ber­nard Nan­tet, édi­tions TSH. 31 euros. En librai­ries et par inter­net : www.chrono-tsh.com


Double peine pour l’Afrique : drame climatique et mutisme médiatique

Il a dû fai­re ce qu’il a pu, et rien n’y a fait : son arti­cle est res­té coin­cé en « chan­del­le » dans un coin de la page 2 du Mon­de, affu­blé d’un titre invi­si­ble : « Silen­ce, on cou­le ! ». Un titre son­nant pour­tant com­me un SOS et qui se perd dans le cos­mos étroit des infos hexa­go­na­les. Jean-Pier­re Tuquoi, l’un des trois jour­na­lis­tes « Afri­que » du Mon­de n’aura pas réus­si, dans les colon­nes de son pro­pre jour­nal, à inver­ser le scan­da­le qu’il y dénon­ce pour­tant : le qua­si mutis­me média­ti­que dou­blant le dra­me cli­ma­ti­que que vien­nent de subir une dou­zai­ne de pays afri­cains, cau­sant quel­que 160 morts (recen­sés) et près de 600.000 sans-abri.

« Selon que vous serez riches ou pau­vres »…, on n’en sort pas de cet­te uni­ver­sel­le et ter­ri­ble sen­ten­ce, que les médias domi­nants confor­tent au jour le jour. Ima­gi­nez, com­me l’écrit Tuquoi, qu’un cyclo­ne ait rava­gé les côtes de Flo­ri­de et affec­tant 600.000 État­su­niens… Ima­gi­nez alors le défer­le­ment média­ti­que ! Sou­ve­nons-nous de Katri­na dévas­tant la Loui­sia­ne… Et le si télé­gé­ni­que « tsu­na­mi » de 2004 !

monde-18909.1253287373.pngPour­tant le conti­nent afri­cain se trou­ve être un bon four­nis­seur de sujets catas­tro­phi­ques ; il y faut seule­ment un niveau d’horreur suf­fi­sant pour pro­vo­quer un tant soit peu de com­pas­sion… dura­ble. L’idéal, c’est une bon­ne fami­ne spec­ta­cu­lai­re avec des bébés sque­let­ti­ques en arriè­re-plan d’un sac de riz sur une épau­le huma­ni­tai­re. Pas mal non plus, une bel­le guer­re entre sau­va­ges, avec bons et méchants dépar­ta­gés par l’œil expert d’un Zor­ro à enco­lu­re échan­crée. Aujourd’hui, on res­te trop loin du comp­te, à en croi­re le papier du Mon­de : « La Sier­ra Leo­ne, le Nige­ria et le Tchad ont été les pre­miers tou­chés. Puis, début sep­tem­bre, c’est sur le Séné­gal, le Niger, la Mau­ri­ta­nie, le Bur­ki­na Faso... que se sont abat­tues des pluies tor­ren­tiel­les. Même le Sud algé­rien n’a pas été épar­gné. En quel­ques heu­res, des quar­tiers entiers d’une dou­zai­ne de pays du conti­nent afri­cain ont été rayés de la car­te, des rou­tes détrui­tes, des ouvra­ges d’art empor­tés tan­dis que les agri­cul­teurs voyaient dis­pa­raî­tre leur bétail. Le bilan humain est lourd : au moins 160 morts recen­sés à ce jour et près de 600 000 sans-abri.

« C’est le Bur­ki­na Faso qui a été le plus atteint. Le 1er sep­tem­bre, à Oua­ga­dou­gou, la capi­ta­le, des dizai­nes de mil­liers d’habitations se sont écrou­lées. Le prin­ci­pal hôpi­tal de la vil­le a dû être vidé de ses patients et les éco­les réqui­si­tion­nées pour accueillir des famil­les. Même cho­se à Dakar, au Séné­gal, où quin­ze des sei­ze quar­tiers de la capi­ta­le ont été inon­dés. Au Niger, on redou­te que le cho­lé­ra fas­se des rava­ges. […] De ces évé­ne­ments dra­ma­ti­ques, la pres­se fran­çai­se – et étran­gè­re – n’a guè­re ren­du comp­te. Les agen­ces de pres­se ont pour­tant don­né l’alerte, mais sans sus­ci­ter de réac­tion. Au mieux, l’affaire a été expé­diée en quel­ques lignes, confir­mant l’idée que l’Afrique inté­res­se peu les médias. »

» Le Mon­de du 18/9/09, page 2. Cher­chez bien l’info, elle y est !


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consor­tium alle­mand veut lan­cer un grand pro­jet de cen­tra­les ther­mo­so­lai­res. Pro­dui­te en Afri­que saha­rien­ne, l’électricité tran­si­te­rait sur des lignes à hau­te ten­sion. Les pre­miè­res livrai­sons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Mon­de, 13/7/09]

La der­niè­re riches­se de l’Afrique pas enco­re exploi­tée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapa­ces à la lais­ser ain­si dorer… au soleil ? Sur­tout, que les Afri­cains ne se dépê­chent pas d’entrer « dans l’Histoire », qu’on les pille enco­re un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des poli­ti­ciens afri­cains n’ont pas atten­du cet­te lumi­neu­se idée venue du Nord. Ain­si, dans la si lon­gue lignée des dic­ta­teurs du conti­nent, un Mobu­tu a-t-il pla­cé le Congo-Kin­sha­sa en cou­pes réglées ; pour exploi­ter, à son comp­te per­son­nel pour com­men­cer, les immen­ses riches­ses miniè­res du pays, il a fait construi­re des bar­ra­ges hydro­élec­tri­ques, dont un gigan­tes­que des­ti­né à ali­men­ter les mines de cui­vre du Katan­ga. Les lignes à hau­te ten­sion tra­ver­sent le pays, sans même condes­cen­dre dans les pau­vres vil­la­ges quel­les sur­plom­bent [lire sur ce blog : Congo-Ban­que mon­dia­le. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bour­ser une det­te de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solai­re et son exploi­ta­tion, c’est déjà com­men­cé avec les bar­ra­ges. La nou­veau­té, sous cou­vert « tech­no­lo­gi­que » – jadis les mis­sion­nai­res et les mili­tai­res pré­cé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­no­lo­gie » qui débou­le d’abord – c’est de la jouer « éco­lo » avec des pan­neaux solai­res. La bla­gue ! Ils vont tout bon­ne­ment enva­hir le Saha­ra – pas gra­ve, c’est un désert – et plan­ter leurs pylô­nes à tout va. Sans dou­te n’oseront-ils pas, ces affai­ris­tes tein­tés de sens démo­cra­ti­que, on ne rigo­le pas, la jouer car­ré­ment à la Mobu­tu. Non, ils dis­tri­bue­ront plus visi­ble­ment, osten­si­ble­ment, quel­ques miet­tes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mon­dis­te. Crai­gnons le pire. Pour le peu que les Chi­nois sur­en­ché­ris­sent en tirant leurs lignes jus­que là-bas…

Oba­ma devra reve­nir enco­re et sou­vent sur les tra­ces de ses loin­tains ancê­tres s’il veut par­ve­nir à bran­cher leurs actuels des­cen­dants sur les étroi­tes voies du libé­ra­lis­me démo­cra­ti­ca­ble.


À Bongo, la Françàfric reconnaissante

L’empressement de nos poli­ti­ciens à saluer ce cher grand dis­pa­ru de Bon­go, pape de la Fran­çà­fric, sem­ble nor­ma­le­ment pro­por­tion­nel à ses ser­vi­ces ren­dus à icel­le – la Fran­ça­fri­que. Tous ont peu ou prou, sur­tout prou, été atteints par ses lar­ges­ses. Des liens « étroits » se sont ain­si tis­sés au long de qua­tre décen­nies d’un pou­voir au ser­vi­ce de ses inté­rêts et par contre­coups bien com­pris à ceux de «la Fran­ce». Qui n’aura-t-il pas arro­sé de ses bien­faits? Aus­si est-il à parier que les ins­truc­tions judi­ciai­res en cours sur le très cher dis­pa­ru, pas­se­ront bien vite à la trap­pe de la rai­son d’État. On com­prend donc la recon­nais­san­ce expri­mée par notre minis­tre des affai­res étran­ges. Le contrai­re eut rele­vé de l’ingratitude.

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»> A consul­ter : Cel­lu­le Fran­ca­fri­que
Notre arti­cle Fran­ça­fri­que. Sai­sie immo­bi­liè­re dans le Bon­go­land


« Les martyrs du golfe d’Aden », reportage au bout de l’enfer

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Si par mal­heur vous avez raté le der­nier Tha­las­sa (Fran­ce 3) et la re-dif­fu­sion d’un très grand repor­ta­ge (après la pre­miè­re en mars 2007), je n’y pour­rai que peu, soit ces quel­ques lignes. « Les mar­tyrs du gol­fe d’Aden » est un docu­ment vrai­ment excep­tion­nel. Son auteur, Daniel Grand­clé­ment, a eu le cou­ra­ge d’embarquer avec quel­que 130 migrants éthio­piens et soma­liens ten­tant de fuir la misè­re pour une autre, tein­tée d’une mai­gre espé­ran­ce. Un autre repor­ta­ge (dif­fu­sé il y a quel­ques mois dans Envoyé spé­cial) par­tait d’une sem­bla­ble démar­che, entre la Mau­ri­ta­nie et les Cana­ries, sans tou­te­fois attein­dre une tel­le inten­si­té humai­ne.

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C’est un voya­ge au bout de la détres­se, com­men­cé déjà, pour la plu­part, sur des cen­tai­nes de kilo­mè­tres depuis les fin fonds de l’Éthiopie et de la Soma­lie, en cet­te cor­ne de l’Afrique et jusqu’à sa poin­te extrê­me, com­me ten­due vers un grain d’espoir, on n’ose dire un Eldo­ra­do, s’agissant des côtes de ce Yémen à pei­ne mieux loti.

Bosa­so, port de rechan­ge de Moga­dis­cio, la capi­ta­le anéan­tie. C’est là que les pas­seurs s’affairent, sor­tes de tour opé­ra­teurs pour l’enfer. La pla­ce à quel­ques dizai­nes de dol­lars. Une for­tu­ne loca­le. Les can­di­dats au voya­ge atten­dent par cen­tai­nes (il en meurt aus­si dans les 1.700 par an, selon l’ONU). En les « pliant », en les emboî­tant les uns dans et sur les autres – ils sont si mai­gres–, on pour­ra en entas­ser une gros­se cen­tai­ne.

Daniel Grand­clé­ment sera du lot, sur ce canot d’une dizai­ne de mètres, pas mieux trai­té, ou à pei­ne, c’est-à-dire pas frap­pé com­me les autres à coups de san­gles… Pas le droit de fil­mer au départ, il y par­vien­dra peu à peu, par bri­bes, à la volée. Ses plans attei­gnent une véri­té impré­gnée de pudeur et de res­pect. Je me retiens pour en par­ler, ten­tant de gar­der un recul mini­mum… Impos­si­ble. Je revois, par anti­thè­se, la célè­bre (à son corps défen­dant) « mater dolo­ro­sa » pho­to­gra­phiée après un atten­tat en Algé­rie : la dou­leur com­me pré­tex­te esthé­ti­sant. Un déni jour­na­lis­ti­que. Ici, de cet­te détres­se, res­sor­tent à la fois l’horreur de la situa­tion, cel­le des pas­seurs infra-humains, et la sou­mis­sion de leurs vic­ti­mes liée à une espé­ran­ce éper­due.

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« La voi­là donc, cet­te vision incroya­ble, que le mon­de se refu­se à connaî­tre ! » lâche Daniel Grand­clé­ment sur ses ima­ges acca­blan­tes. On vomit, on suf­fo­que ; l’eau man­que ; les coups pleu­vent, paro­les et cris mêlés, pro­mis­cui­té, fau­te d’un mot plus jus­te ; sadis­me des domi­nants ; émer­gen­ce du kapo… Le jour­na­lis­te est à bout : « J’éprouve un pro­fond sen­ti­ment d’écoeurement et de dégoût ; j’ai même envie de sau­ter à l’eau pour échap­per au sup­pli­ce auquel j’assiste » Le cal­vai­re s’achève en plei­ne nuit ; il est bel et bien jeté par des­sus bord avec tous les pas­sa­gers. Le riva­ge est pro­che, il n’y aura pas de noyé. La sui­te est racon­tée par deux jour­na­lis­tes, une Anglai­se et une Suis­se, en « plan­que » à cet endroit-là et qui n’en atten­daient pas tant. Témoi­gna­ges et regards hal­lu­ci­nés, fil­més en mode noc­tur­ne, en un vert d’outre-tombe et là enco­re hal­lu­ci­nant, tel­le l’apparition de cet­te fillet­te au visa­ge de por­ce­lai­ne et dont les yeux sem­blent conte­nir l’entier dra­me humain.

4martyrs-aden.1213567672.jpgLa for­ce de ce docu­ment, tra­vaillé dans la pro­fon­deur et la durée, est évi­dem­ment d’exprimer l’indescriptible – c’est pour­quoi il faut le voir pour le croi­re, com­me on dit. On pour­rait bien le mon­trer, aus­si, dans les éco­les… Éco­les pri­mai­res, col­lè­ges, lycées. Sans oublier les éco­les de jour­na­lis­me ! Et, pen­dant qu’on y est, l’envoyer en recom­man­dé avec accu­sé de récep­tion, à un cer­tain minis­tre de l’immigration.

»> Les pho­tos sont extrai­tes du film de Daniel Grand­clé­ment [ci-des­sus], que l’on peut revoir ou télé­char­ger sur fran­ce tvod.fr

»> A voir aus­si, sur le site du Nou­vel Obser­va­teur, un entre­tien avec Daniel Grand­clé­ment à pro­pos de son repor­ta­ge et des condi­tions de réa­li­sa­tion.


Voyage en mort Méditerranée pour 26 jeunes Tunisiens

Tan­dis que les pré­si­dents tuni­sien et fran­çais par­lent « affai­res », de jeu­nes Tuni­siens s’embarquent vers leurs rêves et y ren­con­trent la mort. Ain­si ce témoi­gna­ge adres­sé par la Fédé­ra­tion des Tuni­siens pour une Citoyen­ne­té des deux Rives (FTCR) sous le titre « Tra­gé­die d’Aouled al-Mabrouk - Quand l’horizon de la jeu­nes­se des pays du Sud est de périr en Mare Nos­tra :

« Le vil­la­ge d’Aouled al-Mabrouk, com­me celui, avant lui, d’al-Hkaïma et enco­re d’autres régions de la Tuni­sie d’«en bas », vit sous le signe du deuil depuis jeu­di 24 avril quand la mer a reje­té 3 cada­vres : les 23 autres can­di­dats à l’émigration sont por­tés « dis­pa­rus ».

« Ce n’est pas une pre­miè­re ! C’est le éniè­me acte d’une tra­gé­die tou­jours recom­men­cée.

« Il suf­fit d’arpenter les ruel­les du vieux quar­tier de al-M’hamdia (ban­lieue pro­che de Tunis) pour mesu­rer l’ampleur de la pau­vre­té, du dénue­ment et du chô­ma­ge qui sévis­sent en rai­son des choix éco­no­mi­ques du gou­ver­ne­ment tuni­sien.

« Depuis le mois de jan­vier 2008, les jeu­nes et la popu­la­tion de Redeyef mani­fes­tent pour leur droit au tra­vail ; les jeu­nes des régions de al-M’hamdia, al-Kab­ba­ria, Dje­bel Jloud, Sidi Frej, Gaf­sa, Cheb­ba, Mal­lou­le­ch (12 jeu­nes sont ori­gi­nai­res du vieux quar­tier d’al-M’hamdia) par­tis, quant à eux, à la recher­che d’un tra­vail, d’une vie digne sur la rive nord, ont pris les bar­ques de la mort.

« En effet, le mar­di 22 avril 2008 au soir, la bar­que des 26 jeu­nes a quit­té Aou­led al-Mabrouk Cet­te nuit-là, la famil­le de Moha­med Dal­houm (l’un des trois morts rame­nés par les eaux) a reçu le der­nier appel télé­pho­ni­que de son fils. La famil­le de Ayman Ben Taïeb Has­si­ne (qui n’a que 17 ans) attend, tout com­me les autres famil­les, d’avoir une infor­ma­tion sûre et défi­ni­ti­ve.

« Ces jeu­nes savaient a prio­ri que pren­dre la mer sur des bar­ques de for­tu­ne (Har­ra­ga) est une opé­ra­tion hau­te­ment ris­quée et extrê­me­ment dan­ge­reu­se. Leur déses­poir et l’absence de tou­te autre alter­na­ti­ve les ont déter­mi­nés à côtoyer le dan­ger. Fuir une situa­tion fai­te de mar­gi­na­li­sa­tion, d’exclusion, de sen­ti­ment d’injustice, de pri­va­tion, de per­di­tion, d’absence de tout exer­ci­ce de la démo­cra­tie et d’une répar­ti­tion éga­li­tai­re des riches­ses entre les fils et les filles de la Tuni­sie était deve­nu leur seul et uni­que hori­zon. »

»> La Fédé­ra­tion des Tuni­siens Citoyens des deux Rives lan­ce un appel pour fai­re de la jour­née du 10 mai une jour­née de deuil natio­nal pour les jeu­nes de la Tuni­sie et de tous les pays frap­pés par le dra­me des bar­ques de la mort.  Signa­tu­res auprès de la FTCR, 3 rue de Nan­tes Paris 75019 Tél. 01 46 07 54 04 – Fax : 01 40 34 18 15. Cour­riel : ftcr2@wanadoo.fr - Site : www.ftcr.eu


Ni noir, ni blanc : humain. Un texte de Frantz Fanon

Pour hono­rer Aimé Césai­re et pro­lon­ger son concept de « négri­tu­de », cet extrait de Peau Noi­re, Mas­ques blancs, ouvra­ge d’un autre auteur mar­ti­ni­quais consi­dé­ra­ble, Frantz Fanon.

1ali_et_fanon-1.1208959887.jpg« Le Noir veut être com­me le Blanc. Pour le Noir, il n’y a qu’un des­tin. Et il est blanc. Il y a de cela long­temps le Noir a admis la supé­rio­ri­té indis­cu­ta­ble du Blanc, et tous ses efforts ten­dent à réa­li­ser une exis­ten­ce blan­che.

N’ai-je donc pas sur cet­te ter­re autre cho­se à fai­re qu’à ven­ger les noirs du XVIIe siè­cle?

Dois-je sur cet­te ter­re me poser le pro­blè­me de la véri­té noi­re?

Dois-je me confi­ner dans la jus­ti­fi­ca­tion d’un angle facial?

Je n’ai pas le droit, moi hom­me de cou­leur, de recher­cher en quoi ma race est supé­rieu­re ou infé­rieu­re à une autre race

Je n’ai pas le droit , moi hom­me de cou­leur, de sou­hai­ter la cris­tal­li­sa­tion chez le blanc d’une culpa­bi­li­té envers le pas­sé de ma race.

Je n’ai pas le droit , moi hom­me de cou­leur, de me pré­oc­cu­per des moyens qui me per­met­traient de pié­ti­ner la fier­té de l’ancien maî­tre.

Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger répa­ra­tion pour mes ancê­tres domes­ti­qués.

Il n’y a pas de mis­sion nègre; il n’y a pas de far­deau blanc.

Je me décou­vre un jour dans un mon­de où les cho­ses font mal; un mon­de où l’on récla­me que je me bat­te; un mon­de où il est tou­jours ques­tion d’anéantissement ou de vic­toi­re.

Je me décou­vre, moi hom­me, dans un mon­de où les mots se fran­gent de silen­ce; dans un mon­de où l’autre, inter­mi­na­ble­ment, se dur­cit.
Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma hai­ne au Blanc. Je n’ai pas le devoir de mur­mu­rer ma recon­nais­san­ce.
Il y a ma vie pri­se au las­so de l’existence. il y a ma liber­té qui me ren­voie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir.

Je n’ai pas le droit d’être ceci ou cela...

Si le Blanc contes­te mon huma­ni­té, je lui mon­tre­rai, en fai­sant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ce « y a bon bana­nia » qu’il per­sis­te à ima­gi­ner.

Je me décou­vre un jour dans le mon­de un seul droit: celui d’exiger de l’autre un com­por­te­ment humain.
Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liber­té au tra­vers de mes choix.
(...) Je ne suis pas l’esclave de l’Esclavage qui déshu­ma­ni­sa mes pères. »

»> Peau Noi­re, Mas­ques blancs, Édi­tion du Seuil, pp. 185/186 (1952)
»> La pho­to : Cas­bah d’Alger, 1er février 2006. Je deman­de à Ali de tour­ner son sac du bon côté. Il ne sait pas qui est Frantz Fanon, qu’il pro­mè­ne ain­si en pho­to à bout de bras. Des adul­tes, sans dou­te, lui par­le­ront de l’auteur des Dam­nés de la Ter­re, chan­tre des indé­pen­dan­ces, mort à 36 ans, jus­te avant les accords d’Évian qui, le 19 mars 1962, met­taient fin à la guer­re d’Algérie. © Gérard Pon­thieu


Françafrique. Saisie immobilière dans le Bongoland

1omarjpg.1207920810.jpgÇa relè­ve d’une espè­ce de génie. Quel­que cho­se com­me le Génie de la Bas­tille culbu­tant pri­sons et autres enfer­me­ments de l’esprit. Trois mani­fes­tants, deux ban­de­ro­les, un coup de crayon et voi­là l’Histoire qui perd son nord, chan­ge de tra­jec­toi­re. Petits mou­ve­ments grands effets ! Rap­pe­lons-nous ce tur­ban com­me une bom­be… sur la tête stu­pé­fiée de Maho­met – enfin de cel­les de ses hid­ja­dis­tes. Et aujourd’hui, cet­te flam­me des JO qui vacille – Mao mais…. (Oui, faci­le…) Et là, cet­te manif com­me un chef d’œuvre devant l’un des 33 biens immo­bi­liers de Omar Bon­go – deve­nu « el hadj » par inté­rêt bien com­pris… Hier donc, manif devant un haut-lieu du Bon­go­land, ain­si que le rap­por­te Rue89 :

« Au moment où Alain Joyan­det, le nou­veau secré­tai­re d’Etat à la Coopé­ra­tion, fou­lait le sol du Palais du bord de mer à Libre­vil­le, la Cel­lu­le Fran­ça­fri­que s’est invi­tée rue de la Bau­me.

« Au numé­ro 4 de cet­te rue hup­pée du VIIIe arron­dis­se­ment, un hôtel par­ti­cu­lier en tra­vaux. Pas de nom: la pla­que, près de la son­net­te, a été arra­chée. A 12h30, une dizai­ne de mem­bres du col­lec­tif Cel­lu­le Fran­ça­fri­que se retrou­vent, sous l’oeil avi­sé de l’émissaire de la pré­fec­tu­re de poli­ce, agent des RG en civil. Les jour­na­lis­tes sont aus­si nom­breux que les acti­vis­tes. (Voir la vidéo)

« Objec­tif de l’opération: la sai­sie -sym­bo­li­que- du 33e bien immo­bi­lier acquis par le pré­si­dent du Gabon. El Hadj Omar Bon­go Ondim­ba a fait ache­ter cet­te modes­te demeu­re (2000 m2 et 500 m2 de jar­din) pour deux de ses fils. Offi­ciel­le­ment, le pro­prié­tai­re est une SCI (socié­té civi­le immo­bi­liè­re) où appa­rais­sent les noms d’Omar Denis, 13 ans, et Yaci­ne Kini, 16 ans. Mon­tant de la tran­sac­tion: 18,875 mil­lions d’euros. Soit 9437 euros du mètre car­ré... La des­cen­dan­ce est à l’abri du besoin pour quel­ques années.

« Et les chif­fres sont cruels: le Gabon occu­pe la 84e pla­ce mon­dia­le pour le PIB par habi­tant, mais seule­ment la 119e posi­tion, sur 177 états, pour l’Indicateur de déve­lop­pe­ment humain. »

Voi­là, l’essentiel est dit. Pas besoin de glo­ser davan­ta­ge ici* sur la Fran­ça­fri­que et ses réa­li­tés per­pé­tuées par la sar­ko­zie en mar­che. Jean-Marie Bockel a de quoi médi­ter sur sa rétro­gra­da­tion au pro­fit d’un dépu­té et mai­re de Vesoul qui a vou­lu voir l’Afrique, et qui a vu Bon­go – com­me tou­jours.

* Mais il y a matiè­re ! Voir notam­ment l’excellent site Cel­lu­le Fran­ca­fri­que - www.cellulefrancafrique.org

»> Voir la vidéo de la « sai­sie du bien mal acquis »


Côte d’Ivoire. Le jeudi noir des Éléphants

Abid­jan, jeu­di 7/2/08

minuci_globe.1202847538.jpgLa vic­toi­re sur la Gui­née avait enivré tout le pays. Mais les Pha­raons ont « sor­ti » les Élé­phants. Tra­duc­tion pour les igna­res du foot : l’Égypte a bat­tu la Côte d’ivoire dans la Cou­pe d’Afrique des Nations. Et pas d’un peu : 4 à 1. La nuit est dou­ble­ment tom­bée sur Abid­jan. Les auto­ri­tés avaient craint les débor­de­ments, com­me lors des pré­cé­dents mat­ches vic­to­rieux : bus détruits, vols, bles­sés et même viols. Ce sera la gueu­le de bois.

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Mobi­li­sa­tion géné­ra­le pour la patrie du sport en dan­ger. Abid­jan, février 2008. 

Au « Saint-Ger­main », bou­le­vard de Mar­seille [tiens tiens…], zone 4 de Bié­try, la sono d’enfer a eu du mal à redé­mar­rer une fois les écrans géants mis en ber­ne. Et les minet­tes mobi­li­sées, tout en beau­té svel­te sous leur mini­ma­le vêtu­re oran­ge – cou­leur de l’équipe natio­na­le – n’avaient plus « le cœur aux fes­ses » pour fai­re rou­ler la rum­ba congo­lai­se. Soir de défai­te, à deux heu­res du rêve, le temps d’un mat­ch. Futi­li­té du foot et du sport ; gran­deur aus­si dans la vai­ne gra­tui­té – enfin, on le vou­drait.

Le rêve dans un bal­lon plein de vide. Bouf­fée d’oxygène, sans dou­te. Un seul but, le but adver­se, contre l’autre. Un peu de pain et plus de biè­re. Les peu­ples ne sont pas si exi­geants. La fête sera cour­te, autant se la payer à fond, com­me une défon­ce. Rap­pe­lons-nous la Cou­pe du mon­de vue de l’hexagone. Plus près enco­re le Mon­dial de rug­by. Pour la pre­miè­re, la «Fran­ce Bleu Bla­ck Beur» – tu par­les ! jus­te un pro­lo­gue à la révol­te des ban­lieues… Trans­po­sés à la Côte d’ivoire, les enjeux de la Cou­pe d’Afrique n’étaient pas moins poli­ti­ques – non, seule­ment mil­le fois plus. En Fran­ce, il y allait d’un point de PNB, d’un sur­croît de bau­me dans la sar­ko­zie glo­rieu­se. Soit. Ici, vic­toi­re ou défai­te, ça annon­ce «seule­ment» plus ou moins de chaos.

Côte d’ivoire, pays béni-mau­dit, c’est selon. Avers / revers. Pile ou face. On a beau la cher­cher, l’Espérance ne niche guè­re dans le ration­nel. Sinon, com­ment expli­quer le déchi­re­ment ? Ce pays, magni­fi­que, regor­geant de tout, ou pres­que. Et cet­te capi­ta­le, vibran­te, bos­seu­se, fiè­re. Paru­res d’Europe et par­lu­res de Fran­ce, tré­sors de cet­te Afri­que qua­si mythi­que, au sens des rêves de colons ; péné­trée du nord au sud, d’Alger au Cap, en de gran­des explo­ra­tions posant des pier­res blan­ches de-ci de-là. Abid­jan, le « pays d’ici », hal­te ins­pi­rée en plein gol­fe de Gui­née : un havre lagu­nai­re. Le vil­la­ge de pêcheurs du début du XXe siè­cle ploie aujourd’hui sous ses, peut-être, trois mil­lions d’habitants, dont des mil­liers de « dépla­cés de guer­re ». La folie urbai­ne aggra­vée. À la mode afri­cai­ne, dénue­ment en pri­me. À la fois bon enfant et explo­si­ve, incon­trô­la­ble, incer­tai­ne, ter­ri­fian­te à l’occasion.

La nuit est tom­bée donc sur Abid­jan et, com­me un signe, l’harmattan aus­si et son souf­fle brû­lant à 35°. Com­me si le vent mau­vais venu du Gha­na – pays de la défai­te – se dou­blait d’une dou­che froi­de– enfin, tiè­de…

Ce mat­ch, com­me le sport d’aujourd’hui, joue dans le sta­de poli­ti­que. «On gagne ou bien on gagne !», m’avait lan­cé un jeu­ne sup­por­ter à l’heure du coup d’envoi. Il répé­tait un slo­gan des par­ti­sans de Gbag­bo, l’actuel pré­si­dent. Des pré­si­den­tiel­les, en effet, s’annoncent ici dans les mois pro­chains. « Si la Côte d’ivoire gagne, il est sûr d’être réélu ! » : pro­nos­tic d’un chro­ni­queur… non spor­tif, de l’un des quel­que vingt quo­ti­diens de la capi­ta­le éco­no­mi­que – la plu­part « QG » d’autant de par­tis poli­ti­ques… Le temps de la Libé­ra­tion n’est pas ache­vé. D’autant moins que les Ivoi­riens pei­nent à sor­tir de la guer­re civi­le qui a cou­pé le pays en deux, par le milieu, autour des démons du refus de l’autre, au nom d’un concept dévoyé d’ «ivoi­ri­té», relayé par le tri­ba­lis­me et ceux qui, sur­tout, trou­vent avan­ta­ges de pou­voir et d’argent au poi­son de la divi­sion.

Abid­jan parais­sait donc apai­sée cet­te nuit, com­me ces temps-ci. L’espoir ? On ber­ce l’idée, savou­rant le reflux de la folie imbé­ci­le, dévas­ta­tri­ce, assas­si­ne. Le réa­lis­me, cepen­dant, com­man­de moins d’angélisme. La pres­se, les médias en géné­ral, veillent sur les brai­ses noi­res, prompts à les rani­mer. L’Olped, Obser­va­toi­re de la liber­té de la pres­se, de l’éthique et de la déon­to­lo­gie – le pre­mier du gen­re en date en Afri­que, 1995 – conti­nue, dans ses réunions de cha­que jeu­di, à rele­ver par dizai­nes les man­que­ments au métier d’informer ! Leur han­ti­se, à ses mem­bres, c’est le spec­tre du géno­ci­de au Rwan­da (94) et le fameux syn­dro­me de la radio des Mil­le-col­li­nes.

Les pro­chai­nes pré­si­den­tiel­les, donc… Trois prin­ci­paux can­di­dats selon les cli­va­ges his­to­ri­ques indé­lé­bi­les com­me des his­toi­res de famil­le, de clans, de tri­bus – véri­ta­bles tatoua­ges cultu­rels rehaus­sés d’animisme, de sor­cel­le­rie et autres sata­nées croyan­ces. L’imagerie actuel­le vou­draient les effa­cer, quand elles revien­nent par la fenê­tre pour ren­for­cer les for­te­res­ses démo­nia­ques. Trois can­di­dats, soit un tiers gagnant deux tiers per­dant, à moins d’un cock­tail com­bi­na­toi­re. Que fai­re ?

La télé de ce soir (pre­miè­re des deux chaî­nes publi­ques, pas de télé pri­vée hors satel­li­tes) fait dan­ser du mon­de joyeux dans une émis­sion « à l’ancienne » autour d’un ani­ma­teur débon­nai­re. Ça rigo­le, ça se tré­mous­se, cul contre cul ; les rituels de semailles sur­gis­sent des cultu­res immé­mo­ria­les ; com­me d’ailleurs au « Saint-Ger­main » tout à l’heure, en moins moder­ne, en moins «DJ ». Des fes­ses de Baou­lé, des fes­ses de Bété, des fes­ses de Diou­la, com­me de la soixan­tai­ne de tri­bus du pays. A l’image, a-t-on dit, des foot­bal­leurs de l’équipe ivoi­rien­ne – on y revient. Une défai­te qui ne man­que­ra pas d’être poli­ti­que, on peut le parier. Poli­ti­que com­me l’est le sport et tout par­ti­cu­liè­re­ment le foot. Peu avant le mat­ch, la pré­sen­ta­tri­ce du JT avait lan­cé : « Ce n’est pas un pha­raon, aus­si noble soit-il, qui va empê­cher l’éléphant de bar­rir ! » Ben si. Le pha­raon a vain­cu. À qua­tre repri­ses, ses repré­sen­tants se sont pros­ter­nés vers La Mec­que. Les Élé­phants, eux, n’étaient pas en res­te avec leurs signes de croix… La télé retrans­met­tait ce mic­mac anti-laï­que dans le mon­de entier, ou pres­que. Nord-Sud, les cli­va­ges ances­traux, leurs ver­sions sécu­liè­res et sécu­la­ri­sées… On n’en sort pas.

––––––
Post scrip­tum. Ces Élé­phants-là s’en reme­tr­ront bien. Quant aux autres, ceux sans majus­cu­le, ceux de l’espèce emblé­ma­ti­que du pays, les der­niers ont sans dou­te péri lors de la folie guer­riè­re des humains.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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