On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juil­let 2012, un extrait de 14 min­utes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était postée sur YouTube, met­tant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 sep­tem­bre, des attaques furent menées, notam­ment, con­tre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uni­ennes. Furent ain­si pris­es d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le con­sulat à Beng­hazi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attribuée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cal­i­fornie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypocrisies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Mahomet…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais pub­lié un arti­cle sur lequel je viens de retomber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le pub­li­er à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaîne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix min­utes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actu­al­ité atter­rante et celle des vingt ans passés le mon­trent : des trois reli­gions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus con­tro­ver­sée, voire rejetée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­ti­enne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur con­cur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­toriques flam­boy­antes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préal­able : par­ler « reli­gions » ici c’est con­sid­ér­er les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins con­sen­tantes. C’est donc par­ler des clergés, des dogmes et des cohort­es activistes et prosé­lytes. On en dirait autant des idéolo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, con­stru­ites comme des reli­gions, ont entaché l’Histoire selon des sché­mas sim­i­laires. Donc, dis­tinguer les « hum­bles pécheurs » con­sen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libéra­teurs », tout comme on ne con­fon­dra pas ces mil­i­tants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène plané­taire, voulant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­tac­u­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïss­able et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­dica­tive dés­espérance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et con­séquence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gin­al­isée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pass­er auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la planète, les plus activistes et dji­hadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharg­er ain­si sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de respon­s­abil­ité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laque­lle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeunesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­tifère et désir d’affranchissement des con­traintes obscu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeuness­es reven­dica­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces man­i­fes­ta­tions col­lec­tives sans lesquelles les sociétés musul­manes ris­queraient l’implosion. D’où, plus avant, les « print­emps arabes » et leurs nor­mal­i­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nou­v­el épisode de poussées cléri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo dén­i­grant l’islam dif­fusée sur la toile mon­di­ale et attribuée à un auteur israé­lo-améri­cain – ou à des sources indéfinies 3. Pré­texte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­loguer sur ces con­di­tion­nements rep­tiliens (je par­le des cerveaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre provo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes monothéistes à par­tir de son foy­er le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Ori­ent. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions prophé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, instal­lé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sacré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­tenant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­tyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothé­tique, pro­scrivant à cha­cun sa libre con­science et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière human­ité.

Va pour les croy­ances, qu’on ne dis­cutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes séculiers pro­liférant sur les plus noirs obscu­ran­tismes ? On par­le aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res religieuses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­ginis­er sur l’air de la mod­éra­tion. Parce que l’islamisme « mod­éré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pak­istan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tian­isme adhèrent obséquieuse­ment, par « char­ité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « mod­éra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au prof­it des mytholo­gies monothéistes, les affab­u­la­tions entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biogra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que manip­ulées, per­me­t­tent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réal­ité exis­ten­tielle, mais surtout sur les inter­pré­ta­tions dont ces fig­ures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidem­ment – comme ignare, voleur, manip­u­la­teur, cupi­de et ama­teur de fil­lettes ? Pas plus réel que sa divin­i­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus con­stru­its hors de leur pro­pre réal­ité, selon des con­tes infan­tiles psalmod­iés et faisant appel à la plus totale cré­dulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de combler leurs angoiss­es exis­ten­tielles, de panser leurs mis­ères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des lende­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la per­spec­tive de son devenir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la con­di­tion d’humains désir­ant, par­lant, con­nais­sant, com­prenant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la con­nais­sance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; inculqué la cul­pa­bil­ité et la soumis­sion ; attaqué la philoso­phie et la sci­ence ; colonisé la cul­ture et imprégné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sex­u­al­ité et les mœurs (con­tra­cep­tion, avorte­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse con­tenir et exprimer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il chem­iné pour finale­ment dis­soudre sa ratio­nal­ité et son juge­ment ? Mys­tère de la croy­ance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème séculi­er, comme ordre ecclésial, avec ses cohort­es, ses palais, ses forter­ess­es spir­ituelles et tem­porelles… Son his­toire mar­quée en pro­fondeur par la vio­lence : croisades, Inqui­si­tion (je voy­ais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res religieuses, Saint-Barthéle­my, les bûch­ers, et aus­si les coloni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tian­isme.

Côté islamisme, qui dit se dis­penser de clergé, son emprise ne s’en trou­ve que plus entière­ment diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laï­cisme des islamistes, se voudraient-ils « mod­érés ». Et que penser de cette vio­lence endémique dev­enue syn­onyme d’islam, jusque dans nos con­trées d’immigration où d’autres extrémismes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce nation­al­istes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présen­té dans son his­toire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nom­breuses sourates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infidèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – con­tra­dic­tion ou signe oppor­tuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fat­was de con­damna­tion à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Tasli­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Ams­ter­dam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un doc­u­men­taire, il venait de dénon­cer le traite­ment réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fi­er…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cananéens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient “le peu­ple élu de Dieu”, dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tueras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légiti­mant le colo­nial­isme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théocraties. Affron­te­ment égale­ment par affidés inter­posés et leurs États ou organ­i­sa­tions ter­ror­istes : Bush con­tre Al Quaï­da, Tsa­hal con­tre le Hezbol­lah, “kamikazes” con­tre pop­u­la­tion civile. Vio­lences innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en con­tester la légitim­ité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprég­nant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les car­i­ca­tures danois­es de Mahomet, dont cer­tains avaient, de même, con­testé la qual­ité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représen­tait les vis­ages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucune­ment sur la nature du « sac­rilège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­lab­o­ra­teurs en Libye, vic­times sac­ri­fi­cielles et à ce titre totale­ment inscrites dans un proces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade améri­caine ? Et aus­si à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Car­o­line Fourest a été chahutée, men­acée, insultée et empêchée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front nation­al !

Comme quoi, pour résumer, une insulte con­tre la foi – ou ce qui en tient lieu –con­stitue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évidem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins déclarées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée plané­taire directe retrou­ve toute­fois le chris­tian­isme – ne dit-on pas le judéo-chris­tian­isme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de pénétr­er jusque dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, celles qui se présen­tent comme les « meilleures » parvi­en­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « mod­éra­tion » demeure rel­a­tive à leur stratégie hégé­monique.
  3. Sources qui demeurent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écrivaine néer­lan­do-soma­li­enne con­nue pour son mil­i­tan­tisme con­tre l’excision et ses pris­es de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut men­acée de mort par Mohammed Bouy­eri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­tic­i­pa­tion au court-métrage du réal­isa­teur qui dénonçait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Tunisie. “Charlie” et la suite

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L’actu­al­i­sa­tion du slo­gan « Char­lie » résume tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en référence aux atten­tats de jan­vi­er à Paris, une même analo­gie dans l’horreur fana­tique et mor­tifère ; un même but destruc­teur qui s’en prend à l’Histoire – celle de la Tunisie, à tra­vers le musée du Bar­do –; à l’Occident, désigné comme Satan à tra­vers ses touristes « dépravés »; et à la Démoc­ra­tie, assim­ilée à la déchéance laïque – donc anti-coranique. En prime, si on ose dire, cet odieux atten­tat – 22 morts, une cinquan­taine de blessés – ruine pour longtemps la chance­lante économie tunisi­enne en grande par­tie basée sur le tourisme.

L’« État islamique » vient ain­si de faire son entrée fra­cas­sante dans cette Tunisie qui, depuis qua­tre ans, par­ve­nait tant bien que mal à sauve­g­arder sa révo­lu­tion et ses frag­iles acquis. Ain­si con­traint à décréter l’« état de guerre », le gou­verne­ment tunisien tombe dans l’engrenage répres­sif qui s’attaque aux effets et non aux caus­es. Des caus­es d’ailleurs si pro­fondes qu’elles out­repassent les capac­ités réac­tives d’un petit État et même – c’est tout dire – celles de la « com­mu­nauté inter­na­tionale ». Ladite « com­mu­nauté » qui, par ses mem­bres voy­ous, ses machines de guerre, son économie de la Finance et du tout-Marchan­dise, a large­ment con­tribué à allumer la mèche ram­pante du fas­cisme islamiste.

Les reportages d’Envoyé spé­cial (France 2), notam­ment les pas­sages tournés à Sidi Bouzid d’où était par­tie la révo­lu­tion avec le sui­cide de Mohamed Bouaz­izi, mon­trent un tel cli­vage haineux entre salafistes et démoc­rates qu’on peut crain­dre le pire à court terme. Et com­ment ne pas voir la men­ace de ce cli­vage général dans notre monde en désar­roi ? N’en ver­ra-t-on pas les effets « col­latéraux » dès dimanche prochain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant “Tunisie” dans la case de Recherche


Lettre de Tunis sur l’“islamisme rampant”

J’ai reçu hier de Tunis ces nou­velles atter­rantes et tout à fait dignes de foi (si on ose dire…) :

[…] Mais je voulais attir­er ton atten­tion et celles des nôtres sur une sit­u­a­tion inquié­tante que j’ai apprise hier :

Une bache­lière ayant réus­si au Bac avec men­tion a été ori­en­tée vers l’Ecole Supérieure pré­parant aux études d’ingénieur de Mont­fleury. Etant de l’intérieur du pays , ses par­ents ont cher­ché dés­espéré­ment un foy­er pour loger leur fille. Ils ont fini par en trou­ver un, pas trop loin du lieu de ses études, s’appelant d’ailleurs“FLEUR(Y)” ou “Fleur”. Bref, après les avoir fait atten­dre des semaines pour inscrire leur fille, le directeur de ce foy­er privé a fini par l’accepter en faisant pay­er à ces par­ents un semes­tre (ou un an ???) d’avance.Tout en étant trois par cham­bre.

La ren­trée ayant eu lieu, la pau­vre jeune fille s’est trou­vée prise dans un piège islamique exigeant des étu­di­antes :

- le port du niqab et ou khi­mar qu’on leur offre,

- la prière à heure fixe (en par­ti­c­uli­er celle de l’aube = réveil à 3 h du matin),

- des cours d’enseignement coranique sur place dès le retour de ces étu­di­antes de leur Insti­tut…

Comme vous vous en doutez , on est bien loin hélas des con­di­tions néces­saires à toute pré­pa… Inutile de vous dire que la pau­vre n’a pu s’adapter à ce genre de pro­gramme, elle a quit­té ce fameux foy­er aban­don­nant  tous les frais d’inscription et les mois d’avance con­sen­tis ! Les par­ents cherchent encore une autre for­mule de loge­ment.

Cet islamisme ram­pant à out­rance donne froid dans le dos ! Mais où donc allons-nous ?!

A.B.

[J’ai bien sûr préservé l’anonymat de ce témoignage.]

 


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

Cuba Libye Révolution yes© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur “Generacion Y

 

Mon quarti­er con­naît une petite sec­ousse, un change­ment qui se présente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revête­ment noirâtre qui dans quelques jours aura dur­ci sous les pneus des voitures. Nous sommes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus courant si ce n’étaient les raisons qui ont con­duit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces travaux. Toute la Place de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­par­ent au grand défilé du 15 avril prochain*. Un grand défer­lement de puis­sance mil­i­taire qui pré­tend dis­suad­er tous ceux qui souhait­ent un change­ment à Cuba.

Depuis des semaines le park­ing du stade Lati­no-améri­cain est le siège de répéti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jambes ten­dues à quar­ante cinq degrés, qui rap­pel­lent des mar­i­on­nettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-haut dans l’immensité du pou­voir.

Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade mil­i­taire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défilé de ces êtres syn­chrones et automa­tiques qui passent le vis­age tourné vers le leader dans la tri­bune. Mais le résul­tat je le con­nais bien : on dira ensuite que le gou­verne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui descen­dent dans la rue pour pro­test­er seront écrasés con­tre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de répar­er.

Le pas des pelo­tons ten­tera de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mil­i­taires pour le défendre mais aus­si des troupes anti-émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la choré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres préfèrent croire que ce sera une démon­stra­tion d’indépendance, d’une autonomie nationale qui ressem­ble en réal­ité à celle de Robin­son aban­don­né sur son île.

Mais au-delà de mes réti­cences envers les uni­formes, de mon allergie au défilé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui préoc­cupée par le goudron, par cet asphalte posé récem­ment que les chaînes des tanks vont endom­mager.”

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cinquan­te­naire du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­tive d’invasion mil­i­taire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis.


Libye Tunisie. Question de regards

 

Revue de presse. La légende est celle de l’Histoire en marche…

 


SUR LES ROUTES DE TUNISIE — Que Redeyef est belle en ce jour !

Par Bernard Dréano

Respon­s­able du Cen­tre d’études et d’initiatives de sol­i­dar­ité inter­na­tionale (CEDETIM), Bernard Dréano a par­cou­ru la Tunisie, un mois après la chute du prési­dent Ben Ali. Il a accom­pa­g­né le mil­i­tant Mouhied­dine Cher­bib au tri­bunal, ren­con­tré des avo­cats, des familles de mar­tyrs et des syn­di­cal­istes de l’UGTT.  Voici son réc­it, comme un beau et fort témoignage.

14 févri­er 2011. Zine el-Abidine Ben Ali a fui la Tunisie depuis un mois.

Un ami de la Ligue tunisi­enne des droits de l’homme (LTDH) est venu me chercher à l’aéroport de Tunis-Carthage. Nous allons directe­ment au local de la Ligue rejoin­dre le groupe qui doit par­tir pour Gafsa.

La vil­la qui abrite le siège de la Ligue est un lieu emblé­ma­tique de la résis­tance à la dic­tature. La LTDH, fondée en 1976, n’a jamais cédé devant les pres­sions des pou­voirs de Bour­gui­ba puis de Ben Ali, les intim­i­da­tions et cen­sures, les empris­on­nements ou l’exil de cer­tains de ses respon­s­ables comme Khe­maïs Chem­mari, Khe­maïs Ksi­la, Mon­cef Mar­zou­ki. La Ligue n’a cessé de dénon­cer les atteintes au droit, la cor­rup­tion, la répres­sion et la tor­ture de mil­i­tants poli­tiques ou syn­di­caux, islamistes, com­mu­nistes, soci­aux-démoc­rates ou libéraux. Entr­er dans la vil­la de la Ligue, con­stam­ment sur­veil­lée par la police, c’était l’assurance d’être suivi, fiché, par­fois inter­pel­lé… J’en ai fait l’expérience.

Mais aujourd’hui, aucun flic à l’horizon. Aucun flic ? Pas tout à fait. Il y a, en civ­il, à l’intérieur du bâti­ment quelques policiers. Ils sont venus sol­liciter des con­seils pour créer un syn­di­cat indépen­dant dans la police !

À l’intérieur, je retrou­ve avec émo­tion Mokhtar Tri­fi, prési­dent de la Ligue depuis 2000 (aucun con­grès de la LTDH n’ayant pu se tenir depuis cette date du fait des pres­sions du pou­voir), et d’autres mem­bres de l’organisation. Et les exilés revenus au pays, Khé­maïs Ksi­la, Kamel Jen­doubi, le prési­dent du réseau euro-méditer­ranéen des droits de l’homme, et bien sûr Mouhied­dine Cher­bib.

(Lire la suite…)


Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon “fils” de Khadafi !


Boil­lon défend Kad­hafi (C+)
envoyé par LeP­ost­fr. — L’info inter­na­tionale vidéo.

Ça tourne au court-Boil­lon pour le toni­tru­ant ambas­sadeur de France à Tunis. Car, ce lun­di, le site Le Post a déter­ré un extrait de novem­bre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-dessus] Boris Boil­lon défendre Kad­hafi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Aphatie pour que le diplo­mate recon­naisse le passé ter­ror­iste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas “laiss­er libre cours aux idées reçues”. Et de con­clure, à pro­pos du dirigeant libyen: “Dans la vie, on fait tous des erreurs.”

Rap­pelons aus­si que le même super-Boil­lon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Khadafi lors de sa vis­ite offi­cielle en France, en décem­bre 2007 – y com­pris donc les défilés du cortège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jardins de l’hôtel Matignon.
Le « colonel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sarkozyens, ain­si qu’on le voit égale­ment sur cette vidéo :


Super-Boillon à Tunis, ambassadeur et “philosophe”…

http://www.youtube.com/watch?v=SnuH0fuXcSg

Je suis là pour vous expos­er une philoso­phie…” “Je suis pour le con­trat de con­fi­ance…” Ain­si cause le nou­v­el ambas­sadeur de la France, per­me­t­tez, entre Mon­sieur Homais et Mon­sieur Dar­ty. Quel mépris que ce mec ! « Dégage, petit Sarko ! » lui a aus­sitôt rétorqué la rue tunisi­enne, sans crain­dre le pléonasme qui fait mouche. Le tout fringant ambas­sadeur de France en Tunisie, le “Sarko-boy » Boris Boil­lon a été obligé de bouf­fer son cha­peau après son exploit du jour et présen­ter son mea-cul­pa le soir même. Sur son site Twit­ter d’abord -“Vrai­ment désolé si j’ai pu offenser. Ce n’était pas mon inten­tion”-, et puis à la télévi­sion nationale tunisi­enne same­di soir. “Je présente toutes mes excus­es à tout le peu­ple tunisien, a déclaré l’ambassadeur décrié. « J’ai une énergie et une volon­té bien déter­minée de pro­mou­voir des rela­tions bilatérales. J’ai été spon­tané plus que je n’aurais du l’être. Doré­na­vant je dois par­ler de manière plus polie”. Pré­ten­tion gou­jate et diplo­matie, ça fait deux ; ce n’est pas à l’école de son men­tor qu’un tel gom­meux aurait pu appren­dre ce b-a-ba, certes.

Ce qu’en dit sur son blog je jour­nal­iste tunisien Allal Sah­bi :

J’ai écouté l’intervention en arabe, l’échange avec les jour­nal­istes. La façon dont il fait cess­er le dia­logue : “kha­lass !“ (un peu l’équivalent de “bas­ta” en espag­nol), est extrême­ment méprisante, autori­taire et cas­sante. 

Déjà, il ne fal­lait pas envoy­er comme diplo­mate en Tunisie un type qui a aus­si chaude­ment appré­cié l’intervention US en Irak. Regardez plus bas d’ailleurs, pas un mot sur les vic­times humaines. Pas un mot  de com­pas­sion, pas de place pour l’humain. Il ne sait par­ler qu’en mil­lions et mil­liards de dol­lars, en parts de marché, c’est vrai­ment hon­teux, indé­cent !!!  Pas­cal Boni­face l’a très heureuse­ment épinglé au sujet de ses pris­es de posi­tions en Irak

Devant l’ambassade de France à Tunis, 20/2/11

“Ensuite, il est super­flu d’être arabo­phone quand on fait mon­tre d’autant de mépris. Il vaut mieux quelqu’un qui ne par­le pas un mot d’arabe, mais qui ne méprise pas à ce point ses inter­locu­teurs, et tout le peu­ple.

Il est dans la droite ligne du trop fameux “dis­cours de Dakar” : tout dans l’arrogance, la con­de­scen­dance et le mépris.
.  Il se qual­i­fie de pur  pro­duit “Sarko”, ce en quoi il a par­faite­ment rai­son.[…] Ce sarkoboy 2.0, sou­vent présen­té comme un James Bond de la diplo­matie aura fort à faire pour redor­er l’image de la France, démin­er le ter­rain poli­tique et retiss­er des liens avec la société civile. Sans compter la réor­gan­i­sa­tion d’un out­il diplo­ma­tique qui a mon­tré beau­coup de faib­less­es au moment de la révolte tunisi­enne.
Il incar­ne le pro­to­type de l’homo diplo­mati­cus mod­erne sous l’ère Sarkozy.”



Un « néo­con » à la française ?

 Ancien ambas­sadeur de France auprès des Emi­rats Arabes Unis, égale­ment en poste en Soma­lie, et en Tunisie, auteur du livre “Les Voies de la diplo­matie”, Charles Cret­tien a ain­si exprimé ses réti­cences dans une tri­bune au Monde  : « On ne nomme pas un ambas­sadeur comme on nomme un préfet. La diplo­matie est un dia­logue avec un pays étranger, son gou­verne­ment et son chef d’Etat. La nom­i­na­tion de Boris Boil­lon comme ambas­sadeur de France est la néga­tion de ce principe élé­men­taire, elle est donc choquante voire dan­gereuse pour les rela­tions à venir entre Paris et Tunis ».



Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les événe­ments révo­lu­tion­naires qui sec­ouent le monde arabe nous ques­tion­nent à bien des égards. On ne manque pas de les com­menter, de les inter­préter, de glos­er. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie sem­ble-t-il, réin­scrits dans le courant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opin­ions”, et autres fleuris­sent ça et là dans les médias, comme en toute péri­ode d’effervescence. Le plaisir n’est pas mince pour quiconque se préoc­cupe du bien-être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nulle­ment voulant jouer les rabat-joie, inutile de rap­pel­er aux dures réal­ités des lende­mains de fêtes – elles s’en char­gent toutes seules. Les Tunisiens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té con­tre la tyran­nie avec une telle énergie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde glob­al­isé les coince au tour­nant.

Mes réflex­ions aujourd’hui tourne autour d’un rap­proche­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libéra­tion (Tahrir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­procher Cuba et la Tunisie qui, d’ailleurs, présen­tent des don­nées sociopoli­tiques plus com­pa­ra­bles. Mais restons-en à la pre­mière hypothèse qui m’est souf­flée par le blog Gen­era­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoani Sanchez qui, depuis plusieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes précé­dents arti­cles, via la case de recherche ci-con­tre].

Dans son arti­cle du 12 févri­er, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette pho­to de la fameuse place Tahrir envahie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénom­bre et lumière sur la Place Tahrir, une phos­pho­res­cence rougeoy­ante entre­coupée par les flashs des appareils pho­to et la lueur des écrans de télé­phones porta­bles. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont ressen­ti cha­cun des Égyp­tiens réu­nis la nuit dernière au cen­tre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleur­er de joie en pub­lic […], je con­firme que je ferais la même chose, je resterais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient soudain libérées d’un énorme fardeau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloignés, que les deux endroits n’étaient pas si dif­férents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions con­sternés à l’exposé piraté d’un polici­er cyberné­tique, pour lequel les réseaux soci­aux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce censeur de kilo­bits, et tous ses chefs, de crain­dre ces sites virtuels où les indi­vidus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour sec­ouer les con­trôles éta­tiques, par­ti­sans et idéologiques. En lisant les paroles du jeune Wael Ghon­im « Vous voulez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve  nos autorités à l’heure de nous per­me­t­tre ou non de nous con­necter à la toile. Ils se sont habitués à avoir le mono­pole de l’information, à réguler ce qui nous arrive et à réin­ter­préter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­tenant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous lais­sent faire dans le cyber­space nous rap­proche de Tahrir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démis­sionne. »

[Traduit par Jean-Claude Marou­by – mer­ci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veil­lées, le mes­sage de Yaoni Sanchez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre pho­to, celle d’un de ces rassem­ble­ments mon­stres organ­isés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est finale­ment échoué l’une des plus men­songères illu­sions de l’Histoire.

Cinquante ans après sa révo­lu­tion, le peu­ple cubain ne s’est tou­jours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appelant à des analy­ses poussées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chas­se l’autre, il ne faudrait pas que, sur la scène et dans l’opinion inter­na­tionales, la révo­lu­tion égyp­ti­enne chas­se la tunisi­enne pour laque­lle il reste tant à accom­plir. Les Tunisiens en sont pour la plu­part bien con­scients, en par­ti­c­uli­er quand ils affir­ment haut et fort : « Le dic­ta­teur est par­ti mais la dic­tature est tou­jours là. » C’est ce que souligne le Col­lec­tif pour les lib­ertés et la démoc­ra­tie en Tunisie* dans l’appel ci-dessous :

Salle comble et effer­ves­cente mer­cre­di à Aix-en-Provence pour la réu­nion de sou­tien à la révo­lu­tion tunisi­enne. Ph. gp

« L’année 2011 restera dans l’histoire comme celle de la for­mi­da­ble révo­lu­tion pop­u­laire tunisi­enne. Pour la pre­mière fois un dic­ta­teur est con­traint par son peu­ple de s’enfuir. Cette vic­toire des mass­es pop­u­laires de Tunisie est por­teuse d’un espoir immense pour tous les peu­ples opprimés. Elle mon­tre la voie et annonce de nou­velles révoltes pop­u­laires dans le monde arabe et africain et dans toute l’Afrique. Partout les tyrans trem­blent et ont peur que leurs peu­ples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Normalement, le sommet de Davos ne devrait plus exister…

La grand-messe annuelle  du cap­i­tal­isme mon­di­al­isé bat son plein une fois de plus depuis mer­cre­di. La nou­veauté, cette année, c’est  la crainte man­i­feste des explo­sions sociales dans le monde. La révo­lu­tion tunisi­enne est passée par là et la rue gronde ou men­ace ça et là. Le texte qui suit n’y va pas par qua­tre chemins. Il émane de l’association alter­mon­di­al­iste Attac, inspiré en par­tie par… le quo­ti­di­en économique Les Échos. Les temps chang­eraient ? Ce n’est qu’apparence. D’où ce “nor­male­ment” qui en dit long.

© édi­to-dessin de faber

« Nor­male­ment, Davos ne devrait plus exis­ter. Enfin, pas la tris­tounette sta­tion helvé­tique de ski, mais le Forum économique mon­di­al, qui y attire fin jan­vi­er des cen­taines de patrons, de min­istres, d’universitaires et de jour­nal­istes. Cette gigan­tesque « busi­ness par­ty » aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées bal­ayées par la crise finan­cière, qui a con­nu son apogée en 2008. Nulle part ailleurs la « share­hold­er val­ue », la valeur action­nar­i­ale, n’aura été prêchée avec autant de foi. À Davos, on a aus­si prôné avec une rare con­stance la mon­di­al­i­sa­tion débridée, la finance sou­veraine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente. On s’y est aus­si beau­coup trompé. Une ses­sion a été organ­isée chaque année pour ten­ter de trou­ver « d’où vien­dra le prochain choc » sans jamais débus­quer autre chose que les pays émer­gents, l’immobilier chi­nois ou le pét­role.

En 2007 et 2008, l’économiste Nouriel Roubi­ni avait sérieuse­ment agacé les par­tic­i­pants en annonçant des cat­a­stro­phes. Toutes les étoiles déchues de l’entreprise ont bril­lé à Davos, de Jean-Marie Messier (Viven­di) à Car­ly Fio­r­i­na (HP) en pas­sant par Ken­neth Lay (Enron), Chuck Prince (Cit­i­group) ou Dick Fuld (Lehman Broth­ers), qui affichait encore une incroy­able morgue début 2008, huit mois avant sa chute [Note de GP : sur ce dernier per­son­nage et sa morgue, pas­sage recom­mandé ici-même : La crise comme un (mau­vais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouf­fer avant qu’ils crèvent ! »]. Et en ces temps d’économies tous azimuts pour préserv­er la tré­sorerie des entre­pris­es voire des États, il peut paraître sur­prenant de cla­quer des dizaines ou quelques cen­taines de mil­liers d’euros ou de dol­lars pour aller se faire voir dans un vil­lage per­du des Grisons suiss­es »[1].

Mais Davos existe encore. Car les élites glob­ales n’ont aucune­ment renon­cé à impos­er à leurs sociétés « la mon­di­al­i­sa­tion débridée, la finance sou­veraine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente ». Les plans d’austérité, le chô­mage et la pré­car­ité défer­lent sur l’Europe, les bulles finan­cières gon­flent à nou­veau, la spécu­la­tion se déchaîne sur les pro­duits agri­coles. Mais les puis­sants vont con­tin­uer à dis­sert­er sur les « risques émer­gents », les « oppor­tu­nités de crois­sance » et  les « normes partagées pour une nou­velle réal­ité »… Nico­las Sarkozy osera-t-il tenir demain un dis­cours encore plus « anti-finance » que l’an dernier ? Les paris sont ouverts…

À l’initiative de mou­ve­ments soci­aux – dont Attac Suisse – se tenait du 21 au 23 jan­vi­er à Bâle « L’Autre Davos  2011 », une ini­tia­tive « des­tinée à val­oris­er toutes les expéri­ences révélant le car­ac­tère intel­ligem­ment sub­ver­sif des luttes pop­u­laires » con­tre ce néolibéral­isme dis­crédité mais tou­jours aus­si arro­gant.

Dans quelques jours, s’ouvre à Dakar le Forum social mon­di­al, où se ren­con­treront non les maîtres du monde comme à Davos mais les arti­sans d’un autre monde.

Attac y sera présent  à tra­vers une délé­ga­tion de près de 60 per­son­nes de France, et plus d’une cen­taine de représen­tants des Attac du monde.

Sur le G20, la crise cli­ma­tique, l’accès à l’eau, la sou­veraineté ali­men­taire, à Dakar nous con­stru­irons les mobil­i­sa­tions et les con­ver­gences entre toutes les luttes qui cherchent à faire chuter le pou­voir de la finance et aspirent à con­stru­ire des alter­na­tives écologiques et sol­idaires.”

Attac France

________________________________

[1] Nous remer­cions Jean-Marc Vit­tori, l’éditorialiste du quo­ti­di­en économique Les Échos, d’avoir rédigé notre com­mu­niqué de presse pour l’ouverture du som­met de Davos. http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201092173513-l-invraisemblable-survie-du-forum-de-davos.htm


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pou­vait en douter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révo­lu­tion tunisi­enne : la « bourde » de la min­istre des affaires étrangères n’en était pas une. Cette pro-posi­tion était bien celle, décidée et assumée à l’Élysée comme à Matignon : celle de venir en aide directe à un régime et à un prési­dent amis.

Les plus scep­tiques, s’il en restait, auront pu être con­va­in­cus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouil­lis aus­si pénibles et tor­dus qu’embarrassés du « con­seiller Afrique » de Sazkozy, Hen­ri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pen­sant, comme dans les bulles savon­neuses de BD « Quelle mer­dasse, com­ment m’en sor­tir ? »…

Ain­si appa­raît une fois de plus – notam­ment après le trop fameux dis­cours de Dakar – la vraie nature du sarkozysme. A la fois comme poli­tique à duplic­ité per­ma­nente (refrain « droits de l’homme » et cou­plet don­neur de leçon ; ingérence et non-ingérence ; bref : grandeur du baratin et déca­dence de l’action) et comme vraie nature : une poli­tique autori­taire sur fond répres­sif dif­fi­cile­ment dis­simulé. Car ce « savoir-faire, recon­nu dans le monde entier, de nos forces de sécu­rité [pour] régler des sit­u­a­tions sécu­ri­taires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 jan­vi­er 2011], ne dou­tons pas, hélas, de sa fonc­tion pre­mière : son util­i­sa­tion « sécu­ri­taire » hors expor­ta­tion, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oli­garchie con­sti­tu­tion­nelle.


Hen­ri Guaino
envoyé par fran­cein­ter. — L’info inter­na­tionale vidéo.


Ce que nous dit aussi la révolution tunisienne

Comme pour l’avenir, on ne sait prédire les révo­lu­tions. Au mieux peut-on les pressen­tir par quelques signes avant-coureurs, quelques alertes. La tunisi­enne nous aura bien pris de court. Telle­ment qu’elle n’en finit pas de nous inter­roger sur notre aveu­gle­ment général, ain­si que sur celui des ana­lystes plus ou moins paten­tés. Sa sur­v­enue nous inter­pelle, comme on dit, en ce sens tout par­ti­c­uli­er qu’elle indique la fragilité de ce qu’on prend facile­ment pour des « équili­bres » socio-poli­tiques.

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Dessin-édi­to de faber ©

Un demi-siè­cle de post-colo­nial­isme – avec ce qui précède donc –, n’aura guère résisté à cet embrase­ment à dom­i­nante paci­fique et à si haute déter­mi­na­tion qu’une dic­tature se sera effon­drée en moins d’un mois. Et c’est bien ce car­ac­tère apparem­ment spon­tané, aux caus­es qua­si mys­térieuses – vu de cet aveu­gle­ment sourd des « élites » – qui ne cesse d’inquiéter toute la sphère poli­tique, au plan mon­di­al d’ailleurs, partout où pré­domi­nent le néo-impéri­al­isme de la macro-économie et de la finance en folie. Quand « un » directeur du FMI, grand ora­cle à pré­ten­tion pon­tif­i­ante, décerne à la Tunisie son brevet de « bonne san­té », c’est bien à cause d’une vision autis­te­ment « macro » (c’est ten­tant : com­ment ne pas penser « maque­reau de la finance » ?).

Quand Dominique Strauss-Kahn voit en la Tunisie « un mod­èle pour les pays émer­gents », il ne dis­tingue pas plus loin que son écran d’ordinateur, c’est-à-dire le bout de son nez [à TV7-Tunisie, 18 novem­bre 2008]. Pas plus que la carte n’est le ter­ri­toire, les sta­tis­tiques ne reflè­tent la réal­ité vécue du quo­ti­di­en des pau­vres gens. D’ailleurs les chiffres les ignorent superbe­ment, ne con­sid­érant sous leurs courbes et tableaux que flux, ten­dances et com­pag­nie. De ce seul point de vue, la mort par le dés­espoir et le feu du jeune Mohamed Bouaz­izi n’aurait jamais dû crois­er la courbe expo­nen­tielle de crois­sance des clans Ben Ali-Tra­bel­si. C’est ce qu’on appelle un « acci­dent » de l’Histoire – qui en est pleine, de ces acci­dents…

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Tunisie. De l’inconvénient d’avoir raté le train de la révolution

La révo­lu­tion comme un coup de foudre. Ne pas s’y brûler les ailes. S’être pré­mu­ni de ses illu­sions pour en jouir au bon moment. Et puis pass­er à la durée, au dur désir de dur­er. Je par­le bien sûr de la Tunisie qui aura sur­pris tout un cha­cun. Qui en aura dépité quelques autres, certes. Comme notre grand ora­cle du FMI prédis­ant le plus bel avenir au roy­aume de Ben Ali tout en rêvant de gou­vern­er le pays France. Mau­vaise pioche. En quoi il ne suf­fit pas d’avoir des airs inspirés pour être super ana­lyste. Car ces gens, que savent-ils de la souf­france des peu­ples ? Rien.

Je pense aus­si, bien sûr, à notre petit empereur d’opérette, même pas comique, lam­en­ta­ble, rece­vant les clés de la ville de Tunis et ne taris­sant de facéties élo­gieuses à l’adresse de son émir ami.

Je pense à la ci-devant Michèle Alliot-Marie dite « MAM », des affaires si étrangères, tout emper­ruquée et si empressée de sec­ourir – selon le « savoir-faire » des agents de notre République – son monar­que étranger dans la débine. Je pense donc aux Jup­pé et Fil­lon con­damnés à soutenir leur bre­bis égarée au quai d’Orsay.

Je pense aus­si au Mit­ter­rand, l’autre, esti­mant – le 9 jan­vi­er 2011 – en touriste de la cul­ture, que “Dire [de la] Tunisie [qu’elle] est une dic­tature uni­voque me paraît tout à fait exagéré“.

Je ne saurais oubli­er le bon Jacques Chirac, prési­dent de notre même République, man­quant en 2003 d’étouffer son ami Ben, qui il étreint d’une vigoureuse acco­lade, avant de déclar­er : “Le pre­mier des droits de l’homme est de manger, d’être soigné et de recevoir une édu­ca­tion. De ce point de vue, il faut bien recon­naître que la Tunisie est très en avance”.

(Lire la suite…)


Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Por­trait offi­ciel du directeur général et grand ora­cle du Fonds moné­taire inter­na­tion­al.

Pom­pon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tan­dis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la prophétie de « DSK » prédis­ant le plus bel avenir à la Tunisie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le car­toman­cien du FMI ? Ça craint !

En atten­dant, voyons-voir ce grand moment de fine analyse éco­nom­i­co-poli­tique… Dominique Strauss-Kahn à TV7-Tunisie, 18 novem­bre 2008 (2 mn 12 s) :


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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