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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musulmans était postée sur YouTube, mettant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 septembre, des attaques furent menées, notamment, contre des missions diplomatiques états-uniennes. Furent ainsi prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consulat à Benghazi (Libye) où l’on déplora quatre morts, dont l’ambassadeur.

Innocence of Muslims, produite en 2012, fut alors attribuée à un certain Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien résidant en Californie, sous le pseudonyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénoncer les hypocrisies de l’islam en mettant en scène des passages de la vie de Mahomet…

À cette occasion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retomber et qui me semble toujours assez actuel, hélas, pour le publier à nouveau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habillement. Et toujours les déchaînements fanatiques, des affrontements, des violences, des morts.

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actualité atterrante et celle des vingt ans passés le montrent : des trois religions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus controversée, voire rejetée 1. Tandis que la judaïque et la chrétienne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur concurrente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se donner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas manqué d’être les pires dans leurs époques historiques flamboyantes, et qu’elles ne sont toujours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétrogrades et répressifs. 2

Préalable : parler « religions » ici c’est considérer les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs victimes plus ou moins consentantes. C’est donc parler des clergés, des dogmes et des cohortes activistes et prosélytes. On en dirait autant des idéologies, dont les pires – fascistes et nazies –, construites comme des religions, ont entaché l’Histoire selon des schémas similaires. Donc, distinguer les « humbles pécheurs » consentants, ou mystifiés par leurs « libérateurs », tout comme on ne confondra pas ces militants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Parlons donc de l’islam politique, mis en exhibition dramatique sur la scène planétaire, voulant en quelque sorte se prouver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la violence spectaculaire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïssable et le renforce du même coup dans sa propre et vindicative désespérance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et conséquence de son propre enfermement dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souffrance de cette fraction de l’humanité qui se trouve marginalisée, par la faute de cet « Occident » corrompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le message que tente de faire passer auprès du milliard et plus de musulmans répartis sur la planète, les plus activistes et djihadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharger ainsi sur ce bouc émissaire leur propre part de responsabilité quant à leur mise en marge de la « modernité ». Modernité à laquelle ils aspirent cependant en partie – ou tout au moins une part importante de la jeunesse musulmane. D’où cette puissante tension interne entre intégrisme mortifère et désir d’affranchissement des contraintes obscurantistes, entre gérontocrates intégristes et jeunesses revendicatives. D’où cette pression de « cocotte minute » et ces manifestations collectives sans lesquelles les sociétés musulmanes risqueraient l’implosion. D’où, plus avant, les « printemps arabes » et leurs normalisations politiques successives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nouvel épisode de poussées cléricales d’intégrisme se produit donc aujourd’hui avec la promotion d’une vidéo dénigrant l’islam diffusée sur la toile mondiale et attribuée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indéfinies 3. Prétexte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fanatiques toujours à l’affût.

On pourrait épiloguer sur ces conditionnements reptiliens (je parle des cerveaux, pas des personnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême violence à la moindre provocation du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notamment depuis la nouvelle fièvre éruptive qui a saisi les systèmes monothéistes à partir de son foyer le plus sensible, à savoir le Moyen Orient. De là et, partant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chrétiens, musulmans – et leurs sous-divisions prophétiques et sectaires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, installé des comptoirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, torturé et massacré des êtres humains par millions, au mépris de la vie hic et nunc, maintenant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi martyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothétique, proscrivant à chacun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de surcroît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne discutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces systèmes séculiers proliférant sur les plus noirs obscurantismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres religieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui permet aux deux autres de se revirginiser sur l’air de la modération. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, etc. – n’est jamais qu’un oxymore auquel judaïsme et christianisme adhèrent obséquieusement, par « charité bien comprise » en direction de leur propre « modération », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au profit des mythologies monothéistes, les affabulations entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biographies » incertaines, polies par le temps autant que manipulées, permettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seulement sur leur réalité existentielle, mais surtout sur les interprétations dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidemment – comme ignare, voleur, manipulateur, cupide et amateur de fillettes ? Pas plus réel que sa divinisation, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réalité, selon des contes infantiles psalmodiés et faisant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admettons que les hommes aient créé leurs dieux par nécessité, celle de combler leurs angoisses existentielles, de panser leurs misères, leurs vertiges face à l’univers et devant l’inconnu des lendemains et d’après la mort. Admettons cela et regardons l’humanité dans la perspective de son devenir et de son évolution – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se monter sur la pointe des pieds pour tenter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la condition d’humains désirant, parlant, connaissant, comprenant, aimant.

Alors, ces religions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la justice, la connaissance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, maltraité les enfants, méprisé les animaux ; inculqué la culpabilité et la soumission ; attaqué la philosophie et la science ; colonisé la culture et imprégné jusqu’au langage ; jeté des interdits sur la sexualité et les mœurs (contraception, avortement, mariage et même l’alimentation) ; commandé à la politique et aux puissants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – comment admettre que ces écrits, et a fortiori un seul, puisse contenir et exprimer LA vérité ? Par quels renoncements l’humain a-t-il cheminé pour finalement dissoudre sa rationalité et son jugement ? Mystère de la croyance… Soit ! encore une fois passons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la religion comme système séculier, comme ordre ecclésial, avec ses cohortes, ses palais, ses forteresses spirituelles et temporelles… Son histoire marquée en profondeur par la violence : croisades, Inquisition (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fantômes de Goya, de Milos Forman… ; une histoire de tout juste deux siècles !), guerres religieuses, Saint-Barthélemy, les bûchers, et aussi les colonisations, ethnocides, soutiens aux fascismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté islamisme, qui dit se dispenser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entièrement diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laïcisme des islamistes, se voudraient-ils « modérés ». Et que penser de cette violence endémique devenue synonyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extrémismes en nourrissent leurs fonds de commerce nationalistes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présenté dans son histoire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéantit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nombreuses sourates invoquant l’anéantissement des juifs, chrétiens et infidèles – tandis que, plus loin, d’autres versets promulguent une « sentence d’amitié » – contradiction ou signe opportuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fatwas de condamnation à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Taslima Nasreen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un documentaire, il venait de dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même double langage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de certains peuples de Palestine (dont les Cananéens…) Cela en vertu du fait que les juifs seraient «le peuple élu de Dieu», dont le premier commandement est « Tu ne tueras pas » ! Ce fantasme juif alimente en les légitimant le colonialisme et ce qui s’ensuit en Palestine et l’affrontement des théocraties. Affrontement également par affidés interposés et leurs États ou organisations terroristes : Bush contre Al Quaïda, Tsahal contre le Hezbollah, «kamikazes» contre population civile. Violences innommables, guerres sans fin.

Quant au film « blasphématoire » qui agite de plus belle les fanatiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contester la légitimité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une question d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses commanditaires, il fait bien apparaître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprégnant les pays musulmans. Ce qui s’était déjà produit avec les caricatures danoises de Mahomet, dont certains avaient, de même, contesté la qualité artistique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représentait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ? 6

La question ne porte aucunement sur la nature du « sacrilège » mais sur la disproportion de la réplique engendrée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses collaborateurs en Libye, victimes sacrificielles et à ce titre totalement inscrites dans un processus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provocations menées à Paris devant l’ambassade américaine ? Et aussi à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Caroline Fourest a été chahutée, menacée, insultée et empêchée de débattre – entre autres sur ces questions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résumer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –constitue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 septembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musulman, évidemment… Bien que des oppositions plus ou moins déclarées apparaissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette religion sans visée planétaire directe retrouve toutefois le christianisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de pénétrer jusque dans les têtes et les ventres de chacun. En ce sens, celles qui se présentent comme les « meilleures » parviennent bien à être les pires dans leurs manœuvres permanentes d’aliénation. De même que leur « modération » demeure relative à leur stratégie hégémonique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma version de septembre 2012, j’avais manqué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hirsi Ali, femme politique et écrivaine néerlando-somalienne connue pour son militantisme contre l’excision et ses prises de position sur la religion musulmane. Elle fut menacée de mort par Mohammed Bouyeri, assassin du cinéaste Theo van Gogh, notamment à la suite de sa participation au court-métrage du réalisateur qui dénonçait les violences faites aux femmes dans les pays musulmans.
  6. Le Guernica de Picasso n’est pas non plus une œuvre esthétique !

Tunisie. «Charlie» et la suite

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L’actualisation du slogan « Charlie » résume tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en référence aux attentats de janvier à Paris, une même analogie dans l’horreur fanatique et mortifère ; un même but destructeur qui s’en prend à l’Histoire – celle de la Tunisie, à travers le musée du Bardo –; à l’Occident, désigné comme Satan à travers ses touristes « dépravés »; et à la Démocratie, assimilée à la déchéance laïque – donc anti-coranique. En prime, si on ose dire, cet odieux attentat – 22 morts, une cinquantaine de blessés – ruine pour longtemps la chancelante économie tunisienne en grande partie basée sur le tourisme.

L’« État islamique » vient ainsi de faire son entrée fracassante dans cette Tunisie qui, depuis quatre ans, parvenait tant bien que mal à sauvegarder sa révolution et ses fragiles acquis. Ainsi contraint à décréter l’« état de guerre », le gouvernement tunisien tombe dans l’engrenage répressif qui s’attaque aux effets et non aux causes. Des causes d’ailleurs si profondes qu’elles outrepassent les capacités réactives d’un petit État et même – c’est tout dire – celles de la « communauté internationale ». Ladite « communauté » qui, par ses membres voyous, ses machines de guerre, son économie de la Finance et du tout-Marchandise, a largement contribué à allumer la mèche rampante du fascisme islamiste.

Les reportages d’Envoyé spécial (France 2), notamment les passages tournés à Sidi Bouzid d’où était partie la révolution avec le suicide de Mohamed Bouazizi, montrent un tel clivage haineux entre salafistes et démocrates qu’on peut craindre le pire à court terme. Et comment ne pas voir la menace de ce clivage général dans notre monde en désarroi ? N’en verra-t-on pas les effets « collatéraux » dès dimanche prochain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant «Tunisie» dans la case de Recherche


Lettre de Tunis sur l’«islamisme rampant»

J’ai reçu hier de Tunis ces nouvelles atterrantes et tout à fait dignes de foi (si on ose dire…) :

[…] Mais je voulais attirer ton attention et celles des nôtres sur une situation inquiétante que j’ai apprise hier :

Une bachelière ayant réussi au Bac avec mention a été orientée vers l’Ecole Supérieure préparant aux études d’ingénieur de Montfleury. Etant de l’intérieur du pays , ses parents ont cherché désespérément un foyer pour loger leur fille. Ils ont fini par en trouver un, pas trop loin du lieu de ses études, s’appelant d’ailleurs«FLEUR(Y)» ou «Fleur». Bref, après les avoir fait attendre des semaines pour inscrire leur fille, le directeur de ce foyer privé a fini par l’accepter en faisant payer à ces parents un semestre (ou un an ???) d’avance.Tout en étant trois par chambre.

La rentrée ayant eu lieu, la pauvre jeune fille s’est trouvée prise dans un piège islamique exigeant des étudiantes :

- le port du niqab et ou khimar qu’on leur offre,

- la prière à heure fixe (en particulier celle de l’aube = réveil à 3 h du matin),

- des cours d’enseignement coranique sur place dès le retour de ces étudiantes de leur Institut…

Comme vous vous en doutez , on est bien loin hélas des conditions nécessaires à toute prépa… Inutile de vous dire que la pauvre n’a pu s’adapter à ce genre de programme, elle a quitté ce fameux foyer abandonnant  tous les frais d’inscription et les mois d’avance consentis ! Les parents cherchent encore une autre formule de logement.

Cet islamisme rampant à outrance donne froid dans le dos ! Mais où donc allons-nous ?!

A.B.

[J’ai bien sûr préservé l’anonymat de ce témoignage.]

 


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

Cuba Libye Révolution yes© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur «Generacion Y»

 

«Mon quartier connaît une petite secousse, un changement qui se présente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revêtement noirâtre qui dans quelques jours aura durci sous les pneus des voitures. Nous sommes tous surpris. La joie serait le sentiment le plus courant si ce n’étaient les raisons qui ont conduit à ces réparations et la raison de ces travaux. Toute la Place de la Révolution et la « zone bloquée » où j’habite se préparent au grand défilé du 15 avril prochain*. Un grand déferlement de puissance militaire qui prétend dissuader tous ceux qui souhaitent un changement à Cuba.

«Depuis des semaines le parking du stade Latino-américain est le siège de répétitions pour le pas de l’oie des soldats. Des jambes tendues à quarante cinq degrés, qui rappellent des marionnettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-haut dans l’immensité du pouvoir.

«Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade militaire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défilé de ces êtres synchrones et automatiques qui passent le visage tourné vers le leader dans la tribune. Mais le résultat je le connais bien : on dira ensuite que le gouvernement est armé jusqu’aux dents et que ceux qui descendent dans la rue pour protester seront écrasés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de réparer.

«Le pas des pelotons tentera de nous de nous avertir que le Parti n’a pas seulement des militaires pour le défendre mais aussi des troupes anti-émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la chorégraphie de l’autoritarisme, mais d’autres préfèrent croire que ce sera une démonstration d’indépendance, d’une autonomie nationale qui ressemble en réalité à celle de Robinson abandonné sur son île.

«Mais au-delà de mes réticences envers les uniformes, de mon allergie au défilé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui préoccupée par le goudron, par cet asphalte posé récemment que les chaînes des tanks vont endommager.»

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de marquer le cinquantenaire du débarquement de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, tentative d’invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis.


Libye Tunisie. Question de regards

 

Revue de presse. La légende est celle de l’Histoire en marche…

 


SUR LES ROUTES DE TUNISIE — Que Redeyef est belle en ce jour !

Par Bernard Dréano

Responsable du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM), Bernard Dréano a parcouru la Tunisie, un mois après la chute du président Ben Ali. Il a accompagné le militant Mouhieddine Cherbib au tribunal, rencontré des avocats, des familles de martyrs et des syndicalistes de l’UGTT.  Voici son récit, comme un beau et fort témoignage.

14 février 2011. Zine el-Abidine Ben Ali a fui la Tunisie depuis un mois.

Un ami de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) est venu me chercher à l’aéroport de Tunis-Carthage. Nous allons directement au local de la Ligue rejoindre le groupe qui doit partir pour Gafsa.

La villa qui abrite le siège de la Ligue est un lieu emblématique de la résistance à la dictature. La LTDH, fondée en 1976, n’a jamais cédé devant les pressions des pouvoirs de Bourguiba puis de Ben Ali, les intimidations et censures, les emprisonnements ou l’exil de certains de ses responsables comme Khemaïs Chemmari, Khemaïs Ksila, Moncef Marzouki. La Ligue n’a cessé de dénoncer les atteintes au droit, la corruption, la répression et la torture de militants politiques ou syndicaux, islamistes, communistes, sociaux-démocrates ou libéraux. Entrer dans la villa de la Ligue, constamment surveillée par la police, c’était l’assurance d’être suivi, fiché, parfois interpellé… J’en ai fait l’expérience.

Mais aujourd’hui, aucun flic à l’horizon. Aucun flic ? Pas tout à fait. Il y a, en civil, à l’intérieur du bâtiment quelques policiers. Ils sont venus solliciter des conseils pour créer un syndicat indépendant dans la police !

À l’intérieur, je retrouve avec émotion Mokhtar Trifi, président de la Ligue depuis 2000 (aucun congrès de la LTDH n’ayant pu se tenir depuis cette date du fait des pressions du pouvoir), et d’autres membres de l’organisation. Et les exilés revenus au pays, Khémaïs Ksila, Kamel Jendoubi, le président du réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme, et bien sûr Mouhieddine Cherbib.

(Lire la suite…)


Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon «fils» de Khadafi !


Boillon défend Kadhafi (C+)
envoyé par LePostfr. — L’info internationale vidéo.

Ça tourne au court-Boillon pour le tonitruant ambassadeur de France à Tunis. Car, ce lundi, le site Le Post a déterré un extrait de novembre 2010 du Grand journal, émission télé de Canal+. On y voit [ci-dessus] Boris Boillon défendre Kadhafi. Dans un premier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Aphatie pour que le diplomate reconnaisse le passé terroriste du dictateur libyen, avant d’appeler à ne pas «laisser libre cours aux idées reçues». Et de conclure, à propos du dirigeant libyen: «Dans la vie, on fait tous des erreurs.»

Rappelons aussi que le même super-Boillon avait été le grand ordonnateur des frasques de Khadafi lors de sa visite officielle en France, en décembre 2007 – y compris donc les défilés du cortège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » montée dans les jardins de l’hôtel Matignon.
Le « colonel » y fut reçu avec tous les honneurs sarkozyens, ainsi qu’on le voit également sur cette vidéo :


Super-Boillon à Tunis, ambassadeur et «philosophe»…

http://www.youtube.com/watch?v=SnuH0fuXcSg

«Je suis là pour vous exposer une philosophie…» «Je suis pour le contrat de confiance…» Ainsi cause le nouvel ambassadeur de la France, permettez, entre Monsieur Homais et Monsieur Darty. Quel mépris que ce mec ! « Dégage, petit Sarko ! » lui a aussitôt rétorqué la rue tunisienne, sans craindre le pléonasme qui fait mouche. Le tout fringant ambassadeur de France en Tunisie, le «Sarko-boy » Boris Boillon a été obligé de bouffer son chapeau après son exploit du jour et présenter son mea-culpa le soir même. Sur son site Twitter d’abord -«Vraiment désolé si j’ai pu offenser. Ce n’était pas mon intention»-, et puis à la télévision nationale tunisienne samedi soir. «Je présente toutes mes excuses à tout le peuple tunisien, a déclaré l’ambassadeur décrié. « J’ai une énergie et une volonté bien déterminée de promouvoir des relations bilatérales. J’ai été spontané plus que je n’aurais du l’être. Dorénavant je dois parler de manière plus polie». Prétention goujate et diplomatie, ça fait deux ; ce n’est pas à l’école de son mentor qu’un tel gommeux aurait pu apprendre ce b-a-ba, certes.

Ce qu’en dit sur son blog je journaliste tunisien Allal Sahbi :

«J’ai écouté l’intervention en arabe, l’échange avec les journalistes. La façon dont il fait cesser le dialogue : “khalass !“ (un peu l’équivalent de “basta” en espagnol), est extrêmement méprisante, autoritaire et cassante. 

«Déjà, il ne fallait pas envoyer comme diplomate en Tunisie un type qui a aussi chaudement apprécié l’intervention US en Irak. Regardez plus bas d’ailleurs, pas un mot sur les victimes humaines. Pas un mot  de compassion, pas de place pour l’humain. Il ne sait parler qu’en millions et milliards de dollars, en parts de marché, c’est vraiment honteux, indécent !!!  Pascal Boniface l’a très heureusement épinglé au sujet de ses prises de positions en Irak

Devant l’ambassade de France à Tunis, 20/2/11

«Ensuite, il est superflu d’être arabophone quand on fait montre d’autant de mépris. Il vaut mieux quelqu’un qui ne parle pas un mot d’arabe, mais qui ne méprise pas à ce point ses interlocuteurs, et tout le peuple.

Il est dans la droite ligne du trop fameux “discours de Dakar” : tout dans l’arrogance, la condescendance et le mépris.
.  Il se qualifie de pur  produit “Sarko”, ce en quoi il a parfaitement raison.[…] Ce sarkoboy 2.0, souvent présenté comme un James Bond de la diplomatie aura fort à faire pour redorer l’image de la France, déminer le terrain politique et retisser des liens avec la société civile. Sans compter la réorganisation d’un outil diplomatique qui a montré beaucoup de faiblesses au moment de la révolte tunisienne.
Il incarne le prototype de l’homo diplomaticus moderne sous l’ère Sarkozy.»



Un « néocon » à la française ?

 Ancien ambassadeur de France auprès des Emirats Arabes Unis, également en poste en Somalie, et en Tunisie, auteur du livre «Les Voies de la diplomatie», Charles Crettien a ainsi exprimé ses réticences dans une tribune au Monde  : « On ne nomme pas un ambassadeur comme on nomme un préfet. La diplomatie est un dialogue avec un pays étranger, son gouvernement et son chef d’Etat. La nomination de Boris Boillon comme ambassadeur de France est la négation de ce principe élémentaire, elle est donc choquante voire dangereuse pour les relations à venir entre Paris et Tunis ».



Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les événements révolutionnaires qui secouent le monde arabe nous questionnent à bien des égards. On ne manque pas de les commenter, de les interpréter, de gloser. Les Arabes en premier lieu, eux qui se voient, en grande partie semble-t-il, réinscrits dans le courant de l’Histoire. Des tribunes, « libres opinions», et autres fleurissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plaisir n’est pas mince pour quiconque se préoccupe du bien-être des humains et de la marche – si souvent claudicante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nullement voulant jouer les rabat-joie, inutile de rappeler aux dures réalités des lendemains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tunisiens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyptiens – sinon, à quoi bon avoir lutté contre la tyrannie avec une telle énergie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde globalisé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rapprochement, déjà évoqué ici en passant, entre deux images, deux lieux, deux révolutions et deux pays. Je veux parler des place de la Libération (Tahrir) au Caire et de la Révolution, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pourrait tout aussi bien rapprocher Cuba et la Tunisie qui, d’ailleurs, présentent des données sociopolitiques plus comparables. Mais restons-en à la première hypothèse qui m’est soufflée par le blog Generacion Y de cette résistante cubaine, Yoani Sanchez qui, depuis plusieurs années, tient tête aux dictateurs castristes. [Voir dans mes précédents articles, via la case de recherche ci-contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette photo de la fameuse place Tahrir envahie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tahrir, une phosphorescence rougeoyante entrecoupée par les flashs des appareils photo et la lueur des écrans de téléphones portables. Je n’y étais pas et pourtant je sais ce qu’ont ressenti chacun des Égyptiens réunis la nuit dernière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleurer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je resterais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sentirais légère comme si mes épaules étaient soudain libérées d’un énorme fardeau. Je n’ai pas vécu de révolution, encore moins de révolution citoyenne, mais cette semaine, malgré la prudence des journaux officiels j’ai senti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloignés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pendant que les jeunes Égyptiens s’organisaient sur Facebook, nous assistions consternés à l’exposé piraté d’un policier cybernétique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien raison ce censeur de kilobits, et tous ses chefs, de craindre ces sites virtuels où les individus pourraient se donner rendez-vous pour secouer les contrôles étatiques, partisans et idéologiques. En lisant les paroles du jeune Wael Ghonim « Vous voulez un pays libre, donnez leur internet !» Je comprends mieux la discrétion dont font preuve  nos autorités à l’heure de nous permettre ou non de nous connecter à la toile. Ils se sont habitués à avoir le monopole de l’information, à réguler ce qui nous arrive et à réinterpréter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Maintenant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cyberspace nous rapproche de Tahrir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dictateur qui démissionne. »

[Traduit par Jean-Claude Marouby – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très surveillées, le message de Yaoni Sanchez est des plus clairs. Il se résume en opposition avec cette autre photo, celle d’un de ces rassemblements monstres organisés par le castrisme radieux. Sur cette place de la Révolution s’est finalement échoué l’une des plus mensongères illusions de l’Histoire.

Cinquante ans après sa révolution, le peuple cubain ne s’est toujours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appelant à des analyses poussées. On s’en tiendra là pour aujourd’hui.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chasse l’autre, il ne faudrait pas que, sur la scène et dans l’opinion internationales, la révolution égyptienne chasse la tunisienne pour laquelle il reste tant à accomplir. Les Tunisiens en sont pour la plupart bien conscients, en particulier quand ils affirment haut et fort : « Le dictateur est parti mais la dictature est toujours là. » C’est ce que souligne le Collectif pour les libertés et la démocratie en Tunisie* dans l’appel ci-dessous :

Salle comble et effervescente mercredi à Aix-en-Provence pour la réunion de soutien à la révolution tunisienne. Ph. gp

« L’année 2011 restera dans l’histoire comme celle de la formidable révolution populaire tunisienne. Pour la première fois un dictateur est contraint par son peuple de s’enfuir. Cette victoire des masses populaires de Tunisie est porteuse d’un espoir immense pour tous les peuples opprimés. Elle montre la voie et annonce de nouvelles révoltes populaires dans le monde arabe et africain et dans toute l’Afrique. Partout les tyrans tremblent et ont peur que leurs peuples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Normalement, le sommet de Davos ne devrait plus exister…

La grand-messe annuelle  du capitalisme mondialisé bat son plein une fois de plus depuis mercredi. La nouveauté, cette année, c’est  la crainte manifeste des explosions sociales dans le monde. La révolution tunisienne est passée par là et la rue gronde ou menace ça et là. Le texte qui suit n’y va pas par quatre chemins. Il émane de l’association altermondialiste Attac, inspiré en partie par… le quotidien économique Les Échos. Les temps changeraient ? Ce n’est qu’apparence. D’où ce «normalement» qui en dit long.

© édito-dessin de faber

« Normalement, Davos ne devrait plus exister. Enfin, pas la tristounette station helvétique de ski, mais le Forum économique mondial, qui y attire fin janvier des centaines de patrons, de ministres, d’universitaires et de journalistes. Cette gigantesque « business party » aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées balayées par la crise financière, qui a connu son apogée en 2008. Nulle part ailleurs la « shareholder value », la valeur actionnariale, n’aura été prêchée avec autant de foi. À Davos, on a aussi prôné avec une rare constance la mondialisation débridée, la finance souveraine et la déréglementation permanente. On s’y est aussi beaucoup trompé. Une session a été organisée chaque année pour tenter de trouver « d’où viendra le prochain choc » sans jamais débusquer autre chose que les pays émergents, l’immobilier chinois ou le pétrole.

«En 2007 et 2008, l’économiste Nouriel Roubini avait sérieusement agacé les participants en annonçant des catastrophes. Toutes les étoiles déchues de l’entreprise ont brillé à Davos, de Jean-Marie Messier (Vivendi) à Carly Fiorina (HP) en passant par Kenneth Lay (Enron), Chuck Prince (Citigroup) ou Dick Fuld (Lehman Brothers), qui affichait encore une incroyable morgue début 2008, huit mois avant sa chute [Note de GP : sur ce dernier personnage et sa morgue, passage recommandé ici-même : La crise comme un (mauvais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouffer avant qu’ils crèvent ! »]. Et en ces temps d’économies tous azimuts pour préserver la trésorerie des entreprises voire des États, il peut paraître surprenant de claquer des dizaines ou quelques centaines de milliers d’euros ou de dollars pour aller se faire voir dans un village perdu des Grisons suisses »[1].

Mais Davos existe encore. Car les élites globales n’ont aucunement renoncé à imposer à leurs sociétés « la mondialisation débridée, la finance souveraine et la déréglementation permanente ». Les plans d’austérité, le chômage et la précarité déferlent sur l’Europe, les bulles financières gonflent à nouveau, la spéculation se déchaîne sur les produits agricoles. Mais les puissants vont continuer à disserter sur les « risques émergents », les « opportunités de croissance » et  les « normes partagées pour une nouvelle réalité »… Nicolas Sarkozy osera-t-il tenir demain un discours encore plus « anti-finance » que l’an dernier ? Les paris sont ouverts…

À l’initiative de mouvements sociaux – dont Attac Suisse – se tenait du 21 au 23 janvier à Bâle « L’Autre Davos  2011 », une initiative « destinée à valoriser toutes les expériences révélant le caractère intelligemment subversif des luttes populaires » contre ce néolibéralisme discrédité mais toujours aussi arrogant.

Dans quelques jours, s’ouvre à Dakar le Forum social mondial, où se rencontreront non les maîtres du monde comme à Davos mais les artisans d’un autre monde.

Attac y sera présent  à travers une délégation de près de 60 personnes de France, et plus d’une centaine de représentants des Attac du monde.

Sur le G20, la crise climatique, l’accès à l’eau, la souveraineté alimentaire, à Dakar nous construirons les mobilisations et les convergences entre toutes les luttes qui cherchent à faire chuter le pouvoir de la finance et aspirent à construire des alternatives écologiques et solidaires.»

Attac France

________________________________

[1] Nous remercions Jean-Marc Vittori, l’éditorialiste du quotidien économique Les Échos, d’avoir rédigé notre communiqué de presse pour l’ouverture du sommet de Davos. http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201092173513-l-invraisemblable-survie-du-forum-de-davos.htm


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pouvait en douter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révolution tunisienne : la « bourde » de la ministre des affaires étrangères n’en était pas une. Cette pro-position était bien celle, décidée et assumée à l’Élysée comme à Matignon : celle de venir en aide directe à un régime et à un président amis.

Les plus sceptiques, s’il en restait, auront pu être convaincus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tordus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Sazkozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pensant, comme dans les bulles savonneuses de BD « Quelle merdasse, comment m’en sortir ? »…

Ainsi apparaît une fois de plus – notamment après le trop fameux discours de Dakar – la vraie nature du sarkozysme. A la fois comme politique à duplicité permanente (refrain « droits de l’homme » et couplet donneur de leçon ; ingérence et non-ingérence ; bref : grandeur du baratin et décadence de l’action) et comme vraie nature : une politique autoritaire sur fond répressif difficilement dissimulé. Car ce « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité [pour] régler des situations sécuritaires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 janvier 2011], ne doutons pas, hélas, de sa fonction première : son utilisation « sécuritaire » hors exportation, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oligarchie constitutionnelle.


Henri Guaino
envoyé par franceinter. — L’info internationale vidéo.


Ce que nous dit aussi la révolution tunisienne

Comme pour l’avenir, on ne sait prédire les révolutions. Au mieux peut-on les pressentir par quelques signes avant-coureurs, quelques alertes. La tunisienne nous aura bien pris de court. Tellement qu’elle n’en finit pas de nous interroger sur notre aveuglement général, ainsi que sur celui des analystes plus ou moins patentés. Sa survenue nous interpelle, comme on dit, en ce sens tout particulier qu’elle indique la fragilité de ce qu’on prend facilement pour des « équilibres » socio-politiques.

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Dessin-édito de faber ©

Un demi-siècle de post-colonialisme – avec ce qui précède donc –, n’aura guère résisté à cet embrasement à dominante pacifique et à si haute détermination qu’une dictature se sera effondrée en moins d’un mois. Et c’est bien ce caractère apparemment spontané, aux causes quasi mystérieuses – vu de cet aveuglement sourd des « élites » – qui ne cesse d’inquiéter toute la sphère politique, au plan mondial d’ailleurs, partout où prédominent le néo-impérialisme de la macro-économie et de la finance en folie. Quand « un » directeur du FMI, grand oracle à prétention pontifiante, décerne à la Tunisie son brevet de « bonne santé », c’est bien à cause d’une vision autistement « macro » (c’est tentant : comment ne pas penser « maquereau de la finance » ?).

Quand Dominique Strauss-Kahn voit en la Tunisie « un modèle pour les pays émergents », il ne distingue pas plus loin que son écran d’ordinateur, c’est-à-dire le bout de son nez [à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008]. Pas plus que la carte n’est le territoire, les statistiques ne reflètent la réalité vécue du quotidien des pauvres gens. D’ailleurs les chiffres les ignorent superbement, ne considérant sous leurs courbes et tableaux que flux, tendances et compagnie. De ce seul point de vue, la mort par le désespoir et le feu du jeune Mohamed Bouazizi n’aurait jamais dû croiser la courbe exponentielle de croissance des clans Ben Ali-Trabelsi. C’est ce qu’on appelle un « accident » de l’Histoire – qui en est pleine, de ces accidents…

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Tunisie. De l’inconvénient d’avoir raté le train de la révolution

La révolution comme un coup de foudre. Ne pas s’y brûler les ailes. S’être prémuni de ses illusions pour en jouir au bon moment. Et puis passer à la durée, au dur désir de durer. Je parle bien sûr de la Tunisie qui aura surpris tout un chacun. Qui en aura dépité quelques autres, certes. Comme notre grand oracle du FMI prédisant le plus bel avenir au royaume de Ben Ali tout en rêvant de gouverner le pays France. Mauvaise pioche. En quoi il ne suffit pas d’avoir des airs inspirés pour être super analyste. Car ces gens, que savent-ils de la souffrance des peuples ? Rien.

Je pense aussi, bien sûr, à notre petit empereur d’opérette, même pas comique, lamentable, recevant les clés de la ville de Tunis et ne tarissant de facéties élogieuses à l’adresse de son émir ami.

Je pense à la ci-devant Michèle Alliot-Marie dite « MAM », des affaires si étrangères, tout emperruquée et si empressée de secourir – selon le « savoir-faire » des agents de notre République – son monarque étranger dans la débine. Je pense donc aux Juppé et Fillon condamnés à soutenir leur brebis égarée au quai d’Orsay.

Je pense aussi au Mitterrand, l’autre, estimant – le 9 janvier 2011 – en touriste de la culture, que “Dire [de la] Tunisie [qu’elle] est une dictature univoque me paraît tout à fait exagéré“.

Je ne saurais oublier le bon Jacques Chirac, président de notre même République, manquant en 2003 d’étouffer son ami Ben, qui il étreint d’une vigoureuse accolade, avant de déclarer : “Le premier des droits de l’homme est de manger, d’être soigné et de recevoir une éducation. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance”.

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Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Portrait officiel du directeur général et grand oracle du Fonds monétaire international.

Pompon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tandis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la prophétie de « DSK » prédisant le plus bel avenir à la Tunisie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le cartomancien du FMI ? Ça craint !

En attendant, voyons-voir ce grand moment de fine analyse économico-politique… Dominique Strauss-Kahn à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008 (2 mn 12 s) :


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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