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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et jour­nal­iste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indépen­dance de juge­ment, la finesse de ses analy­ses et de son écri­t­ure. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abom­i­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflex­ions sur leurs caus­es plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­ta­cle médi­a­tique, l’étalage des témoignages mul­ti­ples, les déc­la­ra­tions out­rées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie pub­lic­i­taire de ter­reur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­cisé­ment à con­tre­courant du dolorisme ambiant qui masque une géopoli­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schiz­o­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si”

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Barcelone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte con­tre le ter­ror­isme, l’Occident mène la guerre con­tre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce roy­aume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui pro­duit, rend légitime, répand, prêche et défend le wah­habisme, islamisme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­habisme, rad­i­cal­isme mes­sian­ique né au XVIIIe siè­cle, a l’idée de restau­r­er un cal­i­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­tanisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien sur­réal­iste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi religieuse rig­oriste, et puis aus­si un rap­port mal­adif à l’image et à la représen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudité et la lib­erté. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéologique de la cul­ture islamiste. Les nou­velles généra­tions extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­hadistes. Elles ont été biberon­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vat­i­can islamiste avec une vaste indus­trie pro­duisant théolo­giens, lois religieuses, livres et poli­tiques édi­to­ri­ales et médi­a­tiques agres­sives.

Vifs remer­ciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers autorisé la dif­fu­sion de cet arti­cle sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information général­iste, con­cer­nant le monde amazigh (relatif au peu­ple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mau­ri­tanie, … et la dias­po­ra amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site par­tic­i­patif, indépen­dant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, cul­ture. Le site se veut pro­gres­siste, human­iste, ouvert et tolérant.

On pour­rait con­tre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait nég­liger le poids des liens entre la famille rég­nante et le clergé religieux qui assure sa sta­bil­ité — et aus­si, de plus en plus, sa pré­car­ité. Le piège est total pour cette famille royale frag­ilisée par des règles de suc­ces­sion accen­tu­ant le renou­velle­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prêcheur. Le clergé saou­di­en pro­duit l’islamisme qui men­ace le pays mais qui assure aus­si la légitim­ité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­pren­dre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses mail­lons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La cul­ture islamiste est aujourd’hui général­isée dans beau­coup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­tanie. On y retrou­ve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télévi­sion islamistes (comme Echourouk et Iqra), ain­si que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace pub­lic, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils con­sid­èrent comme con­t­a­m­inée.

Il faut lire cer­tains jour­naux islamistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y par­le de l’Occident comme site de « pays imp­ies » ; les atten­tats sont la con­séquence d’attaques con­tre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont devenus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­tini­enne, le viol de l’Irak et le sou­venir du trau­ma colo­nial pour emballer les mass­es avec un dis­cours mes­sian­ique. Alors que ce dis­cours impose son sig­nifi­ant aux espaces soci­aux, en haut, les pou­voirs poli­tiques présen­tent leurs con­doléances à la France et dénon­cent un crime con­tre l’humanité. Une sit­u­a­tion de schiz­o­phrénie totale, par­al­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saou­dite.

Ceci laisse scep­tique sur les déc­la­ra­tions toni­tru­antes des démoc­ra­ties occi­den­tales quant à la néces­sité de lut­ter con­tre le ter­ror­isme. Cette soi-dis­ant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une cul­ture avant d’être une mil­ice, com­ment empêch­er les généra­tions futures de bas­culer dans le dji­hadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses clergés, de sa cul­ture et de son immense indus­trie édi­to­ri­ale ?

Guérir le mal serait donc sim­ple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Ori­ent. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équili­bre illu­soire : On dénonce le dji­hadisme comme le mal du siè­cle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéologique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des raisons aux dés­espérés dans le monde arabe, le roy­aume saou­di­en leur a don­né croy­ances et con­vic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des dji­hadistes mais ils renaîtront dans de prochaines généra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deux­ième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­nal­iste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son analyse des vio­lences sex­uelles du Nou­v­el an à Cologne. Cette nou­velle con­damna­tion émane d’une sorte de secte laïque rassem­blant une poignée d’« intel­lectuels auto­proclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les sig­nataires du “Col­lec­tifNoured­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Beinin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­ri­enne), Benoît Chal­land (soci­o­logue), Joce­lyne Dakhlia (his­to­ri­enne), Sonia Dayan-Herzbrun (soci­o­logue), Muri­am Haleh Davis (his­to­ri­enne), Giu­lia Fab­biano (anthro­po­logue), Dar­cie Fontaine (his­to­ri­enne), David Theo Gold­berg (philosophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Khalili (anthro­po­logue), Tris­tan Lep­er­li­er (soci­o­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Ménoret (anthro­po­logue), Stéphanie Poues­sel (anthro­po­logue), Eliz­a­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Thomas Ser­res (poli­tiste), Seif Soudani (jour­nal­iste).

Dans l’édition du 12 févri­er, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lançait son anathème, exclu­ant de son céna­cle « cet human­iste auto­proclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention malveil­lante des juges. Les lignes suiv­antes con­fir­maient une con­damna­tion sans appel : « Tout en déclarant vouloir décon­stru­ire les car­i­ca­tures pro­mues par ” la droite et l’extrême droite “, l’auteur recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823–1892) à la psy­cholo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841–1931). »

Que veu­lent donc dire, ces soci­ol­o­gisants ensoutanés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieil­leries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tan­dis que leur « soci­olo­gie » à eux, hein !

Nos inquisi­teurs reprochent au jour­nal­iste algérien d’essen­tialis­er « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ain­si avec con­de­scen­dance : « Cer­taine­ment mar­qué par son expéri­ence durant la guerre civile algéri­enne (1992–1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expéri­ence, si déli­cate­ment choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cul­tur­al­iste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste améri­cano-pales­tinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fab­ri­ca­tion de l’Occident post-colo­nial­iste. Comme si les cul­tures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­férences ; de même pour les civil­i­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fasci­nait les mass­es ?” W. Reich

À ce pro­pos, revenons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet con­tem­po­rains et nulle­ment arriérés comme le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­venirs de leur fréquen­ta­tion dans mes années « sex­poli­ennes » – sexo-poli­tiques et reichi­ennes –, lorsque l’orthodoxie marx­iste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cholo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breuses traces dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peu­vent être analysées selon les critères reichiens du refoule­ment sex­uel et des cuirass­es car­ac­térielle et cor­porelle prop­ices aux enrôle­ments dans les idéolo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réal­ités « objec­tives » des con­di­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuelle­ment. Tan­dis que les accusa­teurs de Daoud sem­blent ignor­er ces com­posantes psy­cho-sex­uelles et affec­tives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ain­si accusé de psy­chol­o­gis­er les vio­lences sex­uelles de Cologne, et d’« effac­er les con­di­tions sociales, poli­tiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lam­en­ta­ble retourne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retourn­er avec per­ti­nence !

Enfin, le jour­nal­iste algérien se trou­ve taxé d’islam­o­pho­bie… Accu­sa­tion défini­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­watisé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 févri­er. Le jour­nal­iste rap­pelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le jour­nal­isme pour se con­sacr­er à la lit­téra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses con­vic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémin­istes, les intel­lectuels. Une grande par­tie de la soci­olo­gie est con­tre lui mais des intel­lectuels africains salu­ent son courage, Libéra­tion l’a défendu, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “toutes les grandes voix fémin­istes his­toriques”. […] Ain­si va la con­frérie des soci­o­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans pren­dre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 févri­er. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tunisi­enne Fawzia Zouari, dans Libéra­tion du 28 févri­er, rétorquant aux accusa­teurs :

« Voilà com­ment on se fait les alliés des islamistes sous cou­vert de philoso­pher… Voilà com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : “Il faut dire qu’il y a un… par fran­cein­ter


Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et “la mort de l’Arabe”

Kamel Daoud, jour­nal­iste et écrivain algérien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui courent. Et pour de bonne raisons, comme je l’ai souligné ici-même à pro­pos de ses analy­ses et courageuses pris­es de posi­tion con­cer­nant l’islamisme – qu’il qual­i­fie de « porno-islamisme » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, con­tre-enquête [Éd. Barza­kh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Goncourt du pre­mier roman. C’est sur cet ouvrage que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­trale qui en a été réal­isée par Philippe Berling, du Théâtre Lib­erté à Toulon, sous le titre Meur­saults – avec un s pluriel et énig­ma­tique – et dont cinq représen­ta­tions ont été don­nées à Mar­seille*.

Le roman, et donc la pièce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs égale­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matière » de L’Étranger et en par­ti­c­uli­er l’acte cen­tral du roman, le meurtre de l’Arabe par Meur­sault. Le drame et ses con­séquences, on va les revivre dans le regard incon­solé de Haroun, le frère de Mous­sa, la vic­time.

Ce ren­verse­ment de point de vue n’exclut nulle­ment le thème de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trou­ve quand même détourné : quand Haroun tue à son tour un Français, il intro­duit dans son geste le poi­son de la vengeance – de fait raciale, sinon raciste – et, du coup, celui de la prémédi­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meurtre « inex­plic­a­ble », qua­si­ment gra­tu­it en quelque sorte, mais d’un assas­si­nat. La « nuance » n’est pas que juridique, elle rejoint davan­tage le sor­dide d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en reste pas là, don­nant à son per­son­nage sa dimen­sion réelle­ment trag­ique. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la pièce.

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Ph. d.r.

La scène se situe au lende­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans doute aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux portes, un cit­ron­nier, un ren­fle­ment de terre dont on saura qu’il s’agit d’une tombe. Elle, c’est la mère, muette, qui chan­tonne ou pousse des cris de déchire­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­logue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­logue chargé comme une con­fes­sion : con­fi­dences, aveux, cris de révolte irré­press­ible. Haroun : « Un souf­fle rauque tra­verse ma mémoire, tan­dis que le monde se tait. » Aus­si se saisit-il de la parole pour ne plus la lâch­er, dans une langue qui – il le souligne – lui a été imposée, mais dont il aime se servir à des­sein. C’est celle du meur­tri­er de son frère, celle aus­si de sa vic­time expi­atrice qui gît là, sous le cit­ron­nier chargé de fruits. Absur­dité encore qui oppose la vie et la mort. Des images nais­sent sur les murs de torchis blanc, fan­toma­tiques por­traits du frère et de la bien-aimée, écrans de la mémoire écorchée où les appels à la vie s’abîment con­tre les atroc­ités de la guerre.

Mas­troian­ni sur le tour­nage de L’étranger
24 févri­er 1967- 6min 53s

Scènes de tour­nage du film. Emmanuel Rob­les com­mente les images. Mas­troian­ni par­le du per­son­nage de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tourne les scènes de la con­damna­tion de Meur­sault et explique ce qui l’a attiré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tourne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La pro­pre mère de l’écrivain – presque sourde, elle, et si peu par­lante égale­ment ; son frère mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus encore quand Haroun, l’Algérien, se présente comme « ni col­labo, ni moud­jahidin ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sorte d’Algérie fran­co-algéri­enne, comme une fédéra­tion des cœurs pour la paix. Utopie ? Les idéolo­gies, en tout cas, n’en voulurent rien savoir – surtout pas ! –, leur opposant la vio­lence, la mort.

Dans ce texte, on retrou­ve aus­si du Camus de Noces et des extases de Tipasa, son appel à la jouis­sance de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fatal­ité de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cette nos­tal­gie des (courts) lende­mains de guerre et des pos­si­bles, « quand on pou­vait s’enlacer en pub­lic, pas comme aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâtre porté par deux beaux comé­di­ens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scène, acteur et ancien directeur de théâtre algérien ; Anna Andreot­ti, comé­di­enne et chanteuse ital­i­enne. La touche de vidéo dans le décor est par­ti­c­ulière­ment réussie, tan­dis qu’une lumière moins froide aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tance dra­maturgique, chez Camus comme chez Daoud.

Une tournée est annon­cée dans les Cen­tres cul­turels français d’Algérie, juste retour aux sources, dans une his­toire tou­jours inachevée. En fait, deux his­toires mêlées que pro­longe cette pièce dans laque­lle le met­teur en scène, Philippe Berling, veut voir « la richesse du post colo­nial­isme ».

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  • * Meur­saults, d’après le roman de Kamel Daoud, a été jouée du 2 au 6 févri­er. à Mar­seille, au Théâtre des Bernar­dines.

Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le “porno-islamisme” s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détes­tent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions monothéistes. Le jour­nal­iste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lectuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esquiv­ées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont con­sti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sex­uelles de femmes fin décem­bre à Cologne, il accuse le “porno-islamisme” et inter­pelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immi­gré », cet « autre », con­damné autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­roger val­able­ment sur l’islam con­duit à décrypter les mécan­ismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assas­sin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­biliter l’homme, on ne va pas avancer. La ques­tion religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam salafiste, appelant à son exé­cu­tion « pour apos­tasie et hérésie ». Depuis, le jour­nal­iste, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, est placé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les con­traintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, en Algérie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avancer sans guérir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­nité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la per­pé­tu­a­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont con­tre la pornogra­phie et com­plète­ment pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révo­lu­tion. Libérez la femme et vous aurez la lib­erté.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle pub­lié en Ital­ie dans le quo­ti­di­en La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événe­ments de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immi­gré : angélisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anci­ennes et base du binôme bar­bare-civil­isé. Des immi­grés accueil­lis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les vio­lent. »

meursaultsJour­nal­iste et essay­iste algérien, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, con­tre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de con­tre­point à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 févri­er au Théâtre des Bernar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme pro­jeté sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa cul­ture […] On voit le sur­vivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège cul­turel que résume surtout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste dif­férent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foy­er col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si con­va­in­cre l’âme de chang­er. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la mis­ère sex­uelle dans le monde arabo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, le sec­ond dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfer­mée ou pos­sédée. Cela dénote un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la lib­erté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloigne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une désobéis­sance et cette désobéis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « mod­érés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il par­le – naïve­ment ? – de « con­va­in­cre l’âme de chang­er »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande mis­ère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font dis­cours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descrip­tions d’un par­adis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kamikazes, chas­se aux corps dans les espaces publics, puri­tanisme des dic­tatures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat con­tre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explos­er en terre d’Occident, là où la lib­erté est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment dernier. Un sur­sis qui fab­rique du vivant un zom­bie, ou un kamikaze qui rêve de con­fon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux con­naître une femme mais je refuse que ma sœur con­naisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes con­duira, un jour ou l’autre, à tir­er par les fenêtres, et cela est un crime con­tre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela sig­ni­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immi­grés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délin­quance, mais cela pose le prob­lème des « valeurs » à partager, à impos­er, à défendre et à faire com­pren­dre. Cela pose le prob­lème de la respon­s­abil­ité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la “guerre” ne saurait con­duire à la paix dans les cœurs… Dans ce proces­sus his­torique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de con­quêtes et de dom­i­na­tion, de refoule­ments sex­uels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de ressen­ti­ments remâchés… de quel endroit de la planète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Crédit pho­to : Hamid Zanaz

Algérien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retourné en Algérie que tout récem­ment. Écrivain, tra­duc­teur et jour­nal­iste, il pub­lie abon­dam­ment dans des médias arabes, tunisiens, algériens et libanais prin­ci­pale­ment. Pour lui, il n’y a rien à retenir de la reli­gion du prophète, islam et islamisme sont syn­onymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias arabo­phones qu’en France… Ce détracteur résolu de l’islam explique pourquoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­simiste, ironique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son dernier ouvrage est titré Islamisme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­ciements de C’est pour dire].

• Vous ne voulez plus pub­li­er d’ouvrages en français. Pourquoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je pub­lie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en principe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de traduire du français en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être traité de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être traité de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­férence entre islam et islamisme, ou que le pub­lic de Dieudon­né est for­mé à 80% de racaille islamique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au pub­lic lim­ité, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il par­le des dji­hadistes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridicule ! Je pub­lie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­di­en libanais arabo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus rad­i­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­t­ulé « Ma voix n’est pas une honte », en référence à Mahomet dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vreté en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Con­traire­ment à ce que veu­lent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la mis­ère et la dis­crim­i­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bil­ité de lire. Avant, les religieux trans­met­taient un islam pop­u­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incon­sciem­ment tra­vail­lés par la moder­nité, ils y adhéraient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bisé en Algérie, les gens et les imams ont pu con­naître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont con­nu, ils sont naturelle­ment devenus inté­gristes et ils ont com­mencé à réclamer l’application de cet islam, la charia. Mais en fait, une bonne par­tie de la pop­u­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algérie, c’est surtout l’Etat qui islamise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algéri­ennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-répons­es avec un type con­nu, auto­proclamé spé­cial­iste de l’islam. Une femme dit : j’ai des prob­lèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suiv­re tout ce que dit ton mari.

• Pensez-vous que la jeunesse du monde arabe représente un espoir ?

– Non, la jeunesse du monde arabe ne change pas, mis à part une minorité. L’école fab­rique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exem­ple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du cap­i­tal­isme et du social­isme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat islamique. Les jeunes ne sont pas fanatisés par inter­net, ils sont d’abord islamisés dans les mosquées et les insti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pra­tique.

• Mais les pré­ceptes, par exem­ple relat­ifs à la sex­u­al­ité, sont extra­or­di­naire­ment sévères. La pop­u­la­tion réus­sit-elle à les respecter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel islamique, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypocrisie. Quand je suis arrivé en Algérie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est devenu presque clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quarti­er.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opi­ums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se développe pas, mais pour garder le pou­voir, les autorités ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix sociale et rap­pel­lent con­stam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ror­isme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algériens se sont tou­jours rebel­lés. En résumé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétrolière soit épuisée ou con­cur­rencée par d’autres formes d’énergie. Le prob­lème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pét­role. Franche­ment, qui écouterait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algérie, avez-vous ressen­ti l’explosion démo­graphique ?

– Les bâti­ments envahissent tout, on ne cesse de con­stru­ire. Si ça con­tin­ue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les autoroutes délabrées… C’est le chaos partout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pensez-vous du cas tunisien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion religieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tunisiens défend­ent la laïc­ité plus et mieux que les Français et dans un cli­mat hos­tile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affligeante du con­di­tion­nement religieux infligé à des enfants…

Faut-il com­menter ?


Affrontements meurtriers au Sahara occidental. La lutte sans fin des Sahraouis contre l’occupation marocaine

Sahara occi­den­tal. Une terre sans nom, un peu­ple sans pays. Une sorte de Pales­tine africaine. Mais enfouie sous la chape du silence des sables, qui se soulève, comme ces jours-ci, à l’occasion d’un drame aux – mod­estes – réper­cus­sions médi­a­tiques : l’assaut des forces poli­cières et mil­i­taires maro­caines le 8 novem­bre con­tre le camp d’Agdim Izik, où plusieurs mil­liers de Sahraouis s’étaient instal­lés depuis le 10 octo­bre pour pro­test­er con­tre leurs con­di­tions de vie. Le déman­tèle­ment du campe­ment par les forces maro­caines a déclenché les affron­te­ments. Selon les autorités maro­caines, douze per­son­nes ont péri dans les affron­te­ments – dix mem­bres des forces de sécu­rité et deux civils ; pour le Polis­ario, trente-six Sahraouis auraient été tués et des cen­taines d’autres blessés. Le gou­verne­ment français, de son côté, a empêché le Con­seil de sécu­rité de l’ONU, réu­ni le 17 novem­bre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tionale sur place.

Le Maroc occupe 80% du ter­ri­toire, coupé par un “mur”. Les affron­te­ments ont eu lieu près d’El Aioun, au nord, près de la fron­tière maro­caine.

Le Sahara occi­den­tal (en arabe : ‫الصحراء الغربية‬) est un ter­ri­toire presque entière­ment déser­tique grand comme la moitié de la France (266 000 km²), bor­dé par le Maroc au nord, l’Algérie au nord-est, la Mau­ri­tanie à l’est et au sud, tan­dis que sa côte Ouest donne sur l’Atlantique. Sa pop­u­la­tion est estimée à 400 000 habi­tants dont plus de 100 000 vivent dans les campe­ments de réfugiés, à Tin­douf au sud de l’Algérie.

Ter­ri­toire non autonome selon l’ONU, cette anci­enne colonie espag­nole n’a tou­jours pas trou­vé de statut défini­tif sur le plan juridique, plus de trente ans après le départ des Espag­nols en 1976. Le Sahara occi­den­tal est en proie à un con­flit opposant les indépen­dan­tistes sahraouis au Maroc qui revendique sa sou­veraineté sur l’ensemble du ter­ri­toire. Devenu un enjeu glob­al illus­trant la rival­ité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque la con­struc­tion de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Le ter­ri­toire est donc revendiqué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Sahara maro­cain » — et par la République arabe sahraouie démoc­ra­tique (RASD), fondée par le Front Polis­ario en 1976. Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc con­trôle et admin­istre env­i­ron 80 % du ter­ri­toire, tan­dis que le Front Polis­ario en con­trôle 20% lais­sés par le Maroc der­rière une longue cein­ture de sécu­rité, le « mur maro­cain ». [Source : Wikipedia].

En France, un col­lec­tif s’est con­sti­tué pour dénon­cer les derniers événe­ments et la répres­sion des forces maro­caines et appel­er à la sol­i­dar­ité. Extraits de son com­mu­niqué :

« Les maisons sahraouies sont perqui­si­tion­nées et détru­ites, des cen­taines de Sahraouis sont arrêtés, tabassés et tor­turés. Le bilan s’alourdit de jour en jour: des blessés meurent faute de soins, de nou­veaux cadavres sont retrou­vés et on compte des cen­taines dis­parus. Plus de 400 mil­i­tants sahraouis sont détenus […].

« […] Le Maroc fil­tre l’accès des jour­nal­istes et obser­va­teurs inter­na­tionaux au Sahara occi­den­tal. Il donne des infor­ma­tions men­songères et pour­suit une intense cam­pagne de pro­pa­gande dans les médias pour déna­tur­er la lutte du peu­ple sahraoui. Il a reçu le sou­tien du gou­verne­ment français qui a empêché le Con­seil de sécu­rité de l’ONU, réu­ni le 17 novem­bre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tionale sur place.

« […] Nous appelons à inter­venir auprès des élus, à sign­er la péti­tion sur http://www.cyberacteurs.org/actions/index.php et à par­ticiper à un rassem­ble­ment de sou­tien ce same­di 20 novem­bre de 15h à 18h, esplanade des Droits de l’homme, place du Tro­cadéro à Paris. »


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas observé le jeûne pen­dant le ramadan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvri­ers algériens, orig­i­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kabylie, ont été jetés en prison ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont égale­ment pro­duits en Kabylie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des policiers qui ont immé­di­ate­ment procédé à leur arresta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algériens, dont l’un est de con­fes­sion chré­ti­enne, incar­nent à présent le com­bat con­tre la vio­la­tion des lib­ertés fon­da­men­tales en Algérie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tionale s’est mobil­isée con­tre leur procès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lancer un appel de mobil­i­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et organ­i­sa­tions inter­na­tionales.

L’Algérie a pour­tant rat­i­fié les traités inter­na­tionaux relat­ifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tion­al relatif aux droits civils et poli­tiques…

L’intolérance, par­ti­c­ulière­ment en matière religieuse, demeure une calamité mon­di­ale. Tan­dis que la tolérance poli­tique, para­doxale­ment, comme aux Etats-Unis, con­duit au délire spec­tac­u­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brûleurs de Coran », en Floride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croy­ances exac­er­bées. On ne cit­era ici que pour mémoire, la com­bi­en emblé­ma­tique affaire du cheva­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atro­ces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion religieuse. Ça s’est passé à Abbeville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an dernier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­suiv­is pour refus de pra­ti­quer le ramadan. Et n’oublions pas, bien sûr, la con­damna­tion à mort par lap­i­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Sakineh Moham­ma­di Ash­tiani, accusée d’adultère.

Dessin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­di­en d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moali s’indigne en ces ter­mes : « Ces policiers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stricte­ment aucun droit de punir un non- jeûneur. L’islam qui est une reli­gion de tolérance, abstrac­tion faite des com­porte­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de con­trainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infidèle n’a de compte à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redresseur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont pub­liées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeûneurs, car moi même je n’ai jamais jeûné de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je con­sid­ère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de ramadan qu’ils arrê­tent de men­tir et de vol­er. Je ne suis pas con­tre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hyp­ocrites.

« En tout j’en suis con­va­in­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infin­i­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis con­va­in­cu que la majorité des gens qui se dis­ent musul­mans ne goûteront pas à son par­adis telle­ment ils sont hyp­ocrites, intolérants, méchants..car ils ne font le ramadan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a promis le par­adis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la con­science tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette intolérance, j’aspire à vivre chez moi en Kabylie où l’amour régn­era en roi ou le respect sera de mise, où on respecte la lib­erté indi­vidu­elle et toutes croy­ances.

« Laiss­er nous vivre comme on veut chez nous. »


Algérie. Deux mois de prison pour deux journalistes d’El Watan

Le directeur d’El Watan (La Patrie), Omar Bel­houchet, et un chroniqueur, Chaw­ki Amari, vien­nent d’être con­damnés à deux mois de prison ferme à Alger.

Cette con­damna­tion, en deux­ième instance, porte sur un bil­let satirique pub­lié par le quo­ti­di­en et met­tant en cause le wali (préfet) de Jijel. Une péti­tion cir­cule pour dénon­cer «[…] la jus­tice [qui] appa­raît comme une arme venant s’ajouter à beau­coup d’autres mis­es entre les mains du pou­voir exé­cu­tif. Elle est util­isée de manière effi­cace seule­ment quand elle s’attaque aux droits fon­da­men­taux des citoyens de s’exprimer et de s’organiser libre­ment. Elle appa­raît comme un instru­ment par­mi d’autres, mis à la dis­po­si­tion du gou­verne­ment avec pour voca­tion spé­ci­fique le déman­tèle­ment de toute forme d’organisation autonome ou toute sorte de con­tre-pou­voir.
Ain­si, depuis des décen­nies, se développe une jus­tice aux lim­ites de la légal­ité ou car­ré­ment hors de la légal­ité.
»
On peut sign­er cette péi­ti­tion en envoy­ant ses coor­don­nées à : editions.barzakh@gmail.com


Algérie. Deux journalistes d’El Watan condamnés à deux mois de prison

Omar Bel­houchet, directeur de pub­li­ca­tion d’”El Watan”, et son chroniqueur Chaw­ki Amari ont été con­damnés, le 27 mai 2007, à deux mois de prison ferme et à vers­er une amende d’un mil­lion de dinars (plus de 10 000 euros).

Joint par Reporters sans fron­tières, leur avo­cat, Me Zoubeir Soudani, a soulevé de nom­breuses irrégu­lar­ités de procé­dure. Il a, par ailleurs, déploré la récente déci­sion de la Cour suprême d’autoriser le dépôt d’une plainte aux lieux de dis­tri­b­u­tion et non plus seule­ment au lieu de pub­li­ca­tion des jour­naux.

Les deux jour­nal­istes ont fait appel de la déci­sion. En décem­bre 2006, le tri­bunal de pre­mière instance de Jijel (360 km à l’est d’Alger) les avait con­damnés, par défaut, à trois mois de prison suite à la plainte en “diffama­tion et out­rage” déposée par le préfet de la ville, accusé de cor­rup­tion dans les pages du jour­nal quelques mois plus tôt. Les deux jour­nal­istes, n’ayant pas été infor­més de la plainte ni con­vo­qués au tri­bunal, ont pu obtenir un nou­veau juge­ment.


Algérie. Les vieux démons redressent la tête

Elwatan200206
« Le MSP veut s’emparer des mosquées » titrait hier [20/02/06] en une le quo­ti­di­en d’Alger, El Watan : « Les maisons de Dieu tombent sub­rep­tice­ment dans les rets des par­tis islamistes,  écrit le jour­nal, citant des « sources sûres » et pour­suiv­ant : «Les par­tis de cette obé­di­ence, notam­ment le Mou­ve­ment de la société pour la paix (HMS, ex-Hamas), ten­tent lente­ment de faire main  basse sur les mosquées qui sont, à leurs yeux, une tri­bune inespérée pour men­er leurs cam­pagnes et, à terme, pren­dre le pou­voir.»

Dans l’éditorial inti­t­ulé « Les vieux démons », Tayeb Bel­ghiche est car­ré­ment alarmiste :
» Lire l’article


Un journaliste algérien dénonce « La 13e caricature »

« Des enfants courant dans la rue avec des pier­res, des enfants hurlant la haine à pleins poumons, des enfants en rangs mil­i­taires, des adultes vocif­érant, s’en prenant à des ambas­sades, brûlant des dra­peaux, exigeant la mort des dessi­na­teurs. Voilà la treiz­ième car­i­ca­ture. Celle qui fait le plus de mal aux «musul­mans». Beau­coup plus que les dessins, bêtes et méchants, dénués de tout tal­ent, des car­i­ca­tur­istes danois.»

Dessin_el_watanAin­si com­mence, à la une du quo­ti­di­en d’Alger El Watan un excel­lent papi­er de Rémi Yacine, en ce sens notam­ment qu’il tranche avec les lita­nies en vigueur. Le jour­nal­iste pour­suit : « La rue musul­mane est instru­men­tal­isée. Quel est donc cet univers musul­man inca­pable de répon­dre avec intel­li­gence, mesure ? Pourquoi répon­dre par des fat­was et des prêch­es enflam­més à ce qui n’est qu’un dessin, un livre, un arti­cle ? Il n’y a que deux démoc­ra­ties dans le monde musul­man, le Mali et le Séné­gal. Les deux seuls pays épargnés par cette colère. A l’autre extrémité, l’Iran, Etat théocra­tique, et la Syrie, à l’origine de l’invention de la République monar­chique, ont jeté l’huile sur le feu. En choi­sis­sant la rue au lieu des tri­bunaux, islamistes et gou­verne­ments musul­mans ont choisi de rentabilis­er poli­tique­ment l’indignation légitime de ceux qui en ont été affec­tés. »
Arti­cle aus­si sub­til que courageux. On peut le lire en entier sur le site d’El Watan.
Dessin El Watan


Algérie. Des islamistes font interdire «Star Academy» à la télé nationale

1elwatan070206_1L’affaire des car­i­ca­tures, fait bomber le torse aux islamistes algériens. C’est ce que relève le quo­ti­di­en d’Alger, El Watan [La Nation] à pro­pos de l’émission «Star Acad­e­my 3», ver­sion libanaise de celle de TF1, dont la dif­fu­sion a été sup­primée sur les chaînes nationales d’État – sur déci­sion directe, sem­ble-t-il, du prési­dent Boute­fli­ka. Ain­si une émis­sion de var­iétés devient-elle un enjeu de sub­ver­sion poli­tique – celle-là même qui, en France, a pu nour­rir un débat vague­ment cul­turel… Vérité en deçà et au delà de la Méditer­ranée…

El Watan monte l’affaire à sa une d’hier [ci-con­tre], où la manchette côtoie un arti­cle sur le meet­ing tenu la veille par le Mou­ve­ment pour la société et la paix (MSP, par­ti dans la coali­tion gou­verne­men­tale) – meet­ing durant lequel quelque 2.000 protes­tataires, ont scan­dé “L’armée de Mahomet revien­dra !” comme une litanie [dépêche Reuters du 06/02/06].
Sous la sig­na­ture Mad­jid Maked­hi, l’article d’El Watan est des plus explicites. On peut le retrou­ver sur le site du jour­nal. Ou sur «c’est pour dire +» en cli­quant ici.


Alger et les caricatures. Ne pas réveiller le diable (5)

Ici, à Alger – du moins dans ses prin­ci­paux jour­naux –, pas une voix en con­tre­point à l’affaire des car­i­ca­tures de Mahomet. Ou alors, très en demi-teinte, et comme par excep­tion, dans ce bil­let d’El Watan [04/02/06] où Chaw­ki Amari écrit : «[…] Se mobilis­er autour d’un dessin en oubliant d’autres faits beau­coup plus graves comme les atten­tats racistes en Europe, le colo­nial­isme eth­ni­co-religieux d’Israël ou l’islamophobie déclarée du monde blanc est un peu déplacé.»

Tout autre est le reg­istre, par exem­ple, dans le quo­ti­di­en L’Expression [03/02/06] sous le titre explicite : «Fanatisme démoc­ra­tique». L’auteur, Ahmed Fat­tani, s’il par­le à pro­pos de la lib­erté d’expression d’«un principe sacro-saint», c’est pour le réduire aux intérêts économiques. Il ne peut donc être aus­si sacré que l’image du prophète. Pour­tant, quelques lignes plus bas, le jour­nal­iste relève que le pre­mier min­istre danois refuse de «faire pass­er les intérêts économiques de son pays avant la lib­erté d’expression». Si ce n’est pas un principe sacré, ça y ressem­ble, non ? Non !, renchérit le directeur du quo­ti­di­en qui con­clut : «Au fanatisme religieux, les adeptes du mal vien­nent de con­juguer le fanatisme démoc­ra­tique».

Revoilà donc le Bien et le Mal érigés en seules valeurs humaines au nom des croy­ances, et dans une totale con­fu­sion. Donc, pas un arti­cle pour seule­ment ten­ter un pas de côté, ne serait-ce que sous le ques­tion­nement.

Sans doute s’agit-il de ne pas «ten­ter le dia­ble» – qui ne dort que d’un oeil, de ne pas ris­quer la provo­ca­tion. L’Algérie a touché le fond d’un gouf­fre atroce dont on ne peut vrai­ment pren­dre la mesure que sur place. Le trau­ma­tisme demeure présent, pal­pa­ble à chaque détour d’une con­ver­sa­tion. Ici moins qu’ailleurs il s’agirait de vers­er de l’acide sur les plaies, tou­jours à vif. La bar­barie, d’ailleurs, n’est pas ren­trée par magie dans la lampe d’Aladin. L’Algérie sem­ble paralysée face à son «deuil impos­si­ble», titre du livre de Mau­rice Tarik-Maschi­no.

Mais en privé, il peut en aller autrement. Un courant laïque existe, qui se man­i­feste dans les par­tis de gauche. Il faut sans doute autant de force à un Algérien pour affirmer en pub­lic son athéisme ou son anti-cléri­cal­isme – si on peut dire, dans la mesure où l’islam n’entretient pas de clergé au sens occi­den­tal – que pour une Algéri­enne revendi­quant l’égalité de la Femme. Mais les deux cas exis­tent – j’en ai ren­con­tré –, ce qui dif­féren­cie l’Algérie de bien d’autres pays islamiques, quand bien même ils se pré­tendraient des «Républiques islamiques» – je pense notam­ment à la Mau­ri­tanie.


Alger. La Casbah et ses plaies ouvertes, à l’image du pays (4)

Pour­suite de ma dérive vers la Cas­bah [arti­cle précé­dent], désor­mais accom­pa­g­né par Samir, ravi de me guider. Avenue El-Khef­fabi, comme sur les murs de nos villes, des plaques gravées mar­quant la mort de résis­tants. Je pho­togra­phie l’une d’elles quand un homme vient spon­tané­ment me ten­dre la main : « Vous êtes un pro­gres­siste, me fait-il dans un large sourire, puisque vous vous intéressez à notre his­toire !» S’ensuit sur le trot­toir un bon quart d’heure de con­ver­sa­tion fournie, chaleureuse. Cha­peau jusqu’aux yeux, la soix­an­taine, par­lant un français châtié, mon inter­locu­teur invoque Descartes, Pas­cal… et, sans ménage­ment, acca­ble les politi­ciens algériens. Samir écoute, mi-largué mi épaté. On reprend notre route.

13casbahDevant la stat­ue d’Abd El-Kad­er, pas­sage hurlant d’un cortège escorté de motards. La rou­tine ? Ou bien l’effroi qui pro­jette quelques années en arrière, la «décen­nie noire» ?  Pas un Algérois, pas un Algérien qui ne s’en soit remis. Étals d’oranges, de légumes et de galettes, de fringues et de godass­es pas chères. La rue rétréc­it. On se touche en fen­dant le flot. Voilà le marché. Puis les escaliers étroits… Celui-ci est encom­bré de gra­vats. Une façade men­ace de s’effondrer et débor­de d’ordures. Plus haut, des maçons mon­tent du ciment dans des seaux. Des Africains noirs. Samir trou­ve qu’«il y a beau­coup de Noirs par ici». On monte encore. Et encore des ruines. Par­fois des béances arasées, entourées de pans de maisons éven­trées. Plus haut : un petit immeu­ble effon­dré. Des usten­siles de cui­sine sont mélangés à la terre, aux planch­es. Ce n’était pas leur mai­son, mais deux hommes se trou­vent là, comme en fac­tion. «C’est arrivé il y a trois jours, à cause de la pluie ; c’est si vieux…  – Qu’est-ce qui va être fait ?  – Rien ! – Des vic­times ? – Non, ils sont par­tis à temps. – Et les gra­vats, les murs, les per­si­ennes… ça men­ace de tomber ! – Ça va rester comme ça… »

Samir n’est pas très causeur, juste assez pour l’essentiel. C’est bien. Par­fois, il hésite sur la venelle à pren­dre. Pas son quarti­er, n’en mène pas large. Pour moi, il suf­fit de se laiss­er porter. Tiens : un homme nous invite à entr­er chez lui. C’est qu’il est fier de sa mai­son, en fin de réno­va­tion. On le com­prend. Autour d’un patio étroit comme un puits, des pièces som­bres ; un escalier raide et mas­sif, en belle pierre blanche, des march­es hautes de trente ou quar­ante cen­timètres ; deux étages puis la ter­rasse qui ouvre sur le ciel. La vue donne aus­si sur le vieux port et toute la Cas­bah. En se pen­chant, on sur­plombe une par­tie de foot entre jeunes du quarti­er ; au moins ils prof­i­tent des ruines.

En 1992, l’Unesco a inscrit la Cas­bah d’Alger au pat­ri­moine de l’humanité… Un geste. Quelques travaux ont col­maté des brèch­es, annonçant peut-être une réno­va­tion, un sauve­tage… La dégra­da­tion a com­mencé avec le départ des Turcs, vers 1830 et l’arrivée des colons français. Peu à peu, le quarti­er a abrité des fel­lahs chas­sés de leurs ter­res, puis est devenu lieu de résis­tance. Derniers en date, années 90, les affreux bar­bus. C’était une de leurs bases, sans doute la prin­ci­pale d’Alger.

Z., une femme, me racon­te ses soirs de ter­reur, quand elle ren­trait du boulot, elle qui a tou­jours refusé de porter le voile ! La peur au ven­tre d’être descen­due. « J’ai eu la bara­ka, comme ma mère aus­si ! Un de mes frères avait rejoint le GIA [Groupe islamiste armé]. On se dis­putait sans arrêt. Je m’enfermais à dou­ble tour dans ma cham­bre. Je red­outais qu’il me dénonce, ou même qu’il me tue…»

Un imam devant sa mosquée, une de la douzaine de la Cas­bah.


Cas­bah
, ça vient du turc ; c’est la forter­esse, la citadelle. Z. me racon­te le dédale de pas­sages, de souter­rains : «En sautant d’une ter­rasse à l’autre, on peut ain­si aller de la haute Cas­bah à la basse Cas­bah. Les inté­gristes avaient au moins retenu ça de la guerre d’indépendance ; ils en avaient fait leur base. D’ailleurs les émirs du GIA, c’était des enfants du quarti­er. Je les con­nais­sais tous… Je les croi­sais en armes, dans leurs ron­des sin­istres, dès cinq heures du soir…» […] «Après un de leurs atten­tats com­mis, l’armée déboulait, mais c’était sans effet, les autres avaient été prévenus et s’étaient volatil­isés !»


Le quarti­er-forter­esse compte une douzaine de mosquées, qui con­sti­tu­aient à l’époque autant de bases islamistes.  Les imams jugés trop mod­érés furent abat­tus. Aujourd’hui, l’État algérien pense avoir repris les choses en mains. Les inté­gristes ont été chas­sés au prof­it de «mod­érés» – c’est Z. qui place des guillemets ; elle qui ne croit pas à une quel­conque mod­éra­tion dans ce domaine… Mais enfin, les prières de rues ont été inter­dites, de même que les col­lectes d’argent…

Cette Cas­bah aujourd’hui encore si mal en point. Comme si la pierre et la chair des hommes n’avaient pas assez souf­fert. Avant eux, années 50 et 60, meur­tris­sures colo­niales, sauvageries d’une guerre où les «événe­ments» ten­taient de mas­quer l’horreur. Je revois des images de Pépé le Moko (Duvivi­er) et, surtout, de la Bataille d’Alger (Pon­tecor­vo). 

 Qui dira le hasard ? Tou­jours est-il que nos pas nous mènent, Samir et moi, rue des Aber­ames en un étrange endroit, sorte de mau­solée, sobre, égayé de petits dra­peaux algériens rouge-blanc-vert… Haut-lieu de la résis­tance, c’est là que périrent dans l’explosion d’une mai­son «Ali-la-Pointe» et Has­si­ba Bent Bouali, com­bat­tants ter­ror­istes traqués par les mil­i­taires français. Une fresque de céramique mon­tre des colombes s’échappant du déluge… Des pho­to­copies du Jour­nal d’Alger (11 octo­bre 57) rap­pel­lent l’événement, en même temps que  les «pluies tor­ren­tielles cau­sant des mil­lions de dégâts sur Alger et le départe­ment». Une jeune femme blonde garde les lieux.

Pluies, guer­res, trem­ble­ments de terre… À l’image du pays, la Cas­bah d’Alger en fini­ra-t-elle jamais de panser ses plaies ? Un de ses habi­tants s’en désole à voix haute tan­dis que j’interroge une ruine. Des enfants joyeux sor­tent de l’école, déva­lent les march­es en courant. Là, une échoppe de coif­feur. Ici, un bouch­er attend le client der­rière ses pans­es de bre­bis qui pen­dent à la porte. Un imam bar­bu en kamis – la tunique longue – cause avec deux hommes jeunes. Sur ce mur écail­lé, avec du recul, on lit encore l’enseigne de jadis : «Crémerie du Bon­heur».


Alger-la-Blanche, Alger-la-Grise (3)

Les clichés recè­lent aus­si du vrai. Même par temps chargé, Alger-la-Blanche, relève bien de la réal­ité vis­i­ble. Mais la blancheur recou­vre quelques noirceurs, passées et tou­jours actuelles. Nuances de gris tout au moins, dis­ais-je (note précé­dente)… Au moment où le ciel se dégage, ques­tion météo. J’en ai prof­ité pour une dérive dans la ville, mon mode préféré de déplace­ment urbain. Un vague plan d’attaque et, le nez en l’air, au gré du vent, selon le jeu des aiman­ta­tions: les rues, les gens, les flux. Objec­tif néan­moins affir­mé: la Cas­bah.

Point de départ, place Mau­rice-Audin. Quel sym­bole de me retrou­ver là, en un lieu hon­oré du nom d’un Français qui avait pris fait et cause pour l’Algérie indépen­dante ! J’ignore si son his­toire est restée vivace chez les Algériens – peut-être à peine plus qu’en France…

Mau­rice Audin, jeune math­é­mati­cien, fut enlevé en 56 par les para­chutistes et tor­turé. Son corps ne sera jamais retrou­vé. De cette affaire, en par­ti­c­uli­er, sort en jan­vi­er 1958 le livre d’Henri Alleg, “La Ques­tion”, qui boule­verse les con­sciences et révèle au grand jour la pra­tique de la tor­ture en Algérie. L’affaire va cham­bouler l’opinion, l’Église, les familles, les par­tis et aggraver la crise de la IVe République. C’est ain­si, à l’occasion du cinquan­te­naire de l’affaire qu’on a vu réap­pa­raître Hen­ri Alleg dans les médias français.

Curieuse journée, vrai­ment que la mienne ! Une plongée dans le colo­nial­isme, aux côtés pas vrai­ment… posi­tifs. Ça com­mence avec ce chauf­feur de taxi soix­an­te­naire qui me descend de ma colline d’Hydra. Tout de suite, il m’entreprend sur la guerre – «notre guerre», dit-il. Pas la moin­dre malveil­lance dans ses paroles ; au con­traire, un désir de com­préhen­sion réciproque. «Avant, oui, c’était dur. On n’avait pas droit à l’instruction, alors on avait tous les boulots pénibles, on n’était que des manœu­vres… Après, oui, ça a été mieux, au début surtout, dans les pre­mières années. Et puis les com­bat­tants, enfin cer­tains, ont réclamé leurs parts de gâteau. Un droit qu’ils dis­aient. Mon père lui, n’a rien demandé. Il dis­ait qu’il avait fait son devoir, qu’il avait servi son idéal. Eux, ils ont tout pour­ri. C’est pour ça qu’on s’en sort pas !» 

Une bonne poignée de mains met fin à l’“édito” de la mi-journée… Un petit kiosque me tend ses jour­naux. Bon sang !, Le soir d’Algérie, encore tout chaud sor­ti des rotos, car­tonne plein pot avec une pho­to sépia d’un para bien typé – et pour cause, c’est Schmitt, le gégène de la gégène. D’où la manchette : «Guerre d’Algérie. Nou­veaux témoignages con­tre le général Schmitt». Je me prends un express pour engloutir les deux pages entières, annon­cées comme une pre­mière par­tie. Il s’agit en fait, selon le jour­nal­iste, Mourad Benameur, du réc­it paru en 1958 de «H.G. Esmer­al­da, une juive d’origine berbère qui fai­sait par­tie d’un réseau d’aide aux blessés de la résis­tance algéri­enne. » Infir­mière, elle avait été arrêtée le 6 août 1957, puis tor­turée et internée dans un camp, enfin libérée le 18 sep­tem­bre. Ce réc­it, a été pub­lié aux édi­tions Exils, à Paris. Le jour­nal­iste du Soir d’Algérie pré­cise qu’il n’a pu par­venir à  join­dre l’auteure pour une inter­view, cette dernière craig­nant, «cinquante après […] des repré­sailles de ses tor­tion­naires».

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Une du “Soir d’Algérie” du 2 févri­er 06 : Schmitt, le lieu­tenant de la gégène devenu gégène.

Témoignage ter­ri­ble et poignant. «Esmer­al­da» racon­te avec force détails son arresta­tion, suiv­ie le jour-même et le lende­main matin de deux séances de tor­ture à l’électricité, dans les locaux de «l’école Sar­rouy, rue Mont­pen­si­er, en plein cen­tre ville». Elle décrit tout aus­si pré­cisé­ment «le lieu­tenant Schmitt, grand brun à lunettes d’environ 35 ans, […] debout der­rière une longue table». Ce même lieu­tenant Schmitt devenu par la suite général et chef d’état-major des armées français­es… Comme devien­dra colonel le lieu­tenant Fleu­ti­aux, égale­ment act­if à l’école Sar­rouy [témoignages de dizaines de rescapés des tor­tures], et qui témoigna à décharge en faveur de Schmitt devant la cour d’appel de Paris.

Je n’ai actuelle­ment pas les moyens de véri­fi­er ni de pré­cis­er ces infor­ma­tions. Je le ferai. Tou­jours est-il que je reprends ma dérive, qui me pousse vers la fameuse Grande poste, bel immeu­ble mon­u­men­tal, d’un blanc écla­tant. C’est l’heure du déje­uner, plein de monde dans les rues, surtout autour de petites sand­wicheries. Je m’arrête peu après devant un étal de pho­tos his­toriques. De vraies pho­tos en tirages noir et blanc – et gris ! – de fig­ures de la révo­lu­tion algéri­enne… Un jeune Algérien vient les com­menter pour moi, dans mon dos; il les con­naît tous, les Ben Bel­la, Boume­di­enne, Fer­hat Abbas, Boudias et jusqu’à l’actuel Boute­fli­ka, armes à la main… Il con­naît aus­si leurs hôtes, lors de vis­ites plus ou moins offi­cielles, les Cas­tro, Has­san II, Nass­er, et aus­si Sad­dam Hus­sein…

Le jeune Algérien féru d’histoire con­tem­po­raine, c’est Samir. On fait con­nais­sance. Il ne me pro­pose rien à ven­dre – ce n’est d’ailleurs pas le genre des Algérois. Je le trou­ve sym­pa­thique au pos­si­ble. On va manger une piz­za. Il me racon­te sa vie. Grise, bien grise sa vie de jeune. 24 ans, licence en mar­ket­ing à l’université d’Alger. Et pas de boulot. Si ce n’est, dernière­ment, trois mois dans une bou­tique à rem­plir des fich­es de stock et à porter des col­is. Dix heures par jour, six jours sur sept. 12.000 dinars le mois, env­i­ron 120 euros… Depuis, rien. Alors, il zone avec, à l’épaule, une petite sacoche et quelques dizaines de cartes postales d’occase, la plu­part de France, par­fois déjà écrites…

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Samir ou la quête d’espoir, de sens, de vie. Ou d’abord de tra­vail.

Et à la mai­son ? Le père a été tué par les allumés de l’islam, en 97 dans un atten­tat. Il avait 57 ans. Ancien com­bat­tant, sa mort vau­dra une pen­sion à sa veuve : 15.000 dinars (150 euros) qui con­stituent en tout et pour tout les seuls revenus de la famille, soit six per­son­nes : la mère, Samir, ses deux sœurs et ses deux frères.

Suite de ma dérive au prochain épisode. Ou com­ment, sur le chemin de la Cas­bah, je ren­con­tre un poli­to­logue de la rue, avant de crois­er le sou­venir d’Ali-la-Pointe, héros de la guerre d’indépendance, par­ti en fumée avec l’explosion d’une mai­son, en pleine Cas­bah.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

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  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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