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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écri­vain et jour­na­liste algé­rien, Kamel Daoud s’est impo­sé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indé­pen­dance de juge­ment, la finesse de ses ana­lyses et de son écri­ture. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abo­mi­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plu­tôt que sur leurs seuls effets. On ne sau­rait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­tacle média­tique, l’étalage des témoi­gnages mul­tiples, les décla­ra­tions outrées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stra­té­gie publi­ci­taire de ter­reur visée par l’État isla­mique ? En dénon­çant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­ci­sé­ment à contre­cou­rant du dolo­risme ambiant qui masque une géo­po­li­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schi­zo­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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« L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi »

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Bar­ce­lone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le ter­ro­risme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Méca­nique du déni, et de son prix. On veut sau­ver la fameuse alliance stra­té­gique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un cler­gé reli­gieux qui pro­duit, rend légi­time, répand, prêche et défend le wah­ha­bisme, isla­misme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­ha­bisme, radi­ca­lisme mes­sia­nique né au XVIIIe siècle, a l’idée de res­tau­rer un cali­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­ta­nisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se tra­duit aujourd’hui par un lien sur­réa­liste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi reli­gieuse rigo­riste, et puis aus­si un rap­port mala­dif à l’image et à la repré­sen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudi­té et la liber­té. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théo­cra­tie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéo­lo­gique de la culture isla­miste. Les nou­velles géné­ra­tions extré­mistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­ha­distes. Elles ont été bibe­ron­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vati­can isla­miste avec une vaste indus­trie pro­dui­sant théo­lo­giens, lois reli­gieuses, livres et poli­tiques édi­to­riales et média­tiques agressives.

Vifs remer­cie­ments à Omar Lou­zi, direc­teur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers auto­ri­sé la dif­fu­sion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se pré­sente comme un site d’information géné­ra­liste, concer­nant le monde ama­zigh (rela­tif au peuple ber­bère et à sa langue) : Maroc, Algé­rie, Tuni­sie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Cana­ries, Mau­ri­ta­nie, … et la dia­spo­ra ama­zigh en Amé­rique du Nord et en Europe… Un site par­ti­ci­pa­tif, indé­pen­dant, qui donne la parole à tous les Ama­zighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, culture. Le site se veut pro­gres­siste, huma­niste, ouvert et tolérant.

On pour­rait contre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait négli­ger le poids des liens entre la famille régnante et le cler­gé reli­gieux qui assure sa sta­bi­li­té — et aus­si, de plus en plus, sa pré­ca­ri­té. Le piège est total pour cette famille royale fra­gi­li­sée par des règles de suc­ces­sion accen­tuant le renou­vel­le­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prê­cheur. Le cler­gé saou­dien pro­duit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aus­si la légi­ti­mi­té du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­prendre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV reli­gieuses sur la socié­té par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture isla­miste est aujourd’hui géné­ra­li­sée dans beau­coup de pays — Algé­rie, Maroc, Tuni­sie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­ta­nie. On y retrouve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télé­vi­sion isla­mistes (comme Echou­rouk et Iqra), ain­si que des cler­gés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une socié­té qu’ils consi­dèrent comme contaminée.

Il faut lire cer­tains jour­naux isla­mistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les atten­tats sont la consé­quence d’attaques contre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont deve­nus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­ti­nienne, le viol de l’Irak et le sou­ve­nir du trau­ma colo­nial pour embal­ler les masses avec un dis­cours mes­sia­nique. Alors que ce dis­cours impose son signi­fiant aux espaces sociaux, en haut, les pou­voirs poli­tiques pré­sentent leurs condo­léances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situa­tion de schi­zo­phré­nie totale, paral­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse scep­tique sur les décla­ra­tions toni­truantes des démo­cra­ties occi­den­tales quant à la néces­si­té de lut­ter contre le ter­ro­risme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plu­tôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, com­ment empê­cher les géné­ra­tions futures de bas­cu­ler dans le dji­ha­disme alors qu’on n’a pas épui­sé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses cler­gés, de sa culture et de son immense indus­trie éditoriale ?

Gué­rir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échi­quiers au Moyen-Orient. On le pré­fère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il abou­tit par le déni à un équi­libre illu­soire : On dénonce le dji­ha­disme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sau­ver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéo­lo­gique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des rai­sons aux déses­pé­rés dans le monde arabe, le royaume saou­dien leur a don­né croyances et convic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tue­ra des dji­ha­distes mais ils renaî­tront dans de pro­chaines géné­ra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­na­liste algé­rien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son ana­lyse des vio­lences sexuelles du Nou­vel an à Cologne. Cette nou­velle condam­na­tion émane d’une sorte de secte laïque ras­sem­blant une poi­gnée d’« intel­lec­tuels auto­pro­cla­més » à qui Le Monde a prê­té ses colonnes.

Les signa­taires du « Col­lec­tif  »Nou­red­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Bei­nin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­rienne), Benoît Chal­land (socio­logue), Joce­lyne Dakh­lia (his­to­rienne), Sonia Dayan-Herz­brun (socio­logue), Muriam Haleh Davis (his­to­rienne), Giu­lia Fab­bia­no (anthro­po­logue), Dar­cie Fon­taine (his­to­rienne), David Theo Gold­berg (phi­lo­sophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Kha­li­li (anthro­po­logue), Tris­tan Leper­lier (socio­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Méno­ret (anthro­po­logue), Sté­pha­nie Poues­sel (anthro­po­logue), Eli­za­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Tho­mas Serres (poli­tiste), Seif Sou­da­ni (jour­na­liste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lan­çait son ana­thème, excluant de son cénacle « cet huma­niste auto­pro­cla­mé ». Le mépris de l’expression dévoi­lait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention mal­veillante des juges. Les lignes sui­vantes confir­maient une condam­na­tion sans appel : « Tout en décla­rant vou­loir décons­truire les cari­ca­tures pro­mues par  » la droite et l’extrême droite « , l’auteur recycle les cli­chés orien­ta­listes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psy­cho­lo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces socio­lo­gi­sants ensou­ta­nés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les cli­chés orien­ta­listes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) cli­chés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieille­ries datées (dates à l’appui) et donc obso­lètes… 5)… tan­dis que leur « socio­lo­gie » à eux, hein !

Nos inqui­si­teurs reprochent au jour­na­liste algé­rien d’essen­tia­li­ser « le monde d’Allah », qu’il rédui­rait à un espace res­treint (le sien, décrit ain­si avec condes­cen­dance : « Cer­tai­ne­ment mar­qué par son expé­rience durant la guerre civile algé­rienne (1992-1999) [C’est moi qui sou­ligne, et même deux fois, s’agissant du mot expé­rience, si déli­ca­te­ment choi­si] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des isla­mistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cultu­ra­liste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste amé­ri­ca­no-pales­ti­nien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabri­ca­tion de l’Occident post-colo­nia­liste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­fé­rences ; de même pour les civi­li­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

« Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fas­ci­nait les masses ? » W. Reich

À ce pro­pos, reve­nons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet contem­po­rains et nul­le­ment arrié­rés comme le sous-entendent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­ve­nirs de leur fré­quen­ta­tion dans mes années « sex­po­liennes » – sexo-poli­tiques et rei­chiennes –, lorsque l’orthodoxie mar­xiste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment ins­pi­ré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cho­lo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrouve de nom­breuses traces dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peuvent être ana­ly­sées selon les cri­tères rei­chiens du refou­le­ment sexuel et des cui­rasses carac­té­rielle et cor­po­relle pro­pices aux enrô­le­ments dans les idéo­lo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces cri­tères – avan­cés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sau­raient nier les réa­li­tés « objec­tives » des condi­tions de vie – elles se ren­forcent mutuel­le­ment. Tan­dis que les accu­sa­teurs de Daoud semblent igno­rer ces com­po­santes psy­cho-sexuelles et affectives.

Trai­té comme un arrié­ré, Daoud est ain­si accu­sé de psy­cho­lo­gi­ser les vio­lences sexuelles de Cologne, et d’« effa­cer les condi­tions sociales, poli­tiques et éco­no­miques qui favo­risent ces actes ». Lamen­table retour­ne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retour­ner avec pertinence !

Enfin, le jour­na­liste algé­rien se trouve taxé d’isla­mo­pho­bie… Accu­sa­tion défi­ni­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fat­wa­ti­sé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des articles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 février. Le jour­na­liste rap­pelle que Kamel Daoud a déci­dé d’arrêter le jour­na­lisme pour se consa­crer à la lit­té­ra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algé­rie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémi­nistes, les intel­lec­tuels. Une grande par­tie de la socio­lo­gie est contre lui mais des intel­lec­tuels afri­cains saluent son cou­rage, Libé­ra­tion l’a défen­du, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix fémi­nistes his­to­riques”. […] Ain­si va la confré­rie des socio­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lan­ce­lin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tuni­sienne Faw­zia Zoua­ri, dans Libé­ra­tion du 28 février, rétor­quant aux accusateurs :

« Voi­là com­ment on se fait les alliés des isla­mistes sous cou­vert de phi­lo­so­pher… Voi­là com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Faw­zia Zoua­ri : « Il faut dire qu’il y a un... par fran­cein­ter


Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et « la mort de l’Arabe »

Kamel Daoud, jour­na­liste et écri­vain algé­rien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui courent. Et pour de bonne rai­sons, comme je l’ai sou­li­gné ici-même à pro­pos de ses ana­lyses et cou­ra­geuses prises de posi­tion concer­nant l’islamisme – qu’il qua­li­fie de « por­no-isla­misme » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, contre-enquête [Éd. Bar­zakh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Gon­court du pre­mier roman. C’est sur cet ouvrage que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­trale qui en a été réa­li­sée par Phi­lippe Ber­ling, du Théâtre Liber­té à Tou­lon, sous le titre Meur­saults – avec un s plu­riel et énig­ma­tique – et dont cinq repré­sen­ta­tions ont été don­nées à Marseille*.

Le roman, et donc la pièce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs éga­le­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matière » de L’Étranger et en par­ti­cu­lier l’acte cen­tral du roman, le meurtre de l’Arabe par Meur­sault. Le drame et ses consé­quences, on va les revivre dans le regard incon­so­lé de Haroun, le frère de Mous­sa, la victime.

Ce ren­ver­se­ment de point de vue n’exclut nul­le­ment le thème de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trouve quand même détour­né : quand Haroun tue à son tour un Fran­çais, il intro­duit dans son geste le poi­son de la ven­geance – de fait raciale, sinon raciste – et, du coup, celui de la pré­mé­di­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meurtre « inex­pli­cable », qua­si­ment gra­tuit en quelque sorte, mais d’un assas­si­nat. La « nuance » n’est pas que juri­dique, elle rejoint davan­tage le sor­dide d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en reste pas là, don­nant à son per­son­nage sa dimen­sion réel­le­ment tra­gique. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la pièce.

meursaults

Ph. d.r.

La scène se situe au len­de­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans doute aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux portes, un citron­nier, un ren­fle­ment de terre dont on sau­ra qu’il s’agit d’une tombe. Elle, c’est la mère, muette, qui chan­tonne ou pousse des cris de déchi­re­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­logue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­logue char­gé comme une confes­sion : confi­dences, aveux, cris de révolte irré­pres­sible. Haroun : « Un souffle rauque tra­verse ma mémoire, tan­dis que le monde se tait. » Aus­si se sai­sit-il de la parole pour ne plus la lâcher, dans une langue qui – il le sou­ligne – lui a été impo­sée, mais dont il aime se ser­vir à des­sein. C’est celle du meur­trier de son frère, celle aus­si de sa vic­time expia­trice qui gît là, sous le citron­nier char­gé de fruits. Absur­di­té encore qui oppose la vie et la mort. Des images naissent sur les murs de tor­chis blanc, fan­to­ma­tiques por­traits du frère et de la bien-aimée, écrans de la mémoire écor­chée où les appels à la vie s’abîment contre les atro­ci­tés de la guerre.

Mas­troian­ni sur le tour­nage de L’étranger
24 février 1967- 6min 53s

Scènes de tour­nage du film. Emma­nuel Robles com­mente les images. Mas­troian­ni parle du per­son­nage de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tourne les scènes de la condam­na­tion de Meur­sault et explique ce qui l’a atti­ré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tourne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La propre mère de l’écrivain – presque sourde, elle, et si peu par­lante éga­le­ment ; son frère mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus encore quand Haroun, l’Algérien, se pré­sente comme « ni col­la­bo, ni moud­ja­hi­din ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sorte d’Algé­rie fran­co-algé­rienne, comme une fédé­ra­tion des cœurs pour la paix. Uto­pie ? Les idéo­lo­gies, en tout cas, n’en vou­lurent rien savoir – sur­tout pas ! –, leur oppo­sant la vio­lence, la mort.

Dans ce texte, on retrouve aus­si du Camus de Noces et des extases de Tipa­sa, son appel à la jouis­sance de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fata­li­té de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cette nos­tal­gie des (courts) len­de­mains de guerre et des pos­sibles, « quand on pou­vait s’enlacer en public, pas comme aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâtre por­té par deux beaux comé­diens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scène, acteur et ancien direc­teur de théâtre algé­rien ; Anna Andreot­ti, comé­dienne et chan­teuse ita­lienne. La touche de vidéo dans le décor est par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie, tan­dis qu’une lumière moins froide aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tance dra­ma­tur­gique, chez Camus comme chez Daoud.

Une tour­née est annon­cée dans les Centres cultu­rels fran­çais d’Algérie, juste retour aux sources, dans une his­toire tou­jours inache­vée. En fait, deux his­toires mêlées que pro­longe cette pièce dans laquelle le met­teur en scène, Phi­lippe Ber­ling, veut voir « la richesse du post colonialisme ».

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Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mistes détestent-ils autant les femmes ? Pour­quoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théistes. Le jour­na­liste-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont consti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le « por­no-isla­misme » et inter­pelle le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Commons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tisme assas­sin, ne va pas sans risques. Sur­tout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas cou­ché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réflé­chisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fiste, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­liste, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trouble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les isla­mistes sont obsé­dés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sente la per­pé­tua­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­misme. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­graphes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont pré­sentes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la femme et vous aurez la liberté. »

Ces jours-ci, dans un article publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brû­lante des évé­ne­ments de la saint-Syl­vestre à Cologne. Il pousse son ana­lyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anciennes et base du binôme bar­bare-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJour­na­liste et essayiste algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lippe Ber­ling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Ber­nar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­prendre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naï­ve­té », cet angé­lisme pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa culture […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piège cultu­rel que résume sur­tout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­vage » ? Non. Juste dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convaincre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vaste uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde ara­bo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, le second dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela dénote un rap­port trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc cou­pable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­sance et cette déso­béis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle ana­lyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il parle – naï­ve­ment ? – de « convaincre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­ligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­misme dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mistes pour recru­ter leurs « fidèles » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kami­kazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puri­ta­nisme des dic­ta­tures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en terre d’Occident, là où la liber­té est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabrique du vivant un zom­bie, ou un kami­kaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâche­té : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lisme qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­tibles à la mino­ri­té d’une délin­quance, mais cela pose le pro­blème des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défendre et à faire com­prendre. Cela pose le pro­blème de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la « guerre » ne sau­rait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­rique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de conquêtes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­liste, il publie abon­dam­ment dans des médias arabes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phète, islam et isla­misme sont syno­nymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­phones qu’en France… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam explique pour­quoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­si­miste, iro­nique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvrage est titré Isla­misme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pourquoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en prin­cipe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­duire du fran­çais en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exemples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre islam et isla­misme, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il parle des dji­ha­distes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cule ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus radi­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une honte », en réfé­rence à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veulent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la misère et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gristes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bonne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algé­riennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-réponses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­liste de l’islam. Une femme dit : j’ai des pro­blèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suivre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nesse du monde arabe repré­sente un espoir ?

– Non, la jeu­nesse du monde arabe ne change pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabrique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exemple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du capi­ta­lisme et du socia­lisme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mique. Les jeunes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pratique.

• Mais les pré­ceptes, par exemple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévères. La popu­la­tion réus­sit-elle à les respecter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mique, les gens ne peuvent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu presque clan­des­tin, ces lieux ferment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quartier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se maintient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­loppe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achètent la paix sociale et rap­pellent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­risme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bordel !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétro­lière soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres formes d’énergie. Le pro­blème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétrole. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démographique ?

– Les bâti­ments enva­hissent tout, on ne cesse de construire. Si ça conti­nue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­rible, les auto­routes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tunisien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion reli­gieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tuni­siens défendent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hostile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­geante du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?


Affrontements meurtriers au Sahara occidental. La lutte sans fin des Sahraouis contre l’occupation marocaine

Saha­ra occi­den­tal. Une terre sans nom, un peuple sans pays. Une sorte de Pales­tine afri­caine. Mais enfouie sous la chape du silence des sables, qui se sou­lève, comme ces jours-ci, à l’occasion d’un drame aux – modestes – réper­cus­sions média­tiques : l’assaut des forces poli­cières et mili­taires maro­caines le 8 novembre contre le camp d’Agdim Izik, où plu­sieurs mil­liers de Sah­raouis s’étaient ins­tal­lés depuis le 10 octobre pour pro­tes­ter contre leurs condi­tions de vie. Le déman­tè­le­ment du cam­pe­ment par les forces maro­caines a déclen­ché les affron­te­ments. Selon les auto­ri­tés maro­caines, douze per­sonnes ont péri dans les affron­te­ments – dix membres des forces de sécu­ri­té et deux civils ; pour le Poli­sa­rio, trente-six Sah­raouis auraient été tués et des cen­taines d’autres bles­sés. Le gou­ver­ne­ment fran­çais, de son côté, a empê­ché le Conseil de sécu­ri­té de l’ONU, réuni le 17 novembre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­nale sur place.

Le Maroc occupe 80% du ter­ri­toire, cou­pé par un « mur ». Les affron­te­ments ont eu lieu près d’El Aioun, au nord, près de la fron­tière marocaine.

Le Saha­ra occi­den­tal (en arabe : ‫الصحراء الغربية‬) est un ter­ri­toire presque entiè­re­ment déser­tique grand comme la moi­tié de la France (266 000 km²), bor­dé par le Maroc au nord, l’Algérie au nord-est, la Mau­ri­ta­nie à l’est et au sud, tan­dis que sa côte Ouest donne sur l’Atlantique. Sa popu­la­tion est esti­mée à 400 000 habi­tants dont plus de 100 000 vivent dans les cam­pe­ments de réfu­giés, à Tin­douf au sud de l’Algérie.

Ter­ri­toire non auto­nome selon l’ONU, cette ancienne colo­nie espa­gnole n’a tou­jours pas trou­vé de sta­tut défi­ni­tif sur le plan juri­dique, plus de trente ans après le départ des Espa­gnols en 1976. Le Saha­ra occi­den­tal est en proie à un conflit oppo­sant les indé­pen­dan­tistes sah­raouis au Maroc qui reven­dique sa sou­ve­rai­ne­té sur l’ensemble du ter­ri­toire. Deve­nu un enjeu glo­bal illus­trant la riva­li­té entre le Maroc et l’Algérie, le dos­sier saha­rien bloque la construc­tion de l’Union du Magh­reb arabe (UMA).

Le ter­ri­toire est donc reven­di­qué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Saha­ra maro­cain » — et par la Répu­blique arabe sah­raouie démo­cra­tique (RASD), fon­dée par le Front Poli­sa­rio en 1976. Depuis le ces­sez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et admi­nistre envi­ron 80 % du ter­ri­toire, tan­dis que le Front Poli­sa­rio en contrôle 20% lais­sés par le Maroc der­rière une longue cein­ture de sécu­ri­té, le « mur maro­cain ». [Source : Wiki­pe­dia].

En France, un col­lec­tif s’est consti­tué pour dénon­cer les der­niers évé­ne­ments et la répres­sion des forces maro­caines et appe­ler à la soli­da­ri­té. Extraits de son communiqué :

« Les mai­sons sah­raouies sont per­qui­si­tion­nées et détruites, des cen­taines de Sah­raouis sont arrê­tés, tabas­sés et tor­tu­rés. Le bilan s’alourdit de jour en jour: des bles­sés meurent faute de soins, de nou­veaux cadavres sont retrou­vés et on compte des cen­taines dis­pa­rus. Plus de 400 mili­tants sah­raouis sont détenus […].

« […] Le Maroc filtre l’accès des jour­na­listes et obser­va­teurs inter­na­tio­naux au Saha­ra occi­den­tal. Il donne des infor­ma­tions men­son­gères et pour­suit une intense cam­pagne de pro­pa­gande dans les médias pour déna­tu­rer la lutte du peuple sah­raoui. Il a reçu le sou­tien du gou­ver­ne­ment fran­çais qui a empê­ché le Conseil de sécu­ri­té de l’ONU, réuni le 17 novembre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­nale sur place.

« […] Nous appe­lons à inter­ve­nir auprès des élus, à signer la péti­tion sur http://www.cyberacteurs.org/actions/index.php et à par­ti­ci­per à un ras­sem­ble­ment de sou­tien ce same­di 20 novembre de 15h à 18h, espla­nade des Droits de l’homme, place du Tro­ca­dé­ro à Paris. »


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeûne pen­dant le rama­dan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tembre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont éga­le­ment pro­duits en Kabylie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tienne, incarnent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­tales en Algérie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tio­nale s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novembre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions internationales.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et politiques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matière reli­gieuse, demeure une cala­mi­té mon­diale. Tan­dis que la tolé­rance poli­tique, para­doxa­le­ment, comme aux Etats-Unis, conduit au délire spec­ta­cu­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brû­leurs de Coran », en Flo­ride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croyances exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoire, la com­bien emblé­ma­tique affaire du che­va­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atroces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion reli­gieuse. Ça s’est pas­sé à Abbe­ville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moa­li s’indigne en ces termes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­rance, abs­trac­tion faite des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infi­dèle n’a de compte à rendre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrêtent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hypocrites.

« En tout j’en suis convain­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­crites, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a pro­mis le para­dis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscience tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette into­lé­rance, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pecte la liber­té indi­vi­duelle et toutes croyances.

« Lais­ser nous vivre comme on veut chez nous. »


Algérie. Deux mois de prison pour deux journalistes d’El Watan

Le direc­teur d’El Watan (La Patrie), Omar Bel­hou­chet, et un chro­ni­queur, Chaw­ki Ama­ri, viennent d’être condam­nés à deux mois de pri­son ferme à Alger.

Cette condam­na­tion, en deuxième ins­tance, porte sur un billet sati­rique publié par le quo­ti­dien et met­tant en cause le wali (pré­fet) de Jijel. Une péti­tion cir­cule pour dénon­cer «[…] la jus­tice [qui] appa­raît comme une arme venant s’ajouter à beau­coup d’autres mises entre les mains du pou­voir exé­cu­tif. Elle est uti­li­sée de manière effi­cace seule­ment quand elle s’attaque aux droits fon­da­men­taux des citoyens de s’exprimer et de s’organiser libre­ment. Elle appa­raît comme un ins­tru­ment par­mi d’autres, mis à la dis­po­si­tion du gou­ver­ne­ment avec pour voca­tion spé­ci­fique le déman­tè­le­ment de toute forme d’organisation auto­nome ou toute sorte de contre-pouvoir.
Ain­si, depuis des décen­nies, se déve­loppe une jus­tice aux limites de la léga­li­té ou car­ré­ment hors de la léga­li­té.
»
On peut signer cette péi­ti­tion en envoyant ses coor­don­nées à : editions.barzakh@gmail.com


Algérie. Deux journalistes d’El Watan condamnés à deux mois de prison

Omar Bel­hou­chet, direc­teur de publi­ca­tion d” »El Watan », et son chro­ni­queur Chaw­ki Ama­ri ont été condam­nés, le 27 mai 2007, à deux mois de pri­son ferme et à ver­ser une amende d’un mil­lion de dinars (plus de 10 000 euros).

Joint par Repor­ters sans fron­tières, leur avo­cat, Me Zou­beir Sou­da­ni, a sou­le­vé de nom­breuses irré­gu­la­ri­tés de pro­cé­dure. Il a, par ailleurs, déplo­ré la récente déci­sion de la Cour suprême d’autoriser le dépôt d’une plainte aux lieux de dis­tri­bu­tion et non plus seule­ment au lieu de publi­ca­tion des journaux.

Les deux jour­na­listes ont fait appel de la déci­sion. En décembre 2006, le tri­bu­nal de pre­mière ins­tance de Jijel (360 km à l’est d’Alger) les avait condam­nés, par défaut, à trois mois de pri­son suite à la plainte en « dif­fa­ma­tion et outrage » dépo­sée par le pré­fet de la ville, accu­sé de cor­rup­tion dans les pages du jour­nal quelques mois plus tôt. Les deux jour­na­listes, n’ayant pas été infor­més de la plainte ni convo­qués au tri­bu­nal, ont pu obte­nir un nou­veau jugement.


Algérie. Les vieux démons redressent la tête

Elwatan200206
« Le MSP veut s’emparer des mos­quées » titrait hier [20/02/06] en une le quo­ti­dien d’Alger, El Watan : « Les mai­sons de Dieu tombent subrep­ti­ce­ment dans les rets des par­tis isla­mistes,  écrit le jour­nal, citant des « sources sûres » et pour­sui­vant : «Les par­tis de cette obé­dience, notam­ment le Mou­ve­ment de la socié­té pour la paix (HMS, ex-Hamas), tentent len­te­ment de faire main  basse sur les mos­quées qui sont, à leurs yeux, une tri­bune ines­pé­rée pour mener leurs cam­pagnes et, à terme, prendre le pouvoir.»

Dans l’éditorial inti­tu­lé « Les vieux démons », Tayeb Bel­ghiche est car­ré­ment alar­miste :
» Lire l’article


Un journaliste algérien dénonce « La 13e caricature »

« Des enfants cou­rant dans la rue avec des pierres, des enfants hur­lant la haine à pleins pou­mons, des enfants en rangs mili­taires, des adultes voci­fé­rant, s’en pre­nant à des ambas­sades, brû­lant des dra­peaux, exi­geant la mort des des­si­na­teurs. Voi­là la trei­zième cari­ca­ture. Celle qui fait le plus de mal aux «musul­mans». Beau­coup plus que les des­sins, bêtes et méchants, dénués de tout talent, des cari­ca­tu­ristes danois.»

Dessin_el_watanAin­si com­mence, à la une du quo­ti­dien d’Alger El Watan un excellent papier de Rémi Yacine, en ce sens notam­ment qu’il tranche avec les lita­nies en vigueur. Le jour­na­liste pour­suit : « La rue musul­mane est ins­tru­men­ta­li­sée. Quel est donc cet uni­vers musul­man inca­pable de répondre avec intel­li­gence, mesure ? Pour­quoi répondre par des fat­was et des prêches enflam­més à ce qui n’est qu’un des­sin, un livre, un article ? Il n’y a que deux démo­cra­ties dans le monde musul­man, le Mali et le Séné­gal. Les deux seuls pays épar­gnés par cette colère. A l’autre extré­mi­té, l’Iran, Etat théo­cra­tique, et la Syrie, à l’origine de l’invention de la Répu­blique monar­chique, ont jeté l’huile sur le feu. En choi­sis­sant la rue au lieu des tri­bu­naux, isla­mistes et gou­ver­ne­ments musul­mans ont choi­si de ren­ta­bi­li­ser poli­ti­que­ment l’indignation légi­time de ceux qui en ont été affectés. »
Article aus­si sub­til que cou­ra­geux. On peut le lire en entier sur le site d’El Watan.
Des­sin El Watan


Algérie. Des islamistes font interdire «Star Academy» à la télé nationale

1elwatan070206_1L’affaire des cari­ca­tures, fait bom­ber le torse aux isla­mistes algé­riens. C’est ce que relève le quo­ti­dien d’Alger, El Watan [La Nation] à pro­pos de l’émission «Star Aca­de­my 3», ver­sion liba­naise de celle de TF1, dont la dif­fu­sion a été sup­pri­mée sur les chaînes natio­nales d’État – sur déci­sion directe, semble-t-il, du pré­sident Bou­te­fli­ka. Ain­si une émis­sion de varié­tés devient-elle un enjeu de sub­ver­sion poli­tique – celle-là même qui, en France, a pu nour­rir un débat vague­ment cultu­rel… Véri­té en deçà et au delà de la Méditerranée…

El Watan monte l’affaire à sa une d’hier [ci-contre], où la man­chette côtoie un article sur le mee­ting tenu la veille par le Mou­ve­ment pour la socié­té et la paix (MSP, par­ti dans la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale) – mee­ting durant lequel quelque 2.000 pro­tes­ta­taires, ont scan­dé « L’armée de Maho­met revien­dra !  » comme une lita­nie [dépêche Reu­ters du 06/02/06].
Sous la signa­ture Mad­jid Maked­hi, l’article d’El Watan est des plus expli­cites. On peut le retrou­ver sur le site du jour­nal. Ou sur «c’est pour dire +» en cli­quant ici.


Alger et les caricatures. Ne pas réveiller le diable (5)

Ici, à Alger – du moins dans ses prin­ci­paux jour­naux –, pas une voix en contre­point à l’affaire des cari­ca­tures de Maho­met. Ou alors, très en demi-teinte, et comme par excep­tion, dans ce billet d’El Watan [04/02/06] où Chaw­ki Ama­ri écrit : «[…] Se mobi­li­ser autour d’un des­sin en oubliant d’autres faits beau­coup plus graves comme les atten­tats racistes en Europe, le colo­nia­lisme eth­ni­co-reli­gieux d’Israël ou l’islamophobie décla­rée du monde blanc est un peu déplacé.» 

Tout autre est le registre, par exemple, dans le quo­ti­dien L’Expression [03/02/06] sous le titre expli­cite : «Fana­tisme démo­cra­tique». L’auteur, Ahmed Fat­ta­ni, s’il parle à pro­pos de la liber­té d’expression d’«un prin­cipe sacro-saint», c’est pour le réduire aux inté­rêts éco­no­miques. Il ne peut donc être aus­si sacré que l’image du pro­phète. Pour­tant, quelques lignes plus bas, le jour­na­liste relève que le pre­mier ministre danois refuse de «faire pas­ser les inté­rêts éco­no­miques de son pays avant la liber­té d’expression». Si ce n’est pas un prin­cipe sacré, ça y res­semble, non ? Non !, ren­ché­rit le direc­teur du quo­ti­dien qui conclut : «Au fana­tisme reli­gieux, les adeptes du mal viennent de conju­guer le fana­tisme démocratique».

Revoi­là donc le Bien et le Mal éri­gés en seules valeurs humaines au nom des croyances, et dans une totale confu­sion. Donc, pas un article pour seule­ment ten­ter un pas de côté, ne serait-ce que sous le questionnement. 

Sans doute s’agit-il de ne pas «ten­ter le diable» – qui ne dort que d’un oeil, de ne pas ris­quer la pro­vo­ca­tion. L’Algérie a tou­ché le fond d’un gouffre atroce dont on ne peut vrai­ment prendre la mesure que sur place. Le trau­ma­tisme demeure pré­sent, pal­pable à chaque détour d’une conver­sa­tion. Ici moins qu’ailleurs il s’agirait de ver­ser de l’acide sur les plaies, tou­jours à vif. La bar­ba­rie, d’ailleurs, n’est pas ren­trée par magie dans la lampe d’Aladin. L’Algérie semble para­ly­sée face à son «deuil impos­sible», titre du livre de Mau­rice Tarik-Maschino. 

Mais en pri­vé, il peut en aller autre­ment. Un cou­rant laïque existe, qui se mani­feste dans les par­tis de gauche. Il faut sans doute autant de force à un Algé­rien pour affir­mer en public son athéisme ou son anti-clé­ri­ca­lisme – si on peut dire, dans la mesure où l’islam n’entretient pas de cler­gé au sens occi­den­tal – que pour une Algé­rienne reven­di­quant l’égalité de la Femme. Mais les deux cas existent – j’en ai ren­con­tré –, ce qui dif­fé­ren­cie l’Algérie de bien d’autres pays isla­miques, quand bien même ils se pré­ten­draient des «Répu­bliques isla­miques» – je pense notam­ment à la Mauritanie.


Alger. La Casbah et ses plaies ouvertes, à l’image du pays (4)

Pour­suite de ma dérive vers la Cas­bah [article pré­cé­dent], désor­mais accom­pa­gné par Samir, ravi de me gui­der. Ave­nue El-Khef­fa­bi, comme sur les murs de nos villes, des plaques gra­vées mar­quant la mort de résis­tants. Je pho­to­gra­phie l’une d’elles quand un homme vient spon­ta­né­ment me tendre la main : « Vous êtes un pro­gres­siste, me fait-il dans un large sou­rire, puisque vous vous inté­res­sez à notre his­toire !» S’ensuit sur le trot­toir un bon quart d’heure de conver­sa­tion four­nie, cha­leu­reuse. Cha­peau jusqu’aux yeux, la soixan­taine, par­lant un fran­çais châ­tié, mon inter­lo­cu­teur invoque Des­cartes, Pas­cal… et, sans ména­ge­ment, accable les poli­ti­ciens algé­riens. Samir écoute, mi-lar­gué mi épa­té. On reprend notre route.

13casbahDevant la sta­tue d’Abd El-Kader, pas­sage hur­lant d’un cor­tège escor­té de motards. La rou­tine ? Ou bien l’effroi qui pro­jette quelques années en arrière, la «décen­nie noire» ?  Pas un Algé­rois, pas un Algé­rien qui ne s’en soit remis. Étals d’oranges, de légumes et de galettes, de fringues et de godasses pas chères. La rue rétré­cit. On se touche en fen­dant le flot. Voi­là le mar­ché. Puis les esca­liers étroits… Celui-ci est encom­bré de gra­vats. Une façade menace de s’effondrer et déborde d’ordures. Plus haut, des maçons montent du ciment dans des seaux. Des Afri­cains noirs. Samir trouve qu’«il y a beau­coup de Noirs par ici». On monte encore. Et encore des ruines. Par­fois des béances ara­sées, entou­rées de pans de mai­sons éven­trées. Plus haut : un petit immeuble effon­dré. Des usten­siles de cui­sine sont mélan­gés à la terre, aux planches. Ce n’était pas leur mai­son, mais deux hommes se trouvent là, comme en fac­tion. «C’est arri­vé il y a trois jours, à cause de la pluie ; c’est si vieux…  – Qu’est-ce qui va être fait ?  – Rien ! – Des vic­times ? – Non, ils sont par­tis à temps. – Et les gra­vats, les murs, les per­siennes… ça menace de tom­ber ! – Ça va res­ter comme ça… »

Samir n’est pas très cau­seur, juste assez pour l’essentiel. C’est bien. Par­fois, il hésite sur la venelle à prendre. Pas son quar­tier, n’en mène pas large. Pour moi, il suf­fit de se lais­ser por­ter. Tiens : un homme nous invite à entrer chez lui. C’est qu’il est fier de sa mai­son, en fin de réno­va­tion. On le com­prend. Autour d’un patio étroit comme un puits, des pièces sombres ; un esca­lier raide et mas­sif, en belle pierre blanche, des marches hautes de trente ou qua­rante cen­ti­mètres ; deux étages puis la ter­rasse qui ouvre sur le ciel. La vue donne aus­si sur le vieux port et toute la Cas­bah. En se pen­chant, on sur­plombe une par­tie de foot entre jeunes du quar­tier ; au moins ils pro­fitent des ruines.

En 1992, l’Unesco a ins­crit la Cas­bah d’Alger au patri­moine de l’humanité… Un geste. Quelques tra­vaux ont col­ma­té des brèches, annon­çant peut-être une réno­va­tion, un sau­ve­tage… La dégra­da­tion a com­men­cé avec le départ des Turcs, vers 1830 et l’arrivée des colons fran­çais. Peu à peu, le quar­tier a abri­té des fel­lahs chas­sés de leurs terres, puis est deve­nu lieu de résis­tance. Der­niers en date, années 90, les affreux bar­bus. C’était une de leurs bases, sans doute la prin­ci­pale d’Alger.

Z., une femme, me raconte ses soirs de ter­reur, quand elle ren­trait du bou­lot, elle qui a tou­jours refu­sé de por­ter le voile ! La peur au ventre d’être des­cen­due. « J’ai eu la bara­ka, comme ma mère aus­si ! Un de mes frères avait rejoint le GIA [Groupe isla­miste armé]. On se dis­pu­tait sans arrêt. Je m’enfermais à double tour dans ma chambre. Je redou­tais qu’il me dénonce, ou même qu’il me tue…»

Un imam devant sa mos­quée, une de la dou­zaine de la Casbah.


Cas­bah
, ça vient du turc ; c’est la for­te­resse, la cita­delle. Z. me raconte le dédale de pas­sages, de sou­ter­rains : «En sau­tant d’une ter­rasse à l’autre, on peut ain­si aller de la haute Cas­bah à la basse Cas­bah. Les inté­gristes avaient au moins rete­nu ça de la guerre d’indépendance ; ils en avaient fait leur base. D’ailleurs les émirs du GIA, c’était des enfants du quar­tier. Je les connais­sais tous… Je les croi­sais en armes, dans leurs rondes sinistres, dès cinq heures du soir…» […] «Après un de leurs atten­tats com­mis, l’armée débou­lait, mais c’était sans effet, les autres avaient été pré­ve­nus et s’étaient vola­ti­li­sés !»


Le quar­tier-for­te­resse compte une dou­zaine de mos­quées, qui consti­tuaient à l’époque autant de bases isla­mistes.  Les imams jugés trop modé­rés furent abat­tus. Aujourd’hui, l’État algé­rien pense avoir repris les choses en mains. Les inté­gristes ont été chas­sés au pro­fit de «modé­rés» – c’est Z. qui place des guille­mets ; elle qui ne croit pas à une quel­conque modé­ra­tion dans ce domaine… Mais enfin, les prières de rues ont été inter­dites, de même que les col­lectes d’argent…

Cette Cas­bah aujourd’hui encore si mal en point. Comme si la pierre et la chair des hommes n’avaient pas assez souf­fert. Avant eux, années 50 et 60, meur­tris­sures colo­niales, sau­va­ge­ries d’une guerre où les «évé­ne­ments» ten­taient de mas­quer l’horreur. Je revois des images de Pépé le Moko (Duvi­vier) et, sur­tout, de la Bataille d’Alger (Pon­te­cor­vo). 

 Qui dira le hasard ? Tou­jours est-il que nos pas nous mènent, Samir et moi, rue des Abe­rames en un étrange endroit, sorte de mau­so­lée, sobre, égayé de petits dra­peaux algé­riens rouge-blanc-vert… Haut-lieu de la résis­tance, c’est là que périrent dans l’explosion d’une mai­son «Ali-la-Pointe» et Has­si­ba Bent Boua­li, com­bat­tants ter­ro­ristes tra­qués par les mili­taires fran­çais. Une fresque de céra­mique montre des colombes s’échappant du déluge… Des pho­to­co­pies du Jour­nal d’Alger (11 octobre 57) rap­pellent l’événement, en même temps que  les «pluies tor­ren­tielles cau­sant des mil­lions de dégâts sur Alger et le dépar­te­ment». Une jeune femme blonde garde les lieux.

Pluies, guerres, trem­ble­ments de terre… À l’image du pays, la Cas­bah d’Alger en fini­ra-t-elle jamais de pan­ser ses plaies ? Un de ses habi­tants s’en désole à voix haute tan­dis que j’interroge une ruine. Des enfants joyeux sortent de l’école, dévalent les marches en cou­rant. Là, une échoppe de coif­feur. Ici, un bou­cher attend le client der­rière ses panses de bre­bis qui pendent à la porte. Un imam bar­bu en kamis – la tunique longue – cause avec deux hommes jeunes. Sur ce mur écaillé, avec du recul, on lit encore l’enseigne de jadis : «Cré­me­rie du Bon­heur».


Alger-la-Blanche, Alger-la-Grise (3)

Les cli­chés recèlent aus­si du vrai. Même par temps char­gé, Alger-la-Blanche, relève bien de la réa­li­té visible. Mais la blan­cheur recouvre quelques noir­ceurs, pas­sées et tou­jours actuelles. Nuances de gris tout au moins, disais-je (note pré­cé­dente)… Au moment où le ciel se dégage, ques­tion météo. J’en ai pro­fi­té pour une dérive dans la ville, mon mode pré­fé­ré de dépla­ce­ment urbain. Un vague plan d’attaque et, le nez en l’air, au gré du vent, selon le jeu des aiman­ta­tions: les rues, les gens, les flux. Objec­tif néan­moins affir­mé: la Casbah.

Point de départ, place Mau­rice-Audin. Quel sym­bole de me retrou­ver là, en un lieu hono­ré du nom d’un Fran­çais qui avait pris fait et cause pour l’Algérie indé­pen­dante ! J’ignore si son his­toire est res­tée vivace chez les Algé­riens – peut-être à peine plus qu’en France…

Mau­rice Audin, jeune mathé­ma­ti­cien, fut enle­vé en 56 par les para­chu­tistes et tor­tu­ré. Son corps ne sera jamais retrou­vé. De cette affaire, en par­ti­cu­lier, sort en jan­vier 1958 le livre d’Henri Alleg, « La Ques­tion », qui bou­le­verse les consciences et révèle au grand jour la pra­tique de la tor­ture en Algé­rie. L’affaire va cham­bou­ler l’opinion, l’Église, les familles, les par­tis et aggra­ver la crise de la IVe Répu­blique. C’est ain­si, à l’occasion du cin­quan­te­naire de l’affaire qu’on a vu réap­pa­raître Hen­ri Alleg dans les médias français.

Curieuse jour­née, vrai­ment que la mienne ! Une plon­gée dans le colo­nia­lisme, aux côtés pas vrai­ment… posi­tifs. Ça com­mence avec ce chauf­feur de taxi soixan­te­naire qui me des­cend de ma col­line d’Hydra. Tout de suite, il m’entreprend sur la guerre – «notre guerre», dit-il. Pas la moindre mal­veillance dans ses paroles ; au contraire, un désir de com­pré­hen­sion réci­proque. «Avant, oui, c’était dur. On n’avait pas droit à l’instruction, alors on avait tous les bou­lots pénibles, on n’était que des manœuvres… Après, oui, ça a été mieux, au début sur­tout, dans les pre­mières années. Et puis les com­bat­tants, enfin cer­tains, ont récla­mé leurs parts de gâteau. Un droit qu’ils disaient. Mon père lui, n’a rien deman­dé. Il disait qu’il avait fait son devoir, qu’il avait ser­vi son idéal. Eux, ils ont tout pour­ri. C’est pour ça qu’on s’en sort pas !» 

Une bonne poi­gnée de mains met fin à l’« édi­to » de la mi-jour­née… Un petit kiosque me tend ses jour­naux. Bon sang !, Le soir d’Algérie, encore tout chaud sor­ti des rotos, car­tonne plein pot avec une pho­to sépia d’un para bien typé – et pour cause, c’est Schmitt, le gégène de la gégène. D’où la man­chette : «Guerre d’Algérie. Nou­veaux témoi­gnages contre le géné­ral Schmitt». Je me prends un express pour englou­tir les deux pages entières, annon­cées comme une pre­mière par­tie. Il s’agit en fait, selon le jour­na­liste, Mou­rad Bena­meur, du récit paru en 1958 de «H.G. Esme­ral­da, une juive d’origine ber­bère qui fai­sait par­tie d’un réseau d’aide aux bles­sés de la résis­tance algé­rienne. » Infir­mière, elle avait été arrê­tée le 6 août 1957, puis tor­tu­rée et inter­née dans un camp, enfin libé­rée le 18 sep­tembre. Ce récit, a été publié aux édi­tions Exils, à Paris. Le jour­na­liste du Soir d’Algérie pré­cise qu’il n’a pu par­ve­nir à  joindre l’auteure pour une inter­view, cette der­nière crai­gnant, «cin­quante après […] des repré­sailles de ses tortionnaires».

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Une du « Soir d’Algérie » du 2 février 06 : Schmitt, le lieu­te­nant de la gégène deve­nu gégène.

Témoi­gnage ter­rible et poi­gnant. «Esme­ral­da» raconte avec force détails son arres­ta­tion, sui­vie le jour-même et le len­de­main matin de deux séances de tor­ture à l’électricité, dans les locaux de «l’école Sar­rouy, rue Mont­pen­sier, en plein centre ville». Elle décrit tout aus­si pré­ci­sé­ment «le lieu­te­nant Schmitt, grand brun à lunettes d’environ 35 ans, […] debout der­rière une longue table». Ce même lieu­te­nant Schmitt deve­nu par la suite géné­ral et chef d’état-major des armées fran­çaises… Comme devien­dra colo­nel le lieu­te­nant Fleu­tiaux, éga­le­ment actif à l’école Sar­rouy [témoi­gnages de dizaines de res­ca­pés des tor­tures], et qui témoi­gna à décharge en faveur de Schmitt devant la cour d’appel de Paris.

Je n’ai actuel­le­ment pas les moyens de véri­fier ni de pré­ci­ser ces infor­ma­tions. Je le ferai. Tou­jours est-il que je reprends ma dérive, qui me pousse vers la fameuse Grande poste, bel immeuble monu­men­tal, d’un blanc écla­tant. C’est l’heure du déjeu­ner, plein de monde dans les rues, sur­tout autour de petites sand­wi­che­ries. Je m’arrête peu après devant un étal de pho­tos his­to­riques. De vraies pho­tos en tirages noir et blanc – et gris ! – de figures de la révo­lu­tion algé­rienne… Un jeune Algé­rien vient les com­men­ter pour moi, dans mon dos; il les connaît tous, les Ben Bel­la, Bou­me­dienne, Ferhat Abbas, Bou­dias et jusqu’à l’actuel Bou­te­fli­ka, armes à la main… Il connaît aus­si leurs hôtes, lors de visites plus ou moins offi­cielles, les Cas­tro, Has­san II, Nas­ser, et aus­si Sad­dam Hussein…

Le jeune Algé­rien féru d’histoire contem­po­raine, c’est Samir. On fait connais­sance. Il ne me pro­pose rien à vendre – ce n’est d’ailleurs pas le genre des Algé­rois. Je le trouve sym­pa­thique au pos­sible. On va man­ger une piz­za. Il me raconte sa vie. Grise, bien grise sa vie de jeune. 24 ans, licence en mar­ke­ting à l’université d’Alger. Et pas de bou­lot. Si ce n’est, der­niè­re­ment, trois mois dans une bou­tique à rem­plir des fiches de stock et à por­ter des colis. Dix heures par jour, six jours sur sept. 12.000 dinars le mois, envi­ron 120 euros… Depuis, rien. Alors, il zone avec, à l’épaule, une petite sacoche et quelques dizaines de cartes pos­tales d’occase, la plu­part de France, par­fois déjà écrites…

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Samir ou la quête d’espoir, de sens, de vie. Ou d’abord de travail.

Et à la mai­son ? Le père a été tué par les allu­més de l’islam, en 97 dans un atten­tat. Il avait 57 ans. Ancien com­bat­tant, sa mort vau­dra une pen­sion à sa veuve : 15.000 dinars (150 euros) qui consti­tuent en tout et pour tout les seuls reve­nus de la famille, soit six per­sonnes : la mère, Samir, ses deux sœurs et ses deux frères.

Suite de ma dérive au pro­chain épi­sode. Ou com­ment, sur le che­min de la Cas­bah, je ren­contre un poli­to­logue de la rue, avant de croi­ser le sou­ve­nir d’Ali-la-Pointe, héros de la guerre d’indépendance, par­ti en fumée avec l’explosion d’une mai­son, en pleine Casbah.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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