On n'est pas des moutons

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« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume munic­i­pal, Georges Moth­ron, maire Les Répub­li­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figu­ier blanc a dû annuler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui craig­nait que leurs sujets «met­tent le feu aux poudres» dans la com­mune.

 G. Moth­ron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chang­er l’image de la ville» […] le boule­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­tisés respec­tive­ment boule­vard du général Leclerc et avenue Mau­rice Utril­lo.
• Le 6 août 2007, un arrêté munic­i­pal inter­dis­ant la men­dic­ité dans le cen­tre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la con­signe aux agents de la voirie de dif­fuser du mal­odore, un répul­sif nauséabond, dans les lieux fréquen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse nationale qui s’ensuit et des con­tro­ver­s­es sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coû­tent la mairie qui revient au social­iste Philippe Doucet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014, il reprend la mairie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wikipé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un cen­tre cul­turel, a eu la curieuse sur­prise de recevoir la semaine dernière un cour­ri­er […] dans lequel l’élu demandait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Soci­o­logue et l’ourson, d’Étienne Chail­lou et Math­ias Thery, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un doc­u­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sex­uel en suiv­ant la soci­o­logue Irène Théry et en met­tant en scène, sur un mode péd­a­gogique et ludique, des peluches et des jou­ets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recon­stituer des moments famil­i­aux. Le sec­ond, dif­fusé depuis l’an dernier dans plusieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Lay­al, une jeune Palesti­enne incar­cérée dans une prison israéli­enne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polémique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa déci­sion est «motivée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un souci d’apaisement […]la ville a préféré jouer la sécu­rité en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éventuelle­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a surtout provo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mairie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Sol­i­dar­ité Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octo­bre dernier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indépen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflex­ion sur des ques­tions qui se posent dans le con­texte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs mul­ti­mé­dia, pub­lie un com­mu­niqué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­taine­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Moth­ron, con­sid­ère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regarder sere­ine­ment un doc­u­men­taire de société où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un doc­u­men­taire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Moth­ron le fera-t-il saisir dans les ray­on­nages ? Quand le film sera dif­fusé à la télévi­sion, Georges Moth­ron fera-t-il couper les antennes du dif­fuseur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Moth­ron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflex­es pavloviens de repli sur soi de telle ou telle com­mu­nauté.
« La Scam sou­tient la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pel­er au maire, Georges Moth­ron, que le suf­frage uni­versel ne lui con­fie pas pour autant un droit à décider ce que ses conci­toyens peu­vent choisir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonc­tion de mag­is­trat munic­i­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-censeur de ciné­ma et de directeur des con­sciences. Non mais.


Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­verne­ment ne recule devant aucun sac­ri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel autorise la pub­lic­ité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croy­ait encore pou­voir s’accrocher. Tu croy­ais, naïf, que les radios du ser­vice pub­lic te met­taient à l’abri des sail­lies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débil­ités lim­itées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence com­mune et la vul­gar­ité marchande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bag­noles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchanter­ess­es, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­verne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un min­istre à la hau­teur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa con­ner­ie.

Nous restera à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deux­ième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­nal­iste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son analyse des vio­lences sex­uelles du Nou­v­el an à Cologne. Cette nou­velle con­damna­tion émane d’une sorte de secte laïque rassem­blant une poignée d’« intel­lectuels auto­proclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les sig­nataires du “Col­lec­tifNoured­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Beinin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­ri­enne), Benoît Chal­land (soci­o­logue), Joce­lyne Dakhlia (his­to­ri­enne), Sonia Dayan-Herzbrun (soci­o­logue), Muri­am Haleh Davis (his­to­ri­enne), Giu­lia Fab­biano (anthro­po­logue), Dar­cie Fontaine (his­to­ri­enne), David Theo Gold­berg (philosophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Khalili (anthro­po­logue), Tris­tan Lep­er­li­er (soci­o­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Ménoret (anthro­po­logue), Stéphanie Poues­sel (anthro­po­logue), Eliz­a­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Thomas Ser­res (poli­tiste), Seif Soudani (jour­nal­iste).

Dans l’édition du 12 févri­er, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lançait son anathème, exclu­ant de son céna­cle « cet human­iste auto­proclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention malveil­lante des juges. Les lignes suiv­antes con­fir­maient une con­damna­tion sans appel : « Tout en déclarant vouloir décon­stru­ire les car­i­ca­tures pro­mues par ” la droite et l’extrême droite “, l’auteur recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823–1892) à la psy­cholo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841–1931). »

Que veu­lent donc dire, ces soci­ol­o­gisants ensoutanés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieil­leries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tan­dis que leur « soci­olo­gie » à eux, hein !

Nos inquisi­teurs reprochent au jour­nal­iste algérien d’essen­tialis­er « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ain­si avec con­de­scen­dance : « Cer­taine­ment mar­qué par son expéri­ence durant la guerre civile algéri­enne (1992–1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expéri­ence, si déli­cate­ment choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cul­tur­al­iste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste améri­cano-pales­tinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fab­ri­ca­tion de l’Occident post-colo­nial­iste. Comme si les cul­tures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­férences ; de même pour les civil­i­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fasci­nait les mass­es ?” W. Reich

À ce pro­pos, revenons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet con­tem­po­rains et nulle­ment arriérés comme le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­venirs de leur fréquen­ta­tion dans mes années « sex­poli­ennes » – sexo-poli­tiques et reichi­ennes –, lorsque l’orthodoxie marx­iste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cholo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breuses traces dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peu­vent être analysées selon les critères reichiens du refoule­ment sex­uel et des cuirass­es car­ac­térielle et cor­porelle prop­ices aux enrôle­ments dans les idéolo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réal­ités « objec­tives » des con­di­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuelle­ment. Tan­dis que les accusa­teurs de Daoud sem­blent ignor­er ces com­posantes psy­cho-sex­uelles et affec­tives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ain­si accusé de psy­chol­o­gis­er les vio­lences sex­uelles de Cologne, et d’« effac­er les con­di­tions sociales, poli­tiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lam­en­ta­ble retourne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retourn­er avec per­ti­nence !

Enfin, le jour­nal­iste algérien se trou­ve taxé d’islam­o­pho­bie… Accu­sa­tion défini­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­watisé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 févri­er. Le jour­nal­iste rap­pelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le jour­nal­isme pour se con­sacr­er à la lit­téra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses con­vic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémin­istes, les intel­lectuels. Une grande par­tie de la soci­olo­gie est con­tre lui mais des intel­lectuels africains salu­ent son courage, Libéra­tion l’a défendu, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “toutes les grandes voix fémin­istes his­toriques”. […] Ain­si va la con­frérie des soci­o­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans pren­dre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 févri­er. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tunisi­enne Fawzia Zouari, dans Libéra­tion du 28 févri­er, rétorquant aux accusa­teurs :

« Voilà com­ment on se fait les alliés des islamistes sous cou­vert de philoso­pher… Voilà com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : “Il faut dire qu’il y a un… par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le “porno-islamisme” s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détes­tent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions monothéistes. Le jour­nal­iste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lectuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esquiv­ées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont con­sti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sex­uelles de femmes fin décem­bre à Cologne, il accuse le “porno-islamisme” et inter­pelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immi­gré », cet « autre », con­damné autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­roger val­able­ment sur l’islam con­duit à décrypter les mécan­ismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assas­sin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­biliter l’homme, on ne va pas avancer. La ques­tion religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam salafiste, appelant à son exé­cu­tion « pour apos­tasie et hérésie ». Depuis, le jour­nal­iste, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, est placé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les con­traintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, en Algérie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avancer sans guérir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­nité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la per­pé­tu­a­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont con­tre la pornogra­phie et com­plète­ment pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révo­lu­tion. Libérez la femme et vous aurez la lib­erté.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle pub­lié en Ital­ie dans le quo­ti­di­en La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événe­ments de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immi­gré : angélisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anci­ennes et base du binôme bar­bare-civil­isé. Des immi­grés accueil­lis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les vio­lent. »

meursaultsJour­nal­iste et essay­iste algérien, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, con­tre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de con­tre­point à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 févri­er au Théâtre des Bernar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme pro­jeté sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa cul­ture […] On voit le sur­vivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège cul­turel que résume surtout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste dif­férent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foy­er col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si con­va­in­cre l’âme de chang­er. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la mis­ère sex­uelle dans le monde arabo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, le sec­ond dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfer­mée ou pos­sédée. Cela dénote un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la lib­erté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloigne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une désobéis­sance et cette désobéis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « mod­érés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il par­le – naïve­ment ? – de « con­va­in­cre l’âme de chang­er »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande mis­ère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font dis­cours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descrip­tions d’un par­adis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kamikazes, chas­se aux corps dans les espaces publics, puri­tanisme des dic­tatures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat con­tre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explos­er en terre d’Occident, là où la lib­erté est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment dernier. Un sur­sis qui fab­rique du vivant un zom­bie, ou un kamikaze qui rêve de con­fon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux con­naître une femme mais je refuse que ma sœur con­naisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes con­duira, un jour ou l’autre, à tir­er par les fenêtres, et cela est un crime con­tre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela sig­ni­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immi­grés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délin­quance, mais cela pose le prob­lème des « valeurs » à partager, à impos­er, à défendre et à faire com­pren­dre. Cela pose le prob­lème de la respon­s­abil­ité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la “guerre” ne saurait con­duire à la paix dans les cœurs… Dans ce proces­sus his­torique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de con­quêtes et de dom­i­na­tion, de refoule­ments sex­uels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de ressen­ti­ments remâchés… de quel endroit de la planète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


Marseille. Une (autre) origine du monde

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Con­cep­tion : Eliz­a­beth Saint-Jalmes (sculp­tures), Mathilde Mon­freux (écri­t­ure). Avec : Jessy Coste, Gaëlle Pranal, Vir­ginie Thomas, Mathilde Mon­freux, Blan­dine Pinon, Eliz­a­beth Saint-Jalmes. Musique : François Rossi (bat­teur). Spec­ta­cle présen­té par Lieux publics, cen­tre nation­al de créa­tion en espace pub­lic.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Tou­jours aus­si inspiré, essen­tiel : chaque pre­mier mer­cre­di du mois, à l’heure de l’alerte générale, entre ses deux salves de sirènes hurlantes, la magie du théâtre vient sec­ouer la ville de sa quo­ti­di­en­neté, de sa tor­peur. Avec effet relatif : il faut déjà être un peu éveil­lé pour ain­si se « karchéris­er » le cerveau. Deux ou trois cents braves, seule­ment, osent s’y ris­quer (sans risques), à l’heure où la nor­mal­ité est à son ordi­naire ouvrage.

Des formes informes, des paque­ts d’entrailles, de la chair, de la viande, des glan­des, de la cervelle, du mou, du dégouli­nant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trem­bler comme de la géla­tine, puis à remuer comme des paque­ts de boy­aux tombés d’on ne sait quel ven­tre céleste ou chao­tique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Courbet, bien avant, dans le grand coït créa­teur de la matière sans nom, l’innommable mag­ma. L’origine ou bien la fin, la dernière apoc­a­lypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous prédis­ent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pour­rait ressem­bler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pour­rions nous trans­former en mon­stru­osités ges­tic­u­lantes, à bout de souf­fle, venant mourir-pour­rir sur le mar­bre, devant l’Opéra de Mar­seille, comme sur le bil­lot d’un bouch­er sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tan­dis qu’un bat­teur se déchaîne sur ses fûts et cym­bales, les paque­ts glob­uleux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix min­utes d’opéra sauvage, chaque pre­mier mer­cre­di du mois, devant l’Opéra de Mar­seille. Tout de même pas dur à retenir ! Et à not­er pour des Mar­seil­lais de pas­sage.


Humanités”… Tout un programme sur France 5

Inti­t­uler  Human­ités un nou­veau pro­gramme de doc­u­men­taires, c’est une idée promet­teuse de France 5. Beau titre et générique superbe dû à Célia Riv­ière, sur des illus­tra­tions de Théo Guig­nard et une musique de Sacha Galper­ine. Tout un pro­gramme, en effet. “Si votre plumage se rap­porte à…”


Pâques. Ça tourne pas rond

oeufs pâques planètes

© Solar Walk

« Pâque »vient du latin pop­u­laire *pas­cua”  (« nour­ri­t­ure », du verbe pascere « paître »), emprun­té au grec πάσχα / páskha, lui-même emprun­té à l’hébreu פסח Pessa’h « il pas­sa [par-dessus] », d’où « pas­sage », est le nom de la fête juive qui com­mé­more la sor­tie d’Égypte. D’après les Évangiles, c’est pen­dant cette fête juive (qui dure 8 jours) qu’eut lieu la résur­rec­tion de Jésus ; c’est pourquoi le nom en a été repris pour désign­er la fête chré­ti­enne. [Wikipedia]

Tant qu’on en est à célébr­er des sor­nettes, engram­mées dans notre pat­ri­moine cul­turel, revoyons notre sys­tème plané­taire à la mode ovoïde. Et révi­sons les fon­da­men­taux religieux avec un min­i­mum de savoir rationnel remon­tant aux rites païens. Où l’on retrou­ve l’éternelle ques­tion de l’œuf ou du… lapin. La réponse appar­tient à cha­cun, à ses rêves, croy­ances, imag­i­naires, désirs… ou refoule­ments.

Cet “Hap­py East­er !” vient du monde anglo-sax­on et de son folk­lore lié la déesse ger­manique Ostera (East­er pour les Anglo-sax­ons et Eas­tre pour les Scan­di­naves) dont le lapin, ou le lièvre,  était l’attribut sym­bol­isant la fécon­dité. Mais de nom­breuses cou­tumes datant de la plus haute Antiq­ui­té des­tinées à accueil­lir le retour du print­emps se rat­tachèrent à la fête de Pâques. L’œuf est le sym­bole de la ger­mi­na­tion qui se pro­duit au début du print­emps.

Pas très catholique…

Pas très catholique…

La tra­di­tion d’offrir des œufs remonte à l’Antiquité. Les Égyp­tiens et les Romains offraient des œufs peints à la déesse mère (Vénus, Isis, Semi­ramis…). À l’époque pharaonique, on écrivait en couleurs des vœux sur les œufs, on les dépo­sait le soir dans un panier qui, au matin était inondé par les bien­faits de Ra, le Soleil. Les pre­miers chré­tiens coptes ont sup­primé l’écriture des vœux et peint les œufs en rouge pour sym­bol­is­er le sang du Christ. Cette tra­di­tion païenne s’est répan­due dans toute la chré­tien­té jusqu’à nos jours (le com­merce ayant quelque peu adap­té les pro­duits… > image impie ci-con­tre).

Comme pour Noël, la date de Pâques cor­re­spond à des événe­ments astronomiques mar­quant les rites païens. La déf­i­ni­tion actuelle de la date de Pâques a été arrêtée en 325 lors du con­cile de Nicée. “Pâques est le dimanche qui suit le qua­torz­ième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immé­di­ate­ment après”. Le qua­torz­ième jour de la Lune étant le jour de la pleine Lune et le 21 mars cor­re­spon­dant à la date de l’équinoxe de print­emps, cette déf­i­ni­tion est sou­vent traduite de la manière suiv­ante : Pâques est le pre­mier dimanche qui suit la pre­mière pleine Lune de Print­emps. Cette sec­onde déf­i­ni­tion est trompeuse car elle laisse enten­dre que la date de Pâques est le résul­tat d’un cal­cul astronomique basé sur la déter­mi­na­tion de l’équinoxe de print­emps et de la pre­mière pleine Lune suiv­ant cet équinoxe. En réal­ité il n’en est rien, le cal­cul de la date de Pâques se fait à l’aide d’un cal­en­dri­er per­pétuel lunaire util­isant une Lune moyenne fic­tive (Lune ecclési­as­tique). Cette méth­ode de cal­cul porte le nom de com­put ecclési­as­tique.  [ http://www.imcce.fr/promenade/pages4/440.html ]

Ain­si va le monde. “Et pour­tant il tourne” – pas bien rond.


Un peu d’art dans ce monde de brutes

Louis Jean François Lagrenée, "Amour et Psyché"

Louis Jean François Lagrenée, “Amour et Psy­ché”

Vois-tu ce que je vois ?”, me demande un copain de « C’est pour dire »  en me joignant la vidéo ci-dessous, pour le moins fasci­nante… Je ren­voie la ques­tion aux vis­i­teurs du lieu. 

Il s’agit d’un mon­tage-ani­ma­tion, une vidéo de dix min­utes faisant défil­er une cen­taine de pein­tures néo-clas­siques, roman­tiques et baro­ques, de la Renais­sance à la fin du XIXe siè­cle. On en trou­ve la liste sur le site de l’auteur, le réal­isa­teur ital­ien Rino Ste­fano Tagli­afier­ro. Cha­peau les artistes !

Alors, vos impres­sions, réflex­ions ?


Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

Mar­seille — Cap­i­tale européenne de la Cul­ture”, c’est fini.  Elle s’est donc achevée ce 31 décem­bre par une super-pro­duc­tion pyrotech­nique et audio-visuelle. Un spec­ta­cle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­c­ulière­ment réus­si.

Ne gâtons pas ce plaisir. Pour autant, s’agissant de ce genre de célébra­tions grandios­es des­tinées à dynamiser une ville et une région tout au long d’une année, le bilan est évidem­ment mit­igé. En par­ti­c­uli­er selon les points de vue, à par­tir des pôles extrêmes : l’économique et le cul­turel, deux domaines qui peinent à se crois­er en har­monie. Et, là encore, ce sont les grandes struc­tures qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la grosse part des sommes dépen­sées.

Il est à cet égard symp­to­ma­tique que le sat­is­fecit relayé par La Provence de ce 1er jan­vi­er,  porte surtout sur des don­nées chiffrées : nom­bres de vis­i­teurs enreg­istrés ça et là, de spec­ta­cles pro­duits, de nuitées d’hôtel ; pour­cent­ages d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-compt­able donc, tel qu’aiment en présen­ter les patrons de la Cham­bre de com­merce et d’industrie, des gross­es entre­pris­es, des gross­es struc­tures de spec­ta­cles.

Bref, les gros sont con­tents d’avoir bien mangé. Pour les autres, habitués aux miettes, espérons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­longes – ne les met­tra pas à la diète selon le vieux principe : pri­vati­sa­tion des prof­its — social­i­sa­tion des pertes. En quoi l’année-vérité sera celle de 2014.

En atten­dant, voici un petit flo­rilège de la belle soirée finale.


Mar­seille-Provence 2013 — Spec­ta­cle final 31/12… par ger­ard-pon­thieu-9


Marseille “Kultur” — 2. Et je ressors mon revolver !

Amandine s'est surpassée. A rendre Pascale jalouse (voir le papier d'avant) [© fp]

Aman­dine s’est sur­passée. A ren­dre Pas­cale jalouse (voir le papi­er d’avant) [© fp]

…Parce qu’il y a “ça” aus­si, sur les rayons de la cul­ture tri­om­phante  (on écrit alors plutôt Kul­tur) :  Ce chef d’œuvre trône du côté des plages mar­seil­lais­es, his­toire de célébr­er l’année Cap­i­tale. Pas mal non plus, et dans la même veine con­ceptuelle; avec toute­fois un peu plus d’audace; on a dû ici faire appel à la soudure et à des matéri­aux plus riche que le bois de cageot si car­ac­téris­tique de l’oeuvre précédem­ment analysée par notre chroniqueur artis­tique. Mais la faib­lesse de l’admirable chose vient indé­ni­able­ment de son inti­t­ulé, plate­ment descrip­tif.

2©fp

Alors là, Aman­dine, je regrette d’avoir à vous le dire aus­si crû­ment : Vous vous êtes pas fait chi­er !

Et  puis, nous avons aus­si trou­vé ce mon­u­ment d’avant-garde, nou­velle­ment repen­sé et redé­coré. Ça peut se vis­iter (gra­tu­ite­ment) sur le plateau de Puyri­card, non loin d’Aix-en-Provence, ville d’eau et d’art comme on sait.

Les pendouilleries ornent joliment ce château du XXe, lui ajoutant une touche de modernité technologique. Un joyau d'architecture et d'urbanisme.

Les pen­douil­leries ornent joli­ment ce château du XXe, lui ajoutant une touche de moder­nité tech­nologique. Un joy­au d’architecture et d’urbanisme.


Marseille (et au-delà) – Quand j’entends le mot culture…

« Quand j’entends le mot “cul­ture”, je sors mon revolver ». Je me con­tenterai de sor­tir ce bil­let et des pho­tos.

Une sorte de caisse, dure à encaisser. [Ph. gp]

Une sorte de caisse, dure à encaiss­er. [Ph. gp]

Les fau­teurs de « Mar­seille-Provence 2013 — Cap­i­tale de la Cul­ture » ont eu à pro­mou­voir toutes sortes de « pro­duits cul­turels » afin de rem­plir les cad­dies de la grande dis­tri­b­u­tion artis­ti­co-cul­tureuse. Tout un fatras a donc dû être fourni, sou­vent dans l’urgence, par­fois pour le pire, mais aus­si pour le  meilleur – ne soyons ni par trop négat­ifs, ni trop général­isants.

En tout cas, au vu des pho­tos, on touche quand même ici le fond du fond pour ce qui est du foutage de gueule et de dénat­u­ra­tion en matière de « cul­ture ».

Soit deux caiss­es en bois ; l’une, cubique, peinte en gris, servi­ra de socle à l’autre, par­al­lélépipédique, mon­tée sur palette de chantier, en bois brut, tien­dra lieu d’œuvre d’art. Pour ain­si créer cette illu­sion grossière, un tour de magie lit­térale suf­fi­ra, soit la con­cep­tion d’un écriteau sur lequel on écrira…

… Quoi, au fait ?

Là, l’Auteure, se creuse le chou ; con­voque, si ça se trou­ve, un remue-méninges d’instruits-cons, un col­loque, un sémi­naire. Bref, on aboutit à cette chi­ure :

Tromperie sur la marchandise, usage de faux, marchandise avariée…

Tromperie sur la marchan­dise, usage de faux, marchan­dise avar­iée… On monte des procès pour moins. Ici, elle est estampil­lée et cau­tion­née offi­cielle­ment !

Oh, c’est qu’il doit y avoir là-dessous, du jus de con­cept à haute valeur ajoutée. Oui, certes, envoyez la mon­naie ! Car on aimerait con­naître le mon­tant de la fac­ture, afin d’évaluer l’œuvre à la hau­teur de son escro­querie intel­lectuelle, morale, et pénale.

 Cette « chose » est une honte. Telle­ment hon­teuse qu’elle a même lais­sé indif­férentes les habituelles brigades de tagueurs – juste une timide ten­ta­tive, tout de même gom­mée.

Tan­dis que der­rière, un cer­tain Pierre Puget, mis en abyme (la sculp­ture du sculp­teur en train de sculpter ; l’oeuvre est de Hen­ri-Édouard Lom­bard), jette un regard qui ne sem­ble pas de mar­bre. Cet « enfant de Mar­seille », dix­it la plaque, ce sculp­teur, archi­tecte et pein­tre (1620–1694), « a porté au loin les mar­ques de son génie et le nom de sa ville ». On lui doit, entre autres, l’architecture de La Vieille Char­ité.

Tan­dis que cette boîte, pré­ten­tieuse et ridicule, vient faire injure à l’artiste, plus générale­ment à l’art et tout bon­nement au citoyen qui aura été tenu, sans son avis, de pay­er cet affront.

N’est-ce pas de la sorte qu’on con­tribue à dés­in­té­gr­er une société ? À jeter ses mem­bres ain­si méprisés dans les bras des pop­ulistes si prompts à dénon­cer ces « élites » qui se paient la gueule du pop­u­lo.

Un rap­pel (douloureux) : la fameuse phrase « Quand j’entends le mot “cul­ture”, je sors mon revolver » a été fausse­ment attribuée à Her­mann Göring, ou à Joseph Goebbels (en alle­mand : « Wenn ich “Kul­tur” höre… entsichere ich meinen Brown­ing » lit­térale­ment : « Quand j’entends le mot “cul­ture”, j’ôte le cran de sûreté de mon Brown­ing ».) En réal­ité, bien qu’elle ait été effec­tive­ment reprise par B. von Schirach (chef des jeuness­es hitléri­ennes), comme par d’autres nationaux-social­istes, c’est un écrivain alle­mand, Hanns Johst (1890–1978), lui-même nation­al-social­iste, qui est l’auteur de cette for­mule qu’il a placée comme réplique d’un per­son­nage de l’une de ses pièces de théâtre, à la gloire de Hitler, inti­t­ulée “Schlageter” (1933).” (Wikipé­dia)

Si la cita­tion n’a pas l’auteur qu’on lui attribue, elle émane bien de sa famille crim­inelle.

 Prenons garde à ne pas entretenir ce traf­ic d’armes.

 

»> Sur le thème, un blog recom­mand­able “Cul­ture & Revolver”


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de “Marseille-Provence 2013 ” avec l’État d’Israël

Le gou­verne­ment israélien a décidé de faire de Mar­seille cap­i­tale européenne de la cul­ture un out­il pour « mod­i­fi­er son image ». Un cer­tain nom­bre de citoyens, par­mi lesquels des artistes, respon­s­ables de struc­tures cul­turelles ou d’édition, sol­idaires du peu­ple pales­tinien, refusent de cau­tion­ner une telle opéra­tion de pro­pa­gande. Ils ont signé et lancé un appel de protes­ta­tion con­tre cette manœu­vre de séduc­tion.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de respon­s­ables de struc­tures cul­turelles, de spec­ta­teurs, sol­idaires du peu­ple pales­tinien

« A l’occasion de « Mar­seille cap­i­tale européenne de la cul­ture 2013 », le Con­sulat d’Israël à Mar­seille a organ­isé la venue de nom­breux artistes pour une quar­an­taine de ren­dez-vous appelés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de sim­ples événe­ments artis­tiques et cul­turels, mais d’une véri­ta­ble opéra­tion de pro­pa­gande des­tinée à « chang­er l’image d’Israël » dans l’opinion française, directe­ment organ­isée par le gou­verne­ment israélien. Les artistes ain­si instru­men­tal­isés ne peu­vent l’ignorer.

(Lire la suite…)


Marseille. Pétition contre une subvention de 400 000 euros pour un concert de David Guetta

Les élus de Mar­seille ont accordé une sub­ven­tion de 400 000 euros pour un con­cert payant de David Guet­ta le 23 juin, à Mar­seille. Cet argent pub­lic va ali­menter les caiss­es d’un pro­duc­teur privé. Avec des places entre 40 et 55 euros, les recettes du con­cert sont estimées à env­i­ron 1 mil­lion d’euros. Cette sub­ven­tion est donc injus­ti­fi­able, alors qu’il y a mieux à faire pour la cul­ture à Mar­seille !

Adressée au maire Jean-Claude Gaudin, une péti­tion con­tre cette folie a déjà recueil­li plus de 35 000 sig­na­tures. A 50 000, un recours devant le con­seil munic­i­pal sera envis­age­able pour faire annuler la déci­sion.

En pleine péri­ode de crise, mobil­isons-nous pour que l’argent pub­lic ne soit pas gaspillé ain­si !

Le 10 décem­bre 2012, il a été décidé en con­seil munic­i­pal de Mar­seille d’octroyer la somme de 400 000 euros à la société Adam Pro­duc­tions afin de pro­duire un con­cert de David Guet­ta et Mika le 23 juin au Parc Boré­ly (mis à dis­po­si­tion par la Ville de Mar­seille), dans le cadre de Mar­seille Provence 2013, Cap­i­tale européenne de la Cul­ture.

Mal­gré cette sub­ven­tion publique, la bil­let­terie mise en place annonce des tar­ifs com­pris entre 44 et 59 euros.

Cette péti­tion ne con­teste pas la pro­gram­ma­tion mais le finance­ment pub­lic qui n’est pas jus­ti­fié. Les con­tribuables devront donc financer un con­cert qui ne sera même pas acces­si­ble au plus grand nom­bre!

1. Cette sub­ven­tion aurait pu béné­fici­er à des asso­ci­a­tions ou à des artistes con­tribuant réelle­ment au ray­on­nement de Mar­seille et à Mar­seille 2013  et ayant réelle­ment besoin de finance­ments. David Guet­ta est l’un des artistes français les mieux payés…

2. Cette somme est d’autant plus inac­cept­able qu’elle ne per­met même pas de pro­pos­er des places à un tarif abor­d­able pour le grand pub­lic!

3. La ville s’est mon­trée sou­vent réti­cente face aux évène­ments musi­caux en plein air (Marsa­t­ac, Buvette Dis­co…). Là, aucun prob­lème.

En plus des largess­es de la mairie, le lieu est mis à dis­po­si­tion gra­tu­ite­ment pour Adam pro­duc­tion qui aura égale­ment l’entière recette des ventes de bil­lets, des bois­sons et autres pro­duits ven­dus sur place. Une recette estimée à 1,1 mil­lion d’euros.

Il s’agit donc bien d’un cadeau de la Ville à une entre­prise privée…

Pour que l’argent pub­lic finance la cul­ture et les artistes locaux plutôt que les pro­duc­teurs inter­na­tionaux, signez la péti­tion et dif­fusez-là autour de vous.


Lascaux et le brave Sarkozy. Ou le péril politico-préhistorique

Le Monde” donne dans l’antisarkozisme pri­maire. Ain­si sa une du 12 sep­tem­bre prédis­ant le plus “grand péril” à la grotte de Las­caux – pour cause d’une vis­ite par­ti­c­ulière. Laque­lle a d’ailleurs don­né lieu à une “sor­tie” dont notre fameux prési­dent a le secret.

Comme le sig­nale Dominique Dréan dans un com­men­taire ci-dessous – se référant au blog des cor­recteurs du Monde –, Sarkozy s’est cru malin de com­menter sa vis­ite en ces ter­mes : “Le brave néan­der­tal­ien avait par­faite­ment com­pris qu’ici, c’était plus tem­péré qu’ailleurs, qu’il devait y avoir du gibier, qu’il fai­sait beau et qu’il y fai­sait bon vivre.”  “Le Monde”, en effet, a eu du pif en pressen­tant le péril sarkozien menaçant Las­caux. Néan­der­tal­iens, Cro-magnons, tout ça c’est des sauvages de la même espèce, des Roms en quelque sorte, dont les grottes grossière­ment décorées tenaient lieu de car­a­vanes.  En se méprenant sur quelques mil­liers d’années, le brave prési­dent a encore per­du une occa­sion de mas­quer son igno­rance. Ces pul­sions cul­turelles, c’est plus fort que lui.


Abolition des Roms et autres vagabonds. Hommage à la Sarkozie !

« C’était un temps déraisonnable »… Ils avaient voulu les exter­min­er. Juifs, homos, tzi­ganes. Je sais c’est gros, on n’en est pas là. Mais l’esprit rôde, dirait-on, à pas feu­trés, de ce chuin­te­ment des pan­tou­fles, plus inquié­tant par­fois que le bruit des bottes. Par­fois l’un annonce l’autre. Je n’aime pas ça du tout, j’ai peur et honte. Peur pour les vic­times à venir, déjà dans le col­li­ma­teur. Honte pour « mon pays », ce qu’il représente et que j’aime à représen­ter avec lui, en cette somme de per­son­nes, de « bonnes per­son­nes », tant qu’à s’identifier à un ensem­ble. « Vivre ensem­ble », la belle expres­sion dev­enue sub­stan­tif, au nom de l’idéal, jamais atteint tou­jours espéré.

« Gens du voy­age »… La métaphore est aus­si belle que trompeuse. Quels gens ? Ou bien « quelles ». Mot à genre bizarre, entre mas­culin sin­guli­er et féminin pluriel (comme orgue et amour…) Et surtout quel « voy­age » ? Là, dans l’infinité des dis­tin­gu­os, on touche à autant de visions du monde. Pourquoi les Roms et les nomades en général voy­a­gent-il de par le monde ? C’est une anom­alie bien anor­male. Et pourquoi les homos sont-ils homo­sex­uels, et les Juifs juifs ? Le monde est bien bizarre.

Pas inté­grable, les Roms. Donc achev­er de les dés­in­té­gr­er : flics, com­man­dos, procès, PV, expul­sions. Et cas­sons le ther­momètre plutôt que de traiter la grippe. Quelle grippe, au fait ? Celle d’un sys­tème grip­pé, et même pire : un régime aux abois, sans vision poli­tique, sinon de myope ou d’aveugle même. Un « fait divers », une « bavure », voilà ce qui tient lieu de cap à ces démolis­seurs acharnés !

Les mêmes sont aus­si à la basse manœu­vre locale­ment. J’en ai un dans ma com­mune en la per­son­ne du maire, adepte du tout libéral mât­iné d’écolo-gadgetisme, aus­si social que les patrons de Neuil­ly. Venelles, Bouch­es-du-Rhône, 8.000 habi­tants, compte même moins de loge­ments soci­aux (en pour­cent­age) que Neuil­ly ! Venelles enfreint aus­si la loi en n’ayant tou­jours pas amé­nagé de ter­rain d’accueil des­tiné aux gens du voy­age – que son maire fait chas­s­er à l’occasion à coups de ren­forts policiers… *

Bien sûr que les Roms posent quelques prob­lèmes. Même les « gens biens » s’en posent entre eux, et par­fois des autrement mégas ! Oui, les Roms viv­o­tent de com­bines et même de larcins, se foutent de l’écologie comme de la bouffe bio, dégueu­lassent leurs campe­ments, etc. Mais bien moins que chez les Bet­ten­court-Woerth, non ? Euh… sauf peut-être pour ce qui est des campe­ments, ici et là, selon les îles privées ou les havres dans quelque par­adis fis­cal…

Et c’est alors qu’un bon fait divers arrive à point nom­mé pour faire diver­sion. Un bon coup der­rière la tête de ces boucs émis­saires sans défens­es, si ce n’est leurs dérisoires cornes face au boucli­er éta­tique. Un bon coup de poing sur la table du pou­voir à la dérive, selon la recette pub « un Mars et ça repart ! » Ouais… En poli­tique aus­si la pub (ou la com’, c’est tout comme), ça rend gros et con – et dan­gereux.

––––––––

* Exem­ple de pro­pos publics : « Madame, Mon­sieur, vous avez pu observ­er et, pour cer­tains d’entre vous subir, la présence de gens du voy­age instal­lés sur un ter­rain privé proche de la rési­dence des Verg­ers de Venelles. […] J’ai été immé­di­ate­ment infor­mé et j’ai demandé à la Police munic­i­pale d’engager, dans le dia­logue, des mesures fer­mes pour leur départ dans les meilleurs délais. […] Il est anor­mal que dans une démoc­ra­tie, des minorités imposent leur style de vie à la majorité paci­fique qui peu­ple notre Pays. […] Je vous prie de bien vouloir not­er le numéro de télé­phone portable de la Police munic­i­pale de Venelles qui inter­vient 24 h sur 24 : 06 09 95 12 79. » Jean-Pierre Saez, maire UMP de Venelles (13), vice-prési­dent de la Com­mu­nauté d’agglomérations du Pays d’Aix, 15/05/02


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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