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Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du «Collectif»Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par » la droite et l’extrême droite «, l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (18231892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (18411931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (19921999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l’essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

«Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?» W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l’islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l’a défendu, L’Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : «Il faut dire qu’il y a un… par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le «porno-islamisme» s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le «porno-islamisme» et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l’islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d’une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la «guerre» ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


Centrafrique et Libye : les bégaiements de l’histoire

Bernard-Nantet par Bernard Nantet, journaliste et archéologue, spécialiste de l’Afrique

centrafriqueAu matin du 5 janvier, les habitants de Bangui, la capitale centrafricaine, virent surgir des groupes de combattants sans uniforme, le corps bardé de grigris et d’amulettes protectrices. Brusquement, l’Afrique de la brousse remontait à la surface avec ses traditions et son histoire occultée par la longue parenthèse coloniale et une indépendance mal assumée.

Il faut dire que l’ancien Oubangui-Chari ne nous avait pas habitués à voir s’exprimer tant de haine opposant gens de la brousse, christianisés de fraîche date, et musulmans, éleveurs ou commerçants établis depuis longtemps dans le pays.

Il aura suffi qu’un an auparavant, un ancien ministre, Michel Djotodia, agrège en une coalition (séléka en sango) tout ce que la région comptait de mécontents pour faire vaciller un État rongé par la corruption et le népotisme. La mise en coupe réglée du pays fit remonter à la surface les récits d’une époque où l’esclavage ravageait la région. Les opposants qui avaient fondu sur la capitale centrafricaine rassemblaient en l’occurrence des mercenaires tchadiens et soudanais, flanqués de coupeurs de routes et de braconniers venus épauler les revendications de la minorité musulmane marginalisée,

Des mois de pillages, de destructions et de tueries perpétrés par les membres de la Séléka suscitèrent la formation de groupes d’autodéfense, les anti-balaka (anti-machettes), un surnom qui renvoyait à des temps lointains où la kalachnikov n’équipait pas encore les envahisseurs. L’irruption de milices villageoises dans cette guerre civile de basse intensité s’accompagna d’exactions et de massacres envers les musulmans locaux accusés – souvent à tort – d’avoir pactisé avec les prédateurs.

La guerre civile en Sierra Leone (19912001) nous avait déjà montré à quelles dérives meurtrières des milices incontrôlées pouvaient se livrer dans des conflits internes. Issues des associations traditionnelles de chasseurs, ou kamajors, et baptisées en la circonstance Forces de défense civile (CDF), ces milices progouvernementales sierra-léonaises furent à l’origine de nombreuses atrocités.

Disparu récemment, l’historien malien Youssouf Tata Cissé (19352013), auteur d’une thèse sur les confréries de chasseurs en Afrique occidentale, a montré l’importance des chasseurs traditionnels dans la vie collective et la défense des villages. Autrefois groupées en confréries initiatiques, elles avaient un rôle dans le maintien de la cohésion sociale, comme au Rwanda où Tutsis, Hutus et Twas pouvaient se retrouver au sein d’un culte rendu au chasseur mythique Ryangombe.

Avant que les compagnies européennes concessionnaires n’exploitent le pays et les populations de façon scandaleuse (début du XXe siècle), les forêts de l’Oubangui-Chari servirent de refuge aux animistes fuyant les razzias esclavagistes destinées à fournir au monde arabe et à l’Empire ottoman la force servile qui leur manquait. Premier des voyageurs du XIXe siècle à visiter la région, le Tunisien Mohamed el Tounsi, qui accompagna une razzia au Darfour voisin (18031813), témoigna des pillages et des rafles qui dévastaient des territoires entiers comme le Dar el Ferti dans l’est de la Centrafrique, aujourd’hui déserté.

À cette époque, le pays subit le contrecoup de la déstabilisation du Tchad provoquée par l’arrivée des Ouled Slimane, anciens mercenaires à la solde des pachas de Tripoli contre les nomades Toubous du Fezzan, en Libye. Cette tribu arabe fut chassée vers le Tchad quand l’Empire ottoman reprit en main la régence de Tripoli, jugée trop faible pour s’opposer à la poussée française en Algérie (milieu du XIXe siècle). Dévasté, ses royaumes affaiblis, le Tchad ne put s’opposer aux esclavagistes venus du Soudan. Parmi ceux-ci figure le chef de guerre Rabah dont les armes à feu firent merveille dans la chasse aux animistes qui se réfugièrent dans les forêts centrafricaines.

sahara-bernard-nantetOr il y a un an, c’est du nord-est, porte d’entrée traditionnelle des anciens chasseurs d’esclaves, qu’a surgi la Séléka, rejouant un scénario bien connu. Aujourd’hui en Libye, l’histoire paraît aussi bégayer. Les affrontements meurtriers, dont Sebha, dans le sud, fut récemment le théâtre (150 morts dans la dernière quinzaine de janvier), mettent de nouveau aux prises les Ouled Slimane, anciens alliés de Kadhafi, avec les Toubous. En effet, ces derniers tentent de récupérer des territoires au Fezzan et des oasis, tel celui de Koufra dont ils furent jadis chassés.

Ainsi, ironie de l’Histoire, en Centrafrique comme en Libye, la mémoire de l’esclavage et de ses razzias se rappelle au souvenir des hommes à travers les événements dramatiques actuels qui, à première vue, pourraient paraître sans aucun lien.

Article paru sur le Huffington Post


«Les Juifs» selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

Desproges: «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle?» «On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.»

Quand Pierre Desproges – il y a une vingtaine d’années – s’est commis avec son fameux sketch intitulé «Les Juifs», la France n’en fut nullement retournée. Aujourd’hui que Dieudonné a mis le feu aux poudres, les meutes antisémites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Daylimotion qui héberge les sketches de Desproges. Au point que le site a dû fermer le robinet des commentaires.

Que s’est-il passé durant ces deux décennies ? À l’évidence, le contexte a changé. Extension des communautarismes, notamment religieux ; attentats du 11 septembre 2001, guerres d’Afghanistan, du Proche et Moyen Orient ; impasse palestinienne surtout et colonisation israélienne. Autant de faits réels, objectifs, pourtant déniés dans la plupart des débats actuels autour de ces questions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Frédéric Taddeï  «Ce soir ou jamais» où, dès le début, le mot «Palestine» déclenchait  hostilité et clivage entre les intervenants.

Certes, Desproges et Dieudonné s’opposent comme le jour et la nuit. Le premier pratique une distanciation humoristique affirmée – à condition toutefois d’adhérer à ses codes et à cette distance ; en quoi le risque existe toujours. L’autre, à l’inverse, barbotte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le premier et le ixième degré. Quand il ne sombre pas carrément dans l’abjection. Ainsi, dans une telle confusion, son public trouve  assez « à boire et à manger » pour ne pas s’embarrasser d’un quelconque distinguo entre antisionisme et antisémitisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesurer cet écart qui marque pesamment deux époques, revoici donc «Les Juifs» par Pierre Desproges, version vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

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Ce geste, dit de la quenelle, devenu symbole de la «Dieudosphère», Dieudonné l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste «antisioniste» qu’il conduit aux européennes.

L’ «affaire Dieudonné» est en passe d’empoisonner notre espace du «vivre ensemble». Cette belle idée – illusoire ? – montre bien sa fragilité face à la brutalité des croyances, des certitudes et autres convictions – ces convictions que Nietzsche dénonçait comme «des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » Antisioniste revendiqué, antisémite masqué, Dieudonné provoque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses propos lui valent plus encore de réprobations morales que de condamnations pénales, tandis que ses spectacles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refusées), en dépit d’une omerta médiatique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa personne, de ses prestations et de ses fréquentations – Faurisson, Le Pen, Soral, Meyssan, Chavez, Ahmadinejad… Alors pourquoi ? Tentatives d’explications autour de quelques questions dont celle-ci, sans réponse, lancée à la radio par le directeur du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin : «Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ?»

À cause du petit mouton contrariant qui préside aux destinées de ce blog… je suis amené à revenir sur ce qu’on peut désormais appeler « l’affaire Dieudonné ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davantage, ainsi que s’y emploient les politiciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cependant, petit mouton oblige, je voudrais y revenir à contre-courant de la marée dominante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce terrain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus précis. Donc, vendredi matin, dans le poste (France Culture), j’entends Laurent Joffrin (du Nouvel Obs, qui fait sa couverture sur qui ?) résumer l’affaire à sa façon, selon son habituel ton débonnaire, frappé au coin du bon sens et parfois de la courte vue. Ainsi : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudonné ? Rien, évidemment, ils s’en foutent […] Ils ont protesté quand Dieudonné a fait un sketch antisémite. C’est ça le crime initial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en quatre minutes de chronique, on peut à peine plus finasser qu’en cent quarante signes sur Twitter… Pas une raison pour sauter à pieds joints sur des questions fondamentales qu’appellent des sujets de société fondamentaux. Et Joffrin enjambe allégrement la faille de sa courte pensée : « Dieudonné, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. » Il minimise en fait, tout en y recourant, l’importance de cet adverbe fondamental : pourquoi ? N’est-ce pas le sel-même du journalisme et, au delà, de toute soif de comprendre. Alors : pourquoi Dieudonné a-t-il la haine des Juifs ? Pourquoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évidemment » répond Joffrin. L’évidence, c’est bien le contraire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expliqué – dé-compliqué. J’aimerais passer un moment avec Dieudonné [Article documenté sur Wikipedia]. Sûrement pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui poser quelques « pourquoi ? ». Des questions qui tourneraient autour de celle-ci, en effet fondamentale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais question que je me garderais de lui opposer au préalable comme une pique provocante. Il y a chez Dieudonné, bien sûr, « matière à creuser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa naissance, mère bretonne, père camerounais. Un métis, ce cousin du métèque. Un frustré sans doute, un révolté, voire un indigné, comme tant de jeunes peinant à se percevoir comme Français à part entière, à cause de la discrimination sociale et du racisme. À cause aussi de l’Histoire et du passé colonial dont il a fini par prendre fait et cause. Une prise de conscience qui l’a sans doute fondé dans son devenir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard critique pouvant aller jusqu’à l’acidité et la méchanceté. De l’ironie à la haine, la voie est parfois étroite. Puis le succès de scène, l’adulation d’un public séduit, pas toujours « éduqué » car socialement marginalisé, réceptif aux idées courtes, pourvu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo politiquement « équilibré »; leur rupture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la radicalisation dans laquelle le ressentiment tient lieu d’argument idéologique, à preuve cet « antisionisme » dont l’ambivalence d’usage (double dimension : historique et sémantique, dans un jeu perfide masquant sa nature antisémite) permet d’euphémiser le rejet des Juifs comme fauteurs universels, cause de tous les maux du monde des rejetés et surtout des frustrés. D’où le recours à l’antienne du « lobby juif, » puis à la théorie du Complot qui permet d’« expliquer bien des choses cachées et des mystères » et d’alimenter cette filandreuse notion de « système » qu’on retrouve aux extrêmes, gauche et droite, des idéologies. (Lire la suite…)


« Chronologie de l’Afrique » : un accordéon pour ne plus jouer faux sur l’air du Continent Noir

Voilà qui devrait intéresser au moins un conseiller et un président : un ouvrage à la fois fondamental et des plus engageants d’accès. Il s’agit de « Chronologie de l’Afrique », qui vient de paraître sous la plume de Bernard Nantet. Un formidable bouquin qui, quant à la forme, tient autant de la tapisserie de Bayeux que de la Toile internet – sans certains de leurs inconvénients ! Cet ouvrage, en effet, nous amène à parcourir en un étonnant panoramique l’épopée historique du continent africain, quasiment depuis l’origine de la Terre et en tout cas depuis celle des hominidés, jusqu’à nos jours. Et, quand on n’ignore pas les découvertes de nos si lointains ancêtres Lucy et Toumaï (- 3,5 et 7 millions d’années), on réalise que cette chronologie recouvre aussi celle de l’humanité.

Le livre fait partie d’une collection d’une cinquantaine de titres réalisés selon ce même principe d’un déroulé chronologique se dépliant comme un accordéon. La maquette, à la fois simple dans sa logique et complexe dans la richesse de ses entrées – textuelles, photographiques, cartographiques –, permet une navigation facile et ludique. On peut ainsi virevolter dans le temps et dans l’espace du continent africain, tout au long d’une cinquantaine de pages grand format et sur une impressionnante longueur – environ quinze mètres ! C’est dire l’ampleur de la tâche pour laquelle Bernard Nantet – son auteur et néanmoins ami – a dû consacrer pas moins de quatre années. Devraient en profiter, outre les sus-cités de l’Élysée, ceux que l’obscurité et l’obscurantisme séparent du continent que l’on dit Noir, précisément – au premier rang desquels les enseignants et aussi les journalistes.

Retour en passant sur le trop fameux discours de Dakar par lequel un je sais-tout en mission commandée, répétant dans une feinte conviction la dictée d’un péremptoire conseiller, avait décrété que « l’homme africain [n’est] pas assez entré dans l’Histoire »… On sait le tollé provoqué. Une telle généralisation – qu’est-ce donc que « l’homme africain » ? Et de quelle « Histoire » s’agit-il ? – se trouve ici magistralement renvoyée dans ses cordes, noueuses, tendues par la prétention moralisatrice et l’ignorance. A l’opposé, Bernard Nantet allie l’érudition de l’africaniste chevronné à la clarté alerte du journaliste, photographe et archéologue nourris du terrain – la terre africaine, parcourue depuis un quasi demi-siècle – et aussi à la sévère exigence de ce « donner à comprendre » qui, justement, empêche tout jugement moraliste et péremptoire.

Chronologie de l’Afrique, de Bernard Nantet, éditions TSH. 31 euros. En librairies et par internet : www.chrono-tsh.com


Double peine pour l’Afrique : drame climatique et mutisme médiatique

Il a dû faire ce qu’il a pu, et rien n’y a fait : son article est resté coincé en « chandelle » dans un coin de la page 2 du Monde, affublé d’un titre invisible : « Silence, on coule ! ». Un titre sonnant pourtant comme un SOS et qui se perd dans le cosmos étroit des infos hexagonales. Jean-Pierre Tuquoi, l’un des trois journalistes « Afrique » du Monde n’aura pas réussi, dans les colonnes de son propre journal, à inverser le scandale qu’il y dénonce pourtant : le quasi mutisme médiatique doublant le drame climatique que viennent de subir une douzaine de pays africains, causant quelque 160 morts (recensés) et près de 600.000 sans-abri.

« Selon que vous serez riches ou pauvres »…, on n’en sort pas de cette universelle et terrible sentence, que les médias dominants confortent au jour le jour. Imaginez, comme l’écrit Tuquoi, qu’un cyclone ait ravagé les côtes de Floride et affectant 600.000 Étatsuniens… Imaginez alors le déferlement médiatique ! Souvenons-nous de Katrina dévastant la Louisiane… Et le si télégénique « tsunami » de 2004 !

monde-18909.1253287373.pngPourtant le continent africain se trouve être un bon fournisseur de sujets catastrophiques ; il y faut seulement un niveau d’horreur suffisant pour provoquer un tant soit peu de compassion… durable. L’idéal, c’est une bonne famine spectaculaire avec des bébés squelettiques en arrière-plan d’un sac de riz sur une épaule humanitaire. Pas mal non plus, une belle guerre entre sauvages, avec bons et méchants départagés par l’œil expert d’un Zorro à encolure échancrée. Aujourd’hui, on reste trop loin du compte, à en croire le papier du Monde : « La Sierra Leone, le Nigeria et le Tchad ont été les premiers touchés. Puis, début septembre, c’est sur le Sénégal, le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso… que se sont abattues des pluies torrentielles. Même le Sud algérien n’a pas été épargné. En quelques heures, des quartiers entiers d’une douzaine de pays du continent africain ont été rayés de la carte, des routes détruites, des ouvrages d’art emportés tandis que les agriculteurs voyaient disparaître leur bétail. Le bilan humain est lourd : au moins 160 morts recensés à ce jour et près de 600 000 sans-abri.

« C’est le Burkina Faso qui a été le plus atteint. Le 1er septembre, à Ouagadougou, la capitale, des dizaines de milliers d’habitations se sont écroulées. Le principal hôpital de la ville a dû être vidé de ses patients et les écoles réquisitionnées pour accueillir des familles. Même chose à Dakar, au Sénégal, où quinze des seize quartiers de la capitale ont été inondés. Au Niger, on redoute que le choléra fasse des ravages. […] De ces événements dramatiques, la presse française – et étrangère – n’a guère rendu compte. Les agences de presse ont pourtant donné l’alerte, mais sans susciter de réaction. Au mieux, l’affaire a été expédiée en quelques lignes, confirmant l’idée que l’Afrique intéresse peu les médias. »

» Le Monde du 18/9/09, page 2. Cherchez bien l’info, elle y est !


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consortium allemand veut lancer un grand projet de centrales thermosolaires. Produite en Afrique saharienne, l’électricité transiterait sur des lignes à haute tension. Les premières livraisons pourraient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/7/09]

La dernière richesse de l’Afrique pas encore exploitée, le soleil, bon sang, que faisaient les rapaces à la laisser ainsi dorer… au soleil ? Surtout, que les Africains ne se dépêchent pas d’entrer «dans l’Histoire», qu’on les pille encore un peu plus !

Remarquez que les plus pourris des politiciens africains n’ont pas attendu cette lumineuse idée venue du Nord. Ainsi, dans la si longue lignée des dictateurs du continent, un Mobutu a-t-il placé le Congo-Kinshasa en coupes réglées ; pour exploiter, à son compte personnel pour commencer, les immenses richesses minières du pays, il a fait construire des barrages hydroélectriques, dont un gigantesque destiné à alimenter les mines de cuivre du Katanga. Les lignes à haute tension traversent le pays, sans même condescendre dans les pauvres villages quelles surplombent [lire sur ce blog : Congo-Banque mondiale. Ou comment, avec deux euros par mois, rembourser une dette de 10 milliards ]

Donc l’énergie solaire et son exploitation, c’est déjà commencé avec les barrages. La nouveauté, sous couvert « technologique » – jadis les missionnaires et les militaires précédaient les colons ; aujourd’hui c’est la « technologie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « écolo » avec des panneaux solaires. La blague ! Ils vont tout bonnement envahir le Sahara – pas grave, c’est un désert – et planter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affairistes teintés de sens démocratique, on ne rigole pas, la jouer carrément à la Mobutu. Non, ils distribueront plus visiblement, ostensiblement, quelques miettes de kilowatts à grands coups de com’ tiers-mondiste. Craignons le pire. Pour le peu que les Chinois surenchérissent en tirant leurs lignes jusque là-bas…

Obama devra revenir encore et souvent sur les traces de ses lointains ancêtres s’il veut parvenir à brancher leurs actuels descendants sur les étroites voies du libéralisme démocraticable.


À Bongo, la Françàfric reconnaissante

L’empressement de nos politiciens à saluer ce cher grand disparu de Bongo, pape de la Françàfric, semble normalement proportionnel à ses services rendus à icelle – la Françafrique. Tous ont peu ou prou, surtout prou, été atteints par ses largesses. Des liens « étroits » se sont ainsi tissés au long de quatre décennies d’un pouvoir au service de ses intérêts et par contrecoups bien compris à ceux de «la France». Qui n’aura-t-il pas arrosé de ses bienfaits? Aussi est-il à parier que les instructions judiciaires en cours sur le très cher disparu, passeront bien vite à la trappe de la raison d’État. On comprend donc la reconnaissance exprimée par notre ministre des affaires étranges. Le contraire eut relevé de l’ingratitude.

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»> A consulter : Cellule Francafrique
Notre article Françafrique. Saisie immobilière dans le Bongoland


« Les martyrs du golfe d’Aden », reportage au bout de l’enfer

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Si par malheur vous avez raté le dernier Thalassa (France 3) et la re-diffusion d’un très grand reportage (après la première en mars 2007), je n’y pourrai que peu, soit ces quelques lignes. « Les martyrs du golfe d’Aden » est un document vraiment exceptionnel. Son auteur, Daniel Grandclément, a eu le courage d’embarquer avec quelque 130 migrants éthiopiens et somaliens tentant de fuir la misère pour une autre, teintée d’une maigre espérance. Un autre reportage (diffusé il y a quelques mois dans Envoyé spécial) partait d’une semblable démarche, entre la Mauritanie et les Canaries, sans toutefois atteindre une telle intensité humaine.

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C’est un voyage au bout de la détresse, commencé déjà, pour la plupart, sur des centaines de kilomètres depuis les fin fonds de l’Éthiopie et de la Somalie, en cette corne de l’Afrique et jusqu’à sa pointe extrême, comme tendue vers un grain d’espoir, on n’ose dire un Eldorado, s’agissant des côtes de ce Yémen à peine mieux loti.

Bosaso, port de rechange de Mogadiscio, la capitale anéantie. C’est là que les passeurs s’affairent, sortes de tour opérateurs pour l’enfer. La place à quelques dizaines de dollars. Une fortune locale. Les candidats au voyage attendent par centaines (il en meurt aussi dans les 1.700 par an, selon l’ONU). En les « pliant », en les emboîtant les uns dans et sur les autres – ils sont si maigres–, on pourra en entasser une grosse centaine.

Daniel Grandclément sera du lot, sur ce canot d’une dizaine de mètres, pas mieux traité, ou à peine, c’est-à-dire pas frappé comme les autres à coups de sangles… Pas le droit de filmer au départ, il y parviendra peu à peu, par bribes, à la volée. Ses plans atteignent une vérité imprégnée de pudeur et de respect. Je me retiens pour en parler, tentant de garder un recul minimum… Impossible. Je revois, par antithèse, la célèbre (à son corps défendant) « mater dolorosa » photographiée après un attentat en Algérie : la douleur comme prétexte esthétisant. Un déni journalistique. Ici, de cette détresse, ressortent à la fois l’horreur de la situation, celle des passeurs infra-humains, et la soumission de leurs victimes liée à une espérance éperdue.

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« La voilà donc, cette vision incroyable, que le monde se refuse à connaître ! » lâche Daniel Grandclément sur ses images accablantes. On vomit, on suffoque ; l’eau manque ; les coups pleuvent, paroles et cris mêlés, promiscuité, faute d’un mot plus juste ; sadisme des dominants ; émergence du kapo… Le journaliste est à bout : « J’éprouve un profond sentiment d’écoeurement et de dégoût ; j’ai même envie de sauter à l’eau pour échapper au supplice auquel j’assiste » Le calvaire s’achève en pleine nuit ; il est bel et bien jeté par dessus bord avec tous les passagers. Le rivage est proche, il n’y aura pas de noyé. La suite est racontée par deux journalistes, une Anglaise et une Suisse, en «planque» à cet endroit-là et qui n’en attendaient pas tant. Témoignages et regards hallucinés, filmés en mode nocturne, en un vert d’outre-tombe et là encore hallucinant, telle l’apparition de cette fillette au visage de porcelaine et dont les yeux semblent contenir l’entier drame humain.

4martyrs-aden.1213567672.jpgLa force de ce document, travaillé dans la profondeur et la durée, est évidemment d’exprimer l’indescriptible – c’est pourquoi il faut le voir pour le croire, comme on dit. On pourrait bien le montrer, aussi, dans les écoles… Écoles primaires, collèges, lycées. Sans oublier les écoles de journalisme ! Et, pendant qu’on y est, l’envoyer en recommandé avec accusé de réception, à un certain ministre de l’immigration.

»> Les photos sont extraites du film de Daniel Grandclément [ci-dessus], que l’on peut revoir ou télécharger sur france tvod.fr

»> A voir aussi, sur le site du Nouvel Observateur, un entretien avec Daniel Grandclément à propos de son reportage et des conditions de réalisation.


Voyage en mort Méditerranée pour 26 jeunes Tunisiens

Tandis que les présidents tunisien et français parlent « affaires », de jeunes Tunisiens s’embarquent vers leurs rêves et y rencontrent la mort. Ainsi ce témoignage adressé par la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) sous le titre « Tragédie d’Aouled al-Mabrouk — Quand l’horizon de la jeunesse des pays du Sud est de périr en Mare Nostra :

« Le village d’Aouled al-Mabrouk, comme celui, avant lui, d’al-Hkaïma et encore d’autres régions de la Tunisie d’«en bas », vit sous le signe du deuil depuis jeudi 24 avril quand la mer a rejeté 3 cadavres : les 23 autres candidats à l’émigration sont portés « disparus ».

« Ce n’est pas une première ! C’est le énième acte d’une tragédie toujours recommencée.

« Il suffit d’arpenter les ruelles du vieux quartier de al-M’hamdia (banlieue proche de Tunis) pour mesurer l’ampleur de la pauvreté, du dénuement et du chômage qui sévissent en raison des choix économiques du gouvernement tunisien.

« Depuis le mois de janvier 2008, les jeunes et la population de Redeyef manifestent pour leur droit au travail ; les jeunes des régions de al-M’hamdia, al-Kabbaria, Djebel Jloud, Sidi Frej, Gafsa, Chebba, Malloulech (12 jeunes sont originaires du vieux quartier d’al-M’hamdia) partis, quant à eux, à la recherche d’un travail, d’une vie digne sur la rive nord, ont pris les barques de la mort.

« En effet, le mardi 22 avril 2008 au soir, la barque des 26 jeunes a quitté Aouled al-Mabrouk Cette nuit-là, la famille de Mohamed Dalhoum (l’un des trois morts ramenés par les eaux) a reçu le dernier appel téléphonique de son fils. La famille de Ayman Ben Taïeb Hassine (qui n’a que 17 ans) attend, tout comme les autres familles, d’avoir une information sûre et définitive.

« Ces jeunes savaient a priori que prendre la mer sur des barques de fortune (Harraga) est une opération hautement risquée et extrêmement dangereuse. Leur désespoir et l’absence de toute autre alternative les ont déterminés à côtoyer le danger. Fuir une situation faite de marginalisation, d’exclusion, de sentiment d’injustice, de privation, de perdition, d’absence de tout exercice de la démocratie et d’une répartition égalitaire des richesses entre les fils et les filles de la Tunisie était devenu leur seul et unique horizon. »

»> La Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives lance un appel pour faire de la journée du 10 mai une journée de deuil national pour les jeunes de la Tunisie et de tous les pays frappés par le drame des barques de la mort.  Signatures auprès de la FTCR, 3 rue de Nantes Paris 75019 Tél. 01 46 07 54 04 – Fax : 01 40 34 18 15. Courriel : ftcr2@wanadoo.fr — Site : www.ftcr.eu


Ni noir, ni blanc : humain. Un texte de Frantz Fanon

Pour honorer Aimé Césaire et prolonger son concept de « négritude », cet extrait de Peau Noire, Masques blancs, ouvrage d’un autre auteur martiniquais considérable, Frantz Fanon.

1ali_et_fanon-1.1208959887.jpg« Le Noir veut être comme le Blanc. Pour le Noir, il n’y a qu’un destin. Et il est blanc. Il y a de cela longtemps le Noir a admis la supériorité indiscutable du Blanc, et tous ses efforts tendent à réaliser une existence blanche.

N’ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu’à venger les noirs du XVIIe siècle?

Dois-je sur cette terre me poser le problème de la vérité noire?

Dois-je me confiner dans la justification d’un angle facial?

Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race

Je n’ai pas le droit , moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race.

Je n’ai pas le droit , moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître.

Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués.

Il n’y a pas de mission nègre; il n’y a pas de fardeau blanc.

Je me découvre un jour dans un monde où les choses font mal; un monde où l’on réclame que je me batte; un monde où il est toujours question d’anéantissement ou de victoire.

Je me découvre, moi homme, dans un monde où les mots se frangent de silence; dans un monde où l’autre, interminablement, se durcit.
Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc. Je n’ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance.
Il y a ma vie prise au lasso de l’existence. il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir.

Je n’ai pas le droit d’être ceci ou cela…

Si le Blanc conteste mon humanité, je lui montrerai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ce «y a bon banania» qu’il persiste à imaginer.

Je me découvre un jour dans le monde un seul droit: celui d’exiger de l’autre un comportement humain.
Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix.
(…) Je ne suis pas l’esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères. »

»> Peau Noire, Masques blancs, Édition du Seuil, pp. 185/186 (1952)
»> La photo : Casbah d’Alger, 1er février 2006. Je demande à Ali de tourner son sac du bon côté. Il ne sait pas qui est Frantz Fanon, qu’il promène ainsi en photo à bout de bras. Des adultes, sans doute, lui parleront de l’auteur des Damnés de la Terre, chantre des indépendances, mort à 36 ans, juste avant les accords d’Évian qui, le 19 mars 1962, mettaient fin à la guerre d’Algérie. © Gérard Ponthieu


Françafrique. Saisie immobilière dans le Bongoland

1omarjpg.1207920810.jpgÇa relève d’une espèce de génie. Quelque chose comme le Génie de la Bastille culbutant prisons et autres enfermements de l’esprit. Trois manifestants, deux banderoles, un coup de crayon et voilà l’Histoire qui perd son nord, change de trajectoire. Petits mouvements grands effets ! Rappelons-nous ce turban comme une bombe… sur la tête stupéfiée de Mahomet – enfin de celles de ses hidjadistes. Et aujourd’hui, cette flamme des JO qui vacille – Mao mais…. (Oui, facile…) Et là, cette manif comme un chef d’œuvre devant l’un des 33 biens immobiliers de Omar Bongo – devenu « el hadj » par intérêt bien compris… Hier donc, manif devant un haut-lieu du Bongoland, ainsi que le rapporte Rue89 :

« Au moment où Alain Joyandet, le nouveau secrétaire d’Etat à la Coopération, foulait le sol du Palais du bord de mer à Libreville, la Cellule Françafrique s’est invitée rue de la Baume.

« Au numéro 4 de cette rue huppée du VIIIe arrondissement, un hôtel particulier en travaux. Pas de nom: la plaque, près de la sonnette, a été arrachée. A 12h30, une dizaine de membres du collectif Cellule Françafrique se retrouvent, sous l’oeil avisé de l’émissaire de la préfecture de police, agent des RG en civil. Les journalistes sont aussi nombreux que les activistes. (Voir la vidéo)

« Objectif de l’opération: la saisie -symbolique- du 33e bien immobilier acquis par le président du Gabon. El Hadj Omar Bongo Ondimba a fait acheter cette modeste demeure (2000 m2 et 500 m2 de jardin) pour deux de ses fils. Officiellement, le propriétaire est une SCI (société civile immobilière) où apparaissent les noms d’Omar Denis, 13 ans, et Yacine Kini, 16 ans. Montant de la transaction: 18,875 millions d’euros. Soit 9437 euros du mètre carré… La descendance est à l’abri du besoin pour quelques années.

« Et les chiffres sont cruels: le Gabon occupe la 84e place mondiale pour le PIB par habitant, mais seulement la 119e position, sur 177 états, pour l’Indicateur de développement humain. »

Voilà, l’essentiel est dit. Pas besoin de gloser davantage ici* sur la Françafrique et ses réalités perpétuées par la sarkozie en marche. Jean-Marie Bockel a de quoi méditer sur sa rétrogradation au profit d’un député et maire de Vesoul qui a voulu voir l’Afrique, et qui a vu Bongo – comme toujours.

* Mais il y a matière ! Voir notamment l’excellent site Cellule Francafrique — www.cellulefrancafrique.org

»> Voir la vidéo de la « saisie du bien mal acquis »


Côte d’Ivoire. Le jeudi noir des Éléphants

Abidjan, jeudi 7/2/08

minuci_globe.1202847538.jpgLa victoire sur la Guinée avait enivré tout le pays. Mais les Pharaons ont «sorti» les Éléphants. Traduction pour les ignares du foot : l’Égypte a battu la Côte d’ivoire dans la Coupe d’Afrique des Nations. Et pas d’un peu : 4 à 1. La nuit est doublement tombée sur Abidjan. Les autorités avaient craint les débordements, comme lors des précédents matches victorieux : bus détruits, vols, blessés et même viols. Ce sera la gueule de bois.

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Mobilisation générale pour la patrie du sport en danger. Abidjan, février 2008.

Au «Saint-Germain», boulevard de Marseille [tiens tiens…], zone 4 de Biétry, la sono d’enfer a eu du mal à redémarrer une fois les écrans géants mis en berne. Et les minettes mobilisées, tout en beauté svelte sous leur minimale vêture orange – couleur de l’équipe nationale – n’avaient plus « le cœur aux fesses » pour faire rouler la rumba congolaise. Soir de défaite, à deux heures du rêve, le temps d’un match. Futilité du foot et du sport ; grandeur aussi dans la vaine gratuité – enfin, on le voudrait.

Le rêve dans un ballon plein de vide. Bouffée d’oxygène, sans doute. Un seul but, le but adverse, contre l’autre. Un peu de pain et plus de bière. Les peuples ne sont pas si exigeants. La fête sera courte, autant se la payer à fond, comme une défonce. Rappelons-nous la Coupe du monde vue de l’hexagone. Plus près encore le Mondial de rugby. Pour la première, la «France Bleu Black Beur» – tu parles ! juste un prologue à la révolte des banlieues… Transposés à la Côte d’ivoire, les enjeux de la Coupe d’Afrique n’étaient pas moins politiques – non, seulement mille fois plus. En France, il y allait d’un point de PNB, d’un surcroît de baume dans la sarkozie glorieuse. Soit. Ici, victoire ou défaite, ça annonce «seulement» plus ou moins de chaos.

Côte d’ivoire, pays béni-maudit, c’est selon. Avers / revers. Pile ou face. On a beau la chercher, l’Espérance ne niche guère dans le rationnel. Sinon, comment expliquer le déchirement ? Ce pays, magnifique, regorgeant de tout, ou presque. Et cette capitale, vibrante, bosseuse, fière. Parures d’Europe et parlures de France, trésors de cette Afrique quasi mythique, au sens des rêves de colons ; pénétrée du nord au sud, d’Alger au Cap, en de grandes explorations posant des pierres blanches de-ci de-là. Abidjan, le « pays d’ici », halte inspirée en plein golfe de Guinée : un havre lagunaire. Le village de pêcheurs du début du XXe siècle ploie aujourd’hui sous ses, peut-être, trois millions d’habitants, dont des milliers de «déplacés de guerre». La folie urbaine aggravée. À la mode africaine, dénuement en prime. À la fois bon enfant et explosive, incontrôlable, incertaine, terrifiante à l’occasion.

La nuit est tombée donc sur Abidjan et, comme un signe, l’harmattan aussi et son souffle brûlant à 35°. Comme si le vent mauvais venu du Ghana – pays de la défaite – se doublait d’une douche froide– enfin, tiède…

Ce match, comme le sport d’aujourd’hui, joue dans le stade politique. «On gagne ou bien on gagne !», m’avait lancé un jeune supporter à l’heure du coup d’envoi. Il répétait un slogan des partisans de Gbagbo, l’actuel président. Des présidentielles, en effet, s’annoncent ici dans les mois prochains. « Si la Côte d’ivoire gagne, il est sûr d’être réélu ! » : pronostic d’un chroniqueur… non sportif, de l’un des quelque vingt quotidiens de la capitale économique – la plupart « QG » d’autant de partis politiques… Le temps de la Libération n’est pas achevé. D’autant moins que les Ivoiriens peinent à sortir de la guerre civile qui a coupé le pays en deux, par le milieu, autour des démons du refus de l’autre, au nom d’un concept dévoyé d’ «ivoirité», relayé par le tribalisme et ceux qui, surtout, trouvent avantages de pouvoir et d’argent au poison de la division.

Abidjan paraissait donc apaisée cette nuit, comme ces temps-ci. L’espoir ? On berce l’idée, savourant le reflux de la folie imbécile, dévastatrice, assassine. Le réalisme, cependant, commande moins d’angélisme. La presse, les médias en général, veillent sur les braises noires, prompts à les ranimer. L’Olped, Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie – le premier du genre en date en Afrique, 1995 – continue, dans ses réunions de chaque jeudi, à relever par dizaines les manquements au métier d’informer ! Leur hantise, à ses membres, c’est le spectre du génocide au Rwanda (94) et le fameux syndrome de la radio des Mille-collines.

Les prochaines présidentielles, donc… Trois principaux candidats selon les clivages historiques indélébiles comme des histoires de famille, de clans, de tribus – véritables tatouages culturels rehaussés d’animisme, de sorcellerie et autres satanées croyances. L’imagerie actuelle voudraient les effacer, quand elles reviennent par la fenêtre pour renforcer les forteresses démoniaques. Trois candidats, soit un tiers gagnant deux tiers perdant, à moins d’un cocktail combinatoire. Que faire ?

La télé de ce soir (première des deux chaînes publiques, pas de télé privée hors satellites) fait danser du monde joyeux dans une émission « à l’ancienne » autour d’un animateur débonnaire. Ça rigole, ça se trémousse, cul contre cul ; les rituels de semailles surgissent des cultures immémoriales ; comme d’ailleurs au « Saint-Germain » tout à l’heure, en moins moderne, en moins «DJ ». Des fesses de Baoulé, des fesses de Bété, des fesses de Dioula, comme de la soixantaine de tribus du pays. A l’image, a-t-on dit, des footballeurs de l’équipe ivoirienne – on y revient. Une défaite qui ne manquera pas d’être politique, on peut le parier. Politique comme l’est le sport et tout particulièrement le foot. Peu avant le match, la présentatrice du JT avait lancé : « Ce n’est pas un pharaon, aussi noble soit-il, qui va empêcher l’éléphant de barrir ! » Ben si. Le pharaon a vaincu. À quatre reprises, ses représentants se sont prosternés vers La Mecque. Les Éléphants, eux, n’étaient pas en reste avec leurs signes de croix… La télé retransmettait ce micmac anti-laïque dans le monde entier, ou presque. Nord-Sud, les clivages ancestraux, leurs versions séculières et sécularisées… On n’en sort pas.

––––––
Post scriptum. Ces Éléphants-là s’en remetrront bien. Quant aux autres, ceux sans majuscule, ceux de l’espèce emblématique du pays, les derniers ont sans doute péri lors de la folie guerrière des humains.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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