On n'est pas des moutons

Mot-clé: panurgisme


Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti “smartphones” !

Pris sur Twit­ter en pleine crise d’anormalité, ce dis­si­dent attrapé au col­let par la vidéo-sur­veil­lance, sera bien­tôt traduit devant le tri­bunal de Big Broth­er. Nul doute que cet atten­tat à la smar­ti­tude télé­phonique sera puni avec la sévérité qui s’impose. Et que cette scène déplorable serve de leçon aux éventuels délin­quants, heureuse­ment de plus en plus rares !

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Aujourd’hui , en France, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domini­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de découper les meilleurs morceaux dans le lard de la bête médi­a­tique. Exem­ple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les cap­i­tal­istes netarchiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tion­nent avec 100 % des revenus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les util­isa­teurs qui cocréent la valeur de la plate­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des mod­èles par­a­sitaires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les doc­u­ments, ni YouTube dans la pro­duc­tion médi­a­tique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie col­lab­o­ra­tive, Libéra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingénu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enrichissent au sens noble) finis­sent en mon­naie son­nante et non trébuchante : pas la moin­dre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des cap­i­tal­istes netarchiques – retenons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus gross­es for­tunes mon­di­ales se sont con­sti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application mod­erne d’un des fonde­ments de l’accu­mu­la­tion du cap­i­tal, comme dis­ait le vieux bar­bu : ven­dre « pas cher » de façon à ven­dre beau­coup. Pas cher : juste au-dessus du prix que les pau­vres peu­vent pay­er, quitte à s’endetter – les ban­ques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pau­vres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nom­bre !

Cette fois, ces netarchiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, surtout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escro­quent puisqu’ils « ren­dent ser­vice », ces braves gens, en « flu­id­i­fi­ant l’économie », qu’ils pom­pent sans ver­gogne – et sans même pay­er d’impôts dans les pays d’implantation ! –, ruinant des secteurs entiers dans lesquels les pau­vres sur­vivaient en trou­vant quelque rai­son d’exister sociale­ment.

Voyez les taxis, par exem­ple. Une tech­nolo­gie exploitée par des filous (Uber) a com­mencé à les ren­dre obsolètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un méti­er (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­goulins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­tic­i­paient à l’économie générale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exem­ple) peut désor­mais les rem­plac­er, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

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1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détru­it tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pari­tion sera dom­mage­able à l’ensemble de nos sociétés.

Ain­si nais­sent les nou­veaux empires, par glisse­ments insen­si­bles dans la dématéri­al­i­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion marchande.

Ain­si s’instaure le nou­v­el impéri­al­isme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient imag­iné dans sa forme, mais qui réalise bien le con­trôle mon­di­al de l’économie sous la total­ité (total­i­taire), ou qua­si total­ité, de ses vari­antes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en con­stitue les prémiss­es – le con­trôle physique et men­tal des indi­vidus (déjà bien avancé !), le plus sou­vent avec leur con­sen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation générale.

Mais où sont les lab­o­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désas­tre annon­cé ? Les netarchiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célébrée pour  la beauté de ses yeux suc­ces­sive­ment qual­i­fiés vio­lets, émer­aude, puis bleus. Éblouis, sub­jugués, aveuglés nos égreneurs de nou­velles ! Une pho­to en noir et blanc s’impose donc pour tranch­er ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme tem­ple de la mytholo­gie spec­tac­u­laire, celle qui brouille la hiérar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­tal­isme exhibé, l’exhibition « sacral­isée », la beauté injuri­ant la mis­ère – bref, toute l’injustice du monde, la mag­nif­i­cence out­ran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vac­ille.

 


Le « médiocre bachelier » présidentiel ne garantit pas l’excellence journalistique

Revenons à nos mou­ton­ssss’. Et pré­cisé­ment à nos panurgiens jour­naleux. Same­di 26, Libéra­tion pub­lie en tête de rubrique « cour­ri­er » la let­tre d’un cer­tain « Jean-Bernard Gon­za­lez, pro­fesseur retraité ». Sous le titre « Nico­las Sarkozy, médiocre bache­li­er », on lit : « […] Il se trou­ve que j’étais mem­bre du jury qui a fait pass­er les épreuves du bac B à notre futur prési­dent au lycée Molière (Paris XVIe) en 1973 : les notes d’écrit du can­di­dat n°18917, étaient telle­ment médiocres (7/20 en français, 8/20 en math­é­ma­tiques, 9/20 en philoso­phie…) qu’il lui a fal­lu pass­er l’oral pour être reçu sans men­tion. » Tout ça pour démen­tir le pro­pos de « Mar­tial, ingénieur » qui, dans Libé du 7 mai, affir­mait : « Il [Sarkozy] a eu le bac avec men­tion très bien. »

Cela me serait bien égal s’il ne s’agissait une fois de plus de l’insoutenable légèreté jour­nal­is­tique. Sans vol­er au sec­ours de l’impétrant bache­li­er d’alors ( !), on peut, on doit même se deman­der com­ment un pré­ten­du prof retraité pour­rait avoir mémorisé – ou même retrou­vé – les notes du can­di­dat « 18917 »… Sauf à avoir enfreint l’anonymat des dossiers… en pré­mo­ni­tion d’une élec­tion prési­den­tielle et dans le but de le ressor­tir 34 ans après… Ouaf-ouaf !

Mais ce n’est pas tout ! Le mer­cre­di suiv­ant [30/05/07], le Canard enchaîné repre­nait l’ « info » comme pain béni et sans plus de véri­fi­ca­tion ni recoupe­ment. Titré « Élève Sarko, au piquet ! », le papi­er signé C.N. citait tex­to l’extrait ci-dessus de la let­tre parue dans Libé, tan­dis que son auteur deve­nait Gon­za­les – ce qui sem­ble plus con­forme à l’orthographe espag­nole, il est vrai, mais pas à la sig­na­ture orig­i­nale. Et le Canard d’embrayer sur les autres peaux d’âne du prési­dent, et notam­ment sur son « non diplôme » de Sci­ences Po, une vérité rétablie dans le nou­veau CV de Sarkozy – du moins si l’on en croit Le Canard.

Pas de quoi fou­et­ter un chat. Un chat, non. Mais des plumi­tifs, y com­pris palmés, si !


Trente-huit moins quatre

cpaveyron_d20070212.1171277535.jpgSur trente-huit quo­ti­di­ens régionaux de ce lun­di, qua­tre n’affichaient rien en une de la grand-messe de Ségolène Roy­al. Pour les rédac­tions en chef de Cen­tre Presse (Rodez), L’Éclair (Pau), Le Petit Bleu (Agen) et Le Pro­grès (Lyon) ; donc pour ces qua­tre titres et acces­soire­ment leurs lecteurs, la presta­tion de la can­di­date social­iste serait un non événe­ment. Celle du can­di­dat de l’UMP tout autant d’ailleurs.

Pour avoir si sou­vent ici dénon­cé le panur­gisme des médias, j’aurais mau­vaise grâce à me plain­dre de ces qua­tre « vilains canards ». Com­ment ne pas ignor­er l’événement sans pour autant faire allégeance quand on se veut indépen­dant ? – à con­di­tion de l’être en toute cir­con­stance, ce qui reste évidem­ment à prou­ver !
petitbleu_d20070212.1171277731.jpgprogres_d20070212.1171277770.jpgeclairpyr_d20070212.1171277662.jpg
Tou­jours la ques­tion de cette néces­saire dis­tance cri­tique : être au cœur de l’actualité ; puis pren­dre du recul – c’est le temps de la réflex­ion et de l’écriture dis­tancées. En quoi le par­ti de l’information ne saurait se con­fon­dre avec celui des « pêcheurs à la ligne ».


Mimétisme

Un pro­cureur, à Mar­seille, a lâché le mot : mimétisme. Les voy­ous incen­di­aires d’un bus auraient agi ain­si, en imi­tant leurs devanciers, héros des ban­lieues parisi­ennes. À quoi ils auraient été incités par « les médias ». Deux remar­ques :

– Le mag­is­trat me fait penser à ces Diafoirus prenant l’effet pour la cause et qui, pour mas­quer leur igno­rance, l’habillent de mots fort savants. « Mimétisme », certes, ne relève pas du vocab­u­laire exor­bi­tant du droit com­mun… Pas cer­tain cepen­dant que chez les petites frappes du quarti­er Saint-Jérôme il ne soit pris pour une mal­adie étrange.

Si un pro­cureur peut par­ler comme un toubib, son rôle n’est toute­fois pas de soign­er. Il est là pour accuser, au nom de la République et de la société. À celles-ci d’apporter leurs remèdes. Qui eux-mêmes résul­tent d’un diag­nos­tic, lequel enfin remonte au niveau moral et social de la Cité – ce qu’on appelle la poli­tique.

– En par­lant de mimétisme, le mag­is­trat mar­seil­lais a donc aus­si pointé du doigt les médias. Savoir si les­dits jour­naux, radios, télés en ont fait des tonnes sur l’affaire est une ques­tion ouverte : quand est-ce qu’on en dit trop ou pas assez ? A moins que, au delà du quan­ti­tatif, la ques­tion ne soit plutôt celle du com­ment on saisit les faits, com­ment on se saisit de leur com­plex­ité. Com­ment on apprivoise la machine avant son emballe­ment : plus de « tenue de route », plus de volant respon­s­able, plus de freins éthiques.

Une autre ques­tion me tara­buste, que j’aborde sou­vent ici, celle du mimétisme intra et inter médi­a­tique. Comme la Fac­ulté, je recours aus­si à un mot même pas dans les dicos : panur­gisme, en référence aux mou­tons du fameux Panurge, berg­er de son état – comme se voient aus­si volon­tiers cer­tains jour­nal­istes. Tan­dis que la plu­part des autres ont générale­ment opté pour l’état de mou­tons (dociles), bre­bis (bêlantes) se déplaçant dans l’actualité comme autant de trou­peaux agis par le Panurge invis­i­ble qui les rassem­ble et les pousse vers les mêmes lieux com­muns. Ain­si en fut-il de la déc­la­ra­tion du pro­cureur mar­seil­lais : il a dit « mimétisme » et, comme un seul mou­ton, le trou­peau tout entier des médias dom­i­nants et de leurs dociles agneaux s’est mis à bêler « mimétisme », « mimétisme », « mimétisme »…

« Les jeunes auraient agi par mimétisme », a ain­si enton­né la gent jour­nal­is­tique qui sur ce chapitre, il est vrai, sait en faire des fro­mages (de bre­bis). Illus­tra­tion « vivante » avec les fameux mar­ronniers, ces ren­dez-vous de l’actualité saison­nière : la Tou­s­saint qui, cette année encore, est tombée le 1er novem­bre… Avec une vari­ante sans doute due à un lob­by­ing des cré­ma­tistes puisqu’on a eu droit – tous médias con­fon­dus – à des sujets mul­ti­ples autant qu’identiques sur la dis­per­sion des cen­dres. De ce point de vue, la Tou­s­saint 2006 aura été d’un bon cru ; sans toute­fois déroger à la loi mou­ton­nière que je résumerai ain­si : agir comme tout le monde et donc comme les autres, tou­jours dans le même sens, quel qu’il soit d’ailleurs, sans se deman­der d’où vient le vent. Le niveau de con­ta­gion est devenu tel que les bre­bis égarées ont peu de chances de sur­vivre (Poli­tis, sec­ou­ru par ses trop rares lecteurs).

C’est une pandémie. Ses caus­es ?
Une stan­dard­i­s­a­tion des for­matages jour­nal­is­tiques dans les lieux de for­ma­tion, en réponse à l’exigence – d’ailleurs non for­mulée – des entre­pre­neurs médi­a­tiques et du Marché. A l’image de la marchan­dise, les pro­duits médi­a­tiques s’alignent sur les goûts com­muns, l’uniformisation. Voici nos jour­nal­istes en uni­formes invis­i­bles – mais de plus en plus voy­ants –, embouchant les mêmes trompettes d’un méti­er bouf­fé par les financiers, gan­grené par la com’, mité du dedans. Quand les jour­nal­istes ne pro­duisent plus de sens, mais d’abord des arti­cles de con­som­ma­tion courante.


Canards, poulets et moutons dans la basse-cour panurgique

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S’il est une épidémie, voire une pandémie, qu’on ne con­trôle encore pas, c’est bien celle qui frappe les médias sous sa forme dévas­ta­trice : la panur­gite. Sou­vent dénon­cé ici, le mal n’en con­tin­ue pas moins de sévir et de se répan­dre. «Ils n’en mouraient pas tous…», hélas !

Panur­gite [panyr­jit]  n. f. • 2004; selon «c’est pour dire» : inflam­ma­tion aiguë du sys­tème infor­matif frap­pant les organ­ismes médi­a­tiques de manière mou­ton­nière et galopante. Ten­dance à repro­duire une même infor­ma­tion sous des formes plus ou moins vari­ables ou iden­tiques, selon les cas. S’apparente à l’écholalie [eko­lali] n. f.  • 1885; en all. 1853; gr. êkhô et lalia «bavardage». Neu­rol. Répéti­tion automa­tique des paroles (ou chutes de phras­es) de l’interlocuteur, observée dans cer­taines aphasies.  [Robert].

Tout ça pour dire que le mal sévit grave­ment par ces temps de grippe frap­pant plus les canards que les mou­tons. Il est vrai que les canards aiment beau­coup déam­buler en trou­peaux can­canant. Ain­si entend-on de partout et à satiété, de toutes les bass­es-cours médi­a­tiques, bruits d’épidémie, pandémie, alerte, virus, vac­cins, poulets, mous­tiques, chats, veaux, vach­es, cochons… Sans par­ler du gal­i­ma­tias chiffré à base 20, 50, 10, 60 pour cent, selon l’appareil à mesur­er la chute des ventes
de poulets.

En fin de compte, les uns et les autres bêlent à l’unisson, tou­jours prêts à sauter ensem­ble dans le précipice des rumeurs et croy­ances, là où la rai­son infor­mante suf­fi­rait bien.

Aucun masque ne peut pro­téger d’un tel mal, sinon le mod­èle inté­gral, genre casque, cou­vrant les yeux et les oreilles.

Pom­pon d’Or et Pan­tou­fles du même métal (y avait longtemps !) pour ces JP (Jeux panurgiques) à France Inter et son Télé­phone sonne inti­t­ulé : «Les médias en font-ils trop sur la grippe avi­aire ?»

Nota bene : Relevons toute­fois que – mou­ton échaudé craig­nant l’eau froide – le mal n’a pas sévi de même s’agissant de l’affaire du jeune homme séquestré et mar­tyrisé. Le sou­venir cuisant de la fausse agres­sion anti­sémite du RER parisien étant encore vif dans les frêles mémoires des rédac­tions.


Après JO… Y a-t-il un plan B pour la France ?

J’en dis­cu­tais ce soir avec mon pote Faber, très vif à réa­gir [Sin­gapour, morne plaine] sur le traite­ment de cette affaire des JO : il s’agit bien, une fois de plus, de con­stater et déplor­er le panur­gisme médi­a­tique, cette pen­sée unique du jour­nal­isme en action restreinte. Par­ler du sujet, bien enten­du – et com­ment, même ! Il y a tant à dire sur ces man­i­fes­ta­tions mon­di­al­isées, miroir implaca­ble de ce monde, le nôtre, ren­du à la vision monoc­u­laire des médias.

Bien sûr qu’il fal­lait traiter cette affaire, et bien la traiter, c’est-à-dire aus­si com­plète­ment que pos­si­ble, ten­ants et aboutis­sants inclus à par­tir des pos­si­bles – et en par­ti­c­uli­er de l’hypothèse « plan B ». Bis repeti­ta, hélas. Amer clin d’œil au lende­main de sur­dose pro-traité européen, et con­fir­ma­tion que la sur­dité est bien instal­lée dans le sys­tème des médias dom­i­nants. A moins que l’infirmité ne soit con­géni­tale, ce qui oblig­erait à pouss­er l’analyse et la réflex­ion jusqu’au proces­sus même de l’information « mod­erne » : quels en sont les con­sti­tu­tifs ou les élé­ments de dérive, les « vices cachés » ou modes opéra­toires fla­grants ? Bref, de quoi moudre pour la pro­fes­sion et ses ana­lystes.

Et, juste­ment, voilà de l’eau au moulin apportée sans atten­dre sous la forme d’un excel­lent papi­er du non moins excel­lent site « Le Corde­lier, l’observatoire des élites ». En voici un extrait, paru ce jour sous le titre en coup de pied de l’âne : « Après JO… Y a-t-il un plan B pour la France ? ». C’est signé Peter Cov­el.

« Main­tenant que nos élites ne dis­posent plus de 2012 pour seul et unique pro­jet nation­al, peut-être qu’un véri­ta­ble cap va être décidé… On peut tou­jours rêver.

Après la claque du Non au référen­dum sur le traité con­sti­tu­tion­nel, l’obtention des JO 2012 a été la dernière branche à laque­lle le haut clergé poli­tique, économique, médi­a­tique et cul­turel s’est rac­croché pour “redonner le moral aux Français”.

Mais c’est Lon­dres qui organ­is­era les JO de 2012.

Pen­dant des semaines Paris 2012 a été le seul et unique pro­jet nation­al, le seul des­tin pro­posé au pays par ses élites, la solu­tion à tous les prob­lèmes de la France, le chô­mage, le com­mu­nau­tarisme, la régu­la­tion économique, l’Europe, les sys­tèmes de pro­tec­tion sociale…

Et voilà que la per­fide Albion, après avoir pris les rênes d’une Europe blessée soi-dis­ant par le non Français, nous rav­it notre seul et unique espoir.

On était déjà quelque peu atter­ré par l’unanimisme chau­vin des médias, qui der­rière les poli­tiques, et mangeant dans la main de Delanoë, nous don­naient vain­queurs par avance, for­cé­ment.

Alors bien sûr on finit par s’habituer aux dis­cours uniques et à la pro­pa­gande mielleuse offi­cielle (écouter à cet égard, le dernier dis­cours presque enfan­tin à force de naïveté et de bons sen­ti­ments de Delanoë vaut son pesant de rire sar­donique).

Mais que dire de cet espoir puéril et capricieux que nos élites ont mis dans Paris 2012 ? A croire que cela devait nous faire par­don­ner le Non, ren­dre à la France son dynamisme économique, son pres­tige cul­turel, son image européenne, sa cohé­sion nationale ?

Était-ce là le seul des­sein pour la France ?

Main­tenant que nous ne l’avons plus, nos élites doivent donc répon­dre à la ques­tion, poli­tique s’il en est : Que faire ? Que faire ensem­ble ? Quel des­tin pour notre pays ?

Il est con­ster­nant d’observer que les JO ont con­sti­tué le seul pro­jet col­lec­tif pro­posé après les remis­es en cause glob­ales du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005.

Au moins, la perte de cette per­spec­tive va peut-être nous pouss­er à trou­ver un vrai cap… Mais ce n’est même pas sûr.

A la veille de la déci­sion du CIO, seul le site inter­net Media Rat­ings a tem­péré l’enthousiasme général des médias français en se bas­ant, non sans intel­li­gence, sur les paris des book­mak­ers anglais.

Aujourd’hui, la décep­tion aidant, il est évi­dent que l’on va trou­ver toutes sortes de raisons plus ou moins obtus­es à la défaite, dans un grand exer­ci­ce de cul­pa­bil­i­sa­tion dont les médias ont le secret : Par­mi l’une des pre­mières, enten­due sur France 2 tout de suite après le ver­dict : les Anglais sont plus forts en lob­by­ing que nous (sous enten­du : “eux ont par­ticipé à la cor­rup­tion du CIO, pas nous”).

Le Corde­lier veut bien pren­dre le pari qu’aucun média ne remet­tra en cause la com­pé­tence de l’équipe de la can­di­da­ture de Paris.

Aucun n’a vu venir la déroute, alors que la France a hébergé les JO d’hiver à Albertville en 1993 et que Lon­dres n’avait rien eu depuis… 1948. Aucun n’a pipé mot devant l’autosatisfaction évi­dente et hau­taine de Luc Besson.

Aucun ne s’interrogera sur le vide des dis­cours et inter­views à base de “tous les Français aiment les Jeux”, “les Jeux c’est la ren­con­tre, le métis­sage, la paix” et autres billevesées incon­sis­tantes et slo­gans mous de com­mu­ni­cants.

Un dis­cours telle­ment vide, lénifi­ant et naïf qu’il est devenu uni­versel.

Lire tout l’article de Peter Cov­el chez Le Corde­lier, ça vaut vrai­ment le détour.


Iter, le soleil, les étoiles, la lune… et “La Provence”


Donc, ce sera Cadarache. Le sus­pens n’aura été que de mise. Il aura surtout servi le Japon à faire mon­ter les enchères. N’est-il pas le grand gag­nant de l’opération ? Il est inclus dans le pro­gramme Iter, se trou­ve indem­nisé au dou­ble de ses espérances, pour­ra lancer un autre pro­gramme de recherche – peut-être plus promet­teur –, n’aura pas à subir les risques économiques et écologiques de l’expérimentation.

Bref, et j’en reviens à mes mou­tons médi­a­tiques. Mou­tons est bien le mot. S’agissant de panur­gisme, ce ne sera pas la pre­mière fois – ni hélas la dernière – que je vais me pencher sur le quo­ti­di­en de mon quo­ti­di­en, celui qui, comme moi, se trou­ve dans l’œil du cyclone Ite­rien, à cette dif­férence que lui s’en délecte benoîte­ment. Ain­si nous promet-il les étoiles. Et la lune avec.

Pour nous en tenir à la Une, en voici une lec­ture entre les titres, là où se dégage le sens caché des choses, là où les rap­proche­ments sem­blent hasardeux. Voyons cela…

→ Lire le Post scrip­tum.

→ Lire aus­si le texte de Jean Giono, de 1961 : Protes­ta­tion con­tre l’installation d’un cen­tre nucléaire à Cadarache.


Alléluia ! L’Airbus 380 a décollé à 10h29, acclamé par la foule des fidèles

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C’est un fait : l’homme, cet ani­mal pen­sant, a besoin de s’émerveiller comme « un enfant au bord de l’océan ». L’expression est de New­ton, ce qui tombe bien, si j’ose dire, pour ce savant qui a for­mulé les lois de la grav­i­ta­tion et au moment ou l’Airbus 380 vient de s’en arranger – et de la grav­i­ta­tion, et de ses lois. L’avion géant a bien décol­lé de terre à 10h29 sous les hour­ras d’une foule ébaubie. Et il est même revenu qua­tre heures après.

Si j’en par­le ici c’est en rai­son de l’«explosion» des vis­ites de «c’est pour dire» liées aux quelques références à Air­bus qui s’y trou­vent : plus de 700 vis­ites à 10 heures ! Ça me laisse pan­tois puisque si j’en par­le ici, c’est tout de même par le biais des médias, et plutôt pour dén­i­gr­er leur accès de panur­gisme et l’absence, une fois de plus de recul cri­tique.

L’A380, comme toute pro­duc­tion humaine, ne saurait attein­dre la per­fec­tion… divine. Tout comme le pape, ancien ou nou­veau. Et cet avion n’est jamais qu’un objet – fût-il admirable –, qu’on se doit de con­sid­ér­er comme tel. Sans soumis­sion totémique, en se gar­dant de tout fétichisme. His­toire de s’élever dans la con­di­tion humaine. Ni papolâtrie, ni air­bus­solâtrie. Mais ce sera dur, tant sem­ble insa­tiable cette soif de croy­ances et de mer­veilleux. Sans doute même rejoint-elle les mythes fon­da­teurs, tel celui d’Icare qui, au fait, s’est brûlé les ailes à trop s’approcher du soleil.

Voir la vidéo du décol­lage sur France 3 (en cas de manque…).

→ Images : Mais il vole ! Et “France 3 Midi Pyrénées” en perd son français.


Complément à la pétition. Le Grand Prix Panurge attribué aux médias de masse

L’événement pon­tif­i­cal ayant en quelque sorte démonétisé – pour un temps, allez ! – les fameuses Pan­tou­fles de notre célèbre Pal­marès…, «moi-je tout seul» décide d’attribuer le Grand Prix Panurge (GPP) à l’ensemble des médias de masse – presse, radio, télé. Ce prix récom­pense dans un même élan la com­mu­nauté mou­ton­nière des jour­nal­istes en renon­ce­ment pro­fes­sion­nel.

Toute repen­tance, quoique bien­v­enue, sera exam­inée avec sévérité et dans la durée. Tout lecteur de ces lignes peut et doit par­ticiper au jury. Celui-ci, sou­verain (puisque répub­li­cain, laïque et civique…) jugera s’il y a lieu de par­don­ner, et à quelles con­di­tions, les offens­es portées au Droit du pub­lic à une infor­ma­tion libre. Non mais !

Sacré Panurge !

«Soudain, je ne sais com­ment, le cas fut subi, je n’eus loisir de le con­sid­ér­er, Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mou­ton cri­ant et bêlant.
Tous les autres mou­tons, cri­ant et bêlant en pareille into­na­tion, com­mencèrent à se jeter et à sauter en mer après, à la file. La foule était à qui le pre­mier y sauterait après leur com­pagnon. Il n’était pas pos­si­ble de les en empêch­er, comme vous savez du mou­ton le naturel, tou­jours suiv­re le pre­mier, quelque part qu’il aille».

Rabelais, Pan­ta­gru­el : Le Quart Livre, chapitre VIII.

→ Le tableau repro­duit est de JP-Ser­ri­er. C’est une con­tri­bu­tion involon­taire, ne par­venant pas à le join­dre.


ÉCOLE ET MÉDIAS. Contre la complicité des gobeurs et des faiseurs d’« information »

Entre école et médias, il y a matière à malen­ten­dus. Jusqu’à same­di, la 16e Semaine de la presse et des médias dans l’école va ten­ter d’y con­fron­ter plus de qua­tre mil­lions d’élèves, dans 14.000 étab­lisse­ments. Le thème retenu, «diver­sité des médias et plu­ral­isme des opin­ions», ne manque pas de piquant à l’ère des con­cen­tra­tions et recap­i­tal­i­sa­tions sur le mode indus­triel. Une occa­sion aus­si pour les jour­nal­istes d’opérer sur eux-mêmes et leurs employeurs un néces­saire recul cri­tique.

Bonhomme

Nor­male­ment, je dis bien nor­male­ment, les 392.000 enseignants – dont les quelque 32.000 portés dis­parus au front du com­bat péd­a­gogique, selon le rap­port «secret» dévoilé par le quo­ti­di­en des idées saines, ouf ! – devraient s’adonner à «C’est pour dire». Je n’ai pas écrit «s’abonner», c’est tou­jours vrai­ment gra­tu­it.

Je par­le, en clin d’œil, de cette com­plé­men­tar­ité entre ce blog voué à la cri­tique des médias et des maîtres plus ou moins appelés à agir de même auprès de leurs élèves. Juste­ment pour les élever au-dessus du trou­peau.

Je déplore sou­vent ici le red­outable panur­gisme jour­nal­is­tique, et cette iner­tie qui va avec, telle la corde du pen­du. Ce mal insi­dieux frappe bien des rédac­tions. Mais pas moins les lecteurs, audi­teurs et téléspec­ta­teurs prompts à avaler les nou­velles comme autant de couleu­vres. Il y a là une com­plic­ité de fait qui se joue entre des faiseurs d’ «infor­ma­tion» et des gob­eurs coupable­ment pas­sifs et com­plices.

Gloire donc au Cen­tre de liai­son de l’enseignement et des médias d’information, du min­istère de l’éducation nationale, qui se voue à cette noble mis­sion sal­va­trice des uns et des autres, des uns par les autres ! Puisque tel est le rôle du Cle­mi, notam­ment, que d’éveiller enseignants et élèves à la fréquen­ta­tion cri­tique des médias.

Des jour­nal­istes et des jour­naux se prê­tent au jeu. Ils en espèrent sou­vent des clients de demain. Oui, j’ai bien écrit clients, là où il faudrait des lecteurs. L’école, à com­mencer par celle de la République, se doit d’élever les enfants à hau­teur d’homme. C’est le beau sens du mot élève et de même le beau rôle du méti­er de passeur entre les généra­tions. Tan­dis que le monde marc­hand tire à lui les con­som­ma­teurs, l’école peut encore lui oppos­er des citoyens de demain. Les médias, eux, sont-ils encore capa­bles de mérit­er de vrais lecteurs ?


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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