On n'est pas des moutons

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Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d'universels symboles de la paix du coeur. Ils en sont aussi les effets.(Chevalier-Gheerbrant, Dictionnaire des symboles)

La terrible agonie d'Alep et de sa population touche l'humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la toucher – ce qui changerait peut-être la face du monde. Mais son atrocité renvoie à ses causes, souvent incompréhensibles. Des parallèles sont tentées avec l'Histoire récente : certains voient en Syrie une guerre civile semblable à la guerre d'Espagne (1936-1939) qui fut le prélude au deuxième conflit mondial. Issa Goraieb, éditorialiste au quotidien francophone de Beyrouth, L'Orient-Le Jour, tentait ce rapprochement l'an dernier :

"Les avions et pilotes russes dépêchés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mauvaise posture ne sont autres, en effet, que la légion Condor qu’offrait Hitler au dictateur Francisco Franco. À l’époque, l’Italien Mussolini se chargeait, lui, d’expédier des combattants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah, qui s’apprêteraient à lancer une offensive terrestre majeure pour consolider la Syrie utile de Bachar. Quant aux brigades internationales, formées de volontaires venant de divers points de la planète pour prêter main-forte aux républicains espagnols, c’est évidemment Daech qui en décline actuellement une réédition des plus sulfureuses." [L'Orient-Le Jour, 03/10/2015]

"Sulfureuse", c'est peu dire, sinon maladroit. De son côté, Jean-Pierre Filiu, analyste de l'islam contemporain, insiste aussi sur ce parallèle historique, marquant bien une différence tranchée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assimilation fallacieuse des djihadistes aux brigadistes, mais bien en raison de la non-intervention occidentale». [Mediapart, 7/08/2016] Encore fallait-il le rappeler et le souligner : s'engager pour un idéal de libération politique diffère foncièrement du renoncement dans le fanatisme et l'asservissement religieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aussi éditorialiste à L'Orient-Le Jour : "Ce n'est plus une tendance, ou un glissement progressif. C'est une nouvelle réalité. Le monde régresse à une vitesse insensée, que ce soit à cause des vicissitudes de la globalisation, de la tribalisation des esprits, ou de la résurrection de l'hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s'obscurcit, se recroqueville dans ses phobies (de la lumière, de l'autre...) et se calfeutre dans une barbarie (et une revendication et une banalisation de cette barbarie) foncièrement moyenâgeuse." [15/12/16]

"Moyenâgeuse"…  passons sur cet anachronisme malheureux (l'histoire du Moyen Âge exige la nuance… historique). Mais soit, il y a de l'irrationnel dans la folie guerrière des hommes à l'humanité relative… D'où vient, en effet, cette tare frappant l'homo pourtant sapiens – ainsi le décrit-on – incapable d'instaurer la paix comme mode de relation entre ses congénères ? Cet espèce-là, bien différenciée des autres espèces animales en ce qu'elle est si capable de détruire ses semblables, et sans doute aussi de s'autodétruire. J'entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Carrière s'interroger sur le sujet et précisément sur la Paix, avec majuscule 1. Car l'Histoire (grand H) et toutes les histoires, presque toutes, qui nourrissent notamment la littérature, le cinéma, les arts…, s'abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poison violent qui tourneboule les hommes, les mâles : la testostérone. Peu les femmes-femelles qui en fabriquent bien moins, ou qui le transforment mieux, en amour par exemple – sauf exceptions, bien entendu, dans les champs de compétition de pouvoir, politique et autres. Ce qui se traduit, soit dit en passant, par des prisons peuplées d'hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Carrière relevait aussi que l'empire romain avait établi la paix pendant plusieurs décennies sur l'ensemble de son immense domaine. "Pourquoi ? Il accueillait toutes les croyances." 2 C'est bien l'objectif de la laïcité – du moins dans le strict esprit de la loi française de 1905. On peut y voir une réplique politique et positive à la folie humaine, vers son édification et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en revenir à la guerre en Syrie. Poutine a su montrer et démontrer "qu'il en a" [de la testostérone…], en quoi il est soutenu et admiré par d'autres [qui en ont aussi !], comme Jean-Luc Mélenchon, pour ne parler que de lui.

Des nuances intéressantes, du point de vue politico-diplomatique, ont été apportées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui consacrait une longue soirée à Vladimir Poutine "des origines à nos jours". Nuancée, donc, l'analyse de l'ancien ministre des Affaires étrangère, Hubert Védrine, faisant ressortir l'inconséquence méprisante des "Occidentaux" face à la Russie post-soviétique, en quête de reconnaissance internationale – ce que l'Europe lui a refusé ! D'où, aussi, les poussées de l'hormone en question… grande fournisseuse de guerres et de morts.


Jean-Claude Carrière : "Je voudrais bien que... par franceinter

Notes:

  1. Il vient de publier La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L'Orient-Le Jour), cette note : " Jacques Le Goff savait que l'Occident médiéval était né sur les ruines du monde romain, qu'il y avait trouvé appui et handicap à la fois, que Rome a été sa nourriture et sa paralysie. Ce qui naîtra des ruines et des cadavres d'Alep(-Est) risque d'être infiniment moins fascinant. Terriblement plus mortel."

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume municipal, Georges Mothron, maire Les Républicains d’Argenteuil, décide si ses concitoyens peuvent ou non aller voir un film au cinéma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le cinéma Le Figuier blanc a dû annuler il y a quelques jours la projection de deux films en raison d'une demande expresse du maire de la ville du Val-d'Oise, qui craignait que leurs sujets «mettent le feu aux poudres» dans la commune.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «changer l'image de la ville» […] le boulevard Lénine et l'avenue Marcel Cachin sont rebaptisés respectivement boulevard du général Leclerc et avenue Maurice Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrêté municipal interdisant la mendicité dans le centre-ville d'Argenteuil est associé à la consigne aux agents de la voirie de diffuser du malodore, un répulsif nauséabond, dans les lieux fréquentés par les sans-abris. La campagne de presse nationale qui s'ensuit et des controverses sur la rénovation urbaine en cours lui coûtent la mairie qui revient au socialiste Philippe Doucet aux élections 2008. Lors des élections municipales de 2014, il reprend la mairie d'Argenteuil face au maire sortant. [Wikipédia]

« […] La salle, associée à un centre culturel, a eu la curieuse surprise de recevoir la semaine dernière un courrier […] dans lequel l'élu demandait la déprogrammation de deux films : La Sociologue et l'ourson, d'Étienne Chaillou et Mathias Thery, et 3000 nuits, de Mari Masri.

« Le premier, sorti le 6 avril, est un documentaire qui revient sur les débats autour du mariage homosexuel en suivant la sociologue Irène Théry et en mettant en scène, sur un mode pédagogique et ludique, des peluches et des jouets pour évoquer certaines questions et reconstituer des moments familiaux. Le second, diffusé depuis l'an dernier dans plusieurs festivals, raconte l'histoire de Layal, une jeune Palestienne incarcérée dans une prison israélienne, où elle donne naissance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la commune sont sujets à la polémique, d'où leur interdiction. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa décision est «motivée par le fait qu'en ces temps troublés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapidement mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argenteuil». « Dans un souci d'apaisement [...]la ville a préféré jouer la sécurité en ne diffusant pas ces films, évitant ainsi des réactions éventuellement véhémentes de certains», ajoute-t-il. Mais l'exigence de l'édile a surtout provoqué une volée de bois vers à l'encontre de la mairie d'Argenteuil. »

L'association Argenteuil Solidarité Palestine (ASP), qui programmait 3000 nuits a dénoncé « la censure du maire qui, en octobre dernier, avait déjà interdit une exposition sur l'immigration.»

L'Association pour la défense du cinéma indépendant (ADCI) d'Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflexion sur des questions qui se posent dans le contexte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs multimédia, publie un communiqué sur cet acte de censure. Extraits :

« Les 102.000 habitants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Certainement pas, mais c’est ainsi que le maire, Georges Mothron, considère les habitants en les jugeant incapables de regarder sereinement un documentaire de société où les personnages principaux sont des peluches. Un documentaire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Mothron le fera-t-il saisir dans les rayonnages ? Quand le film sera diffusé à la télévision, Georges Mothron fera-t-il couper les antennes du diffuseur sur sa ville ?
« En ces temps troublés », Georges Mothron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps troublés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui apportent de la pensée dans les réflexes pavloviens de repli sur soi de telle ou telle communauté.
« La Scam soutient la manifestation organisée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la reprogrammation des films et rappeler au maire, Georges Mothron, que le suffrage universel ne lui confie pas pour autant un droit à décider ce que ses concitoyens peuvent choisir d’aller voir au cinéma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des mandats, je rappelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonction de magistrat municipal avec celles de programmateur-censeur de cinéma et de directeur des consciences. Non mais.


Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Mon­de de ce 29/10/15 

Die­sel : l’Europe recu­le face aux lob­bys

Après le scan­da­le Volks­wa­gen, la Com­mis­sion euro­péen­ne vou­lait impo­ser des tests d’émissions de gaz pol­luants plus contrai­gnants. Les construc­teurs auto­mo­bi­les, sou­te­nus par les Etats, ont obte­nu de pou­voir émet­tre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote auto­ri­sé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démo­cra­ti­que. Tirons l’échelle !

Nous serons les der­niers, voi­là.


Puisqu’il s’agit d’islamofascisme

Palmarès…

Mars 2001 Afghanistan – Les deux bouddhas monumentaux sculptés dans la falaise de Bamiyan à 150 km de Kaboul sont détruits à l’explosif par des talibans. 

Janvier 2012 Mali – Destruction des mausolées à Tombouctou. 

Janvier 2013 Mali – Des manuscrits pré-islamiques sont l’objet d’un autodafé à Tombouctou. 

Juillet 2014 Irak – Le tombeau du prophète Nabi Yunus, dit Jonas, à Mossoul, est rasé par Daech. 

Janvier 2015 Irak – A deux reprises, les 28 et 30 janvier,la bibliothèque de Mossoul est mise à sac. 

Février 2015 Irak  – La grande statuaire assyrienne du musée de Mossoul est sauvagement mise en pièces par les soldats de l’Etat islamique qui mettent en scène l’opération

A quoi bon l'indignation, les grands mots, quand l'horreur hurle si violemment, quand la raison sombre et avec elle l'humanité digne de ce nom ? Quand des fanatiques islamistes ne décapitent pas des humains, ne martyrisent pas femmes et fillettes, ils détruisent des œuvres d'art dans les musées, abattent des statues à coups de masse et de marteaux-piqueurs. Ou encore, au nom de leur Dieu, ils brûlent des instruments de musique "non islamiques" car il ne leur suffit pas d'interdire la musique – ce qu'illustre bien, au Sahel, le film "Timbuktu", ou "Iranien", cet autre film tourné à Téhéran par un cinéaste athée (et exilé), montrant des mollahs au discours malin, et tout opposés à la musique. Avant eux, les nazis avaient disqualifié le jazz comme "musique dégénérée". Et Mao, pas en reste, avait interdit les "bourgeoises" symphonies de Beethoven. En quoi on peut bien parler d'islamofascisme, générateur d'islamophobie. Deux mots mal vus par les temps qui courent, des mots pas "politiquement corrects", comme s'il s'agissait de politesse – "Mais après vous, Monsieur le Chancelier…" La difficulté vient des fameux "amalgames" pratiqués par ces prétendus laïcs d'extrême-droite, toujours  empressés à bouffer de l'Arabe ou du Juif, sinon les deux à la fois. Tout autant que cette autre difficulté venant de l'État d'Israël, et plus précisément de son extrême-droite politique, religieuse et colonialiste qu'il est si risqué de critiquer, au risque d' "antisémitisme".

Et ce n'est pas tout :

Daech brûle des instruments de musique "non-islamiques"

daech-fanatisme islamiste

A l'est de la Libye, des hommes cagoulés se mettent en scène devant des instruments de musique livrés aux flammes. [dr]

Daech a publié, le 19 février, une série de photographies mettant en scène plusieurs de ses membres cagoulés, en train de regarder des instruments brûler, des batteries, des saxophones et des tambours. La scène se déroule près de Derna, dans l'est de la Libye, selon le "Daily Mail". La ville est devenue l'un des bastions de groupes ayant prêté allégeance à l'Etat islamique. D'après la "branche de communication" du groupe djihadiste, ces instruments jugés "non-islamiques" ont été confisqués par la police religieuse et livrés aux flammes "conformément à la loi islamique". Ce n'est pas sans rappeler l'autodafé de Mossoul, dans lequel près de 2.000 livres de la bibliothèque centrale jugés impies auraient été brûlés en janvier.

Le 16 février, l'Etat islamique avait revendiqué l'exécution de 21 Egyptiens de confession copte en Libye.

Il y a aussi ça :

Irak: l’Etat islamique exhibe des combattants kurdes dans des cages

daech-fanatisme islamiste

Capture d’écran tirée d’une vidéo diffusée dimanche 22 février par l’EI, montrant des combattants kurdes enfermés dans des cages.

 

L’Etat islamique a diffusé ce dimanche 22 février une vidéo montrant des combattants kurdes, des peshmergas, enfermés et exposés dans des cages, avant d’être paradés à bord de pick-up. La vidéo, non datée, ne montre pas de scène d’exécution. La mise en scène de ce film repris par le centre américain de surveillance des sites islamistes (SITE) rappelle celle du pilote jordanien brûlé vif dans une cage, selon une vidéo diffusée par le groupe le 3 février.

La vidéo de dimanche ne montre aucune exécution, les 21 otages se présentant comme 16 peshmergas, deux officiers dans l’armée irakienne et trois policiers de Kirkouk, une ville située à 240 km au nord de Bagdad.

Le film ne précise ni le lieu ni la date, mais des sources kurdes ont affirmé que les scènes ont été tournées il y a une semaine sur le marché principal du district de Hawija, tenu par l’EI, à une cinquantaine de kilomètres de Kirkouk.

Et ça continue
• IRAK. Jusqu’à 10.000 femmes vendues par l’Etat islamique

• L'Irak accuse l'Etat islamique de faire du trafic d’organes

• Autodafés à Mossoul : pourquoi Daech hait les livres et le savoir


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

Obama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces "fiançailles" à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des "belles américaines". Ici, à Trinidad, le gamin dans l'auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : "Miami Beach". [© gp-2008]

Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l'intérieur et à l'extérieur de l'île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l'Iran et le Soudan).


11 septembre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démocratie

Onze sep­tem­bre 1973. Rideau noir sur le Chi­li et sa démo­cra­tie. Mort d’Allende. Quel­ques mil­liers d’autres vont sui­vre – cer­tai­ne­ment bien plus que les deux mil­les annon­cés. Com­bien de mar­ty­ri­sés, de « dis­pa­rus », de bles­sés ? Com­bien d’exilés ? Com­bien de dra­mes ? Qua­ran­te ans déjà. J’ai res­sor­ti mes dia­pos pour revi­vre et par­ta­ger ces dou­lou­reux évé­ne­ments. Voi­ci ma sélec­tion. Ima­ges pri­ses jus­te avant le « gol­pe » de Pino­chet.

L’atmosphère à San­tia­go où j’avais été envoyé par Tri­bu­ne socia­lis­te, l’hebdo du PSU, déjà dégra­dée depuis plu­sieurs mois (une ten­ta­ti­ve de put­sch avait eu lieu en juin), se ten­dait ter­ri­ble­ment en ce début sep­tem­bre. De plus en plus visi­bles, sol­dats et poli­ciers occu­paient la rue, se fai­saient plus arro­gants. De même que les mili­ces d’extrême droi­te, ouver­te­ment mena­çan­tes. Des mani­fes­ta­tions spo­ra­di­ques écla­taient ça et là, sur­tout dans le cen­tre, répri­mées à coups de gre­na­des lacry­mo­gè­nes et de canons à eau. Par­fois aus­si par bal­les, on ne savait trop fai­re la dif­fé­ren­ce. Mais il y avait des corps éten­dus, des ambu­lan­ces, des pom­piers.

La der­niè­re gran­de mani­fes­ta­tion de l’Unité popu­lai­re avait mon­tré des airs de cor­tè­ge funè­bre. Le cœur n’y était plus, et le fameux slo­gan « El pue­blo – uni­do – jamas sera ven­ci­do » avait bais­sé d’ardeur. Des rumeurs entre­te­naient l’illusion autour de l’existence de stocks d’armes « secrets » qui allaient per­met­tre de résis­ter aux fas­cis­tes. Les­quels étaient à la beso­gne, à saper la fra­gi­le éco­no­mie (les camion­neurs en grè­ve blo­quaient les trans­ports), appuyés en sous-main par la vin­dic­te yan­kee. Nixon, Kis­sin­ger, la CIA et leur cor­res­pon­dant sur pla­ce, la mul­ti­na­tio­na­le des télé­com­mu­ni­ca­tions ITT s’acharnaient à rui­ner l” « expé­rien­ce chi­lien­ne », cet insup­por­ta­ble régi­me socia­lis­te issu d’élections démo­cra­ti­ques.

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Cas­tro et Pino­chet…

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Éton­nant atte­la­ge…

Sal­va­dor Allen­de voyait ses mar­ges de manœu­vre se res­trein­dre de jour en jour. Les géné­raux des dif­fé­ren­tes armes se pré­sen­taient de plus en plus sou­vent pour des audien­ces au palais pré­si­den­tiel et des exi­gen­ces crois­san­tes. Le 23 août 1973, le géné­ral Prats démis­sion­ne. Com­man­dant en chef de l’armée chi­lien­ne, c’est un pro­che d’Allende, qui le rem­pla­ce par un autre « pro­che », Augus­to Pino­chet. Celui-ci, en effet, a plu­tôt une répu­ta­tion de pro­gres­sis­te ; il sera même char­gé de la pro­tec­tion de Fidel Cas­tro en visi­te d’État au Chi­li ! (des pho­tos les mon­trent tous deux côte à côte…) Il a la confian­ce d’Allende. Le « gol­pe », le put­sch, Pino­chet ne s’y ral­lie que tar­di­ve­ment, presqu’à corps défen­dant, sous la pres­sion de son véri­ta­ble pro­mo­teur, le géné­ral d’aviation Gus­ta­vo Leigh Guzmán. Anti-mar­xis­te de choc, c’est lui qui ordon­na de bom­bar­der le palais de la Mone­da. Mais Pino­chet devait se rat­tra­per bien vite et dépas­ser son men­tor pen­dant dix-sept ans de dic­ta­tu­re…

Vou­lant en appe­ler direc­te­ment au peu­ple face à la sédi­tion mon­tan­te des mili­tai­res, Allen­de avait orga­ni­sé un réfé­ren­dum pour le 12 sep­tem­bre, un mer­cre­di. Mais il y eut le mar­di. On connaît la sui­te.

 

PS. Les cir­cons­tan­ces de la mort d’Allende res­tent trou­bles, en dépit de la ver­sion offi­ciel­le, cel­le du sui­ci­de. Il n’y a en effet pas eu de témoins directs décla­rés, Allen­de s’étant alors reti­ré dans un salon du palais pré­si­den­tiel. Il n’y était cepen­dant peut-être pas seul : on pen­se à ses gar­des du corps cubains, « four­nis » par Fidel Cas­tro. L’hypothèse de l’assassinat d’Allende par un de ses gar­des n’est nul­le­ment far­fe­lue. Je l’ai expo­sée en 2009 sur ce blog dans l’article : Mort de Hor­ten­sia Bus­si, la veu­ve d’Allende. Du Chi­li à Cuba, de Pino­chet à Cas­tro, de trou­bles jeux mor­tels

 

Voi­ci donc une série de pho­tos qu’on peut, qua­ran­te ans après, qua­li­fier d’historiques. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.  © Gérard Pon­thieu

 

 


Il y a 30 ans, l’Espagne échappait à une nouvelle tentative fasciste

Il y a tren­te ans aujourd’hui, le 23 février 1981, une ten­ta­ti­ve de coup d’État faillit fai­re replon­ger l’Espagne dans les affres du fran­quis­me.

A 18h30 ce jour-là, le colo­nel de la Gar­de civi­le, Anto­nio Teje­ro Moli­na, fait irrup­tion à la tri­bu­ne du Palais du congrès où sont réunis les dépu­tés espa­gnols pour éli­re le nou­veau chef du gou­ver­ne­ment. Teje­ro mena­ce le pré­si­dent de l’Assemblée avec un revol­ver posé sur sa tem­pe. La scè­ne est retrans­mi­se en direct à la télé­vi­sion. Les put­schis­tes veu­lent tout bon­ne­ment met­tre fin à la démo­cra­tie. A Valen­ce, le capi­tai­ne Milans del Bos­sch a déjà sor­ti les tanks. A 1h15 du matin, le roi Juan Car­los ras­su­re les Espa­gnols dans un dis­cours télé­vi­sé. Il désap­prou­ve le coup d’État et en réfè­re à la consti­tu­tion. Un cabi­net de cri­se se met en contact avec les rebel­les et obtient leur red­di­tion le 24 à midi.

Teje­ro sera condam­né à 30 ans de pri­son. Incar­cé­ré à la pri­son d’Alcalá de Hena­res, il béné­fi­cia d’un régi­me ouvert dès 1993, et fut libé­ré sous le régi­me de la liber­té condi­tion­nel­le en 1996. Depuis, il par­ta­ge son temps entre Madrid et sa pro­vin­ce nata­le de Mála­ga, où il contri­bue épi­so­di­que­ment à un quo­ti­dien local, Melil­la Hoy.

Ce put­sch dit du « 23 F. » fut la der­niè­re ten­ta­ti­ve de coup d’état d’une armée qui en deux siè­cles avait ten­té près de deux cents sou­lè­ve­ments… Le 23 février 1981, vit aus­si s’affirmer la figu­re du roi Juan-Car­los, plus sub­til et fin poli­ti­que qu’on pou­vait alors le redou­ter – il avait été adou­bé par Fran­co. C’est en par­tie grâ­ce à lui que la démo­cra­tie espa­gno­le, qui avait déjà un cadre ins­ti­tu­tion­nel voté en décem­bre 1978, fut non seule­ment sau­vée, mais naquit dans sa for­me actuel­le. Com­me quoi la démo­cra­tie demeu­re tou­jours une idée fra­gi­le, qui deman­de les plus gran­des atten­tions.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Com­me un clou chas­se l’autre, il ne fau­drait pas que, sur la scè­ne et dans l’opinion inter­na­tio­na­les, la révo­lu­tion égyp­tien­ne chas­se la tuni­sien­ne pour laquel­le il res­te tant à accom­plir. Les Tuni­siens en sont pour la plu­part bien conscients, en par­ti­cu­lier quand ils affir­ment haut et fort : « Le dic­ta­teur est par­ti mais la dic­ta­tu­re est tou­jours là. » C’est ce que sou­li­gne le Col­lec­tif pour les liber­tés et la démo­cra­tie en Tuni­sie* dans l’appel ci-des­sous :

Sal­le com­ble et effer­ves­cen­te mer­cre­di à Aix-en-Pro­ven­ce pour la réunion de sou­tien à la révo­lu­tion tuni­sien­ne. Ph. gp

« L’année 2011 res­te­ra dans l’histoire com­me cel­le de la for­mi­da­ble révo­lu­tion popu­lai­re tuni­sien­ne. Pour la pre­miè­re fois un dic­ta­teur est contraint par son peu­ple de s’enfuir. Cet­te vic­toi­re des mas­ses popu­lai­res de Tuni­sie est por­teu­se d’un espoir immen­se pour tous les peu­ples oppri­més. Elle mon­tre la voie et annon­ce de nou­vel­les révol­tes popu­lai­res dans le mon­de ara­be et afri­cain et dans tou­te l’Afrique. Par­tout les tyrans trem­blent et ont peur que leurs peu­ples tirent les leçons de l’exemple tuni­sien.

(Lire la sui­te…)


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remi­se du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­tu­re cas­tris­te de quit­ter l’île. Com­me lors de la remi­se du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chai­se vide.

Chai­se vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment euro­péen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sa­des anti­com­mu­nis­tes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prou­ve la maniè­re dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tu­res fas­cis­tes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­sis­te. »

Et le « camp pro­gres­sis­te », selon Mélen­chon n’est autre que cet aima­ble club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chi­ne et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tu­de symp­to­ma­ti­que chez les trots­kis­tes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gau­che fut mem­bre actif de l’Organisation com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te).

À pro­pos des rela­tions entre la Fran­ce et la Chi­ne, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cultu­re com­mu­ne bien plus éten­due et pro­fon­de qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, com­me nous, accor­dent depuis des siè­cles une pla­ce cen­tra­le à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­na­les, ils ne pra­ti­quent pas l’impérialisme aveu­gle des Amé­ri­cains. La Chi­ne est une puis­san­ce paci­fi­que. Il n’existe aucu­ne base mili­tai­re chi­noi­se dans le mon­de. (...) La Chi­ne n’est pas inté­res­sée au rap­port de for­ces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démo­cra­tie ?

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Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Diman­che. Je me disais que le Pré­si­dent avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, com­me ça conne­ment. Com­me un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrou­ve pen­du un matin, cri­blé de det­tes. À 26% de « popu­la­ri­té » selon les son­da­ges, il bat un record. Je me disais ça et je tom­be sur la page « lec­teurs » du Mon­de [26/9/10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­si­dent contes­té ». C’est une volée de bois vert com­me je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quel­ques pré­si­dents et m’être aus­si usé les miret­tes sur bien des gazet­tes.

Sans par­ler des bla­gues en tous gen­res qui par­cou­rent la toi­le [mer­ci Clau­de G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échap­pé par absen­ce tech­ni­que, il est vrai – et consti­tuent un sévè­re indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­na­ge et la fonc­tion atte­nan­te. Seul Ber­lus­co­ni peut s’aligner – et enco­re par­vient-il à fai­re illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un méri­te, un vrai. D’avoir été celui par qui la droi­te fran­çai­se aura recon­quis son titre de gloi­re : la plus bête du mon­de.

Diman­che ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt poin­té au ciel – écou­tez-moi bien ! – gra­ve, sen­ten­cieux, mena­çant pres­que, il don­ne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagno­le, leur décla­rant en sub­stan­ce : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu par­les, Char­les, cau­se tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­tu­re fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chè­re ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noi­se du gain réa­li­sé.

Diman­che, j’en suis sûr. « Marius et Jean­net­te » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­pis­te. Vu et revu, je ten­te un autre mélo, au ciné cet­te fois. Je dis « mélo » exprès par­ce que je lis ça dans la cri­ti­que de Télé­ra­ma. Eux, ils dézin­guent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exem­ple, Cri­me d’amour). Au mieux dans le pire, ils don­nent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obli­gé ni de les lire ni d’en tenir comp­te. On est en répu­bli­que – enfin, je m’avance, voir ci-des­sus. De tou­tes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­ti­ques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amo­re, que le ‘tit bon­hom­me du Télé­ra­ma esti­me « pas mal » (dou­ble néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cau­se de la musi­que (mélo-die) par­fois lour­din­gue dans la redon­dan­ce, tout com­me l’est la scè­ne d’amour – cen­tra­le, d’où le titre – à la fois subli­me et un peu ratée dans le paral­lè­le appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « natu­re », fleu­ret­tes et peti­tes bébê­tes. Il s’en serait fal­lu de peu, jus­te un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chan­te­rel­le, ce Luca Gua­da­gni­no qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son sty­le, c’est quel­que cho­se ! Ryth­me, mon­ta­ge, pho­to, éclai­ra­ge… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumiè­re est super­be, allia­ge du noir des contre-jours (les visa­ges mas­qués) et du plein pot solai­re des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une for­me ne sau­rait suf­fi­re. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – tou­te vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-dra­me, à doses varia­ble de mélo­die et de dra­me ? –, ver­sion gran­de bour­geoi­sie mila­nai­se, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­ti­le qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­li­sé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le cou­ple Pin­çon (« Le Pré­si­dent des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­net­te à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bova­ry) comp­te dans le tableau en tant que piè­ce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nes­se : confor­mis­te, roman­ti­que, rebel­le (la fille, les­bien­ne). Sur­vient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le dra­me com­me sanc­tion de la fau­te – la papau­té veille au grain – et une apo­théo­se en mater dolo­ro­sa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Frai­se et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se deman­de com­ment il a échap­pé à la cen­su­re (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­den­ce en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­tu­re. Dans le machis­me domi­nant, l’homo cumu­le les tares du contre-révo­lu­tion­nai­re. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusa­no – ce traî­tre de ver ram­pant.

L’histoire tour­ne autour de trois per­son­na­ges cen­traux qui suf­fi­sent à décri­re le quo­ti­dien de la vie à La Hava­ne, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­su­re obli­ge­rait). Je tiens Frai­se et cho­co­lat pour un film sexo-poli­ti­que, d’autant qu’il trai­te, en fait, de la fra­ter­ni­té. C’est un hym­ne à la fra­ter­ni­té avec une scè­ne fina­le pour le moins émo­tion­nel­le. En quoi il est révo­lu­tion­nai­re dans un régi­me qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­mer­ce – le mot et sur­tout pas la cho­se –, ce dont il devra bien ren­dre comp­te devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout com­me l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents com­me Rei­nal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Hava­ne), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Para­di­so) à qui Frai­se et cho­co­lat rend un hom­ma­ge direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­ma­ge, ce mar­di voit tom­ber la condam­na­tion du tra­der-vedet­te Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui récla­me sans rire  pres­que 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y pren­dre sans se fai­re pren­dre à nou­veau pour payer sa det­te à la socié­té, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la mar­tin­ga­le.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­na­le, notam­ment euro­péen­ne, ajou­tée à la déplo­ra­ble situa­tion éco­no­mi­que de l’île,  sem­ble condui­re la dic­ta­tu­re cas­tris­te à lâcher du lest. Le régi­me cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­ti­ques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénom­bre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Hava­ne, à la fois sur le plan diplo­ma­ti­que et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libé­ra­tion.

* L’annonce a été fai­te à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jai­me Orte­ga et le pré­si­dent Raul Cas­tro, en pré­sen­ce du minis­tre espa­gnol des affai­res étran­gè­res, Miguel Angel Mora­ti­nos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tu­res – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tia­les de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grè­ve de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, entâ­mait à son tour une grè­ve de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cet­te libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le tex­te de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tu­res obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remi­se des signa­tu­res du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tu­res d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la deman­de de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pa­gne. Soyez bref! Par exem­ple, écri­vez-leur : « Je vous invi­te à signer cet­te Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Décla­ra­tion.
Les remi­ses de signa­tu­res auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux siè­ges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De gran­des mani­fes­ta­tions et de peti­tes céré­mo­nies de remi­se sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sa­de, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contac­tez-nous.
Mer­ci de fai­re par­tie de cet­te cam­pa­gne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cuba­nos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próxi­mos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy bre­ve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tan­te. » No olvi­des incluir el enla­ce (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes socia­les a fir­mar la Decla­ra­ción.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Fren­te a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contác­ta­nos.

Gra­cias por ser par­te de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cuba­no


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambi­guï­té la dic­ta­tu­re cas­tris­te, cla­me un jour­na­lis­te chi­lien de gau­che. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sis­tes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à fai­re. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (cen­tre gau­che). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jus­que là sans réser­ve dont béné­fi­ciait le régi­me cubain dans la gau­che « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­ta­ge publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les fou­dres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lys­tes ins­pi­rés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­tia­go-du-Chi­li

La gau­che lati­no-amé­ri­cai­ne a com­mis une fau­te qu’elle met­tra long­temps à expier: cel­le d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­tu­re cubai­ne bien plus long­temps qu’il n’était accep­ta­ble. Rares en effet ont été les figu­res poli­ti­ques, les artis­tes et les intel­lec­tuels pro­gres­sis­tes qui, assis­tant de près à l’évolution du régi­me cas­tris­te, ont pris la pei­ne de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­ci­le. Les socia­lis­tes chi­liens eux-mêmes osent le fai­re, même s’ils uti­li­sent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­pli­ces ont fait en sor­te de noyer le pois­son et de diluer en phra­ses inter­mi­na­bles une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dic­ta­tu­re ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maî­tre dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mil­le mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nan­tes et les convain­cre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sa­ble et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tris­tes se sont sen­tis accueillis, les fai­bles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­di­re est bien­tôt deve­nu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­nai­res un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un man­que de liber­té inac­cep­ta­ble. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nel­les, c’est cer­tain. C’est sans dou­te l’homme poli­ti­que vivant le plus expé­ri­men­té au mon­de. Je dou­te que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puis­sent le nier. Il a pla­cé sa peti­te île au cen­tre de la car­te du mon­de et, mieux enco­re, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pau­vre face à la puis­san­ce bru­ta­le d’un empi­re. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guer­re froi­de. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le mépri­se. Eux, ces Argen­tins des Caraï­bes, se sen­tent au fond sou­mis par un hom­me gran­dio­se. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­por­té un demi-siè­cle sans plus se révol­ter?
Le seul pro­blè­me est qu’avec le temps les hom­mes gran­dio­ses vieillis­sent net­te­ment moins bien que les hom­mes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heu­res. Même la droi­te chi­lien­ne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scè­ne, l’auditoire fré­mit. Ils le crai­gnent tant qu’ils osent à pei­ne pro­non­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains uti­li­sent de nou­vel­les for­mes gram­ma­ti­ca­les ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régi­me], n’ayant pas de rubri­que de faits divers, on pour­rait croi­re que La Hava­ne ne connaît ni cri­mes ni délits. Le jour­na­lis­me n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plai­gnent de la concen­tra­tion des médias dans quel­ques mains par­don­nent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une far­ce, la poli­ce secrè­te est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne ren­tre pas dans cet­te caté­go­rie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­cri­tes que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­cha­bles, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devi­ses et d’autres - misé­ra­bles - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­liè­res », accom­pa­gna­tri­ces de tou­ris­tes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­ti­ques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­di­de des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mè­ne les yeux ouverts, consta­te qu’il n’en est rien. La san­té publi­que et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guè­re qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il exis­te un tou­ris­me idéo­lo­gi­que : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cher­che le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Pla­ne désor­mais l’idée que tous ces men­son­ges ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frè­re, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­vis­te de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grè­ve de la faim], ten­tant en vain de convain­cre le mon­de que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cu­le que cela puis­se paraî­tre, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­pri­ses ren­ta­bles. La cor­rup­tion sévit à gran­de échel­le. Et cer­tains parient déjà que cet­te fic­tion qui a rui­né tant de vies tou­che à sa fin. Com­me pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face som­bre de ce conte de fées. Si la gau­che entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­men­ce par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de cel­te dynas­tie cari­béen­ne, le mot « dic­ta­tu­re ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comp­tent en la matiè­re.
Patri­cio Fer­nan­dez
direc­teur de la revue sati­ri­que « The Cli­nic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régi­me cubain se dur­cit enco­re davan­ta­ge sous le dou­ble effet de la cri­se et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grè­ve de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Hava­ne. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et cel­les de plu­sieurs dizai­nes d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régi­me cas­tris­te. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­san­ce hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­lis­te espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lè­ne El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grè­ves de la faim der­riè­re lui. Depuis qu’il a ren­du sa car­te de l’Union des Jeu­nes Com­mu­nis­tes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré com­me un dur. Sa der­niè­re grè­ve de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs repri­ses pour lui sau­ver la vie. Il en gar­de de nom­breu­ses séquel­les et sa famil­le, cet­te fois redou­te un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­tai­ne d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tiè­me jour sans nour­ri­tu­re ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment fai­ble, bien que conscient, et il peut enco­re mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­ty­re » et pren­dre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps com­me un ins­tru­ment de plus pour « fai­re par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa fem­me, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cet­te pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pec­tent sa déci­sion. Deux méde­cins lui ren­dent visi­te cha­que jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui sui­vent en per­ma­nen­ce son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cet­te grè­ve ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­ti­que fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruel­les ni inhu­mai­nes, qu’elles libè­rent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­siè­me objec­tif est, si je meu­re, que le mon­de s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment lais­se mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas iso­lé.

Mais quel­le est votre deman­de concrè­te ?

– Que le gou­ver­ne­ment libè­re ces 26 pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vi­ces médi­caux du minis­tè­re on consi­dè­re qu’ils doi­vent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en pri­son.

Et s’ils ne les relâ­chent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­niè­res consé­quen­ces...

Vous vou­lez mou­rir ?

– (Silen­ce)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le mon­de s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­ty­res.

Vous vou­lez deve­nir un mar­ty­re consciem­ment ?

– Même les psy­cho­lo­gues du minis­tè­re de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une gran­de voca­tion de mar­ty­re... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lut­te pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­mis­te. Je pen­se que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trou­ve dans une pas­se dif­fi­ci­le, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grè­ve de la faim, ce qui serait un pro­blè­me au niveau de tou­te la socié­té.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­nai­re. Vous-même avez été mili­tai­re et avez étu­dié en Union sovié­ti­que. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dis­si­den­ce ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizai­nes de mil­liers de per­son­nes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du comp­te des nom­breu­ses per­ver­sions de ce régi­me auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meu­re.

Qu’est ce qu’il va se pas­ser main­te­nant ?

– Moi je me sens déjà très fai­ble. J’ai mal à la tête et je com­men­ce à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­san­ce. Alors ma famil­le déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie paren­té­ra­le].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visi­te de mes frè­res de lut­te, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­ca­le. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visi­te de mes cama­ra­des, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la sal­le de soin inten­sif, pen­dant les horai­res régle­men­tai­res des visi­tes, je per­met­trai cet­te ali­men­ta­tion paren­té­ra­le, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le vou­dra.

Que croyez-vous que pen­sent de tout ça votre fem­me, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cet­te grè­ve de la faim, ma mère est res­tée sei­ze heu­res sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y oppo­sent tou­jours, elles res­pec­tent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famil­le doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si cel­le de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­ti­ques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Mari­ne Pon­thieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guer­re d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de dro­gue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une tou­te autre ver­sion. Par exem­ple, que les frè­res Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schis­tes, avec d’autres mili­tai­res en oppo­si­tion au régi­me ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de dro­gue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sau­ve contre la recon­nais­san­ce du tra­fic de dro­gue mené à son pro­pre comp­te. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Hava­ne avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensui­te le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­vel­les de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus gra­ve que l’interdiction tota­le d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y  », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inha­bi­tuel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Hava­ne. Il menait une grè­ve de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Mem­bre d’une orga­ni­sa­tion de défen­se civi­que illé­ga­le, le Direc­toi­re démo­cra­ti­que cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désor­dre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­ti­que « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affir­me la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­na­le, une orga­ni­sa­tion illé­ga­le mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­si­dent, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semai­ne der­niè­re seule­ment de Camagüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Hava­ne.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubai­nes d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­ti­me, selon lui, de coups et de vio­len­ces racis­tes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Che­pe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, esti­me que cet­te affai­re pour­rait se repro­dui­re en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubai­nes, où aucu­ne orga­ni­sa­tion inter­na­tio­na­le n’est admi­se. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui esti­me à 65 le nom­bre des « pri­son­niers de conscien­ce » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nom­bre de pri­son­niers poli­ti­ques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Hava­ne, sans fai­re de com­men­tai­res, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexi­que des 32 pays de la région. De son côté, le pré­si­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubai­nes accu­sent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­nai­res » à la sol­de des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubai­nes se trou­vent à bout de souf­fle. La cri­se s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paie­ment.

[Sour­ces AFP, Le Mon­de, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


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    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

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    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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