On n'est pas des moutons

Mot-clé: dictature

« L’émission politique ». Comment peut-on être mélenchoniste ?

Ah ! ah ! mon­sieur est mélen­chon­iste ? C’est une chose bien extra­or­di­naire ! Com­ment peut-on être mélen­chon­iste ? » J’ai tout de suite pen­sé à Mon­tesquieu et ses Let­tres per­sanes. Je venais de voir, atter­ré, (en repasse, car jeu­di soir je me sen­tais mieux avec des amis que devant la télé) le pas­sage de « L’émission poli­tique » [France 2] dont l’invité était Jean-Luc Mélen­chon – le « tri­bun du peu­ple » comme il s’est auto­proclamé 1 Voyez ou revoyez ce pas­sage con­sacré au Vénézuela. Bien sûr, les plus inté­gristes, comme leur maître, vont me reprocher ce choix. Ce fut la défense par l’attaque de l’Insoumis. Mais voyons cet extrait d’une dizaine de min­utes :

Cette séquence étant mon­trée et vue, je repose ma ques­tion : « Com­ment peut-on être mélen­chon­iste ? » Dites-moi, mes amis mélen­chon­istes (car j’en ai encore), com­ment pour­riez-vous jus­ti­fi­er : l’agressivité, la mau­vaise foi, la fix­ité idéologique (pléonasme), la mal­hon­nêteté intel­lectuelle, la gou­ja­terie 2 ? Je ne veux pas m’étendre à analyser ce qui me sem­ble sauter aux yeux d’un spec­ta­teur nor­male­ment atten­tif et de bonne foi. J’exclus donc à l’avance les dévôts de la France insoumise, venus à l’émission faire la claque à leur idole tels des fans du show­biz. À l’image de l’auteur de ce tweet :

✔@thomas_guenole « J’apprends à l’instant que “l’historienne” face à @JLMelenchon sur le #Venezuela est en fait une ex-ban­quière macro­niste. A @France2tv: en résumé, vous devriez avoir honte. 23:48 — 30 nov. 2017 »

Réac­tion typ­ique de rejet de toute dis­cus­sion, du procès d’intention, des pra­tiques stal­in­i­ennes et leurs avatars cas­tristes et chav­istes. Mélen­chon a ain­si ten­té la diver­sion vers l’Arabie saou­dite. Il lui faut, en effet, mobilis­er bien des con­tre­feux pour jus­ti­fi­er ses affinités passées ou actuelles avec les Pou­tine, Ahmadine­jad et autres auto­crates chi­nois. Tous ces bien­fai­teurs de l’humanité. Tan­dis que l’Insoumis en chef désigne son enne­mi suprême, cause de tous les maux de la Terre, l’impéri­al­isme améri­cain. Comme Georges Mar­chais dans les années 80, en moins drôle – c’est dire.

Notes:

  1. Voir Mélen­chon, l’homme qui ne plan­tait rien (ou qui plan­tait tout). Voir aus­si sur « C’est pour dire » en tapant « Mélen­chon » dans la case de recherche.
  2. Dou­blée de mépris lorsqu’il tourne osten­si­ble­ment le dos à son inter­locutrice – « je rangeais mes papiers » !

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d’universels sym­bol­es de la paix du coeur. Ils en sont aus­si les effets.(Cheva­lier-Gheer­brant, Dic­tio­n­naire des sym­bol­es)

La ter­ri­ble ago­nie d’Alep et de sa pop­u­la­tion touche l’humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la touch­er – ce qui chang­erait peut-être la face du monde. Mais son atroc­ité ren­voie à ses caus­es, sou­vent incom­préhen­si­bles. Des par­al­lèles sont ten­tées avec l’Histoire récente : cer­tains voient en Syrie une guerre civile sem­blable à la guerre d’Espagne (1936–1939) qui fut le prélude au deux­ième con­flit mon­di­al. Issa Goraieb, édi­to­ri­al­iste au quo­ti­di­en fran­coph­o­ne de Bey­routh, L’Orient-Le Jour, ten­tait ce rap­proche­ment l’an dernier :

Les avions et pilotes russ­es dépêchés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mau­vaise pos­ture ne sont autres, en effet, que la légion Con­dor qu’offrait Hitler au dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co. À l’époque, l’Italien Mus­soli­ni se chargeait, lui, d’expédier des com­bat­tants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Iraniens et leurs sup­plétifs du Hezbol­lah, qui s’apprêteraient à lancer une offen­sive ter­restre majeure pour con­solid­er la Syrie utile de Bachar. Quant aux brigades inter­na­tionales, for­mées de volon­taires venant de divers points de la planète pour prêter main-forte aux répub­li­cains espag­nols, c’est évidem­ment Daech qui en décline actuelle­ment une réédi­tion des plus sul­fureuses.” [L’Orient-Le Jour, 03/10/2015]

Sul­fureuse”, c’est peu dire, sinon mal­adroit. De son côté, Jean-Pierre Fil­iu, ana­lyste de l’islam con­tem­po­rain, insiste aus­si sur ce par­al­lèle his­torique, mar­quant bien une dif­férence tranchée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assim­i­la­tion fal­lac­i­euse des dji­hadistes aux brigadistes, mais bien en rai­son de la non-inter­ven­tion occi­den­tale». [Medi­a­part, 7/08/2016] Encore fal­lait-il le rap­pel­er et le soulign­er : s’engager pour un idéal de libéra­tion poli­tique dif­fère fon­cière­ment du renon­ce­ment dans le fanatisme et l’asservissement religieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aus­si édi­to­ri­al­iste à L’Orient-Le Jour : “Ce n’est plus une ten­dance, ou un glisse­ment pro­gres­sif. C’est une nou­velle réal­ité. Le monde régresse à une vitesse insen­sée, que ce soit à cause des vicis­si­tudes de la glob­al­i­sa­tion, de la trib­al­i­sa­tion des esprits, ou de la résur­rec­tion de l’hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s’obscurcit, se recro­queville dans ses pho­bies (de la lumière, de l’autre…) et se calfeu­tre dans une bar­barie (et une reven­di­ca­tion et une banal­i­sa­tion de cette bar­barie) fon­cière­ment moyenâgeuse.” [15/12/16]

Moyenâgeuse”…  pas­sons sur cet anachro­nisme mal­heureux (l’histoire du Moyen Âge exige la nuance… his­torique). Mais soit, il y a de l’irrationnel dans la folie guer­rière des hommes à l’humanité rel­a­tive… D’où vient, en effet, cette tare frap­pant l’homo pour­tant sapi­ens – ain­si le décrit-on – inca­pable d’instaurer la paix comme mode de rela­tion entre ses con­génères ? Cet espèce-là, bien dif­féren­ciée des autres espèces ani­males en ce qu’elle est si capa­ble de détru­ire ses sem­blables, et sans doute aus­si de s’autodétruire. J’entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Car­rière s’interroger sur le sujet et pré­cisé­ment sur la Paix, avec majus­cule 1. Car l’Histoire (grand H) et toutes les his­toires, presque toutes, qui nour­ris­sent notam­ment la lit­téra­ture, le ciné­ma, les arts…, s’abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poi­son vio­lent qui tourneboule les hommes, les mâles : la testostérone. Peu les femmes-femelles qui en fab­riquent bien moins, ou qui le trans­for­ment mieux, en amour par exem­ple – sauf excep­tions, bien enten­du, dans les champs de com­péti­tion de pou­voir, poli­tique et autres. Ce qui se traduit, soit dit en pas­sant, par des pris­ons peu­plées d’hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Car­rière rel­e­vait aus­si que l’empire romain avait établi la paix pen­dant plusieurs décen­nies sur l’ensemble de son immense domaine. “Pourquoi ? Il accueil­lait toutes les croy­ances.2 C’est bien l’objectif de la laïc­ité – du moins dans le strict esprit de la loi française de 1905. On peut y voir une réplique poli­tique et pos­i­tive à la folie humaine, vers son édi­fi­ca­tion et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en revenir à la guerre en Syrie. Pou­tine a su mon­tr­er et démon­tr­er “qu’il en a” [de la testostérone…], en quoi il est soutenu et admiré par d’autres [qui en ont aus­si !], comme Jean-Luc Mélen­chon, pour ne par­ler que de lui.

Des nuances intéres­santes, du point de vue politi­co-diplo­ma­tique, ont été apportées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui con­sacrait une longue soirée à Vladimir Pou­tine “des orig­ines à nos jours”. Nuancée, donc, l’analyse de l’ancien min­istre des Affaires étrangère, Hubert Védrine, faisant ressor­tir l’inconséquence méprisante des “Occi­den­taux” face à la Russie post-sovié­tique, en quête de recon­nais­sance inter­na­tionale – ce que l’Europe lui a refusé ! D’où, aus­si, les poussées de l’hormone en ques­tion… grande four­nisseuse de guer­res et de morts.


Jean-Claude Car­rière : “Je voudrais bien que… par fran­cein­ter

Notes:

  1. Il vient de pub­li­er La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L’Orient-Le Jour), cette note : ” Jacques Le Goff savait que l’Occident médié­val était né sur les ruines du monde romain, qu’il y avait trou­vé appui et hand­i­cap à la fois, que Rome a été sa nour­ri­t­ure et sa paralysie. Ce qui naî­tra des ruines et des cadavres d’Alep(-Est) risque d’être infin­i­ment moins fasci­nant. Ter­ri­ble­ment plus mor­tel.”

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume munic­i­pal, Georges Moth­ron, maire Les Répub­li­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figu­ier blanc a dû annuler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui craig­nait que leurs sujets «met­tent le feu aux poudres» dans la com­mune.

 G. Moth­ron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chang­er l’image de la ville» […] le boule­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­tisés respec­tive­ment boule­vard du général Leclerc et avenue Mau­rice Utril­lo.
• Le 6 août 2007, un arrêté munic­i­pal inter­dis­ant la men­dic­ité dans le cen­tre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la con­signe aux agents de la voirie de dif­fuser du mal­odore, un répul­sif nauséabond, dans les lieux fréquen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse nationale qui s’ensuit et des con­tro­ver­s­es sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coû­tent la mairie qui revient au social­iste Philippe Doucet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014, il reprend la mairie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wikipé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un cen­tre cul­turel, a eu la curieuse sur­prise de recevoir la semaine dernière un cour­ri­er […] dans lequel l’élu demandait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Soci­o­logue et l’ourson, d’Étienne Chail­lou et Math­ias Thery, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un doc­u­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sex­uel en suiv­ant la soci­o­logue Irène Théry et en met­tant en scène, sur un mode péd­a­gogique et ludique, des peluches et des jou­ets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recon­stituer des moments famil­i­aux. Le sec­ond, dif­fusé depuis l’an dernier dans plusieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Lay­al, une jeune Palesti­enne incar­cérée dans une prison israéli­enne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polémique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa déci­sion est «motivée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un souci d’apaisement […]la ville a préféré jouer la sécu­rité en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éventuelle­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a surtout provo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mairie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Sol­i­dar­ité Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octo­bre dernier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indépen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflex­ion sur des ques­tions qui se posent dans le con­texte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs mul­ti­mé­dia, pub­lie un com­mu­niqué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­taine­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Moth­ron, con­sid­ère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regarder sere­ine­ment un doc­u­men­taire de société où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un doc­u­men­taire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Moth­ron le fera-t-il saisir dans les ray­on­nages ? Quand le film sera dif­fusé à la télévi­sion, Georges Moth­ron fera-t-il couper les antennes du dif­fuseur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Moth­ron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflex­es pavloviens de repli sur soi de telle ou telle com­mu­nauté.
« La Scam sou­tient la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pel­er au maire, Georges Moth­ron, que le suf­frage uni­versel ne lui con­fie pas pour autant un droit à décider ce que ses conci­toyens peu­vent choisir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonc­tion de mag­is­trat munic­i­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-censeur de ciné­ma et de directeur des con­sciences. Non mais.


Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Monde de ce 29/10/15 

Diesel : l’Europe recule face aux lob­bys

Après le scan­dale Volk­swa­gen, la Com­mis­sion européenne voulait impos­er des tests d’émissions de gaz pol­lu­ants plus con­traig­nants. Les con­struc­teurs auto­mo­biles, soutenus par les Etats, ont obtenu de pou­voir émet­tre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote autorisé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démoc­ra­tique. Tirons l’échelle !

Nous serons les derniers, voilà.


Puisqu’il s’agit d’islamofascisme

Palmarès…

Mars 2001 Afghanistan – Les deux boud­dhas mon­u­men­taux sculp­tés dans la falaise de Bamiyan à 150 km de Kaboul sont détru­its à l’explosif par des tal­ibans. 

Jan­vi­er 2012 Mali – Destruc­tion des mau­solées à Tombouc­tou. 

Jan­vi­er 2013 Mali – Des man­u­scrits pré-islamiques sont l’objet d’un autodafé à Tombouc­tou. 

Juil­let 2014 Irak – Le tombeau du prophète Nabi Yunus, dit Jonas, à Mossoul, est rasé par Daech. 

Jan­vi­er 2015 Irak – A deux repris­es, les 28 et 30 jan­vi­er,la bib­lio­thèque de Mossoul est mise à sac. 

Févri­er 2015 Irak  – La grande stat­u­aire assyri­enne du musée de Mossoul est sauvage­ment mise en pièces par les sol­dats de l’Etat islamique qui met­tent en scène l’opération

A quoi bon l’indignation, les grands mots, quand l’horreur hurle si vio­lem­ment, quand la rai­son som­bre et avec elle l’humanité digne de ce nom ? Quand des fana­tiques islamistes ne décapi­tent pas des humains, ne mar­tyrisent pas femmes et fil­lettes, ils détru­isent des œuvres d’art dans les musées, abat­tent des stat­ues à coups de masse et de marteaux-piqueurs. Ou encore, au nom de leur Dieu, ils brû­lent des instru­ments de musique “non islamiques” car il ne leur suf­fit pas d’interdire la musique – ce qu’illustre bien, au Sahel, le film “Tim­buk­tu”, ou “Iranien”, cet autre film tourné à Téhéran par un cinéaste athée (et exilé), mon­trant des mol­lahs au dis­cours malin, et tout opposés à la musique. Avant eux, les nazis avaient dis­qual­i­fié le jazz comme “musique dégénérée”. Et Mao, pas en reste, avait inter­dit les “bour­geois­es” sym­phonies de Beethoven. En quoi on peut bien par­ler d’islamofascisme, généra­teur d’islamophobie. Deux mots mal vus par les temps qui courent, des mots pas “poli­tique­ment cor­rects”, comme s’il s’agissait de politesse – “Mais après vous, Mon­sieur le Chance­li­er…” La dif­fi­culté vient des fameux “amal­games” pra­tiqués par ces pré­ten­dus laïcs d’extrême-droite, tou­jours  empressés à bouf­fer de l’Arabe ou du Juif, sinon les deux à la fois. Tout autant que cette autre dif­fi­culté venant de l’État d’Israël, et plus pré­cisé­ment de son extrême-droite poli­tique, religieuse et colo­nial­iste qu’il est si risqué de cri­ti­quer, au risque d’ “anti­sémitisme”.

Et ce n’est pas tout :

Daech brûle des instru­ments de musique “non-islamiques”

daech-fanatisme islamiste

A l’est de la Libye, des hommes cagoulés se met­tent en scène devant des instru­ments de musique livrés aux flammes. [dr]

Daech a pub­lié, le 19 févri­er, une série de pho­togra­phies met­tant en scène plusieurs de ses mem­bres cagoulés, en train de regarder des instru­ments brûler, des bat­ter­ies, des sax­o­phones et des tam­bours. La scène se déroule près de Der­na, dans l’est de la Libye, selon le “Dai­ly Mail”. La ville est dev­enue l’un des bas­tions de groupes ayant prêté allégeance à l’Etat islamique. D’après la “branche de com­mu­ni­ca­tion” du groupe dji­hadiste, ces instru­ments jugés “non-islamiques” ont été con­fisqués par la police religieuse et livrés aux flammes “con­for­mé­ment à la loi islamique”. Ce n’est pas sans rap­pel­er l’autodafé de Mossoul, dans lequel près de 2.000 livres de la bib­lio­thèque cen­trale jugés imp­ies auraient été brûlés en jan­vi­er.

Le 16 févri­er, l’Etat islamique avait revendiqué l’exécution de 21 Egyp­tiens de con­fes­sion copte en Libye.

Il y a aus­si ça :

Irak: l’Etat islamique exhibe des combattants kurdes dans des cages

daech-fanatisme islamiste

Cap­ture d’écran tirée d’une vidéo dif­fusée dimanche 22 févri­er par l’EI, mon­trant des com­bat­tants kur­des enfer­més dans des cages.

 

L’Etat islamique a dif­fusé ce dimanche 22 févri­er une vidéo mon­trant des com­bat­tants kur­des, des pesh­mer­gas, enfer­més et exposés dans des cages, avant d’être paradés à bord de pick-up. La vidéo, non datée, ne mon­tre pas de scène d’exécution. La mise en scène de ce film repris par le cen­tre améri­cain de sur­veil­lance des sites islamistes (SITE) rap­pelle celle du pilote jor­danien brûlé vif dans une cage, selon une vidéo dif­fusée par le groupe le 3 févri­er.

La vidéo de dimanche ne mon­tre aucune exé­cu­tion, les 21 otages se présen­tant comme 16 pesh­mer­gas, deux officiers dans l’armée iraki­enne et trois policiers de Kirk­ouk, une ville située à 240 km au nord de Bag­dad.

Le film ne pré­cise ni le lieu ni la date, mais des sources kur­des ont affir­mé que les scènes ont été tournées il y a une semaine sur le marché prin­ci­pal du dis­trict de Haw­i­ja, tenu par l’EI, à une cinquan­taine de kilo­mètres de Kirk­ouk.

Et ça con­tin­ue
IRAK. Jusqu’à 10.000 femmes ven­dues par l’Etat islamique

• L’Irak accuse l’Etat islamique de faire du traf­ic d’organes

• Autodafés à Mossoul : pourquoi Daech hait les livres et le savoir


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Oba­ma et Raul Cas­tro ont donc annon­cé mer­cre­di le rétab­lisse­ment de rela­tions diplo­ma­tiques entre leurs pays après un demi-siè­cle de guerre froide. Certes, ce réchauf­fe­ment vaut mieux que les annonces d’attentats hor­ri­bles et autres mas­sacres. Mais douce­ment les clairons ! Les inten­tions des gou­ver­nants sous ten­dent des manœu­vres peu portées au dés­in­téresse­ment.

Obama tente de redor­er un bla­son pour le moins terni. De sa prési­dence, l’Histoire retien­dra la mise en place d’une cou­ver­ture san­té pour 32 mil­lions d’Américains dému­nis. Pour le reste, rien de mar­quant, sinon de grandes décep­tions. Surtout sur le plan social et racial, ain­si que l’ont rap­pelé les émeutes de Fer­gu­son. Oba­ma va donc pêch­er en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guan­tanamo le ramène au pire de ses renon­ce­ments. Mais ces “fiançailles” à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médi­as­phère, lais­seront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des “belles améri­caines”. Ici, à Trinidad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au pho­tographe. Sur son T-shirt : “Mia­mi Beach”. [© gp-2008]

Raul Cas­tro lui aus­si espère bien tir­er quelques béné­fices de cette pacti­sa­tion avec l’ennemi d’un demi-siè­cle. Les Cubains fan­tas­ment tou­jours sur l’Amérique voi­sine, en pro­por­tion inverse de leur désil­lu­sion cas­triste. Entrou­vrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rap­porter quelques dol­lars. D’autant que le fameux « blo­queo » en vigueur depuis 1962, plus juste­ment qual­i­fié d’embargo, ne risque pas d’être offi­cielle­ment levé vu qu’une telle mesure relève du Con­grès, tenu par les répub­li­cains. Or ce « blo­cus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le com­merce, y com­pris avec les États-Unis ! On peut se référ­er à ce pro­pos à mon reportage dans Poli­tis du 24/12/2008, lis­i­ble ici), s’il vise surtout les trans­ac­tions finan­cières inter­na­tionales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de mas­quer leur échec poli­tique en le reje­tant sur le méchant voisin yan­qui.

Le rétab­lisse­ment des rela­tions diplo­ma­tiques cubano-état­suni­ennes pour­ra favoris­er cette libéral­i­sa­tion économique « à la viet­nami­enne » que Raul Cas­tro met en place depuis sa prési­dence. Pour les Cubains, pour leur vie quo­ti­di­enne, cela ne chang­era sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des prin­ci­pales opposantes con­nues au régime cas­triste. Dans son blog Gen­era­cion Y, elle rap­pelle les grandes étapes encore à venir pour « déman­tel­er le total­i­tarisme » :

« La libéra­tion de tous les pris­on­niers poli­tiques et pris­on­niers de con­science; la fin de la répres­sion poli­tique; la rat­i­fi­ca­tion des pactes civils, poli­tiques, économiques, soci­aux et cul­turels, la recon­nais­sance de la société civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En atten­dant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les dra­peaux, vous ne pou­vez pas encore débouch­er les bouteilles et le mieux est de main­tenir la pres­sion pour arriv­er enfin au jour J. »

–––

* Les ban­ques français­es Société générale, BNP Paribas et Crédit agri­cole ont fait l’objet d’une enquête pour blanchi­ment d’argent et vio­la­tions de sanc­tions améri­caines con­tre cer­tains pays – dont Cuba (ain­si que l’Iran et le Soudan).


11 septembre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démocratie

Onze sep­tem­bre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démoc­ra­tie. Mort d’Allende. Quelques mil­liers d’autres vont suiv­re – cer­taine­ment bien plus que les deux milles annon­cés. Com­bi­en de mar­tyrisés, de « dis­parus », de blessés ? Com­bi­en d’exilés ? Com­bi­en de drames ? Quar­ante ans déjà. J’ai ressor­ti mes dia­pos pour revivre et partager ces douloureux événe­ments. Voici ma sélec­tion. Images pris­es juste avant le « golpe » de Pinochet.

L’atmosphère à San­ti­a­go où j’avais été envoyé par Tri­bune social­iste, l’hebdo du PSU, déjà dégradée depuis plusieurs mois (une ten­ta­tive de putsch avait eu lieu en juin), se tendait ter­ri­ble­ment en ce début sep­tem­bre. De plus en plus vis­i­bles, sol­dats et policiers occu­paient la rue, se fai­saient plus arro­gants. De même que les mil­ices d’extrême droite, ouverte­ment menaçantes. Des man­i­fes­ta­tions spo­radiques éclataient ça et là, surtout dans le cen­tre, réprimées à coups de grenades lacry­mogènes et de canons à eau. Par­fois aus­si par balles, on ne savait trop faire la dif­férence. Mais il y avait des corps éten­dus, des ambu­lances, des pom­piers.

La dernière grande man­i­fes­ta­tion de l’Unité pop­u­laire avait mon­tré des airs de cortège funèbre. Le cœur n’y était plus, et le fameux slo­gan « El pueblo – unido – jamas sera ven­ci­do » avait bais­sé d’ardeur. Des rumeurs entrete­naient l’illusion autour de l’existence de stocks d’armes « secrets » qui allaient per­me­t­tre de résis­ter aux fas­cistes. Lesquels étaient à la besogne, à saper la frag­ile économie (les camion­neurs en grève blo­quaient les trans­ports), appuyés en sous-main par la vin­dicte yan­kee. Nixon, Kissinger, la CIA et leur cor­re­spon­dant sur place, la multi­na­tionale des télé­com­mu­ni­ca­tions ITT s’acharnaient à ruin­er l’ “expéri­ence chili­enne”, cet insup­port­able régime social­iste issu d’élections démoc­ra­tiques.

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Cas­tro et Pinochet…

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Éton­nant atte­lage…

Sal­vador Allende voy­ait ses marges de manœu­vre se restrein­dre de jour en jour. Les généraux des dif­férentes armes se présen­taient de plus en plus sou­vent pour des audi­ences au palais prési­den­tiel et des exi­gences crois­santes. Le 23 août 1973, le général Prats démis­sionne. Com­man­dant en chef de l’armée chili­enne, c’est un proche d’Allende, qui le rem­place par un autre « proche », Augus­to Pinochet. Celui-ci, en effet, a plutôt une répu­ta­tion de pro­gres­siste ; il sera même chargé de la pro­tec­tion de Fidel Cas­tro en vis­ite d’État au Chili ! (des pho­tos les mon­trent tous deux côte à côte…) Il a la con­fi­ance d’Allende. Le « golpe », le putsch, Pinochet ne s’y ral­lie que tar­di­ve­ment, presqu’à corps défen­dant, sous la pres­sion de son véri­ta­ble pro­mo­teur, le général d’aviation Gus­ta­vo Leigh Guzmán. Anti-marx­iste de choc, c’est lui qui ordon­na de bom­barder le palais de la Mon­e­da. Mais Pinochet devait se rat­trap­er bien vite et dépass­er son men­tor pen­dant dix-sept ans de dic­tature…

Voulant en appel­er directe­ment au peu­ple face à la sédi­tion mon­tante des mil­i­taires, Allende avait organ­isé un référen­dum pour le 12 sep­tem­bre, un mer­cre­di. Mais il y eut le mar­di. On con­naît la suite.

 

PS. Les cir­con­stances de la mort d’Allende restent trou­bles, en dépit de la ver­sion offi­cielle, celle du sui­cide. Il n’y a en effet pas eu de témoins directs déclarés, Allende s’étant alors retiré dans un salon du palais prési­den­tiel. Il n’y était cepen­dant peut-être pas seul : on pense à ses gardes du corps cubains, « four­nis » par Fidel Cas­tro. L’hypothèse de l’assassinat d’Allende par un de ses gardes n’est nulle­ment far­felue. Je l’ai exposée en 2009 sur ce blog dans l’article : Mort de Hort­en­sia Bus­si, la veuve d’Allende. Du Chili à Cuba, de Pinochet à Cas­tro, de trou­bles jeux mor­tels

 

Voici donc une série de pho­tos qu’on peut, quar­ante ans après, qual­i­fi­er d’historiques. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.  © Gérard Pon­thieu

 

 


Il y a 30 ans, l’Espagne échappait à une nouvelle tentative fasciste

Il y a trente ans aujourd’hui, le 23 févri­er 1981, une ten­ta­tive de coup d’État fail­lit faire rep­longer l’Espagne dans les affres du fran­quisme.

A 18h30 ce jour-là, le colonel de la Garde civile, Anto­nio Tejero Moli­na, fait irrup­tion à la tri­bune du Palais du con­grès où sont réu­nis les députés espag­nols pour élire le nou­veau chef du gou­verne­ment. Tejero men­ace le prési­dent de l’Assemblée avec un revolver posé sur sa tempe. La scène est retrans­mise en direct à la télévi­sion. Les putschistes veu­lent tout bon­nement met­tre fin à la démoc­ra­tie. A Valence, le cap­i­taine Milans del Boss­ch a déjà sor­ti les tanks. A 1h15 du matin, le roi Juan Car­los ras­sure les Espag­nols dans un dis­cours télévisé. Il dés­ap­prou­ve le coup d’État et en réfère à la con­sti­tu­tion. Un cab­i­net de crise se met en con­tact avec les rebelles et obtient leur red­di­tion le 24 à midi.

Tejero sera con­damné à 30 ans de prison. Incar­céré à la prison d’Alcalá de Henares, il béné­fi­cia d’un régime ouvert dès 1993, et fut libéré sous le régime de la lib­erté con­di­tion­nelle en 1996. Depuis, il partage son temps entre Madrid et sa province natale de Mála­ga, où il con­tribue épisodique­ment à un quo­ti­di­en local, Melil­la Hoy.

Ce putsch dit du « 23 F. » fut la dernière ten­ta­tive de coup d’état d’une armée qui en deux siè­cles avait ten­té près de deux cents soulève­ments… Le 23 févri­er 1981, vit aus­si s’affirmer la fig­ure du roi Juan-Car­los, plus sub­til et fin poli­tique qu’on pou­vait alors le red­outer – il avait été adoubé par Fran­co. C’est en par­tie grâce à lui que la démoc­ra­tie espag­nole, qui avait déjà un cadre insti­tu­tion­nel voté en décem­bre 1978, fut non seule­ment sauvée, mais naquit dans sa forme actuelle. Comme quoi la démoc­ra­tie demeure tou­jours une idée frag­ile, qui demande les plus grandes atten­tions.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chas­se l’autre, il ne faudrait pas que, sur la scène et dans l’opinion inter­na­tionales, la révo­lu­tion égyp­ti­enne chas­se la tunisi­enne pour laque­lle il reste tant à accom­plir. Les Tunisiens en sont pour la plu­part bien con­scients, en par­ti­c­uli­er quand ils affir­ment haut et fort : « Le dic­ta­teur est par­ti mais la dic­tature est tou­jours là. » C’est ce que souligne le Col­lec­tif pour les lib­ertés et la démoc­ra­tie en Tunisie* dans l’appel ci-dessous :

Salle comble et effer­ves­cente mer­cre­di à Aix-en-Provence pour la réu­nion de sou­tien à la révo­lu­tion tunisi­enne. Ph. gp

« L’année 2011 restera dans l’histoire comme celle de la for­mi­da­ble révo­lu­tion pop­u­laire tunisi­enne. Pour la pre­mière fois un dic­ta­teur est con­traint par son peu­ple de s’enfuir. Cette vic­toire des mass­es pop­u­laires de Tunisie est por­teuse d’un espoir immense pour tous les peu­ples opprimés. Elle mon­tre la voie et annonce de nou­velles révoltes pop­u­laires dans le monde arabe et africain et dans toute l’Afrique. Partout les tyrans trem­blent et ont peur que leurs peu­ples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la “bienveillance” de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a préféré quit­ter l’hémicycle du Par­lement de Stras­bourg plutôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remise du prix Sakharov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Far­iñas, empêché par la dic­tature cas­triste de quit­ter l’île. Comme lors de la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, cinq jours avant, la céré­monie s’est déroulée devant une chaise vide.

Chaise vide pour le Prix Sakharov (Pn. Par­lement européen)

L’auteur de Qu’ils s’en ail­lent tous ! a déclaré à l’AFP : « Le Par­lement européen est embri­gadé dans des croisades anti­com­mu­nistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on dés­ap­prou­ve la manière dont le Par­lement est bien­veil­lant pour des dic­tatures fas­cistes, et malveil­lant vis-à-vis du camp pro­gres­siste. »

Et le « camp pro­gres­siste », selon Mélen­chon n’est autre que cet aimable club regroupant notam­ment Cuba, la Chine et le Venezuela de son ami Chavez. Atti­tude symp­to­ma­tique chez les trot­skistes d’un jour ou/et de tou­jours (le leader du Par­ti de gauche fut mem­bre act­if de l’Organisation com­mu­niste inter­na­tion­al­iste).

À pro­pos des rela­tions entre la France et la Chine, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cul­ture com­mune bien plus éten­due et pro­fonde qu’avec les Nord-Améri­cains. Les Chi­nois, comme nous, accor­dent depuis des siè­cles une place cen­trale à l’Etat dans leur développe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tionales, ils ne pra­tiquent pas l’impérialisme aveu­gle des Améri­cains. La Chine est une puis­sance paci­fique. Il n’existe aucune base mil­i­taire chi­noise dans le monde. (…) La Chine n’est pas intéressée au rap­port de forces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démoc­ra­tie ?

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Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Dimanche. Je me dis­ais que le Prési­dent avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, comme ça con­nement. Comme un gag­nant au loto qui a tout claqué et qu’on retrou­ve pen­du un matin, criblé de dettes. À 26% de « pop­u­lar­ité » selon les sondages, il bat un record. Je me dis­ais ça et je tombe sur la page « lecteurs » du Monde [26/9/10], entière­ment con­sacrée au « prési­dent con­testé ». C’est une volée de bois vert comme je n’ai pas sou­venir d’en avoir vu après avoir usé quelques prési­dents et m’être aus­si usé les mirettes sur bien des gazettes.

Sans par­ler des blagues en tous gen­res qui par­courent la toile [mer­ci Claude G.]– ce à quoi ses prédécesseurs ont échap­pé par absence tech­nique, il est vrai – et con­stituent un sévère indi­ca­teur de la décon­sid­éra­tion pour ce per­son­nage et la fonc­tion attenante. Seul Berlus­coni peut s’aligner – et encore parvient-il à faire illu­sion en Ital­ie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un mérite, un vrai. D’avoir été celui par qui la droite française aura recon­quis son titre de gloire : la plus bête du monde.

Dimanche ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt pointé au ciel – écoutez-moi bien ! – grave, sen­ten­cieux, menaçant presque, il donne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux représen­tants de l’industrie de la bag­nole, leur déclarant en sub­stance : ne comptez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fab­ri­quer vos autos à l’étranger. Tu par­les, Charles, cause tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voiture fab­riquée en Roumanie lui reve­nait 2 000 euros moins chère ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noise du gain réal­isé.

Dimanche, j’en suis sûr. « Mar­ius et Jean­nette » sur Arte. Génial film, si généreux donc utopiste. Vu et revu, je tente un autre mélo, au ciné cette fois. Je dis « mélo » exprès parce que je lis ça dans la cri­tique de Téléra­ma. Eux, ils dézinguent à tout va, spé­ciale­ment con­tre mes films préférés (le dernier d’Alain Corneau par exem­ple, Crime d’amour). Au mieux dans le pire, ils don­nent deux avis, un pour un con­tre. C’est leur droit, et suis pas obligé ni de les lire ni d’en tenir compte. On est en république – enfin, je m’avance, voir ci-dessus. De toutes façons, en général, je ne lis les cri­tiques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amore, que le ‘tit bon­homme du Téléra­ma estime « pas mal » (dou­ble néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au min­i­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cause de la musique (mélo-die) par­fois lour­dingue dans la redon­dance, tout comme l’est la scène d’amour – cen­trale, d’où le titre – à la fois sub­lime et un peu ratée dans le par­al­lèle appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « nature », fleurettes et petites bébêtes. Il s’en serait fal­lu de peu, juste un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chanterelle, ce Luca Guadagni­no qui, pour­tant, sait filmer, vingt dieux.

Et juste­ment son style, c’est quelque chose ! Rythme, mon­tage, pho­to, éclairage… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumière est superbe, alliage du noir des con­tre-jours (les vis­ages masqués) et du plein pot solaire des extérieurs ; bataille des incon­scients et des refoule­ment con­tre le sur­gisse­ment des pul­sions. Une forme ne saurait suf­fire. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – toute vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-drame, à dos­es vari­able de mélodie et de drame ? –, ver­sion grande bour­geoisie milanaise, aris­to­cratie de l’industrie tex­tile qu’on voit bas­culer dans le chau­dron mon­di­al­isé. Ter­rain de prédilec­tion pour le cou­ple Pinçon (« Le Prési­dent des rich­es », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Mar­ius et Jean­nette à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bovary) compte dans le tableau en tant que pièce rap­portée (de Russie), surtout vouée à ses trois enfants. Lesquels pour­raient représen­ter trois états de la jeunesse : con­formiste, roman­tique, rebelle (la fille, les­bi­enne). Survient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ital­ien, je suis l’amour ), l’aventure, le drame comme sanc­tion de la faute – la papauté veille au grain – et une apothéose en mater dolorosa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Fraise et choco­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se demande com­ment il a échap­pé à la cen­sure (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­dence en milieu haute­ment con­traint de la dic­tature. Dans le machisme dom­i­nant, l’homo cumule les tares du con­tre-révo­lu­tion­naire. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusano – ce traître de ver ram­pant.

L’histoire tourne autour de trois per­son­nages cen­traux qui suff­isent à décrire le quo­ti­di­en de la vie à La Havane, sans tomber dans le pan­neau directe­ment dénon­ci­a­teur (cen­sure oblig­erait). Je tiens Fraise et choco­lat pour un film sexo-poli­tique, d’autant qu’il traite, en fait, de la fra­ter­nité. C’est un hymne à la fra­ter­nité avec une scène finale pour le moins émo­tion­nelle. En quoi il est révo­lu­tion­naire dans un régime qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­merce – le mot et surtout pas la chose –, ce dont il devra bien ren­dre compte devant l’Histoire. Ce film y con­tribue, tout comme l’ont fait d’admirables écrivains dis­si­dents comme Reinal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tiérez (Trilo­gie sale à La Havane), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Par­adiso) à qui Fraise et choco­lat rend un hom­mage direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­mage, ce mar­di voit tomber la con­damna­tion du trad­er-vedette Kerviel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui réclame sans rire  presque 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y pren­dre sans se faire pren­dre à nou­veau pour pay­er sa dette à la société, en général ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la mar­tin­gale.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition “accuse le gouvernement cubain”

La pres­sion inter­na­tionale, notam­ment européenne, ajoutée à la déplorable sit­u­a­tion économique de l’île,  sem­ble con­duire la dic­tature cas­triste à lâch­er du lest. Le régime cubain s’apprêterait en effet à libér­er 52 pris­on­niers poli­tiques* incar­cérés depuis 2003 (on en dénom­bre env­i­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Havane, à la fois sur le plan diplo­ma­tique et aus­si en accep­tant d’accueillir les pris­on­niers à leur libéra­tion.

* L’annonce a été faite à l’issue d’une réu­nion entre le car­di­nal cubain Jaime Orte­ga et le prési­dent Raul Cas­tro, en présence du min­istre espag­nol des affaires étrangères, Miguel Angel Morati­nos.

De son côté, un comité inter­na­tion­al s’est con­sti­tué et a lancé une péti­tion ayant déjà recueil­li plus de 50.000 sig­na­tures – ce qui déplaît forte­ment aux Cas­tro.  Ce comité s’est inti­t­ulé #OZT, reprenant les ini­tiales de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo, le maçon mort en prison le 23 févri­er dernier après 85 jours de grève de faim. Aus­sitôt, Guiller­mo Far­iñas, psy­cho­logue et jour­nal­iste de 48 ans, entâ­mait à son tour une grève de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cette libéra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâch­er la pres­sion ni la sol­i­dar­ité. Voici le texte de l’appel à péti­tion lancé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 sig­na­tures obtenues pour la libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remise des sig­na­tures du 18 au 23 juil­let 2010

Nous voulons recueil­lir 100 000 sig­na­tures d’ici le 15 juil­let et aug­menter ain­si l’appui à la demande de libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques et au respect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voici ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos con­tacts en leur deman­dant de sign­er la Déc­la­ra­tion de la cam­pagne. Soyez bref! Par exem­ple, écrivez-leur : “Je vous invite à sign­er cette Déc­la­ra­tion pour la libéra­tion des pris­on­niers poli­tiques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi.” N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invitez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux soci­aux à sign­er la Déc­la­ra­tion.
Les remis­es de sig­na­tures auront lieu du 18 au 23 juil­let à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux sièges du gou­verne­ment cubain à l’étranger. De grandes man­i­fes­ta­tions et de petites céré­monies de remise sont prévues selon les endroits. Si vous habitez près d’une ambas­sade, d’un con­sulat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­verne­ment cubain et que vous souhaitez par­ticiper, s’il vous plaît, con­tactez-nous.
Mer­ci de faire par­tie de cette cam­pagne!

#OZT: J’accuse le gou­verne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­danos a duplicar las más de 49,000 fir­mas recibidas por la lib­er­tad de los pre­sos polí ticos cubanos

- Par­tic­i­pa con nosotros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próx­i­mos

Quer­e­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y duplicar así  el apoyo a la deman­da por la excarcelación de los pre­sos polí ticos y el respeto a los dere­chos humanos en Cuba. Con tu ayu­da, podemos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus con­tac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Declaración de la cam­paña. Algo muy breve. Por ejem­p­lo: “Te invi­to a fir­mar esta Declaración por la lib­er­tad de los pre­sos políti­cos cubanos. Para mí  es muy impor­tante.” No olvides incluir el enlace (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes sociales a fir­mar la Declaración.
La entre­ga de las fir­mas la realizare­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gob­ier­no cubano alrede­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU… Frente a algu­nas sedes del gob­ier­no cubano realizare­mos una con­cen­tración; en otras, una pequeña cer­e­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, con­sula­do o sede ofi­cial cubana y estás dis­puesto a par­tic­i­par, con­tác­tanos.

Gra­cias por ser parte de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gob­ier­no cubano


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambiguïté la dic­tature cas­triste, clame un jour­nal­iste chilien de gauche. Ce que la plu­part des mil­i­tants pro­gres­sistes du con­ti­nent ne se sont jamais réso­lus à faire. L’article qui suit provient de l’hebdo chilien Qué pasa (cen­tre gauche). Il con­stitue un tour­nant dans la con­sid­éra­tion jusque là sans réserve dont béné­fi­ci­ait le régime cubain dans la gauche « lati­no ». Son con­tenu rejoint mon reportage pub­lié en 2009 dans Poli­tis, où il me val­ut les foudres de cer­tains lecteurs et autres « ana­lystes inspirés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­ti­a­go-du-Chili

La gauche lati­no-améri­caine a com­mis une faute qu’elle met­tra longtemps à expi­er: celle d’avoir défendu et soutenu la dic­tature cubaine bien plus longtemps qu’il n’était accept­able. Rares en effet ont été les fig­ures poli­tiques, les artistes et les intel­lectuels pro­gres­sistes qui, assis­tant de près à l’évolution du régime cas­triste, ont pris la peine de s’élever con­tre lui. Aujourd’hui, évidem­ment, ce n’est plus si dif­fi­cile. Les social­istes chiliens eux-mêmes osent le faire, même s’ils utilisent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du claire­ment com­plices ont fait en sorte de noy­er le pois­son et de diluer en phras­es inter­minables une con­damna­tion qui tient pour­tant en ‘un mot, “dic­tature”.

Fidel en a accueil­li beau­coup alors qu’ils fuyaient Pinochet dans le dénue­ment le plus total, il en a invité d’autres tel un maître dans son hacien­da, pour leur mon­tr­er les mille mer­veilles de son fief, les grat­i­fi­er de con­ver­sa­tions hal­lu­ci­nantes et les con­va­in­cre, pour la tran­quil­lité et la sérénité de leurs esprits bien-pen­sants, que la “Révo­lu­tion” – mot qui a heureuse­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réal­is­able et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tristes se sont sen­tis accueil­lis, les faibles se sont sen­tis flat­tés. Le con­tredire est bien­tôt devenu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­naires un acte aus­si red­outé foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un manque de lib­erté inac­cept­able. Fidel avait des qual­ités excep­tion­nelles, c’est cer­tain. C’est sans doute l’homme poli­tique vivant le plus expéri­men­té au monde. Je doute que de nom­breux cham­pi­ons de la démoc­ra­tie puis­sent le nier. Il a placé sa petite île au cen­tre de la carte du monde et, mieux encore, y a placé son nom et son prénom. Il s’est con­fron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la dig­nité d’un con­ti­nent pau­vre face à la puis­sance bru­tale d’un empire. Il a par­ticipé en géant à l’histoire de la guerre froide. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le méprise. Eux, ces Argentins des Caraïbes, se sen­tent au fond soumis par un homme grandiose. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­porté un demi-siè­cle sans plus se révolter?
Le seul prob­lème est qu’avec le temps les hommes grandios­es vieil­lis­sent net­te­ment moins bien que les hommes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heures. Même la droite chili­enne l’admire en secret. Lorsqu’il’ entre en scène, l’auditoire frémit. Ils le craig­nent tant qu’ils osent à peine pronon­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains utilisent de nou­velles formes gram­mat­i­cales ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régime], n’ayant pas de rubrique de faits divers, on pour­rait croire que La Havane ne con­naît ni crimes ni dél­its. Le jour­nal­isme n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plaig­nent de la con­cen­tra­tion des médias dans quelques mains par­don­nent à Cuba sans bronch­er. Les Cubains n’ont pas de par­lement, les tri­bunaux sont une farce, la police secrète est partout. Nous qui croyons en la démoc­ra­tie savons par­faite­ment qu’un tel gou­verne­ment ne ren­tre pas dans cette caté­gorie.
Rares sont les dis­cours plus hyp­ocrites que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous faudrait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vreté ni les coter­ies priv­ilégiées, que les autorités sont irréprochables, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des mag­a­sins pour les déten­teurs de devis­es et d’autres — mis­érables — pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jineteras [“cav­al­ières”, accom­pa­g­na­tri­ces de touristes, qui par­fois se pros­tituent] ne gag­nent pas mieux leur vie que les ingénieurs, que les pris­on­niers poli­tiques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous faudrait accepter tout cela alors que même le plus can­dide des vis­i­teurs, pour peu qu’il se promène les yeux ouverts, con­state qu’il n’en est rien. La san­té publique et l’éducation, les vieux chevaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­primés d’aspirine et ils n’étudient guère qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il existe un tourisme idéologique : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cherche le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Plane désor­mais l’idée que tous ces men­songes ne pour­ront plus fonc­tion­ner longtemps. Raul est plus mal­adroit que son frère, plus bru­tal, moins charmeur. Il a lais­sé mourir un gréviste de la faim [Orlan­do Zap­a­ta, mort le 23 févri­er au bout de 85 jours de grève de la faim], ten­tant en vain de con­va­in­cre le monde que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridicule que cela puisse paraître, Raul s’emploie aujourd’hui à nation­alis­er les rares entre­pris­es renta­bles. La cor­rup­tion sévit à grande échelle. Et cer­tains pari­ent déjà que cette fic­tion qui a ruiné tant de vies touche à sa fin. Comme pour l’URSS, nous décou­vrirons pro­gres­sive­ment la face som­bre de ce con­te de fées. Si la gauche entend de nou­veau nous pro­pos­er un rêve, qu’elle com­mence par nous racon­ter son cauchemar. Qu’elle n’hésite pas à utilis­er, pour par­ler de celte dynas­tie caribéenne, le mot “dic­tature”. Au Chili, nous savons à quel point les mots comptent en la matière.
Patri­cio Fer­nan­dez
directeur de la revue satirique « The Clin­ic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­ri­er inter­na­tion­al » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régime cubain se durcit encore davan­tage sous le dou­ble effet de la crise et d’un accès de protes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grève de la faim. Guiller­mo Far­iñas, psy­cho­logue et jour­nal­iste de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 févri­er à La Havane. Il avait cessé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­test­er con­tre ses con­di­tions de déten­tion et celles de plusieurs dizaines d’opposants incar­cérés. La déter­mi­na­tion dés­espérée de Guiller­mo Far­iñas bute sur l’intransigeance du régime cas­triste. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du con­nais­sance hier.

L’interview de Guiller­mo Far­iñas a été menée par le jour­nal­iste espag­nol Mauri­cio Vicent et pub­liée dans le quo­ti­di­en madrilène El Pais mar­di dernier. En voici la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­logue et jour­nal­iste dis­si­dent Guiller­mo Far­iñas a 48 ans et 23 grèves de la faim der­rière lui. Depuis qu’il a ren­du sa carte de l’Union des Jeunes Com­mu­nistes, en 1989, en protes­ta­tion con­tre l’exécution du général Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a passé, depuis, 11 ans et demi en prison. Il est con­sid­éré comme un dur. Sa dernière grève de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plusieurs mois et il fal­lut l’opérer à plusieurs repris­es pour lui sauver la vie. Il en garde de nom­breuses séquelles et sa famille, cette fois red­oute un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Clara, accom­pa­g­né d’une ving­taine d’opposants, Far­iñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tième jour sans nour­ri­t­ure ni eau [l’interview a été pub­liée le 02/03/2010]. Il est extrême­ment faible, bien que con­scient, et il peut encore marcher. Il a le regard illu­miné, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mourir pour devenir un « mar­tyre » et pren­dre le relais de Orlan­do Zap­a­ta. Il voit son corps comme un instru­ment de plus pour « faire par­venir Cuba à la lib­erté ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa femme, Clara, s’opposent rad­i­cale­ment à cette protes­ta­tion, bien qu’elles respectent sa déci­sion. Deux médecins lui ren­dent vis­ite chaque jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui suiv­ent en per­ma­nence son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recherchez-vous au tra­vers de cette grève ?

– Pre­mière­ment, que le gou­verne­ment paie un coût poli­tique fort pour l’assassinat de Orlan­do Zap­a­ta Tamayo. En sec­ond lieu, si les autorités ne sont ni cru­elles ni inhu­maines, qu’elles libèrent immé­di­ate­ment les pris­on­niers poli­tiques qui sont malades et qui pour­raient bien­tôt devenir d’autres Zap­a­ta. Le troisième objec­tif est, si je meure, que le monde s’aperçoive que le gou­verne­ment laisse mourir ses opposants et que ce qu’il s’est passé avec Orlan­do n’est pas un cas isolé.

Mais quelle est votre demande con­crète ?

– Que le gou­verne­ment libère ces 26 pris­on­niers poli­tiques qui sont malades, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vices médi­caux du min­istère on con­sid­ère qu’ils doivent être mis en lib­erté, puisqu’ils ne sur­vivront pas en prison.

Et s’ils ne les relâchent pas ?

– Je con­tin­uerai jusqu’aux dernières con­séquences…

Vous voulez mourir ?

– (Silence)… Oui, je veux mourir. Il est temps que le monde s’aperçoive que ce gou­verne­ment est cru­el, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­tyres.

Vous voulez devenir un mar­tyre con­sciem­ment ?

– Même les psy­cho­logues du min­istère de l’intérieur dis­ent que c’est mon pro­fil : j’ai une grande voca­tion de mar­tyre… Orlan­do Zap­a­ta a été le pre­mier chaînon dans l’intensification de la lutte pour la lib­erté de Cuba. Moi j’ai été celui qui a saisi le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va provo­quer un stim­u­lant pour le change­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­simiste. Je pense que le gou­verne­ment ne va pas chang­er. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­verne­ment cubain se trou­ve dans une passe dif­fi­cile, mais il ne va pas chang­er, jusqu’à que nous soyons 50 opposants en grève de la faim, ce qui serait un prob­lème au niveau de toute la société.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­vara au Con­go. Votre mère était révo­lu­tion­naire. Vous-même avez été mil­i­taire et avez étudié en Union sovié­tique. Com­ment en êtes-vous arrivé à la dis­si­dence ?

– Ce fut un long proces­sus. Les événe­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont con­sti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­tenir l’ordre. Il y avait des dizaines de mil­liers de per­son­nes qui voulaient par­tir. En URSS, je me suis ren­du compte des nom­breuses per­ver­sions de ce régime auquel, en théorie, nous devions ressem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plète­ment rompu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tairai pas jusqu’à ce que je meure.

Qu’est ce qu’il va se pass­er main­tenant ?

– Moi je me sens déjà très faible. J’ai mal à la tête et je com­mence à me déshy­drater. Il arrivera un moment où je m’effondrerai et perdrai con­nais­sance. Alors ma famille décidera [la mère et l’épouse dis­ent qu’à ce moment elles le fer­ont entr­er à l’hôpital et le nour­riront par voie par­en­térale].

Et quand vous vous réveillerez à l’hôpital…

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas recevoir de vis­ite de mes frères de lutte, je deman­derai l’arrêt de l’alimentation médi­cale. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai recevoir la vis­ite de mes cama­rades, même si ça doit être au tra­vers de vit­res, dans la salle de soin inten­sif, pen­dant les horaires régle­men­taires des vis­ites, je per­me­t­trai cette ali­men­ta­tion par­en­térale, bien que je ne boirai ni mangerai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le voudra.

Que croyez-vous que pensent de tout ça votre femme, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­mencer cette grève de la faim, ma mère est restée seize heures sans me par­ler. Main­tenant, bien qu’elles s’y opposent tou­jours, elles respectent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famille doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si celle de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­tiques de l’indépendance de Cuba].

Tra­duc­tion Marine Pon­thieu

Notes de GP :

* Le général Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guerre d’Angola, a été exé­cuté sous l’accusation de traf­ic de drogue au lende­main d’un procès de type stal­in­ien, avec « aveux » large­ment médi­atisés par la télévi­sion. L’Histoire, quand elle par­lera, livr­era une toute autre ver­sion. Par exem­ple, que les frères Cas­tro avaient con­fon­du Ochoa dans des inten­tions putschistes, avec d’autres mil­i­taires en oppo­si­tion au régime ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révéler la réal­ité d’un offi­ciel traf­ic de drogue entre Cuba et les FARC colom­bi­ens. Un marché aurait été imposé à Ochoa : la vie sauve con­tre la recon­nais­sance du traf­ic de drogue mené à son pro­pre compte. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soupçon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cuté un mois après le ver­dict le con­damnant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Havane avait été lit­térale­ment envahie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire provo­qua ensuite le départ vers les États-Unis de 127 000 « marieli­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voilà bien­tôt deux mois que je suis sans nou­velles de deux amis cubains. J’ose espér­er qu’il ne leur est rien arrivé de plus grave que l’interdiction totale d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog “Gen­era­cion Y”, l’opposante Yoani Sanchez n’a plus déposé d’article depuis le 24 févri­er – ce qui est tout à fait inhab­ituel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zap­a­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 févri­er, dans un hôpi­tal de La Havane. Il menait une grève de la faim de plus de deux mois pour pro­test­er con­tre ses con­di­tions de déten­tion. Mem­bre d’une organ­i­sa­tion de défense civique illé­gale, le Direc­toire démoc­ra­tique cubain, il avait été con­damné en 2003 à dix-huit ans de prison pour « désor­dre pub­lic ».

Il s’agit du pre­mier détenu poli­tique « à mourir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affirme la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la réc­on­cil­i­a­tion nationale, une organ­i­sa­tion illé­gale mais tolérée par le pou­voir cubain. Selon son prési­dent, Elizar­do Sanchez, « Il s’agit d’un assas­si­nat virtuel, prémédité », accu­sant les autorités d’avoir trop tardé à offrir des soins au dis­si­dent trans­féré la semaine dernière seule­ment de Cam­agüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­céré, dans un hôpi­tal de La Havane.

Prix Sakharov 2002 du Par­lement européen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accusé les autorités cubaines d’avoir « assas­s­iné lente­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­time, selon lui, de coups et de vio­lences racistes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espinosa Chepe, arrêté en 2003 et libéré pour des raisons de san­té, estime que cette affaire pour­rait se repro­duire en rai­son du « très mau­vais état » des pris­ons cubaines, où aucune organ­i­sa­tion inter­na­tionale n’est admise. C’est le cas d’Amnesty Inter­na­tion­al, qui estime à 65 le nom­bre des « pris­on­niers de con­science » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tionaux éval­u­ent cepen­dant à env­i­ron 200 le nom­bre de pris­on­niers poli­tiques à Cuba.

Les prési­dents brésilien Luiz Ina­cio Lula da Sil­va et vénézuélien Hugo Chavez sont arrivés mar­di soir à La Havane, sans faire de com­men­taires, après un som­met dit de “l’Unité” au Mex­ique des 32 pays de la région. De son côté, le prési­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zap­a­ta. Depuis tou­jours, les autorités cubaines accusent les dis­si­dents d’être des “agents” ou des “mer­ce­naires” à la sol­de des Etats-Unis.

La pop­u­la­tion et l’économie cubaines se trou­vent à bout de souf­fle. La crise s’est aggravée ces derniers temps, à tel point que le pays est placé au bord d’une ces­sa­tion de paiement.

[Sources AFP, Le Monde, Yoani Sánchez – Gen­era­cion Y]


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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

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    (Claude Lévi-Strauss)

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