On n'est pas des moutons

Mot-clé: dictature

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d’universels sym­boles de la paix du coeur. Ils en sont aus­si les effets.(Che­va­lier-Gheer­brant, Dic­tion­naire des symboles)

La ter­rible ago­nie d’Alep et de sa popu­la­tion touche l’humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la tou­cher – ce qui chan­ge­rait peut-être la face du monde. Mais son atro­ci­té ren­voie à ses causes, sou­vent incom­pré­hen­sibles. Des paral­lèles sont ten­tées avec l’Histoire récente : cer­tains voient en Syrie une guerre civile sem­blable à la guerre d’Espagne (1936-1939) qui fut le pré­lude au deuxième conflit mon­dial. Issa Goraieb, édi­to­ria­liste au quo­ti­dien fran­co­phone de Bey­routh, L’Orient-Le Jour, ten­tait ce rap­pro­che­ment l’an dernier :

« Les avions et pilotes russes dépê­chés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mau­vaise pos­ture ne sont autres, en effet, que la légion Condor qu’offrait Hit­ler au dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co. À l’époque, l’Italien Mus­so­li­ni se char­geait, lui, d’expédier des com­bat­tants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Ira­niens et leurs sup­plé­tifs du Hez­bol­lah, qui s’apprêteraient à lan­cer une offen­sive ter­restre majeure pour conso­li­der la Syrie utile de Bachar. Quant aux bri­gades inter­na­tio­nales, for­mées de volon­taires venant de divers points de la pla­nète pour prê­ter main-forte aux répu­bli­cains espa­gnols, c’est évi­dem­ment Daech qui en décline actuel­le­ment une réédi­tion des plus sul­fu­reuses. » [L’Orient-Le Jour, 03/10/2015]

« Sul­fu­reuse », c’est peu dire, sinon mal­adroit. De son côté, Jean-Pierre Filiu, ana­lyste de l’islam contem­po­rain, insiste aus­si sur ce paral­lèle his­to­rique, mar­quant bien une dif­fé­rence tran­chée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assi­mi­la­tion fal­la­cieuse des dji­ha­distes aux bri­ga­distes, mais bien en rai­son de la non-inter­ven­tion occi­den­tale». [Media­part, 7/08/2016] Encore fal­lait-il le rap­pe­ler et le sou­li­gner : s’engager pour un idéal de libé­ra­tion poli­tique dif­fère fon­ciè­re­ment du renon­ce­ment dans le fana­tisme et l’asservissement religieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aus­si édi­to­ria­liste à L’Orient-Le Jour : « Ce n’est plus une ten­dance, ou un glis­se­ment pro­gres­sif. C’est une nou­velle réa­li­té. Le monde régresse à une vitesse insen­sée, que ce soit à cause des vicis­si­tudes de la glo­ba­li­sa­tion, de la tri­ba­li­sa­tion des esprits, ou de la résur­rec­tion de l’hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s’obscurcit, se recro­que­ville dans ses pho­bies (de la lumière, de l’autre...) et se cal­feutre dans une bar­ba­rie (et une reven­di­ca­tion et une bana­li­sa­tion de cette bar­ba­rie) fon­ciè­re­ment moyen­âgeuse. » [15/12/16]

« Moyen­âgeuse »…  pas­sons sur cet ana­chro­nisme mal­heu­reux (l’histoire du Moyen Âge exige la nuance… his­to­rique). Mais soit, il y a de l’irrationnel dans la folie guer­rière des hommes à l’humanité rela­tive… D’où vient, en effet, cette tare frap­pant l’homo pour­tant sapiens – ain­si le décrit-on – inca­pable d’instaurer la paix comme mode de rela­tion entre ses congé­nères ? Cet espèce-là, bien dif­fé­ren­ciée des autres espèces ani­males en ce qu’elle est si capable de détruire ses sem­blables, et sans doute aus­si de s’autodétruire. J’entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Car­rière s’interroger sur le sujet et pré­ci­sé­ment sur la Paix, avec majus­cule 1. Car l’Histoire (grand H) et toutes les his­toires, presque toutes, qui nour­rissent notam­ment la lit­té­ra­ture, le ciné­ma, les arts…, s’abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poi­son violent qui tour­ne­boule les hommes, les mâles : la tes­to­sté­rone. Peu les femmes-femelles qui en fabriquent bien moins, ou qui le trans­forment mieux, en amour par exemple – sauf excep­tions, bien enten­du, dans les champs de com­pé­ti­tion de pou­voir, poli­tique et autres. Ce qui se tra­duit, soit dit en pas­sant, par des pri­sons peu­plées d’hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Car­rière rele­vait aus­si que l’empire romain avait éta­bli la paix pen­dant plu­sieurs décen­nies sur l’ensemble de son immense domaine. « Pour­quoi ? Il accueillait toutes les croyances.  » 2 C’est bien l’objectif de la laï­ci­té – du moins dans le strict esprit de la loi fran­çaise de 1905. On peut y voir une réplique poli­tique et posi­tive à la folie humaine, vers son édi­fi­ca­tion et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en reve­nir à la guerre en Syrie. Pou­tine a su mon­trer et démon­trer « qu’il en a » [de la tes­to­sté­rone…], en quoi il est sou­te­nu et admi­ré par d’autres [qui en ont aus­si !], comme Jean-Luc Mélen­chon, pour ne par­ler que de lui.

Des nuances inté­res­santes, du point de vue poli­ti­co-diplo­ma­tique, ont été appor­tées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui consa­crait une longue soi­rée à Vla­di­mir Pou­tine « des ori­gines à nos jours ». Nuan­cée, donc, l’analyse de l’ancien ministre des Affaires étran­gère, Hubert Védrine, fai­sant res­sor­tir l’inconséquence mépri­sante des « Occi­den­taux » face à la Rus­sie post-sovié­tique, en quête de recon­nais­sance inter­na­tio­nale – ce que l’Europe lui a refu­sé ! D’où, aus­si, les pous­sées de l’hormone en ques­tion… grande four­nis­seuse de guerres et de morts.


Jean-Claude Car­rière : « Je vou­drais bien que... par fran­cein­ter

Notes:

  1. Il vient de publier La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L’Orient-Le Jour), cette note :  » Jacques Le Goff savait que l’Occident médié­val était né sur les ruines du monde romain, qu’il y avait trou­vé appui et han­di­cap à la fois, que Rome a été sa nour­ri­ture et sa para­ly­sie. Ce qui naî­tra des ruines et des cadavres d’Alep(-Est) risque d’être infi­ni­ment moins fas­ci­nant. Ter­ri­ble­ment plus mor­tel. »

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume muni­ci­pal, Georges Mothron, maire Les Répu­bli­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peuvent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résu­mée par Le Figa­ro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figuier blanc a dû annu­ler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui crai­gnait que leurs sujets «mettent le feu aux poudres» dans la commune.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chan­ger l’image de la ville» […] le bou­le­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­ti­sés res­pec­ti­ve­ment bou­le­vard du géné­ral Leclerc et ave­nue Mau­rice Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrê­té muni­ci­pal inter­di­sant la men­di­ci­té dans le centre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la consigne aux agents de la voi­rie de dif­fu­ser du mal­odore, un répul­sif nau­séa­bond, dans les lieux fré­quen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse natio­nale qui s’ensuit et des contro­verses sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coûtent la mai­rie qui revient au socia­liste Phi­lippe Dou­cet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions muni­ci­pales de 2014, il reprend la mai­rie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wiki­pé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un centre cultu­rel, a eu la curieuse sur­prise de rece­voir la semaine der­nière un cour­rier […] dans lequel l’élu deman­dait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Socio­logue et l’ourson, d’Étienne Chaillou et Mathias The­ry, et 3000 nuits, de Mari Masri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un docu­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sexuel en sui­vant la socio­logue Irène Thé­ry et en met­tant en scène, sur un mode péda­go­gique et ludique, des peluches et des jouets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recons­ti­tuer des moments fami­liaux. Le second, dif­fu­sé depuis l’an der­nier dans plu­sieurs fes­ti­vals, raconte l’histoire de Layal, une jeune Pales­tienne incar­cé­rée dans une pri­son israé­lienne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polé­mique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Pari­sien, il explique que sa déci­sion est «moti­vée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapi­de­ment mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un sou­ci d’apaisement [...]la ville a pré­fé­ré jouer la sécu­ri­té en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éven­tuel­le­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a sur­tout pro­vo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mai­rie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Soli­da­ri­té Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octobre der­nier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indé­pen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéo­lo­gique de réflexion sur des ques­tions qui se posent dans le contexte actuel ».

De son côté, la Scam, Socié­té civile des auteurs mul­ti­mé­dia, publie un com­mu­ni­qué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décé­ré­brés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­tai­ne­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Mothron, consi­dère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regar­der serei­ne­ment un docu­men­taire de socié­té où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un docu­men­taire qui fait réflé­chir sur pour­quoi la socié­té fran­çaise s’est déchi­rée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Mothron le fera-t-il sai­sir dans les rayon­nages ? Quand le film sera dif­fu­sé à la télé­vi­sion, Georges Mothron fera-t-il cou­per les antennes du dif­fu­seur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Mothron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui apportent de la pen­sée dans les réflexes pav­lo­viens de repli sur soi de telle ou telle communauté.
« La Scam sou­tient la mani­fes­ta­tion orga­ni­sée le 7 mai à 15 heures devant la mai­rie d’Argenteuil pour exi­ger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pe­ler au maire, Georges Mothron, que le suf­frage uni­ver­sel ne lui confie pas pour autant un droit à déci­der ce que ses conci­toyens peuvent choi­sir d’aller voir au cinéma. »

Pour ma part, me réfé­rant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumu­ler sa fonc­tion de magis­trat muni­ci­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-cen­seur de ciné­ma et de direc­teur des consciences. Non mais.


Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Monde de ce 29/10/15 

Die­sel : l’Europe recule face aux lobbys

Après le scan­dale Volks­wa­gen, la Com­mis­sion euro­péenne vou­lait impo­ser des tests d’émissions de gaz pol­luants plus contrai­gnants. Les construc­teurs auto­mo­biles, sou­te­nus par les Etats, ont obte­nu de pou­voir émettre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote auto­ri­sé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démo­cra­tique. Tirons l’échelle !

Nous serons les der­niers, voilà.


Puisqu’il s’agit d’islamofascisme

Palmarès…

Mars 2001 Afgha­nis­tan – Les deux boud­dhas monu­men­taux sculp­tés dans la falaise de Bamiyan à 150 km de Kaboul sont détruits à l’explosif par des tali­bans. 

Jan­vier 2012 Mali – Des­truc­tion des mau­so­lées à Tom­bouc­tou. 

Jan­vier 2013 Mali – Des manus­crits pré-isla­miques sont l’objet d’un auto­da­fé à Tom­bouc­tou. 

Juillet 2014 Irak – Le tom­beau du pro­phète Nabi Yunus, dit Jonas, à Mos­soul, est rasé par Daech. 

Jan­vier 2015 Irak – A deux reprises, les 28 et 30 jan­vier,la biblio­thèque de Mos­soul est mise à sac. 

Février 2015 Irak  – La grande sta­tuaire assy­rienne du musée de Mos­soul est sau­va­ge­ment mise en pièces par les sol­dats de l’Etat isla­mique qui mettent en scène l’opération

A quoi bon l’indignation, les grands mots, quand l’horreur hurle si vio­lem­ment, quand la rai­son sombre et avec elle l’humanité digne de ce nom ? Quand des fana­tiques isla­mistes ne déca­pitent pas des humains, ne mar­ty­risent pas femmes et fillettes, ils détruisent des œuvres d’art dans les musées, abattent des sta­tues à coups de masse et de mar­teaux-piqueurs. Ou encore, au nom de leur Dieu, ils brûlent des ins­tru­ments de musique « non isla­miques » car il ne leur suf­fit pas d’interdire la musique – ce qu’illustre bien, au Sahel, le film « Tim­buk­tu », ou « Ira­nien  », cet autre film tour­né à Téhé­ran par un cinéaste athée (et exi­lé), mon­trant des mol­lahs au dis­cours malin, et tout oppo­sés à la musique. Avant eux, les nazis avaient dis­qua­li­fié le jazz comme « musique dégé­né­rée ». Et Mao, pas en reste, avait inter­dit les « bour­geoises » sym­pho­nies de Bee­tho­ven. En quoi on peut bien par­ler d’islamofascisme, géné­ra­teur d’islamophobie. Deux mots mal vus par les temps qui courent, des mots pas « poli­ti­que­ment cor­rects », comme s’il s’agissait de poli­tesse – « Mais après vous, Mon­sieur le Chan­ce­lier… » La dif­fi­cul­té vient des fameux « amal­games » pra­ti­qués par ces pré­ten­dus laïcs d’extrême-droite, tou­jours  empres­sés à bouf­fer de l’Arabe ou du Juif, sinon les deux à la fois. Tout autant que cette autre dif­fi­cul­té venant de l’État d’Israël, et plus pré­ci­sé­ment de son extrême-droite poli­tique, reli­gieuse et colo­nia­liste qu’il est si ris­qué de cri­ti­quer, au risque d” « antisémitisme ».

Et ce n’est pas tout :

Daech brûle des ins­tru­ments de musique « non-islamiques »

daech-fanatisme islamiste

A l’est de la Libye, des hommes cagou­lés se mettent en scène devant des ins­tru­ments de musique livrés aux flammes. [dr]

Daech a publié, le 19 février, une série de pho­to­gra­phies met­tant en scène plu­sieurs de ses membres cagou­lés, en train de regar­der des ins­tru­ments brû­ler, des bat­te­ries, des saxo­phones et des tam­bours. La scène se déroule près de Der­na, dans l’est de la Libye, selon le « Dai­ly Mail ». La ville est deve­nue l’un des bas­tions de groupes ayant prê­té allé­geance à l’Etat isla­mique. D’après la « branche de com­mu­ni­ca­tion » du groupe dji­ha­diste, ces ins­tru­ments jugés « non-isla­miques » ont été confis­qués par la police reli­gieuse et livrés aux flammes « confor­mé­ment à la loi isla­mique ». Ce n’est pas sans rap­pe­ler l’autodafé de Mos­soul, dans lequel près de 2.000 livres de la biblio­thèque cen­trale jugés impies auraient été brû­lés en janvier.

Le 16 février, l’Etat isla­mique avait reven­di­qué l’exécution de 21 Egyp­tiens de confes­sion copte en Libye.

Il y a aus­si ça :

Irak: l’Etat islamique exhibe des combattants kurdes dans des cages

daech-fanatisme islamiste

Cap­ture d’écran tirée d’une vidéo dif­fu­sée dimanche 22 février par l’EI, mon­trant des com­bat­tants kurdes enfer­més dans des cages.

 

L’Etat isla­mique a dif­fu­sé ce dimanche 22 février une vidéo mon­trant des com­bat­tants kurdes, des pesh­mer­gas, enfer­més et expo­sés dans des cages, avant d’être para­dés à bord de pick-up. La vidéo, non datée, ne montre pas de scène d’exécution. La mise en scène de ce film repris par le centre amé­ri­cain de sur­veillance des sites isla­mistes (SITE) rap­pelle celle du pilote jor­da­nien brû­lé vif dans une cage, selon une vidéo dif­fu­sée par le groupe le 3 février.

La vidéo de dimanche ne montre aucune exé­cu­tion, les 21 otages se pré­sen­tant comme 16 pesh­mer­gas, deux offi­ciers dans l’armée ira­kienne et trois poli­ciers de Kir­kouk, une ville située à 240 km au nord de Bagdad.

Le film ne pré­cise ni le lieu ni la date, mais des sources kurdes ont affir­mé que les scènes ont été tour­nées il y a une semaine sur le mar­ché prin­ci­pal du dis­trict de Hawi­ja, tenu par l’EI, à une cin­quan­taine de kilo­mètres de Kir­kouk.

Et ça continue
IRAK. Jusqu’à 10.000 femmes ven­dues par l’Etat islamique

• L’Irak accuse l’Etat isla­mique de faire du tra­fic d’organes

• Auto­da­fés à Mos­soul : pour­quoi Daech hait les livres et le savoir


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Oba­ma et Raul Cas­tro ont donc annon­cé mer­cre­di le réta­blis­se­ment de rela­tions diplo­ma­tiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauf­fe­ment vaut mieux que les annonces d’attentats hor­ribles et autres mas­sacres. Mais dou­ce­ment les clai­rons ! Les inten­tions des gou­ver­nants sous tendent des manœuvres peu por­tées au désintéressement.

Obama tente de redo­rer un bla­son pour le moins ter­ni. De sa pré­si­dence, l’Histoire retien­dra la mise en place d’une cou­ver­ture san­té pour 32 mil­lions d’Américains dému­nis. Pour le reste, rien de mar­quant, sinon de grandes décep­tions. Sur­tout sur le plan social et racial, ain­si que l’ont rap­pe­lé les émeutes de Fer­gu­son. Oba­ma va donc pêcher en eaux étran­gères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Flo­ride. C’est moins ris­qué que l’Afghanistan. Bien que Guan­ta­na­mo le ramène au pire de ses renon­ce­ments. Mais ces « fian­çailles » à la cubaine, célé­brées en grande pompe par la média­sphère, lais­se­ront bien quelques traces.

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Cime­tière et musée des « belles amé­ri­caines ». Ici, à Tri­ni­dad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au pho­to­graphe. Sur son T-shirt : « Mia­mi Beach ». [© gp-2008]

Raul Cas­tro lui aus­si espère bien tirer quelques béné­fices de cette pac­ti­sa­tion avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fan­tasment tou­jours sur l’Amérique voi­sine, en pro­por­tion inverse de leur dés­illu­sion cas­triste. Entrou­vrir une porte sur des espé­rances ne coûte pas grand chose et peut même rap­por­ter quelques dol­lars. D’autant que le fameux « blo­queo » en vigueur depuis 1962, plus jus­te­ment qua­li­fié d’embargo, ne risque pas d’être offi­ciel­le­ment levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les répu­bli­cains. Or ce « blo­cus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le com­merce, y com­pris avec les États-Unis ! On peut se réfé­rer à ce pro­pos à mon repor­tage dans Poli­tis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise sur­tout les tran­sac­tions finan­cières inter­na­tio­nales de Cuba*, sert d’abord les diri­geants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de mas­quer leur échec poli­tique en le reje­tant sur le méchant voi­sin yanqui.

Le réta­blis­se­ment des rela­tions diplo­ma­tiques cuba­no-état­su­niennes pour­ra favo­ri­ser cette libé­ra­li­sa­tion éco­no­mique « à la viet­na­mienne » que Raul Cas­tro met en place depuis sa pré­si­dence. Pour les Cubains, pour leur vie quo­ti­dienne, cela ne chan­ge­ra sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoa­ni San­chez l’une des prin­ci­pales oppo­santes connues au régime cas­triste. Dans son blog Gene­ra­cion Y, elle rap­pelle les grandes étapes encore à venir pour « déman­te­ler le totalitarisme » :

« La libé­ra­tion de tous les pri­son­niers poli­tiques et pri­son­niers de conscience; la fin de la répres­sion poli­tique; la rati­fi­ca­tion des pactes civils, poli­tiques, éco­no­miques, sociaux et cultu­rels, la recon­nais­sance de la socié­té civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En atten­dant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gar­dez les dra­peaux, vous ne pou­vez pas encore débou­cher les bou­teilles et le mieux est de main­te­nir la pres­sion pour arri­ver enfin au jour J. »

–––

* Les banques fran­çaises Socié­té géné­rale, BNP Pari­bas et Cré­dit agri­cole ont fait l’objet d’une enquête pour blan­chi­ment d’argent et vio­la­tions de sanc­tions amé­ri­caines contre cer­tains pays – dont Cuba (ain­si que l’Iran et le Soudan).


11 septembre 1973. Rideau noir sur le Chili et sa démocratie

Onze sep­tembre 1973. Rideau noir sur le Chi­li et sa démo­cra­tie. Mort d’Allende. Quelques mil­liers d’autres vont suivre – cer­tai­ne­ment bien plus que les deux milles annon­cés. Com­bien de mar­ty­ri­sés, de « dis­pa­rus », de bles­sés ? Com­bien d’exilés ? Com­bien de drames ? Qua­rante ans déjà. J’ai res­sor­ti mes dia­pos pour revivre et par­ta­ger ces dou­lou­reux évé­ne­ments. Voi­ci ma sélec­tion. Images prises juste avant le « golpe » de Pinochet.

L’atmosphère à San­tia­go où j’avais été envoyé par Tri­bune socia­liste, l’hebdo du PSU, déjà dégra­dée depuis plu­sieurs mois (une ten­ta­tive de putsch avait eu lieu en juin), se ten­dait ter­ri­ble­ment en ce début sep­tembre. De plus en plus visibles, sol­dats et poli­ciers occu­paient la rue, se fai­saient plus arro­gants. De même que les milices d’extrême droite, ouver­te­ment mena­çantes. Des mani­fes­ta­tions spo­ra­diques écla­taient ça et là, sur­tout dans le centre, répri­mées à coups de gre­nades lacry­mo­gènes et de canons à eau. Par­fois aus­si par balles, on ne savait trop faire la dif­fé­rence. Mais il y avait des corps éten­dus, des ambu­lances, des pompiers.

La der­nière grande mani­fes­ta­tion de l’Unité popu­laire avait mon­tré des airs de cor­tège funèbre. Le cœur n’y était plus, et le fameux slo­gan « El pue­blo – uni­do – jamas sera ven­ci­do » avait bais­sé d’ardeur. Des rumeurs entre­te­naient l’illusion autour de l’existence de stocks d’armes « secrets » qui allaient per­mettre de résis­ter aux fas­cistes. Les­quels étaient à la besogne, à saper la fra­gile éco­no­mie (les camion­neurs en grève blo­quaient les trans­ports), appuyés en sous-main par la vin­dicte yan­kee. Nixon, Kis­sin­ger, la CIA et leur cor­res­pon­dant sur place, la mul­ti­na­tio­nale des télé­com­mu­ni­ca­tions ITT s’acharnaient à rui­ner l” « expé­rience chi­lienne », cet insup­por­table régime socia­liste issu d’élections démocratiques.

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Cas­tro et Pinochet…

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Éton­nant attelage…

Sal­va­dor Allende voyait ses marges de manœuvre se res­treindre de jour en jour. Les géné­raux des dif­fé­rentes armes se pré­sen­taient de plus en plus sou­vent pour des audiences au palais pré­si­den­tiel et des exi­gences crois­santes. Le 23 août 1973, le géné­ral Prats démis­sionne. Com­man­dant en chef de l’armée chi­lienne, c’est un proche d’Allende, qui le rem­place par un autre « proche », Augus­to Pino­chet. Celui-ci, en effet, a plu­tôt une répu­ta­tion de pro­gres­siste ; il sera même char­gé de la pro­tec­tion de Fidel Cas­tro en visite d’État au Chi­li ! (des pho­tos les montrent tous deux côte à côte…) Il a la confiance d’Allende. Le « golpe », le putsch, Pino­chet ne s’y ral­lie que tar­di­ve­ment, presqu’à corps défen­dant, sous la pres­sion de son véri­table pro­mo­teur, le géné­ral d’aviation Gus­ta­vo Leigh Guzmán. Anti-mar­xiste de choc, c’est lui qui ordon­na de bom­bar­der le palais de la Mone­da. Mais Pino­chet devait se rat­tra­per bien vite et dépas­ser son men­tor pen­dant dix-sept ans de dictature…

Vou­lant en appe­ler direc­te­ment au peuple face à la sédi­tion mon­tante des mili­taires, Allende avait orga­ni­sé un réfé­ren­dum pour le 12 sep­tembre, un mer­cre­di. Mais il y eut le mar­di. On connaît la suite.

 

PS. Les cir­cons­tances de la mort d’Allende res­tent troubles, en dépit de la ver­sion offi­cielle, celle du sui­cide. Il n’y a en effet pas eu de témoins directs décla­rés, Allende s’étant alors reti­ré dans un salon du palais pré­si­den­tiel. Il n’y était cepen­dant peut-être pas seul : on pense à ses gardes du corps cubains, « four­nis » par Fidel Cas­tro. L’hypothèse de l’assassinat d’Allende par un de ses gardes n’est nul­le­ment far­fe­lue. Je l’ai expo­sée en 2009 sur ce blog dans l’article : Mort de Hor­ten­sia Bus­si, la veuve d’Allende. Du Chi­li à Cuba, de Pino­chet à Cas­tro, de troubles jeux mortels

 

Voi­ci donc une série de pho­tos qu’on peut, qua­rante ans après, qua­li­fier d’historiques. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.  © Gérard Ponthieu

 

 


Il y a 30 ans, l’Espagne échappait à une nouvelle tentative fasciste

Il y a trente ans aujourd’hui, le 23 février 1981, une ten­ta­tive de coup d’État faillit faire replon­ger l’Espagne dans les affres du franquisme.

A 18h30 ce jour-là, le colo­nel de la Garde civile, Anto­nio Teje­ro Moli­na, fait irrup­tion à la tri­bune du Palais du congrès où sont réunis les dépu­tés espa­gnols pour élire le nou­veau chef du gou­ver­ne­ment. Teje­ro menace le pré­sident de l’Assemblée avec un revol­ver posé sur sa tempe. La scène est retrans­mise en direct à la télé­vi­sion. Les put­schistes veulent tout bon­ne­ment mettre fin à la démo­cra­tie. A Valence, le capi­taine Milans del Bossch a déjà sor­ti les tanks. A 1h15 du matin, le roi Juan Car­los ras­sure les Espa­gnols dans un dis­cours télé­vi­sé. Il désap­prouve le coup d’État et en réfère à la consti­tu­tion. Un cabi­net de crise se met en contact avec les rebelles et obtient leur red­di­tion le 24 à midi.

Teje­ro sera condam­né à 30 ans de pri­son. Incar­cé­ré à la pri­son d’Alcalá de Henares, il béné­fi­cia d’un régime ouvert dès 1993, et fut libé­ré sous le régime de la liber­té condi­tion­nelle en 1996. Depuis, il par­tage son temps entre Madrid et sa pro­vince natale de Mála­ga, où il contri­bue épi­so­di­que­ment à un quo­ti­dien local, Melil­la Hoy.

Ce putsch dit du « 23 F. » fut la der­nière ten­ta­tive de coup d’état d’une armée qui en deux siècles avait ten­té près de deux cents sou­lè­ve­ments… Le 23 février 1981, vit aus­si s’affirmer la figure du roi Juan-Car­los, plus sub­til et fin poli­tique qu’on pou­vait alors le redou­ter – il avait été adou­bé par Fran­co. C’est en par­tie grâce à lui que la démo­cra­tie espa­gnole, qui avait déjà un cadre ins­ti­tu­tion­nel voté en décembre 1978, fut non seule­ment sau­vée, mais naquit dans sa forme actuelle. Comme quoi la démo­cra­tie demeure tou­jours une idée fra­gile, qui demande les plus grandes attentions.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chasse l’autre, il ne fau­drait pas que, sur la scène et dans l’opinion inter­na­tio­nales, la révo­lu­tion égyp­tienne chasse la tuni­sienne pour laquelle il reste tant à accom­plir. Les Tuni­siens en sont pour la plu­part bien conscients, en par­ti­cu­lier quand ils affirment haut et fort : « Le dic­ta­teur est par­ti mais la dic­ta­ture est tou­jours là. » C’est ce que sou­ligne le Col­lec­tif pour les liber­tés et la démo­cra­tie en Tuni­sie* dans l’appel ci-dessous :

Salle comble et effer­ves­cente mer­cre­di à Aix-en-Pro­vence pour la réunion de sou­tien à la révo­lu­tion tuni­sienne. Ph. gp

« L’année 2011 res­te­ra dans l’histoire comme celle de la for­mi­dable révo­lu­tion popu­laire tuni­sienne. Pour la pre­mière fois un dic­ta­teur est contraint par son peuple de s’enfuir. Cette vic­toire des masses popu­laires de Tuni­sie est por­teuse d’un espoir immense pour tous les peuples oppri­més. Elle montre la voie et annonce de nou­velles révoltes popu­laires dans le monde arabe et afri­cain et dans toute l’Afrique. Par­tout les tyrans tremblent et ont peur que leurs peuples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décembre, à la remise du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­ture cas­triste de quit­ter l’île. Comme lors de la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chaise vide.

Chaise vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment européen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sades anti­com­mu­nistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approuve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prouve la manière dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tures fas­cistes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­siste. »

Et le « camp pro­gres­siste », selon Mélen­chon n’est autre que cet aimable club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chine et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tude symp­to­ma­tique chez les trots­kistes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gauche fut membre actif de l’Organisation com­mu­niste internationaliste).

À pro­pos des rela­tions entre la France et la Chine, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une culture com­mune bien plus éten­due et pro­fonde qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, comme nous, accordent depuis des siècles une place cen­trale à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­nales, ils ne pra­tiquent pas l’impérialisme aveugle des Amé­ri­cains. La Chine est une puis­sance paci­fique. Il n’existe aucune base mili­taire chi­noise dans le monde. (...) La Chine n’est pas inté­res­sée au rap­port de forces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démocratie ?

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Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Dimanche. Je me disais que le Pré­sident avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, comme ça conne­ment. Comme un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrouve pen­du un matin, cri­blé de dettes. À 26% de « popu­la­ri­té » selon les son­dages, il bat un record. Je me disais ça et je tombe sur la page « lec­teurs » du Monde [26/9/10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­sident contes­té ». C’est une volée de bois vert comme je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quelques pré­si­dents et m’être aus­si usé les mirettes sur bien des gazettes.

Sans par­ler des blagues en tous genres qui par­courent la toile [mer­ci Claude G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échap­pé par absence tech­nique, il est vrai – et consti­tuent un sévère indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­nage et la fonc­tion atte­nante. Seul Ber­lus­co­ni peut s’aligner – et encore par­vient-il à faire illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un mérite, un vrai. D’avoir été celui par qui la droite fran­çaise aura recon­quis son titre de gloire : la plus bête du monde.

Dimanche ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt poin­té au ciel – écou­tez-moi bien ! – grave, sen­ten­cieux, mena­çant presque, il donne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagnole, leur décla­rant en sub­stance : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu parles, Charles, cause tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­ture fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chère ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noise du gain réalisé.

Dimanche, j’en suis sûr. « Marius et Jean­nette » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­piste. Vu et revu, je tente un autre mélo, au ciné cette fois. Je dis « mélo » exprès parce que je lis ça dans la cri­tique de Télé­ra­ma. Eux, ils dézinguent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exemple, Crime d’amour). Au mieux dans le pire, ils donnent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obli­gé ni de les lire ni d’en tenir compte. On est en répu­blique – enfin, je m’avance, voir ci-des­sus. De toutes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­tiques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amore, que le ‘tit bon­homme du Télé­ra­ma estime « pas mal » (double néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cause de la musique (mélo-die) par­fois lour­dingue dans la redon­dance, tout comme l’est la scène d’amour – cen­trale, d’où le titre – à la fois sublime et un peu ratée dans le paral­lèle appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « nature », fleu­rettes et petites bébêtes. Il s’en serait fal­lu de peu, juste un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chan­te­relle, ce Luca Gua­da­gni­no qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son style, c’est quelque chose ! Rythme, mon­tage, pho­to, éclai­rage… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumière est superbe, alliage du noir des contre-jours (les visages mas­qués) et du plein pot solaire des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une forme ne sau­rait suf­fire. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – toute vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-drame, à doses variable de mélo­die et de drame ? –, ver­sion grande bour­geoi­sie mila­naise, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­tile qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­li­sé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le couple Pin­çon (« Le Pré­sident des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­nette à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bova­ry) compte dans le tableau en tant que pièce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nesse : confor­miste, roman­tique, rebelle (la fille, les­bienne). Sur­vient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le drame comme sanc­tion de la faute – la papau­té veille au grain – et une apo­théose en mater dolo­ro­sa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Fraise et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se demande com­ment il a échap­pé à la cen­sure (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­dence en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­ture. Dans le machisme domi­nant, l’homo cumule les tares du contre-révo­lu­tion­naire. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusa­no – ce traître de ver rampant.

L’histoire tourne autour de trois per­son­nages cen­traux qui suf­fisent à décrire le quo­ti­dien de la vie à La Havane, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­sure obli­ge­rait). Je tiens Fraise et cho­co­lat pour un film sexo-poli­tique, d’autant qu’il traite, en fait, de la fra­ter­ni­té. C’est un hymne à la fra­ter­ni­té avec une scène finale pour le moins émo­tion­nelle. En quoi il est révo­lu­tion­naire dans un régime qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­merce – le mot et sur­tout pas la chose –, ce dont il devra bien rendre compte devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout comme l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents comme Rei­nal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Havane), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Para­di­so) à qui Fraise et cho­co­lat rend un hom­mage direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­mage, ce mar­di voit tom­ber la condam­na­tion du tra­der-vedette Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui réclame sans rire  presque 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y prendre sans se faire prendre à nou­veau pour payer sa dette à la socié­té, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la martingale.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­nale, notam­ment euro­péenne, ajou­tée à la déplo­rable situa­tion éco­no­mique de l’île,  semble conduire la dic­ta­ture cas­triste à lâcher du lest. Le régime cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­tiques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénombre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Havane, à la fois sur le plan diplo­ma­tique et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libération.

* L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jaime Orte­ga et le pré­sident Raul Cas­tro, en pré­sence du ministre espa­gnol des affaires étran­gères, Miguel Angel Moratinos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tures – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tiales de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grève de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­logue et jour­na­liste de 48 ans, entâ­mait à son tour une grève de la faim. Il se trouve en grand dan­ger vital et cette libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le texte de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tures obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remise des signa­tures du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tures d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la demande de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pagne. Soyez bref! Par exemple, écri­vez-leur : « Je vous invite à signer cette Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Déclaration.
Les remises de signa­tures auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux sièges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De grandes mani­fes­ta­tions et de petites céré­mo­nies de remise sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sade, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contactez-nous.
Mer­ci de faire par­tie de cette campagne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cubanos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próximos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que necesitamos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy breve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tante. » No olvides incluir el enlace (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes sociales a fir­mar la Declaración.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Frente a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contáctanos.

Gra­cias por ser parte de esta campaña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cubano


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moindre ambi­guï­té la dic­ta­ture cas­triste, clame un jour­na­liste chi­lien de gauche. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sistes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à faire. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (centre gauche). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jusque là sans réserve dont béné­fi­ciait le régime cubain dans la gauche « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­tage publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les foudres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lystes inspirés ».

QUÉ PASA (extraits)
Santiago-du-Chili

La gauche lati­no-amé­ri­caine a com­mis une faute qu’elle met­tra long­temps à expier: celle d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­ture cubaine bien plus long­temps qu’il n’était accep­table. Rares en effet ont été les figures poli­tiques, les artistes et les intel­lec­tuels pro­gres­sistes qui, assis­tant de près à l’évolution du régime cas­triste, ont pris la peine de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­cile. Les socia­listes chi­liens eux-mêmes osent le faire, même s’ils uti­lisent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­plices ont fait en sorte de noyer le pois­son et de diluer en phrases inter­mi­nables une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dictature ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maître dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mille mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nantes et les convaincre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sable et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tristes se sont sen­tis accueillis, les faibles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­dire est bien­tôt deve­nu pour bon nombre de révo­lu­tion­naires un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un manque de liber­té inac­cep­table. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nelles, c’est cer­tain. C’est sans doute l’homme poli­tique vivant le plus expé­ri­men­té au monde. Je doute que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puissent le nier. Il a pla­cé sa petite île au centre de la carte du monde et, mieux encore, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pauvre face à la puis­sance bru­tale d’un empire. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guerre froide. Les Cubains peuvent
haïr Fidel, mais aucun ne le méprise. Eux, ces Argen­tins des Caraïbes, se sentent au fond sou­mis par un homme gran­diose. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peuple si fier l’ait sup­por­té un demi-siècle sans plus se révolter?
Le seul pro­blème est qu’avec le temps les hommes gran­dioses vieillissent net­te­ment moins bien que les hommes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heures. Même la droite chi­lienne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scène, l’auditoire fré­mit. Ils le craignent tant qu’ils osent à peine pro­non­cer son nom. S’ils veulent le cri­ti­quer, les Cubains uti­lisent de nou­velles formes gram­ma­ti­cales ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régime], n’ayant pas de rubrique de faits divers, on pour­rait croire que La Havane ne connaît ni crimes ni délits. Le jour­na­lisme n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plaignent de la concen­tra­tion des médias dans quelques mains par­donnent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une farce, la police secrète est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne rentre pas dans cette catégorie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­crites que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admettre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­chables, qu’elles n’ont fait fusiller per­sonne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devises et d’autres - misé­rables - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­lières », accom­pa­gna­trices de tou­ristes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­tiques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­dide des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mène les yeux ouverts, constate qu’il n’en est rien. La san­té publique et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guère qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il existe un tou­risme idéo­lo­gique : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cherche le reflet des illu­sions perdues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Plane désor­mais l’idée que tous ces men­songes ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frère, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­viste de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grève de la faim], ten­tant en vain de convaincre le monde que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cule que cela puisse paraître, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­prises ren­tables. La cor­rup­tion sévit à grande échelle. Et cer­tains parient déjà que cette fic­tion qui a rui­né tant de vies touche à sa fin. Comme pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face sombre de ce conte de fées. Si la gauche entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­mence par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de celte dynas­tie cari­béenne, le mot « dic­ta­ture ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comptent en la matière.
Patri­cio Fernandez
direc­teur de la revue sati­rique « The Clinic »

Nous devons cet article et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régime cubain se dur­cit encore davan­tage sous le double effet de la crise et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grève de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­logue et jour­na­liste de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Havane. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et celles de plu­sieurs dizaines d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régime cas­triste. Un affron­te­ment qui fait craindre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­sance hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­liste espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lène El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la traduction.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­logue et jour­na­liste dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grèves de la faim der­rière lui. Depuis qu’il a ren­du sa carte de l’Union des Jeunes Com­mu­nistes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré comme un dur. Sa der­nière grève de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs reprises pour lui sau­ver la vie. Il en garde de nom­breuses séquelles et sa famille, cette fois redoute un rapide dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­taine d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tième jour sans nour­ri­ture ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment faible, bien que conscient, et il peut encore mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­tyre » et prendre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps comme un ins­tru­ment de plus pour « faire par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa femme, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cette pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pectent sa déci­sion. Deux méde­cins lui rendent visite chaque jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui suivent en per­ma­nence son évolution.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cette grève ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­tique fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruelles ni inhu­maines, qu’elles libèrent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­tiques qui sont malades et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­sième objec­tif est, si je meure, que le monde s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment laisse mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas isolé. 

Mais quelle est votre demande concrète ?

– Que le gou­ver­ne­ment libère ces 26 pri­son­niers poli­tiques qui sont malades, et que, jusqu’aux propres ser­vices médi­caux du minis­tère on consi­dère qu’ils doivent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en prison.

Et s’ils ne les relâchent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­nières conséquences...

Vous vou­lez mourir ?

– (Silence)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le monde s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des martyres. 

Vous vou­lez deve­nir un mar­tyre consciemment ?

– Même les psy­cho­logues du minis­tère de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une grande voca­tion de mar­tyre... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lutte pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le prendra. 

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­miste. Je pense que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trouve dans une passe dif­fi­cile, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grève de la faim, ce qui serait un pro­blème au niveau de toute la société. 

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­naire. Vous-même avez été mili­taire et avez étu­dié en Union sovié­tique. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dissidence ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizaines de mil­liers de per­sonnes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du compte des nom­breuses per­ver­sions de ce régime auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meure. 

Qu’est ce qu’il va se pas­ser maintenant ?

– Moi je me sens déjà très faible. J’ai mal à la tête et je com­mence à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­sance. Alors ma famille déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie parentérale].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me mettent dans une chambre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visite de mes frères de lutte, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­cale. S’ils me mettent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visite de mes cama­rades, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la salle de soin inten­sif, pen­dant les horaires régle­men­taires des visites, je per­met­trai cette ali­men­ta­tion paren­té­rale, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le voudra.

Que croyez-vous que pensent de tout ça votre femme, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cette grève de la faim, ma mère est res­tée seize heures sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y opposent tou­jours, elles res­pectent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famille doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si celle de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­tiques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Marine Ponthieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guerre d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de drogue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une toute autre ver­sion. Par exemple, que les frères Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schistes, avec d’autres mili­taires en oppo­si­tion au régime ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de drogue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sauve contre la recon­nais­sance du tra­fic de drogue mené à son propre compte. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Havane avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensuite le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­velles de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus grave que l’interdiction totale d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de travail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y  », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inhabituel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Havane. Il menait une grève de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Membre d’une orga­ni­sa­tion de défense civique illé­gale, le Direc­toire démo­cra­tique cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désordre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­tique « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affirme la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­nale, une orga­ni­sa­tion illé­gale mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­sident, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semaine der­nière seule­ment de Camagüey, dans le centre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Havane.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubaines d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­time, selon lui, de coups et de vio­lences racistes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Chepe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, estime que cette affaire pour­rait se repro­duire en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubaines, où aucune orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale n’est admise. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui estime à 65 le nombre des « pri­son­niers de conscience » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nombre de pri­son­niers poli­tiques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Havane, sans faire de com­men­taires, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexique des 32 pays de la région. De son côté, le pré­sident cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubaines accusent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­naires » à la solde des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubaines se trouvent à bout de souffle. La crise s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paiement.

[Sources AFP, Le Monde, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


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    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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