On n'est pas des moutons

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Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cu­les de boues rou­ges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­dan­ne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc natio­nal des calan­ques (Bou­ches-du-Rhô­ne), inquiè­tent les spé­cia­lis­tes, mais aus­si les défen­seurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de ton­nes de « boues rou­ges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La minis­tre de l’Environnement, Ségo­lè­ne Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a impu­té à son Pre­mier minis­tre l’absence de lut­te contre ce fléau : elle assu­re avoir vou­lu les inter­di­re, mais que  « Manuel Valls a déci­dé le contrai­re » .  « C’est inad­mis­si­ble », assè­ne la minis­tre devant la camé­ra de « Tha­las­sa » , dif­fu­sé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur Fran­ce 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­ven­ce-Alpes-Côte d’Azur a auto­ri­sé en décem­bre la socié­té Alteo à pour­sui­vre l’exploitation de ses usi­nes sur le site de Gar­dan­ne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lè­ne Royal, rap­pel­le Le Mon­de.

La déci­sion d’interdire ces déchets incom­be au chef du gou­ver­ne­ment, affir­me Ségo­lè­ne Royal :   »[Manuel Valls] a pris cet­te déci­sion. Il a don­né l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajou­te-t-elle.

[Sour­ce : Fran­cein­fo, 30/8/16]



Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

« Mar­seille - Capi­ta­le euro­péen­ne de la Cultu­re », c’est fini.  Elle s’est donc ache­vée ce 31 décem­bre par une super-pro­duc­tion pyro­tech­ni­que et audio-visuel­le. Un spec­ta­cle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­cu­liè­re­ment réus­si.

Ne gâtons pas ce plai­sir. Pour autant, s’agissant de ce gen­re de célé­bra­tions gran­dio­ses des­ti­nées à dyna­mi­ser une vil­le et une région tout au long d’une année, le bilan est évi­dem­ment miti­gé. En par­ti­cu­lier selon les points de vue, à par­tir des pôles extrê­mes : l’économique et le cultu­rel, deux domai­nes qui pei­nent à se croi­ser en har­mo­nie. Et, là enco­re, ce sont les gran­des struc­tu­res qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la gros­se part des som­mes dépen­sées.

Il est à cet égard symp­to­ma­ti­que que le satis­fe­cit relayé par La Pro­ven­ce de ce 1er jan­vier,  por­te sur­tout sur des don­nées chif­frées : nom­bres de visi­teurs enre­gis­trés ça et là, de spec­ta­cles pro­duits, de nui­tées d’hôtel ; pour­cen­ta­ges d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-comp­ta­ble donc, tel qu’aiment en pré­sen­ter les patrons de la Cham­bre de com­mer­ce et d’industrie, des gros­ses entre­pri­ses, des gros­ses struc­tu­res de spec­ta­cles.

Bref, les gros sont contents d’avoir bien man­gé. Pour les autres, habi­tués aux miet­tes, espé­rons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­lon­ges – ne les met­tra pas à la diè­te selon le vieux prin­ci­pe : pri­va­ti­sa­tion des pro­fits - socia­li­sa­tion des per­tes. En quoi l’année-vérité sera cel­le de 2014.

En atten­dant, voi­ci un petit flo­ri­lè­ge de la bel­le soi­rée fina­le.


Mar­seille-Pro­ven­ce 2013 - Spec­ta­cle final 31/12... par gerard-pon­thieu-9


Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tè­re plus que trou­ble de la ges­tion muni­ci­pa­le. C’est ce que rap­pel­le le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­man­do Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­ti­ques pour le moins anti-démo­cra­ti­ques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a ame­né le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plu­sieurs semai­nes, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nel­le a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quel­ques jours, vous avez contraint le mai­re à répon­dre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cet­te sub­ven­tion. Cet­te déci­sion de David Guet­ta est une pre­miè­re vic­toi­re, mais c’est une vic­toi­re amè­re.

(Lire la sui­te…)


Marseille. Pétition contre une subvention de 400 000 euros pour un concert de David Guetta

Les élus de Mar­seille ont accor­dé une sub­ven­tion de 400 000 euros pour un concert payant de David Guet­ta le 23 juin, à Mar­seille. Cet argent public va ali­men­ter les cais­ses d’un pro­duc­teur pri­vé. Avec des pla­ces entre 40 et 55 euros, les recet­tes du concert sont esti­mées à envi­ron 1 mil­lion d’euros. Cet­te sub­ven­tion est donc injus­ti­fia­ble, alors qu’il y a mieux à fai­re pour la cultu­re à Mar­seille !

Adres­sée au mai­re Jean-Clau­de Gau­din, une péti­tion contre cet­te folie a déjà recueilli plus de 35 000 signa­tu­res. A 50 000, un recours devant le conseil muni­ci­pal sera envi­sa­gea­ble pour fai­re annu­ler la déci­sion.

En plei­ne pério­de de cri­se, mobi­li­sons-nous pour que l’argent public ne soit pas gas­pillé ain­si !

Le 10 décem­bre 2012, il a été déci­dé en conseil muni­ci­pal de Mar­seille d’octroyer la som­me de 400 000 euros à la socié­té Adam Pro­duc­tions afin de pro­dui­re un concert de David Guet­ta et Mika le 23 juin au Parc Boré­ly (mis à dis­po­si­tion par la Vil­le de Mar­seille), dans le cadre de Mar­seille Pro­ven­ce 2013, Capi­ta­le euro­péen­ne de la Cultu­re.

Mal­gré cet­te sub­ven­tion publi­que, la billet­te­rie mise en pla­ce annon­ce des tarifs com­pris entre 44 et 59 euros.

Cet­te péti­tion ne contes­te pas la pro­gram­ma­tion mais le finan­ce­ment public qui n’est pas jus­ti­fié. Les contri­bua­bles devront donc finan­cer un concert qui ne sera même pas acces­si­ble au plus grand nom­bre!

1. Cet­te sub­ven­tion aurait pu béné­fi­cier à des asso­cia­tions ou à des artis­tes contri­buant réel­le­ment au rayon­ne­ment de Mar­seille et à Mar­seille 2013  et ayant réel­le­ment besoin de finan­ce­ments. David Guet­ta est l’un des artis­tes fran­çais les mieux payés...

2. Cet­te som­me est d’autant plus inac­cep­ta­ble qu’elle ne per­met même pas de pro­po­ser des pla­ces à un tarif abor­da­ble pour le grand public!

3. La vil­le s’est mon­trée sou­vent réti­cen­te face aux évè­ne­ments musi­caux en plein air (Mar­sa­tac, Buvet­te Dis­co...). Là, aucun pro­blè­me.

En plus des lar­ges­ses de la mai­rie, le lieu est mis à dis­po­si­tion gra­tui­te­ment pour Adam pro­duc­tion qui aura éga­le­ment l’entière recet­te des ven­tes de billets, des bois­sons et autres pro­duits ven­dus sur pla­ce. Une recet­te esti­mée à 1,1 mil­lion d’euros.

Il s’agit donc bien d’un cadeau de la Vil­le à une entre­pri­se pri­vée...

Pour que l’argent public finan­ce la cultu­re et les artis­tes locaux plu­tôt que les pro­duc­teurs inter­na­tio­naux, signez la péti­tion et dif­fu­sez-là autour de vous.


Samedi à Marseille, regards croisés sur Claude Lévi-Strauss : conférences, débats, films

Clau­de Lévi-Strauss est mort le 30 octo­bre 2009. Un an après, les Archi­ves dépar­te­men­ta­les des Bou­ches-du-Rhô­ne à Mar­seille et la Mai­son médi­ter­ra­néen­ne des scien­ces de l’homme (MMSH) à Aix-en-Pro­ven­ce ren­dent hom­ma­ge, ce same­di, à l’anthropologue-écrivain en invi­tant le public à che­mi­ner tout un après-midi dans sa vie et son oeu­vre. En com­pa­gnie d’éminents cher­cheurs… et de Lévi-Strauss lui-même, à tra­vers des extraits de films.

« Ce que je consta­te, ce sont les rava­ges actuels ; c’est la dis­pa­ri­tion effrayan­te des espè­ces vivan­tes, qu’elles soient végé­ta­les ou ani­ma­les ; et le fait que, de par sa den­si­té actuel­le, l’espèce humai­ne vit sous une sor­te de régi­me d’empoisonnement inter­ne » décla­rait Clau­de Lévi-Strauss sur Anten­ne 2, en février 2005. Au cré­pus­cu­le de sa vie, ce constat inquiet était deve­nu une han­ti­se. À lui seul – mais il y a enco­re bien d’autres rai­sons – il jus­ti­fie que les Ren­con­tres d’Averroès, axées en 2010 sur les ques­tions d’environnement, s’associent aux Archi­ves dépar­te­men­ta­les pour cet hom­ma­ge à Lévi-Strauss.

« À vrai dire, il ne s’agit pas exac­te­ment d’un hom­ma­ge, pré­ci­se l’ethnologue Chris­tian Brom­ber­ger, qui a assu­ré la coor­di­na­tion scien­ti­fi­que de l’événement. Car le mot a une conno­ta­tion hagio­gra­phi­que qu’il aurait détes­té ! Bien enten­du, seront évo­qués sa per­son­na­li­té et son oeu­vre. Mais je par­le­rais plu­tôt de regards croi­sés. »

Le pre­mier de ces regards sera d’ailleurs celui de Lévi-Strauss lui-même. Chris­tian Brom­ber­ger a en effet choi­si dans les archi­ves de l’INA des extraits d’entretiens qui per­met­tront de voir et d’entendre le cher­cheur dis­pa­ru. Ces docu­ments vien­dront ryth­mer la mani­fes­ta­tion et paral­lè­le­ment, nour­rir les pro­pos des cinq inter­ve­nants char­gés d’éclairer dif­fé­rents aspects de son iti­né­rai­re intel­lec­tuel.

Lévi-Strauss en 2005 [ph. Wiki­pe­dia

. »] »]

…et en 1938 au bord du rio Macha­do, au Bré­sil [archi­ves CLS

Le cri­ti­que d’art Alain Pai­re ouvri­ra le ban en sou­li­gnant l’importance d’André Bre­ton dans ce par­cours. L’anthropologue et le « pape du sur­réa­lis­me » se sont liés pen­dant la guer­re, alors qu’ils fuyaient le nazis­me, à bord du bateau qui les ame­nait de Mar­seille à New York. Rela­tion essen­tiel­le puis­que c’est véri­ta­ble­ment au contact de Bre­ton que Lévi-Strauss s’est pris de pas­sion pour les arts pri­mi­tifs [bien qu’il en eût déjà obser­vé cer­tai­nes for­mes, notam­ment au cours de ses célè­bres expé­di­tions au Bré­sil].

De son côté, l’anthropologue Emma­nuel Ter­ray par­le­ra du rôle-clé que Lévi-Strauss accor­de, dans sa vision du mon­de, à la notion de diver­si­té. « Pour Lévi-Strauss, com­men­te Chris­tian Brom­ber­ger, il y a une équi­va­len­ce entre diver­si­té natu­rel­le et diver­si­té cultu­rel­le. Il est très atta­ché à l’une com­me à l’autre, sans pour autant don­ner dans l’angélisme. Il dit par exem­ple que la diver­si­té des grou­pes sociaux se paie « par un mini­mum d’hostilité », ajou­tant qu’il s’agit là du « fonc­tion­ne­ment nor­mal des dif­fé­ren­ces ». Mais ce qui l’inquiète davan­ta­ge, c’est pré­ci­sé­ment le contrai­re : l’uniformisation mor­ti­fè­re qui guet­te désor­mais la natu­re et les hom­mes. En cela, sa pen­sée fait écho aux pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­gis­tes les plus actuel­les. »

La troi­siè­me éta­pe de ce par­cours concer­ne­ra – c’était incon­tour­na­ble – le struc­tu­ra­lis­me. « Il pen­sait que sous le fouillis appa­rent de la vie, résu­me Chris­tian Brom­ber­ger, il y avait, sous-jacen­tes, des constan­tes com­mu­nes à tou­tes les socié­tés humai­nes, des struc­tu­res qu’il appar­tient au cher­cheur de déga­ger, y com­pris à tra­vers les varia­tions d’une cultu­re à l’autre. » On sait que Lévi-Strauss s’est vrai­ment fait le chan­tre de cet­te thè­se contes­tée dès les années 60 par un phi­lo­so­phe com­me Paul RicoeurCet­te contro­ver­se res­te un débat très contem­po­rain qui, ce same­di, sera abor­dé par le direc­teur de la revue Esprit, Oli­vier Mon­gin.

Dio­ni­gi Albe­ra, le direc­teur de l’Institut d’ethnologie médi­ter­ra­néen­ne et com­pa­ra­ti­ve, enchaî­ne­ra ensui­te sur le dif­fi­ci­le rap­port de Lévi-Strauss à l’Islam. « Il se mon­tre effec­ti­ve­ment assez cri­ti­que » dit Chris­tian Brom­ber­ger, « le repro­che majeur qu’il fait à l’Islam, c’est d’avoir conçu et expor­té la notion de dji­had, qui a ins­pi­ré en retour l’idée de croi­sa­de. »

Il appar­tien­dra au poè­te Michel Deguy, auteur de l’article « Anthro­po­lo­gie et poé­sie » dans la revue Cri­ti­que, de conclu­re cet­te jour­née en évo­quant les ana­ly­ses de la poé­sie qu’a menées Lévi-Strauss et le maria­ge excep­tion­nel, dans ses ouvra­ges, entre anthro­po­lo­gie et lit­té­ra­tu­re dont « Tris­tes tro­pi­ques » res­te l’exemple le plus fameux.

Un débat avec la sal­le est pré­vu. L’hommage se ter­mi­ne avec la pro­jec­tion du film docu­men­tai­re « Clau­de Lévi-Strauss par lui-même » de Pier­re-André Bou­tang [Fran­ce, 2008, 1h33].

[D’après le docu­ment de pré­sen­ta­tion]

Archi­ves et Biblio­thè­que dépar­te­men­ta­les Gas­ton-Def­fer­re, de 15h à 20h30.

18-20, rue Mirès – 13003 Mar­seille.

Entrée libre, réser­va­tion conseillée au 04 91 08 61 00.


Manif. « Ils » vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, sixiè­me édi­tion. Scé­na­rio inchan­gé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­ma­tur­gie. Sauf quel­ques inno­va­tions poin­tées ça et là.

Par exem­ple, le très remar­qué cha­riot à bar­beuk, mon­té sur rou­let­tes pour des mer­guez à la poin­te du com­bat. Le modè­le sem­ble sor­ti des ate­liers d’Eurocopter; enco­re six manif et les sau­cis­ses seront ser­vies par héli­cos.

Tan­dis que d’aucun était par­ti pour pla­ner un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui sem­ble lais­ser scep­ti­que Mimi­le, ex-métal­lo et authen­ti­que retrai­té. Pour l’occasion, il a pas­sé sa salo­pet­te tou­te pro­pre, même pas usée.

Ou que d’aucune revi­si­tait Dela­croix en sa Liber­té gui­dant le peu­ple (et en chan­tant)…

…mais avait-il bien enten­du, le peu­ple ? Car le voi­là qui but­te contre des bar­ri­ca­des d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de mar­bre (et de bron­ze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cin­quan­te ans avant, le « poè­te du peu­ple mar­seillais » avait tout bien poè­te­ment résu­mé : « À périr tout entier, que ser­vi­rait-il de naî­tre ? »

Pho­tos gp


« Parade de l’OM » à Marseille. La seconde mort de Zarafa, brûlée « vive » en martyr de la bêtise

Same­di après-midi sur la Cane­biè­re. 3000 livres en feu.

Le 22 jan­vier, ici même, je pla­çais qua­tre pho­tos sous le titre « La môme aux gran­des can­nes sur la Cane-Cane­biè­re ». La magni­fi­que gira­fe aura tenu qua­tre mois sur l’artère prin­ci­pa­le et emblé­ma­ti­que de Mar­seille, avant de suc­com­ber sous les coups de bou­toir de la conne­rie humai­ne. Zara­fa a été incen­diée same­di par les hor­des bar­ba­res cen­sées fêter le sacre de l’OM dans le rituel foo­teux. Voyez la vidéo four­nie par La Pro­ven­ce. Les ima­ges en mon­trent un peu plus que le repor­ta­ge du même jour­nal, dont j’extrais ceci :

18h31. Les pseu­do-sup­por­ters met­tent le feu à une gira­fe

Ins­tal­lée près de la mai­rie du 1/7, en haut de La Cane­biè­re, une faus­se gira­fe vient d’être enflam­mée par les pseu­do-sup­por­ters qui affron­tent actuel­le­ment les for­ces de l’ordre, en mar­ge de la para­de de l’OM. Elle ne devrait pas résis­ter long­temps à ce mau­vais trai­te­ment...

Dali, Gira­fe en feu (extrait), 1935. Bâle, Musée des Beaux-Arts

Deux remar­ques. La vidéo appa­raît à la fois affli­gean­te par son conte­nu, le ges­te stu­pi­de – c’est peu dire – qu’elle illus­tre ; en même temps qu’elle affi­che une bles­san­te beau­té, com­me il en est trop sou­vent des dra­mes (ici, il n’y a pas mort d’homme, mais une insul­te à l’intelligence humai­ne). Voir cet­te gira­fe en feu res­sem­ble à un acte sur­réa­lis­te dépas­sant le féti­chis­me de l’objet et de sa repré­sen­ta­tion. Ce spec­ta­cle, car c’en est un, ne man­que pas d’évoquer la gira­fe en feu pein­te par Sal­va­dor Dali.

Sur le fond et l’absurdité du ges­te incen­diai­re, on peut aus­si évo­quer les pra­ti­ques d’auto­da­fé remon­tant aux mul­ti­ples inqui­si­tions et en par­ti­cu­lier sous le nazis­me. Car la gira­fe de Mar­seille était consti­tuée de mil­liers de livres assem­blés autour d’une ossa­tu­re. Des livres de poche, sans dou­te choi­sis bien atten­ti­ve­ment, tant par les cou­leurs des cou­ver­tu­res que par les titres mêmes rete­nus par le sculp­teur, Jean-Michel Rubio. On peut aus­si pen­ser à l’ouvrage de Ray Brad­bu­ry, Farein­heit 451, que Truf­faut avait por­té à l’écran (1966). Quand on brû­le des livres, c’est à l’humanité tout entiè­re qu’on atten­te, et c’est le signe que la bar­ba­rie est déjà en mar­che. N’allons pas jusqu’à là pour ce qui est du « sup­pli­ce »mar­seillais infli­gé à Zara­fa. Entre l’imbécillité du ges­te, son irres­pon­sa­bi­li­té et l’intention mal­fai­san­te, on ne sau­rait trop jurer que quoi que ce soit – ou alors des trois….

Zara­fa peu après son inau­gu­ra­tion [Ph. J-M Rubio

Rap­pe­lons que cet­te gira­fe avait été ins­tal­lée là, du haut de ses six mètres, la tête dans les bran­ches d’un pla­ta­ne, à l’occasion des « bou­qui­na­des », une fête de quar­tier dédiée au livre. La gira­fe n’avait pas été élue au hasard, ce que la pres­se loca­le ne nous avait pas appris, notam­ment La Pro­ven­ce. Laquel­le n’y a vu qu’un bes­tiau quel­con­que tout jus­te bon à fai­re exo­ti­que.

C’est donc par Fran­ce Cultu­re et sa Fabri­que de l’histoire que j’apprenais quel­ques semai­nes plus tard l’aventure de Zara­fa, la  « Pre­miè­re gira­fe de Fran­ce  » offer­te en 1825 au roi de Fran­ce, Char­les X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tu­rer deux gira­fes au Nord-Sou­dan. On leur fit des­cen­dre le Nil. À Alexan­drie, il fut déci­dé, pour ne pas fai­re de jaloux, d’en offrir une à cha­cu­ne des deux prin­ci­pa­les puis­san­ces colo­nia­les en Afri­que : l’Angleterre et la Fran­ce.

 

Quel­ques bri­bes de livres accro­chées à l’ossature métal­li­que [Ph. Odi­le Che­ne­vez

La gira­fe fran­çai­se embar­qua pour Mar­seille, où elle par­vint à l’automne de 1826. Elle fut alors pri­se en char­ge par Étien­ne Geof­froy Saint-Hilai­re, natu­ra­lis­te savant du Jar­din des Plan­tes, qui eut la mis­sion de la rame­ner, au pas, dans ce sanc­tuai­re pari­sien de la Scien­ce. Son voya­ge eut un reten­tis­se­ment consi­dé­ra­ble à l’époque : elle était atten­due par­tout par des fou­les immen­ses.

La gira­fe anglai­se, quant à elle, hiver­na à Mal­te, sup­por­ta mal le voya­ge par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Lon­dres dans les bras du roi Geor­ge.

Quant à la Zara­fa fran­çai­se et à son voya­ge en Fran­ce, le déli­re col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mil­le badauds accla­mè­rent l’étrange vedet­te sur la pla­ce Bel­le­cour. Char­les X, à qui elle était per­son­nel­le­ment offer­te, se plai­gnit d’être pour ain­si dire le der­nier des Fran­çais à la voir. C’était la pre­miè­re gira­fe à visi­ter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-sept années à Paris, mou­rut, fut natu­ra­li­sée, et se fit oublier, pour res­sur­gir de temps à autres, sous for­me de légen­des sou­vent invrai­sem­bla­bles. Elle est main­te­nant au Muséum de La Rochel­le.

Il res­te l’indignation… et les mots (Ph. Odi­le Che­ne­vez

Ce qui a donc été incen­dié same­di dans la gloi­re de l’Olympique de Marseille,ce n’est donc pas « une » gira­fe com­me l’a vue La Pro­ven­ce, mais une par­tie de l’histoire de la cité pho­céen­ne, une par­tie de l’Histoire humai­ne tout court. Cet­te épi­so­de peu glo­rieux por­te aus­si sa dimen­sion his­to­ri­que, hélas !

Les opti­mis­tes auront-ils rai­son ? [Ph. Odi­le Che­ne­vez


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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