On n'est pas des moutons

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Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cules de boues rouges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recouvrent les fonds marins du Parc natio­nal des calanques (Bouches-du-Rhône), inquiètent les spé­cia­listes, mais aus­si les défen­seurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de tonnes de « boues rouges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calanques. [Tha­las­sa-F3]

La ministre de l’Environnement, Ségo­lène Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a impu­té à son Pre­mier ministre l’absence de lutte contre ce fléau : elle assure avoir vou­lu les inter­dire, mais que  « Manuel Valls a déci­dé le contraire ».  « C’est inad­mis­sible », assène la ministre devant la camé­ra de « Tha­las­sa », dif­fu­sé ven­dre­di 2 sep­tembre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur a auto­ri­sé en décembre la socié­té Alteo à pour­suivre l’exploitation de ses usines sur le site de Gar­danne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lène Royal, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­ver­ne­ment, affirme Ségo­lène Royal :   »[Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a don­né l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajoute-t-elle.

[Source : Fran­cein­fo, 30/8/16]



Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

« Mar­seille - Capi­tale euro­péenne de la Culture », c’est fini.  Elle s’est donc ache­vée ce 31 décembre par une super-pro­duc­tion pyro­tech­nique et audio-visuelle. Un spec­tacle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­cu­liè­re­ment réussi. 

Ne gâtons pas ce plai­sir. Pour autant, s’agissant de ce genre de célé­bra­tions gran­dioses des­ti­nées à dyna­mi­ser une ville et une région tout au long d’une année, le bilan est évi­dem­ment miti­gé. En par­ti­cu­lier selon les points de vue, à par­tir des pôles extrêmes : l’économique et le cultu­rel, deux domaines qui peinent à se croi­ser en har­mo­nie. Et, là encore, ce sont les grandes struc­tures qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la grosse part des sommes dépensées. 

Il est à cet égard symp­to­ma­tique que le satis­fe­cit relayé par La Pro­vence de ce 1er jan­vier,  porte sur­tout sur des don­nées chif­frées : nombres de visi­teurs enre­gis­trés ça et là, de spec­tacles pro­duits, de nui­tées d’hôtel ; pour­cen­tages d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-comp­table donc, tel qu’aiment en pré­sen­ter les patrons de la Chambre de com­merce et d’industrie, des grosses entre­prises, des grosses struc­tures de spectacles. 

Bref, les gros sont contents d’avoir bien man­gé. Pour les autres, habi­tués aux miettes, espé­rons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­longes – ne les met­tra pas à la diète selon le vieux prin­cipe : pri­va­ti­sa­tion des pro­fits - socia­li­sa­tion des pertes. En quoi l’année-vérité sera celle de 2014.

En atten­dant, voi­ci un petit flo­ri­lège de la belle soi­rée finale.


Mar­seille-Pro­vence 2013 - Spec­tacle final 31/12... par gerard-pon­thieu-9


Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­man­do Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démo­cra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a ame­né le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

(Lire la suite…)


Marseille. Pétition contre une subvention de 400 000 euros pour un concert de David Guetta

Les élus de Mar­seille ont accor­dé une sub­ven­tion de 400 000 euros pour un concert payant de David Guet­ta le 23 juin, à Mar­seille. Cet argent public va ali­men­ter les caisses d’un pro­duc­teur pri­vé. Avec des places entre 40 et 55 euros, les recettes du concert sont esti­mées à envi­ron 1 mil­lion d’euros. Cette sub­ven­tion est donc injus­ti­fiable, alors qu’il y a mieux à faire pour la culture à Marseille !

Adres­sée au maire Jean-Claude Gau­din, une péti­tion contre cette folie a déjà recueilli plus de 35 000 signa­tures. A 50 000, un recours devant le conseil muni­ci­pal sera envi­sa­geable pour faire annu­ler la décision.

En pleine période de crise, mobi­li­sons-nous pour que l’argent public ne soit pas gas­pillé ainsi !

Le 10 décembre 2012, il a été déci­dé en conseil muni­ci­pal de Mar­seille d’octroyer la somme de 400 000 euros à la socié­té Adam Pro­duc­tions afin de pro­duire un concert de David Guet­ta et Mika le 23 juin au Parc Boré­ly (mis à dis­po­si­tion par la Ville de Mar­seille), dans le cadre de Mar­seille Pro­vence 2013, Capi­tale euro­péenne de la Culture.

Mal­gré cette sub­ven­tion publique, la billet­te­rie mise en place annonce des tarifs com­pris entre 44 et 59 euros.

Cette péti­tion ne conteste pas la pro­gram­ma­tion mais le finan­ce­ment public qui n’est pas jus­ti­fié. Les contri­buables devront donc finan­cer un concert qui ne sera même pas acces­sible au plus grand nombre!

1. Cette sub­ven­tion aurait pu béné­fi­cier à des asso­cia­tions ou à des artistes contri­buant réel­le­ment au rayon­ne­ment de Mar­seille et à Mar­seille 2013  et ayant réel­le­ment besoin de finan­ce­ments. David Guet­ta est l’un des artistes fran­çais les mieux payés...

2. Cette somme est d’autant plus inac­cep­table qu’elle ne per­met même pas de pro­po­ser des places à un tarif abor­dable pour le grand public!

3. La ville s’est mon­trée sou­vent réti­cente face aux évè­ne­ments musi­caux en plein air (Mar­sa­tac, Buvette Dis­co...). Là, aucun problème.

En plus des lar­gesses de la mai­rie, le lieu est mis à dis­po­si­tion gra­tui­te­ment pour Adam pro­duc­tion qui aura éga­le­ment l’entière recette des ventes de billets, des bois­sons et autres pro­duits ven­dus sur place. Une recette esti­mée à 1,1 mil­lion d’euros.

Il s’agit donc bien d’un cadeau de la Ville à une entre­prise privée...

Pour que l’argent public finance la culture et les artistes locaux plu­tôt que les pro­duc­teurs inter­na­tio­naux, signez la péti­tion et dif­fu­sez-là autour de vous.


Samedi à Marseille, regards croisés sur Claude Lévi-Strauss : conférences, débats, films

Claude Lévi-Strauss est mort le 30 octobre 2009. Un an après, les Archives dépar­te­men­tales des Bouches-du-Rhône à Mar­seille et la Mai­son médi­ter­ra­néenne des sciences de l’homme (MMSH) à Aix-en-Pro­vence rendent hom­mage, ce same­di, à l’anthropologue-écrivain en invi­tant le public à che­mi­ner tout un après-midi dans sa vie et son oeuvre. En com­pa­gnie d’éminents cher­cheurs… et de Lévi-Strauss lui-même, à tra­vers des extraits de films.

« Ce que je constate, ce sont les ravages actuels ; c’est la dis­pa­ri­tion effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végé­tales ou ani­males ; et le fait que, de par sa den­si­té actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne » décla­rait Claude Lévi-Strauss sur Antenne 2, en février 2005. Au cré­pus­cule de sa vie, ce constat inquiet était deve­nu une han­tise. À lui seul – mais il y a encore bien d’autres rai­sons – il jus­ti­fie que les Ren­contres d’Averroès, axées en 2010 sur les ques­tions d’environnement, s’associent aux Archives dépar­te­men­tales pour cet hom­mage à Lévi-Strauss.

« À vrai dire, il ne s’agit pas exac­te­ment d’un hom­mage, pré­cise l’ethnologue Chris­tian Brom­ber­ger, qui a assu­ré la coor­di­na­tion scien­ti­fique de l’événement. Car le mot a une conno­ta­tion hagio­gra­phique qu’il aurait détes­té ! Bien enten­du, seront évo­qués sa per­son­na­li­té et son oeuvre. Mais je par­le­rais plu­tôt de regards croisés. »

Le pre­mier de ces regards sera d’ailleurs celui de Lévi-Strauss lui-même. Chris­tian Brom­ber­ger a en effet choi­si dans les archives de l’INA des extraits d’entretiens qui per­met­tront de voir et d’entendre le cher­cheur dis­pa­ru. Ces docu­ments vien­dront ryth­mer la mani­fes­ta­tion et paral­lè­le­ment, nour­rir les pro­pos des cinq inter­ve­nants char­gés d’éclairer dif­fé­rents aspects de son iti­né­raire intellectuel.

Lévi-Strauss en 2005 [ph. Wikipedia

. »] »]

…et en 1938 au bord du rio Macha­do, au Bré­sil [archives CLS

Le cri­tique d’art Alain Paire ouvri­ra le ban en sou­li­gnant l’importance d’André Bre­ton dans ce par­cours. L’anthropologue et le « pape du sur­réa­lisme » se sont liés pen­dant la guerre, alors qu’ils fuyaient le nazisme, à bord du bateau qui les ame­nait de Mar­seille à New York. Rela­tion essen­tielle puisque c’est véri­ta­ble­ment au contact de Bre­ton que Lévi-Strauss s’est pris de pas­sion pour les arts pri­mi­tifs [bien qu’il en eût déjà obser­vé cer­taines formes, notam­ment au cours de ses célèbres expé­di­tions au Brésil].

De son côté, l’anthropologue Emma­nuel Ter­ray par­le­ra du rôle-clé que Lévi-Strauss accorde, dans sa vision du monde, à la notion de diver­si­té. « Pour Lévi-Strauss, com­mente Chris­tian Brom­ber­ger, il y a une équi­va­lence entre diver­si­té natu­relle et diver­si­té cultu­relle. Il est très atta­ché à l’une comme à l’autre, sans pour autant don­ner dans l’angélisme. Il dit par exemple que la diver­si­té des groupes sociaux se paie « par un mini­mum d’hostilité », ajou­tant qu’il s’agit là du « fonc­tion­ne­ment nor­mal des dif­fé­rences ». Mais ce qui l’inquiète davan­tage, c’est pré­ci­sé­ment le contraire : l’uniformisation mor­ti­fère qui guette désor­mais la nature et les hommes. En cela, sa pen­sée fait écho aux pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­gistes les plus actuelles. »

La troi­sième étape de ce par­cours concer­ne­ra – c’était incon­tour­nable – le struc­tu­ra­lisme. « Il pen­sait que sous le fouillis appa­rent de la vie, résume Chris­tian Brom­ber­ger, il y avait, sous-jacentes, des constantes com­munes à toutes les socié­tés humaines, des struc­tures qu’il appar­tient au cher­cheur de déga­ger, y com­pris à tra­vers les varia­tions d’une culture à l’autre. » On sait que Lévi-Strauss s’est vrai­ment fait le chantre de cette thèse contes­tée dès les années 60 par un phi­lo­sophe comme Paul RicoeurCette contro­verse reste un débat très contem­po­rain qui, ce same­di, sera abor­dé par le direc­teur de la revue Esprit, Oli­vier Mongin. 

Dio­ni­gi Albe­ra, le direc­teur de l’Institut d’ethnologie médi­ter­ra­néenne et com­pa­ra­tive, enchaî­ne­ra ensuite sur le dif­fi­cile rap­port de Lévi-Strauss à l’Islam. « Il se montre effec­ti­ve­ment assez cri­tique » dit Chris­tian Brom­ber­ger, « le reproche majeur qu’il fait à l’Islam, c’est d’avoir conçu et expor­té la notion de dji­had, qui a ins­pi­ré en retour l’idée de croi­sade. »

Il appar­tien­dra au poète Michel Deguy, auteur de l’article « Anthro­po­lo­gie et poé­sie » dans la revue Cri­tique, de conclure cette jour­née en évo­quant les ana­lyses de la poé­sie qu’a menées Lévi-Strauss et le mariage excep­tion­nel, dans ses ouvrages, entre anthro­po­lo­gie et lit­té­ra­ture dont « Tristes tro­piques » reste l’exemple le plus fameux.

Un débat avec la salle est pré­vu. L’hommage se ter­mine avec la pro­jec­tion du film docu­men­taire « Claude Lévi-Strauss par lui-même » de Pierre-André Bou­tang [France, 2008, 1h33].

[D’après le docu­ment de présentation]

Archives et Biblio­thèque dépar­te­men­tales Gas­ton-Def­ferre, de 15h à 20h30.

18-20, rue Mirès – 13003 Marseille.

Entrée libre, réser­va­tion conseillée au 04 91 08 61 00.


Manif. « Ils » vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, sixième édi­tion. Scé­na­rio inchan­gé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­ma­tur­gie. Sauf quelques inno­va­tions poin­tées ça et là.

Par exemple, le très remar­qué cha­riot à bar­beuk, mon­té sur rou­lettes pour des mer­guez à la pointe du com­bat. Le modèle semble sor­ti des ate­liers d’Eurocopter; encore six manif et les sau­cisses seront ser­vies par hélicos.

Tan­dis que d’aucun était par­ti pour pla­ner un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui semble lais­ser scep­tique Mimile, ex-métal­lo et authen­tique retrai­té. Pour l’occasion, il a pas­sé sa salo­pette toute propre, même pas usée.

Ou que d’aucune revi­si­tait Dela­croix en sa Liber­té gui­dant le peuple (et en chantant)…

…mais avait-il bien enten­du, le peuple ? Car le voi­là qui butte contre des bar­ri­cades d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de marbre (et de bronze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cin­quante ans avant, le « poète du peuple mar­seillais » avait tout bien poè­te­ment résu­mé : « À périr tout entier, que ser­vi­rait-il de naître ? »

Pho­tos gp


« Parade de l’OM » à Marseille. La seconde mort de Zarafa, brûlée « vive » en martyr de la bêtise

Same­di après-midi sur la Cane­bière. 3000 livres en feu.

Le 22 jan­vier, ici même, je pla­çais quatre pho­tos sous le titre « La môme aux grandes cannes sur la Cane-Cane­bière ». La magni­fique girafe aura tenu quatre mois sur l’artère prin­ci­pale et emblé­ma­tique de Mar­seille, avant de suc­com­ber sous les coups de bou­toir de la conne­rie humaine. Zara­fa a été incen­diée same­di par les hordes bar­bares cen­sées fêter le sacre de l’OM dans le rituel foo­teux. Voyez la vidéo four­nie par La Pro­vence. Les images en montrent un peu plus que le repor­tage du même jour­nal, dont j’extrais ceci :

18h31. Les pseu­do-sup­por­ters mettent le feu à une girafe

Ins­tal­lée près de la mai­rie du 1/7, en haut de La Cane­bière, une fausse girafe vient d’être enflam­mée par les pseu­do-sup­por­ters qui affrontent actuel­le­ment les forces de l’ordre, en marge de la parade de l’OM. Elle ne devrait pas résis­ter long­temps à ce mau­vais traitement... 

Dali, Girafe en feu (extrait), 1935. Bâle, Musée des Beaux-Arts

Deux remarques. La vidéo appa­raît à la fois affli­geante par son conte­nu, le geste stu­pide – c’est peu dire – qu’elle illustre ; en même temps qu’elle affiche une bles­sante beau­té, comme il en est trop sou­vent des drames (ici, il n’y a pas mort d’homme, mais une insulte à l’intelligence humaine). Voir cette girafe en feu res­semble à un acte sur­réa­liste dépas­sant le féti­chisme de l’objet et de sa repré­sen­ta­tion. Ce spec­tacle, car c’en est un, ne manque pas d’évoquer la girafe en feu peinte par Sal­va­dor Dali.

Sur le fond et l’absurdité du geste incen­diaire, on peut aus­si évo­quer les pra­tiques d’auto­da­fé remon­tant aux mul­tiples inqui­si­tions et en par­ti­cu­lier sous le nazisme. Car la girafe de Mar­seille était consti­tuée de mil­liers de livres assem­blés autour d’une ossa­ture. Des livres de poche, sans doute choi­sis bien atten­ti­ve­ment, tant par les cou­leurs des cou­ver­tures que par les titres mêmes rete­nus par le sculp­teur, Jean-Michel Rubio. On peut aus­si pen­ser à l’ouvrage de Ray Brad­bu­ry, Farein­heit 451, que Truf­faut avait por­té à l’écran (1966). Quand on brûle des livres, c’est à l’humanité tout entière qu’on attente, et c’est le signe que la bar­ba­rie est déjà en marche. N’allons pas jusqu’à là pour ce qui est du « sup­plice »mar­seillais infli­gé à Zara­fa. Entre l’imbécillité du geste, son irres­pon­sa­bi­li­té et l’intention mal­fai­sante, on ne sau­rait trop jurer que quoi que ce soit – ou alors des trois….

Zara­fa peu après son inau­gu­ra­tion [Ph. J-M Rubio

Rap­pe­lons que cette girafe avait été ins­tal­lée là, du haut de ses six mètres, la tête dans les branches d’un pla­tane, à l’occasion des « bou­qui­nades », une fête de quar­tier dédiée au livre. La girafe n’avait pas été élue au hasard, ce que la presse locale ne nous avait pas appris, notam­ment La Pro­vence. Laquelle n’y a vu qu’un bes­tiau quel­conque tout juste bon à faire exotique.

C’est donc par France Culture et sa Fabrique de l’histoire que j’apprenais quelques semaines plus tard l’aventure de Zara­fa, la  « Pre­mière girafe de France  » offerte en 1825 au roi de France, Charles X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tu­rer deux girafes au Nord-Sou­dan. On leur fit des­cendre le Nil. À Alexan­drie, il fut déci­dé, pour ne pas faire de jaloux, d’en offrir une à cha­cune des deux prin­ci­pales puis­sances colo­niales en Afrique : l’Angleterre et la France.

 

Quelques bribes de livres accro­chées à l’ossature métal­lique [Ph. Odile Chenevez

La girafe fran­çaise embar­qua pour Mar­seille, où elle par­vint à l’automne de 1826. Elle fut alors prise en charge par Étienne Geof­froy Saint-Hilaire, natu­ra­liste savant du Jar­din des Plantes, qui eut la mis­sion de la rame­ner, au pas, dans ce sanc­tuaire pari­sien de la Science. Son voyage eut un reten­tis­se­ment consi­dé­rable à l’époque : elle était atten­due par­tout par des foules immenses.

La girafe anglaise, quant à elle, hiver­na à Malte, sup­por­ta mal le voyage par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Londres dans les bras du roi George.

Quant à la Zara­fa fran­çaise et à son voyage en France, le délire col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mille badauds accla­mèrent l’étrange vedette sur la place Bel­le­cour. Charles X, à qui elle était per­son­nel­le­ment offerte, se plai­gnit d’être pour ain­si dire le der­nier des Fran­çais à la voir. C’était la pre­mière girafe à visi­ter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-sept années à Paris, mou­rut, fut natu­ra­li­sée, et se fit oublier, pour res­sur­gir de temps à autres, sous forme de légendes sou­vent invrai­sem­blables. Elle est main­te­nant au Muséum de La Rochelle.

Il reste l’indignation… et les mots (Ph. Odile Chenevez

Ce qui a donc été incen­dié same­di dans la gloire de l’Olympique de Marseille,ce n’est donc pas « une » girafe comme l’a vue La Pro­vence, mais une par­tie de l’histoire de la cité pho­céenne, une par­tie de l’Histoire humaine tout court. Cette épi­sode peu glo­rieux porte aus­si sa dimen­sion his­to­rique, hélas !

Les opti­mistes auront-ils rai­son ? [Ph. Odile Chenevez


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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