On n'est pas des moutons

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Marseille. Cette belle catin tape-à-l’œil

C’était en décem­bre dernier. Un salon chic –  celui dit des « VIP » –, dans cet admirable Mucem, fierté mar­seil­laise. Vue sur le large et sur la rade. Une image de carte postale. On y cau­sait fort docte­ment sur le thème « Villes et monde », autour de Marc Augé, anthro­po­logue du monde con­tem­po­rain, moins con­nu que Françoise Héri­ti­er, son ex-épouse, décédée depuis. Comme dis­ait le « pitch » : « … un temps de réflex­ion et d’échange sur la muta­tion du monde et des villes, ain­si que sur le rôle de l’art et des artistes dans l’écriture du réc­it urbain con­tem­po­rain »…

Et puisque nous étions à Mar­seille, après divers­es inter­ven­tions plutôt intéres­santes, vint le tour de François Lecler­cq, archi­tecte et urban­iste, amé­nageur parisien impliqué dans l’extension d’Euroméditerranée – encore appelée Euromed –, cette vaste zone d’aménagement de Mar­seille en façade mar­itime.

Façade, c’est bien le mot, et celui qu’a tout à fait illus­tré l’aménageur quand il a décrit sa vision de la « cité phocéenne », non sans lyrisme et force clichés. Il a ain­si bal­adé son pub­lic au long un itinéraire idéal par­tant de la gare Saint-Charles pour sil­lon­ner la ville selon le cir­cuit des tour-oper­a­tors – trouée de la rue de Rome vers le Pra­do, la Cor­niche, le Vieux Port, les Esplanades, etc. Bref, plus ou moins le cir­cuit des petits trains touris­tiques, les « traîne-couil­lons » selon l’appellation locale, fort juste et pas méchante. Ce que je fis remar­quer à notre urban­iste, qui le prit de tra­vers.

Mais quoi ? Que sait-il donc – qu’il ne l’ait du moins exprimé – de l’autre Mar­seille, de der­rière les façades qu’affectionnent tant les Gaudin et con­sorts ? 1 Plutôt par­ler des autres Mar­seille, tant cette ville présente de vis­ages, du plus beau au plus hideux – comme tant d’autres villes de ce monde, direz-vous. Oui, mais celle-ci – « plus vieille ville de France », 2600 ans au comp­teur archéologique calé sur la coloni­sa­tion grecque des Phocéens –, celle-ci cul­tive sa mytholo­gie, réelle comme les mythes…, et en réal­ité, vit au-dessus de son image. Mar­seille souf­fre de ses stéréo­types, ces clichés qui expri­ment une part de vérité pour en cacher l’essentiel.

En ce sens, notre archi­tecte qui se veut urban­iste porte un regard tron­qué sur une ville dont il sem­ble ignor­er la réal­ité des quartiers, qu’il n’a d’ailleurs même pas évo­qués dans son descrip­tif qua­si roman­tique. S’il con­sid­ère, par ses actes pro­fes­sion­nels, cer­tains quartiers mar­seil­lais c’est parce qu’ils sont inclus dans ses pro­jets d’aménageurs, promis aux pioches des démolis­seurs – déjà forte­ment à l’œuvre.

Le regard ain­si porté au loin ignore les strates sociales, économiques, cul­turelles, eth­niques qui, par deçà les façades pim­pantes de la con­som­ma­tion touris­tique et bour­geoise, illus­trent dra­ma­tique­ment cette « fab­rique du mon­stre » décrite en l’occurrence par un jour­nal­iste de ter­rain 2. Com­ment urbanis­er une ville, ou seule­ment un quarti­er, si l’on n’en pas une approche soci­ologique ? Ou, à défaut d’être soci­o­logue soi-même, savoir se faire accom­pa­g­n­er dans ce sens… Ou encore s’intéresser de près au ter­ri­toire qui vous est con­fié : le labour­er du regard, du con­tact, du désir de com­pren­dre, afin d’agir en con­séquence.

L’idéal mar­seil­lais de Gaudin, avant de pass­er la main, aura été de faire de « sa » ville une belle catin tape-à-l’œil, qui en jette en direc­tion des­dits « traine-couil­lons ». Lesquels ne sont pas prêts de chang­er leurs cir­cuits touris­tiques. Pas de dan­ger qu’ils traî­nent leurs pas­sagers ébahis du côté des Crottes, de la Cabu­celle, de Saint-Antoine – entre autres « quartiers Nord » tout aus­si his­toriques… Pas de risques qu’ils tombent sur ce « paysage » filmé ce 4 jan­vi­er 2018, Parc des Aygalades, à l’angle du boule­vard du Cap­i­taine Gèze, XIVe arrondisse­ment. Un vélo-trav­el­ling d’une minute sur cent mètres de trot­toir (hors grève des éboueurs !). Un film dédié à son acteur prin­ci­pal, Jean-Claude Gaudin…

Notes:

  1. Dire que Gaudin, maire de Mar­seille, fut min­istre de la Ville dans le gou­verne­ment Jup­pé II !
  2. Déjà évo­qué ici : La Fab­rique du mon­stre, de Philippe Pujol. Éd. Les Arènes.

Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­tic­ules de boues rouges rejetées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc nation­al des calan­ques (Bouch­es-du-Rhône), inquiè­tent les spé­cial­istes, mais aus­si les défenseurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fab­ri­ca­tion de l’alumine sont rejetés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de tonnes de “boues rouges” con­tenant métaux lourds, élé­ments radioac­t­ifs et arsenic sont accu­mulés au fond de la Méditer­ranée, dans le Parc nation­al des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La min­istre de l’Environnement, Ségolène Roy­al, inter­rogée sur le rejet de ces déchets en mer, a imputé à son Pre­mier min­istre l’absence de lutte con­tre ce fléau : elle assure avoir voulu les inter­dire, mais que “Manuel Valls a décidé le con­traire”. “C’est inad­mis­si­ble”, assène la min­istre devant la caméra de “Tha­las­sa”, dif­fusé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a autorisé en décem­bre la société Alteo à pour­suiv­re l’exploitation de ses usines sur le site de Gar­danne et à rejeter en mer, pen­dant six ans, les efflu­ents aque­ux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­sitôt dénon­cée par Ségolène Roy­al, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­verne­ment, affirme Ségolène Roy­al : [Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a don­né l’ordre au préfet, donc le préfet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un con­tre-ordre”, ajoute-t-elle.

[Source : Fran­ce­in­fo, 30/8/16]



Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

Mar­seille — Cap­i­tale européenne de la Cul­ture”, c’est fini.  Elle s’est donc achevée ce 31 décem­bre par une super-pro­duc­tion pyrotech­nique et audio-visuelle. Un spec­ta­cle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­c­ulière­ment réus­si.

Ne gâtons pas ce plaisir. Pour autant, s’agissant de ce genre de célébra­tions grandios­es des­tinées à dynamiser une ville et une région tout au long d’une année, le bilan est évidem­ment mit­igé. En par­ti­c­uli­er selon les points de vue, à par­tir des pôles extrêmes : l’économique et le cul­turel, deux domaines qui peinent à se crois­er en har­monie. Et, là encore, ce sont les grandes struc­tures qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la grosse part des sommes dépen­sées.

Il est à cet égard symp­to­ma­tique que le sat­is­fecit relayé par La Provence de ce 1er jan­vi­er,  porte surtout sur des don­nées chiffrées : nom­bres de vis­i­teurs enreg­istrés ça et là, de spec­ta­cles pro­duits, de nuitées d’hôtel ; pour­cent­ages d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-compt­able donc, tel qu’aiment en présen­ter les patrons de la Cham­bre de com­merce et d’industrie, des gross­es entre­pris­es, des gross­es struc­tures de spec­ta­cles.

Bref, les gros sont con­tents d’avoir bien mangé. Pour les autres, habitués aux miettes, espérons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­longes – ne les met­tra pas à la diète selon le vieux principe : pri­vati­sa­tion des prof­its — social­i­sa­tion des pertes. En quoi l’année-vérité sera celle de 2014.

En atten­dant, voici un petit flo­rilège de la belle soirée finale.


Mar­seille-Provence 2013 — Spec­ta­cle final 31/12… par ger­ard-pon­thieu-9


Marseille. L’ “affaire Guetta” ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du con­cert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le car­ac­tère plus que trou­ble de la ges­tion munic­i­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­niqué suiv­ant du Com­man­do Anti-23 juin exigeant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démoc­ra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réa­gir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­niqué qu’il annu­lait son con­cert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plusieurs semaines, notre mobil­i­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez con­traint le maire à répon­dre à vos pub­li­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cuter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

(Lire la suite…)


Marseille. Pétition contre une subvention de 400 000 euros pour un concert de David Guetta

Les élus de Mar­seille ont accordé une sub­ven­tion de 400 000 euros pour un con­cert payant de David Guet­ta le 23 juin, à Mar­seille. Cet argent pub­lic va ali­menter les caiss­es d’un pro­duc­teur privé. Avec des places entre 40 et 55 euros, les recettes du con­cert sont estimées à env­i­ron 1 mil­lion d’euros. Cette sub­ven­tion est donc injus­ti­fi­able, alors qu’il y a mieux à faire pour la cul­ture à Mar­seille !

Adressée au maire Jean-Claude Gaudin, une péti­tion con­tre cette folie a déjà recueil­li plus de 35 000 sig­na­tures. A 50 000, un recours devant le con­seil munic­i­pal sera envis­age­able pour faire annuler la déci­sion.

En pleine péri­ode de crise, mobil­isons-nous pour que l’argent pub­lic ne soit pas gaspillé ain­si !

Le 10 décem­bre 2012, il a été décidé en con­seil munic­i­pal de Mar­seille d’octroyer la somme de 400 000 euros à la société Adam Pro­duc­tions afin de pro­duire un con­cert de David Guet­ta et Mika le 23 juin au Parc Boré­ly (mis à dis­po­si­tion par la Ville de Mar­seille), dans le cadre de Mar­seille Provence 2013, Cap­i­tale européenne de la Cul­ture.

Mal­gré cette sub­ven­tion publique, la bil­let­terie mise en place annonce des tar­ifs com­pris entre 44 et 59 euros.

Cette péti­tion ne con­teste pas la pro­gram­ma­tion mais le finance­ment pub­lic qui n’est pas jus­ti­fié. Les con­tribuables devront donc financer un con­cert qui ne sera même pas acces­si­ble au plus grand nom­bre!

1. Cette sub­ven­tion aurait pu béné­fici­er à des asso­ci­a­tions ou à des artistes con­tribuant réelle­ment au ray­on­nement de Mar­seille et à Mar­seille 2013  et ayant réelle­ment besoin de finance­ments. David Guet­ta est l’un des artistes français les mieux payés…

2. Cette somme est d’autant plus inac­cept­able qu’elle ne per­met même pas de pro­pos­er des places à un tarif abor­d­able pour le grand pub­lic!

3. La ville s’est mon­trée sou­vent réti­cente face aux évène­ments musi­caux en plein air (Marsa­t­ac, Buvette Dis­co…). Là, aucun prob­lème.

En plus des largess­es de la mairie, le lieu est mis à dis­po­si­tion gra­tu­ite­ment pour Adam pro­duc­tion qui aura égale­ment l’entière recette des ventes de bil­lets, des bois­sons et autres pro­duits ven­dus sur place. Une recette estimée à 1,1 mil­lion d’euros.

Il s’agit donc bien d’un cadeau de la Ville à une entre­prise privée…

Pour que l’argent pub­lic finance la cul­ture et les artistes locaux plutôt que les pro­duc­teurs inter­na­tionaux, signez la péti­tion et dif­fusez-là autour de vous.


Samedi à Marseille, regards croisés sur Claude Lévi-Strauss : conférences, débats, films

Claude Lévi-Strauss est mort le 30 octo­bre 2009. Un an après, les Archives départe­men­tales des Bouch­es-du-Rhône à Mar­seille et la Mai­son méditer­ranéenne des sci­ences de l’homme (MMSH) à Aix-en-Provence ren­dent hom­mage, ce same­di, à l’anthropologue-écrivain en invi­tant le pub­lic à chem­iner tout un après-midi dans sa vie et son oeu­vre. En com­pag­nie d’éminents chercheurs… et de Lévi-Strauss lui-même, à tra­vers des extraits de films.

« Ce que je con­state, ce sont les rav­ages actuels ; c’est la dis­pari­tion effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végé­tales ou ani­males ; et le fait que, de par sa den­sité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne » déclarait Claude Lévi-Strauss sur Antenne 2, en févri­er 2005. Au cré­pus­cule de sa vie, ce con­stat inqui­et était devenu une han­tise. À lui seul – mais il y a encore bien d’autres raisons – il jus­ti­fie que les Ren­con­tres d’Averroès, axées en 2010 sur les ques­tions d’environnement, s’associent aux Archives départe­men­tales pour cet hom­mage à Lévi-Strauss.

« À vrai dire, il ne s’agit pas exacte­ment d’un hom­mage, pré­cise l’ethnologue Chris­t­ian Bromberg­er, qui a assuré la coor­di­na­tion sci­en­tifique de l’événement. Car le mot a une con­no­ta­tion hagiographique qu’il aurait détesté ! Bien enten­du, seront évo­qués sa per­son­nal­ité et son oeu­vre. Mais je par­lerais plutôt de regards croisés. »

Le pre­mier de ces regards sera d’ailleurs celui de Lévi-Strauss lui-même. Chris­t­ian Bromberg­er a en effet choisi dans les archives de l’INA des extraits d’entretiens qui per­me­t­tront de voir et d’entendre le chercheur dis­paru. Ces doc­u­ments vien­dront ryth­mer la man­i­fes­ta­tion et par­al­lèle­ment, nour­rir les pro­pos des cinq inter­venants chargés d’éclairer dif­férents aspects de son itinéraire intel­lectuel.

Lévi-Strauss en 2005 [ph. Wikipedia

.”]”]

…et en 1938 au bord du rio Macha­do, au Brésil [archives CLS

Le cri­tique d’art Alain Paire ouvri­ra le ban en soulig­nant l’importance d’André Bre­ton dans ce par­cours. L’anthropologue et le « pape du sur­réal­isme » se sont liés pen­dant la guerre, alors qu’ils fuyaient le nazisme, à bord du bateau qui les ame­nait de Mar­seille à New York. Rela­tion essen­tielle puisque c’est véri­ta­ble­ment au con­tact de Bre­ton que Lévi-Strauss s’est pris de pas­sion pour les arts prim­i­tifs [bien qu’il en eût déjà observé cer­taines formes, notam­ment au cours de ses célèbres expédi­tions au Brésil].

De son côté, l’anthropologue Emmanuel Ter­ray par­lera du rôle-clé que Lévi-Strauss accorde, dans sa vision du monde, à la notion de diver­sité. « Pour Lévi-Strauss, com­mente Chris­t­ian Bromberg­er, il y a une équiv­a­lence entre diver­sité naturelle et diver­sité cul­turelle. Il est très attaché à l’une comme à l’autre, sans pour autant don­ner dans l’angélisme. Il dit par exem­ple que la diver­sité des groupes soci­aux se paie « par un min­i­mum d’hostilité », ajoutant qu’il s’agit là du « fonc­tion­nement nor­mal des dif­férences ». Mais ce qui l’inquiète davan­tage, c’est pré­cisé­ment le con­traire : l’uniformisation mor­tifère qui guette désor­mais la nature et les hommes. En cela, sa pen­sée fait écho aux préoc­cu­pa­tions écol­o­gistes les plus actuelles. »

La troisième étape de ce par­cours con­cern­era – c’était incon­tourn­able – le struc­tural­isme. « Il pen­sait que sous le fouil­lis appar­ent de la vie, résume Chris­t­ian Bromberg­er, il y avait, sous-jacentes, des con­stantes com­munes à toutes les sociétés humaines, des struc­tures qu’il appar­tient au chercheur de dégager, y com­pris à tra­vers les vari­a­tions d’une cul­ture à l’autre. » On sait que Lévi-Strauss s’est vrai­ment fait le chantre de cette thèse con­testée dès les années 60 par un philosophe comme Paul RicoeurCette con­tro­verse reste un débat très con­tem­po­rain qui, ce same­di, sera abor­dé par le directeur de la revue Esprit, Olivi­er Mon­gin.

Dioni­gi Albera, le directeur de l’Institut d’ethnologie méditer­ranéenne et com­par­a­tive, enchaîn­era ensuite sur le dif­fi­cile rap­port de Lévi-Strauss à l’Islam. « Il se mon­tre effec­tive­ment assez cri­tique » dit Chris­t­ian Bromberg­er, « le reproche majeur qu’il fait à l’Islam, c’est d’avoir conçu et exporté la notion de dji­had, qui a inspiré en retour l’idée de croisade. »

Il appar­tien­dra au poète Michel Deguy, auteur de l’article « Anthro­polo­gie et poésie » dans la revue Cri­tique, de con­clure cette journée en évo­quant les analy­ses de la poésie qu’a menées Lévi-Strauss et le mariage excep­tion­nel, dans ses ouvrages, entre anthro­polo­gie et lit­téra­ture dont « Tristes tropiques » reste l’exemple le plus fameux.

Un débat avec la salle est prévu. L’hommage se ter­mine avec la pro­jec­tion du film doc­u­men­taire « Claude Lévi-Strauss par lui-même » de Pierre-André Boutang [France, 2008, 1h33].

[D’après le doc­u­ment de présen­ta­tion]

Archives et Bib­lio­thèque départe­men­tales Gas­ton-Def­ferre, de 15h à 20h30.

18–20, rue Mirès – 13003 Mar­seille.

Entrée libre, réser­va­tion con­seil­lée au 04 91 08 61 00.


Manif. “Ils” vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, six­ième édi­tion. Scé­nario inchangé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­maturgie. Sauf quelques inno­va­tions pointées ça et là.

Par exem­ple, le très remar­qué char­i­ot à bar­beuk, mon­té sur roulettes pour des mer­guez à la pointe du com­bat. Le mod­èle sem­ble sor­ti des ate­liers d’Eurocopter; encore six manif et les sauciss­es seront servies par héli­cos.

Tan­dis que d’aucun était par­ti pour plan­er un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui sem­ble laiss­er scep­tique Mim­i­le, ex-métal­lo et authen­tique retraité. Pour l’occasion, il a passé sa salopette toute pro­pre, même pas usée.

Ou que d’aucune revis­i­tait Delacroix en sa Lib­erté guidant le peu­ple (et en chan­tant)…

…mais avait-il bien enten­du, le peu­ple ? Car le voilà qui butte con­tre des bar­ri­cades d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de mar­bre (et de bronze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cinquante ans avant, le “poète du peu­ple mar­seil­lais” avait tout bien poète­ment résumé : “À périr tout entier, que servi­rait-il de naître ?”

Pho­tos gp


« Parade de l’OM » à Marseille. La seconde mort de Zarafa, brûlée « vive » en martyr de la bêtise

Same­di après-midi sur la Canebière. 3000 livres en feu.

Le 22 jan­vi­er, ici même, je plaçais qua­tre pho­tos sous le titre « La môme aux grandes cannes sur la Cane-Canebière ». La mag­nifique girafe aura tenu qua­tre mois sur l’artère prin­ci­pale et emblé­ma­tique de Mar­seille, avant de suc­comber sous les coups de boutoir de la con­ner­ie humaine. Zarafa a été incendiée same­di par les hordes bar­bares cen­sées fêter le sacre de l’OM dans le rit­uel foo­teux. Voyez la vidéo fournie par La Provence. Les images en mon­trent un peu plus que le reportage du même jour­nal, dont j’extrais ceci :

18h31. Les pseu­do-sup­port­ers met­tent le feu à une girafe

Instal­lée près de la mairie du 1/7, en haut de La Canebière, une fausse girafe vient d’être enflam­mée par les pseu­do-sup­port­ers qui affron­tent actuelle­ment les forces de l’ordre, en marge de la parade de l’OM. Elle ne devrait pas résis­ter longtemps à ce mau­vais traite­ment…

Dali, Girafe en feu (extrait), 1935. Bâle, Musée des Beaux-Arts

Deux remar­ques. La vidéo appa­raît à la fois affligeante par son con­tenu, le geste stu­pide – c’est peu dire – qu’elle illus­tre ; en même temps qu’elle affiche une blessante beauté, comme il en est trop sou­vent des drames (ici, il n’y a pas mort d’homme, mais une insulte à l’intelligence humaine). Voir cette girafe en feu ressem­ble à un acte sur­réal­iste dépas­sant le fétichisme de l’objet et de sa représen­ta­tion. Ce spec­ta­cle, car c’en est un, ne manque pas d’évoquer la girafe en feu peinte par Sal­vador Dali.

Sur le fond et l’absurdité du geste incen­di­aire, on peut aus­si évo­quer les pra­tiques d’autodafé remon­tant aux mul­ti­ples inqui­si­tions et en par­ti­c­uli­er sous le nazisme. Car la girafe de Mar­seille était con­sti­tuée de mil­liers de livres assem­blés autour d’une ossa­t­ure. Des livres de poche, sans doute choi­sis bien atten­tive­ment, tant par les couleurs des cou­ver­tures que par les titres mêmes retenus par le sculp­teur, Jean-Michel Rubio. On peut aus­si penser à l’ouvrage de Ray Brad­bury, Farein­heit 451, que Truf­faut avait porté à l’écran (1966). Quand on brûle des livres, c’est à l’humanité tout entière qu’on attente, et c’est le signe que la bar­barie est déjà en marche. N’allons pas jusqu’à là pour ce qui est du « sup­plice »mar­seil­lais infligé à Zarafa. Entre l’imbécillité du geste, son irre­spon­s­abil­ité et l’intention mal­faisante, on ne saurait trop jur­er que quoi que ce soit – ou alors des trois….

Zarafa peu après son inau­gu­ra­tion [Ph. J-M Rubio

Rap­pelons que cette girafe avait été instal­lée là, du haut de ses six mètres, la tête dans les branch­es d’un pla­tane, à l’occasion des « bouquinades », une fête de quarti­er dédiée au livre. La girafe n’avait pas été élue au hasard, ce que la presse locale ne nous avait pas appris, notam­ment La Provence. Laque­lle n’y a vu qu’un bes­ti­au quel­conque tout juste bon à faire exo­tique.

C’est donc par France Cul­ture et sa Fab­rique de l’histoire que j’apprenais quelques semaines plus tard l’aventure de Zarafa, la  « Pre­mière girafe de France  » offerte en 1825 au roi de France, Charles X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tur­er deux girafes au Nord-Soudan. On leur fit descen­dre le Nil. À Alexan­drie, il fut décidé, pour ne pas faire de jaloux, d’en offrir une à cha­cune des deux prin­ci­pales puis­sances colo­niales en Afrique : l’Angleterre et la France.

 

Quelques bribes de livres accrochées à l’ossature métallique [Ph. Odile Chen­evez

La girafe française embar­qua pour Mar­seille, où elle parvint à l’automne de 1826. Elle fut alors prise en charge par Éti­enne Geof­froy Saint-Hilaire, nat­u­ral­iste savant du Jardin des Plantes, qui eut la mis­sion de la ramen­er, au pas, dans ce sanc­tu­aire parisien de la Sci­ence. Son voy­age eut un reten­tisse­ment con­sid­érable à l’époque : elle était atten­due partout par des foules immenses.

La girafe anglaise, quant à elle, hiver­na à Malte, sup­por­ta mal le voy­age par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Lon­dres dans les bras du roi George.

Quant à la Zarafa française et à son voy­age en France, le délire col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mille badauds acclamèrent l’étrange vedette sur la place Bel­le­cour. Charles X, à qui elle était per­son­nelle­ment offerte, se plaig­nit d’être pour ain­si dire le dernier des Français à la voir. C’était la pre­mière girafe à vis­iter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-sept années à Paris, mou­rut, fut nat­u­ral­isée, et se fit oubli­er, pour ressur­gir de temps à autres, sous forme de légen­des sou­vent invraisem­blables. Elle est main­tenant au Muséum de La Rochelle.

Il reste l’indignation… et les mots (Ph. Odile Chen­evez

Ce qui a donc été incendié same­di dans la gloire de l’Olympique de Marseille,ce n’est donc pas « une » girafe comme l’a vue La Provence, mais une par­tie de l’histoire de la cité phocéenne, une par­tie de l’Histoire humaine tout court. Cette épisode peu glo­rieux porte aus­si sa dimen­sion his­torique, hélas !

Les opti­mistes auront-ils rai­son ? [Ph. Odile Chen­evez


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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