On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Castro peut désormais accéder à l’apothéose, dernier grade qui manquait à sa gloire. Il était temps car l'icône se craquelle. Les cérémonies d’adieu au « commandante » s’annoncent grandioses – de vraies pompes funèbres. Mais les « grands » de ce monde modèrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne feront pas tous le voyage, pressentant que l’Histoire se garde désormais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les centaines de milliers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révolutionnaire qui va se refermer sur un peuple abusé, gavé de palabres. Un peuple qui va enterrer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces cérémonies à la gloire du « Commandante » rassemblant son million et plus de « communiants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revolucion offrait la journée de congé, les sandwiches et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans parler de la vigilance des CDR, Comités de défense de la révolution quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage intégré aussitôt la prise de pouvoir. Au départ, tout peut se justifier dans un processus révolutionnaire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à surgir. Et que cet ennemi sera toujours menaçant, utilement menaçant. Castro en fera son dogme : « Dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loyola – n’oublions pas que Fidel Castro a fréquenté l’école des jésuites à Santiago…

Le castrisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boulevard idéologique et surtout politique, selon la pratique impérialiste constitutive des Etats-Unis, celle de la force immanente, mue par le dollar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ainsi des Amérindiens, d’abord, puis des innombrables interventions de la CIA et des militaires 1 Avec son embargo qui resta inefficace en fin de compte 2, le régime américain ne laissa plus d’autre choix à Castro que de se tourner vers l’Union soviétique. De même que la faillite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Parmi les adorateurs de « Fidel » (et de Chavez), son camarade Jean-Luc Mélenchon qui, lui, entrera bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cliquer pour les agrandir) :

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La grande force de Castro – au risque même d’un conflit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résistance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David barbudo affrontant l’affreux Goliath, se prêtant objectivement à cette mise en spectacle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capital de sympathie accumulé par le régime de Cuba et sa « révolution des Tropiques » à base de rhum, cigares, salsa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hemingway, et des cohortes de touristes bien canalisés, sans oublier les précieux relais idéologiques que constituaient les intellectuels ébahis, à l’esprit critique en berne.

Ils accoururent à toute vitesse, pour se limiter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, les Agnès Varda, Chris Marker, Jean Ferrat, Bernard Kouchner, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Marguerite Duras, Jorge Semprun ou l'éditeur François Maspero. Même François Mitterrand, et Danielle surtout, présentèrent leur dévotion au « commandante », sans oublier évidemment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Castro le souverainiste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant commis quelques articles pas très regardant sur les dessous d’un système manipulateur, avec l’excuse non absolutoire de la jeunesse – c’était de surcroît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récompensé : ayant émis quelques timides critiques, Cuba me priva de visa professionnel et dut, par la suite, me contenter d’une visite « touristique », libre mais malgré tout un peu risquée. 4 Cependant tout se passa sans encombres. J’en tirai quelques articles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit drapeau russe, le guide rassemble son troupeau du jour. Les bouquinistes vendent la révolution et ses produits dérivés plus ou moins jaunis. Le Che, Camilo Cienfuegos, Hemingway et même Sartre, de Beauvoir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présentoir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, récit des cent heures que le lider maximo a passées en compagnie d’Ignacio Ramonet, qui fut patron du Monde diplomatique

Je m’interroge sur la couverture du livre, sur la photo de Castro, casquette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil troublant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui semblent aussi obliger le sourire. Sourire ou rictus ? Pose ou attitude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la maladie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquiniste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rapprochement pour le moins sacrilège entre Pinocchio et les cent heures d’entretien Castro-Ramonet… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, disons, vingt jours à palabrer… Vingt jours, la durée de mon périple à travers l’île, à la rencontre « des gens » ; à les observer et les écouter, à tenter de comprendre dans sa complexité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espagnol, palabras veut dire discours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-messes castristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lider, place de la Révolution, sous l’œil statufié de José Marti, l’Apostol et père de l’Indépendance, désormais secondé par l'effigie grandiose du Che, devant une foule millionnaire (mais si pauvre) soumise au prêche interminable d’un bonimenteur de carrière…

Roi du baratin pompeux autant que redondant et démagogue, Fidel Castro aura passé au total des mois entiers, voire des années à palabrer. Ses discours ont parfois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du personnage, de son ego sans limites. Assurément, un tel désir d’adoration par la multitude est bien le propre des dictateurs et de leurs structures caractérielles ; ou bien aussi, il est vrai, des prédicateurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de désespérance.

Je suis toujours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la motivation d’un Ignacio Ramonet cédant lui aussi, façon « Monde diplomatique », à une forme d’adoration complice, fût-elle mâtinée de quelque audace critique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pouvoir, et le dernier mot – au nom du premier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Castro lors de son procès pour l’attaque en juillet 1953 de La Moncada, caserne de Santiago, l’autre grande ville cubaine. Un slogan de tribunal prononcé tout exprès comme une formule de com’, et une manifestation, déjà, du plus monstrueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâtral fondateur de la saga castriste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédication. La comparaison s’arrête là. Là où l’Histoire questionne les fondements des pouvoirs et de leurs plus virulents agents, avant de passer le relais aux scrutateurs de l’inconscient.

Tandis que reculant d’un pas, je découvre, jouxtant le Castro-Ramonet, un autre livre, bien malicieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incongrue sur le présentoir…  Las Aventuras de Pinocho voisine, là, juste à côté d’un Commandante soudainement gêné par cette marionnette au nez accusateur… La bouquiniste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le mensonge… Sur un mur, à Guantanamo – la ville, pas la base états-unienne –, je relève ce graffiti décrépi : « Revolucion es no mentir jamas ». Ne mentir jamais… La brave injonction, comme on en trouve tant, aux couleurs désormais souvent délavées. À Baracoa, pointe orientale de l’île, assis à la porte d’un entrepôt vide, un jeune gardien encadré par deux longues citations murales de José Marti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les découvrait à l’instant : « Son palabras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille propagande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le mensonge d’État n’opérait plus, même pas par opposition.

A l’aéroport régional, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé diffuse son émission d’éducation politique. Il y est justement question, une fois de plus, de la Moncada et du fameux slogan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, semble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se contrefout.

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Santiago. Même si des améliorations récentes ont été apportées, les Cubains continuent à s’entasser dans des sortes de bétaillères pour se rendre au travail. [Ph. gp]

La propagande élevée comme un art politique suprême. Une pratique redoutable et ancienne. Voici comment j’en fus victime –  en mai 68 !…Jeune Tintin débarqué là-bas pour son premier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres journalistes européens. Proposition de mise à disposition d’un minicar, d’une interprète – Olga, charmante blonde… – et d’un « accompagnateur » à fine moustache noire, Eduardo, non moins affable. Programme de visite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime castriste s’affairait à orchestrer son immortalité. Mai 68 était amorcé, en France et ailleurs dans le monde, la Tchécoslovaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà lointaine. Cuba cueillait les dividendes d’une sympathie internationale pas seulement de gauche.

Et la petite bordée de journalistes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y compris, bien sûr. On nous balada ainsi – c’est bien le mot – dans le décor révolutionnaire en construction, de plantations de tabac en plage du « débarquement » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mercenaires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son élevage de crocodiles en match de base-ball, etc. Que la révolution est jolie !

Manquait tout de même le pompon, qui allait nous être proposé, comme supplément au programme, par l’aimable Eduardo et néanmoins commissaire politique – comment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toutefois que tardivement, un matin très tôt où ayant rendez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renoncer et à rebrousser chemin…– J’ai une proposition à vous faire, nous dit-il un matin, en substance : aller à l’île des Pins, tout juste rebaptisée « île de la Jeunesse », afin d’y visiter l’ancienne prison de Batista, où Castro lui-même fut enfermé, et aujourd’hui transformée en lycée modèle…

Comment ne pas adhérer à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu compliquée à organiser, mais voilà l’escouade embarquée, puis débarquée dans l’île au trésor castriste. On n’y séjournerait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et contrarié par quelques aléas malencontreux. Ce qui n’empêcha pas la visite d’une ferme elle aussi modèle, ni de la maison qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imaginations. Quelques « détails » suffiraient à nourrir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juillet 68 dans plusieurs quotidiens régionaux : « Quelle est l’image la plus hallucinante ? La crèche des bambins de San Andrès parachutée en pleine Sierra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista transformée en école technique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœuvre grossièrement subtile. Si grossière qu’elle ne pouvait que marcher ! Comment eussions-nous pu suspecter un tel stratagème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organiser une telle expédition à l’île de la Jeunesse ? Les difficultés pratiques pour nous y amener ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organisateurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révélation de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Belfond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les prisons de Fidel Castro. Pierre Golendorf [ancien correspondant de L’Humanité à La Havane] y racontait par le détail les conditions de son arrestation et de son incarcération à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-modèle !

J’avais – nous avions tous, ces journalistes « baladés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le reconnaître, apparut magistrale. 5. Chapeau l’intox ! On reconnaissait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école soviétique. Les élèves cubains montraient de réelles dispositions à égaler sinon à dépasser les maîtres formés à la redoutable propagande stalinienne. Dépasser, non : surpasser, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il continue à œuvrer avec constance et efficacité dans son art consommé de la propagande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à Santiago, la machine mystificatrice est en chauffe maximale pour monter au zénith de la propagande mondiale le spectacle des obsèques du « lider maximo », dieu du socialisme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourner, durant plus d’un demi-siècle ! Deux générations y ont été soumises ; à commencer par les Cubains, bien sûr, mais aussi l’opinion mondiale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme castriste et guevariste. 6

L’historien – et a fortiori le « pauvre » journaliste sont bien démunis face aux tornades mystifiantes dont les récits prennent force mythique de Vérité éternelle et risquent ainsi de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rougemont :

« […] les mythes traduisent les règles de conduite d'un groupe social ou religieux. Ils procèdent donc de l'élément sacré autour duquel s'est constitué le groupe […] un mythe n'a pas d'auteur. Son origine doit être obscure. Et son sens même l'est en partie […] Mais le caractère le plus profond du mythe, c'est le pouvoir qu'il prend sur nous, généralement à notre insu […] » 7

Le mythe est insidieux, il nous pénètre aisément par le biais de notre aptitude à la croyance, ce désir de certitude autant que de rassurance. Les révolutions s’y alimentent et l’alimentent par nécessité de durer. C’est ainsi qu’elles commencent « bien » (ça dépend pour qui, toutefois…), avant de s’affronter à la dure réalité, qu’il faudra plier par la violence et le mensonge. Il n’en a jamais été autrement, de la Révolution française à la bolchevique, en passant par le castrisme, le maoïsme et jusqu’aux « printemps arabes ».

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Trinidad. Croisement d’américaines. Entre les deux ailes de la Plymouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au photographe… et à un demi-siècle de castrisme. [Ph. gp]

Restons-en au castrisme et une illustration de son caractère monstrueux, dont certains se souviennent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, soldée par des exécutions, en 1989 :

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Arnaldo Ochoa. Complice forcé et victime d'un procès stalinien.

Arnaldo Ochoa, général de tous les combats, héros national – Sierra Maestra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Angola – condamné à mort et exécuté en 1989 pour « trafic de drogues ». Il avait eu le tort de résister aux Castro et peut-être même de préparer une évolution du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : prendre sur lui ce trafic de drogues entre Cuba et les narcos de Colombie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condamnation à la prison avec une libération arrangée ensuite. D’où la confession autocritique de Ochoa, qui fut cependant exécuté, avec d’autres, un mois après sa condamnation à mort. Le régime fit de ce procès littéralement stalinien, tenu par des juges militaires, retransmis en direct à la télévision, une opération de propagande dont il a le secret. On peut en suivre les principales phases sur internet. C’est stupéfiant – sans mauvais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont toujours voulu masquer toute dissidence et même tout désaccord avec la ligne politique. Le régime ne peut admettre que des « déviances » ("folie", "perversions sexuelles")  ou des « fautes morales » personnelles. À Cuba, la presse est unique, sous contrôle étatique total ; de même la magistrature ; et aussi toute l’économie, en grande partie aux mains des militaires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servitude volontaire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai rencontré ! Ailleurs, notamment en France, la désillusion a commencé à poindre, y compris à Saint-Germain-des-Près ; il n’y a plus que le restant des communistes encartés et des Mélenchon mystico-castristes pour allumer des cierges en hommage au Héros disparu.

Tandis que, de La Havane à Santiago, « on » s’échine à faire perdurer le mythe de la Revolucion éternelle – ¡ Hasta siempre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dramatique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette hantise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rappel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Vietnam (64), République dominicaine, Uruguay (65), Chili (73), Argentine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Panama (89).… Sans oublier la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à masquer l’incurie du gouvernement des Castro, en particulier l’échec de la politique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clairvoyante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il socialiste ? (La réponse est dans la question…) Dans la terminologie castriste et sa propagande, l’embargo a toujours été traduit par bloqueo. Or, il ne s’agit nullement d’un blocus au sens maritime et aérien. Les échanges commerciaux avec Cuba ont été compliqués mais non bloqués. Même des compagnies étasuniennes ont commercé avec Cuba, où un cargo américain assurait une navette commerciale par semaine, ainsi que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la formule de Guevara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêtnam »
  4. Journaliste sans visa professionnel, touriste incertain débarquant à La Havane parmi les 400 touristes français quotidiens. J’avais été photographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces histoires terribles de répression, ces témoignages des Golendorf, Valladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; parcouru les rapports de Reporters sans frontières, du CPJ (Centre de protection des journalistes) et de l’IFEX (Échange international de la liberté d'expression) sur la répression des journalistes et des militants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrères de retour de reportage… Tout ce qu’il fallait pour lester de parano mon équipement de base.
  5. Ce fut aussi ma plus belle leçon de journalisme : pratiquer strictement le scepticisme méthodique. En 1986, Albin Michel publia Mémoires de prison, Témoignage hallucinant sur les prisons de Castro. Il s'agissait du récit de l'écrivain cubain Armando Valladarès, détenu durant 22 ans, torturé, libéré après une vaste campagne internationale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l'icône Guevara, nommé en 1959 par Fidel Castro commandant et « procureur suprême » de la prison de la forteresse de la Cabaña. Il est ainsi surnommé le carnicerito (le petit boucher) de la Cabaña. Pendant les 5 mois à ce poste il décide des arrestations et supervise les jugements qui ne durent souvent qu'une journée et signe les exécutions de 156 à 550 personnes selon les sources. 
  7. D. de Rougemont, L'Amour et l'Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPourtant sacralisé, immortalisé, Fidel Castro a fini par mourir. Quatre-vingt-dix ans. Tout de même, les dictatures conservent… Ses obsèques vont être grandioses, c’est bien le moins pour couronner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil national ! Quatre jours à balader ses cendres, reliques d’une « révolution » sanctifiée, spectacle politique, iconographique, religieux, médiatique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spectacle qui, en effet, a produit, entretenu, consacré le castrisme. Comment cela s’est-il opéré ? Comment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siècle ? Comment cela perdure-t-il encore, malgré les désormais évidentes désillusions ?

Comment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désignait un homme qui avait pris le pouvoir sans autorité constitutionnelle légitime. Le mot était neutre, tout comme la chose, n’impliquant aucun jugement sur les qualités de personne ou de gouvernant. 1 Le parallèle avec Cuba et Castro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constance du processus d’évolution du Pouvoir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pouvoir passe peu à peu d’une forme disons libérale à celle d’un pouvoir militaire incontrôlé. Et les tyrans le devinrent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le castrisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le contexte géopolitique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impérialismes américain et soviétique ;

l’habileté machiavélique de Fidel Castro dans sa conquête et sa soif du pouvoir avec un sens extrême de la communication, mêlant mystique et mystification ;

la complicité objective des « élites » occidentales surtout, mais aussi tiers-mondistes, fascinées par le castrisme comme « troisième voie » politique.

Ces trois piliers principaux ont permis à Castro d’asseoir une dictature « aimable », sympathique, voire humaniste – une « dictature de gauche » a même osé Eduardo Manet, dramaturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des photos », surtout s'il s'agit d'images pieuses, celles du héros moderne, incarnation du mythe biblique de David contre Goliath. Images renforcées par les multiples tentatives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour certaines) menées par la CIA, jusqu’au débarquement raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fiasco militaire ajoute à la gloire du « commandante », gonflant la légende commencée dans la Sierra Maestra avec la guérilla des barbudos, sympathiques débraillés fumant le cigare en compagnie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, taillé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L'icône au service de la mythologie. Que la révolution était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d'homélies, on entend sur les radios claironner la doxa consistant à blanchir les excès « autoritaires » en les mettant sur le dos des méchants Américains et leur « embargo », cause de tous les maux des malheureux et valeureux Cubains ! Ledit embargo a certes causé de forts obstacles dans les échanges commerciaux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le premier pays pour les échanges commerciaux (hors produits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embargo – toujours qualifié de blocus par le gouvernement cubain, ce qu’il n’est nullement ! – a surtout servi à renforcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ainsi le bouc émissaire idéal. J’ai montré tout cela lors d’un reportage publié en 2008 dans Politis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décembre 2008 – disponible en fin d'article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, politologue spécialiste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Passons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biographies sont toujours des plus éclairantes à cet égard. Rappelons juste que Castro fut soutenu par les Etats-Unis dès son opposition à la dictature de Batista. Après la prise de pouvoir en 1959, son gouvernement est reconnu par les États-Unis. Nommé Premier ministre, Castro est reçu à la Maison Blanche où il rencontre Nixon, vice-président d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Castro envisage de nationaliser industries et banques, ainsi que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union soviétique – qui achète au prix fort la quasi-totalité du sucre cubain. C’est la casus belli : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime communiste » instauré à 150 kilomètres de ses côtes.

J’ai aussi fait apparaître dans ce même reportage comment le refrain de « la santé et de l’éducation gratuites », unanimement repris dans les médias, relève avant tout de slogans publicitaires. Sans même parler de la qualité des soins et de l’enseignement, leur « gratuité » se trouve largement payée par la sous-rémunération des salariés cubains : l’équivalent d’une quinzaine d’euros mensuels en moyenne !

Si toutefois ce régime a tenu sur ses trois piliers boiteux, c’est au prix d’une coercition du peuple cubain. À commencer par le « récit national » – l’expression est à la mode – entrepris dès la prise du pouvoir par Castro, propagé et amplifié par l’enseignement (gratuit !) sous forme de propagande, et par les médias tous dépendants du régime. Coercition dans les esprits et aussi coercition physique par la surveillance et le contrôle étroits menés dans chaque quartier, auprès de chaque habitant, par les Comités de défense de la révolution. De sorte que la dissidence apparaisse comme unique forme possible d’opposition – d’où l’emprisonnement politique, l’exil clandestin, la persécution des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Castro était aussi et peut-être d'abord un séducteur des masses doublé d’un illusionniste. Ses talents dans ce domaine étaient indéniables et à prendre au pied de la lettre : ainsi quand, lors d’un de ses interminables sermons, quand il fait se poser, comme par miracle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entrer dans l’Histoire… mais la supercherie démontée quelques années plus tard.

Le castrisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pimpante, restaurées pour la cause, entre lesquelles se faufilent les touristes béats au long des circuits des voyagistes. Ces touristes peuvent aussi, bien souvent, être rejoints par nombre de journalistes, écrivains, politiciens et divers intellectuels en mal de fascination exotique.

La mort de Castro n’implique pas forcément celle du castrisme. Mais que survivra-t-il de cette dictature illusionniste après la mort de ses manipulateurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait surgir la réalité d’un demi-siècle de falsifications ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Politis :gponthieu241208politis ; et la Tribune qui s'ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-30-31-j-habel ; enfin, ma réponse : politis_1041reponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Finley, Ed. Maspero, 1971.

Syrie. Alep ou la mort tombée du ciel

par Tho­mas Clu­zel (Fran­ce Cultu­re)

Consa­crée à l’agonie d’Alep et de sa popu­la­tion, la revue de pres­se de Tho­mas Clu­zel ce matin ( 25/11/16 ) sur Fran­ce Cultu­re expri­mait avec for­ce l’insoutenable folie meur­triè­re des hom­mes, cet­te étran­ge espè­ce, la seule qui s’acharne à la mort de ses sem­bla­bles et, plus au-delà enco­re, à son auto­des­truc­tion. Tan­dis que la « clas­se poli­ti­que et média­ti­que »  glo­se sur le com­bat de coqs télé­vi­suel de la veille, qui n’en sem­ble que plus déri­soi­re. Pour­tant, le ger­me de la guer­re n’est-il pas déjà tapi dans cet­te cour­se au pou­voir ? Com­ment pas­ser de la com­pé­ti­tion à la coopé­ra­tion, de l’injustice à l’entraide, de l’indifférence à la soli­da­ri­té ? Réflexion en pas­sant, pour en reve­nir au mar­ty­re d’Alep :

Sur une vidéo publiée sur le site du New York Times, une fem­me racon­te que le bruit d’un avion annon­ce qu’une bom­be est sur le point de s’écraser sur la vil­le. Les secon­des s’écoulent. Elle anti­ci­pe l’explosion qui ne tar­de­ra plus. Et redou­te qu’un mur ou même un bâti­ment entier ne s’effondre sur elle. Elle ima­gi­ne le pire, la mort. Et puis ouvre les yeux, pour se ren­dre comp­te qu’elle est tou­jours vivan­te. Un immeu­ble vient pour­tant, en effet, de s’écrouler. Celui d’à côté. Dans cet­te vidéo de près de trois minu­tes et inti­tu­lée « à la recher­che des bom­bes dans le ciel d’Alep », des rési­dents de la vil­le assié­gée racon­tent, un à un, au quo­ti­dien amé­ri­cain, leurs impres­sions lors­que le bruit d’un avion vient à se rap­pro­cher jusqu’au moment de déchi­rer, lit­té­ra­le­ment, le ciel.

Quand un pro­fes­seur avoue que ses sens lui jouent par­fois des tours, que dans ses oreilles réson­nent, par moment, des bruits de moteur qui n’existent pas et qu’il lui arri­ve même, quand c’est le cas, de se moquer de lui-même et d’en rire, d’autres, à l’instar de cet­te infir­miè­re, racon­tent que les bom­bar­de­ments, les des­truc­tions, les cris des habi­tants effrayés fuyant par­tout où ils le peu­vent, sont deve­nus leur rou­ti­ne quo­ti­dien­ne. Tous décri­vent la ter­reur qui les sai­sit, à cha­que fois qu’ils voient l’un de ces engins de mort tra­ver­ser le ciel d’Alep.

En publiant ces témoi­gna­ges, le site du New York Times vient ain­si nous rap­pe­ler, de la plus poi­gnan­te des maniè­res, que si le week-end der­nier (tan­dis que les Nations Unies ten­taient, une nou­vel­le fois, de négo­cier un arrêt du conflit) les bom­bar­de­ments ont dimi­nué, en revan­che, dès lun­di (à pei­ne acté l’échec des négo­cia­tions de la veille) ils ont aus­si­tôt repris avec une inten­si­té dra­ma­ti­que. Ces atta­ques sont aujourd’hui les plus vio­len­tes enre­gis­trées depuis deux ans, pré­ci­se tou­jours le quo­ti­dien amé­ri­cain, avant d’ajouter : désor­mais les bom­bes d’Alep lais­sent 250 000 per­son­nes vivre en enfer. Hier enco­re, au moins 32 civils, dont cinq enfants, ont péri dans ces bom­bar­de­ments, pré­ci­se ce matin le site d’Al Ara­biya. Il s’agit de l’un des bilans les plus éle­vés, sur une seule jour­née, depuis le début de la vio­len­te cam­pa­gne menée par l’armée syrien­ne sur le sec­teur de la deuxiè­me vil­le du pays, tenu par les insur­gés.

En un peu plus d’une semai­ne, ce ne sont pas moins de 300 per­son­nes qui ont trou­vé la mort à Alep. Il faut dire qu’aux mis­si­les, aux obus, aux barils d’explosifs et aux bom­bes incen­diai­res s’ajoutent, éga­le­ment, des atta­ques chi­mi­ques à la chlo­ri­ne. Sans comp­ter que de vio­lents com­bats se dérou­lent, à pré­sent, au sol. La semai­ne der­niè­re, les for­ces loya­lis­tes sont entrées pour la pre­miè­re fois dans un quar­tier au nord-est de la vil­le. Le régi­me a éga­le­ment chas­sé les insur­gés d’une ancien­ne zone indus­triel­le.

« Alep, un assaut contre l’humanité », c’est le titre, cet­te fois-ci, de cet édi­to à lire dans les colon­nes du Temps de Lau­san­ne. Le jour­nal y racon­te, notam­ment, com­ment sur pla­ce habi­tants et secou­ris­tes conti­nuent de fil­mer les scè­nes, plus insou­te­na­bles les unes que les autres : ces bébés pré­ma­tu­rés, dans un hôpi­tal en flam­mes, extir­pés de leur cou­veu­se par des infir­miè­res pani­quées et posés à même le sol, où ils fini­ront vrai­sem­bla­ble­ment par suc­com­ber ; ou bien enco­re cet hom­me, visi­ble­ment pro­che de la folie, qui exhi­be en plei­ne rue un mem­bre arra­ché par une bom­be (celui d’un voi­sin, d’un pro­che, ou d’un incon­nu) et qui n’en finit plus de hur­ler.

L’enfer s’est abat­tu sur Alep. Au point que les Alep­pins, eux-mêmes, en vien­nent à regret­ter désor­mais les semai­nes pré­cé­den­tes, lors­que les flam­mes n’étaient enco­re qu’intermittentes. A Genè­ve, un méde­cin suis­se (ori­gi­nai­re d’Alep), l’un des fon­da­teurs de l’Union des orga­ni­sa­tions syrien­nes de secours médi­caux, est à court de mots : « Il res­te aujourd’hui moins d’une tren­tai­ne de méde­cin, dit-il, et il n’y a plus le moin­dre bloc opé­ra­toi­re qui fonc­tion­ne ». Les der­niers témé­rai­res qui ont ten­té, il y a quel­ques semai­nes, de for­cer les bar­ra­ges, afin de fai­re entrer du maté­riel médi­cal dans les quar­tiers rebel­les de la vil­le, ont été pris pour cible par des avions et ont échap­pé à la mort de jus­tes­se. Depuis, l’étau s’est enco­re res­ser­ré. Ici com­me ailleurs. Dans les ban­lieues sud de Damas, éga­le­ment aux mains de la rébel­lion, là-bas ce sont les ambu­lan­ces qui sont tra­quées par les dro­nes rus­ses, expli­que tou­jours le méde­cin. « Lorsqu’ils arri­vent à loca­li­ser l’endroit où ces ambu­lan­ces conver­gent, l’aviation frap­pe. C’est ain­si qu’ils détrui­sent les der­niers hôpi­taux. »

En début de semai­ne, devant le Conseil de sécu­ri­té des Nations Unies, le chef des opé­ra­tions de l’ONU (Ste­phen O’Brien) avouait : les der­niè­res rations ali­men­tai­res ont été dis­tri­buées le 13 novem­bre der­nier. Et tan­dis que l’eau pota­ble et l’électricité sont de plus en plus rares, la fami­ne sera bien­tôt géné­ra­le. Ou dit autre­ment, si les res­pon­sa­bles des Nations-Unies se disent aujourd’hui « à court de mots » pour décri­re ce qui se pas­se à Alep, sous les bom­bes, les Alep­pins sont, eux, à court de vivres. Dans les der­niers tracts lar­gués par les héli­co­ptè­res du régi­me, les habi­tants qua­li­fiés de « chers com­pa­trio­tes » sont appe­lés à « s’abstenir de sor­tir dans les rues ». En d’autres ter­mes, il n’y est même plus ques­tion de les enjoin­dre à quit­ter la zone rebel­le, mais seule­ment à se ter­rer sous le délu­ge.

Pen­dant ce temps et en dépit des condam­na­tions à l’étranger, la com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le, elle, sem­ble plus que jamais impuis­san­te à contre­car­rer la déter­mi­na­tion de Damas et de ses alliés (rus­se et ira­nien) à recon­qué­rir l’ensemble de la vil­le. D’où, d’ailleurs, cet­te décla­ra­tion déses­pé­rée d’un mem­bre de l’un des conseils locaux admi­nis­trant l’opposition à Alep, à lire dans les colon­nes du Iri­sh Times. « Au mon­de entier, nous vou­lons dire sim­ple­ment deux cho­ses : arrê­tez de pré­ten­dre vous sou­cier de notre sort et agis­sez ; ou alors lan­cez sur nous l’une de vos bom­bes nucléai­res, que nous puis­sions mou­rir et quit­ter enfin cet enfer, une bon­ne fois pour tou­te ».

Tho­mas CLUZEL

Ver­sion audio ici :


Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­ti­que mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du mon­de, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­ta­le du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­dai­re en pren­ne les gou­ver­nes, c’est dans « l’ordre des cho­ses ». Dans un cer­tain ordre de cer­tai­nes cho­ses : cel­les de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­san­ce à tout-va, de l’exploitation sans bor­nes des res­sour­ces natu­rel­les et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­tai­re n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cet­te fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lys­tes, pré­vi­sion­nis­tes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­ti­que, une vision cau­che­mar­des­que aus­si­tôt refou­lée, com­me pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sa­ble.

Tel­le­ment impen­sa­ble que cet « ordre des cho­ses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­ni­que du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans dou­te les « trum­per », puis­que c’est un ban­dit poli­ti­que qui a su les sédui­re (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, fai­re tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­ga­ge de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peu­ple a la fai­bles­se de se com­plai­re et de se recon­naî­tre.

Et cela, à l’opposé des « éli­tes », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphè­res de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cet­te caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « clas­se » des jour­na­lis­tes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas jus­te, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensem­ble homo­gè­ne ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moo­re. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toi­re de Trump, dès le mois de juillet dans un arti­cle sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quel­les Trump va gagner » 3.

moore-trump

Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sor­te de « Brexit de la Cein­tu­re de rouille », en réfé­ren­ce aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­cra­tes et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moo­re, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce pay­sa­ge dépri­mant d’usines en décré­pi­tu­de et de vil­les en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la clas­se moyen­ne. Aigris et en colè­re, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensui­te été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­cra­tes qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­co­tent avec des lob­byis­tes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chè­que ».

Cet­te « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­ly­se de ter­rain pro­pre à la démar­che de Moo­re. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­lis­te fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Mon­de diplo­ma­ti­que), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sa­ble ». Le 21 sep­tem­bre, il publiait sur le site Mémoi­re des lut­tes, un arti­cle sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la cri­se dévas­ta­tri­ce de 2008 (dont nous ne som­mes pas enco­re sor­tis), plus rien n’est com­me avant nul­le part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, com­me modè­le, a per­du une gran­de part de son attrait et de sa cré­di­bi­li­té.

[…]

« Cet­te méta­mor­pho­se atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­lis­te rava­geu­se, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­dai­re Donald Trump dans la cour­se à la Mai­son Blan­che pro­lon­ge cet­te vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­ra­le que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­cra­tes et répu­bli­cains demeu­re, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pi­que que Trump consti­tue un véri­ta­ble trem­ble­ment de ter­re. Son sty­le direct, popu­la­cier, et son mes­sa­ge mani­chéen et réduc­tion­nis­te, qui sol­li­ci­te les plus bas ins­tincts de cer­tai­nes caté­go­ries socia­les, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des cou­ches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­tai­re pos­sè­de un carac­tè­re d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pen­se sous pei­ne d’être accu­sé de « racis­te ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pen­sent tout bas. Et per­çoi­vent que la « paro­le libé­rée » de Trump sur les His­pa­ni­ques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans com­me un véri­ta­ble sou­la­ge­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­con­que, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le mon­de, il a per­çu la puis­san­te frac­tu­re qui sépa­re désor­mais, d’un côté les éli­tes poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, intel­lec­tuel­les et média­ti­ques ; et de l’autre côté, la base popu­lai­re de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-comp­te de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mi­que. »

Ramo­net détaille ensui­te les « sept mesu­res » en ques­tion, que je vous invi­te à connaî­tre pour mieux com­pren­dre en quoi les outran­ces de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tis­me mou­ton­nier et spec­ta­cu­lai­re – n’ont pu gom­mer le réa­lis­me de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour comp­te du libé­ra­lis­me sau­va­ge et rava­geur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heu­res sur Fran­ce 2, Mari­ne Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épin­gle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­lis­te en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nan­te, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fa­re média­ti­que.

Pour la pré­si­den­te du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pri­ses, der­niè­re­ment, aux éli­tes, c’est par­ce que les éli­tes sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est par­ce qu’elles refu­sent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les mépri­se, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une peti­te mino­ri­té puis­se déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en tou­te séré­ni­té, sur la peti­te musi­que des « éli­tes et du peu­ple » façon FN, une musi­quet­te qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an pro­chain.

Notes:

  1. Les bour­ses du mon­de se sont « res­sai­sies » en quel­ques heu­res…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­cra­tes ; je la trou­ve jus­te, et je suis fier de citer ma sour­ce…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la cri­se dans l’automobile) ou enco­re Bow­ling for Colum­bi­ne (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de mas­se états-uniens, com­me les autres ailleurs, reflè­tent cet­te sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lys­tes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion hau­te…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaî­nes « popu­lai­res » – cel­les des télés-réa­li­té chè­res à Trump – et les « tabloïds », chan­tres du diver­tis­se­ment vul­gai­re). On retrou­ve là aus­si le cli­va­ge entre jour­na­lis­me de ter­rain et jour­na­lis­me assis. Ce qui me rap­pel­le une sen­ten­ce émi­se par un confrè­re afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­siè­re sous les semel­les que sous les fes­ses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohor­tes de jour­na­lis­tes-pro­phè­tes pour « cou­vrir » l’élection états-unien­ne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­lis­tes : dans le nom­bril du nom­bril du mon­de, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rou­ge (Loui­sia­ne), à Ama­rillo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump


Qui a dit « Je suis Haïti » ? Personne

Ce monde a le tournis. Ce monde donne le tournis. Et on ne sait plus où tourner la tête : la Syrie, l’Irak, la Libye, la Palestine, la Somalie, le Yémen et tous ces lieux de conflits sans fin, incompréhensibles à la plupart d’entre nous, à défaut de pouvoir les expliquer. À ce sinistre tableau géopolitique, il faut désormais ajouter celui des dérèglements climatiques qui risquent d’égaler bientôt ceux de la folie des hommes – d’ailleurs ils en relèvent aussi. C’est sans doute le cas de l’ouragan Matthew qui s’est déchaîné sur une partie des Caraïbes, dévastant en particulier Haïti où il a causé près de 1.000 morts et semé la désolation.

Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique sur les cyclones ?

Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques : – Selon les modèles scientifiques les plus précis, le nombre global de cyclones dans le climat futur devrait être stable, voire en légère baisse. Mais dans le même temps, on s’attend à une hausse des cyclones les plus intenses, qui s’explique notamment par l’augmentation des températures des océans. On va aller vers des phénomènes plus puissants, associés à des pluies plus intenses, d’environ 20 % supérieures. [Le Monde, 07/10/2016]

Haïti. Un autre malheur a frappé cette île tant de fois meurtrie – y compris par les dictatures successives –, c’est celui de l’indifférence. Car les « observateurs » n’avaient d’yeux que pour les États-Unis. « Seraient-ils touchés eux aussi par cette même tempête ? » Seule cette question comptait. Rien ou presque pour les victimes haïtiennes. Pas même un « Je suis Haïti »…

C’est pour alerter le monde sur cette solidarité à géométrie variable que Miguel Villalba Sánchez, un artiste espagnol, a réalisé ce dessin :

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« Personne n’est Haïti », en effet.

« Je suis Charlie, je suis Orlando, je suis Paris, je suis Bruxelles »… Mais pas de « Je suis Haïti »… Pourquoi ? Pays trop petit, trop loin, trop noir, trop pauvre, trop…

Ce pays (situé sur la même île que la République Dominicaine), qui a quand même perdu 900 personnes dans l’ouragan Matthew, n’a pas suscité d’émotion en proportion de son drame. Tous les regards médiatiques étaient braqués vers Miami. En chercher les causes revient à questionner l’état du monde, la géo-politique, l'injustice, les conflits, le climat… On en revient au point de départ.

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Cette photo de l’Unicef résume tout. Contre l'indifférence, on peut adresser un donhttps://don.unicef.fr/urgences/ 


Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En provenance du Japon, la nouvelle n’a pas ému nos médias : la région où se trouve la plus puissante centrale atomique du monde, Kashiwazaki-Kariwa (sept réacteurs), va désormais être dirigée par un gouverneur antinucléaire. Ce qui rebat les cartes de l'énergie atomique – pas seulement au Japon.

Ryuichi Yoneyama, 49 ans, a en effet remporté, hier dimanche, les élections dans la préfecture de Niigata (nord-ouest du Japon). L'autorisation du gouverneur étant requise pour la remise en service des réacteurs arrêtés depuis Fukushima, cette nouvelle donne constitue un coup dur pour Tepco, l’exploitant qui espérait sauver ses finances en relançant ces sept réacteurs, les seuls lui restant après l'arrêt des deux centrales de Fukushima, suite à la catastrophe de mars 2011. Dès ce lundi, le cours de Tepco a dévissé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nikkei : -7,89% à 385 yens).

La centrale de Kashiwasaki avait été sérieusement bousculée par un important séisme en juillet 2007 qui avait provoqué un incendie et des fuites d’eau radioactive. Depuis, alors que la centrale est toujours à l’arrêt, huit incendies se sont déclarés dans les différentes unités [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les autorités ont donné le feu vert en février 2009 pour le redémarrage (désormais compromis) de l'unité n°7.

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La centrale nucléaire de Kashiwasaki a frôlé le désastre lors du séisme du 16 juillet 2007 qui a provoqué un incendie et des fuites d'eau radioactive préfigurant la catastrophe de Fukushima moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) avait alors dépêché une mission dirigée par le Français Philippe Jamet, haut dirigeant de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Le rapport publié s'était contenté de quelques recommandations anodines, assurant que les centrales japonaises pouvaient résister à tout événement sismique ou climatique. La catastrophe de Fukushima a dramatiquement rabaissé le caquet de nos arrogants experts. 1

Aujourd'hui, trois seulement des 54 réacteurs nucléaires japonais sont en service mais le gouvernement de l'ultranationaliste (et ultra pronucléaire) Shinzo Abe use de toutes les pressions pour essayer d'obtenir la redémarrage d'autres réacteurs, malgré l'opposition de la population.

Ces réouvertures sont contrecarrées par des décisions de justice ou par le veto de certains gouverneurs régionaux. Voilà pourquoi l'élection de Ryuichi Yoneyama à la tête de la région de Niigata est un coup terrible porté aux projets fous des pronucléaires (et au cours en bourse de Tepco) : ce courageux nouveau gouverneur va refuser la remise en service des sept réacteurs de Kashiwasaki.

Sous peu, les trois réacteurs japonais en service devront s'arrêter pour maintenance et, comme ce fut déjà le cas pendant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonctionnera à nouveau avec 0% de nucléaire. Si 130 millions de Japonais peuvent vivre sans nucléaire, comment prétendre encore que c'est "impossible" pour deux fois moins de Français ? 2

Notons encore que cette élection et ses conséquences constituent une mauvaise nouvelle pour les nucléaristes français – entre autres – et en particulier pour EDF et Areva qui misent sur le retour de la droite au pouvoir pour relancer leur offensive sur le marché mondial de l’énergie, y compris en France, bien entendu !

C’est vraisemblablement pour cette raison de prospective politique (pour ne pas dire de probabilité) qu’EDF s’est engagée, dans un contrat franco-chinois, à livrer à Hinkley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans dérapage du calendrier et des coûts – deux réacteurs nucléaires EPR de 1 650 mégawatts chacun pour un devis de près de 22 milliards d’euros. Cela, alors que les chantiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise française sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut prendre la mesure de cette arrogance lors d’un débat télévisé de « C dans l’air » diffusé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait secoué la centrale de Kashiwasaki. Débat auquel participait Stéphane Lhomme, de l'Observatoire du Nucléaire, préconisant la fermeture d’urgence d’au moins 20 réacteurs au Japon si l'on voulait éviter un nouveau Tchernobyl. Avertissement bien sûr non pris en compte. À peine quatre ans plus tard, c'était Fukushima.
  2. Bien sûr, c'est là qu'on ressort le contre argument de l'effet climatique (tant nié par les mêmes avant son évidence) provoqué par les énergies fossiles. Tandis que le "tout nucléaire" a freiné le développement, en France notamment, des énergies alternatives renouvelables.

Boues rouges en Méditerranée. Déjà Alain Bombard, en 1964 !

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Avant de se jeter dans la mer, la conduite a parcouru 50 km depuis l'usine Alteo de Gardanne.

Les opposants au rejet de boues rouges par l'usine Alteo de Gardanne dans le parc national des Calanques se rassemblent ce weekend à Cassis. Une histoire vieille de plus d'un demi-siècle ! Dès 1964, Alain Bombard dénonçait ce scandale lors d'un rassemblement d'opposants à Cassis. Deux ans après, il enfonçait le "clou" dans ce document de l'Ina où il s'en prenait aussi au mépris du principe de précaution. Cinquante deux ans après, moyennant quelques accomodements "cosmétiques", l'industriel Alteo continue à polluer gravement la Méditerranée. Avec la bénédiction du gouvernement et la résignation de la ministre de l'Environnement.

 

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1964. Alain Bombard à Cassis. [Ph. Le Gabian déchaîné]

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26 septembre, 500 opposants devant la préfecture à Marseille [Ph. Felizat]

• Une pétition a déjà recueilli près de 350 000 signatures. On peut la signer ici.


Équinoxe. Le 22 septembre, aujourd’hui…

Ça n’a l’air de rien, c’est une jour­née com­me ça, com­me les autres… Croit-on. Ben non, c’est un 22 sep­tem­bre ! Pas n’importe quel jour, ain­si que me le rap­pel­le une amie chè­re avec un bou­quet fleu­ri d’une chan­son de Bras­sens. Et quel­le chan­son, quel poè­me ! Les voi­ci :

Un vingt-deux de sep­tem­bre au dia­ble vous par­ti­tes,
Et, depuis, cha­que année, à la date sus­di­te,
Je mouillais mon mou­choir en sou­ve­nir de vous...
Or, nous y revoi­là, mais je res­te de pier­re,
Plus une seule lar­me à me met­tre aux pau­piè­res:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

On ne rever­ra plus au temps des feuilles mor­tes,
Cet­te âme en pei­ne qui me res­sem­ble et qui por­te
Le deuil de cha­que feuille en sou­ve­nir de vous...
Que le bra­ve Pré­vert et ses escar­gots veuillent
Bien se pas­ser de moi pour enter­rer les feuilles:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Jadis, ouvrant mes bras com­me une pai­re d’ailes,
Je mon­tais jusqu’au ciel pour sui­vre l’hirondelle
Et me rom­pais les os en sou­ve­nir de vous...
Le com­plexe d’Icare à pré­sent m’abandonne,
L’hirondelle en par­tant ne fera plus l’automne:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Pieu­se­ment noué d’un bout de vos den­tel­les,
J’avais, sur ma fenê­tre, un bou­quet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en sou­ve­nir de vous...
Je m’en vais les offrir au pre­mier mort qui pas­se,
Les regrets éter­nels à pré­sent me dépas­sent:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Désor­mais, le petit bout de cœur qui me res­te
Ne tra­ver­se­ra plus l’équinoxe funes­te
En bat­tant la bre­lo­que en sou­ve­nir de vous...
Il a cra­ché sa flam­me et ses cen­dres s’éteignent,
A pei­ne y pour­rait-on rôtir qua­tre châ­tai­gnes:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Et c’est tris­te de n’être plus tris­te sans vous

Autre rap­pel, venu des étoi­les et de la méca­ni­que céles­te : Non, l’automne ne com­men­ce pas tou­jours le 21 sep­tem­bre. La preu­ve, cet­te année, il s’est déci­dé pour ce jeu­di 22 sep­tem­bre (et prin­temps dans l’hémisphère sud). Ç’aurait aus­si pu tom­ber le 23, ce qui arri­ve.

Ain­si, ce chan­ge­ment de sai­son a lieu à l’instant de l’équinoxe où la ligne qui mar­que la limi­te entre le jour et la nuit à la sur­fa­ce de la pla­nè­te pas­se par les deux pôles. Le jour et la nuit ont alors exac­te­ment la même durée, tan­dis que le soleil se lève exac­te­ment à l’est et se cou­che exac­te­ment à l’ouest.

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Pour­quoi donc ces varia­tions dans la pen­du­le astro­no­mi­que ?

La Ter­re n’évolue pas sur une orbi­te cir­cu­lai­re autour du Soleil mais selon une ellip­se qui peut s’allonger plus ou moins selon les années et ain­si légè­re­ment déca­ler les sai­sons.

Autre com­pli­ca­tion, les années bis­sex­ti­les qui, tous les qua­tre ans, ajou­tent une jour­née (la 366e) à notre calen­drier, pour remet­tre la gran­de pen­du­le à l’heure.

Cet­te année, donc, l’automne débu­te le 22 sep­tem­bre. Et il en sera ain­si jusqu’en 2093 où l’équinoxe d’automne tom­be­ra un 21 sep­tem­bre. Ça peut valoir le coup de tenir jusqu’à là. Cha­cun fai­sant ce qu’il veut et com­me il peut.

Ah oui : ne pas oublier de fêter son 94e anni­ver­sai­re à Yvet­te Hor­ner !

L’automne, ça compte ! par Faber

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© faber

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EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relance de l’EPR franco-chinois en Grande-Bretagne ;  mariage monstrueux de Bayer et de Monsanto – Monsieur Pesticide avec Madame OGM, bonjour la descendance ! Alteo et ses boues rouges en Méditerranée. Et en prime, le péril Sarko en hausse sondagière, sur les traces de Trump (il avait bien singé son ami Bush) et son négationnisme climatique…

L'affaire Alteo est loin d'être jouée !  L'usine de Gardanne est l'objet d'une mise en demeure de la préfecture des Bouches-du-Rhône, suite à un contrôle inopiné de l'Agence de l'eau. Celle-ci a en effet détecté des effluents hors normes dans les rejets actuels en mer. Un comité de suivi doit trancher ce 26 septembre.

Restons-en à la « Grande nouvelle ! », la «  nouvelle extraordinaire! ». Ils n’en peuvent plus, côté français, d’exulter : la dirigeante britannique, Theresa May, vient de valider « sous conditions » le projet d’EDF de construire deux réacteurs nucléaires EPR à Hinckley Point, dans le sud de la Grande-Bretagne. Reste, il est vrai, à connaître lesdites « conditions » de la « perfide Albion ». On verra plus tard. Ne boudons pas la joie « exultante », donc, du secrétaire d’État à l’industrie qui va jusqu’à évoquer « un nouveau départ » pour la filière nucléaire française ; Hollande n’est pas en reste, et même son de cloche, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cependant, l’avenir financier de sa boîte surendettée et accessoirement l’avenir de ses salariés.

Le sujet est claironné sur les télés et radios, sans grand discernement comme d’habitude, c'est-à-dire sans rappeler la question de fond du nucléaire, sous ses multiples aspects :

sa dangerosité extrême, éprouvée lors de deux catastrophes majeures (Tchernobyl et Fukushima)– et plusieurs autres accidents plus ou moins minorés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dissimulés (catastrophe du complexe nucléaire Maïak, une usine de retraitement de combustible en Union soviétique, 1957, l'un des plus graves accidents nucléaires jamais connus).

sa nocivité potentielle liée aux risques technologiques, sismiques, terroristes ; ainsi qu’à la question des déchets radioactifs sans solution acceptable ; sans oublier les risques sanitaires et écologiques liés à l’extraction de l’uranium et au traitement du combustible usagé (La Hague, entre autres) ;

son coût exorbitant, dès lors que sont pris en compte les coûts réels d’exploitation, des incidents et accidents, de la santé des populations, des économies locales ruinées (Ukraine, Biélorussie, préfecture de Fukushima-Daïchi) , du traitement des déchets, du démantèlement si complexe des centrales en fin d’exploitation ;

ses incertitudes technologiques spécifiques aux réacteurs EPR en construction problématique – Finlande, Flamanville et Chine –, toujours retardés, selon des budgets sans cesses réévalués.

Cocorico ! L’annonce est portée sur le ton triomphal, glorifiant l’ « excellence française » et les retombées promises avec des emplois par milliers ! Certes.

Mais les énergies renouvelables, ne devraient-elles pas créer aussi des milliers d’emplois – de la recherche à la production ? Selon des critères autrement écologiques et éthiques que ceux du nucléaire – rappelons en passant que l’extraction et le traitement initial de l’uranium (combustible fossile, limité lui aussi), sont très émetteurs de gaz à effet de serre (engins miniers gigantesques ; transport du minerai jusqu’aux usines lointaines, comme à Pierrelatte dans la Drôme.

Évidemment, la « question de l’emploi » demeure un élément déterminant ; au point de bloquer toute discussion réelle, c'est-à-dire de fond, honnête, qui évite le piège du « chantage à l’emploi ».

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L'usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne donne pas du boulot ! » : paroles d’un anonyme de Gardanne interrogé par la télé sur l’affaire des boues rouges produites par l’usine Alteo 1. Argument bien compréhensible, qui oppose une nécessité immédiate à une autre, différée dans le temps et autrement essentielle, cependant : celle des déséquilibres biologiques qui menacent la vie marine et, par delà, humaine.

Cette semaine aussi, sur le même registre, on a vu les syndicalistes de Fessenheim manifester pour leur emploi menacé par la fermeture annoncée de la centrale nucléaire. Des cégétistes, en l’occurrence, vont ainsi jusqu’à dénoncer « une incohérence » dans la volonté politique de vouloir maintenir l’emploi chez Alstom à Belfort tout en « détruisant » ceux de Fessenheim. Ce propos passe totalement à la trappe l’enjeu écologique lié à une centrale nucléaire ayant dépassé la limite de sa durée de vie. On compare deux situations incomparables, de même qu’on oppose ainsi une logique locale « court-termiste » à des enjeux portant sur l’avenir de l’espèce humaine. On pointe là un gouffre d’incompréhension fondamentale opposant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humaine.

Concernant précisément l’affaire des boues rouges et des effluents toxiques rejetés dans la Méditerranée, il y aurait cependant une solution technique avérée présentée depuis plusieurs mois à Alteo. Mais la « logique » financière semble s’opposer à cette solution. L’élimination totale des déchets toxiques implique en effet un coût que les actionnaires du fond d’investissement étatsunien dont dépend Alteo refusent par principe – c'est-à-dire par intérêt ! Même opposition symétrique, là encore, entre intérêts individuels immédiats et intérêts relevant du bien commun et de la conscience écologique globale.

On se trouve précisément dans l’enjeu exprimé par le « penser global - agir local », selon la formule de Jacques Ellul 2, reprise et portée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dualité de tensions, que recouvrent bien nos actuels errements de Terriens mal en point. En fait, on peut affirmer sans trop s’avancer que le « penser global » de la plupart de nos contemporains se limite à l’« agir local ». Autrement dit, de la pensée de lilliputiens ne voyant guère au-delà de leur bout de nez court-termiste. Et encore ! Car il n’y parfois pas de pensée du tout, une preuve :

 

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La non-conscience écologique, ou l'inconscience de l'homo "peu" sapiens menace l'humanité entière. [Ph. gp]

Un tel outrage à la beauté du monde (voir l’arrière plan : Marseille, plage des Goudes) me rend tristement pessimiste sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pourtant qu’un forfait d’allure mineure, ordinaire – cependant à haute portée symbolique – aux côtés des agressions et des pollutions majeures : mers et océans à l’état de poubelles, agriculture chimique, élevages industriels, déforestation, désertification, surconsommation-surdéjections, atmosphère saturée par les gaz à effet de serre ; dérèglement climatique, fonte des glaces et montée des eaux… Un désastre amplement amorcé – sans même parler des folies guerrières et terroristes. Et j’en passe.

Ainsi à Gardanne, ville doublement rouge : rougie par les poussières d’alumine qui la recouvre, et rougie par quarante ans de municipalité communiste et à ce titre asservie à la croissance et à son industrie, fût-elle dévastatrice de l’environnement naturel et de la santé humaine. Il en va de même ici comme à Fessenheim et pour toute l’industrie nucléaire, soutenue depuis toujours par les communistes et la CGT, tout autant que par les socialistes et toute la classe politique et syndicaliste, à l’exception des écologistes, bien entendu, et d’EELV en particulier.

Notes:

  1. L'ancienne usine Pechiney de Gardanne, créée en 1893, appartient depuis 2012 au fonds d'investissement H.I.G Capital basé à Miami. Alteo se présente comme le « premier producteur mondial d’alumines de spécialité ». Alteo Gardanne emploie 400 salariés et 250 sous-traitants
  2. Professeur d'histoire du droit, sociologue, théologien protestant, 1912-1994. Penseur du système technicien, ses idées sont notamment développées en France par l’association Technologos
  3. Agronome, biologiste, 1901-1982 Auteur de nombreux ouvrages, dont Courtisons la terre (1980) et Les Célébrations de la vie (1982)

Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film com­me aucun autre. Cer­tes, sa fac­tu­re for­mel­le est plu­tôt clas­si­que : pas besoin de fai­re des numé­ros de cla­quet­tes quand le fond l’emporte d’une maniè­re aus­si magis­tra­le. Au départ, l’histoire ordi­nai­re d’un père et d’une fille que la vie « moder­ne » a éloi­gnés, jusqu’à les ren­dre étran­gers l’un à l’autre. His­toi­re bana­le, sauf que les per­son­na­ges ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui mena­ce sa fille, pri­se dans l’absurde tour­billon du mon­de mor­ti­fè­re du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­di­se mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tan­ce cri­ti­que por­tée par l’humour et, plus enco­re, par la déri­sion, pla­nè­tes deve­nues inat­tei­gna­bles à cet­te jeu­ne fem­me froi­de, réfri­gé­rée, fri­gi­de. Com­ment peut-elle enco­re être sa fille, cel­le-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absen­te, l’oreille col­lée au por­ta­ble, habillée en cro­que-mort, en noir et blanc, à la vie gri­se, vide de sens et de sou­ri­res ?

De ce nau­fra­ge annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­fo­que, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­din­gue, qui fout la hon­te à cet­te jeu­ne fem­me for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ris­tes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son uni­vers de mor­gue, armé d’une per­ru­que, de faus­ses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sour­de à la vie vivan­te, abs­trai­te com­me de l’art « contem­po­rain », mar­chan­di­se elle-même, au ser­vi­ce du mon­de mar­chand, de la finan­ce qui tue le tra­vail et les hom­mes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumiè­re de l’écran, des per­son­na­ges, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée com­me l’humanité tout entiè­re, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le mon­de rem­pla­cé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les mas­ques, dénon­ce les jeux de sur­fa­ce mina­bles, rap­pel­le à l’impé­rieu­se et pro­fon­de urgen­ce de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce mon­de du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lut­te des requins contre les sar­di­nes…

…n’allez sur­tout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­sis­te den­tai­re, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.


Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j'ai carrément déserté la toile ! Et pas de protestations… À supposer que j'aie pu manquer à d'aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s'il s'agit d'un sujet indigeste. Comme l'est l'actu et ce monde si mal en point. Enfin, consolation : l'Euro de foot, c'est fait. Le Tour, aussi. De même les JO. Passons enfin à la politique, la bonne, vraie, bien politicienne. Voici le temps béni de la mascarade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camemberts dépassés…

Nous sommes début août à Marseille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du burkini.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remontons d’une jouissive baignade pour regagner la Corniche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Marseillais connaissent… – , nous surplombons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entièrement habillée en noir, barbotant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et paisible ! Ces deux femmes si différentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans problèmes…

Je ne dis rien, trouvant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tempêtes et disputailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sortir de l’eau avec le tissu tout collé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais penchant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renoncement au bien-être, ce qui est dommage, mais enfin… Ce qui me contrarie surtout c’est la soumission à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il faisait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les portières se referment sur le débat à peine amorcé.

burkini

Calanques de Marseille, juillet 2016. La mode s'empare du religieux banalisé, marchandisé. Un prosélytisme ordinaire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces interdictions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en vertu de quel pouvoir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïcité », comme ils parleraient de culture ou de fraternité… pour un peu je sortirais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… culturelle ! 1) Car ils parlent d’une certaine laïcité, la leur, qu’ils assortissent d interdiction, de rejet, d’exclusion. Une laïcité cache-sexe, j’ose le dire, d’une attitude en gros anti-musulmane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déclaration de Manuel Valls à propos de ces maires censeurs : « Je soutiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le premier ministre, en matière d’arrière-pensée politique ! Une autre belle occasion de se taire. 2

Parlons-en de l’« arrière-pensée politique » ! Puisqu’il n’y a que ça désormais en politique, à défaut de pensée réelle, profonde, sincère, porteuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups fourrés. Tandis que ces mêmes politiciens se gargarisent de Démocratie et de République, avec majuscules. Ainsi, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spécialement sur ces registres des interférences portant sur les religions – en fait sur le seul problématique islam –, se trouve enraciné dans l’arrière-monde politicien des fameuses « arrière-pensées » évoquées par Valls. On ne saurait oublier que la partie de poker menteur en vue de la présidentielle de 2017 est fortement engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces questions dites du « vivre ensemble », la parole politique ne parvient plus à offrir le moindre crédit, à l’exception possible, épouvantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduction auprès des électeurs échaudés et revanchards, ou incultes et inconscients politiquement autant qu’historiquement. D’où les surenchères verbales qui se succèdent en cascades. Ce sont les mêmes qui pourraient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hongrie, un Poutine en Russie, un Erdogan en Turquie, etc. – sans parler des multiples offres populistes qui traversent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politiciens explique en grande partie la grande fatigue de la démocratie : progression des abstentions et des votes de refus lors des élections ; suspicion croissante à l’égard des élites considérées comme… élitistes, se regroupant et se reproduisant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « décideurs » et des médias accaparés par les financiers. Le tout, avec pour corollaire la montées des violences urbaines et des incivismes ; les repliements et affrontements communautaristes ; le sentiment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xénophobie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de comprendre et même d’expliquer, sans pour autant les justifier – comme l’a hélas prétendu le même Valls déjà cité ici pour la « pertinence » de ses propos. Comment vouloir organiser la polis – la cité – si on renonce à en comprendre les (dys)fonctionnements ?

Ainsi quand on déplore la « barbarie » d’extrémistes religieux en invoquant l’« obscurantisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême violence des systèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce bigot érudit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les religions sont une des causes premières des affrontements entre humains, notamment en ce qu’elles valident des croyances fratricides, ou plutôt homicides et génocides ; lesquelles génèrent les injustices et les dérèglements sociaux qui alimentent l’autre série des « causes premières » de la violence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je considère aussi le nazisme et le stalinisme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colonial inexpiable, qui vaudrait malédiction éternelle aux générations suivantes, c’est dénier l’Histoire et enfermer l’avenir dans la revanche, la haine et le malheur. C’est notamment la position de mouvements « pyromanes » comme Les Indigènes de la République parlant de « lutte des races sociales » tout en qualifiant ses responsables de souchiens – néologisme jouant perfidement sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désigner les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évoquer l’affaire de Sisco, ce village du Cap corse qui a vu s’affronter des habitants d’origine maghrébine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référer à ce que j’en ai lu, et en particulier au rapport du procureur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les premiers se seraient approprié une plage pour une fête, « en une sorte de caïdat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tandis que des photos étaient prises, incluant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une histoire de territoire, de conception sociétale, de culture.

Le multiculturalisme se nourrit aussi de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une certaine gauche d’autant plus volontiers accueillante que bien à l’abri des circuits de migration… Les Corses sont des insulaires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, historiquement, ont eu à connaître, à redouter, à combattre les multiples envahisseurs, des barbares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notamment, ce qu’on appelait les Sarrasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nombreuses tours de guet, génoises et autres, qui parsèment le littoral corse, comme à Sisco. Des monuments – du latin « ce dont on se souvient » – attestent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les mentalités – même étymologie que monument !

Ainsi les Corses demeurent-ils on ne peut plus sourcilleux de leur territoire et, par delà, de leurs particularismes, souvent cultivés à l’excès, jusqu’aux nationalismes divers et ses variantes qui peuvent se teinter de xénophobie et de racisme [Enregistré après l’affaire de Sisco, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insulaires, selon leur propre histoire : « exportés » par l’Histoire (il ne s'agit nullement de nier la réalité et les effets du colonialisme) et en particulier les migrations économiques, ainsi devenus insulaires, c'est-à-dire isolés de leur propre culture et surtout de leur religion. Tandis que la récente mondialisation, telle une tempête planétaire, relance avec violence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civilisations » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion militaire de l’Occident dans le monde musulman, sous la houlette des Bush et des néo-conservateurs états-uniens a constitué un cataclysme géopolitique ne cessant de s’amplifier, abordant aujourd’hui le rivage corse de Sisco et qui, si j’ose dire, s’habille désormais en burkini.

Retour donc au fameux burkini avec la position de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le raccourci par lequel des maires lient le port du burkini au terrorisme, ajoute dans son communiqué : « Quel que soit le jugement que l’on porte sur le signifiant du port de ce vêtement, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace réglementé selon certains codes et à ignorer la liberté de choix de chacun qui doit être respectée. Après le « burkini » quel autre attribut vestimentaire, quelle attitude, seront transformés en objet de réprobation au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces manifestations d’autoritarisme […] renforcent le sentiment d’exclusion et contribuent à légitimer ceux et celles qui regardent les Français musulmans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de préserver le principe démocratique premier, celui de la liberté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des libertés. C’est aussi la position des Femen qui, tout en déplorant l’enfermement des femmes dans le vêtement, entendent défendre le libre choix de chacun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #meninhijab

Le hic vient cependant de ce que le burkini n’est pas l’équivalent symétriquement inversé du bikini et qu’on ne peut pas s’en sortir avec une formule comme « quel que soit le signifiant… » ; cette tenue exprime en effet un contenu religieux affirmé, revendiqué – ce que n’est pas le bikini, qui relève de la mode, ou seulement de la marchandise vestimentaire. Il est aussi vrai que le burkini a été inventé et lancé par des acteurs de la mode et que son commerce atteint aujourd’hui des sommets et que, comme tel, son contenu religieux semble tout relatif… Ainsi, burkini et bikini ne présenteraient pas qu’une proximité lexicale, ils partageraient une fonction érotique semblable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le cinéma et la photo pornographiques, pas seulement par la nudité crue, mais aussi par le moulage des formes sous des vêtements mouillés. Le problème demeure cependant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa liberté. Par delà, il pousse le glaive des djihadistes dans le corps si fragilisé des démocraties "mécréantes", incitant à des affrontements de type ethniques et communautaires, mettant à bas l'idéal du "vivre ensemble", préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l'État islamique – peut sembler invraisemblable. Elle n'est nullement écartée par les voix parmi les plus éclairées d'intellectuels de culture musulmane. C'est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Marocain Tahar Ben Jelloun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solutions envisager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pourtant unique selon les monothéismes – le judaïsme, religion du particulier ethnique, demeurant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kippa… ; et le bouddhisme totalement en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais tenté d’en appeler à la stricte laïcité « à la française », selon la loi de 1905, comme solution susceptible d’apaiser les conflits : pas de signes religieux (disons ostentatoires) dans l’espace public. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des religions par rapport aux mœurs demeurent relatives, récentes et fragiles – voir la réaction du mouvement Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne parler que de la France ! Donc préférer la Laïcité pour tous afin que les vaches soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musulmanes de se voir exclues totalement de l’espace public, et des plages en particulier. À elles alors de se rebeller, y compris et peut-être d’abord contre leurs dominateurs mâles, obsédés sexuels travaillés par un appareil religieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servitude, lequel relevant de la sphère privée, loin de tout prosélytisme au service d’une négation de la vie et du droit à l’épanouissement de tout individu, homme, femme, enfant.

Je reconnais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut toujours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste parvenues à se libérer, ou même partiellement. C’est qu’il leur a fallu se battre. Tandis que leurs droits durement acquis sont parfois remis en cause – le plus souvent sous la pression religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et continuent de le faire, en avant-gardes minoritaires, trop souvent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuellement en Iran, avec cette campagne appuyée par des photos où des hommes apparaissent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « chapeau ! »

––––

Comment ne pas apprécier ce billet de Sophia Aram, lundi sur France inter. Indispensable, courageuse, pétillante Sophia – la sage iconoclaste. Mais "grotesque", cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dramaturge allemand nazi, la citation exacte : « Quand j'entends parler de culture... je relâche la sécurité de mon Browning ! »
  2. Parmi ces maires, celui de Villeneuve-Loubet (06), Lionnel Luca, favorable au rétablissement de la peine de mort… convaincu du rôle positif de la colonisation. Sympa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flambant-flambard, revirginisé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occupation illicite de place sera immédiatement empêchée, et les zadistes seront renvoyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une manifestation à laquelle ils auraient appelé, les syndicalistes devront régler les dommages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle religion, dans le fil de l’Histoire, pourrait se dédouaner de tout extrémisme violent ?
  5. Citation attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédicateur, 1627-1704.
  6. Je ne souhaite pas ici déborder sur la controverse autour du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, paru en 1997.

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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