On n'est pas des moutons

Afrique(s)

Égypte. Moubarak tenté par le coup des « Frères musulmans »

Ils ne portent plus tous leurs barbes farouches mais plu­tôt des jeans. Reloo­kés, les Frères musul­mans se sont fait tout beaux tout propres pour res­sor­tir au grand jour sur la place de la Libé­ra­tion (place Tah­rir). Tout comme ils se sont fon­dus dans le pay­sage poli­tique égyp­tien depuis que Mou­ba­rak en avait fait ses bêtes noires. « Inves­tis » dans le cari­ta­tif, selon une pra­tique très cou­rue par les agents des reli­gions et même des cha­pelles poli­tiques, une frange de ces fran­gins se dit aujourd’hui prête au pouvoir.

Habile – et ultime ? – manœuvre de Mou­ba­rak, celui-​ci pro­pose le négoce stra­té­gique avec les plus pré­sen­tables de ses enne­mis de tou­jours. Si ça marche, il s’en sort à moindres frais et peut-​être même avec béné­fice à court terme : celui d’avoir évité le chaos au peuple qui, sait-​on jamais, pourra lui en être recon­nais­sant. Il s’agit du « bon peuple », celui des illet­trés, sinon anal­pha­bètes, qui com­pose la majo­rité du peuple égyp­tien – à la dif­fé­rence de la Tuni­sie. À la dif­fé­rence aussi des jeunes Égyp­tiens issus des classes moyennes et de la bour­geoi­sie, cette majo­rité de la popu­la­tion demeure très sen­sible aux pré­di­ca­teurs d’Allah, prompts à leur garan­tir le para­dis céleste plu­tôt que la jus­tice ici-​bas.

Pen­dant les légis­la­tives de novembre 2005. Ici à Giseh. © Ph .gp

Dans une inter­view accor­dée à « L’Humanité », Éric Rou­leau – jour­na­liste né en Égypte, écri­vain, ancien ambas­sa­deur et spé­cia­liste du Moyen-​Orient –, apporte d’intéressantes pré­ci­sions sur ces Frères musulmans :

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Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chasse l’autre, il ne fau­drait pas que, sur la scène et dans l’opinion inter­na­tio­nales, la révo­lu­tion égyp­tienne chasse la tuni­sienne pour laquelle il reste tant à accom­plir. Les Tuni­siens en sont pour la plu­part bien conscients, en par­ti­cu­lier quand ils affirment haut et fort : « Le dic­ta­teur est parti mais la dic­ta­ture est tou­jours là. » C’est ce que sou­ligne le Col­lec­tif pour les liber­tés et la démo­cra­tie en Tuni­sie* dans l’appel ci-​dessous :

Salle comble et effer­ves­cente mer­credi à Aix-​en-​Provence pour la réunion de sou­tien à la révo­lu­tion tuni­sienne. Ph. gp

« L’année 2011 res­tera dans l’histoire comme celle de la for­mi­dable révo­lu­tion popu­laire tuni­sienne. Pour la pre­mière fois un dic­ta­teur est contraint par son peuple de s’enfuir. Cette vic­toire des masses popu­laires de Tuni­sie est por­teuse d’un espoir immense pour tous les peuples oppri­més. Elle montre la voie et annonce de nou­velles révoltes popu­laires dans le monde arabe et afri­cain et dans toute l’Afrique. Par­tout les tyrans tremblent et ont peur que leurs peuples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Déclaration de soutien au peuple égyptien. Signature en ligne

L’ONG état­su­nienne Avaaz​.org a lancé un mou­ve­ment de soli­da­rité avec le peuple égyp­tien qui se sou­lève pour la liberté, les droits fon­da­men­taux et la démo­cra­tie. On peut signer en ligne une décla­ra­tion de sou­tien qui « réclame la liberté, le res­pect des droits fon­da­men­taux, la fin de la répres­sion et du bla­ckout sur inter­net, et une réforme démo­cra­tique immé­diate. » » Nous appe­lons nos gou­ver­ne­ments à expri­mer avec nous leur soli­da­rité envers le peuple égyp­tien », ajoute aussi la déclaration.

On peut signer là : https://​secure​.avaaz​.org/​f​r​/​d​e​m​o​c​r​a​c​y​_​f​o​r​_​e​g​y​p​t​_​f​r​/​?​c​l​=​9​3​4​3​0​6​0​2​0​&​a​m​p​;​v​=​8​335

Avaaz​.org est une orga­ni­sa­tion non-​gouvernementale état­su­nienne basée à New York. Elle a été fon­dée par le Britannico-​Canadien Ricken Patel en 2006, afin de regrou­per « des citoyens du monde » pour sen­si­bi­li­ser, mener des actions, et faire « face aux nou­veaux défis qui menacent notre ave­nir, tels que les chan­ge­ments cli­ma­tiques et la mon­tée des conflits ». Le nom Avaaz signi­fie « voix » en hindi (आवाज़ āvāz) et en per­san (آواز āwāz) et « son » en urdu (آواز āwāz).

Avaaz​.org a été créé conjoin­te­ment par Res Publica, un groupe de cam­pagnes civiques trans­na­tio­nales, et par MoveOn, un groupe amé­ri­cain de mobi­li­sa­tion sociale sur inter­net. Elle reven­dique plus de 7 mil­lions de membres dans 193 pays en février 2011. Leurs actions se font connaître essen­tiel­le­ment par inter­net, avec la dif­fu­sion de péti­tions par cour­riel ou par réseau­tage social et blogs. En 2008 une de leurs vidéos a été élue meilleure vidéo par les uti­li­sa­teurs de You­tube dans la caté­go­rie poli­tique (voir la vidéo). De plus les nom­breux acti­vistes d’Avaaz sur le ter­rain orga­nisent, avec les dona­tions des inter­nautes, des cam­pagnes publi­ci­taires sur de grandes chaînes amé­ri­caines, des mani­fes­ta­tions non-​violentes à thèmes lors des som­mets du G8, ou encore pro­jettent d’afficher de grands pan­neaux publi­ci­taires dans les rues de Washing­ton, près de la Mai­son Blanche. Encore plus récem­ment les fonds d’Avaaz ont servi à mon­ter des ser­veurs pour évi­ter la cen­sure des réseaux sociaux en Iran. [Source : Wiki­pe­dia]

A voir ci-​dessous la vidéo « Stop­pez ce choc des civi­li­sa­tions » sur Youtube.


Censure au Caire et à France Culture. L’ambassadeur impose ses frontières au géographe

La Terre n’est pas ronde et le Soleil tourne autour d’elle. Je viens d’entendre ça, ou presque, à l’écoute de la radio. Plus sérieu­se­ment : Pla­nète Terre, l’émission scien­ti­fique de France Culture consa­crée le mer­credi à la géo­gra­phie, s’intéressait aujourd’hui à l’Egypte. Sous le titre «  Les ter­ri­toires de la révo­lu­tion au Caire et en Egypte  », l’émission de Syl­vain Kahn avait ainsi défini sa thé­ma­tique aussi per­ti­nente qu’actuelle : « La révo­lu­tion égyp­tienne a d’ores et déjà ses lieux et ses ter­ri­toires. Les villes et quar­tiers où vivent les révol­tés comme ceux qu’ils inves­tissent des­sinent une géo­gra­phie fine et dif­fé­ren­ciée de la révo­lu­tion et de son « peuple ». » Et parmi les invi­tés devait se trou­ver, par télé­phone, Marc Lavergne, géo­graphe du CNRS et déta­ché au Caire depuis 2008. Eh bien non ! Pas ques­tion ! a dit l’ambassadeur de France en inti­mant l’ordre au cher­cheur de la bou­cler, au nom du « devoir de réserve » de tout fonctionnaire !

On croit rêver. On se dit qu’il s’agit sûre­ment d’une méprise, qu’on s’est mélangé les crayons avec un cher­cheur tuni­sien ou égyp­tien empê­ché de par­ler à Radio France – rien que de très attendu alors – par un ambas­sa­deur de Ben Ali ou de Mou­ba­rak, que ça ne concerne pas la Phrance, pays des DDDroits de quoi ? et autres fan­fa­ron­nades ver­beuses pour ministre des affaires étran­gères, etc.

Qu’est-ce donc alors qu’un tel ambas­sa­deur, sinon un pitoyable lar­bin saisi de trouille devant un pré­sident et un gou­ver­ne­ment incon­sis­tants face à des évé­ne­ments historiques ?

A peine venait-​on d’éprouver le flair poli­tique de « notre » ambas­sa­deur à Tunis – éjecté pour n’avoir rien vu venir – que celui-​ci emboîte le pas, main sur la cou­ture du pan­ta­lon diplo­ma­tique. Devoir de réserve contre abus de pou­voir, on aime­rait connaître ses expli­ca­tions, sa concep­tion de la géo­gra­phie et de l’agitation géo­po­li­tique… Et savoir en pas­sant où il se situe entre science et con-​science…

Mais, dira-​t-​on à leur décharge, ils ont des excuses les ambas­sa­deurs : le gou­ver­ne­ment qu’ils repré­sentent n’a plus de « poli­tique arabe ». A-​t-​il d’ailleurs une poli­tique étran­gère ? Ou seule­ment quelques inté­rêts exo­tiques plus ou moins bien compris ?


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pou­vait en dou­ter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révo­lu­tion tuni­sienne : la « bourde » de la ministre des affaires étran­gères n’en était pas une. Cette pro-​position était bien celle, déci­dée et assu­mée à l’Élysée comme à Mati­gnon : celle de venir en aide directe à un régime et à un pré­sident amis.

Les plus scep­tiques, s’il en res­tait, auront pu être convain­cus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tor­dus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Saz­kozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pen­sant, comme dans les bulles savon­neuses de BD « Quelle mer­dasse, com­ment m’en sor­tir ? »…

Ainsi appa­raît une fois de plus – notam­ment après le trop fameux dis­cours de Dakar – la vraie nature du sar­ko­zysme. A la fois comme poli­tique à dupli­cité per­ma­nente (refrain « droits de l’homme » et cou­plet don­neur de leçon ; ingé­rence et non-​ingérence ; bref : gran­deur du bara­tin et déca­dence de l’action) et comme vraie nature : une poli­tique auto­ri­taire sur fond répres­sif dif­fi­ci­le­ment dis­si­mulé. Car ce « savoir-​faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécu­rité [pour] régler des situa­tions sécu­ri­taires de ce type » [sic Mme Alliot-​Marie, 12 jan­vier 2011], ne dou­tons pas, hélas, de sa fonc­tion pre­mière : son uti­li­sa­tion « sécu­ri­taire » hors expor­ta­tion, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oli­gar­chie constitutionnelle.


Henri Guaino
envoyé par fran­cein­ter. - L’info inter­na­tio­nale vidéo.


Ce que nous dit aussi la révolution tunisienne

Comme pour l’avenir, on ne sait pré­dire les révo­lu­tions. Au mieux peut-​on les pres­sen­tir par quelques signes avant-​coureurs, quelques alertes. La tuni­sienne nous aura bien pris de court. Tel­le­ment qu’elle n’en finit pas de nous inter­ro­ger sur notre aveu­gle­ment géné­ral, ainsi que sur celui des ana­lystes plus ou moins paten­tés. Sa sur­ve­nue nous inter­pelle, comme on dit, en ce sens tout par­ti­cu­lier qu’elle indique la fra­gi­lité de ce qu’on prend faci­le­ment pour des « équi­libres » socio-​politiques.

Dessin-​édito de faber ©

Un demi-​siècle de post-​colonialisme – avec ce qui pré­cède donc –, n’aura guère résisté à cet embra­se­ment à domi­nante paci­fique et à si haute déter­mi­na­tion qu’une dic­ta­ture se sera effon­drée en moins d’un mois. Et c’est bien ce carac­tère appa­rem­ment spon­tané, aux causes quasi mys­té­rieuses – vu de cet aveu­gle­ment sourd des « élites » – qui ne cesse d’inquiéter toute la sphère poli­tique, au plan mon­dial d’ailleurs, par­tout où pré­do­minent le néo-​impérialisme de la macro-​économie et de la finance en folie. Quand « un » direc­teur du FMI, grand oracle à pré­ten­tion pon­ti­fiante, décerne à la Tuni­sie son bre­vet de « bonne santé », c’est bien à cause d’une vision autis­te­ment « macro » (c’est ten­tant : com­ment ne pas pen­ser « maque­reau de la finance » ?).

Quand Domi­nique Strauss-​Kahn voit en la Tuni­sie « un modèle pour les pays émer­gents », il ne dis­tingue pas plus loin que son écran d’ordinateur, c’est-à-dire le bout de son nez [à TV7-​Tunisie, 18 novembre 2008]. Pas plus que la carte n’est le ter­ri­toire, les sta­tis­tiques ne reflètent la réa­lité vécue du quo­ti­dien des pauvres gens. D’ailleurs les chiffres les ignorent super­be­ment, ne consi­dé­rant sous leurs courbes et tableaux que flux, ten­dances et com­pa­gnie. De ce seul point de vue, la mort par le déses­poir et le feu du jeune Moha­med Boua­zizi n’aurait jamais dû croi­ser la courbe expo­nen­tielle de crois­sance des clans Ben Ali-​Trabelsi. C’est ce qu’on appelle un « acci­dent » de l’Histoire – qui en est pleine, de ces accidents…

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Tunisie. De l’inconvénient d’avoir raté le train de la révolution

La révo­lu­tion comme un coup de foudre. Ne pas s’y brû­ler les ailes. S’être pré­muni de ses illu­sions pour en jouir au bon moment. Et puis pas­ser à la durée, au dur désir de durer. Je parle bien sûr de la Tuni­sie qui aura sur­pris tout un cha­cun. Qui en aura dépité quelques autres, certes. Comme notre grand oracle du FMI pré­di­sant le plus bel ave­nir au royaume de Ben Ali tout en rêvant de gou­ver­ner le pays France. Mau­vaise pioche. En quoi il ne suf­fit pas d’avoir des airs ins­pi­rés pour être super ana­lyste. Car ces gens, que savent-​ils de la souf­france des peuples ? Rien.

Je pense aussi, bien sûr, à notre petit empe­reur d’opérette, même pas comique, lamen­table, rece­vant les clés de la ville de Tunis et ne taris­sant de facé­ties élo­gieuses à l’adresse de son émir ami.

Je pense à la ci-​devant Michèle Alliot-​Marie dite « MAM », des affaires si étran­gères, tout emper­ru­quée et si empres­sée de secou­rir – selon le « savoir-​faire » des agents de notre Répu­blique – son monarque étran­ger dans la débine. Je pense donc aux Juppé et Fillon condam­nés à sou­te­nir leur bre­bis éga­rée au quai d’Orsay.

Je pense aussi au Mit­ter­rand, l’autre, esti­mant – le 9 jan­vier 2011 – en tou­riste de la culture, que “Dire [de la] Tuni­sie [qu’elle] est une dic­ta­ture uni­voque me paraît tout à fait exagéré“.

Je ne sau­rais oublier le bon Jacques Chi­rac, pré­sident de notre même Répu­blique, man­quant en 2003 d’étouffer son ami Ben, qui il étreint d’une vigou­reuse acco­lade, avant de décla­rer : “Le pre­mier des droits de l’homme est de man­ger, d’être soi­gné et de rece­voir une édu­ca­tion. De ce point de vue, il faut bien recon­naître que la Tuni­sie est très en avance”.

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Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Por­trait offi­ciel du direc­teur géné­ral et grand oracle du Fonds moné­taire international.

Pom­pon de « La-​bas si j’y suis » cet après-​midi, tan­dis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la pro­phé­tie de « DSK » pré­di­sant le plus bel ave­nir à la Tuni­sie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le car­to­man­cien du FMI ? Ça craint !

En atten­dant, voyons-​voir ce grand moment de fine ana­lyse économico-politique… Dominique Strauss-​Kahn à TV7-​Tunisie, 18 novembre 2008 (2 mn 12 s) :


Côte-d’Ivoire. On recompte les voix ou on refait le match ?

par Ber­nard Nantet

Alors que les mânes de Jean Hélène, de Guy-​André Kief­fer et d’Albert Zongo planent encore sur les palais pré­si­den­tiels de Laurent Gbagbo à Abid­jan et du men­tor d’Alassane Oua­tara à Oua­ga­dou­gou, les clans locaux et les inté­rêts supra­na­tio­naux qui font le mal­heur de la Côte-d’Ivoire depuis une décen­nie en remettent une couche. Qu’auraient pensé ces trois jour­na­listes, aujourd’hui dis­pa­rus pour avoir voulu lor­gner de trop près les allées nau­séa­bondes des pou­voirs en place, du manque de dis­tance pris par nombre de leurs confrères dans le trai­te­ment des infor­ma­tions sur le sujet ?

Parions que le temps, les évé­ne­ments, les polé­miques fai­sant leurs œuvre, la Côte d’Ivoire ne devienne, comme le Rwanda, un de ces sujets sur les­quels, à trop se pas­sion­ner et à s’investir, on ne puisse plus reve­nir sur des enga­ge­ments trop lapi­daires… ou un fonds de com­merce trop ren­table. (Où sont pas­sés les thu­ri­fé­raires et les com­mu­ni­cants de Kagamé face aux quatre mil­lions de morts du Kivu ? ).

Laurent Gbagbo, en 2007. Ph. Wikipedia

Un una­ni­misme éton­nant fai­sant de Gbagbo un hor­rible dic­ta­teur refu­sant de lais­ser la place à un vain­queur démo­cra­ti­que­ment élu a de quoi cho­quer, mais pose un pro­blème élé­men­taire. Pour­quoi ce ver­tueux pru­rit démo­cra­tique de Washing­ton, Paris, Bruxelles, de l’ONU, alors que des élec­tions récentes (Égypte, Bur­kina, Tuni­sie, etc) ont porté au pou­voir des majo­ri­tés attei­gnant des scores à la sovié­tique ou qu’ailleurs, des réformes consti­tu­tion­nelles per­mettent de faire per­du­rer indé­fi­ni­ment des pré­si­dents inamovibles ?

Alas­sane Ouat­tara en 2002. Ph. Wikipedia

Comme Kagamé, qui a fait ses classes à Fort Lea­ven­worth (USA), centre doc­tri­naire de l’armée amé­ri­caine, Ouat­tara, enfant chéri du FMI à l’anagramme (« ADO » pour Alas­sane Dra­mane Ouat­tara) qui ne s’invente pas, fait par­tie de cette nou­velle stra­té­gie d’après guerre froide visant à s’appuyer sur de nou­veaux diri­geants déta­chés des colo­ni­sa­teurs du passé. (Hou ! la vilaine Fran­ça­frique, tarte à la crème ser­vie à grandes lou­chées et des­ti­née à faire oublier ces nou­veaux arri­vants et leurs maîtres à pen­ser de la finance mondialisée !)

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Tunisie. Fortes tensions sociales et brutalités policières

La Tuni­sie est en proie à de graves ten­sions sociales pro­vo­quant des mani­fes­ta­tions et une répres­sion poli­cière des plus bru­tales. Un récit nous en est fourni par la Fédé­ra­tion des Tuni­siens pour une Citoyen­neté des deux Rives (FTCR), qui regroupe en France des Tuni­siens oppo­sés au régime de Ben Ali. De son côté, la télé­vi­sion qua­ta­rie El Jazira a lar­ge­ment rendu compte de ces évé­ne­ments comme le montre l’extrait ci-​dessous/​

« Le mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion s’est déclen­ché à Sidi Bou­zid le ven­dredi 17 décembre après qu’un jeune chô­meur, ven­deur ambu­lant de fruits et légumes, s’est immolé par le feu. Il venait d’être délogé du trot­toir par des poli­ciers. Ainsi a-​t-​il voulu signi­fier qu’il ne lui res­tait aucun espoir pour vivre dans la Tuni­sie des « miracles » éco­no­miques, dont le résul­tat est un chô­mage endé­mique qui touche aujourd’hui en par­ti­cu­lier la jeu­nesse, sans épar­gner aucu­ne­ment les titu­laires d’un diplôme supérieur.

« A par­tir de ce moment, ce sont d’importantes mani­fes­ta­tions de jeunes chô­meurs, de pré­caires et de tra­vailleurs qui sont des­cen­dues dans la rue. De nom­breuses villes des alen­tours de Sidi Bou­zid ont rejoint le mou­ve­ment dans un pre­mier temps, puis des villes du nord au sud du pays jusque la capi­tale, Tunis, ont donné à ce mou­ve­ment un carac­tère de ras-​le-​bol géné­ra­lisé contre le chô­mage, la cherté de la vie, la cor­rup­tion, l’injustice des poli­tiques sociales et éco­no­miques qui s’est éten­due à toutes les régions de la Tunisie. Les slo­gans les plus répan­dus y mettent en cause direc­te­ment les choix poli­tiques fon­da­men­taux du pou­voir et de l’administration.

« Le régime tuni­sien dans une atti­tude carac­té­ri­sée par l’autisme a refusé d’entendre ces cris de déses­poir. Sa seule réponse à ce mou­ve­ment paci­fique dans un pre­mier temps a été l’utilisation des forces de répres­sion. Il en est résulté la mort par balles d’un jeune de 18 ans, et de nom­breux bles­sés. (Lire la suite…)


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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