Ils ne portent plus tous leurs barbes farouches mais plutôt des jeans. Relookés, les Frères musulmans se sont fait tout beaux tout propres pour ressortir au grand jour sur la place de la Libération (place Tahrir). Tout comme ils se sont fondus dans le paysage politique égyptien depuis que Moubarak en avait fait ses bêtes noires. « Investis » dans le caritatif, selon une pratique très courue par les agents des religions et même des chapelles politiques, une frange de ces frangins se dit aujourd’hui prête au pouvoir.
Habile – et ultime ? – manœuvre de Moubarak, celui-ci propose le négoce stratégique avec les plus présentables de ses ennemis de toujours. Si ça marche, il s’en sort à moindres frais et peut-être même avec bénéfice à court terme : celui d’avoir évité le chaos au peuple qui, sait-on jamais, pourra lui en être reconnaissant. Il s’agit du « bon peuple », celui des illettrés, sinon analphabètes, qui compose la majorité du peuple égyptien – à la différence de la Tunisie. À la différence aussi des jeunes Égyptiens issus des classes moyennes et de la bourgeoisie, cette majorité de la population demeure très sensible aux prédicateurs d’Allah, prompts à leur garantir le paradis céleste plutôt que la justice ici-bas.
Dans une interview accordée à « L’Humanité », Éric Rouleau – journaliste né en Égypte, écrivain, ancien ambassadeur et spécialiste du Moyen-Orient –, apporte d’intéressantes précisions sur ces Frères musulmans :










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