On n'est pas des moutons

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Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du "Collectif"Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par " la droite et l'extrême droite ", l'auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s'embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l'essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d'une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l'islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l'a défendu, L'Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L'Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : "Il faut dire qu'il y a un... par franceinter


Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et « la mort de l’Arabe »

Kamel Daoud, jour­na­lis­te et écri­vain algé­rien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui cou­rent. Et pour de bon­ne rai­sons, com­me je l’ai sou­li­gné ici-même à pro­pos de ses ana­ly­ses et cou­ra­geu­ses pri­ses de posi­tion concer­nant l’islamisme – qu’il qua­li­fie de « por­no-isla­mis­me » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, contre-enquê­te [Éd. Bar­za­kh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Gon­court du pre­mier roman. C’est sur cet ouvra­ge que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­tra­le qui en a été réa­li­sée par Phi­lip­pe Ber­ling, du Théâ­tre Liber­té à Tou­lon, sous le titre Meur­saults – avec un s plu­riel et énig­ma­ti­que – et dont cinq repré­sen­ta­tions ont été don­nées à Mar­seille*.

Le roman, et donc la piè­ce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs éga­le­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matiè­re » de L’Étranger et en par­ti­cu­lier l’acte cen­tral du roman, le meur­tre de l’Arabe par Meur­sault. Le dra­me et ses consé­quen­ces, on va les revi­vre dans le regard incon­so­lé de Haroun, le frè­re de Mous­sa, la vic­ti­me.

Ce ren­ver­se­ment de point de vue n’exclut nul­le­ment le thè­me de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trou­ve quand même détour­né : quand Haroun tue à son tour un Fran­çais, il intro­duit dans son ges­te le poi­son de la ven­gean­ce – de fait racia­le, sinon racis­te – et, du coup, celui de la pré­mé­di­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meur­tre « inex­pli­ca­ble », qua­si­ment gra­tuit en quel­que sor­te, mais d’un assas­si­nat. La « nuan­ce » n’est pas que juri­di­que, elle rejoint davan­ta­ge le sor­di­de d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en res­te pas là, don­nant à son per­son­na­ge sa dimen­sion réel­le­ment tra­gi­que. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la piè­ce.

meursaults

Ph. d.r.

La scè­ne se situe au len­de­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans dou­te aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux por­tes, un citron­nier, un ren­fle­ment de ter­re dont on sau­ra qu’il s’agit d’une tom­be. Elle, c’est la mère, muet­te, qui chan­ton­ne ou pous­se des cris de déchi­re­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­lo­gue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­lo­gue char­gé com­me une confes­sion : confi­den­ces, aveux, cris de révol­te irré­pres­si­ble. Haroun : « Un souf­fle rau­que tra­ver­se ma mémoi­re, tan­dis que le mon­de se tait. » Aus­si se sai­sit-il de la paro­le pour ne plus la lâcher, dans une lan­gue qui – il le sou­li­gne – lui a été impo­sée, mais dont il aime se ser­vir à des­sein. C’est cel­le du meur­trier de son frè­re, cel­le aus­si de sa vic­ti­me expia­tri­ce qui gît là, sous le citron­nier char­gé de fruits. Absur­di­té enco­re qui oppo­se la vie et la mort. Des ima­ges nais­sent sur les murs de tor­chis blanc, fan­to­ma­ti­ques por­traits du frè­re et de la bien-aimée, écrans de la mémoi­re écor­chée où les appels à la vie s’abîment contre les atro­ci­tés de la guer­re.

Mas­troian­ni sur le tour­na­ge de L’étranger
24 février 1967- 6min 53s

Scè­nes de tour­na­ge du film. Emma­nuel Robles com­men­te les ima­ges. Mas­troian­ni par­le du per­son­na­ge de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tour­ne les scè­nes de la condam­na­tion de Meur­sault et expli­que ce qui l’a atti­ré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tour­ne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La pro­pre mère de l’écrivain – pres­que sour­de, elle, et si peu par­lan­te éga­le­ment ; son frè­re mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus enco­re quand Haroun, l’Algérien, se pré­sen­te com­me « ni col­la­bo, ni moud­ja­hi­din ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sor­te d’Algé­rie fran­co-algé­rien­ne, com­me une fédé­ra­tion des cœurs pour la paix. Uto­pie ? Les idéo­lo­gies, en tout cas, n’en vou­lu­rent rien savoir – sur­tout pas ! –, leur oppo­sant la vio­len­ce, la mort.

Dans ce tex­te, on retrou­ve aus­si du Camus de Noces et des exta­ses de Tipa­sa, son appel à la jouis­san­ce de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fata­li­té de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cet­te nos­tal­gie des (courts) len­de­mains de guer­re et des pos­si­bles, « quand on pou­vait s’enlacer en public, pas com­me aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâ­tre por­té par deux beaux comé­diens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scè­ne, acteur et ancien direc­teur de théâ­tre algé­rien ; Anna Andreot­ti, comé­dien­ne et chan­teu­se ita­lien­ne. La tou­che de vidéo dans le décor est par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie, tan­dis qu’une lumiè­re moins froi­de aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tan­ce dra­ma­tur­gi­que, chez Camus com­me chez Daoud.

Une tour­née est annon­cée dans les Cen­tres cultu­rels fran­çais d’Algérie, jus­te retour aux sour­ces, dans une his­toi­re tou­jours inache­vée. En fait, deux his­toi­res mêlées que pro­lon­ge cet­te piè­ce dans laquel­le le met­teur en scè­ne, Phi­lip­pe Ber­ling, veut voir « la riches­se du post colo­nia­lis­me ».

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Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en Fran­ce depuis une ving­tai­ne d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­lis­te, il publie abon­dam­ment dans des médias ara­bes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phè­te, islam et isla­mis­me sont syno­ny­mes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­pho­nes qu’en Fran­ce… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam expli­que pour­quoi et nous livre son regard sur le mon­de ara­be et l’Algérie. Pes­si­mis­te, iro­ni­que et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvra­ge est titré Isla­mis­me: com­ment l’Occident creu­se sa tom­be.

Inter­view  par Mireille Val­let­te, du site suis­se LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays ara­bes, jamais je ne pour­rais l’écrire en Fran­ce. Même si en prin­ci­pe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­dui­re du fran­çais en ara­be un livre sur l’origine du mon­de qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de racis­te. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de racis­te.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écri­re qu’il n’y a pas de dif­fé­ren­ce entre islam et isla­mis­me, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mi­que. Pas en Fran­ce ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au ris­que d’ennuis judi­cai­res… Valls, lorsqu’il par­le des dji­ha­dis­tes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cu­le ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­pho­ne. Ce sont des inter­views de fem­mes ara­bes rebel­les, dont Wafa Sul­tan et des fem­mes enco­re plus radi­ca­les. J’en ferai un livre en ara­be inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une hon­te », en réfé­ren­ce à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veu­lent croi­re les Occi­den­taux, ce n’est pas la misè­re et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­lai­re, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lors­que l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaî­tre l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gris­tes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bon­ne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les tex­tes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mi­se, c’est l’offre qui crée la deman­de. Je regar­de par­fois des émis­sions sur des TV algé­rien­nes. L’autre jour, je tom­be sur des ques­tions-répon­ses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­lis­te de l’islam. Une fem­me dit : j’ai des pro­blè­mes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas jus­te.Et lui répond : pour plai­re à Allah, tu dois sui­vre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nes­se du mon­de ara­be repré­sen­te un espoir ?

– Non, la jeu­nes­se du mon­de ara­be ne chan­ge pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabri­que des inté­gris­tes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lors­que tu trai­tes de l’Etat par exem­ple, le pro­gram­me t’oblige à fai­re la lis­te des méfaits et des avan­ta­ges du capi­ta­lis­me et du socia­lis­me, puis à fai­re la syn­thè­se et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mi­que. Les jeu­nes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sa­ge à la pra­ti­que.

• Mais les pré­cep­tes, par exem­ple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévè­res. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mi­que, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus for­te. C’est une vas­te hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des fem­mes et des hom­mes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu pres­que clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­lop­pe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sor­te d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix socia­le et rap­pel­lent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­ris­me des années 90. Pour l’instant, ça mar­che. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régi­me peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la fami­ne… jusqu’à ce que la man­ne pétro­liè­re soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres for­mes d’énergie. Le pro­blè­me de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétro­le. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­di­te ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phi­que ?

– Les bâti­ments enva­his­sent tout, on ne ces­se de construi­re. Si ça conti­nue com­me ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les auto­rou­tes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famil­le, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le mon­de ara­be. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une éli­te laï­que très bien for­mée et sa résis­tan­ce à la pres­sion reli­gieu­se est extra­or­di­nai­re ! Je les admi­re ! Ces Tuni­siens défen­dent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­ti­le.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­gean­te du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?


Affrontements meurtriers au Sahara occidental. La lutte sans fin des Sahraouis contre l’occupation marocaine

Saha­ra occi­den­tal. Une ter­re sans nom, un peu­ple sans pays. Une sor­te de Pales­ti­ne afri­cai­ne. Mais enfouie sous la cha­pe du silen­ce des sables, qui se sou­lè­ve, com­me ces jours-ci, à l’occasion d’un dra­me aux – modes­tes – réper­cus­sions média­ti­ques : l’assaut des for­ces poli­ciè­res et mili­tai­res maro­cai­nes le 8 novem­bre contre le camp d’Agdim Izik, où plu­sieurs mil­liers de Sah­raouis s’étaient ins­tal­lés depuis le 10 octo­bre pour pro­tes­ter contre leurs condi­tions de vie. Le déman­tè­le­ment du cam­pe­ment par les for­ces maro­cai­nes a déclen­ché les affron­te­ments. Selon les auto­ri­tés maro­cai­nes, dou­ze per­son­nes ont péri dans les affron­te­ments – dix mem­bres des for­ces de sécu­ri­té et deux civils ; pour le Poli­sa­rio, tren­te-six Sah­raouis auraient été tués et des cen­tai­nes d’autres bles­sés. Le gou­ver­ne­ment fran­çais, de son côté, a empê­ché le Conseil de sécu­ri­té de l’ONU, réuni le 17 novem­bre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­na­le sur pla­ce.

Le Maroc occu­pe 80% du ter­ri­toi­re, cou­pé par un « mur ». Les affron­te­ments ont eu lieu près d’El Aioun, au nord, près de la fron­tiè­re maro­cai­ne.

Le Saha­ra occi­den­tal (en ara­be : ‫الصحراء الغربية‬) est un ter­ri­toi­re pres­que entiè­re­ment déser­ti­que grand com­me la moi­tié de la Fran­ce (266 000 km²), bor­dé par le Maroc au nord, l’Algérie au nord-est, la Mau­ri­ta­nie à l’est et au sud, tan­dis que sa côte Ouest don­ne sur l’Atlantique. Sa popu­la­tion est esti­mée à 400 000 habi­tants dont plus de 100 000 vivent dans les cam­pe­ments de réfu­giés, à Tin­douf au sud de l’Algérie.

Ter­ri­toi­re non auto­no­me selon l’ONU, cet­te ancien­ne colo­nie espa­gno­le n’a tou­jours pas trou­vé de sta­tut défi­ni­tif sur le plan juri­di­que, plus de tren­te ans après le départ des Espa­gnols en 1976. Le Saha­ra occi­den­tal est en proie à un conflit oppo­sant les indé­pen­dan­tis­tes sah­raouis au Maroc qui reven­di­que sa sou­ve­rai­ne­té sur l’ensemble du ter­ri­toi­re. Deve­nu un enjeu glo­bal illus­trant la riva­li­té entre le Maroc et l’Algérie, le dos­sier saha­rien blo­que la construc­tion de l’Union du Magh­reb ara­be (UMA).

Le ter­ri­toi­re est donc reven­di­qué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Saha­ra maro­cain » — et par la Répu­bli­que ara­be sah­raouie démo­cra­ti­que (RASD), fon­dée par le Front Poli­sa­rio en 1976. Depuis le ces­sez-le-feu de 1991, le Maroc contrô­le et admi­nis­tre envi­ron 80 % du ter­ri­toi­re, tan­dis que le Front Poli­sa­rio en contrô­le 20% lais­sés par le Maroc der­riè­re une lon­gue cein­tu­re de sécu­ri­té, le « mur maro­cain ». [Sour­ce : Wiki­pe­dia].

En Fran­ce, un col­lec­tif s’est consti­tué pour dénon­cer les der­niers évé­ne­ments et la répres­sion des for­ces maro­cai­nes et appe­ler à la soli­da­ri­té. Extraits de son com­mu­ni­qué :

« Les mai­sons sah­raouies sont per­qui­si­tion­nées et détrui­tes, des cen­tai­nes de Sah­raouis sont arrê­tés, tabas­sés et tor­tu­rés. Le bilan s’alourdit de jour en jour: des bles­sés meu­rent fau­te de soins, de nou­veaux cada­vres sont retrou­vés et on comp­te des cen­tai­nes dis­pa­rus. Plus de 400 mili­tants sah­raouis sont déte­nus […].

« […] Le Maroc fil­tre l’accès des jour­na­lis­tes et obser­va­teurs inter­na­tio­naux au Saha­ra occi­den­tal. Il don­ne des infor­ma­tions men­son­gè­res et pour­suit une inten­se cam­pa­gne de pro­pa­gan­de dans les médias pour déna­tu­rer la lut­te du peu­ple sah­raoui. Il a reçu le sou­tien du gou­ver­ne­ment fran­çais qui a empê­ché le Conseil de sécu­ri­té de l’ONU, réuni le 17 novem­bre, d’envoyer une mis­sion d’enquête inter­na­tio­na­le sur pla­ce.

« […] Nous appe­lons à inter­ve­nir auprès des élus, à signer la péti­tion sur http://www.cyberacteurs.org/actions/index.php et à par­ti­ci­per à un ras­sem­ble­ment de sou­tien ce same­di 20 novem­bre de 15h à 18h, espla­na­de des Droits de l’homme, pla­ce du Tro­ca­dé­ro à Paris. »


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeû­ne pen­dant le rama­dan, Hoci­ne Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­nai­res d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizai­ne d’autres cas sem­bla­bles se sont éga­le­ment pro­duits en Kaby­lie.

Sur­pris en train de boi­re de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensui­te par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tien­ne, incar­nent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­ta­les en Algé­rie.

Une chaî­ne de sou­tien inter­na­tio­na­le s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racis­me, une ONG suis­se, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pac­te inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­ti­ques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matiè­re reli­gieu­se, demeu­re une cala­mi­té mon­dia­le. Tan­dis que la tolé­ran­ce poli­ti­que, para­doxa­le­ment, com­me aux Etats-Unis, conduit au déli­re spec­ta­cu­lai­re le pas­teur Ter­ry Jones et son grou­pe inté­gris­te de « brû­leurs de Coran », en Flo­ri­de. Ce fléau est aus­si vieux que le mon­de des croyan­ces exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoi­re, la com­bien emblé­ma­ti­que affai­re du che­va­lier de la Bar­re, ce jeu­ne hom­me mort dans les plus atro­ces tor­tu­res. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sa­ge d’une pro­ces­sion reli­gieu­se. Ça s’est pas­sé à Abbe­vil­le, en 1766 [affai­re évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeu­nes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affai­res. Has­san Moa­li s’indigne en ces ter­mes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en dou­te, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­ran­ce, abs­trac­tion fai­te des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fes­se avec for­ce «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrain­te» (La Ikra­ha Fi Eddi­ne). Un fidè­le ou un infi­dè­le n’a de comp­te à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on deman­de de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breu­ses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, tel­les cel­le-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dè­re que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrê­tent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucu­ne reli­gion mais j’ai hor­reur des hypo­cri­tes.

« En tout j’en suis convain­cu d’une cho­se, si vrai­ment le bon dieu exis­te donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­cri­tes, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la priè­re que pour l’image ou jus­te par­ce que on leur a pro­mis le para­dis ou par­ce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscien­ce tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucu­ne.

« J’en ai plus que mar­re de cet­te into­lé­ran­ce, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pec­te la liber­té indi­vi­duel­le et tou­tes croyan­ces.

« Lais­ser nous vivre com­me on veut chez nous. »


Algérie. Deux mois de prison pour deux journalistes d’El Watan

Le direc­teur d’El Watan (La Patrie), Omar Bel­hou­chet, et un chro­ni­queur, Chaw­ki Ama­ri, vien­nent d’être condam­nés à deux mois de pri­son fer­me à Alger.

Cet­te condam­na­tion, en deuxiè­me ins­tan­ce, por­te sur un billet sati­ri­que publié par le quo­ti­dien et met­tant en cau­se le wali (pré­fet) de Jijel. Une péti­tion cir­cu­le pour dénon­cer «[…] la jus­ti­ce [qui] appa­raît com­me une arme venant s’ajouter à beau­coup d’autres mises entre les mains du pou­voir exé­cu­tif. Elle est uti­li­sée de maniè­re effi­ca­ce seule­ment quand elle s’attaque aux droits fon­da­men­taux des citoyens de s’exprimer et de s’organiser libre­ment. Elle appa­raît com­me un ins­tru­ment par­mi d’autres, mis à la dis­po­si­tion du gou­ver­ne­ment avec pour voca­tion spé­ci­fi­que le déman­tè­le­ment de tou­te for­me d’organisation auto­no­me ou tou­te sor­te de contre-pou­voir.
Ain­si, depuis des décen­nies, se déve­lop­pe une jus­ti­ce aux limi­tes de la léga­li­té ou car­ré­ment hors de la léga­li­té.
»
On peut signer cet­te péi­ti­tion en envoyant ses coor­don­nées à : editions.barzakh@gmail.com


Algérie. Deux journalistes d’El Watan condamnés à deux mois de prison

Omar Bel­hou­chet, direc­teur de publi­ca­tion d” »El Watan », et son chro­ni­queur Chaw­ki Ama­ri ont été condam­nés, le 27 mai 2007, à deux mois de pri­son fer­me et à ver­ser une amen­de d’un mil­lion de dinars (plus de 10 000 euros).

Joint par Repor­ters sans fron­tiè­res, leur avo­cat, Me Zou­beir Sou­da­ni, a sou­le­vé de nom­breu­ses irré­gu­la­ri­tés de pro­cé­du­re. Il a, par ailleurs, déplo­ré la récen­te déci­sion de la Cour suprê­me d’autoriser le dépôt d’une plain­te aux lieux de dis­tri­bu­tion et non plus seule­ment au lieu de publi­ca­tion des jour­naux.

Les deux jour­na­lis­tes ont fait appel de la déci­sion. En décem­bre 2006, le tri­bu­nal de pre­miè­re ins­tan­ce de Jijel (360 km à l’est d’Alger) les avait condam­nés, par défaut, à trois mois de pri­son sui­te à la plain­te en « dif­fa­ma­tion et outra­ge » dépo­sée par le pré­fet de la vil­le, accu­sé de cor­rup­tion dans les pages du jour­nal quel­ques mois plus tôt. Les deux jour­na­lis­tes, n’ayant pas été infor­més de la plain­te ni convo­qués au tri­bu­nal, ont pu obte­nir un nou­veau juge­ment.


Algérie. Les vieux démons redressent la tête

Elwatan200206
« Le MSP veut s’emparer des mos­quées » titrait hier [20/02/06] en une le quo­ti­dien d’Alger, El Watan : « Les mai­sons de Dieu tom­bent subrep­ti­ce­ment dans les rets des par­tis isla­mis­tes,  écrit le jour­nal, citant des « sour­ces sûres » et pour­sui­vant : «Les par­tis de cet­te obé­dien­ce, notam­ment le Mou­ve­ment de la socié­té pour la paix (HMS, ex-Hamas), ten­tent len­te­ment de fai­re main  bas­se sur les mos­quées qui sont, à leurs yeux, une tri­bu­ne ines­pé­rée pour mener leurs cam­pa­gnes et, à ter­me, pren­dre le pou­voir.»

Dans l’éditorial inti­tu­lé « Les vieux démons », Tayeb Bel­ghi­che est car­ré­ment alar­mis­te :
» Lire l’article


Un journaliste algérien dénonce « La 13e caricature »

« Des enfants cou­rant dans la rue avec des pier­res, des enfants hur­lant la hai­ne à pleins pou­mons, des enfants en rangs mili­tai­res, des adul­tes voci­fé­rant, s’en pre­nant à des ambas­sa­des, brû­lant des dra­peaux, exi­geant la mort des des­si­na­teurs. Voi­là la trei­ziè­me cari­ca­tu­re. Cel­le qui fait le plus de mal aux «musul­mans». Beau­coup plus que les des­sins, bêtes et méchants, dénués de tout talent, des cari­ca­tu­ris­tes danois.»

Dessin_el_watanAin­si com­men­ce, à la une du quo­ti­dien d’Alger El Watan un excel­lent papier de Rémi Yaci­ne, en ce sens notam­ment qu’il tran­che avec les lita­nies en vigueur. Le jour­na­lis­te pour­suit : « La rue musul­ma­ne est ins­tru­men­ta­li­sée. Quel est donc cet uni­vers musul­man inca­pa­ble de répon­dre avec intel­li­gen­ce, mesu­re ? Pour­quoi répon­dre par des fat­was et des prê­ches enflam­més à ce qui n’est qu’un des­sin, un livre, un arti­cle ? Il n’y a que deux démo­cra­ties dans le mon­de musul­man, le Mali et le Séné­gal. Les deux seuls pays épar­gnés par cet­te colè­re. A l’autre extré­mi­té, l’Iran, Etat théo­cra­ti­que, et la Syrie, à l’origine de l’invention de la Répu­bli­que monar­chi­que, ont jeté l’huile sur le feu. En choi­sis­sant la rue au lieu des tri­bu­naux, isla­mis­tes et gou­ver­ne­ments musul­mans ont choi­si de ren­ta­bi­li­ser poli­ti­que­ment l’indignation légi­ti­me de ceux qui en ont été affec­tés. »
Arti­cle aus­si sub­til que cou­ra­geux. On peut le lire en entier sur le site d’El Watan.
Des­sin El Watan


Algérie. Des islamistes font interdire «Star Academy» à la télé nationale

1elwatan070206_1L’affaire des cari­ca­tu­res, fait bom­ber le tor­se aux isla­mis­tes algé­riens. C’est ce que relè­ve le quo­ti­dien d’Alger, El Watan [La Nation] à pro­pos de l’émission «Star Aca­de­my 3», ver­sion liba­nai­se de cel­le de TF1, dont la dif­fu­sion a été sup­pri­mée sur les chaî­nes natio­na­les d’État – sur déci­sion direc­te, sem­ble-t-il, du pré­si­dent Bou­te­fli­ka. Ain­si une émis­sion de varié­tés devient-elle un enjeu de sub­ver­sion poli­ti­que – cel­le-là même qui, en Fran­ce, a pu nour­rir un débat vague­ment cultu­rel… Véri­té en deçà et au delà de la Médi­ter­ra­née…

El Watan mon­te l’affaire à sa une d’hier [ci-contre], où la man­chet­te côtoie un arti­cle sur le mee­ting tenu la veille par le Mou­ve­ment pour la socié­té et la paix (MSP, par­ti dans la coa­li­tion gou­ver­ne­men­ta­le) – mee­ting durant lequel quel­que 2.000 pro­tes­ta­tai­res, ont scan­dé « L’armée de Maho­met revien­dra !  » com­me une lita­nie [dépê­che Reu­ters du 06/02/06].
Sous la signa­tu­re Mad­jid Maked­hi, l’article d’El Watan est des plus expli­ci­tes. On peut le retrou­ver sur le site du jour­nal. Ou sur «c’est pour dire +» en cli­quant ici.


Alger et les caricatures. Ne pas réveiller le diable (5)

Ici, à Alger – du moins dans ses prin­ci­paux jour­naux –, pas une voix en contre­point à l’affaire des cari­ca­tu­res de Maho­met. Ou alors, très en demi-tein­te, et com­me par excep­tion, dans ce billet d’El Watan [04/02/06] où Chaw­ki Ama­ri écrit : «[…] Se mobi­li­ser autour d’un des­sin en oubliant d’autres faits beau­coup plus gra­ves com­me les atten­tats racis­tes en Euro­pe, le colo­nia­lis­me eth­ni­co-reli­gieux d’Israël ou l’islamophobie décla­rée du mon­de blanc est un peu dépla­cé.»

Tout autre est le regis­tre, par exem­ple, dans le quo­ti­dien L’Expression [03/02/06] sous le titre expli­ci­te : «Fana­tis­me démo­cra­ti­que». L’auteur, Ahmed Fat­ta­ni, s’il par­le à pro­pos de la liber­té d’expression d’«un prin­ci­pe sacro-saint», c’est pour le rédui­re aux inté­rêts éco­no­mi­ques. Il ne peut donc être aus­si sacré que l’image du pro­phè­te. Pour­tant, quel­ques lignes plus bas, le jour­na­lis­te relè­ve que le pre­mier minis­tre danois refu­se de «fai­re pas­ser les inté­rêts éco­no­mi­ques de son pays avant la liber­té d’expression». Si ce n’est pas un prin­ci­pe sacré, ça y res­sem­ble, non ? Non !, ren­ché­rit le direc­teur du quo­ti­dien qui conclut : «Au fana­tis­me reli­gieux, les adep­tes du mal vien­nent de conju­guer le fana­tis­me démo­cra­ti­que».

Revoi­là donc le Bien et le Mal éri­gés en seules valeurs humai­nes au nom des croyan­ces, et dans une tota­le confu­sion. Donc, pas un arti­cle pour seule­ment ten­ter un pas de côté, ne serait-ce que sous le ques­tion­ne­ment.

Sans dou­te s’agit-il de ne pas «ten­ter le dia­ble» – qui ne dort que d’un oeil, de ne pas ris­quer la pro­vo­ca­tion. L’Algérie a tou­ché le fond d’un gouf­fre atro­ce dont on ne peut vrai­ment pren­dre la mesu­re que sur pla­ce. Le trau­ma­tis­me demeu­re pré­sent, pal­pa­ble à cha­que détour d’une conver­sa­tion. Ici moins qu’ailleurs il s’agirait de ver­ser de l’acide sur les plaies, tou­jours à vif. La bar­ba­rie, d’ailleurs, n’est pas ren­trée par magie dans la lam­pe d’Aladin. L’Algérie sem­ble para­ly­sée face à son «deuil impos­si­ble», titre du livre de Mau­ri­ce Tarik-Maschi­no.

Mais en pri­vé, il peut en aller autre­ment. Un cou­rant laï­que exis­te, qui se mani­fes­te dans les par­tis de gau­che. Il faut sans dou­te autant de for­ce à un Algé­rien pour affir­mer en public son athéis­me ou son anti-clé­ri­ca­lis­me – si on peut dire, dans la mesu­re où l’islam n’entretient pas de cler­gé au sens occi­den­tal – que pour une Algé­rien­ne reven­di­quant l’égalité de la Fem­me. Mais les deux cas exis­tent – j’en ai ren­con­tré –, ce qui dif­fé­ren­cie l’Algérie de bien d’autres pays isla­mi­ques, quand bien même ils se pré­ten­draient des «Répu­bli­ques isla­mi­ques» – je pen­se notam­ment à la Mau­ri­ta­nie.


Alger. La Casbah et ses plaies ouvertes, à l’image du pays (4)

Pour­sui­te de ma déri­ve vers la Cas­bah [arti­cle pré­cé­dent], désor­mais accom­pa­gné par Samir, ravi de me gui­der. Ave­nue El-Khef­fa­bi, com­me sur les murs de nos vil­les, des pla­ques gra­vées mar­quant la mort de résis­tants. Je pho­to­gra­phie l’une d’elles quand un hom­me vient spon­ta­né­ment me ten­dre la main : « Vous êtes un pro­gres­sis­te, me fait-il dans un lar­ge sou­ri­re, puis­que vous vous inté­res­sez à notre his­toi­re !» S’ensuit sur le trot­toir un bon quart d’heure de conver­sa­tion four­nie, cha­leu­reu­se. Cha­peau jusqu’aux yeux, la soixan­tai­ne, par­lant un fran­çais châ­tié, mon inter­lo­cu­teur invo­que Des­car­tes, Pas­cal… et, sans ména­ge­ment, acca­ble les poli­ti­ciens algé­riens. Samir écou­te, mi-lar­gué mi épa­té. On reprend notre rou­te.

13casbahDevant la sta­tue d’Abd El-Kader, pas­sa­ge hur­lant d’un cor­tè­ge escor­té de motards. La rou­ti­ne ? Ou bien l’effroi qui pro­jet­te quel­ques années en arriè­re, la «décen­nie noi­re» ?  Pas un Algé­rois, pas un Algé­rien qui ne s’en soit remis. Étals d’oranges, de légu­mes et de galet­tes, de frin­gues et de godas­ses pas chè­res. La rue rétré­cit. On se tou­che en fen­dant le flot. Voi­là le mar­ché. Puis les esca­liers étroits… Celui-ci est encom­bré de gra­vats. Une faça­de mena­ce de s’effondrer et débor­de d’ordures. Plus haut, des maçons mon­tent du ciment dans des seaux. Des Afri­cains noirs. Samir trou­ve qu’«il y a beau­coup de Noirs par ici». On mon­te enco­re. Et enco­re des rui­nes. Par­fois des béan­ces ara­sées, entou­rées de pans de mai­sons éven­trées. Plus haut : un petit immeu­ble effon­dré. Des usten­si­les de cui­si­ne sont mélan­gés à la ter­re, aux plan­ches. Ce n’était pas leur mai­son, mais deux hom­mes se trou­vent là, com­me en fac­tion. «C’est arri­vé il y a trois jours, à cau­se de la pluie ; c’est si vieux…  – Qu’est-ce qui va être fait ?  – Rien ! – Des vic­ti­mes ? – Non, ils sont par­tis à temps. – Et les gra­vats, les murs, les per­sien­nes… ça mena­ce de tom­ber ! – Ça va res­ter com­me ça… »

Samir n’est pas très cau­seur, jus­te assez pour l’essentiel. C’est bien. Par­fois, il hési­te sur la venel­le à pren­dre. Pas son quar­tier, n’en mène pas lar­ge. Pour moi, il suf­fit de se lais­ser por­ter. Tiens : un hom­me nous invi­te à entrer chez lui. C’est qu’il est fier de sa mai­son, en fin de réno­va­tion. On le com­prend. Autour d’un patio étroit com­me un puits, des piè­ces som­bres ; un esca­lier rai­de et mas­sif, en bel­le pier­re blan­che, des mar­ches hau­tes de tren­te ou qua­ran­te cen­ti­mè­tres ; deux éta­ges puis la ter­ras­se qui ouvre sur le ciel. La vue don­ne aus­si sur le vieux port et tou­te la Cas­bah. En se pen­chant, on sur­plom­be une par­tie de foot entre jeu­nes du quar­tier ; au moins ils pro­fi­tent des rui­nes.

En 1992, l’Unesco a ins­crit la Cas­bah d’Alger au patri­moi­ne de l’humanité… Un ges­te. Quel­ques tra­vaux ont col­ma­té des brè­ches, annon­çant peut-être une réno­va­tion, un sau­ve­ta­ge… La dégra­da­tion a com­men­cé avec le départ des Turcs, vers 1830 et l’arrivée des colons fran­çais. Peu à peu, le quar­tier a abri­té des fel­lahs chas­sés de leurs ter­res, puis est deve­nu lieu de résis­tan­ce. Der­niers en date, années 90, les affreux bar­bus. C’était une de leurs bases, sans dou­te la prin­ci­pa­le d’Alger.

Z., une fem­me, me racon­te ses soirs de ter­reur, quand elle ren­trait du bou­lot, elle qui a tou­jours refu­sé de por­ter le voi­le ! La peur au ven­tre d’être des­cen­due. « J’ai eu la bara­ka, com­me ma mère aus­si ! Un de mes frè­res avait rejoint le GIA [Grou­pe isla­mis­te armé]. On se dis­pu­tait sans arrêt. Je m’enfermais à dou­ble tour dans ma cham­bre. Je redou­tais qu’il me dénon­ce, ou même qu’il me tue…»

Un imam devant sa mos­quée, une de la dou­zai­ne de la Cas­bah.


Cas­bah
, ça vient du turc ; c’est la for­te­res­se, la cita­del­le. Z. me racon­te le déda­le de pas­sa­ges, de sou­ter­rains : «En sau­tant d’une ter­ras­se à l’autre, on peut ain­si aller de la hau­te Cas­bah à la bas­se Cas­bah. Les inté­gris­tes avaient au moins rete­nu ça de la guer­re d’indépendance ; ils en avaient fait leur base. D’ailleurs les émirs du GIA, c’était des enfants du quar­tier. Je les connais­sais tous… Je les croi­sais en armes, dans leurs ron­des sinis­tres, dès cinq heu­res du soir…» […] «Après un de leurs atten­tats com­mis, l’armée débou­lait, mais c’était sans effet, les autres avaient été pré­ve­nus et s’étaient vola­ti­li­sés !»


Le quar­tier-for­te­res­se comp­te une dou­zai­ne de mos­quées, qui consti­tuaient à l’époque autant de bases isla­mis­tes.  Les imams jugés trop modé­rés furent abat­tus. Aujourd’hui, l’État algé­rien pen­se avoir repris les cho­ses en mains. Les inté­gris­tes ont été chas­sés au pro­fit de «modé­rés» – c’est Z. qui pla­ce des guille­mets ; elle qui ne croit pas à une quel­con­que modé­ra­tion dans ce domai­ne… Mais enfin, les priè­res de rues ont été inter­di­tes, de même que les col­lec­tes d’argent…

Cet­te Cas­bah aujourd’hui enco­re si mal en point. Com­me si la pier­re et la chair des hom­mes n’avaient pas assez souf­fert. Avant eux, années 50 et 60, meur­tris­su­res colo­nia­les, sau­va­ge­ries d’une guer­re où les «évé­ne­ments» ten­taient de mas­quer l’horreur. Je revois des ima­ges de Pépé le Moko (Duvi­vier) et, sur­tout, de la Bataille d’Alger (Pon­te­cor­vo). 

 Qui dira le hasard ? Tou­jours est-il que nos pas nous mènent, Samir et moi, rue des Abe­ra­mes en un étran­ge endroit, sor­te de mau­so­lée, sobre, égayé de petits dra­peaux algé­riens rou­ge-blanc-vert… Haut-lieu de la résis­tan­ce, c’est là que péri­rent dans l’explosion d’une mai­son «Ali-la-Poin­te» et Has­si­ba Bent Boua­li, com­bat­tants ter­ro­ris­tes tra­qués par les mili­tai­res fran­çais. Une fres­que de céra­mi­que mon­tre des colom­bes s’échappant du délu­ge… Des pho­to­co­pies du Jour­nal d’Alger (11 octo­bre 57) rap­pel­lent l’événement, en même temps que  les «pluies tor­ren­tiel­les cau­sant des mil­lions de dégâts sur Alger et le dépar­te­ment». Une jeu­ne fem­me blon­de gar­de les lieux.

Pluies, guer­res, trem­ble­ments de ter­re… À l’image du pays, la Cas­bah d’Alger en fini­ra-t-elle jamais de pan­ser ses plaies ? Un de ses habi­tants s’en déso­le à voix hau­te tan­dis que j’interroge une rui­ne. Des enfants joyeux sor­tent de l’école, déva­lent les mar­ches en cou­rant. Là, une échop­pe de coif­feur. Ici, un bou­cher attend le client der­riè­re ses pan­ses de bre­bis qui pen­dent à la por­te. Un imam bar­bu en kamis – la tuni­que lon­gue – cau­se avec deux hom­mes jeu­nes. Sur ce mur écaillé, avec du recul, on lit enco­re l’enseigne de jadis : «Cré­me­rie du Bon­heur».


Alger-la-Blanche, Alger-la-Grise (3)

Les cli­chés recè­lent aus­si du vrai. Même par temps char­gé, Alger-la-Blan­che, relè­ve bien de la réa­li­té visi­ble. Mais la blan­cheur recou­vre quel­ques noir­ceurs, pas­sées et tou­jours actuel­les. Nuan­ces de gris tout au moins, disais-je (note pré­cé­den­te)… Au moment où le ciel se déga­ge, ques­tion météo. J’en ai pro­fi­té pour une déri­ve dans la vil­le, mon mode pré­fé­ré de dépla­ce­ment urbain. Un vague plan d’attaque et, le nez en l’air, au gré du vent, selon le jeu des aiman­ta­tions: les rues, les gens, les flux. Objec­tif néan­moins affir­mé: la Cas­bah.

Point de départ, pla­ce Mau­ri­ce-Audin. Quel sym­bo­le de me retrou­ver là, en un lieu hono­ré du nom d’un Fran­çais qui avait pris fait et cau­se pour l’Algérie indé­pen­dan­te ! J’ignore si son his­toi­re est res­tée viva­ce chez les Algé­riens – peut-être à pei­ne plus qu’en Fran­ce…

Mau­ri­ce Audin, jeu­ne mathé­ma­ti­cien, fut enle­vé en 56 par les para­chu­tis­tes et tor­tu­ré. Son corps ne sera jamais retrou­vé. De cet­te affai­re, en par­ti­cu­lier, sort en jan­vier 1958 le livre d’Henri Alleg, « La Ques­tion », qui bou­le­ver­se les conscien­ces et révè­le au grand jour la pra­ti­que de la tor­tu­re en Algé­rie. L’affaire va cham­bou­ler l’opinion, l’Église, les famil­les, les par­tis et aggra­ver la cri­se de la IVe Répu­bli­que. C’est ain­si, à l’occasion du cin­quan­te­nai­re de l’affaire qu’on a vu réap­pa­raî­tre Hen­ri Alleg dans les médias fran­çais.

Curieu­se jour­née, vrai­ment que la mien­ne ! Une plon­gée dans le colo­nia­lis­me, aux côtés pas vrai­ment… posi­tifs. Ça com­men­ce avec ce chauf­feur de taxi soixan­te­nai­re qui me des­cend de ma col­li­ne d’Hydra. Tout de sui­te, il m’entreprend sur la guer­re – «notre guer­re», dit-il. Pas la moin­dre mal­veillan­ce dans ses paro­les ; au contrai­re, un désir de com­pré­hen­sion réci­pro­que. «Avant, oui, c’était dur. On n’avait pas droit à l’instruction, alors on avait tous les bou­lots péni­bles, on n’était que des manœu­vres… Après, oui, ça a été mieux, au début sur­tout, dans les pre­miè­res années. Et puis les com­bat­tants, enfin cer­tains, ont récla­mé leurs parts de gâteau. Un droit qu’ils disaient. Mon père lui, n’a rien deman­dé. Il disait qu’il avait fait son devoir, qu’il avait ser­vi son idéal. Eux, ils ont tout pour­ri. C’est pour ça qu’on s’en sort pas !» 

Une bon­ne poi­gnée de mains met fin à l’« édi­to » de la mi-jour­née… Un petit kios­que me tend ses jour­naux. Bon sang !, Le soir d’Algérie, enco­re tout chaud sor­ti des rotos, car­ton­ne plein pot avec une pho­to sépia d’un para bien typé – et pour cau­se, c’est Schmitt, le gégè­ne de la gégè­ne. D’où la man­chet­te : «Guer­re d’Algérie. Nou­veaux témoi­gna­ges contre le géné­ral Schmitt». Je me prends un express pour englou­tir les deux pages entiè­res, annon­cées com­me une pre­miè­re par­tie. Il s’agit en fait, selon le jour­na­lis­te, Mou­rad Bena­meur, du récit paru en 1958 de «H.G. Esme­ral­da, une jui­ve d’origine ber­bè­re qui fai­sait par­tie d’un réseau d’aide aux bles­sés de la résis­tan­ce algé­rien­ne. » Infir­miè­re, elle avait été arrê­tée le 6 août 1957, puis tor­tu­rée et inter­née dans un camp, enfin libé­rée le 18 sep­tem­bre. Ce récit, a été publié aux édi­tions Exils, à Paris. Le jour­na­lis­te du Soir d’Algérie pré­ci­se qu’il n’a pu par­ve­nir à  join­dre l’auteure pour une inter­view, cet­te der­niè­re crai­gnant, «cin­quan­te après […] des repré­sailles de ses tor­tion­nai­res».

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Une du « Soir d’Algérie » du 2 février 06 : Schmitt, le lieu­te­nant de la gégè­ne deve­nu gégè­ne.

Témoi­gna­ge ter­ri­ble et poi­gnant. «Esme­ral­da» racon­te avec for­ce détails son arres­ta­tion, sui­vie le jour-même et le len­de­main matin de deux séan­ces de tor­tu­re à l’électricité, dans les locaux de «l’école Sar­rouy, rue Mont­pen­sier, en plein cen­tre vil­le». Elle décrit tout aus­si pré­ci­sé­ment «le lieu­te­nant Schmitt, grand brun à lunet­tes d’environ 35 ans, […] debout der­riè­re une lon­gue table». Ce même lieu­te­nant Schmitt deve­nu par la sui­te géné­ral et chef d’état-major des armées fran­çai­ses… Com­me devien­dra colo­nel le lieu­te­nant Fleu­tiaux, éga­le­ment actif à l’école Sar­rouy [témoi­gna­ges de dizai­nes de res­ca­pés des tor­tu­res], et qui témoi­gna à déchar­ge en faveur de Schmitt devant la cour d’appel de Paris.

Je n’ai actuel­le­ment pas les moyens de véri­fier ni de pré­ci­ser ces infor­ma­tions. Je le ferai. Tou­jours est-il que je reprends ma déri­ve, qui me pous­se vers la fameu­se Gran­de pos­te, bel immeu­ble monu­men­tal, d’un blanc écla­tant. C’est l’heure du déjeu­ner, plein de mon­de dans les rues, sur­tout autour de peti­tes sand­wi­che­ries. Je m’arrête peu après devant un étal de pho­tos his­to­ri­ques. De vraies pho­tos en tira­ges noir et blanc – et gris ! – de figu­res de la révo­lu­tion algé­rien­ne… Un jeu­ne Algé­rien vient les com­men­ter pour moi, dans mon dos; il les connaît tous, les Ben Bel­la, Bou­me­dien­ne, Ferhat Abbas, Bou­dias et jusqu’à l’actuel Bou­te­fli­ka, armes à la main… Il connaît aus­si leurs hôtes, lors de visi­tes plus ou moins offi­ciel­les, les Cas­tro, Has­san II, Nas­ser, et aus­si Sad­dam Hus­sein…

Le jeu­ne Algé­rien féru d’histoire contem­po­rai­ne, c’est Samir. On fait connais­san­ce. Il ne me pro­po­se rien à ven­dre – ce n’est d’ailleurs pas le gen­re des Algé­rois. Je le trou­ve sym­pa­thi­que au pos­si­ble. On va man­ger une piz­za. Il me racon­te sa vie. Gri­se, bien gri­se sa vie de jeu­ne. 24 ans, licen­ce en mar­ke­ting à l’université d’Alger. Et pas de bou­lot. Si ce n’est, der­niè­re­ment, trois mois dans une bou­ti­que à rem­plir des fiches de sto­ck et à por­ter des colis. Dix heu­res par jour, six jours sur sept. 12.000 dinars le mois, envi­ron 120 euros… Depuis, rien. Alors, il zone avec, à l’épaule, une peti­te saco­che et quel­ques dizai­nes de car­tes pos­ta­les d’occase, la plu­part de Fran­ce, par­fois déjà écri­tes…

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Samir ou la quê­te d’espoir, de sens, de vie. Ou d’abord de tra­vail.

Et à la mai­son ? Le père a été tué par les allu­més de l’islam, en 97 dans un atten­tat. Il avait 57 ans. Ancien com­bat­tant, sa mort vau­dra une pen­sion à sa veu­ve : 15.000 dinars (150 euros) qui consti­tuent en tout et pour tout les seuls reve­nus de la famil­le, soit six per­son­nes : la mère, Samir, ses deux sœurs et ses deux frè­res.

Sui­te de ma déri­ve au pro­chain épi­so­de. Ou com­ment, sur le che­min de la Cas­bah, je ren­con­tre un poli­to­lo­gue de la rue, avant de croi­ser le sou­ve­nir d’Ali-la-Pointe, héros de la guer­re d’indépendance, par­ti en fumée avec l’explosion d’une mai­son, en plei­ne Cas­bah.


D’ Alger, le noir tableau de l’Étranger (2)

Alger, 1er février. Ce matin, petit cinq heu­res, appel du muez­zin. Ah ! mais, on dirait une ber­ceu­se… Cel­le d’un croo­ner câlin. Sono de qua­li­té, voix tra­vaillée. Un Sina­tra du Coran, sur l’air de «Stran­ger in the night». Il faut dire que je me trou­ve dans le quar­tier Hydra, sur les hau­teurs chi­cos où per­chent ambas­sa­des, la radio-télé, le grand hôtel. Un «XVIe»algé­rois, loin de Bab El-Oued ou de Bel­court qui m’auraient mieux conve­nu. C’est ain­si.

Hier donc, je me voyais en Étran­ger – réfé­ren­ce à Camus, oui et, au-delà, inter­ro­ga­tion sur mon état de Fran­çais fou­lant une ter­re d’ex-colonie. Étran­ge sta­tut de l’étranger quand même un peu «chez lui». Non pas au sens du pro­prio, bien sûr, mais du ter­rien uni­ver­sel, pro­me­neur d’un mon­de idéa­le­ment sans fron­tiè­res et, pour­tant, empê­tré dans ses bar­be­lés. Sen­sa­tion ambi­guë d’un bon­heur d’être là et, en même temps, de ce sen­ti­ment d’étrangeté, sinon de gêne.

4alger010206 Ces fou­tus bar­be­lés ! Le plus sou­vent invi­si­bles – les pires. Ceux qui rui­nent les inté­rieurs, ron­gent les têtes et les cœurs, s’insinuent jus­que dans les ven­tres des hom­mes. Reli­gion uni­que, reli­gion d’État, omni­po­ten­ce et omni­scien­ce divi­ne. Tou­te résis­tan­ce est héré­ti­que, ou tend à le deve­nir. Tout écart dubi­ta­tif, pour un peu, relè­ve­rait de l’inquisition. L’espace libre est mena­cé par une domi­na­tion insi­dieu­se, non-dite.

Je le vois bien, depuis cet espa­ce isla­mi­que algé­rien, avec cet­te affai­re des cari­ca­tu­res danoi­ses. Répro­ba­tion una­ni­me des émet­teurs d’opinion. Pas un contre­point public. En pri­vé, sans dou­te trou­ve­rais-je quel­ques avis de dis­si­dents mis en confian­ce – et en confi­den­ce – auprès du mécréant de pas­sa­ge, cet étran­ger au Sacré… «Étran­ger» ? Non, jus­te amar­ré au dou­te com­me à sa bouée de sau­ve­ta­ge : ne pas, ne jamais renon­cer au libre arbi­tre, res­pi­ra­tion vita­le de l’esprit et de l’être tout entier.

D’ailleurs, j’en ai bien ren­con­tré un qui ose le pas de côté ; qui se dise athée, tout bon­ne­ment, face à ses cama­ra­des de par­ti (le FFS, Front des for­ces socia­lis­tes, seuls vrais oppo­sants au régi­me en pla­ce). Ça ne fait pas une légion, mais n’y en aurait-il qu’un… Tout com­me celui-là aus­si, citoyen – peut-être uni­que – du Niger qui refu­se l’inféodation reli­gieu­se et per­son­nel­le à Allah. Mais hier, par exem­ple, dans un début d’échange sur l’actualité, j’aurais bien pu pro­vo­quer le scan­da­le, ou tout au moins l’indignation. C’était auprès de mili­tants du MSP, Mou­ve­ment pour une socié­té de paix, par­ti dit «isla­mis­te modé­ré», un pied dans le gou­ver­ne­ment, un autre dehors. Sor­te d’équivalents de nos anciens sociaux-chré­tiens confon­dant Vol­tai­re et satan, et pour un rien, ou si peu, prêts à ral­lu­mer des bûchers.

Cet­te socié­té aus­si repo­se sur un vol­can très érup­tif : poli­ti­que, éco­no­mi­que, social, cultu­rel, reli­gieux sem­blent se neu­tra­li­ser. Mais par l’action pres­san­te-oppres­san­te de for­ces aus­si énor­mes que contrai­res. Un écart, une étin­cel­le, et c’est l’explosion. Pour le moment «ça tient» par la contrain­te: qua­tor­ze années d’état d’urgence ; quel­que 200.000 morts en des cri­mes abo­mi­na­bles ; des flics par­tout, visi­bles et invi­si­bles ; un chô­ma­ge à plus de 20%, 10 mil­lions de moins de quin­ze ans, sur 30 mil­lions d’Algériens ; la cor­rup­tion com­me sport natio­nal ; des médias sous sur­veillan­ce étroi­te ; et la fem­me algé­rien­ne sous l’étouffoir de la dou­ble domi­na­tion mâle et reli­gieu­se.

Noir tableau, appe­lant des nuan­ces de gris. J’y vien­drai.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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