On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfesseur à l'Institut universitaire de France et à la Faculté de médecine de Paris-Sud, directeur de l'Institut de neurobiologie Alfred-Fessard du CNRS, un des pionniers de la neuroendocrinologie, Jean-Didier Vincent est aussi un aventurier intellectuel et, comme tel, un passeur entre des domaines ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne saurait se limiter au seul domaine du cerveau, dont il est pourtant un grand spécialiste. Ses livres récents donnent une idée de son activité de transfert des connaissances : Casanova ou la contagion du plaisir, Celui qui parlait presque, La Chair et le diable, La Vie est une fable, Faust : une Histoire naturelle (tous chez Odile Jacob), Si j'avais défendu Ève (Plon). Un éclectisme à l’image de sa curiosité insatiable et de son humour à l’occasion provocateur.

Paul Veyne se demandait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chrétiens, pas de doute, le Christ a bel et bien ressuscité. Pâques en est la célébration religieuse la plus fervente, sourcée à une mythologie païenne datant de la plus haute antiquité. Il s’agissait de célébrer le retour du printemps, le cycle du vivant pour lesquels l’œuf représente le symbole de la vie. De même en est-il du lièvre (chocolaté désormais, comme l'œuf…), symbole antique de la fécondité – le con féminin (cunnus en latin), faut-il le rappeler, dérivant de l’analogie formelle avec le museau du lapin (conejo en castillan, conill en catalan et en occitan , coniglio, en italien, etc.) Dans le christianisme, ils symbolisent la résurrection du Jésus-Christ et sa sortie du tombeau, comme le poussin sort de la coquille avec sa pure naïveté questionnante et éternelle : quid de la poule ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est question d’immortalité, question existentielle s’il en est et autour de laquelle se sont greffées les croyances religieuses puis leurs dogmes plus ou moins néfastes. De nos jours, ce sont les hallucinés coraniques qui détiennent les records les plus atroces. La compétition a toujours été vive dans ces domaines propices aux plus sinistres et mortifères obscurantismes, sans exclure les religions séculières telles que peuvent être considérés le nazisme et le stalinisme.

Je m’égare encore ? Non, car il s’agit cette fois de l’immortalité ici-bas, celle qui touche une autre forme de croyance, liée à la toute-puissance (notion divine) de la Science et de ses dérivés dits technologiques.

J’ai trop tardé à vous présenter le neurobiologiste Jean-Didier Vincent [voir ci-contre également], co-auteur avec Geneviève Ferone, en 2011, de l’ouvrage Bienvenue en Transhumanie. Sur l'homme de demain (éd. Grasset) 2. Livre passionnant autour de perspectives inouïes et terrifiantes, ainsi qu’on pourra le comprendre dans le passionnant entretien que Jean-Didier Vincent a donné au Figaro Magazine, en autorisant sa reprise sur « C’est pour dire ». En le remerciant vivement ainsi que l’intervieweur, Patrice De Méritens.

 

« L'espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu'est-ce qui vous a pris d'écrire une nouvelle Apocalypse ?

Jean-Didier Vincent - Je n'ai rien fait d'autre qu'un voyage dans le futur de l'homme, et si j'ai effectivement pensé à l'Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un texte sacré. J'ai eu envie de voir ce qu'il y avait dans le ventre de ces gens qu'on appelle les « transhumanistes ». Ce sont des idéologues qui visent au dépassement de l'espèce humaine, qu'ils considèrent comme imparfaite, par une cyberhumanité. Leur rêve est celui de l'immortalité pour une créature, produit du génie de l'homme. Le monde actuel est entré dans une zone de fortes turbulences, nous détenons une puissance de feu capable de transformer la Terre en confettis radioactifs, l'homme est en passe de bricoler son ADN, mais comme nous ne pouvons remonter la grande horloge biologique du vivant, la tentation est grande du passage en force technologique.

Avant l'avènement du posthumain, nous voici donc arrivés dans une phase de transition, celle du transhumanisme. Elle répond en quelque sorte aux préoccupations apocalyptiques anciennes où l'homme, dépassant la créature réagissant aux misères qui lui sont infligées par son créateur, ne compte plus que sur lui-même et sur les technologies qu'il a su développer pour faire face à la grande crise qui frappe l'ensemble de la biosphère. Les transhumanistes ne sont pas une secte, mais un groupe de pression qui utilise pour ses desseins le concept de convergence des nouvelles technologies : les NBIC : nanotechnologies (N), biotechnologies (B), informatique (I) et sciences cognitives (C). En faisant converger sur des projets communs les moyens théoriques et techniques de ces quatre champs disciplinaires, on espère obtenir des résultats supérieurs à la somme de ceux obtenus par chacun d'eux isolément. On peut aussi s'attendre à l'émergence d'observations inattendues. Pour vous faire appréhender ce qu'est la convergence, j'utiliserai cette métaphore peut-être un peu violente : vous faites collaborer un forgeron avec un menuisier et ils vous construisent une croix pour crucifier le Christ...

  • Où sont les transhumanistes et comment travaillent-ils ?

– Leur mouvement est fortement implanté aux Etats-Unis, il a essaimé en Europe, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne. Nous n'en avons qu'un faible contingent en France. Leur « pape » est un Suédois, professeur à Oxford, Nick Bostrom. Il est loin de m'avoir fasciné. En revanche, j'ai rencontré dans la Silicon Valley (que j'appelle la « vallée de la poudre »), pas mal de beaux esprits ainsi qu'une collection d'originaux. Leur projet d' « humains augmentés » remet en cause la définition traditionnelle de la médecine fondée depuis Francis Bacon sur la réparation du corps et le soulagement de la souffrance. Le transhumanisme aspire non seulement à empêcher l'homme d'être malade, mais à le rendre « incassable ». Ainsi, par exemple, l'informatique associée à la biologie moléculaire aboutit à la bio-informatique, qui permet de décrypter les génomes et les lois de la vie avec une acuité, une pertinence, et une efficacité prodigieuses – l'exponentiel étant le mot clé ! Les sciences cognitives, quant à elles, permettent de modifier le cerveau, avec notamment les implants. La seule barrière de communication entre le cerveau et la machine demeure nos sens, avec leurs organes récepteurs qui servent d'intermédiaires. Si ces derniers sont absents par la naissance ou par la maladie, ils peuvent être remplacés par des appareils électroniques implantés directement au contact des voies sensorielles à l'intérieur du cerveau. Voici venu le temps des cyborgs ! Cet ensemble va donner des pouvoirs dont le premier bénéficiaire est d'ores et déjà l'armée américaine, avec la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), principale source de subventions de ces recherches.

Émanation de la recherche militaire états-unienne, ce robot bestial, hollywoodien et terrifiant.

Ainsi se dessine le projet d'un nouvel humain, pas tout à fait encore homo novus, mais sapiens sapiens augmenté, non plus dans le cadre de la natura naturans de Descartes, mais dans celui du per artem artefact. L'augmentation des capacités permettant en toute logique l'augmentation de la vie dans ses fonctions et sa durée.

  • Vous avez parlé d'immortalité pour une créature, produit du génie de l'homme...

– Ce qui ne signifie nullement l'immortalité de l'homme lui-même. « La vie c'est la mort, la mort c'est la vie », disait Claude Bernard – et il n'y a pas de processus de vivant sans processus de mort associé. Grâce à la biologie moléculaire, aux nanotechnologies, aux neurotechnologies, la durée de la vie sera prolongée. Sans être du domaine quantique (une réalité abstraite), la nouvelle matière intermédiaire inaccessible au visible, créée par les nanotechnologies, permettra d'intervenir sur la santé en touchant des cibles à l'intérieur du corps. On pourra entrer dans la cellule malade et, par exemple pour les cancers, appliquer des thérapeutiques auxquelles on ne pouvait pas soupçonner d'avoir un jour accès. Certains produits commencent déjà à bénéficier de ces découvertes. Sous forme nanométrique, au milliardième de mètre, la matière prend des propriétés extraordinaires. C'est ainsi que l'or, métal impassible, change de couleur sous forme de nanoparticules. Quand il rougit, il devient toxique et attaque l'oxygène. C'est surtout à partir du carbone que l'on obtient des matières exceptionnelles, par exemple pour des fils destinés aux ascenseurs spatiaux, dont la résistance sera 1 000 fois supérieure à celle d'un métal de même dimension. Mêlez à cette révolution technologique les progrès de la biotechnologie, et nous deviendrons de nouveaux humains. Le clonage permettra le triage d'embryons, l'élimination comme l'ajout de certains gènes ; on fera même des Frankenstein réussis – des chimères, au strict sens du mot.

  • Avec quelles conséquences ?

– Sans même évoquer les questions d'éthique, auxquelles il serait bon de réfléchir en amont, les conséquences sur le plan social risquent d'être particulièrement destructrices. Le sexe n'ayant plus d'importance, que restera-t-il de nos amours ? Complètement séparés de la reproduction, que vont devenir le désir, l’érotisme - la culture elle-même qui est toujours, peu ou prou, sexuelle ? Il faudra enterrer solennellement le Dr Freud ! Épicure dit que l'âme est le cri de la chair, mais justement, il faut que la chair souffre, qu'elle jouisse, qu'elle éprouve de l'affect, qui est le fondement de l'humain. Nous sommes des êtres duels. Le jour où l'on parviendra à provoquer le plaisir par la libération d'ocytocine dans le cerveau, autrement dit provoquer un orgasme artificiel avec une puce implantée dans la région ad hoc du cerveau, qu'adviendra-t-il d'une société devenue exclusivement onaniste ? Où sera le souci de la descendance ? Quelle sera cette société sans amour, douée de raison et de multiples qualités sélectionnées pour construire les humains ?

  • Une société efficace... c'est presque tentant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heureusement pas. Dans la perspective d'une humanité augmentée, « mort à la mort » n'en demeure pas moins un programme de recherche réalisable. Il suffira de neutraliser les ensembles génétiques qui causent notre perte, et le suicide ou l'accident sera le seul moyen de remplir les cimetières. Nous serons donc cassable mais non mortels, tout comme ces services de vaisselle hérités des grands-parents qui finissent par être détruits avant d'être usés. Clonage et « amortalité » seront réservés aux puissants, la reproduction demeurant la spécialité des humbles. Mais si la possibilité de ne pas mourir est offerte à tous, pauvres et riches, alors, selon la loi de l'offre et la demande, le coût de la mort deviendra exorbitant : offrez la vie éternelle, la mort deviendra précieuse. Au cours de mon voyage en transhumanie, j'ai rencontré un prophète et grand mathématicien nommé Eliezer Yudkowsky, qui ne désespère pas de créer des algorithmes grâce auxquels on pourra introduire dans les cerveaux de la pensée nouvelle et des capacités de conceptualisation, pour l'heure inimaginables. Penser l'impensable ! Mais que sera l'impensable dès lors que nous n'aurons plus l'angoisse de la mort et de l'au-delà, sur quoi se construit la métaphysique ? Frustrés à l'origine, frustrés à l'arrivée ! Nous serons conçus par l'opération du Saint-Esprit (si ce n'est qu'il n'y a plus d'esprit), sans plus avoir à s'en soucier puisque nous serons immortels. C'est trop beau pour être vrai, et proprement inconcevable.

  • Oui, si l'on s'en tient à l'imbrication de la vie et de la mort selon Claude Bernard, mais ce principe ne risque-t-il pas un jour d'être techniquement obsolète ?

– Est-ce fantasmer de penser que l'espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle ? La mort supprimée reviendrait à sa négation. Sans même évoquer les problèmes matériels que poserait l'immortalité : asphyxie numérique, survie alimentaire, anémie spirituelle en cas de numerus clausus – sans compter l'ennui ! –, j'oppose à la mort une virtuelle immortalité, celle de la « communion des saints » : vous n'êtes immortel que dans la mesure de l'amour du prochain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gardera dans la mémoire du vivant. Que signifie la longévité des patriarches ? Mathusalem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien encore Abraham, 175 ans, alors qu'il y eut peut-être cinquante Mathusalem, trente Enoch, dix Abraham qui se succédèrent. Ce qui apparaît comme un mythe relève de la communion des saints : Abraham, passé dans un autre Abraham, etc. C'est ainsi que l'humanité évolue, conservant ses propres traces dans l'inconscient collectif, pour reprendre une expression qui sent un peu la psychanalyse. J'espère bien qu'un peu de moi survivra dans d'autres qui m'auront entendu, que j'aurai aimés et qui m'auront aimé.

Augmentons donc la vie de l'homme, supprimons tous ses handicaps, notamment ceux de la vieillesse odieuse, souvent reléguée dans les hospices, cela ne peut qu'améliorer la bonté de l'homme. Vaincre cette forme de pré-mort est la vraie victoire. Mais si nous n'aspirons qu'à la valeur existentielle d'une vaisselle de famille, cette immortalité-là ne me séduit guère. Sans compter que le transhumanisme est une idéologie porteuse d'espérances douteuses...

  • Que voulez-vous dire ?

– En matière militaire, un seul soldat serait capable de détruire une population ennemie. Question d'équipement : avec sa smartdust (poussière communicante électronique), son exosquelette, son corps autoréparable, des nanobots (robots nanométriques) capables d'envahir l'adversaire sans qu'il s'en rende compte, des drones et des chars d'assaut pilotés par la pensée... La quatrième technologie, celle du cerveau, traite de l'interface cerveau-machine : si vous perdez un bras, il sera remplacé par un exobras mécanique autorégulé. Pour vous en servir, vos ordres seront envoyés à partir des données enregistrées par des électrodes dans votre cerveau et transmis par voie de communication d'ordinateurs.

  • Une part de cette science demeure donc hautement positive. L'homme ne risque-t-il pas d'être dépassé par sa création ?

C'est pourquoi il est essentiel que des progrès non technologiques s'accomplissent parallèlement dans l'humain. L'homme est de tous les animaux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l'homme, c'est inscrit dans sa physiologie. L'autre lui est nécessaire pour apprendre à parler, communiquer, vivre. Il est en même temps unique : pas un individu ne ressemble intégralement à un autre. Mais le transhumanisme risque de nous induire en tentation d'une plus grande uniformité, qui nous ferait régresser au monde des abeilles. Quelques individus aux super capacités pourraient prendre le pouvoir, comme dans les fictions d'Orwell et plus exactement d'Huxley, qui a parfaitement pressenti le phénomène dans Le Meilleur des mondes. D'où le souci de l'entraide : l'attention à l'autre, telle est la morale des anarchistes. D'où, également, la nécessité de retrouver une organisation de société fonctionnant plutôt sur le mode local, utilisant les grandes technologies de la communication pour établir des liens entre les groupes, tout en permettant d'intégrer les individus. Dès lors que nous ne réinventerons pas l'économie – non plus que ce dont nous sommes morts, c'est-à-dire la dangereuse virtualité du capital, qui permet de faire n'importe quoi –, nous reviendrons au contact du réel pour reconstruire des sociétés fondées sur la communion entre les humains.

  • On voit resurgir ici le philosophe anarchiste. Vous avez pointé le bout de l'oreille en évoquant la morale...

– Que voulez-vous, je ne peux m'empêcher de prêcher l'amour entre les hommes. Je suis un athée absolu en même temps qu'un chrétien irrécupérable. Cette religion qui tourne radicalement le dos au Dieu de l'Ancien Testament est fondée sur l'incarnation. Dieu est homme. C'est nous. Avec ce message essentiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aussi celui des anarchistes. Pas les poseurs de bombes, comme les terroristes russes avec leur goût du néant, mais des penseurs comme Kropotkine, ou Élisée Reclus, l'anarchie pour eux étant la forme supérieure de l'ordre, qui s'établit dès l'instant où l'amour règne dans un groupe humain. 3

  • Pour autant, vous nous parlez ici d'une société virtuelle...

Mais c'est la société actuelle qui est virtuelle, on le voit chaque jour avec la crise financière ! La société future reposera quant à elle sur la technologie, inscrite dans une matérialité. Si l'on suit le principe qui veut que l'on ne connaisse que ce que l'on a fabriqué, l'Apocalypse n'est pas promesse de malheur, mais d'une nouvelle Jérusalem. Le mot, qui signifie « révélation », dévoile à la fois la méchanceté du monde et les risques qu'il court. Les transhumanistes sont donc à prendre comme des sortes d'éclaireurs, dont on appréciera les idées avec circonspection. Il ne faut pas les laisser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les laisser faire n'importe quoi. Parmi eux, on trouve une collection incalculable d'imbéciles, et quelques génies illuminés. Ils ne peuvent être nuisibles que dans la mesure où ils sont un groupe de pression. A contrôler ! Sachant que les pires transhumanistes sont malheureusement les militaires – et certains médecins qui, quelquefois, ne valent pas plus cher.

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1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l'imagination constituante. Paul Veyne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bienvenue en Transhumanie. Sur l'homme de demain, par Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent, Grasset, 288 p., 17,50 €. Geneviève Ferone, directrice du développement durable du Groupe Veolia Environnement, est l'auteur chez Grasset de 2030. Le krach écologique (2008).

3.  L'Entraide, un facteur de l'évolution, est un essai de l'écrivain anarchiste russe Pierre Kropotkine paru durant son exil à Londres en 1902. Déterminant dans la théorie anarchiste, le concept d'entraide l'est aussi pour Charles Darwin qui le développe, non pas dans L' Origine des espèces (1859), mais dans La Descendance de l'Homme (1871), ouvrage dans lequel il s'attarde sur la notion d'altruisme chez l'humain et aussi dans le monde animal, le rattachant à sa théorie de l'évolution. Ce livre s'inscrit en faux contre la notion de "darwinisme social" qui lui sera postérieure, contresens délibéré inventé par les tenants du libéralisme. [Note de GP]


Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient par­lent plus fort que le p’tit Nico­las, frin­gant sémi­na­ris­te… On en apprend de bel­les, sur le site des Inrocks, à pro­pos de  la vie sexuel­le des prê­tres, tel­le qu’exposée dans l’émission de télé domi­ni­ca­le le Jour du sei­gneurconsa­crée à l’Assemblée plé­niè­re des évê­ques de Fran­ce. Ou com­ment un lap­sus a rui­né la pres­ta­tion – mais pas la car­riè­re, au contrai­re ! – du jeu­ne sémi­na­ris­te. 

Mer­ci au caf­teur, l’ami Ber­nard Lan­glois !


À Brescia (Italie). Un pèlerin de 20 ans tué par la croix papale

Mer­ci au « frè­re Jef », d’une obé­dien­ce concur­ren­te, d’avoir relayé ce cas de déca­no­ni­sa­tion datant  de ce 25 avril 2014, l’avant-veille de l’apopthéose papis­te au Vati­can. Un pèle­rin de 20 ans a été tué par la sta­tue (600 kg) de Jean-Paul II qui s’est effon­drée. Le dra­me a eu lieu à Bres­cia, en Ita­lie apos­to­li­que et romai­ne > cf com­men­tai­re dans Valls, ou la laï­ci­té au bout du canon


Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Dide­rot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Lou­vre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, sui­vez-moi, j’emprunte sans tar­der le bou­le­vard Dide­rot, puis celui de la Bas­tille, pour tra­ver­ser le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamar­ck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jar­din des Plan­tes et, par­cou­rant l’allée Buf­fon, me voi­ci à la Gran­de gale­rie de l’Évolution.Vous en connais­sez beau­coup, vous, des endroits de la pla­nè­te où, en un demi-kilo­mè­tre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Dide­rot, salut Denis !

Je m’étais pro­mis d’écrire ce modes­te hom­ma­ge à l’occasion du trois cen­tiè­me anni­ver­sai­re de sa nais­san­ce. Il est né à Lan­gres le 5 octo­bre 1713 (je sais, on est en décem­bre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la cou­tel­le­rie fami­lia­le, mais tout ça se trou­ve à por­tée de clics, en maints endroits de la vas­te toi­le et en par­ti­cu­lier sur Wiki­pé­dia, fille tech­ni­que­ment magni­fiée de sa déjà gran­dio­se ancê­tre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Dide­rot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cin­quan­te autres contri­bu­teurs, éru­dits et pion­niers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­ti­que contre des adver­sai­res et cen­seurs farou­ches ; ain­si la condam­na­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catho­li­ques, sous pei­ne d’excommunication, de brû­ler les exem­plai­res en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­tu­re éco­no­mi­que qui mobi­li­sa un mil­lier d’ouvriers pen­dant vingt-qua­tre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre monu­men­ta­le, au plein sens, un pas déci­sif mené contre l’obscurantisme domi­nant dans ce siè­cle qu’on appel­le­rait « des Lumiè­res ». Une oeu­vre qui conti­nue à nous éclai­rer, depuis plus de deux cent cin­quan­te ans, non pas tant direc­te­ment par ses conte­nus désor­mais en par­tie dépas­sés, que par la démar­che et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, com­me pivot de cet­te pre­miè­re ren­con­tre, due à l’école de la Répu­bli­que, son héri­tiè­re direc­te !

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Anna Kari­na dans le film de Rivet­te (1967)

Deuxiè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et fil­mi­que, quand Jac­ques Rivet­te adap­te La Reli­gieu­se en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Pey­re­fit­te, minis­tre de l’Information de de Gaul­le, et sur déci­sion de son secré­tai­re d’État Yvon Bour­ges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­bu­tion et à l’exportation. Autant dire condam­né. André Mal­raux, cepen­dant, alors minis­tre de la cultu­re, sou­tient la pré­sen­ta­tion du film à Can­nes… Ram­dam géné­ral de la réac­tion bigo­te. Le film sort à Paris dans cinq sal­les et enre­gis­tre 165 000 entrées en cinq semai­nes, tan­dis que le roman de Dide­rot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédi­té plu­sieurs fois. J’en pro­fi­te aus­si, décou­vrant une œuvre bou­le­ver­san­te, nul­le­ment sul­fu­reu­se com­me les ligues cathos avaient vou­lu le fai­re croi­re, mais assu­ré­ment contre le sys­tè­me d’enfermement dans les cou­vents. La Reli­gieu­se est une ode à la liber­té de choi­sir son des­tin. Une nou­vel­le adap­ta­tion – très réus­sie – est sor­tie en 2013 (film de Guillau­me Nicloux avec Pau­li­ne Étien­ne).

Troi­siè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et théâ­tra­le, avec la ver­sion de Jac­ques le fata­lis­te et son maî­tre, don­née par Milan Kun­de­ra (sous le titre Jac­ques et son maî­tre), piè­ce mon­tée notam­ment au Coli­bri à Avi­gnon, dans une remar­qua­ble mise en scè­ne dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scè­ne Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­triè­me éta­pe et on en res­te­ra là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Dide­rot à la Pléïa­de, cet­te col­lec­tion sur papier bible, qui se prê­te­rait à la dévo­tion si on n’y pre­nait gar­de… S’y trou­vent ras­sem­blés des tex­tes magni­fi­ques à hau­te por­tée phi­lo­so­phi­que, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de pro­mes­ses inépui­sa­bles – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voya­ge de Bou­gain­vil­le, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un phi­lo­so­phe avec la maré­cha­le de ***,  De la suf­fi­san­ce de la reli­gion natu­rel­le, La Pro­me­na­de du scep­ti­que, Para­doxe sur le comé­dien, Regrets sur ma vieille robe de cham­bre…

jean-le-rond-encyclopédie

Mathé­ma­ti­cien, phi­lo­so­phe, Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783), son grand com­pli­ce de

Au sens ori­gi­nel de l’expression « liber­tin d’esprit », Dide­rot peut  en effet être consi­dé­ré com­me un liber­tin ; c’est-à-dire un libre pen­seur qui remet en cau­se les dog­mes éta­blis et s’affranchit en par­ti­cu­lier de la méta­phy­si­que et de l’éthique reli­gieu­se. Dide­rot pro­fes­se un maté­ria­lis­me assu­ré et un athéis­me serein, qui lui vau­dront tout de même d’être empri­son­né trois mois au don­jon de Vin­cen­nes en 1749 sui­te à la publi­ca­tion de la Let­tre sur les aveu­gles. Invo­quant la connais­san­ce, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puis­se pren­dre par­ti sur l’intelligence suprê­me, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matiè­re et ses pro­prié­tés […] ? » Mais pour autant, amou­reux de la scien­ce, il redou­te le scien­tis­me et un ratio­na­lis­me qui assé­che­rait les pas­sions et la part de spi­ri­tua­li­té chez l’homme.

Autant de ques­tion­ne­ments qui nour­ris­sent des dia­lo­gues les plus sub­tils, dans une dia­lec­ti­que où il ne craint pas, com­me dans Le Neveu de Rameau en par­ti­cu­lier, de s’interpeller, de se met­tre en contra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pous­ser dans ses ulti­mes retran­che­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses bos­ses à la cru­di­té… des lumiè­res.

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* Des habi­tants de Bour­ges ont pro­po­sé de débap­ti­ser leur vil­le pour l’appeler « Dide­rot » ou « Rivet­te » !

> > > Écou­ter  « Les Murs indis­crets » sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Gui­chard. Lire au même endroit la Let­tre sur les aveu­gles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…



Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte

« NEWBURGH, N.Y.

« Un hom­me qui avait dû être ampu­té d’une jam­be après la chu­te d’un cru­ci­fix de 273 kg a por­té plain­te contre l’église. Le pro­cès doit avoir lieu en jan­vier 2013, a annon­cé Me Kevin Kit­son, son avo­cat.

 

« La vic­ti­me, David Jime­nez, avait prié devant le cru­ci­fix pla­cé à l’extérieur de l’église Saint-Patri­ck à New­burgh, dans l’État de New York, car un can­cer des ovai­res avait été diag­nos­ti­qué à son épou­se. Après la gué­ri­son de cet­te der­niè­re, David Jime­nez avait vou­lu mon­trer sa gra­ti­tu­de en net­toyant la croix. En mai 2010, le cru­ci­fix s’était écra­sé sur sa jam­be droi­te, qui avait ensui­te dû être cou­pée, a racon­té Me Kit­son.

 

« David Jime­nez deman­de trois mil­lions de dol­lars à l’église, qui affir­me ne pas être res­pon­sa­ble. »

 

Cet­te dépê­che d’Asso­cia­ted Press, repri­se sans com­men­tai­res par La Pres­se de Mont­réal du 7 novem­bre 2012, lais­se en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajou­té non plus si ça ne me gra­touillait pas autant…

 

Com­me la fou­dre qui s’abat sur un clo­cher, ça ne lais­se d’interpeller, non ? Et cet­te his­toi­re de la vieille tan­te du copain : par­tie vaillan­te en train pour un pèle­ri­na­ge à Lour­des, la voi­là qui revient sur une civiè­re. Son pied avait rou­lé sur un cier­ge. L’anti-miracle, ça arri­ve aus­si.

 

Doublée des meilleures intentions et de l'esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu "Hara Kiri", paix à son âme, m'a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

Dou­blée des meilleu­res inten­tions et de l’esprit… pra­ti­que, cet­te pieu­se ima­ge datant de feu « Hara Kiri », paix à son âme, m’a été adres­sée par frè­re Daniel, un saint hom­me et ami de lon­gue date.

J’en pro­fi­te pour pas­ser au rayon Scien­ces. J’écoutais hier avec grand inté­rêt les pro­pos radio (Fran­ce inter) d’Etien­ne Klein, phy­si­cien, phi­lo­so­phie des scien­ces. « Pen­ser l’origine » (du mon­de, ajou­te­rait Gus­ta­ve Cour­bet, qui voyait « la cho­se » à cour­te dis­tan­ce cos­mi­que, quoi­que…), une sor­te d’impasse dont on ne peut même pas ima­gi­ner le bout. Pen­ser la fin, c’est ima­gi­ner le non-être, en défi­nir les contours et les pro­prié­tés, qu’il ne sau­rait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une apo­rie, com­me on dit en hau­te sphè­re.

 

On ne peut voir le bout du tun­nel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cau­se » le fameux big bang, non pas com­me hypo­thè­se, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matiè­re et de l’énergie « noi­res » – invi­si­bles et pour­tant pro­ba­bles ? Et si la théo­rie de la rela­ti­vi­té géné­ra­le demeu­re vala­ble, elle ne s’appliquerait qu’à la seule éner­gie de la gra­vi­ta­tion, et pas aux trois autres connues : élec­tro­ma­gné­ti­que, nucléai­re fai­ble, nucléai­re for­te. La ques­tion de l’origine est donc, par excel­len­ce, ce qu’on appel­le une ques­tion ouver­te. Gran­de ouver­te sur l’in-connaissance. Une ivres­se. Com­me cel­le de la foi des croyants ?

Tou­jours est-il que les scien­ces m’enivrent. À la nôtre !


Rome et Roms. Sarkozy ou l’art de bien cirer les mules du pape

Ce pré­si­dent-là, qui esti­me plus un curé qu’un ins­ti­tu­teur, est donc allé cirer les mules du pape – pour ne pas dire plus vul­gai­re. Aller à Rome régler une (sale) his­toi­re de Roms et pour se fai­re par­don­ner  les offen­ses por­tées à cet­te Fran­ce catho, bien pen­san­te d’ordinaire et cepen­dant aujourd’hui tarau­dée dans son sar­ko­zys­me, y a-t-il plus vul­gai­re en poli­ti­que ?

Eh bien oui, il y a  ! Ain­si lors de l’échange des cadeaux (ça se fait) : si on en croit le cor­res­pon­dant à Rome de Fran­ce Inter [8/10/10], Eric Val­my­re, Sar­ko­zy l’intello a offert au pape une édi­tion d’époque du Génie du chris­tia­nis­me et des Mémoi­res d’outre-tombe de Cha­teau­briand. Ça le repo­se­ra des mis­sels. En retour, vei­nard, il a reçu du pape une faïen­ce et une gra­vu­re repré­sen­tant la pla­ce Saint-Pier­re. Ravi, le « cha­noi­ne d’honneur », ain­si bap­ti­sé en 2007 à Saint-Jean de Latran…, en a pro­fi­té pour deman­der une peti­te ral­lon­ge, un pour­li­che, une aumô­ne : un cha­pe­let sup­plé­men­tai­re pour sa niè­ce… Oh que c’est tou­chant ! Et car­ré­ment vul­gos. Com­me d’avoir ame­né des invi­tés sup­plé­men­tai­res à la visi­te de Las­caux. Ah ! ces petits coups de pis­ton et grands coups de canif dans la fonc­tion pré­si­den­tiel­le. On ne le refe­ra pas. Dans un sens c’est aus­si bien ain­si. Tant qu’à devoir le gar­der, que ce soit dans son entiè­re­té.

PS. Et il l’a eu, son cha­pe­let en rab’, ain­si qu’en attes­te l’agence AP : « Le secré­tai­re per­son­nel du pape, Mgr Georg Gäns­wein, s’est char­gé d’aller en cher­cher un et de l’apporter à Nico­las Sar­ko­zy. »


Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier à Glasgow

Après la mes­se, les « just mar­ried » rega­gnant leur papa­mo­bi­le pour une des­ti­na­tion secrè­te. Ph. ♋ x.

C’est en Écos­se, à Glas­gow, qu’Eli­sa­be­th et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pour­tant pas radi­né: 70 000 invi­tés à la céré­mo­nie, emprein­te de sim­pli­ci­té et d’émotion, dou­blée d’une mes­se ras­sem­blant les parents et amis de cha­que famil­le, les Deux et les Sei­ze. Si le cou­ple se mul­ti­plie, il aura tren­te-deux des­cen­dants – ce qui est consi­dé­ra­ble, sur­tout à cet âge. S’il se divi­se, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas via­ble) à 16 : 2 = 8 (enco­re trop). Parions plu­tôt sur l’avenir radieux de ce cou­ple uni sous les meilleurs hos­pi­ces [je sais, c’est exprès !].

Retrans­mi­se en direct sur TF1, la céré­mo­nie a bien sûr été com­men­tée par Boris Zitro­ne (l’arrière petit-fils), lequel, citant les Évan­gi­les en latin, anglais, alle­mand et rus­se (sous-titré en VF), a rap­pe­lé qu’il ne suf­fi­sait pas de fai­re des enfants, enco­re fal­lait-il les met­tre à l’abri des curés pédo­phi­les. Et à ce pro­pos, il a repris les tou­tes fraî­ches paro­les pro­non­cées à West­mins­ter par Benoît Sei­ze, très au fait des actua­li­tés : « L’Eglise n’a pas été assez vigi­lan­te ». Cer­tes, a sèche­ment ponc­tué le com­men­ta­teur vedet­te de la chaî­ne qui, ensui­te, dans ce sty­le inimi­ta­ble, c’est-à-dire sua­ve­ment ampou­lé, s’est com­plu à sou­li­gner les tenues des « just mar­ried » : « Pour l’élue, casa­que et toque de soie d’un déli­cat vert vieil-angli­can ; mocas­sins som­bres. Pour Lui, par des­sus le kilt ral­lon­gé, casa­que et toque d’un blanc légè­re­ment beur­re-frais tran­chant sur le rou­ge « grand fou, va ! » de ses babou­ches ».

En som­me, une céré­mo­nie d’un goût exquis, ras­sem­blant sur moins d’un mètre car­ré et tout jus­te en un feuillet dac­ty­lo une dose concen­trée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien pri­mai­res. Ouah, que ça fait du bien !


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeû­ne pen­dant le rama­dan, Hoci­ne Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­nai­res d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizai­ne d’autres cas sem­bla­bles se sont éga­le­ment pro­duits en Kaby­lie.

Sur­pris en train de boi­re de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensui­te par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tien­ne, incar­nent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­ta­les en Algé­rie.

Une chaî­ne de sou­tien inter­na­tio­na­le s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racis­me, une ONG suis­se, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pac­te inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­ti­ques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matiè­re reli­gieu­se, demeu­re une cala­mi­té mon­dia­le. Tan­dis que la tolé­ran­ce poli­ti­que, para­doxa­le­ment, com­me aux Etats-Unis, conduit au déli­re spec­ta­cu­lai­re le pas­teur Ter­ry Jones et son grou­pe inté­gris­te de « brû­leurs de Coran », en Flo­ri­de. Ce fléau est aus­si vieux que le mon­de des croyan­ces exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoi­re, la com­bien emblé­ma­ti­que affai­re du che­va­lier de la Bar­re, ce jeu­ne hom­me mort dans les plus atro­ces tor­tu­res. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sa­ge d’une pro­ces­sion reli­gieu­se. Ça s’est pas­sé à Abbe­vil­le, en 1766 [affai­re évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeu­nes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affai­res. Has­san Moa­li s’indigne en ces ter­mes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en dou­te, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­ran­ce, abs­trac­tion fai­te des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fes­se avec for­ce «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrain­te» (La Ikra­ha Fi Eddi­ne). Un fidè­le ou un infi­dè­le n’a de comp­te à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on deman­de de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breu­ses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, tel­les cel­le-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dè­re que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrê­tent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucu­ne reli­gion mais j’ai hor­reur des hypo­cri­tes.

« En tout j’en suis convain­cu d’une cho­se, si vrai­ment le bon dieu exis­te donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­cri­tes, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la priè­re que pour l’image ou jus­te par­ce que on leur a pro­mis le para­dis ou par­ce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscien­ce tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucu­ne.

« J’en ai plus que mar­re de cet­te into­lé­ran­ce, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pec­te la liber­té indi­vi­duel­le et tou­tes croyan­ces.

« Lais­ser nous vivre com­me on veut chez nous. »


Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux

Des fan­tas­mes com­me cha­cun…

Je le dis tout net,  je n’ai pas lu Le cré­pus­cu­le d’une ido­le, l’affabulation freu­dien­ne de Michel Onfray, et n’aurai sans dou­te pas le temps, ni peut-être le désir de le fai­re avant que ne s’épuise la polé­mi­que galo­pan­te. J’ai tout de même envie d’en par­ler à plu­sieurs titres qui n’ont rien à voir avec tous ces paten­tés du grain de sel, dès lors qu’ils se disent psy-quel­que cho­se, ou archi­tec­tes, ou phi­lo­so­phes, écri­vains, etc. Je m’en mêle seule­ment au titre du regar­deur. De ce qui « me regar­de ». Ou si on veut en tant que ce « voyeur du mon­de » qui pour­rait défi­nir le jour­na­lis­te atten­tif, labo­rieux labou­reur, inter­ro­ga­teur éven­tuel des incons­cients indi­vi­duels et col­lec­tifs for­geant ce qu’on nom­me l’actualité, les évé­ne­ments…

Je m’interroge donc en par­ti­cu­lier sur la polé­mi­que elle-même, sa durée, son ampleur, sa for­me pre­nant le pas sur le fond, sa vio­len­ce assas­si­ne – avec pré­mé­di­ta­tion bien mûrie, ran­cie, vachar­de. Je vois un type, heu­reu­se­ment cos­taud en appa­ren­ce, jeté à ter­re, pié­ti­né, insul­té, cru­ci­fié, si j’ose dire. Et j’ose, vu que je vou­drais ici cau­ser de reli­gion, d’hérésie, d’inquisition – tou­tes ces joyeu­se­tés géné­ra­le­ment acco­lées. Je me vois témoin assi­gné d’un pro­cès en sor­cel­le­rie, c’est-à-dire non pas une sim­ple caba­le, une ordi­nai­re bataille d’Hernani entre esthè­tes vin­di­ca­tifs… Non, il s’agit bien d’un pro­cès, qui plus est du type sta­li­nien, ou inqui­si­toi­re, ce qui est tout com­me, et par lequel un cou­pa­ble des­ti­né au bûcher – c’est déci­dé dès l’instruction – se trou­ve illi­co jeté aux flam­mes.

Autant de faits insup­por­ta­bles, rele­vant en fait du lyn­cha­ge, qui m’amènent à ten­dre une main secou­ra­ble – si tant est qu’elle soit uti­le à l’intéressé. Disons que ce ges­te m’est d’abord néces­sai­re, à moi-même, du dou­ble point de vue, intel­lec­tuel et moral.

De quel cri­me Onfray se trou­ve-t-il accu­sé et sous quels chefs d’inculpation ? – il ne s’agit déjà plus d’une « mise en exa­men ». Par­ce qu’il s’attaque à ce qui peut, après tout, être consi­dé­ré sous l’angle du dog­me reli­gieux, sinon de la sec­te la plus fer­mée… Qu’on en dis­cu­te ! Mais quoi ?, cau­ser avec un « fou rai­son­nant », un « révi­sion­nis­te », un « néo-paga­nis­te anti­ju­déo­chré­tien », un « mas­tur­ba­teur », un « can­cre », un « per­son­na­ge dou­teux » « pro­je­tant sur l’objet haï (Freud) ses pro­pres obses­sions - les juifs, le sexe per­vers, les com­plots » ?

Ces qua­li­fi­ca­tifs sont pour le moins inquié­tants, éma­nant tous de freu­diens – non, plu­tôt de freu­dis­tes, c’est-à-dire mili­tants d’une cau­se mena­cée dans ses fon­de­ments.

Que Michel Onfray s’attaque aux reli­gions en pro­fes­sant son athéis­me, voi­là qui peut pour le moins le ren­dre sus­pect ; mais après tout, les ico­no­clas­tes sont tolé­rés dans la mai­son du sei­gneur… Mais ici, ne s’agit-il pas, de s’en pren­dre à une scien­ce – quel­le scien­ce, au fait ? quel­le métho­do­lo­gie scien­ti­fi­que ? – de met­tre en cau­se des Évan­gi­les et leur Mes­sie. On peut bien dire du Christ – et on ne s’en est pas gêné, y com­pris pour le récu­pé­rer de maniè­re schis­ma­ti­que –, que c’était un anar­chis­te aimant les fem­mes, et pour­vu de mul­ti­ples autres qua­li­tés bien humai­nes et bien ordi­nai­re­ment névro­ti­ques… Mais envi­sa­ger que Freud pût être un affreux réac, voi­re un col­la­bo !…

Or, il sem­ble admis par les freu­dis­tes que tou­tes ces « tares » du Père fon­da­teur étaient avé­rées depuis bel­le luret­te… Dès lors pour­quoi en fai­re un casus bel­li et refu­ser le débat sur le fond de la psy­cha­na­ly­se ? Pour­quoi ain­si pra­ti­quer le déni his­to­ri­que et ne pas dis­cu­ter sur l’hypothèse d’Onfray selon laquel­le (Nietz­sche n’est pas loin) tou­te doc­tri­ne ou théo­rie expri­me la bio­gra­phie même de son auteur. En un sens cela revient aus­si à consi­dé­rer tout bon­ne­ment que cha­cun – cha­que être dans sa véri­té – se trou­ve résul­ter de sa pro­pre his­toi­re vécue. Affir­ma­tion aus­si bana­le que génia­le – et dont on ne sau­rait dénier à Freud le méri­te d’avoir su en explo­rer tou­te la com­plexi­té, en par­ti­cu­lier dans le domai­ne de l’inconscient.

Sex­pol spé­cial Wil­helm Rei­ch, décem­bre 1977

S’il est une cri­ti­que que l’on se devrait de por­ter à l’encontre du freu­dis­me d’aujourd’hui c’est enco­re et tou­jours cel­le de son absen­ce d’implication socia­le. Cet­te même cri­ti­que de gau­che qui avait pro­vo­qué des scis­sions dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­ti­que, dès sa nais­san­ce, à par­tir d’analyses socia­les – cel­les qui don­ne­ront nais­san­ce au freu­do-mar­xis­me, avec l’école de Franc­fort, et plus enco­re avec un Wil­helm Rei­ch s’opposant, entre autres, au concept de « pul­sion de mort » –  enfon­cé par les freu­dis­tes de choc, sous l’accusation de « folie » – ce qui nous ramè­ne à notre actua­li­té.

Il m’est arri­vé ici (ou pas loin) de repro­cher à Onfray ce que j’ai appe­lé son côté « prê­chi-prê­cha » et par­fois empê­cher de réflé­chir en paix, un peu le com­ble pour un accou­cheur phi­lo­so­phi­que. Mais je lui accor­de aus­si bien des méri­tes, com­me de secouer les tor­peurs basi­ques dans les­quel­les nos socié­tés et nos êtres s’engloutissent. Ce qui s’avère hau­te­ment salu­tai­re et donc si néces­sai­re dans nos socié­tés de croyan­ces néo-obs­cu­ran­tis­tes. Sa « très gran­de fau­te », à Michel Onfray, aurait peut-être été ici, sur ce ter­rain freu­dien, d’oppo­ser à la psy­cha­na­ly­se des argu­ments objec­ti­va­bles, de type scien­ti­fi­que, qui pour­rait pré­ten­dre remet­tre en cau­se tout effet de la cure ana­ly­ti­que. Disons que per­son­ne n’en connaît tous les « méca­nis­mes », émi­nem­ment sub­jec­tifs – même si une cer­tai­ne métho­do­lo­gie pré­tend tenir lieu de dis­ci­pli­ne. N’en va-t-il pas de même, par exem­ple, de l’homéopathie ? Elle apai­se ou gué­rit cer­tains maux, c’est un fait – effet pla­ce­bo ou pas. Com­me pour l’analyse, non ?

L’autre « fau­te » d’Onfray, tien­drait peut-être aus­si de son appro­che des médias et des jour­na­lis­tes. Cer­tes, ils sem­blent le chou­chou­ter – c’est un bon « client » qui « pas­se bien » et « fait de l’audience », puis­que polé­mi­que. Mais en même temps, les jour­na­lis­tes mon­trent vite leurs limi­tes de « tou­che à tout » de l’écume évé­ne­men­tiel­le. Ils doi­vent en ce domai­ne de la psy­ché, mar­cher sur des œufs… sans trop y entra­ver grand cho­se – pas davan­ta­ge que leurs pro­pres névro­ses, après tout. Donc, ils comp­tent les points et ne sont pas fâchés de voir cet Onfray mor­dre la pous­siè­re. Lui que, Le Mon­de 2 [2/4/2005] avait ame­né à décla­rer à pro­pos de jour­na­lis­tes jus­te­ment :

• Pour­quoi, selon vous, la bataille des idées est-elle à ce point asep­ti­sée, nor­ma­li­sée ?

– Michel Onfray : « Je vais vous dire des cho­ses désa­gréa­bles. Il fau­drait psy­cha­na­ly­ser le métier de jour­na­lis­te. C’est quand même une pro­fes­sion rem­plie de mina­bles. Il y a des gens qui font bien leur bou­lot et qui consi­dè­rent qu’ils sont des pas­seurs… » Et cae­te­ra ici.


Et interdire le voile épais… de la connerie?

Des­sin de Faber ©

Bur­qa, niqab, cer­tes… Mais ima­gi­nons le tol­lé si on avait inter­dit la sou­ta­ne en son temps glo­rieux ?! On s’en fou­tait plus ou moins, ou on bouf­fait du curé, fau­te de gri­ves. Du coup l’espèce des cor­beaux a dépé­ri et s’est même étein­te d’elle-même, sauf dans ses sau­te­ries pri­vées gen­re « chez Mgr Lefeb­vre ». Pour­tant un pan­do­re d’époque aurait pu tout autant ver­ba­li­ser pour cau­se de sécu­ri­té rou­tiè­re: va condui­re en robe lon­gue qui te pen­douille jusqu’aux péda­les de la deu­deu­che ! Sans bla­gue ! Il est vrai que condui­re sa bagno­le ou son 4x4 avec un mas­que aus­si fer­mé que le niqab c’est com­me pilo­ter un vieux char d’assaut der­riè­re la fen­te du blin­da­ge. Donc il y a des limi­tes à ne pas dépas­ser les bor­nes. Quant à inter­di­re… Et j’y pen­se, pen­dant qu’on y est, si on inter­di­sait la conne­rie ? C’est pas dan­ge­reux et inté­gris­te à la fois, ça, le voi­le épais de la conne­rie ?



Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malai­se dans nos civi­li­sa­tions. Civi­li­sées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le pro­cla­ment ? Où que l’on tour­ne le regard, le dou­te nous sai­sit. Quels repè­res, quels sens trou­ver qui indi­quent direc­tion, espoir. « Le mon­de est pour­ri, la vie est bel­le », j’aime bien cet­te paro­le de Clai­re, une copi­ne, qui ajou­tait aus­si, d’une convic­tion entiè­re, « On fait ce qu’on peut ». Ça res­sem­ble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­ten­dre ici-bas accom­plir tout son pos­si­ble ? Vrai­ment tout le pos­si­ble… C’était ma minu­te phi­lo qui m’entraîne dans la patau­geoi­re que nous appe­lons aus­si « actua­li­té », là où tout le pos­si­ble n’est jamais épui­sé. J’en prends deux bouts, les deux extré­mi­tés d’un bâton bien mer­di­que :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de gui­der… ; dans cet­te lignée, un appa­reil, celui du pou­voir reli­gieux ecclé­sias­ti­que et sa cohor­te éco­no­mi­que et hié­rar­chi­que, sous-papes et pape, l’État vati­ca­nes­que, ses suc­cur­sa­les mon­dia­li­sées pro­pa­geant la « bon­ne paro­le » – tu par­les, oui !

– De l’autre, une ten­ta­ti­ve de poli­ti­sa­tion de la scien­ce par le tru­che­ment de deux illu­sion­nis­tes média­ti­sés, Vin­cent Cour­tillot et sur­tout Clau­de Allè­gre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­tai­re d’escamoteur et chan­tre du libé­ra­lis­me « décom­plexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dis­si­mu­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, for­mes visi­bles de cet obs­cu­ran­tis­me reve­nant à l’offensive sau­va­ge dans nos temps en per­te de lumiè­res.

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont impré­gné tou­tes les stra­tes de nos socié­tés, condi­tion­nant jusqu’à nos incons­cients, notre lan­ga­ge, nos com­por­te­ments. Com­me les sys­tè­mes tota­li­tai­res, elles ont aus­si sécré­té leurs ordres poli­ciers, déployé des agents d’inquisition, enfon­cé « leur main noi­re jus­que dans le ven­tre des hom­mes » – Panaït Istra­ti en 1927 à pro­pos du sta­li­nis­me. Plus enco­re, elles ont acquis cet­te sor­te de sta­tut recon­nu d’agent cultu­rel, paten­té, celui du medium selon la ter­mi­no­lo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­ne­ments que l’animal humain y pla­ce dans la durée de son his­toi­re.

Par­tout dans le mon­de débous­so­lé, les reli­gions se sont ins­cri­tes com­me des mani­fes­ta­tions « natu­rel­les » de don­nées émi­nem­ment cultu­rel­les : les croyan­ces et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­men­cer, puis ses conti­nua­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patri­ck Tort en Fran­ce et Richard Daw­kins en Gran­de-Bre­ta­gne – ont inté­gré les com­por­te­ments reli­gieux dans les pro­ces­sus de l’évolution natu­rel­le. Je pas­se ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plu­tôt fai­re res­sor­tir les dif­fi­cul­tés énor­mes que sem­ble affron­ter le gen­re humain dans son immen­se majo­ri­té à pour­sui­vre son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­na­li­té affir­mée, et pour autant non dénuée de spi­ri­tua­li­té – au contrai­re !

Cer­tes, il fau­drait ici en appe­ler aux plus amples déve­lop­pe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frô­ler cet­te pro­blé­ma­ti­que à l’occasion des affai­res de pédo­phi­lie ecclé­sias­ti­que qu’on peut consi­dé­rer sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne tou­chait à une cri­mi­na­li­té et à ses vic­ti­mes ; il mon­tre que les curés, condam­nés à la névro­se et au refou­le­ment sexuel au nom du dog­me le plus absur­de selon lequel l’amour « nor­mal », sexua­li­té com­pri­se, contre­vien­drait au « dévoue­ment au Sei­gneur »… Faut-il avoir par­cou­ru tou­te une chaî­ne de patho­lo­gies mul­ti­ples pour accou­cher d’une tel­le héré­sie. Héré­sie elle-même fon­da­tri­ce du code géné­ral de défi­ni­tions et dénon­cia­tions de tou­tes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus enco­re du Dog­me cano­ni­que. Ain­si bou­cle-t-on des sys­tè­mes tota­li­tai­res, en reli­gion com­me en poli­ti­que, ou plus géné­ra­le­ment en idéo­lo­gie. Si on admet que les curés ne sau­raient être moins névro­sés que le res­te de la popu­la­tion – c’est l’argument qui sert de défen­se à l’Église –, outre que cela don­ne matiè­re à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chas­te­té », il ne faut pas oublier que ces « ser­vi­teurs » sont cen­sés se pré­sen­ter en paran­gon de Ver­tu, et se pré­ten­dent tels ! On a donc beau et faux jeu que de mini­mi­ser leurs cri­mes au pré­tex­te qu’ils ne seraient pas moin­dres de ceux des autres ber­gers de la socié­té, com­me les ins­ti­tu­teurs de la laï­que, sui­vez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppo­se le régi­me cas­tris­te de Cuba à une pseu­do démo­cra­tie capi­ta­lis­te. Il s’agit bien de dic­ta­tu­res, mais l’un pré­tend avoir mené son peu­ple au Para­dis socia­lis­te. Ce qui n’excuse nul­le­ment l’autre !

Second angle : Ces « ani­cro­ches » cor­res­pon­draient en som­me à d’ordinaires ano­ma­lies concer­nant des bre­bis éga­rées. Il suf­fit de les remet­tre dans le droit che­min et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plai­der cou­pa­ble », quel­ques contri­tions – vous savez ces séan­ces publi­ques, bien média­ti­sées, de par­don­na­ge impu­di­que et en lar­mes de cro­co­di­les, même les poli­ti­cards en raf­fo­lent, les patrons bri­gands enco­re plus, du moment que ça fait pas­ser les pilu­les du len­de­main… Moyen­nant quoi tout repart com­me avant et, pour ce qui est des sys­tè­mes d’aliénation reli­gieu­se, tout ren­tre dans l’ordre ecclé­sial et sur­tout sécu­lier. Amen !

Deuxiè­me bout du même bâton, donc. Il tou­che à la démar­che ration­nel­le, à la scien­ce, à la ten­ta­ti­ve de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­del­le qu’il por­te. La pen­sée construi­te – c’est-à-dire argu­men­tée et contrée avant vali­da­tion et pour­sui­te vers l’étape sui­van­te – spé­ci­fi­que de l’ani­mal humain [je tiens cet­te judi­cieu­se expres­sion de Wil­helm Rei­ch], vaut par sa capa­ci­té à éclai­rer son deve­nir ; elle impli­que une idée de mieux-être, d’avancée dans une huma­ni­té en mar­che et sou­cieu­se de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contri­bue. Sa rup­tu­re d’avec l’irrationalité reli­gieu­se repo­se sur l’ancrage pré­ci­sé­ment ter­res­tre et non céles­te, tem­po­rel et non éter­nel, réel et non contin­gent.

Elle s’écarte aus­si de la foi, soit en l’excluant com­me hypo­thè­se non ration­nel­le, soit en la relé­guant au mon­de de l’intime. Savoir et croi­re, ça fait deux. Deux états qui se confron­tent aus­si au quo­ti­dien, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­ci­le) com­mu­ni­ca­tion entre per­son­nes, notam­ment aus­si dans l’établissement de ce qu’on appel­le réa­li­té ou véri­té. Entre paren­thè­ses, le métier de jour­na­lis­te se trou­ve pré­ci­sé­ment à la croi­sée de ces états selon les­quels se consti­tuent, pour tout un cha­cun, son pro­pre rap­port au mon­de.

La Scien­ce, quant à elle et moins que tou­te acti­vi­té humai­ne, ne sau­rait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aus­si que sur­git un cli­va­ge, voi­re un schis­te : uni­fier savoir et croyan­ce par éli­mi­na­tion « natu­rel­le » de la der­niè­re ; ou bien sépa­rer les deux domai­nes, consi­dé­rer qu’ils peu­vent fonc­tion­ner sépa­ré­ment, voi­re col­la­bo­rer.

Que le dou­te se sai­sis­se du mon­de scien­ti­fi­que, ou l’interpelle com­me on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­si­té. Trop de « cer­ti­tu­des » ou de « véri­té » ne peut que nui­re à l’établissement des don­nées de la com­plexi­té. Mais un soup­çon même de croyan­ce, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démar­che scien­ti­fi­que – point d’interrogation.

Pour en reve­nir aux deux « contre­ve­nants » s’opposant au Grou­pe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je ran­ge­rais Cour­tillot dans la pre­miè­re caté­go­rie – cel­le des semeurs de dou­te quant à la Véri­té cli­ma­ti­que, sous réser­ve de vali­di­té de l’argumentation, bien sûr –, et Allè­gre dans la secon­de, évi­dem­ment, celui des mani­pu­la­teurs déli­bé­rés dont les visées peu­vent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impu­res » quant à la démar­che scien­ti­fi­que. Les 400 cli­ma­to­lo­gues qui lui volent dans les plu­mes [Le Mon­de, 2/4/10] sem­blent pos­sé­der de soli­des argu­ments. Je dis « sem­blent » car ils en pré­pa­rent une pré­sen­ta­tion pro­chai­ne. Mais indé­pen­dam­ment, il y a le per­son­na­ge même d’Allègre, for­te­ment émet­teur d’antipathie – tant de suf­fi­san­ce ubues­que ! tant d’arrivisme poli­ti­que ! Il y a aus­si et sur­tout son atti­tu­de de faus­sai­re l’ayant ame­né à fal­si­fier des don­nées scien­ti­fi­ques et des cour­bes – ce qu’il a recon­nu en « rai­son » d’« un choix édi­to­rial ». Et ce qui l’exclut du champ scien­ti­fi­que. De même lorsqu’il conclut son débat avec un éco­lo­gis­te [Yan­ni­ck Jadot, Fran­ce Inter, 31/03/10] par, en sub­stan­ce, « De tou­tes façons, la Natu­re répa­re tou­jours les dégâts des hom­mes »… – ce qui était déjà, dans les même ter­mes, le cre­do libé­ral d’un Made­lin, ou des néo-conser­va­teurs états-uniens. Dès lors, il ne res­te plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostra­da­mus à la man­que et à le ren­voyer à ses pré­dic­tions vol­ca­ni­ques et autres déli­res sur l’amiante.



  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

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