On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mis­tes détes­tent-ils autant les fem­mes ? Pour­quoi refu­sent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et déran­gent l’islam des extrê­mes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théis­tes. Le jour­na­lis­te-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du mon­de musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans dou­te par­ce qu’elles leur sont consti­tu­ti­ves. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuel­les de fem­mes fin décem­bre à Colo­gne, il accu­se le « por­no-isla­mis­me » et inter­pel­le le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Clau­de Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nis­mes de hai­ne à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tis­me assas­sin, ne va pas sans ris­ques. Sur­tout si on tou­che aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas cou­ché sur Fran­ce 2, Kamel Daoud décla­re à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­sis­te à le croi­re : si on ne tran­che pas dans le mon­de dit ara­be la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieu­se devient vita­le dans le mon­de ara­be. Il faut qu’on la tran­che, il faut qu’on la réflé­chis­se pour pou­voir avan­cer. »

Quel­ques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fis­te, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­lis­te, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­ciè­re, avec tou­tes les contrain­tes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Gran­de-Bre­ta­gne, en sait quel­que cho­se…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la pla­ce – si on peut dire – de la fem­me dans l’islam :

«Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entiè­re. Les isla­mis­tes sont obsé­dés par le corps des fem­mes, ils le voi­lent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une per­te de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sen­te la per­pé­tua­tion de la vie ? La fem­me, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­mis­me. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­gra­phes dans leur tête. (…) Quand les hom­mes bou­gent, c’est une émeu­te. Quand les fem­mes sont pré­sen­tes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la fem­me et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Mon­de (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la fem­me en islam, cet­te fois sous l’actualité brû­lan­te des évé­ne­ments de la saint-Syl­ves­tre à Colo­gne. Il pous­se son ana­ly­se sous l’angle des « jeux de fan­tas­mes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lis­me, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­ba­res ancien­nes et base du binô­me bar­ba­re-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » fem­mes, les agres­sent et les vio­lent. »

meursaultsJour­na­lis­te et essayis­te algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquê­te (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sor­te de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lip­pe Ber­ling en a tiré une piè­ce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâ­tre des Ber­nar­di­nes à Mar­seille.

Daoud ne cher­che pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plai­re à Valls ! Donc, il rejet­te cet­te « naï­ve­té », cet angé­lis­me pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa cultu­re […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piè­ge cultu­rel que résu­me sur­tout son rap­port à Dieu et à la fem­me. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­va­ge » ? Non. Jus­te dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convain­cre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vas­te uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misè­re sexuel­le dans le mon­de ara­bo-musul­man, le rap­port mala­de à la fem­me, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mu­le sa « thè­se » :

« Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, le second dans le mon­de d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La fem­me est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela déno­te un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La fem­me est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­sai­re et est donc cou­pa­ble d’un cri­me affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une per­te de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inuti­le, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­san­ce et cet­te déso­béis­san­ce est le pro­duit d’une fem­me. »

Cer­tes, une tel­le ana­ly­se, par sa fines­se et sa per­ti­nen­ce, ne ris­que pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­ti­ques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tiè­re peut être min­ce des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quel­les chan­ces d’être enten­du ? – quand il par­le – naï­ve­ment ? – de « convain­cre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­li­gne que « le sexe est la plus gran­de misè­re dans le « mon­de d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­mis­me dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mis­tes pour recru­ter leurs « fidè­les » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus pro­che du bor­del que de la récom­pen­se pour gens pieux, fan­tas­me des vier­ges pour les kami­ka­zes, chas­se aux corps dans les espa­ces publics, puri­ta­nis­me des dic­ta­tu­res, voi­le et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en ter­re d’Occident, là où la liber­té est si inso­len­te. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabri­que du vivant un zom­bie, ou un kami­ka­ze qui rêve de confon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Euro­pe pour échap­per, dans l’errance, au piè­ge social de sa lâche­té : je veux connaî­tre une fem­me mais je refu­se que ma sœur connais­se l’amour avec un hom­me. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Colo­gne est-il le signe qu’il faut fer­mer les por­tes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les por­tes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenê­tres, et cela est un cri­me contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie com­me tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lis­me qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­ti­bles à la mino­ri­té d’une délin­quan­ce, mais cela pose le pro­blè­me des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défen­dre et à fai­re com­pren­dre. Cela pose le pro­blè­me de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guer­re » ne sau­rait condui­re à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­ri­que mil­lé­nai­re par­cou­ru de reli­gions et de vio­len­ce, de conquê­tes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la fem­me et de la vie, de hai­nes et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nè­te pour­ra bien sur­gir la sages­se humai­ne ?


Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfes­seur à l’Institut uni­ver­si­tai­re de Fran­ce et à la Facul­té de méde­ci­ne de Paris-Sud, direc­teur de l’Institut de neu­ro­bio­lo­gie Alfred-Fes­sard du CNRS, un des pion­niers de la neu­roen­do­cri­no­lo­gie, Jean-Didier Vin­cent est aus­si un aven­tu­rier intel­lec­tuel et, com­me tel, un pas­seur entre des domai­nes ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne sau­rait se limi­ter au seul domai­ne du cer­veau, dont il est pour­tant un grand spé­cia­lis­te. Ses livres récents don­nent une idée de son acti­vi­té de trans­fert des connais­san­ces : Casa­no­va ou la conta­gion du plai­sir, Celui qui par­lait pres­que, La Chair et le dia­ble, La Vie est une fable, Faust : une His­toi­re natu­rel­le (tous chez Odi­le Jacob), Si j’avais défen­du Ève (Plon). Un éclec­tis­me à l’image de sa curio­si­té insa­tia­ble et de son humour à l’occasion pro­vo­ca­teur.

Paul Vey­ne se deman­dait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chré­tiens, pas de dou­te, le Christ a bel et bien res­sus­ci­té. Pâques en est la célé­bra­tion reli­gieu­se la plus fer­ven­te, sour­cée à une mytho­lo­gie païen­ne datant de la plus hau­te anti­qui­té. Il s’agissait de célé­brer le retour du prin­temps, le cycle du vivant pour les­quels l’œuf repré­sen­te le sym­bo­le de la vie. De même en est-il du liè­vre (cho­co­la­té désor­mais, com­me l’œuf…), sym­bo­le anti­que de la fécon­di­té – le con fémi­nin (cun­nus en latin), faut-il le rap­pe­ler, déri­vant de l’analogie for­mel­le avec le museau du lapin (cone­jo en cas­tillan, conill en cata­lan et en occi­tan , coni­glio, en ita­lien, etc.) Dans le chris­tia­nis­me, ils sym­bo­li­sent la résur­rec­tion du Jésus-Christ et sa sor­tie du tom­beau, com­me le pous­sin sort de la coquille avec sa pure naï­ve­té ques­tion­nan­te et éter­nel­le : quid de la pou­le ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est ques­tion d’immortalité, ques­tion exis­ten­tiel­le s’il en est et autour de laquel­le se sont gref­fées les croyan­ces reli­gieu­ses puis leurs dog­mes plus ou moins néfas­tes. De nos jours, ce sont les hal­lu­ci­nés cora­ni­ques qui détien­nent les records les plus atro­ces. La com­pé­ti­tion a tou­jours été vive dans ces domai­nes pro­pi­ces aux plus sinis­tres et mor­ti­fè­res obs­cu­ran­tis­mes, sans exclu­re les reli­gions sécu­liè­res tel­les que peu­vent être consi­dé­rés le nazis­me et le sta­li­nis­me.

Je m’égare enco­re ? Non, car il s’agit cet­te fois de l’immortalité ici-bas, cel­le qui tou­che une autre for­me de croyan­ce, liée à la tou­te-puis­san­ce (notion divi­ne) de la Scien­ce et de ses déri­vés dits tech­no­lo­gi­ques.

J’ai trop tar­dé à vous pré­sen­ter le neu­ro­bio­lo­gis­te Jean-Didier Vin­cent [voir ci-contre éga­le­ment], co-auteur avec Gene­viè­ve Fero­ne, en 2011, de l’ouvrage Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain (éd. Gras­set) 2. Livre pas­sion­nant autour de pers­pec­ti­ves inouïes et ter­ri­fian­tes, ain­si qu’on pour­ra le com­pren­dre dans le pas­sion­nant entre­tien que Jean-Didier Vin­cent a don­né au Figa­ro Maga­zi­ne, en auto­ri­sant sa repri­se sur « C’est pour dire ». En le remer­ciant vive­ment ain­si que l’intervieweur, Patri­ce De Méri­tens.

 

« L’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu’est-ce qui vous a pris d’écrire une nou­vel­le Apo­ca­lyp­se ?

Jean-Didier Vin­cent - Je n’ai rien fait d’autre qu’un voya­ge dans le futur de l’homme, et si j’ai effec­ti­ve­ment pen­sé à l’Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un tex­te sacré. J’ai eu envie de voir ce qu’il y avait dans le ven­tre de ces gens qu’on appel­le les « trans­hu­ma­nis­tes ». Ce sont des idéo­lo­gues qui visent au dépas­se­ment de l’espèce humai­ne, qu’ils consi­dè­rent com­me impar­fai­te, par une cybe­rhu­ma­ni­té. Leur rêve est celui de l’immortalité pour une créa­tu­re, pro­duit du génie de l’homme. Le mon­de actuel est entré dans une zone de for­tes tur­bu­len­ces, nous déte­nons une puis­san­ce de feu capa­ble de trans­for­mer la Ter­re en confet­tis radio­ac­tifs, l’homme est en pas­se de bri­co­ler son ADN, mais com­me nous ne pou­vons remon­ter la gran­de hor­lo­ge bio­lo­gi­que du vivant, la ten­ta­tion est gran­de du pas­sa­ge en for­ce tech­no­lo­gi­que.

Avant l’avènement du post­hu­main, nous voi­ci donc arri­vés dans une pha­se de tran­si­tion, cel­le du trans­hu­ma­nis­me. Elle répond en quel­que sor­te aux pré­oc­cu­pa­tions apo­ca­lyp­ti­ques ancien­nes où l’homme, dépas­sant la créa­tu­re réagis­sant aux misè­res qui lui sont infli­gées par son créa­teur, ne comp­te plus que sur lui-même et sur les tech­no­lo­gies qu’il a su déve­lop­per pour fai­re face à la gran­de cri­se qui frap­pe l’ensemble de la bio­sphè­re. Les trans­hu­ma­nis­tes ne sont pas une sec­te, mais un grou­pe de pres­sion qui uti­li­se pour ses des­seins le concept de conver­gen­ce des nou­vel­les tech­no­lo­gies : les NBIC : nano­tech­no­lo­gies (N), bio­tech­no­lo­gies (B), infor­ma­ti­que (I) et scien­ces cog­ni­ti­ves (C). En fai­sant conver­ger sur des pro­jets com­muns les moyens théo­ri­ques et tech­ni­ques de ces qua­tre champs dis­ci­pli­nai­res, on espè­re obte­nir des résul­tats supé­rieurs à la som­me de ceux obte­nus par cha­cun d’eux iso­lé­ment. On peut aus­si s’attendre à l’émergence d’observations inat­ten­dues. Pour vous fai­re appré­hen­der ce qu’est la conver­gen­ce, j’utiliserai cet­te méta­pho­re peut-être un peu vio­len­te : vous fai­tes col­la­bo­rer un for­ge­ron avec un menui­sier et ils vous construi­sent une croix pour cru­ci­fier le Christ...

  • Où sont les trans­hu­ma­nis­tes et com­ment tra­vaillent-ils ?

– Leur mou­ve­ment est for­te­ment implan­té aux Etats-Unis, il a essai­mé en Euro­pe, notam­ment au Royau­me-Uni et en Alle­ma­gne. Nous n’en avons qu’un fai­ble contin­gent en Fran­ce. Leur « pape » est un Sué­dois, pro­fes­seur à Oxford, Nick Bos­trom. Il est loin de m’avoir fas­ci­né. En revan­che, j’ai ren­con­tré dans la Sili­con Val­ley (que j’appelle la « val­lée de la pou­dre »), pas mal de beaux esprits ain­si qu’une col­lec­tion d’originaux. Leur pro­jet d” « humains aug­men­tés » remet en cau­se la défi­ni­tion tra­di­tion­nel­le de la méde­ci­ne fon­dée depuis Fran­cis Bacon sur la répa­ra­tion du corps et le sou­la­ge­ment de la souf­fran­ce. Le trans­hu­ma­nis­me aspi­re non seule­ment à empê­cher l’homme d’être mala­de, mais à le ren­dre « incas­sa­ble ». Ain­si, par exem­ple, l’informatique asso­ciée à la bio­lo­gie molé­cu­lai­re abou­tit à la bio-infor­ma­ti­que, qui per­met de décryp­ter les géno­mes et les lois de la vie avec une acui­té, une per­ti­nen­ce, et une effi­ca­ci­té pro­di­gieu­ses – l’exponentiel étant le mot clé ! Les scien­ces cog­ni­ti­ves, quant à elles, per­met­tent de modi­fier le cer­veau, avec notam­ment les implants. La seule bar­riè­re de com­mu­ni­ca­tion entre le cer­veau et la machi­ne demeu­re nos sens, avec leurs orga­nes récep­teurs qui ser­vent d’intermédiaires. Si ces der­niers sont absents par la nais­san­ce ou par la mala­die, ils peu­vent être rem­pla­cés par des appa­reils élec­tro­ni­ques implan­tés direc­te­ment au contact des voies sen­so­riel­les à l’intérieur du cer­veau. Voi­ci venu le temps des cyborgs ! Cet ensem­ble va don­ner des pou­voirs dont le pre­mier béné­fi­ciai­re est d’ores et déjà l’armée amé­ri­cai­ne, avec la Dar­pa (Defen­se Advan­ced Resear­ch Pro­jects Agen­cy), prin­ci­pa­le sour­ce de sub­ven­tions de ces recher­ches.

Éma­na­tion de la recher­che mili­tai­re états-unien­ne, ce robot bes­tial, hol­ly­woo­dien et ter­ri­fiant.

Ain­si se des­si­ne le pro­jet d’un nou­vel humain, pas tout à fait enco­re homo novus, mais sapiens sapiens aug­men­té, non plus dans le cadre de la natu­ra natu­rans de Des­car­tes, mais dans celui du per artem arte­fact. L’augmentation des capa­ci­tés per­met­tant en tou­te logi­que l’augmentation de la vie dans ses fonc­tions et sa durée.

  • Vous avez par­lé d’immortalité pour une créa­tu­re, pro­duit du génie de l’homme...

– Ce qui ne signi­fie nul­le­ment l’immortalité de l’homme lui-même. « La vie c’est la mort, la mort c’est la vie », disait Clau­de Ber­nard – et il n’y a pas de pro­ces­sus de vivant sans pro­ces­sus de mort asso­cié. Grâ­ce à la bio­lo­gie molé­cu­lai­re, aux nano­tech­no­lo­gies, aux neu­ro­tech­no­lo­gies, la durée de la vie sera pro­lon­gée. Sans être du domai­ne quan­ti­que (une réa­li­té abs­trai­te), la nou­vel­le matiè­re inter­mé­diai­re inac­ces­si­ble au visi­ble, créée par les nano­tech­no­lo­gies, per­met­tra d’intervenir sur la san­té en tou­chant des cibles à l’intérieur du corps. On pour­ra entrer dans la cel­lu­le mala­de et, par exem­ple pour les can­cers, appli­quer des thé­ra­peu­ti­ques aux­quel­les on ne pou­vait pas soup­çon­ner d’avoir un jour accès. Cer­tains pro­duits com­men­cent déjà à béné­fi­cier de ces décou­ver­tes. Sous for­me nano­mé­tri­que, au mil­liar­diè­me de mètre, la matiè­re prend des pro­prié­tés extra­or­di­nai­res. C’est ain­si que l’or, métal impas­si­ble, chan­ge de cou­leur sous for­me de nano­par­ti­cu­les. Quand il rou­git, il devient toxi­que et atta­que l’oxygène. C’est sur­tout à par­tir du car­bo­ne que l’on obtient des matiè­res excep­tion­nel­les, par exem­ple pour des fils des­ti­nés aux ascen­seurs spa­tiaux, dont la résis­tan­ce sera 1 000 fois supé­rieu­re à cel­le d’un métal de même dimen­sion. Mêlez à cet­te révo­lu­tion tech­no­lo­gi­que les pro­grès de la bio­tech­no­lo­gie, et nous devien­drons de nou­veaux humains. Le clo­na­ge per­met­tra le tria­ge d’embryons, l’élimination com­me l’ajout de cer­tains gènes ; on fera même des Fran­ken­stein réus­sis – des chi­mè­res, au strict sens du mot.

  • Avec quel­les consé­quen­ces ?

– Sans même évo­quer les ques­tions d’éthique, aux­quel­les il serait bon de réflé­chir en amont, les consé­quen­ces sur le plan social ris­quent d’être par­ti­cu­liè­re­ment des­truc­tri­ces. Le sexe n’ayant plus d’importance, que res­te­ra-t-il de nos amours ? Com­plè­te­ment sépa­rés de la repro­duc­tion, que vont deve­nir le désir, l’érotisme - la cultu­re elle-même qui est tou­jours, peu ou prou, sexuel­le ? Il fau­dra enter­rer solen­nel­le­ment le Dr Freud ! Épi­cu­re dit que l’âme est le cri de la chair, mais jus­te­ment, il faut que la chair souf­fre, qu’elle jouis­se, qu’elle éprou­ve de l’affect, qui est le fon­de­ment de l’humain. Nous som­mes des êtres duels. Le jour où l’on par­vien­dra à pro­vo­quer le plai­sir par la libé­ra­tion d’ocytocine dans le cer­veau, autre­ment dit pro­vo­quer un orgas­me arti­fi­ciel avec une puce implan­tée dans la région ad hoc du cer­veau, qu’adviendra-t-il d’une socié­té deve­nue exclu­si­ve­ment ona­nis­te ? Où sera le sou­ci de la des­cen­dan­ce ? Quel­le sera cet­te socié­té sans amour, douée de rai­son et de mul­ti­ples qua­li­tés sélec­tion­nées pour construi­re les humains ?

  • Une socié­té effi­ca­ce... c’est pres­que ten­tant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heu­reu­se­ment pas. Dans la pers­pec­ti­ve d’une huma­ni­té aug­men­tée, « mort à la mort » n’en demeu­re pas moins un pro­gram­me de recher­che réa­li­sa­ble. Il suf­fi­ra de neu­tra­li­ser les ensem­bles géné­ti­ques qui cau­sent notre per­te, et le sui­ci­de ou l’accident sera le seul moyen de rem­plir les cime­tiè­res. Nous serons donc cas­sa­ble mais non mor­tels, tout com­me ces ser­vi­ces de vais­sel­le héri­tés des grands-parents qui finis­sent par être détruits avant d’être usés. Clo­na­ge et « amor­ta­li­té » seront réser­vés aux puis­sants, la repro­duc­tion demeu­rant la spé­cia­li­té des hum­bles. Mais si la pos­si­bi­li­té de ne pas mou­rir est offer­te à tous, pau­vres et riches, alors, selon la loi de l’offre et la deman­de, le coût de la mort devien­dra exor­bi­tant : offrez la vie éter­nel­le, la mort devien­dra pré­cieu­se. Au cours de mon voya­ge en trans­hu­ma­nie, j’ai ren­con­tré un pro­phè­te et grand mathé­ma­ti­cien nom­mé Elie­zer Yud­kows­ky, qui ne déses­pè­re pas de créer des algo­rith­mes grâ­ce aux­quels on pour­ra intro­dui­re dans les cer­veaux de la pen­sée nou­vel­le et des capa­ci­tés de concep­tua­li­sa­tion, pour l’heure inima­gi­na­bles. Pen­ser l’impensable ! Mais que sera l’impensable dès lors que nous n’aurons plus l’angoisse de la mort et de l’au-delà, sur quoi se construit la méta­phy­si­que ? Frus­trés à l’origine, frus­trés à l’arrivée ! Nous serons conçus par l’opération du Saint-Esprit (si ce n’est qu’il n’y a plus d’esprit), sans plus avoir à s’en sou­cier puis­que nous serons immor­tels. C’est trop beau pour être vrai, et pro­pre­ment incon­ce­va­ble.

  • Oui, si l’on s’en tient à l’imbrication de la vie et de la mort selon Clau­de Ber­nard, mais ce prin­ci­pe ne ris­que-t-il pas un jour d’être tech­ni­que­ment obso­lè­te ?

– Est-ce fan­tas­mer de pen­ser que l’espèce humai­ne ne peut durer que si elle demeu­re mor­tel­le ? La mort sup­pri­mée revien­drait à sa néga­tion. Sans même évo­quer les pro­blè­mes maté­riels que pose­rait l’immortalité : asphyxie numé­ri­que, sur­vie ali­men­tai­re, ané­mie spi­ri­tuel­le en cas de nume­rus clau­sus – sans comp­ter l’ennui ! –, j’oppose à la mort une vir­tuel­le immor­ta­li­té, cel­le de la « com­mu­nion des saints » : vous n’êtes immor­tel que dans la mesu­re de l’amour du pro­chain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gar­de­ra dans la mémoi­re du vivant. Que signi­fie la lon­gé­vi­té des patriar­ches ? Mathu­sa­lem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien enco­re Abra­ham, 175 ans, alors qu’il y eut peut-être cin­quan­te Mathu­sa­lem, tren­te Enoch, dix Abra­ham qui se suc­cé­dè­rent. Ce qui appa­raît com­me un mythe relè­ve de la com­mu­nion des saints : Abra­ham, pas­sé dans un autre Abra­ham, etc. C’est ain­si que l’humanité évo­lue, conser­vant ses pro­pres tra­ces dans l’inconscient col­lec­tif, pour repren­dre une expres­sion qui sent un peu la psy­cha­na­ly­se. J’espère bien qu’un peu de moi sur­vi­vra dans d’autres qui m’auront enten­du, que j’aurai aimés et qui m’auront aimé.

Aug­men­tons donc la vie de l’homme, sup­pri­mons tous ses han­di­caps, notam­ment ceux de la vieilles­se odieu­se, sou­vent relé­guée dans les hos­pi­ces, cela ne peut qu’améliorer la bon­té de l’homme. Vain­cre cet­te for­me de pré-mort est la vraie vic­toi­re. Mais si nous n’aspirons qu’à la valeur exis­ten­tiel­le d’une vais­sel­le de famil­le, cet­te immor­ta­li­té-là ne me séduit guè­re. Sans comp­ter que le trans­hu­ma­nis­me est une idéo­lo­gie por­teu­se d’espérances dou­teu­ses...

  • Que vou­lez-vous dire ?

– En matiè­re mili­tai­re, un seul sol­dat serait capa­ble de détrui­re une popu­la­tion enne­mie. Ques­tion d’équipement : avec sa smart­dust (pous­siè­re com­mu­ni­can­te élec­tro­ni­que), son exos­que­let­te, son corps auto­ré­pa­ra­ble, des nano­bots (robots nano­mé­tri­ques) capa­bles d’envahir l’adversaire sans qu’il s’en ren­de comp­te, des dro­nes et des chars d’assaut pilo­tés par la pen­sée... La qua­triè­me tech­no­lo­gie, cel­le du cer­veau, trai­te de l’interface cer­veau-machi­ne : si vous per­dez un bras, il sera rem­pla­cé par un exo­bras méca­ni­que auto­ré­gu­lé. Pour vous en ser­vir, vos ordres seront envoyés à par­tir des don­nées enre­gis­trées par des élec­tro­des dans votre cer­veau et trans­mis par voie de com­mu­ni­ca­tion d’ordinateurs.

  • Une part de cet­te scien­ce demeu­re donc hau­te­ment posi­ti­ve. L’homme ne ris­que-t-il pas d’être dépas­sé par sa créa­tion ?

C’est pour­quoi il est essen­tiel que des pro­grès non tech­no­lo­gi­ques s’accomplissent paral­lè­le­ment dans l’humain. L’homme est de tous les ani­maux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l’homme, c’est ins­crit dans sa phy­sio­lo­gie. L’autre lui est néces­sai­re pour appren­dre à par­ler, com­mu­ni­quer, vivre. Il est en même temps uni­que : pas un indi­vi­du ne res­sem­ble inté­gra­le­ment à un autre. Mais le trans­hu­ma­nis­me ris­que de nous indui­re en ten­ta­tion d’une plus gran­de uni­for­mi­té, qui nous ferait régres­ser au mon­de des abeilles. Quel­ques indi­vi­dus aux super capa­ci­tés pour­raient pren­dre le pou­voir, com­me dans les fic­tions d’Orwell et plus exac­te­ment d’Hux­ley, qui a par­fai­te­ment pres­sen­ti le phé­no­mè­ne dans Le Meilleur des mon­des. D’où le sou­ci de l’entraide : l’attention à l’autre, tel­le est la mora­le des anar­chis­tes. D’où, éga­le­ment, la néces­si­té de retrou­ver une orga­ni­sa­tion de socié­té fonc­tion­nant plu­tôt sur le mode local, uti­li­sant les gran­des tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion pour éta­blir des liens entre les grou­pes, tout en per­met­tant d’intégrer les indi­vi­dus. Dès lors que nous ne réin­ven­te­rons pas l’économie – non plus que ce dont nous som­mes morts, c’est-à-dire la dan­ge­reu­se vir­tua­li­té du capi­tal, qui per­met de fai­re n’importe quoi –, nous revien­drons au contact du réel pour recons­trui­re des socié­tés fon­dées sur la com­mu­nion entre les humains.

  • On voit resur­gir ici le phi­lo­so­phe anar­chis­te. Vous avez poin­té le bout de l’oreille en évo­quant la mora­le...

– Que vou­lez-vous, je ne peux m’empêcher de prê­cher l’amour entre les hom­mes. Je suis un athée abso­lu en même temps qu’un chré­tien irré­cu­pé­ra­ble. Cet­te reli­gion qui tour­ne radi­ca­le­ment le dos au Dieu de l’Ancien Tes­ta­ment est fon­dée sur l’incarnation. Dieu est hom­me. C’est nous. Avec ce mes­sa­ge essen­tiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aus­si celui des anar­chis­tes. Pas les poseurs de bom­bes, com­me les ter­ro­ris­tes rus­ses avec leur goût du néant, mais des pen­seurs com­me Kro­pot­ki­ne, ou Éli­sée Reclus, l’anarchie pour eux étant la for­me supé­rieu­re de l’ordre, qui s’établit dès l’instant où l’amour règne dans un grou­pe humain. 3

  • Pour autant, vous nous par­lez ici d’une socié­té vir­tuel­le...

Mais c’est la socié­té actuel­le qui est vir­tuel­le, on le voit cha­que jour avec la cri­se finan­ciè­re ! La socié­té futu­re repo­se­ra quant à elle sur la tech­no­lo­gie, ins­cri­te dans une maté­ria­li­té. Si l’on suit le prin­ci­pe qui veut que l’on ne connais­se que ce que l’on a fabri­qué, l’Apocalypse n’est pas pro­mes­se de mal­heur, mais d’une nou­vel­le Jéru­sa­lem. Le mot, qui signi­fie « révé­la­tion », dévoi­le à la fois la méchan­ce­té du mon­de et les ris­ques qu’il court. Les trans­hu­ma­nis­tes sont donc à pren­dre com­me des sor­tes d’éclaireurs, dont on appré­cie­ra les idées avec cir­cons­pec­tion. Il ne faut pas les lais­ser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les lais­ser fai­re n’importe quoi. Par­mi eux, on trou­ve une col­lec­tion incal­cu­la­ble d’imbéciles, et quel­ques génies illu­mi­nés. Ils ne peu­vent être nui­si­bles que dans la mesu­re où ils sont un grou­pe de pres­sion. A contrô­ler ! Sachant que les pires trans­hu­ma­nis­tes sont mal­heu­reu­se­ment les mili­tai­res – et cer­tains méde­cins qui, quel­que­fois, ne valent pas plus cher.

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1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination consti­tuan­te. Paul Vey­ne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain, par Gene­viè­ve Fero­ne et Jean-Didier Vin­cent, Gras­set, 288 p., 17,50 €. Gene­viè­ve Fero­ne, direc­tri­ce du déve­lop­pe­ment dura­ble du Grou­pe Veo­lia Envi­ron­ne­ment, est l’auteur chez Gras­set de 2030. Le kra­ch éco­lo­gi­que (2008).

3.  L’Entraide, un fac­teur de l’évolution, est un essai de l’écrivain anar­chis­te rus­se Pier­re Kro­pot­ki­ne paru durant son exil à Lon­dres en 1902. Déter­mi­nant dans la théo­rie anar­chis­te, le concept d’entraide l’est aus­si pour Char­les Dar­win qui le déve­lop­pe, non pas dans L” Ori­gi­ne des espè­ces (1859), mais dans La Des­cen­dan­ce de l’Homme (1871), ouvra­ge dans lequel il s’attarde sur la notion d’altruisme chez l’humain et aus­si dans le mon­de ani­mal, le rat­ta­chant à sa théo­rie de l’évolution. Ce livre s’inscrit en faux contre la notion de « dar­wi­nis­me social » qui lui sera pos­té­rieu­re, contre­sens déli­bé­ré inven­té par les tenants du libé­ra­lis­me. [Note de GP]


Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient par­lent plus fort que le p’tit Nico­las, frin­gant sémi­na­ris­te… On en apprend de bel­les, sur le site des Inrocks, à pro­pos de  la vie sexuel­le des prê­tres, tel­le qu’exposée dans l’émission de télé domi­ni­ca­le le Jour du sei­gneurconsa­crée à l’Assemblée plé­niè­re des évê­ques de Fran­ce. Ou com­ment un lap­sus a rui­né la pres­ta­tion – mais pas la car­riè­re, au contrai­re ! – du jeu­ne sémi­na­ris­te. 

Mer­ci au caf­teur, l’ami Ber­nard Lan­glois !


À Brescia (Italie). Un pèlerin de 20 ans tué par la croix papale

Mer­ci au « frè­re Jef », d’une obé­dien­ce concur­ren­te, d’avoir relayé ce cas de déca­no­ni­sa­tion datant  de ce 25 avril 2014, l’avant-veille de l’apopthéose papis­te au Vati­can. Un pèle­rin de 20 ans a été tué par la sta­tue (600 kg) de Jean-Paul II qui s’est effon­drée. Le dra­me a eu lieu à Bres­cia, en Ita­lie apos­to­li­que et romai­ne > cf com­men­tai­re dans Valls, ou la laï­ci­té au bout du canon


Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Dide­rot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Lou­vre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, sui­vez-moi, j’emprunte sans tar­der le bou­le­vard Dide­rot, puis celui de la Bas­tille, pour tra­ver­ser le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamar­ck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jar­din des Plan­tes et, par­cou­rant l’allée Buf­fon, me voi­ci à la Gran­de gale­rie de l’Évolution.Vous en connais­sez beau­coup, vous, des endroits de la pla­nè­te où, en un demi-kilo­mè­tre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Dide­rot, salut Denis !

Je m’étais pro­mis d’écrire ce modes­te hom­ma­ge à l’occasion du trois cen­tiè­me anni­ver­sai­re de sa nais­san­ce. Il est né à Lan­gres le 5 octo­bre 1713 (je sais, on est en décem­bre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la cou­tel­le­rie fami­lia­le, mais tout ça se trou­ve à por­tée de clics, en maints endroits de la vas­te toi­le et en par­ti­cu­lier sur Wiki­pé­dia, fille tech­ni­que­ment magni­fiée de sa déjà gran­dio­se ancê­tre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Dide­rot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cin­quan­te autres contri­bu­teurs, éru­dits et pion­niers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­ti­que contre des adver­sai­res et cen­seurs farou­ches ; ain­si la condam­na­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catho­li­ques, sous pei­ne d’excommunication, de brû­ler les exem­plai­res en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­tu­re éco­no­mi­que qui mobi­li­sa un mil­lier d’ouvriers pen­dant vingt-qua­tre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre monu­men­ta­le, au plein sens, un pas déci­sif mené contre l’obscurantisme domi­nant dans ce siè­cle qu’on appel­le­rait « des Lumiè­res ». Une oeu­vre qui conti­nue à nous éclai­rer, depuis plus de deux cent cin­quan­te ans, non pas tant direc­te­ment par ses conte­nus désor­mais en par­tie dépas­sés, que par la démar­che et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, com­me pivot de cet­te pre­miè­re ren­con­tre, due à l’école de la Répu­bli­que, son héri­tiè­re direc­te !

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Anna Kari­na dans le film de Rivet­te (1967)

Deuxiè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et fil­mi­que, quand Jac­ques Rivet­te adap­te La Reli­gieu­se en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Pey­re­fit­te, minis­tre de l’Information de de Gaul­le, et sur déci­sion de son secré­tai­re d’État Yvon Bour­ges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­bu­tion et à l’exportation. Autant dire condam­né. André Mal­raux, cepen­dant, alors minis­tre de la cultu­re, sou­tient la pré­sen­ta­tion du film à Can­nes… Ram­dam géné­ral de la réac­tion bigo­te. Le film sort à Paris dans cinq sal­les et enre­gis­tre 165 000 entrées en cinq semai­nes, tan­dis que le roman de Dide­rot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédi­té plu­sieurs fois. J’en pro­fi­te aus­si, décou­vrant une œuvre bou­le­ver­san­te, nul­le­ment sul­fu­reu­se com­me les ligues cathos avaient vou­lu le fai­re croi­re, mais assu­ré­ment contre le sys­tè­me d’enfermement dans les cou­vents. La Reli­gieu­se est une ode à la liber­té de choi­sir son des­tin. Une nou­vel­le adap­ta­tion – très réus­sie – est sor­tie en 2013 (film de Guillau­me Nicloux avec Pau­li­ne Étien­ne).

Troi­siè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et théâ­tra­le, avec la ver­sion de Jac­ques le fata­lis­te et son maî­tre, don­née par Milan Kun­de­ra (sous le titre Jac­ques et son maî­tre), piè­ce mon­tée notam­ment au Coli­bri à Avi­gnon, dans une remar­qua­ble mise en scè­ne dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scè­ne Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­triè­me éta­pe et on en res­te­ra là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Dide­rot à la Pléïa­de, cet­te col­lec­tion sur papier bible, qui se prê­te­rait à la dévo­tion si on n’y pre­nait gar­de… S’y trou­vent ras­sem­blés des tex­tes magni­fi­ques à hau­te por­tée phi­lo­so­phi­que, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de pro­mes­ses inépui­sa­bles – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voya­ge de Bou­gain­vil­le, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un phi­lo­so­phe avec la maré­cha­le de ***,  De la suf­fi­san­ce de la reli­gion natu­rel­le, La Pro­me­na­de du scep­ti­que, Para­doxe sur le comé­dien, Regrets sur ma vieille robe de cham­bre…

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Mathé­ma­ti­cien, phi­lo­so­phe, Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783), son grand com­pli­ce de

Au sens ori­gi­nel de l’expression « liber­tin d’esprit », Dide­rot peut  en effet être consi­dé­ré com­me un liber­tin ; c’est-à-dire un libre pen­seur qui remet en cau­se les dog­mes éta­blis et s’affranchit en par­ti­cu­lier de la méta­phy­si­que et de l’éthique reli­gieu­se. Dide­rot pro­fes­se un maté­ria­lis­me assu­ré et un athéis­me serein, qui lui vau­dront tout de même d’être empri­son­né trois mois au don­jon de Vin­cen­nes en 1749 sui­te à la publi­ca­tion de la Let­tre sur les aveu­gles. Invo­quant la connais­san­ce, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puis­se pren­dre par­ti sur l’intelligence suprê­me, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matiè­re et ses pro­prié­tés […] ? » Mais pour autant, amou­reux de la scien­ce, il redou­te le scien­tis­me et un ratio­na­lis­me qui assé­che­rait les pas­sions et la part de spi­ri­tua­li­té chez l’homme.

Autant de ques­tion­ne­ments qui nour­ris­sent des dia­lo­gues les plus sub­tils, dans une dia­lec­ti­que où il ne craint pas, com­me dans Le Neveu de Rameau en par­ti­cu­lier, de s’interpeller, de se met­tre en contra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pous­ser dans ses ulti­mes retran­che­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses bos­ses à la cru­di­té… des lumiè­res.

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* Des habi­tants de Bour­ges ont pro­po­sé de débap­ti­ser leur vil­le pour l’appeler « Dide­rot » ou « Rivet­te » !

> > > Écou­ter  « Les Murs indis­crets »» sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Gui­chard. Lire au même endroit la Let­tre sur les aveu­gles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…



Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte

« NEWBURGH, N.Y.

« Un hom­me qui avait dû être ampu­té d’une jam­be après la chu­te d’un cru­ci­fix de 273 kg a por­té plain­te contre l’église. Le pro­cès doit avoir lieu en jan­vier 2013, a annon­cé Me Kevin Kit­son, son avo­cat.

 

« La vic­ti­me, David Jime­nez, avait prié devant le cru­ci­fix pla­cé à l’extérieur de l’église Saint-Patri­ck à New­burgh, dans l’État de New York, car un can­cer des ovai­res avait été diag­nos­ti­qué à son épou­se. Après la gué­ri­son de cet­te der­niè­re, David Jime­nez avait vou­lu mon­trer sa gra­ti­tu­de en net­toyant la croix. En mai 2010, le cru­ci­fix s’était écra­sé sur sa jam­be droi­te, qui avait ensui­te dû être cou­pée, a racon­té Me Kit­son.

 

« David Jime­nez deman­de trois mil­lions de dol­lars à l’église, qui affir­me ne pas être res­pon­sa­ble. »

 

Cet­te dépê­che d’Asso­cia­ted Press, repri­se sans com­men­tai­res par La Pres­se de Mont­réal du 7 novem­bre 2012, lais­se en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajou­té non plus si ça ne me gra­touillait pas autant…

 

Com­me la fou­dre qui s’abat sur un clo­cher, ça ne lais­se d’interpeller, non ? Et cet­te his­toi­re de la vieille tan­te du copain : par­tie vaillan­te en train pour un pèle­ri­na­ge à Lour­des, la voi­là qui revient sur une civiè­re. Son pied avait rou­lé sur un cier­ge. L’anti-miracle, ça arri­ve aus­si.

 

Doublée des meilleures intentions et de l'esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu "Hara Kiri", paix à son âme, m'a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

Dou­blée des meilleu­res inten­tions et de l’esprit… pra­ti­que, cet­te pieu­se ima­ge datant de feu « Hara Kiri », paix à son âme, m’a été adres­sée par frè­re Daniel, un saint hom­me et ami de lon­gue date.

J’en pro­fi­te pour pas­ser au rayon Scien­ces. J’écoutais hier avec grand inté­rêt les pro­pos radio (Fran­ce inter) d’Etien­ne Klein, phy­si­cien, phi­lo­so­phie des scien­ces. « Pen­ser l’origine » (du mon­de, ajou­te­rait Gus­ta­ve Cour­bet, qui voyait « la cho­se » à cour­te dis­tan­ce cos­mi­que, quoi­que…), une sor­te d’impasse dont on ne peut même pas ima­gi­ner le bout. Pen­ser la fin, c’est ima­gi­ner le non-être, en défi­nir les contours et les pro­prié­tés, qu’il ne sau­rait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une apo­rie, com­me on dit en hau­te sphè­re.

 

On ne peut voir le bout du tun­nel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cau­se » le fameux big bang, non pas com­me hypo­thè­se, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matiè­re et de l’énergie « noi­res » – invi­si­bles et pour­tant pro­ba­bles ? Et si la théo­rie de la rela­ti­vi­té géné­ra­le demeu­re vala­ble, elle ne s’appliquerait qu’à la seule éner­gie de la gra­vi­ta­tion, et pas aux trois autres connues : élec­tro­ma­gné­ti­que, nucléai­re fai­ble, nucléai­re for­te. La ques­tion de l’origine est donc, par excel­len­ce, ce qu’on appel­le une ques­tion ouver­te. Gran­de ouver­te sur l’in-connaissance. Une ivres­se. Com­me cel­le de la foi des croyants ?

Tou­jours est-il que les scien­ces m’enivrent. À la nôtre !


Rome et Roms. Sarkozy ou l’art de bien cirer les mules du pape

Ce pré­si­dent-là, qui esti­me plus un curé qu’un ins­ti­tu­teur, est donc allé cirer les mules du pape – pour ne pas dire plus vul­gai­re. Aller à Rome régler une (sale) his­toi­re de Roms et pour se fai­re par­don­ner  les offen­ses por­tées à cet­te Fran­ce catho, bien pen­san­te d’ordinaire et cepen­dant aujourd’hui tarau­dée dans son sar­ko­zys­me, y a-t-il plus vul­gai­re en poli­ti­que ?

Eh bien oui, il y a  ! Ain­si lors de l’échange des cadeaux (ça se fait) : si on en croit le cor­res­pon­dant à Rome de Fran­ce Inter [8/10/10], Eric Val­my­re, Sar­ko­zy l’intello a offert au pape une édi­tion d’époque du Génie du chris­tia­nis­me et des Mémoi­res d’outre-tombe de Cha­teau­briand. Ça le repo­se­ra des mis­sels. En retour, vei­nard, il a reçu du pape une faïen­ce et une gra­vu­re repré­sen­tant la pla­ce Saint-Pier­re. Ravi, le « cha­noi­ne d’honneur », ain­si bap­ti­sé en 2007 à Saint-Jean de Latran…, en a pro­fi­té pour deman­der une peti­te ral­lon­ge, un pour­li­che, une aumô­ne : un cha­pe­let sup­plé­men­tai­re pour sa niè­ce… Oh que c’est tou­chant ! Et car­ré­ment vul­gos. Com­me d’avoir ame­né des invi­tés sup­plé­men­tai­res à la visi­te de Las­caux. Ah ! ces petits coups de pis­ton et grands coups de canif dans la fonc­tion pré­si­den­tiel­le. On ne le refe­ra pas. Dans un sens c’est aus­si bien ain­si. Tant qu’à devoir le gar­der, que ce soit dans son entiè­re­té.

PS. Et il l’a eu, son cha­pe­let en rab’, ain­si qu’en attes­te l’agence AP : « Le secré­tai­re per­son­nel du pape, Mgr Georg Gäns­wein, s’est char­gé d’aller en cher­cher un et de l’apporter à Nico­las Sar­ko­zy. »


Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier à Glasgow

Après la mes­se, les « just mar­ried » rega­gnant leur papa­mo­bi­le pour une des­ti­na­tion secrè­te. Ph. ♋ x.

C’est en Écos­se, à Glas­gow, qu’Eli­sa­be­th et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pour­tant pas radi­né: 70 000 invi­tés à la céré­mo­nie, emprein­te de sim­pli­ci­té et d’émotion, dou­blée d’une mes­se ras­sem­blant les parents et amis de cha­que famil­le, les Deux et les Sei­ze. Si le cou­ple se mul­ti­plie, il aura tren­te-deux des­cen­dants – ce qui est consi­dé­ra­ble, sur­tout à cet âge. S’il se divi­se, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas via­ble) à 16 : 2 = 8 (enco­re trop). Parions plu­tôt sur l’avenir radieux de ce cou­ple uni sous les meilleurs hos­pi­ces [je sais, c’est exprès !].

Retrans­mi­se en direct sur TF1, la céré­mo­nie a bien sûr été com­men­tée par Boris Zitro­ne (l’arrière petit-fils), lequel, citant les Évan­gi­les en latin, anglais, alle­mand et rus­se (sous-titré en VF), a rap­pe­lé qu’il ne suf­fi­sait pas de fai­re des enfants, enco­re fal­lait-il les met­tre à l’abri des curés pédo­phi­les. Et à ce pro­pos, il a repris les tou­tes fraî­ches paro­les pro­non­cées à West­mins­ter par Benoît Sei­ze, très au fait des actua­li­tés : « L’Eglise n’a pas été assez vigi­lan­te ». Cer­tes, a sèche­ment ponc­tué le com­men­ta­teur vedet­te de la chaî­ne qui, ensui­te, dans ce sty­le inimi­ta­ble, c’est-à-dire sua­ve­ment ampou­lé, s’est com­plu à sou­li­gner les tenues des « just mar­ried » : « Pour l’élue, casa­que et toque de soie d’un déli­cat vert vieil-angli­can ; mocas­sins som­bres. Pour Lui, par des­sus le kilt ral­lon­gé, casa­que et toque d’un blanc légè­re­ment beur­re-frais tran­chant sur le rou­ge « grand fou, va ! » de ses babou­ches ».

En som­me, une céré­mo­nie d’un goût exquis, ras­sem­blant sur moins d’un mètre car­ré et tout jus­te en un feuillet dac­ty­lo une dose concen­trée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien pri­mai­res. Ouah, que ça fait du bien !


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeû­ne pen­dant le rama­dan, Hoci­ne Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­nai­res d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizai­ne d’autres cas sem­bla­bles se sont éga­le­ment pro­duits en Kaby­lie.

Sur­pris en train de boi­re de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensui­te par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tien­ne, incar­nent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­ta­les en Algé­rie.

Une chaî­ne de sou­tien inter­na­tio­na­le s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racis­me, une ONG suis­se, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pac­te inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­ti­ques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matiè­re reli­gieu­se, demeu­re une cala­mi­té mon­dia­le. Tan­dis que la tolé­ran­ce poli­ti­que, para­doxa­le­ment, com­me aux Etats-Unis, conduit au déli­re spec­ta­cu­lai­re le pas­teur Ter­ry Jones et son grou­pe inté­gris­te de « brû­leurs de Coran », en Flo­ri­de. Ce fléau est aus­si vieux que le mon­de des croyan­ces exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoi­re, la com­bien emblé­ma­ti­que affai­re du che­va­lier de la Bar­re, ce jeu­ne hom­me mort dans les plus atro­ces tor­tu­res. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sa­ge d’une pro­ces­sion reli­gieu­se. Ça s’est pas­sé à Abbe­vil­le, en 1766 [affai­re évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeu­nes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affai­res. Has­san Moa­li s’indigne en ces ter­mes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en dou­te, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­ran­ce, abs­trac­tion fai­te des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fes­se avec for­ce «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrain­te» (La Ikra­ha Fi Eddi­ne). Un fidè­le ou un infi­dè­le n’a de comp­te à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on deman­de de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breu­ses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, tel­les cel­le-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dè­re que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrê­tent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucu­ne reli­gion mais j’ai hor­reur des hypo­cri­tes.

« En tout j’en suis convain­cu d’une cho­se, si vrai­ment le bon dieu exis­te donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­cri­tes, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la priè­re que pour l’image ou jus­te par­ce que on leur a pro­mis le para­dis ou par­ce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscien­ce tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucu­ne.

« J’en ai plus que mar­re de cet­te into­lé­ran­ce, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pec­te la liber­té indi­vi­duel­le et tou­tes croyan­ces.

« Lais­ser nous vivre com­me on veut chez nous. »


Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux

Des fan­tas­mes com­me cha­cun…

Je le dis tout net,  je n’ai pas lu Le cré­pus­cu­le d’une ido­le, l’affabulation freu­dien­ne de Michel Onfray, et n’aurai sans dou­te pas le temps, ni peut-être le désir de le fai­re avant que ne s’épuise la polé­mi­que galo­pan­te. J’ai tout de même envie d’en par­ler à plu­sieurs titres qui n’ont rien à voir avec tous ces paten­tés du grain de sel, dès lors qu’ils se disent psy-quel­que cho­se, ou archi­tec­tes, ou phi­lo­so­phes, écri­vains, etc. Je m’en mêle seule­ment au titre du regar­deur. De ce qui « me regar­de ». Ou si on veut en tant que ce « voyeur du mon­de » qui pour­rait défi­nir le jour­na­lis­te atten­tif, labo­rieux labou­reur, inter­ro­ga­teur éven­tuel des incons­cients indi­vi­duels et col­lec­tifs for­geant ce qu’on nom­me l’actualité, les évé­ne­ments…

Je m’interroge donc en par­ti­cu­lier sur la polé­mi­que elle-même, sa durée, son ampleur, sa for­me pre­nant le pas sur le fond, sa vio­len­ce assas­si­ne – avec pré­mé­di­ta­tion bien mûrie, ran­cie, vachar­de. Je vois un type, heu­reu­se­ment cos­taud en appa­ren­ce, jeté à ter­re, pié­ti­né, insul­té, cru­ci­fié, si j’ose dire. Et j’ose, vu que je vou­drais ici cau­ser de reli­gion, d’hérésie, d’inquisition – tou­tes ces joyeu­se­tés géné­ra­le­ment acco­lées. Je me vois témoin assi­gné d’un pro­cès en sor­cel­le­rie, c’est-à-dire non pas une sim­ple caba­le, une ordi­nai­re bataille d’Hernani entre esthè­tes vin­di­ca­tifs… Non, il s’agit bien d’un pro­cès, qui plus est du type sta­li­nien, ou inqui­si­toi­re, ce qui est tout com­me, et par lequel un cou­pa­ble des­ti­né au bûcher – c’est déci­dé dès l’instruction – se trou­ve illi­co jeté aux flam­mes.

Autant de faits insup­por­ta­bles, rele­vant en fait du lyn­cha­ge, qui m’amènent à ten­dre une main secou­ra­ble – si tant est qu’elle soit uti­le à l’intéressé. Disons que ce ges­te m’est d’abord néces­sai­re, à moi-même, du dou­ble point de vue, intel­lec­tuel et moral.

De quel cri­me Onfray se trou­ve-t-il accu­sé et sous quels chefs d’inculpation ? – il ne s’agit déjà plus d’une « mise en exa­men ». Par­ce qu’il s’attaque à ce qui peut, après tout, être consi­dé­ré sous l’angle du dog­me reli­gieux, sinon de la sec­te la plus fer­mée… Qu’on en dis­cu­te ! Mais quoi ?, cau­ser avec un « fou rai­son­nant », un « révi­sion­nis­te », un « néo-paga­nis­te anti­ju­déo­chré­tien », un « mas­tur­ba­teur », un « can­cre », un « per­son­na­ge dou­teux » « pro­je­tant sur l’objet haï (Freud) ses pro­pres obses­sions - les juifs, le sexe per­vers, les com­plots » ?

Ces qua­li­fi­ca­tifs sont pour le moins inquié­tants, éma­nant tous de freu­diens – non, plu­tôt de freu­dis­tes, c’est-à-dire mili­tants d’une cau­se mena­cée dans ses fon­de­ments.

Que Michel Onfray s’attaque aux reli­gions en pro­fes­sant son athéis­me, voi­là qui peut pour le moins le ren­dre sus­pect ; mais après tout, les ico­no­clas­tes sont tolé­rés dans la mai­son du sei­gneur… Mais ici, ne s’agit-il pas, de s’en pren­dre à une scien­ce – quel­le scien­ce, au fait ? quel­le métho­do­lo­gie scien­ti­fi­que ? – de met­tre en cau­se des Évan­gi­les et leur Mes­sie. On peut bien dire du Christ – et on ne s’en est pas gêné, y com­pris pour le récu­pé­rer de maniè­re schis­ma­ti­que –, que c’était un anar­chis­te aimant les fem­mes, et pour­vu de mul­ti­ples autres qua­li­tés bien humai­nes et bien ordi­nai­re­ment névro­ti­ques… Mais envi­sa­ger que Freud pût être un affreux réac, voi­re un col­la­bo !…

Or, il sem­ble admis par les freu­dis­tes que tou­tes ces « tares » du Père fon­da­teur étaient avé­rées depuis bel­le luret­te… Dès lors pour­quoi en fai­re un casus bel­li et refu­ser le débat sur le fond de la psy­cha­na­ly­se ? Pour­quoi ain­si pra­ti­quer le déni his­to­ri­que et ne pas dis­cu­ter sur l’hypothèse d’Onfray selon laquel­le (Nietz­sche n’est pas loin) tou­te doc­tri­ne ou théo­rie expri­me la bio­gra­phie même de son auteur. En un sens cela revient aus­si à consi­dé­rer tout bon­ne­ment que cha­cun – cha­que être dans sa véri­té – se trou­ve résul­ter de sa pro­pre his­toi­re vécue. Affir­ma­tion aus­si bana­le que génia­le – et dont on ne sau­rait dénier à Freud le méri­te d’avoir su en explo­rer tou­te la com­plexi­té, en par­ti­cu­lier dans le domai­ne de l’inconscient.

Sex­pol spé­cial Wil­helm Rei­ch, décem­bre 1977

S’il est une cri­ti­que que l’on se devrait de por­ter à l’encontre du freu­dis­me d’aujourd’hui c’est enco­re et tou­jours cel­le de son absen­ce d’implication socia­le. Cet­te même cri­ti­que de gau­che qui avait pro­vo­qué des scis­sions dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­ti­que, dès sa nais­san­ce, à par­tir d’analyses socia­les – cel­les qui don­ne­ront nais­san­ce au freu­do-mar­xis­me, avec l’école de Franc­fort, et plus enco­re avec un Wil­helm Rei­ch s’opposant, entre autres, au concept de « pul­sion de mort » –  enfon­cé par les freu­dis­tes de choc, sous l’accusation de « folie » – ce qui nous ramè­ne à notre actua­li­té.

Il m’est arri­vé ici (ou pas loin) de repro­cher à Onfray ce que j’ai appe­lé son côté « prê­chi-prê­cha » et par­fois empê­cher de réflé­chir en paix, un peu le com­ble pour un accou­cheur phi­lo­so­phi­que. Mais je lui accor­de aus­si bien des méri­tes, com­me de secouer les tor­peurs basi­ques dans les­quel­les nos socié­tés et nos êtres s’engloutissent. Ce qui s’avère hau­te­ment salu­tai­re et donc si néces­sai­re dans nos socié­tés de croyan­ces néo-obs­cu­ran­tis­tes. Sa « très gran­de fau­te », à Michel Onfray, aurait peut-être été ici, sur ce ter­rain freu­dien, d’oppo­ser à la psy­cha­na­ly­se des argu­ments objec­ti­va­bles, de type scien­ti­fi­que, qui pour­rait pré­ten­dre remet­tre en cau­se tout effet de la cure ana­ly­ti­que. Disons que per­son­ne n’en connaît tous les « méca­nis­mes », émi­nem­ment sub­jec­tifs – même si une cer­tai­ne métho­do­lo­gie pré­tend tenir lieu de dis­ci­pli­ne. N’en va-t-il pas de même, par exem­ple, de l’homéopathie ? Elle apai­se ou gué­rit cer­tains maux, c’est un fait – effet pla­ce­bo ou pas. Com­me pour l’analyse, non ?

L’autre « fau­te » d’Onfray, tien­drait peut-être aus­si de son appro­che des médias et des jour­na­lis­tes. Cer­tes, ils sem­blent le chou­chou­ter – c’est un bon « client » qui « pas­se bien » et « fait de l’audience », puis­que polé­mi­que. Mais en même temps, les jour­na­lis­tes mon­trent vite leurs limi­tes de « tou­che à tout » de l’écume évé­ne­men­tiel­le. Ils doi­vent en ce domai­ne de la psy­ché, mar­cher sur des œufs… sans trop y entra­ver grand cho­se – pas davan­ta­ge que leurs pro­pres névro­ses, après tout. Donc, ils comp­tent les points et ne sont pas fâchés de voir cet Onfray mor­dre la pous­siè­re. Lui que, Le Mon­de 2 [2/4/2005] avait ame­né à décla­rer à pro­pos de jour­na­lis­tes jus­te­ment :

• Pour­quoi, selon vous, la bataille des idées est-elle à ce point asep­ti­sée, nor­ma­li­sée ?

– Michel Onfray : « Je vais vous dire des cho­ses désa­gréa­bles. Il fau­drait psy­cha­na­ly­ser le métier de jour­na­lis­te. C’est quand même une pro­fes­sion rem­plie de mina­bles. Il y a des gens qui font bien leur bou­lot et qui consi­dè­rent qu’ils sont des pas­seurs… » Et cae­te­ra ici.


Et interdire le voile épais… de la connerie?

Des­sin de Faber ©

Bur­qa, niqab, cer­tes… Mais ima­gi­nons le tol­lé si on avait inter­dit la sou­ta­ne en son temps glo­rieux ?! On s’en fou­tait plus ou moins, ou on bouf­fait du curé, fau­te de gri­ves. Du coup l’espèce des cor­beaux a dépé­ri et s’est même étein­te d’elle-même, sauf dans ses sau­te­ries pri­vées gen­re « chez Mgr Lefeb­vre ». Pour­tant un pan­do­re d’époque aurait pu tout autant ver­ba­li­ser pour cau­se de sécu­ri­té rou­tiè­re: va condui­re en robe lon­gue qui te pen­douille jusqu’aux péda­les de la deu­deu­che ! Sans bla­gue ! Il est vrai que condui­re sa bagno­le ou son 4x4 avec un mas­que aus­si fer­mé que le niqab c’est com­me pilo­ter un vieux char d’assaut der­riè­re la fen­te du blin­da­ge. Donc il y a des limi­tes à ne pas dépas­ser les bor­nes. Quant à inter­di­re… Et j’y pen­se, pen­dant qu’on y est, si on inter­di­sait la conne­rie ? C’est pas dan­ge­reux et inté­gris­te à la fois, ça, le voi­le épais de la conne­rie ?



Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malai­se dans nos civi­li­sa­tions. Civi­li­sées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le pro­cla­ment ? Où que l’on tour­ne le regard, le dou­te nous sai­sit. Quels repè­res, quels sens trou­ver qui indi­quent direc­tion, espoir. « Le mon­de est pour­ri, la vie est bel­le », j’aime bien cet­te paro­le de Clai­re, une copi­ne, qui ajou­tait aus­si, d’une convic­tion entiè­re, « On fait ce qu’on peut ». Ça res­sem­ble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­ten­dre ici-bas accom­plir tout son pos­si­ble ? Vrai­ment tout le pos­si­ble… C’était ma minu­te phi­lo qui m’entraîne dans la patau­geoi­re que nous appe­lons aus­si « actua­li­té », là où tout le pos­si­ble n’est jamais épui­sé. J’en prends deux bouts, les deux extré­mi­tés d’un bâton bien mer­di­que :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de gui­der… ; dans cet­te lignée, un appa­reil, celui du pou­voir reli­gieux ecclé­sias­ti­que et sa cohor­te éco­no­mi­que et hié­rar­chi­que, sous-papes et pape, l’État vati­ca­nes­que, ses suc­cur­sa­les mon­dia­li­sées pro­pa­geant la « bon­ne paro­le » – tu par­les, oui !

– De l’autre, une ten­ta­ti­ve de poli­ti­sa­tion de la scien­ce par le tru­che­ment de deux illu­sion­nis­tes média­ti­sés, Vin­cent Cour­tillot et sur­tout Clau­de Allè­gre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­tai­re d’escamoteur et chan­tre du libé­ra­lis­me « décom­plexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dis­si­mu­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, for­mes visi­bles de cet obs­cu­ran­tis­me reve­nant à l’offensive sau­va­ge dans nos temps en per­te de lumiè­res.

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont impré­gné tou­tes les stra­tes de nos socié­tés, condi­tion­nant jusqu’à nos incons­cients, notre lan­ga­ge, nos com­por­te­ments. Com­me les sys­tè­mes tota­li­tai­res, elles ont aus­si sécré­té leurs ordres poli­ciers, déployé des agents d’inquisition, enfon­cé « leur main noi­re jus­que dans le ven­tre des hom­mes » – Panaït Istra­ti en 1927 à pro­pos du sta­li­nis­me. Plus enco­re, elles ont acquis cet­te sor­te de sta­tut recon­nu d’agent cultu­rel, paten­té, celui du medium selon la ter­mi­no­lo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­ne­ments que l’animal humain y pla­ce dans la durée de son his­toi­re.

Par­tout dans le mon­de débous­so­lé, les reli­gions se sont ins­cri­tes com­me des mani­fes­ta­tions « natu­rel­les » de don­nées émi­nem­ment cultu­rel­les : les croyan­ces et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­men­cer, puis ses conti­nua­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patri­ck Tort en Fran­ce et Richard Daw­kins en Gran­de-Bre­ta­gne – ont inté­gré les com­por­te­ments reli­gieux dans les pro­ces­sus de l’évolution natu­rel­le. Je pas­se ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plu­tôt fai­re res­sor­tir les dif­fi­cul­tés énor­mes que sem­ble affron­ter le gen­re humain dans son immen­se majo­ri­té à pour­sui­vre son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­na­li­té affir­mée, et pour autant non dénuée de spi­ri­tua­li­té – au contrai­re !

Cer­tes, il fau­drait ici en appe­ler aux plus amples déve­lop­pe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frô­ler cet­te pro­blé­ma­ti­que à l’occasion des affai­res de pédo­phi­lie ecclé­sias­ti­que qu’on peut consi­dé­rer sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne tou­chait à une cri­mi­na­li­té et à ses vic­ti­mes ; il mon­tre que les curés, condam­nés à la névro­se et au refou­le­ment sexuel au nom du dog­me le plus absur­de selon lequel l’amour « nor­mal », sexua­li­té com­pri­se, contre­vien­drait au « dévoue­ment au Sei­gneur »… Faut-il avoir par­cou­ru tou­te une chaî­ne de patho­lo­gies mul­ti­ples pour accou­cher d’une tel­le héré­sie. Héré­sie elle-même fon­da­tri­ce du code géné­ral de défi­ni­tions et dénon­cia­tions de tou­tes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus enco­re du Dog­me cano­ni­que. Ain­si bou­cle-t-on des sys­tè­mes tota­li­tai­res, en reli­gion com­me en poli­ti­que, ou plus géné­ra­le­ment en idéo­lo­gie. Si on admet que les curés ne sau­raient être moins névro­sés que le res­te de la popu­la­tion – c’est l’argument qui sert de défen­se à l’Église –, outre que cela don­ne matiè­re à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chas­te­té », il ne faut pas oublier que ces « ser­vi­teurs » sont cen­sés se pré­sen­ter en paran­gon de Ver­tu, et se pré­ten­dent tels ! On a donc beau et faux jeu que de mini­mi­ser leurs cri­mes au pré­tex­te qu’ils ne seraient pas moin­dres de ceux des autres ber­gers de la socié­té, com­me les ins­ti­tu­teurs de la laï­que, sui­vez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppo­se le régi­me cas­tris­te de Cuba à une pseu­do démo­cra­tie capi­ta­lis­te. Il s’agit bien de dic­ta­tu­res, mais l’un pré­tend avoir mené son peu­ple au Para­dis socia­lis­te. Ce qui n’excuse nul­le­ment l’autre !

Second angle : Ces « ani­cro­ches » cor­res­pon­draient en som­me à d’ordinaires ano­ma­lies concer­nant des bre­bis éga­rées. Il suf­fit de les remet­tre dans le droit che­min et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plai­der cou­pa­ble », quel­ques contri­tions – vous savez ces séan­ces publi­ques, bien média­ti­sées, de par­don­na­ge impu­di­que et en lar­mes de cro­co­di­les, même les poli­ti­cards en raf­fo­lent, les patrons bri­gands enco­re plus, du moment que ça fait pas­ser les pilu­les du len­de­main… Moyen­nant quoi tout repart com­me avant et, pour ce qui est des sys­tè­mes d’aliénation reli­gieu­se, tout ren­tre dans l’ordre ecclé­sial et sur­tout sécu­lier. Amen !

Deuxiè­me bout du même bâton, donc. Il tou­che à la démar­che ration­nel­le, à la scien­ce, à la ten­ta­ti­ve de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­del­le qu’il por­te. La pen­sée construi­te – c’est-à-dire argu­men­tée et contrée avant vali­da­tion et pour­sui­te vers l’étape sui­van­te – spé­ci­fi­que de l’ani­mal humain [je tiens cet­te judi­cieu­se expres­sion de Wil­helm Rei­ch], vaut par sa capa­ci­té à éclai­rer son deve­nir ; elle impli­que une idée de mieux-être, d’avancée dans une huma­ni­té en mar­che et sou­cieu­se de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contri­bue. Sa rup­tu­re d’avec l’irrationalité reli­gieu­se repo­se sur l’ancrage pré­ci­sé­ment ter­res­tre et non céles­te, tem­po­rel et non éter­nel, réel et non contin­gent.

Elle s’écarte aus­si de la foi, soit en l’excluant com­me hypo­thè­se non ration­nel­le, soit en la relé­guant au mon­de de l’intime. Savoir et croi­re, ça fait deux. Deux états qui se confron­tent aus­si au quo­ti­dien, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­ci­le) com­mu­ni­ca­tion entre per­son­nes, notam­ment aus­si dans l’établissement de ce qu’on appel­le réa­li­té ou véri­té. Entre paren­thè­ses, le métier de jour­na­lis­te se trou­ve pré­ci­sé­ment à la croi­sée de ces états selon les­quels se consti­tuent, pour tout un cha­cun, son pro­pre rap­port au mon­de.

La Scien­ce, quant à elle et moins que tou­te acti­vi­té humai­ne, ne sau­rait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aus­si que sur­git un cli­va­ge, voi­re un schis­te : uni­fier savoir et croyan­ce par éli­mi­na­tion « natu­rel­le » de la der­niè­re ; ou bien sépa­rer les deux domai­nes, consi­dé­rer qu’ils peu­vent fonc­tion­ner sépa­ré­ment, voi­re col­la­bo­rer.

Que le dou­te se sai­sis­se du mon­de scien­ti­fi­que, ou l’interpelle com­me on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­si­té. Trop de « cer­ti­tu­des » ou de « véri­té » ne peut que nui­re à l’établissement des don­nées de la com­plexi­té. Mais un soup­çon même de croyan­ce, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démar­che scien­ti­fi­que – point d’interrogation.

Pour en reve­nir aux deux « contre­ve­nants » s’opposant au Grou­pe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je ran­ge­rais Cour­tillot dans la pre­miè­re caté­go­rie – cel­le des semeurs de dou­te quant à la Véri­té cli­ma­ti­que, sous réser­ve de vali­di­té de l’argumentation, bien sûr –, et Allè­gre dans la secon­de, évi­dem­ment, celui des mani­pu­la­teurs déli­bé­rés dont les visées peu­vent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impu­res » quant à la démar­che scien­ti­fi­que. Les 400 cli­ma­to­lo­gues qui lui volent dans les plu­mes [Le Mon­de, 2/4/10] sem­blent pos­sé­der de soli­des argu­ments. Je dis « sem­blent » car ils en pré­pa­rent une pré­sen­ta­tion pro­chai­ne. Mais indé­pen­dam­ment, il y a le per­son­na­ge même d’Allègre, for­te­ment émet­teur d’antipathie – tant de suf­fi­san­ce ubues­que ! tant d’arrivisme poli­ti­que ! Il y a aus­si et sur­tout son atti­tu­de de faus­sai­re l’ayant ame­né à fal­si­fier des don­nées scien­ti­fi­ques et des cour­bes – ce qu’il a recon­nu en « rai­son » d’« un choix édi­to­rial ». Et ce qui l’exclut du champ scien­ti­fi­que. De même lorsqu’il conclut son débat avec un éco­lo­gis­te [Yan­ni­ck Jadot, Fran­ce Inter, 31/03/10] par, en sub­stan­ce, « De tou­tes façons, la Natu­re répa­re tou­jours les dégâts des hom­mes »… – ce qui était déjà, dans les même ter­mes, le cre­do libé­ral d’un Made­lin, ou des néo-conser­va­teurs états-uniens. Dès lors, il ne res­te plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostra­da­mus à la man­que et à le ren­voyer à ses pré­dic­tions vol­ca­ni­ques et autres déli­res sur l’amiante.



  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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