On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tube, met­tant le feu aux poudres isla­mistes. Dès le 11 sep­tembre, des attaques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uniennes. Furent ain­si prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra quatre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un copte égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Maho­met…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retom­ber et qui me semble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minutes pour rani­mer la flamme du fana­tisme isla­miste. Cette actua­li­té atter­rante et celle des vingt ans pas­sés le montrent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voire reje­tée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­tienne, tapies dans l’ombre tapa­geuse de leur concur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs époques his­to­riques flam­boyantes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préa­lable : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins consen­tantes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dogmes et des cohortes acti­vistes et pro­sé­lytes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, construites comme des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­laires. Donc, dis­tin­guer les « humbles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout comme on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­line, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène pla­né­taire, vou­lant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­ta­cu­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïs­sable et le ren­force du même coup dans sa propre et vin­di­ca­tive déses­pé­rance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et consé­quence de son propre enfer­me­ment dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trouve mar­gi­na­li­sée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nète, les plus acti­vistes et dji­ha­distes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­saire leur propre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en marge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquelle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeu­nesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­ti­fère et désir d’affranchissement des contraintes obs­cu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeu­nesses reven­di­ca­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­tives sans les­quelles les socié­tés musul­manes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps arabes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­sode de pous­sées clé­ri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toile mon­diale et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sources indé­fi­nies 3. Pré­texte à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je parle des cer­veaux, pas des per­sonnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême vio­lence à la moindre pro­vo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a sai­si les sys­tèmes mono­théistes à par­tir de son foyer le plus sen­sible, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­tiques et sec­taires – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nète, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escouades et armées entières, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­tique, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyances, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres reli­gieuses l’ont repla­cé en leur centre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Parce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tia­nisme adhèrent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­prise » en direc­tion de leur propre « modé­ra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théistes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phètes, dont les « bio­gra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­mettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tielle, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – comme ignare, voleur, mani­pu­la­teur, cupide et ama­teur de fillettes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réa­li­té, selon des contes infan­tiles psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus totale cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­si­té, celle de com­bler leurs angoisses exis­ten­tielles, de pan­ser leurs misères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­tive de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abaisse, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la connais­sance ? Et la tolé­rance ? Ou ont-elles alié­né hommes et femmes – sur­tout les femmes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la science ; colo­ni­sé la culture et impré­gné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­giles, Coran – com­ment admettre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puisse conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­soudre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tère de la croyance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce cha­pitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème sécu­lier, comme ordre ecclé­sial, avec ses cohortes, ses palais, ses for­te­resses spi­ri­tuelles et tem­po­relles… Son his­toire mar­quée en pro­fon­deur par la vio­lence : croi­sades, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siècles !), guerres reli­gieuses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nisme.

Côté isla­misme, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son emprise ne s’en trouve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cisme des isla­mistes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cette vio­lence endé­mique deve­nue syno­nyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mismes en nour­rissent leurs fonds de com­merce natio­na­listes ? Sans doute un héri­tage du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toire comme le « Maître de la ven­geance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pitre les nom­breuses sou­rates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­niste de « tolé­rance » ? Voir en réponse les fat­was de condam­na­tion à mort – dont celles de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­desh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit balles et égor­gé en pleine rue ; dans un docu­men­taire, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même double lan­gage chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peuples de Pales­tine (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peuple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légi­ti­mant le colo­nia­lisme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­kazes » contre popu­la­tion civile. Vio­lences innom­mables, guerres sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques isla­mistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il pro­voque le niveau de fana­tisme impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tures danoises de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucu­ne­ment sur la nature du « sacri­lège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­times sacri­fi­cielles et à ce titre tota­le­ment ins­crites dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieuse !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­caine ? Et aus­si à La Cour­neuve, lors de la fête de l’Huma où Caro­line Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débattre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Comme quoi, pour résu­mer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 sep­tembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­raissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée pla­né­taire directe retrouve tou­te­fois le chris­tia­nisme – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nisme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de péné­trer jusque dans les têtes et les ventres de cha­cun. En ce sens, celles qui se pré­sentent comme les « meilleures » par­viennent bien à être les pires dans leurs manœuvres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeure rela­tive à leur stra­té­gie hégé­mo­nique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tembre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écri­vaine néer­lan­do-soma­lienne connue pour son mili­tan­tisme contre l’excision et ses prises de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métrage du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mistes détestent-ils autant les femmes ? Pour­quoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théistes. Le jour­na­liste-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont consti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le « por­no-isla­misme » et inter­pelle le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tisme assas­sin, ne va pas sans risques. Sur­tout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas cou­ché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réflé­chisse pour pou­voir avan­cer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fiste, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­liste, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trouble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les isla­mistes sont obsé­dés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sente la per­pé­tua­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­misme. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­graphes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont pré­sentes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la femme et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brû­lante des évé­ne­ments de la saint-Syl­vestre à Cologne. Il pousse son ana­lyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anciennes et base du binôme bar­bare-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJour­na­liste et essayiste algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lippe Ber­ling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Ber­nar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­prendre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naï­ve­té », cet angé­lisme pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa culture […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piège cultu­rel que résume sur­tout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­vage » ? Non. Juste dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convaincre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vaste uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde ara­bo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, le second dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela dénote un rap­port trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc cou­pable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­sance et cette déso­béis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle ana­lyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il parle – naï­ve­ment ? – de « convaincre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­ligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­misme dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mistes pour recru­ter leurs « fidèles » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kami­kazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puri­ta­nisme des dic­ta­tures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en terre d’Occident, là où la liber­té est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabrique du vivant un zom­bie, ou un kami­kaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâche­té : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lisme qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­tibles à la mino­ri­té d’une délin­quance, mais cela pose le pro­blème des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défendre et à faire com­prendre. Cela pose le pro­blème de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guerre » ne sau­rait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­rique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de conquêtes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfes­seur à l’Institut uni­ver­si­taire de France et à la Facul­té de méde­cine de Paris-Sud, direc­teur de l’Institut de neu­ro­bio­lo­gie Alfred-Fes­sard du CNRS, un des pion­niers de la neu­roen­do­cri­no­lo­gie, Jean-Didier Vincent est aus­si un aven­tu­rier intel­lec­tuel et, comme tel, un pas­seur entre des domaines ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne sau­rait se limi­ter au seul domaine du cer­veau, dont il est pour­tant un grand spé­cia­liste. Ses livres récents donnent une idée de son acti­vi­té de trans­fert des connais­sances : Casa­no­va ou la conta­gion du plai­sir, Celui qui par­lait presque, La Chair et le diable, La Vie est une fable, Faust : une His­toire natu­relle (tous chez Odile Jacob), Si j’avais défen­du Ève (Plon). Un éclec­tisme à l’image de sa curio­si­té insa­tiable et de son humour à l’occasion pro­vo­ca­teur.

Paul Veyne se deman­dait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chré­tiens, pas de doute, le Christ a bel et bien res­sus­ci­té. Pâques en est la célé­bra­tion reli­gieuse la plus fer­vente, sour­cée à une mytho­lo­gie païenne datant de la plus haute anti­qui­té. Il s’agissait de célé­brer le retour du prin­temps, le cycle du vivant pour les­quels l’œuf repré­sente le sym­bole de la vie. De même en est-il du lièvre (cho­co­la­té désor­mais, comme l’œuf…), sym­bole antique de la fécon­di­té – le con fémi­nin (cun­nus en latin), faut-il le rap­pe­ler, déri­vant de l’analogie for­melle avec le museau du lapin (cone­jo en cas­tillan, conill en cata­lan et en occi­tan , coni­glio, en ita­lien, etc.) Dans le chris­tia­nisme, ils sym­bo­lisent la résur­rec­tion du Jésus-Christ et sa sor­tie du tom­beau, comme le pous­sin sort de la coquille avec sa pure naï­ve­té ques­tion­nante et éter­nelle : quid de la poule ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est ques­tion d’immortalité, ques­tion exis­ten­tielle s’il en est et autour de laquelle se sont gref­fées les croyances reli­gieuses puis leurs dogmes plus ou moins néfastes. De nos jours, ce sont les hal­lu­ci­nés cora­niques qui détiennent les records les plus atroces. La com­pé­ti­tion a tou­jours été vive dans ces domaines pro­pices aux plus sinistres et mor­ti­fères obs­cu­ran­tismes, sans exclure les reli­gions sécu­lières telles que peuvent être consi­dé­rés le nazisme et le sta­li­nisme.

Je m’égare encore ? Non, car il s’agit cette fois de l’immortalité ici-bas, celle qui touche une autre forme de croyance, liée à la toute-puis­sance (notion divine) de la Science et de ses déri­vés dits tech­no­lo­giques.

J’ai trop tar­dé à vous pré­sen­ter le neu­ro­bio­lo­giste Jean-Didier Vincent [voir ci-contre éga­le­ment], co-auteur avec Gene­viève Ferone, en 2011, de l’ouvrage Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain (éd. Gras­set) 2. Livre pas­sion­nant autour de pers­pec­tives inouïes et ter­ri­fiantes, ain­si qu’on pour­ra le com­prendre dans le pas­sion­nant entre­tien que Jean-Didier Vincent a don­né au Figa­ro Maga­zine, en auto­ri­sant sa reprise sur « C’est pour dire ». En le remer­ciant vive­ment ain­si que l’intervieweur, Patrice De Méri­tens.

 

« L’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu’est-ce qui vous a pris d’écrire une nou­velle Apo­ca­lypse ?

Jean-Didier Vincent - Je n’ai rien fait d’autre qu’un voyage dans le futur de l’homme, et si j’ai effec­ti­ve­ment pen­sé à l’Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un texte sacré. J’ai eu envie de voir ce qu’il y avait dans le ventre de ces gens qu’on appelle les « trans­hu­ma­nistes ». Ce sont des idéo­logues qui visent au dépas­se­ment de l’espèce humaine, qu’ils consi­dèrent comme impar­faite, par une cybe­rhu­ma­ni­té. Leur rêve est celui de l’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme. Le monde actuel est entré dans une zone de fortes tur­bu­lences, nous déte­nons une puis­sance de feu capable de trans­for­mer la Terre en confet­tis radio­ac­tifs, l’homme est en passe de bri­co­ler son ADN, mais comme nous ne pou­vons remon­ter la grande hor­loge bio­lo­gique du vivant, la ten­ta­tion est grande du pas­sage en force tech­no­lo­gique.

Avant l’avènement du post­hu­main, nous voi­ci donc arri­vés dans une phase de tran­si­tion, celle du trans­hu­ma­nisme. Elle répond en quelque sorte aux pré­oc­cu­pa­tions apo­ca­lyp­tiques anciennes où l’homme, dépas­sant la créa­ture réagis­sant aux misères qui lui sont infli­gées par son créa­teur, ne compte plus que sur lui-même et sur les tech­no­lo­gies qu’il a su déve­lop­per pour faire face à la grande crise qui frappe l’ensemble de la bio­sphère. Les trans­hu­ma­nistes ne sont pas une secte, mais un groupe de pres­sion qui uti­lise pour ses des­seins le concept de conver­gence des nou­velles tech­no­lo­gies : les NBIC : nano­tech­no­lo­gies (N), bio­tech­no­lo­gies (B), infor­ma­tique (I) et sciences cog­ni­tives (C). En fai­sant conver­ger sur des pro­jets com­muns les moyens théo­riques et tech­niques de ces quatre champs dis­ci­pli­naires, on espère obte­nir des résul­tats supé­rieurs à la somme de ceux obte­nus par cha­cun d’eux iso­lé­ment. On peut aus­si s’attendre à l’émergence d’observations inat­ten­dues. Pour vous faire appré­hen­der ce qu’est la conver­gence, j’utiliserai cette méta­phore peut-être un peu vio­lente : vous faites col­la­bo­rer un for­ge­ron avec un menui­sier et ils vous construisent une croix pour cru­ci­fier le Christ...

  • Où sont les trans­hu­ma­nistes et com­ment tra­vaillent-ils ?

– Leur mou­ve­ment est for­te­ment implan­té aux Etats-Unis, il a essai­mé en Europe, notam­ment au Royaume-Uni et en Alle­magne. Nous n’en avons qu’un faible contin­gent en France. Leur « pape » est un Sué­dois, pro­fes­seur à Oxford, Nick Bos­trom. Il est loin de m’avoir fas­ci­né. En revanche, j’ai ren­con­tré dans la Sili­con Val­ley (que j’appelle la « val­lée de la poudre »), pas mal de beaux esprits ain­si qu’une col­lec­tion d’originaux. Leur pro­jet d” « humains aug­men­tés » remet en cause la défi­ni­tion tra­di­tion­nelle de la méde­cine fon­dée depuis Fran­cis Bacon sur la répa­ra­tion du corps et le sou­la­ge­ment de la souf­france. Le trans­hu­ma­nisme aspire non seule­ment à empê­cher l’homme d’être malade, mais à le rendre « incas­sable ». Ain­si, par exemple, l’informatique asso­ciée à la bio­lo­gie molé­cu­laire abou­tit à la bio-infor­ma­tique, qui per­met de décryp­ter les génomes et les lois de la vie avec une acui­té, une per­ti­nence, et une effi­ca­ci­té pro­di­gieuses – l’exponentiel étant le mot clé ! Les sciences cog­ni­tives, quant à elles, per­mettent de modi­fier le cer­veau, avec notam­ment les implants. La seule bar­rière de com­mu­ni­ca­tion entre le cer­veau et la machine demeure nos sens, avec leurs organes récep­teurs qui servent d’intermédiaires. Si ces der­niers sont absents par la nais­sance ou par la mala­die, ils peuvent être rem­pla­cés par des appa­reils élec­tro­niques implan­tés direc­te­ment au contact des voies sen­so­rielles à l’intérieur du cer­veau. Voi­ci venu le temps des cyborgs ! Cet ensemble va don­ner des pou­voirs dont le pre­mier béné­fi­ciaire est d’ores et déjà l’armée amé­ri­caine, avec la Dar­pa (Defense Advan­ced Research Pro­jects Agen­cy), prin­ci­pale source de sub­ven­tions de ces recherches.

Éma­na­tion de la recherche mili­taire états-unienne, ce robot bes­tial, hol­ly­woo­dien et ter­ri­fiant.

Ain­si se des­sine le pro­jet d’un nou­vel humain, pas tout à fait encore homo novus, mais sapiens sapiens aug­men­té, non plus dans le cadre de la natu­ra natu­rans de Des­cartes, mais dans celui du per artem arte­fact. L’augmentation des capa­ci­tés per­met­tant en toute logique l’augmentation de la vie dans ses fonc­tions et sa durée.

  • Vous avez par­lé d’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme...

– Ce qui ne signi­fie nul­le­ment l’immortalité de l’homme lui-même. « La vie c’est la mort, la mort c’est la vie », disait Claude Ber­nard – et il n’y a pas de pro­ces­sus de vivant sans pro­ces­sus de mort asso­cié. Grâce à la bio­lo­gie molé­cu­laire, aux nano­tech­no­lo­gies, aux neu­ro­tech­no­lo­gies, la durée de la vie sera pro­lon­gée. Sans être du domaine quan­tique (une réa­li­té abs­traite), la nou­velle matière inter­mé­diaire inac­ces­sible au visible, créée par les nano­tech­no­lo­gies, per­met­tra d’intervenir sur la san­té en tou­chant des cibles à l’intérieur du corps. On pour­ra entrer dans la cel­lule malade et, par exemple pour les can­cers, appli­quer des thé­ra­peu­tiques aux­quelles on ne pou­vait pas soup­çon­ner d’avoir un jour accès. Cer­tains pro­duits com­mencent déjà à béné­fi­cier de ces décou­vertes. Sous forme nano­mé­trique, au mil­liar­dième de mètre, la matière prend des pro­prié­tés extra­or­di­naires. C’est ain­si que l’or, métal impas­sible, change de cou­leur sous forme de nano­par­ti­cules. Quand il rou­git, il devient toxique et attaque l’oxygène. C’est sur­tout à par­tir du car­bone que l’on obtient des matières excep­tion­nelles, par exemple pour des fils des­ti­nés aux ascen­seurs spa­tiaux, dont la résis­tance sera 1 000 fois supé­rieure à celle d’un métal de même dimen­sion. Mêlez à cette révo­lu­tion tech­no­lo­gique les pro­grès de la bio­tech­no­lo­gie, et nous devien­drons de nou­veaux humains. Le clo­nage per­met­tra le triage d’embryons, l’élimination comme l’ajout de cer­tains gènes ; on fera même des Fran­ken­stein réus­sis – des chi­mères, au strict sens du mot.

  • Avec quelles consé­quences ?

– Sans même évo­quer les ques­tions d’éthique, aux­quelles il serait bon de réflé­chir en amont, les consé­quences sur le plan social risquent d’être par­ti­cu­liè­re­ment des­truc­trices. Le sexe n’ayant plus d’importance, que res­te­ra-t-il de nos amours ? Com­plè­te­ment sépa­rés de la repro­duc­tion, que vont deve­nir le désir, l’érotisme - la culture elle-même qui est tou­jours, peu ou prou, sexuelle ? Il fau­dra enter­rer solen­nel­le­ment le Dr Freud ! Épi­cure dit que l’âme est le cri de la chair, mais jus­te­ment, il faut que la chair souffre, qu’elle jouisse, qu’elle éprouve de l’affect, qui est le fon­de­ment de l’humain. Nous sommes des êtres duels. Le jour où l’on par­vien­dra à pro­vo­quer le plai­sir par la libé­ra­tion d’ocytocine dans le cer­veau, autre­ment dit pro­vo­quer un orgasme arti­fi­ciel avec une puce implan­tée dans la région ad hoc du cer­veau, qu’adviendra-t-il d’une socié­té deve­nue exclu­si­ve­ment ona­niste ? Où sera le sou­ci de la des­cen­dance ? Quelle sera cette socié­té sans amour, douée de rai­son et de mul­tiples qua­li­tés sélec­tion­nées pour construire les humains ?

  • Une socié­té effi­cace... c’est presque ten­tant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heu­reu­se­ment pas. Dans la pers­pec­tive d’une huma­ni­té aug­men­tée, « mort à la mort » n’en demeure pas moins un pro­gramme de recherche réa­li­sable. Il suf­fi­ra de neu­tra­li­ser les ensembles géné­tiques qui causent notre perte, et le sui­cide ou l’accident sera le seul moyen de rem­plir les cime­tières. Nous serons donc cas­sable mais non mor­tels, tout comme ces ser­vices de vais­selle héri­tés des grands-parents qui finissent par être détruits avant d’être usés. Clo­nage et « amor­ta­li­té » seront réser­vés aux puis­sants, la repro­duc­tion demeu­rant la spé­cia­li­té des humbles. Mais si la pos­si­bi­li­té de ne pas mou­rir est offerte à tous, pauvres et riches, alors, selon la loi de l’offre et la demande, le coût de la mort devien­dra exor­bi­tant : offrez la vie éter­nelle, la mort devien­dra pré­cieuse. Au cours de mon voyage en trans­hu­ma­nie, j’ai ren­con­tré un pro­phète et grand mathé­ma­ti­cien nom­mé Elie­zer Yud­kows­ky, qui ne déses­père pas de créer des algo­rithmes grâce aux­quels on pour­ra intro­duire dans les cer­veaux de la pen­sée nou­velle et des capa­ci­tés de concep­tua­li­sa­tion, pour l’heure inima­gi­nables. Pen­ser l’impensable ! Mais que sera l’impensable dès lors que nous n’aurons plus l’angoisse de la mort et de l’au-delà, sur quoi se construit la méta­phy­sique ? Frus­trés à l’origine, frus­trés à l’arrivée ! Nous serons conçus par l’opération du Saint-Esprit (si ce n’est qu’il n’y a plus d’esprit), sans plus avoir à s’en sou­cier puisque nous serons immor­tels. C’est trop beau pour être vrai, et pro­pre­ment incon­ce­vable.

  • Oui, si l’on s’en tient à l’imbrication de la vie et de la mort selon Claude Ber­nard, mais ce prin­cipe ne risque-t-il pas un jour d’être tech­ni­que­ment obso­lète ?

– Est-ce fan­tas­mer de pen­ser que l’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mor­telle ? La mort sup­pri­mée revien­drait à sa néga­tion. Sans même évo­quer les pro­blèmes maté­riels que pose­rait l’immortalité : asphyxie numé­rique, sur­vie ali­men­taire, ané­mie spi­ri­tuelle en cas de nume­rus clau­sus – sans comp­ter l’ennui ! –, j’oppose à la mort une vir­tuelle immor­ta­li­té, celle de la « com­mu­nion des saints » : vous n’êtes immor­tel que dans la mesure de l’amour du pro­chain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gar­de­ra dans la mémoire du vivant. Que signi­fie la lon­gé­vi­té des patriarches ? Mathu­sa­lem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien encore Abra­ham, 175 ans, alors qu’il y eut peut-être cin­quante Mathu­sa­lem, trente Enoch, dix Abra­ham qui se suc­cé­dèrent. Ce qui appa­raît comme un mythe relève de la com­mu­nion des saints : Abra­ham, pas­sé dans un autre Abra­ham, etc. C’est ain­si que l’humanité évo­lue, conser­vant ses propres traces dans l’inconscient col­lec­tif, pour reprendre une expres­sion qui sent un peu la psy­cha­na­lyse. J’espère bien qu’un peu de moi sur­vi­vra dans d’autres qui m’auront enten­du, que j’aurai aimés et qui m’auront aimé.

Aug­men­tons donc la vie de l’homme, sup­pri­mons tous ses han­di­caps, notam­ment ceux de la vieillesse odieuse, sou­vent relé­guée dans les hos­pices, cela ne peut qu’améliorer la bon­té de l’homme. Vaincre cette forme de pré-mort est la vraie vic­toire. Mais si nous n’aspirons qu’à la valeur exis­ten­tielle d’une vais­selle de famille, cette immor­ta­li­té-là ne me séduit guère. Sans comp­ter que le trans­hu­ma­nisme est une idéo­lo­gie por­teuse d’espérances dou­teuses...

  • Que vou­lez-vous dire ?

– En matière mili­taire, un seul sol­dat serait capable de détruire une popu­la­tion enne­mie. Ques­tion d’équipement : avec sa smart­dust (pous­sière com­mu­ni­cante élec­tro­nique), son exos­que­lette, son corps auto­ré­pa­rable, des nano­bots (robots nano­mé­triques) capables d’envahir l’adversaire sans qu’il s’en rende compte, des drones et des chars d’assaut pilo­tés par la pen­sée... La qua­trième tech­no­lo­gie, celle du cer­veau, traite de l’interface cer­veau-machine : si vous per­dez un bras, il sera rem­pla­cé par un exo­bras méca­nique auto­ré­gu­lé. Pour vous en ser­vir, vos ordres seront envoyés à par­tir des don­nées enre­gis­trées par des élec­trodes dans votre cer­veau et trans­mis par voie de com­mu­ni­ca­tion d’ordinateurs.

  • Une part de cette science demeure donc hau­te­ment posi­tive. L’homme ne risque-t-il pas d’être dépas­sé par sa créa­tion ?

C’est pour­quoi il est essen­tiel que des pro­grès non tech­no­lo­giques s’accomplissent paral­lè­le­ment dans l’humain. L’homme est de tous les ani­maux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l’homme, c’est ins­crit dans sa phy­sio­lo­gie. L’autre lui est néces­saire pour apprendre à par­ler, com­mu­ni­quer, vivre. Il est en même temps unique : pas un indi­vi­du ne res­semble inté­gra­le­ment à un autre. Mais le trans­hu­ma­nisme risque de nous induire en ten­ta­tion d’une plus grande uni­for­mi­té, qui nous ferait régres­ser au monde des abeilles. Quelques indi­vi­dus aux super capa­ci­tés pour­raient prendre le pou­voir, comme dans les fic­tions d’Orwell et plus exac­te­ment d’Hux­ley, qui a par­fai­te­ment pres­sen­ti le phé­no­mène dans Le Meilleur des mondes. D’où le sou­ci de l’entraide : l’attention à l’autre, telle est la morale des anar­chistes. D’où, éga­le­ment, la néces­si­té de retrou­ver une orga­ni­sa­tion de socié­té fonc­tion­nant plu­tôt sur le mode local, uti­li­sant les grandes tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion pour éta­blir des liens entre les groupes, tout en per­met­tant d’intégrer les indi­vi­dus. Dès lors que nous ne réin­ven­te­rons pas l’économie – non plus que ce dont nous sommes morts, c’est-à-dire la dan­ge­reuse vir­tua­li­té du capi­tal, qui per­met de faire n’importe quoi –, nous revien­drons au contact du réel pour recons­truire des socié­tés fon­dées sur la com­mu­nion entre les humains.

  • On voit resur­gir ici le phi­lo­sophe anar­chiste. Vous avez poin­té le bout de l’oreille en évo­quant la morale...

– Que vou­lez-vous, je ne peux m’empêcher de prê­cher l’amour entre les hommes. Je suis un athée abso­lu en même temps qu’un chré­tien irré­cu­pé­rable. Cette reli­gion qui tourne radi­ca­le­ment le dos au Dieu de l’Ancien Tes­ta­ment est fon­dée sur l’incarnation. Dieu est homme. C’est nous. Avec ce mes­sage essen­tiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aus­si celui des anar­chistes. Pas les poseurs de bombes, comme les ter­ro­ristes russes avec leur goût du néant, mais des pen­seurs comme Kro­pot­kine, ou Éli­sée Reclus, l’anarchie pour eux étant la forme supé­rieure de l’ordre, qui s’établit dès l’instant où l’amour règne dans un groupe humain. 3

  • Pour autant, vous nous par­lez ici d’une socié­té vir­tuelle...

Mais c’est la socié­té actuelle qui est vir­tuelle, on le voit chaque jour avec la crise finan­cière ! La socié­té future repo­se­ra quant à elle sur la tech­no­lo­gie, ins­crite dans une maté­ria­li­té. Si l’on suit le prin­cipe qui veut que l’on ne connaisse que ce que l’on a fabri­qué, l’Apocalypse n’est pas pro­messe de mal­heur, mais d’une nou­velle Jéru­sa­lem. Le mot, qui signi­fie « révé­la­tion », dévoile à la fois la méchan­ce­té du monde et les risques qu’il court. Les trans­hu­ma­nistes sont donc à prendre comme des sortes d’éclaireurs, dont on appré­cie­ra les idées avec cir­cons­pec­tion. Il ne faut pas les lais­ser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les lais­ser faire n’importe quoi. Par­mi eux, on trouve une col­lec­tion incal­cu­lable d’imbéciles, et quelques génies illu­mi­nés. Ils ne peuvent être nui­sibles que dans la mesure où ils sont un groupe de pres­sion. A contrô­ler ! Sachant que les pires trans­hu­ma­nistes sont mal­heu­reu­se­ment les mili­taires – et cer­tains méde­cins qui, quel­que­fois, ne valent pas plus cher.

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1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination consti­tuante. Paul Veyne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain, par Gene­viève Ferone et Jean-Didier Vincent, Gras­set, 288 p., 17,50 €. Gene­viève Ferone, direc­trice du déve­lop­pe­ment durable du Groupe Veo­lia Envi­ron­ne­ment, est l’auteur chez Gras­set de 2030. Le krach éco­lo­gique (2008).

3.  L’Entraide, un fac­teur de l’évolution, est un essai de l’écrivain anar­chiste russe Pierre Kro­pot­kine paru durant son exil à Londres en 1902. Déter­mi­nant dans la théo­rie anar­chiste, le concept d’entraide l’est aus­si pour Charles Dar­win qui le déve­loppe, non pas dans L” Ori­gine des espèces (1859), mais dans La Des­cen­dance de l’Homme (1871), ouvrage dans lequel il s’attarde sur la notion d’altruisme chez l’humain et aus­si dans le monde ani­mal, le rat­ta­chant à sa théo­rie de l’évolution. Ce livre s’inscrit en faux contre la notion de « dar­wi­nisme social » qui lui sera pos­té­rieure, contre­sens déli­bé­ré inven­té par les tenants du libé­ra­lisme. [Note de GP]


Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient parlent plus fort que le p’tit Nico­las, frin­gant sémi­na­riste… On en apprend de belles, sur le site des Inrocks, à pro­pos de  la vie sexuelle des prêtres, telle qu’exposée dans l’émission de télé domi­ni­cale le Jour du sei­gneurconsa­crée à l’Assemblée plé­nière des évêques de France. Ou com­ment un lap­sus a rui­né la pres­ta­tion – mais pas la car­rière, au contraire ! – du jeune sémi­na­riste. 

Mer­ci au caf­teur, l’ami Ber­nard Lan­glois !


À Brescia (Italie). Un pèlerin de 20 ans tué par la croix papale

Mer­ci au « frère Jef », d’une obé­dience concur­rente, d’avoir relayé ce cas de déca­no­ni­sa­tion datant  de ce 25 avril 2014, l’avant-veille de l’apopthéose papiste au Vati­can. Un pèle­rin de 20 ans a été tué par la sta­tue (600 kg) de Jean-Paul II qui s’est effon­drée. Le drame a eu lieu à Bres­cia, en Ita­lie apos­to­lique et romaine > cf com­men­taire dans Valls, ou la laï­ci­té au bout du canon


Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Dide­rot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Louvre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, sui­vez-moi, j’emprunte sans tar­der le bou­le­vard Dide­rot, puis celui de la Bas­tille, pour tra­ver­ser le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamarck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jar­din des Plantes et, par­cou­rant l’allée Buf­fon, me voi­ci à la Grande gale­rie de l’Évolution.Vous en connais­sez beau­coup, vous, des endroits de la pla­nète où, en un demi-kilo­mètre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Dide­rot, salut Denis !

Je m’étais pro­mis d’écrire ce modeste hom­mage à l’occasion du trois cen­tième anni­ver­saire de sa nais­sance. Il est né à Langres le 5 octobre 1713 (je sais, on est en décembre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la cou­tel­le­rie fami­liale, mais tout ça se trouve à por­tée de clics, en maints endroits de la vaste toile et en par­ti­cu­lier sur Wiki­pé­dia, fille tech­ni­que­ment magni­fiée de sa déjà gran­diose ancêtre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Dide­rot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cin­quante autres contri­bu­teurs, éru­dits et pion­niers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­tique contre des adver­saires et cen­seurs farouches ; ain­si la condam­na­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catho­liques, sous peine d’excommunication, de brû­ler les exem­plaires en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­ture éco­no­mique qui mobi­li­sa un mil­lier d’ouvriers pen­dant vingt-quatre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre monu­men­tale, au plein sens, un pas déci­sif mené contre l’obscurantisme domi­nant dans ce siècle qu’on appel­le­rait « des Lumières ». Une oeuvre qui conti­nue à nous éclai­rer, depuis plus de deux cent cin­quante ans, non pas tant direc­te­ment par ses conte­nus désor­mais en par­tie dépas­sés, que par la démarche et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, comme pivot de cette pre­mière ren­contre, due à l’école de la Répu­blique, son héri­tière directe !

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Anna Kari­na dans le film de Rivette (1967)

Deuxième ren­contre, lit­té­raire et fil­mique, quand Jacques Rivette adapte La Reli­gieuse en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Pey­re­fitte, ministre de l’Information de de Gaulle, et sur déci­sion de son secré­taire d’État Yvon Bourges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­bu­tion et à l’exportation. Autant dire condam­né. André Mal­raux, cepen­dant, alors ministre de la culture, sou­tient la pré­sen­ta­tion du film à Cannes… Ram­dam géné­ral de la réac­tion bigote. Le film sort à Paris dans cinq salles et enre­gistre 165 000 entrées en cinq semaines, tan­dis que le roman de Dide­rot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédi­té plu­sieurs fois. J’en pro­fite aus­si, décou­vrant une œuvre bou­le­ver­sante, nul­le­ment sul­fu­reuse comme les ligues cathos avaient vou­lu le faire croire, mais assu­ré­ment contre le sys­tème d’enfermement dans les cou­vents. La Reli­gieuse est une ode à la liber­té de choi­sir son des­tin. Une nou­velle adap­ta­tion – très réus­sie – est sor­tie en 2013 (film de Guillaume Nicloux avec Pau­line Étienne).

Troi­sième ren­contre, lit­té­raire et théâ­trale, avec la ver­sion de Jacques le fata­liste et son maître, don­née par Milan Kun­de­ra (sous le titre Jacques et son maître), pièce mon­tée notam­ment au Coli­bri à Avi­gnon, dans une remar­quable mise en scène dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scène Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­trième étape et on en res­te­ra là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Dide­rot à la Pléïade, cette col­lec­tion sur papier bible, qui se prê­te­rait à la dévo­tion si on n’y pre­nait garde… S’y trouvent ras­sem­blés des textes magni­fiques à haute por­tée phi­lo­so­phique, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de pro­messes inépui­sables – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voyage de Bou­gain­ville, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un phi­lo­sophe avec la maré­chale de ***,  De la suf­fi­sance de la reli­gion natu­relle, La Pro­me­nade du scep­tique, Para­doxe sur le comé­dien, Regrets sur ma vieille robe de chambre…

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Mathé­ma­ti­cien, phi­lo­sophe, Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783), son grand com­plice de

Au sens ori­gi­nel de l’expression « liber­tin d’esprit », Dide­rot peut  en effet être consi­dé­ré comme un liber­tin ; c’est-à-dire un libre pen­seur qui remet en cause les dogmes éta­blis et s’affranchit en par­ti­cu­lier de la méta­phy­sique et de l’éthique reli­gieuse. Dide­rot pro­fesse un maté­ria­lisme assu­ré et un athéisme serein, qui lui vau­dront tout de même d’être empri­son­né trois mois au don­jon de Vin­cennes en 1749 suite à la publi­ca­tion de la Lettre sur les aveugles. Invo­quant la connais­sance, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puisse prendre par­ti sur l’intelligence suprême, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matière et ses pro­prié­tés […] ? » Mais pour autant, amou­reux de la science, il redoute le scien­tisme et un ratio­na­lisme qui assé­che­rait les pas­sions et la part de spi­ri­tua­li­té chez l’homme.

Autant de ques­tion­ne­ments qui nour­rissent des dia­logues les plus sub­tils, dans une dia­lec­tique où il ne craint pas, comme dans Le Neveu de Rameau en par­ti­cu­lier, de s’interpeller, de se mettre en contra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pous­ser dans ses ultimes retran­che­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses bosses à la cru­di­té… des lumières.

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* Des habi­tants de Bourges ont pro­po­sé de débap­ti­ser leur ville pour l’appeler « Dide­rot » ou « Rivette » !

> > > Écou­ter  « Les Murs indis­crets » sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Gui­chard. Lire au même endroit la Lettre sur les aveugles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…



Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte

« NEWBURGH, N.Y.

« Un homme qui avait dû être ampu­té d’une jambe après la chute d’un cru­ci­fix de 273 kg a por­té plainte contre l’église. Le pro­cès doit avoir lieu en jan­vier 2013, a annon­cé Me Kevin Kit­son, son avo­cat.

 

« La vic­time, David Jime­nez, avait prié devant le cru­ci­fix pla­cé à l’extérieur de l’église Saint-Patrick à New­burgh, dans l’État de New York, car un can­cer des ovaires avait été diag­nos­ti­qué à son épouse. Après la gué­ri­son de cette der­nière, David Jime­nez avait vou­lu mon­trer sa gra­ti­tude en net­toyant la croix. En mai 2010, le cru­ci­fix s’était écra­sé sur sa jambe droite, qui avait ensuite dû être cou­pée, a racon­té Me Kit­son.

 

« David Jime­nez demande trois mil­lions de dol­lars à l’église, qui affirme ne pas être res­pon­sable. »

 

Cette dépêche d’Asso­cia­ted Press, reprise sans com­men­taires par La Presse de Mont­réal du 7 novembre 2012, laisse en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajou­té non plus si ça ne me gra­touillait pas autant…

 

Comme la foudre qui s’abat sur un clo­cher, ça ne laisse d’interpeller, non ? Et cette his­toire de la vieille tante du copain : par­tie vaillante en train pour un pèle­ri­nage à Lourdes, la voi­là qui revient sur une civière. Son pied avait rou­lé sur un cierge. L’anti-miracle, ça arrive aus­si.

 

Doublée des meilleures intentions et de l'esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu "Hara Kiri", paix à son âme, m'a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

Dou­blée des meilleures inten­tions et de l’esprit… pra­tique, cette pieuse image datant de feu « Hara Kiri », paix à son âme, m’a été adres­sée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

J’en pro­fite pour pas­ser au rayon Sciences. J’écoutais hier avec grand inté­rêt les pro­pos radio (France inter) d’Etienne Klein, phy­si­cien, phi­lo­so­phie des sciences. « Pen­ser l’origine » (du monde, ajou­te­rait Gus­tave Cour­bet, qui voyait « la chose » à courte dis­tance cos­mique, quoique…), une sorte d’impasse dont on ne peut même pas ima­gi­ner le bout. Pen­ser la fin, c’est ima­gi­ner le non-être, en défi­nir les contours et les pro­prié­tés, qu’il ne sau­rait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une apo­rie, comme on dit en haute sphère.

 

On ne peut voir le bout du tun­nel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cause » le fameux big bang, non pas comme hypo­thèse, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matière et de l’énergie « noires » – invi­sibles et pour­tant pro­bables ? Et si la théo­rie de la rela­ti­vi­té géné­rale demeure valable, elle ne s’appliquerait qu’à la seule éner­gie de la gra­vi­ta­tion, et pas aux trois autres connues : élec­tro­ma­gné­tique, nucléaire faible, nucléaire forte. La ques­tion de l’origine est donc, par excel­lence, ce qu’on appelle une ques­tion ouverte. Grande ouverte sur l’in-connaissance. Une ivresse. Comme celle de la foi des croyants ?

Tou­jours est-il que les sciences m’enivrent. À la nôtre !


Rome et Roms. Sarkozy ou l’art de bien cirer les mules du pape

Ce pré­sident-là, qui estime plus un curé qu’un ins­ti­tu­teur, est donc allé cirer les mules du pape – pour ne pas dire plus vul­gaire. Aller à Rome régler une (sale) his­toire de Roms et pour se faire par­don­ner  les offenses por­tées à cette France catho, bien pen­sante d’ordinaire et cepen­dant aujourd’hui tarau­dée dans son sar­ko­zysme, y a-t-il plus vul­gaire en poli­tique ?

Eh bien oui, il y a  ! Ain­si lors de l’échange des cadeaux (ça se fait) : si on en croit le cor­res­pon­dant à Rome de France Inter [8/10/10], Eric Val­myre, Sar­ko­zy l’intello a offert au pape une édi­tion d’époque du Génie du chris­tia­nisme et des Mémoires d’outre-tombe de Cha­teau­briand. Ça le repo­se­ra des mis­sels. En retour, vei­nard, il a reçu du pape une faïence et une gra­vure repré­sen­tant la place Saint-Pierre. Ravi, le « cha­noine d’honneur », ain­si bap­ti­sé en 2007 à Saint-Jean de Latran…, en a pro­fi­té pour deman­der une petite ral­longe, un pour­liche, une aumône : un cha­pe­let sup­plé­men­taire pour sa nièce… Oh que c’est tou­chant ! Et car­ré­ment vul­gos. Comme d’avoir ame­né des invi­tés sup­plé­men­taires à la visite de Las­caux. Ah ! ces petits coups de pis­ton et grands coups de canif dans la fonc­tion pré­si­den­tielle. On ne le refe­ra pas. Dans un sens c’est aus­si bien ain­si. Tant qu’à devoir le gar­der, que ce soit dans son entiè­re­té.

PS. Et il l’a eu, son cha­pe­let en rab’, ain­si qu’en atteste l’agence AP : « Le secré­taire per­son­nel du pape, Mgr Georg Gäns­wein, s’est char­gé d’aller en cher­cher un et de l’apporter à Nico­las Sar­ko­zy. »


Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier à Glasgow

Après la messe, les « just mar­ried » rega­gnant leur papa­mo­bile pour une des­ti­na­tion secrète. Ph. ♋ x.

C’est en Écosse, à Glas­gow, qu’Eli­sa­beth et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pour­tant pas radi­né: 70 000 invi­tés à la céré­mo­nie, empreinte de sim­pli­ci­té et d’émotion, dou­blée d’une messe ras­sem­blant les parents et amis de chaque famille, les Deux et les Seize. Si le couple se mul­ti­plie, il aura trente-deux des­cen­dants – ce qui est consi­dé­rable, sur­tout à cet âge. S’il se divise, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas viable) à 16 : 2 = 8 (encore trop). Parions plu­tôt sur l’avenir radieux de ce couple uni sous les meilleurs hos­pices [je sais, c’est exprès !].

Retrans­mise en direct sur TF1, la céré­mo­nie a bien sûr été com­men­tée par Boris Zitrone (l’arrière petit-fils), lequel, citant les Évan­giles en latin, anglais, alle­mand et russe (sous-titré en VF), a rap­pe­lé qu’il ne suf­fi­sait pas de faire des enfants, encore fal­lait-il les mettre à l’abri des curés pédo­philes. Et à ce pro­pos, il a repris les toutes fraîches paroles pro­non­cées à West­mins­ter par Benoît Seize, très au fait des actua­li­tés : « L’Eglise n’a pas été assez vigi­lante ». Certes, a sèche­ment ponc­tué le com­men­ta­teur vedette de la chaîne qui, ensuite, dans ce style inimi­table, c’est-à-dire sua­ve­ment ampou­lé, s’est com­plu à sou­li­gner les tenues des « just mar­ried » : « Pour l’élue, casaque et toque de soie d’un déli­cat vert vieil-angli­can ; mocas­sins sombres. Pour Lui, par des­sus le kilt ral­lon­gé, casaque et toque d’un blanc légè­re­ment beurre-frais tran­chant sur le rouge « grand fou, va ! » de ses babouches ».

En somme, une céré­mo­nie d’un goût exquis, ras­sem­blant sur moins d’un mètre car­ré et tout juste en un feuillet dac­ty­lo une dose concen­trée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien pri­maires. Ouah, que ça fait du bien !


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeûne pen­dant le rama­dan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tembre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont éga­le­ment pro­duits en Kaby­lie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tienne, incarnent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­tales en Algé­rie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tio­nale s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novembre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­tiques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matière reli­gieuse, demeure une cala­mi­té mon­diale. Tan­dis que la tolé­rance poli­tique, para­doxa­le­ment, comme aux Etats-Unis, conduit au délire spec­ta­cu­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brû­leurs de Coran », en Flo­ride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croyances exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoire, la com­bien emblé­ma­tique affaire du che­va­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atroces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion reli­gieuse. Ça s’est pas­sé à Abbe­ville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moa­li s’indigne en ces termes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­rance, abs­trac­tion faite des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infi­dèle n’a de compte à rendre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrêtent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hypo­crites.

« En tout j’en suis convain­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­crites, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a pro­mis le para­dis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscience tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette into­lé­rance, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pecte la liber­té indi­vi­duelle et toutes croyances.

« Lais­ser nous vivre comme on veut chez nous. »


Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux

Des fan­tasmes comme cha­cun…

Je le dis tout net,  je n’ai pas lu Le cré­pus­cule d’une idole, l’affabulation freu­dienne de Michel Onfray, et n’aurai sans doute pas le temps, ni peut-être le désir de le faire avant que ne s’épuise la polé­mique galo­pante. J’ai tout de même envie d’en par­ler à plu­sieurs titres qui n’ont rien à voir avec tous ces paten­tés du grain de sel, dès lors qu’ils se disent psy-quelque chose, ou archi­tectes, ou phi­lo­sophes, écri­vains, etc. Je m’en mêle seule­ment au titre du regar­deur. De ce qui « me regarde ». Ou si on veut en tant que ce « voyeur du monde » qui pour­rait défi­nir le jour­na­liste atten­tif, labo­rieux labou­reur, inter­ro­ga­teur éven­tuel des incons­cients indi­vi­duels et col­lec­tifs for­geant ce qu’on nomme l’actualité, les évé­ne­ments…

Je m’interroge donc en par­ti­cu­lier sur la polé­mique elle-même, sa durée, son ampleur, sa forme pre­nant le pas sur le fond, sa vio­lence assas­sine – avec pré­mé­di­ta­tion bien mûrie, ran­cie, vacharde. Je vois un type, heu­reu­se­ment cos­taud en appa­rence, jeté à terre, pié­ti­né, insul­té, cru­ci­fié, si j’ose dire. Et j’ose, vu que je vou­drais ici cau­ser de reli­gion, d’hérésie, d’inquisition – toutes ces joyeu­se­tés géné­ra­le­ment acco­lées. Je me vois témoin assi­gné d’un pro­cès en sor­cel­le­rie, c’est-à-dire non pas une simple cabale, une ordi­naire bataille d’Hernani entre esthètes vin­di­ca­tifs… Non, il s’agit bien d’un pro­cès, qui plus est du type sta­li­nien, ou inqui­si­toire, ce qui est tout comme, et par lequel un cou­pable des­ti­né au bûcher – c’est déci­dé dès l’instruction – se trouve illi­co jeté aux flammes.

Autant de faits insup­por­tables, rele­vant en fait du lyn­chage, qui m’amènent à tendre une main secou­rable – si tant est qu’elle soit utile à l’intéressé. Disons que ce geste m’est d’abord néces­saire, à moi-même, du double point de vue, intel­lec­tuel et moral.

De quel crime Onfray se trouve-t-il accu­sé et sous quels chefs d’inculpation ? – il ne s’agit déjà plus d’une « mise en exa­men ». Parce qu’il s’attaque à ce qui peut, après tout, être consi­dé­ré sous l’angle du dogme reli­gieux, sinon de la secte la plus fer­mée… Qu’on en dis­cute ! Mais quoi ?, cau­ser avec un « fou rai­son­nant », un « révi­sion­niste », un « néo-paga­niste anti­ju­déo­chré­tien », un « mas­tur­ba­teur », un « cancre », un « per­son­nage dou­teux » « pro­je­tant sur l’objet haï (Freud) ses propres obses­sions - les juifs, le sexe per­vers, les com­plots » ?

Ces qua­li­fi­ca­tifs sont pour le moins inquié­tants, éma­nant tous de freu­diens – non, plu­tôt de freu­distes, c’est-à-dire mili­tants d’une cause mena­cée dans ses fon­de­ments.

Que Michel Onfray s’attaque aux reli­gions en pro­fes­sant son athéisme, voi­là qui peut pour le moins le rendre sus­pect ; mais après tout, les ico­no­clastes sont tolé­rés dans la mai­son du sei­gneur… Mais ici, ne s’agit-il pas, de s’en prendre à une science – quelle science, au fait ? quelle métho­do­lo­gie scien­ti­fique ? – de mettre en cause des Évan­giles et leur Mes­sie. On peut bien dire du Christ – et on ne s’en est pas gêné, y com­pris pour le récu­pé­rer de manière schis­ma­tique –, que c’était un anar­chiste aimant les femmes, et pour­vu de mul­tiples autres qua­li­tés bien humaines et bien ordi­nai­re­ment névro­tiques… Mais envi­sa­ger que Freud pût être un affreux réac, voire un col­la­bo !…

Or, il semble admis par les freu­distes que toutes ces « tares » du Père fon­da­teur étaient avé­rées depuis belle lurette… Dès lors pour­quoi en faire un casus bel­li et refu­ser le débat sur le fond de la psy­cha­na­lyse ? Pour­quoi ain­si pra­ti­quer le déni his­to­rique et ne pas dis­cu­ter sur l’hypothèse d’Onfray selon laquelle (Nietzsche n’est pas loin) toute doc­trine ou théo­rie exprime la bio­gra­phie même de son auteur. En un sens cela revient aus­si à consi­dé­rer tout bon­ne­ment que cha­cun – chaque être dans sa véri­té – se trouve résul­ter de sa propre his­toire vécue. Affir­ma­tion aus­si banale que géniale – et dont on ne sau­rait dénier à Freud le mérite d’avoir su en explo­rer toute la com­plexi­té, en par­ti­cu­lier dans le domaine de l’inconscient.

Sex­pol spé­cial Wil­helm Reich, décembre 1977

S’il est une cri­tique que l’on se devrait de por­ter à l’encontre du freu­disme d’aujourd’hui c’est encore et tou­jours celle de son absence d’implication sociale. Cette même cri­tique de gauche qui avait pro­vo­qué des scis­sions dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­tique, dès sa nais­sance, à par­tir d’analyses sociales – celles qui don­ne­ront nais­sance au freu­do-mar­xisme, avec l’école de Franc­fort, et plus encore avec un Wil­helm Reich s’opposant, entre autres, au concept de « pul­sion de mort » –  enfon­cé par les freu­distes de choc, sous l’accusation de « folie » – ce qui nous ramène à notre actua­li­té.

Il m’est arri­vé ici (ou pas loin) de repro­cher à Onfray ce que j’ai appe­lé son côté « prê­chi-prê­cha » et par­fois empê­cher de réflé­chir en paix, un peu le comble pour un accou­cheur phi­lo­so­phique. Mais je lui accorde aus­si bien des mérites, comme de secouer les tor­peurs basiques dans les­quelles nos socié­tés et nos êtres s’engloutissent. Ce qui s’avère hau­te­ment salu­taire et donc si néces­saire dans nos socié­tés de croyances néo-obs­cu­ran­tistes. Sa « très grande faute », à Michel Onfray, aurait peut-être été ici, sur ce ter­rain freu­dien, d’oppo­ser à la psy­cha­na­lyse des argu­ments objec­ti­vables, de type scien­ti­fique, qui pour­rait pré­tendre remettre en cause tout effet de la cure ana­ly­tique. Disons que per­sonne n’en connaît tous les « méca­nismes », émi­nem­ment sub­jec­tifs – même si une cer­taine métho­do­lo­gie pré­tend tenir lieu de dis­ci­pline. N’en va-t-il pas de même, par exemple, de l’homéopathie ? Elle apaise ou gué­rit cer­tains maux, c’est un fait – effet pla­ce­bo ou pas. Comme pour l’analyse, non ?

L’autre « faute » d’Onfray, tien­drait peut-être aus­si de son approche des médias et des jour­na­listes. Certes, ils semblent le chou­chou­ter – c’est un bon « client » qui « passe bien » et « fait de l’audience », puisque polé­mique. Mais en même temps, les jour­na­listes montrent vite leurs limites de « touche à tout » de l’écume évé­ne­men­tielle. Ils doivent en ce domaine de la psy­ché, mar­cher sur des œufs… sans trop y entra­ver grand chose – pas davan­tage que leurs propres névroses, après tout. Donc, ils comptent les points et ne sont pas fâchés de voir cet Onfray mordre la pous­sière. Lui que, Le Monde 2 [2/4/2005] avait ame­né à décla­rer à pro­pos de jour­na­listes jus­te­ment :

• Pour­quoi, selon vous, la bataille des idées est-elle à ce point asep­ti­sée, nor­ma­li­sée ?

– Michel Onfray : « Je vais vous dire des choses désa­gréables. Il fau­drait psy­cha­na­ly­ser le métier de jour­na­liste. C’est quand même une pro­fes­sion rem­plie de minables. Il y a des gens qui font bien leur bou­lot et qui consi­dèrent qu’ils sont des pas­seurs… » Et cae­te­ra ici.


Et interdire le voile épais… de la connerie?

Des­sin de Faber ©

Bur­qa, niqab, certes… Mais ima­gi­nons le tol­lé si on avait inter­dit la sou­tane en son temps glo­rieux ?! On s’en fou­tait plus ou moins, ou on bouf­fait du curé, faute de grives. Du coup l’espèce des cor­beaux a dépé­ri et s’est même éteinte d’elle-même, sauf dans ses sau­te­ries pri­vées genre « chez Mgr Lefebvre ». Pour­tant un pan­dore d’époque aurait pu tout autant ver­ba­li­ser pour cause de sécu­ri­té rou­tière: va conduire en robe longue qui te pen­douille jusqu’aux pédales de la deu­deuche ! Sans blague ! Il est vrai que conduire sa bagnole ou son 4x4 avec un masque aus­si fer­mé que le niqab c’est comme pilo­ter un vieux char d’assaut der­rière la fente du blin­dage. Donc il y a des limites à ne pas dépas­ser les bornes. Quant à inter­dire… Et j’y pense, pen­dant qu’on y est, si on inter­di­sait la conne­rie ? C’est pas dan­ge­reux et inté­griste à la fois, ça, le voile épais de la conne­rie ?



Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malaise dans nos civi­li­sa­tions. Civi­li­sées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le pro­clament ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous sai­sit. Quels repères, quels sens trou­ver qui indiquent direc­tion, espoir. « Le monde est pour­ri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajou­tait aus­si, d’une convic­tion entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça res­semble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­tendre ici-bas accom­plir tout son pos­sible ? Vrai­ment tout le pos­sible… C’était ma minute phi­lo qui m’entraîne dans la patau­geoire que nous appe­lons aus­si « actua­li­té », là où tout le pos­sible n’est jamais épui­sé. J’en prends deux bouts, les deux extré­mi­tés d’un bâton bien mer­dique :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de gui­der… ; dans cette lignée, un appa­reil, celui du pou­voir reli­gieux ecclé­sias­tique et sa cohorte éco­no­mique et hié­rar­chique, sous-papes et pape, l’État vati­ca­nesque, ses suc­cur­sales mon­dia­li­sées pro­pa­geant la « bonne parole » – tu parles, oui !

– De l’autre, une ten­ta­tive de poli­ti­sa­tion de la science par le tru­che­ment de deux illu­sion­nistes média­ti­sés, Vincent Cour­tillot et sur­tout Claude Allègre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­taire d’escamoteur et chantre du libé­ra­lisme « décom­plexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dis­si­mu­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, formes visibles de cet obs­cu­ran­tisme reve­nant à l’offensive sau­vage dans nos temps en perte de lumières. 

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont impré­gné toutes les strates de nos socié­tés, condi­tion­nant jusqu’à nos incons­cients, notre lan­gage, nos com­por­te­ments. Comme les sys­tèmes tota­li­taires, elles ont aus­si sécré­té leurs ordres poli­ciers, déployé des agents d’inquisition, enfon­cé « leur main noire jusque dans le ventre des hommes » – Panaït Istra­ti en 1927 à pro­pos du sta­li­nisme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de sta­tut recon­nu d’agent cultu­rel, paten­té, celui du medium selon la ter­mi­no­lo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­ne­ments que l’animal humain y place dans la durée de son his­toire.

Par­tout dans le monde débous­so­lé, les reli­gions se sont ins­crites comme des mani­fes­ta­tions « natu­relles » de don­nées émi­nem­ment cultu­relles : les croyances et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­men­cer, puis ses conti­nua­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Daw­kins en Grande-Bre­tagne – ont inté­gré les com­por­te­ments reli­gieux dans les pro­ces­sus de l’évolution natu­relle. Je passe ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plu­tôt faire res­sor­tir les dif­fi­cul­tés énormes que semble affron­ter le genre humain dans son immense majo­ri­té à pour­suivre son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­na­li­té affir­mée, et pour autant non dénuée de spi­ri­tua­li­té – au contraire !

Certes, il fau­drait ici en appe­ler aux plus amples déve­lop­pe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frô­ler cette pro­blé­ma­tique à l’occasion des affaires de pédo­phi­lie ecclé­sias­tique qu’on peut consi­dé­rer sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne tou­chait à une cri­mi­na­li­té et à ses vic­times ; il montre que les curés, condam­nés à la névrose et au refou­le­ment sexuel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « nor­mal », sexua­li­té com­prise, contre­vien­drait au « dévoue­ment au Sei­gneur »… Faut-il avoir par­cou­ru toute une chaîne de patho­lo­gies mul­tiples pour accou­cher d’une telle héré­sie. Héré­sie elle-même fon­da­trice du code géné­ral de défi­ni­tions et dénon­cia­tions de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme cano­nique. Ain­si boucle-t-on des sys­tèmes tota­li­taires, en reli­gion comme en poli­tique, ou plus géné­ra­le­ment en idéo­lo­gie. Si on admet que les curés ne sau­raient être moins névro­sés que le reste de la popu­la­tion – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, outre que cela donne matière à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chas­te­té », il ne faut pas oublier que ces « ser­vi­teurs » sont cen­sés se pré­sen­ter en paran­gon de Ver­tu, et se pré­tendent tels ! On a donc beau et faux jeu que de mini­mi­ser leurs crimes au pré­texte qu’ils ne seraient pas moindres de ceux des autres ber­gers de la socié­té, comme les ins­ti­tu­teurs de la laïque, sui­vez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppose le régime cas­triste de Cuba à une pseu­do démo­cra­tie capi­ta­liste. Il s’agit bien de dic­ta­tures, mais l’un pré­tend avoir mené son peuple au Para­dis socia­liste. Ce qui n’excuse nul­le­ment l’autre !

Second angle : Ces « ani­croches » cor­res­pon­draient en somme à d’ordinaires ano­ma­lies concer­nant des bre­bis éga­rées. Il suf­fit de les remettre dans le droit che­min et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plai­der cou­pable », quelques contri­tions – vous savez ces séances publiques, bien média­ti­sées, de par­don­nage impu­dique et en larmes de cro­co­diles, même les poli­ti­cards en raf­folent, les patrons bri­gands encore plus, du moment que ça fait pas­ser les pilules du len­de­main… Moyen­nant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des sys­tèmes d’aliénation reli­gieuse, tout rentre dans l’ordre ecclé­sial et sur­tout sécu­lier. Amen !

Deuxième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche ration­nelle, à la science, à la ten­ta­tive de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­delle qu’il porte. La pen­sée construite – c’est-à-dire argu­men­tée et contrée avant vali­da­tion et pour­suite vers l’étape sui­vante – spé­ci­fique de l’ani­mal humain [je tiens cette judi­cieuse expres­sion de Wil­helm Reich], vaut par sa capa­ci­té à éclai­rer son deve­nir ; elle implique une idée de mieux-être, d’avancée dans une huma­ni­té en marche et sou­cieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contri­bue. Sa rup­ture d’avec l’irrationalité reli­gieuse repose sur l’ancrage pré­ci­sé­ment ter­restre et non céleste, tem­po­rel et non éter­nel, réel et non contin­gent.

Elle s’écarte aus­si de la foi, soit en l’excluant comme hypo­thèse non ration­nelle, soit en la relé­guant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se confrontent aus­si au quo­ti­dien, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­cile) com­mu­ni­ca­tion entre per­sonnes, notam­ment aus­si dans l’établissement de ce qu’on appelle réa­li­té ou véri­té. Entre paren­thèses, le métier de jour­na­liste se trouve pré­ci­sé­ment à la croi­sée de ces états selon les­quels se consti­tuent, pour tout un cha­cun, son propre rap­port au monde.

La Science, quant à elle et moins que toute acti­vi­té humaine, ne sau­rait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aus­si que sur­git un cli­vage, voire un schiste : uni­fier savoir et croyance par éli­mi­na­tion « natu­relle » de la der­nière ; ou bien sépa­rer les deux domaines, consi­dé­rer qu’ils peuvent fonc­tion­ner sépa­ré­ment, voire col­la­bo­rer.

Que le doute se sai­sisse du monde scien­ti­fique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­si­té. Trop de « cer­ti­tudes » ou de « véri­té » ne peut que nuire à l’établissement des don­nées de la com­plexi­té. Mais un soup­çon même de croyance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche scien­ti­fique – point d’interrogation.

Pour en reve­nir aux deux « contre­ve­nants » s’opposant au Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je ran­ge­rais Cour­tillot dans la pre­mière caté­go­rie – celle des semeurs de doute quant à la Véri­té cli­ma­tique, sous réserve de vali­di­té de l’argumentation, bien sûr –, et Allègre dans la seconde, évi­dem­ment, celui des mani­pu­la­teurs déli­bé­rés dont les visées peuvent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impures » quant à la démarche scien­ti­fique. Les 400 cli­ma­to­logues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/4/10] semblent pos­sé­der de solides argu­ments. Je dis « semblent » car ils en pré­parent une pré­sen­ta­tion pro­chaine. Mais indé­pen­dam­ment, il y a le per­son­nage même d’Allègre, for­te­ment émet­teur d’antipathie – tant de suf­fi­sance ubuesque ! tant d’arrivisme poli­tique ! Il y a aus­si et sur­tout son atti­tude de faus­saire l’ayant ame­né à fal­si­fier des don­nées scien­ti­fiques et des courbes – ce qu’il a recon­nu en « rai­son » d’« un choix édi­to­rial ». Et ce qui l’exclut du champ scien­ti­fique. De même lorsqu’il conclut son débat avec un éco­lo­giste [Yan­nick Jadot, France Inter, 31/03/10] par, en sub­stance, « De toutes façons, la Nature répare tou­jours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même termes, le cre­do libé­ral d’un Made­lin, ou des néo-conser­va­teurs états-uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostra­da­mus à la manque et à le ren­voyer à ses pré­dic­tions vol­ca­niques et autres délires sur l’amiante.



  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

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