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Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte
« NEWBURGH, N.Y.
« Un homme qui avait dû être amputé d’une jambe après la chute d’un crucifix de 273 kg a porté plainte contre l’église. Le procès doit avoir lieu en janvier 2013, a annoncé Me Kevin Kitson, son avocat.
« La victime, David Jimenez, avait prié devant le crucifix placé à l’extérieur de l’église Saint-Patrick à Newburgh, dans l’État de New York, car un cancer des ovaires avait été diagnostiqué à son épouse. Après la guérison de cette dernière, David Jimenez avait voulu montrer sa gratitude en nettoyant la croix. En mai 2010, le crucifix s’était écrasé sur sa jambe droite, qui avait ensuite dû être coupée, a raconté Me Kitson.
« David Jimenez demande trois millions de dollars à l’église, qui affirme ne pas être responsable. »
Cette dépêche d’Associated Press, reprise sans commentaires par La Presse de Montréal du 7 novembre 2012, laisse en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajouté non plus si ça ne me gratouillait pas autant…
Comme la foudre qui s’abat sur un clocher, ça ne laisse d’interpeller, non ? Et cette histoire de la vieille tante du copain : partie vaillante en train pour un pèlerinage à Lourdes, la voilà qui revient sur une civière. Son pied avait roulé sur un cierge. L’anti-miracle, ça arrive aussi.

Doublée des meilleures intentions et de l’esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu « Hara Kiri », paix à son âme, m’a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.
J’en profite pour passer au rayon Sciences. J’écoutais hier avec grand intérêt les propos radio (France inter) d’Etienne Klein, physicien, philosophie des sciences. « Penser l’origine » (du monde, ajouterait Gustave Courbet, qui voyait « la chose » à courte distance cosmique, quoique…), une sorte d’impasse dont on ne peut même pas imaginer le bout. Penser la fin, c’est imaginer le non-être, en définir les contours et les propriétés, qu’il ne saurait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une aporie, comme on dit en haute sphère.
On ne peut voir le bout du tunnel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cause » le fameux big bang, non pas comme hypothèse, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matière et de l’énergie « noires » – invisibles et pourtant probables ? Et si la théorie de la relativité générale demeure valable, elle ne s’appliquerait qu’à la seule énergie de la gravitation, et pas aux trois autres connues : électromagnétique, nucléaire faible, nucléaire forte. La question de l’origine est donc, par excellence, ce qu’on appelle une question ouverte. Grande ouverte sur l’in-connaissance. Une ivresse. Comme celle de la foi des croyants ?
Toujours est-il que les sciences m’enivrent. À la nôtre !
Rome et Roms. Sarkozy ou l’art de bien cirer les mules du pape
Ce président-là, qui estime plus un curé qu’un instituteur, est donc allé cirer les mules du pape – pour ne pas dire plus vulgaire. Aller à Rome régler une (sale) histoire de Roms et pour se faire pardonner les offenses portées à cette France catho, bien pensante d’ordinaire et cependant aujourd’hui taraudée dans son sarkozysme, y a-t-il plus vulgaire en politique ?
Eh bien oui, il y a ! Ainsi lors de l’échange des cadeaux (ça se fait) : si on en croit le correspondant à Rome de France Inter [8/10/10], Eric Valmyre, Sarkozy l’intello a offert au pape une édition d’époque du Génie du christianisme et des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Ça le reposera des missels. En retour, veinard, il a reçu du pape une faïence et une gravure représentant la place Saint-Pierre. Ravi, le « chanoine d’honneur », ainsi baptisé en 2007 à Saint-Jean de Latran…, en a profité pour demander une petite rallonge, un pourliche, une aumône : un chapelet supplémentaire pour sa nièce… Oh que c’est touchant ! Et carrément vulgos. Comme d’avoir amené des invités supplémentaires à la visite de Lascaux. Ah ! ces petits coups de piston et grands coups de canif dans la fonction présidentielle. On ne le refera pas. Dans un sens c’est aussi bien ainsi. Tant qu’à devoir le garder, que ce soit dans son entièreté.
PS. Et il l’a eu, son chapelet en rab’, ainsi qu’en atteste l’agence AP : « Le secrétaire personnel du pape, Mgr Georg Gänswein, s’est chargé d’aller en chercher un et de l’apporter à Nicolas Sarkozy. »
Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier à Glasgow

Après la messe, les « just married » regagnant leur papamobile pour une destination secrète. Ph. ♋ x.
C’est en Écosse, à Glasgow, qu’Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pourtant pas radiné: 70 000 invités à la cérémonie, empreinte de simplicité et d’émotion, doublée d’une messe rassemblant les parents et amis de chaque famille, les Deux et les Seize. Si le couple se multiplie, il aura trente-deux descendants – ce qui est considérable, surtout à cet âge. S’il se divise, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas viable) à 16 : 2 = 8 (encore trop). Parions plutôt sur l’avenir radieux de ce couple uni sous les meilleurs hospices [je sais, c’est exprès !].
Retransmise en direct sur TF1, la cérémonie a bien sûr été commentée par Boris Zitrone (l’arrière petit-fils), lequel, citant les Évangiles en latin, anglais, allemand et russe (sous-titré en VF), a rappelé qu’il ne suffisait pas de faire des enfants, encore fallait-il les mettre à l’abri des curés pédophiles. Et à ce propos, il a repris les toutes fraîches paroles prononcées à Westminster par Benoît Seize, très au fait des actualités : « L’Eglise n’a pas été assez vigilante ». Certes, a sèchement ponctué le commentateur vedette de la chaîne qui, ensuite, dans ce style inimitable, c’est-à-dire suavement ampoulé, s’est complu à souligner les tenues des « just married » : « Pour l’élue, casaque et toque de soie d’un délicat vert vieil-anglican ; mocassins sombres. Pour Lui, par dessus le kilt rallongé, casaque et toque d’un blanc légèrement beurre-frais tranchant sur le rouge « grand fou, va ! » de ses babouches ».
En somme, une cérémonie d’un goût exquis, rassemblant sur moins d’un mètre carré et tout juste en un feuillet dactylo une dose concentrée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien primaires. Ouah, que ça fait du bien !
Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan
Pour n’avoir pas observé le jeûne pendant le ramadan, Hocine Hocini, 47 ans, et Salem Fellak, 34 ans, deux ouvriers algériens, originaires d’Ain El Hammam, près de Tizi-Ouzou en Kabylie, ont été jetés en prison ! Selon El Watan du 9 septembre, une dizaine d’autres cas semblables se sont également produits en Kabylie.
Surpris en train de boire de l’eau par des policiers qui ont immédiatement procédé à leur arrestation, auditionnés ensuite par le parquet, ces deux Algériens, dont l’un est de confession chrétienne, incarnent à présent le combat contre la violation des libertés fondamentales en Algérie.
Une chaîne de soutien internationale s’est mobilisée contre leur procès annoncé pour le 8 novembre. Sur Internet, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lancer un appel de mobilisation, relayé dans de nombreux pays et organisations internationales.
L’Algérie a pourtant ratifié les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme et notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques…
L’intolérance, particulièrement en matière religieuse, demeure une calamité mondiale. Tandis que la tolérance politique, paradoxalement, comme aux Etats-Unis, conduit au délire spectaculaire le pasteur Terry Jones et son groupe intégriste de « brûleurs de Coran », en Floride. Ce fléau est aussi vieux que le monde des croyances exacerbées. On ne citera ici que pour mémoire, la combien emblématique affaire du chevalier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atroces tortures. Il n’avait pas ôté son chapeau au passage d’une procession religieuse. Ça s’est passé à Abbeville, en 1766 [affaire évoquée ici].
L’an dernier, au Maroc, six jeunes avaient aussi été poursuivis pour refus de pratiquer le ramadan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condamnation à mort par lapidation qui pèse toujours sur l’Iranienne Sakineh Mohammadi Ashtiani, accusée d’adultère.
Le quotidien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Hassan Moali s’indigne en ces termes : « Ces policiers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont strictement aucun droit de punir un non– jeûneur. L’islam qui est une religion de tolérance, abstraction faite des comportements odieux de certains zélés, professe avec force «qu’en religion, il n’y a point de contrainte» (La Ikraha Fi Eddine). Un fidèle ou un infidèle n’a de compte à rendre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redresseur des torts. A tort… »
De nombreuses réactions sont publiées sur le site du journal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je soutiens tous les non jeûneurs, car moi même je n’ai jamais jeûné de ma vie, je ne suis pratiquant d’aucune religion, j’en ai pas besoin de religion pour être quelqu’un de bien, je considère que je suis meilleur dans la bonté que 95% des musulmans pratiquants, je le vois autour de moi, dans mon travail, y a qu’en mois de ramadan qu’ils arrêtent de mentir et de voler. Je ne suis pas contre aucune religion mais j’ai horreur des hypocrites.
« En tout j’en suis convaincu d’une chose, si vraiment le bon dieu existe donc il devrait être infiniment plus intelligent que nous, j’en suis convaincu que la majorité des gens qui se disent musulmans ne goûteront pas à son paradis tellement ils sont hypocrites, intolérants, méchants..car ils ne font le ramadan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a promis le paradis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.
« Moi j’ai la conscience tranquille j’aime tous les êtres humains sans distinction aucune.
« J’en ai plus que marre de cette intolérance, j’aspire à vivre chez moi en Kabylie où l’amour régnera en roi ou le respect sera de mise, où on respecte la liberté individuelle et toutes croyances.
« Laisser nous vivre comme on veut chez nous. »
Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux
Je le dis tout net, je n’ai pas lu Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne de Michel Onfray, et n’aurai sans doute pas le temps, ni peut-être le désir de le faire avant que ne s’épuise la polémique galopante. J’ai tout de même envie d’en parler à plusieurs titres qui n’ont rien à voir avec tous ces patentés du grain de sel, dès lors qu’ils se disent psy-quelque chose, ou architectes, ou philosophes, écrivains, etc. Je m’en mêle seulement au titre du regardeur. De ce qui « me regarde ». Ou si on veut en tant que ce « voyeur du monde » qui pourrait définir le journaliste attentif, laborieux laboureur, interrogateur éventuel des inconscients individuels et collectifs forgeant ce qu’on nomme l’actualité, les événements…
Je m’interroge donc en particulier sur la polémique elle-même, sa durée, son ampleur, sa forme prenant le pas sur le fond, sa violence assassine – avec préméditation bien mûrie, rancie, vacharde. Je vois un type, heureusement costaud en apparence, jeté à terre, piétiné, insulté, crucifié, si j’ose dire. Et j’ose, vu que je voudrais ici causer de religion, d’hérésie, d’inquisition – toutes ces joyeusetés généralement accolées. Je me vois témoin assigné d’un procès en sorcellerie, c’est-à-dire non pas une simple cabale, une ordinaire bataille d’Hernani entre esthètes vindicatifs… Non, il s’agit bien d’un procès, qui plus est du type stalinien, ou inquisitoire, ce qui est tout comme, et par lequel un coupable destiné au bûcher – c’est décidé dès l’instruction – se trouve illico jeté aux flammes.
Autant de faits insupportables, relevant en fait du lynchage, qui m’amènent à tendre une main secourable – si tant est qu’elle soit utile à l’intéressé. Disons que ce geste m’est d’abord nécessaire, à moi-même, du double point de vue, intellectuel et moral.
De quel crime Onfray se trouve-t-il accusé et sous quels chefs d’inculpation ? – il ne s’agit déjà plus d’une « mise en examen ». Parce qu’il s’attaque à ce qui peut, après tout, être considéré sous l’angle du dogme religieux, sinon de la secte la plus fermée… Qu’on en discute ! Mais quoi ?, causer avec un « fou raisonnant », un « révisionniste », un « néo-paganiste antijudéochrétien », un « masturbateur », un « cancre », un « personnage douteux » « projetant sur l’objet haï (Freud) ses propres obsessions — les juifs, le sexe pervers, les complots » ?
Ces qualificatifs sont pour le moins inquiétants, émanant tous de freudiens – non, plutôt de freudistes, c’est-à-dire militants d’une cause menacée dans ses fondements.
Que Michel Onfray s’attaque aux religions en professant son athéisme, voilà qui peut pour le moins le rendre suspect ; mais après tout, les iconoclastes sont tolérés dans la maison du seigneur… Mais ici, ne s’agit-il pas, de s’en prendre à une science – quelle science, au fait ? quelle méthodologie scientifique ? – de mettre en cause des Évangiles et leur Messie. On peut bien dire du Christ – et on ne s’en est pas gêné, y compris pour le récupérer de manière schismatique –, que c’était un anarchiste aimant les femmes, et pourvu de multiples autres qualités bien humaines et bien ordinairement névrotiques… Mais envisager que Freud pût être un affreux réac, voire un collabo !…
Or, il semble admis par les freudistes que toutes ces « tares » du Père fondateur étaient avérées depuis belle lurette… Dès lors pourquoi en faire un casus belli et refuser le débat sur le fond de la psychanalyse ? Pourquoi ainsi pratiquer le déni historique et ne pas discuter sur l’hypothèse d’Onfray selon laquelle (Nietzsche n’est pas loin) toute doctrine ou théorie exprime la biographie même de son auteur. En un sens cela revient aussi à considérer tout bonnement que chacun – chaque être dans sa vérité – se trouve résulter de sa propre histoire vécue. Affirmation aussi banale que géniale – et dont on ne saurait dénier à Freud le mérite d’avoir su en explorer toute la complexité, en particulier dans le domaine de l’inconscient.
S’il est une critique que l’on se devrait de porter à l’encontre du freudisme d’aujourd’hui c’est encore et toujours celle de son absence d’implication sociale. Cette même critique de gauche qui avait provoqué des scissions dans le mouvement psychanalytique, dès sa naissance, à partir d’analyses sociales – celles qui donneront naissance au freudo-marxisme, avec l’école de Francfort, et plus encore avec un Wilhelm Reich s’opposant, entre autres, au concept de « pulsion de mort » – enfoncé par les freudistes de choc, sous l’accusation de « folie » – ce qui nous ramène à notre actualité.
Il m’est arrivé ici (ou pas loin) de reprocher à Onfray ce que j’ai appelé son côté « prêchi-prêcha » et parfois empêcher de réfléchir en paix, un peu le comble pour un accoucheur philosophique. Mais je lui accorde aussi bien des mérites, comme de secouer les torpeurs basiques dans lesquelles nos sociétés et nos êtres s’engloutissent. Ce qui s’avère hautement salutaire et donc si nécessaire dans nos sociétés de croyances néo-obscurantistes. Sa « très grande faute », à Michel Onfray, aurait peut-être été ici, sur ce terrain freudien, d’opposer à la psychanalyse des arguments objectivables, de type scientifique, qui pourrait prétendre remettre en cause tout effet de la cure analytique. Disons que personne n’en connaît tous les « mécanismes », éminemment subjectifs – même si une certaine méthodologie prétend tenir lieu de discipline. N’en va-t-il pas de même, par exemple, de l’homéopathie ? Elle apaise ou guérit certains maux, c’est un fait – effet placebo ou pas. Comme pour l’analyse, non ?
L’autre « faute » d’Onfray, tiendrait peut-être aussi de son approche des médias et des journalistes. Certes, ils semblent le chouchouter – c’est un bon « client » qui « passe bien » et « fait de l’audience », puisque polémique. Mais en même temps, les journalistes montrent vite leurs limites de « touche à tout » de l’écume événementielle. Ils doivent en ce domaine de la psyché, marcher sur des œufs… sans trop y entraver grand chose – pas davantage que leurs propres névroses, après tout. Donc, ils comptent les points et ne sont pas fâchés de voir cet Onfray mordre la poussière. Lui que, Le Monde 2 [2/4/2005] avait amené à déclarer à propos de journalistes justement :
• Pourquoi, selon vous, la bataille des idées est-elle à ce point aseptisée, normalisée ?
– Michel Onfray : « Je vais vous dire des choses désagréables. Il faudrait psychanalyser le métier de journaliste. C’est quand même une profession remplie de minables. Il y a des gens qui font bien leur boulot et qui considèrent qu’ils sont des passeurs… » Et caetera ici.
Et interdire le voile épais… de la connerie?
Burqa, niqab, certes… Mais imaginons le tollé si on avait interdit la soutane en son temps glorieux ?! On s’en foutait plus ou moins, ou on bouffait du curé, faute de grives. Du coup l’espèce des corbeaux a dépéri et s’est même éteinte d’elle-même, sauf dans ses sauteries privées genre « chez Mgr Lefebvre ». Pourtant un pandore d’époque aurait pu tout autant verbaliser pour cause de sécurité routière: va conduire en robe longue qui te pendouille jusqu’aux pédales de la deudeuche ! Sans blague ! Il est vrai que conduire sa bagnole ou son 4x4 avec un masque aussi fermé que le niqab c’est comme piloter un vieux char d’assaut derrière la fente du blindage. Donc il y a des limites à ne pas dépasser les bornes. Quant à interdire… Et j’y pense, pendant qu’on y est, si on interdisait la connerie ? C’est pas dangereux et intégriste à la fois, ça, le voile épais de la connerie ?
Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat
Malaise dans nos civilisations. Civilisées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le proclament ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous saisit. Quels repères, quels sens trouver qui indiquent direction, espoir. « Le monde est pourri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajoutait aussi, d’une conviction entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça ressemble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut prétendre ici-bas accomplir tout son possible ? Vraiment tout le possible… C’était ma minute philo qui m’entraîne dans la pataugeoire que nous appelons aussi « actualité », là où tout le possible n’est jamais épuisé. J’en prends deux bouts, les deux extrémités d’un bâton bien merdique :
– D’un côté des curés pervers, passant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mission de guider… ; dans cette lignée, un appareil, celui du pouvoir religieux ecclésiastique et sa cohorte économique et hiérarchique, sous-papes et pape, l’État vaticanesque, ses succursales mondialisées propageant la « bonne parole » – tu parles, oui !
– De l’autre, une tentative de politisation de la science par le truchement de deux illusionnistes médiatisés, Vincent Courtillot et surtout Claude Allègre cumulant, lui, la fonction complémentaire d’escamoteur et chantre du libéralisme « décomplexé ».
Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dissimulation, de la falsification, formes visibles de cet obscurantisme revenant à l’offensive sauvage dans nos temps en perte de lumières.
Les religions – depuis le temps ! – ont imprégné toutes les strates de nos sociétés, conditionnant jusqu’à nos inconscients, notre langage, nos comportements. Comme les systèmes totalitaires, elles ont aussi sécrété leurs ordres policiers, déployé des agents d’inquisition, enfoncé « leur main noire jusque dans le ventre des hommes » – Panaït Istrati en 1927 à propos du stalinisme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de statut reconnu d’agent culturel, patenté, celui du medium selon la terminologie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens profond et les questionnements que l’animal humain y place dans la durée de son histoire.
Partout dans le monde déboussolé, les religions se sont inscrites comme des manifestations « naturelles » de données éminemment culturelles : les croyances et les superstitions. Darwin, pour commencer, puis ses continuateurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Dawkins en Grande-Bretagne – ont intégré les comportements religieux dans les processus de l’évolution naturelle. Je passe ici sur leur argumentation, forcément complexe, pour plutôt faire ressortir les difficultés énormes que semble affronter le genre humain dans son immense majorité à poursuivre son évolution en direction d’une rationalité affirmée, et pour autant non dénuée de spiritualité – au contraire !
Certes, il faudrait ici en appeler aux plus amples développements ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la prétention. Je ne fais donc que frôler cette problématique à l’occasion des affaires de pédophilie ecclésiastique qu’on peut considérer sous deux angles.
Le premier ne serait qu’anecdotique s’il ne touchait à une criminalité et à ses victimes ; il montre que les curés, condamnés à la névrose et au refoulement sexuel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « normal », sexualité comprise, contreviendrait au « dévouement au Seigneur »… Faut-il avoir parcouru toute une chaîne de pathologies multiples pour accoucher d’une telle hérésie. Hérésie elle-même fondatrice du code général de définitions et dénonciations de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme canonique. Ainsi boucle-t-on des systèmes totalitaires, en religion comme en politique, ou plus généralement en idéologie. Si on admet que les curés ne sauraient être moins névrosés que le reste de la population – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, outre que cela donne matière à objection, rapport au fameux « vœu de chasteté », il ne faut pas oublier que ces « serviteurs » sont censés se présenter en parangon de Vertu, et se prétendent tels ! On a donc beau et faux jeu que de minimiser leurs crimes au prétexte qu’ils ne seraient pas moindres de ceux des autres bergers de la société, comme les instituteurs de la laïque, suivez mon regard. L’argument me renvoie à celui par lequel on oppose le régime castriste de Cuba à une pseudo démocratie capitaliste. Il s’agit bien de dictatures, mais l’un prétend avoir mené son peuple au Paradis socialiste. Ce qui n’excuse nullement l’autre !
Second angle : Ces « anicroches » correspondraient en somme à d’ordinaires anomalies concernant des brebis égarées. Il suffit de les remettre dans le droit chemin et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plaider coupable », quelques contritions – vous savez ces séances publiques, bien médiatisées, de pardonnage impudique et en larmes de crocodiles, même les politicards en raffolent, les patrons brigands encore plus, du moment que ça fait passer les pilules du lendemain… Moyennant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des systèmes d’aliénation religieuse, tout rentre dans l’ordre ecclésial et surtout séculier. Amen !
Deuxième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche rationnelle, à la science, à la tentative de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chandelle qu’il porte. La pensée construite – c’est-à-dire argumentée et contrée avant validation et poursuite vers l’étape suivante – spécifique de l’animal humain [je tiens cette judicieuse expression de Wilhelm Reich], vaut par sa capacité à éclairer son devenir ; elle implique une idée de mieux-être, d’avancée dans une humanité en marche et soucieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contribue. Sa rupture d’avec l’irrationalité religieuse repose sur l’ancrage précisément terrestre et non céleste, temporel et non éternel, réel et non contingent.
Elle s’écarte aussi de la foi, soit en l’excluant comme hypothèse non rationnelle, soit en la reléguant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se confrontent aussi au quotidien, notamment dans le champ de la (difficile) communication entre personnes, notamment aussi dans l’établissement de ce qu’on appelle réalité ou vérité. Entre parenthèses, le métier de journaliste se trouve précisément à la croisée de ces états selon lesquels se constituent, pour tout un chacun, son propre rapport au monde.
La Science, quant à elle et moins que toute activité humaine, ne saurait s’exclure de la séparation de ces états. Elle part de là et c’est de là aussi que surgit un clivage, voire un schiste : unifier savoir et croyance par élimination « naturelle » de la dernière ; ou bien séparer les deux domaines, considérer qu’ils peuvent fonctionner séparément, voire collaborer.
Que le doute se saisisse du monde scientifique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et nécessité. Trop de « certitudes » ou de « vérité » ne peut que nuire à l’établissement des données de la complexité. Mais un soupçon même de croyance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche scientifique – point d’interrogation.
Pour en revenir aux deux « contrevenants » s’opposant au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), je rangerais Courtillot dans la première catégorie – celle des semeurs de doute quant à la Vérité climatique, sous réserve de validité de l’argumentation, bien sûr –, et Allègre dans la seconde, évidemment, celui des manipulateurs délibérés dont les visées peuvent, pour le moins, être suspectées d’intentions « impures » quant à la démarche scientifique. Les 400 climatologues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/4/10] semblent posséder de solides arguments. Je dis « semblent » car ils en préparent une présentation prochaine. Mais indépendamment, il y a le personnage même d’Allègre, fortement émetteur d’antipathie – tant de suffisance ubuesque ! tant d’arrivisme politique ! Il y a aussi et surtout son attitude de faussaire l’ayant amené à falsifier des données scientifiques et des courbes – ce qu’il a reconnu en « raison » d’« un choix éditorial ». Et ce qui l’exclut du champ scientifique. De même lorsqu’il conclut son débat avec un écologiste [Yannick Jadot, France Inter, 31/03/10] par, en substance, « De toutes façons, la Nature répare toujours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même termes, le credo libéral d’un Madelin, ou des néo-conservateurs états-uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostradamus à la manque et à le renvoyer à ses prédictions volcaniques et autres délires sur l’amiante.
Maroc. Six jeunes poursuivis pour refus de pratiquer le ramadan
Dépêche de l’AFP datée du 16/9/09 et de Rabat : « Six jeunes Marocains vont être traduits en justice pour “tentative d’incitation à la rupture du jeûne en public”, durant le ramadan. Dimanche après-midi 13 septembre, ils ont tenté d’organiser un rassemblement à Mohammedia (80 km au sud de Rabat) pour protester contre une “loi qui punit la non-observation du jeûne pendant le ramadan au Maroc” […].
« C’est la première fois au Maroc qu’un groupe de “non jeûneurs” s’affiche en public pour réclamer le droit de ne pas pratiquer le ramadan. Cette protestation a été initiée par le Mouvement alternatif pour la défense des libertés individuelles, une association inconnue jusqu’à présent, selon les autorités du royaume. Le Conseil des oulémas (théologiens) de Mohammedia a pour sa part dénoncé cette action qualifiant ses auteurs d” “agitateurs”. »
[Heureusement, soit dit en passant, qu’existe encore une agence comme l’AFP pour relater de tels faits – même s’ils n’ont été que peu repris par la presse. Cette parenthèse pour signaler que l’Agence France Presse se voit menacée dans sa mission d’agence mondiale et généraliste par un projet gouvernemental de nouveau statut.]
Cette histoire de Rabat est terrifiante : car elle relève de la terreur imposée par la domination religieuse sur les esprits et les corps. Plus de la moitié de l’humanité croupit sous cette chape. L’estimation est sans doute bien trop basse : les trois quarts, ou sept huitièmes ?
Peu ou prou, nous faisons partie des privilégiés. Mais la conquête vers la liberté n’a pas été menée sans peine. Elle n’est d’ailleurs ni entièrement achevée, ni à jamais à l’abri de tout retour en arrière. C’est ainsi que les prêcheurs de la « fin de l’Histoire » voudraient bien jeter aux oubliettes certaines pages du passé.
Revenons seulement deux siècles et demi en arrière :

1er juillet 1766, à Abbeville, un jeune homme de 19 ans, le chevalier de La Barre, est décapité pour avoir manqué de respect envers la religion. En application de la Loi, la justice l’avait condamné à avoir les os broyés jusqu’à ce qu’il avoue son crime, la langue arrachée, la tête coupée, le cadavre brûlé et les cendres jetées au vent.
Les trois principaux « attendus » du jugement disaient qu’il avait été « atteint et convaincu d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire ».
Avant même son exécution, La Barre avait trouvé son premier défenseur en la personne de Voltaire, dénonçant ce crime de « la barbarie sacerdotale ».
Après la Révolution, la Convention nationale du 25 brumaire an II, réhabilitait sa mémoire, en tant que « victime de la superstition ».
A la fin du XIXe siècle, et au début du XXe, avec le combat pour l’école publique et la laïcité des institutions, qui aboutit en 1905 à la Loi de séparation de l’Église et de l’État, le chevalier de La Barre est devenu le symbole du combat contre le cléricalisme. » [Sources multiples, tant cette affaire a fait l’objet de nombreux ouvrages. Voir aussi, entre autres innombrables sites, celui du Groupe La Barre .]
On ose croire que les six jeunes Marocains n’auront pas la langue arrachée – ce qui constitue un progrès relatif mais non négligeable. Ils n’en seront pas moins châtiés d’une manière ou d’une autre, pour s’être levés debout, au nom de la liberté de conscience. Un monument sera peut-être érigé en leur mémoire. Dans deux siècles et demi ?
»> Photo de la plaque en bronze illustrant le supplice du chevalier de La Barre. Monument érigé en 1907 à Abbeville.
J + 3 dans les médias. Accalmie locale et passagère
Ah ? Ça se ressaisit un peu dans les rédactions… Comme une remontée de quelques vertus cardinales (!) du journalisme. Tout étant relatif, la hiérarchie des informations devrait refléter celle des événements. Mais il n’y pas d’Évangile en la matière et les rédactions errent bien souvent comme autant de troupeaux égarés. Parfois c’est l’affolement et Panurge pousse la meute dans le précipice. [Voir notre « GPP » ci-dessus].
En vrac, pour ce que j’ai constaté et sans m’infliger de pénitences exagérées : Hier le JT de la nuit France 3 a pris un bon recul avec un sujet intéressant, construit, honnêtement critique. Sur Inter, le 7–9 semble mieux tenir la barre.
Quelques exemples louables de « redressement » avec des unes de quotidiens en ce mardi d’après tsunami pontifical – sans présager des répliques prochaines.
Et mention spéciale au « Courrier picard« [cliquer pour agrandir] : 













