On n'est pas des moutons

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Jerry Lewis, génial garçon de courses

Sans blague, il est mort le blagueur excité, excen­tré, extrav­a­gant. Exit Jer­ry Lewis, à Las Vegas ce 20 août à l’âge de 91 ans, une belle durée qui lui aura per­mis d’apparaître dans des dizaines films. Du quan­ti­tatif qui, for­cé­ment, a inclus pas mal de nanars, selon la loi du biz­ness. Pas­sons et retenons le meilleur, comme le fait sur son blog mon ami Daniel Chaize pour mar­quer les 90 ans du comé­di­en à la voix de canard :

« Tous les films de Jer­ry Lewis sont des films soci­aux. La course exténu­ante autour du grand mag­a­sin pour promen­er les chiens dans Un chef de ray­on explosif (1963) est à la hau­teur de On achève bien les chevaux de Syd­ney Pol­lack (1969). Et la salle des dacty­los écrasées d’un bruit abrutis­sant autant que leur aligne­ment en rangées pour un tra­vail « tay­lorisé », dans Le Zinzin d’Hollywood, fait penser aux Temps mod­ernes de Chap­lin. » [Lire son arti­cle ici].

De mon côté, je ne me lasse pas d’un extrait de film qui, selon moi, relève du génie d’acteur. Ça s’appelle “The Chair­man of the Board” [extrait de The Errand Boy, de 1961]. On y voit un garçon d’étage d’une grosse boîte qui se prend pour le prési­dent du con­seil d’administration. Le tout sur « Blues in Hoss », une musique de Count Basie. Un hom­mage on ne peut plus élo­quent, servi par lui-même. Du grand art.


Cinéma. “Toni Erdmann”, subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce “Toni Erd­mann” (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa fac­ture formelle est plutôt clas­sique : pas besoin de faire des numéros de cla­que­ttes quand le fond l’emporte d’une manière aus­si magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « mod­erne » a éloignés, jusqu’à les ren­dre étrangers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­nages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et surtout, con­statant l’abîme qui men­ace sa fille, prise dans l’absurde tour­bil­lon du monde mor­tifère du biz­ness, du coach­ing – tout ce blabla secrété par le règne de la marchan­dise mon­di­al­isée. Son instru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­tique portée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, planètes dev­enues inat­teignables à cette jeune femme froide, réfrigérée, frigide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pressée, absente, l’oreille col­lée au portable, habil­lée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sourires ?

De ce naufrage annon­cé va sur­gir, en sauveteur loufoque, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­dingue, qui fout la honte à cette jeune femme for­matée, tail­lée (dans son tailleur strict) pour la com­péti­tion entre tueurs affairistes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son univers de morgue, armé d’une per­ruque, de fauss­es dents et jusqu’à un coussin-péteur – une panoplie de Père Ubu pour un com­bat con­tre l’absurdité. « Je voulais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, dev­enue sourde à la vie vivante, abstraite comme de l’art « con­tem­po­rain », marchan­dise elle-même, au ser­vice du monde marc­hand, de la finance qui tue le tra­vail et les hommes.

Mais rien n’est dit explicite­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démon­stra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­nages, des sit­u­a­tions – Éros con­tre Thanatos, dans l’ordinaire men­acé des vies déréglées, men­acée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroid­it : en fait un refroidisse­ment général­isé, une glacia­tion des rela­tions entre les êtres en représen­ta­tion : le monde rem­placé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tomber les masques, dénonce les jeux de sur­face minables, rap­pelle à l’impérieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a con­duit à œuvr­er dans ce monde du coach­ing, du man­age­ment, de la lutte des requins con­tre les sar­dines…

…n’allez surtout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simonis­chek, San­dra Hüller (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simonis­chek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hüller y sont géni­aux.


« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume munic­i­pal, Georges Moth­ron, maire Les Répub­li­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figu­ier blanc a dû annuler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui craig­nait que leurs sujets «met­tent le feu aux poudres» dans la com­mune.

 G. Moth­ron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chang­er l’image de la ville» […] le boule­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­tisés respec­tive­ment boule­vard du général Leclerc et avenue Mau­rice Utril­lo.
• Le 6 août 2007, un arrêté munic­i­pal inter­dis­ant la men­dic­ité dans le cen­tre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la con­signe aux agents de la voirie de dif­fuser du mal­odore, un répul­sif nauséabond, dans les lieux fréquen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse nationale qui s’ensuit et des con­tro­ver­s­es sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coû­tent la mairie qui revient au social­iste Philippe Doucet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014, il reprend la mairie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wikipé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un cen­tre cul­turel, a eu la curieuse sur­prise de recevoir la semaine dernière un cour­ri­er […] dans lequel l’élu demandait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Soci­o­logue et l’ourson, d’Étienne Chail­lou et Math­ias Thery, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un doc­u­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sex­uel en suiv­ant la soci­o­logue Irène Théry et en met­tant en scène, sur un mode péd­a­gogique et ludique, des peluches et des jou­ets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recon­stituer des moments famil­i­aux. Le sec­ond, dif­fusé depuis l’an dernier dans plusieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Lay­al, une jeune Palesti­enne incar­cérée dans une prison israéli­enne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polémique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa déci­sion est «motivée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un souci d’apaisement […]la ville a préféré jouer la sécu­rité en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éventuelle­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a surtout provo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mairie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Sol­i­dar­ité Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octo­bre dernier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indépen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflex­ion sur des ques­tions qui se posent dans le con­texte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs mul­ti­mé­dia, pub­lie un com­mu­niqué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­taine­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Moth­ron, con­sid­ère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regarder sere­ine­ment un doc­u­men­taire de société où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un doc­u­men­taire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Moth­ron le fera-t-il saisir dans les ray­on­nages ? Quand le film sera dif­fusé à la télévi­sion, Georges Moth­ron fera-t-il couper les antennes du dif­fuseur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Moth­ron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflex­es pavloviens de repli sur soi de telle ou telle com­mu­nauté.
« La Scam sou­tient la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pel­er au maire, Georges Moth­ron, que le suf­frage uni­versel ne lui con­fie pas pour autant un droit à décider ce que ses conci­toyens peu­vent choisir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonc­tion de mag­is­trat munic­i­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-censeur de ciné­ma et de directeur des con­sciences. Non mais.


Merci Patron !” La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui con­naît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin févri­er. C’est l’éternelle his­toire des David et Goliath, des pots de terre et de fer. Traité ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moore et Jean-Yves Lafesse, par François Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amiénois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­lyne et Serge Klur fab­ri­quaient des cos­tumes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­ci­ennes. Depuis la délo­cal­i­sa­tion de leur usine vers la Pologne, le cou­ple est au chô­mage et criblé de dettes. François Ruf­fin va suiv­re ce cou­ple et par­tir « dans une course pour­suite humoris­tique avec Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France » dont le groupe est pro­prié­taire de l’usine. Scènes sur­réal­istes et quipro­qu­os en cas­cades, Mer­ci Patron ! se trans­forme en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas faire un film mais avec l’histoire qui se déroulait sous nos yeux c’est devenu impos­si­ble de ne pas le faire ! » racon­te Johan­na, de l’équipe de Fakir. Porté par l’association Fakir, le film a séduit cri­tiques et médias. Il a même eut droit à une dou­ble page dans Le Monde qu’il qual­i­fie de « chef-d’œuvre du genre ».

Pour­tant, tout n’était pas gag­né. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­cière du Cen­tre nation­al du ciné­ma voit sa demande rejetée. L’équipe décide de pass­er out­re les aides tra­di­tion­nelles et se tourne vers le finance­ment par­tic­i­patif. Grâce aux 21 000 € des con­tribu­teurs Ulule et une lev­ée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une lev­ée de fonds pour une lev­ée de fronde : la bonne idée pour une belle arnaque !


Poussée d’intolérance au Maroc. “Much Loved” interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste maro­cain Nabil Ayouch, est un film remar­quable dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heureuse­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­matographique : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­prenant, mais, surtout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abidar – superbe –, a été vio­lem­ment agressée le 5 novem­bre. Elle racon­te cela dans une tri­bune adressée au Monde [12/11/15 ], expli­quant aus­si pourquoi elle se voit con­trainte de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abidar vio­lem­ment agressée à Casablan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la société qui se trou­ve au cen­tre d’une actu­al­ité per­ma­nente et à peu près générale dans le monde, même si, bien sûr, les sit­u­a­tions sont vari­ables, et donc leur degré de grav­ité. N’empêche, cela vaut dans nos sociétés dites évoluées. Que l’on songe aux dif­férences de salaires entre hommes et femmes, à fonc­tions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de respon­s­abil­ité, du har­cèle­ment sex­uel, du machisme « ordi­naire ». On n’entrera même pas ici sur le lam­en­ta­ble débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la con­di­tion fémi­nine dans un des pays arabes les plus rétro­grades sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cette roy­auté d’un autre âge voudrait se drap­er dans une pré­ten­due moder­nité.

Dans son texte, la comé­di­enne donne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse per­son­nelle, une implaca­ble dénon­ci­a­tion d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une société.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films com­mer­ci­aux, j’ai obtenu le pre­mier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réal­isa­teur tal­entueux et inter­na­tionale­ment recon­nu, et parce que j’allais don­ner la parole à toutes celles avec lesquelles j’avais gran­di : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais aux­quelles on dit sans cesse qu’un jour elles ren­con­treront un homme riche qui les emmèn­era loin… Dès 14–15 ans, elles sor­tent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont dev­enues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de tra­vail, portée par Nabil Ayouch et mes parte­naires de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Cannes. J’y étais, c’était mag­ique. Mais dès le lende­main de sa présen­ta­tion, un mou­ve­ment de haine a démar­ré au Maroc. Un min­istre qui n’avait pas vu le film a décidé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne demande l’autorisation de le dif­fuser. Much Loved dérangeait, parce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­cielle­ment inter­dite au Maroc, parce qu’il don­nait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les autorités ont déclaré que le film don­nait une image dégradante de la femme maro­caine, alors que ses héroïnes débor­dent de vie, de com­bat­iv­ité, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pagne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux soci­aux et dans la pop­u­la­tion. Per­son­ne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà devenu le sujet numéro un de toutes les dis­cus­sions. La vio­lence aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tunisi­enne) et à mon encon­tre. Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le pre­mier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je pre­nais posi­tion ouverte­ment con­tre l’hypocrisie par des déc­la­ra­tions nom­breuses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sages de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a con­nu un bel accueil (j’ai notam­ment obtenu le Prix de la meilleure actrice dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­coph­o­nes, Angoulême en France et Namur en Bel­gique). Mais surtout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclairés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à vis­age décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a calmé la haine con­tre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­porte mal, on lui dit « tu fini­ras comme Abidar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes maro­caines. Chaque semaine, je reçois des men­aces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me soutenir, mais beau­coup se sont détournés de moi. Pen­dant des semaines, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors unique­ment pour des cours­es rapi­des, cachée sous une burqa (quel para­doxe, me sen­tir pro­tégée grâce à une burqa…).

« Ces derniers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retombée. Alors jeu­di 5 novem­bre, le soir, je suis allée à Casablan­ca à vis­age décou­vert. J’y ai été agressée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voiture, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhicule, ils ont roulé pen­dant de très longues min­utes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au vis­age tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui voulaient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­ri­ble. Les médecins à qui je me suis adressée pour les sec­ours et les policiers au com­mis­sari­at se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroy­able­ment seule… Un chirurgien esthé­tique a quand même accep­té de sauver mon vis­age. Ma han­tise était juste­ment d’avoir été défig­urée, de garder les traces de cette agres­sion sur mon vis­age, de ne plus pou­voir faire mon méti­er…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me soutenir. J’ai fait des déc­la­ra­tions de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai décidé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pagne de dén­i­gre­ment légitimée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les con­ser­va­teurs, nour­rie par les réseaux soci­aux si présents aujourd’hui… et qui con­tin­ue de tourn­er en rond et dans la vio­lence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une par­tie de la pop­u­la­tion, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homo­sex­uels dérangent, que les désirs de change­ment dérangent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeunes qui m’ont agressée… »

Loub­na Abidar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mis­es en cir­cu­la­tion au Maroc, dans lesquelles des scènes pornographiques ont été ajoutées pour en dénon­cer l’immoralité !


Y a du monde chez Mon oncle

safe_imageCliquer sur l’image, et hop, des Hulot partout !

© Fray Mol­lo


Alain Resnais, ciné-graphiste

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Cou­ver­ture du livre de Jean-Luc Douin (Ed. de la Mar­tinière)

Tout a été dit sur Alain Resnais, depuis sa mort, same­di. Un grand par­mi les grands du ciné­ma, en effet. Ces images ci-dessous – affich­es de quelques-uns de sa cinquan­taine de films – pour soulign­er le sens graphique d’un artiste du ciné­ma­to-graphe. Car l’adepte de l’image en mou­ve­ment en était un aus­si de l’image fixe (pro­jetée 24 fois par sec­onde, au nom de l’illusion de la réal­ité) et sin­gulière­ment de l’image dess­inée. Alain Resnais fut un artiste de la forme, un for­mal­iste pour qui la forme, pré­cisé­ment, est con­sti­tu­tive du fond ; elle se doit aus­si d’apparaître comme telle, selon cette dis­tan­ci­a­tion brechti­enne assumant l’artifice de l’art, l’art comme inter­pré­ta­tion délibérée et vis­i­ble d’une réal­ité. La bande dess­inée illus­tre – c’est bien le mot – tout à fait cette démarche; tout comme l’ont égale­ment prôné et pra­tiqué des écrivains comme Alain Robbe-Gril­let, Mar­guerite Duras, Claude Simon, Georges Perec et tout le courant du Nou­veau roman. De lui, je retiens notam­ment ce mot : “Les hommes se ressem­blent par ce qu’ils mon­trent et dif­fèrent par ce qu’ils cachent”.

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Les affich­es d’Enki Bilal (entre­tien dans Le Figaro) pour Mon oncle d’Amérique et La Vie est un roman.

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Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Diderot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Lou­vre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, suiv­ez-moi, j’emprunte sans tarder le boule­vard Diderot, puis celui de la Bastille, pour tra­vers­er le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamar­ck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jardin des Plantes et, par­courant l’allée Buf­fon, me voici à la Grande galerie de l’Évolution.Vous en con­nais­sez beau­coup, vous, des endroits de la planète où, en un demi-kilo­mètre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Diderot, salut Denis !

Je m’étais promis d’écrire ce mod­este hom­mage à l’occasion du trois cen­tième anniver­saire de sa nais­sance. Il est né à Lan­gres le 5 octo­bre 1713 (je sais, on est en décem­bre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la coutel­lerie famil­iale, mais tout ça se trou­ve à portée de clics, en maints endroits de la vaste toile et en par­ti­c­uli­er sur Wikipé­dia, fille tech­nique­ment mag­nifiée de sa déjà grandiose ancêtre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Diderot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cinquante autres con­tribu­teurs, éru­dits et pio­nniers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­tique con­tre des adver­saires et censeurs farouch­es ; ain­si la con­damna­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catholiques, sous peine d’excommunication, de brûler les exem­plaires en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­ture économique qui mobil­isa un mil­li­er d’ouvriers pen­dant vingt-qua­tre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre mon­u­men­tale, au plein sens, un pas décisif mené con­tre l’obscurantisme dom­i­nant dans ce siè­cle qu’on appellerait « des Lumières ». Une oeu­vre qui con­tin­ue à nous éclair­er, depuis plus de deux cent cinquante ans, non pas tant directe­ment par ses con­tenus désor­mais en par­tie dépassés, que par la démarche et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, comme piv­ot de cette pre­mière ren­con­tre, due à l’école de la République, son héri­tière directe !

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Anna Kari­na dans le film de Riv­ette (1967)

Deux­ième ren­con­tre, lit­téraire et filmique, quand Jacques Riv­ette adapte La Religieuse en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Peyr­e­fitte, min­istre de l’Information de de Gaulle, et sur déci­sion de son secré­taire d’État Yvon Bourges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­b­u­tion et à l’exportation. Autant dire con­damné. André Mal­raux, cepen­dant, alors min­istre de la cul­ture, sou­tient la présen­ta­tion du film à Cannes… Ram­dam général de la réac­tion big­ote. Le film sort à Paris dans cinq salles et enreg­istre 165 000 entrées en cinq semaines, tan­dis que le roman de Diderot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédité plusieurs fois. J’en prof­ite aus­si, décou­vrant une œuvre boulever­sante, nulle­ment sul­fureuse comme les ligues cathos avaient voulu le faire croire, mais assuré­ment con­tre le sys­tème d’enfermement dans les cou­vents. La Religieuse est une ode à la lib­erté de choisir son des­tin. Une nou­velle adap­ta­tion – très réussie – est sor­tie en 2013 (film de Guil­laume Nicloux avec Pauline Éti­enne).

Troisième ren­con­tre, lit­téraire et théâ­trale, avec la ver­sion de Jacques le fatal­iste et son maître, don­née par Milan Kun­dera (sous le titre Jacques et son maître), pièce mon­tée notam­ment au Col­ib­ri à Avi­gnon, dans une remar­quable mise en scène dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scène Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­trième étape et on en restera là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Diderot à la Pléïade, cette col­lec­tion sur papi­er bible, qui se prêterait à la dévo­tion si on n’y pre­nait garde… S’y trou­vent rassem­blés des textes mag­nifiques à haute portée philosophique, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de promess­es inépuis­ables – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voy­age de Bougainville, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un philosophe avec la maréchale de ***,  De la suff­i­sance de la reli­gion naturelle, La Prom­e­nade du scep­tique, Para­doxe sur le comé­di­en, Regrets sur ma vieille robe de cham­bre…

jean-le-rond-encyclopédie

Math­é­mati­cien, philosophe, Jean Le Rond d’Alembert (1717–1783), son grand com­plice de

Au sens orig­inel de l’expression « lib­ertin d’esprit », Diderot peut  en effet être con­sid­éré comme un lib­ertin ; c’est-à-dire un libre penseur qui remet en cause les dogmes étab­lis et s’affranchit en par­ti­c­uli­er de la méta­physique et de l’éthique religieuse. Diderot pro­fesse un matéri­al­isme assuré et un athéisme sere­in, qui lui vau­dront tout de même d’être empris­on­né trois mois au don­jon de Vin­cennes en 1749 suite à la pub­li­ca­tion de la Let­tre sur les aveu­gles. Invo­quant la con­nais­sance, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puisse pren­dre par­ti sur l’intelligence suprême, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matière et ses pro­priétés […] ? » Mais pour autant, amoureux de la sci­ence, il red­oute le sci­en­tisme et un ratio­nal­isme qui assécherait les pas­sions et la part de spir­i­tu­al­ité chez l’homme.

Autant de ques­tion­nements qui nour­ris­sent des dia­logues les plus sub­tils, dans une dialec­tique où il ne craint pas, comme dans Le Neveu de Rameau en par­ti­c­uli­er, de s’interpeller, de se met­tre en con­tra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pouss­er dans ses ultimes retranche­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses boss­es à la cru­dité… des lumières.

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* Des habi­tants de Bourges ont pro­posé de débap­tis­er leur ville pour l’appeler « Diderot » ou « Riv­ette » !

> > > Écouter Les Murs indis­crets” sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Guichard. Lire au même endroit la Let­tre sur les aveu­gles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…


A Touch of Sin”. Quand la Chine explosera

Chine. A Touch of Sin Un grand film : A Touch of Sin, du Chi­nois Jia Zhanh-Ke – va fal­loir appren­dre le man­darin, au moins comme l’anglais, à l’à-peu-près. Où l’on com­prend que la Chine aus­si est mal bar­rée, tout comme le monde, et acces­soire­ment la France. Pris qu’ils sont dans la frénésie pro­duc­tiviste et con­som­ma­toire, les Chi­nois n’ont mis que quelques décen­nies à sauter dans le précipice du « Pro­grès ». Mao se déplace en Fal­con pour effectuer, mieux et plus vite, le Grand bond en avant dans le cap­i­tal­isme de choc. La Chine perd son âme dans la reli­gion du ren­de­ment, du cynisme, de la cor­rup­tion. Donc de la vio­lence de plus en plus sauvage. C’est le sujet du film.

Quatre tableaux comme les qua­tre saisons d’un nou­veau cli­mat, ter­ri­fi­ant. La Chine, désor­mais, pro­duit aus­si des tomates hors-sol, cal­i­brées et insipi­des ; sa cam­pagne va s’agglutiner aux mon­stru­osités urbaines (j’apprends par Téléra­ma que six périphériques entourent Pékin, qui grossit chaque année de 250.000 voitures !) ; sa jeunesse « fout le camp », absorbée par les modes et les codes occi­den­taux ; le béton bouffe la terre, les paysages, les hommes, avilis par le pognon et la sex­u­al­ité marchande. De même, les ani­maux souf­frent, sont exploités, tor­turés – cette scène ter­ri­ble du cheval four­bu et bat­tu sauvage­ment, qui fait penser à Niet­zsche et au Cheval de Turin [Pourquoi Niet­zsche aujourd’hui ?].

Les ultimes et dérisoires résis­tants appa­rais­sent sur une estrade de comé­di­ens-forains jouant dans la rue une scène d’opéra tra­di­tion­nel. Évidem­ment, si le seul traite­ment pos­si­ble de cette gan­grène est la révolte indi­vidu­elle à coups de fusil, de pis­to­let, de couteau, de sui­cide… on ne donne pas cher de l’avenir du monde dit civil­isé. Ce Soupçon de péché bute sur un réal­isme nour­ri de pes­simisme. Le Titan­ic d’aujourd’hui est un de ces porte-con­teneurs géants [Voir mon reportage de 2006 à bord du « Debussy » : Sale temps, mon­di­al­i­sa­tion : Et vogue le car­go] que n’effarouchent plus les ice­bergs (ils auront tous fon­du !) et qui, à cha­cune de leurs escales débar­quent l’imparable camelote d’un monde en train de crev­er la gueule ouverte. Alors, l’espoir…

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Un goût de Taran­ti­no made in Chi­na, le mes­sage poli­tique en plus. Le film n’est tou­jours pas sor­ti en Chine… Les DVD y cir­cu­lent pour­tant et la pop­u­lar­ité du réal­isa­teur y est très forte.


Cinéma. “Another Year”, une cosmogonie de l’ordinaire

Le titre, “Anoth­er Year” me sem­blait s’imposer pour un 31 décem­bre : Une autre année, et aus­si une année autre. Comme un bilan, un con­stat, et aus­si une espérance : ça ne pour­ra qu’aller mieux… Hmm, pas sûr… Ce film de Mike Leigh est rien moins que mag­nifique. Je le dis d’abord à ceux qui ris­queraient de le rater, même si le suc­cès sem­ble l’installer pour un moment… Quoique, juste­ment, les choses allant comme elles vont, si vite ou si lente­ment ; dans l’allégresse ou la détresse, selon… Deux heures et quelques sur le temps. Celui qui passe, celui qu’il fait, dehors et dedans, dans le monde et en soi.

Un film sur le quo­ti­di­en autant qu’une cos­mogo­nie de l’ordinaire, la vie — l’amour — la mort ; l’air — l’eau — la terre ; la ville et son béton, les avers­es, le coin de potager et ses tomates de fin d’été ; les saisons juste­ment, les années qui passent. Et s’égrènent sec­on­des et années, et fanent les fleurs, et repoussent d’autres graines : une mort, une nais­sance ; un fils rebelle, un père naufragé ; une femme éper­due devant les rides de son miroir, ter­ri­ble face à face – philoso­pher : appren­dre à mourir, jusqu’au sui­cide mou au goût acre d’alcool et de tabac ; croire chercher l’autre en se fuyant soi-même ; accuser, juger pour ne se voir point.


Anoth­er Year — Bande annonce Vost FR par _Caprice_

(Lire la suite…)


Pétition en faveur du cinéaste iranien Jafar Panahi

En réac­tion à la con­damna­tion à la prison du cinéaste iranien Jafar Panahi, un col­lec­tif s’est con­sti­tué autour de pro­fes­sion­nels du ciné­ma et de la cul­ture afin d’organiser protes­ta­tion et sol­i­dar­ité. Une péti­tion peut être signée en ligne par tous ceux qui se sen­tent con­cernés par cette nou­velle atteinte portée aux droits de l’homme par le régime iranien.

Nous apprenons avec colère et inquié­tude le juge­ment du Tri­bunal de la République Islamique à Téhéran, con­damnant très lour­de­ment le cinéaste iranien Jafar Panahi. La sen­tence : six ans de prison ferme, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réalis­er des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des organ­i­sa­tions cul­turelles étrangères.

Jafar Panahi, con­damné à six ans de prison, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réalis­er des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des organ­i­sa­tions cul­turelles étrangères.

Un autre cinéaste, Moham­mad Ras­soulov, a égale­ment été con­damné à six ans de prison. Jafar Panahi et Moham­mad Ras­soulov vont rejoin­dre les nom­breux pris­on­niers qui croupis­sent en prison en Iran, dans un état de détresse totale. Cer­tains font la grève de la faim, d’autres sont grave­ment malades.

Que reproche le pou­voir iranien à Jafar Panahi ? D’avoir con­spiré con­tre son pays et mené une cam­pagne hos­tile au régime iranien. La vérité est que Jafar Panahi est inno­cent et que son seul crime est de vouloir con­tin­uer d’exercer libre­ment son méti­er de cinéaste en Iran. Depuis plusieurs mois le pou­voir iranien a mis en place con­tre lui une véri­ta­ble machine de guerre visant à le détru­ire, à l’enfermer en le con­traig­nant à se taire.

Jafar Panahi est cinéaste et ses films ont été mon­trés dans le monde entier. Invité par les plus grands fes­ti­vals de ciné­ma (Cannes, Venise, Berlin), il est aujourd’hui empêché de pour­suiv­re son œuvre de cinéaste. La lourde con­damna­tion qui le frappe le prive de lib­erté, l’empêche physique­ment et morale­ment d’exercer son tra­vail de cinéaste. Il doit désor­mais se taire, s’interdire tout con­tact avec ses col­lègues cinéastes en Iran et dans le monde entier.

A tra­vers cette con­damna­tion qui frappe Jafar Panahi, c’est tout le ciné­ma iranien qui est man­i­feste­ment visé.

Cette con­damna­tion nous révolte et nous scan­dalise. Aus­si, appelons-nous cinéastes, acteurs et actri­ces, scé­nar­istes et pro­duc­teurs, tous les pro­fes­sion­nels du ciné­ma ain­si que tous les hommes et femmes épris de lib­erté et pour qui les droits de l’homme sont une chose fon­da­men­tale, à se join­dre à nous pour exiger la lev­ée de cette con­damna­tion.”

Rejoignez l’appel aux côtés de : le Fes­ti­val de Cannes, la SACD, la Ciné­math­èque française, l’ARP, la Ciné­math­èque suisse, le Fes­ti­val inter­na­tion­al du film de Locarno, le Forum des images, Posi­tif, la SRF, lesCahiers du ciné­ma, Citéphi­lo (Lille), France cul­ture, la Mostra Inter­nazionale d’Arte Cin­e­mato­gafi­ca di Venezia, Cul­tures­france, la Quin­zaine des Réal­isa­teurs, Sara­je­vo Film Fes­ti­val, Ciné­ma Gin­dou, Cen­tre Audio­vi­suel Simone de Beau­voir, Cen­tre Cul­turel Pouya.


Tchad, Cinéma. Mahamat Saleh Haroun a gagné la bataille du Normandie

par Bernard Nan­tet

Prix spé­cial du Jury 2010 à Cannes pour son film Un homme qui crie, le cinéaste tcha­di­en Mahamat Saleh Haroun, dit MSH, va pou­voir réalis­er son rêve : faire revivre le Nor­mandie, ce ciné­ma de Ndja­me­na en par­tie détru­it pen­dant les guer­res civiles qui ont déchiré son pays.

Dès 1979, la guerre civile a fait de la cap­i­tale tcha­di­enne un champ clos où les fac­tions se sont affron­tées autour de quelques façades de bâti­ments en dur, en par­ti­c­uli­er les ciné­mas. Comme tous les ciné­mas en Afrique, le Nor­mandie, seule salle cou­verte du pays, avait nour­ri pen­dant des années l’imaginaire des jeunes Tcha­di­ens. Pass­er der­rière sa façade à l’architecture néo art déco, c’était plonger dans un monde bien plus exo­tique et onirique que subir dans le bois sacré l’initiation tra­di­tion­nelle que François Tombal­baye, le pre­mier prési­dent, avait remise au goût du jour.

Pass­er der­rière la façade… © Ph. Bernard Nan­tet

Pour les enfants sol­dats des maîtres de la guerre se bat­tre autour du Nor­mandie reve­nait à entr­er dans la fic­tion pour en faire une réal­ité mortelle… sou­vent aux dépends des civils. C’est ain­si que touché à la jambe par une balle per­due, le jeune Mahamat Saleh Haround, guère plus âgé qu’eux ne dut son salut qu’à la fuite en brou­ette poussée par son père, puis en pirogue au Camer­oun voisin.

Petits boulots en Libye puis retourne­ments de la sit­u­a­tion poli­tique avec un père devenu ambas­sadeur. Arrivée à Paris en 1982, décou­verte du monde, du jour­nal­isme et des faiseurs de rêves Chap­lin, Bres­son, Wen­ders, les grands frères Sem­bène Ous­mane et Souley­mane Cis­sé. Mais les plaies des guer­res tcha­di­ennes n’arrivent pas à se refer­mer et ses films (Bye, Bye Africa, 1999 ; Abouna notre père, 2002 ;  Dar­rat, sai­son sèche, 2006), dont le dernier Un Homme qui crie, 2010) sont des con­stats amers de la trahi­son des adultes, car “en Afrique, dit-il, tout adulte est le père ou l’oncle de quelqu’un”. Et pour MSH, c’est “cette Afrique [des adultes]  qui a inven­té les enfants de la rue et les enfants-solats […] Aujourd’hui, il y a des Africains qui jouent le rôle des colons. Ce que je mon­tre ici relève d’une respon­s­abil­ité tchao-tcha­di­enne” (Le Monde].

Redonner sa place au rêve : grâce à son prix Mahamat Saleh Haround a poussé le gou­verne­ment à créer un cen­tre de for­ma­tion des jeunes à l’audiovisuel. Et le Nor­mandie, remis de ses blessures pro­jet­tera son film en avant-pre­mière en atten­dant la résur­rec­tion du Rio, un autre éclopé de l’époque où des kalach­nikov avaient rem­placé les pro­jecteurs dans ces salles qui n’avaient rien d’un Cin­e­ma Par­a­di­sio


Chabrol dernière

Claude Chabrol mort, qu’ajouter de plus qui n’aurait été déver­sé dans le flot médi­a­tique ? Rien, ou presque. Juste se dire qu’il aura bien vécu, ain­si qu’il le don­nait à voir. «Bon vivant», l’expression qui revient le plus pour saluer ce cinéaste pro­lixe (60 films, plus ou moins réus­sis), inven­tif (Nou­velle vague), cor­rosif (un bour­geois d’origine pour dézinguer la bour­geoisie, il sait de quoi il par­le), sym­pa­thique sans la grosse tête – d’où cette pho­to-clin d’oeil qui me sem­ble assez le résumer.

Hier soir France 2 – plus prompte à mod­i­fi­er ses pro­grammes que lors de la mort d’Alain Corneau, soit – a dif­fusé L’Ivresse du pou­voir, par­o­die autour de l’affaire Elf. Un film plutôt embrouil­lé, des traits for­cés. Mais, par delà, un goût ironique et actuel, un par­fum genre l’Oréal-Bet­ten­court-Woerth et le sys­tème Sarkozy.


Alain Corneau, le musicien à la caméra

Alain Corneau au Fes­ti­val du Film Français de Yoko­hama, le 19 juin 2005. Ph. Wikipedia

Mes papiers “jazz” seront désor­mais plus au chaud sur le site de Cit­i­zen Jazz.  Je con­tin­uerai à les sig­naler sur C’est pour dire, comme c’est le cas avec cet hom­mage au cinéaste Alain Corneau, qui vient de mourir.

Alain Corneau, le musi­cien à la caméra


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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