On n'est pas des moutons

Mobilisation générale. J moins et quelques

Je viens de piquer cette affiche sur le blog de mon pote Lan­glois, rap­port à la mobi­li­sa­tion géné­rale espé­rée du 7 sep­tembre, mardi pro­chain. Qu’on se le dise !


Alain Corneau, le musicien à la caméra

Alain Cor­neau au Fes­ti­val du Film Fran­çais de Yoko­hama, le 19 juin 2005. Ph. Wikipedia

Mes papiers « jazz » seront désor­mais plus au chaud sur le site de Citi­zen Jazz. Je conti­nue­rai à les signa­ler sur C’est pour dire, comme c’est le cas avec cet hom­mage au cinéaste Alain Cor­neau, qui vient de mourir.

Alain Cor­neau, le musi­cien à la caméra


Politiquerie. La lapidation de M. W. et le songe de M. K

Une autre fable à écrire : la vic­time et l’embobineur. Mon­sieur W. et Mon­sieur K. Le pre­mier qui ne craint pas de se décla­rer vic­time d’une « lapi­da­tion média­tique », l’autre disant avoir songé à démis­sion­ner… Deux ministres donc et leurs états d’âme déplacés.

L’un qui se voit en cerf de chasse à courre (syn­drome de Chan­tilly), l’autre à qui « ça [me] fend le cœur », que les Roms, en quelque sorte, se mal­traitent entre eux – pas tant qu’on les expulse comme des parias (qu’ils sont), car « il est néces­saire de faire res­pec­ter la loi ». Dire que ce type d’argument – on a exé­cuté les ordres – fut entendu au pro­cès de Nurem­berg serait sans doute mal­venu. Pourtant.

Celui-​ci, donc, l’embobineur rusé n’ayant de cesse de brouiller ses décla­ra­tions (RTL ce matin), mi-​figue mi-​raisin, mi-​polies mi-​acerbes, don­nant du « mon­sieur » et du « mon vieux » à Apha­tie – car on ne la lui fait pas, côté « mayon­naise » ; pré­ten­dant avoir fait un songe de démis­sion mais vite repris par l’argument de déser­tion – « s’en aller, c’est déser­ter » : une fois suf­fit, soyons un peu résis­tant, sinon cou­ra­geux. Perdre son hon­neur pour les hon­neurs, beuh, c’est pas grand chose, sauf le matin dans la glace.

Celui-​là, qui n’a rien fait d’ « illégal », on le saura, mais dont on se demande pour­tant depuis des mois ce qu’il aurait bien pu com­mettre de pas propre, de pas bien éthique, pas moral ni droit. Et qui ne craint pas de poser en lapidé, au moment même où une Ira­nienne « adul­tère » risque bien, elle, de périr sous les pierres des fous d’Allah !… Après tout, c’est la loi cora­nique. Rien d’illégal.

Ces deux-​là donc, que l’on pré­dit en fin de par­cours minis­té­riels, auraient bien pu ten­ter de s’en sor­tir par une pirouette d’honorabilité, une sorte de fierté de façade qui auraient pu jeter un rien de panache sur leur ombre déla­vée. Sans pou­voir faire le deuil de leur déshon­neur, ils fini­ront ainsi dans la « panouille » comme dirait l’ami Lan­glois, dans ces petits rôles même pas seconds, entrant dans l’histoire comme ils en sor­ti­ront : par la porte dérobée.


Question : Qui menace la République, les Roms ou le Président ?

Réponse dans la question.

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Rencontres d’Arles. Se rincer l’œil au pied de la photo

Prendre l’expression « se rin­cer l’œil » au pied de la photo. Et direc­tion les Ren­contres pho­to­gra­phiques d’Arles ; elle durent encore jusqu’au 19 sep­tembre, impré­gnant cette ville magni­fique où ne règnent pas que César et son buste fameux, ni les cor­ri­das et leurs rites sau­vages. « Du lourd et du piquant », dit aussi le slo­gan de cette édi­tion 2010 pla­cée sous le signe d’un rhino rose aux cornes vertes.

Bardé de mon « pho­to­phone » (mort aux marques), je me suis per­mis quelques clics, his­toire d’appuyer mes pro­pos sur quelques visions de pas­sage. Des réflexions aussi, puisque l’animal pen­sant jamais ne som­meille (mmm, c’est à voir…)

En fait, j’ai suivi ma fian­cée en ses endroits pré­fé­rés, car déjà repé­rés par elle, entre églises et cloîtres du centre-​ville et ex-​ateliers Sncf. Trois expos mar­quantes en ville. D’abord les deux des Fer­rari père et fils. Augusto, un Rital sans doute émi­gré en Argen­tine, pre­nait de ses amis en photo dans des scènes pré­pa­ra­toires à la réa­li­sa­tion de fresques peintes des­ti­nées à l’église San Miguel à Bue­nos Aires : des repré­sen­ta­tions sul­pi­ciennes de scènes bibliques, avec sens de la mise en cadre et en lumière.

Puis en face, église Sainte-​Anne, lieu tout indi­qué, voilà le fils Léon qui met ses pieds d’iconoclaste dans la bon­dieu­se­rie que papa avait fidè­le­ment ser­vie. Âmes pieuses, pas­ser son che­min vers d’autres dévo­tions. Les autres, savou­rez la force pro­vo­ca­toire (si si c’est le mot voulu) du sacri­lège, en même temps que ses dimen­sions artis­tiques autour d’installations ou d’objets « arran­gés » comme on le dirait d’un rhum. Voici deux zyeu­tées subrep­ti­ce­ment volées par votre voyeur de passage :

Non loin de là, salle Henri-​Comte, regard ful­gu­rant du pho­to­graphe hol­lan­dais Paolo Woods sur la société ira­nienne. De grands tirages car­rés, magni­fiques, où vivent des « gens » tels qu’on ne les voit pas, qua­si­ment jamais, dans ce que livre l’« actu » sur cette société atti­rante et mécon­nue. Woods dit aller à l’encontre du pho­to­jour­na­lisme ; en fait, il le pra­tique lui aussi, autre­ment et sur­tout sans les cli­chés, comme il l’a expli­qué au Monde [18/​07/​2010] : « A la guerre, je voyais aussi que la plu­part des pho­to­jour­na­listes cher­chaient » la » photo qui allait s’ajouter aux cli­chés du genre. C’est à celui qui fait le ciel un peu plus sombre, le sol­dat un peu plus pen­ché... Moi, je vou­lais com­prendre, je posais plus de ques­tions que je ne déclen­chais. »

Ci-​dessous, une de ses pho­tos mon­trée par­tout ou presque, que je repro­duis donc ici (en petit) comme en ser­vice de presse…

Quelques rails (de che­min de fer) plus loin, voici la « Rue avec ombres humaines » – l’original s’écrit en anglais, plus exo­tique je sup­pose. Ici un archi­tecte japo­nais, Kazuo Shi­noara, mort en 2006, a vu sur­gir dans ses pho­tos urbaines des pré­sences humaines. Mys­té­rieux et tou­chant. Le thème a été retenu pour d’autres, comme cette jeune New-​Yorkaise, Taryn Simon, dont les images – magni­fiques grands-​formats – redressent en quelque sorte les erreurs judi­ciaires ; elle réha­bi­lite par la pré­sence pho­to­gra­hique des inno­cents ayant purgé de la pri­son pour des crimes qu’ils n’ont pas com­mis. Vaste sujet, sacré enga­ge­ment de pho­to­graphe. Saisissant.

Tou­jours dans cette même Rue avec ombres, Hans-​Peter Feld­mann a com­posé une gale­rie éton­nante de 101 por­traits de membres de sa famille et amis, soit une per­sonne pour chaque année de la vie… Ça com­mence avec un bébé fille pour finir avec une cen­te­naire… Évi­dem­ment, cha­cun s’arrête plus lon­gue­ment sur la photo cor­res­pon­dant à son âge…

Fin de la balade arlé­sienne avec cette séquence qui laisse son­geur : ce tableau avec de vraies têtes de vraies gens, muets, cli­gnant à peine des yeux, puis qui se met à tour­ner sur lui même ; et qui laisse appa­raître le côté lunaire de la face cachée… Vous voyez un peu l’effet ? Du coup on reste pour un deuxième tour, voire un de plus…Entre têtes et culs, tous ces ques­tion­ne­ments, cette matière à réflexion… Ah oui j’oubliais, il s’agit d’un film qui a été tourné pen­dant l’installation-happening due à Gilad Rat­man, un artiste israé­lien. Ça s’intitule The Mul­ti­pillory (le Mul­ti­pi­lori), en réfé­rence à la pra­tique de tor­ture du Moyen Âge. Pour l’ auteur, la scène « évoque l’intimité née d’une néces­sité, et l’humiliation hors de son contexte ».…

 © Photos gp

Mort d’Abbey Lincoln. Voix du jazz et des droits de l’homme

Abbey Lin­coln en concert (1992) Ph. Wikipedia

Abbey Lin­coln est morte samedi (14 août), mais la France des « JT » n’en aura rien su – si j’en crois mes [télé]visions. Cette France aura été gavée des pro­diges d’une Amé­ri­caine de dix ans désor­mais pro­mue Cal­las en herbe. Ou bien, le len­de­main, d’un gamin de huit ans, un Anglais, sur­nommé le « petit Monet » parce qu’il peint comme un dieu… Ne cher­chez pas l’arnaque (enfin si !, s’il y en a une, tou­jours pos­sible), c’est le Spec­tacle qui exige de tels sacrifices.

Donc la chan­teuse de jazz a tré­passé à 80 ans, dans sa mai­son de retraite de New York. On peut bien conce­voir que l’info ne sou­lève guère les rédac­tions télé­vi­sées et qu’il valait mieux, certes, trai­ter des rafles de Roms et autres réprou­vés de la démente poli­tique sar­ko­zyenne. Sauf que lien il y a entre la mort de la dame état­su­nienne et cette désho­no­rante actua­lité fran­çaise. Abbey Lin­coln, en effet, fut une ardente mili­tante pour les droits civiques aux Etats-​Unis, c’est-à-dire contre cette ségré­ga­tion qui ren­voyait les Noirs au rayon des sous-​hommes.

Noire elle-​même, peut-​être aussi métis­sée de sang indien, Anna Marie Wool­dridge s’était unie en 1962, à la ville comme au com­bat poli­tique, avec le bat­teur Max Roach (mort en 2007), pion­nier du bebop et mili­tant des droits de l’homme. Ce n’est évi­dem­ment pas par hasard qu’elle choi­sit alors de s’appeler Lin­coln. En 1960, en effet, elle et Roach avaient été invi­tés à contri­buer aux com­mé­mo­ra­tions du cen­tième anni­ver­saire de la pro­cla­ma­tion d’émancipation de Abra­ham Lin­coln pré­vues en 1963.

Voilà pour­quoi l’ « actu » aurait pu réser­ver même seule­ment une brève à cette grande dame à la voix « enga­gée », c’est-à-dire une voix non pas jolie, sur­tout pas enjô­leuse ; une voix si indé­fi­nis­sable et forte à la fois. Le mieux est de la don­ner à entendre. Par exemple dans cet extrait de « Ten­der as a Rose », un chant a capella, pas mili­tant, pas fleur bleue non plus.

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.

Pour en savoir plus sur Abbey Lin­coln, ne vous pri­vez pas non plus de lire le très bon article de Diane Gas­tellu sur Citi­zen Jazz.


Confession d’un blogueur ayant mille fois péché

– Bon ça va mon vieux, dépê­chons ! Y a la demoi­selle qui s’impatiente…

Impa­rable : le tableau de bord de mon blog indique « 999 ». C’est le nombre des articles publiés sur « C’est pour dire » depuis le 13 décembre 2004, date historique…

Même s’il n’y a pas de quoi en faire un fro­mage (quoique). C’était juste pour vous signa­ler que ce que vous lisez fait pas­ser le comp­teur à 1.000, ce qui va vous faire aussi une belle jambe – ah, le mys­tère de ces savou­reuses expressions !

Quant à la confes­sion annon­cée et au mil­lier de péchés atte­nant, vous repas­se­rez – dans six ans par exemple, au retour de la comète, si elle n’a pas changé de trajectoire.

Là-​dessus, l’impénitent va s’offrir une pause hors-​blog. A plus tard !


Abolition des Roms et autres vagabonds. Hommage à la Sarkozie !

« C’était un temps dérai­son­nable »… Ils avaient voulu les exter­mi­ner. Juifs, homos, tzi­ganes. Je sais c’est gros, on n’en est pas là. Mais l’esprit rôde, dirait-​on, à pas feu­trés, de ce chuin­te­ment des pan­toufles, plus inquié­tant par­fois que le bruit des bottes. Par­fois l’un annonce l’autre. Je n’aime pas ça du tout, j’ai peur et honte. Peur pour les vic­times à venir, déjà dans le col­li­ma­teur. Honte pour « mon pays », ce qu’il repré­sente et que j’aime à repré­sen­ter avec lui, en cette somme de per­sonnes, de « bonnes per­sonnes », tant qu’à s’identifier à un ensemble. « Vivre ensemble », la belle expres­sion deve­nue sub­stan­tif, au nom de l’idéal, jamais atteint tou­jours espéré.

« Gens du voyage »… La méta­phore est aussi belle que trom­peuse. Quels gens ? Ou bien « quelles ». Mot à genre bizarre, entre mas­cu­lin sin­gu­lier et fémi­nin plu­riel (comme orgue et amour…) Et sur­tout quel « voyage » ? Là, dans l’infinité des dis­tin­guos, on touche à autant de visions du monde. Pour­quoi les Roms et les nomades en géné­ral voyagent-​il de par le monde ? C’est une ano­ma­lie bien anor­male. Et pour­quoi les homos sont-​ils homo­sexuels, et les Juifs juifs ? Le monde est bien bizarre.

Pas inté­grable, les Roms. Donc ache­ver de les dés­in­té­grer : flics, com­man­dos, pro­cès, PV, expul­sions. Et cas­sons le ther­mo­mètre plu­tôt que de trai­ter la grippe. Quelle grippe, au fait ? Celle d’un sys­tème grippé, et même pire : un régime aux abois, sans vision poli­tique, sinon de myope ou d’aveugle même. Un « fait divers », une « bavure », voilà ce qui tient lieu de cap à ces démo­lis­seurs achar­nés !

Les mêmes sont aussi à la basse manœuvre loca­le­ment. J’en ai un dans ma com­mune en la per­sonne du maire, adepte du tout libé­ral mâtiné d’écolo-gadgetisme, aussi social que les patrons de Neuilly. Venelles, Bouches-​du-​Rhône, 8.000 habi­tants, compte même moins de loge­ments sociaux (en pour­cen­tage) que Neuilly ! Venelles enfreint aussi la loi en n’ayant tou­jours pas amé­nagé de ter­rain d’accueil des­tiné aux gens du voyage – que son maire fait chas­ser à l’occasion à coups de ren­forts policiers… *

Bien sûr que les Roms posent quelques pro­blèmes. Même les « gens biens » s’en posent entre eux, et par­fois des autre­ment mégas ! Oui, les Roms vivotent de com­bines et même de lar­cins, se foutent de l’écologie comme de la bouffe bio, dégueu­lassent leurs cam­pe­ments, etc. Mais bien moins que chez les Bettencourt-​Woerth, non ? Euh… sauf peut-​être pour ce qui est des cam­pe­ments, ici et là, selon les îles pri­vées ou les havres dans quelque para­dis fiscal…

Et c’est alors qu’un bon fait divers arrive à point nommé pour faire diver­sion. Un bon coup der­rière la tête de ces boucs émis­saires sans défenses, si ce n’est leurs déri­soires cornes face au bou­clier éta­tique. Un bon coup de poing sur la table du pou­voir à la dérive, selon la recette pub « un Mars et ça repart ! » Ouais… En poli­tique aussi la pub (ou la com’, c’est tout comme), ça rend gros et con – et dangereux.

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* Exemple de pro­pos publics : « Madame, Mon­sieur, vous avez pu obser­ver et, pour cer­tains d’entre vous subir, la pré­sence de gens du voyage ins­tal­lés sur un ter­rain privé proche de la rési­dence des Ver­gers de Venelles. […] J’ai été immé­dia­te­ment informé et j’ai demandé à la Police muni­ci­pale d’engager, dans le dia­logue, des mesures fermes pour leur départ dans les meilleurs délais. […] Il est anor­mal que dans une démo­cra­tie, des mino­ri­tés imposent leur style de vie à la majo­rité paci­fique qui peuple notre Pays. […] Je vous prie de bien vou­loir noter le numéro de télé­phone por­table de la Police muni­ci­pale de Venelles qui inter­vient 24 h sur 24 : 06 09 95 12 79. » Jean-​Pierre Saez, maire UMP de Venelles (13), vice-​président de la Com­mu­nauté d’agglomérations du Pays d’Aix, 15÷05÷02


Abolition des corridas. Hommage à la Catalogne !

Le vote est-​il pur de toute arrière-​pensée sépa­ra­tiste ? Pas sûr… Tou­jours est-​il que le Par­le­ment régio­nal de Cata­logne s’est pro­noncé hier pour l’interdiction des cor­ri­das sur son ter­ri­toire à par­tir du 1er jan­vier 2012, par 68 voix pour et 55 contre [AFP]. On sait à quel point les cli­vages peuvent être tran­chés dans cette que­relle de reli­gion oppo­sant afi­cio­na­dos et adver­saires de cette ances­trale cou­tume. Pour ma part j’en suis un adver­saire résolu, pour des tas de raisons.

A com­men­cer par la pre­mière, cette seule cor­rida à laquelle j’aie assisté. C’était en 1967 à Béziers (j’étais jeune jour­na­liste sta­giaire au Midi Libre) dont les arènes s’enorgueillissaient, c’est bien le mot, de la pré­sence du fameux El Cor­do­bés. Heming­way n’y a rien pu en ce qui me concerne : ce sinistre spec­tacle pro­vo­qua chez moi un haut-​le-​cœur. A la fois en rai­son de la souf­france « gra­tuite » (une gra­tuité de gros biz­ness), cette cruauté infli­gées aux ani­maux : tau­reaux bar­dés de ban­de­rilles – des har­pons, oui ! –, poi­gnar­dés à coups de dagues par les pica­dores, ren­dus fous et exsangues par le mata­dor, ce tueur déguisé en pois­son comme disait Coluche ; che­vaux aux yeux ban­dés à qui on vou­drait épar­gner le ter­rible stress – autre­fois, sans pro­tec­tion, ils étaient très sou­vent encorné et éventrés.

Madrid, Plaza de Toros Las Ven­tas, octobre 2005. © Manuel Gonzá­lez Olae­chea y Franco [Wikipedia

Deuxième rai­son : la lâcheté des spec­ta­teurs rabais­sés aux com­por­te­ments de leurs ancêtres des jeux du cirque. Les hur­le­ments de la foule ; je n’aime pas la foule en délire et ses hys­té­ries jus­ti­cières me glacent d’effroi, là plus encore que dans les autres stades, où les com­por­te­ments sont pour­tant sem­blables : pré­do­mi­nance des cer­veaux rep­ti­liens, hur­le­ments, com­mu­nion de trou­peaux, odeur de lyn­chage… Certes, le tau­reau a rem­placé l’esclave – quel progrès !

Troi­sième rai­son : la morgue du torero, cet amas d’orgueil, d’arrogance, ce concen­tré de l’Homme qui se croit tout puis­sant – sauf devant Dieu, qu’il implore lâche­ment de sur­croît lors de chaque « com­bat ». J’y vois le pan­tin rigide, engoncé dans sa suf­fi­sance, repré­sen­ta­tif du « sur­homme » vou­lant aussi mater (de matar, tuer) la nature, prendre son contrôle jusqu’à l’asservir. C’est le pro­to­type du « bat­tant » qui consi­dère la vie comme une arène, un lieu de spec­tacle pour s’y adon­ner au dar­wi­nisme social – abhorré par Dar­win lui-​même, faut-​il le rap­pe­ler, et sans cesse dénoncé par ses conti­nua­teurs évo­lu­tion­nistes. Le mata­dor moderne porte un cos­tard moins tapa­geur mais col­porte des valeurs de com­pé­ti­tion et de domi­na­tion sour­cées dans l’entreprise et l’économie néolibérale.

Et qu’on ne me parle pas du « cou­rage » du torero ! Au nom de quelle valeur supé­rieure – sinon celle de son ego déme­suré – et de quelle néces­sité altruiste va-​t-​il donc pro­vo­quer (« affron­ter ») une bête à qui il n’a rien demandé – et qui lui en demande encore moins ?! Accom­plir un acte ris­qué, gra­tuit et géné­reux, voilà ce qui me semble aller de pair avec la notion de cou­rage – c’est plus rare et précieux.

Les objec­tions des par­ti­sans me semblent de bien peu de poids. En par­ti­cu­lier celle met­tant en avant cruauté des éle­vages et des abat­toirs d’animaux. Les deux com­bats pour le res­pect des bêtes ne sont nul­le­ment contra­dic­toires. De plus, on ne sau­rait jus­ti­fier une pra­tique en invo­quant les pires. La guerre étant la pire d’entre toutes, elle ne jus­ti­fie pas pour autant les gué­rillas, prises d’otages, lapi­da­tions reli­gieuses, assas­si­nats et autres bar­ba­ries « ordinaires »…

Autre objec­tion, celle de la tra­di­tion, de la culture, etc. Alors, il fau­drait réta­blir les com­bats de coqs (ils sont inter­dits en Europe mais demeurent clan­des­tins) de même que les com­bats de gla­dia­teurs – les uns et les autres étant des mani­fes­ta­tions émi­nem­ment culturelles.

Si la culture est l’expression de l’état d’une civi­li­sa­tion à un ins­tant donné, elle n’est aussi qu’un moment entre deux avan­cées qui lui donnent un sens. Je veux le croire !

D’où cet « hom­mage à la Cata­logne » en clin d’œil au grand jour­na­liste et huma­niste que fut George Orwell ; c’est sous ce titre en effet que furent publiés le recueil de ses repor­tages sur la guerre d’Espagne. C’est de lui aussi qu’on retient le concept de « décence com­mune » dans laquelle se recon­naît l’humanité fra­ter­nelle et bien­veillante – y com­pris avec les ani­maux et leurs souffrances.

Prime : La Cor­rida, pam­phlet de et par Fran­cis Cabrel

Fran­cis Cabrel — La Cor­rida
envoyé par Qua­rouble. — Regar­dez la der­nière sélec­tion musicale.


McCoy Tyner à La Roque-d’Anthéron. Même les astres vieillissent


« Sois fier, ouvrier ! » Ph. Gérard Tissier

Une fois le tra­vail fini, l’ouvrier ramasse sa musette, la passe à l’épaule et file vers son des­tin. Qu’y a-​t-​il donc dans la musette de McCoy Tyner, Alfred de son inusité pré­nom, ame­née avec lui hier [lundi 26 juillet 2010] à son concert du fes­ti­val de La Roque d’Anthéron ? Il a gagné la scène à petits pas comp­tés de retraité. Soixante-​douze ans, pas si vieux pour­tant. Mais c’est qu’il en a compté des pas, et des notes donc, par mil­liers de mil­lions ! Cet aristo du jazz a tout du prolo magis­tral, et sa cas­quette on ne sait si elle sort d’un green de golf ou d’un bis­trot à tiercé. S’en fout. Donc, il pose sa pré­cieuse musette au pied du Stein­way ; elle est pleine, jouf­flue, fer­mée : des sou­ve­nirs, des his­toires, pleine d’images, de sons, de par­toches ? Elle reste muette la musette et le voilà à l’ouvrage, l’ouvrier. Il la connaît sa machine, depuis le temps. Il l’aime et la caresse. Pas la moindre bru­ta­lité. Tout dans la tête et en voi­ture les copains.

Soit Joe Lovano au ténor, à l’avant, place du mort. C’est-à-dire celle du grand, du géant, du com­man­deur à l’ombre tuté­laire. Avec Col­trane, McCoy aura joué presque une dizaine d’années, dont cinq ou six au plus près (60−65), les plus grandes, les glo­rieuses, l’épopée. On n’en fini­rait pas d’égrener enre­gis­tre­ments et concerts, par cen­taines, dont celui de 60, à l’Olympia, où ils furent sif­flés, mécham­ment, par d’ignares braillards, arrière-​gardistes à la ramasse. Des réacs en fait, des peine à jouir en quête de ras­su­rance : entendre ce qu’on connaît, c’est mieux pour chan­ton­ner ou fan­fa­ron­ner. On dira que ça vaut les snobs, ô Gudule… Mais la musique, le jazz, revenons-​y.

Hier donc, ça se pas­sait à Rognes, près d’ Aix-​en-​Provence et de la Roque d’Anthéron, vous savez le grand fes­ti­val de piano. Rognes, dans les anciennes car­rières de la pierre du même nom qui pare les belles mai­sons de riches. L’endroit est comme on dit « magique » : un trou taillé à l’équerre dans la roche du plus bel ocre. En fond de scène, cette muraille avec son Nia­gara de lierre éme­raude. Ne me dites pas que ça ne s’entend pas ! Néces­saire écrin aux notes célestes. Pour­quoi croyez-​vous qu’on par­coure tant de lieues pour com­mu­nier en musique ? : Vienne et son théâtre antique, Nice et ses cor­niches, Vitrolles et ses pla­tanes, La Seyne-​sur-​mer et son Fort Napo­léon – j’en passe. Pour­quoi pré­fé­rer le décor d’un res­tau­rant à celui de sa cui­sine ? Reste tou­jours la ques­tion des plats, évi­dem­ment. Pas ques­tion de tam­bouille ou d’arnaque à la frime.

Ph. Gérard Tissier

Et hier, jus­te­ment, pas la moindre trace de notes fre­la­tées. Lovano, donc, le gendre idéal pour noces bien tenues. Aucun débor­de­ment dans le pro propre. Mais du solide, de l’assuré, jusque dans la déli­ca­tesse soyeuse. Au volant, Alfred suit sa route, « négo­cie » ses courbes, assure les reprises ; main gauche main droite en pleine vélo­cité. Aux places arrière, le mou­lin de la ryth­mique, cor­recte aussi, plus ou moins – un bat­teur qui bat (Eric Kamau Gra­vatt, passé par Wea­ther Report) sans plus ; un contre­bas­siste qui pulse de même (Gerald Can­non, appuyé, démonstratif).

On aura par­couru la grande route du jazz en 90 minutes : du modal et même du swing ancien et de la racine (Blues on the Cor­ner en rap­pel). Mais plus de folie free. Même les astres vieillissent. Plus ou moins vite. Celui-​là prend son temps, sur­tout depuis que le Soleil s’est éloi­gné. Même si « les gens » per­sistent à voir en lui « l’homme qu’a vu l’ours » – ce « pia­niste de John Col­trane », alias J-​C, vous savez dans le sys­tème ado­ra­tif des fans, ceux qui croient aux miracles, qui croient croire et qui coassent, comme raillait Pré­vert, et qui se pros­ternent au pas­sage de l’ « icône vivante » – ova­tion debout, à l’aller de la scène comme au retour, car ils étaient venus à la car­rière de Rognes comme à la grotte de Lourdes, croyant au miracle qui n’a pour­tant pas eu lieu. Mais c’était bien assez pour hono­rer le culte du jazz, cette reli­gion – en principe – barbare.

Ci-​dessous, en prime, deux extraits sai­sis dans la car­rière de Rognes :

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Ph. Gérard Tissier

PS 1 – Mon cama­rade Gérard Tis­sier, autre fondu de jazz et néan­moins pho­to­graphe avait hier un plan « Rognes » : offrir à Alfred McCoy Tyner la photo qu’il prit de lui… en 1963 au Blue Note à Paris où il avait déboulé avec ses potes après le concert salle Pleyel du quar­tet de John Col­trane. Il y avait là Jimmy Gar­ri­son (c-​basse) et Elvin Jones (bat­te­rie) qui enta­mèrent le bœuf, à la suite du concert de l’organiste Lou Benett, ori­gi­naire de Phi­la­del­phie tout comme McCoy…

Ces deux pho­tos attestent aussi de l’impossibilité pour le jeune pho­to­graphe d’alors de bou­ger et donc de pou­voir, dans ce club si exigu (dis­paru depuis) cadrer ensemble les trois musiciens…

Mais hier, le temps de gagner la sor­tie de la car­rière (pas le tout d’y entrer…) et les vedettes avaient été aspi­rées par la limou­sine de ser­vice. Gérard a gardé ses deux pho­tos dans sa… musette. Avec le bon­jour d’Alfred !

PS 2 – Mort de Willem Breu­ker. Cour­riel de Gérard Ter­ro­nès : […] « Notre ami Willem Breu­ker nous a quit­tés hier ven­dredi [23 jui­let]. J’ai eu le grand pri­vi­lège de pou­voir pro­gram­mer ce com­po­si­teur, saxo­pho­niste et lea­der du Willem Breu­ker Kol­lek­tief dans mes dif­fé­rents jazz clubs, concerts et fes­ti­vals pari­siens, de l’enregistrer sur mon label Marge et aussi d’être son com­pa­gnon de route durant dix-​huit ans (1975−1993) dans de mul­tiples aven­tures à tra­vers toute la France.

« Artiste brillant, il fut l’un des pères des musiques impro­vi­sées euro­péennes vers le milieu des années 1960. Créa­teur et agi­ta­teur musi­cal très inven­tif, vir­tuose et plein d’humour, il com­posa aussi pour le cinéma et le théâtre. Il mani­festa une indé­pen­dance cer­taine dans la jungle des jazz et mit en pra­tique son choix de fonc­tion­ne­ment poli­ti­que­ment auto­nome en dénon­çant dans ses œuvres toutes les injus­tices et misères du monde, mais éga­le­ment par sa démarche en auto­ges­tion et ges­tion directe de son Kol­lek­tief et de son label (BVHAAST).

« Je suis effon­dré d’apprendre le décès de ce com­bat­tant ami de longue date, dis­pa­ri­tion qui repré­sente une grande perte pour tous ses proches et admi­ra­teurs, mais aussi pour le jazz et toutes les musiques impro­vi­sées actuelles. »

http://​futu​ra​marge​.free​.fr


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    Best sel­ler «mon­dial», « Le tour d’un monde en sept jours avec un âne en Pro­vence » , paru en 2009, n’est aujourd’hui plus dis­po­nible en ver­sion papier. Mais vous pour­rez rece­voir gra­tui­te­ment la ver­sion numé­rique, au for­mat PDF, iden­tique à l’original. Il suf­fit de me le faire savoir par cour­riel [g.​ponthieu@​orange.​fr] et hop ! à vous la folle aventure…
    Extraits du bloc-​notes de Ber­nard Lan­glois, dans Poli­tis du 17 juillet 2009 :
    […] « Gégé et Juju, eux aussi, à leur façon, font de la résis­tance. À la moder­nité. À la vitesse. À l’impatience. À la saleté. Au bruit des moteurs et à la consom­ma­tion sans frein. Un petit bou­quin frais comme un rosé de Pro­vence, comme un bou­quet de lavande. Par­semé de réflexions sur le monde (qui est si moche) et la vie (qui est si belle) ; un dia­logue recréé entre l’animal et son maître, avec des doutes, par­fois, pour savoir qui est le maître et qui l’animal… Le tout illus­tré des pho­tos de ce voyage inso­lite, qui se réfère à celui de Ste­ven­son dans les Cévennes (que je n’ai pas lu, mais que je vais, tiens, si je mets la main des­sus). Une heure de lec­ture déli­cieuse, à dégus­ter et à offrir » […]
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