On n'est pas des moutons

Équinoxe. Le 22 septembre, aujourd’hui…

Ça n’a l’air de rien, c’est une jour­née comme ça, comme les autres… Croit-on. Ben non, c’est un 22 sep­tem­bre ! Pas n’importe quel jour, ainsi que me le rap­pelle une amie chère avec un bou­quet fleuri d’une chan­son de Bras­sens. Et quelle chan­son, quel poème ! Les voici :

Un vingt-deux de sep­tem­bre au dia­ble vous par­ti­tes,
Et, depuis, cha­que année, à la date sus­dite,
Je mouillais mon mou­choir en sou­ve­nir de vous...
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me met­tre aux pau­piè­res:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

On ne reverra plus au temps des feuilles mor­tes,
Cette âme en peine qui me res­sem­ble et qui porte
Le deuil de cha­que feuille en sou­ve­nir de vous...
Que le brave Pré­vert et ses escar­gots veuillent
Bien se pas­ser de moi pour enter­rer les feuilles:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d’ailes,
Je mon­tais jusqu’au ciel pour sui­vre l’hirondelle
Et me rom­pais les os en sou­ve­nir de vous...
Le com­plexe d’Icare à pré­sent m’abandonne,
L’hirondelle en par­tant ne fera plus l’automne:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Pieu­se­ment noué d’un bout de vos den­tel­les,
J’avais, sur ma fenê­tre, un bou­quet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en sou­ve­nir de vous...
Je m’en vais les offrir au pre­mier mort qui passe,
Les regrets éter­nels à pré­sent me dépas­sent:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Désor­mais, le petit bout de cœur qui me reste
Ne tra­ver­sera plus l’équinoxe funeste
En bat­tant la bre­lo­que en sou­ve­nir de vous...
Il a cra­ché sa flamme et ses cen­dres s’éteignent,
A peine y pour­rait-on rôtir qua­tre châ­tai­gnes:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Et c’est triste de n’être plus triste sans vous

Autre rap­pel, venu des étoi­les et de la méca­ni­que céleste : Non, l’automne ne com­mence pas tou­jours le 21 sep­tem­bre. La preuve, cette année, il s’est décidé pour ce jeudi 22 sep­tem­bre (et prin­temps dans l’hémisphère sud). Ç’aurait aussi pu tom­ber le 23, ce qui arrive.

Ainsi, ce chan­ge­ment de sai­son a lieu à l’instant de l’équinoxe où la ligne qui mar­que la limite entre le jour et la nuit à la sur­face de la pla­nète passe par les deux pôles. Le jour et la nuit ont alors exac­te­ment la même durée, tan­dis que le soleil se lève exac­te­ment à l’est et se cou­che exac­te­ment à l’ouest.

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Pour­quoi donc ces varia­tions dans la pen­dule astro­no­mi­que ?

La Terre n’évolue pas sur une orbite cir­cu­laire autour du Soleil mais selon une ellipse qui peut s’allonger plus ou moins selon les années et ainsi légè­re­ment déca­ler les sai­sons.

Autre com­pli­ca­tion, les années bis­sex­ti­les qui, tous les qua­tre ans, ajou­tent une jour­née (la 366e) à notre calen­drier, pour remet­tre la grande pen­dule à l’heure.

Cette année, donc, l’automne débute le 22 sep­tem­bre. Et il en sera ainsi jusqu’en 2093 où l’équinoxe d’automne tom­bera un 21 sep­tem­bre. Ça peut valoir le coup de tenir jusqu’à là. Cha­cun fai­sant ce qu’il veut et comme il peut.

Ah oui : ne pas oublier de fêter son 94e anni­ver­saire à Yvette Hor­ner !

L’automne, ça compte ! par Faber

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© faber

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EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relance de l’EPR franco-chi­nois en Grande-Bre­ta­gne ;  mariage mons­trueux de Bayer et de Mon­santo – Mon­sieur Pes­ti­cide avec Madame OGM, bon­jour la des­cen­dance ! Alteo et ses boues rou­ges en Médi­ter­ra­née. Et en prime, le péril Sarko en hausse son­da­gière, sur les tra­ces de Trump (il avait bien singé son ami Bush) et son néga­tion­nisme cli­ma­ti­que…

L’affaire Alteo est loin d’être jouée !  L’usine de Gar­danne est l’objet d’une mise en demeure de la pré­fec­ture des Bou­ches-du-Rhône, suite à un contrôle inopiné de l’Agence de l’eau. Celle-ci a en effet détecté des effluents hors nor­mes dans les rejets actuels en mer. Un comité de suivi doit tran­cher ce 26 sep­tem­bre.

Restons-en à la « Grande nou­velle ! », la «  nou­velle extra­or­di­naire! ». Ils n’en peu­vent plus, côté fran­çais, d’exulter : la diri­geante bri­tan­ni­que, The­resa May, vient de vali­der « sous condi­tions » le pro­jet d’EDF de construire deux réac­teurs nucléai­res EPR à Hin­ck­ley Point, dans le sud de la Grande-Bre­ta­gne. Reste, il est vrai, à connaî­tre les­di­tes « condi­tions » de la « per­fide Albion ». On verra plus tard. Ne bou­dons pas la joie « exul­tante », donc, du secré­taire d’État à l’industrie qui va jusqu’à évo­quer « un nou­veau départ » pour la filière nucléaire fran­çaise ; Hol­lande n’est pas en reste, et même son de clo­che, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cepen­dant, l’avenir finan­cier de sa boîte sur­en­det­tée et acces­soi­re­ment l’avenir de ses sala­riés.

Le sujet est clai­ronné sur les télés et radios, sans grand dis­cer­ne­ment comme d’habitude, c’est-à-dire sans rap­pe­ler la ques­tion de fond du nucléaire, sous ses mul­ti­ples aspects :

sa dan­ge­ro­sité extrême, éprou­vée lors de deux catas­tro­phes majeu­res (Tcher­no­byl et Fuku­shima)– et plu­sieurs autres acci­dents plus ou moins mino­rés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dis­si­mu­lés (catas­tro­phe du com­plexe nucléaire Maïak, une usine de retrai­te­ment de com­bus­ti­ble en Union sovié­ti­que, 1957, l’un des plus gra­ves acci­dents nucléai­res jamais connus).

sa noci­vité poten­tielle liée aux ris­ques tech­no­lo­gi­ques, sis­mi­ques, ter­ro­ris­tes ; ainsi qu’à la ques­tion des déchets radio­ac­tifs sans solu­tion accep­ta­ble ; sans oublier les ris­ques sani­tai­res et éco­lo­gi­ques liés à l’extraction de l’uranium et au trai­te­ment du com­bus­ti­ble usagé (La Hague, entre autres) ;

son coût exor­bi­tant, dès lors que sont pris en compte les coûts réels d’exploitation, des inci­dents et acci­dents, de la santé des popu­la­tions, des éco­no­mies loca­les rui­nées (Ukraine, Bié­lo­rus­sie, pré­fec­ture de Fuku­shima-Daï­chi) , du trai­te­ment des déchets, du déman­tè­le­ment si com­plexe des cen­tra­les en fin d’exploitation ;

ses incer­ti­tu­des tech­no­lo­gi­ques spé­ci­fi­ques aux réac­teurs EPR en construc­tion pro­blé­ma­ti­que – Fin­lande, Fla­man­ville et Chine –, tou­jours retar­dés, selon des bud­gets sans ces­ses rééva­lués.

Coco­rico ! L’annonce est por­tée sur le ton triom­phal, glo­ri­fiant l’ « excel­lence fran­çaise » et les retom­bées pro­mi­ses avec des emplois par mil­liers ! Cer­tes.

Mais les éner­gies renou­ve­la­bles, ne devraient-elles pas créer aussi des mil­liers d’emplois – de la recher­che à la pro­duc­tion ? Selon des cri­tè­res autre­ment éco­lo­gi­ques et éthi­ques que ceux du nucléaire – rap­pe­lons en pas­sant que l’extraction et le trai­te­ment ini­tial de l’uranium (com­bus­ti­ble fos­sile, limité lui aussi), sont très émet­teurs de gaz à effet de serre (engins miniers gigan­tes­ques ; trans­port du mine­rai jusqu’aux usi­nes loin­tai­nes, comme à Pier­re­latte dans la Drôme.

Évi­dem­ment, la « ques­tion de l’emploi » demeure un élé­ment déter­mi­nant ; au point de blo­quer toute dis­cus­sion réelle, c’est-à-dire de fond, hon­nête, qui évite le piège du « chan­tage à l’emploi ».

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L’usine Alteo de Gar­danne (Bou­ches-du-Rhône) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne donne pas du bou­lot ! » : paro­les d’un ano­nyme de Gar­danne inter­rogé par la télé sur l’affaire des boues rou­ges pro­dui­tes par l’usine Alteo 1. Argu­ment bien com­pré­hen­si­ble, qui oppose une néces­sité immé­diate à une autre, dif­fé­rée dans le temps et autre­ment essen­tielle, cepen­dant : celle des dés­équi­li­bres bio­lo­gi­ques qui mena­cent la vie marine et, par delà, humaine.

Cette semaine aussi, sur le même regis­tre, on a vu les syn­di­ca­lis­tes de Fes­sen­heim mani­fes­ter pour leur emploi menacé par la fer­me­ture annon­cée de la cen­trale nucléaire. Des cégé­tis­tes, en l’occurrence, vont ainsi jusqu’à dénon­cer « une inco­hé­rence » dans la volonté poli­ti­que de vou­loir main­te­nir l’emploi chez Alstom à Bel­fort tout en « détrui­sant » ceux de Fes­sen­heim. Ce pro­pos passe tota­le­ment à la trappe l’enjeu éco­lo­gi­que lié à une cen­trale nucléaire ayant dépassé la limite de sa durée de vie. On com­pare deux situa­tions incom­pa­ra­bles, de même qu’on oppose ainsi une logi­que locale « court-ter­miste » à des enjeux por­tant sur l’avenir de l’espèce humaine. On pointe là un gouf­fre d’incompréhension fon­da­men­tale oppo­sant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humaine.

Concer­nant pré­ci­sé­ment l’affaire des boues rou­ges et des effluents toxi­ques reje­tés dans la Médi­ter­ra­née, il y aurait cepen­dant une solu­tion tech­ni­que avé­rée pré­sen­tée depuis plu­sieurs mois à Alteo. Mais la « logi­que » finan­cière sem­ble s’opposer à cette solu­tion. L’élimination totale des déchets toxi­ques impli­que en effet un coût que les action­nai­res du fond d’investissement état­su­nien dont dépend Alteo refu­sent par prin­cipe – c’est-à-dire par inté­rêt ! Même oppo­si­tion symé­tri­que, là encore, entre inté­rêts indi­vi­duels immé­diats et inté­rêts rele­vant du bien com­mun et de la conscience éco­lo­gi­que glo­bale.

On se trouve pré­ci­sé­ment dans l’enjeu exprimé par le « pen­ser glo­bal - agir local », selon la for­mule de Jac­ques Ellul 2, reprise et por­tée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dua­lité de ten­sions, que recou­vrent bien nos actuels erre­ments de Ter­riens mal en point. En fait, on peut affir­mer sans trop s’avancer que le « pen­ser glo­bal » de la plu­part de nos contem­po­rains se limite à l’« agir local ». Autre­ment dit, de la pen­sée de lil­li­pu­tiens ne voyant guère au-delà de leur bout de nez court-ter­miste. Et encore ! Car il n’y par­fois pas de pen­sée du tout, une preuve :

 

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La non-conscience éco­lo­gi­que, ou l’inconscience de l’homo « peu » sapiens menace l’humanité entière. [Ph. gp]

Un tel outrage à la beauté du monde (voir l’arrière plan : Mar­seille, plage des Gou­des) me rend tris­te­ment pes­si­miste sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pour­tant qu’un for­fait d’allure mineure, ordi­naire – cepen­dant à haute por­tée sym­bo­li­que – aux côtés des agres­sions et des pol­lu­tions majeu­res : mers et océans à l’état de pou­bel­les, agri­cul­ture chi­mi­que, éle­va­ges indus­triels, défo­res­ta­tion, déser­ti­fi­ca­tion, sur­con­som­ma­tion-sur­dé­jec­tions, atmo­sphère satu­rée par les gaz à effet de serre ; dérè­gle­ment cli­ma­ti­que, fonte des gla­ces et mon­tée des eaux… Un désas­tre ample­ment amorcé – sans même par­ler des folies guer­riè­res et ter­ro­ris­tes. Et j’en passe.

Ainsi à Gar­danne, ville dou­ble­ment rouge : rou­gie par les pous­siè­res d’alumine qui la recou­vre, et rou­gie par qua­rante ans de muni­ci­pa­lité com­mu­niste et à ce titre asser­vie à la crois­sance et à son indus­trie, fût-elle dévas­ta­trice de l’environnement natu­rel et de la santé humaine. Il en va de même ici comme à Fes­sen­heim et pour toute l’industrie nucléaire, sou­te­nue depuis tou­jours par les com­mu­nis­tes et la CGT, tout autant que par les socia­lis­tes et toute la classe poli­ti­que et syn­di­ca­liste, à l’exception des éco­lo­gis­tes, bien entendu, et d’EELV en par­ti­cu­lier.

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Notes:

  1. L’ancienne usine Pechi­ney de Gar­danne, créée en 1893, appar­tient depuis 2012 au fonds d’investissement H.I.G Capi­tal basé à Miami. Alteo se pré­sente comme le « pre­mier pro­duc­teur mon­dial d’alumines de spé­cia­lité ». Alteo Gar­danne emploie 400 sala­riés et 250 sous-trai­tants
  2. Pro­fes­seur d’histoire du droit, socio­lo­gue, théo­lo­gien pro­tes­tant, 1912-1994. Pen­seur du sys­tème tech­ni­cien, ses idées sont notam­ment déve­lop­pées en France par l’association Tech­no­lo­gos
  3. Agro­nome, bio­lo­giste, 1901-1982 Auteur de nom­breux ouvra­ges, dont Cour­ti­sons la terre (1980) et Les Célé­bra­tions de la vie (1982)

Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Cer­tes, sa fac­ture for­melle est plu­tôt clas­si­que : pas besoin de faire des numé­ros de cla­quet­tes quand le fond l’emporte d’une manière aussi magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « moderne » a éloi­gnés, jusqu’à les ren­dre étran­gers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­na­ges ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui menace sa fille, prise dans l’absurde tour­billon du monde mor­ti­fère du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secrété par le règne de la mar­chan­dise mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­ti­que por­tée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, pla­nè­tes deve­nues inat­tei­gna­bles à cette jeune femme froide, réfri­gé­rée, fri­gide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absente, l’oreille col­lée au por­ta­ble, habillée en cro­que-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sou­ri­res ?

De ce nau­frage annoncé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­fo­que, ce Toni Erd­mann à l’humour déjanté, lour­din­gue, qui fout la honte à cette jeune femme for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ris­tes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son uni­vers de mor­gue, armé d’une per­ru­que, de faus­ses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sourde à la vie vivante, abs­traite comme de l’art « contem­po­rain », mar­chan­dise elle-même, au ser­vice du monde mar­chand, de la finance qui tue le tra­vail et les hom­mes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­na­ges, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire menacé des vies déré­glées, mena­cée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­lisé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le monde rem­placé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les mas­ques, dénonce les jeux de sur­face mina­bles, rap­pelle à l’impé­rieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce monde du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lutte des requins contre les sar­di­nes…

…n’allez sur­tout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.

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Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cu­les de boues rou­ges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc natio­nal des calan­ques (Bou­ches-du-Rhône), inquiè­tent les spé­cia­lis­tes, mais aussi les défen­seurs de l’environnement.

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Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de ton­nes de « boues rou­ges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calan­ques. [Tha­lassa-F3]

La minis­tre de l’Environnement, Ségo­lène Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a imputé à son Pre­mier minis­tre l’absence de lutte contre ce fléau : elle assure avoir voulu les inter­dire, mais que  « Manuel Valls a décidé le contraire ».  « C’est inad­mis­si­ble », assène la minis­tre devant la caméra de « Tha­lassa », dif­fusé ven­dredi 2 sep­tem­bre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur a auto­risé en décem­bre la société Alteo à pour­sui­vre l’exploitation de ses usi­nes sur le site de Gar­danne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lène Royal, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­ver­ne­ment, affirme Ségo­lène Royal :  « [Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a donné l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a donné l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajoute-t-elle.

[Source : Fran­ceinfo, 30/8/16]

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tube, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ainsi pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consu­lat à Ben­ghazi (Libye) où l’on déplora qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scène des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flamme du fana­tisme isla­miste. Cette actua­lité atter­rante et celle des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voire reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tienne, tapies dans l’ombre tapa­geuse de leur concur­rente, font en quel­que sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes comme des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout comme on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­line, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scène pla­né­taire, vou­lant en quel­que sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la vio­lence spec­ta­cu­laire, celle-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­tive déses­pé­rance. Et ainsi appa­raît-il à la fois comme cause et consé­quence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trouve mar­gi­na­li­sée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infi­dèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nète, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ainsi sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­lité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laquelle ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeu­nesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­ti­fère et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­sode de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toile mon­diale et attri­buée à un auteur israélo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­texte à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flamme des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je parle des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre pro­vo­ca­tion du genre. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fiè­vre érup­tive qui a saisi les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essaimé sur l’ensemble de la pla­nète, ins­tallé des comp­toirs et des états-majors, lancé escoua­des et armées entiè­res, tor­turé et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­nité.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­tera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tia­nisme adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­rité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­lité exis­ten­tielle, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – comme ignare, voleur, mani­pu­la­teur, cupide et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­lité, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus totale cré­du­lité.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­tive de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abaisse, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la connais­sance ? Et la tolé­rance ? Ou ont-elles aliéné hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­lité et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la science ; colo­nisé la culture et impré­gné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sexua­lité et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse conte­nir et expri­mer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­miné pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­lité et son juge­ment ? Mys­tère de la croyance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème sécu­lier, comme ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toire mar­quée en pro­fon­deur par la vio­lence : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­lemy, les bûchers, et aussi les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nisme.

Côté isla­misme, qui dit se dis­pen­ser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cisme des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cette vio­lence endé­mi­que deve­nue syno­nyme d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce natio­na­lis­tes ? Sans doute un héri­tage du Coran lui-même et de Maho­met pré­senté dans son his­toire comme le « Maî­tre de la ven­geance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­tence d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­niste de « tolé­rance » ? Voir en réponse les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­meiny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­lima Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­desh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnardé puis achevé de huit bal­les et égorgé en pleine rue ; dans un docu­men­taire, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réservé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cana­néens…) Cela en vertu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légi­ti­mant le colo­nia­lisme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaïda, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civile. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mité du fait qu’il serait bri­colé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tisme impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contesté la qua­lité artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne porte aucu­ne­ment sur la nature du « sacri­lège » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieuse !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­caine ? Et aussi à La Cour­neuve, lors de la fête de l’Huma où Caro­line Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Comme quoi, pour résu­mer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

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Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée pla­né­taire directe retrouve tou­te­fois le chris­tia­nisme – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent comme les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeure rela­tive à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hirsi Ali, femme poli­ti­que et écri­vaine néer­lando-soma­lienne connue pour son mili­tan­tisme contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouyeri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métrage du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­nica de Picasso n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déserté la toile ! Et pas de pro­tes­ta­tions… À sup­po­ser que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, conso­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aussi. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­ti­que, la bonne, vraie, bien poli­ti­cienne. Voici le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépas­sés…

Nous som­mes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siè­cle, dite du bur­kini.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive bai­gnade pour rega­gner la Cor­ni­che et la voi­ture. Jetant un coup d’œil plon­geant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Pro­phète, tous les Mar­seillais connais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageu­ses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entiè­re­ment habillée en noir, bar­bo­tant, accro­chée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pai­si­ble ! Ces deux fem­mes si dif­fé­ren­tes et qui se bai­gnent ensem­ble comme ça, sans pro­blè­mes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angé­li­que dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tem­pê­tes et dis­pu­tailles…

Elle (à ma gau­che) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sor­tir de l’eau avec le tissu tout collé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me contra­rie sur­tout c’est la sou­mis­sion à un ordre moral – reli­gieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tiè­res se refer­ment sur le débat à peine amorcé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juillet 2016. La mode s’empare du reli­gieux bana­lisé, mar­chan­disé. Un pro­sé­ly­tisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décré­tées par des mai­res – de quel droit au juste, en vertu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite bran­dir le mot « laï­cité », comme ils par­le­raient de culture ou de fra­ter­nité… pour un peu je sor­ti­rais mon revol­ver (hep, c’est une image, hein, une réfé­rence… cultu­relle ! 1) Car ils par­lent d’une cer­taine laï­cité, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laï­cité cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette décla­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces mai­res cen­seurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrê­tés, s’ils sont moti­vés par la volonté d’encourager le vivre ensem­ble, sans arrière-pen­sée poli­ti­que. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le pre­mier minis­tre, en matière d’arrière-pensée poli­ti­que ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­ti­que » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­ti­que, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sin­cère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes poli­ti­ciens se gar­ga­ri­sent de Démo­cra­tie et de Répu­bli­que, avec majus­cu­les. Ainsi, quoi qu’ils décla­rent, ou éruc­tent, s’est selon, et spé­cia­le­ment sur ces regis­tres des inter­fé­ren­ces por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul pro­blé­ma­ti­que islam –, se trouve enra­ciné dans l’arrière-monde poli­ti­cien des fameu­ses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne sau­rait oublier que la par­tie de poker men­teur en vue de la pré­si­den­tielle de 2017 est for­te­ment enga­gée.

C’est pour­quoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la parole poli­ti­que ne par­vient plus à offrir le moin­dre cré­dit, à l’exception pos­si­ble, épou­van­ta­ble, des « vier­ges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exer­çant leur séduc­tion auprès des élec­teurs échau­dés et revan­chards, ou incul­tes et incons­cients poli­ti­que­ment autant qu’historiquement. D’où les sur­en­chè­res ver­ba­les qui se suc­cè­dent en cas­ca­des. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Rus­sie, un Erdo­gan en Tur­quie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres popu­lis­tes qui tra­ver­sent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de cré­dit des poli­ti­ciens expli­que en grande par­tie la grande fati­gue de la démo­cra­tie : pro­gres­sion des abs­ten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des éli­tes consi­dé­rées comme… éli­tis­tes, se regrou­pant et se repro­dui­sant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « déci­deurs » et des médias acca­pa­rés par les finan­ciers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­len­ces urbai­nes et des inci­vis­mes ; les replie­ments et affron­te­ments com­mu­nau­ta­ris­tes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Tou­tes cho­ses qu’on peut essayer de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fier – comme l’a hélas pré­tendu le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vou­loir orga­ni­ser la polis – la cité – si on renonce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ainsi quand on déplore la « bar­ba­rie » d’extrémistes reli­gieux en invo­quant l’« obs­cu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tè­mes reli­gieux – isla­mis­tes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas reve­nir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bos­suet, ce bigot éru­dit : « Dieu se rit des hom­mes qui déplo­rent les effets dont ils ché­ris­sent les cau­ses » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenê­tre, les reli­gions sont une des cau­ses pre­miè­res des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croyan­ces fra­tri­ci­des, ou plu­tôt homi­ci­des et géno­ci­des ; les­quel­les génè­rent les injus­ti­ces et les dérè­gle­ments sociaux qui ali­men­tent l’autre série des « cau­ses pre­miè­res » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je consi­dère aussi le nazisme et le sta­li­nisme sous l’angle des phé­no­mè­nes reli­gieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accu­ser la Répu­bli­que de tous les maux, jusqu’à vou­loir l’abattre, au nom d’un passé colo­nial inex­pia­ble, qui vau­drait malé­dic­tion éter­nelle aux géné­ra­tions sui­van­tes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revan­che, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­ma­nes » comme Les Indi­gè­nes de la Répu­bli­que par­lant de « lutte des races socia­les » tout en qua­li­fiant ses res­pon­sa­bles de sou­chiens – néo­lo­gisme jouant per­fi­de­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et vou­lant en même temps dési­gner les « Fran­çais de sou­che » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sisco, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine magh­ré­bine et des Cor­ses… d’origine. Je n’y étais pas, cer­tes, et ne puis que me réfé­rer à ce que j’en ai lu, et en par­ti­cu­lier au rap­port du pro­cu­reur de la Res publicæ – au nom de la Chose publi­que. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tan­dis que des pho­tos étaient pri­ses, incluant des fem­mes voi­lées au bain… Cas­ta­gnes, cinq bles­sés, police, voi­tu­res incen­diées. Pour résu­mer : une his­toire de ter­ri­toire, de concep­tion socié­tale, de culture.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lisme se nour­rit aussi de bien des naï­ve­tés. Sur­tout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gau­che d’autant plus volon­tiers accueillante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cor­ses sont des insu­lai­res [Excu­sez le pléo­nasme…] et, comme tels, his­to­ri­que­ment, ont eu à connaî­tre, à redou­ter, à com­bat­tre les mul­ti­ples enva­his­seurs, des bar­ba­res – au sens des Grecs et des Romains : des étran­gers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appe­lait les Sar­ra­sins et les Otto­mans, autre­ment dit des Ara­bes et des Turcs. D’où les nom­breu­ses tours de guet, génoi­ses et autres, qui par­sè­ment le lit­to­ral corse, comme à Sisco. Des monu­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoi­res et les men­ta­li­tés – même éty­mo­lo­gie que monu­ment !

Ainsi les Cor­ses demeu­rent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­ti­cu­la­ris­mes, sou­vent culti­vés à l’excès, jusqu’aux natio­na­lis­mes divers et ses varian­tes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enre­gis­tré après l’affaire de Sisco, un témoi­gnage affli­geant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­lai­res, selon leur pro­pre his­toire : « expor­tés » par l’Histoire (il ne s’agit nul­le­ment de nier la réa­lité et les effets du colo­nia­lisme) et en par­ti­cu­lier les migra­tions éco­no­mi­ques, ainsi deve­nus insu­lai­res, c’est-à-dire iso­lés de leur pro­pre culture et sur­tout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­dia­li­sa­tion, telle une tem­pête pla­né­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cultu­res » – je ne dis pas, exprès « civi­li­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mili­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la hou­lette des Bush et des néo-conser­va­teurs états-uniens a consti­tué un cata­clysme géo­po­li­ti­que ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sisco et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en bur­kini.

Retour donc au fameux bur­kini avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénon­çant le rac­courci par lequel des mai­res lient le port du bur­kini au ter­ro­risme, ajoute dans son com­mu­ni­qué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le signi­fiant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace régle­menté selon cer­tains codes et à igno­rer la liberté de choix de cha­cun qui doit être res­pec­tée. Après le « bur­kini » quel autre attri­but ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des pré­ju­gés de tel ou tel maire ? Ces mani­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et contri­buent à légi­ti­mer ceux et cel­les qui regar­dent les Fran­çais musul­mans comme un corps étran­ger à la nation. »

Pour la LDDH, cer­tes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de pré­ser­ver le prin­cipe démo­cra­ti­que pre­mier, celui de la liberté : d’aller et venir, de pen­ser, de prier, de dan­ser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des liber­tés. C’est aussi la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des fem­mes dans le vête­ment, enten­dent défen­dre le libre choix de cha­cun.

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Les Ira­niens sont de plus en plus nom­breux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fian­cée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le bur­kini n’est pas l’équivalent symé­tri­que­ment inversé du bikini et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le signi­fiant… » ; cette tenue exprime en effet un contenu reli­gieux affirmé, reven­di­qué – ce que n’est pas le bikini, qui relève de la mode, ou seule­ment de la mar­chan­dise ves­ti­men­taire. Il est aussi vrai que le bur­kini a été inventé et lancé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son contenu reli­gieux sem­ble tout rela­tif… Ainsi, bur­kini et bikini ne pré­sen­te­raient pas qu’une proxi­mité lexi­cale, ils par­ta­ge­raient une fonc­tion éro­ti­que sem­bla­ble par une mise en valeur du corps fémi­nin comme le font le cinéma et la photo por­no­gra­phi­ques, pas seule­ment par la nudité crue, mais aussi par le mou­lage des for­mes sous des vête­ments mouillés. Le pro­blème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du reli­gieux dans le corps de la femme et dans sa liberté. Par delà, il pousse le glaive des dji­ha­dis­tes dans le corps si fra­gi­lisé des démo­cra­ties « mécréan­tes », inci­tant à des affron­te­ments de type eth­ni­ques et com­mu­nau­tai­res, met­tant à bas l’idéal du « vivre ensem­ble », pré­lu­des à la guerre civile. Une telle hypo­thèse – celle de l’État isla­mi­que – peut sem­bler invrai­sem­bla­ble. Elle n’est nul­le­ment écar­tée par les voix parmi les plus éclai­rées d’intellectuels de culture musul­mane. C’est le cas des écri­vains algé­riens comme Kamel Daoud et Boua­lem San­sal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ran­ger…), quel­les solu­tions envi­sa­ger pour désa­mor­cer ce pré­lude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant uni­que selon les mono­théis­mes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­cu­lier eth­ni­que, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polé­mi­que, ayant assez à faire avec l’usage public de la kippa… ; et le boud­dhisme tota­le­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais tenté d’en appe­ler à la stricte laï­cité « à la fran­çaise », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les conflits : pas de signes reli­gieux (disons osten­ta­toi­res) dans l’espace public. On notera à ce sujet que les tolé­ran­ces actuel­les des reli­gions par rap­port aux mœurs demeu­rent rela­ti­ves, récen­tes et fra­gi­les – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du clergé catho­li­que, pour ne par­ler que de la France ! Donc pré­fé­rer la Laï­cité pour tous afin que les vaches soient bien gar­dées… Au delà de la bou­tade, il est vrai que le ris­que demeure pour les fem­mes musul­ma­nes de se voir exclues tota­le­ment de l’espace public, et des pla­ges en par­ti­cu­lier. À elles alors de se rebel­ler, y com­pris et peut-être d’abord contre leurs domi­na­teurs mâles, obsé­dés sexuels tra­vaillés par un appa­reil reli­gieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne pré­fè­rent l’état de ser­vi­tude, lequel rele­vant de la sphère pri­vée, loin de tout pro­sé­ly­tisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vidu, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les fem­mes qui, dans le monde, sont tout juste par­ve­nues à se libé­rer, ou même par­tiel­le­ment. C’est qu’il leur a fallu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion reli­gieuse plus ou moins directe. Elles se sont sou­le­vées dans le monde isla­misé et conti­nuent de le faire, en avant-gar­des mino­ri­tai­res, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être sou­te­nues par des hom­mes. Comme actuel­le­ment en Iran, avec cette cam­pa­gne appuyée par des pho­tos où des hom­mes appa­rais­sent voi­lés aux côtés de fem­mes têtes nues. J’ai failli écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appré­cier ce billet de Sophia Aram, lundi sur France inter. Indis­pen­sa­ble, cou­ra­geuse, pétillante Sophia – la sage ico­no­claste. Mais « gro­tes­que », cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

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Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­ma­turge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de culture... je relâ­che la sécu­rité de mon Brow­ning ! »
  2. Parmi ces mai­res, celui de Vil­le­neuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favo­ra­ble au réta­blis­se­ment de la peine de mort… convaincu du rôle posi­tif de la colo­ni­sa­tion. Sympa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gi­nisé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illi­cite de place sera immé­dia­te­ment empê­chée, et les zadis­tes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publi­que à la suite d’une mani­fes­ta­tion à laquelle ils auraient appelé, les syn­di­ca­lis­tes devront régler les dom­ma­ges sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédoua­ner de tout extré­misme vio­lent ?
  5. Cita­tion attri­buée à Bos­suet, évê­que de Meaux (avant Copé), pré­di­ca­teur, 1627-1704.
  6. Je ne sou­haite pas ici débor­der sur la contro­verse autour du livre de Samuel Hun­ting­ton, Le Choc des civi­li­sa­tions, paru en 1997.

À bientôt !

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On n’a jamais le temps…

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…le temps nous a

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Grèce, carnet de voyage. 6) Paros. À l’origine d’Aphrodite de Milo

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[Ph. Marie-Lan Nguyen]

Vénus-Aphro­dite de Milo, vedette du Lou­vre. [Ph. Marie-Lan Nguyen]

Iles des Cycla­des, Paros, 14 juin 2016. Des cha­peaux et cas­quet­tes, che­mi­set­tes, t-shirts et la pano­plie pos­si­ble de sou­ve­nirs et coli­fi­chets. Étroite et tout en lon­gueur, la bou­ti­que de Nikó­laos, sur le port des pêcheurs, s’enfonce dans son obs­cu­rité que com­bat un néon bla­fard. Comme à Athè­nes, dans les rues tou­ris­ti­ques de Monas­ti­raki, on se croi­rait dans un bazar, ou dans un souk. La pre­mière hypo­thèse ren­ver­rait aux guer­res médi­ques (- Ve siè­cle) oppo­sant grecs et Mèdes, autre nom des Per­ses, les actuels Ira­niens. La seconde, plus vrai­sem­bla­ble car moins loin­taine, serait liée à l’occupation des Otto­mans, les Turcs d’aujourd’hui – occu­pa­tion qui a tout de même duré qua­tre siè­cles !

De cette occu­pa­tion il reste au moins deux abcès de fixa­tion :

L’île de Chy­pre, cou­pée en deux, un peu à la manière irlan­daise, ver­sion orien­tale. Voilà plus de 40 ans (1974) que les deux com­mu­nau­tés, quand elles ne se font pas la guerre, s’observent en chiens de faïence 1 ;

La basi­li­que Sainte-Sophie, fleu­ron de la chré­tienté du temps où Istan­bul s’appelait Constan­ti­no­ple, car conçue au IVe par Constan­tin 1er, suc­ces­si­ve­ment basi­li­que chré­tienne, mos­quée puis musée. En 2012, un grou­pus­cule isla­miste et natio­na­liste vio­lent fait cam­pa­gne pour que le musée rede­vienne une mos­quée, notam­ment en orga­ni­sant une prière musul­mane sous la cou­pole byzan­tine. Un an après, Erdoğan déclare envi­sa­ger que cette trans­for­ma­tion ait lieu…

Alors, ne « leur » par­lez pas de ces « bar­ba­res » ! – au sens d’Hérodote : étran­gers par­lant un lan­gage inconnu. Ou alors, « ils » vous en par­le­ront, par exem­ple, à pro­pos de l’accord par lequel l’Europe s’est défaus­sée sur la Tur­quie d’Erdoğan au sujet de l’accueil des réfu­giés – syriens notam­ment. Je me sou­viens avoir abordé la ques­tion, à l’école d’Architecture d’Athènes, avec Elef­the­ria 2, évo­quant alors le sens grec de l’hospitalité, remon­tant au moins à Homère et à L’Iliade

croix drapoÀ Athè­nes encore, mon ami Geor­gios, m’a fait remar­quer que la capi­tale grec­que, mal­gré la pré­sence assez nom­breuse de musul­mans, est la seule en Europe à n’abriter aucune mos­quée… C’est que l’Église grec­que demeure omni­po­tente, son hyper pré­sence – tant dénon­cée au plus fort de la crise grec­que – bor­du­rant les limi­tes d’une théo­cra­tie. Rap­pe­lons à ce sujet que les popes sont sala­riés de l’État 3 ; que les biens consi­dé­ra­bles de l’Église échap­pent en par­tie à l’impôt ; que dans les éco­les, cha­que jour­née démarre par une prière col­lec­tive avec pré­sence obli­ga­toire (la prière elle-même ne l’est tou­te­fois pas…) ; que cha­que église et tout édi­fice public sont sur­mon­tés du dra­peau natio­nal dont la hampe se ter­mine par une croix… [☞ Photo]

DSCF5136Oui, oui, je suis tou­jours là, dans mon souk de Paros…, à far­fouiller sur l’étagère où s’alignent les petits bus­tes en faux mar­bre blanc. Petits bus­tes mais grands hom­mes (on par­lera des fem­mes plus loin) de la Grèce anti­que. J’aimerais y trou­ver mon vieux pote Épi­cure 4, en guise de sou­ve­nir. Chaus­sant ses lunet­tes, Nikó­laos vient à ma res­cousse. Seuls Hip­po­crate, Poséi­don, Homère, Pytha­gore répon­dent à l’appel et aussi Socrate. Va pour Socrate ! un brave type aussi 5.

Sur ces entre­fai­tes, com­ment ne pas cau­ser poli­ti­que ? Oui, de l’Europe en par­ti­cu­lier, et de Mme Mer­kel spé­cia­le­ment. L’Allemagne n’a pas la cote ici, ça non ! La France, oui… Ce qui me vaut un rabais de 50 cen­ti­mes d’euro sur mon buste socra­ti­que. Ainsi scel­lée, l’amitié franco-hel­lé­ni­que, aborde la ques­tion des mili­tai­res, État dans l’État, et deuxième plaie de la Grèce déplore Nikó­laos. Je résume : Tan­dis qu’ils nous ser­raient la cein­ture, nos poli­ti­ciens ont conti­nué à ache­ter des armes, à l’Allemagne et à la France – sous le pré­texte clas­si­que de la droite grec­que qui exploite le « dan­ger » turc ! Troi­sième plaie du pays : les arma­teurs richis­si­mes qui, eux non plus, ne paient pas ce qu’ils devraient payer en impôts. Les pavillons de com­plai­sance, c’est une injure à nos vingt pour cent de chô­meurs – et plus de la moi­tié chez les jeu­nes !

C’est alors qu’une cliente met fin à l’édito du jour.

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Paros est cer­tes une île des Cycla­des – on compte 250 îles, îlots et îlots-rochers. Seules 24 sont habi­tées. Paros s’en dis­tin­gue, enfin elle s’en dis­tin­guait, par son mar­bre, qui fut le plus réputé de l’Antiquité. D’une blan­cheur et d’une trans­lu­ci­dité incom­pa­ra­bles. Il se dit que Napo­léon exi­gea que son tom­beau fût en mar­bre de Paros… – ce dont je me contre­fous. Voici pour­quoi :

Par­lons pour com­men­cer de l’Ori­gine du monde, fameux tableau de Cour­bet datant de 1866 – 150 ans seule­ment [que, soit dit en pas­sant, Lacan s’était d’ailleurs payé, enfin que lui avaient payé ses for­tu­nés et névro­sés clients]. Eh bien ici, à Paros, nous som­mes car­ré­ment à l’origine de l’origine… c’est-à-dire à l’origine de Vénus, issue des pro­fon­deurs géo­lo­gi­ques – en mil­lions d’années. C’est en effet dans le mar­bre de Paros qu’a été sculp­tée la Vénus de Milo – 22 siè­cles…–, ce chef d’œuvre aujourd’hui exposé au Lou­vre 6, sculpté non pas par Praxi­tèle comme on l’a cru un temps, mais plu­tôt par Alexan­dre d’Antioche.

Je passe sur les détails concer­nant la décou­verte de la sta­tue sans bras par un labou­reur sur l’île de Milos (on disait « Milo » jadis), puis négo­ciée et ven­due plu­sieurs fois avant d’être don­née au Lou­vre par Louis XVIII. Née de un ou deux blocs de mar­bre de Paros, il serait inté­res­sant de recons­ti­tuer l’itinéraire de cette sublime sta­tue, sans par­ler de son modèle – on peut rêver… – et de l’ensemble qui, au demeu­rant, aurait dû s’appeler l’Aphro­dite de Milo, car cette déesse de l’amour appar­tient plei­ne­ment à la Grèce et à sa mytho­lo­gie.

14062016-DSCF6361Bien sûr, le jour­na­liste de ter­rain (même en retraite) s’est rendu sur place, d’un coup de scoo­ter… Clas­sées site his­to­ri­que, les car­riè­res de Mara­thi sont aban­don­nées depuis le XIXe siè­cle. Lieu étrange : une val­lée aux flancs éven­trés, par­se­més de quel­ques bâti­ments en rui­nes et de mon­ceaux de pier­railles, res­tes de l’exploitation pas­sée. L’entêtant par­fum des immor­tel­les imprè­gne l’air chaud de juin. Pas le moin­dre guide, per­sonne alen­tour. Je trouve sans dif­fi­culté l’entrée de la pre­mière gale­rie, la plus par­lante des trois. Mes pho­tos s’imposent ici pour com­pren­dre mon évo­ca­tion de l’Ori­gine du monde – le tableau et la chose…  [Voir en tête de l’article, et ci-des­sous] Je ne suis pas des­cendu au-delà de la zone la plus som­bre… assi­mi­la­ble à une intru­sion dans l’intimité d’Aphrodite… 

Les ancien­nes mar­briè­res de Paros se trou­vent à Mara­thi, à quel­ques kilo­mè­tres de Pari­kia, la « capi­tale » de l’île. Jusqu’au XIXe siè­cle, on y tirait le fameux mar­bre parien ou « lych­ni­tis ». Son appel­la­tion vient du fait que son tirage était effec­tué dans des gale­ries sou­ter­rai­nes sous la lumière des lam­pes à huile (en grec : lych­nos).
La trans­pa­rence de ce mar­bre est excep­tion­nelle : la lumière y pénè­tre jusqu’à 7 cen­ti­mè­tres de pro­fon­deur (1,5 cen­ti­mè­tre pour le mar­bre dit « pen­té­li­que », de la mon­ta­gne Pen­teli).
De ce mar­bre naquit, non seule­ment la Vénus de Milo, mais aussi l’Hermès de Praxi­tèle, les korês de l’Acropole, la Vic­toire de Délos, la Vic­toire de Samo­thrace, le tem­ple d’Apollon et le tré­sor des Sif­niens à Del­phes, le tem­ple de Zeus à Olym­pia et le tem­ple d’Apollon à Délos. Plu­sieurs piè­ces du Musée Archéo­lo­gi­que de Paros sont consti­tuées de ce mar­bre.
Ces mar­briè­res sont les uni­ques mar­briè­res sou­ter­rai­nes de lych­ni­tis au monde, alors qu’aux car­riè­res à ciel ouvert de la région on tirait de la magné­site.

C’est en remon­tant de ces pro­fon­deurs que je vais faire une de ces bel­les ren­con­tres qui illu­mi­nent le Voyage. M’avançant le long d’un jar­di­net fleuri d’orchidées subli­mes, il vient à ma ren­con­tre, tout sou­rire, main ten­due. Voici Tas­sos : sculp­teur soli­taire, il vit et tra­vaille ici entre sa mai­son­nette et son ate­lier au grand air.

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Tas­sos. La belle ren­con­tre.

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Mar­bre de Paros, roche de lumière.

Lui ne par­lant que le grec, et moi pas…, notre échange sera sur­tout ges­tuel, rehaussé d’onomatopées, et néan­moins des plus cha­leu­reux. Un rien sur­réa­liste, il me mon­tre en se bidon­nant son ins­tal­la­tion, au sens artis­ti­que : un treuil en bois, un coup de mani­velle pour remon­ter une seau empli d’eau ima­gi­naire (tout est sec alen­tour) ; enfin, un volet peint en bleu ouvrant sur un miroir, un pei­gne et le mot « Kali­mera » (Bon­jour). Tas­sos fait sem­blant de s’éclabousser le visage, qu’il a tout pou­dré de blanc ainsi que la mous­ta­che. Nous « dis­cu­tons » un bon moment ; puis il m’indique sur un papier l’entrée de la troi­sième gale­rie. À mon retour, nous repren­drons notre par­lotte, notam­ment sur le mar­bre de Paros ; il me mon­tre ses œuvres sculp­tées, sa photo en sol­dat, ses sacs de blé, dont je ne sai­sis pas la des­ti­na­tion… Quand il écarte les bras pour me signi­fier qu’il vit au para­dis, je lui demande de le pren­dre en photo. Voyez vous-même ! Enfin, il me fait un cadeau – pré­cieux : un mor­ceau de mar­bre, de cette roche si pure qu’elle laisse pas­ser le soleil. Il me l’emballe avec soin dans un papier blanc sur lequel il écrit son nom.

Rien n’aurait pu me faire plus plai­sir que ce cadeau !

(À sui­vre)

Pho­tos de gp, sauf men­tion

 

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Notes:

  1. Depuis 1974, la par­tie nord de l’île, située au-delà de la ligne verte contrô­lée par les trou­pes de l’ONU, est sous occu­pa­tion mili­taire tur­que et en 1983, ce ter­ri­toire s’est pro­clamé Répu­bli­que tur­que de Chy­pre du Nord sans que celui-ci soit reconnu par la com­mu­nauté inter­na­tio­nale, en dehors de la Tur­quie.
  2. Voir dans Grèce, car­net de voyage. 4) San­to­rin, consi­dé­ra­tions au-des­sus du vol­can
  3. Comme en Alsace-Moselle, depuis Napo­léon et le concor­dat…
  4. Voir : Grèce, car­net de voyage. 5) Paros. Conver­sa­tion rési­née avec Épi­cure
  5. Je m’y réfère dans tout le car­net, ou pres­que…
  6. En pas­sant : de quoi sont consti­tués les musées du monde, et les plus fameux d’entre eux, sinon de « piè­ces rap­por­tées » ?

Ensablement, par Faber

BD violence petit

© faber 2016

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Benoîte Groult : « Tant qu’on a la curiosité, le désir dans la tête »

Benoite_Groult_-_Comédie_du_Livre_2010

Benoîte Groult, à la Comé­die du Livre de Mont­pel­lier en 2010. Ph. Esby.

La roman­cière et fémi­niste Benoîte Groult est morte hier à 96 ans, lundi 20 juin, à Hyè­res (Var) où elle rési­dait. Benoîte Groult fut la pre­mière à avoir dénoncé publi­que­ment les muti­la­tions géni­ta­les fémi­ni­nes dans son livre Ainsi soit-elle, publié en 1975. « Elle est morte dans son som­meil comme elle l’a voulu, sans souf­frir », a indi­qué sa fille, Blan­dine de Cau­nes.

J’avais eu un grand plai­sir à la ren­con­trer en 1998 – elle avait alors 78 ans – pour un entre­tien sur la sexua­lité et les vieux, paru l’année d’après dans mon livre écrit avec Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cen­dre (Éd. Phé­bus). Livre aujourd’hui épuisé, ce qui m’autorise à publier ici cet entre­tien.

Éga­le­ment jour­na­liste, Benoîte Groult a notam­ment tra­vaillé à Elle et Marie-Claire, et a long­temps était jurée du prix Fémina. Elle avait d’abord publié, avec sa sœur Flora, des livres comme Jour­nal à qua­tre mains (1958). Plu­sieurs best-sel­lers avaient suivi, comme La Part des cho­ses (1972) et plus récem­ment La Tou­che étoile (2006).

Un mot la repré­sente, qu’elle fait d’ailleurs sien : curio­sité. Son credo, son secret, son élixir. Benoîte Groult a les yeux mêmes de la curio­sité,  pim­pante qua­lité qui garde l’être debout parce que dési­rant. Ce qu’on n’ose plus dire aujourd’hui aux dames – même si on s’autorise désor­mais à deman­der leur âge –, on ne pour­rait s’en empê­cher devant elle : « 78 ans, vrai­ment ? Mais vous ne les fai­tes pas ! » Elle ne s’en excuse pas, non, sauf en met­tant cette chance sur le dos de la géné­ti­que. Enfin, un peu seule­ment, par modes­tie en somme, alors que son secret plus vrai sans doute réside dans un art consommé de pren­dre la vie : en actrice de son deve­nir. Benoîte n’a pas tou­jours été debout, elle le rap­pelle en pas­sant ci-après. C’est qu’il a fallu batailler, sans jamais bais­ser la garde car le renon­ce­ment veille, ce «salaud et con» par­fois déguisé en homme. En homme ? À dis­cu­ter, s’agissant de cette sous-variété de gyno­pho­bes dont le regard-phal­lus tra­verse la femme – sur­tout l’étiquetée «vieille» – sans la voir.

Benoîte Groult : …Avant, 50 ans, c’était vrai­ment le vieil âge. Alors qu’aujourd’hui, les fem­mes qui ont entre 40 et 60 ans, et même plus, on s’y trompe ! Tant de chose ont changé : les œstro­gè­nes, les hor­mo­nes et même la chi­rur­gie esthé­ti­que.

• La vieillesse est bien désor­mais une notion rela­tive, mais qui bute quand même sur des réa­li­tés…

– Elle bute sur les mala­dies : rhu­ma­tis­mes, his­toi­res car­dia­ques, etc., L’âge rend plus vul­né­ra­ble. Ce qui n’exclut pas une vie sexuelle qui puisse attein­dre la plé­ni­tude. Je fais par­tie de la pre­mière géné­ra­tion à avoir béné­fi­cié de tout ça, qui prend des œstro­gè­nes depuis déjà 20 ans…

• …Vous avez aussi bien milité dans ce sens !

– Oui. Il ne faut pas oublier que la méno­pause, par exem­ple, était encore un de ces tabous dont on ne par­lait pas; les trois quarts des méde­cins en France disaient : mais lais­sez faire la nature ! De même pour la contra­cep­tion. La sexua­lité envi­sa­gée après la méno­pause, ça deve­nait quel­que chose d’un peu dégoû­tant, obs­cène – pour une femme, du moins ! Pour l’homme, la ques­tion de l’âge demeu­rait beau­coup plus floue. Voyez encore aujourd’hui un Gre­gory Peck qui, à 80 ans, refait une série d’enfants – il en avait déjà sept ou huit – avec une secré­taire…

• On cite tou­jours volon­tiers ces cas célè­bres : Cha­plin, Vic­tor Hugo… Il y a beau­coup plus de tolé­rance envers les hom­mes.

– Tou­jours ! On a toléré leurs maî­tres­ses, leurs infi­dé­li­tés, leur liberté sexuelle, leur lan­gage cru. Aujourd’hui, les fem­mes entrent, peut-être par la petite porte, mais enfin elles entrent sérieu­se­ment aussi dans les mêmes liber­tés. Mais on conti­nue à ne pas le dire ! Le livre de Simone de Beau­voir, La Vieillesse, est tombé comme un pavé dans un silence géné­ral, dans un dégoût ! Il faut dire qu’elle a tou­jours eu le chic pour mon­trer les phé­no­mè­nes phy­sio­lo­gi­ques… – elle ne s’était pas récon­ci­liée avec son corps. Elle décri­vait la vie dans des hos­pi­ces où les fem­mes avaient une demande sexuelle exa­cer­bée, rele­vaient leurs che­mi­ses, se mas­tur­baient en public – bref, son livre était atroce. Il n’a pas été lu, d’ailleurs per­sonne ne vou­lait enten­dre par­ler de la vieillesse. Aujourd’hui, la vieillesse a tout de même pris un autre aspect, même s’il y a tou­jours des endroits peu réjouis­sants, des mou­roirs…

• Qu’est-ce donc pour vous que la vieillesse ?

– Tant que les cinq sens fonc­tion­nent, qu’on peut mar­cher, conti­nuer à faire ce qu’on aime : aller à la pêche (j’ai une mai­son en Irlande à cause de ça, avec des casiers à homards !), exer­cer ce qu’on aime… Évi­dem­ment, je ne fais plus de ski ; il y a des cho­ses aux­quel­les il faut renon­cer, quand ça demande une force phy­si­que trop grande. Tant que je pour­rai lire… Je com­prends très bien Mon­ther­lant qui s’est sui­cidé parce qu’il était devenu aveu­gle. Pour moi, ce serait l’horreur ! Sourde, je m’en arran­ge­rais, mais ne plus pou­voir lire, ni regar­der mon jar­din… Donc, il y a bien des cho­ses qui seraient rédhi­bi­toi­res. Je me dirais : je suis vieille, ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Au fond, la vieillesse c’est d’abord une ques­tion de santé.

• Et si la santé fait défaut, la sexua­lité aussi ?

– Non. Je crois qu’il y a des mala­dies qui s’accommodent du désir amou­reux – la tuber­cu­lose, par exem­ple. Tant qu’on a la curio­sité, le désir dans la tête, tout est encore pos­si­ble. La curio­sité main­tient en vie car elle pousse vers l’amour, le désir de l’autre et de voir com­ment ce sera de faire l’amour. L’essentiel, vrai­ment, c’est bien la curio­sité : si on est curieux de quel­que chose, de quelqu’un de nou­veau, de com­ment ça se passe autour et avant…, l’envie encore de voya­ger, de vivre un prin­temps, de revoir ce prin­temps qui est tou­jours dif­fé­rent… C’est ça qui main­tient en vie, cette sorte d’élan.

• La curio­sité passe aussi par une rela­tion char­nelle, non ?

– Pas tou­jours. J’étais en train de lire, à mon avis l’un des plus beaux livres sur un amour qui ne devient jamais char­nel, c’est de Doris Les­sing, Si Vieillesse pou­vait, les car­nets de Jeanne Som­mers. Elle raconte l’histoire d’un coup de fou­dre : une femme de 60-65 ans qui, dans  le métro, se coince un talon, tombe et croise le regard d’un homme ; il a à peu près le même âge qu’elle; elle le regarde et c’est le coup de fou­dre comme quand on a 20 ans ! Et ils se ren­con­trent dans Lon­dres, déjeu­nent au res­tau­rant, vont à la cam­pa­gne ensem­ble. Je ne sais pas pour­quoi ils ne pas­sent jamais au fait… Chez elle, ça ne s’arrange pas, à cause d’une petite nièce… Lui a une femme malade –  bref, c’est pour moi l’une des plus bel­les his­toi­res d’amour, même s’il n’y a pas tout à fait la solu­tion… Ils en rêvent tous les deux… Je trouve que c’est une his­toire tou­jours pos­si­ble. Même si on y a un peu peur de mon­trer son corps – ça date tout de même d’une ving­taine d’années…

• Est-ce que ces obs­ta­cles, réels ou ima­gi­nai­res, ne consti­tuent pas aussi une manière de se pro­té­ger d’un ris­que,  de ce ris­que dû à l’âge peut-être, de décep­tions éven­tuel­les quant au corps, aux for­mes, aux défaillan­ces orga­ni­ques ?

– Sûre­ment. Mais aujourd’hui il y a tel­le­ment de jeu­nes qui sont obè­ses, ou qui ont les seins qui tom­bent à trente ans… Fina­le­ment, l’important c’est la façon dont on s’appréhende plu­tôt que la réa­lité des cho­ses.

• Il fau­drait sans doute la confiance mutuelle pour oser cette curio­sité, affron­ter ce désir qui cor­res­pond aussi à une mise en dan­ger… Et si on ne l’a pas, cette confiance, la fuite serait peut-être comme une manière de salut, de sécu­ri­sa­tion ?

– On ris­que peut-être plus les décep­tions ou les rata­ges, mais après tout c’est aussi le sort de tou­tes les ten­ta­ti­ves que de ne pas réus­sir à coup sûr.

• Com­ment l’histoire de votre cou­ple avec Paul Gui­mard est-elle aussi mar­quée par cette ques­tion de l’âge et de l’amour ?

– Il y a 45 ans que l’on est ensem­ble ! On s’est marié un peu sous le contrat Sar­tre-de Beau­voir, à savoir que l’autre n’est pas votre pri­son­nier, qu’il regar­dera ailleurs. Donc, on a connu des nau­fra­ges, des résur­rec­tions. Ça a été un peu agité, mais on avait tel­le­ment de bon­nes rai­sons de vivre ensem­ble – des goûts en com­mun, les mêmes idées poli­ti­ques, éthi­ques, etc. –, qu’on a sur­monté les aven­tu­res et les aléas.

• Sans doute y a-t-il une dis­tinc­tion à opé­rer avec des cou­ples comme le vôtre qui pré­sen­tent un côté mer­veilleux du seul fait déjà de ces lon­gues années en com­mun. Le fait qu’il y ait eu du temps est admi­ra­ble en soi…

– Oui, et ça redonne une forme d’amour qui est tout à fait autre chose, qui n’est peut-être pas mêlé de sexua­lité – car la sexua­lité exige un peu l’excitation de l’inconnu, de nou­veauté qu’on n’a évi­dem­ment plus avec les années. Et puis aussi, on a trop vu peut-être de ces moments de mala­die de l’un ou de l’autre… Il y a quel­que chose pour la sexua­lité qui se trouve un peu éteint mais rem­placé par cette durée, cette conni­vence, cette com­pli­cité…

• …Qui n’est évi­dem­ment pas pos­si­ble quand l’un des deux, le plus sou­vent la femme, se retrouve seul…

– La soli­tude, aujourd’hui, a changé de visage. Il y a cin­quante ans, la soli­tude c’était à l’image d’une vieille fille aban­don­née, repliée sur elle-même. Aujourd’hui, des fem­mes de 50-60 ans repren­nent quel­que­fois des étu­des; et il y a aussi les voya­ges en com­mun, tou­tes sor­tes de cho­ses qui font naî­tre des ren­con­tres. Des fem­mes, veu­ves, s’aperçoivent brus­que­ment qu’elles ado­rent le théâ­tre, ou appren­nent une lan­gue… Des riches­ses appa­rais­sent une fois les enfants éle­vés. On peut dire aussi qu’aujourd’hui l’amitié entre les fem­mes est née, ce qui apporte aussi une grande richesse – peut-être même la décou­verte qu’on aime les fem­mes, qui sait ? Donc il y a des com­pen­sa­tions. Je pense aux vieillards d’il y a 70 ans : il n’y avait pas la télé à la mai­son, les soi­rées devaient être inter­mi­na­bles… De nos jours, on trouve beau­coup de clubs, pas seule­ment du troi­sième âge, sim­ple­ment des clubs de ren­con­tre, d’écriture, de mise en forme… Tout ça per­met de rire avec d’autres. Et les fem­mes sont deve­nues des per­son­nes qui connais­sent l’amitié – les hom­mes avaient déjà ça, les anciens bou­lis­tes de je ne sais quoi, les clubs de foot, les anciens com­bat­tants : tou­tes sor­tes de lieux de ren­con­tres entre hom­mes. Main­te­nant, les fem­mes les ont aussi ! Tout cela excite beau­coup les facul­tés spi­ri­tuel­les et le désir.

• On voit de temps à autre des cou­ples de per­son­nes âgées «par­tir ensem­ble» en se don­nant la mort. On pense au comé­dien Jean Mer­cure et sa femme, à Roger Quillot, le maire de Cler­mont-Fer­rand, et la sienne. Qu’en dites-vous ?

– Je ne serai sans doute pas de ces cou­ples-là. En géné­ral, c’est l’homme qui a une grave mala­die et sa femme l’accompagne dans la mort. Le plus grand drame, c’est celui de Mme Quillot : sur­vi­vre au sui­cide. Là, les méde­cins ont très mal agi, elle était à l’article de la mort, il n’y avait qu’à lais­ser faire les cho­ses, c’était sa volonté, elle l’avait dit ! Oui, il y a encore cette capa­cité d’amour total d’une femme pour un homme. J’ai l’impression, mais ça c’est per­son­nel, qu’on est plus heu­reuse si on a des amours plus dis­per­sés. Par cer­tains côtés, je peux trou­ver ça mons­trueux de la part de l’homme, cette appro­pria­tion dans la mort. Je pense à ce vers de l’Affi­che rouge, d’Aragon : « Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant ». Il faut se dire ça dans un cou­ple, d’une façon ou d’une autre, même si on n’aura plus d’enfants à pro­pre­ment par­ler ; on pour­rait aussi bien dire : « Et je te dis de vivre et de voir tes enfants ». C’est dif­fi­cile à vivre la liberté réci­pro­que, sûre­ment. On prend des ris­ques, c’est fati­guant ! Tou­tes les liber­tés, au début, ont été une angoisse, comme celle, jus­te­ment, d’avoir ou non un enfant, d’user ou non de cette liberté avant d’arriver à 45 ans, quand brus­que­ment c’est trop tard.

• Le fait d’ « entrer en vieillesse » peut-il bou­le­ver­ser sa concep­tion de la sexua­lité ?

– Moi, je ne trouve pas. Le drame, en réa­lité, ce n’est pas la vieillesse, c’est le regard des hom­mes sur la vieillesse des fem­mes. Parce qu’on s’aperçoit qu’ils ne vous regar­dent plus ! Ça c’est ter­ri­ble, ter­ri­ble ! Des gar­çons jeu­nes, jamais ils ne me por­tent une valise sur un quai de gare, jamais ! Comme la poli­tesse n’existe plus et que la séduc­tion de la dame n’est pas écla­tante, ils vous igno­rent tota­le­ment : le regard vous tra­verse. 

• N’est-ce pas aussi le signe inverse : celui de ne pas vous consi­dé­rer comme une vieille dame ?

– Non, parce que par exem­ple, pour mes filles : l’une est une brune, per­sonne ne l’aide; l’autre, blonde assez agui­cheuse, en mini-jupe, ne traîne jamais une valise ! Évi­dem­ment la coquet­te­rie est, chez la fille, un signe de la demande. Alors, quand on n’a plus les signes, eh bien ils sont d’une vache­rie, d’un mépris ! Pour­tant, les fem­mes, elles, regar­dent les hom­mes vieux ! Elles peu­vent les trou­ver beaux, la preuve : elles les épou­sent, elles font des enfants avec eux. La femme ne divise pas la vie en âges rédhi­bi­toi­res. Parce qu’elles s’intéressent beau­coup à l’âme, ça a l’air idiot…, disons à l’esprit, au charme ; elles sen­tent qu’il les écou­tera, qu’il a un talent, autre chose que les signes exté­rieurs ; je trouve que les fem­mes ont une façon beau­coup plus intel­li­gente, et vaste, et large, d’aimer. Elles peu­vent aimer un homme très laid qui a un charme inté­rieur. Alors que pour se faire aimer quand on est laide, alors là, on a beau avoir l’âme admi­ra­ble !… C’est beau­coup plus dif­fi­cile et rare. Le plus ter­ri­ble c’est quand on n’a pas autre chose, quand on tout misé sur l’amour, toute sa vie ; le jour où l’on est trans­pa­rent pour les hom­mes, qu’est-ce qu’on fait ? Effec­ti­ve­ment, il reste la mas­tur­ba­tion.

• Ou toute une gamme de com­pen­sa­tions…

– Oui…, mais il faut les avoir ! S’il n’est pas trop tard. Tout le monde n’est pas Thé­rèse d’Avila pour subli­mer dans la foi reli­gieuse…

• …ou la créa­ti­vité lit­té­raire !

– Bien sûr ! Les hom­mes, c’est très impres­sion­nant, vivent encore selon des cri­tè­res d’il y a trente ans ou trente siè­cles ! C’est-à-dire qu’après 50 ans, il n’y a plus rien à faire d’une femme, même pas la regar­der ! Même pas lui dire par­don quand on la cogne ! On n’existe plus ! Alors, le tout mêlé à la dureté de ce temps…

• Votre constat est sévère. Diriez-vous quand même qu’il y a une évo­lu­tion ?

– Oui. Il y avait autre­fois… cinq pour cent d’hommes et aujourd’hui peut-être dix ou quinze qui sont capa­bles de se dire – comme dans cette pièce de Yas­mina Reza qui se passe dans un train, une ren­con­tre entre un homme et une femme : « Tiens, je suis là avec cette femme, elle ne me plaît pas for­mi­da­ble­ment, mais on va par­ler, elle est peut-être inté­res­sante. » Après, à cha­cun de jouer. Oui, il y en a un peu plus qui font atten­tion…

• Il faut aussi que la femme accepte, qu’elle ne se dise pas : encore un qui va me dra­guer.

– Oui. Mais aujourd’hui les fem­mes sont assez gran­des, elles ont moins cette peur d’être dra­guées. Autre­fois, si un homme vous adres­sait la parole dans la rue, on pre­nait un air pincé, on ser­rait les jam­bes… On a une atti­tude plus déten­due. C’est le regard des hom­mes qui reste très impres­sion­nant, très gla­çant.

• Qu’est-ce que ça pro­vo­que en vous ?

– De la ran­cune contre eux ! Je trouve que c’est des cons et des salauds : les deux ! C’est bête parce qu’il y a sou­vent quel­que chose à tirer d’une rela­tion avec quelqu’un, qui que ce soit ! Et c’est vache parce qu’ils n’ont pas cette gen­tillesse. Moi, je suis gen­tille avec les vieilles dames ; avec si peu on les illu­mine ! Ils pour­raient le faire, ça ne leur coû­te­rait rien, on ne leur demande pas de cou­cher avec elles ! Et dans les livres, je n’ai jamais, ces der­niers temps, vu par­ler du sexe des fem­mes avec autant de haine et d’horreur. Comme si les fem­mes n’étaient que des sacs à mala­dies, à puan­teurs. Dès que la femme n’est plus exac­te­ment dans le cré­neau qui le fait ban­der d’avance, c’est la haine qui rem­place l’attirance. Ça relève d’une gyno­pho­bie éhon­tée, encore très sen­si­ble dans beau­coup de romans d’hommes où ils peu­vent racon­ter ce qu’ils veu­lent, comme si tou­tes ces fem­mes vieilles étaient en man­que d’amour. Les fem­mes sont moins deman­deu­ses que ça ; il s’imaginent qu’on est des gou­les et qu’on vou­drait les vam­pi­ri­ser. Les fem­mes ont déjà bien assez peur d’elles-mêmes !

• On entend dire par­fois que le fémi­nisme a pres­que fait son temps. Il y a là, pour­tant, sur cette ques­tion du vieillis­se­ment et de l’amour, un ter­rain d’action bien réel.

– Moi, je conti­nue à être fémi­niste ! Tant que durera cette rela­tion de pos­ses­sion, de pou­voir, de vio­lence à l’encontre de la femme. Une rela­tion qui peut être d’ailleurs très insi­dieuse. Rap­pe­lons-nous par exem­ple des pre­miers rap­ports Kin­sey sur la sexua­lité aux États-Unis ; ils pré­ten­daient que plus on était culti­vées plus on avait du mal à attein­dre l’orgasme. L’année d’après, ils ont publié une deuxième édi­tion en disant : Nos recher­ches n’étaient pas com­plè­tes, c’est le contraire ! Plus on est cultivé, plus on rem­place ce qui ne va pas phy­si­que­ment par l’excitation céré­brale, un films porno, de la lit­té­ra­ture éro­ti­que, ce qu’on veut… On jouit mieux quand on a l’esprit plus déve­loppé. Ils avaient dit le contraire !, tel­le­ment ça les ennuyait cette idée qu’une femme intel­li­gente per­dait de son ani­ma­lité !

• Quels sont vos pré­cep­tes de vie ?

– Une dose d’égoïsme, au meilleur sens du terme. Si on s’oublie, le jour où les enfants font leur vie ailleurs,  le mari aussi par­fois, ou il meurt, eh bien, si on ne s’aime plus soi-même, qu’est-ce qui vous reste ? C’est en s’aimant qu’on est le plus rayon­nant fina­le­ment. Bien sûr, il y a aussi une ques­tion de tem­pé­ra­ment, de chance. Et aussi ce fait d’avoir vécu au siè­cle où j’ai vu les fem­mes sou­mi­ses à un cadre, à un car­can – moi-même aussi d’ailleurs, n’osant m’affirmer, ni pren­dre la parole dans une réunion poli­ti­que, effa­cée… Il fal­lait entrer dans le rôle de grand-mère…

• Il y a une vision de la grand-mère ou du grand-père…

– …Oui, impor­tante, je m’en aper­çois…

• …mais en même temps égoïste de la part des enfants. Ne fau­drait-il pas savoir ne pas être une bonne mamie ou un bon papi ? Ce qui serait aussi une manière de l’être.

– Je le crois . Parce que les enfants sont très cruels et peu­vent mépri­ser ce grand-parent qui les attend comme le mes­sie, et ils ne vien­nent pas. 

• Ne peut-on dire aussi qu’il y a un tabou entre les parents, cette fois, et les enfants ?

– Les enfants n’aiment pas bien, en effet, enten­dre par­ler de la sexua­lité des parents – sur­tout quand ils ont 70 ans !

• On n’en parle pas.

– Pas dans les détails, ce que je trouve d’ailleurs très bien. De même qu’à l’inverse les parents n’ont pas à connaî­tre de la sexua­lité de leurs enfants. C’est tou­jours une affaire per­son­nelle, intime.

• Fina­le­ment, qu’est-ce qui peut encore nour­rir cette curio­sité que vous consi­dé­rez comme le sel de la vie, sinon de l’amour et de la sexua­lité ?

– Eh bien, ne serait-ce que de lire – des romans d’amour par exem­ple –, ce qui main­tient dans un état de sen­si­bi­lité pro­pice à « ça » et à se dire : C’est vrai que les com­men­ce­ments sont une chose mer­veilleuse ! Se ren­con­trer aussi, se faire des confi­den­ces, aller au cinéma, bref : res­ter en contact avec la vie.

Entre­tien avec Gérard Pon­thieu„ octo­bre 1998.

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Grèce, carnet de voyage. 5) Paros. Conversation résinée avec Épicure

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Iles des Cycla­des, 13 juin 2016. Voilà ce qui m’amène ce soir, ayant vidé une demi-bou­teille de ret­sina [Voir enca­dré ci-des­sous] sous la ton­nelle d’une chouette taverne sur le port de Pari­kia, île cycla­di­que de Paros, entre San­to­rin et le Pirée. Je m’y suis régalé de sar­di­nes grillées tout en devi­sant et papo­tant en « glo­bish ». Puis…

…Puis je me suis per­mis de conver­ser avec Épi­cure, vieux pote à la jeu­nesse éter­nelle. Non pas tant parce que je me tapais la clo­che ; ou alors, si, jus­te­ment. Parce que voilà bien un phi­lo­so­phe grec de l’Antiquité qui demeure parmi les plus mal connus, voire mécom­pris. « On » en a fait le chan­tre de l’hédonisme, le pape des jouis­seurs, voués aux plai­sirs insa­tia­bles. Contre-sens !

Le vin résiné est un vin blanc ou rosé léger auquel est ajou­tée de la résine de pin au cours de la fer­men­ta­tion. La résine sta­bi­lise le vin, lui per­met­tant de mieux résis­ter à la cha­leur. Elle lui donne aussi son goût si par­ti­cu­lier. Cette pra­ti­que remon­trait à l’Antiquité lors­que l’étanchéité des ampho­res à vin était assu­rée par un badi­geon­nage interne de résine. Ce goût  a été gardé comme une valeur gus­ta­tive. Dio­ny­sos s’est chargé du reste…

Pour Épi­cure, en effet, il ne s’agit nul­le­ment de se goin­frer des plai­sirs à la manière du Gar­gan­tua de Rabe­lais, et autres hédo­nis­tes. L’important, pour lui, est de par­ve­nir à une auto­suf­fi­sance dans la gou­verne de sa vie, autre­ment de ne pas deve­nir dépen­dant en quoi que ce soit – on par­le­rait de nos jours d’addiction – à la bouffe notam­ment. La mesure des plai­sirs, dit-il, par l’exercice d’un « rai­son­ne­ment sobre » est la mar­que de cette auto­no­mie ; elle s’oppose à la recher­che per­ma­nente et sans fin des jouis­san­ces immé­dia­tes. En quoi notre épo­que, du point de vue « occi­den­tal », n’est nul­le­ment épi­cu­rienne ! En quoi un Pierre Rahbi et sa « sobriété heu­reuse » le serait autre­ment plus qu’un Jean-Pierre Coffe (lequel, d’ailleurs, est mort…)

Le plai­sir, selon Épi­cure, est prin­cipe et but de la « vie heu­reuse », ce qui sup­pose une déli­mi­ta­tion réci­pro­que des plai­sirs et des pei­nes ; à cet égard, la dou­leur est le mar­queur déter­mi­nant : il faut pri­vi­lé­gier les seuls désirs natu­rels et néces­sai­res ; le plai­sir qui en résulte impli­que l’exclusion de la dou­leur. On peut, dés lors, connaî­tre l’ata­raxie, état de quié­tude sans trou­bles ni dou­leurs.

L’usage des dro­gues s’oppose à cette concep­tion épi­cu­rienne puisqu’elle conduit à l’insatisfaction et même à la dou­leur liée au man­que, tout en créant une dépen­dance phy­si­que, maté­rielle et morale – le contraire de l’autonomie.

« Quand nous disons que le plai­sir est notre but, nous n’entendons pas par là les plai­sirs des débau­chés ni ceux qui se rat­ta­chent à la jouis­sance maté­rielle, ainsi que le disent ceux qui igno­rent notre doc­trine, ou qui sont en désac­cord avec elle, ou qui l’interprètent dans un mau­vais sens. Le plai­sir que nous avons en vue est carac­té­risé par l’absence de souf­france cor­po­relle et de trou­bles de l’âme. » (Épi­cure, Let­tre à Méné­cée)

« Il n’est pas pos­si­ble de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plai­sir. » (Ibid.)

Telle était l’état de ma réflexion, hier soir dans ma taverne à Paros… Vous me direz : tout le monde ne peut s’offrir des sar­di­nes grillés arro­sées de ret­sina face à la mer Égée ; pas « tout le monde » en effet, mais « du monde », s’agissant de ces mil­liers, voire mil­lions d’homos tou­ris­ti­cus, qui, sur tou­tes les mers, errent de port en port à bord d’hôtels flot­tants ?

J’en étais là, en pen­sant aussi à ce qu’on appelle la « sagesse popu­laire » (décli­nai­son rela­tive de la phi­lo­so­phie) qui, au tra­vers d’une chan­son pour­tant très conne exprime un bon sens somme toute assez épi­cu­rien (mais trans­gressé à l’occasion de noces et beu­ve­ries !) :

Boire un petit coup c’est agréa­ble
Boire un petit coup c’est doux
Mais il ne faut pas rou­ler des­sous la table
Boire un petit coup c’est agréa­ble
Boire un petit coup c’est doux
 

Ne pas rou­ler des­sous la table, serait le zeste (ou le reste) d’épicurisme mêlé au bon sens populo…

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Grèce, carnet de voyage. 4) Santorin, considérations au-dessus du volcan

SatelliteIles des Cycla­des, 11 juin 2016. Vient l’heure de phi­lo­so­pher un peu. 1 Aimer la sagesse en Grèce, sinon à quoi bon s’y trou­ver.  Je remonte phy­si­que­ment dans les temps anciens, encore plus anciens. Me voici en effet « au des­sus du vol­can », sinon dedans ; dans la mâchoire de San­to­rin – Thira en grec, Θήρα – avec ses îlots comme coin­cés en tra­vers du gosier.

Remon­tée dans le temps au dou­ble sens :

D’abord, une his­toire de déluge quand cette île des Cycla­des explosa lit­té­ra­le­ment, vers 1550 avant JC, cau­sant un ras-de-marée apo­ca­lyp­ti­que (on ne disait pas encore tsu­nami, puis­que le Japon n’existait pas ¿), et for­mant cette cal­deira si par­ti­cu­lière, comme un immense chau­dron bordé de falai­ses ver­ti­gi­neu­ses, bible ouverte pour géo­lo­gues.

santorin-carteLe nom anti­que de l’île est Théra, de même que la ville anti­que fon­dée à l’époque archaï­que. Selon les auteurs anciens, son pre­mier nom aurait été Kal­listé, « la plus belle » ou « la très belle » ; elle aurait été rebap­ti­sée Théra en l’honneur du fon­da­teur mythi­que de la colo­nie dorienne, Thé­ras. Le nom de San­to­rin est venu des Véni­tiens au XIIIe siè­cle en réfé­rence à Sainte Irène, Santa Irini. De là Santo Rini puis San­to­rini. Après le rat­ta­che­ment de l’archipel à la Grèce en 1840, celui-ci reprend offi­ciel­le­ment le nom anti­que de Théra (ou Thira) mais l’usage de San­to­rin a été conservé.

D’après les cher­cheurs, l’éruption est une des ori­gi­nes pos­si­bles du mythe de l’Atlantide. Elle pour­rait aussi être à l’origine des « dix plaies d’Égypte ». Mais là, nous des­cen­dons de plu­sieurs crans dans le ration­nel véri­fia­ble.

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Un livre ouvert pour géo­lo­gues.

– Ensuite, remon­tée dans le temps cultu­rel. Le cata­clysme a sans doute accé­léré l’implantation en Crète de la civi­li­sa­tion mycé­nienne (de Micè­nes en Grèce conti­nen­tale), au détri­ment de la civi­li­sa­tion minoenne (du roi légen­daire Minos) déve­lop­pée sur les îles de Crète et de San­to­rin de - 2700 à 1200. [Merci qui ?]

Les consé­quen­ces de tout cela – comme nous pour­rions spé­cu­ler sur les consé­quen­ces dans le futur plus ou moins loin­tain du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que sur la « civi­li­sa­tion » qui sur­vi­vra – ont porté sur la culture au sens plein : hié­rar­chie des croyan­ces, des mythes, des pro­duc­tions poé­ti­ques, artis­ti­ques, et par­ti­cu­liè­re­ment archi­tec­tu­ra­les.

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Une vue du « chau­dron » depuis l’île de Thi­ra­sia.

Au-des­sus du vol­can, disais-je, au sens pro­pre et pas seule­ment lit­té­raire 2. En effet, en 1950, un fort séisme dévasta les vil­la­ges de Fira et Oia, où j’ai fait halte. Le livre de Lowry, lui, se situe dans l’intermonde, entre le ciel et l’enfer. En m’accueillant hier, ma logeuse m’a assuré que « le para­dis, c’est ici ». Ça se peut bien. Sur­tout le para­dis des pri­vi­lé­giés, de la gent tou­ris­tica, déver­sée par pleins fer­ries – et notam­ment les nou­veaux riches chi­nois. Main­te­nant que la Chine, sur­tout, a capté nos indus­tries de base, il nous reste à leur ven­dre nos pro­duits de l’industrie tou­ris­ti­que et des loi­sirs ; tant qu’ils ne dupli­que­ront pas ces mer­veilles comme San­to­rin…

Depuis mon char­mant coin de para­dis, donc, je consulte la télé ; sa dizaine de chaî­nes (dans les hôtels, des cen­tai­nes) confir­ment l’état du monde mon­dia­lisé. Mêmes débats caco­pho­ni­ques sur décors hyper­co­lo­rés, mêmes cos­tu­mes bleu som­bre des poli­ti­ciens dans l’hémicycle ; mêmes des­sins ani­més tapa­geurs cen­sés dis­traire les petits ; mêmes publi­ci­tés révul­san­tes. Pas de doute, l’Europe avance !

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Le timide dra­peau étoilé va-t-il par­tir en lam­beaux ?

Europe : encore une inven­tion grec­que ! Enfin le mot, sinon l’idée et la chose…

Dans la mytho­lo­gie, Europe (en grec ancien Εὐρώπη / Eurṓpē) est une prin­cesse phé­ni­cienne – je passe sur le pedigree…Selon une ver­sion du mythe, Europe, fille du roi de Tyr, une ville de Phé­ni­cie (actuel Liban) fit un rêve. Le jour même, Zeus la ren­con­tra sur une plage, se méta­mor­phosa en tau­reau blanc, afin de l’aborder sans l’apeurer et échap­per à la jalou­sie de son épouse Héra. Impru­dente, Europe s’approche de lui. Che­vau­chant l’animal, elle est enle­vée sur l’île de Crète…

…Et ils eurent beau­coup d’Européens !

600px-2_euros_GrèceJe viens de pren­dre mon billet de ferry pour Paros ; l’employé me rend la mon­naie, dont une pièce de deux euros. Je lui demande s’il en aurait une por­tant l’effigie d’Europe. Comme il n’en a pas, j’ajoute : « C’est sans doute à cause de la crise… » Il me répond, calme, sans acri­mo­nie : « Sans doute, et on devra s’en sou­ve­nir. »

J’avais for­cé­ment abordé cette ques­tion avec Geor­gios, à Athè­nes ; il m’avait répondu : « La crise, il n’y a qu’à regar­der autour de soi… » Nous étions dans son quar­tier, à Exaer­chia, où la débrouille et la soli­da­rité arron­dis­sent les angles. Mais en géné­ral, pour ce que j’ai pu en voir, les dif­fi­cul­tés ne sont pas fla­gran­tes. Il n’y a ni plus ni moins de clo­chards à Athè­nes que dans les rues de Paris ou Mar­seille. Et, de même, les bars sont pleins de gens insou­ciants d’allure, et même gais… « Bien sûr, m’a fait remar­quer Elef­the­ria – « Liberté » en grec ; peut-on por­ter plus beau pré­nom ? –, bien sûr, nous ne le mon­trons pas ! Mais la crise nous tou­che très dure­ment. Beau­coup de jeu­nes au chô­mage vivent chez leurs parents. Moi-même, j’ai de la chance, j’ai un emploi [elle est secré­taire à l’Université], mais je fais par­tie de cette classe moyenne qui doit désor­mais faire beau­coup de sacri­fi­ces. Nous ne pou­vons même plus nous offrir de petits plai­sirs comme d’aller au théâ­tre, par exem­ple. Sur­tout, nous nous som­mes sen­tis humi­liés quand nous avons été soup­çon­nés de tra­vailler peu et de tri­cher avec l’État. »

On ferait le même constat en France, et aussi ailleurs dans l’Union…  Pas de doute, l’Europe avance !

Devant moi, le grand bleu égéen (de la mer Égée), des îles sur tout l’horizon, au pro­che et au loin­tain. Je me dis que l’Europe a repris d’une main ce qu’elle a donné de l’autre. Sur­tout, elle a donné aux riches, au détri­ment des pau­vres. Comme le dit le vieil adage, les pau­vres ne sont pas bien riches, cer­tes… mais ils sont si nom­breux ! Oui, le grand nom­bre fait la richesse. En favo­ri­sant le sys­tème ban­caire, en sou­te­nant la Grèce des nou­vel­les indus­tries du Tou­risme, de la Culture et des Arts (en par­ti­cu­lier dès les Jeux olym­pi­ques de 2004), elle a, en effet, embelli et pourvu d’équipements impor­tants (comme le métro, aussi per­for­mant que beau) cer­tai­nes par­ties du pays et sur­tout cer­tains lieux d’Athènes. Vue sous l’angle « macro », l’économie a engraissé – au détri­ment de l’économie quo­ti­dienne, celle des reve­nus, des loyers, du pain.

Cette par­tie de la popu­la­tion à hauts reve­nus n’a pas été frap­pée par la crise. Les beaux quar­tiers d’Athènes, comme dans la plu­part des capi­ta­les occi­den­ta­les, exhi­bent bou­ti­ques et de voi­tu­res de luxe. Ce cer­cle res­treint, déploie sa richesse osten­ta­toire et recou­vre le petit monde devenu quasi trans­pa­rent, assu­jetti aux miet­tes de l’indécent ban­quet.  

Je vais ren­trer au pays en rébel­lion, comme en l’ayant quitté, dans les manifs et les grè­ves. J’ai croisé hier soir un groupe de 160 Bre­tons dont l’avion n’a pu décol­ler pour Brest… Il n’y a pas qu’à San­to­rin que le situa­tion est vol­ca­ni­que. D’ailleurs, comme aurait dit Mon­sieur Prud­homme 3, « Le char de l’Europe navi­gue sur un vol­can. »

–––––––

Ci-des­sous, un petit jeu de mes car­tes pos­ta­les (cli­quer des­sus). Les pho­tos sont de bibi, sauf men­tion, et, comme les tex­tes, sous Licence Crea­tive Com­mons [voir colonne de droite].

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Notes:

  1. Je conti­nue à sou­li­gner en pas­sant cer­tains mots fran­çais de raci­nes grec­ques.
  2. Au-des­sous du vol­can (Under the Vol­cano), roman de l’écrivain bri­tan­ni­que Mal­colm Lowry (1947). John Hus­ton en tira un film aussi fameux.
  3. Mon­sieur Prud­homme, per­son­nage cari­ca­tu­ral du bour­geois fran­çais du XIXe siè­cle, créé par Henri Mon­nier.

Athènes, carnet de voyage. 3) « Rencontres avec des hommes remarquables »*

Athè­nes, 9 juin 2016.  Il faut des jours pour connaî­tre une ville comme Athè­nes, archi sécu­laire, si riche de beauté et d’histoire. La par­cou­rir à pied, pren­dre les trans­ports en com­mun, s’y per­dre, croi­ser les habi­tants. Des jours, et encore… Se méfier des pre­miè­res impres­sions, rare­ment les bon­nes (contrai­re­ment à l’adage) ; ce sont cel­les des pré­ju­gés. Alors reve­nir sur ses pas, mar­cher, res­pi­rer, sen­tir. Odeurs, sons, lumiè­res. Pas tou­jours « joli », « char­mant », dès lors que ça vit.

DSCF5670 Dans mes sou­ve­nirs, si loin­tains, la place Omo­nia fleu­rait bon le lieu pres­ti­gieux. Aujourd’hui, ça sent plu­tôt la pisse et la pau­vreté. Pareil pour la rue Athi­nas, la déesse fon­da­trice et comme négli­gée dans cette artère peu enga­geante. On dépasse l’Hôtel de ville, quel­con­que. Mais c’est là que je croise mon pre­mier « grand homme », et pas n’importe lequel : Péri­clès, en pied et en mar­bre.

Ça y est, j’ai mis le doigt dans l’engrenage his­to­ri­que ! C’est bien l’inconvénient avec ces innom­bra­bles sta­tues : soit elles vous nar­guent et vous ren­voient à votre igno­rance crasse…, soit elles vous obli­gent à savoir. J’avais bien entendu par­ler du « siè­cle de Péri­clès », comme d’une sorte d’âge d’or athé­nien… DSCF4917Pas de quoi nour­rir un topo his­to­ri­que, ni l’occasion d’en impo­ser un, dont je serai d’ailleurs inca­pa­ble. Mais l’Histoire nous rat­trape, et tout spé­cia­le­ment ici, à cha­que coin de rue ou pres­que, ne serait-ce que sur les pla­ques bleues émaillées (c’est aussi leur rôle). De plus, l’étranger de pas­sage, se croit tenu de pous­ser le vice en fré­quen­tant nom­bre de musées.

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C’est ici, dans ce Musée de l’Acropole, que sont expo­sées cinq des six vraies caria­ti­des de l’Erechtéion. La cin­quième se trouve au Bri­tish Museum, à Lon­dres. La sep­tième est en prime… [Ph. gp]

DSCF4964Ainsi, je sors du Musée de l’Acropole, le tout beau tout moderne : splen­dide en effet, un monu­ment en soi, bâti sur des rui­nes – la Grèce, pays de rui­nes et de mythes super­bes – que l’on sur­plombe en mar­chant sur un plan­cher de verre ! Tan­dis que là-haut, sur cette col­line ins­pi­rée, d’abord cita­delle anti-bar­ba­res, des géné­ra­tions d’architectes et de bâtis­seurs géniaux ont tenté de conju­rer le temps en édi­fiant un tem­ple, puis d’autres, et même des théâ­tres… Tan­dis que d’autres géné­ra­tions de tra­vailleurs de la pierre se relaient encore, de nos jours, pour répa­rer, sau­ve­gar­der, res­tau­rer.

Sur l’Acropole, le Par­thé­non, notam­ment, porte les stig­ma­tes de sa si lon­gue his­toire – vingt-cinq siè­cles ! En grec ancien, par­thé­non signi­fie « appar­te­ment de jeu­nes filles ». En l’occurrence, il s’agissait d’accueillir la sta­tue d’Athéna, fille de Zeus, déesse de la sagesse, de la guerre, des arti­sans, des artis­tes et des ensei­gnants. Une sacrée charge ! D’autant qu’Athéna était aussi la pro­tec­trice de la cité qui porte son nom. Sa sta­tue, d’ivoire et d’or mas­sif, fut détruite lors d’un incen­die, au Ve siè­cle. De mul­ti­ples répli­ques ont été pro­dui­tes, dont celle qui domine l’Académie d’Athènes [photo ci-des­sous]. Encore et tou­jours des sta­tues donc. Et c’est là que je retombe sur mes pieds : à qui doit-on l’édification du Par­thé­non ? À Péri­clès, pardi !

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Deux mots et quel­ques sur ce Péri­clès, que la modes­tie ne devait pas étouf­fer. On l’a même dit assez mégalo et démago sous ses allu­res de démo­cra­tes. Ce qui a fait l’objet de livres savants. Tou­jours est-il qu’en grec ancien Περικλῆς / Per­iklễs, signi­fie lit­té­ra­le­ment « entouré de gloire ». Né à Athè­nes vers 495 av. J.-C, il y est mort en 429. [Merci Wiki]. Il acquit sa gloire en guer­rier, sur les fronts des guer­res médi­ques et cel­les du Pélo­pon­nèse – Thu­cy­dide, le « repor­ter de guerre » dont j’ai déjà parlé ici, l’admirait beau­coup. Ce n’était pas le cas d’Aris­to­phane, poète et auteur de théâ­tre, ce Molière de bien avant (- Ve siè­cle), qui se le paie lit­té­ra­le­ment comme va-t-en guerre assoiffé de pou­voir. Très près de nous, feu Umberto Eco lui a taillé un cos­tume de popu­liste… Ce qui nous amè­ne­rait à enta­mer le cha­pi­tre énorme et inépui­sa­ble de la Démo­cra­tie selon ses innom­bra­bles pen­seurs grecs. Je m’en gar­de­rai bien – par faci­lité de blo­gueur peu apte aux Tra­vaux d’Hercule. Mais l’actualité poli­ti­cienne, à Athè­nes comme à Paris et par­tout dans le monde méri­te­rait ce retour aux fon­de­ments his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques. 1

J’en ai donc fini, pour ma part, avec cette pre­mière ren­con­tre. Lais­sons Périk­lès devant l’Hôtel de ville, pas­sons le grand mar­ché (agora en grec) à pois­son et à viande [« vaut le détour » cepen­dant]. Et voilà sur qui je tombe : Dio­gène, il se trou­vait en bas de la rue d’Athinas, accroupi sur le trot­toir, rata­tiné sur ses genoux, tout mai­gre, pres­que nu, les côtes saillan­tes. Quand j’ai mis un euro dans sa sébile en plas­ti­que, il a levé les yeux et a souri. C’était lui !

– Mais Dio­gène était de Sinope, pas d’Athènes. Et il logeait dans une jarre.

– Je sais, et alors ? Il était en vadrouille et venait sou­vent à Athè­nes. C’était bien lui ! (Je n’ai pas eu l’impudeur de le pren­dre en photo. Sans doute ne m’aurait-il  pas envoyé paî­tre par un « Barre-toi de mon soleil ! » ?)

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Et voici Hip­po­crate, ren­con­tré un peu plus loin, quar­tier de Psiri. Déguisé en vieux rocker, jouant de la gratte élec­tri­que devant le rideau baissé d’une phar­ma­cie sur lequel son image avait été bom­bée. C’était bien lui !

– Lui, le « père de la méde­cine », tu rigo­les ?

– Vois com­bien son illus­tre por­trait pro­tège sa réin­car­na­tion moderne ! Et comme il nous pro­tège encore : Hip­po­crate fut le pre­mier méde­cin à avoir rejeté les super­sti­tions et les croyan­ces qui attri­buaient la cause des mala­dies à des for­ces sur­na­tu­rel­les ou divi­nes. Cha­peau !

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Main­te­nant voici Socrate, per­met­tez ! Je sor­tais de l’ancien Agora, je l’ai repéré, déam­bu­lant, par­lant à voix haute et sans cesse. J’ai croisé son regard ami­cal. Il m’a accordé la per­mis­sion d’une photo. Et il m’a dit, en grec aca­dé­mi­que : « À tout à l’heure ! » Et ne l’ai plus revu.

– Ce n’est pas Socrate, il était laid comme un pou ! Le tien est beau comme Zeus.

– Alors, c’était Socrate déguisé en Zeus !

En vrai, il s’appelle Gar­gala. Ne par­lant ni anglais ni fran­çais, sauf pour dire « A tout à l’heure » et « Merci », je ne sais ce que sa chienne de vie a pu lui réser­ver….

J’en viens à mes héros per­son­nels « moder­nes », en fait uni­ver­sels. Zorba, Alexis, celui qui m’a amené en Grèce à mes 17 ans, l’ado finis­sant que le Cré­tois Nikos Kazant­zaki venait de tour­ne­bou­ler…. Celui-là de Zorba, mon exem­plaire du jour, soixan­te­naire chenu, je l’ai vu hier dans Exar­chia atta­blé à une ter­rasse avec une jeune femme et un enfant, le teint rou­geaud, sou­rire au vent, par­lant fort, che­mise dépoi­traillées. C’était lui, bien sûr !

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Et la vielle copine de Zorba, la Bou­bou­lina, n’était pas loin : aper­çue sur l’avenue Aka­di­mia, toute enfa­ri­née et empar­fu­mée, robe bleue à fleurs, hauts-talons sca­breux, des dread­locks jusqu’aux fes­ses. C’était elle, mais oui !

Ce voyage, je le vis comme un dou­ble retour aux sour­ces :

– les mien­nes, celle de mon pas­sage de l’ado à l’adulte, si pos­si­ble à la vie d’homme ;

– les sour­ces de notre civi­li­sa­tion dans ce monde si déso­rienté. Ça ne pou­vait être plus essen­tiel, sur­tout vers la fin d’une exis­tence.

–––––––––

*J’emprunte à Peter Brook le titre de son film consa­cré à la vie de Geor­ges Gurd­jieff (1979).

Pho­tos de gp.

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Notes:

  1. J’apprends que Mon­te­bourg sug­gère de rem­pla­cer les séna­teurs élus par des citoyens tirés au sort… Quoi, aurait-il eu connais­sance du sys­tème démo­cra­ti­que de la Grèce anti­que ? J’espère reve­nir sur ce cha­pi­tre.

Athènes, carnet de voyage. 2) Exárcheia, territoire anarchiste

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Athè­nes, 7 juin 2016.  J’ai quitté diman­che le quar­tier de Metaxour­gio pour celui d’Exárcheia. Comme si j’avais migré des Ter­nes à Ménil­mon­tant, à Paris. Ou bien, à Mar­seille, de Vau­ban au cours Julien – ce qui est plus juste. Je me trouve à une enca­blure du Musée archéo­lo­gi­que et plus près encore de l’École poly­tech­ni­que. Comme qui dirait « au cœur du pro­blème » grec.

Quoi, pro­blème ? Depuis le « traîne-couillons » uni­ver­sel qui char­rie le tou­riste ici comme par­tout, Athè­nes pré­sente le charme des capi­ta­les à haut niveau cultu­rel-mar­chand ; son cir­cuit emprunte les hauts-lieux entre­te­nus car ren­ta­bles. En jupette, avec leurs sou­liers à pom­pons, les gar­des pré­si­den­tiels (evzo­nes) per­pé­tuent leur rituel désuet – désuet en appa­rence, mais à sym­bo­li­que pro­fonde : la fus­ta­nelle, cette jupe, serait for­mée de 400 plis rap­pe­lant les qua­tre siè­cles d’occupation tur­que (je revien­drai sur la ques­tion tur­que).

DSCF5528Le tou­risme se nour­rit gras­se­ment du folk­lore et de ses cli­chés. Mais quel heu­reux pri­vi­lège, ma foi, de dégus­ter un verre de ret­sina (vin blanc résiné) sur une ter­rasse au pied de l’Acropole ! La crise grec­que, où ça ?

Ici, à Exár­cheia, ils connais­sent. Pris entre deux quar­tiers bour­geois, Εξάρχεια (en grec moderne) est renommé pour être le foyer de l’anarchisme en Grèce. Anar­chie, mot grec à l’origine [je les sou­li­gne désor­mais en pas­sant] : an, pré­fixe pri­va­tif : absence de, et arkhê, hié­rar­chie, com­man­de­ment. Je me régale ici de l’étymologie – encore du grec ! Que serions-nous sans ces raci­nes ? [La que­relle du grec au col­lège n’est pas ano­dine ; pour en avoir été privé, j’en mesure l’importance fon­da­men­tale un demi-siè­cle plus tard.] Je m’amuse à l’idée de taqui­ner l’étymologie du mot éty­mo­lo­gie : c’est ce qui éclaire le sens des mots et, ainsi, ouvre la pen­sée. On voit bien que tout se tient chez l’animal pen­sant-par­lant, et écri­vant et vivant à l’occasion.

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« Tout ou toute une his­toire »… Mar­tial, lec­teur scru­pu­leux, s’interroge sur l’accord de « tout » dans mon pré­cé­dent titre. Moi aussi… J’ai véri­fié : « tout » est ici un adverbe, inva­ria­ble, car il exprime le sens de « com­plè­te­ment », « tout à fait ». Mau­dit fran­çais !

Exár­cheia, donc. Rues étroi­tes, plu­tôt sinis­trées d’allure : pas mal de rideaux métal­li­ques bais­sés, pein­tur­lu­rés, tag­gés comme le moin­dre recoin. Affi­ches à pleins murs. Cou­leurs vives sur la ver­dure des arbres, nom­breux. Quar­tiers de squats et aussi d’imprimeurs, d’éditeurs, dis­quai­res, bou­ti­ques, cyber­ca­fés et épi­ce­ries bio ; beau­coup  de librai­ries, par­fois chics ou bien car­ré­ment « anar », tan­dis que la « com’ » tente sa per­cée, avant-poste d’une boboï­sa­tion qui gagne vers les hau­teurs. Quar­tier « à part », sorte de no man’s land où la police est inter­dite de ter­ri­toire, ou alors seule­ment les robots-cops, quand ça chauffe pour de vrai.

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Je me dois ici de vous pré­sen­ter Geor­gios chez qui je loge, dans son coquet appart’ de la rue Solo­mou, tout en cou­leurs pim­pan­tes. La qua­ran­taine, regard écar­quillé et sou­rire radieux, il est prof d’informatique et pho­to­gra­phe che­vronné. A par­couru une par­tie du monde. Mais ne connaît pas, ou à peine, et de nom, ses ancê­tres phi­lo­so­phes des temps anti­ques – il est de son épo­que, dans l’ « ici et main­te­nant » de nos urgen­ces sans ave­nir (ou alors lequel ?) Geor­gios parle un anglais « fluent » [L’anglais qui est devenu ici la seconde lan­gue, comme dans tous les pays à lan­gue régio­nale – salut les Qué­bé­cois de mon cœur ! L’anglais domi­na­teur, média­teur utile, et rata­ti­neur de par­ti­cu­la­ri­tés essen­tiel­les – tout se paie !] Geor­gios est aussi cycliste urbain 1 (il y en a si peu à Athè­nes), mais hier, une por­tière lui est ren­tré dedans en lui cas­sant le bras, et le vélo. Depuis, je trouve que son english est devenu chao­ti­que et j’ai plus de mal à le com­pren­dre… Sa com­pa­gne, Alexia, aussi sym­pa­thi­que et enjouée ; ingé­nieure, francophone, mili­tante huma­ni­taire, Amnesty inter­na­tio­nal, etc.

DSCF5536C’est ainsi qu’hier soir (tard), je me suis retrouvé avec eux deux sur une ter­rasse fes­toyante, en haut d’un vieil immeu­ble voi­sin tenu par « Noso­tros », non pas un squat mais ce qu’ils appel­lent un « espace social libre », lieu auto­géré de résis­tance.

Résis­tance à quoi ? À tout, pardi ! C’est bien le moin­dre, quand on consi­dère l’état du pays, que l’on dit en déla­bre­ment – sur­tout l’état d’Athènes qui agglo­mère pres­que la moi­tié de la popu­la­tion grec­que (plus de 4 mil­lions sur 10 mil­lions de Grecs envi­ron. 2 Bien sûr, ça ne se voit pas « en pas­sant ».

Noso­tros (de l’espagnol, cette fois : nous), ras­sem­ble des anar­chis­tes « soft », de la mou­vance anti-auto­ri­taire, des paci­fis­tes, plu­tôt non-vio­lents. Plu­tôt, car on ne sait jamais trop ce qui peut arri­ver. Et il s’en est passé des cho­ses dans cette Exar­cheia la noire 3 : C’est à Exar­cheia que com­men­cent les émeu­tes de décem­bre 2008, après la mort d’un ado­les­cent de 15 ans, tué par balle par un poli­cier, dans une rue du quar­tier. C’est aussi à Exar­cheia que débute le sou­lè­ve­ment contre la dic­ta­ture des Colo­nels en novem­bre 1973, lors de la révolte étu­diante de l’Uni­ver­sité poly­tech­ni­que natio­nale d’Athènes et éva­cuée par les mili­tai­res put­schis­tes le 17 novem­bre 4

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Cette sculp­ture, à l’entrée de l’École poly­tech­ni­que, honore les vic­ti­mes du sou­lè­ve­ment de novem­bre 1973, quand les Colo­nels put­schis­tes déci­dent d’une inter­ven­tion bru­tale. Dès les pre­miè­res heu­res du samedi matin 17 novem­bre 1973, un char-blindé pénè­tre de force au sein de l’université. La vio­lence de l’attaque est sau­vage : il y a offi­ciel­le­ment 34 morts, mais en vérité beau­coup plus. Des cen­tai­nes de bles­sés se cachent pour évi­ter l’arrestation. Des mil­liers d’arrêtés et d’emprisonnés vont subir la tor­ture par la police mili­taire.

Donc cette nuit, du haut de cette ter­rasse, de jeu­nes résis­tants refai­saient le monde, qui en a bien besoin. Un repas avait été pré­paré spé­cia­le­ment en soli­da­rité avec des réfu­giés syriens – on sait qu’ils sont nom­breux à être pas­sés par l’île grec­que de Les­bos – ou y avoir tré­passé en mer. Aujourd’hui, le gou­ver­ne­ment grec a fermé la fron­tière, détour­nant le flux vers la Tur­quie.

Vu d’ici, de la gau­che de gau­che athé­nienne, Alexis Tsi­pras (actuel pre­mier minis­tre) est aussi « popu­laire » de Valls et Hol­lande auprès de « Nuit debout ». Geor­gios, le bras droit dans le plâ­tre, raconte en rigo­lant l’histoire sui­vante : Tsi­pras, à la télé, évo­quant des sou­ve­nirs d’enfance, rap­pelle s’être cassé le bras gau­che et que, gau­cher, il dut se faire droi­tier… « Ce qui ne lui fut pas bien dif­fi­cile », n’ont pas man­qué de com­men­ter les Grecs, gogue­nards…

C’est tout pour aujourd’hui ; j’étais parti pour vous pré­sen­ter d’autres amis, des illus­tres anti­ques, car j’ai flâné hier, selon ma dérive, dans l’ancien agora. Et j’y ai croisé Socrate, si si ! Suite au pro­chain numéro (c’est ce qu’en pub, on appelle du tea­sing – qui ne vient pas du grec !)

PS - En ren­trant ce soir, Geor­gios m’apprend qu’un homme a été tué ce matin de deux bal­les de pis­to­let, sur la place Exár­cheia, là dans notre quar­tier, où je viens de pas­ser… Affaire de dro­gue, sem­ble-t-il. Ce qui ne sau­rait guère effa­rou­cher un Mar­seillais…

Bonus (latin) : pano­rama (grec) sur le quar­tier d’Exárcheia. Je revien­drai plus tard sur l’École poly­tech­ni­que. (Pho­tos de gp).

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Notes:

  1. Je l’étais aussi, jusqu’à ce que des malo­trus volent mes deux vélos, dont l’électrique de mes 70 balais, en grande par­tie financé par de géné­reux action­nai­res. Je devais le signa­ler…
  2. La dia­spora grec­que (omo­ge­nia) repré­sen­te­rait quel­que 6,5 mil­lions de per­son­nes sur les cinq conti­nents et prin­ci­pa­le­ment au États-Unis (de 3 à 4 mil­lions). Chi­cago, avec 300 000 Grecs est la troi­sième ville grec­que du monde après Athè­nes et Salo­ni­que. Source : Biblio­monde. 
  3. Exar­cheia la noire, au cœur de la Grèce qui résiste, de Yan­nis You­loun­tas, pho­tos Maud You­loun­tas. Les Édi­tions Liber­tai­res, 2013. Un film a éga­le­ment été réa­lisé par les mêmes auteurs.
  4. Z, le film de Costa Gavras aurait pu/dû se tour­ner à Exar­cheia, mais la dic­ta­ture des colo­nels l’en empê­cha. Le tour­nage eut lieu à Alger qui, par son archi­tec­ture, res­sem­ble beau­coup à Athè­nes.

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

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    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    Vous pou­vez aussi régler par chè­que à Gérard Pon­thieu 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille

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    Il s’agit d’un album-photo de qua­lité, à tirage soi­gné et limité, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl). Fran­çois et Gérard Pon­thieu

  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la vérité s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Bon appétit, cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • oignon jr_flexe  
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