On n'est pas des moutons

Castro selon Faber

© andré faber 2016

© andré faber 2016

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accé­der à l’apothéose, der­nier gra­de qui man­quait à sa gloi­re. Il était temps car l’icône se cra­quel­le. Les céré­mo­nies d’adieu au « com­man­dan­te » s’annoncent gran­dio­ses – de vraies pom­pes funè­bres. Mais les « grands » de ce mon­de modè­rent leurs élans « obsé­quieux »… Ils ne feront pas tous le voya­ge, pres­sen­tant que l’Histoire se gar­de désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tour­née pour les cen­tai­nes de mil­liers d’exilés. Cet­te fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­nai­re qui va se refer­mer sur un peu­ple abu­sé, gavé de pala­bres. Un peu­ple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, pla­ce de la Revo­lu­cion à La Hava­ne [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­mo­nies à la gloi­re du « Com­man­dan­te » ras­sem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­niants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revo­lu­cion offrait la jour­née de congé, les sand­wi­ches et la biè­re. Il aurait fait beau sno­ber l’événement ! Sans par­ler de la vigi­lan­ce des CDR, Comi­tés de défen­se de la révo­lu­tion qua­drillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un fli­ca­ge inté­gré aus­si­tôt la pri­se de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fier dans un pro­ces­sus révo­lu­tion­nai­re. D’autant que l’ennemi ne tar­de pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours mena­çant, uti­le­ment mena­çant. Cas­tro en fera son dog­me : « Dans une for­te­res­se assié­gée, tou­te dis­si­den­ce est une tra­hi­son ». C’est une phra­se de Saint Igna­ce de Loyo­la – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fré­quen­té l’école des jésui­tes à San­tia­go…

Le cas­tris­me est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un bou­le­vard idéo­lo­gi­que et sur­tout poli­ti­que, selon la pra­ti­que impé­ria­lis­te consti­tu­ti­ve des Etats-Unis, cel­le de la for­ce imma­nen­te, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amé­rin­diens, d’abord, puis des innom­bra­bles inter­ven­tions de la CIA et des mili­tai­res 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­ca­ce en fin de comp­te 2, le régi­me amé­ri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tour­ner vers l’Union sovié­ti­que. De même que la failli­te de l’URSS en 1990 impo­sa le maria­ge avec le Vene­zue­la de Cha­vez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Cha­vez), son cama­ra­de Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entre­ra bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agran­dir) :

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La gran­de for­ce de Cas­tro – au ris­que même d’un conflit nucléai­re ! – a été d’internationaliser sa résis­tan­ce à l’empire voi­sin 3. tout en exploi­tant à fond l’image bibli­que du David bar­bu­do affron­tant l’affreux Golia­th, se prê­tant objec­ti­ve­ment à cet­te mise en spec­ta­cle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capi­tal de sym­pa­thie accu­mu­lé par le régi­me de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tro­pi­ques » à base de rhum, ciga­res, sal­sa et peti­tes pépées. De quoi sédui­re plus d’un Heming­way, et des cohor­tes de tou­ris­tes bien cana­li­sés, sans oublier les pré­cieux relais idéo­lo­gi­ques que consti­tuaient les intel­lec­tuels éba­his, à l’esprit cri­ti­que en ber­ne.

Ils accou­ru­rent à tou­te vites­se, pour se limi­ter aux Fran­çais, les Gérard Phi­li­pe, Jean-Paul Sar­tre et Simo­ne de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mar­ker, Jean Fer­rat, Ber­nard Kouch­ner, Clau­de Julien, les écri­vains Michel Lei­ris, Mar­gue­ri­te Duras, Jor­ge Sem­prun ou l’éditeur Fran­çois Mas­pe­ro. Même Fran­çois Mit­ter­rand, et Daniel­le sur­tout, pré­sen­tè­rent leur dévo­tion au « com­man­dan­te », sans oublier évi­dem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaul­le, de Vil­le­pin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Cas­tro le sou­ve­rai­nis­te !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quel­ques arti­cles pas très regar­dant sur les des­sous d’un sys­tè­me mani­pu­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toi­re de la jeu­nes­se – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quel­ques timi­des cri­ti­ques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la sui­te, me conten­ter d’une visi­te « tou­ris­ti­que », libre mais mal­gré tout un peu ris­quée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encom­bres. J’en tirai quel­ques arti­cles, dont celui-ci, enco­re inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008. 

Agitant un petit dra­peau rus­se, le gui­de ras­sem­ble son trou­peau du jour. Les bou­qui­nis­tes ven­dent la révo­lu­tion et ses pro­duits déri­vés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Heming­way et même Sar­tre, de Beau­voir. Et Fidel, cer­tes. En bon­ne pla­ce sur son pré­sen­toir en bois peint, trô­ne le Cien horas con Fidel, récit des cent heu­res que le lider maxi­mo a pas­sées en com­pa­gnie d’Igna­cio Ramo­net, qui fut patron du Mon­de diplo­ma­ti­que

Je m’interroge sur la cou­ver­tu­re du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quet­te et tenue « oli­ve ver­de » de rigueur, regard noir, étran­ge, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, com­me absent. Il se tient la bar­be, entre pou­ce et index qui sem­blent aus­si obli­ger le sou­ri­re. Sou­ri­re ou ric­tus ? Pose ou atti­tu­de de dou­te – il serait temps… L’image date d’avant la mala­die décla­rée.

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La Hava­ne, pla­ce d’Armes. La bou­qui­nis­te a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­pro­che­ment pour le moins sacri­lè­ge entre Pinoc­chio et les cent heu­res d’entretien Cas­tro-Ramo­net… [Ph. gp]

Cent heu­res…, soit, disons, vingt jours à pala­brer… Vingt jours, la durée de mon péri­ple à tra­vers l’île, à la ren­con­tre « des gens » ; à les obser­ver et les écou­ter, à ten­ter de com­pren­dre dans sa com­plexi­té ce pays si atta­chant et dérou­tant. Au plu­riel et en espa­gnol, pala­bras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-mes­ses cas­tris­tes. Des offi­ces paga­no-reli­gieux voués au culte du lider, pla­ce de la Révo­lu­tion, sous l’œil sta­tu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais secon­dé par l’effigie gran­dio­se du Che, devant une fou­le mil­lion­nai­re (mais si pau­vre) sou­mi­se au prê­che inter­mi­na­ble d’un boni­men­teur de car­riè­re…

Roi du bara­tin pom­peux autant que redon­dant et déma­go­gue, Fidel Cas­tro aura pas­sé au total des mois entiers, voi­re des années à pala­brer. Ses dis­cours ont par­fois dépas­sé les sept heu­res, à l’image de l’enflure du per­son­na­ge, de son ego sans limi­tes. Assu­ré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tu­de est bien le pro­pre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tu­res carac­té­riel­les ; ou bien aus­si, il est vrai, des pré­di­ca­teurs et autres évan­gé­lis­tes si en vogue en ces temps de déses­pé­ran­ce.

Je suis tou­jours devant ce bou­quin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramo­net cédant lui aus­si, façon « Mon­de diplo­ma­ti­que », à une for­me d’adoration com­pli­ce, fût-elle mâti­née de quel­que auda­ce cri­ti­que. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le der­nier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lan­çait Cas­tro lors de son pro­cès pour l’attaque en juillet 1953 de La Mon­ca­da, caser­ne de San­tia­go, l’autre gran­de vil­le cubai­ne. Un slo­gan de tri­bu­nal pro­non­cé tout exprès com­me une for­mu­le de com’, et une mani­fes­ta­tion, déjà, du plus mons­trueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­tris­te –, il exi­geait l’Absolution. Tout com­me Hit­ler qui, avant lui, avait lan­cé la même pré­di­ca­tion. La com­pa­rai­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tion­ne les fon­de­ments des pou­voirs et de leurs plus viru­lents agents, avant de pas­ser le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que recu­lant d’un pas, je décou­vre, joux­tant le Cas­tro-Ramo­net, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond com­me dans la pré­sen­ce, si incon­grue sur le pré­sen­toir…  Las Aven­tu­ras de Pino­cho voi­si­ne, là, jus­te à côté d’un Com­man­dan­te sou­dai­ne­ment gêné par cet­te marion­net­te au nez accu­sa­teur… La bou­qui­nis­te, que j’interpelle en bla­guant, elle-même rigo­lant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­son­ge… Sur un mur, à Guan­ta­na­mo – la vil­le, pas la base états-unien­ne –, je relè­ve ce graf­fi­ti décré­pi : « Revo­lu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La bra­ve injonc­tion, com­me on en trou­ve tant, aux cou­leurs désor­mais sou­vent déla­vées. À Bara­coa, poin­te orien­ta­le de l’île, assis à la por­te d’un entre­pôt vide, un jeu­ne gar­dien enca­dré par deux lon­gues cita­tions mura­les de José Mar­ti. Qu’en pen­se-t-il ? Il se lève pour les lire com­me s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pala­bras anti­guas », des vieux mots, résu­me-t-il avant de se ras­seoir. Com­me si la bon­ne et vieille pro­pa­gan­de s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fati­guée. Com­me si le men­son­ge d’État n’opérait plus, même pas par oppo­si­tion.

A l’aéroport régio­nal, dans la peti­te sal­le d’attente pour le vol vers La Hava­ne, une télé dif­fu­se son émis­sion d’éducation poli­ti­que. Il y est jus­te­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étran­ger, sem­ble-t-il – et le seul à regar­der cet écran dont tout le mon­de se contre­fout.

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San­tia­go. Même si des amé­lio­ra­tions récen­tes ont été appor­tées, les Cubains conti­nuent à s’entasser dans des sor­tes de bétaillè­res pour se ren­dre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gan­de éle­vée com­me un art poli­ti­que suprê­me. Une pra­ti­que redou­ta­ble et ancien­ne. Voi­ci com­ment j’en fus vic­ti­me –  en mai 68 !…Jeu­ne Tin­tin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand repor­ta­ge, regrou­pé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­na­lis­tes euro­péens. Pro­po­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un mini­car, d’une inter­prè­te – Olga, char­man­te blon­de… – et d’un « accom­pa­gna­teur » à fine mous­ta­che noi­re, Eduar­do, non moins affa­ble. Pro­gram­me de visi­te allé­chant. Le Che venait de mou­rir en Boli­vie et le régi­me cas­tris­te s’affairait à orches­trer son immor­ta­li­té. Mai 68 était amor­cé, en Fran­ce et ailleurs dans le mon­de, la Tché­co­slo­va­quie pas enco­re remi­se au pas – une affai­re de semai­nes. La cri­se des fusées, 1962, déjà loin­tai­ne. Cuba cueillait les divi­den­des d’une sym­pa­thie inter­na­tio­na­le pas seule­ment de gau­che.

Et la peti­te bor­dée de jour­na­lis­tes allait se fai­re avoir dans la gran­de lon­gueur, Tin­tin y com­pris, bien sûr. On nous bala­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­nai­re en construc­tion, de plan­ta­tions de tabac en pla­ge du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­nai­res, CIA, Kennedy,1961), de la fer­me de Fidel et son éle­va­ge de cro­co­di­les en mat­ch de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie ! 

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­po­sé, com­me sup­plé­ment au pro­gram­me, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­sai­re poli­ti­que – com­ment aurait-il pu en être autre­ment ? Le soup­çon ne m’en vint tou­te­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un oppo­sant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrous­ser che­min…– J’ai une pro­po­si­tion à vous fai­re, nous dit-il un matin, en sub­stan­ce : aller à l’île des Pins, tout jus­te rebap­ti­sée « île de la Jeu­nes­se », afin d’y visi­ter l’ancienne pri­son de Batis­ta, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée modè­le…

Com­ment ne pas adhé­rer à une tel­le offre ? La cho­se s’avérait bien un peu com­pli­quée à orga­ni­ser, mais voi­là l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­tris­te. On n’y séjour­ne­rait qu’une jour­née et une nuit, selon un emploi du temps char­gé. Char­gé et contra­rié par quel­ques aléas mal­en­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la visi­te d’une fer­me elle aus­si modè­le, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fré­quen­ter jadis. Mais de la fameu­se ex-pri­son, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si gra­ve, puisqu’elle s’était ins­cri­te dans nos ima­gi­na­tions. Quel­ques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon repor­ta­ge paru en juillet 68 dans plu­sieurs quo­ti­diens régio­naux : « Quel­le est l’image la plus hal­lu­ci­nan­te ? La crè­che des bam­bins de San Andrès para­chu­tée en plei­ne Sier­ra de los Orga­nos ? […] Ou enco­re cet­te pri­son de Batis­ta trans­for­mée en éco­le tech­ni­que à l’île de la Jeu­nes­se ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœu­vre gros­siè­re­ment sub­ti­le. Si gros­siè­re qu’elle ne pou­vait que mar­cher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pec­ter un tel stra­ta­gè­me alors que rien n’avait obli­gé nos « hôtes » à orga­ni­ser une tel­le expé­di­tion à l’île de la Jeu­nes­se ? Les dif­fi­cul­tés pra­ti­ques pour nous y ame­ner ajou­tait enco­re à l’évidente bon­ne foi de ses orga­ni­sa­teurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révé­la­tion de l’entourloupe : lors­que parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pri­sons de Fidel Cas­tro. Pier­re Golen­dorf [ancien cor­res­pon­dant de L’Humanité à La Hava­ne] y racon­tait par le détail les condi­tions de son arres­ta­tion et de son incar­cé­ra­tion à La Hava­ne, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeu­ré une pri­son-modè­le !

J’avais – nous avions tous, ces jour­na­lis­tes « bala­dés », été enfu­més, mou­chés, abu­sés. Mais la leçon, il faut le recon­naî­tre, appa­rut magis­tra­le. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-fai­re sans dou­te acquis dans quel­que éco­le sovié­ti­que. Les élè­ves cubains mon­traient de réel­les dis­po­si­tions à éga­ler sinon à dépas­ser les maî­tres for­més à la redou­ta­ble pro­pa­gan­de sta­li­nien­ne. Dépas­ser, non : sur­pas­ser, puis­que le régi­me a tant bien que mal sur­vé­cu à l’effondrement de l’URSS et qu’il conti­nue à œuvrer avec constan­ce et effi­ca­ci­té dans son art consom­mé de la pro­pa­gan­de.

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À n’en pas dou­ter, aujourd’hui, dans tou­te l’île, de La Hava­ne à San­tia­go, la machi­ne mys­ti­fi­ca­tri­ce est en chauf­fe maxi­ma­le pour mon­ter au zéni­th de la pro­pa­gan­de mon­dia­le le spec­ta­cle des obsè­ques du « lider maxi­mo », dieu du socia­lis­me…

Cet­te machi­ne-là n’a jamais ces­sé de tour­ner, durant plus d’un demi-siè­cle ! Deux géné­ra­tions y ont été sou­mi­ses ; à com­men­cer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­dia­le abreu­vée au mythe entre­te­nu de l’héroïsme cas­tris­te et gue­va­ris­te. 6

L’historien – et a for­tio­ri le « pau­vre » jour­na­lis­te sont bien dému­nis face aux tor­na­des mys­ti­fian­tes dont les récits pren­nent for­ce mythi­que de Véri­té éter­nel­le et ris­quent ain­si de les empor­ter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et phi­lo­so­phe suis­se Denis de Rou­ge­mont :

« […] les mythes tra­dui­sent les règles de condui­te d’un grou­pe social ou reli­gieux. Ils pro­cè­dent donc de l’élément sacré autour duquel s’est consti­tué le grou­pe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son ori­gi­ne doit être obs­cu­re. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le carac­tè­re le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, géné­ra­le­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénè­tre aisé­ment par le biais de notre apti­tu­de à la croyan­ce, ce désir de cer­ti­tu­de autant que de ras­su­ran­ce. Les révo­lu­tions s’y ali­men­tent et l’alimentent par néces­si­té de durer. C’est ain­si qu’elles com­men­cent « bien » (ça dépend pour qui, tou­te­fois…), avant de s’affronter à la dure réa­li­té, qu’il fau­dra plier par la vio­len­ce et le men­son­ge. Il n’en a jamais été autre­ment, de la Révo­lu­tion fran­çai­se à la bol­che­vi­que, en pas­sant par le cas­tris­me, le maoïs­me et jusqu’aux « prin­temps ara­bes ».

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Tri­ni­dad. Croi­se­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mou­th, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Bea­ch » tire la lan­gue au pho­to­gra­phe… et à un demi-siè­cle de cas­tris­me. [Ph. gp]

Res­tons-en au cas­tris­me et une illus­tra­tion de son carac­tè­re mons­trueux, dont cer­tains se sou­vien­nent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affai­re Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­pli­ce for­cé et vic­ti­me d’un pro­cès sta­li­nien.

Arnal­do Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Cla­ra avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zue­la, Éthio­pie et Ango­la – condam­né à mort et exé­cu­té en 1989 pour « tra­fic de dro­gues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régi­me. Démas­qué, Fidel lui avait impo­sé un mar­ché de dupes : pren­dre sur lui ce tra­fic de dro­gues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à met­tre au grand jour, en échan­ge d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensui­te. D’où la confes­sion auto­cri­ti­que de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cu­té, avec d’autres, un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régi­me fit de ce pro­cès lit­té­ra­le­ment sta­li­nien, tenu par des juges mili­tai­res, retrans­mis en direct à la télé­vi­sion, une opé­ra­tion de pro­pa­gan­de dont il a le secret. On peut en sui­vre les prin­ci­pa­les pha­ses sur inter­net. C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours vou­lu mas­quer tou­te dis­si­den­ce et même tout désac­cord avec la ligne poli­ti­que. Le régi­me ne peut admet­tre que des « dévian­ces » (« folie », « per­ver­sions sexuel­les »)  ou des « fau­tes mora­les » per­son­nel­les. À Cuba, la pres­se est uni­que, sous contrô­le éta­ti­que total ; de même la magis­tra­tu­re ; et aus­si tou­te l’économie, en gran­de par­tie aux mains des mili­tai­res… Il n’y a plus que les Cubains abu­sés, ou rési­gnés à la ser­vi­tu­de volon­tai­re, fau­te d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en Fran­ce, la dés­illu­sion a com­men­cé à poin­dre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le res­tant des com­mu­nis­tes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tris­tes pour allu­mer des cier­ges en hom­ma­ge au Héros dis­pa­ru.

Tan­dis que, de La Hava­ne à San­tia­go, « on » s’échine à fai­re per­du­rer le mythe de la Revo­lu­cion éter­nel­le – ¡ Has­ta siem­pre ! Patria o muer­te ! Les der­niers acteurs de cet­te piè­ce dra­ma­ti­que s’effacent peu à peu ou meu­rent avec cet­te han­ti­se : Que l’Histoire ne les acquit­te pas.

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Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Gua­te­ma­la (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Bré­sil, Sud-Viet­nam (64), Répu­bli­que domi­ni­cai­ne, Uru­guay (65), Chi­li (73), Argen­ti­ne (76), Gre­na­de (83), Nica­ra­gua (84), Pana­ma (89).… Sans oublier la Guer­re du Gol­fe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà sou­li­gné à quel point cet­te mesu­re ser­vit à mas­quer l’incurie du gou­ver­ne­ment des Cas­tro, en par­ti­cu­lier l’échec de la poli­ti­que agrai­re déci­dée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voyan­te ana­ly­se de René Dumont dans son ouvra­ge Cuba est-il socia­lis­te ? (La répon­se est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­no­lo­gie cas­tris­te et sa pro­pa­gan­de, l’embar­go a tou­jours été tra­duit par blo­queo. Or, il ne s’agit nul­le­ment d’un blo­cus au sens mari­ti­me et aérien. Les échan­ges com­mer­ciaux avec Cuba ont été com­pli­qués mais non blo­qués. Même des com­pa­gnies éta­su­nien­nes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go amé­ri­cain assu­rait une navet­te com­mer­cia­le par semai­ne, ain­si que je l’avais rele­vé sur pla­ce.
  3. Résu­mé par la for­mu­le de Gue­va­ra :« Allu­mer deux, trois, plu­sieurs Viêt­nam »
  4. Jour­na­lis­te sans visa pro­fes­sion­nel, tou­ris­te incer­tain débar­quant à La Hava­ne par­mi les 400 tou­ris­tes fran­çais quo­ti­diens. J’avais été pho­to­gra­phié ici-même en 68 pour les besoins d’une car­te de pres­se cubai­ne – que j’ai gar­dée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou reli­re tou­tes ces his­toi­res ter­ri­bles de répres­sion, ces témoi­gna­ges des Golen­dorf, Val­la­da­rès, Huber Matos et leurs années de geô­les ; par­cou­ru les rap­ports de Repor­ters sans fron­tiè­res, du CPJ (Cen­tre de pro­tec­tion des jour­na­lis­tes) et de l’IFEX (Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression) sur la répres­sion des jour­na­lis­tes et des mili­tants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrè­res de retour de repor­ta­ge… Tout ce qu’il fal­lait pour les­ter de para­no mon équi­pe­ment de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus bel­le leçon de jour­na­lis­me : pra­ti­quer stric­te­ment le scep­ti­cis­me métho­di­que. En 1986, Albin Michel publia Mémoi­res de pri­son, Témoi­gna­ge hal­lu­ci­nant sur les pri­sons de Cas­tro. Il s’agissait du récit de l’écrivain cubain Arman­do Val­la­da­rès, déte­nu durant 22 ans, tor­tu­ré, libé­ré après une vas­te cam­pa­gne inter­na­tio­na­le.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­va­ra, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cu­reur suprê­me » de la pri­son de la for­te­res­se de la Cabaña. Il est ain­si sur­nom­mé le car­ni­ce­ri­to (le petit bou­cher) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce pos­te il déci­de des arres­ta­tions et super­vi­se les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une jour­née et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­son­nes selon les sour­ces. 
  7. D. de Rou­ge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPour­tant sacra­li­sé, immor­ta­li­sé, Fidel Cas­tro a fini par mou­rir. Qua­tre-vingt-dix ans. Tout de même, les dic­ta­tu­res conser­vent… Ses obsè­ques vont être gran­dio­ses, c’est bien le moins pour cou­ron­ner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil natio­nal ! Qua­tre jours à bala­der ses cen­dres, reli­ques d’une « révo­lu­tion » sanc­ti­fiée, spec­ta­cle poli­ti­que, ico­no­gra­phi­que, reli­gieux, média­ti­que… Je pèse mes mots, qui poin­tent les angles du grand Spec­ta­cle qui, en effet, a pro­duit, entre­te­nu, consa­cré le cas­tris­me. Com­ment cela s’est-il opé­ré ? Com­ment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siè­cle ? Com­ment cela per­du­re-t-il enco­re, mal­gré les désor­mais évi­den­tes dés­illu­sions ?

Com­ment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » dési­gnait un hom­me qui avait pris le pou­voir sans auto­ri­té consti­tu­tion­nel­le légi­ti­me. Le mot était neu­tre, tout com­me la cho­se, n’impliquant aucun juge­ment sur les qua­li­tés de per­son­ne ou de gou­ver­nant. 1 Le paral­lè­le avec Cuba et Cas­tro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constan­ce du pro­ces­sus d’évolution du Pou­voir. Dans la Grè­ce anti­que, de tyran en tyran, l’exercice du pou­voir pas­se peu à peu d’une for­me disons libé­ra­le à cel­le d’un pou­voir mili­tai­re incon­trô­lé. Et les tyrans le devin­rent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phé­no­mè­ne idéo­lo­gi­que, le cas­tris­me peut s’analyser selon plu­sieurs angles :

le contex­te géo­po­li­ti­que de la guer­re froi­de pla­çant Cuba entre le mar­teau et l’enclume des impé­ria­lis­mes amé­ri­cain et sovié­ti­que ;

l’habileté machia­vé­li­que de Fidel Cas­tro dans sa conquê­te et sa soif du pou­voir avec un sens extrê­me de la com­mu­ni­ca­tion, mêlant mys­ti­que et mys­ti­fi­ca­tion ;

la com­pli­ci­té objec­ti­ve des « éli­tes » occi­den­ta­les sur­tout, mais aus­si tiers-mon­dis­tes, fas­ci­nées par le cas­tris­me com­me « troi­siè­me voie » poli­ti­que.

Ces trois piliers prin­ci­paux ont per­mis à Cas­tro d’asseoir une dic­ta­tu­re « aima­ble », sym­pa­thi­que, voi­re huma­nis­te – une « dic­ta­tu­re de gau­che » a même osé Eduar­do Manet, dra­ma­tur­ge fran­çais d’origine cubai­ne ! « Poids des mots, choc des pho­tos », sur­tout s’il s’agit d’images pieu­ses, cel­les du héros moder­ne, incar­na­tion du mythe bibli­que de David contre Golia­th. Ima­ges ren­for­cées par les mul­ti­ples ten­ta­ti­ves d’assassinat (plus ou moins réel­les, sinon arran­gées pour cer­tai­nes) menées par la CIA, jusqu’au débar­que­ment raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fias­co mili­tai­re ajou­te à la gloi­re du « com­man­dan­te », gon­flant la légen­de com­men­cée dans la Sier­ra Maes­tra avec la gué­rilla des bar­bu­dos, sym­pa­thi­ques débraillés fumant le ciga­re en com­pa­gnie de leur chef adu­lé, fort en gueu­le et bel­le-gueu­le, taillé pour les médias et qui sau­ra en user et abu­ser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs repor­ters.

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L’icône au ser­vi­ce de la mytho­lo­gie. Que la révo­lu­tion était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios clai­ron­ner la doxa consis­tant à blan­chir les excès « auto­ri­tai­res » en les met­tant sur le dos des méchants Amé­ri­cains et leur « embar­go », cau­se de tous les maux des mal­heu­reux et valeu­reux Cubains ! Ledit embar­go a cer­tes cau­sé de forts obs­ta­cles dans les échan­ges com­mer­ciaux, et finan­ciers sur­tout, avec l’île ; mais il ne les a pas empê­chés ! Les États-Unis sont même le pre­mier pays pour les échan­ges com­mer­ciaux (hors pro­duits stra­té­gi­ques, cer­tes) avec Cuba. Cet embar­go – tou­jours qua­li­fié de blo­cus par le gou­ver­ne­ment cubain, ce qu’il n’est nul­le­ment ! – a sur­tout ser­vi à ren­for­cer, en la mas­quant, l’incurie du régi­me, char­geant ain­si le bouc émis­sai­re idéal. J’ai mon­tré tout cela lors d’un repor­ta­ge publié en 2008 dans Poli­tis [L’espérance était ver­te, la vache l’a man­gée, décem­bre 2008 – dis­po­ni­ble en fin d’article] qui m’a valu les fou­dres de Jean­ne Habel, poli­to­lo­gue spé­cia­lis­te de Cuba, et d’être trai­té d’ « agent de la CIA »…

Pas­sons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les bio­gra­phies sont tou­jours des plus éclai­ran­tes à cet égard. Rap­pe­lons jus­te que Cas­tro fut sou­te­nu par les Etats-Unis dès son oppo­si­tion à la dic­ta­tu­re de Batis­ta. Après la pri­se de pou­voir en 1959, son gou­ver­ne­ment est recon­nu par les États-Unis. Nom­mé Pre­mier minis­tre, Cas­tro est reçu à la Mai­son Blan­che où il ren­con­tre Nixon, vice-pré­si­dent d’Eisenhower. Les cho­ses se gâtent quand Cas­tro envi­sa­ge de natio­na­li­ser indus­tries et ban­ques, ain­si que les sec­teurs liés au sucre et à la bana­ne. Il se tour­ne alors vers l’Union sovié­ti­que – qui achè­te au prix fort la qua­si-tota­li­té du sucre cubain. C’est la casus bel­li : les États-Unis n’auront de ces­se d’abattre le « régi­me com­mu­nis­te » ins­tau­ré à 150 kilo­mè­tres de ses côtes.

J’ai aus­si fait appa­raî­tre dans ce même repor­ta­ge com­ment le refrain de « la san­té et de l’éducation gra­tui­tes », una­ni­me­ment repris dans les médias, relè­ve avant tout de slo­gans publi­ci­tai­res. Sans même par­ler de la qua­li­té des soins et de l’enseignement, leur « gra­tui­té » se trou­ve lar­ge­ment payée par la sous-rému­né­ra­tion des sala­riés cubains : l’équivalent d’une quin­zai­ne d’euros men­suels en moyen­ne !

Si tou­te­fois ce régi­me a tenu sur ses trois piliers boi­teux, c’est au prix d’une coer­ci­tion du peu­ple cubain. À com­men­cer par le « récit natio­nal » – l’expression est à la mode – entre­pris dès la pri­se du pou­voir par Cas­tro, pro­pa­gé et ampli­fié par l’enseignement (gra­tuit !) sous for­me de pro­pa­gan­de, et par les médias tous dépen­dants du régi­me. Coer­ci­tion dans les esprits et aus­si coer­ci­tion phy­si­que par la sur­veillan­ce et le contrô­le étroits menés dans cha­que quar­tier, auprès de cha­que habi­tant, par les Comi­tés de défen­se de la révo­lu­tion. De sor­te que la dis­si­den­ce appa­rais­se com­me uni­que for­me pos­si­ble d’opposition – d’où l’emprisonnement poli­ti­que, l’exil clan­des­tin, la per­sé­cu­tion des déviants.

castro-colombe-1Tyran, cer­tes, Cas­tro était aus­si et peut-être d’abord un séduc­teur des mas­ses dou­blé d’un illu­sion­nis­te. Ses talents dans ce domai­ne étaient indé­nia­bles et à pren­dre au pied de la let­tre : ain­si quand, lors d’un de ses inter­mi­na­bles ser­mons, quand il fait se poser, com­me par mira­cle, une blan­che colom­be sur une de ses épau­les… La séquen­ce fut fil­mée, pour entrer dans l’Histoire… mais la super­che­rie démon­tée quel­ques années plus tard.

Le cas­tris­me, ai-je sou­li­gné dans mes repor­ta­ges, est avant tout un régi­me de faça­de – tout com­me ces faça­des d’allure pim­pan­te, res­tau­rées pour la cau­se, entre les­quel­les se fau­fi­lent les tou­ris­tes béats au long des cir­cuits des voya­gis­tes. Ces tou­ris­tes peu­vent aus­si, bien sou­vent, être rejoints par nom­bre de jour­na­lis­tes, écri­vains, poli­ti­ciens et divers intel­lec­tuels en mal de fas­ci­na­tion exo­ti­que.

La mort de Cas­tro n’implique pas for­cé­ment cel­le du cas­tris­me. Mais que sur­vi­vra-t-il de cet­te dic­ta­tu­re illu­sion­nis­te après la mort de ses mani­pu­la­teurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait sur­gir la réa­li­té d’un demi-siè­cle de fal­si­fi­ca­tions ?

 

>Mon repor­ta­ge de 2008 dans Poli­tis :gpon­thieu241208­po­li­tis ; et la Tri­bu­ne qui s’ensuivit de Jean­ne Habel : 1038_­po­li­tis-30-31-j-habel ; enfin, ma répon­se : poli­tis_1041­re­pon­se-gp-260209

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Un régi­me de faça­des. [Ph. gp]

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Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Fin­ley, Ed. Mas­pe­ro, 1971.

Syrie. Alep ou la mort tombée du ciel

par Tho­mas Clu­zel (Fran­ce Cultu­re)

Consa­crée à l’agonie d’Alep et de sa popu­la­tion, la revue de pres­se de Tho­mas Clu­zel ce matin ( 25/11/16 ) sur Fran­ce Cultu­re expri­mait avec for­ce l’insoutenable folie meur­triè­re des hom­mes, cet­te étran­ge espè­ce, la seule qui s’acharne à la mort de ses sem­bla­bles et, plus au-delà enco­re, à son auto­des­truc­tion. Tan­dis que la « clas­se poli­ti­que et média­ti­que »  glo­se sur le com­bat de coqs télé­vi­suel de la veille, qui n’en sem­ble que plus déri­soi­re. Pour­tant, le ger­me de la guer­re n’est-il pas déjà tapi dans cet­te cour­se au pou­voir ? Com­ment pas­ser de la com­pé­ti­tion à la coopé­ra­tion, de l’injustice à l’entraide, de l’indifférence à la soli­da­ri­té ? Réflexion en pas­sant, pour en reve­nir au mar­ty­re d’Alep :

Sur une vidéo publiée sur le site du New York Times, une fem­me racon­te que le bruit d’un avion annon­ce qu’une bom­be est sur le point de s’écraser sur la vil­le. Les secon­des s’écoulent. Elle anti­ci­pe l’explosion qui ne tar­de­ra plus. Et redou­te qu’un mur ou même un bâti­ment entier ne s’effondre sur elle. Elle ima­gi­ne le pire, la mort. Et puis ouvre les yeux, pour se ren­dre comp­te qu’elle est tou­jours vivan­te. Un immeu­ble vient pour­tant, en effet, de s’écrouler. Celui d’à côté. Dans cet­te vidéo de près de trois minu­tes et inti­tu­lée « à la recher­che des bom­bes dans le ciel d’Alep », des rési­dents de la vil­le assié­gée racon­tent, un à un, au quo­ti­dien amé­ri­cain, leurs impres­sions lors­que le bruit d’un avion vient à se rap­pro­cher jusqu’au moment de déchi­rer, lit­té­ra­le­ment, le ciel.

Quand un pro­fes­seur avoue que ses sens lui jouent par­fois des tours, que dans ses oreilles réson­nent, par moment, des bruits de moteur qui n’existent pas et qu’il lui arri­ve même, quand c’est le cas, de se moquer de lui-même et d’en rire, d’autres, à l’instar de cet­te infir­miè­re, racon­tent que les bom­bar­de­ments, les des­truc­tions, les cris des habi­tants effrayés fuyant par­tout où ils le peu­vent, sont deve­nus leur rou­ti­ne quo­ti­dien­ne. Tous décri­vent la ter­reur qui les sai­sit, à cha­que fois qu’ils voient l’un de ces engins de mort tra­ver­ser le ciel d’Alep.

En publiant ces témoi­gna­ges, le site du New York Times vient ain­si nous rap­pe­ler, de la plus poi­gnan­te des maniè­res, que si le week-end der­nier (tan­dis que les Nations Unies ten­taient, une nou­vel­le fois, de négo­cier un arrêt du conflit) les bom­bar­de­ments ont dimi­nué, en revan­che, dès lun­di (à pei­ne acté l’échec des négo­cia­tions de la veille) ils ont aus­si­tôt repris avec une inten­si­té dra­ma­ti­que. Ces atta­ques sont aujourd’hui les plus vio­len­tes enre­gis­trées depuis deux ans, pré­ci­se tou­jours le quo­ti­dien amé­ri­cain, avant d’ajouter : désor­mais les bom­bes d’Alep lais­sent 250 000 per­son­nes vivre en enfer. Hier enco­re, au moins 32 civils, dont cinq enfants, ont péri dans ces bom­bar­de­ments, pré­ci­se ce matin le site d’Al Ara­biya. Il s’agit de l’un des bilans les plus éle­vés, sur une seule jour­née, depuis le début de la vio­len­te cam­pa­gne menée par l’armée syrien­ne sur le sec­teur de la deuxiè­me vil­le du pays, tenu par les insur­gés.

En un peu plus d’une semai­ne, ce ne sont pas moins de 300 per­son­nes qui ont trou­vé la mort à Alep. Il faut dire qu’aux mis­si­les, aux obus, aux barils d’explosifs et aux bom­bes incen­diai­res s’ajoutent, éga­le­ment, des atta­ques chi­mi­ques à la chlo­ri­ne. Sans comp­ter que de vio­lents com­bats se dérou­lent, à pré­sent, au sol. La semai­ne der­niè­re, les for­ces loya­lis­tes sont entrées pour la pre­miè­re fois dans un quar­tier au nord-est de la vil­le. Le régi­me a éga­le­ment chas­sé les insur­gés d’une ancien­ne zone indus­triel­le.

« Alep, un assaut contre l’humanité », c’est le titre, cet­te fois-ci, de cet édi­to à lire dans les colon­nes du Temps de Lau­san­ne. Le jour­nal y racon­te, notam­ment, com­ment sur pla­ce habi­tants et secou­ris­tes conti­nuent de fil­mer les scè­nes, plus insou­te­na­bles les unes que les autres : ces bébés pré­ma­tu­rés, dans un hôpi­tal en flam­mes, extir­pés de leur cou­veu­se par des infir­miè­res pani­quées et posés à même le sol, où ils fini­ront vrai­sem­bla­ble­ment par suc­com­ber ; ou bien enco­re cet hom­me, visi­ble­ment pro­che de la folie, qui exhi­be en plei­ne rue un mem­bre arra­ché par une bom­be (celui d’un voi­sin, d’un pro­che, ou d’un incon­nu) et qui n’en finit plus de hur­ler.

L’enfer s’est abat­tu sur Alep. Au point que les Alep­pins, eux-mêmes, en vien­nent à regret­ter désor­mais les semai­nes pré­cé­den­tes, lors­que les flam­mes n’étaient enco­re qu’intermittentes. A Genè­ve, un méde­cin suis­se (ori­gi­nai­re d’Alep), l’un des fon­da­teurs de l’Union des orga­ni­sa­tions syrien­nes de secours médi­caux, est à court de mots : « Il res­te aujourd’hui moins d’une tren­tai­ne de méde­cin, dit-il, et il n’y a plus le moin­dre bloc opé­ra­toi­re qui fonc­tion­ne ». Les der­niers témé­rai­res qui ont ten­té, il y a quel­ques semai­nes, de for­cer les bar­ra­ges, afin de fai­re entrer du maté­riel médi­cal dans les quar­tiers rebel­les de la vil­le, ont été pris pour cible par des avions et ont échap­pé à la mort de jus­tes­se. Depuis, l’étau s’est enco­re res­ser­ré. Ici com­me ailleurs. Dans les ban­lieues sud de Damas, éga­le­ment aux mains de la rébel­lion, là-bas ce sont les ambu­lan­ces qui sont tra­quées par les dro­nes rus­ses, expli­que tou­jours le méde­cin. « Lorsqu’ils arri­vent à loca­li­ser l’endroit où ces ambu­lan­ces conver­gent, l’aviation frap­pe. C’est ain­si qu’ils détrui­sent les der­niers hôpi­taux. »

En début de semai­ne, devant le Conseil de sécu­ri­té des Nations Unies, le chef des opé­ra­tions de l’ONU (Ste­phen O’Brien) avouait : les der­niè­res rations ali­men­tai­res ont été dis­tri­buées le 13 novem­bre der­nier. Et tan­dis que l’eau pota­ble et l’électricité sont de plus en plus rares, la fami­ne sera bien­tôt géné­ra­le. Ou dit autre­ment, si les res­pon­sa­bles des Nations-Unies se disent aujourd’hui « à court de mots » pour décri­re ce qui se pas­se à Alep, sous les bom­bes, les Alep­pins sont, eux, à court de vivres. Dans les der­niers tracts lar­gués par les héli­co­ptè­res du régi­me, les habi­tants qua­li­fiés de « chers com­pa­trio­tes » sont appe­lés à « s’abstenir de sor­tir dans les rues ». En d’autres ter­mes, il n’y est même plus ques­tion de les enjoin­dre à quit­ter la zone rebel­le, mais seule­ment à se ter­rer sous le délu­ge.

Pen­dant ce temps et en dépit des condam­na­tions à l’étranger, la com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le, elle, sem­ble plus que jamais impuis­san­te à contre­car­rer la déter­mi­na­tion de Damas et de ses alliés (rus­se et ira­nien) à recon­qué­rir l’ensemble de la vil­le. D’où, d’ailleurs, cet­te décla­ra­tion déses­pé­rée d’un mem­bre de l’un des conseils locaux admi­nis­trant l’opposition à Alep, à lire dans les colon­nes du Iri­sh Times. « Au mon­de entier, nous vou­lons dire sim­ple­ment deux cho­ses : arrê­tez de pré­ten­dre vous sou­cier de notre sort et agis­sez ; ou alors lan­cez sur nous l’une de vos bom­bes nucléai­res, que nous puis­sions mou­rir et quit­ter enfin cet enfer, une bon­ne fois pour tou­te ».

Tho­mas CLUZEL

Ver­sion audio ici :

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Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­ti­que mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du mon­de, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­ta­le du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­dai­re en pren­ne les gou­ver­nes, c’est dans « l’ordre des cho­ses ». Dans un cer­tain ordre de cer­tai­nes cho­ses : cel­les de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­san­ce à tout-va, de l’exploitation sans bor­nes des res­sour­ces natu­rel­les et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­tai­re n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cet­te fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lys­tes, pré­vi­sion­nis­tes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­ti­que, une vision cau­che­mar­des­que aus­si­tôt refou­lée, com­me pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sa­ble.

Tel­le­ment impen­sa­ble que cet « ordre des cho­ses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­ni­que du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans dou­te les « trum­per », puis­que c’est un ban­dit poli­ti­que qui a su les sédui­re (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, fai­re tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­ga­ge de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peu­ple a la fai­bles­se de se com­plai­re et de se recon­naî­tre.

Et cela, à l’opposé des « éli­tes », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphè­res de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cet­te caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « clas­se » des jour­na­lis­tes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas jus­te, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensem­ble homo­gè­ne ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moo­re. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toi­re de Trump, dès le mois de juillet dans un arti­cle sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quel­les Trump va gagner » 3.

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Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sor­te de « Brexit de la Cein­tu­re de rouille », en réfé­ren­ce aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­cra­tes et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moo­re, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce pay­sa­ge dépri­mant d’usines en décré­pi­tu­de et de vil­les en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la clas­se moyen­ne. Aigris et en colè­re, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensui­te été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­cra­tes qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­co­tent avec des lob­byis­tes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chè­que ».

Cet­te « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­ly­se de ter­rain pro­pre à la démar­che de Moo­re. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­lis­te fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Mon­de diplo­ma­ti­que), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sa­ble ». Le 21 sep­tem­bre, il publiait sur le site Mémoi­re des lut­tes, un arti­cle sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la cri­se dévas­ta­tri­ce de 2008 (dont nous ne som­mes pas enco­re sor­tis), plus rien n’est com­me avant nul­le part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, com­me modè­le, a per­du une gran­de part de son attrait et de sa cré­di­bi­li­té.

[…]

« Cet­te méta­mor­pho­se atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­lis­te rava­geu­se, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­dai­re Donald Trump dans la cour­se à la Mai­son Blan­che pro­lon­ge cet­te vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­ra­le que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­cra­tes et répu­bli­cains demeu­re, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pi­que que Trump consti­tue un véri­ta­ble trem­ble­ment de ter­re. Son sty­le direct, popu­la­cier, et son mes­sa­ge mani­chéen et réduc­tion­nis­te, qui sol­li­ci­te les plus bas ins­tincts de cer­tai­nes caté­go­ries socia­les, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des cou­ches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­tai­re pos­sè­de un carac­tè­re d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pen­se sous pei­ne d’être accu­sé de « racis­te ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pen­sent tout bas. Et per­çoi­vent que la « paro­le libé­rée » de Trump sur les His­pa­ni­ques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans com­me un véri­ta­ble sou­la­ge­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­con­que, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le mon­de, il a per­çu la puis­san­te frac­tu­re qui sépa­re désor­mais, d’un côté les éli­tes poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, intel­lec­tuel­les et média­ti­ques ; et de l’autre côté, la base popu­lai­re de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-comp­te de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mi­que. »

Ramo­net détaille ensui­te les « sept mesu­res » en ques­tion, que je vous invi­te à connaî­tre pour mieux com­pren­dre en quoi les outran­ces de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tis­me mou­ton­nier et spec­ta­cu­lai­re – n’ont pu gom­mer le réa­lis­me de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour comp­te du libé­ra­lis­me sau­va­ge et rava­geur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heu­res sur Fran­ce 2, Mari­ne Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épin­gle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­lis­te en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nan­te, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fa­re média­ti­que.

Pour la pré­si­den­te du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pri­ses, der­niè­re­ment, aux éli­tes, c’est par­ce que les éli­tes sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est par­ce qu’elles refu­sent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les mépri­se, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une peti­te mino­ri­té puis­se déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en tou­te séré­ni­té, sur la peti­te musi­que des « éli­tes et du peu­ple » façon FN, une musi­quet­te qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an pro­chain.

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Notes:

  1. Les bour­ses du mon­de se sont « res­sai­sies » en quel­ques heu­res…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­cra­tes ; je la trou­ve jus­te, et je suis fier de citer ma sour­ce…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la cri­se dans l’automobile) ou enco­re Bow­ling for Colum­bi­ne (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de mas­se états-uniens, com­me les autres ailleurs, reflè­tent cet­te sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lys­tes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion hau­te…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaî­nes « popu­lai­res » – cel­les des télés-réa­li­té chè­res à Trump – et les « tabloïds », chan­tres du diver­tis­se­ment vul­gai­re). On retrou­ve là aus­si le cli­va­ge entre jour­na­lis­me de ter­rain et jour­na­lis­me assis. Ce qui me rap­pel­le une sen­ten­ce émi­se par un confrè­re afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­siè­re sous les semel­les que sous les fes­ses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohor­tes de jour­na­lis­tes-pro­phè­tes pour « cou­vrir » l’élection états-unien­ne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­lis­tes : dans le nom­bril du nom­bril du mon­de, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rou­ge (Loui­sia­ne), à Ama­rillo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

États-Unis. Elle rit, Clintrump

élection Amériques 5

© faber 2016

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Qui a dit « Je suis Haïti » ? Personne

Ce mon­de a le tour­nis. Ce mon­de don­ne le tour­nis. Et on ne sait plus où tour­ner la tête : la Syrie, l’Irak, la Libye, la Pales­ti­ne, la Soma­lie, le Yémen et tous ces lieux de conflits sans fin, incom­pré­hen­si­bles à la plu­part d’entre nous, à défaut de pou­voir les expli­quer. À ce sinis­tre tableau géo­po­li­ti­que, il faut désor­mais ajou­ter celui des dérè­gle­ments cli­ma­ti­ques qui ris­quent d’égaler bien­tôt ceux de la folie des hom­mes – d’ailleurs ils en relè­vent aus­si. C’est sans dou­te le cas de l’ouragan Mat­thew qui s’est déchaî­né sur une par­tie des Caraï­bes, dévas­tant en par­ti­cu­lier Haï­ti où il a cau­sé près de 1.000 morts et semé la déso­la­tion.

Quel­les sont les consé­quen­ces du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que sur les cyclo­nes ?

Fabri­ce Chau­vin, cher­cheur au Cen­tre natio­nal de recher­ches météo­ro­lo­gi­ques : – Selon les modè­les scien­ti­fi­ques les plus pré­cis, le nom­bre glo­bal de cyclo­nes dans le cli­mat futur devrait être sta­ble, voi­re en légè­re bais­se. Mais dans le même temps, on s’attend à une haus­se des cyclo­nes les plus inten­ses, qui s’explique notam­ment par l’augmentation des tem­pé­ra­tu­res des océans. On va aller vers des phé­no­mè­nes plus puis­sants, asso­ciés à des pluies plus inten­ses, d’environ 20 % supé­rieu­res. [Le Mon­de, 07/10/2016]

Haïti. Un autre mal­heur a frap­pé cet­te île tant de fois meur­trie – y com­pris par les dic­ta­tu­res suc­ces­si­ves –, c’est celui de l’indifférence. Car les « obser­va­teurs » n’avaient d’yeux que pour les États-Unis. « Seraient-ils tou­chés eux aus­si par cet­te même tem­pê­te ? » Seule cet­te ques­tion comp­tait. Rien ou pres­que pour les vic­ti­mes haï­tien­nes. Pas même un « Je suis Haï­ti »…

C’est pour aler­ter le mon­de sur cet­te soli­da­ri­té à géo­mé­trie varia­ble que Miguel Vil­lal­ba Sán­chez, un artis­te espa­gnol, a réa­li­sé ce des­sin :

haiti-matthew-sanchez

« Per­son­ne n’est Haï­ti », en effet.

« Je suis Char­lie, je suis Orlan­do, je suis Paris, je suis Bruxel­les »… Mais pas de « Je suis Haï­ti »… Pour­quoi ? Pays trop petit, trop loin, trop noir, trop pau­vre, trop…

Ce pays (situé sur la même île que la Répu­bli­que Domi­ni­cai­ne), qui a quand même per­du 900 per­son­nes dans l’ouragan Mat­thew, n’a pas sus­ci­té d’émotion en pro­por­tion de son dra­me. Tous les regards média­ti­ques étaient bra­qués vers Mia­mi. En cher­cher les cau­ses revient à ques­tion­ner l’état du mon­de, la géo-poli­ti­que, l’injustice, les conflits, le cli­mat… On en revient au point de départ.

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Cet­te pho­to de l’Unicef résu­me tout. Contre l’indifférence, on peut adres­ser un donhttps://don.unicef.fr/urgences/ 

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Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En pro­ve­nan­ce du Japon, la nou­vel­le n’a pas ému nos médias : la région où se trou­ve la plus puis­san­te cen­tra­le ato­mi­que du mon­de, Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être diri­gée par un gou­ver­neur anti­nu­cléai­re. Ce qui rebat les car­tes de l’énergie ato­mi­que – pas seule­ment au Japon.

Ryui­chi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­por­té, hier diman­che, les élec­tions dans la pré­fec­tu­re de Nii­ga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­ver­neur étant requi­se pour la remi­se en ser­vi­ce des réac­teurs arrê­tés depuis Fuku­shi­ma, cet­te nou­vel­le don­ne consti­tue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espé­rait sau­ver ses finan­ces en relan­çant ces sept réac­teurs, les seuls lui res­tant après l’arrêt des deux cen­tra­les de Fuku­shi­ma, sui­te à la catas­tro­phe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bour­se de Tokyo (la plus for­te chu­te du Nik­kei : -7,89% à 385 yens).

La cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séis­me en juillet 2007 qui avait pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve. Depuis, alors que la cen­tra­le est tou­jours à l’arrêt, huit incen­dies se sont décla­rés dans les dif­fé­ren­tes uni­tés [Sour­ce : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les auto­ri­tés ont don­né le feu vert en février 2009 pour le redé­mar­ra­ge (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

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La cen­tra­le nucléai­re de Kashi­wa­sa­ki a frô­lé le désas­tre lors du séis­me du 16 juillet 2007 qui a pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve pré­fi­gu­rant la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agen­ce inter­na­tio­na­le pour l’énergie ato­mi­que (AIEA) avait alors dépê­ché une mis­sion diri­gée par le Fran­çais Phi­lip­pe Jamet, haut diri­geant de l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re fran­çai­se (ASN). Le rap­port publié s’était conten­té de quel­ques recom­man­da­tions ano­di­nes, assu­rant que les cen­tra­les japo­nai­ses pou­vaient résis­ter à tout évé­ne­ment sis­mi­que ou cli­ma­ti­que. La catas­tro­phe de Fuku­shi­ma a dra­ma­ti­que­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléai­res japo­nais sont en ser­vi­ce mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléai­re) Shin­zo Abe use de tou­tes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­ra­ge d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la popu­la­tion.

Ces réou­ver­tu­res sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­ti­ce ou par le veto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voi­là pour­quoi l’élection de Ryui­chi Yoneya­ma à la tête de la région de Nii­ga­ta est un coup ter­ri­ble por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléai­res (et au cours en bour­se de Tep­co) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remi­se en ser­vi­ce des sept réac­teurs de Kashi­wa­sa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vi­ce devront s’arrêter pour main­te­nan­ce et, com­me ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléai­re. Si 130 mil­lions de Japo­nais peu­vent vivre sans nucléai­re, com­ment pré­ten­dre enco­re que c’est « impos­si­ble » pour deux fois moins de Fran­çais ? 2

Notons enco­re que cet­te élec­tion et ses consé­quen­ces consti­tuent une mau­vai­se nou­vel­le pour les nucléa­ris­tes fran­çais – entre autres – et en par­ti­cu­lier pour EDF et Are­va qui misent sur le retour de la droi­te au pou­voir pour relan­cer leur offen­si­ve sur le mar­ché mon­dial de l’énergie, y com­pris en Fran­ce, bien enten­du !

C’est vrai­sem­bla­ble­ment pour cet­te rai­son de pros­pec­ti­ve poli­ti­que (pour ne pas dire de pro­ba­bi­li­té) qu’EDF s’est enga­gée, dans un contrat fran­co-chi­nois, à livrer à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­pa­ge du calen­drier et des coûts – deux réac­teurs nucléai­res EPR de 1 650 méga­watts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chan­tiers EPR en cours déra­pent sur les coûts et les délais, et que les finan­ces de l’entreprise fran­çai­se sont au plus bas.

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Notes:

  1. On peut pren­dre la mesu­re de cet­te arro­gan­ce lors d’un débat télé­vi­sé de « C dans l’air » dif­fu­sé sur la Cinq en 2007, peu après le séis­me qui avait secoué la cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki. Débat auquel par­ti­ci­pait Sté­pha­ne Lhom­me, de l’Obser­va­toi­re du Nucléai­re, pré­co­ni­sant la fer­me­tu­re d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tcher­no­byl. Aver­tis­se­ment bien sûr non pris en comp­te. À pei­ne qua­tre ans plus tard, c’était Fuku­shi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on res­sort le contre argu­ment de l’effet cli­ma­ti­que (tant nié par les mêmes avant son évi­den­ce) pro­vo­qué par les éner­gies fos­si­les. Tan­dis que le « tout nucléai­re » a frei­né le déve­lop­pe­ment, en Fran­ce notam­ment, des éner­gies alter­na­ti­ves renou­ve­la­bles.

Boues rouges en Méditerranée. Déjà Alain Bombard, en 1964 !

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Avant de se jeter dans la mer, la condui­te a par­cou­ru 50 km depuis l’usine Alteo de Gar­dan­ne.

Les oppo­sants au rejet de boues rou­ges par l’usine Alteo de Gar­dan­ne dans le parc natio­nal des Calan­ques se ras­sem­blent ce wee­kend à Cas­sis. Une his­toi­re vieille de plus d’un demi-siè­cle ! Dès 1964, Alain Bom­bard dénon­çait ce scan­da­le lors d’un ras­sem­ble­ment d’opposants à Cas­sis. Deux ans après, il enfon­çait le « clou » dans ce docu­ment de l’Ina où il s’en pre­nait aus­si au mépris du prin­ci­pe de pré­cau­tion. Cin­quan­te deux ans après, moyen­nant quel­ques acco­mo­de­ments « cos­mé­ti­ques », l’industriel Alteo conti­nue à pol­luer gra­ve­ment la Médi­ter­ra­née. Avec la béné­dic­tion du gou­ver­ne­ment et la rési­gna­tion de la minis­tre de l’Environnement.

 

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1964. Alain Bom­bard à Cas­sis. [Ph. Le Gabian déchaî­né]

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26 sep­tem­bre, 500 oppo­sants devant la pré­fec­tu­re à Mar­seille [Ph. Feli­zat]

• Une pétition a déjà recueilli près de 350 000 signatures. On peut la signer ici.

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Équinoxe. Le 22 septembre, aujourd’hui…

Ça n’a l’air de rien, c’est une jour­née com­me ça, com­me les autres… Croit-on. Ben non, c’est un 22 sep­tem­bre ! Pas n’importe quel jour, ain­si que me le rap­pel­le une amie chè­re avec un bou­quet fleu­ri d’une chan­son de Bras­sens. Et quel­le chan­son, quel poè­me ! Les voi­ci :

Un vingt-deux de sep­tem­bre au dia­ble vous par­ti­tes,
Et, depuis, cha­que année, à la date sus­di­te,
Je mouillais mon mou­choir en sou­ve­nir de vous...
Or, nous y revoi­là, mais je res­te de pier­re,
Plus une seule lar­me à me met­tre aux pau­piè­res:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

On ne rever­ra plus au temps des feuilles mor­tes,
Cet­te âme en pei­ne qui me res­sem­ble et qui por­te
Le deuil de cha­que feuille en sou­ve­nir de vous...
Que le bra­ve Pré­vert et ses escar­gots veuillent
Bien se pas­ser de moi pour enter­rer les feuilles:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Jadis, ouvrant mes bras com­me une pai­re d’ailes,
Je mon­tais jusqu’au ciel pour sui­vre l’hirondelle
Et me rom­pais les os en sou­ve­nir de vous...
Le com­plexe d’Icare à pré­sent m’abandonne,
L’hirondelle en par­tant ne fera plus l’automne:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Pieu­se­ment noué d’un bout de vos den­tel­les,
J’avais, sur ma fenê­tre, un bou­quet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en sou­ve­nir de vous...
Je m’en vais les offrir au pre­mier mort qui pas­se,
Les regrets éter­nels à pré­sent me dépas­sent:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Désor­mais, le petit bout de cœur qui me res­te
Ne tra­ver­se­ra plus l’équinoxe funes­te
En bat­tant la bre­lo­que en sou­ve­nir de vous...
Il a cra­ché sa flam­me et ses cen­dres s’éteignent,
A pei­ne y pour­rait-on rôtir qua­tre châ­tai­gnes:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Et c’est tris­te de n’être plus tris­te sans vous

Autre rap­pel, venu des étoi­les et de la méca­ni­que céles­te : Non, l’automne ne com­men­ce pas tou­jours le 21 sep­tem­bre. La preu­ve, cet­te année, il s’est déci­dé pour ce jeu­di 22 sep­tem­bre (et prin­temps dans l’hémisphère sud). Ç’aurait aus­si pu tom­ber le 23, ce qui arri­ve.

Ain­si, ce chan­ge­ment de sai­son a lieu à l’instant de l’équinoxe où la ligne qui mar­que la limi­te entre le jour et la nuit à la sur­fa­ce de la pla­nè­te pas­se par les deux pôles. Le jour et la nuit ont alors exac­te­ment la même durée, tan­dis que le soleil se lève exac­te­ment à l’est et se cou­che exac­te­ment à l’ouest.

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Pour­quoi donc ces varia­tions dans la pen­du­le astro­no­mi­que ?

La Ter­re n’évolue pas sur une orbi­te cir­cu­lai­re autour du Soleil mais selon une ellip­se qui peut s’allonger plus ou moins selon les années et ain­si légè­re­ment déca­ler les sai­sons.

Autre com­pli­ca­tion, les années bis­sex­ti­les qui, tous les qua­tre ans, ajou­tent une jour­née (la 366e) à notre calen­drier, pour remet­tre la gran­de pen­du­le à l’heure.

Cet­te année, donc, l’automne débu­te le 22 sep­tem­bre. Et il en sera ain­si jusqu’en 2093 où l’équinoxe d’automne tom­be­ra un 21 sep­tem­bre. Ça peut valoir le coup de tenir jusqu’à là. Cha­cun fai­sant ce qu’il veut et com­me il peut.

Ah oui : ne pas oublier de fêter son 94e anni­ver­sai­re à Yvet­te Hor­ner !

L’automne, ça compte ! par Faber

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© faber

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5 Commentaires

EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relan­ce de l’EPR fran­co-chi­nois en Gran­de-Bre­ta­gne ;  maria­ge mons­trueux de Bayer et de Mon­san­to – Mon­sieur Pes­ti­ci­de avec Mada­me OGM, bon­jour la des­cen­dan­ce ! Alteo et ses boues rou­ges en Médi­ter­ra­née. Et en pri­me, le péril Sar­ko en haus­se son­da­giè­re, sur les tra­ces de Trump (il avait bien sin­gé son ami Bush) et son néga­tion­nis­me cli­ma­ti­que…

L’affaire Alteo est loin d’être jouée !  L’usine de Gar­dan­ne est l’objet d’une mise en demeu­re de la pré­fec­tu­re des Bou­ches-du-Rhô­ne, sui­te à un contrô­le inopi­né de l’Agence de l’eau. Cel­le-ci a en effet détec­té des effluents hors nor­mes dans les rejets actuels en mer. Un comi­té de sui­vi doit tran­cher ce 26 sep­tem­bre.

Restons-en à la « Gran­de nou­vel­le ! », la «  nou­vel­le extra­or­di­nai­re! ». Ils n’en peu­vent plus, côté fran­çais, d’exulter : la diri­gean­te bri­tan­ni­que, The­re­sa May, vient de vali­der « sous condi­tions » le pro­jet d’EDF de construi­re deux réac­teurs nucléai­res EPR à Hin­ck­ley Point, dans le sud de la Gran­de-Bre­ta­gne. Res­te, il est vrai, à connaî­tre les­di­tes « condi­tions » de la « per­fi­de Albion ». On ver­ra plus tard. Ne bou­dons pas la joie « exul­tan­te », donc, du secré­tai­re d’État à l’industrie qui va jusqu’à évo­quer « un nou­veau départ » pour la filiè­re nucléai­re fran­çai­se ; Hol­lan­de n’est pas en res­te, et même son de clo­che, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cepen­dant, l’avenir finan­cier de sa boî­te sur­en­det­tée et acces­soi­re­ment l’avenir de ses sala­riés.

Le sujet est clai­ron­né sur les télés et radios, sans grand dis­cer­ne­ment com­me d’habitude, c’est-à-dire sans rap­pe­ler la ques­tion de fond du nucléai­re, sous ses mul­ti­ples aspects :

sa dan­ge­ro­si­té extrê­me, éprou­vée lors de deux catas­tro­phes majeu­res (Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma)– et plu­sieurs autres acci­dents plus ou moins mino­rés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dis­si­mu­lés (catas­tro­phe du com­plexe nucléai­re Maïak, une usi­ne de retrai­te­ment de com­bus­ti­ble en Union sovié­ti­que, 1957, l’un des plus gra­ves acci­dents nucléai­res jamais connus).

sa noci­vi­té poten­tiel­le liée aux ris­ques tech­no­lo­gi­ques, sis­mi­ques, ter­ro­ris­tes ; ain­si qu’à la ques­tion des déchets radio­ac­tifs sans solu­tion accep­ta­ble ; sans oublier les ris­ques sani­tai­res et éco­lo­gi­ques liés à l’extraction de l’uranium et au trai­te­ment du com­bus­ti­ble usa­gé (La Hague, entre autres) ;

son coût exor­bi­tant, dès lors que sont pris en comp­te les coûts réels d’exploitation, des inci­dents et acci­dents, de la san­té des popu­la­tions, des éco­no­mies loca­les rui­nées (Ukrai­ne, Bié­lo­rus­sie, pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma-Daï­chi) , du trai­te­ment des déchets, du déman­tè­le­ment si com­plexe des cen­tra­les en fin d’exploitation ;

ses incer­ti­tu­des tech­no­lo­gi­ques spé­ci­fi­ques aux réac­teurs EPR en construc­tion pro­blé­ma­ti­que – Fin­lan­de, Fla­man­vil­le et Chi­ne –, tou­jours retar­dés, selon des bud­gets sans ces­ses rééva­lués.

Coco­ri­co ! L’annonce est por­tée sur le ton triom­phal, glo­ri­fiant l’ « excel­len­ce fran­çai­se » et les retom­bées pro­mi­ses avec des emplois par mil­liers ! Cer­tes.

Mais les éner­gies renou­ve­la­bles, ne devraient-elles pas créer aus­si des mil­liers d’emplois – de la recher­che à la pro­duc­tion ? Selon des cri­tè­res autre­ment éco­lo­gi­ques et éthi­ques que ceux du nucléai­re – rap­pe­lons en pas­sant que l’extraction et le trai­te­ment ini­tial de l’uranium (com­bus­ti­ble fos­si­le, limi­té lui aus­si), sont très émet­teurs de gaz à effet de ser­re (engins miniers gigan­tes­ques ; trans­port du mine­rai jusqu’aux usi­nes loin­tai­nes, com­me à Pier­re­lat­te dans la Drô­me.

Évi­dem­ment, la « ques­tion de l’emploi » demeu­re un élé­ment déter­mi­nant ; au point de blo­quer tou­te dis­cus­sion réel­le, c’est-à-dire de fond, hon­nê­te, qui évi­te le piè­ge du « chan­ta­ge à l’emploi ».

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L’usine Alteo de Gar­dan­ne (Bou­ches-du-Rhô­ne) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne don­ne pas du bou­lot ! » : paro­les d’un ano­ny­me de Gar­dan­ne inter­ro­gé par la télé sur l’affaire des boues rou­ges pro­dui­tes par l’usine Alteo 1. Argu­ment bien com­pré­hen­si­ble, qui oppo­se une néces­si­té immé­dia­te à une autre, dif­fé­rée dans le temps et autre­ment essen­tiel­le, cepen­dant : cel­le des dés­équi­li­bres bio­lo­gi­ques qui mena­cent la vie mari­ne et, par delà, humai­ne.

Cet­te semai­ne aus­si, sur le même regis­tre, on a vu les syn­di­ca­lis­tes de Fes­sen­heim mani­fes­ter pour leur emploi mena­cé par la fer­me­tu­re annon­cée de la cen­tra­le nucléai­re. Des cégé­tis­tes, en l’occurrence, vont ain­si jusqu’à dénon­cer « une inco­hé­ren­ce » dans la volon­té poli­ti­que de vou­loir main­te­nir l’emploi chez Alstom à Bel­fort tout en « détrui­sant » ceux de Fes­sen­heim. Ce pro­pos pas­se tota­le­ment à la trap­pe l’enjeu éco­lo­gi­que lié à une cen­tra­le nucléai­re ayant dépas­sé la limi­te de sa durée de vie. On com­pa­re deux situa­tions incom­pa­ra­bles, de même qu’on oppo­se ain­si une logi­que loca­le « court-ter­mis­te » à des enjeux por­tant sur l’avenir de l’espèce humai­ne. On poin­te là un gouf­fre d’incompréhension fon­da­men­ta­le oppo­sant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humai­ne.

Concer­nant pré­ci­sé­ment l’affaire des boues rou­ges et des effluents toxi­ques reje­tés dans la Médi­ter­ra­née, il y aurait cepen­dant une solu­tion tech­ni­que avé­rée pré­sen­tée depuis plu­sieurs mois à Alteo. Mais la « logi­que » finan­ciè­re sem­ble s’opposer à cet­te solu­tion. L’élimination tota­le des déchets toxi­ques impli­que en effet un coût que les action­nai­res du fond d’investissement état­su­nien dont dépend Alteo refu­sent par prin­ci­pe – c’est-à-dire par inté­rêt ! Même oppo­si­tion symé­tri­que, là enco­re, entre inté­rêts indi­vi­duels immé­diats et inté­rêts rele­vant du bien com­mun et de la conscien­ce éco­lo­gi­que glo­ba­le.

On se trou­ve pré­ci­sé­ment dans l’enjeu expri­mé par le « pen­ser glo­bal - agir local », selon la for­mu­le de Jac­ques Ellul 2, repri­se et por­tée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dua­li­té de ten­sions, que recou­vrent bien nos actuels erre­ments de Ter­riens mal en point. En fait, on peut affir­mer sans trop s’avancer que le « pen­ser glo­bal » de la plu­part de nos contem­po­rains se limi­te à l’« agir local ». Autre­ment dit, de la pen­sée de lil­li­pu­tiens ne voyant guè­re au-delà de leur bout de nez court-ter­mis­te. Et enco­re ! Car il n’y par­fois pas de pen­sée du tout, une preu­ve :

 

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La non-conscien­ce éco­lo­gi­que, ou l’inconscience de l’homo « peu » sapiens mena­ce l’humanité entiè­re. [Ph. gp]

Un tel outra­ge à la beau­té du mon­de (voir l’arrière plan : Mar­seille, pla­ge des Gou­des) me rend tris­te­ment pes­si­mis­te sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pour­tant qu’un for­fait d’allure mineu­re, ordi­nai­re – cepen­dant à hau­te por­tée sym­bo­li­que – aux côtés des agres­sions et des pol­lu­tions majeu­res : mers et océans à l’état de pou­bel­les, agri­cul­tu­re chi­mi­que, éle­va­ges indus­triels, défo­res­ta­tion, déser­ti­fi­ca­tion, sur­con­som­ma­tion-sur­dé­jec­tions, atmo­sphè­re satu­rée par les gaz à effet de ser­re ; dérè­gle­ment cli­ma­ti­que, fon­te des gla­ces et mon­tée des eaux… Un désas­tre ample­ment amor­cé – sans même par­ler des folies guer­riè­res et ter­ro­ris­tes. Et j’en pas­se.

Ain­si à Gar­dan­ne, vil­le dou­ble­ment rou­ge : rou­gie par les pous­siè­res d’alumine qui la recou­vre, et rou­gie par qua­ran­te ans de muni­ci­pa­li­té com­mu­nis­te et à ce titre asser­vie à la crois­san­ce et à son indus­trie, fût-elle dévas­ta­tri­ce de l’environnement natu­rel et de la san­té humai­ne. Il en va de même ici com­me à Fes­sen­heim et pour tou­te l’industrie nucléai­re, sou­te­nue depuis tou­jours par les com­mu­nis­tes et la CGT, tout autant que par les socia­lis­tes et tou­te la clas­se poli­ti­que et syn­di­ca­lis­te, à l’exception des éco­lo­gis­tes, bien enten­du, et d’EELV en par­ti­cu­lier.

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Notes:

  1. L’ancienne usi­ne Pechi­ney de Gar­dan­ne, créée en 1893, appar­tient depuis 2012 au fonds d’investissement H.I.G Capi­tal basé à Mia­mi. Alteo se pré­sen­te com­me le « pre­mier pro­duc­teur mon­dial d’alumines de spé­cia­li­té ». Alteo Gar­dan­ne emploie 400 sala­riés et 250 sous-trai­tants
  2. Pro­fes­seur d’histoire du droit, socio­lo­gue, théo­lo­gien pro­tes­tant, 1912-1994. Pen­seur du sys­tè­me tech­ni­cien, ses idées sont notam­ment déve­lop­pées en Fran­ce par l’association Tech­no­lo­gos
  3. Agro­no­me, bio­lo­gis­te, 1901-1982 Auteur de nom­breux ouvra­ges, dont Cour­ti­sons la ter­re (1980) et Les Célé­bra­tions de la vie (1982)

Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film com­me aucun autre. Cer­tes, sa fac­tu­re for­mel­le est plu­tôt clas­si­que : pas besoin de fai­re des numé­ros de cla­quet­tes quand le fond l’emporte d’une maniè­re aus­si magis­tra­le. Au départ, l’histoire ordi­nai­re d’un père et d’une fille que la vie « moder­ne » a éloi­gnés, jusqu’à les ren­dre étran­gers l’un à l’autre. His­toi­re bana­le, sauf que les per­son­na­ges ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui mena­ce sa fille, pri­se dans l’absurde tour­billon du mon­de mor­ti­fè­re du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­di­se mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tan­ce cri­ti­que por­tée par l’humour et, plus enco­re, par la déri­sion, pla­nè­tes deve­nues inat­tei­gna­bles à cet­te jeu­ne fem­me froi­de, réfri­gé­rée, fri­gi­de. Com­ment peut-elle enco­re être sa fille, cel­le-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absen­te, l’oreille col­lée au por­ta­ble, habillée en cro­que-mort, en noir et blanc, à la vie gri­se, vide de sens et de sou­ri­res ?

De ce nau­fra­ge annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­fo­que, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­din­gue, qui fout la hon­te à cet­te jeu­ne fem­me for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ris­tes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son uni­vers de mor­gue, armé d’une per­ru­que, de faus­ses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sour­de à la vie vivan­te, abs­trai­te com­me de l’art « contem­po­rain », mar­chan­di­se elle-même, au ser­vi­ce du mon­de mar­chand, de la finan­ce qui tue le tra­vail et les hom­mes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumiè­re de l’écran, des per­son­na­ges, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée com­me l’humanité tout entiè­re, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le mon­de rem­pla­cé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les mas­ques, dénon­ce les jeux de sur­fa­ce mina­bles, rap­pel­le à l’impé­rieu­se et pro­fon­de urgen­ce de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce mon­de du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lut­te des requins contre les sar­di­nes…

…n’allez sur­tout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­sis­te den­tai­re, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.

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Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cu­les de boues rou­ges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­dan­ne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc natio­nal des calan­ques (Bou­ches-du-Rhô­ne), inquiè­tent les spé­cia­lis­tes, mais aus­si les défen­seurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de ton­nes de « boues rou­ges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La minis­tre de l’Environnement, Ségo­lè­ne Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a impu­té à son Pre­mier minis­tre l’absence de lut­te contre ce fléau : elle assu­re avoir vou­lu les inter­di­re, mais que  « Manuel Valls a déci­dé le contrai­re ».  « C’est inad­mis­si­ble », assè­ne la minis­tre devant la camé­ra de « Tha­las­sa », dif­fu­sé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur Fran­ce 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­ven­ce-Alpes-Côte d’Azur a auto­ri­sé en décem­bre la socié­té Alteo à pour­sui­vre l’exploitation de ses usi­nes sur le site de Gar­dan­ne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lè­ne Royal, rap­pel­le Le Mon­de.

La déci­sion d’interdire ces déchets incom­be au chef du gou­ver­ne­ment, affir­me Ségo­lè­ne Royal :  « [Manuel Valls] a pris cet­te déci­sion. Il a don­né l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajou­te-t-elle.

[Sour­ce : Fran­cein­fo, 30/8/16]

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

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Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déser­té la toi­le ! Et pas de pro­tes­ta­tions… À sup­po­ser que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voi­ci une bon­ne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­ges­te. Com­me l’est l’actu et ce mon­de si mal en point. Enfin, conso­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­ti­que, la bon­ne, vraie, bien poli­ti­cien­ne. Voi­ci le temps béni de la mas­ca­ra­de (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépas­sés…

Nous som­mes début août à Mar­seille. La scè­ne se pas­se jus­te avant l’affaire du siè­cle, dite du bur­ki­ni.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­si­ve bai­gna­de pour rega­gner la Cor­ni­che et la voi­tu­re. Jetant un coup d’œil plon­geant sur la pla­ge où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Pla­ge du Pro­phè­te, tous les Mar­seillais connais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageu­ses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entiè­re­ment habillée en noir, bar­bo­tant, accro­chée à une bouée.

Lui (à ma droi­te) :

– Ah, com­me c’est beau et pai­si­ble ! Ces deux fem­mes si dif­fé­ren­tes et qui se bai­gnent ensem­ble com­me ça, sans pro­blè­mes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angé­li­que dans sa vision du mon­de. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tem­pê­tes et dis­pu­tailles…

Elle (à ma gau­che) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la pla­ce de la fem­me habillée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cet­te fem­me un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­ma­ge, mais enfin… Ce qui me contra­rie sur­tout c’est la sou­mis­sion à un ordre moral – reli­gieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi pas­sé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On mon­te dans l’auto et les por­tiè­res se refer­ment sur le débat à pei­ne amor­cé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juillet 2016. La mode s’empare du reli­gieux bana­li­sé, mar­chan­di­sé. Un pro­sé­ly­tis­me ordi­nai­re… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décré­tées par des mai­res – de quel droit au jus­te, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droi­te et d’extrême droi­te bran­dir le mot « laï­ci­té », com­me ils par­le­raient de cultu­re ou de fra­ter­ni­té… pour un peu je sor­ti­rais mon revol­ver (hep, c’est une ima­ge, hein, une réfé­ren­ce… cultu­rel­le ! 1) Car ils par­lent d’une cer­tai­ne laï­ci­té, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laï­ci­té cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tu­de en gros anti-musul­ma­ne, voi­re anti-ara­be.

Et puis il y eut cet­te décla­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces mai­res cen­seurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrê­tés, s’ils sont moti­vés par la volon­té d’encourager le vivre ensem­ble, sans arriè­re-pen­sée poli­ti­que. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le pre­mier minis­tre, en matiè­re d’arrière-pensée poli­ti­que ! Une autre bel­le occa­sion de se tai­re. 2

Par­lons-en de l’« arriè­re-pen­sée poli­ti­que » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­ti­que, à défaut de pen­sée réel­le, pro­fon­de, sin­cè­re, por­teu­se de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes poli­ti­ciens se gar­ga­ri­sent de Démo­cra­tie et de Répu­bli­que, avec majus­cu­les. Ain­si, quoi qu’ils décla­rent, ou éruc­tent, s’est selon, et spé­cia­le­ment sur ces regis­tres des inter­fé­ren­ces por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul pro­blé­ma­ti­que islam –, se trou­ve enra­ci­né dans l’arrière-monde poli­ti­cien des fameu­ses « arriè­re-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne sau­rait oublier que la par­tie de poker men­teur en vue de la pré­si­den­tiel­le de 2017 est for­te­ment enga­gée.

C’est pour­quoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la paro­le poli­ti­que ne par­vient plus à offrir le moin­dre cré­dit, à l’exception pos­si­ble, épou­van­ta­ble, des « vier­ges » de l’extrême droi­te, enco­re « jamais essayées » et, à ce titre, exer­çant leur séduc­tion auprès des élec­teurs échau­dés et revan­chards, ou incul­tes et incons­cients poli­ti­que­ment autant qu’historiquement. D’où les sur­en­chè­res ver­ba­les qui se suc­cè­dent en cas­ca­des. Ce sont les mêmes qui pour­raient éli­re un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­ti­ne en Rus­sie, un Erdo­gan en Tur­quie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres popu­lis­tes qui tra­ver­sent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La per­te de cré­dit des poli­ti­ciens expli­que en gran­de par­tie la gran­de fati­gue de la démo­cra­tie : pro­gres­sion des abs­ten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­san­te à l’égard des éli­tes consi­dé­rées com­me… éli­tis­tes, se regrou­pant et se repro­dui­sant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « déci­deurs » et des médias acca­pa­rés par les finan­ciers. Le tout, avec pour corol­lai­re la mon­tées des vio­len­ces urbai­nes et des inci­vis­mes ; les replie­ments et affron­te­ments com­mu­nau­ta­ris­tes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racis­me.

Tou­tes cho­ses qu’on peut essayer de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fier – com­me l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nen­ce » de ses pro­pos. Com­ment vou­loir orga­ni­ser la polis – la cité – si on renon­ce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplo­re la « bar­ba­rie » d’extrémistes reli­gieux en invo­quant l’« obs­cu­ran­tis­me », on n’explique en rien la déri­ve vers l’extrême vio­len­ce des sys­tè­mes reli­gieux – isla­mis­tes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumiè­re ne fait pas reve­nir la clar­té. C’est ici que je pla­ce « mon » Bos­suet, ce bigot éru­dit : « Dieu se rit des hom­mes qui déplo­rent les effets dont ils ché­ris­sent les cau­ses » 5 … Dieu se mar­re, moi avec : je ris jau­ne tout de même. De ma fenê­tre, les reli­gions sont une des cau­ses pre­miè­res des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croyan­ces fra­tri­ci­des, ou plu­tôt homi­ci­des et géno­ci­des ; les­quel­les génè­rent les injus­ti­ces et les dérè­gle­ments sociaux qui ali­men­tent l’autre série des « cau­ses pre­miè­res » de la vio­len­ce intra espè­ce humai­ne. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je consi­dè­re aus­si le nazis­me et le sta­li­nis­me sous l’angle des phé­no­mè­nes reli­gieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accu­ser la Répu­bli­que de tous les maux, jusqu’à vou­loir l’abattre, au nom d’un pas­sé colo­nial inex­pia­ble, qui vau­drait malé­dic­tion éter­nel­le aux géné­ra­tions sui­van­tes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revan­che, la hai­ne et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­ma­nes » com­me Les Indi­gè­nes de la Répu­bli­que par­lant de « lut­te des races socia­les » tout en qua­li­fiant ses res­pon­sa­bles de sou­chiens – néo­lo­gis­me jouant per­fi­de­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et vou­lant en même temps dési­gner les « Fran­çais de sou­che » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­la­ge du Cap cor­se qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine magh­ré­bi­ne et des Cor­ses… d’origine. Je n’y étais pas, cer­tes, et ne puis que me réfé­rer à ce que j’en ai lu, et en par­ti­cu­lier au rap­port du pro­cu­reur de la Res publicæ – au nom de la Cho­se publi­que. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une pla­ge pour une fête, « en une sor­te de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plai­re aux seconds… Tan­dis que des pho­tos étaient pri­ses, incluant des fem­mes voi­lées au bain… Cas­ta­gnes, cinq bles­sés, poli­ce, voi­tu­res incen­diées. Pour résu­mer : une his­toi­re de ter­ri­toi­re, de concep­tion socié­ta­le, de cultu­re.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lis­me se nour­rit aus­si de bien des naï­ve­tés. Sur­tout, il est vrai, auprès d’une cer­tai­ne gau­che d’autant plus volon­tiers accueillan­te que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cor­ses sont des insu­lai­res [Excu­sez le pléo­nas­me…] et, com­me tels, his­to­ri­que­ment, ont eu à connaî­tre, à redou­ter, à com­bat­tre les mul­ti­ples enva­his­seurs, des bar­ba­res – au sens des Grecs et des Romains : des étran­gers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appe­lait les Sar­ra­sins et les Otto­mans, autre­ment dit des Ara­bes et des Turcs. D’où les nom­breu­ses tours de guet, génoi­ses et autres, qui par­sè­ment le lit­to­ral cor­se, com­me à Sis­co. Des monu­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce pas­sé dans la dure­té de la pier­re autant que dans les mémoi­res et les men­ta­li­tés – même éty­mo­lo­gie que monu­ment !

Ain­si les Cor­ses demeu­rent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toi­re et, par delà, de leurs par­ti­cu­la­ris­mes, sou­vent culti­vés à l’excès, jusqu’aux natio­na­lis­mes divers et ses varian­tes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racis­me [Enre­gis­tré après l’affaire de Sis­co, un témoi­gna­ge affli­geant de hai­ne en attes­te ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­lai­res, selon leur pro­pre his­toi­re : « expor­tés » par l’Histoire (il ne s’agit nul­le­ment de nier la réa­li­té et les effets du colo­nia­lis­me) et en par­ti­cu­lier les migra­tions éco­no­mi­ques, ain­si deve­nus insu­lai­res, c’est-à-dire iso­lés de leur pro­pre cultu­re et sur­tout de leur reli­gion. Tan­dis que la récen­te mon­dia­li­sa­tion, tel­le une tem­pê­te pla­né­tai­re, relan­ce avec vio­len­ce les « chocs des cultu­res » – je ne dis pas, exprès « civi­li­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mili­tai­re de l’Occident dans le mon­de musul­man, sous la hou­let­te des Bush et des néo-conser­va­teurs états-uniens a consti­tué un cata­clys­me géo­po­li­ti­que ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le riva­ge cor­se de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en bur­ki­ni.

Retour donc au fameux bur­ki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénon­çant le rac­cour­ci par lequel des mai­res lient le port du bur­ki­ni au ter­ro­ris­me, ajou­te dans son com­mu­ni­qué : « Quel que soit le juge­ment que l’on por­te sur le signi­fiant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à fai­re de l’espace public un espa­ce régle­men­té selon cer­tains codes et à igno­rer la liber­té de choix de cha­cun qui doit être res­pec­tée. Après le « bur­ki­ni » quel autre attri­but ves­ti­men­tai­re, quel­le atti­tu­de, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des pré­ju­gés de tel ou tel mai­re ? Ces mani­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et contri­buent à légi­ti­mer ceux et cel­les qui regar­dent les Fran­çais musul­mans com­me un corps étran­ger à la nation. »

Pour la LDDH, cer­tes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de pré­ser­ver le prin­ci­pe démo­cra­ti­que pre­mier, celui de la liber­té : d’aller et venir, de pen­ser, de prier, de dan­ser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucu­ne des liber­tés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des fem­mes dans le vête­ment, enten­dent défen­dre le libre choix de cha­cun.

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Les Ira­niens sont de plus en plus nom­breux à poser avec, sur la tête, le voi­le de leur fian­cée, de leur épou­se, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le bur­ki­ni n’est pas l’équivalent symé­tri­que­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mu­le com­me « quel que soit le signi­fiant… » ; cet­te tenue expri­me en effet un conte­nu reli­gieux affir­mé, reven­di­qué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relè­ve de la mode, ou seule­ment de la mar­chan­di­se ves­ti­men­tai­re. Il est aus­si vrai que le bur­ki­ni a été inven­té et lan­cé par des acteurs de la mode et que son com­mer­ce atteint aujourd’hui des som­mets et que, com­me tel, son conte­nu reli­gieux sem­ble tout rela­tif… Ain­si, bur­ki­ni et biki­ni ne pré­sen­te­raient pas qu’une proxi­mi­té lexi­ca­le, ils par­ta­ge­raient une fonc­tion éro­ti­que sem­bla­ble par une mise en valeur du corps fémi­nin com­me le font le ciné­ma et la pho­to por­no­gra­phi­ques, pas seule­ment par la nudi­té crue, mais aus­si par le mou­la­ge des for­mes sous des vête­ments mouillés. Le pro­blè­me demeu­re cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du reli­gieux dans le corps de la fem­me et dans sa liber­té. Par delà, il pous­se le glai­ve des dji­ha­dis­tes dans le corps si fra­gi­li­sé des démo­cra­ties « mécréan­tes », inci­tant à des affron­te­ments de type eth­ni­ques et com­mu­nau­tai­res, met­tant à bas l’idéal du « vivre ensem­ble », pré­lu­des à la guer­re civi­le. Une tel­le hypo­thè­se – cel­le de l’État isla­mi­que – peut sem­bler invrai­sem­bla­ble. Elle n’est nul­le­ment écar­tée par les voix par­mi les plus éclai­rées d’intellectuels de cultu­re musul­ma­ne. C’est le cas des écri­vains algé­riens com­me Kamel Daoud et Boua­lem San­sal ou com­me le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce sta­de de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ran­ger…), quel­les solu­tions envi­sa­ger pour désa­mor­cer ce pré­lu­de à la guer­re civi­le aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant uni­que selon les mono­théis­mes – le judaïs­me, reli­gion du par­ti­cu­lier eth­ni­que, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polé­mi­que, ayant assez à fai­re avec l’usage public de la kip­pa… ; et le boud­dhis­me tota­le­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais ten­té d’en appe­ler à la stric­te laï­ci­té « à la fran­çai­se », selon la loi de 1905, com­me solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les conflits : pas de signes reli­gieux (disons osten­ta­toi­res) dans l’espace public. On note­ra à ce sujet que les tolé­ran­ces actuel­les des reli­gions par rap­port aux mœurs demeu­rent rela­ti­ves, récen­tes et fra­gi­les – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famil­le pour tous et du cler­gé catho­li­que, pour ne par­ler que de la Fran­ce ! Donc pré­fé­rer la Laï­ci­té pour tous afin que les vaches soient bien gar­dées… Au delà de la bou­ta­de, il est vrai que le ris­que demeu­re pour les fem­mes musul­ma­nes de se voir exclues tota­le­ment de l’espace public, et des pla­ges en par­ti­cu­lier. À elles alors de se rebel­ler, y com­pris et peut-être d’abord contre leurs domi­na­teurs mâles, obsé­dés sexuels tra­vaillés par un appa­reil reli­gieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne pré­fè­rent l’état de ser­vi­tu­de, lequel rele­vant de la sphè­re pri­vée, loin de tout pro­sé­ly­tis­me au ser­vi­ce d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vi­du, hom­me, fem­me, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est faci­le… Elle a valu et vaut tou­jours pour les fem­mes qui, dans le mon­de, sont tout jus­te par­ve­nues à se libé­rer, ou même par­tiel­le­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cau­se – le plus sou­vent sous la pres­sion reli­gieu­se plus ou moins direc­te. Elles se sont sou­le­vées dans le mon­de isla­mi­sé et conti­nuent de le fai­re, en avant-gar­des mino­ri­tai­res, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arri­ve même d’être sou­te­nues par des hom­mes. Com­me actuel­le­ment en Iran, avec cet­te cam­pa­gne appuyée par des pho­tos où des hom­mes appa­rais­sent voi­lés aux côtés de fem­mes têtes nues. J’ai failli écri­re « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appré­cier ce billet de Sophia Aram, lun­di sur Fran­ce inter. Indis­pen­sa­ble, cou­ra­geu­se, pétillan­te Sophia – la sage ico­no­clas­te. Mais « gro­tes­que », cet­te affai­re ? Puis­se-t-elle dire vrai !

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Notes:

  1. Dans une piè­ce de Hanns Johst, dra­ma­tur­ge alle­mand nazi, la cita­tion exac­te : « Quand j’entends par­ler de cultu­re... je relâ­che la sécu­ri­té de mon Brow­ning ! »
  2. Par­mi ces mai­res, celui de Vil­le­neu­ve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favo­ra­ble au réta­blis­se­ment de la pei­ne de mort… convain­cu du rôle posi­tif de la colo­ni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoi­là le « sar­ko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gi­ni­sé à droi­te tou­te. Deux de ses idées d’enfer : « Tou­te occu­pa­tion illi­ci­te de pla­ce sera immé­dia­te­ment empê­chée, et les zadis­tes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publi­que à la sui­te d’une mani­fes­ta­tion à laquel­le ils auraient appe­lé, les syn­di­ca­lis­tes devront régler les dom­ma­ges sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quel­le reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédoua­ner de tout extré­mis­me vio­lent ?
  5. Cita­tion attri­buée à Bos­suet, évê­que de Meaux (avant Copé), pré­di­ca­teur, 1627-1704.
  6. Je ne sou­hai­te pas ici débor­der sur la contro­ver­se autour du livre de Samuel Hun­ting­ton, Le Choc des civi­li­sa­tions, paru en 1997.

  • « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    Vous pou­vez aus­si régler par chè­que à Gérard Pon­thieu 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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