On n'est pas des moutons

Mot-clé: Japon

Un peu d’air, de senteurs, de hauteur…

La BBC a deman­dé au réa­li­sa­teur de docu­men­tai­res Jack Johns­ton d’aller fil­mer le prin­temps au Japon avec son dro­ne. Et qui dit prin­temps au Japon, dit ceri­siers en fleurs. Pour­vu qu’on aille vers le Temps des ceri­ses ! [Pas­sez en plein écran : on s’y croi­rait !]


Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En pro­ve­nan­ce du Japon, la nou­vel­le n’a pas ému nos médias : la région où se trou­ve la plus puis­san­te cen­tra­le ato­mi­que du mon­de, Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être diri­gée par un gou­ver­neur anti­nu­cléai­re. Ce qui rebat les car­tes de l’énergie ato­mi­que – pas seule­ment au Japon.

Ryui­chi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­por­té, hier diman­che, les élec­tions dans la pré­fec­tu­re de Nii­ga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­ver­neur étant requi­se pour la remi­se en ser­vi­ce des réac­teurs arrê­tés depuis Fuku­shi­ma, cet­te nou­vel­le don­ne consti­tue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espé­rait sau­ver ses finan­ces en relan­çant ces sept réac­teurs, les seuls lui res­tant après l’arrêt des deux cen­tra­les de Fuku­shi­ma, sui­te à la catas­tro­phe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bour­se de Tokyo (la plus for­te chu­te du Nik­kei : -7,89% à 385 yens).

La cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séis­me en juillet 2007 qui avait pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve. Depuis, alors que la cen­tra­le est tou­jours à l’arrêt, huit incen­dies se sont décla­rés dans les dif­fé­ren­tes uni­tés [Sour­ce : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les auto­ri­tés ont don­né le feu vert en février 2009 pour le redé­mar­ra­ge (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

japon_nucleaire

La cen­tra­le nucléai­re de Kashi­wa­sa­ki a frô­lé le désas­tre lors du séis­me du 16 juillet 2007 qui a pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve pré­fi­gu­rant la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agen­ce inter­na­tio­na­le pour l’énergie ato­mi­que (AIEA) avait alors dépê­ché une mis­sion diri­gée par le Fran­çais Phi­lip­pe Jamet, haut diri­geant de l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re fran­çai­se (ASN). Le rap­port publié s’était conten­té de quel­ques recom­man­da­tions ano­di­nes, assu­rant que les cen­tra­les japo­nai­ses pou­vaient résis­ter à tout évé­ne­ment sis­mi­que ou cli­ma­ti­que. La catas­tro­phe de Fuku­shi­ma a dra­ma­ti­que­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléai­res japo­nais sont en ser­vi­ce mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléai­re) Shin­zo Abe use de tou­tes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­ra­ge d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la popu­la­tion.

Ces réou­ver­tu­res sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­ti­ce ou par le veto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voi­là pour­quoi l’élection de Ryui­chi Yoneya­ma à la tête de la région de Nii­ga­ta est un coup ter­ri­ble por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléai­res (et au cours en bour­se de Tep­co) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remi­se en ser­vi­ce des sept réac­teurs de Kashi­wa­sa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vi­ce devront s’arrêter pour main­te­nan­ce et, com­me ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléai­re. Si 130 mil­lions de Japo­nais peu­vent vivre sans nucléai­re, com­ment pré­ten­dre enco­re que c’est « impos­si­ble » pour deux fois moins de Fran­çais ? 2

Notons enco­re que cet­te élec­tion et ses consé­quen­ces consti­tuent une mau­vai­se nou­vel­le pour les nucléa­ris­tes fran­çais – entre autres – et en par­ti­cu­lier pour EDF et Are­va qui misent sur le retour de la droi­te au pou­voir pour relan­cer leur offen­si­ve sur le mar­ché mon­dial de l’énergie, y com­pris en Fran­ce, bien enten­du !

C’est vrai­sem­bla­ble­ment pour cet­te rai­son de pros­pec­ti­ve poli­ti­que (pour ne pas dire de pro­ba­bi­li­té) qu’EDF s’est enga­gée, dans un contrat fran­co-chi­nois, à livrer à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­pa­ge du calen­drier et des coûts – deux réac­teurs nucléai­res EPR de 1 650 méga­watts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chan­tiers EPR en cours déra­pent sur les coûts et les délais, et que les finan­ces de l’entreprise fran­çai­se sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut pren­dre la mesu­re de cet­te arro­gan­ce lors d’un débat télé­vi­sé de « C dans l’air » dif­fu­sé sur la Cinq en 2007, peu après le séis­me qui avait secoué la cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki. Débat auquel par­ti­ci­pait Sté­pha­ne Lhom­me, de l’Obser­va­toi­re du Nucléai­re, pré­co­ni­sant la fer­me­tu­re d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tcher­no­byl. Aver­tis­se­ment bien sûr non pris en comp­te. À pei­ne qua­tre ans plus tard, c’était Fuku­shi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on res­sort le contre argu­ment de l’effet cli­ma­ti­que (tant nié par les mêmes avant son évi­den­ce) pro­vo­qué par les éner­gies fos­si­les. Tan­dis que le « tout nucléai­re » a frei­né le déve­lop­pe­ment, en Fran­ce notam­ment, des éner­gies alter­na­ti­ves renou­ve­la­bles.

Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­tra­le de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heu­re fran­çai­se] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un por­te-paro­le de la com­pa­gnie japo­nai­se Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, qua­tre ans et cinq mois après la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­nai­ses pas­sent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­po­ne, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­da­ges, 60 % des Japo­nais demeu­rent hos­ti­les à l’énergie nucléai­re.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cet­te remi­se en ser­vi­ce d’installations nucléai­res est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­mi­ques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en gran­de par­tie à la fac­tu­re d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­tra­les ther­mi­ques. Des argu­ments… éco­lo­gi­ques sont aus­si mis en avant, sur le regis­tre de la réduc­tion des gaz à effet de ser­re émis par les cen­tra­les au gaz, au pétro­le ou au char­bon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­ti­les à ce redé­mar­ra­ge – qui inter­vient en plein dans les vacan­ces d’été – et à quel­ques jours des céré­mo­nies du soixan­te-dixiè­me anni­ver­sai­re des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier minis­tre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléai­re, a qua­li­fié cet­te mise en ser­vi­ce d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux por­tes de la cen­tra­le de Sen­dai et devant la rési­den­ce du pre­mier minis­tre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vi­ce, tan­dis qu’une ving­tai­ne se pré­pa­rent aus­si à redé­mar­rer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ris­tes de la pla­nè­te sur laquel­le quel­que 76 réac­teurs nucléai­res sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses sui­tes : http://www.fukushima-blog.com/


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaî­ne humai­ne dans la val­lée du Rhô­ne - Pro­ven­ce-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion éner­gé­ti­que sans nucléai­re !

Pro­gram­me et iti­né­rai­re :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinis­tre anni­ver­sai­re que ce qua­triè­me mar­quant la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de ter­re d’une magni­tu­de 9 se pro­duit, endom­ma­geant la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres géné­rée par le séis­me atteint la cen­tra­le de Fuku­shi­ma Daii­chi, construi­te à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-des­sus du niveau de la mer. Pour Fuku­shi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait construit un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsu­na­mi de 5,7 mètres de haut maxi­mum. Trois des six réac­teurs se met­tent à l’arrêt auto­ma­ti­que. Tan­dis que les sys­tè­mes de refroi­dis­se­ment tom­bent en pan­ne, ain­si que les grou­pes élec­tro­gè­nes de secours.

Et c’est la catas­tro­phe majeu­re : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incen­dies des encein­tes 1 à 4, dis­per­sions radio­ac­ti­ves dépas­sant 300 fois la nor­me admis­si­ble, conta­mi­na­tion sur un rayon de plus de 80 km, dépla­ce­ment de mil­liers de rive­rains, rejet d’eau for­te­ment radio­ac­ti­ve dans le Paci­fi­que, situa­tion incon­trô­la­ble de l’ensemble des ins­tal­la­tions – et nul­le­ment sta­bi­li­sée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été ame­nés sur pla­ce – dans des condi­tions cri­ti­ques, et très cri­ti­quées – pour ten­ter de « col­ma­ter les brè­ches » d’un chan­tier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voi­ci un ins­tan­ta­né concer­nant la situa­tion des « lqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, tel­le que rap­por­tée par le blog Fuku­shi­ma 福島第 consa­cré entiè­re­ment à la catas­tro­phe nucléai­re et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le mon­de.

fukushima

L’étendue du sinis­tre

Le 19 jan­vier, à la cen­tra­le nucléai­re n°1 de Fuku­shi­ma, un tra­vailleur est tom­bé du bas­sin et il est mort, et à la cen­tra­le nucléai­re n° 2, le 20 jan­vier, un autre tra­vailleur est mort éga­le­ment, écra­sé sous une machi­ne. En 2014, jusqu’à fin novem­bre, 40 tra­vailleurs ont été bles­sés. Ce chif­fre est trois fois plus impor­tant que l’année der­niè­re.

Main­te­nant, dans la cen­tra­le nucléai­re n°1, tra­vaillent cha­que jour 6.000 per­son­nes. Il man­que non seule­ment des for­ces de tra­vail, mais aus­si la qua­li­té du tra­vail. Un tra­vailleur témoi­gne :  « Il man­que cer­tes des tra­vailleurs, mais tout aus­si gra­ve est le man­que de tra­vailleurs expé­ri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvriers expé­ri­men­tés qui tra­vaillaient avant l’accident, car leur nor­me d’exposition était dépas­sée. Main­te­nant, la poli­ti­que de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­si­ble et à moin­dre coût. Sa poli­ti­que axée sur le seul pro­fit engen­dre des acci­dents. »

Extrait d’un arti­cle paru dans le jour­nal Fuku­shi­ma Min­jū le 11 décem­bre 2014 :

«Je suis sans famil­le, donc je peux sub­ve­nir à mes besoins, mais si j’avais  de la famil­le, il me serait dif­fi­ci­le de la nour­rir », a décla­ré un hom­me de 50 ans qui tra­vaille à la cen­tra­le n°1 depuis trois ans déjà. Aupa­ra­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construc­tion de réser­voirs pour l’eau conta­mi­née, mais main­te­nant il trans­por­te l’eau conta­mi­née qui s’est accu­mu­lée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salai­re est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

« La radio­ac­ti­vi­té dans la cen­tra­le est enco­re si for­te qu’il por­te un vête­ment de pro­tec­tion et un mas­que qui lui cou­vre tou­te la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se dépla­cer faci­le­ment, c’est pour­quoi un tra­vail d’une heu­re et demie est sa limi­te mais, en rai­son de la lon­gueur des pro­cé­du­res pour péné­trer dans l’usine et en sor­tir et à cau­se des pré­pa­ra­tifs, il prend la rou­te à 5 heu­res du matin, depuis son appar­te­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­tra­le, et il ren­tre chez lui seule­ment dans la soi­rée. Il par­ta­ge sa cham­bre avec quel­ques per­son­nes. […]

« Au cours du der­nier mois, il a été expo­sé à 1,8 mil­li­sie­vert de radio­ac­ti­vi­té. Il est léga­le­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être expo­sés à un maxi­mum de 50 mil­li­sie­verts par an, cepen­dant de nom­breu­ses entre­pri­ses ont leur pro­pre nor­me par exem­ple de 20 mil­li­sie­verts, donc s’il tra­vaille et se trou­ve expo­sé à ce ryth­me, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le public a com­men­cé  à se dés­in­té­res­ser de l’accident nucléai­re, mais des tra­vaux plus dan­ge­reux se mul­ti­plie­ront cer­tai­ne­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je sou­hai­te que l’on puis­se connaî­tre ce fait « . »

Craintes de maladies

« Tep­co a enquê­té chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­tra­le nucléai­re n°1 en août et sep­tem­bre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­tra­le, et leur plus gran­de crain­te était l’éventualité d’une mala­die due à la radio­ac­ti­vi­té. Le minis­tè­re a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­tra­les ont davan­ta­ge de ris­ques de can­cers de la ves­sie, du pou­mon et du pha­rynx lorsqu’ils sont expo­sés à plus de 100 mil­li­sie­verts.

« Cepen­dant il est étran­ge que l’Autorité de régu­la­tion nucléai­re pré­voit d’aug­men­ter la nor­me maxi­ma­le d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­li­sie­verts. Le res­pon­sa­ble a dit:  « La nor­me inter­na­tio­na­le est com­pri­se entre 250 et 500 mil­li­sie­verts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arri­ve un acci­dent de même niveau qu’à Fuku­shi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion maxi­ma­le de 250 mil­li­sie­verts. »

Prolifération des déchets contaminés

fukushima

L’étendue des déchets

« Main­te­nant, on a com­men­cé à déman­te­ler les qua­tre réac­teurs de la cen­tra­le nucléai­re n°1. Tous les déchets, tels que mor­ceaux de béton des réac­teurs détruits et arbres abat­tus pour fai­re pla­ce aux réser­voirs sont for­te­ment radio­ac­tifs. On n’a pas le droit de les trans­por­ter à l’extérieur, de sor­te que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  pré­voit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 ton­nes de déchets conta­mi­nés. Déjà 200.000 ton­nes de déchets ont com­men­cé à arri­ver, qui occu­pent 60% de l’espace de sto­cka­ge.

« Les tra­vailleurs des cen­tra­les por­tent un cas­que, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plu­sieurs autres effets. On réuti­li­se casques,masques et chaus­su­res, mais on jet­te les autres arti­cles. On les met  dans de gran­des cais­ses et on en fait des mon­ti­cu­les à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co pré­voit de les brû­ler et d’en rédui­re la quan­ti­té, mais n’y par­vien­dra pas, car le nom­bre de tra­vailleurs est de plus en plus grand. »


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une bou­le en bois. Une idée fol­le, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­ti­que. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musi­cal.

Des Japo­nais ont ain­si construit (et fil­mé) en plei­ne forêt un xylo­pho­ne en pen­te, qu’une bou­le en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeu­re » de Jean-Sébas­tien Bach.

Une per­for­man­ce extra­or­di­nai­re lors­que l’on sait que la lon­gueur de cha­que lamel­le, taillée en V pour main­te­nir la bal­le, doit être cal­cu­lée pour jouer la bon­ne note et la bon­ne durée.


Nucléaire. La probabilité d’un accident en France serait de 50% pour le parc actuel

Sur la base du constat des acci­dents majeurs sur­ve­nus dans l’industrie nucléai­re ces tren­te der­niè­res années, on devrait sta­tis­ti­que­ment connaî­tre un acci­dent de ce type dans l’Union euro­péen­ne au cours de la vie du parc actuel, avec une pro­ba­bi­li­té de 50% de voir cet acci­dent majeur se pro­dui­re en Fran­ce. C’est en tout cas ce que démon­trent Ber­nard Lapon­che, phy­si­cien nucléai­re, expert en poli­ti­ques de l’énergie, et Ben­ja­min Des­sus, ingé­nieur et éco­no­mis­te, dans un arti­cle publié sur le site de Glo­bal Chan­ce. Cet­te asso­cia­tion regrou­pe des scien­ti­fi­ques et des experts convain­cus qu’un déve­lop­pe­ment mon­dial plus équi­li­bré peut et doit résul­ter de la pri­se de conscien­ce crois­san­te des mena­ces qui pèsent sur l’environnement glo­bal. Ce tex­te a déjà été publié dans Libé­ra­tion et dans Poli­tis. Il est assez impor­tant pour méri­ter une lar­ge dif­fu­sion.

Accident nucléaire : une certitude statistique

Le ris­que d’accident majeur dans une cen­tra­le nucléai­re a été consi­dé­ré com­me la com­bi­nai­son d’un évé­ne­ment d’une gra­vi­té extrê­me et d’une très fai­ble pro­ba­bi­li­té d’occurrence. Cer­tes, la mul­ti­pli­ca­tion de zéro par l’infini pose quel­ques pro­blè­mes mais les pro­mo­teurs du nucléai­re, met­tant en avant cet­te très fai­ble pro­ba­bi­li­té, affir­maient qu’il n’y avait aucun dan­ger. Si la gra­vi­té des consé­quen­ces d’un tel acci­dent a bien été confir­mée par Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma, que peut-on dire aujourd’hui de la pro­ba­bi­li­té de son occur­ren­ce ?

Il y a deux métho­des pour esti­mer la pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent : la métho­de théo­ri­que, qui consis­te à la cal­cu­ler sur la base de scé­na­rios de simu­la­tion d’accidents pre­nant en comp­te les sys­tè­mes de défen­se et les ris­ques de dys­fonc­tion­ne­ment, et la métho­de expé­ri­men­ta­le, qui consis­te à pren­dre en comp­te les acci­dents sur­ve­nus, ce que l’on fait par exem­ple pour les acci­dents de voi­tu­re. Les résul­tats de l’approche théo­ri­que, issus des tra­vaux des experts de la sûre­té nucléai­re, dis­tin­guent, pour les cen­tra­les actuel­le­ment en fonc­tion­ne­ment dans le mon­de, deux types d’accidents : « l’accident gra­ve » avec fusion du cœur du réac­teur, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour 100 000 « années-réac­teur » (un réac­teur fonc­tion­nant pen­dant un an) et « l’accident majeur », acci­dent gra­ve non maî­tri­sé et condui­sant à d’importants relâ­che­ments de radio­ac­ti­vi­té, dont la pro­ba­bi­li­té serait de moins de un pour un mil­lion d’années-réacteur.

(Lire la sui­te…)


Nucléaire-Fukushima. La France contaminée deux jours avant la date officielle, selon la CRIIRAD

TCHERNOBYL BIS REPETITA ? La CRIIRAD (Com­mis­sion de Recher­che et d’Information Indé­pen­dan­tes sur la Radio­ac­ti­vi­té) vient de publier la car­te qui prou­ve que la Fran­ce a été conta­mi­née dès le 22 mars 2011, dix jours après le début de la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma et deux jours avant la date offi­ciel­le­ment avan­cée :
1/  les mas­ses d’air conta­mi­né par les rejets radio­ac­tifs de la cen­tra­le nucléai­re de FUKUSHIMA DAIICHI sont arri­vées 2 jours avant la date indi­quée par l’Institut de Radio­pro­tec­tion et de Sûre­té Nucléai­re (IRSN) ;

2/  elles ont affec­té les trois quarts de la Fran­ce (et non pas le seul som­met du Puy-de-Dôme) ;
3/ l’activité de l’iode 131 par­ti­cu­lai­re était plus de 20 fois supé­rieu­re à cel­le annon­cée pour le 24 mars.
Ni l’IRSN, ni les grands exploi­tants du nucléai­re, ne pou­vaient l’ignorer. Omis­sion invo­lon­tai­re (mais invrai­sem­bla­ble) ou déli­bé­rée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a sai­si le Pre­mier minis­tre et le pré­si­dent de l’Autorité de Sûre­té Nucléai­re d’une deman­de d’enquête sur la chro­no­lo­gie des faits et les dif­fé­rents niveaux de res­pon­sa­bi­li­tés.
Plus d’information : http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

CRIIRAD : : asso@criirad.org
Site web : www.criirad.org


Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont pas­sé. Une espè­ce de suai­re média­ti­que a com­men­cé à enve­lop­per Fuku­shi­ma, ses qua­tre réac­teurs sinis­trés, la région et tout le Japon dans son dra­me. Une cha­pe de silen­ce tend à œuvrer afin de main­te­nir dans son coma tout un modè­le de socié­té basé sur le tou­jours plus, com­me si la fin des temps humains ne s’en trou­vait pas hâtée. Un temps de cen­dres pour­tant tou­jours des plus radio­ac­ti­ves.

 

Dans la sui­te 36 de sa chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re, Domi­ni­que Leglu, direc­tri­ce de la rédac­tion du maga­zi­ne Scien­ces et ave­nir, se mon­tre car­ré­ment alar­man­te : « On s’en dou­tait depuis long­temps, mais voir la cho­se admi­se par l’opérateur Tep­co de la cen­tra­le Fuku­shi­ma fait un effet sidé­rant : le cœur fon­du du réac­teur n°1 a per­cé sa cuve en de mul­ti­ples endroits ! Ou pour le dire avec les cir­con­vo­lu­tions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le com­bus­ti­ble  nucléai­re fon­du au fond de la cuve du réac­teur n°1 ».

 

 

« C’est, en clair, l’accident maxi­mal pour un réac­teur de ce type. L’enceinte ulti­me, autre­ment dit la cuve pres­su­ri­sée dans laquel­le est enfer­mé le com­bus­ti­ble nucléai­re, cuve cen­sée être le der­nier rem­part contre l’émission de radio­ac­ti­vi­té vers l’extérieur, est rom­pue ! »

 

Il s’avère en effet que de nom­breu­ses sou­du­res n’ont pas résis­té aux très hau­tes tem­pé­ra­tu­res dues à la fon­te du réac­teur, ain­si qu’à une cor­ro­sion inten­se cau­sée par le sel de l’eau de mer employée pour les ten­ta­ti­ves de refroi­dis­se­ment. L’inox uti­li­sé dans les cuves des réac­teurs « se retrou­ve aus­si ailleurs dans la cen­tra­le, notam­ment dans les casiers des assem­bla­ges de com­bus­ti­bles (dans les pis­ci­nes qui ont été dra­ma­ti­que­ment endom­ma­gées – en par­ti­cu­lier dans les uni­tés 3 et 4 ».

 

En fait, pour­suit Domi­ni­que Leglu, « on se deman­de si tous les réac­teurs (pas seule­ment le n°1 mais peut-être aus­si les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tom­ber en miet­tes » – leurs struc­tu­res métal­li­ques étant de plus en plus défaillan­tes, après que les struc­tu­res en béton ont été ébran­lées et fis­su­rées lors des explo­sions qui ont eu lieu dès les pre­miers jours de la catas­tro­phe. »

 

La jour­na­lis­te de Scien­ces et ave­nir met aus­si en dou­te la pré­ten­tion d’Areva à « décon­ta­mi­ner l’eau qui a abon­dam­ment ser­vi à refroi­dir les réac­teurs et les pis­ci­nes et ins­tal­ler un cir­cuit fer­mé pour la ré-uti­li­ser. Com­ment fai­re un cir­cuit fer­mé avec une (des) cuve(s) de réac­teur transformée(s)  en pas­soi­re ? Sur­tout, com­ment s’approcher de ces lieux extrê­me­ment radio­ac­tifs – vu la non étan­chéi­té de l’ensemble - pour éven­tuel­le­ment « rebou­cher » les trous ? Qui va s’approcher ? »

 

Et de conclu­re : « Deux mois après la catas­tro­phe, on se deman­de enco­re autre cho­se : pen­dant com­bien de mois (d’années ?) va-t-il fal­loir conti­nuer à refroi­dir les lieux, accu­mu­lant tou­jours plus d’eau conta­mi­née. Cela signi­fie-t-il qu’il va fal­loir reje­ter à nou­veau cel­le-ci « volon­tai­re­ment » dans l’océan, com­me cela a été fait pour plus de 10 000 ton­nes (eau dite alors « fai­ble­ment conta­mi­née ») il y a quel­ques semai­nes ? C’est un véri­ta­ble cau­che­mar qui conti­nue. »

 

D’autre part, selon une dépê­che de l’AFP du 29 avril, un conseiller scien­ti­fi­que du pre­mier minis­tre japo­nais, le pro­fes­seur Toshi­so Kosa­ko, a pré­sen­té sa démis­sion « en lar­mes » lors d’une confé­ren­ce de pres­se, « en rai­son de désac­cords sur la ges­tion de la cen­tra­le nucléai­re acci­den­tée de Fuku­shi­ma ». La rai­son essen­tiel­le de cet­te démis­sion est due au fait que le gou­ver­ne­ment a envi­sa­gé un relè­ve­ment du taux admis­si­ble de radio­ac­ti­vi­té dans les éco­les, sur les aires de jeux. Alors que « la limi­te était jusqu’à pré­sent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une sour­ce uni­ver­si­tai­re japo­nai­se, l’intention est de la fai­re pas­ser à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les pro­fes­sion­nels du nucléai­re en Fran­ce.


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

26 avril 1986, catas­tro­phe de Tcher­no­byl. Voi­là vingt-cinq ans. Une réfé­ren­ce pour la fameu­se échel­le INES, attein­te à son niveau 7, le plus éle­vé. Attein­tes humai­nes et envi­ron­ne­men­ta­les incal­cu­la­bles – des vic­ti­mes par cen­tai­nes de mil­liers, décé­dées ou mala­des ; un ter­ri­toi­re grand com­me la Suis­se ren­du invi­va­ble à jamais… Un quart de siè­cle plus tard, la cen­tra­le japo­nai­se de Fuku­shi­ma entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­tro­phe ». « On » pré­fè­re euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le mira­cle du dieu Tech­ni­que. « On » : nucléo­cra­tes et poli­ti­ques fon­dus dans le même mou­le du ren­de­ment éco­no­mi­que, de cet­te ren­ta­bi­li­té dans laquel­le le fac­teur humain ne consti­tue qu’une varia­ble par­mi d’autres. Sauf que la « varia­ble » humai­ne pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excu­se sovié­ti­que » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­ni­que infé­rieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­ri­té occi­den­ta­le », cel­le des cen­tra­les de concep­tion états-unien­ne ins­tal­lées au Japon, com­me en Fran­ce d’ailleurs, a donc appor­té la preu­ve de ses pro­pres limi­tes, met­tant à bas le dog­me de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine bié­lo­rus­se Svet­la­na Alexievitch,  «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se»

La catas­tro­phe de Fuku­shi­ma aura sans dou­te – quoi qu’il en soit de ses consé­quen­ces – per­mis de bat­tre en brè­che l’omerta nucléa­ris­te. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dog­mes tech­ni­cis­tes, mais aus­si les choix éner­gé­ti­ques fon­da­men­taux, les poli­ti­ques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-même pri­se la main dans le sac du secret, du men­son­ge, de la for­fai­tu­re. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléai­re est affai­re trop dan­ge­reu­se pour la lais­ser aux mains des nucléo­cra­tes !)

Même à armes inéga­les, le débat sur les choix éner­gé­ti­ques et de socié­té a été for­te­ment réac­ti­vé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléai­re, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-trai­tan­ce. Cet­te pra­ti­que de for­me escla­va­gis­te – cet­te mal-trai­tan­ce – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vi­ces publics en géné­ral. Ain­si EDF en est-elle venue à se désen­ga­ger en quel­que sor­te de la main­te­nan­ce et indi­rec­te­ment de la sûre­té de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véa­ble (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­si­té – sur les ris­ques sani­tai­res), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­si­té de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les dépla­ce-t-elle vers les entre­pri­ses pri­vées de cet­te sous-trai­tan­ce.

Les « liqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, pris entre héroïs­me et rési­gna­tion.

Enco­re ne s’agit-il que de gérer l’exploitation nor­ma­le des cen­tra­les et de ses réac­teurs. Tan­dis que les acci­dents et a for­tio­ri les catas­tro­phes chan­gent com­plè­te­ment la don­ne. On ne dira jamais assez l’abnégation ou l’héroïsme, voi­re les deux mêlés, de ceux que depuis Tcher­no­byl on appel­le les « liqui­da­teurs ».  Com­bien sont-ils exac­te­ment à Fuku­shi­ma ? Dans quel­les condi­tions tra­vaillent-ils ? Ris­quant leurs vies, pro­mis à la mala­die, ils sont quel­ques cen­tai­nes à batailler dans cet enfer moder­ne. Employés de l’exploitant Tokyo Elec­tric Power (Tep­co) ou de ses sous-trai­tants, ils s’activent en milieu hau­te­ment conta­mi­né par les radia­tions. Les pics de radio­ac­ti­vi­té sont tels qu’ils doi­vent être par­fois éva­cués, et que  plu­sieurs d’entre eux ces sau­ve­teurs déses­pé­rés ont dû être hos­pi­ta­li­sés – autant dire qu’ils ont peu de chan­ce de sur­vi­vre.

 » Le pro­grès trans­for­mé en cime­tiè­re »

«La leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se», s’indigne dans Libé­ra­tion [entre­tien avec Vero­ni­ka Dorman19/03/2011] l’ écri­vai­ne bié­lo­rus­se Svet­la­na Alexie­vit­ch, à qui l’on doit La Sup­pli­ca­tion, chro­ni­ques du mon­de après l’apocalypse, ouvra­ge pro­pre­ment ren­ver­sant. Voi­ci ce qu’elle décla­re à pro­pos des liqui­da­teurs japo­nais :

« Là aus­si, je vois beau­coup de res­sem­blan­ce avec ce qui s’est pas­sé chez nous. La cultu­re japo­nai­se est fon­dée sur le col­lec­tif, elle aus­si. L’individu en tant que tel n’existe pas vrai­ment, mais se recon­naît com­me une par­tie d’un tout.

[…] « Je me suis ren­due sur l’île Hok­kai­do, au Japon, dans la cen­tra­le nucléai­re de Toma­ri. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenê­tre de mon hôtel. C’était une vision fan­tas­ti­que, un site cos­mi­que futu­ris­te au bord de l’océan. J’ai ren­con­tré des employés de la cen­tra­le, qui m’ont deman­dé de racon­ter Tcher­no­byl. Pen­dant mon récit, ils avaient des sou­ri­res polis, mani­fes­taient de la com­pas­sion. «Bien sûr, c’est ter­ri­ble pour les gens, mais c’est la fau­te au tota­li­ta­ris­me. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre cen­tra­le est la plus exem­plai­re, la plus sûre, tout est par­fai­te­ment étu­dié.» Face à cet orgueil tech­no­gè­ne de l’homme, l’idée d’un pou­voir sur la natu­re, j’ai com­pris que la leçon de Tcher­no­byl n’avait pas été appri­se par l’humanité.

[…] « Nous avons atteint cet­te fron­tiè­re où, très clai­re­ment, nous ne pou­vons plus accu­ser per­son­ne, ni le sovié­tis­me ni le tota­li­ta­ris­me. L’homme doit recon­naî­tre le carac­tè­re limi­té de ses pos­si­bi­li­tés. La natu­re est plus puis­san­te, elle com­men­ce à se ven­ger dans un com­bat inégal. J’ai enten­du la même cho­se à Gre­no­ble, lors d’une ren­con­tre avec des spé­cia­lis­tes fran­çais. «Chez nous, c’est impos­si­ble. Chez vous, à l’Est, où la vie tan­gue entre le bor­del et le bara­que­ment… » Avant l’explosion à Tcher­no­byl, l’académicien Ana­to­li Alexan­drov avait décla­ré que les cen­tra­les sovié­ti­ques étaient tel­le­ment sûres que nous pou­vions les construi­re sur la pla­ce Rou­ge. Éton­nant com­me cet­te arro­gan­ce des savants ato­mis­tes a pu sur­vi­vre si long­temps.

[…] « Rien ne chan­ge. Je viens d’arriver à Minsk pour appren­dre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Rus­sie construi­se une cen­tra­le nucléai­re en Bié­lo­rus­sie, à Ostro­vets, une zone dépeu­plée depuis un trem­ble­ment de ter­re de magni­tu­de 7, en 1909. Pen­dant que le mon­de entier est vis­sé aux écrans de télé­vi­sion pour sui­vre le désas­tre au Japon, les jour­naux de Minsk se féli­ci­tent du deal avec la Rus­sie, de la futu­re cen­tra­le qui sera «la plus sûre du mon­de». Iro­nie du sort, la Bié­lo­rus­sie, qui a le plus souf­fert de Tcher­no­byl, est en train de se lan­cer dans le nucléai­re. Mieux : le chef de l’agence fédé­ra­le Ros­sa­tom, Ser­gueï Kirien­ko, se van­te de voir la Rus­sie construi­re des cen­tra­les nucléai­res off­sho­re, pour les ven­dre à l’Indonésie, au Viet­nam. Ima­gi­nez, dans l’océan, quel­ques dizai­nes de peti­tes Hiro­shi­ma flot­tan­tes…

[…] « Nous ne savons tou­jours pas ce qui se pas­se vrai­ment sous le sar­co­pha­ge de Tcher­no­byl. Seuls 3% des élé­ments conte­nus dans le réac­teur se sont dis­sous dans l’air. 97% y sont enco­re. Désor­mais, le régi­me poli­ti­que - tota­li­ta­ris­me ou libé­ra­lis­me com­me au Japon - n’a plus gran­de impor­tan­ce. Ce qui en a, ce sont les rela­tions entre l’homme et les hau­tes tech­no­lo­gies dont dis­po­se la socié­té.

[…] « Le mon­de n’a pas tenu comp­te de la pre­miè­re leçon ato­mi­que. La recher­che sur les sour­ces d’énergie alter­na­ti­ve est enco­re l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le ratio­na­lis­me est dans une impas­se. D’où un sen­ti­ment sui­ci­dai­re. […] Le tsu­na­mi au Japon a trans­for­mé le pro­grès en cime­tiè­re. »

> Sur la catas­tro­phe de Tcher­no­byl et ses cau­ses, voir aus­si sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Tchernobyl


Effet Fukushima. Les gazouillis de l’anxiété nucléaire en direct sur la Toile

Des artis­tes mul­ti­mé­dia ita­liens vien­nent de déve­lop­per Nuclear Anxie­ty, une car­te inter­ac­ti­ve per­met­tant de visua­li­ser en temps réel, à par­tir de comp­tes Twit­ter, l’angoisse géné­rée sur la Toi­le par l’énergie nucléai­re. Cha­que fois qu’un gazouillis (tweet) com­por­tant le mot « nucléai­re » (en plu­sieurs lan­gues) est pos­té, il appa­raît géo­lo­ca­li­sé. Ain­si s’exprime l’ampleur de cet­te peur, notam­ment aux Etats-Unis, où Twit­ter est très popu­lai­re. 

 

Autre bruit de fond issu de la Toi­le, listentothedeep.com a mis en écou­te l’enregistrement du bruit du séis­me qui s’est pro­duit au lar­ge du Japon le 11 mars, les bas­ses fré­quen­ces ayant été accé­lé­rées sei­ze fois. Acces­si­ble dans la rubri­que « Sound Libra­ry », puis « Ear­th­qua­ke ». Le chant de la ter­re, com­me Mah­ler lui-même ne l’avait jamais enten­du…

Tout ça est gai, sym­pa, moder­ne, tech­ni­que – com­me notre mon­de.


Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !

L’émission « Mots croi­sés » du 11 avril était en par­tie consa­crée au nucléai­re. J’y aurai sur­tout vu l’affligeant numé­ro d’un tech­no­lâ­tre dénom­mé Jean-Marc Jan­co­vi­ci, pré­sen­té com­me « 
Ingé­nieur éner­gie cli­mat, 
Pro­fes­seur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fer­mez le ban !) Sou­vent à l’œuvre média­ti­que en ces temps de contes­ta­tion nucléai­re, ce pré­ten­tieux est le pro­to­ty­pe même du nucléo­cra­te : mépri­sant autant que suf­fi­sant, ça va ensem­ble, il assè­ne la « scien­ce » en rame­nant la sien­ne.

Extraits :

 

Cet­te pres­ta­tion, atter­ran­te, a eu l’avantage de mon­trer in vivo com­ment le mon­de nucléai­re est deve­nu une sor­te de sec­te, anti­dé­mo­cra­ti­que ô com­bien, dont l’objet est inac­ces­si­ble à ceux qui n’en font pas par­tie. C’est ain­si qu’un spec­ta­teur lamb­da ne peut rien com­pren­dre au nucléai­re puis­que « per­son­ne ne sait ce qu’est un mil­li­sie­vert ». Ben expli­quez-nous donc ça, grand mani­tou ! «Ah non, pas pos­si­ble, ça prend au moins trois pages » L’extrait  ci-des­sus de l’émission illus­tre bien la ques­tion de fond de ce sec­teur à part,  cet­te cas­te de consan­guins refer­més sur eux-mêmes et deve­nus sourds et aveu­gles au mon­de exté­rieur. D’où leur grand dan­ger à les lais­ser agir sans contrô­le. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma. Le nucléai­re est affai­re trop sérieu­se et sur­tout dan­ge­reu­se pour la lais­ser aux mains de tels allu­més !

L'attitude, le ton, les propos – tout oppose le scientifique au nucléocrate arrogant.

L’attitude, le ton, les pro­pos – tout oppo­se le scien­ti­fi­que au nucléo­cra­te arro­gant.

 

 

A l’opposé, cet entre­tien vidéo sur Universcience.tv du 31 mars avec Roland Des­bor­des, pré­si­dent de la Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té (CRIIRAD). Exact contrai­re de ce pédant insup­por­ta­ble Jan­co­vi­ci, Roland Des­bor­des se veut expli­ca­tif autant que rigou­reux, déplo­rant les don­nées a-scien­ti­fi­ques four­nies par les auto­ri­tés japo­nai­ses sur les émis­sions radio­ac­ti­ves liées à l’accident de Fuku­shi­ma. Où l’on apprend éga­le­ment, sans alar­mis­me, que nous som­mes bel et bien expo­sés au nua­ge radio­ac­tif venu du Japon.

Deux concep­tions de la scien­ce, de l’information, de la démo­cra­tie. Un autre huma­nis­me aus­si.

Cli­quer sur les ima­ges pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-des­sous :

http://www.universcience.tv/media/3000/les-emissions-radioactives-de-fukushima.html

 

http://www.youtube.com/watch?v=weRm6XKYDxo

 


Fukushima. Ou comment nos nucléocrates réarment le système – sans l’avoir désarmé

Une indus­trie, des capi­taux, une tech­no­lo­gie, un sys­tè­me et une vision du mon­de. Voi­là tout ce qu’il y a à « sau­ver » der­riè­re la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma : rien de moins. En ter­mes plus savants, on appel­le ça un para­dig­me, un modè­le sur lequel on avait cru bon de bâtir un sys­tè­me de valeurs – comp­ta­bles, pro­duc­ti­vis­tes –, à défaut de pen­sée huma­nis­te éle­vée. Ce qui fut donc réa­li­sé et vient ain­si de se fra­cas­ser dans le chaos de la cen­tra­le nucléai­re japo­nai­se.

 

Mais cet­te catas­tro­phe, que d’aucuns s’échinent enco­re, et on peut com­pren­dre leur ardeur, à qua­li­fier d’ « acci­dent », trou­ve matiè­re à dis­si­mu­ler sa vraie réa­li­té. D’abord par l’action concer­tée de ceux qui y ont l’intérêt le plus impé­rieux, le plus vital, si on ose dire. Simul­ta­né­ment par le jeu concur­ren­tiel d’une actua­li­té – le chaos plus géné­ral du mon­de – qui sert de diver­tis­se­ment à des enjeux pour­tant autre­ment cru­ciaux pour l’avenir de l’humanité.

 

« Autre­ment cru­ciaux », à mes yeux, cela ne signi­fie nul­le­ment que je tien­drais pour « négli­gea­bles » les révol­tes qui secouent le mon­de ara­be, pas plus que cel­les qui déchi­rent ce magni­fi­que pays de Côte d’ivoire. Pour nous en tenir à ces seules convul­sions de la pla­nè­te Ter­re, on peut dire qu’elles expri­ment le sinueux che­mi­ne­ment de l’Histoire, cel­les des hom­mes s’évertuant à s’affirmer com­me tels : sen­sés, rai­son­na­bles sinon ration­nels, et si pos­si­ble poè­tes et aimants – un hori­zon enco­re bien éloi­gné, un pro­gram­me pour quel­ques siè­cles au moins…

 

Une par­tie de la cen­tra­le dévas­tée, 24 mars 2011. Ph. Tep­co.

Autre­ment cru­ciaux, en effet, me parais­sent les convul­sions de Fuku­shi­ma et ce que recou­vrent les gra­vats radio­ac­tifs, leurs éma­na­tions, suda­tions, éruc­ta­tions, écou­le­ments et autres « humeurs » d’une sor­te de « corps » inqua­li­fia­ble, dont on redou­te une ago­nie inter­mi­na­ble. Rien d’organique pour­tant là-dedans. Rien que de la tech­ni­que à hau­te dose, en hyper-dose, à satu­ra­tion. De cet­te Tech­ni­que de démiur­ges qui en ont per­du le contrô­le, pour avoir trop parié sur leur infailli­bi­li­té.

 

Dans un sens, en les consi­dé­rant sous l’angle res­treint de la folie humai­ne, les enjeux du nucléai­re rejoi­gnent ceux des conflits et guer­res en cours. Ils en dif­fé­rent pour­tant de maniè­re radi­ca­le en ce qu’ils pèsent à ter­me com­me une mena­ce sur tou­te l’espèce, pas seule­ment sur des vic­ti­mes immé­dia­tes. Car le déni oppo­sé par les nucléo­cra­tes – qui déci­dent selon les impé­ra­tifs du nucléai­re –  à la réa­li­té de catas­tro­phe en cours ren­voie à la catas­tro­phe pro­chai­ne, d’ailleurs pré­vue, com­me on va le voir ci-des­sous, par les « pro­ba­bi­lis­tes ».

(Lire la sui­te…)


Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs

Grand repor­ter ou pas, « Albert-Lon­dres » ou non, Nou­vel-Obs ou Mon cul sur la com­mo­de : du pipeau ! Les faits :  le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­ti­que et de témoi­gna­ges dou­lou­reux sur la catas­tro­phe japo­nai­se, signées du grand repor­ter Jean-Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gna­ges et de des­crip­tions parus ailleurs dans la pres­se sans qu’aucune sour­ce ne soit men­tion­née. C’est ce que révè­le l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astu­ces pour écri­re un repor­ta­ge au Japon depuis Paris ».

 

 

Camil­le Pol­lo­ni décor­ti­que la manip” et pous­se même la confra­ter­ni­té jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-Paul Mari invo­que quel­ques expli­ca­tions « tech­ni­ques » (« C’est un pro­blè­me de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécri­re, je met­trais la sour­ce de ces témoi­gna­ges. »»), même pas des excu­ses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­riè­re un piteux para­vent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas appo­sé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­lis­te se trou­vait au Japon. De même est-il sti­pu­lé « récit » et non « repor­ta­ge ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pom­pé chez les « confrè­res » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sour­ces inter­né­tées.

 

Le tout est réus­si dans le gen­re, entre récit de fic­tion-véri­té et effets de plu­me limi­te cli­che­tons. Échan­tillon : « Le temps s’est arrê­té. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas enco­re l’apocalypse. Tout est sus­pen­du. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balan­cent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive pro­che, des mai­sons, des par­kings, des voi­tu­res, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la vil­le, moder­ne : Miya­ko. Et puis là, à quel­ques mètres du riva­ge, une ligne bour­sou­flée, com­me un bour­re­let, quel­que cho­se d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui rou­le des écailles mons­trueu­ses. Une vague.

 

Allez donc voir direc­te­ment la cho­se sur le site des Inrocks, c’est une bel­le dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprè­gne le « jour­na­lis­me » moder­ne, consa­cre le jour­na­lis­te assis com­me le pro­to­ty­pe d’une fin d’un mon­de celui où la seule ligne pour un jour­na­lis­te [était] « la ligne de che­min de fer ». Paro­les fameu­ses dont Albert Lon­dres avait fait son cre­do – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aus­si bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa conve­nan­ce…

 

Tiens, avec tou­tes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dan­ce, si je m’offrais un Grand repor­ta­ge à Fuku­shi­ma même, avec sur­vol de la cen­tra­le à l’agonie, paro­les radieu­ses du pilo­te de mon héli­co­ptè­re, témoi­gna­ge « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroï­que, tran­che de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­te­ra. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vé­cu à la fin du mon­de ». Est-ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau jour­na­lis­me ?


Le magma nucléaire de Fukushima, foyer de la confusion du monde

Sar­ko­zy, m’apprend la radio, serait désor­mais équi­pé d’un super-para­pluie seyant mieux, si on peut dire, à sa super fonc­tion. Un para­pluie blin­dé (en kev­lar et tout) com­me un gilet pare-bal­les et qui, non seule­ment pour­rait pro­té­ger de la pluie, mais le met­trait aus­si à l’abri du mécon­ten­te­ment à son égard des 80% de citoyens son­dés… En ces mau­vais temps de météo plus qu’incertaine, le pré­si­dent fait donc un cro­chet par le Japon, his­toi­re de tes­ter le fameux pébroc sur ses capa­ci­tés para-pluies radio­ac­ti­ves.

 

Ce n’est en tout cas pas à Fuku­shi­ma que se sera ren­du l’homme au(x) pépin(s). Mata­mo­re, cer­tes, sui­ci­dai­re, non ! Il en est de même pour le trio fran­co-nucléai­re « invi­té » là-bas, mais pas trop près non plus, pour livrer leur bot­te secrè­te aux diri­geants de la cen­tra­le et de Tep­co. Ain­si Mada­me Are­va et mes­sieurs CEA et EDF vont-ils s’efforcer d’apporter aux Nip­pons leurs vacillan­tes lumiè­res. Et ten­ter sur­tout de redo­rer leurs bla­sons res­pec­tifs et uni­fié face à l’adversité qui ter­nit sacré­ment leur ave­nir irra­dieux.

 

© Tep­co (et mer­ci pour la qua­li­té de l’image !)

Mada­me Are­va sur­tout, car, blin­dée de sa hau­te suf­fi­san­ce, elle voit s’écrouler la mon­ta­gne de men­son­ges accu­mu­lés de hau­te lut­te durant ces 25 années de com’ éhon­tée qui ont sui­vi la catas­tro­phe de Tcher­no­byl. Vrai­ment dom­ma­ge, ain­si que l’a déplo­ré la pré­si­den­te du Medef, Lau­ren­ce Pari­sot : « Tout ceci tom­be très mal, ça se pas­se à un moment où l’économie mon­dia­le com­men­çait tout jus­te à repar­tir. » [Le Mon­de, 19/3/11]. D’autant plus, en effet, que l’affolement du cli­mat venait appuyer l’idée de cet­te radieu­se éner­gie « pro­pre », sinon « ver­te » – voir le vidéo-clip d’Areva et son détour­ne­ment ci-contre =>

(Lire la sui­te…)


Quand France 2 et Pujadas passent les plats (tièdes) du nucléaire (brûlant)

Avec Mme Are­va, Fran­ce 2, 15/3/11

Tout finit par s’expliquer (quand on n’a pas com­pris tout de sui­te), et on pige ain­si pour­quoi Sar­ko­zy affec­tion­ne David Puja­das pour ses entre­tiens solen­nels… Ques­tions pro­pret­tes, yeux écar­quillés, sou­ri­re de ravi. Tout ça on l’avait remar­qué, et pas qu’avec le pré­si­dent. Confir­ma­tion en l’occurrence avec le trai­te­ment du volet nucléai­re des catas­tro­phes au Japon. C’est Samuel Gon­thier qui fait état, dans Télé­ra­ma [25/3/11] des rele­vés de comp­teur sus­pects s’agissant du nucléai­re et des invi­tés de Fran­ce 2 au jour­nal de 20 heu­res. Par­fait « relais des com­mu­ni­qués offi­ciels », la chaî­ne publi­que n’aurait invi­té « que des repré­sen­tants des auto­ri­tés com­pé­ten­tes », soit, dans l’ordre :

 

L’horizon se déga­ge…

« Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet (minis­tre de la Pro­tec­tion de l’environnement nucléai­re), Clau­de Allè­gre (ancien minis­tre de la Recher­che nucléai­re), Anne Lau­ver­geon (pdg d’Areva, numé­ro un mon­dial du nucléai­re), André-Clau­de Lacos­te (pré­si­dent de l’Autorité de sûre­té nucléai­re), Jean-Marc Jan­co­vi­ci (repré­sen­tant de l’immense mas­se des éco­lo­gis­tes pro-nucléai­res), Thier­ry Char­les (de l’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re), Fran­çois Fillon (Pre­mier minis­tre). Dans un loua­ble sou­ci de conte­nir « l’émotion» des popu­la­tions, pas un de ces irres­pon­sa­bles éco­lo­gis­tes catas­tro­phis­tes ne fut convié en stu­dio. En revan­che, dès le lun­di 14 mars, David Puja­das prend de la hau­teur avec un grand débat: « Est-ce vrai­ment le moment de rou­vrir un débat sur le nucléai­re main­te­nant ? » Pour res­pec­ter la digni­té des Japo­nais, ne fau­drait-il pas l’organiser au mois d’août 2012, pen­dant la fina­le du 100 mètres des jeux Olym­pi­ques ? »

 

 

Man­ga japo­nais. « Dor­mez, dor­mez, petits pigeons… »


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

  • Calendrier

    mai 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Avr  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress