On n'est pas des moutons

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L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les catas­trophes suc­cèdent aux catas­trophes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­sonnes, comme en 40. Des armées de pom­piers recu­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­la­tifs. La fatalité.

On implore la pluie. On brû­le­rait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétai­nistes : pac­ti­ser pour ne pas capi­tu­ler. Le Feu comme le Diable. Ah oui, un diable ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaî­nés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitu­meux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, sur­nom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tu­ra­tion hydrau­lique », c’est juste une fan­tai­sie esthé­tique, une aimable chi­rur­gie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en pro­fits insa­tiables, à engrais­ser l’obèse Dow Jones.

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Nan­cy Hus­ton : « Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. »

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brû­lante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pa­gnies pétro­lières, en exploi­tant les immenses réserves de sables bitu­mi­neux, rasent les forêts, pol­luent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un ter­ri­toire gou­ver­né par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

Un témoi­gnage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­dienne Nan­cy Hus­ton que publie l’excellent site Repor­terre : En Alber­ta, « l’avènement d’une huma­ni­té... inhumaine »

À lire aussi :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, para­bole de l’époque, édi­to de Her­vé Kempf.


Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 5 

logo55Le bilan humain et éco­no­mique de la catas­trophe de Tcher­no­byl est qua­si impos­sible à réa­li­ser. L’accident résulte en grande par­tie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un sys­tème à l’agonie qui s’est pro­lon­gé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une période des plus trou­blées, pour abou­tir fina­le­ment à des sys­tème de gou­ver­ne­ment plus ou moins para-maf­fieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Bié­lo­rus­sie ou de la Rus­sie. Dans de tels sys­tèmes cor­rom­pus, les lob­bies nucléaires ont eu beau jeu de main­te­nir leur emprise sur ce sec­teur mili­ta­ro-indus­triel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toire ! Une ban­de­role appo­sée sur le réac­teur éven­tré pro­clame que « le peuple sovié­tique est plus fort que l’atome » tan­dis qu’un dra­peau rouge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­trale à l’issue des tra­vaux de déblaie­ment. [Tass]

Les vic­times n’ont pas été comp­ta­bi­li­sées, elles ne figurent sur aucun registre offi­ciel. Éta­blir un bilan non tru­qué des vic­times directes et indi­rectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impos­sible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ciles et de ter­ri­toires, aux familles phy­si­que­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, émo­tion­nel­le­ment anéan­ties. À jamais. Car rien de tels drames n’est répa­rable. Seules des esti­ma­tions peuvent être ten­tées, plus ou moins fon­dées, plus ou moins catas­tro­phistes ou, au contraire, sciem­ment minimisées.

Concer­nant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique) sont plus que dou­teux ; cet orga­nisme, rat­ta­ché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléaire inter­na­tio­nal qu’il finance notoi­re­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Orga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té) lui est inféo­dée, ce qui rend éga­le­ment sus­pectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études cré­dibles, consi­dé­rons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à prendre avec la plus grande pru­dence. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réa­li­sé une étude d’où il res­sort que sur le mil­lier de tra­vailleurs for­te­ment conta­mi­nés lors de leurs inter­ven­tions durant la catas­trophe, « seule­ment » une tren­taine sont morts direc­te­ment. Quant aux liqui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été expo­sés à des doses rela­ti­ve­ment faibles, « pas beau­coup plus éle­vées que le niveau natu­rel de radia­tion.  »…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été expo­sés à de « faibles doses », l’étude recon­naît un nombre très éle­vé des can­cers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 direc­te­ment impu­tables à la catas­trophe. L’Agence admet tou­te­fois que la mor­ta­li­té liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quelques pour-cents et entraî­ner « plu­sieurs mil­liers  » de décès par­mi les liqui­da­teurs, les habi­tants de la zone éva­cuée et les rési­dents de la zone la plus touchée,

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Sans légende… [dr]

Ce bilan offi­ciel est for­te­ment contes­té par cer­tains cher­cheurs. En 2010, l’Académie des sciences de New York a publié un dos­sier à par­tir de tra­vaux menés par des cher­cheurs de la région de Tcher­no­byl. Ils contestent for­te­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nombre de per­sonnes affec­tées que de l’importance des retom­bées radio­ac­tives. Ain­si, il y aurait eu en réa­li­té 830.000 liqui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radio­ac­tifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­dial à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant sui­vi la catas­trophe. Cette esti­ma­tion semble cepen­dant invrai­sem­blable – on l’espère.

Green­peace a aus­si publié un rap­port réa­li­sé par 60 scien­ti­fiques de Bié­lo­rus­sie, d’Ukraine et de Rus­sie. Le docu­ment pré­cise que « les don­nées les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l’accident a cau­sé une sur­mor­ta­li­té esti­mée à 200 000 décès entre 1990 et 2004. »

On le voit, les écarts éva­lua­tifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catas­trophes. Des diver­gences sem­blables appa­raissent éga­le­ment au Japon entre oppo­sants (la majo­ri­té de la popu­la­tion) et par­ti­sans du nucléaire (gou­ver­nants et industriels).

Quant au coût éco­no­mique, il est plus objec­ti­vable que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un inté­res­sant dos­sier sur le nucléaire.

Plu­sieurs esti­ma­tions ont été réa­li­sées, abou­tis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des der­niers rap­ports émane de Green Cross Inter­na­tio­nal. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts cau­sés à la cen­trale elle-même et dans ses envi­rons, perte de mar­chan­dises et effets immé­diats sur la santé ;
– les coûts indi­rects : retrait de la popu­la­tion de la zone conta­mi­née et consé­quences socié­tales liées à la vie des per­sonnes expo­sées aux radia­tions ain­si que leurs enfants.

La Bié­lo­rus­sie estime à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­mages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­ri­té, l’assainissement et la main­te­nance de la cen­trale désor­mais arrê­tée ain­si que les coûts actuels pour la mise en place du nou­veau sar­co­phage ; ceux-ci sont pris en charge par les gou­ver­ne­ments des nations concer­nées, sou­te­nus par l’Union Euro­péenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas connu) ont été déblo­qués, des pro­grammes sociaux et des aides médi­cales mis en place. Mais cha­cun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sani­taires et psy­cho­lo­giques impos­sibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine mili­taire et le reste d’ailleurs, tant qu’il ser­vi­ra à four­nir le plu­to­nium des­ti­né à fabri­quer les bombes ato­miques. Rap­pe­lons aus­si que le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libé­ra­tion, avec mis­sion de pour­suivre des recherches scien­ti­fiques et tech­niques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notam­ment les appli­ca­tions médi­cales), de l’industrie (élec­tri­ci­té) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’Union sovié­tique, et aujourd’hui pré­sident de la Croix verte inter­na­tio­nale (Green Cross) a connu son « che­min de Damas » en 1986 : « C’est la catas­trophe de Tcher­no­byl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quelles pou­vaient être les ter­ribles consé­quences du nucléaire, même en dehors d’un usage mili­taire. Cela per­met­tait d’imaginer plus clai­re­ment ce qui pour­rait se pas­ser après l’explosion d’une bombe nucléaire. Selon les experts scien­ti­fiques, un mis­sile nucléaire tel que le SS-18 repré­sente l’équivalent d’une cen­taine de Tcher­no­byl. » (Tcher­no­byl, le début de la fin de l’Union sovié­tique, tri­bune dans Le Figa­ro, 26/04/2006)

Par com­pa­rai­son, l’accident de Fuku­shi­ma, com­pre­nant la décon­ta­mi­na­tion et le dédom­ma­ge­ment des vic­times, pour­rait n’atteindre « que » 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant émane de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relève de l’hypothèse basse et ne com­prend pas les charges liées au déman­tè­le­ment des quatre réac­teurs rava­gés. Ces opé­ra­tions dure­ront autour de qua­rante ans et néces­si­te­ront le déve­lop­pe­ment de nou­velles tech­niques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de techniciens.

Et en France ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN) a pré­sen­té en 2013 à Cada­rache (Bouches-du-Rhône), une « étude choc » sur l’impact éco­no­mique d’un acci­dent nucléaire en France.

Un  » acci­dent majeur « , du type de ceux de Tcher­no­byl ou de Fuku­shi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 méga­watts coû­te­rait au pays la somme astro­no­mique de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit inté­rieur brut (PIB).

La perte du réac­teur lui-même ne repré­sente que 2 % de la fac­ture. Près de 40 % sont impu­tables aux consé­quences radio­lo­giques : ter­ri­toires conta­mi­nés sur 1 500 km2, éva­cua­tion de 100 000 per­sonnes. Aux consé­quences sani­taires s’ajoutent les pertes sèches pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­viennent les  » coûts d’image  » : chute du tou­risme mon­dial dont la France est la pre­mière des­ti­na­tion, boy­cot­tage des pro­duits alimentaires.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse  » la plus pro­bable  » est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de toutes les cen­trales, ce qui obli­ge­rait à recou­rir, à marche for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­lables. Au-delà des fron­tières,  » l’Europe occi­den­tale serait affec­tée par une catas­trophe d’une telle ampleur « .

Les dom­mages sont d’un tout autre ordre de gran­deur que ceux du nau­frage de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Tou­louse en 2001, éva­lués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chiffres pour­raient dou­bler en fonc­tion des condi­tions météo­ro­lo­giques, des vents pous­sant plus ou moins loin les panaches radio­ac­tifs, ou de la den­si­té de popu­la­tion. Un acci­dent grave à la cen­trale de Dam­pierre (Loi­ret) ne for­ce­rait à éva­cuer que 34 000 per­sonnes, alors qu’à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 « réfu­giés radiologiques « .

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­dial d’installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléaire.

Pour tem­pé­rer ce tableau apo­ca­lyp­tique, l’IRSN sort la ren­gaine connue du « risque zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les pro­ba­bi­li­tés très faibles de tels évé­ne­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent grave, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. »

Pour avoir par­ti­ci­pé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique, à l’élaboration des pre­mières cen­trales fran­çaises, Ber­nard Laponche ne par­tage pas du tout cet « opti­misme ». Pour ce phy­si­cien, le nucléaire ne repré­sente pas seule­ment une menace ter­ri­fiante, pour nous et pour les géné­ra­tions qui sui­vront ; il condamne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion énergétique.

« Il est urgent, clame Ber­nard Laponche, de choi­sir une civi­li­sa­tion éner­gé­tique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cia­listes reve­nus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réel­le­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tcher­no­byl, et trois à Fuku­shi­ma) sur quatre cent cin­quante réac­teurs dans le monde, obligent à revoir cette pro­ba­bi­li­té théo­rique des experts. « La réa­li­té de ce qui a été consta­té, estime-t-il, est trois cents fois supé­rieure à ces savants cal­culs. Il y a donc une forte pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe. »

[Fin de l’interminable feuille­ton…] 7

 

Notes:

  1. En par­ti­cu­lier au Japon depuis la catas­trophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vati­can) est membre de l’AIEA ! (Liai­son directe Enfer-Para­dis ?…)
  2. Le direc­teur de Green­peace France, Pas­cal Hus­ting, chiffre le coût total de la catas­trophe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix verte inter­na­tio­nale, est une orga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­tale inter­na­tio­nale à but envi­ron­ne­men­tal, fon­dée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel pré­sident.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­tives », ain­si que Sar­ko­zy en eut déci­dé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléaire ne sau­rait être com­pa­ré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même rava­geurs, cessent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Télé­ra­ma, 18/06/2011.
  7. Une biblio­gra­phie se trouve avec le pre­mier article de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 4 

logo4Début 2002, la  Crii­rad (Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la conta­mi­na­tion de la France et d’une par­tie de l’Europe par les retom­bées du « nuage » en ses mul­tiples lam­beaux. Plus de 3 000 mesures ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­logue André Paris sur le ter­ri­toire fran­çais et jusqu’en Ukraine ; les résul­tats, les ana­lyses et la car­to­gra­phie ont été ras­sem­blés et édi­tés par le labo­ra­toire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ain­si le scan­da­leux déni du gou­ver­ne­ment fran­çais et des auto­ri­tés nucléaires de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus tou­chées en France, les rele­vés mesurent des acti­vi­tés sur­fa­ciques de césium 137 supé­rieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­cu­lier dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­te­ron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

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Paca et Corse. Rele­vés de la Crii­rad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cette conta­mi­na­tion, la moyenne des retom­bées consta­tées en France à la suite de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­que­rel (Bq) par mètre car­ré mesure les conta­mi­na­tions de sur­faces. L’activité mesure le taux de dés­in­té­gra­tions d’une source radio­ac­tive, c’est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l’instruction d’une plainte dépo­sée en France en 2001 pour « empoi­son­ne­ment et admi­nis­tra­tion de sub­stances nui­sibles » par la Crii­rad, l’Association fran­çaise des malades de la thy­roïde (AFMT) et des per­sonnes ayant contrac­té un can­cer de la thy­roïde, un rap­port (notam­ment co-signé par Georges Char­pak) affirme que le SCPRI a four­ni des cartes « inexactes dans plu­sieurs domaines » et « n’a pas res­ti­tué toutes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux auto­ri­tés déci­sion­naires ou au public ». Tou­te­fois, ce rap­port reproche au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion fausse mais non pas d’avoir mis en dan­ger la population.

Devant la dif­fi­cul­té d’établir un lien de cau­sa­li­té entre les dis­si­mu­la­tions des pou­voirs publics et les mala­dies de la thy­roïde, la juge Marie-Odile Ber­tel­la-Gef­froy 1 requa­li­fie péna­le­ment la plainte d”« empoi­son­ne­ment » en celle plus large de « trom­pe­rie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pel­le­rin est mis en exa­men pour « infrac­tion au code de la consom­ma­tion », « trom­pe­rie aggra­vée » et pla­cé sous sta­tut de témoin assis­té concer­nant les délits de « bles­sures invo­lon­taires et atteintes invo­lon­taires à l’intégrité de la personne ».

Le pro­cès se ter­mine par un non-lieu le 7 sep­tembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « trom­pe­rie et trom­pe­rie aggra­vée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui explique notam­ment qu’il était « en l’état des connais­sances scien­ti­fiques actuelles, impos­sible d’établir un lien de cau­sa­li­té cer­tain entre les patho­lo­gies consta­tées et les retom­bées du panache radio­ac­tif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces patho­lo­gies et leurs origines.

Dans la zone de Tcher­no­byl, beau­coup plus expo­sée que les régions fran­çaises, une aug­men­ta­tion du nombre d’enfants atteints de can­cers pro­vo­qués par la catas­trophe, esti­mée à 5 000 cas, a été consta­tée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adultes. Le condi­tion­nel reflète le manque de fia­bi­li­té des études et sta­tis­tiques russes.

Le cas des can­cers thy­roï­diens après Fuku­shi­ma – Com­plé­ment d’info pour les spor­tifs qui sou­haitent aller concou­rir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la cen­trale Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­ti­qués ont des pro­blèmes thy­roï­diens à Kashi­wa ! Rap­pe­lons éga­le­ment ici que les can­cers de la thy­roïde des enfants de Fuku­shi­ma sont bien dus à la radio­ac­ti­vi­té : dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quelque 30 fois du nombre de can­cers de la thy­roïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de can­cer de la thy­roïde est de 127, mais offi­ciel­le­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radio­ac­ti­vi­té. Cher­chez l’erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fuku­shi­ma

En France, l’Institut natio­nal de veille sani­taire (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roïde suite aux retom­bées de Tcher­no­byl. Tou­te­fois, une thèse de méde­cine publiée quelques mois après ce rap­port, en 2011, éta­blit un lien entre la catas­trophe et l’augmentation des can­cers diag­nos­ti­qués : celle du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, méde­cin exer­çant en Corse, désor­mais en retraite. Ce der­nier, inter­ro­gé en jan­vier 2015 dans une émis­sion de France Culture, rap­pe­lait non sans quelque amer­tume que, hier comme aujourd’hui, « c’est la poli­tique qui contrôle les don­nées scientifiques ».

Face aux contro­verses sur les effets sani­taires du nuage radio­ac­tif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de can­cers de la thy­roïde a aug­men­té en France régu­liè­re­ment d’environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un qua­dru­ple­ment en 19 ans), sans inflexion par­ti­cu­lière en 1986.

– Les can­cers de la thy­roïde sont très majo­ri­tai­re­ment fémi­nins et l’évolution de leur nombre suit l’évolution du nombre de can­cers du sein.

Deux phé­no­mènes conco­mi­tants sont à prendre en compte :

  • l’augmentation du nombre de can­cers détec­tés par l’accrois­se­ment de la sen­si­bi­li­té des appa­reils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nodules est pas­sé d’un dia­mètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­por­te­ments fémi­nins de prise d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- ménopause.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glo­ba­le­ment dans le sens d’un éven­tuel effet de l’accident de Tcher­no­byl sur les can­cers de la thy­roïde en France. Tou­te­fois, l’incidence obser­vée des can­cers de la thy­roïde en Corse est éle­vée chez l’homme.

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Les quatre zones de conta­mi­na­tion post Tcher­no­byl recon­nues quelques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région fran­çaise n’a été tota­le­ment épargnée.

Le 7 mai 1986, un cour­rier de l’Organisation mon­diale de la san­té indique que « des res­tric­tions quant à la consom­ma­tion immé­diate [du] lait peuvent donc demeu­rer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au minis­tère de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Corse pré­sente une conta­mi­na­tion par l’iode 131 anor­ma­le­ment éle­vée, d’une acti­vi­té de plus de 10 000 bec­que­rels par litre. Mais dans la mesure où l’iode 131 a une demi-vie courte (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­ci­le­ment détec­table), il a été jugé que le bilan de l’activité radio­ac­tive sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les auto­ri­tés n’ont pas pris de mesure par­ti­cu­lières. Une note du 16 mai éma­nant du minis­tère de l’Intérieur, à l’époque diri­gé par Charles Pas­qua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être dif­fu­sés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chiffres. »

Des indices lais­saient pen­ser que pour des per­sonnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse tou­chées par les pluies du « nuage de Tcher­no­byl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nombre de plu­sieurs patho­lo­gies de la thy­roïde, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tcher­no­byl a été contes­té. Per­sonne ne nie que dans le monde le nombre de patho­lo­gies de la thy­roïde a effec­ti­ve­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Europe) et il y a bien une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du risque de can­cer de la thy­roïde signa­lée et scien­ti­fi­que­ment recon­nue dans plu­sieurs pays. Cepen­dant, cette aug­men­ta­tion d’une part a com­men­cé avant l’accident de Tcher­no­byl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sage du nuage ; une grande par­tie du monde non concer­née par les pluies lors du pas­sage du nuage est éga­le­ment tou­chée par l’augmentation des thyroïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­quable BD édi­tée par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde (AMFT). Des­sin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­suites ont été enga­gées en France contre “X” par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde, dont 200 en avril 2006. Ces per­sonnes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roïde ou goitres, et ont accu­sé le gou­ver­ne­ment fran­çais, à cette époque diri­gé par le pre­mier ministre Jacques Chi­rac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­rec­te­ment la popu­la­tion des risques liés aux retom­bées radio­ac­tives de la catas­trophe de Tcher­no­byl. L’accusation met en rela­tion les mesures de pro­tec­tion de la san­té publique dans les pays voi­sins (aver­tis­se­ment contre la consom­ma­tion de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la conta­mi­na­tion rela­ti­ve­ment impor­tante subie par l’Est de la France et la Corse.

Pour sor­tir du doute, les membres de l’Assem­blée de Corse ont déci­dé de « faire réa­li­ser par une struc­ture indé­pen­dante (…) une enquête épi­dé­mio­lo­gique sur les retom­bées en Corse de la catas­trophe de Tcher­no­byl ». Cette nou­velle étude a été conduite par une équipe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­cale uni­ver­si­taire de Gênes (Ita­lie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dos­siers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effec­ti­ve­ment plus éle­vé chez les hommes des patho­lo­gies thy­roï­diennes dues à l’exposition au nuage. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roïde due au fac­teur Tcher­no­byl serait de 28,29 %, celle des thy­roï­dites de 78,28 %, et celle de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concer­nant les femmes, la fai­blesse des échan­tillons sta­tis­tiques ne per­met pas de conclure pour les patho­lo­gies hors thy­roï­dites ; pour ces der­nières, l’augmentation due à Tcher­no­byl est chif­frée à 55,33 %51. Concer­nant les enfants corses expo­sés au nuage, l’étude conclut à une aug­men­ta­tion des thy­roï­dites et adé­nomes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­ti­que­ment non signi­fi­ca­tive des leu­cé­mies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comi­té de lec­ture, a fait l’objet de cri­tiques met­tant en avant des fai­blesses métho­do­lo­giques. La ministre de la San­té, Mari­sol Tou­raine rap­pelle ce fac­teur de confu­sion pos­sible, et rejette ces résultats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse, qui a com­man­dé cette étude, et sa pré­si­dente Josette Ris­te­ruc­ci estiment que l’augmentation du risque est main­te­nant incon­tes­table et sou­haite une « recon­nais­sance offi­cielle du préjudice ».

[Pro­chain article : L’inavouable bilan humain et éco­no­mique]

Notes:

  1. Spé­cia­li­sée dans les dos­siers judi­ciaires de san­té publique (affaires du « sang conta­mi­né », de l’hormone de crois­sance, de l’amiante sur le cam­pus de Jus­sieu, de la « vache folle » – ain­si que d’autres dos­siers sen­sibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tcher­no­byl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, décla­rant dans un entre­tien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magis­tra­ture car je croyais en la Jus­tice. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : Fran­çois Guillaume, Agri­cul­ture ; Michèle Bar­zach, San­té ; Alain Cari­gnon, Envi­ron­ne­ment ; Alain Made­lin, Indus­trie ; Charles Pas­qua, Inté­rieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­trophe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark empruntent les por­tiques de contrôle habi­tuels. Une hausse anor­male de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fuite ne pro­vient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­ti­cules iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confirme : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union soviétique ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les causes. L’opacité de la bureau­cra­tie est totale. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis parle d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fes­seur Pierre Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air France, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de filtres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et faire connaître la com­po­si­tion de cette contamination.

Invi­té du 13 heures d’Antenne 2, le len­de­main 29 avril, Pierre Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le catas­tro­phisme des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quelques jours le pas­sage des par­ti­cules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si connaître sa célé­bri­té en France. Un nuage tou­te­fois invi­sible, entraî­nant les émis­sions radio­ac­tives reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contiennent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en cre­vant au-des­sus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cules radio­ac­tives. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gènes, en taches de léopard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branches » du nuage est détec­tée par le Labo­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus direc­te­ment de l’est, aborde aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­fé­rente. Mona­co puis le SCPRI en informent l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­trice Bri­gitte Simo­net­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­le­tin météo d’Antenne 2 que la France est pro­té­gée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la frontière ».

Une polé­mique s’ensuit, gros­sie par de nom­breuses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cette image du « nuage arrê­té à la fron­tière ». Libé­ra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la suite, por­te­ra plainte pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamère). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­mière ins­tance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Monaco. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nuage radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tères du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­mière coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesures de conta­mi­na­tion radio­ac­tive et du niveau de risque couru.

Les ministres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Made­lin, ministre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cule pour clai­ron­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de panique et de pré­ser­ver le com­merce de la salade prin­ta­nière… Le SCPRI juge tout de suite que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour poser un vrai pro­blème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de prendre de mesures de pré­cau­tion par­ti­cu­lières, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­mencent à se poser des pro­blèmes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les prises pré­ven­tives d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais estime alors qu’aucune mesure par­ti­cu­lière de sécu­ri­té n’est nécessaire.

C’est dans ce contexte de men­songes et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Crii­rad, Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour contre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fique, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Crii­rad demeure une réfé­rence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœuvres men­son­gères contraires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­tiques, les éco­lo­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quelque peu l’ogre affa­mé, à l’amener à rendre des comptes – pas encore à « rendre gorge », bien qu’une autre catas­trophe majeure, celle de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaître de ses cendres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en images de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain article : Un nuage, des lam­beaux… de consé­quences]

Notes:

  1. Labo­ra­toire situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillance dosi­mé­trique dans tous les domaines d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en stock…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la panade que l’on sait, tente crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publique. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pagne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une pleine page à sa propre gloire et à celle de ses cen­trales, cela à la veille du tren­tième anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thème men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té verte ». Une pro­vo­ca­tion des plus indécentes !

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Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­lique et ver­doyante mon­trant une splen­dide chute d’eau émer­geant de la mon­tagne et épou­sant avec grâce la forme de ces splen­dides tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sages. Trois jolis nuages, insou­ciants, montent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­lique. Un vrai chro­mo de calen­drier des postes – d’avant l’invention du nucléaire et ses catas­trophes ! Il manque tou­te­fois quelques biches inno­centes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lande et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À suivre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bone, c’est cen­trale ». Oui, cen­trale, avec un E. Ah ah ! elle est bonne. Et qui dit cen­trale, dit cen­trales nucléaires et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­duite en France. 1

À conti­nuer encore avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neuses qui, d’un zeste d’ « éner­gies renou­ve­lables » nous servent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bone ni de gaz à effet de serre ». Ce que EDF appelle « un mix » de nucléaire et de renou­ve­lables, selon la fameuse recette du pâté d’alouette : un che­val pour une alouette.

Par­lons-en du nucléaire « bas carbone » ! 

Toutes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléaire émettent des gaz à effet de serre : extrac­tion minière et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­trales, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizaines de sites ther­miques, dont des cen­trales à char­bon, exploi­tées par EDF dans le monde, qui en font la 19e entre­prise émet­trice de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­rière le décor d’opérette, EDF doit faire face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­tade financière) :

•La construc­tion rui­neuse de l’EPR de Fla­man­ville (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neuse et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse. Les défauts métal­lur­giques déce­lés dans la cuve du réac­teur – pièce maî­tresse – com­pro­mettent cette ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chute d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 tonnes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­prise sous-trai­tante… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­trale de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­times, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

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Chute d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire (ASN) fran­çaise vient de dénon­cer un fabri­cant de pièces métal­liques 3 qui, dans une soixan­taine de cas au moins, a four­ni à ses clients comme Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à toutes les entre­prises du sec­teur de véri­fier les pièces qu’elles uti­lisent en pro­ve­nance de cette PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usage de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plainte, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA). Cer­taines pièces en cause étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recherche Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recoupe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­drome chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phique dans une cen­trale nucléaire. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quelques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fonte du réacteur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tures d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléaire qui dénonce cette publi­ci­té men­son­gère d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loire)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secondes, le réac­teur s’est embal­lé, dépas­sant sa puis­sance jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrô­lable, les barres de modé­ra­tion de la réac­tion nucléaire ayant été éjec­tées. Des explo­sions suc­ces­sives se pro­duisent, sui­vies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-des­sus du bâti­ment est pro­je­tée dans les airs, retom­bant incli­née sur le cœur du réac­teur, qui s’entrouvre alors. Un gigan­tesque incen­die se déclare. Plus de 100 tonnes de com­bus­tibles radio­ac­tifs entrent en fusion. Un immense fais­ceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réac­teur, illu­mi­nant l’installation dévas­tée, plon­gée dans l’obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l’expérience, expli­que­ra par la suite le Pr Vas­si­li Nes­te­ren­ko  1, se sont lour­de­ment trom­pés dans leurs cal­culs. La puis­sance du réac­teur a brus­que­ment bais­sé à 30 méga­watts, au lieu des 800 méga­watts escomp­tés. Ils ont alors levé les barres mobiles pour aug­men­ter la puis­sance. Mais là, à la suite d’un défaut de fabri­ca­tion, l’eau a rem­pli l’espace qu’avaient occu­pé les barres. La puis­sance est mon­tée en flèche et l’eau est entrée en ébul­li­tion. Une radio­lyse de l’eau a com­men­cé à se pro­duire, ce qui a pro­vo­qué la for­ma­tion d’un mélange déto­nant d’oxygène et d’hydrogène. Ces pre­mières petites explo­sions ont éjec­té entiè­re­ment les barres mobiles des­ti­nées à arrê­ter le réac­teur en cas de panne, le réac­teur n’était donc plus contrô­lable. En 5 secondes, sa puis­sance a aug­men­té de 100 fois ! Les expé­ri­men­ta­teurs ont alors essayé d’enfoncer de nou­veau les barres, mais trop tard. Une immense explo­sion s’ensuivit. »

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Quand tout a bas­cu­lé. [Musée de Tchernobyl]

His­to­rien fran­çais, de père russe, Nico­las Werth est un spé­cia­liste de l’histoire de l’Union sovié­tique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du ving­tième anni­ver­saire de la catas­trophe, il en recons­ti­tuait la genèse. Il reliait ain­si les faits au contexte poli­ti­co-éco­no­mique du régime sovié­tique à bout de souffle. Son ana­lyse se nour­rit d’un voyage qu’il effec­tue alors en Ukraine. Voi­ci com­ment il recons­ti­tue ce qui demeure jusqu’à pré­sent l’accident nucléaire le plus grave de la pla­nète (On évi­te­ra l’inutile et sor­dide com­pa­rai­son avec Fuku­shi­ma et ses quatre ins­tal­la­tions dévas­tées ; les contextes sont dif­fé­rents et les consé­quences éga­le­ment, bien que tout aus­si incommensurables.)

« Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov [le direc­teur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour ten­ter d’éteindre l’incendie, il fait appel à une simple équipe de pom­piers de la ville de Pri­pyat […]. Le direc­teur télé­phone au minis­tère de l’Énergie, à Mos­cou, vers 4 heures du matin. Il se veut ras­su­rant, affirme que «  le cœur du réac­teur n’est pro­ba­ble­ment pas endommagé ».

« Avec un équi­pe­ment déri­soire, sans aucune pro­tec­tion spé­ci­fique, quelques dizaines de pom­piers s’efforcent de maî­tri­ser l’incendie, comme s’il s’agissait d’un feu ordi­naire. Au petit matin, celui-ci est cir­cons­crit. Mais le cœur nucléaire du réac­teur endom­ma­gé et le gra­phite conti­nuent de se consu­mer, déga­geant dans l’atmosphère une très forte radio­ac­ti­vi­té. Les pom­piers, gra­ve­ment irra­diés, sont éva­cués vers l’hôpital local, puis, leur état empi­rant, ache­mi­nés vers Mos­cou, où la plu­part meurent, dans d’atroces souf­frances, au cours des jours suivants.

« Ce n’est qu’après l’extinction de l’incendie géné­ré par l’explosion que la direc­tion de la cen­trale prend enfin conscience de la gra­vi­té de la situa­tion : le coeur du réac­teur est atteint ! Mais per­sonne, par­mi le per­son­nel de la cen­trale, ingé­nieurs, tech­ni­ciens, cadres diri­geants com­pris, n’a jamais été pré­pa­ré à faire face à une situa­tion pareille. La panne la plus grave envi­sa­gée par les construc­teurs était une rup­ture du sys­tème prin­ci­pal de refroidissement !

« Briou­kha­nov n’ordonne, dans l’immédiat, aucune éva­cua­tion. Or, au moment de l’explosion, plus de 200 employés tra­vaillaient à la cen­trale, et plu­sieurs cen­taines d’ouvriers s’affairaient à la construc­tion des cin­quième et sixième réac­teurs. Dans la mati­née du 26 avril, les alen­tours de la cen­trale grouillent de pom­piers et de mili­taires appe­lés en ren­fort. En ce same­di matin, les habi­tants de Pri­pyat vaquent tran­quille­ment à leurs occu­pa­tions. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, par­ti­cipent même au « Mara­thon de la paix » qui, de Pri­pyat au vil­lage de Kopa­chy, dis­tant de 7 kilo­mètres à peine du réac­teur dévas­té, fait le tour de la centrale !

« Entre-temps, à Mos­cou, une com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale est mise sur pied. Quelques-uns de ses membres prennent l’avion pour Tcher­no­byl. Vale­ri Legas­sov, un haut res­pon­sable du nucléaire sovié­tique, témoigne : «  En nous appro­chant de Tcher­no­byl, dans la soi­rée du 26 avril, nous fûmes frap­pés par la cou­leur du ciel. A une dizaine de kilo­mètres, une lueur cra­moi­sie domi­nait les

Tchernobyl explosion

envi­rons. Pour­tant, les cen­trales nucléaires ne rejettent habi­tuel­le­ment aucune fumée. Mais ce jour-là, l’installation res­sem­blait à une usine métal­lur­gique sur­mon­tée d’un épais nuage assom­bris­sant la moi­tié du ciel. Les res­pon­sables étaient per­dus, para­ly­sés. Ils ne savaient où don­ner de la tête et n’avaient reçu aucune direc­tive. Les employés des trois autres blocs ato­miques de la cen­trale n’avaient tou­jours pas quit­té leur poste. Per­sonne n’avait pris soin de débran­cher la ven­ti­la­tion inté­rieure et les radio­élé­ments s’étaient répan­dus à tra­vers toutes les ins­tal­la­tions de la centrale »

« Le chef de la com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale, Boris Cht­cher­bi­na, l’un des vice-pré­si­dents du Conseil des ministres de l’URSS, arri­vé sur place vers 21 heures, décide enfin d’ordonner l’évacuation, à par­tir du sur­len­de­main, 28 avril, 14 heures, de la popu­la­tion dans un rayon de 30 kilo­mètres autour de la cen­trale, et de faire appel à l’armée de l’air pour ten­ter d’ensevelir le coeur du réac­teur nucléaire en fusion sous du sable et d’autres matériaux.

« Il fau­dra quinze jours à des équipes spé­cia­li­sées pour étouf­fer la réac­tion nucléaire en déver­sant, depuis des héli­co­ptères, plu­sieurs mil­liers de tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore (qui a la pro­prié­té d’absorber les neu­trons), de borax et de dolo­mite. Plus de 1 000 pilotes par­ti­ci­pèrent à ces opé­ra­tions menées à bord d’hélicoptères mili­taires gros porteurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Atteindre le coeur du réac­teur – un objec­tif d’une dizaine de mètres de dia­mètre – depuis une hau­teur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fal­lait faire très vite : à cause de la for­mi­dable radia­tion qui se déga­geait du réac­teur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hau­teur –, les pilotes ne pou­vaient pas res­ter plus de 8 secondes à la ver­ti­cale du réac­teur. Les pre­miers jours, les deux tiers des lar­gages man­quèrent leur cible. En chu­tant, les gros paquets de sable explo­saient sous l’effet de la cha­leur. Les jours pas­sant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélan­gé à de l’argile pour for­mer une masse plus com­pacte, furent ain­si jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radia­tions chu­tèrent brus­que­ment. Mais le len­de­main on s’aperçut que le sable avait fon­du et que les rejets de radio­nu­cléides avaient repris de plus belle.

« On déci­da alors de déver­ser d’énormes paquets en grosse toile de para­chute conte­nant des cen­taines de lin­gots de plomb, de la dolo­mite et du bore. Mais une nou­velle menace se pro­fi­la. Les fon­da­tions de la cen­trale mon­traient des signes d’affaissement. Il fal­lait les ren­for­cer pour empê­cher le com­bus­tible nucléaire fon­du de péné­trer mas­si­ve­ment dans les sols. Des cen­taines de mineurs du Don­bass furent appe­lés en ren­fort pour creu­ser un boyau de 170 mètres de long jusque sous le réac­teur. [Ndlr : Dans le but de pré­ve­nir une nou­velle explo­sion et de pro­té­ger la nappe phréatique].

« Le 6 mai, l’émission de radia­tions chu­ta for­te­ment, pour atteindre 150 rems. Le com­bat, néan­moins, n’était pas gagné. Vale­ri Legas­sov témoigne : «  Le 9 mai, le monstre avait appa­rem­ment ces­sé de res­pi­rer, de vivre. Nous nous apprê­tions à fêter la fin des opé­ra­tions, qui coïn­ci­dait jus­te­ment avec le jour anni­ver­saire de la vic­toire sur l’Allemagne nazie. Mais un nou­veau foyer s’est décla­ré. On ne savait plus ce qu’il fal­lait faire. On ne savait pas ce que c’était. Cela res­sem­blait à une masse incan­des­cente com­po­sée de sable, d’argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réac­teur. On se remit au tra­vail et on jeta encore 80 tonnes sup­plé­men­taires sur le cra­tère fumant. »

« […] Le géné­ral Ber­dov fit venir 1 200 auto­bus de Kiev. Les 45 000 habi­tants de Pri­pyat furent éva­cués en pre­mier, dans l’après-midi du 28 avril. Ils ne furent aver­tis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. « Ne pre­nez que le strict néces­saire : de l’argent, vos papiers et un peu de nour­ri­ture. Aucun ani­mal domes­tique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours  ».

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« Vous serez vite de retour ! » [d.r.]

« Dans la soi­rée, les éva­cués arri­vèrent dans la région rurale de Poless­koie, dis­tante d’à peine une cin­quan­taine de kilo­mètres au sud-ouest. On les « ins­tal­la » chez les pay­sans du coin. Tous les bâti­ments d’exploitation, granges, han­gars, étables, furent réqui­si­tion­nés. Nom­breux étaient ceux qui souf­fraient déjà de nau­sées et de diar­rhées, pre­miers signes d’une forte irra­dia­tion. Or, dans ces vil­lages, aucune assis­tance médi­cale n’était dis­po­nible. Comble de l’absurde : la région de Poless­koie était elle-même for­te­ment contaminée !

« Pour ten­ter d’éviter que les éva­cués ne se sauvent, ordre fut don­né à cha­cun de poin­ter quo­ti­dien­ne­ment à l’administration locale, comme devaient le faire les dépor­tés sous Sta­line. Des cor­dons de police furent déployés sur les routes et les voies fer­rées pour inter­cep­ter les fuyards. Non­obs­tant tous les obs­tacles, des mil­liers de per­sonnes s’enfuirent pour rejoindre Kiev ou une autre grande ville, ampli­fiant la rumeur sur la catas­trophe qui venait de se produire.

« Dans les pre­miers jours de mai, l’évacuation s’amplifia : près de 100 000 per­sonnes, habi­tant dans une zone d’une tren­taine de kilo­mètres autour de la cen­trale, furent éva­cuées à leur tour. Pour la plu­part, simples kol­kho­ziens n’ayant jamais quit­té leur vil­lage, ce dépla­ce­ment for­cé, qui fai­sait remon­ter chez les plus âgés les sou­ve­nirs du grand exode de l’été 1941, consti­tua un pro­fond traumatisme.

« Les éva­cua­tions se pro­lon­gèrent jusqu’au mois d’août, après que les légis­la­teurs sovié­tiques eurent défi­ni quatre « zones de contamination » […]

« Au total, quelque 250 000 per­sonnes furent, en trois mois, éva­cuées des trois pre­mières zones. En un an, une nou­velle ville, Sla­vou­titch, à une soixan­taine de kilo­mètres de la cen­trale, sor­tit de terre. Fin 1987, elle comp­tait déjà plus de 30 000 habi­tants. De nom­breux occu­pants des zones conta­mi­nées furent éga­le­ment relo­gés dans des ban­lieues de Kiev. Le gou­ver­ne­ment octroya à chaque éva­cué des indem­ni­tés : 4 000 roubles soit un an envi­ron de salaire moyen par adulte et 1 500 roubles par enfant.

[Pro­chain article : Comme un nuage]

 

Notes:

  1. Vas­si­li Nes­te­ren­ko, phy­si­cien bié­lo­russe, direc­teur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Bié­lo­rus­sie de 1977 à 1987. Il a cher­ché à limi­ter les effets sani­taires de la catas­trophe, et aus­si à en limi­ter l’ampleur ; il est inter­ve­nu lui-même comme liqui­da­teur pour lar­guer par héli­co­ptè­re­di­rec­te­ment dans le réac­teur en fusion des pro­duits de col­ma­tage. Trois des quatre pas­sa­gers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a sur­vé­cu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maxi­male tolé­rée en France par an pour une per­sonne. Le rem est une uni­té de mesure d’équivalent de dose de rayon­ne­ment ioni­sant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la cen­trale Lénine, ce fleu­ron du nucléaire sovié­tique : quatre réac­teurs d’une puis­sance de 1.000 MW et deux autres en construc­tion. Ce devait être la plus puis­sante cen­trale nucléaire du bloc com­mu­niste. Car nous sommes tou­jours à l’époque des deux « blocs » enne­mis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La Répu­blique socia­liste sovié­tique d’Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décembre 1922, l’URSS nais­sait, regrou­pant la Rus­sie, l’Ukraine, la Bié­lo­rus­sie et la Trans­cau­ca­sie. En 1932-1933, le vil­lage de Tcher­no­byl comme tout le reste de l’Ukraine fut odieu­se­ment tou­ché par la famine – l’Holo­do­mor –, pro­vo­quant de 3 à 7 mil­lions de morts dans tout le pays. Mer­ci Sta­line, « petit père des peuples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa pre­mière cen­trale nucléaire d’Ukraine voit le jour à par­tir de 1970 sur un affluent du Dnie­pr, dans les fau­bourgs de Pri­pyat, ville nou­velle de 40.000 habi­tants, près de la fron­tière entre l’Ukraine et la Bié­lo­rus­sie, à 15 kilo­mètres de Tcher­no­byl et 110 au nord de Kiev.

La cen­trale devait regrou­per six réac­teurs. La construc­tion des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le pre­mier est mis en ser­vice en 1977, le second, l’année sui­vante. Les 3 et 4 sont mis en chan­tier en 1975 ; leur exploi­ta­tion com­mence res­pec­ti­ve­ment en 1981 et 1983. La construc­tion des 5 et 6 sera inter­rom­pue par la catastrophe.

En 1985, l’Union sovié­tique dis­pose de 46 réac­teurs nucléaires, dont une quin­zaine de type RBMK 1000 d’une puis­sance élec­trique de 1 000 méga­watts cha­cun. À cette époque, la part du nucléaire en Union sovié­tique repré­sente envi­ron 10 % de l’électricité pro­duite, et la cen­trale de Tcher­no­byl four­nit 10 % de l’électricité en Ukraine.

Ladite cen­trale est alors diri­gée par Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov, ingé­nieur en ther­mo­dy­na­mique, nom­mé en 1970 à ce poste pour « son volon­ta­risme mili­tant, sa volon­té et sa capa­ci­té à dépas­ser les quo­tas, dans le res­pect des règles de sécu­ri­té », selon la ter­mi­no­lo­gie en vigueur. C’était ce qu’on appelle un appa­rat­chik.

Le com­plexe Lénine avait fait l’objet de rap­ports alar­mants dès sa construc­tion. Ain­si, ce rap­port confi­den­tiel signé en 1979 par You­ri Andro­pov, patron du KGB deve­nu ensuite pré­sident du Soviet suprême de l’URSS. Il était fait état d’un manque total de res­pect des normes de construc­tion et des tech­no­lo­gies de mon­tage telles que défi­nies dans le cahier des charges.

Ce point ser­vi­ra d’argument après la catas­trophe pour déni­grer la tech­no­lo­gie sovié­tique – « rus­tique-russ­toque » – et van­ter la supé­rio­ri­té de l’américaine… Cela ser­vait évi­dem­ment la poli­tique d’affrontement des blocs, tout en valo­ri­sant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fuku­shi­ma, Anne Lau­ver­geon (qui diri­geait alors Are­va) s’était empres­sée de van­ter – pour le vendre autant que pos­sible – la supé­rio­ri­té pré­ten­due de l’EPR français.

Biblio­gra­phie sélec­tive  Ce fameux nuage… Tcher­no­byl, Jean-Michel Jac­que­min, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tcher­no­byl, Fran­çois Pon­thieu, Gérard Pon­thieu, Le Condot­tiere, 2016  Conta­mi­na­tions radio­ac­tives : atlas France et Europe, Crii­rad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comé­die ato­mique, Yves Lenoir, La Décou­verte, 2016  La Sup­pli­ca­tion, Svet­la­na Alexie­vitch, Lat­tès, 1998  La véri­té sur Tcher­no­byl, Gri­go­ri Med­ve­dev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose fran­çaise - Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maî­tri­ser le nucléaire - Sor­tir du nucléaire après Fuku­shi­ma,  Jean-Louis Bas­de­vant, Eyrolles, 2012   Tcher­no­byl : enquête sur une catas­trophe annon­cée, Nico­las Werth - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tcher­no­byl fran­çais ?, Eric Ouzou­nian, Nou­veau Monde Edi­tions, 2008   Le Monde  Libé­ra­tion  Sciences & Ave­nir  

Orga­nismes et sites  AFMT - Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde  ASN - Auto­ri­té de sûre­té nucléaire  C’est pour dire [en par­ti­cu­lier Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­songe, du 25 avril 2006]  Crii­rad - Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té  Ina – Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel  IRSN – Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire  La radioactivite.com  Obser­va­toire du nucléaire  Sor­tir du nucléaire  Wiki­pé­dia

Dans les deux cas, on s’empressait de mettre le sys­tème nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mau­vaise tech­nique (sovié­tique), à des pannes de pompes sui­vies d’« actions de conduite inap­pro­priée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux élé­ments déchaî­nés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauf­fait au nucléaire. D’un côté, la tech­no­lo­gie dan­ge­reuse des demeu­rés com­mu­nistes, de l’autre la triom­phante supé­rio­ri­té de l’empire capi­ta­liste. « RBMK ver­sus Westinghouse/General Elec­tric », le match suprême des poids-lourds atomiques…

Un match nul, en véri­té. Et, sur­tout, un com­bat émi­nem­ment dan­ge­reux et mor­ti­fère. À y regar­der de plus près, deux tech­no­cra­ties s’affrontaient au bord d’un gouffre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le sys­tème RBMK (du russe Reak­tor Bol­shoy Moshch­nos­ti Kanal­nyi : réac­teur de grande puis­sance à tube de force). Avec ses avan­tages cer­tains, comme le char­ge­ment conti­nu du réac­teur en com­bus­tible, et ses incon­vé­nients hélas démon­trés. Sans entrer dans les détails trop tech­niques, les fai­blesses prin­ci­pales de ce sys­tème résident dans la dif­fi­cul­té de contrôle du cœur et dans l’absence d’enceinte de confi­ne­ment. 1. On y revient dans l’article sui­vant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réac­teurs de Tcher­no­byl ont été mis pro­gres­si­ve­ment à l’arrêt défi­ni­tif (le der­nier en 2000 seule­ment), ain­si que les deux réac­teurs de la cen­trale d’Ignalina, en Litua­nie. Il reste, à ce jour, 11 réac­teurs RBMK en exploi­ta­tion, tous en Rus­sie et qui ont fait l’objet d’« amé­lio­ra­tions de sûreté ».

À ma droite, on peut le dire, le sys­tème Wes­tin­ghouse (à eau sous pres­sion) qui, avec son concur­rent Gene­ral Elec­tric (qui a rache­té Alstom en France) domine le nucléaire mon­dial, aux États-Unis, bien sûr, mais aus­si au Japon et en France, dont tous les réac­teurs sont sous licence amé­ri­caine, y com­pris les EPR fran­çais en (aven­tu­reuse) construc­tion 2. Pas­sons sur les avan­tages van­tés par ses concep­teurs (et uti­li­sa­teurs), tan­dis que ses failles ont écla­té au grand jour lors de l’accident à la cen­trale de Three Miles Island en Pennsylvanie.

28 mars 1979. Les pompes prin­ci­pales d’alimentation en eau du sys­tème de refroi­dis­se­ment tombent en panne vers 4 h du matin. Une sou­pape auto­ma­tique reste blo­quée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du cir­cuit d’eau pri­maire. Le refroi­dis­se­ment du cœur n’est plus assu­ré, entraî­nant sa fusion. L’explosion est heu­reu­se­ment évi­tée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur rela­ti­ve­ment limi­tés – selon les sources offi­cielles. 3

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Les quatre « blocs » de la cen­trale Lénine. (Ph. Pravda)

Retour à Tcher­no­byl. Ce 25 avril 1986, une expé­ri­men­ta­tion a été pro­gram­mée sur le réac­teur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut conti­nuer à maî­tri­ser le fonc­tion­ne­ment de la chau­dière (en par­ti­cu­lier son refroi­dis­se­ment) en cas de panne d’alimentation élec­trique, cela en recou­rant à l’électricité rési­duelle pro­duite par l’inertie des alter­na­teurs. Car un réac­teur, et une cen­trale en géné­rale, ne peuvent fonc­tion­ner que s’ils sont ali­men­tés en élec­tri­ci­té ! C’est ain­si. D’où l’importance des groupes élec­tro­gènes de secours. Or, ces sales bêtes (entraî­nées par de puis­sants moteurs die­sel) sont capri­cieuses : elles vont jusqu’à rechi­gner au démar­rage et, de plus, mettent plus de qua­rante secondes avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la jour­née, mais une panne dans une autre cen­trale oblige à le dif­fé­rer pour main­te­nir le réac­teur 4 en pro­duc­tion. Une obli­ga­tion fâcheuse pour l’expérience qui pré­co­ni­sait une mise en « repos » préa­lable de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se col­ler » à l’exercice, ce qui oblige à une pas­sa­tion des consignes et expose à interprétations.

Comme sou­vent, un enchaî­ne­ment mal­heu­reux de cir­cons­tances va conduire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réac­teur RBMK. Mise en place des barres de contrôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réac­teur est intrin­sè­que­ment instable à cause d’un effet dit de « coef­fi­cient de vide posi­tif », qui favo­rise l’emballement de la réac­tion nucléaire. En d’autres termes, la puis­sance aug­mente spon­ta­né­ment et doit sans cesse être régu­lée par les opé­ra­teurs pour évi­ter la fonte du cœur. Dans les réac­teurs amé­ri­cains, et dans les modèles russes modi­fiés, ce « coef­fi­cient de vide » est néga­tif : l’intensité de la réac­tion a ten­dance à chu­ter d’elle-même sans inter­ven­tion extérieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beau­coup trop long – 20 secondes – néces­saire au fonc­tion­ne­ment de son sys­tème d’arrêt d’urgence (la des­cente des barres de contrôle). Enfin, son cœur de gra­phite et d’uranium est inflam­mable à haute température.

Mal­gré ces fai­blesses, c’est bien l’expérimentation ris­quée et son dérou­lé qui ont déclen­ché l’accident. Expé­ri­men­ta­tion qui n’avait d’ailleurs pas obte­nu l’aval de l’organisme spé­cial (Gosa­tom­nad­zor) char­gé de super­vi­ser tous les aspects de la sûre­té nucléaire.

L’équipe pas­sa outre, ayant reçu l’accord du direc­teur de la cen­trale, Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov. En 1983, c’est lui qui signe « l’acte de mise en exploi­ta­tion expé­ri­men­tale » du qua­trième réac­teur alors même que toutes les véri­fi­ca­tions n’avaient pas été ache­vées. Ce qui lui valut, cette année-là, d’être déco­ré de l’ordre de l’Amitié des peuples… En 1986, il figu­rait sur la liste pro­po­sée des médaillés de l’Ordre du Tra­vail socia­liste à l’occasion de l’inauguration, pré­vue en octobre, du cin­quième réac­teur, encore en construc­tion lors de l’explosion...

Au moment de l’expérimentation, Briou­kha­nov était ren­tré chez lui. Peut-être dor­mait-il déjà. Tout comme l’ingénieur en chef, Niko­laï Fomine. C’est donc Ana­to­li Dyat­lov, l’ingénieur en chef adjoint, qui dirige l’équipe d’expérimentateurs. 4

Per­sonne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tcher­no­byl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Pro­chain article : Le monstre se déchaîne]

Notes:

  1. Cette enve­loppe de béton n’empêche pas son explo­sion (Fuku­shi­ma), ni des fuites de radio­ac­ti­vi­té dues au vieillis­se­ment, ni sa des­truc­tion lors d’un éven­tuel atten­tat, notam­ment aérien
  2. La coen­tre­prise nucléaire entre Gene­ral Elec­tric et le japo­nais Hita­chi forme l’un des prin­ci­paux construc­teurs nucléaires mon­diaux avec le fran­çais Are­va et l’américano-japonais Wes­tin­ghouse (groupe Toshi­ba). GE a ain­si fabri­qué trois des réac­teurs de Fuku­shi­ma-Daii­chi, dont deux ont été acci­den­tés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l’accident – sor­tait aux États-Unis Le Syn­drome chi­nois, film de James Bridges dans lequel un acci­dent dans une cen­trale manque de pro­vo­quer la fusion du cœur qui, en théo­rie,  ris­que­rait de s’enfoncer jusqu’au centre de la Terre (et non jusqu’en Chine comme le lais­se­rait sup­po­ser le titre du film).
  4. En 1987, au terme d’un pro­cès à huis clos, Vik­tor Briou­kha­nov, Niko­laï Fomine et Ana­to­li Diat­lov ont été condam­né à dix ans de réclu­sion. Ana­to­li Diat­lov et Iou­ri Laou­ch­kine, for­te­ment irra­diés au moment de l’accident, mour­ront en déten­tion. L’ingénieur en chef Niko­laï Fomine, lui, per­dra la rai­son. L’ex-directeur vit aujourd’hui à Kiev, où il est simple employé d’une firme.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Trente ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tristes anni­ver­saires qui marquent à jamais les deux plus grandes catas­trophes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléaire. Une éner­gie bien par­ti­cu­lière que ses exploi­tants s’efforcent de rendre banale, ordi­naire… Une éner­gie de l’avenir, radieuse (si on ose dire) et même propre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuelle pro­pa­gande en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­miques, en effet, ne pro­duisent pas le si néfaste CO2. Donc, plu­tôt la Peste (nucléaire) que le Cho­lé­ra (fos­sile).

Mais il tourne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukraine et plus encore en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jusque sur nos têtes et sous nos pieds, dans presque toute l’Europe. Puis une autre tem­pête aus­si malé­fique s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le monde vivant.

Le vent tourne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éoliennes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­rages, élec­trise les pan­neaux pho­to­vol­taïques. Le vent d’un autre ave­nir qui refuse la ter­reur de la Toute-Puis­sance tech­no­lâtre à la mer­ci d’un cou­vercle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séisme et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ristes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son délire.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tième anni­ver­saire de cette catas­trophe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléaire ne peut être com­pa­rable à aucun autre acci­dent lié à l’activité humaine.

Au pro­gramme

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­trale Lénine

Mar­di 26. 2) Le monstre s’est déchaîné

Mer­cre­di 27. 3)  Comme un nuage

Jeu­di 26. 4) Un nuage, des lam­beaux partout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dissimulés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-programme

Une centrale, des Inconnus



Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asa­nu­ma-Brice, cher­cheure en socio­lo­gie urbaine rat­ta­chée au centre de recherche de la Mai­son Fran­co Japo­naise de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­ture au sud du Japon), secoué par des séismes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­trale nucléaire de Sen­dai à 140 km de là, génère la colère des Japo­nais. Cette cen­trale, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toire japo­nais en août 2015, depuis le séisme accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fonte des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­trale de Sen­dai, bien que construite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­velles normes sont viables et per­mettent de résis­ter aux plus forts séismes, redon­nant un élan à la poli­tique de redé­mar­rage des cen­trales nucléaires qui ren­contre de fortes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­trophe de 2011. 


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se gar­der de son enne­mi du dedans, ce dia­blo­tin qui le pousse à trop se mon­trer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en par­lotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Sur­tout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque com­pé­tence idoine. Notam­ment sur le nucléaire. C’est ain­si qu’il se prend une bonne raclée (salu­taire ?), infli­gée par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que res­ter sidé­ré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son igno­rance totale de la ques­tion du nucléaire... ce qui ne l’empêche pas de prendre ardem­ment posi­tion en faveur de cette éner­gie. C’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette position.

Il ne s’agit pas pour nous de contes­ter le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favo­rable à l’atome (tout le monde a le droit de se trom­per), mais de rec­ti­fier les erreurs les plus impor­tantes qu’il com­met en s’exprimant sur cette ques­tion. Nous poin­tons en par­ti­cu­lier le texte « Catas­trophe de la pen­sée catas­tro­phiste », publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catas­trophe de Fuku­shi­ma. Voyons cela à tra­vers quelques extraits :

On se rap­proche du 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl, tan­dis qu’on vient de dépas­ser le 5e de celle de Fuku­shi­ma. Rap­pe­lons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les consé­quences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray :  « A défaut de pétrole, et dans la pers­pec­tive de l’épuisement des éner­gies fos­siles comme le char­bon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une pos­si­bi­li­té d’indépendance natio­nale en matière d’énergie civile. »

Sté­phane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité fran­çaise, le nucléaire n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion natio­nale d’énergie : même pous­sé à son maxi­mum (jusqu’à devoir bra­der les sur­plus à l’exportation), l’atome ne repré­sente qu’une petite part de l’énergie fran­çaise, loin der­rière le pétrole et le gaz et il est donc bien inca­pable d’assurer une quel­conque « indé­pen­dance éner­gé­tique ». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la tota­li­té de l’uranium (le com­bus­tible des cen­trales) est impor­tée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : « Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une poli­tique afri­caine cynique et machiavélienne. »

SL : On s’étonnera de la curieuse indul­gence que Onfray accorde à la « poli­tique afri­caine cynique et machia­vé­lienne » : pour le phi­lo­sophe hédo­niste, tout serait donc bon pour nour­rir nos belles cen­trales nucléaires ? Le pillage et la conta­mi­na­tion du Niger, l’assèchement des nappes phréa­tiques locales, le dépla­ce­ment de popu­la­tions ances­trales, la mili­ta­ri­sa­tion de la région : simple « revers de la médaille » ?

On s’étonnera encore plus de voir le phi­lo­sophe mêler allè­gre­ment cette pré­ten­due « indé­pen­dance » et la dite poli­tique afri­caine : s’il y a « indé­pen­dance » de la France, com­ment peut-elle pas­ser par l’Afrique ? A ce compte, la France est « indé­pen­dante » pour sa consom­ma­tion de pétrole puisqu’elle entre­tient de bonnes rela­tions avec la dic­ta­ture d’Arabie Saou­dite. Mais le fes­ti­val continue :

Michel Onfray :  « On ne trouve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Corrèze... »

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rèze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploi­té dans le pays des cen­taines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toire est encore lar­ge­ment conta­mi­né  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais impor­té (pillé), c’est que la popu­la­tion fran­çaise ne tolè­re­rait plus aujourd’hui cette acti­vi­té et ses nui­sances dramatiques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quelque part en France et vous ver­rez immé­dia­te­ment les rive­rains se mobi­li­ser avec la der­nière éner­gie, à com­men­cer par les pro­nu­cléaires (qui connaissent mieux que per­sonne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on conti­nue tran­quille­ment de piller le Niger, où les mani­fes­ta­tions anti-Are­va sont répri­mées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émou­voir le phi­lo­sophe pro­nu­cléaire qui conti­nue à s’enfoncer :

Michel Onfray : « Le pho­to­vol­taïque, la bio­masse, l’éolien, l’hydraulique fonc­tionnent en appoint mais ne suf­fisent pas à répondre à la tota­li­té du consi­dé­rable besoin d’énergie de nos civi­li­sa­tions.  »

SL : Les éner­gies renou­ve­lables seraient donc bien sym­pa­thiques, mais tel­le­ment faibles com­pa­rées à ce cher atome. Il suf­fit pour­tant de se repor­ter aux don­nées les plus offi­cielles, par exemple l’édition 2013 (la der­nière en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (publié par l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie), en consul­ta­tion libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les don­nées exactes), les éner­gies renou­ve­lables pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­diale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin conti­nu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fuku­shi­ma - quand l’atome avait atteint son maxi­mum : 17%.

Or c’est pré­ci­sé­ment en 2011 qu’a com­men­cé la catas­trophe nucléaire au Japon, avec la fer­me­ture des 54 réac­teurs du pays, sui­vie de la fer­me­ture défi­ni­tive de 8 réac­teurs en Alle­magne, mais aus­si der­niè­re­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop éle­vé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est pas­sée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­lables font donc plus du double.

La réa­li­té est encore plus édi­fiante lorsqu’on regarde l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tri­ci­té : le nucléaire couvre moins de 2% de la consom­ma­tion mon­diale d’énergie quand les renou­ve­lables (prin­ci­pa­le­ment hydro­élec­tri­ci­té et bio­masse) sont à plus de 13%. On pour­ra certes se déso­ler de ce que le trio pétrole-gaz-char­bon repré­sente 85% du total mais, s’il existe une alter­na­tive, elle vient bien des renou­ve­lables, dont la part aug­mente conti­nuel­le­ment, et cer­tai­ne­ment pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une éner­gie « d’appoint », comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de cau­ser des pro­blèmes gigan­tesques (catas­trophe, déchets radio­ac­tifs, pro­li­fé­ra­tion à des fins mili­taires, etc.) en échange d’une contri­bu­tion négli­geable à l’énergie mondiale.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cu­ter ici des tares res­pec­tives des dif­fé­rentes éner­gies (si tant est que celles des renou­ve­lables puissent être com­pa­rées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de mon­trer que le rai­son­ne­ment du phi­lo­sophe s’appuie sur des don­nées tota­le­ment fausses, et même inverses à la réa­li­té (comme si « le réel n’avait pas lieu »...), ce qui ne lui per­met évi­dem­ment pas d’aboutir à des conclu­sions lumineuses.

Michel Onfray : « Qui ose­rait aujourd’hui invi­ter à vivre sans élec­tri­ci­té ?  »

SL : Il est triste de voir le phi­lo­sophe se lais­ser aller à des argu­ments si écu­lés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suf­fit de se repor­ter au point pré­cé­dent pour consta­ter l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : « Avec la catas­trophe japo­naise, la ten­ta­tion est grande de renon­cer à la rai­son. Les images télé­vi­sées montrent le cata­clysme en boucle…  ». Le phi­lo­sophe stig­ma­tise les irres­pon­sables selon les­quels « Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de suite les cen­trales et de se mettre aux éner­gies renou­ve­lables demain matin  ».

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­trale nucléaire cen­sée résis­ter à tout, les Japo­nais étant pré­sen­tés jusqu’alors comme les maîtres de la construc­tion anti­sis­mique, la « rai­son » serait de reje­ter toute mise en cause de cette façon de pro­duire de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japo­nais ont « cédé à l’émotion » de façon par­fai­te­ment « irra­tion­nelle » en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réacteurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le pre­mier ministre ultra­na­tio­na­liste Shin­zo Abe choi­sit la pré­ten­due « rai­son » en exi­geant la remise en ser­vice de cer­taines cen­trales. Mais la popu­la­tion (la rai­son popu­laire ?) s’y oppose fron­ta­le­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait « irra­tion­nelle », à être à nou­veau irradiée ?

Michel Onfray :  « Or il nous faut pen­ser en dehors des émo­tions. La catas­trophe fait par­tie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catas­trophe natu­relle ». RAPPEL :  » Tcher­no­byl pro­cède (…) de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Féé­ries ana­to­miques, 2003)

SL : Cet argu­men­taire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire pro­fon­dé­ment ridi­cule : « Tcher­no­byl c’est la faute aux Sovié­tiques, Fuku­shi­ma, c’est la faute au tsu­na­mi ». Le nucléaire et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Tou­te­fois, pro­ba­ble­ment conscient de la fai­blesse du rai­son­ne­ment, Onfray invente le concept de catas­trophe « natu­relle »… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray :  « Les Japo­nais ont fait prendre des risques consi­dé­rables à l’humanité et à la pla­nète. (…) Si l’on bâtit 17 cen­trales nucléaires, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­dien­ne­ment sujet aux secousses sis­miques, il faut bien que cette catas­trophe natu­relle inévi­table soit ampli­fiée par la catas­trophe cultu­relle évi­table qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bombes ato­miques japo­naises potentielles... »

SL : Voi­là qui fait pen­ser à Sar­ko­zy assu­rant qu’une catas­trophe nucléaire ne pou­vait se pro­duire à la cen­trale de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsu­na­mis. Or il existe de mul­tiples causes pos­sibles pour abou­tir à une catas­trophe nucléaire, qu’il s’agisse de fac­teurs natu­rels (séismes, tsu­na­mis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de concep­tion, de main­te­nance, d’exploitation, etc.).

Il est en réa­li­té par­fai­te­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japo­nais, l’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique (AIEA) ayant régu­liè­re­ment vali­dé les mesures de sûre­té face à tous les risques, y com­pris celui du tsu­na­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait pré­fi­gu­ré Fuku­shi­ma en met­tant à mal la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashi­wa­sa­ki : c’est hélas un haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té fran­çaise qui avait alors diri­gé une mis­sion de l’AIEA et décré­té que les cen­trales japo­naises pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner sans risque 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fuku­shi­ma à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arri­vés à la conclu­sion que les cen­trales résis­te­raient à un séisme et/ou un tsu­na­mi. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une rai­son pour ne rien faire, mais c’est assu­ré­ment une bonne rai­son pour se pas­ser des cen­trales nucléaires (et des bombes ato­miques) qui repré­sentent un dan­ger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susur­ré depuis 40 ans par la CGT-éner­gie :

Michel Onfray : « Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplo­ma­tie et la poli­tique étran­gère qui échappent au pou­voir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­ne­ment : il doit ces­ser d’être un reli­quat monar­chique pour deve­nir une affaire républicaine. »

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les sala­riés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci devien­drait mira­cu­leu­se­ment « sûre ». C’est à nou­veau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aus­si oublier que la popu­la­tion n’a en grande majo­ri­té aucune inten­tion de se trans­for­mer en exploi­tant nucléaire ! Les mal­heu­reux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent ins­tru­men­ta­li­sés par les ato­mistes, les­quels accusent les anti­nu­cléaires de vou­loir main­te­nir des mil­liards de gens dans la misère. Mais les pauvres aus­si savent se ren­sei­gner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les mani­fes­ta­tions anti­nu­cléaires ultra-mas­sives en Inde, tant contre un pro­jet de cen­trale russe que contre celui du fran­çais Are­va 6.

Conclu­sion :

Michel Onfray : « L’énergie nucléaire n’a jamais cau­sé aucun mort : Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki, puis Tcher­no­byl pro­cèdent du délire mili­taire amé­ri­cain, puis de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Fée­ries ana­to­miques, 2003)

SL : On retrouve ici exac­te­ment le même genre d’arguments que ceux de la tris­te­ment célèbre Natio­nal Rifle Asso­cia­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assure que pis­to­lets et fusils ne tuent per­sonne, la faute étant exclu­si­ve­ment celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs for­mel­le­ment exact, for­mel­le­ment mais stu­pi­de­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les crimes de masse jusque dans les écoles amé­ri­caines. Pour reve­nir à nos mou­tons, on pour­ra accor­der à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléaire n’a tué per­sonne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voi­là bien avancés.

Mais notre pro­pos n’est pas de riva­li­ser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être accep­te­ra-t-il de se ren­sei­gner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­diale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les cen­trales et leur pré­ten­due « accep­ta­tion » par la popu­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chance de fré­quen­ter l’Université popu­laire de Caen mais qui par­vient néan­moins à s’informer et à pen­ser collectivement.

Sté­phane Lhomme 
Obser­va­toire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

« Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

3/5/16 La sous­crip­tion est close. Grand mer­ci aux valeu­reux contri­bu­teurs qui ont per­mis la publi­ca­tion de ce modeste ouvrage. Des exem­plaires res­tent dis­po­nibles, en vente ci-contre (colonne de droite).

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Mer­ci encore !

Fran­çois et Gérard Ponthieu


Fukushima, cinq ans après : « Ça s’arrose » à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fuku­shi­ma, trente après Tcher­no­byl, « ça s’arrose » !… On aime­rait en rire, si ces deux anni­ver­saires n’étaient syno­nymes de drames et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie-Les Verts orga­nise une soi­rée Fuku­shi­ma (pro­gramme ci-contre) afin de rap­pe­ler que, par ses consé­quences incal­cu­lables et son éta­le­ment dans la durée, une catas­trophe nucléaire n’est com­pa­rable à aucune autre catas­trophe indus­trielle ou naturelle.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bru­no Bous­sa­gol pour l’organisation de 1 000 évè­ne­ments cultu­rels en France pour com­mé­mo­rer les 5 ans de Fuku­shi­ma et les 30 ans de Tcher­no­byl, la coopé­ra­tive EELV PACA orga­nise à Mar­seille à l’Éco­mo­tive, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soi­rée cultu­relle Fuku­shi­ma, à entrée libre mais limi­tée en nombre de places.

acteurs_réacteursAu pro­gramme :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­ture théâ­tra­li­sée d’extraits de la pièce d’Alain Per­sat « Acteurs Réac­teurs », créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­tives aux éner­gies nucléaires et fos­siles, qui peuvent être mises en œuvre à l’échelle d’une famille ou d’une col­lec­ti­vi­té. Vers 20h 30, repas bio végé­ta­rien et local autour d’une grande table.

Pré-réser­va­tion néces­saire ici.

Un rap­pel salu­taire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notam­ment avec le pro­jet de pro­lon­ger de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc fran­çais vieillis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­man­ville en cours de construc­tion pro­blé­ma­tique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Luxem­bourg demandent la fer­me­ture à court terme des cen­trales fron­ta­lières de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­te­nom. Au moment encore où EDF se voit ployer sous la charge finan­cière cumu­lée de trois « héri­tages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise par­tielle des acti­vi­tés d’Areva – et de sa faillite ; casse-tête des EPR en pro­jet (Grande-Bre­tagne, Chine) et en construc­tion plus que pro­blé­ma­tique (Fin­lande, France) – avec démis­sion du direc­teur finan­cier de l’électricien…

La bonne nou­velle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tri­ci­té si appa­rem­ment « com­pé­ti­tive » va aug­men­ter sale­ment dans les mois et années qui viennent (de 30 à 50 % !). Bonne nou­velle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoi­le­ra dans sa réa­li­té crue face aux éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables. Dès lors, les choix éner­gé­tiques appa­raî­tront sans doute, il faut l’espérer, plus évidents.

Fuku­shi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la pis­cine de désac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­trale nucléaire japo­naise de Fuku­shi­ma Daii­chi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsu­na­mi. Des incen­dies sui­vis d’explosions vont contri­buer à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment les ins­tal­la­tions et relâ­cher des quan­ti­tés mas­sives d’effluents radio­ac­tifs gazeux et liquides.

Toute une région s’est trou­vée rui­née : popu­la­tion éva­cuée, conta­mi­na­tion des per­sonnes, des ani­maux et des plantes; agri­cul­ture et pêche rui­nées, terres conta­mi­nées par la radio­ac­ti­vi­té, rejets toxiques dans l’air et dans la mer. Les consé­quences d’une telle catas­trophe sont humai­ne­ment inacceptables.

Sur les 300 000 per­sonnes de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma qui ont éva­cué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chiffres de la Croix-Rouge, approxi­ma­ti­ve­ment 1 600 morts seraient liées aux condi­tions d’évacuation, comme l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­raire, l’épuisement dû aux dépla­ce­ments, l’aggravation de mala­dies exis­tantes consé­cu­tives à la fer­me­ture d’hôpitaux, les sui­cides, etc. Un éva­lua­tion qui est com­pa­rable aux 1 599 décès direc­te­ment cau­sés par le séisme et le tsu­na­mi dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, en 2011. De nom­breuses muni­ci­pa­li­tés refusent d’indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas per­tur­ber les futures pro­jec­tions de demande d’indemnisation des familles pour le pre­tium dolo­ris.

Outre ces décès dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, on compte 869 décès dans la pré­fec­ture de Miya­gi et 413 dans celle d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, 150 000 per­sonnes étaient encore « réfu­giées ». Selon la Croix-Rouge, outre leurs condi­tions de vie dif­fi­ciles, ces réfu­giés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bi­li­té d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wiki­pe­dia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tchernobyl).

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Nous nous sommes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cette sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­saires à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tro­nique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Marseille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­de­rons alors votre adresse pos­tale par courriel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la liste des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des étapes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cette créa­tion de qua­li­té, à tirage limi­té. Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre soutien !

Fran­çois et Gérard Ponthieu


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuelle. Voi­ci le « pitch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous pré­sente la ville de demain. Ville durable, connec­tée et intel­li­gente, telles sont les inno­va­tions urbaines qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la ville du futur. Rendre une ville har­mo­nieuse et agréable à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­diale avec la construc­tion de bâti­ments verts, telles seront les pré­oc­cu­pa­tions majeures de la ville de demain.

Magni­fique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaîne humaine dans la val­lée du Rhône - Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion éner­gé­tique sans nucléaire !

Pro­gramme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anni­ver­saire que ce qua­trième mar­quant la catas­trophe de Fuku­shi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de terre d’une magni­tude 9 se pro­duit, endom­ma­geant la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres géné­rée par le séisme atteint la cen­trale de Fuku­shi­ma Daii­chi, construite à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-des­sus du niveau de la mer. Pour Fuku­shi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait construit un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsu­na­mi de 5,7 mètres de haut maxi­mum. Trois des six réac­teurs se mettent à l’arrêt auto­ma­tique. Tan­dis que les sys­tèmes de refroi­dis­se­ment tombent en panne, ain­si que les groupes élec­tro­gènes de secours.

Et c’est la catas­trophe majeure : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incen­dies des enceintes 1 à 4, dis­per­sions radio­ac­tives dépas­sant 300 fois la norme admis­sible, conta­mi­na­tion sur un rayon de plus de 80 km, dépla­ce­ment de mil­liers de rive­rains, rejet d’eau for­te­ment radio­ac­tive dans le Paci­fique, situa­tion incon­trô­lable de l’ensemble des ins­tal­la­tions – et nul­le­ment sta­bi­li­sée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été ame­nés sur place – dans des condi­tions cri­tiques, et très cri­ti­quées – pour ten­ter de « col­ma­ter les brèches » d’un chan­tier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voi­ci un ins­tan­ta­né concer­nant la situa­tion des « lqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, telle que rap­por­tée par le blog Fuku­shi­ma 福島第 consa­cré entiè­re­ment à la catas­trophe nucléaire et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sinistre

Le 19 jan­vier, à la cen­trale nucléaire n°1 de Fuku­shi­ma, un tra­vailleur est tom­bé du bas­sin et il est mort, et à la cen­trale nucléaire n° 2, le 20 jan­vier, un autre tra­vailleur est mort éga­le­ment, écra­sé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novembre, 40 tra­vailleurs ont été bles­sés. Ce chiffre est trois fois plus impor­tant que l’année dernière.

Main­te­nant, dans la cen­trale nucléaire n°1, tra­vaillent chaque jour 6.000 per­sonnes. Il manque non seule­ment des forces de tra­vail, mais aus­si la qua­li­té du tra­vail. Un tra­vailleur témoigne :  « Il manque certes des tra­vailleurs, mais tout aus­si grave est le manque de tra­vailleurs expé­ri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvriers expé­ri­men­tés qui tra­vaillaient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépas­sée. Main­te­nant, la poli­tique de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­sible et à moindre coût. Sa poli­tique axée sur le seul pro­fit engendre des accidents. »

Extrait d’un article paru dans le jour­nal Fuku­shi­ma Min­jū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux sub­ve­nir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait dif­fi­cile de la nour­rir », a décla­ré un homme de 50 ans qui tra­vaille à la cen­trale n°1 depuis trois ans déjà. Aupa­ra­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construc­tion de réser­voirs pour l’eau conta­mi­née, mais main­te­nant il trans­porte l’eau conta­mi­née qui s’est accu­mu­lée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

« La radio­ac­ti­vi­té dans la cen­trale est encore si forte qu’il porte un vête­ment de pro­tec­tion et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se dépla­cer faci­le­ment, c’est pour­quoi un tra­vail d’une heure et demie est sa limite mais, en rai­son de la lon­gueur des pro­cé­dures pour péné­trer dans l’usine et en sor­tir et à cause des pré­pa­ra­tifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appar­te­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­trale, et il rentre chez lui seule­ment dans la soi­rée. Il par­tage sa chambre avec quelques personnes. […]

« Au cours du der­nier mois, il a été expo­sé à 1,8 mil­li­sie­vert de radio­ac­ti­vi­té. Il est léga­le­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être expo­sés à un maxi­mum de 50 mil­li­sie­verts par an, cepen­dant de nom­breuses entre­prises ont leur propre norme par exemple de 20 mil­li­sie­verts, donc s’il tra­vaille et se trouve expo­sé à ce rythme, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le public a com­men­cé  à se dés­in­té­res­ser de l’accident nucléaire, mais des tra­vaux plus dan­ge­reux se mul­ti­plie­ront cer­tai­ne­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je sou­haite que l’on puisse connaître ce fait « . »

Craintes de maladies

« Tep­co a enquê­té chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­trale nucléaire n°1 en août et sep­tembre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­trale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une mala­die due à la radio­ac­ti­vi­té. Le minis­tère a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­trales ont davan­tage de risques de can­cers de la ves­sie, du pou­mon et du pha­rynx lorsqu’ils sont expo­sés à plus de 100 millisieverts.

« Cepen­dant il est étrange que l’Autorité de régu­la­tion nucléaire pré­voit d’aug­men­ter la norme maxi­male d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­li­sie­verts. Le res­pon­sable a dit:  « La norme inter­na­tio­nale est com­prise entre 250 et 500 mil­li­sie­verts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un acci­dent de même niveau qu’à Fuku­shi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion maxi­male de 250 millisieverts. »

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

« Main­te­nant, on a com­men­cé à déman­te­ler les quatre réac­teurs de la cen­trale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que mor­ceaux de béton des réac­teurs détruits et arbres abat­tus pour faire place aux réser­voirs sont for­te­ment radio­ac­tifs. On n’a pas le droit de les trans­por­ter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  pré­voit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets conta­mi­nés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont com­men­cé à arri­ver, qui occupent 60% de l’espace de stockage.

« Les tra­vailleurs des cen­trales portent un casque, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plu­sieurs autres effets. On réuti­lise casques,masques et chaus­sures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des mon­ti­cules à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co pré­voit de les brû­ler et d’en réduire la quan­ti­té, mais n’y par­vien­dra pas, car le nombre de tra­vailleurs est de plus en plus grand. »


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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