On n'est pas des moutons

Mot-clé: énergie

Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeu­di matin à l’intérieur du périmètre de la cen­trale nucléaire de Cat­tenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des mil­i­tants de Green­peace ont une fois de plus dénon­cé, en les démon­trant, la fragilité et l’accessibilité de ces instal­la­tions haute­ment radioac­tives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du com­bustible nucléaire usé, bâti­ment par­ti­c­ulière­ment vul­nérable puisque con­stru­it selon des normes ordi­naires d’entrepôts indus­triels.

edf-cattenom-nucleaire-greenpeace

Cette opéra­tion vient tout à pro­pos illus­tr­er un rap­port d’experts indépen­dants 1 qui met en cause la sécu­rité des instal­la­tions nucléaires français­es et belges en pointant du doigt leur vul­néra­bil­ité face aux risques d’attaques extérieures. Ces experts sont par­ti­c­ulière­ment inqui­ets con­cer­nant cer­taines instal­la­tions des cen­trales français­es : les piscines d’entreposage des com­bustibles nucléaires usés. Alors qu’elles peu­vent con­tenir le vol­ume de matière radioac­tive le plus impor­tant au sein des cen­trales, ces piscines sont très mal pro­tégées ; elles con­stituent une épée de Damo­clès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endom­magée et qu’elle perd son eau, le com­bustible n’est plus refroi­di et c’est le début d’un acci­dent nucléaire : de la radioac­tiv­ité s’échappe mas­sive­ment dans l’atmosphère, avec des con­séquences radi­ologiques très graves.

greenpeace-nucleaire

Le point faible des cen­trales, les piscines d’entreposage du com­bustible. Ici, à Fes­sen­heim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cli­quer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les acci­dents sont rel­a­tive­ment rares, leurs impacts sur la pop­u­la­tion, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroy­ables. La France n’est pas à l’abri. Les acci­dents les plus graves jamais enreg­istrés sont ceux de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) et de Fukushi­ma (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres acci­dents ont eu lieu aux États-Unis et au Roy­aume-Uni par exem­ple.

Les acci­dents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la cen­trale de St-Lau­rent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octo­bre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des com­bustibles ont fusion­né dans un des réac­teurs de la cen­trale. D’autres acci­dents nucléaires aus­si graves ont été évités de justesse dans d’autres cen­trales.

Certes, les inci­dents de niveau 2 ou 3 sont rel­a­tive­ment rares en France : l’incendie d’un silo de stock­age à La Hague en 1981, une mau­vaise vis dans le sys­tème de pro­tec­tion de Grav­e­lines en 1989, l’inondation de la cen­trale du Blayais en 1999, la perte de plu­to­ni­um à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du con­trôle du nucléaire en France, recon­naît que plusieurs cen­taines d’écarts de niveau 0 et une cen­taine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les inci­dents qui se sont pro­duits sur les sites du Tri­c­as­tin en 2008 et de Grav­e­lines en 2009 relèvent, offi­cielle­ment, de cette caté­gorie 1.

Vu le nom­bre de réac­teurs nucléaires en France (58) et d’installations néces­saires à leur fonc­tion­nement, tous les Français sont con­cernés par ce risque, mais aus­si les habi­tants des pays voisins, en rai­son de l’emplacement de cer­taines cen­trales nucléaires proches des fron­tières : Grav­e­lines et Chooz à côté de la Bel­gique, Fes­sen­heim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aus­si sous la men­ace du Bugey) ou encore Cat­tenom en Lor­raine, à deux pas du Lux­em­bourg.

Avec un parc nucléaire vieil­lis­sant et mal pro­tégé, la pro­duc­tion d’électricité est aujourd’hui syn­onyme de dan­ger en France. Green­peace, toute­fois, ne se voudrait pas fatal­iste. L’organisation écol­o­giste veut croire (ou fait sem­blant) qu’EDF peut encore faire le choix de se pass­er du nucléaire et de dévelop­per les éner­gies renou­ve­lables. « Plutôt que d’investir des dizaines de mil­liards dans le rafis­to­lage de vieux réac­teurs, estime Green­peace, et de pro­duire des déchets qui res­teront radioac­t­ifs pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, EDF peut décider d’investir dans des éner­gies qui sont sûres, pro­pres et désor­mais bon marché. Deman­dons à EDF de sor­tir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nou­veau répétée hier dans les médias, dès la pub­li­ca­tion du rap­port de Green­peace. Ils ont ressor­ti leur dogme – infail­li­ble par déf­i­ni­tion – selon lequel l’électricien ne cesse de ren­forcer ses sys­tèmes sécu­ri­taires autour de ses cen­trales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait vol­er en éclats spec­tac­u­laires ces pieuses et incon­séquentes cer­ti­tudes.

Notes:

  1. « La sécu­rité des réac­teurs nucléaires et des piscines d’entreposage du com­bustible en France et en Bel­gique, et les mesures de ren­force­ment asso­ciées », octo­bre 2017. Con­tribu­teurs du rap­port : Oda Beck­er (Alle­magne), Manon Besnard (France), David Boil­ley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gor­don MacK­er­ron (Roy­aume-Uni), Yves Mari­gnac (France), et Jean-Claude Zer­bib (France). Rap­port com­mandé par Green­peace France.
  2. Green­peace lance une péti­tion en direc­tion d’EDF. On peut la sign­er ici.
  3. EDF dit avoir engagé un mon­tant de 700 mil­lions d’euros pour ren­forcer la sur­veil­lance des instal­la­tions. On voit leur effi­cac­ité… Quant à pro­téger réelle­ment les piscines de stock­age, cela se chiffr­erait en plusieurs dizaines de mil­liards. Déjà dans le rouge financier, EDF n’en a pas les moyens et se trou­ve lit­térale­ment dans l’impasse.

L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les cat­a­stro­phes suc­cè­dent aux cat­a­stro­phes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­son­nes, comme en 40. Des armées de pom­piers rec­u­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­lat­ifs. La fatal­ité.

On implore la pluie. On brûlerait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétain­istes : pactis­er pour ne pas capit­uler. Le Feu comme le Dia­ble. Ah oui, un dia­ble ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaînés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitumeux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, surnom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tura­tion hydraulique », c’est juste une fan­taisie esthé­tique, une aimable chirurgie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en prof­its insa­tiables, à engraiss­er l’obèse Dow Jones.

nancy-huston-alberta

Nan­cy Hus­ton : “Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fi­ante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siè­cle.”

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brûlante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pag­nies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitu­mineux, rasent les forêts, pol­lu­ent les sols, détru­isent la faune et la flo­re. C’est un ter­ri­toire gou­verné par le pét­role et l’argent au mépris de la nature, des peu­ples. Au mépris de l’humanité.

Un témoignage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­di­enne Nan­cy Hus­ton que pub­lie l’excellent site Reporterre : En Alber­ta, « l’avènement d’une human­ité… inhu­maine »

À lire aus­si :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, parabole de l’époque, édi­to de Hervé Kempf.


Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 5 

logo55Le bilan humain et économique de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl est qua­si impos­si­ble à réalis­er. L’accident résulte en grande par­tie de la fail­lite d’un régime basé sur le secret ; un sys­tème à l’agonie qui s’est pro­longé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une péri­ode des plus trou­blées, pour aboutir finale­ment à des sys­tème de gou­verne­ment plus ou moins para-maffieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Biélorussie ou de la Russie. Dans de tels sys­tèmes cor­rom­pus, les lob­bies nucléaires ont eu beau jeu de main­tenir leur emprise sur ce secteur mil­i­taro-indus­triel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toire ! Une ban­de­role apposée sur le réac­teur éven­tré proclame que “le peu­ple sovié­tique est plus fort que l’atome” tan­dis qu’un dra­peau rouge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­trale à l’issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Les vic­times n’ont pas été compt­abil­isées, elles ne fig­urent sur aucun reg­istre offi­ciel. Établir un bilan non truqué des vic­times directes et indi­rectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impos­si­ble. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ciles et de ter­ri­toires, aux familles physique­ment, psy­chologique­ment, émo­tion­nelle­ment anéanties. À jamais. Car rien de tels drames n’est répara­ble. Seules des esti­ma­tions peu­vent être ten­tées, plus ou moins fondées, plus ou moins cat­a­strophistes ou, au con­traire, sci­em­ment min­imisées.

Con­cer­nant le nom­bre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence inter­na­tionale de l’énergie atom­ique) sont plus que dou­teux ; cet organ­isme, rat­taché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléaire inter­na­tion­al qu’il finance notoire­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Organ­i­sa­tion mon­di­ale de la san­té) lui est inféodée, ce qui rend égale­ment sus­pectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études crédi­bles, con­sid­érons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à pren­dre avec la plus grande pru­dence. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réal­isé une étude d’où il ressort que sur le mil­li­er de tra­vailleurs forte­ment con­t­a­m­inés lors de leurs inter­ven­tions durant la cat­a­stro­phe, « seule­ment » une trentaine sont morts directe­ment. Quant aux liq­ui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été exposés à des dos­es rel­a­tive­ment faibles, “pas beau­coup plus élevées que le niveau naturel de radi­a­tion.”…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été exposés à de « faibles dos­es », l’étude recon­naît un nom­bre très élevé des can­cers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 directe­ment imputa­bles à la cat­a­stro­phe. L’Agence admet toute­fois que la mor­tal­ité liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quelques pour-cents et entraîn­er “plusieurs mil­liers” de décès par­mi les liq­ui­da­teurs, les habi­tants de la zone évac­uée et les rési­dents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan offi­ciel est forte­ment con­testé par cer­tains chercheurs. En 2010, l’Académie des sci­ences de New York a pub­lié un dossier à par­tir de travaux menés par des chercheurs de la région de Tch­er­nobyl. Ils con­tes­tent forte­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nom­bre de per­son­nes affec­tées que de l’importance des retombées radioac­tives. Ain­si, il y aurait eu en réal­ité 830.000 liq­ui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radioac­t­ifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­di­al à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant suivi la cat­a­stro­phe. Cette esti­ma­tion sem­ble cepen­dant invraisem­blable – on l’espère.

Green­peace a aus­si pub­lié un rap­port réal­isé par 60 sci­en­tifiques de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie. Le doc­u­ment pré­cise que “les don­nées les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l’accident a causé une sur­mor­tal­ité estimée à 200 000 décès entre 1990 et 2004.”

On le voit, les écarts éval­u­at­ifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de cat­a­stro­phes. Des diver­gences sem­blables appa­rais­sent égale­ment au Japon entre opposants (la majorité de la pop­u­la­tion) et par­ti­sans du nucléaire (gou­ver­nants et indus­triels).

Quant au coût économique, il est plus objec­tivable que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un intéres­sant dossier sur le nucléaire.

Plusieurs esti­ma­tions ont été réal­isées, aboutis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des derniers rap­ports émane de Green Cross Inter­na­tion­al. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts causés à la cen­trale elle-même et dans ses envi­rons, perte de marchan­dis­es et effets immé­di­ats sur la san­té ;
– les coûts indi­rects : retrait de la pop­u­la­tion de la zone con­t­a­m­inée et con­séquences socié­tales liées à la vie des per­son­nes exposées aux radi­a­tions ain­si que leurs enfants.

La Biélorussie estime à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­mages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­rité, l’assainissement et la main­te­nance de la cen­trale désor­mais arrêtée ain­si que les coûts actuels pour la mise en place du nou­veau sar­cophage ; ceux-ci sont pris en charge par les gou­verne­ments des nations con­cernées, soutenus par l’Union Européenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas con­nu) ont été déblo­qués, des pro­grammes soci­aux et des aides médi­cales mis en place. Mais cha­cun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles san­i­taires et psy­chologiques impos­si­bles à chiffr­er.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas per­dre de vue que le nucléaire dit « civ­il » est d’origine mil­i­taire et le reste d’ailleurs, tant qu’il servi­ra à fournir le plu­to­ni­um des­tiné à fab­ri­quer les bombes atom­iques. Rap­pelons aus­si que le Com­mis­sari­at à l’énergie atom­ique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libéra­tion, avec mis­sion de pour­suiv­re des recherch­es sci­en­tifiques et tech­niques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la sci­ence (notam­ment les appli­ca­tions médi­cales), de l’industrie (élec­tric­ité) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gor­batchev, dernier dirigeant de l’Union sovié­tique, et aujourd’hui prési­dent de la Croix verte inter­na­tionale (Green Cross) a con­nu son « chemin de Damas » en 1986 : « C’est la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quelles pou­vaient être les ter­ri­bles con­séquences du nucléaire, même en dehors d’un usage mil­i­taire. Cela per­me­t­tait d’imaginer plus claire­ment ce qui pour­rait se pass­er après l’explosion d’une bombe nucléaire. Selon les experts sci­en­tifiques, un mis­sile nucléaire tel que le SS-18 représente l’équivalent d’une cen­taine de Tch­er­nobyl. » (Tch­er­nobyl, le début de la fin de l’Union sovié­tique, tri­bune dans Le Figaro, 26/04/2006)

Par com­para­i­son, l’accident de Fukushi­ma, com­prenant la décon­t­a­m­i­na­tion et le dédom­mage­ment des vic­times, pour­rait n’atteindre “que” 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant émane de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relève de l’hypothèse basse et ne com­prend pas les charges liées au déman­tèle­ment des qua­tre réac­teurs rav­agés. Ces opéra­tions dureront autour de quar­ante ans et néces­siteront le développe­ment de nou­velles tech­niques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de tech­ni­ciens.

Et en France ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN) a présen­té en 2013 à Cadarache (Bouch­es-du-Rhône), une “étude choc” sur l’impact économique d’un acci­dent nucléaire en France.

Un ” acci­dent majeur “, du type de ceux de Tch­er­nobyl ou de Fukushi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 mégawatts coûterait au pays la somme astronomique de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit intérieur brut (PIB).

La perte du réac­teur lui-même ne représente que 2 % de la fac­ture. Près de 40 % sont imputa­bles aux con­séquences radi­ologiques : ter­ri­toires con­t­a­m­inés sur 1 500 km2, évac­u­a­tion de 100 000 per­son­nes. Aux con­séquences san­i­taires s’ajoutent les pertes sèch­es pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­vi­en­nent les ” coûts d’image ” : chute du tourisme mon­di­al dont la France est la pre­mière des­ti­na­tion, boy­cottage des pro­duits ali­men­taires.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse ” la plus prob­a­ble ” est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de toutes les cen­trales, ce qui oblig­erait à recourir, à marche for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­lables. Au-delà des fron­tières, ” l’Europe occi­den­tale serait affec­tée par une cat­a­stro­phe d’une telle ampleur “.

Les dom­mages sont d’un tout autre ordre de grandeur que ceux du naufrage de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001, éval­ués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chiffres pour­raient dou­bler en fonc­tion des con­di­tions météorologiques, des vents pous­sant plus ou moins loin les panach­es radioac­t­ifs, ou de la den­sité de pop­u­la­tion. Un acci­dent grave à la cen­trale de Dampierre (Loiret) ne forcerait à évac­uer que 34 000 per­son­nes, alors qu’à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 “réfugiés radi­ologiques “.

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­di­al d’installations nucléaires par habi­tant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléaire.

Pour tem­pér­er ce tableau apoc­a­lyp­tique, l’IRSN sort la ren­gaine con­nue du « risque zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les prob­a­bil­ités très faibles de tels événe­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent grave, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. ”

Pour avoir par­ticipé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sari­at à l’énergie atom­ique, à l’élaboration des pre­mières cen­trales français­es, Bernard Laponche ne partage pas du tout cet « opti­misme ». Pour ce physi­cien, le nucléaire ne représente pas seule­ment une men­ace ter­ri­fi­ante, pour nous et pour les généra­tions qui suiv­ront ; il con­damne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion énergé­tique.

« Il est urgent, clame Bernard Laponche, de choisir une civil­i­sa­tion énergé­tique qui ne men­ace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cial­istes revenus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réelle­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détru­its : un à Three Miles Island, un à Tch­er­nobyl, et trois à Fukushi­ma) sur qua­tre cent cinquante réac­teurs dans le monde, oblig­ent à revoir cette prob­a­bil­ité théorique des experts. « La réal­ité de ce qui a été con­staté, estime-t-il, est trois cents fois supérieure à ces savants cal­culs. Il y a donc une forte prob­a­bil­ité d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe.”

[Fin de l’interminable feuil­leton…] 7

 

Notes:

  1. En par­ti­c­uli­er au Japon depuis la cat­a­stro­phe de 2011. À not­er que le Saint-Siège (Vat­i­can) est mem­bre de l’AIEA ! (Liai­son directe Enfer-Par­adis ?…)
  2. Le directeur de Green­peace France, Pas­cal Hus­ting, chiffre le coût total de la cat­a­stro­phe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix verte inter­na­tionale, est une organ­i­sa­tion non gou­verne­men­tale inter­na­tionale à but envi­ron­nemen­tal, fondée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­batchev, dernier dirigeant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel prési­dent.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­tives », ain­si que Sarkozy en eut décidé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléaire ne saurait être com­paré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même ravageurs, cessent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Téléra­ma, 18/06/2011.
  7. Une bib­li­ogra­phie se trou­ve avec le pre­mier arti­cle de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 4 

logo4Début 2002, la  Cri­irad (Com­mis­sion de recherche et d’information indépen­dantes sur la radioac­tiv­ité) pub­lie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détail­lée la con­t­a­m­i­na­tion de la France et d’une par­tie de l’Europe par les retombées du « nuage » en ses mul­ti­ples lam­beaux. Plus de 3 000 mesures ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­logue André Paris sur le ter­ri­toire français et jusqu’en Ukraine ; les résul­tats, les analy­ses et la car­togra­phie ont été rassem­blés et édités par le lab­o­ra­toire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ain­si le scan­daleux déni du gou­verne­ment français et des autorités nucléaires de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus touchées en France, les relevés mesurent des activ­ités sur­faciques de cési­um 137 supérieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­c­uli­er dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­teron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

criirad- Tchernobyl

Paca et Corse. Relevés de la Cri­irad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cette con­t­a­m­i­na­tion, la moyenne des retombées con­statées en France à la suite de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­quer­el (Bq) par mètre car­ré mesure les con­t­a­m­i­na­tions de sur­faces. L’activité mesure le taux de dés­in­té­gra­tions d’une source radioac­tive, c’est-à-dire le nom­bre de rayons émis par sec­onde.

Dans l’instruction d’une plainte déposée en France en 2001 pour « empoi­son­nement et admin­is­tra­tion de sub­stances nuis­i­bles » par la Cri­irad, l’Association française des malades de la thy­roïde (AFMT) et des per­son­nes ayant con­trac­té un can­cer de la thy­roïde, un rap­port (notam­ment co-signé par Georges Charpak) affirme que le SCPRI a fourni des cartes « inex­actes dans plusieurs domaines » et « n’a pas resti­tué toutes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux autorités déci­sion­naires ou au pub­lic ». Toute­fois, ce rap­port reproche au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion fausse mais non pas d’avoir mis en dan­ger la pop­u­la­tion.

Devant la dif­fi­culté d’établir un lien de causal­ité entre les dis­sim­u­la­tions des pou­voirs publics et les mal­adies de la thy­roïde, la juge Marie-Odile Bertel­la-Gef­froy 1 requal­i­fie pénale­ment la plainte d’« empoi­son­nement » en celle plus large de « tromperie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pel­lerin est mis en exa­m­en pour « infrac­tion au code de la con­som­ma­tion », « tromperie aggravée » et placé sous statut de témoin assisté con­cer­nant les dél­its de « blessures involon­taires et atteintes involon­taires à l’intégrité de la per­son­ne ».

Le procès se ter­mine par un non-lieu le 7 sep­tem­bre 2011. Le 20 novem­bre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Directeur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « tromperie et tromperie aggravée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui explique notam­ment qu’il était « en l’état des con­nais­sances sci­en­tifiques actuelles, impos­si­ble d’établir un lien de causal­ité cer­tain entre les patholo­gies con­statées et les retombées du panache radioac­t­if de Tch­er­nobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces patholo­gies et leurs orig­ines.

Dans la zone de Tch­er­nobyl, beau­coup plus exposée que les régions français­es, une aug­men­ta­tion du nom­bre d’enfants atteints de can­cers provo­qués par la cat­a­stro­phe, estimée à 5 000 cas, a été con­statée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adultes. Le con­di­tion­nel reflète le manque de fia­bil­ité des études et sta­tis­tiques russ­es.

Le cas des can­cers thy­roï­di­ens après Fukushi­ma – Com­plé­ment d’info pour les sportifs qui souhait­ent aller con­courir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du cen­tre de Tokyo, à 200 km de la cen­trale Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­tiqués ont des prob­lèmes thy­roï­di­ens à Kashi­wa ! Rap­pelons égale­ment ici que les can­cers de la thy­roïde des enfants de Fukushi­ma sont bien dus à la radioac­tiv­ité : dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quelque 30 fois du nom­bre de can­cers de la thy­roïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de can­cer de la thy­roïde est de 127, mais offi­cielle­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radioac­tiv­ité. Cherchez l’erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fukushi­ma

En France, l’Institut nation­al de veille san­i­taire (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roïde suite aux retombées de Tch­er­nobyl. Toute­fois, une thèse de médecine pub­liée quelques mois après ce rap­port, en 2011, établit un lien entre la cat­a­stro­phe et l’augmentation des can­cers diag­nos­tiqués : celle du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, médecin exerçant en Corse, désor­mais en retraite. Ce dernier, inter­rogé en jan­vi­er 2015 dans une émis­sion de France Cul­ture, rap­pelait non sans quelque amer­tume que, hier comme aujourd’hui, « c’est la poli­tique qui con­trôle les don­nées sci­en­tifiques ».

Face aux con­tro­ver­s­es sur les effets san­i­taires du nuage radioac­t­if, des faits sont mis en avant :

– Le nom­bre de can­cers de la thy­roïde a aug­men­té en France régulière­ment d’environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un quadru­ple­ment en 19 ans), sans inflex­ion par­ti­c­ulière en 1986.

– Les can­cers de la thy­roïde sont très majori­taire­ment féminins et l’évolution de leur nom­bre suit l’évolution du nom­bre de can­cers du sein.

Deux phénomènes con­comi­tants sont à pren­dre en compte :

  • l’augmentation du nom­bre de can­cers détec­tés par l’accroisse­ment de la sen­si­bil­ité des appareils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nod­ules est passé d’un diamètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­porte­ments féminins de prise d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- ménopause.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glob­ale­ment dans le sens d’un éventuel effet de l’accident de Tch­er­nobyl sur les can­cers de la thy­roïde en France. Toute­fois, l’incidence observée des can­cers de la thy­roïde en Corse est élevée chez l’homme.

ipsn-tchernobyl

Les qua­tre zones de con­t­a­m­i­na­tion post Tch­er­nobyl recon­nues quelques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région française n’a été totale­ment épargnée.

Le 7 mai 1986, un cour­ri­er de l’Organisation mon­di­ale de la san­té indique que « des restric­tions quant à la con­som­ma­tion immé­di­ate [du] lait peu­vent donc demeur­er jus­ti­fiées. »

Le 16 mai, une réu­nion de crise se tient au min­istère de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Corse présente une con­t­a­m­i­na­tion par l’iode 131 anor­male­ment élevée, d’une activ­ité de plus de 10 000 bec­querels par litre. Mais dans la mesure où l’iode 131 a une demi-vie courte (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­cile­ment détectable), il a été jugé que le bilan de l’activité radioac­tive sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les autorités n’ont pas pris de mesure par­ti­c­ulières. Une note du 16 mai émanant du min­istère de l’Intérieur, à l’époque dirigé par Charles Pasqua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peu­vent pas être dif­fusés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chiffres. »

Des indices lais­saient penser que pour des per­son­nes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse touchées par les pluies du « nuage de Tch­er­nobyl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nom­bre de plusieurs patholo­gies de la thy­roïde, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tch­er­nobyl a été con­testé. Per­son­ne ne nie que dans le monde le nom­bre de patholo­gies de la thy­roïde a effec­tive­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Europe) et il y a bien une aug­men­ta­tion sig­ni­fica­tive du risque de can­cer de la thy­roïde sig­nalée et sci­en­tifique­ment recon­nue dans plusieurs pays. Cepen­dant, cette aug­men­ta­tion d’une part a com­mencé avant l’accident de Tch­er­nobyl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sage du nuage ; une grande par­tie du monde non con­cernée par les pluies lors du pas­sage du nuage est égale­ment touchée par l’augmentation des thy­roïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­quable BD éditée par l’Asso­ci­a­tion française des malades de la thy­roïde (AMFT). Dessin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­suites ont été engagées en France con­tre ‘X’ par l’Asso­ci­a­tion française des malades de la thy­roïde, dont 200 en avril 2006. Ces per­son­nes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roïde ou goitres, et ont accusé le gou­verne­ment français, à cette époque dirigé par le pre­mier min­istre Jacques Chirac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­recte­ment la pop­u­la­tion des risques liés aux retombées radioac­tives de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl. L’accusation met en rela­tion les mesures de pro­tec­tion de la san­té publique dans les pays voisins (aver­tisse­ment con­tre la con­som­ma­tion de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la con­t­a­m­i­na­tion rel­a­tive­ment impor­tante subie par l’Est de la France et la Corse.

Pour sor­tir du doute, les mem­bres de l’Assem­blée de Corse ont décidé de « faire réalis­er par une struc­ture indépen­dante (…) une enquête épidémi­ologique sur les retombées en Corse de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl ». Cette nou­velle étude a été con­duite par une équipe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­cale uni­ver­si­taire de Gênes (Ital­ie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dossiers médi­caux.

Les auteurs con­clu­ent en 2013 à un risque effec­tive­ment plus élevé chez les hommes des patholo­gies thy­roï­di­ennes dues à l’exposition au nuage. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roïde due au fac­teur Tch­er­nobyl serait de 28,29 %, celle des thy­roïdites de 78,28 %, et celle de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Con­cer­nant les femmes, la faib­lesse des échan­til­lons sta­tis­tiques ne per­met pas de con­clure pour les patholo­gies hors thy­roïdites ; pour ces dernières, l’augmentation due à Tch­er­nobyl est chiffrée à 55,33 %51. Con­cer­nant les enfants cors­es exposés au nuage, l’étude con­clut à une aug­men­ta­tion des thy­roïdites et adénomes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­tique­ment non sig­ni­fica­tive des leucémies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non pub­liée dans une revue à comité de lec­ture, a fait l’objet de cri­tiques met­tant en avant des faib­less­es méthodologiques. La min­istre de la San­té, Marisol Touraine rap­pelle ce fac­teur de con­fu­sion pos­si­ble, et rejette ces résul­tats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­tiv­ité ter­ri­to­ri­ale de Corse, qui a com­mandé cette étude, et sa prési­dente Josette Ris­teruc­ci esti­ment que l’augmentation du risque est main­tenant incon­testable et souhaite une « recon­nais­sance offi­cielle du préju­dice ».

[Prochain arti­cle : L’inavouable bilan humain et économique]

Notes:

  1. Spé­cial­isée dans les dossiers judi­ci­aires de san­té publique (affaires du « sang con­t­a­m­iné », de l’hormone de crois­sance, de l’amiante sur le cam­pus de Jussieu, de la « vache folle » – ain­si que d’autres dossiers sen­si­bles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tch­er­nobyl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, déclarant dans un entre­tien sur France Inter le 12 févri­er 2013 : « Je suis entrée dans la mag­i­s­tra­ture car je croy­ais en la Jus­tice. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Min­istres à la manœu­vre : François Guil­laume, Agri­cul­ture ; Michèle Barzach, San­té ; Alain Carignon, Envi­ron­nement ; Alain Madelin, Indus­trie ; Charles Pasqua, Intérieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

logo3

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 3 

L’alerte qu’une cat­a­stro­phe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark emprun­tent les por­tiques de con­trôle habituels. Une hausse anor­male de la radioac­tiv­ité est détec­tée. Le site est immé­di­ate­ment évac­ué. Mais la fuite ne provient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­tic­ules iden­ti­fiées, il appa­raît que la con­t­a­m­i­na­tion provient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP con­firme : « Des niveaux de radioac­tiv­ité inhab­ituelle­ment élevés ont été apportés vers la Scan­di­navie par des vents venant d’Union sovié­tique ».

Dans la soirée, le Krem­lin recon­naît la sur­v­enue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tch­er­nobyl, sans en pré­cis­er la date, l’importance ni les caus­es. L’opacité de la bureau­cratie est totale. Mikhaïl Gor­batchev n’est infor­mé offi­cielle­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­buro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obtenir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis par­le d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fesseur Pierre Pel­lerin, directeur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants) 1, fait équiper des avions d’Air France, se dirigeant vers le nord et l’est de l’Europe, de fil­tres per­me­t­tant, à leur retour, d’analyser et faire con­naître la com­po­si­tion de cette con­t­a­m­i­na­tion.

Invité du 13 heures d’Antenne 2, le lende­main 29 avril, Pierre Pel­lerin fait état de ses con­tacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le cat­a­strophisme des médias et tient des pro­pos ras­sur­ants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas men­acée. » Dans la soirée, son adjoint, le pro­fesseur Chanteur, répond à une ques­tion du présen­ta­teur : « On pour­ra cer­taine­ment détecter dans quelques jours le pas­sage des par­tic­ules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si con­naître sa célébrité en France. Un nuage toute­fois invis­i­ble, entraî­nant les émis­sions radioac­tives rejetées pen­dant les jours qui ont suivi l’accident. Mélangées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne con­ti­en­nent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en crevant au-dessus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraîn­er plus abon­dam­ment les par­tic­ules radioac­tives. La con­jonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­graphique­ment très hétérogènes, en tach­es de léopard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­letin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branch­es » du nuage est détec­tée par le Lab­o­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, suiv­ie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus directe­ment de l’est, abor­de aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­férente. Mona­co puis le SCPRI en infor­ment l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la présen­ta­trice Brigitte Simon­et­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­letin météo d’Antenne 2 que la France est pro­tégée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le restera pen­dant les trois jours suiv­ant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuy­er l’image de l’arrêt « à la fron­tière ».

Une polémique s’ensuit, grossie par de nom­breuses déc­la­ra­tions visant plus par­ti­c­ulière­ment le Pr Pel­lerin, bien­tôt car­i­caturé par cette image du « nuage arrêté à la fron­tière ». Libéra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fesseur Pel­lerin [en] a fait l’aveu ». Ce dernier, par la suite, portera plainte pour diffama­tion con­tre dif­férents médias ou per­son­nal­ités (dont Noël Mamère). Il gag­n­era tous les procès en pre­mière instance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambigu – du 1er mai du Pr Pel­lerin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radioac­tiv­ité de l’air, non sig­ni­fica­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­ciale­ment au-dessus de Mona­co. »

Vidéo du déplace­ment du nuage radioac­t­if du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement touchée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus forte­ment le 3 mai (doc­u­ment de l’IRSN, réal­isé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps reculés…, les politi­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les min­istères du tout nou­veau gou­verne­ment Chirac (pre­mière cohab­i­ta­tion) vont se décharg­er sur ce pro­fesseur Pel­lerin, médecin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rompu aux médias… C’est à lui prin­ci­pale­ment qu’incombera la tâche d’ “informer” les Français des résul­tats des mesures de con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive et du niveau de risque cou­ru.

Les min­istres con­cernés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Madelin, min­istre de l’industrie, mobil­isé en bon­i­menteur ridicule pour clairon­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de prévenir tout mou­ve­ment de panique et de préserv­er le com­merce de la salade print­anière… Le SCPRI juge tout de suite que la con­t­a­m­i­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour pos­er un vrai prob­lème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de pren­dre de mesures de pré­cau­tion par­ti­c­ulières, sauf sur les pro­duits importés de l’Est de l’Europe…

Pel­lerin, à nou­veau, renchérit avec un com­mu­niqué selon lequel il faudrait imag­in­er des élé­va­tions de radioac­tiv­ité dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­men­cent à se pos­er des prob­lèmes sig­ni­fi­cat­ifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les pris­es préven­tives d’iode des­tinées à blo­quer le fonc­tion­nement de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­verne­ment français estime alors qu’aucune mesure par­ti­c­ulière de sécu­rité n’est néces­saire.

C’est dans ce con­texte de men­songes et de manip­u­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Cri­irad, Com­mis­sion de recherche et d’information indépen­dantes sur la radioac­tiv­ité. Des sci­en­tifiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour con­tre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Rivasi, aujourd’hui députée européenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­ci­a­tion va se pos­er en con­tre-pou­voir face aux insti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fi­er les faits au prof­it de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux sci­en­tifique, instau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Cri­irad demeure une référence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœu­vres men­songères con­traires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si compter sur des opposants poli­tiques, les écol­o­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­ci­a­tions et les citoyens con­scients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu instau­rée, qui aura con­tribué au fil des années à brid­er quelque peu l’ogre affamé, à l’amener à ren­dre des comptes – pas encore à « ren­dre gorge », bien qu’une autre cat­a­stro­phe majeure, celle de Fukushi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phénix, sait renaître de ses cen­dres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résumé en images de l’accident de Tch­er­nobyl (doc­u­ment IRSN)

[Prochain arti­cle : Un nuage, des lam­beaux… de con­séquences]

Notes:

  1. Lab­o­ra­toire situé au Vésinet, le SCPRI est suc­ces­sive­ment devenu l’Office de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants (OPRI) et enfin l’actuel Insti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN), créé pour assur­er la sur­veil­lance dosimétrique dans tous les domaines d’utilisation des ray­on­nements ion­isants.
  2. À sup­pos­er que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­primés d’iodure de potas­si­um ; mode d’information et de dis­tri­b­u­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la con­t­a­m­i­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­primés en stock…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l’« électricité verte »

EDF, qui est dans la panade que l’on sait, tente crâne­ment de détourn­er l’attention de l’opinion publique. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pagne de pub­lic­ité dans les quo­ti­di­ens dou­ble­ment éhon­tée : une pleine page à sa pro­pre gloire et à celle de ses cen­trales, cela à la veille du tren­tième anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl – l’élégance même – et sur son thème men­songer de prédilec­tion, le mythe d’une « élec­tric­ité verte ». Une provo­ca­tion des plus indé­centes !

edf-centrales

Cli­quer dessus pour agrandir, c’est trop beau !

A com­mencer par l’image idyllique et ver­doy­ante mon­trant une splen­dide chute d’eau émergeant de la mon­tagne et épou­sant avec grâce la forme de ces splen­dides tours d’évaporation qui égaient tant nos paysages. Trois jolis nuages, insou­ciants, mon­tent gaiement dans l’azur. C’est frais et bucol­ique. Un vrai chro­mo de cal­en­dri­er des postes – d’avant l’invention du nucléaire et ses cat­a­stro­phes ! Il manque toute­fois quelques bich­es inno­centes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lande et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À suiv­re avec le slo­gan « L’électricité bas car­bone, c’est cen­trale ». Oui, cen­trale, avec un E. Ah ah ! elle est bonne. Et qui dit cen­trale, dit cen­trales nucléaires et leurs 58 réac­teurs four­nissant 82,2 % de l’électricité pro­duite en France. 1

À con­tin­uer encore avec les trois lignes « fine­ment » baratineuses qui, d’un zeste d’ « éner­gies renou­ve­lables » nous ser­vent le plus pétil­lant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bone ni de gaz à effet de serre ». Ce que EDF appelle « un mix » de nucléaire et de renou­ve­lables, selon la fameuse recette du pâté d’alouette : un cheval pour une alou­ette.

Par­lons-en du nucléaire « bas car­bone » !

Toutes les opéra­tions liées au fonc­tion­nement de l’industrie nucléaire émet­tent des gaz à effet de serre : extrac­tion minière et enrichisse­ment de l’uranium, con­struc­tion et déman­tèle­ment des cen­trales, trans­port et “traite­ment” des déchets radioac­t­ifs, etc.

Ne pas oubli­er non plus les dizaines de sites ther­miques, dont des cen­trales à char­bon, exploitées par EDF dans le monde, qui en font la 19e entre­prise émet­trice de CO2 au niveau mon­di­al. 2

Pen­dant ce temps, der­rière le décor d’opérette, EDF doit faire face à une réal­ité autrement plus âpre (hors capi­lotade finan­cière) :

•La con­struc­tion ruineuse de l’EPR de Fla­manville (triple­ment du devis ini­tial), ruineuse et surtout poten­tielle­ment dan­gereuse. Les défauts métal­lurgiques décelés dans la cuve du réac­teur – pièce maîtresse – com­pro­met­tent cette instal­la­tion (et d’autres en cours).

La chute d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un généra­teur de vapeur de 450 tonnes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­prise sous-trai­tante… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­trale de Paluel (Nor­mandie). Pas de vic­times, heureuse­ment, mais le bâti­ment a été forte­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éval­u­a­tion et une immo­bil­i­sa­tion de plusieurs mois des instal­la­tions.

nucleaire-paluel

Chute d’un généra­teur de vapeur à Paluel. Moins glam­our que la pub…

Pour couron­ner le tout, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française vient de dénon­cer un fab­ri­cant de pièces métalliques 3 qui, dans une soix­an­taine de cas au moins, a fourni à ses clients comme Are­va des pro­duits présen­tant des mal­façons, accom­pa­g­nés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a demandé à toutes les entre­pris­es du secteur de véri­fi­er les pièces qu’elles utilisent en prove­nance de cette PME, pour pou­voir stop­per les équipements en cas de besoin.

Faux, usage de faux : le Bureau Ver­i­tas a très vite porté plainte, suivi en mars par Are­va et le Com­mis­sari­at à l’énergie atom­ique (CEA). Cer­taines pièces en cause étaient en effet des­tinées au réac­teur de recherche Jules-Horowitz, qu’Areva con­stru­it pour le CEA à Cadarache (Bouch­es-du-Rhône).

Ou quand la réal­ité rejoint la fic­tion : ce cas recoupe exacte­ment le scé­nario du film Le Syn­drome chi­nois dans lequel un four­nisseur véreux est à l’origine d’une sit­u­a­tion cat­a­strophique dans une cen­trale nucléaire. Ce film améri­cain est sor­ti quelques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fonte du réac­teur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, portée sur les fac­tures d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, sign­er la péti­tion lancée par le réseau Sor­tir du nucléaire qui dénonce cette pub­lic­ité men­songère d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loire)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

logo2

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq sec­on­des, le réac­teur s’est embal­lé, dépas­sant sa puis­sance jusqu’à cent fois. Il n’était plus con­trôlable, les bar­res de mod­éra­tion de la réac­tion nucléaire ayant été éjec­tées. Des explo­sions suc­ces­sives se pro­duisent, suiv­ies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-dessus du bâti­ment est pro­jetée dans les airs, retombant inclinée sur le cœur du réac­teur, qui s’entrouvre alors. Un gigan­tesque incendie se déclare. Plus de 100 tonnes de com­bustibles radioac­t­ifs entrent en fusion. Un immense fais­ceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réac­teur, illu­mi­nant l’installation dévastée, plongée dans l’obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l’expérience, expli­quera par la suite le Pr Vas­sili Nesterenko  1, se sont lour­de­ment trompés dans leurs cal­culs. La puis­sance du réac­teur a brusque­ment bais­sé à 30 mégawatts, au lieu des 800 mégawatts escomp­tés. Ils ont alors levé les bar­res mobiles pour aug­menter la puis­sance. Mais là, à la suite d’un défaut de fab­ri­ca­tion, l’eau a rem­pli l’espace qu’avaient occupé les bar­res. La puis­sance est mon­tée en flèche et l’eau est entrée en ébul­li­tion. Une radi­ol­yse de l’eau a com­mencé à se pro­duire, ce qui a provo­qué la for­ma­tion d’un mélange déto­nant d’oxygène et d’hydrogène. Ces pre­mières petites explo­sions ont éjec­té entière­ment les bar­res mobiles des­tinées à arrêter le réac­teur en cas de panne, le réac­teur n’était donc plus con­trôlable. En 5 sec­on­des, sa puis­sance a aug­men­té de 100 fois ! Les expéri­men­ta­teurs ont alors essayé d’enfoncer de nou­veau les bar­res, mais trop tard. Une immense explo­sion s’ensuivit. »

Tchernobyl-horloge

Quand tout a bas­culé. [Musée de Tch­er­nobyl]

His­to­rien français, de père russe, Nico­las Werth est un spé­cial­iste de l’histoire de l’Union sovié­tique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du vingtième anniver­saire de la cat­a­stro­phe, il en recon­sti­tu­ait la genèse. Il reli­ait ain­si les faits au con­texte politi­co-économique du régime sovié­tique à bout de souf­fle. Son analyse se nour­rit d’un voy­age qu’il effectue alors en Ukraine. Voici com­ment il recon­stitue ce qui demeure jusqu’à présent l’accident nucléaire le plus grave de la planète (On évit­era l’inutile et sor­dide com­para­i­son avec Fukushi­ma et ses qua­tre instal­la­tions dévastées ; les con­textes sont dif­férents et les con­séquences égale­ment, bien que tout aus­si incom­men­su­rables.)

« Vik­tor Petro­vitch Brioukhanov [le directeur] est réveil­lé à 1 h 30 du matin. Pour ten­ter d’éteindre l’incendie, il fait appel à une sim­ple équipe de pom­piers de la ville de Pripy­at […]. Le directeur télé­phone au min­istère de l’Énergie, à Moscou, vers 4 heures du matin. Il se veut ras­sur­ant, affirme que “ le cœur du réac­teur n’est prob­a­ble­ment pas endom­magé ”.

« Avec un équipement dérisoire, sans aucune pro­tec­tion spé­ci­fique, quelques dizaines de pom­piers s’efforcent de maîtris­er l’incendie, comme s’il s’agissait d’un feu ordi­naire. Au petit matin, celui-ci est cir­con­scrit. Mais le cœur nucléaire du réac­teur endom­magé et le graphite con­tin­u­ent de se con­sumer, dégageant dans l’atmosphère une très forte radioac­tiv­ité. Les pom­piers, grave­ment irradiés, sont évac­ués vers l’hôpital local, puis, leur état empi­rant, achem­inés vers Moscou, où la plu­part meurent, dans d’atroces souf­frances, au cours des jours suiv­ants.

« Ce n’est qu’après l’extinction de l’incendie généré par l’explosion que la direc­tion de la cen­trale prend enfin con­science de la grav­ité de la sit­u­a­tion : le coeur du réac­teur est atteint ! Mais per­son­ne, par­mi le per­son­nel de la cen­trale, ingénieurs, tech­ni­ciens, cadres dirigeants com­pris, n’a jamais été pré­paré à faire face à une sit­u­a­tion pareille. La panne la plus grave envis­agée par les con­struc­teurs était une rup­ture du sys­tème prin­ci­pal de refroidisse­ment !

« Brioukhanov n’ordonne, dans l’immédiat, aucune évac­u­a­tion. Or, au moment de l’explosion, plus de 200 employés tra­vail­laient à la cen­trale, et plusieurs cen­taines d’ouvriers s’affairaient à la con­struc­tion des cinquième et six­ième réac­teurs. Dans la mat­inée du 26 avril, les alen­tours de la cen­trale grouil­lent de pom­piers et de mil­i­taires appelés en ren­fort. En ce same­di matin, les habi­tants de Pripy­at vaque­nt tran­quille­ment à leurs occu­pa­tions. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, par­ticipent même au “Marathon de la paix” qui, de Pripy­at au vil­lage de Kopachy, dis­tant de 7 kilo­mètres à peine du réac­teur dévasté, fait le tour de la cen­trale !

« Entre-temps, à Moscou, une com­mis­sion gou­verne­men­tale est mise sur pied. Quelques-uns de ses mem­bres pren­nent l’avion pour Tch­er­nobyl. Valeri Legassov, un haut respon­s­able du nucléaire sovié­tique, témoigne : “ En nous approchant de Tch­er­nobyl, dans la soirée du 26 avril, nous fûmes frap­pés par la couleur du ciel. A une dizaine de kilo­mètres, une lueur cramoisie dom­i­nait les

Tchernobyl explosion

envi­rons. Pour­tant, les cen­trales nucléaires ne rejet­tent habituelle­ment aucune fumée. Mais ce jour-là, l’installation ressem­blait à une usine métal­lurgique sur­mon­tée d’un épais nuage assom­bris­sant la moitié du ciel. Les respon­s­ables étaient per­dus, paralysés. Ils ne savaient où don­ner de la tête et n’avaient reçu aucune direc­tive. Les employés des trois autres blocs atom­iques de la cen­trale n’avaient tou­jours pas quit­té leur poste. Per­son­ne n’avait pris soin de débranch­er la ven­ti­la­tion intérieure et les radioélé­ments s’étaient répan­dus à tra­vers toutes les instal­la­tions de la cen­trale”

« Le chef de la com­mis­sion gou­verne­men­tale, Boris Chtcherbina, l’un des vice-prési­dents du Con­seil des min­istres de l’URSS, arrivé sur place vers 21 heures, décide enfin d’ordonner l’évacuation, à par­tir du surlen­de­main, 28 avril, 14 heures, de la pop­u­la­tion dans un ray­on de 30 kilo­mètres autour de la cen­trale, et de faire appel à l’armée de l’air pour ten­ter d’ensevelir le coeur du réac­teur nucléaire en fusion sous du sable et d’autres matéri­aux.

« Il fau­dra quinze jours à des équipes spé­cial­isées pour étouf­fer la réac­tion nucléaire en déver­sant, depuis des héli­cop­tères, plusieurs mil­liers de tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore (qui a la pro­priété d’absorber les neu­trons), de borax et de dolomite. Plus de 1 000 pilotes par­ticipèrent à ces opéra­tions menées à bord d’hélicoptères mil­i­taires gros por­teurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Attein­dre le coeur du réac­teur – un objec­tif d’une dizaine de mètres de diamètre – depuis une hau­teur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fal­lait faire très vite : à cause de la for­mi­da­ble radi­a­tion qui se dégageait du réac­teur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hau­teur –, les pilotes ne pou­vaient pas rester plus de 8 sec­on­des à la ver­ti­cale du réac­teur. Les pre­miers jours, les deux tiers des largages man­quèrent leur cible. En chutant, les gros paque­ts de sable explo­saient sous l’effet de la chaleur. Les jours pas­sant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélangé à de l’argile pour for­mer une masse plus com­pacte, furent ain­si jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radi­a­tions chutèrent brusque­ment. Mais le lende­main on s’aperçut que le sable avait fon­du et que les rejets de radionu­cléides avaient repris de plus belle.

« On déci­da alors de dévers­er d’énormes paque­ts en grosse toile de para­chute con­tenant des cen­taines de lin­gots de plomb, de la dolomite et du bore. Mais une nou­velle men­ace se pro­fi­la. Les fon­da­tions de la cen­trale mon­traient des signes d’affaissement. Il fal­lait les ren­forcer pour empêch­er le com­bustible nucléaire fon­du de pénétr­er mas­sive­ment dans les sols. Des cen­taines de mineurs du Don­bass furent appelés en ren­fort pour creuser un boy­au de 170 mètres de long jusque sous le réac­teur. [Ndlr : Dans le but de prévenir une nou­velle explo­sion et de pro­téger la nappe phréa­tique].

« Le 6 mai, l’émission de radi­a­tions chuta forte­ment, pour attein­dre 150 rems. Le com­bat, néan­moins, n’était pas gag­né. Valeri Legassov témoigne : “ Le 9 mai, le mon­stre avait apparem­ment cessé de respir­er, de vivre. Nous nous apprê­tions à fêter la fin des opéra­tions, qui coïn­cidait juste­ment avec le jour anniver­saire de la vic­toire sur l’Allemagne nazie. Mais un nou­veau foy­er s’est déclaré. On ne savait plus ce qu’il fal­lait faire. On ne savait pas ce que c’était. Cela ressem­blait à une masse incan­des­cente com­posée de sable, d’argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réac­teur. On se remit au tra­vail et on jeta encore 80 tonnes sup­plé­men­taires sur le cratère fumant.”

« […] Le général Berdov fit venir 1 200 auto­bus de Kiev. Les 45 000 habi­tants de Pripy­at furent évac­ués en pre­mier, dans l’après-midi du 28 avril. Ils ne furent aver­tis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. “Ne prenez que le strict néces­saire : de l’argent, vos papiers et un peu de nour­ri­t­ure. Aucun ani­mal domes­tique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours”.

evacuation-Tchernobyl

Vous serez vite de retour !” [d.r.]

« Dans la soirée, les évac­ués arrivèrent dans la région rurale de Polesskoie, dis­tante d’à peine une cinquan­taine de kilo­mètres au sud-ouest. On les “instal­la” chez les paysans du coin. Tous les bâti­ments d’exploitation, granges, hangars, éta­bles, furent réqui­si­tion­nés. Nom­breux étaient ceux qui souf­fraient déjà de nausées et de diar­rhées, pre­miers signes d’une forte irra­di­a­tion. Or, dans ces vil­lages, aucune assis­tance médi­cale n’était disponible. Comble de l’absurde : la région de Polesskoie était elle-même forte­ment con­t­a­m­inée !

« Pour ten­ter d’éviter que les évac­ués ne se sauvent, ordre fut don­né à cha­cun de point­er quo­ti­di­en­nement à l’administration locale, comme devaient le faire les déportés sous Staline. Des cor­dons de police furent déployés sur les routes et les voies fer­rées pour inter­cepter les fuyards. Nonob­stant tous les obsta­cles, des mil­liers de per­son­nes s’enfuirent pour rejoin­dre Kiev ou une autre grande ville, ampli­fi­ant la rumeur sur la cat­a­stro­phe qui venait de se pro­duire.

« Dans les pre­miers jours de mai, l’évacuation s’amplifia : près de 100 000 per­son­nes, habi­tant dans une zone d’une trentaine de kilo­mètres autour de la cen­trale, furent évac­uées à leur tour. Pour la plu­part, sim­ples kolkhoziens n’ayant jamais quit­té leur vil­lage, ce déplace­ment for­cé, qui fai­sait remon­ter chez les plus âgés les sou­venirs du grand exode de l’été 1941, con­sti­tua un pro­fond trau­ma­tisme.

« Les évac­u­a­tions se pro­longèrent jusqu’au mois d’août, après que les lég­is­la­teurs sovié­tiques eurent défi­ni qua­tre “zones de con­t­a­m­i­na­tion” […]

« Au total, quelque 250 000 per­son­nes furent, en trois mois, évac­uées des trois pre­mières zones. En un an, une nou­velle ville, Slavoutitch, à une soix­an­taine de kilo­mètres de la cen­trale, sor­tit de terre. Fin 1987, elle comp­tait déjà plus de 30 000 habi­tants. De nom­breux occu­pants des zones con­t­a­m­inées furent égale­ment rel­ogés dans des ban­lieues de Kiev. Le gou­verne­ment octroya à chaque évac­ué des indem­nités : 4 000 rou­bles soit un an env­i­ron de salaire moyen par adulte et 1 500 rou­bles par enfant.

[Prochain arti­cle : Comme un nuage]

 

Notes:

  1. Vas­sili Nesterenko, physi­cien biélorusse, directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sci­ences de Biélorussie de 1977 à 1987. Il a cher­ché à lim­iter les effets san­i­taires de la cat­a­stro­phe, et aus­si à en lim­iter l’ampleur ; il est inter­venu lui-même comme liq­ui­da­teur pour larguer par héli­cop­tèredi­recte­ment dans le réac­teur en fusion des pro­duits de col­matage. Trois des qua­tre pas­sagers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a survécu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose max­i­male tolérée en France par an pour une per­son­ne. Le rem est une unité de mesure d’équivalent de dose de ray­on­nement ion­isant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

logo1

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la cen­trale Lénine, ce fleu­ron du nucléaire sovié­tique : qua­tre réac­teurs d’une puis­sance de 1.000 MW et deux autres en con­struc­tion. Ce devait être la plus puis­sante cen­trale nucléaire du bloc com­mu­niste. Car nous sommes tou­jours à l’époque des deux « blocs » enne­mis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La République social­iste sovié­tique d’Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décem­bre 1922, l’URSS nais­sait, regroupant la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Tran­scau­casie. En 1932–1933, le vil­lage de Tch­er­nobyl comme tout le reste de l’Ukraine fut odieuse­ment touché par la famine – l’Holodomor –, provo­quant de 3 à 7 mil­lions de morts dans tout le pays. Mer­ci Staline, « petit père des peu­ples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa pre­mière cen­trale nucléaire d’Ukraine voit le jour à par­tir de 1970 sur un afflu­ent du Dniepr, dans les faubourgs de Pripy­at, ville nou­velle de 40.000 habi­tants, près de la fron­tière entre l’Ukraine et la Biélorussie, à 15 kilo­mètres de Tch­er­nobyl et 110 au nord de Kiev.

La cen­trale devait regrouper six réac­teurs. La con­struc­tion des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le pre­mier est mis en ser­vice en 1977, le sec­ond, l’année suiv­ante. Les 3 et 4 sont mis en chantier en 1975 ; leur exploita­tion com­mence respec­tive­ment en 1981 et 1983. La con­struc­tion des 5 et 6 sera inter­rompue par la cat­a­stro­phe.

En 1985, l’Union sovié­tique dis­pose de 46 réac­teurs nucléaires, dont une quin­zaine de type RBMK 1000 d’une puis­sance élec­trique de 1 000 mégawatts cha­cun. À cette époque, la part du nucléaire en Union sovié­tique représente env­i­ron 10 % de l’électricité pro­duite, et la cen­trale de Tch­er­nobyl four­nit 10 % de l’électricité en Ukraine.

Ladite cen­trale est alors dirigée par Vik­tor Petro­vitch Brioukhanov, ingénieur en ther­mo­dy­namique, nom­mé en 1970 à ce poste pour « son volon­tarisme mil­i­tant, sa volon­té et sa capac­ité à dépass­er les quo­tas, dans le respect des règles de sécu­rité », selon la ter­mi­nolo­gie en vigueur. C’était ce qu’on appelle un appa­ratchik.

Le com­plexe Lénine avait fait l’objet de rap­ports alar­mants dès sa con­struc­tion. Ain­si, ce rap­port con­fi­den­tiel signé en 1979 par Youri Andropov, patron du KGB devenu ensuite prési­dent du Sovi­et suprême de l’URSS. Il était fait état d’un manque total de respect des normes de con­struc­tion et des tech­nolo­gies de mon­tage telles que définies dans le cahi­er des charges.

Ce point servi­ra d’argument après la cat­a­stro­phe pour dén­i­gr­er la tech­nolo­gie sovié­tique – « rus­tique-russtoque » – et van­ter la supéri­or­ité de l’américaine… Cela ser­vait évidem­ment la poli­tique d’affrontement des blocs, tout en val­orisant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fukushi­ma, Anne Lau­ver­geon (qui dirigeait alors Are­va) s’était empressée de van­ter – pour le ven­dre autant que pos­si­ble – la supéri­or­ité pré­ten­due de l’EPR français.

Bib­li­ogra­phie sélec­tive  Ce fameux nuage… Tch­er­nobyl, Jean-Michel Jacquemin, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tch­er­nobyl, François Pon­thieu, Gérard Pon­thieu, Le Con­dot­tiere, 2016  Con­t­a­m­i­na­tions radioac­tives : atlas France et Europe, Cri­irad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comédie atom­ique, Yves Lenoir, La Décou­verte, 2016  La Sup­pli­ca­tion, Svet­lana Alex­ievitch, Lat­tès, 1998  La vérité sur Tch­er­nobyl, Grig­ori Medvedev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose française — Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maîtris­er le nucléaire — Sor­tir du nucléaire après Fukushi­ma,  Jean-Louis Bas­de­vant, Eyrolles, 2012   Tch­er­nobyl : enquête sur une cat­a­stro­phe annon­cée, Nico­las Werth — L’Histoire — n°308, avril 2006    Vers un Tch­er­nobyl français ?, Eric Ouzoun­ian, Nou­veau Monde Edi­tions, 2008   Le Monde  Libéra­tion  Sci­ences & Avenir  

Organ­ismes et sites  AFMT — Asso­ci­a­tion française des malades de la thy­roïde  ASN — Autorité de sûreté nucléaire  C’est pour dire [en par­ti­c­uli­er Tch­er­nobyl. La ter­reur par le Men­songe, du 25 avril 2006]  Cri­irad — Com­mis­sion de recherche et d’information indépen­dantes sur la radioac­tiv­ité  Ina – Insti­tut nation­al de l’audiovisuel  IRSN – Insti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire  La radioactivite.com  Obser­va­toire du nucléaire  Sor­tir du nucléaire  Wikipé­dia

Dans les deux cas, on s’empressait de met­tre le sys­tème nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mau­vaise tech­nique (sovié­tique), à des pannes de pom­pes suiv­ies d’« actions de con­duite inap­pro­priée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux élé­ments déchaînés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauf­fait au nucléaire. D’un côté, la tech­nolo­gie dan­gereuse des demeurés com­mu­nistes, de l’autre la tri­om­phante supéri­or­ité de l’empire cap­i­tal­iste. « RBMK ver­sus Westinghouse/General Elec­tric », le match suprême des poids-lourds atom­iques…

Un match nul, en vérité. Et, surtout, un com­bat éminem­ment dan­gereux et mor­tifère. À y regarder de plus près, deux tech­nocraties s’affrontaient au bord d’un gouf­fre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le sys­tème RBMK (du russe Reak­tor Bol­shoy Moshch­nos­ti Kanal­nyi : réac­teur de grande puis­sance à tube de force). Avec ses avan­tages cer­tains, comme le charge­ment con­tinu du réac­teur en com­bustible, et ses incon­vénients hélas démon­trés. Sans entr­er dans les détails trop tech­niques, les faib­less­es prin­ci­pales de ce sys­tème rési­dent dans la dif­fi­culté de con­trôle du cœur et dans l’absence d’enceinte de con­fine­ment. 1. On y revient dans l’article suiv­ant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réac­teurs de Tch­er­nobyl ont été mis pro­gres­sive­ment à l’arrêt défini­tif (le dernier en 2000 seule­ment), ain­si que les deux réac­teurs de la cen­trale d’Ignalina, en Litu­anie. Il reste, à ce jour, 11 réac­teurs RBMK en exploita­tion, tous en Russie et qui ont fait l’objet d’« amélio­ra­tions de sûreté ».

À ma droite, on peut le dire, le sys­tème West­ing­house (à eau sous pres­sion) qui, avec son con­cur­rent Gen­er­al Elec­tric (qui a racheté Alstom en France) domine le nucléaire mon­di­al, aux États-Unis, bien sûr, mais aus­si au Japon et en France, dont tous les réac­teurs sont sous licence améri­caine, y com­pris les EPR français en (aven­tureuse) con­struc­tion 2. Pas­sons sur les avan­tages van­tés par ses con­cep­teurs (et util­isa­teurs), tan­dis que ses failles ont éclaté au grand jour lors de l’accident à la cen­trale de Three Miles Island en Penn­syl­vanie.

28 mars 1979. Les pom­pes prin­ci­pales d’alimentation en eau du sys­tème de refroidisse­ment tombent en panne vers 4 h du matin. Une soupape automa­tique reste blo­quée. Les voy­ants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du cir­cuit d’eau pri­maire. Le refroidisse­ment du cœur n’est plus assuré, entraî­nant sa fusion. L’explosion est heureuse­ment évitée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur rel­a­tive­ment lim­ités – selon les sources offi­cielles. 3

tchernobyl-4units

Les qua­tre “blocs” de la cen­trale Lénine. (Ph. Prav­da)

Retour à Tch­er­nobyl. Ce 25 avril 1986, une expéri­men­ta­tion a été pro­gram­mée sur le réac­teur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut con­tin­uer à maîtris­er le fonc­tion­nement de la chaudière (en par­ti­c­uli­er son refroidisse­ment) en cas de panne d’alimentation élec­trique, cela en recourant à l’électricité résidu­elle pro­duite par l’inertie des alter­na­teurs. Car un réac­teur, et une cen­trale en générale, ne peu­vent fonc­tion­ner que s’ils sont ali­men­tés en élec­tric­ité ! C’est ain­si. D’où l’importance des groupes élec­trogènes de sec­ours. Or, ces sales bêtes (entraînées par de puis­sants moteurs diesel) sont capricieuses : elles vont jusqu’à rechign­er au démar­rage et, de plus, met­tent plus de quar­ante sec­on­des avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la journée, mais une panne dans une autre cen­trale oblige à le dif­fér­er pour main­tenir le réac­teur 4 en pro­duc­tion. Une oblig­a­tion fâcheuse pour l’expérience qui pré­con­i­sait une mise en « repos » préal­able de l’installation. De plus, par ce con­tre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se coller » à l’exercice, ce qui oblige à une pas­sa­tion des con­signes et expose à inter­pré­ta­tions.

Comme sou­vent, un enchaîne­ment mal­heureux de cir­con­stances va con­duire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réac­teur RBMK. Mise en place des bar­res de con­trôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réac­teur est intrin­sèque­ment insta­ble à cause d’un effet dit de « coef­fi­cient de vide posi­tif », qui favorise l’emballement de la réac­tion nucléaire. En d’autres ter­mes, la puis­sance aug­mente spon­tané­ment et doit sans cesse être régulée par les opéra­teurs pour éviter la fonte du cœur. Dans les réac­teurs améri­cains, et dans les mod­èles russ­es mod­i­fiés, ce “coef­fi­cient de vide” est négatif : l’intensité de la réac­tion a ten­dance à chuter d’elle-même sans inter­ven­tion extérieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beau­coup trop long – 20 sec­on­des – néces­saire au fonc­tion­nement de son sys­tème d’arrêt d’urgence (la descente des bar­res de con­trôle). Enfin, son cœur de graphite et d’uranium est inflam­ma­ble à haute tem­péra­ture.

Mal­gré ces faib­less­es, c’est bien l’expérimentation risquée et son déroulé qui ont déclenché l’accident. Expéri­men­ta­tion qui n’avait d’ailleurs pas obtenu l’aval de l’organisme spé­cial (Gosatom­nad­zor) chargé de super­vis­er tous les aspects de la sûreté nucléaire.

L’équipe pas­sa out­re, ayant reçu l’accord du directeur de la cen­trale, Vik­tor Petro­vitch Brioukhanov. En 1983, c’est lui qui signe « l’acte de mise en exploita­tion expéri­men­tale » du qua­trième réac­teur alors même que toutes les véri­fi­ca­tions n’avaient pas été achevées. Ce qui lui val­ut, cette année-là, d’être décoré de l’ordre de l’Amitié des peu­ples… En 1986, il fig­u­rait sur la liste pro­posée des médail­lés de l’Ordre du Tra­vail social­iste à l’occasion de l’inauguration, prévue en octo­bre, du cinquième réac­teur, encore en con­struc­tion lors de l’explosion…

Au moment de l’expérimentation, Brioukhanov était ren­tré chez lui. Peut-être dor­mait-il déjà. Tout comme l’ingénieur en chef, Niko­laï Fomine. C’est donc Ana­toli Dyat­lov, l’ingénieur en chef adjoint, qui dirige l’équipe d’expérimentateurs. 4

Per­son­ne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tch­er­nobyl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Prochain arti­cle : Le mon­stre se déchaîne]

Notes:

  1. Cette enveloppe de béton n’empêche pas son explo­sion (Fukushi­ma), ni des fuites de radioac­tiv­ité dues au vieil­lisse­ment, ni sa destruc­tion lors d’un éventuel atten­tat, notam­ment aérien
  2. La coen­tre­prise nucléaire entre Gen­er­al Elec­tric et le japon­ais Hitachi forme l’un des prin­ci­paux con­struc­teurs nucléaires mon­di­aux avec le français Are­va et l’américano-japonais West­ing­house (groupe Toshi­ba). GE a ain­si fab­riqué trois des réac­teurs de Fukushi­ma-Dai­ichi, dont deux ont été acci­den­tés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l’accident – sor­tait aux États-Unis Le Syn­drome chi­nois, film de James Bridges dans lequel un acci­dent dans une cen­trale manque de provo­quer la fusion du cœur qui, en théorie,  ris­querait de s’enfoncer jusqu’au cen­tre de la Terre (et non jusqu’en Chine comme le lais­serait sup­pos­er le titre du film).
  4. En 1987, au terme d’un procès à huis clos, Vik­tor Brioukhanov, Niko­laï Fomine et Ana­toli Diat­lov ont été con­damné à dix ans de réclu­sion. Ana­toli Diat­lov et Iouri Laouchkine, forte­ment irradiés au moment de l’accident, mour­ront en déten­tion. L’ingénieur en chef Niko­laï Fomine, lui, per­dra la rai­son. L’ex-directeur vit aujourd’hui à Kiev, où il est sim­ple employé d’une firme.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tch­er­nobyl. 5 mars 2011, Fukushi­ma. Trente ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tristes anniver­saires qui mar­quent à jamais les deux plus grandes cat­a­stro­phes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléaire. Une énergie bien par­ti­c­ulière que ses exploitants s’efforcent de ren­dre banale, ordi­naire… Une énergie de l’avenir, radieuse (si on ose dire) et même pro­pre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents représen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invités à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habituelle pro­pa­gande en se rac­crochant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wag­ons atom­iques, en effet, ne pro­duisent pas le si néfaste CO2. Donc, plutôt la Peste (nucléaire) que le Choléra (fos­sile).

Mais il tourne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukraine et plus encore en Biélorussie, et tout alen­tour jusque sur nos têtes et sous nos pieds, dans presque toute l’Europe. Puis une autre tem­pête aus­si malé­fique s’est déchaînée à par­tir du Japon, ruinant une par­tie du pays, chas­sant sa pop­u­la­tion, menaçant la san­té, pro­fanant les océans et le monde vivant.

Le vent tourne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bin­er les éoli­ennes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­rages, élec­trise les pan­neaux pho­to­voltaïques. Le vent d’un autre avenir qui refuse la ter­reur de la Toute-Puis­sance tech­nolâtre à la mer­ci d’un cou­ver­cle de cuve fis­suré, d’un clapet récal­ci­trant, d’un séisme et d’une inon­da­tion, de ter­ror­istes hal­lu­cinés, d’un Doc­teur Folam­our aux ordres de son délire.

En coor­di­na­tion avec la coopéra­tive d’Europe Écolo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va pub­li­er et dif­fuser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tième anniver­saire de cette cat­a­stro­phe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléaire ne peut être com­pa­ra­ble à aucun autre acci­dent lié à l’activité humaine.

Au pro­gramme

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­trale Lénine

Mar­di 26. 2) Le mon­stre s’est déchaîné

Mer­cre­di 27. 3)  Comme un nuage

Jeu­di 26. 4) Un nuage, des lam­beaux partout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents con­nus… et dis­simulés

Same­di 27. 6) Coût estimé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-pro­gramme

Une centrale, des Inconnus



Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asanu­ma-Brice, chercheure en soci­olo­gie urbaine rat­tachée au cen­tre de recherche de la Mai­son Fran­co Japon­aise de Tokyo.

A Kumamo­to (pré­fec­ture au sud du Japon), sec­oué par des séismes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­verne­ment japon­ais joue un bras de fer bien risqué avec les élé­ments naturels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­tenir en activ­ité la cen­trale nucléaire de Sendai à 140 km de là, génère la colère des Japon­ais. Cette cen­trale, com­posée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toire japon­ais en août 2015, depuis le séisme accom­pa­g­né d’un tsuna­mi qui avait engen­dré la fonte des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Fukushi­ma Dai­ichi en mars 2011.

La cen­trale de Sendai, bien que con­stru­ite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Tohoku [région du tsuna­mi de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gou­verne­ment japon­ais serait de mon­tr­er que les nou­velles normes sont viables et per­me­t­tent de résis­ter aux plus forts séismes, redonnant un élan à la poli­tique de redé­mar­rage des cen­trales nucléaires qui ren­con­tre de fortes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fukushi­ma, entière­ment dédié à la cat­a­stro­phe de 2011.


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se garder de son enne­mi du dedans, ce dia­blotin qui le pousse à trop se mon­tr­er. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en par­lotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Surtout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque com­pé­tence idoine. Notam­ment sur le nucléaire. C’est ain­si qu’il se prend une bonne raclée (salu­taire ?), infligée par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que rester sidéré par le texte de Michel Onfray, pub­lié par Le Point 1, par lequel il démon­tre son igno­rance totale de la ques­tion du nucléaire… ce qui ne l’empêche pas de pren­dre ardem­ment posi­tion en faveur de cette énergie. C’est d’ailleurs prob­a­ble­ment parce qu’il n’y con­naît rien qu’il prend cette posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de con­tester le libre-arbi­tre de M. Onfray qui peut bien être favor­able à l’atome (tout le monde a le droit de se tromper), mais de rec­ti­fi­er les erreurs les plus impor­tantes qu’il com­met en s’exprimant sur cette ques­tion. Nous pointons en par­ti­c­uli­er le texte “Cat­a­stro­phe de la pen­sée cat­a­strophiste”, pub­lié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma. Voyons cela à tra­vers quelques extraits :

On se rap­proche du 30e anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl, tan­dis qu’on vient de dépass­er le 5e de celle de Fukushi­ma. Rap­pelons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les con­séquences de tels désas­tres nucléaires.

Michel Onfray : “A défaut de pét­role, et dans la per­spec­tive de l’épuisement des éner­gies fos­siles comme le char­bon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une pos­si­bil­ité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile.”

Stéphane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité française, le nucléaire n’a jamais cou­vert plus de 17% de la con­som­ma­tion nationale d’énergie : même poussé à son max­i­mum (jusqu’à devoir brad­er les sur­plus à l’exportation), l’atome ne représente qu’une petite part de l’énergie française, loin der­rière le pét­role et le gaz et il est donc bien inca­pable d’assurer une quel­conque “indépen­dance énergé­tique”. Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la total­ité de l’uranium (le com­bustible des cen­trales) est importée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : “Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une poli­tique africaine cynique et machi­avéli­enne.”

SL : On s’étonnera de la curieuse indul­gence que Onfray accorde à la “poli­tique africaine cynique et machi­avéli­enne” : pour le philosophe hédon­iste, tout serait donc bon pour nour­rir nos belles cen­trales nucléaires ? Le pil­lage et la con­t­a­m­i­na­tion du Niger, l’assèchement des nappes phréa­tiques locales, le déplace­ment de pop­u­la­tions ances­trales, la mil­i­tari­sa­tion de la région : sim­ple “revers de la médaille” ?

On s’étonnera encore plus de voir le philosophe mêler allè­gre­ment cette pré­ten­due “indépen­dance” et la dite poli­tique africaine : s’il y a “indépen­dance” de la France, com­ment peut-elle pass­er par l’Afrique ? A ce compte, la France est “indépen­dante” pour sa con­som­ma­tion de pét­role puisqu’elle entre­tient de bonnes rela­tions avec la dic­tature d’Arabie Saou­dite. Mais le fes­ti­val con­tin­ue :

Michel Onfray : “On ne trou­ve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rèze…”

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rèze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploité dans le pays des cen­taines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toire est encore large­ment con­t­a­m­iné  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais importé (pil­lé), c’est que la pop­u­la­tion française ne tolèr­erait plus aujourd’hui cette activ­ité et ses nui­sances dra­ma­tiques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quelque part en France et vous ver­rez immé­di­ate­ment les riverains se mobilis­er avec la dernière énergie, à com­mencer par les pronu­cléaires (qui con­nais­sent mieux que per­son­ne, eux, les rav­ages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on con­tin­ue tran­quille­ment de piller le Niger, où les man­i­fes­ta­tions anti-Are­va sont réprimées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émou­voir le philosophe pronu­cléaire qui con­tin­ue à s’enfoncer :

Michel Onfray : “Le pho­to­voltaïque, la bio­masse, l’éolien, l’hydraulique fonc­tion­nent en appoint mais ne suff­isent pas à répon­dre à la total­ité du con­sid­érable besoin d’énergie de nos civil­i­sa­tions.

SL : Les éner­gies renou­ve­lables seraient donc bien sym­pa­thiques, mais telle­ment faibles com­parées à ce cher atome. Il suf­fit pour­tant de se reporter aux don­nées les plus offi­cielles, par exem­ple l’édition 2013 (la dernière en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (pub­lié par l’Agence inter­na­tionale de l’énergie), en con­sul­ta­tion libre 4 : on con­state alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueil­lir les don­nées exactes), les éner­gies renou­ve­lables pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­di­ale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin con­tinu depuis 2001 — c’est à dire bien avant Fukushi­ma — quand l’atome avait atteint son max­i­mum : 17%.

Or c’est pré­cisé­ment en 2011 qu’a com­mencé la cat­a­stro­phe nucléaire au Japon, avec la fer­me­ture des 54 réac­teurs du pays, suiv­ie de la fer­me­ture défini­tive de 8 réac­teurs en Alle­magne, mais aus­si dernière­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop élevé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mon­di­ale est passée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­lables font donc plus du dou­ble.

La réal­ité est encore plus édi­fi­ante lorsqu’on regarde l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tric­ité : le nucléaire cou­vre moins de 2% de la con­som­ma­tion mon­di­ale d’énergie quand les renou­ve­lables (prin­ci­pale­ment hydroélec­tric­ité et bio­masse) sont à plus de 13%. On pour­ra certes se désol­er de ce que le trio pét­role-gaz-char­bon représente 85% du total mais, s’il existe une alter­na­tive, elle vient bien des renou­ve­lables, dont la part aug­mente con­tin­uelle­ment, et cer­taine­ment pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une énergie “d’appoint”, comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de causer des prob­lèmes gigan­tesques (cat­a­stro­phe, déchets radioac­t­ifs, pro­liféra­tion à des fins mil­i­taires, etc.) en échange d’une con­tri­bu­tion nég­lige­able à l’énergie mon­di­ale.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cuter ici des tares respec­tives des dif­férentes éner­gies (si tant est que celles des renou­ve­lables puis­sent être com­parées à celles, effroy­ables, de l’atome), il s’agit de mon­tr­er que le raison­nement du philosophe s’appuie sur des don­nées totale­ment fauss­es, et même invers­es à la réal­ité (comme si “le réel n’avait pas lieu”…), ce qui ne lui per­met évidem­ment pas d’aboutir à des con­clu­sions lumineuses.

Michel Onfray : “Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans élec­tric­ité ?

SL : Il est triste de voir le philosophe se laiss­er aller à des argu­ments si éculés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suf­fit de se reporter au point précé­dent pour con­stater l’absurdité de cette remar­que. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : “Avec la cat­a­stro­phe japon­aise, la ten­ta­tion est grande de renon­cer à la rai­son. Les images télévisées mon­trent le cat­a­clysme en boucle…”. Le philosophe stig­ma­tise les irre­spon­s­ables selon lesquels “Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de suite les cen­trales et de se met­tre aux éner­gies renou­ve­lables demain matin”.

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­trale nucléaire cen­sée résis­ter à tout, les Japon­ais étant présen­tés jusqu’alors comme les maîtres de la con­struc­tion anti­sis­mique, la “rai­son” serait de rejeter toute mise en cause de cette façon de pro­duire de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japon­ais ont “cédé à l’émotion” de façon par­faite­ment “irra­tionnelle” en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exem­ple pour la France et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le pre­mier min­istre ultra­na­tion­al­iste Shin­zo Abe choisit la pré­ten­due “rai­son” en exigeant la remise en ser­vice de cer­taines cen­trales. Mais la pop­u­la­tion (la rai­son pop­u­laire ?) s’y oppose frontale­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait “irra­tionnelle”, à être à nou­veau irradiée ?

Michel Onfray : “Or il nous faut penser en dehors des émo­tions. La cat­a­stro­phe fait par­tie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la cat­a­stro­phe naturelle”. RAPPEL :Tch­er­nobyl procède (…) de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civ­il en tant que tel.” (Fééries anatomiques, 2003)

SL : Cet argu­men­taire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire pro­fondé­ment ridicule : “Tch­er­nobyl c’est la faute aux Sovié­tiques, Fukushi­ma, c’est la faute au tsuna­mi”. Le nucléaire et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Toute­fois, prob­a­ble­ment con­scient de la faib­lesse du raison­nement, Onfray invente le con­cept de cat­a­stro­phe “naturelle”… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray : “Les Japon­ais ont fait pren­dre des risques con­sid­érables à l’humanité et à la planète. (…) Si l’on bâtit 17 cen­trales nucléaires, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­di­en­nement sujet aux sec­ouss­es sis­miques, il faut bien que cette cat­a­stro­phe naturelle inévitable soit ampli­fiée par la cat­a­stro­phe cul­turelle évitable qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bombes atom­iques japon­ais­es poten­tielles…”

SL : Voilà qui fait penser à Sarkozy assur­ant qu’une cat­a­stro­phe nucléaire ne pou­vait se pro­duire à la cen­trale de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsunamis. Or il existe de mul­ti­ples caus­es pos­si­bles pour aboutir à une cat­a­stro­phe nucléaire, qu’il s’agisse de fac­teurs naturels (séismes, tsunamis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de con­cep­tion, de main­te­nance, d’exploitation, etc.).

Il est en réal­ité par­faite­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japon­ais, l’Agence inter­na­tionale pour l’énergie atom­ique (AIEA) ayant régulière­ment validé les mesures de sûreté face à tous les risques, y com­pris celui du tsuna­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un vio­lent séisme qui, en juil­let 2007, avait pré­fig­uré Fukushi­ma en met­tant à mal la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashi­wasa­ki : c’est hélas un haut dirigeant de l’Autorité de sûreté française qui avait alors dirigé une mis­sion de l’AIEA et décrété que les cen­trales japon­ais­es pou­vaient con­tin­uer à fonc­tion­ner sans risque 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fukushi­ma à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arrivés à la con­clu­sion que les cen­trales résis­teraient à un séisme et/ou un tsuna­mi. Les humains sont fail­li­bles par essence, ils se met­tent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une rai­son pour ne rien faire, mais c’est assuré­ment une bonne rai­son pour se pass­er des cen­trales nucléaires (et des bombes atom­iques) qui représen­tent un dan­ger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susurré depuis 40 ans par la CGT-énergie :

Michel Onfray : “Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplo­matie et la poli­tique étrangère qui échap­pent au pou­voir du peu­ple, les élites ren­dent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­nement : il doit cess­er d’être un reli­quat monar­chique pour devenir une affaire répub­li­caine.”

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les salariés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci deviendrait mirac­uleuse­ment “sûre”. C’est à nou­veau oubli­er que l’être humain est par nature fail­li­ble, mais c’est aus­si oubli­er que la pop­u­la­tion n’a en grande majorité aucune inten­tion de se trans­former en exploitant nucléaire ! Les mal­heureux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent instru­men­tal­isés par les atom­istes, lesquels accusent les anti­nu­cléaires de vouloir main­tenir des mil­liards de gens dans la mis­ère. Mais les pau­vres aus­si savent se ren­seign­er et s’organiser et, s’ils veu­lent bien l’électricité, ils rejet­tent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les man­i­fes­ta­tions anti­nu­cléaires ultra-mas­sives en Inde, tant con­tre un pro­jet de cen­trale russe que con­tre celui du français Are­va 6.

Con­clu­sion :

Michel Onfray : “L’énergie nucléaire n’a jamais causé aucun mort : Hiroshi­ma et Nagasa­ki, puis Tch­er­nobyl procè­dent du délire mil­i­taire améri­cain, puis de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civ­il en tant que tel.” (Féeries anatomiques, 2003)

SL : On retrou­ve ici exacte­ment le même genre d’arguments que ceux de la tris­te­ment célèbre Nation­al Rifle Asso­ci­a­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assure que pis­to­lets et fusils ne tuent per­son­ne, la faute étant exclu­sive­ment celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs formelle­ment exact, formelle­ment mais stu­pide­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les crimes de masse jusque dans les écoles améri­caines. Pour revenir à nos mou­tons, on pour­ra accorder à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléaire n’a tué per­son­ne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voilà bien avancés.

Mais notre pro­pos n’est pas de rivalis­er avec Michel Onfray : si jamais il lit cette mod­este mise au point, peut-être acceptera-t-il de se ren­seign­er un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­di­ale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les cen­trales et leur pré­ten­due “accep­ta­tion” par la pop­u­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chance de fréquenter l’Université pop­u­laire de Caen mais qui parvient néan­moins à s’informer et à penser col­lec­tive­ment.

Stéphane Lhomme 
Obser­va­toire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

3/5/16 La souscrip­tion est close. Grand mer­ci aux valeureux con­tribu­teurs qui ont per­mis la pub­li­ca­tion de ce mod­este ouvrage. Des exem­plaires restent disponibles, en vente ci-con­tre (colonne de droite).

tcherno2-2-300x211 

 

Mer­ci encore !

François et Gérard Pon­thieu


Fukushima, cinq ans après : “Ça s’arrose” à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fukushi­ma, trente après Tch­er­nobyl, « ça s’arrose » !… On aimerait en rire, si ces deux anniver­saires n’étaient syn­onymes de drames et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopéra­tive d’Europe Écolo­gie-Les Verts organ­ise une soirée Fukushi­ma (pro­gramme ci-con­tre) afin de rap­pel­er que, par ses con­séquences incal­cu­la­bles et son étale­ment dans la durée, une cat­a­stro­phe nucléaire n’est com­pa­ra­ble à aucune autre cat­a­stro­phe indus­trielle ou naturelle.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bruno Bous­sagol pour l’organisation de 1 000 évène­ments cul­turels en France pour com­mé­mor­er les 5 ans de Fukushi­ma et les 30 ans de Tch­er­nobyl, la coopéra­tive EELV PACA organ­ise à Mar­seille à l’Éco­mo­tive, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soirée cul­turelle Fukushi­ma, à entrée libre mais lim­itée en nom­bre de places.

acteurs_réacteursAu pro­gramme :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­ture théâ­tral­isée d’extraits de la pièce d’Alain Per­sat “Acteurs Réac­teurs”, créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­tives aux éner­gies nucléaires et fos­siles, qui peu­vent être mis­es en œuvre à l’échelle d’une famille ou d’une col­lec­tiv­ité. Vers 20h 30, repas bio végé­tarien et local autour d’une grande table.

Pré-réser­va­tion néces­saire ici.

Un rap­pel salu­taire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notam­ment avec le pro­jet de pro­longer de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc français vieil­lis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­manville en cours de con­struc­tion prob­lé­ma­tique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Lux­em­bourg deman­dent la fer­me­ture à court terme des cen­trales frontal­ières de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­tenom. Au moment encore où EDF se voit ploy­er sous la charge finan­cière cumulée de trois « héritages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise par­tielle des activ­ités d’Areva – et de sa fail­lite ; casse-tête des EPR en pro­jet (Grande-Bre­tagne, Chine) et en con­struc­tion plus que prob­lé­ma­tique (Fin­lande, France) – avec démis­sion du directeur financier de l’électricien…

La bonne nou­velle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tric­ité si apparem­ment “com­péti­tive” va aug­menter sale­ment dans les mois et années qui vien­nent (de 30 à 50 % !). Bonne nou­velle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoil­era dans sa réal­ité crue face aux éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables. Dès lors, les choix énergé­tiques appa­raîtront sans doute, il faut l’espérer, plus évi­dents.

Fukushi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la piscine de dés­ac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­trale nucléaire japon­aise de Fukushi­ma Dai­ichi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsuna­mi. Des incendies suiv­is d’explosions vont con­tribuer à ruin­er défini­tive­ment les instal­la­tions et relâch­er des quan­tités mas­sives d’effluents radioac­t­ifs gazeux et liq­uides.

Toute une région s’est trou­vée ruinée : pop­u­la­tion évac­uée, con­t­a­m­i­na­tion des per­son­nes, des ani­maux et des plantes; agri­cul­ture et pêche ruinées, ter­res con­t­a­m­inées par la radioac­tiv­ité, rejets tox­iques dans l’air et dans la mer. Les con­séquences d’une telle cat­a­stro­phe sont humaine­ment inac­cept­a­bles.

Sur les 300 000 per­son­nes de la pré­fec­ture de Fukushi­ma qui ont évac­ué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chiffres de la Croix-Rouge, approx­i­ma­tive­ment 1 600 morts seraient liées aux con­di­tions d’évacuation, comme l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­raire, l’épuisement dû aux déplace­ments, l’aggravation de mal­adies exis­tantes con­séc­u­tives à la fer­me­ture d’hôpitaux, les sui­cides, etc. Un éval­u­a­tion qui est com­pa­ra­ble aux 1 599 décès directe­ment causés par le séisme et le tsuna­mi dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, en 2011. De nom­breuses munic­i­pal­ités refusent d’indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas per­turber les futures pro­jec­tions de demande d’indemnisation des familles pour le pretium doloris.

Out­re ces décès dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, on compte 869 décès dans la pré­fec­ture de Miya­gi et 413 dans celle d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­ture de Fukushi­ma, 150 000 per­son­nes étaient encore « réfugiées ». Selon la Croix-Rouge, out­re leurs con­di­tions de vie dif­fi­ciles, ces réfugiés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bil­ité d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wikipedia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils François et moi-même – saisi au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) par la pub­li­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 événe­ments cul­turels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tch­er­nobyl).

tcherno2

Nous nous sommes donc lancés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu mod­éré l’élan avant de pass­er au papi­er d’édition…D’où cet appel à soutenir l’initiative. D’où cette souscrip­tion afin recueil­lir les fonds néces­saires à la pub­li­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ticiper en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tron­ique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adress­er un chèque ou un bil­let à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Moulet 13006 Mar­seille.

En con­tribuant pour 20 euros, vous recevrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­derons alors votre adresse postale par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous recevrez autant d’exemplaires que de tranch­es de 20 euros. Vous fig­ur­erez aus­si dans la liste des souscrip­teurs et serez tenus au courant des étapes de fab­ri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-dessus, vous trou­verez plus d’information sur cette créa­tion de qual­ité, à tirage lim­ité. Les pho­tos, pris­es en Provence et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

François et Gérard Pon­thieu


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immo­bili­er, c’est déjà la réal­ité – au moins virtuelle. Voici le “pitch” de la vidéo ci-dessous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous présente la ville de demain. Ville durable, con­nec­tée et intel­li­gente, telles sont les inno­va­tions urbaines qui per­me­t­tront d’améliorer la qual­ité de vie dans la ville du futur. Ren­dre une ville har­monieuse et agréable à vivre où la qual­ité de l’air sera pri­mor­diale avec la con­struc­tion de bâti­ments verts, telles seront les préoc­cu­pa­tions majeures de la ville de demain.

Mag­nifique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    novembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Oct  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress