On n'est pas des moutons

Gaffe, les médias !

Leçon de journalisme de Pflimlin. Ou qui dégoise le jeudi, dimanche repentira

Rémy Pfim­lin n’a pas encore appris à bien tour­ner (sept fois au mini­mum) sa langue dans sa bouche avant de lâcher ce qu’il se voit ensuite obligé de qua­li­fier de « mal­adresse ». Nor­mal, il est encore jeune dans la fonc­tion de PDG de France-​Télévisions adoubé par qui l’on sait. Sa ron­deur de bouille pré­sente encore quelques aspé­ri­tés que l’école du pou­voir ne sau­rait tar­der à lisser.


Ainsi, qui dégoise le jeudi, dimanche repen­tira… Devant le Club de la presse de Stras­bourg (sa région d’origine où il a dirigé le quo­ti­dien mul­hou­sien L’Alsace), Pfl­mi­lin (neveu de Pierre, l’ancien pré­sident du Conseil et maire de Stras­bourg que le Canard enchaîné sur­nom­mait « Petite prune » – ce que veut dire pfli­min en alsa­cien…) envoie sa charge contre Média­part. Si France-​Télévisions avait traité de l’affaire Woerth-​Bettencourt, elle l’aurait fait, a crâ­ne­ment avancé le PDG « pro­ba­ble­ment de façon plus sérieuse et moins émo­tion­nelle, moins mani­pu­la­trice et moins publi­ci­taire ». Car Media­part n’est «  pas l’exemple à suivre  ». Et de dénon­cer des «  dérives à la Big Bro­ther  ». «  France Télé­vi­sions, a-​t-​il mar­telé, a une res­pon­sa­bi­lité impor­tante et on ne peut pas se per­mettre de sor­tir des infor­ma­tions qui sont démen­ties le len­de­main, de mani­pu­ler impu­né­ment  ». Voilà qui n’a pas man­qué d’émouvoir le lan­der­neau jour­na­lis­tique, tout par­ti­cu­liè­re­ment à France-​Télévisions et encore plus à France 2 et France 3. Ces rédac­tions seront appe­lées à éprou­ver les concep­tions du métier d’informer telles qu’esquissées a contra­rio par leur nou­veau patron. L” « exemple à suivre » n’étant pas celui de Media­part, que com­prendre quand Pflim­lin défi­nit com­ment le groupe audio­vi­suel public devait four­nir une « infor­ma­tion de réfé­rence », « indé­pen­dante » et « recoupée »?

Big Bro­ther Rémy s’est aven­turé un peu loin hors de ses plates-​bandes. S’étant per­mis de sor­tir des mots à démen­tir le len­de­main… Le PDG des chaînes publiques dut donc en appe­ler au baume de la repen­tance pri­vée pour bafouiller quelques piteux argu­ments dans le Jour­nal du dimanche. En fait, il assure n’avoir «  pas parlé pour attaquer » Media­part, ayant avant tout voulu «  défendre les rédac­tions de France Télé­vi­sions  ». «  J’ai beau­coup d’estime pour les rédac­tions pro­fes­sion­nelles. Mais j’ai cri­ti­qué les sites qui ne sont pas faits par des jour­na­listes et ne véri­fient pas leurs infor­ma­tions  », a bla­blaté le Pflim­lin ember­li­fi­coté dans le plus plat des lieux communs.

Mal­adresse, certes, que d’avancer en public des pro­pos aussi spon­ta­nés ; désor­mais le nou­veau patron des télés publiques s’y repren­dra à plu­sieurs fois avant d’exprimer le fond de sa pen­sée. Mais comme on dit, c’est le pre­mier pas qui compte. Ou encore, c’est le pre­mier geste qui coûte.

La Société des jour­na­listes (SDJ) de Media­part a dénoncé des pro­pos « dif­fa­ma­toires, rap­pe­lant que « la jus­tice a (...) validé le tra­vail édi­to­rial de Media­part dans l’affaire Bet­ten­court, jugeant que nos révé­la­tions rele­vaient de “l’intérêt public” et de “l’information légi­time” des citoyens ». Les SDJ de France 2 et de France 3 se sont « déso­li­da­ri­sées » des pro­pos de leur nou­veau patron. « On est très sur­pris par ces accu­sa­tions de mani­pu­la­tion, d’autant que les antennes de France Télé­vi­sions ont beau­coup repris les infor­ma­tions de Media­part  » sur cette affaire, a ajouté Yann Fos­su­rier pour la SDJ de France 3. Les syn­di­cats ont aussi pro­testé et exprimé leur inquié­tude quant à l’indépendance des rédac­tions concernées.

On en revient à la sem­pi­ter­nelle ques­tion de l’indépendance des médias et des jour­na­listes à l’égard des pou­voirs – celui de la poli­tique et de l’argent. Le ravi de la crèche gou­ver­ne­men­tale, Fré­dé­ric Mit­ter­rand et néan­moins ministre de la culture (et de la com­mu­ni­ca­tion, certes, comme il se targue de rajou­ter) s’est empressé de jouer les effa­rou­chés à rebours au sujet de l’éventuel – et pro­bable – rachat du Pari­sien par Serge Das­sault, séna­teur UMP et grand pote de Sar­kozy : «  Aucun gou­ver­ne­ment, a-​t-​il clai­ronné, n’a donné autant de gages sur le res­pect du plu­ra­lisme de la presse [sic]. Ce n’est pas parce que l’on pos­sède un jour­nal que sa rédac­tion écrit ce que l’on vou­drait y lire  ». La preuve, il n’y a qu’à lire Le Figaro ! Et qu’à consi­dé­rer l’empressement des uns et des autres à prendre le contrôle des médias domi­nants genre Le Monde et Le Pari­sien, les grandes télés et radios en pas­sant par l’Agence France presse.


L’honneur des journalistes. Ce « deuil des convictions » porté à la boutonnière

L’ordre napo­léo­nien de la Légion d’honneur reste tou­jours… à l’honneur. Il peut s’avérer riche d’enseignements d’aller consul­ter les listes pério­diques des pro­mus. Et, par exemple, se ras­su­rer en consta­tant qu’on ne fait pas par­tie du lot. Ou en se délec­tant de ce mot de Jules Renard dans son Jour­nal : « En France, le deuil des convic­tions se porte en rouge et à la bou­ton­nière. » Liste copieuse à l’appui, Acri­med a reco­pié les noms de la caté­go­rie « Légion d’honneur et Ordre du Mérite pour jour­na­listes et diri­geants de médias », et cela de 2005 à cette année, der­nier cru du 14-​juillet. On com­prend mieux, « en direct », tout l’intérêt des monarques à s’allier les médias et leurs ser­vants. Ainsi gros­sit, en ses vagues suc­ces­sives, l’obèse répu­blique des élites et des émules, des copains et des coquins.

Ouvrez le ban ! :

I. Légion d’honneur

- Décret du 2 avril 2010 :
Au grade de com­man­deur
- Phil­lipe Labro, offi­cier du 8 jan­vier 2002, écri­vain, jour­na­liste
Au grade d’officier
- Anne-​Marie Cou­derc, che­va­lier du 26 sep­tembre 2000, ex-​directrice géné­rale du groupe Hachette Fili­pac­chi, aujourd’hui direc­trice délé­guée de Lagar­dère Active.
- Jean Ama­dou, chan­son­nier, pro­duc­teur, ani­ma­teur d’émissions.
- Mireille Dumas, pro­duc­trice et pré­sen­ta­trice.
- Denise Fabre, ancienne pré­sen­ta­trice d’émissions télé­vi­sées.
- Odile Got­lieb, Che­va­lier du 28 octobre 2001, édi­trice, pré­si­dente des Édi­tions Odile Jacob.
Au grade de che­va­lier
- Domi­nique Durand, jour­na­liste, rédac­teur en chef de revues scien­ti­fiques, pré­sident de l’Association fran­çaise Buchenwald-​Dora et Kom­man­dos.
- Décret du 31 décembre 2009 :
Au grade de com­man­deur
- Edmonde Charles-​Roux, Offi­cier du 1er avril 2003, écri­vaine, pré­si­dente de l’Académie Gon­court, ancienne jour­na­liste à Elle, ancienne rédac­trice en chef de l’édition fran­çaise de Vogue.
- Jean-​Claude Narcy, Offi­cier du 9 juillet 2002, jour­na­liste, ancien pré­sen­ta­teur du jour­nal télé­visé.
Au grade d’officier
- Jean-​Luc Hees, Che­va­lier du 29 novembre 2001, pré­sident du groupe Radio-​France.
Au grade de che­va­lier
- Axel Duroux, jour­na­liste, ex-​président du direc­toire du groupe RTL entre 2005 et 2009, direc­teur géné­ral de TF1 (2009)
- Régis Fau­con, ancien jour­na­liste à FR3, TF1, aujourd’hui jour­na­liste indé­pen­dant.
- Alexan­dra d’Arnoux, jour­na­liste.
- Danièla Lum­broso, pro­duc­trice de télé­vi­sion, jour­na­liste et pré­sen­ta­trice.
- Syl­vie Ody, jour­na­liste.
- Thé­rèse Torre, pro­duc­trice d’émissions télé­vi­sées.
- Jean-​Pierre Vignolle, direc­teur géné­ral de l’Agence France-​Presse.
- Décret du 14 juillet 2009 :
Au grade de che­va­lier
- Denise Ammoun, jour­na­liste, écri­vaine (Égypte).
- Jean Ayzac, jour­na­liste, ancien vice-​président d’un conseil géné­ral.
- Gene­viève Bri­sac, édi­trice, écri­vaine.
- Alain Elkann, jour­na­liste, conseiller spé­cial du ministre ita­lien de la Culture.
- Charles Ender­lin, jour­na­liste, chef du bureau d’une chaîne de télé­vi­sion à Jéru­sa­lem.
- Marie-​Claire de La Gran­dière, jour­na­liste, direc­trice de la rédac­tion d’un maga­zine et écri­vaine.
- Patrick Fores­tier, jour­na­liste, écri­vain
- Rug­gero De Pas, jour­na­liste, pré­sident du centre d’accueil de la presse étran­gère à Paris.
- Didier Pillet, jour­na­liste
Au grade d’officier
- Antoine Sfeir, écri­vain, jour­na­liste, direc­teur des Cahiers de l’Orient.
- Phi­lippe Tes­son, jour­na­liste.
- Phi­lippe Vas­seur, « ancien ministre, pré­sident d’une fédé­ra­tion d’entreprises », dixit le décret. Mais M. Vas­seur est un ancien jour­na­liste éco­no­mique de TF1, des Echos, du Figaro, pré­sident de l’Ecole Supé­rieure de Jour­na­lisme de Lille depuis sep­tembre 2008.
- Décret du 10 avril 2009 :
Au grade de che­va­lier
- Emile Picy, jour­na­liste par­le­men­taire.
- Henri Pigeat, pré­sident du conseil d’administration du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes.
- Hélène Piro­non, jour­na­liste.
- Emma­nuel Hoog, ex-​président-​directeur-​général de l’Institut Natio­nal de l’Audiovisuel, pré­sident de l’agence France-​Presse.
- Didier Quillot, pré­sident de Lagar­dère Active.
- Décret du 31 décembre 2008 :
Au grade de che­va­lier
- Marie Holz­man, écri­vaine, jour­na­liste, pré­si­dente de l’association Soli­da­rité Chine.
- Caro­line Sinz-​Deleau, jour­na­liste, grand repor­ter au ser­vice « Enquêtes et repor­tages » de France 3.
Au grade d’officier
- Didier Fran­çois, sous-​directeur de l’édition, de la pro­duc­tion et de l’information à la Direc­tion des Jour­naux offi­ciels.
- Marie-​Claude Bros­sol­let, Che­va­lier du 16 novembre 1998, président-​directeur géné­ral des édi­tions Belin.
- Décret du 13 juillet 2008 :
Au grade de com­man­deur
- Joseph Crampes, dit Jacques Chan­cel, jour­na­liste, écri­vain, admi­nis­tra­teur du groupe Canal+.
Au grade de che­va­lier
- Ruth Elkrief, jour­na­liste, pré­sen­ta­trice.
- Michèle Leloup, jour­na­liste spé­cia­li­sée « Archi­tec­ture » à L’Express.
- Phi­lippe Rein­hard, jour­na­liste (Le Télé­gramme de Brest, L’Éclair des Pyré­nées...), écri­vain.
- Héloise Lefevre d’Ormesson, écri­vain, édi­trice (édi­tions Héloise d’Ormesson).
- Décret du 21 mars 2008 :
Au grade de com­man­deur
- Jean-​René Four­tou, Offi­cier du 14 avril 1997, pré­sident du conseil de sur­veillance du groupe Vivendi.
- Patrick Le Lay, Offi­cier du 27 février 2003, ancien pré­sident du conseil d’administration de TF1.
- Eliane Vic­tor, Offi­cier du 28 mars 1991, écri­vaine, ancienne jour­na­liste à Elle, pro­duc­trice de l’émission « Quo­ti­dien­ne­ment vôtre » sur TF1.
Au grade d’officier
- Rémy Saut­ter, Che­va­lier du 9 mars 1993, président-​directeur-​général du groupe RTL.
- Hervé Cha­ba­lier, Che­va­lier du 20 juin 1996, ani­ma­teur, jour­na­liste, pro­duc­teur.
- Eve Rug­gieri, Che­va­lier du 25 octobre 1990, pro­duc­trice, pré­sen­ta­trice.
- John Vino­cur, édi­to­ria­liste de l’International Herald Tri­bune.
- Robert Menard, jour­na­liste, ex-​secrétaire géné­ral de Repor­ters Sans Fron­tières.
Au grade de che­va­lier
- Yves Mes­sa­ro­vitch, ancien jour­na­liste rédac­teur en chef au Figaro, ancien direc­teur du groupe Expan­sion, ancien jour­na­liste à L’Express.
- Décret du 30 jan­vier 2008 :
Au grade de che­va­lier
- Jean Guillard, jour­na­liste hono­raire.
- Carole Bel­le­mare, jour­na­liste, chef de ser­vice dans un quo­ti­dien (Le figaro éco­no­mie).
- Chan­tal Doumic-​Nerot, ancienne jour­na­liste
- Marie-​Louise Schaef­fer, jour­na­liste, grand repor­ter
Au grade d’officier
- Arlette de Beu­ve­rand de la Loyère, direc­trice de rédac­tion dans un groupe de presse.
Au grade de che­va­lier
- Cathe­rine Cey­lac, pro­duc­trice et ani­ma­trice de télé­vi­sion sur France 2.
- Isa­belle Dor, jour­na­liste.
- Patri­cia Mar­tin, jour­na­liste, ani­ma­trice d’émissions radio­pho­niques sur France Inter.
- Décret du 13 juillet 2007 :
Au grade de Com­man­deur
- Jean Lacou­ture, jour­na­liste, écri­vain. Offi­cier du 8 février 1993.
Au grade de che­va­lier
- Patrick Buis­son, ancien jour­na­liste, direc­teur géné­ral de la chaine His­toire.
- Fran­çois Gault, jour­na­liste, cor­res­pon­dant per­ma­nent de Radio France en Pologne.
- Elise Lucet, jour­na­liste, pré­sen­ta­trice du jour­nal de 13h (France 2).
- Eric Revel, jour­na­liste éco­no­mique.
- Daniel Ron­deau, écri­vain, jour­na­liste.
- Décret du 6 avril 2007 :
Au grade de che­va­lier
- Véro­nique Saint Olive, née Mis­soffe, jour­na­liste (France 2). A l’époque, Arrêt sur images était revenu sur sa nomi­na­tion.
- Henri Tincq, jour­na­liste spé­cia­lisé dans les affaires reli­gieuses à La Croix, puis au Monde.
- Patrick Lamm, jour­na­liste éco­no­mique, rédac­teur en chef (Les Echos).
- Chris­tian Brin­court, jour­na­liste, grand repor­ter à Paris Match.
- Phi­lippe Goul­liaud, jour­na­liste poli­tique au Figaro.
- Jean-​Paul Pigasse, jour­na­liste.
- Décret du 31 décembre 2006 :
Au grade de che­va­lier
- Isa­belle Dath, jour­na­liste à RTL.
- Anita Haus­ser, écri­vaine, jour­na­liste, ancienne chef du ser­vice poli­tique de LCI, rédac­trice en chef adjointe du ser­vice poli­tique du quo­ti­dien Le Soir.
- Armelle Héliot, jour­na­liste, grand repor­ter puis rédac­trice en chef du ser­vice culture du Figaro.
- Syl­vie Pierre-​Brossolette, jour­na­liste, rédac­trice en chef du ser­vice de poli­tique inté­rieure de l’hebdomadaire Le Point.
- Randa Takied­dine, jour­na­liste, chef du bureau de Dar Al Hayat à Paris.
- Gérard Klein, comé­dien, ani­ma­teur d’émissions télé­vi­sées.
- Eli­sa­beth Ker­var­rec, jour­na­liste pour « Fran­çais du Monde » et secré­taire géné­rale de l’Association Démo­cra­tique des Fran­çais à l’Etranger.
- Fran­çois Lubrina, méde­cin vété­ri­naire, jour­na­liste (Canada).
Au grade d’officier
- Thierry Des­jar­dins, Che­va­lier du 19 août 1997, jour­na­liste au Figaro.
- Jean-​Pierre Elkab­bach, Che­va­lier du 10 décembre 1998, jour­na­liste à Europe 1.
- Décret du 13 juillet 2006 :
Au grade d’officier
- Alain Duples­sis de Pou­zil­hac, pré­sident du direc­toire de la chaîne d’information France 24, PDG de la Société de l’Audiovisuel Exté­rieur de la France (SAEF).
- Marianne Berard-​Quelin, présidente-​directrice-​générale de la Société Géné­rale de Presse.
Au grade de che­va­lier
- Jean-​Jacques Bour­din, journaliste-​rédacteur en chef de RMC info, ani­ma­teur.
- Ladis­las de Hoyos, ancien jour­na­liste pour TF1 puis France 2 et France Inter.
- Patrick Fau­con­nier, grand repor­ter, fon­da­teur du maga­zine Chal­lenges, jour­na­liste au Nou­vel Obser­va­teur.
- Henri Lau­ret, jour­na­liste, chro­ni­queur et édi­to­ria­liste à France Info, direc­teur géné­ral et codi­rec­teur de la rédac­tion de France Soir.
- Fré­dé­ric Fer­ney, écri­vain, jour­na­liste et cri­tique au Point.
- Renaud Le Van Kim, pro­duc­teur de télé­vi­sion, patron de KM pro­duc­tions et conseiller à TF1.
- William Ley­mer­gie, pro­duc­teur, pré­sen­ta­teur.
- Jacques Lou­vet, pré­sident de la Fédé­ra­tion natio­nale de la presse spé­cia­li­sée.
- Pierre Fulla, jour­na­liste spor­tif.
- Décret du 31 décembre 2005 :
Au grade d’officier
- Jean-​Pierre Caillard, Che­va­lier du 17 sep­tembre 1994, ancien jour­na­liste et direc­teur de la publi­ca­tion du quo­ti­dien La Mon­tagne, président-​directeur géné­ral de la chaîne de télé­vi­sion Cler­mont Pre­mière, Pré­sident du grou­pe­ment des grands régio­naux.
- Michèle Cotta, Che­va­lier du 10 juin 1996, jour­na­liste, ancienne pré­si­dente de Radio-​France, ancienne direc­trice de l’information à TF1.
- Robert Namias, Che­va­lier du 19 novembre 1997, jour­na­liste, ancien repor­ter à RTL, ancien chro­ni­queur à Europe 1, ancien direc­teur de la rédac­tion de TF1, édi­to­ria­liste sur la chaîne d’information I-​télé.
Au grade de che­va­lier
- Fran­çoise Laborde, jour­na­liste, ancienne rédac­trice en chef adjointe de TF1, ancienne pré­sen­ta­trice des JT du week-​end sur France 2, nom­mée au Conseil Supé­rieur de l’Audiovisuel par Nico­las Sar­kozy en jan­vier 2009.
- Vic­tor Malka, ani­ma­teur sur France Culture.
- Jean-​Manuel Bour­gois, direc­teur géné­ral d’une mai­son d’édition.
- Isa­belle Gal­li­mard, présidente-​directrice géné­rale de la mai­son d’édition Gal­li­mard.
- Antoine Schwarz, pré­sident de la chaîne radio­pho­nique RFI.
- Marc Tes­sier, ancien pré­sident de France Télé­vi­sion (1999−2005).
- Décret du 14 juillet 2005 :
Au grade de Com­man­deur
- Pierre Weill, ancien PDG de la Sofres, pré­sident de Weill Conseil et du comité stra­té­gique de TNS Sofres.
Au grade d’officier
- Michel Bou­ti­nard Rouelle, admi­nis­tra­teur d’Havas, ancien pré­sident d’Havas Media Com­mu­ni­ca­tion et ancien PDG d’Avenir Havas Media SA.
- Albert Mal­let, ancien pré­sident de Radio Sha­lom.
- Jean-​François Revel, écri­vain, membre de l’Académie fran­çaise, édi­to­ria­liste au Point.
Au grade de che­va­lier
- Daniel Bou­det, pré­sident de la mis­sion sur la télé­vi­sion numé­rique ter­restre.
- Louis-​François Caillaud, direc­teur dépar­te­men­tal de La Nou­velle Répu­blique.
- Ber­nard Lecomte, direc­teur de col­lec­tion aux édi­tions Jean-​Claude Lat­tès, ancien jour­na­liste (La Croix, L’Express...), écri­vain.
- Oli­vier Poivre, dit Poivre d’Arvor, écri­vain
- Viviane Rebes­chini, rédac­trice en chef
- Domi­nique War­lu­zel, avo­cat, concep­teur et pro­duc­teur de maga­zines télé.
- Henri Made­lin, ancien rédac­teur en chef de la revue Etudes.
- Daniel Bila­lian, jour­na­liste, direc­teur des sports de France Télé­vi­sions.
- Laure Adler, ancienne direc­trice de France Culture, écri­vain.
- Jean-​Jacques Gabut, ancien direc­teur au groupe Le Pro­grès.
- Ber­trand Méheut, PDG de Canal Plus.
- Richard Ducous­set, vice-​président d’Albin Michel, gérant de Canal Plus Edi­tions et des édi­tions Filipacchi-​Albin Michel.
- Nico­las Duha­mel, direc­teur géné­ral délé­gué de La Poste, ancien direc­teur géné­ral adjoint d’Havas, ancien direc­teur géné­ral de l’Office d’annonces (ODA).
- Ber­trand Fabre, direc­teur de la rédac­tion du Moni­teur des tra­vaux publics et du bâti­ment, direc­teur des rédac­tions du groupe Le Moni­teur.
- Fabrice Larue, pré­sident de la Finan­cière Fabrice Larue, pré­sident de Datem (ex-​Presse Infor­ma­tique), ancien PDG du Groupe Des­fos­sés Inter­na­tio­nal SA.

II. Ordre Natio­nal du Mérite

- Décret du 15 mai 2010 :
Au grade d’officier
- Gabriel Milési, gérant de société, jour­na­liste éco­no­mique. Che­va­lier du 10 mars 1988.
- Fabienne Servan-​Schreiber (épouse Weber), présidente-​directrice géné­rale d’une société de pro­duc­tion audio­vi­suelle. Che­va­lier du 31 mars 2000.
Au grade de che­va­lier
- Béa­trice Garette (née Dabet), direc­trice géné­rale de (Sipa-​presse).
- Sofia Ben­gana, direc­trice géné­rale de presse numé­rique dans une société (Groupe Le Figaro)
- Henri Néron, jour­na­liste (Guyane).
- Jacques Jublin, rédac­teur en chef d’I-télé.
- Frédérick-​Louis Bou­lay, jour­na­liste, direc­teur des pro­grammes de TV5.
- Charles-​Henry Dubail, direc­teur de publi­ca­tion.
- Pas­cale Marie (épouse Boun­four), direc­trice d’un syn­di­cat de presse.
- Cathe­rine Nayl (épouse Per­rot), jour­na­liste, direc­trice de la rédac­tion de TF1.
- Noël Quidu-​Tronscorff, grand repor­ter, pho­to­graphe.
- Chris­tine Kelly (née Tigif­fon), jour­na­liste, membre du CSA.
- Décret du 13 novembre 2009 :
Au grade de com­man­deur
- Jacques Oure­vitch, Offi­cier du 13 avril 1988, ancien jour­na­liste à Europe 1.
Au grade d’officier
- Patrick Poivre d’Arvor, Che­va­lier du 17 jan­vier 2001, écri­vain, jour­na­liste, pré­sen­ta­teur.
- Robert Wer­ner, jour­na­liste, ancien rédac­teur en chef de l’Unité Patri­moine à TF1, ancien chro­ni­queur sur Radio France.
Au grade de che­va­lier
- Jean-​Pierre Caf­fin, direc­teur géné­ral du groupe Prisma-​Presse.
- Eva Bet­tan, jour­na­liste.
- Syl­vie Blum, pro­duc­trice audio­vi­suel et médias, INA.
- Maryse Bru­gière, direc­trice de pro­grammes du Conseil Supé­rieur de l’Audiovisuel.
- Alfred Hidalgo, jour­na­liste, édi­teur, direc­teur du « dépar­te­ment chan­son » chez Fayard.
- Yves Calvi, jour­na­liste, ani­ma­teur et pré­sen­ta­teur.
- Pierre Lepape, jour­na­liste et cri­tique lit­té­raire.
- Décret du 15 mai 2009 :
Au grade de com­man­deur
- Sophie Andrieu, édi­trice. Offi­cier du 30 juin 1995.
- André Tubeuf, pro­duc­teur d’émissions radio­pho­niques.
Au grade de che­va­lier
- Yan­nick Durand de Pré­mo­rel, direc­teur délé­gué d’un groupe de presse, audi­teur à l’Institut des hautes études de défense natio­nale.
- Nilou­far Soyeux du Cas­tel, direc­trice d’un groupe de com­mu­ni­ca­tion.
Au grade d’officier
- Monique Garnier-​Lançon, jour­na­liste
- Oli­vier Pognon, jour­na­liste par­le­men­taire. Che­va­lier du 19 juin 2001.
- Paul Wer­mus, jour­na­liste. Che­va­lier du 21 novembre 1995.
- Fran­çoise Attaix, épouse Van­dame, jour­na­liste.
- Caro­line Dequet, direc­trice géné­rale d’une chaîne de télé­vi­sion.
- Cen­drine Domin­guez, jour­na­liste.
- Ber­nard Gick, concepteur-​réalisateur d’émissions radio­pho­niques.
- Oli­vier de Lagarde, jour­na­liste.
- Marie-​Thérèse Litz­ler, direc­trice régio­nale d’une chaîne de télé­vi­sion.
- Syl­vie Mali­gorne, jour­na­liste.
- Jean Ribet , jour­na­liste.
- Phi­lippe Rous­seau, rédac­teur en chef de quo­ti­diens.
- Daniel Schick, chro­ni­queur, pro­duc­teur et ani­ma­teur de radio et télé­vi­sion.
- Décret du 14 novembre 2008 :
A la dignité de Grand Offi­cier
- Claude Lanz­mann, jour­na­liste, cinéaste.
Au grade de Com­man­deur
- Pierre Dumayet , jour­na­liste. Offi­cier du 21 octobre 1993.
Au grade de che­va­lier
- Andrée Ampi­gny, comé­dienne, jour­na­liste, auteur. conseillère muni­ci­pale du Dia­mant ( Mar­ti­nique ).
- Gene­viève de Cazaux, jour­na­liste, grand repor­ter.
- Jean-​Michel Danet, admi­nis­tra­teur natio­nal, direc­teur d’une revue.
- Edouard Maret, jour­na­liste.
- Jean Claude Pons, jour­na­liste en Poly­né­sie fran­çaise.
- Béa­trice Tau­pin, jour­na­liste spé­cia­li­sée en éco­no­mie.
- Marie-​Hélène Loaëc, rédac­trice en chef d’un heb­do­ma­daire spé­cia­lisé
- Décret du 16 mai 2008 :
Au grade d’officier
- Fran­çois Biessy, jour­na­liste repor­ter d’images. Che­va­lier du 23 avril 1988.
Au grade de che­va­lier
- Ghis­laine Chenu, jour­na­liste et pro­duc­trice d’Envoyé Spé­cial sur France 2.
- Valé­rie Expert, rédac­trice en chef d’une chaîne de télé­vi­sion.
- Phil­lipe Levrier, pré­sident d’un grou­pe­ment audio­vi­suel.
- Maryse Bur­got, jour­na­liste (France 2).
- Gérard Ernault, direc­teur de rédac­tion de France Foot­ball.
- Chris­tophe Hon­de­latte, jour­na­liste (France 2, RTL).
- Hugues Huet, grand repor­ter.
- Xavier Lam­bert, direc­teur de RFO.
- Marie-​Christine Meyer, direc­trice adjointe de France Inter.
- Fré­dé­ric Mou­nier, jour­na­liste (La Croix).
- Domi­nique Qui­nio, direc­trice de La Croix.
- Natha­lie de Senneville-​Leenhardt, rédac­trice en chef de Réforme.
- Cyril Viguier, pro­duc­teur de télé­vi­sion.
- Marthe Vial­le­font (née Por­ta­lier), ancienne ani­ma­trice, jour­na­liste (L’Auvergnat de Paris).
- Syl­vie Le Cal­vez (née Fou­cher), jour­na­liste (Ouest-​France), pré­si­dente d’un col­lec­tif de pro­tec­tion de la nature.
- Jean-​Paul Cha­pel, jour­na­liste (France 2).
- Cathe­rine Cha­ti­gnoux, jour­na­liste (Les Echos).
- Béa­trice Had­jaje, jour­na­liste au ser­vice « étran­ger » de RTL.
- Décret du 30 jan­vier 2008 :
Au grade de com­man­deur
- Claude Imbert, direc­teur d’un heb­do­ma­daire.
Au grade de che­va­lier
- Manuel Bur­rus, écri­vain, jour­na­liste, cri­tique lit­té­raire.
- Constance Ponia­towski, jour­na­liste, membre de l’Observatoire de la parité.
- Hoda Bara­kat, jour­na­liste, écri­vaine.
- Michel Camino, secré­taire géné­ral d’une société de presse.
- Claude Hem­mer, direc­teur de sta­tions radio­pho­niques.
- Mar­tine Vas­let, épouse Paris, direc­trice des res­sources humaines de RFI.
- Anne Wicker (née Schmitt), jour­na­liste, direc­trice de la rédac­tion d’un maga­zine.
- Décret du 7 mai 2007 :
Au grade d’Officier
- Jean-​Charles Blon­del, jour­na­liste, écri­vain. Che­va­lier du 21 décembre 1998.
- Jacques Pes­sis, jour­na­liste, écri­vain, pro­duc­teur et réa­li­sa­teur. Che­va­lier du 8 novembre 1995.
- Raoul Tour­rette, ancien jour­na­liste, membre actif d’associations et confé­ren­cier.
Au grade de Che­va­lier
- Mat­thieu Aron, rédac­teur en chef dans une sta­tion radio­pho­nique.
- Marie-​Pierre Bou­li­gaud, direc­trice géné­rale et rédac­trice en chef d’un heb­do­ma­daire.
- Patrice Costa, jour­na­liste et consul­tant sur l’environnement.
- Patrick Charles, jour­na­liste.
- Odile Meu­vret, ancienne jour­na­liste.
- Pas­cal Pin­ning, rédac­teur en chef, res­pon­sable du ser­vice évé­ne­ments d’une chaîne de télé­vi­sion.
-Fre­de­ric Richard, ani­ma­teur d’émissions télé­vi­sées.
- Gene­viève Galey, jour­na­liste, rédac­trice en chef d’un jour­nal télé­visé.
- Décret du 14 novembre 2006 :
Au grade d’Officier
- Claude Dufresne, jour­na­liste, écri­vain
- Cathe­rine Nay, jour­na­liste, direc­trice adjointe de la rédac­tion d’une chaîne radio­pho­nique
- Alexandre Adler, jour­na­liste, uni­ver­si­taire
Au grade de che­va­lier
- Fran­çoise Nys­sen, édi­trice
- Fran­çois Bachy, jour­na­liste, Direc­teur adjoint de l’information, en charge du pôle poli­tique sur TF1.
- Guy Del­court, édi­teur.
- Pierre Louty ( Pierre, Léo­nard ), édi­teur, écri­vain.
- Moha­med Meb­toul, réa­li­sa­teur de télé­vi­sion.
- Fre­de­ric Morel, direc­teur géné­ral d’une mai­son d’édition.
- Didier Pillet, jour­na­liste.
- Chris­tian Vion, direc­teur géné­ral d’une chaîne télé­vi­sée.
- Décret du 15 mai 2006 :
Au grade de com­man­deur
- Phi­lippe Labro, Offi­cier du 18 novembre 1992, jour­na­liste, écri­vain.
- André Brin­court, jour­na­liste, écri­vain.
Au grade de che­va­lier
- Thierry d’Athis, ancien jour­na­liste et vice-​président d’une asso­cia­tion pro­fes­sion­nelle de jour­na­listes de l’aéronautique et de l’espace.
- Jacques Esnous, direc­teur de l’information d’une chaîne radio­pho­nique.
- Jean louis Beau­car­not, jour­na­liste, écri­vain.
- Oli­vier Bétourné, édi­teur.
- Patrice Cave­lier, secré­taire géné­ral à la pré­si­dence d’une chaîne radio­pho­nique.
- Domi­nique Jameux, pro­duc­teur d’émissions radio­pho­niques.
- Jean-​Luc Mano, jour­na­liste, écri­vain.
- Denis Maraval-​Hutin, édi­teur.
- Muriel Rosé, direc­trice des uni­tés maga­zines et docu­men­taires d’une chaîne de télé­vi­sion.
- Pierre Taille­fer, direc­teur de l’information d’une agence de presse.
- Décret du 14 novembre 2005 :
Au grade de Com­man­deur
- Jean Narcy, jour­na­liste, pré­sen­ta­teur de télé­vi­sion. Offi­cier du 18 décembre 1997.
Au grade de Che­va­lier
- Jean-​Yves Vif, jour­na­liste
- Pas­cale Kufus, jour­na­liste ( Alle­magne )
- Pierre Com­bes­cot, écri­vain, jour­na­liste
- Gilles Cos­taz, jour­na­liste, écri­vain, auteur
- Denise Epote, jour­na­liste, res­pon­sable d’une chaîne télé­vi­sée
- Rémi Le Goff, jour­na­liste, grand repor­ter en Nouvelle-​Calédonie

C’est long, hein ? Bien plus que la liste des « refuz­niks », que voici. Gloire à eux !

Refus de la décoration

liste publiée par Wiki­pe­dia

* Le curé d’Ars, saint Jean-​Marie Vian­ney, reçut la croix de che­va­lier de la Légion d’honneur en 1855, à son insu : la demande en avait été faite par le sous-​préfet de Tré­voux et le pré­fet de l’Ain. Il la refusa au motif que la croix ne rap­por­te­rait pas d’argent pour les pauvres. Mal­gré ce refus, la chan­cel­le­rie de la Légion d’honneur lui envoya la croix sans deman­der l’argent. En défi­ni­tive, il ne la porta jamais mais elle fut posée sur son cer­cueil.
* Jean Vic­tor Marie Moreau se moquait de l’institution de la Légion d’honneur. Quelqu’un lui disait qu’on avait des­sein de don­ner la croix, non-​seulement à ceux qui se seraient dis­tin­gués par la gloire des armes, encore à ceux qui se seraient fait remar­quer par leur mérite et par leur savoir. Il s’écria : « Eh bien ! Je vais deman­der la croix de com­man­deur de l’ordre pour mon cui­si­nier, car il a un mérite supé­rieur dans l’art de la cui­sine. » (O’Meara.)
* Les col­la­bo­ra­teurs du Canard enchaîné se sont donné depuis tou­jours comme règle de refu­ser les déco­ra­tions, au pre­mier rang des­quelles la Légion d’honneur (Pierre Scize, jour­na­liste, fut ren­voyé du jour­nal en 1933 pour l’avoir accep­tée bien qu’elle lui fut décer­née à titre mili­taire.)
* Ils refu­sèrent la déco­ra­tion : le dra­ma­turge Népo­mu­cène Lemer­cier refu­sant de prê­ter ser­ment à l’Empereur et à sa dynas­tie, La Fayette, le poète Jean-​François Ducis (qui pré­fé­rait « por­ter des haillons que des chaînes », Mgr Mau­rice de Bro­glie, Gérard de Ner­val, Nadar, George Sand (qui écri­vit au ministre qui lui pro­po­sait la croix : « Ne faites pas cela cher ami, je ne veux pas avoir l’air d’une vieille can­ti­nière ! »), Honoré Dau­mier (qui déclara : « Je prie le gou­ver­ne­ment de me lais­ser tran­quille ! »), Émile Lit­tré, Gus­tave Cour­bet, Guy de Mau­pas­sant, Mau­rice Ravel (qui refuse immé­dia­te­ment cette dis­tinc­tion, sans don­ner de jus­ti­fi­ca­tion), Pierre et Marie Curie (Pierre, à qui l’on pro­po­sait la croix, rétor­qua sim­ple­ment : « Je n’en vois pas la néces­sité »), Claude Monet, Georges Ber­na­nos, Eugène Le Roy, Jean-​Paul Sartre, Simone de Beau­voir, Albert Camus, Antoine Pinay, Bri­gitte Bar­dot (qui est déco­rée en 1985 mais refuse d’aller la cher­cher), Cathe­rine Deneuve, Clau­dia Car­di­nale.
* Hec­tor Ber­lioz, auquel l’État désar­genté vou­lait payer une messe de Requiem avec le ruban rouge au lieu de ver­ser les 3 000 francs pro­mis, s’écria : « Je me fous de votre croix. Donnez-​moi mon argent ! ».
* Des poètes anar­chistes comme Jacques Pré­vert, Georges Bras­sens qui en fit une chan­son ou Léo Ferré, qui a bro­cardé « ce ruban mal­heu­reux et rouge comme la honte ».
* Gene­viève de Fon­te­nay, la pré­si­dente du Comité Miss France qu’un séna­teur de Savoie vou­lait pro­po­ser, l’a aussi refu­sée pour des rai­sons inverses : « C’est vrai­ment désa­cra­li­ser le ruban que de le dis­tri­buer à n’importe qui… comme des médailles en cho­co­lat. »
* Dis­tin­gué fin décembre 1997, l’écrivain Ber­nard Cla­vel a fait savoir qu’il refu­sait de rece­voir la Légion d’honneur, pré­fé­rant res­ter « dans le clan de ceux qui l’ont refu­sée ». Il a ajouté que son oncle Charles Cla­vel l’avait reçue parce qu’il avait abon­dam­ment versé son sang pour son pays dans une ter­rible guerre : « Je pense qu’il se retour­ne­rait dans sa tombe en me voyant por­ter le même ruban que lui. » C’est éga­le­ment le cas de Phi­lippe Séguin, dont le père est mort sans la rece­voir.
* En 1949, le minis­tère de l’Éducation natio­nale pro­pose la déco­ra­tion à Mar­cel Aymé. La réponse don­née par l’écrivain est res­tée célèbre. Il ter­mine son article par ces mots : « [...] pour ne plus me trou­ver dans le cas d’avoir à refu­ser d’aussi dési­rables faveurs, ce qui me cause néces­sai­re­ment une grande peine, je les prie­rais qu’ils vou­lussent bien, leur Légion d’honneur, se la car­rer dans le train, comme aussi leurs plai­sirs ély­séens. »
* Le sculp­teur résis­tant René Iché, décoré comme che­va­lier pour 1914-​1918, refusa la pro­mo­tion d’officier en 1947 esti­mant que cette déco­ra­tion per­dait tout sens s’il la rece­vait en tant qu’artiste ou en tant que résis­tant pion­nier de 1940.
* Cer­taines per­sonnes choi­sissent d’accepter la déco­ra­tion mais refusent de la por­ter, par exemple Jean d’Ormesson, de l’Académie fran­çaise qui décla­rait : « Les hon­neurs, je les méprise, mais je ne déteste pas for­cé­ment ce que je méprise ».
* Erik Satie écrit à pro­pos du refus de la déco­ra­tion par Mau­rice Ravel : « Ravel refuse la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte. »
* De même, lorsque Ara­gon la refuse, Jacques Pré­vert, fei­gnant la sévé­rité, lui dit : « C’est très bien de la refu­ser, mais encore faudrait-​il ne pas l’avoir méri­tée. »
* Edmond Maire la refusa en décla­rant : « Ce n’est pas à l’État de déci­der ce qui est hono­rable ou pas. »
* Le 16 octobre 2006, le pré­sident de l’organisation d’Éducation supé­rieure turque et ancien rec­teur de l’université Gala­ta­sa­ray, prof. Erdo­gan Teziç, a rendu la Légion d’honneur qu’il avait reçue le 17 sep­tembre 2004 pour pro­tes­ter contre l’adoption de la loi par l’Assemblée natio­nale fran­çaise visant à péna­li­ser la néga­tion du géno­cide armé­nien.
* Le 2 jan­vier 2009, Michèle Audin, mathé­ma­ti­cienne, fille du mathé­ma­ti­cien Mau­rice Audin (1932−1957), refuse le grade de che­va­lier de la Légion d’honneur au motif de l’absence de réponse du pré­sident Sar­kozy à la lettre ouverte envoyée par sa mère deman­dant que soit éclairci le mys­tère de la dis­pa­ri­tion de son mari en Algé­rie et que la France assume sa res­pon­sa­bi­lité.
* Le 5 jan­vier 2009, les jour­na­listes poli­tiques Fran­çoise Fres­soz (Le Monde) et Marie-​Eve Malouines (France Info) ont annoncé refu­ser la déco­ra­tion : « Rien, dans mon par­cours pro­fes­sion­nel, ne jus­ti­fie pareille dis­tinc­tion. Je pense en outre que, pour exer­cer libre­ment sa fonc­tion, un jour­na­liste poli­tique doit res­ter à l’écart des hon­neurs. Pour ces rai­sons, je me vois dans l’obligation de refu­ser cette distinction[27]. »
* Jean Kreit­mann, écri­vain évan­gé­liste suisse refusa le titre de che­va­lier de la Légion d’honneur sous la pré­si­dence de Fran­çois Mit­ter­rand.
* Jean Guillou, orga­niste, l’a refusé en juillet 2010 par­lant de la légion d’honneur comme un acces­soire honorifique.


Les médias italiens se baîllonnent contre la «loi-​baîllon», cadeau à la maffia et au système Berlusconi

Tan­dis que la droite fran­çaise – plus pré­ci­sé­ment l’UMP, on le com­prend –, lâche sa meute contre les jour­na­listes des «pires moments de l’Histoire»: tan­dis que les fameux «élé­ments de lan­gage» clai­ronnent du «fas­cisme» ou du «trots­kisme» à tout va… Eh bien, l’ensemble des médias ita­liens font aujourd’hui entendre un bruyant silence. Cela pour pro­tes­ter contre une «loi-​baîllon» qui doit en faire rêver plus d’un dans la France du «woerthgate».

Radios, télé­vi­sions, sites et jour­naux de la pénin­sule se sont mis en grève de l’information. Ils ont décrété une «jour­née de silence» afin de pro­tes­ter contre la trop ber­lus­co­nienne «loi-​bâillon» pré­voyant d’interdire la retrans­crip­tion des écoutes télé­pho­niques dans la presse... Un rêve de loi que doivent aussi cares­ser, de ce côté-​ci des Alpes, un régi­ment de poli­ti­ciens plus qu’écornés par l’affaire Woerth-​Bettencourt

Pour aler­ter sur les dan­gers de ce pro­jet, La Repub­blica a pris l’habitude de signa­ler par des post-​it les articles qui ne pour­raient plus paraître après appro­ba­tion de la loi.

Dans son édito titré «Le Sens du silence», La Repub­blica sou­ligne que «cela peut sem­bler contra­dic­toire [de se taire] face à une loi qui entrave la liberté d’information, mais en réa­lité c’est un geste de res­pon­sa­bi­lité pour atti­rer l’attention des citoyens sur une mesure qui porte atteinte à la pro­tec­tion du droit, à la lutte contre la cri­mi­na­lité et la libre cir­cu­la­tion de l’information.»
Les quo­ti­diens Il Cor­riere della Sera, La Stampa, Il Sole - 24 Ore et même La Gaz­zetta dello Sport se sont joints au mouvement.
Déjà adop­tée par le sénat, cette «loi-​bâillon» sera exa­mi­née par l’assemblée fin juillet. Elle inquiète aussi vive­ment les magis­trats car elle limite leur capa­cité à ins­truire des dos­siers sen­sibles. Dans L’Espresso, Roberto Saviano la qua­li­fie de «cadeau à la mafia».

France Inter. Pétition et manifs pour une radio publique indépendante

Après pas mal d’initiatives spon­ta­nées mais hélas écla­tées, une péti­tion sou­te­nue par l’intersyndicale de Radio-​France est à signer sur le site :

Pour la défense de Radio-​France et le retour de Guillon et Porte.

Par ailleurs des manifs sont pré­vues le 1er juillet devant le siège de Radio-​France à Paris et en régions.


France Inter. Une ambiance de merde ne peut produire de la bonne radio

« Quel bor­del ! ». Fran­çois Morel, ce matin sur Inter

« Ambiance de merde à France Inter ».C’est le thème de la chro­nique de Fran­çois Morel sur ladite radio ce matin. Fini de rire, dit-​il. L’écouter ou la réécou­ter, c’est de la den­telle fine et solide. Sur­vi­vant (pro­vi­soire ?) de l’actuel vent de purge qui secoue la radio publique, Morel com­pare Hees à Dome­nech, en dépit du fait que le Pdg de Radio France s’en défen­dait crâ­ne­ment la veille. Morel tape juste en ce sens qu’on ne peut bien jouer au foot dans une ambiance de merde – preuve par le Mon­dial. Ce qui vaut pour toute autre acti­vité, comme de faire vivre une radio, ou un jour­nal pour de la bonne info, une bou­lan­ge­rie pour du bon pain. Ou un gou­ver­ne­ment pour de la bonne jus­tice sociale, entre autres.

Mais si on peut envi­sa­ger de chan­ger de gou­ver­ne­ment ou de régime (ne pas être impa­tient), c’est plus ris­qué pour son bou­lan­ger et quasi impos­sible pour sa radio. Ainsi hier, que c’était grève, fal­lait boire la tasse puba­gère et limite putas­sière de ce qui se pro­mène sur les ondes libé­rales et com­mer­ciales, ça va ensemble. Y avait même pas France Culture pour com­pen­ser, c’est dire le désert.

Que les diri­geants actuels de la radio publique, Hees et Val, s’en prennent à l’humour et à la satire au nom de la qua­lité de l’info (deux domaines sépa­rés), c’est vrai­ment le signe. Signe d’un des­po­tisme chopé comme une sale grippe, par conta­gion de pen­sée, si on ose dire, ou plu­tôt inté­gré, comme natu­ra­lisé par conni­vence et par sou­mis­sion plus géné­rale avec les puis­sants du moment. Non pas que ceux-​ci donnent néces­sai­re­ment leurs ordres, non, pas la peine, ça se fait tout seul, par impré­gna­tion lente, sur­tout s’agissant d’esprits doués pour ça : l’art de bais­ser la tête dès le matin, pour n’avoir pas à se voir dans la glace.


Entre voile et burqa. Guillon et Porte éjectés de France Inter

Et voilà le tra­vail : à peine parti une dou­zaine de jours et vlan ! on retrouve un pays la tête dans le cul : un ministre et sa madame bar­bo­tant dans la rata­touille du fric – ce qui est assez banal en ces temps de petits arran­ge­ments par­ti­cu­liers, voyez Bou­tin, Estrosi, Amara, etc. (sans remon­ter à Gay­mard ni à Sar­kozy et leurs magouilles immo­bi­lières à Neuilly) – ; une équipe de foot en déban­dade mon­diale ; la garden-​party du 14-​juillet sup­pri­mée. Et en plus une radio publique en manque d’humour et sur­tout d’humoristes.

Autant de petits faits diver­sifs (le mot vient de sor­tir, pas la chose) qui, en effet, font bien diver­sion. Cha­cun à son niveau, ils recouvrent d’un voile, ou plu­tôt d’une gaze quasi lai­teuse le spec­tacle d’une cer­taine déca­dence. Ils la laissent entre­voir sans qu’elle se montre tota­le­ment ; à peine la révèlent-​ils qu’aussitôt ils la masquent. C’est plus sub­til que la bur­qua… dont a parlé l’humoriste en ultime fac­tion ce matin sur France Inter.

La der­nière de Sté­phane Guillon (vidéo en cli­quant sur l’image)

Der­nier indice en date, donc, l’éjection de Guillon et Porte de France Inter. Rien de plus pré­vi­sible, car rele­vant presque d’une loi du genre : la satire n’ayant de cesse de mordre les mol­lets de ses proies, les­quelles ne trou­vant rien de mieux que de ripos­ter selon leurs moyens, en l’occurrence ceux des puis­sants. Ça finit donc en pot de terre contre pot de fer, en mar­tyre contre bour­reau. Tra­duc­tion dans le texte : le PDG de Radio France, Jean-​Luc Hees, pro­clame que « l’humour ne doit pas être confis­qué par de petits tyrans ». Parole de grand sage, évi­dem­ment, mais cepen­dant com­mandé par plus grand que lui, humo­riste suprême adoubé par la moi­tié des élec­teurs de 2007.

Hees se jus­ti­fie [Le Monde 23/​6/​10] en invo­quant le jour­na­lisme et ses convic­tions qui ne sont « que jour­na­lis­tiques ». Ou bien il conteste l’humour de Guillon et Porte selon des cri­tères pré­ten­du­ment qua­li­ta­tifs, alors qu’il s’agit de satire, même mati­née d’humour évi­dem­ment. Le jour­na­lisme n’a rien à voir là-​dedans ; il s’agit bien d’une ques­tion poli­tique, celle qui oppose le pou­voir à ses contes­ta­taires – ce qui se nomme aussi polé­mique et qui, en géné­ral, reflète la santé d’une démo­cra­tie. On notera en pas­sant que, l’Histoire se répé­tant par­fois, même en bégayant, le Roi n’aura pas eu néces­sai­re­ment à inter­ve­nir direc­te­ment : il y a les mar­quis pour cela, excel­lents pour leur zèle dans les basses oeuvres. Il en était ainsi des tar­tuffes pour Molière sous Louis XIV. Ou encore pour Vol­taire sous le feu des monarques.

Hees ne jure que par son indé­pen­dance, comme si d’avoir été fait roi­te­let n’obligeait pas, par essence – l’essence même du pou­voir. Val aussi se trouve lié au même des­tin, l’échelon en des­sous, celui du val-​et ;-) en peine de prou­ver exis­tence, lui le hobe­reau venu de Char­lie Hebdo. Un vrai labeur. Il est prêt pour ça à de grandes mesures : sup­pres­sion annon­cée d’émissions comme «Esprit cri­tique» (Vincent Josse) et «Et pour­tant elle tourne», (Jean-​Marc Four), peut-​être aussi d’ « Allo la pla­nète », et du « 7-​9 du week-​end ». Val, en ce sens, serait davan­tage le Dome­nech que Hees se défend d’être. Quoi qu’il en soit l’équipe France Inter va prendre un coup au moral. Et le pro­chain match n’est qu’en 2012.


La fin du Monde c’est aussi la fin d’un monde et d’une information plutôt indépendante

Je lis Le Monde depuis que j’ai voulu faire jour­na­liste, dès l’année où j’ai pré­paré le concours à l’École de jour­na­lisme de Lille. Je ne vous dis pas le nombre de lustres, ni le nombre de numé­ros parus depuis. Fau­drait être rude­ment con pour m’apercevoir aujourd’hui de mon erreur… Le Monde reste à mes yeux un bon canard. Le prin­ci­pal du bou­lot étant, il est vrai, celui que je pro­duis à sa lec­ture cri­tique, comme en toutes choses – autant que pos­sible. « Ils » devraient me payer pour ça, et notam­ment pour les « pan­toufles » que j’ai pu leur infli­ger sur ce blog il y a quelques années, dénon­çant leurs tra­vers occa­sion­nels – pas si rares à vrai dire. Je ne revien­drai pas non plus ici sur mes déboires avec leur suc­cur­sale élec­tro­nique qui héber­geait « C’est pour dire », un peu comme la corde sou­tient le pendu… Vive l’indépendance, ô com­bien !

Ne manque plus que la cas­quette Ricard. Ph. gp

Mon pro­pos du jour concerne l’avenir de ce jour­nal dit « de réfé­rence » (en réfé­rence à lui-​même, certes) et, par­tant, de ce que j’en per­çois. Car il se trouve que ce jour-​même donc, ma char­mante fac­trice au nom d’Aurore m’apporte sa livrai­son mati­nale, plus char­gée que d’ordinaire : tout un assor­ti­ment, un peu à la manière dont jadis les ven­deurs du Tour de France recy­claient à tour de bras les inven­dus de la presse : « Je ne vous en mets pas trois, pas sept, mais dix ainsi qu’un onzième ! ». Le tout pour trois fois rien et, en prime, la cas­quette de l’Équipe ou de chez Ricard. Voilà que me tom­baient des­sus, dans la même bras­sée : Le Monde et son Monde des Livres, mais aussi Le Monde Maga­zine, mais encore cette hor­reur de « M », comme sor­tie de la morgue. A quoi j’ajoute, livrés par une autre malle pos­tale : Télé­rama, Cour­rier inter­na­tio­nal, Le Men­suel, puis la pub pour « les grands clas­siques de la lit­té­ra­ture liber­tine »… N’en jetez plus!

Et ma cas­quette, alors ? La voilà, disons, four­nie par le directeur-​cycliste de la gazette en débine finan­cière. Quand on titre un édito « A nos lec­teurs », ce n’est pas bon signe. Ça sent son pré­sident de la Répu­blique sor­tant son « allo­cu­tion télé­vi­sée », sa Mar­seillaise et son ser­rage de cein­ture repeint en « soli­da­rité nationale ».

Et qu’annonce donc le PDG Fot­to­rino à la une et à la vingt de sa feuille quo­ti­dienne? Que celle-​ci va perdre son indé­pen­dance. Rien de moins. Aussi ne l’apprend-on pas en pre­mière page, où l’article se trouve, comme par hasard, coupé après ce passage :

« Les efforts de notre col­lec­ti­vité n’ont pas été vains. Mais ils doivent se pour­suivre à des fins de bonne ges­tion. L’indépendance d’un groupe de presse est aussi fonc­tion de ses résul­tats : c’est en gagnant de l’argent - pour le réin­ves­tir dans son coeur d’activité - que Le Monde garan­tira sa véri­table indépendance. »

C’est beau comme du Sarko dans le texte. Aussi faut-​il s’attendre au pire. Allons-​y, page 20, tout en pas de page, fin de colonne, sous le tapis :

« Quel est l’enjeu de cette reca­pi­ta­li­sa­tion ? A l’évidence, une page de l’histoire du quo­ti­dien va se tour­ner. Depuis 1951, l’indépendance du jour­nal a pro­cédé du contrôle de sa gérance et de sa ligne édi­to­riale par la rédac­tion. Demain, quel que soit le can­di­dat dési­gné, la Société des rédac­teurs du Monde et, plus lar­ge­ment, les socié­tés de per­son­nels per­dront ce contrôle majo­ri­taire au pro­fit du nou­vel entrant. Pareil bou­le­ver­se­ment ne peut se déci­der à la légère. C’est pour­quoi plu­sieurs cri­tères devront entrer en ligne de compte pour éclai­rer le choix. »

Le reste relève du bla­bla de pédégé, nor­mal, tenu de ras­su­rer ses troupes au len­de­main d’un Water­loo jour­na­lis­tique. Car il s’agit bien d’une défaite de plus dans l’océan de l’information emporté par le tsu­nami du tout mar­chan­disé néo­li­bé­ral. A cet égard, les diri­geants, action­naires, jour­na­listes du Monde ne sont vic­times que ce au devant de quoi ils ont couru ! Cela date, en par­ti­cu­lier, de la fin du « beuve-​mérysme » – cette aus­té­rité morale, finan­cière, pro­tes­tante pour tout dire du patron his­to­rique, Hubert Beuve-​Méy –, elle-​même datée par le démé­na­ge­ment du siège tout aussi his­to­rique, rue des Ita­liens à Paris. Cet acte phy­sique et sym­bo­lique a ainsi mar­qué le début d’une ère disons ges­tion­naire, sinon affai­riste, culmi­nant dans les années 90 avec le trio Colom­bani, Ple­nel et Minc et leur fameux « péri­mètre indus­triel », pour qui le modèle idéal était le New York Times. Une telle ambi­tion ne pou­vait alors habi­ter que dans des immeubles en rap­port – mais non de rapport… – exprimant un goût de luxe fri­sant l’ostentation. Ce fut donc la course en avant où, sous pré­texte d’investissements, se mit en place une logique de ren­ta­bi­lité et de vente, au mépris de la ligne édi­to­riale et de règles déontologiques.

Voilà pour­quoi, en allant vite évi­dem­ment, comme tout abonné, je dois aujourd’hui me taper une tonne de « pro­duits déri­vés » et chers (1,40 euro le numéro, 32 euros par mois, 368 par an !) pour épon­ger la méga­lo­ma­nie des citi­zens Colom­bani et autres ; voilà pour­quoi je dois me far­cir (enfin, dans la che­mi­née) de ces dis­pen­dieux sup­plé­ments au luxe outra­geant (montres, bijoux, par­fums, frime bling-​bling) ; et pour­quoi Télé­rama, vache à lait du groupe, s’est trouvé gagé pour per­mettre au Monde de contrac­ter un prêt ban­caire de 25 mil­lions d’euros auprès de la BNP, laquelle exi­geant en contre­par­tie la fameuse reca­pi­ta­li­sa­tion !

Alors, qu’on ne nous parle plus d’indépendance ! Celle ne serait de toutes façons, au delà de ses moi­rages de ver­nis, ni d’abord éco­no­mique, ni éco­lo­gique (voir le gâchis de papier de luxe pour pro­duits de luxe et de merde), ni sur­tout éthique. Autre­ment dit aucu­ne­ment journalistique.

D’où la poi­lade qui me secoue devant ces lignes de Fot­to­rino : « […] obte­nir la garan­tie que le nou­vel action­naire n’interviendra ni de près ni de loin dans les conte­nus de nos titres, dans une période où l’échéance pré­si­den­tielle de 2012 occupe déjà les esprits. La valeur de nos conte­nus, leur cré­di­bi­lité, est direc­te­ment fonc­tion de la liberté lais­sée aux rédac­tions pour tra­vailler, en dehors de tout soup­çon d’influence. » [Le Monde, 4/​6/​10]. Amen.


Demorand quitte la matinale d’Inter. Gare à la reprise en main

Nico­las Demo­rand jette aux orties sa bure de moine. Tra­duc­tion : il quitte l’émission mati­nale qu’il ani­mait de 6 h 30 à 10 heures sur France Inter depuis 2006. Il en avait marre, dit-​il, de son­ner les matines et donc de la « vie mona­cale » à laquelle il devait s’astreindre.

Il avait apporté à la radio de ser­vice public un punch indé­niable, sans céder sur une réelle rigueur jour­na­lis­tique. Du coup, on peut craindre une cer­taine remise en ordre plus poli­ti­que­ment cor­recte. Non pas qu’il soit irrem­pla­çable, mais étant donné la ten­dance au dos rond des diri­geants de la radio face au pou­voir sar­ko­zien, le pire n’est pas exclu.

On ne va pas s’inquiéter pour le jeune Demo­rand (39 ans) qui pour­sui­vra son émis­sion de débat poli­tique sur France 5, « C Poli­tique », en même temps qu’il caresse le pro­jet d’un maga­zine sur Inter.


À Marseille, les sans-​papiers en retrait de la retraite…

Avec tam­bours et trom­pettes, les exclus de la société et de la manif” se sont regrou­pés dans le quar­tier du Panier à Mar­seille. © Ph. gp

Comme le signale Denis Guen­neau dans un com­men­taire ci-​dessous, » les sans papiers en marche depuis Paris vers Nice, étaient hier à Mar­seille, mais exclus de la mani­fes­ta­tion pour les retraites, comme si cela n’était pas un même com­bat contre le capi­ta­lisme triom­phant. » Oui, comme si tor­chons et ser­viettes n’étaient pas logés à la même enseigne.


Louisiane, golfe du Mexique. La marée noire du fric, pollution majeure

Ah ! cette ter­rible pro­pen­sion des médias à digérer-​évacuer les évé­ne­ments, à les neu­tra­li­ser au fur et à mesure que l’un chasse l’autre. On ne le dira jamais assez. C’en est ainsi de cette sorte de « loi » de l’info-jetable, à l’image de nos temps à la va-​vite. Donc, en ce dimanche 2 mai, je constate que la marée noire du Golfe du Mexique se trouve déjà pha­go­cy­tée par la marée javel­li­sante de l’ « actu »: accord UE-​FMI sur la Grèce (ouf ! il y va de la finance inter­na­tio­nale – voir l’intéressante inter­view de Jean Zie­gler sur la ques­tion dans L’Humanité) ; bombe désa­mor­cée à New-​York (ouf ! on res­pire dans l’empire US et donc dans le monde…) ; PSG sacré roi du foot hexa­go­nal (ouf ! « on » a eu chaud…) ; et cætera.

Ainsi, l’actuelle catas­trophe majeure, ce trou béant qui fait sai­gner le flanc de la pla­nète, cette puru­lence qui s’en échappe et infecte le corps ter­restre, aurait déjà atteint le stade de la diges­tion par le grêle intes­tin de l’info-spectaculaire. Puisqu’il faut bien que le monde conti­nue à tour­ner tant bien que mal. Il le faut ! Impé­ra­tif absolu, et qu’importe le sens de la rota­tion… Le sens, quel sens ? Prio­rité au diver­tis­se­ment, cette poudre à mas­quer l’essentiel. Place au futile, au léger, au secon­daire, à l’insignifiant !

Petites îles madré­po­riques peu­plées de man­groves de palé­tu­viers, les îles Mou­cha et Mas­cali se trouvent à une heure de boutre de Dji­bouti. © g.ponthieu

Infer­nale, la machine à broyer l’ « info » – cette écume sans len­de­main – tourne sans relâche. Pourvu qu’on y pour­voie…, dès lors qu’à pleines pel­le­tées on gave sa chau­dière avide du drame humain mis en spec­tacle. Demain est un autre jour, un nou­vel épi­sode du grand feuille­ton de la comé­die humaine. Atten­dons donc, comme une suite annon­cée, les pro­chaines images du drame en marche : pol­lu­tion des marais à man­groves des côtes du golfe du Mexique, des­truc­tion de la flore et de la faune, mort des éco­sys­tèmes. Ça nous laisse un bon gise­ment de « belles images », une bonne nappe déri­vante d’indignations pas chères. Puis, tout ren­trera « dans l’ordre », autre­ment dit dans le chaos ordi­naire qu’on appelle la marche du monde.

Forêt lit­to­rale, inter­face entre la mer et le domaine ter­restre. © g.ponthieu

A quoi, bien modes­te­ment, j’oppose mes autres belles images, sans guille­mets tou­te­fois, prises en 2006 dans la man­grove de l’île Mou­cha, au large de Dji­bouti. Nous sommes à l’entrée de la mer Rouge, ce cor­ri­dor qui voit défi­ler une armada inces­sante de pétro­liers. Zone de conflits, de pira­tage, de grands dan­gers liés à la folie des humains. Les côtes de la mer Rouge abritent aussi une forte den­sité de man­groves, donc un vivier végé­tal et ani­mal sem­blable à celui de la Loui­siane, un acquis construit au fil des temps immé­mo­riaux – des mil­liers de siècles.

Les palé­tu­viers per­chés sur leurs racines-​échasses. ©g.ponthieu

Voici donc mes pho­tos pour égayer la noir­ceur… Et en plus, ornées d’une coquet­te­rie : En avril 2008, le pré­sident de Dji­bouti – Omar Guel­leh, poten­tat bien gan­grené – a annoncé le pro­jet de louer l’île à des inves­tis­seurs chi­nois qui pré­voient d’y construire un hôtel de luxe et un casino… La marée noire du fric, la plus dévastatrice.

Les man­groves consti­tuent les éco­sys­tèmes les plus pro­duc­tifs en bio­masse de notre pla­nète. © g.ponthieu


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