On n'est pas des moutons

C de coeur, C de gueule

Fêter le travail, cette « étrange folie »


« Vrai tra­vail » : l’amnésie du can­di­dat Sar­kozy par LeNou­ve­lOb­ser­va­teur

Fêter le tra­vail, déjà c’est plus que limite. Mais alors le « vrai » tra­vail, selon Sar­kozy et sa piteuse envo­lée pétai­niste !… Envo­lée si on peut dire, à laquelle il a cru devoir pré­ci­ser « Le vrai tra­vail c’est le tra­vail de celui qui tra­vaille dur ». Le « dur », ça c’est de la « vraie » valeur. Oui, c’est celle de l’aliénation, cette force de pro­duc­tion que, contraint, tu dois échan­ger à tes com­man­di­taires – capi­ta­listes, en géné­ral –, selon leurs propres condi­tions (« mar­ché du tra­vail ») et en échange de la per­mis­sion de sur­vivre, plus celle de consommer, – consommer ce que tu as toi-​même pro­duit, ou bien qui t’est pro­posé dans le spec­tacle des loi­sirs de pré­fé­rence abê­tis­sants, grâce aux­quels tu tur­bi­ne­ras une qua­ran­taine d’années selon le pro­gramme : « Perdre sa vie à la gagner ». La dif­fé­rence se consti­tue en résis­tance, dans la lutte quo­ti­dienne pour conqué­rir le plein emploi de sa vie.

Le vrai tra­vail, alors, ne serait-​il pas celui qui, signant le pro­grès et la civi­li­sa­tion, en fini­rait avec l’exploitation, la souf­france (tra­vail, tri­pa­lium en latin « ins­tru­ment de tor­ture »), bref l’aliénation, pour tendre à la créa­ti­vité, la réa­li­sa­tion de soi et de l’humanité, le plai­sir à œuvrer pour la jus­tice et une société d’humains libres ?

À l’expression « vrai tra­vail », on pour­rait alors sub­sti­tuer l’ancienne évo­quant « la belle ouvrage ». À la notion de « pro­grès » on pour­rait aussi pré­fé­rer celle plus fié­vreuse du plai­sir à vivre, et à vivre en société ouverte, et non plus dans ce « tout à l’ego », selon l’expression de Régis Debray.

Oui, c’est de l’utopie !, ce « lieu de nulle part » qu’on n’en finit pas de cher­cher (pour qui cherche…), ou comme dans cette quête de sens qui – au fait – carac­té­rise la nature humaine.

En foi de quoi je consi­dère Le Droit à la paresse de Paul Lafargue (gendre de Marx) comme un livre majeur, véri­table hymne au – pour le coup – vrai pro­grès, celui qui jus­ti­fie­rait le machi­nisme et la tech­nique comme des ins­tru­ments de libé­ra­tion et non plus comme des déi­fi­ca­tions modernes et hau­te­ment aliénantes.

Beau détournement de l'oeuvre de Millet. L'angelus sonne l'heure de la libération… On peut rêver, non ?

Beau détour­ne­ment de l’œuvre de Millet. Les gla­neuses et la glandeuse.

Ainsi donc débute Le Droit à la Paresse. La réfu­ta­tion du Droit au tra­vail, 1880 :

« Une étrange folie pos­sède les classes ouvrières des nations où règne la civi­li­sa­tion capi­ta­liste. Cette folie traîne à sa suite des misères indi­vi­duelles et sociales qui, depuis deux siècles, tor­turent la triste huma­nité. Cette folie est l’amour du tra­vail, la pas­sion mori­bonde du tra­vail, pous­sée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa pro­gé­ni­ture. Au lieu de réagir contre cette aber­ra­tion men­tale, les prêtres, les éco­no­mistes, les mora­listes, ont sacro-​sanctifié le tra­vail. Hommes aveu­glés et bor­nés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et misé­rables, ils ont voulu réha­bi­li­ter ce que leur Dieu avait mau­dit. Moi, qui ne pro­fesse d’être chré­tien, éco­nome et moral, j’en appelle de leur juge­ment à celui de leur Dieu ; des pré­di­ca­tions de leur morale reli­gieuse, éco­no­mique, libre-​penseuse, aux épou­van­tables consé­quences du tra­vail dans la société capitaliste. »

Suite en ver­sion inté­grale sur inter­net, notam­ment là : http://www.rutebe
uf​.com/​t​e​x​t​e​s​/​l​a​f​a​r​g​u​e​0​1​.​h​tml

Mais je m’aperçois que je rabâche et, d’année en année, ramène mon muguet sur ce cha­pitre… C’est sur­tout que l’Histoire bégaye et que les pro­grès se font aussi rares que lents. Voyez tout de même, sur C’est pour dire, ces autres sup­pliques pour tra­vailler moins, en gagnant ce qu’il faut, et pas plus.

De la Paresse comme un des Droits de l’Homme, de la Paresse comme un art moderne et révolutionnaire

Faire plus de moins pour être plus pei­nard !, par André Faber

« Fête du tra­vail », et quoi encore ?


« Tu m’emmerdes », le tube sans dentelle

Après cinq ans d’un trop long règne, et dix ans en chef d’orchestre de la droite, Nico­las Sar­kozy se pose désor­mais en chef de file de l’extrême-droite. Le col­lec­tif Le pavé a tenu lui aussi à expri­mer son ras-​le-​bol. Un refrain que les âmes les plus fri­leuses trou­ve­ront peut-​être tri­vial. Pour les autres, régalez-​vous, faites tour­ner et sur­tout, déga­geons la droite(-extrême) du pouvoir.


Tu m’emmerdes par Pla­ceau­Peuple

L’auteur : Place au Peuple
Site offi­ciel de la cam­pagne du Front de gauche, www​.pla​ceau​peu​ple2012​.fr agrège non seule­ment les pro­duc­tions des élus, des mili­tants, des sym­pa­thi­sants, mais aussi plus lar­ge­ment des citoyen-​ne-​s qui tiennent des sites d’information ou des blogs.

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« Salauds de riches ! »

Pré­senté par l’AFP comme une « étude », l’article ci-​dessous a été titré « Le riche est porté sur la triche ». Le mien, de titre, ren­voie à la célèbre invec­tive de Gabin dans La Tra­ver­sée de Paris : « Salauds de pauvres ! »…

Les per­sonnes issues des classes supé­rieures ont davan­tage ten­dance à enfreindre le code de la route, à cha­par­der des bon­bons ou à men­tir dans le but de s’enrichir encore davan­tage, selon une étude réa­li­sée aux Etats-​Unis et au Canada.

L’étude, publiée aujourd’hui dans la Revue de l’Académie natio­nale des Sciences (PNAS), a été réa­li­sée par des cher­cheurs de l’Université de Cali­for­nie à Ber­ke­ley et de l’Université de Toronto, qui ont réa­lisé sept expé­riences dif­fé­rentes auprès d’une cen­taine de per­sonnes pour chaque test.

L’une de ces expé­riences a mon­tré que les pro­prié­taires de grosses cylin­drées avaient plus ten­dance que les autres à com­mettre une infrac­tion à un car­re­four et lais­saient moins tra­ver­ser les pié­tons. Un autre test réa­lisé avec un jeu de dés et une récom­pense à la clé a mon­tré que les per­sonnes se disant d’un sta­tut social supé­rieur avaient davan­tage ten­dance à men­tir sur leur score.

Lors d’un entre­tien d’embauche simulé, ces der­nières hési­taient moins à men­tir à la per­sonne qu’elles étaient cen­sées recru­ter en omet­tant de lui dire que le poste pro­posé devait rapi­de­ment être supprimé.

Et lorsqu’on leur a donné un paquet de bon­bons en leur disant qu’il était des­tiné à des enfants pré­sents dans une pièce voi­sine mais qu’elles pou­vaient se ser­vir, les per­sonnes de milieux favo­ri­sés pio­chaient davan­tage que les autres.

« La recherche de l’intérêt per­son­nel est une moti­va­tion plus impor­tante pour l’élite, et la cupi­dité qui s’accroît avec la for­tune et le rang social peut ame­ner cer­tains à mal se conduire », ont expli­qué les auteurs de l’étude.

AFP Publié le 27/​02/​2012

Pas­sage recom­mandé par lObser­va­toire des inéga­li­tés


Civilisations. Pourquoi Guéant n’a pas dit que des conneries

Aboyer avec, ou aboyer contre les loups, c’est tou­jours aboyer. S’agissant de civi­li­sa­tion, il devrait y avoir mieux à faire et sur­tout à dire. Soit donc le pro­pos de Guéant, exer­çant le minis­tère de l’intérieur de qui on sait et s’exprimant ce 4 février en ces termes :

« Contrai­re­ment à ce que dit l’idéologie rela­ti­viste de gauche, pour nous, toutes les civi­li­sa­tions ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avan­cées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fra­ter­nité, nous paraissent supé­rieures à celles qui acceptent la tyran­nie, la mino­rité des femmes, la haine sociale ou eth­nique ». « En tout état de cause, nous devons pro­té­ger notre civilisation ».

Voilà donc le pro­pos qui a enflammé le lan­der­neau politico-​médiatique selon le mode de la meute, donc selon la forme aboyante. Essayons de dépa­touiller l’affaire qui, en ces enfié­vrées périodes élec­to­rales, a vite pris l’allure d’une cabale.

Pré­ci­sion préa­lable : je ne sau­rais voler au secours de Guéant. Qu’il se démerde ! Sur­tout mon pro­pos se veut, comme son auteur, réso­lu­ment de gauche. Or, en l’occurrence, je trouve que l’idéologie gau­chienne – comme on dit désor­mais sou­chienne – se met à patau­ger dans les fanges qu’elle pré­tend dénoncer.

Que le Guéant ait mitonné sa tam­bouille devant un par­terre d’extrême droite et à l’intention déli­bé­rée de l’extrême droite dans le but de la bas­se­ment mais lour­de­ment cour­ti­ser, on ne sau­rait le nier. Mais un type de droite ne dit pas for­cé­ment que des conne­ries. Et vice versa

Le vrai sujet du débat, mer­di­que­ment lancé, se pose tout de même sur le fond : ce qu’on entend au juste par « civi­li­sa­tion ». D’où cet enchaî­ne­ment pos­sible de ques­tions dans le but d’éclairer les lan­ternes et sur­tout ceux qui les tiennent :

– Qu’est-ce qu’une civilisation ?

– Les civi­li­sa­tions sont-​elle comparables ?

– Qu’est-ce qu’une valeur en civilisation ?

– De là : quid du rela­ti­visme ? De l’universalisme ? De leurs places dans l’Histoire, les socié­tés, la morale, etc. ?

Des thèses innom­brables se sont affron­tées autour de ces ques­tions et je n’aurais ni l’outrecuidance ni l’intention de ten­ter de les reprendre. Je ne livre donc que mes propres réponses, elles-​mêmes ali­men­tées à ma propre his­toire – tout étant donc rela­tif, en ce sens du moins…

Une civi­li­sa­tion, je ten­te­rais de la défi­nir ainsi… : l’ensemble des valeurs, croyances, cou­tumes, langues et mœurs aux­quelles un groupe humain se réfère de manière plus ou moins consciente, par les­quelles il s’identifie et qui en même temps le constituent.

Ces ensembles mul­tiples varient d’autant selon la situa­tion géo­gra­phique et l’Histoire (période his­to­rique et évé­ne­ments). La civi­li­sa­tion des Indiens d’Amérique pré­co­lom­bienne dif­fère de celle qui l’a sui­vie. Ces varia­tions n’ont cepen­dant pas tota­le­ment éli­miné les struc­tures basiques des socié­tés dans les­quelles on peut obser­ver des inva­riants. Des chan­ge­ments se sont ainsi pro­duits, plu­tôt qu’une évo­lu­tion, qui sup­po­se­rait une pro­gres­si­vité – voire une fina­lité impli­quant, jus­te­ment, une notion dis­cu­table de pro­grès. Ces chan­ge­ments peuvent aller jusqu’à alté­rer la civi­li­sa­tion elle-​même. Et l’on sait aujourd’hui que les civi­li­sa­tions sont mor­telles [« Nous autres, civi­li­sa­tions, nous savons main­te­nant que nous sommes mor­telles », Paul Valéry. Au pas­sage, à quoi donc ren­voie cet englo­bant « nous autres » ?] On le sait en par­ti­cu­lier depuis que le mot eth­no­cide désigne ce qui tue non pas les peuples eux-​mêmes – géno­cide – mais ce qui les carac­té­rise et les repré­sente. C’est le cas, jus­te­ment, de l’ethnocide des Amé­rin­diens ou encore des Mnong Gar au Sud Viêt Nam, ou des menaces pesant sur les Tibé­tains – sans par­ler des Ber­bères en Afrique du Nord et même des Celtes chez nous…

Ainsi dirons-​nous que les civi­li­sa­tions existent, se dif­fé­ren­cient, changent et peuvent dis­pa­raître. En quoi elles sont donc com­pa­rables, d’autant plus qu’elles seront fine­ment obser­vées et ana­ly­sées, si pos­sible en dehors de tout juge­ment de valeur.

Pour l’observateur à voca­tion scien­ti­fique les com­por­te­ments humains ne relèvent pas de valeurs trans­cen­dantes. Ils sont obser­vables, ana­ly­sables, com­pa­rables. Ainsi les civi­li­sa­tions aux­quelles ces com­por­te­ments se réfèrent peuvent être pré­sen­tées comme rela­tives – c’est ce qu’on appelle le rela­ti­visme culturel.

Le suc­cès de cette thèse, et le contre­sens qui en a découlé, tient en par­ti­cu­lier à sa réduc­tion vul­gaire et abu­sive selon laquelle « tout se vaut ». Certes, il n’y a pas lieu d’établir des hié­rar­chies de valeurs – sur­tout morales – entre les civi­li­sa­tions. Mais en même temps, peut-​on contes­ter l’universalité de cer­taines de ces valeurs ? Ainsi, quand Guéant déclare : « Celles [les civi­li­sa­tions] qui défendent l’humanité nous paraissent plus avan­cées que celles qui la nient », au nom de quoi – de quelle autre de nos valeurs « occi­den­tales » ? – pourrait-​on le déni­grer en réfu­tant son asser­tion ? Asser­tion qu’il entoure d’ailleurs d’une cer­taine rete­nue avec son « nous paraissent », tan­dis que le pro­cès d’intention peut lui être fait de décré­ter la supré­ma­tie abso­lue et défi­ni­tive d’une civi­li­sa­tion (la « nôtre ») sur toutes les autres.

Or, pré­ci­sé­ment, selon les lieux et les époques, toute civi­li­sa­tion aura vu naître en son sein ici des réa­li­sa­tions sublimes, là les mas­sacres les plus atroces … Gare aux généralisations !

Non, tout ne se vaut pas, certes ! Même si tout peut plus ou moins s’expliquer et se com­prendre. Mais en même temps, « nous autres » comme disait Valéry, nous tous ajouterai-​je, fai­sons par­tie de la même huma­nité, en sa diver­sité de civi­li­sa­tions – pri­mi­tives, sau­vages, bar­bares, déve­lop­pées, civilisées… – précisément, selon l’Histoire, l’époque, le lieu.

L’autre volet de mon pro­pos concerne les réac­tions mou­ton­nières, sinon pav­lo­viennes, déclen­chées par cette décla­ra­tion de Guéan.

Ainsi Har­lem Désir, numéro 2 du PS, y a vu « la pro­vo­ca­tion pitoyable d’un ministre réduit à rabat­teur de voix FN. Une majo­rité en per­di­tion élec­to­rale et morale ».

Sur son compte Twit­ter éga­le­ment , Cécile Duflot (EELV) parle d’un « Retour en arrière de 3 siècles. Abject » !

Dans un com­mu­ni­qué, le Mou­ve­ment des jeunes socia­listes (MJS) a « condamné les pro­pos » de M. Guéant en lui « deman­dant « ce qu’il cher­chait en s’enfermant dans son dis­cours xéno­phobe et raciste. Le ministre « se range dans la caté­go­rie de ceux qui dif­fé­ren­cient et hié­rar­chisent les hommes, per­met­tant le bas­cu­le­ment vers un véri­table racisme cultu­rel » , ont-​ils ajouté.

SOS Racisme dit « espé­rer un démenti urgent » de ces pro­pos. « Si ces der­niers, très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l’Intérieur en fonc­tion, ils mar­que­raient une nou­velle étape dans une dérive vers des extrêmes inac­cep­tables, struc­tu­rés notam­ment par des logiques d’infériorisation de l’Autre ».

Ces « EDL » – élé­ments de lan­gage – d’effarouchés, qu’ils soient de droite et sur­tout de gauche, voilà ce que je trouve lamen­table et qui me fait sor­tir de mes gonds de blo­gueur en hiber­na­tion. Je vois là une mas­ca­rade, une déro­bade – soit une occa­sion de plus de fuir ses res­pon­sa­bi­li­tés et de noyer le désar­roi poli­ti­cien. Car la vraie ques­tion, celle qui concerne au pre­mier chef le Parti socia­liste – et avant eux les com­mu­nistes, n’est-elle pas celle-​ci ? : D’où vient la désaf­fec­tion du « peuple de gauche » envers ses pôles his­to­riques, par­tis et syn­di­cats ? Ou autre­ment dit : Pour­quoi cette attrac­tion des pro­lé­taires pour le Front natio­nal ? Pro­lé­taires – j’insiste, à pro­pos de ceux qu’on n’ose même plus nom­mer, que les situa­tion­nistes ont si jus­te­ment qua­li­fiés comme « dépos­sé­dés du plein emploi de leur vie », c’est dire leur écra­sante majo­rité dans le monde !

Cette fois, c’est la cho­rale des hor­ri­fiés de gauche qui s’égosille, mar­quant ainsi la minable alter­nance de dis­cours et de poli­tiques qui meut le balan­cier entre gauche et droite – et retour. Leurs cris d’orfraie ne rameute que les bobos de très loin concer­nés – par exemple et entre autres, s’agissant de « civi­li­sa­tion » – par l’accroissement des pra­tiques musul­manes osten­sibles. Ils n’habitent pas pour la plu­part à Bar­bès ni dans le 9-​3 ou dans les quar­tiers Nord de Mar­seille. Des dés­équi­libres socio­lo­giques et cultu­rels, ils ne connaissent que le spec­tacle média­tisé. Ils ont feuilleté Bour­dieu mais n’ont pas dédai­gné les bour­si­co­tages du social-​libéralisme des années Mit­ter­rand. Ce sont des huma­nistes, certes, et je peux bien me recon­naître en eux, puisque je vis aussi à l’abri rela­tif de ces graves tour­ments de nos socié­tés désar­çon­nées. Voilà même pour­quoi je la ferme (ici) depuis plu­sieurs mois, dégoûté et impuis­sant devant l’état de dégra­da­tion de notre monde. Et devant cette course en avant et droit dans le mur de la Crois­sance comme seul hori­zon et seule Sal­va­tion crypto-​religieuse : soit du Tou­jours Plus et tou­jours du Même, dans la course per­due à l’Emploi imploré, tan­dis que pour­rit au fond de l’égoût la belle uto­pie, celle que cares­sait mon père (et bien d’autres avant lui) tout en lisant et reli­sant La Grande relève des hommes par la machine, d’un cer­tain Jacques Duboin dont on recom­mence à par­ler.. Lui qui avait écrit dans les années trente : « Le chô­meur, au lieu d’être la ran­çon de la science, devrait en être la récom­pense. » Alors pourrait-​on par­ler de civi­li­sa­tion, et parier sur son universalité.


Marie-​José Mondzain : « Une organisation rationnelle et cynique de la misère »

«  Orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de la misère  ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! En écou­tant aujourd’hui [24/6/11] le jour­nal d’Antoine Mer­cier, à 12h.30 sur France-​Culture, j’ai bondi en enten­dant cette for­mule de Marie-​José Mond­zain*. Je me suis demandé pour­quoi aucun jour­na­liste, édi­to­ria­liste, chro­ni­queur, grand repor­ter, obser­va­teur averti, ne l’a employée jusqu’alors. Elle com­men­tait deux infos chaudes: la fer­me­ture du refuge pour femmes du Samu social à Paris - faute de cré­dits - et les plans d’austérité en Grèce, mais elle avait évi­dem­ment en tête bien d’autres symp­tomes du mer­dier ambiant. Comme je pense que ton blog est un lieu de par­tage de qua­lité, je livre une trans­crip­tion de ce com­men­taire à ceux qui le fré­quentent. c’est bien sûr une impro­vi­sa­tion orale que Mme Mond­zain aurait sans doute amen­dée si elle devait la publier, mais la force de l’idée demeure bien pré­sente: au-​delà de notre indi­gna­tion il faut voir l’indignité d’une huma­nité mise en coupe réglée. Une indi­gnité que nous par­ta­geons tous.

Domi­nique Dréan

Marie-​José Mond­zain : « J’ai l’impression d’une orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de plus en plus grande de la misère de ceux qui vivent et qui n’arrivent plus à vivre, que ce soit près de nous ou plus loin, mais la Grèce, ça n’est pas si loin.

« Cette orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de la misère pro­voque ces ras­sem­ble­ments de ceux qu’on appelle « les indi­gnés » et je sais que ce mot fait fureur, d’une cer­taine façon, dans la mesure ou le grand et admi­rable Sté­phane Hes­sel, sous le titre de l’indignation ras­sem­blait le plus grand nombre, au-​delà des fron­tières, pour dire quelque chose du carac­tère into­lé­rable de la situation.

« Alors, je vou­drais, mal­gré tout, au sujet des indi­gnés comme de l’indignation, dire que [cela…] me semble aujourd’hui une expé­rience rela­ti­ve­ment limi­tée dans la mesure où cette indi­gna­tion est un régime d’expression affec­tif et moral qui apaise d’une cer­taine façon la conscience des citoyens qui, par­ta­geant une indi­gna­tion, croient qu’ils sont déjà dans une mobi­li­sa­tion politique.

« Je pense que cette indi­gna­tion est un voile pudique, comme expé­rience morale et affec­tive, de quelque chose qui me paraît beau­coup plus radi­cal et qui est l’indignité. Nous ne par­ta­geons pas seule­ment l’indignation, nous devons savoir que nous par­ta­geons aussi l’indignité, c’est-à-dire la perte du droit au res­pect, à la parole et à la liberté. Donc ce n’est pas en tant qu’indignée que je parle là : c’est pour dire que je par­tage l’indignité et pour dire sur­tout qu’on se rende compte de l’indignité silen­cieuse, sans bruit, sans pos­si­bi­lité expres­sive, de ceux qui sont sans voix, sans abri, sans parole, cou­pés de leur langue, de leur pays…

© faber

« Donc il y a là quelque chose de radi­cal qui est la seule façon, face à l’indignité, de se dire que ce que l’on attend n’est pas un réveil des consciences mais un réveil de l’action poli­tique. L’indignation ne suf­fit pas à mobi­li­ser poli­ti­que­ment. […] La mobi­li­sa­tion poli­tique ne peut pas se conten­ter de l’apaisement d’une indi­gna­tion par­ta­gée. Il faut par­ta­ger une indignité.

Antoine Mer­cier : « Vous par­lez d’organisation ration­nelle et cynique de la misère. On peut ima­gi­ner qu’elle est cynique, mais rationnelle… »

Marie-​José Mond­zain : «  Elle est ration­nelle, oui, parce qu’elle a ses jus­ti­fi­ca­tions comp­tables, elle a ses jus­ti­fi­ca­tions finan­cières, elle a ses experts éco­no­miques et elle a la ratio­na­lité des pro­fits. Il y a une légi­ti­mité qui s’établit dans la rationalité-​même du capi­tal et du capi­ta­lisme néo libé­ral et sa vio­lence, et qui est sou­tenu par une science éco­no­mique, des experts éco­no­miques, des sou­cis d’équilibre comp­table et là on est dans une rationalité.

Non pas que l’indignité soit irra­tion­nelle, mais c’est une autre ratio­na­lité. »

Cli­quer ici pour entendre l’émission de radio et son inter­ven­tion [pla­cer le cur­seur un peu avant la moitié].

* Marie-José Mond­zain est phi­lo­sophe et écri­vain, direc­trice de recherche au CNRS et spé­cia­liste de l’image.


Jazz chez Jean-​Pierre. Quand les « happy few » font le nombre

C’était samedi der­nier, dit de Pen­te­côte, drôle de samedi. Point de vue perso à par­tir d’emploi du temps de même. Le matin, devant la mai­rie de mon bled, on était douze, comme des apôtres, à prê­cher dans le vide (pas tout à fait) pour une France et un monde débar­rassé du péril nucléaire. Le Japon de Fuku­shima c’est loin, faut croire, et l’humour cor­ré­zien a depuis recou­vert de son écume média­tique les miasmes radio­ac­tifs que conti­nuent de cra­cher les réac­teurs japo­nais en per­di­tion. Soit.

L’après-midi, pas­sage à la fête d’Attac-13 à Vitrolles. Beau temps, endroit buco­lique (Domaine de Font­blanche, c’est là que se tient le fes­ti­val de jazz Char­lie Free). Grosse déprime : une cen­taine de per­sonnes au rendez-​vous…

Soi­rée dans la col­line du JP’estival, ren­contre d’amateurs de jazz, rock et com­pa­gnie sur les res­tanques de Jean-​Pierre T., au-​dessus de la Durance – gardons-​le ano­nyme pour ne pas flin­guer son fes­ti­val entre potes qui ne pour­rait sup­por­ter l’invasion. Voilà onze ans qu’il s’est jeté dans la petite aven­ture : se don­ner un lieu et un moyen de jouer sans pas­ser par les cir­cuits contrai­gnants. Là, c’est le cir­cuit très court, genre directo producteur-​consommateur. L’orga se fait à la bonne fran­quette, sous une bâche, deux enceintes, trois pro­jos, sur fond sonore de cra­pauds en rut, et sen­teurs de pou­let yassa côté res­tau­ra­tion. Musi­ciens variés aussi, à tout point de vue, y com­pris artis­tique. Et alors ? Per­sonne pour s’en plaindre. On est là ensemble, à pas­ser des moments cha­leu­reux « entre soi », les « happy few » comme on dit de nos jours, ces « quelques pri­vi­lé­giés » action­nés par le bouche à oreille et qui finissent par atteindre les cent cin­quante ou deux cents, en comp­tant enfants et chiens.

Rien à voir avec les mai­gre­lettes mobi­li­sa­tions du matin et de l’aprèm. Ici, pas de poli­tique, sinon celle de l’ici & main­te­nant. Demain est un autre jour – et encore, pas sûr. L’avenir n’est plus ce qu’il était. Jus­te­ment parce que Tcher­no­byl et Fuku­shima. Parce que le monde pourri. Parce que rien ne vau­drait la cha­leur des petits mondes, petits certes mais tout de même bien réels.

Excuse, Youki, le coup de flash qui t’a fait sur­sau­ter… N’empêche, t’as de l’oreille – et de la gueule ! (Ph. gp)


Mini entre­tien avec Jean-​Pierre T.

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.


François Morel, rien à ajouter : « Luc Ferry, ferme ta gueule ! »

C’était ce matin sur France Inter. Le « phi­lo­sophe » s’est pris sa juste et jubi­la­toire bran­lée :


Ferme ta gueule, Luc Ferry par fran­cein­ter

Merci sal­tim­banque !


J.-S. Bach, Moebius et sa bande

Mou­lin à jazz, Vitrolles, 21 mai 2011. Jean-​Charles Richard s’échauffe au saxo bary­ton avec la Suite n°1 pour vio­lon­celle de Jean-​Sébastien Bach. Ph. gp

La musique, peut-​être plus et autre­ment que les autres formes d’expression, repré­sente cet exploit de réunir le beau et l’insondable. En d’autres termes, l’harmonie et le cos­mos, l’émotion et la rai­son, l’art et l’intelligence, la poé­sie et les mathé­ma­tiques. Le petit film (dans la durée : 4 mn) visible ci-​dessous illustre à mer­veille le génie de Jean-​Sébastien Bach, musi­cien tutoyant le « divin » (les guille­mets pour déli­mi­ter le champ de la croyance – son chant aussi…). Un film à la fois péda­go­gique & magique, dans les limites de cette « magie » par­cou­rue par des four­mis sur la bande de Moe­bius (film sui­vant).

C’est à par­tir de ce ruban de Moe­bius que le cher­cheur dar­wi­nien Patrick Tort (L’effet Dar­win, Seuil) construit son concept d’« effet réver­sif » de l’évolution par lequel il explique « non théo­lo­gi­que­ment » l’émergence chez l’Homme de la liberté et de la soli­da­rité sociale. Vaste sujet…


Mort de Ricet Barrier. V’là l” printemps pourri…

Prin­temps pourri : Ricet Bar­rier a cassé sa pipe de (faux) pèque­not de la (vraie) chan­son. Ce mâtiné des Frères Jacques, de Vas­si­liu et de Bobby Lapointe, Maurice-​Pierre Bar­rier a suc­combé au can­cer à 86 ans, le 21 mai, à Sainte-​Cécile, Puy-​de-​Dôme. On n’en a pas fait un foin. Nor­mal, entre séche­resse et orages, et avec tout ce qui se passe dans le vaste monde… Alors, eul’ bour­rin « Bijou » de Eh, la Marie !, eul’ t’lacteu… sur fond d’enclume d’Isa­belle, v’là l’printemps, le blues éja­cu­la­toire des Sper­ma­to­zoïdes, le swing de Dolly 25, tout ça est passé à la trappe de l’Actu. Pour­tant, avec La Ser­vante du Châ­teau on bor­dure le « trous­sage de domes­tique », tiens :

« Pour m’consoler j’ai été trinquer

« Avec Nico­las l’riche meunier

« On a dansé sous les lampions

« Le v’là qui tri­pote mon jupon

« Pour voir si c’est pas du coton »…

Le reste est assez dif­fé­rent, vu que ça se passe pas exac­te­ment à Man­hat­tan. Allez, un p’tit coup d’Eh ! la Marie pour la route finale du chansonnier.

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Théâtre. Le Neveu de Rameau, ou l’art magistral de « démêler le monde »

Ce cher Dide­rot, phi­lo­sophe en marche, l’éclaireur qui nous fait pas­ser de l’ombre aux Lumières. L’écrivain magni­fique, cise­leur de la belle langue et de la pen­sée pro­fonde. Ainsi l’ai-je ren­con­tré – en chair et en os, allais-​je dire – l’autre soir au théâtre du Jeu de paume, à Aix-​en-​Provence. Endroit idéal, comme son nom l’indique, à la croi­sée de la Révo­lu­tion et de la tra­di­tion théâ­trale « à l’italienne » avec ses fau­teuils et ses cor­beilles qu’on dirait d’époque. Sur scène, l’atmosphère d’un de ces cafés où fré­mis­saient le grand cham­bou­le­ment à venir, l’irruption de la rai­son, des sciences, le désir ency­clo­pé­dique et avec lui celui de la Liberté majus­cule et ses deux autre piliers Éga­lité et Fra­ter­nité. C’était aussi, côté musique, le temps de Rameau, de Mozart – et de Rous­seau, celui de l’Émile et de Jean-​Jacques, que Denis n’aimait pas tant… Donc, sur scène aussi, ce cla­ve­cin (somp­tueu­se­ment tenu par Oli­vier Bau­mont) qui marque à mer­veille le temps et le tempo de cette pièce magni­fique, magni­fi­que­ment emportée.

Le Neveu de Rameau se pré­sente dans l’œuvre de Dide­rot comme une réflexion phi­lo­so­phique, une conver­sa­tion, un dia­logue. Un pro­cédé que le phi­lo­sophe affec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment, et dans lequel il excelle. On le savoure notam­ment dans son Jacques le Fata­liste mais aussi dans le Rêve de d’Alembert, dans Para­doxe sur le comé­dien et le Sup­plé­ment au voyage de Bou­gain­ville. En fait, non pas un pro­cédé, qui sug­gère une faci­lité, mais une forme impo­sée à la réflexion dia­lec­tique remon­tant aux phi­lo­sophes grecs. Ce n’est donc pas une pièce à pro­pre­ment par­ler – Dide­rot n’a pas écrit de théâtre – mais la matière s’y trouve comme du pain béni pour les gens de l’art théâ­tral. Ceux-​ci ne s’y sont pas trom­pés (Nico­las Vaude, le neveu ; Gabriel Le Doze, le phi­lo­sophe – tous deux par­faits), sai­sis­sant à pleins corps une matière débor­dante de chair et d’esprit, de saveur gou­lue et de finesse enivrante.

Photo de tour­née. Ici avec Nico­las Marié, Oli­vier Beau­mont et Nico­las Vaude. © Cosimo Mirco Magliocca

Nous voilà donc comme plei­ne­ment invi­tés à par­ta­ger cette joute orale entre le phi­lo­sophe et ce fada de Rameau, dirait-​on à Mar­seille. De ces fous de génie, car déga­gés en par­tie ou par moments du prin­cipe de réa­lité et des enfer­me­ments qu’ils impliquent. Des paroles ainsi débri­dées dont le phi­lo­sophe se délecte : « C’est un grain de levain qui fer­mente et qui res­ti­tue à cha­cun une por­tion de son indi­vi­dua­lité natu­relle. Il secoue, il agite, il fait approu­ver ou blâ­mer, il fait sor­tir la vérité, il fait connaître les gens de bien, il démasque les coquins ; c’est alors que l’homme de bon sens écoute et démêle son monde ». L’essentiel est ainsi dit de cette « méca­nique » sub­tile qui va nous empor­ter dans le flot tor­ren­tiel se heur­tant aux digues de l’époque : l’hypocrisie, l’injustice, l’oppression, et l’obscurantisme comme cou­vercle au tout. Encore ne suffira-​t-​il pas de dénon­cer, dans un temps où « la sot­tise est si com­mune et si puis­sante qu’on ne la réforme pas sans cha­ri­vari ».

Tout comme dans Jacques le fata­liste, voilà qu’on s’y perd dans les argu­ments de l’un et de l’autre, si frap­pés au coin du bon sens qu’on en vient à se deman­der qui est Jacques, qui est le maître ? Qui du Neveu, qui du phi­lo­sophe ? D’Aristote ou de Pla­ton, de Mon­taigne ou La Boé­tie ? C’est un pro­cédé ancien, sans doute pointé par un nom savant en rhé­to­rique… Extrait : Le phi­lo­sophe – «Si tout ici-​bas était excellent, il n’y aurait rien d’excellent ». Rameau : « – Vous avez rai­son. Le point impor­tant est que vous et moi nous soyons, et que nous soyons vous et moi. Que tout aille d’ailleurs comme il pourra. Le meilleur ordre des choses, à mon avis, est celui où j’en devrais être ; et foin du plus par­fait des mondes, si je n’en suis pas. J’aime mieux être, et même être imper­ti­nent rai­son­neur, que de n’être pas. » Et puis : « Le mort n’entend pas son­ner les cloches. C’est en vain que cent prêtres s’égosillent pour lui […] Pour­rir sous du marbre, pour­rir sous de la terre, c’est tou­jours pour­rir »…

Pri­mat de l’ici et main­te­nant sur l’au-delà, de la matière sur l’hypothétique… Lar­ge­ment de quoi se faire embas­tiller – ce qui arriva à Dide­rot (au Don­jon de Vin­cennes). Sans par­ler des pro­pos sur la pro­priété et le vol Prou­dhon se pro­file pour le siècle d’après et le Neveu est son pro­phète anar­chiste. Tan­dis que l’humaniste phi­lo­sophe s’écrie : « Mais c’est qu’il y a des gens comme moi qui ne regardent pas la richesse comme la chose du monde la plus pré­cieuse ; gens bizarres »… 1761−2011… Voilà deux cents cin­quante ans qu’ont été écrites ces paroles d’aujourd’hui !

Sans par­ler de ces envo­lées sur la musique, que le met­teur en scène a eu l’intelligence de faire jouer direc­te­ment au cla­ve­cin, et avec quel talent lui aussi, lais­sant aux comé­diens un champ grand ouvert vers le leur. Et vers le public, com­blé. Y com­pris ma petite voi­sine de siège, neuf, dix ans, qui n’en a pas perdu une miette. Ce qui est un signe absolu. Cha­peau Dide­rot, cha­peau les artistes !

Le Neveu de Rameau, d’après Denis Dide­rot. Du 10 au 14 mai 2011, Théâtre du Jeu de Paume. Mise en scène Jean-​Pierre Rumeau. Lumières Éric Blé­vin. Avec Nico­las Vaude, le neveu ; Gabriel Le Doze, le phi­lo­sophe ; Oli­vier Bau­mont, clavecin.


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