On n'est pas des moutons

C de coeur, C de gueule

Les « sans fleurs » de Georges Moustaki

Ph. Michiel Hendryckx, Wikipedia

Ph. Michiel Hen­dry­ckx, Wikipedia

Mous­taki est mort. Je me souviens…

Bien sûr, les médias en font des méga-tonnes. Plus de qua­rante minutes ce midi au jour­nal radio (Inter) ; ce soir sur les télés, on attend le déluge. C’est que la chan­son et ses hérauts/héros comptent énor­mé­ment dans nos ima­gi­naires – pas besoin d’ajouter popu­laires, ça vaut pour tous, je crois. La bonne chan­son, cet art du rac­courci, mémo­rable parce que si bien mémo­ri­sable dans cette fusion paroles/musique. 

Donc, les chan­teurs célèbres, on les célèbre comme ces icônes que fabrique le Spec­tacle géné­ra­lisé. On les adore, on les vénère, on les panthéonise.

Mous­taki, soit, était plu­tôt un brave type, pour ce qu’on en dit. Il chan­tait faux et jouait de même de sa gratte. Mais il l’assumait. Et une dizaine de chan­sons auront pris place dans ce qu’on appelle le patri­moine culturel.

J’ai un sou­ve­nir per­son­nel de lui. Ça remonte à Sex­pol, la revue (voir ci-contre). Besoin de sous, nous déci­dons d’organiser un « gala de sou­tien ». Ce sera le lundi 9 mai 1977 au Palace, rue du fau­bourg Mont­martre à Paris. Acceptent de se pro­duire gra­tui­te­ment divers artistes géné­reux dont Cathe­rine Ribeiro + Alpes, Fran­çois Rab­bath, le contre­bas­siste, la comé­dienne Pier­rette Dupoyet, etc. Et Georges Mous­taki, arrivé comme convenu avec sa guitare.

Le gala démarre, les artistes enchaînent… Arrive le tour de Mous­taki… On attend. On va voir dans sa loge : per­sonne. Disparu.

Penauds, on annonce la défec­tion du chan­teur au mil­lier de spec­ta­teurs, qui ne le prennent pas trop mal.

Le len­de­main, pour avoir le fin mot, j’appelle le Moustaki.

Ben oui, m’explique-t-il, il n’y avait pas de fleurs dans ma loge, alors je suis parti.

Je ne sais plus ce que j’ai pu alors bafouiller avant de clore la conver­sa­tion. Quelques années plus tard, je devais le croi­ser  dans un cou­loir d’Orly. On s’est serré la main tan­dis que je lui rap­pe­lais l’affaire Sex­pol. Il a souri benoî­te­ment. On s’est plus revus.

Pour son ultime gala, cette fois c’est sûr, il ne va pas man­quer de fleurs.


Cahuzac et le « pire des analphabètes », selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa cru­ci­fixion. [ph. DR]

Une cata infor­ma­tique s’est abat­tue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata poli­tique qui fera du 2 avril 2013 la date réfé­rence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépan­née – merci Daniel !), déplo­rable pour l’autre et pour nous tous, en par­ti­cu­lier pour ce qui relève de la Démo­cra­tie et de la Répu­blique – avec majus­cules – ces construc­tions si belles, labo­rieuses à faire gran­dir, si fra­giles, au point qu’elles chan­cellent sous les coups d’un ignoble Mal­frat (majus­cule aussi !).  Ce qui est ici en cause, c’est la col­lu­sion intime de l’Argent, du Pou­voir et de la Peti­tesse, amal­game rui­neux pour l’Homme – construc­tion humaine – et qui ruine les hommes, le peuple, la société, la morale déjà si chan­ce­lante en ces temps désenchantés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Cru­ci­fixion, de la triche, du men­songe, de l’ignominie. Rien à ajou­ter à l’immonde. Sauf ce texte res­sorti à point nommé (merci Rosa et Michel !). Un texte du dra­ma­turge alle­mand Ber­tolt Brecht (mort en 1956), bros­sant le por­trait de l’analphabète poli­tique, cet amné­sique et irres­pon­sable par lequel l’Histoire ne manque pas de bégayer.

Cahu­zac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, pré­cède les sui­vants, illustre les actuels. Son talent sup­plé­men­taire lui garan­tit le sta­tut d’icône moderne. Car il n’a rien inventé.

« Le pire des anal­pha­bètes, c’est l’analphabète poli­tique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne par­ti­cipe pas aux évé­ne­ments poli­tiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des hari­cots et du pois­son, le prix de la farine, le loyer, le prix des sou­liers et des médi­ca­ments dépendent des déci­sions poli­tiques. L’analphabète poli­tique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poi­trine pour dire qu’il déteste la poli­tique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son igno­rance poli­tique qui pro­duit la pros­ti­tuée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les ban­dits et sur­tout le poli­ti­cien mal­hon­nête, men­teur et cor­rompu, qui lèche les pieds des entre­prises natio­nales et mul­ti­na­tio­nales. » [Ber­tolt Brecht, ni daté, ni sourcé]

• Voir éga­le­ment, du 17 décembre 2012 :

Le men­hir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fis­cale ? par Attac


Richard Bohringer aux politiciens : La banque est plus forte que vous !

Invité sur le pla­teau de « On n’est pas cou­ché » samedi soir, l’acteur Richard Boh­rin­ger a poussé un beau et émou­vant coup de gueule. Face à Henri Guaino, il a exprimé ses convic­tions en poin­tant du doigt les poli­ti­ciens et leur impuis­sance face aux banques et au monde de la finance.

« Pour­quoi il n’y a pas de Répu­blique ?  a-t-il lancé. Parce qu’on n’est pas répu­bli­cains !
« Le poli­tique, qu’il soit homme ou femme,…, ne sert plus à rien, c’est un pres­ta­taire de ser­vice…
« La preuve, ces putains de dettes, on n’arrive pas à les payer… tant qu’il y aura ces his­toires des dettes, qui mettent à plat les peuples… vous les poli­tiques n’arrivez pas à les faire éli­mi­ner, parce que la banque est plus forte que vous, c’est elle qui vous imprime la des­ti­née de notre peuple et non pas vous. »



Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guetta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­mando Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démocratiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guetta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Borély … pour en tenir un autre non sub­ven­tionné au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guetta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

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Dans « le cochon » DSK, tout est bon

Mar­cela Iacub, qui se dit « Juriste et spé­cia­liste de la phi­lo­so­phie des mœurs », offi­cie dans le Libé du samedi. De fin jan­vier à aoüt 2012, elle a poussé le sacri­fice en offrant son corps à un DSK post-Sofitel, ainsi qu’à à la science de la chose, un cran au-dessus, genre méta-sexopolitique. Il en résulte un nou­vel épi­sode au feuille­ton DSK, fort bien emballé pour une pro­pul­sion médiatico-marchande qui com­mence par un bou­quin « ver­ti­gi­neux » – dixit  l’interviewer, enivré – et, panur­gisme aidant, devrait enva­hir le Spec­tacle : radio, télé, ciné. Sans par­ler des réseaux dits sociaux et même des blogs, jusqu’à celui-ci. On n’y é-chap-pe pas !

 

Dom­mage pour les frasques à l’Élysée…

Belle et Bête, ça s’intitule. Devi­nez qui est quoi… Elle tient donc le beau rôle, celle d’une (belle ?) char­cu­tière de luxe, qui ne jette rien des bas mor­ceaux de celui qu’elle nomme « le cochon ». On sait bien qu’un cochon som­meille en chaque homme. Cette cochonne-là n’a pas dû avoir à tra­vailler beau­coup la viande pour l’attendrir. Une bonne bête, certes pas halal – et je ne me ris­que­rai pas à une autre audace du genre, j’ai déjà donné – mais dans laquelle « tout est bon », enten­dez comme matière (grasse) à scandale.

 

Un tel coup édi­to­rial, tout de même : cha­peau ! Sens aigu du biz­ness, art des coups four­rés – c’est bien le mot –, relais chez les édi­teurs pois­seux, auprès des canards boi­teux, des jour­na­leux tor­dus : tout un monde, tout un im-monde, qui n’est pas donné à tout le monde. Il faut pour ça être doué, ou bien né. Les deux, c’est l’idéal.

 

Le Nou­vel Obs a tou­jours mani­festé quelque atti­rance pour la per­ver­sion. Mais, atten­tion, la per­ver­sion propre, si on ose l’oxymore, celle qui peut s’habiller en Prada, qui s’allonge sur les divans, qui titille Œdipe et Tha­na­tos, aime à bor­du­rer l’inceste ou le viol en adu­lant le « divin mar­quis » ou ses épi­gones moder­nistes. Cette per­ver­sion « chic » aux bourses bien rem­plies – c’est encore le mot, et on pour­rait aussi s’en foutre ! – n’ayant jamais connu le vide des fins de mois. Cette per­ver­sion volon­tiers ados­sée au Pou­voir, ce pou­voir qui lui est aussi néces­saire que le furent pour Sade les « bon­bons à la can­tha­ride »… Un via­gra dopé, dosage FMI, testé chez Berlusconi.

Pen­ser à invi­ter Clinton…

 

On pour­rait s’en foutre, sauf que ces bandes-là (déci­dé­ment), ça nous regarde. « Nous » comme citoyens d’une Répu­blique si ver­tueuse… « Nous » qui, comme cer­tains, ont jadis ques­tionné la sexo-politique, du temps où un Gis­card de pré­sident ne dédai­gnait pas le cul de la cré­mière, tan­dis qu’un sien ministre, de l’Intérieur, inter­di­sait la Revue Sex­pol (Ponia­towski) ; du temps où un car­di­nal connais­sait la mort par épec­tase dans les bras d’une pros­ti­tuée (Danié­lou) ; bien après qu’un Félix Faure eut perdu « sa connais­sance » à l’Élysée même ; peu avant qu’un autre pré­sident eut mené double-vie (Mit­ter­rand)… Ou aux temps post-soixante-huitards où d’autres pères-la-pudeur, au nom de Mao et de la Révo­lu­tion, pra­ti­quaient sans ver­gogne le bien machiste repos du guer­rier (July, Geis­mar…)

 

    Char­lie a flairé la truffe.

 

Et Libé donne dans le panneau.

Et Libé donne dans le panneau.

Oui, ça nous regarde d’autant que cet im-monde là se targue aussi de gou­ver­ner le monde selon de stricts prin­cipes, en appe­lant si faci­le­ment aux mots de rigueur, aus­té­rité, efforts, jus­tice, morale…

 

 

Nous voilà ainsi entrés dans l’ère du cochon, après le Ser­pent  du nou­vel an chi­nois,  le cirque du bœuf-cheval, l’annonce du futur poi­chon (pois­son nourri au cochon). Triste ména­ge­rie que ce monde et ses drôles de zèbres. Au secours, Ésope et La Fon­taine, ils sont deve­nus fous !


Alerte humanitaire! Carlos Ghosn en passe de s’immoler par le feu

– Un homme de 42 ans s’est sui­cidé par le feu devant une agence de Pôle emploi à Nantes, mer­credi 13 février en milieu de journée. 

 

–  Le PDG de Renault, qui per­çoit plus d’un mil­lion d’euros pas mois, veut bien en repor­ter 30% jusqu’à 2016. A condi­tion que…

 

Je sais, le pro­cédé pour­rait être facile et même démago, celui d’amalgamer deux faits appa­rem­ment dis­tincts. C’est qu’au contraire, j’y vois un lien, et même plusieurs.

 

Le lien pre­mier, c’est l’injustice de ce monde où s’exposent dans une même et inso­lente outrance pau­vreté et richesse. Plus pré­ci­sé­ment : extrême pau­vreté et extrême richesse. Un monde, d’ailleurs, où règnent les extré­mismes de toutes sortes : finan­ciers, éco­no­miques, poli­tiques, éco­lo­giques, reli­gieux, moraux, artis­tiques… Autre­ment dit un monde de l’extrême vio­lence, pos­si­ble­ment au bord de l’explosion, comme en une fin de civilisation.

 

Les autres liens, appen­dices du prin­ci­pal, tiennent aux deux faits eux-mêmes.

 

Comme on ne va pas man­quer de le rap­pe­ler – néces­sité défen­sive de la bonne conscience sociale – le sui­cide est un acte com­plexe aux causes mul­tiples, tou­chant l’intime, et cae­tera. Ajou­tons : aussi un acte de cou­rage et de liberté, par­fois. Au delà de l’interrogation phi­lo­so­phique, il s’agit de ne mas­quer en rien l’âpreté de notre monde et de nos socié­tés « modernes », ce qui veut dire sau­vages.

 

Com­ment peut-on en arri­ver à ce point de déses­poir, exprimé dans deux courriels ? :

 

Mardi 12 février, 10 h 12 : « Aujourd’hui, c’est le grand jour pour moi car je vais me brû­ler à Pôle emploi. J’ai tra­vaillé 720 h et la loi, c’est 610 h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier. »

 

Mardi 12 février, 12 h 55 :  « Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d’essence pour me brû­ler, mais c’est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vrai­ment pré­fé­rable au sein de Pôle emploi merci. »

 

Nous ne sommes pas en Grèce, ni en Tuni­sie et leurs mul­tiples sui­ci­dés. C’est que le déses­poir n’a pas de patrie. Il s’est mon­dia­lisé en même temps que l’insolente richesse. Celle qui s’étale en un pal­ma­rès indé­cent, tel celui affi­ché sans ver­gogne sur le site de l’agence Bloom­berg, sous forme d’un trom­bi­no­scope des plus riches au monde, clas­sés en mil­liards de dol­lars, et « actua­lisé en temps réel » – car il s’agit d’un jeu de société, un mono­poly fol­le­ment amu­sant. Les riches ne craignent rien autant que l’ennui – mais peu se sui­cident, a-t-on remarqué ?

1milliardaires

Ça bouge chaque jour, c’est fou et ludique. Comme le casse-pipes à la foire du Trône.

 

Au moins, grâce à ce site et le temps venu, saura-t-on aisé­ment à quelles sources aller pui­ser afin de réta­blir quelque équi­libre salutaire.

 

Car­los Ghosh, le pauvre, lui qui ne figure même pas dans ce glo­rieux pal­ma­rès ! D’autant moins que ce bon sama­ri­tain verse dans le cha­ri­table. Selon les gazettes, il pour­rait repor­ter à 2016 le ver­se­ment de 30 % de sa rému­né­ra­tion variable en 2012, soit envi­ron 430 000 euros. « Cette somme ne serait ver­sée au PDG que dans trois ans, à condi­tion que l’accord en cours de négo­cia­tion soit validé par les syn­di­cats, puis appli­qué, et que cer­tains indi­ca­teurs, notam­ment les volumes de pro­duc­tion pro­mis par la direc­tion, soient respectés. »

 

Même si ce geste se confirme, Car­los Ghosn tou­chera 2,2 mil­lions d’euros, dont 1 mil­lion de rému­né­ra­tion variable. Et c’est sans comp­ter sur sa rému­né­ra­tion chez Nis­san, dont il est éga­le­ment PDG, qui est de près de 10 mil­lions d’euros.

 

Donc, en gros, ce type palpe plus de 12 mil­lions d’euros par an, qu’on arron­dira à un mil­lion par mois ! Et il a l’outrance de don­ner l’aumône à ses sala­riés mena­cés de Pôle emploi comme le mal­heu­reux de Nantes !

 Com­ment peut-on, en ce bas monde si désolé, gagner 1 000 fois plus qu’un chô­meur et se regar­der dans la glace – tout en se trou­vant glo­rieux de surcroît ?

Ça me rap­pelle  Fin­kiel­kraut, sur la radio publique, défen­dant le bou­clier fis­cal de Sar­kozy et volant au secours du pré­levé à 50 % (c’était avant les 75 %, encore le bon temps !): «  Il donne la moi­tié de son man­teau, tout de même !  » D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-​Martin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appe­ler à un devoir de soli­da­rité par une contri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de revenus.

Or, Ghosn, lui, consent à repor­ter 30% de sa maigre paie.

Le vrai pro­blème, c’est bien les trop riches, ceux qui n’en ont jamais assez – les pauvres !


Dali même pas mort : il parle encore

Dali_Allan_Warren

Dali à l’hôtel Meu­rice, 1972.. Ph. Allan War­ren (GNU Free Docu­men­ta­tion License)

 

Des­tiné à la Revue Sex­pol, le pro­pos devait tour­ner autour de la sexua­lité et de la poli­tique. Il s’enroula évi­dem­ment autour de Dali… comme on peut le lire ci-dessous.

 

L’entretien ne fut fina­le­ment pas publié dans Sex­pol mais parut dans plu­sieurs quo­ti­diens lors de la mort de Dali, en jan­vier 1989.  Il y a peu, j’en ai retrouvé la retrans­crip­tion sur une vieille dis­quette. D’où l’idée de la publier ici, tan­dis que l’exposition Dali fait un tabac au centre Pom­pi­dou à Paris.

 

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Edgar Morin : « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts »

Ça ne se fait pas de publier sans auto­ri­sa­tion un texte venu d’ailleurs. Si ! la preuve : ce texte d’Edgar Morin paru dans Le Monde du 2 jan­vier. Morin comme pen­seur du bien com­mun, se doit de cir­cu­ler dans les sphères de la pen­sée com­mune, notam­ment les blogs. De plus, comme pen­seur de la com­plexité, il sait aussi – tou­jours au nom du bien com­mun – les exi­gences de la sim­plexité : rendre simple ladite complexité.

 

Donc, ci-dessous : l’article d’Edgar Morin, titré « En 2013, il fau­dra plus encore se méfier de la docte igno­rance des experts ». Suivi de mon grain de sel.

 

© faber

© faber

« Hélas, nos diri­geants semblent tota­le­ment dépas­sés : ils sont inca­pables aujourd’hui de pro­po­ser un diag­nos­tic juste de la situa­tion et inca­pables, du coup, d’apporter des solu­tions concrètes, à la hau­teur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oli­gar­chie inté­res­sée seule­ment par son ave­nir à court terme avait pris les com­mandes. » (Mani­feste Roo­se­velt, 2012.)

 

« Un diag­nos­tic juste » sup­pose une pen­sée capable de réunir et d’organiser les infor­ma­tions et connais­sances dont nous dis­po­sons, mais qui sont com­par­ti­men­tées et dispersées.

 

Une telle pen­sée doit être consciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le propre, comme a dit Des­cartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion. Erreur et illu­sion ont conduit les res­pon­sables poli­tiques et mili­taires du des­tin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Sta­line à faire confiance à Hit­ler, qui faillit anéan­tir l’Union soviétique.

Tout notre passé, même récent, four­mille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un pro­grès indé­fini de la société indus­trielle, l’illusion de l’impossibilité de nou­velles crises éco­no­miques, l’illusion sovié­tique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sor­tie de la crise par l’économie néo­li­bé­rale, qui pour­tant a pro­duit cette crise. Règne aussi l’illusion que la seule alter­na­tive se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la crois­sance est remède à la rigueur.

 

L’erreur n’est pas seule­ment aveu­gle­ment sur les faits. Elle est dans une vision uni­la­té­rale et réduc­trice qui ne voit qu’un élé­ment, un seul aspect d’une réa­lité en elle-même à la fois une et mul­tiple, c’est-à-dire complexe.

 

Hélas. Notre ensei­gne­ment qui nous four­nit de si mul­tiples connais­sances n’enseigne en rien sur les pro­blèmes fon­da­men­taux de la connais­sance qui sont les risques d’erreur et d’illusion, et il n’enseigne nul­le­ment les condi­tions d’une connais­sance per­ti­nente, qui est de pou­voir affron­ter la com­plexité des réalités.

 

Notre machine à four­nir des connais­sances, inca­pable de nous four­nir la capa­cité de relier les connais­sances, pro­duit dans les esprits myo­pies, céci­tés. Para­doxa­le­ment l’amoncellement sans lien des connais­sances pro­duit une nou­velle et très docte igno­rance chez les experts et spé­cia­listes, pré­ten­dant éclai­rer les res­pon­sables poli­tiques et sociaux.

 

Pire, cette docte igno­rance est inca­pable de per­ce­voir le vide effrayant de la pen­sée poli­tique, et cela non seule­ment dans tous nos par­tis en France, mais en Europe et dans le monde.

 

Nous avons vu, notam­ment dans les pays du « prin­temps arabe », mais aussi en Espagne et aux États Unis, une jeu­nesse ani­mée par les plus justes aspi­ra­tions à la dignité, à la liberté, à la fra­ter­nité, dis­po­sant d’une éner­gie socio­lo­gique per­due par les aînés domes­ti­qués ou rési­gnés, nous avons vu que cette éner­gie dis­po­sant d’une intel­li­gente stra­té­gie paci­fique était capable d’abattre deux dic­ta­tures. Mais nous avons vu aussi cette jeu­nesse se divi­ser, l’incapacité des par­tis à voca­tion sociale de for­mu­ler une ligne, une voie, un des­sein, et nous avons vu par­tout de nou­velles régres­sions à l’intérieur même des conquêtes démocratiques

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Les riches, ces misérables…

Merci à Domi­nique Dréan qui a repéré cette perle : Défen­dons les riches, taxons les pauvres, par Fran­çois Morel, sur France inter le ven­dredi à 9 heures.

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Merci de même à Frank Lovi­solo qui a flairé cette énième ver­sion – feuille­ton radio cette fois – des Misé­rables du grand Hugo.  France Culture fête ainsi le cent-cinquantième anni­ver­saire de la publi­ca­tion des Misé­rables, le grand roman de Vic­tor Hugo. Exilé à Guer­ne­sey, il avait soixante ans lorsqu’il le ter­mina. Dès sa paru­tion, le 3 avril 1862, les lec­teurs s’arrachent le livre.

En octobre 1862, Hugo écrit à son édi­teur italien :

« Vous avez rai­son, Mon­sieur, quand vous me dites que le livre « Les Misé­rables » est écrit pour tous les peuples. Je ne sais s’il sera lu par tous, mais je l’ai écrit pour tous. Il s’adresse à l’Angleterre autant qu’à l’Espagne, à l’Italie autant qu’à la France, à l’Allemagne, autant qu’à l’Irlande, aux répu­bliques qui ont des esclaves aussi bien qu’aux empires qui ont des serfs. Les pro­blèmes sociaux dépassent les fron­tières. Les plaies du genre humain, ces larges plaies qui couvrent le globe, ne s’arrêtent point aux lignes bleues ou rouges tra­cées sur la map­pe­monde. Par­tout où l’homme ignore et déses­père, par­tout où la femme se vend pour du pain, par­tout où l’enfant souffre faute d’un livre qui l’enseigne et d’un foyer qui le réchauffe, le livre « Les Misé­rables » frappe à la porte et dit : « Ouvrez-moi, je viens pour vous ».

À l’heure, si sombre encore, de la civi­li­sa­tion où nous sommes, le misé­rable s’appelle l’homme ; il ago­nise sous tous les cli­mats, et il gémit dans toutes les langues ».

C’est curieux,comme les deux pro­grammes vont ensemble.


Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac

imagesLe départ en exil fis­cal d’Obélix-Gérard Depar­dieu sus­cite une légi­time levée de bou­cliers. Mais la polé­mique entre­te­nue par les décla­ra­tions du Pre­mier ministre et du ministre du Tra­vail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclair­cis­se­ments atten­dus concer­nant l’affaire du compte suisse du ministre du bud­get, Jérôme Cahu­zac, révé­lée par Média­part ? En tout cas la polé­mique ne sau­rait dédoua­ner les auto­ri­tés fran­çaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fis­cale. Attac pro­pose cinq mesures clés qui per­met­traient à la France de réta­blir sa cré­di­bi­lité dans ce domaine.
Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soup­çons qui pèsent sur le ministre du Bud­get Jérôme Cahu­zac concer­nant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nou­veau la cré­di­bi­lité de l’administration fis­cale à son plus haut niveau. Pour mon­trer sa réelle déter­mi­na­tion dans ce domaine la France doit sans délai  :
– éta­blir une liste cré­dible des para­dis fis­caux, en lien avec les asso­cia­tions spécialisées ;
– exi­ger la com­mu­ni­ca­tion de l’identité de tous les res­sor­tis­sants fran­çais déten­teurs de comptes dans les para­dis fis­caux, à com­men­cer par la Suisse : l’administration des États-Unis l’a imposé à UBS en 2010, démon­trant qu’il suf­fit d’une volonté politique.
– don­ner 12 mois aux banques opé­rant en France pour fer­mer leurs filiales dans ces ter­ri­toires, sous menace de retrait de la licence ban­caire. Selon l’étude de réfé­rence du CCFD-Terre Soli­daire, les banques fran­çaises ont 527 filiales dans les para­dis fis­caux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
– embau­cher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fis­cal pour ren­for­cer les 5000 véri­fi­ca­teurs actuel­le­ment en poste: cha­cun d’entre eux rap­porte 2,3 mil­lions d’euros par an à l’Etat grâce aux redres­se­ments fis­caux opé­rés, soit 40 fois le mon­tant de son traitement !
– s’engager for­te­ment auprès des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales (OCDE, G20…) en faveur du « repor­ting par pays » [1] pour les mul­ti­na­tio­nales, seul outil effi­cace pour lut­ter contre l’évasion fis­cale qui per­met à Total ou Google de ne payer qua­si­ment aucun impôt sur les bénéfices.
Attac France,
Paris, le 17 décembre 2012
[1] Le repor­ting par pays oblige les mul­ti­na­tio­nales à rendre trans­pa­rents le volume d’activité éco­no­mique réelle, les pro­fits et les impôts qu’elles payent dans cha­cun des pays où elles sont implan­tées. Il limite for­te­ment les pos­si­bi­li­tés d’évasion fiscale.

Depardieu. Plus minable que misérable

G_Depardieu_2010L” « affaire Depar­dieu », puisque c’en est une, suit son enflure média­tique. Ainsi dans Libé. Plus de 2.000 com­men­taires (dont des gra­ti­nés car­ré­ment fachoïdes) suite aux der­nières décla­ra­tions de celui qui incarna Jean Val­jean dans un télé­film. Ayant tourné dans Les Misé­rables, il se vexe de se trou­ver enrôlé dans Les Minables. Dans sa lettre ouverte au pre­mier ministre (JDD du jour) il en appelle à son passé de prolo, rap­pe­lant avoir com­mencé à tra­vailler « à 14 ans comme impri­meur, comme manu­ten­tion­naire puis comme artiste dra­ma­tique ». Il pré­cise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) reve­nus», et «   145 mil­lions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais tra­vailler 80 per­sonnes (…) Je ne suis ni à plaindre ni à van­ter, mais je refuse le mot « minable »».

Il peut tou­jours refu­ser, il n’en demeure pas moins qu’un misé­rable, au sens de Vic­tor Hugo n’est pas for­cé­ment un minable. Tan­dis qu’un minable n’est pas non plus tou­jours un misé­rable. Ça peut même être un richis­sime à qui l’impôt répu­bli­cain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redis­tri­bu­tion, demande une contri­bu­tion. D’où les contri­bu­tions directes et indi­rectes. D’où la pro­gres­si­vité de l’impôt : plus vous avez de ren­trées, plus vous êtes imposé. Au maxi­mum jusqu’à 75 %, là où feu le « bou­clier fis­cal » du Bien­fai­teur des riches limi­tait la pré­lè­ve­ment à 50 %.

Je me sou­viens, à ce pro­pos, avoir relevé la réac­tion indi­gnée d’un Fin­kiel­kraut, sur la radio publique, volant au secours du pré­levé : «  Il donne la moi­tié de son man­teau, tout de même !  » D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Martin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appe­ler à un devoir de soli­da­rité par une contri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de revenus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un million !

Ainsi donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le revenu (tranche qui n’existe pas…), Depar­dieu peut conti­nuer à vivre sans chan­ger son grand train de vie (quitte à vendre son hôtel de Cham­bon, dans le 6e arron­dis­se­ment de Paris, 1 800 m², estimé à 50 mil­lions d’euros). Ou bien, il a un tel appé­tit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire invi­ter à des tables de dic­ta­teurs, genre Kha­di­rov, le bou­cher tchét­chène, à l’occasion de son mariage  à Grozny ; ou bien lors d’un autre mariage, déci­dé­ment, celui de la fille de Kari­mov, pré­sident facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le ren­dant aveugle à la détresse rava­geuse, Depar­dieu se place en vic­time d’un « sys­tème » qui, selon lui, dénie­rait le talent. Minable argu­men­ta­tion !  s’agissant de soli­da­rité et d’éthique.

S’agissant de cette décence com­mune chère à George Orwell et par laquelle l’écrivain saluait cette faculté du genre humain à l’entraide.

Depar­dieu aura som­bré dans l’indécence com­mune, y rejoi­gnant la cohorte des innom­brables som­mi­tés du show­biz, dans les para­dis fis­caux où ils jouissent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus talen­tueux, sinon grand « notre Gégé » en s’empêchant cette bas­sesse. En refu­sant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nantis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­lité mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vreté, voici Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait quasi anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la caméra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un prolo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la caméra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pourra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la caméra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nourrira-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-martyrs, ou enfants-soldats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette économie-là aussi est déli­cate. Rien ne serait plus contre-productif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ainsi, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseudo-exilé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


Une insulte contre la foi… et tout bascule dans le fanatisme

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour rani­mer la flamme du fana­tisme isla­miste. Cette actua­lité atter­rante et celle des vingt ans pas­sés le montrent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voire reje­tée. Tan­dis que la judaïque et la chré­tienne, tapies dans l’ombre tapa­geuse de leur concur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs époques his­to­riques flam­boyantes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répressifs. *

Préa­lable : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adeptes plus ou moins consen­tants. C’est donc par­ler des cler­gés, des dogmes et des cohortes acti­vistes et pro­sé­lytes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, construites comme des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­laires. Donc, dis­tin­guer les « humbles pécheurs » abu­sés par leurs « libé­ra­teurs », tout comme on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­line, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène pla­né­taire, vou­lant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la vio­lence spec­ta­cu­laire, celle-là même qui le rend chaque plus haïs­sable et le ren­force du même coup dans sa propre et vin­di­ca­tive déses­pé­rance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et consé­quence de son propre enfer­me­ment dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trouve mar­gi­na­li­sée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infi­dèle ». C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pas­ser auprès du mil­liard de musul­mans répar­tis sur la pla­nète, les plus acti­vistes et dji­ha­distes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ainsi sur ce bouc émis­saire leur propre part de res­pon­sa­bi­lité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laquelle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeu­nesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­ti­fère et désir d’affranchissement des contraintes obs­cu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeu­nesses reven­di­ca­tives. D’où cette vio­lence de « cocotte minute » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­tives sans les­quelles les socié­tés musul­manes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps arabes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­tiques successives.

Un nou­vel épi­sode de pous­sées clé­ri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toile mon­diale et attri­buée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indé­fi­nies. Pré­texte à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je parle des cer­veaux, pas des per­sonnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême vio­lence à la moindre pro­vo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes mono­théistes à par­tir de son foyer le plus sen­sible, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divisions pro­phé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la pla­nète, ins­tallé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­tique, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne dis­cu­tera pas ici…  Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres reli­gieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tuni­sie, Libye, Egypte ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tia­nisme adhèrent obsé­quieu­se­ment, par « cha­rité bien com­prise » en direc­tion de leur propre « modé­ra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théistes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sie et pro­phètes, dont les « bio­gra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­mettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réa­lité exis­ten­tielle, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là, c’est selon évi­dem­ment, comme ignare, voleur, mani­pu­la­teur, cupide et ama­teur de fillettes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réa­lité, selon des contes infan­tiles psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de com­bler leurs angoisses exis­ten­tielles, de pan­ser leurs misères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­tive de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abaisse, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la connais­sance ? Et la tolé­rance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – sur­tout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­lité et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la science ; colo­nisé la culture et impré­gné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sexua­lité et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puissants…

Torah, Bible, Évan­giles, Coran – com­ment admettre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse conte­nir et expri­mer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­miné pour fina­le­ment dis­soudre sa ratio­na­lité et son juge­ment ? Mys­tère de la croyance… Soit, encore une fois, pour ce cha­pitre ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème sécu­lier, comme ordre ecclé­sial, avec ses cohortes, ses palais, ses for­te­resses spi­ri­tuelles et tem­po­relles… Son his­toire mar­quée en pro­fon­deur par la vio­lence : croi­sades, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siècles !), guerres reli­gieuses, Saint-Barthélémy, les bûchers, et aussi les colo­ni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté isla­misme, qui dit se dis­pen­ser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cisme des isla­mistes, se voudraient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cette vio­lence endé­mique deve­nue syno­nyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mismes en nour­rissent leurs fonds de com­merce natio­na­listes ? Sans doute un héri­tage du Coran lui-même et de Maho­met pré­senté dans son his­toire comme le « Maître de la ven­geance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pitre les nom­breuses sou­rates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­niste de « tolé­rance » ? Voir en réponse les fat­was de condam­na­tion à mort – dont celles de Sal­man Rush­die par Kho­meiny (avec mise à prix réac­ti­vée à la hausse des jours-ci !) et de Tas­lima Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­desh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnardé puis achevé de huit balles en pleine rue ; dans un docu­men­taire, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réservé aux femmes dans l’islam. [Le voir ci-dessous.]

Même double lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de cer­tains peuples de Pales­tine (dont les Cana­néens…) Cela en vertu du fait que les juifs sont le « peuple élu par Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légi­ti­mant le colo­nia­lisme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes : Bush contre Al Quaïda, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, kami­kazes contre popu­la­tion civile. Vio­lences innom­mables, guerres sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques isla­mistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés en chœur, semblent en contes­ter la légi­ti­mité du fait qu’il serait bri­colé, mal ficelé, pas pro… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il pro­voque le niveau de fana­tisme impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tures danoises de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contesté la qua­lité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ?

La ques­tion porte nul­le­ment sur la nature du « blas­phème » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­times sacri­fi­cielles et à ce titre tota­le­ment ins­crites dans un pro­ces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­caine ? Et aussi à La Cour­neuve, lors de la fête de l’Huma où Caro­line Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débattre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résu­mer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

 

—————

* Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion du par­ti­cu­lier eth­nique sans visée pla­né­taire directe retrouve tou­te­fois le chris­tia­nisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de péné­trer jusque dans les têtes et les ventres de cha­cun. En ce sens, celles qui se pré­sentent comme les « meilleures » par­viennent bien à être les pires dans leurs manoeuvres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeure rela­tive à leur stra­té­gie hégémonique.


Lettre de Tunis sur l’« islamisme rampant »

J’ai reçu hier de Tunis ces nou­velles atter­rantes et tout à fait dignes de foi (si on ose dire…) :

[…] Mais je vou­lais atti­rer ton atten­tion et celles des nôtres sur une situa­tion inquié­tante que j’ai apprise hier :

Une bache­lière ayant réussi au Bac avec men­tion a été orien­tée vers l’Ecole Supé­rieure pré­pa­rant aux études d’ingénieur de Mont­fleury. Etant de l’intérieur du pays , ses parents ont cher­ché déses­pé­ré­ment un foyer pour loger leur fille. Ils ont fini par en trou­ver un, pas trop loin du lieu de ses études, s’appelant d’ailleurs« FLEUR(Y) » ou « Fleur ». Bref, après les avoir fait attendre des semaines pour ins­crire leur fille, le direc­teur de ce foyer privé a fini par l’accepter en fai­sant payer à ces parents un semestre (ou un an ???) d’avance.Tout en étant trois par chambre.

La ren­trée ayant eu lieu, la pauvre jeune fille s’est trou­vée prise dans un piège isla­mique exi­geant des étudiantes :

- le port du niqab et ou khi­mar qu’on leur offre,

- la prière à heure fixe (en par­ti­cu­lier celle de l’aube = réveil à 3 h du matin),

- des cours d’enseignement cora­nique sur place dès le retour de ces étu­diantes de leur Institut…

Comme vous vous en dou­tez , on est bien loin hélas des condi­tions néces­saires à toute prépa… Inutile de vous dire que la pauvre n’a pu s’adapter à ce genre de pro­gramme, elle a quitté ce fameux foyer aban­don­nant  tous les frais d’inscription et les mois d’avance consen­tis ! Les parents cherchent encore une autre for­mule de logement.

Cet isla­misme ram­pant à outrance donne froid dans le dos ! Mais où donc allons-nous ?!

A.B.

[J’ai bien sûr pré­servé l’anonymat de ce témoignage.]

 


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