On n'est pas des moutons

Road chronique américaine - 6 - Colorado. Même le sheriff prend de la hauteur

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

25 avril 2015, same­di, Colo­ra­do

USA 2015 Béta Star

Épi­sode « plus », tou­jours plus, etc. Selon le cre­do désor­mais si répan­du de la crois­sance rédemp­trice. Ici, c’en est la Mecque, si j’ose dire (j’ose). Tout est plus, donc, et de pré­fé­rence « world famous », au nom de l’impe­rium. Mon ami Bob, Qué­bé­cois pur érable, est aus­si Nord-Amé­ri­cain. Il aime la coun­try (déjà prou­vé), le steak sai­gnant (pas seule­ment), des char­cu­te­ries bizarres au goût de sucre et d’on ne sait quoi. Il adore l’Amérique tout autant qu’il peut la détes­ter s’agissant de ses excès – non, seule­ment de ses outrances. Alors, le Bob a vou­lu grim­per sur le toit du monde US, non pas à pied, certes non, mais en emprun­tant la voie fer­rée du Pikes Peak Cog Rail­way, le Train à cré­maillère du pic Pikes.

Colorado-Springs

Colorado-Springs.

Depuis Colo­ra­do-Springs, ancienne ville olym­pique. Ce sera là-Haut. © gp

Évi­dem­ment, j’ai adhé­ré à cette extra­va­gance bon enfant, redou­tant un peu le traîne-couillons local. Car, fran­chouillard sur les bords, je connais­sais le Train jaune des Pyré­nées, n’est-ce pas ?… J’aurais été con : ne s’agit-il pas moins du World’s Highest cog train, ascen­ding Pikes Peak in all sea­sons, per­met­tez, le plus haut train à cré­maillère du monde, attei­gnant le pic Pikes en toutes sai­sons. « Enjoy the invi­go­ra­ting gran­deur ! », ajoute le dépliant, sans exa­gé­rer, pour le coup : 14 110 pieds, soit 4.300 mètres au som­met en par­tant de 1.900 mètres, des pentes à 14 %, une heure et demie dans chaque sens. Le die­sel qui s’accroche à la cré­maillère, avec ses deux wagons et ses deux cents pas­sa­gers, semble par­fois sur le point de flan­cher. Deux zones de croi­se­ment per­mettent la rota­tion des deux trains (de fabri­ca­tion suisse).

Colorado-Springs

À bord, une hôtesse d’un âge incer­tain, « chauffe » le Tou­riste de sa voix très nasillarde, pimen­tant d’anecdotes usées l’histoire de la ligne, insis­tant sur le sublime du pay­sage, l’héroïsme des cher­cheurs d’or (on voit une ancienne mine au loin)… Certes, la vue est gran­diose – quelques pho­tos le diront assez, les miennes s’ajoutant au mitraillage conti­nuel, n’insistons pas.

DSCF0829

 

http://en.wikipedia.org/wiki/Manitou_Springs,_Colorado

Pas­ser la dénei­geuse chaque jour.

Bien­tôt, nous voi­là dans la neige – le Qué­bé­cois dit ne pas vou­loir regar­der, lui qui sort à peine de l’hiver cana­dien ! Par endroits la couche dépasse la hau­teur du train ; la voie doit être dénei­gée chaque jour. Au som­met, libé­ra­tion pour une demi-heure ! Quelques-uns vont bra­ver la neige, celle qui tombe et l’amoncelée qui cède sous les pieds tou­ris­tiques ; d’autres iront consom­mer au super-mar­ché des sou­ve­nirs, se réchauf­fer auprès de la mar­chan­dise en ses som­mets.

DSCF0866

Ça caille sec, si je puis oser ce rac­cour­ci. Sur­tout, l’oxygène se fait rare, les gui­boles ramol­lissent, les ver­tiges menacent. On par­vient au bel­vé­dère, là où l’on se fait tout spé­cia­le­ment prendre en pho­to.

Colorado-Springs.

Lieu et moment his­to­riques, en ce som­met vic­to­rieux où un monu­ment témoigne d’un autre mythe amé­ri­cain, ain­si que le raconte Robert :

« Ce qu’on voit là, ce sont les paroles gra­vées dans le bronze de Ame­ri­ca The Beau­ti­ful. C’est le second hymne patrio­tique amé­ri­cain, celui qui se chante la main sur le cœur, quand le pre­mier, l’officiel Star-Spank­led Ban­ner (La Ban­nière étoi­lée), se chante la main au képi… Chaque année lors de grands évé­ne­ments spor­tifs comme le Super Bowl (cham­pion­nat le plus pres­ti­gieux du foot­ball amé­ri­cain), un artiste chante Ame­ri­ca The Beau­ti­ful avant le début du show ou du match. Alors, si on trouve le texte de cette chan­son au som­met du Pikes Peak, c’est parce qu’il a été écrit sur cette mon­tagne, à mi-che­min de celui qu’on a gra­vi en train. Son auteur, Katha­rine Lee Bates, devait le publier comme poème dans The Congre­ga­tio­na­list, en 1895. Il fut ensuite mis en musique par Samuel A. Ward et devint bien­tôt le “second hymne”, repris par des dizaines de chan­teurs comme Elvis Pres­ley et Frank Sina­tra ; il figure aus­si cou­ram­ment dans les recueils de chant des congré­ga­tions reli­gieuses. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Manitou_Springs,_Colorado

« Ils l’ont fait ! »

DSCF0782 - Version 2

Nous quit­tons Mani­tou-Springs (le Mani­tou est le chef spi­ri­tuel chez les Amé­rin­diens), char­mante sta­tion de mon­tagne aux bou­tiques sty­lées ; direc­tion Den­ver avec l’intention d’une étape de cam­ping sau­vage. Hési­tant sur la sor­tie d’autoroute à prendre, Robert alors à la barre, redresse et mord légè­re­ment sur le mar­quage au sol, déclen­chant aus­si­tôt der­rière nous un déluge d’éclairs rouge et bleu… Sur­gi d’on ne sait où, c’était le diable en uni­forme de she­riff… Leçon de conduite, papiers, contrôle depuis la voi­ture. Der­rière l’étoile bien asti­quée, l’homme est aus­si ferme que cour­tois, sinon aimable. Tout étant en ordre, il se pro­pose de nous « cou­vrir » jusqu’à la bonne sor­tie et, là-des­sus, nous remet sa carte de visite avec son grade, son matri­cule et son numé­ro de télé­phone ain­si que celui de sa patrouille pour une aide éven­tuelle ou un com­men­taire à noti­fier sur les condi­tions de son inter­ven­tion. Le tout, dans le but, expri­mé au dos de la carte, de pro­mou­voir les valeur d’Honneur, de Devoir et de Res­pect… On croit rêver !

Share Button

Road chronique américaine - 5 - Au Nouveau-Mexique, le far-west se rapproche

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

24 avril 2015, ven­dre­di, Nou­veau-Mexique

USA 2015 Béta CactusNous voyons défi­ler ces pay­sages infi­nis. Notre road chro­nique comme un tra­vel­ling sans fin (presque) repous­sant des hori­zons d’océans. Cette ivresse là nous a pris en par­ti­cu­lier dès le Nou­veau Mexique, État du sud-ouest mar­quant plu­sieurs chan­ge­ments : cha­leur plus mar­quée, végé­ta­tion bien avan­cée, puis des prai­ries her­bues deve­nant de plus en plus cou­leur de sable, se trans­for­mant presque en savanes. État his­pa­nique qui, comme son nom l’indique, fut sous domi­na­tion du grand voi­sin du sud, avant de rejoindre la fédé­ra­tion des Etats-Unis. L’espagnol y est la seconde langue en usage.

DSCF0607

DSCF0617

DSCF0640

Le nom Nou­veau-Mexique (en espa­gnol Nue­vo Méxi­co et en nava­jo Yootó Hahood­zo ; en anglais New Mexi­co) a été don­né par les Espa­gnols aux terres situées au nord du Rio Grande (la région supé­rieure du Rio Grande a été appe­lée Nue­vo Mexi­co dès 1561). Le nom a été angli­ci­sé et don­né éga­le­ment aux terres cédées aux États-Unis par le Mexique après la guerre mexi­co-amé­ri­caine. Le nom Mexique pro­vient de la langue aztèque et signi­fie « dans le nom­bril de la lune ». [Mer­ci Wiki !]

Notre mode de navi­ga­tion, défi­ni taci­te­ment, comme il est venu : Nous rou­lons, nous rou­lons, tant que nous ne sommes pas déviés par une attrac­tion impé­rieuse. En quelque sorte « à la Mon­taigne » : « S’il ne fait pas beau à droite, je prends à gauche. » Cepen­dant que la boucle du périple a tout de même été esquis­sée, avec le calen­drier. Donc nous pre­nons cha­cun notre quart à la barre. Robert démarre en pre­mier tan­dis qu’à l’arrière, dans ma salle de rédac­tion… j’assure la chro­nique. L’après-midi, je ne dirai pas que c’est l’inverse ; car si je prends bien la barre, Robert lui pique de la gaufre pour une bonne sieste. À part ça, nous devi­sons régu­liè­re­ment, par­ta­geant impres­sions, points de vue, infor­ma­tions, blagues diverses. « Bouf­fer de l’asphalte » ne sau­rait suf­fire à nour­rir notre insa­tiable curio­si­té, nous les Bou­vard et Pécu­chet de l’Amérique 😉

DSCF0540

À ce régime-là, nous avons par­cou­ru dans les 5.000 km en cinq jours, rou­lant au besoin la nuit pour déga­ger du temps de jour, ou pour en réser­ver aux pro­chains lieux repé­rés.

La cir­cu­la­tion est rela­ti­ve­ment pei­narde, les limi­ta­tions de vitesse étant res­pec­tées – 65, 70, 75 miles à l’heure, selon les États (100-110-120 km/h) ; mais le tra­fic est sou­vent intense, sur­tout avec les innom­brables trucks, si impres­sion­nants quand ils vous doublent.

Les auto­routes sont presque toutes gra­tuites, mais pas tou­jours en bon état, sur­tout dans le Mid­west.

Nous vou­lions faire escale à Albu­querque, comme ça, sans trop savoir, peut-être doute à cause de l’exotisme du nom, celui du vice-roi his­to­rique de la Nou­velle-Espagne. Mais cette ville s’est défi­lée sous nos roues, comme un fan­tasme : pas la moindre indi­ca­tion de dow­town (centre ville), pas d’édifices mar­quants visibles, pas de gratte-ciel arro­gants, rien qui attire l’œil du voya­geur un peu pres­sé. Une grande tran­chée auto­rou­tière, certes, des bou­le­vards à angle droit, les enseignes habi­tuelles du biz­ness… Une non-ville, à nos yeux, mais un sou­ve­nir quand même, celui-là d’une vision fan­to­ma­tique…

DSCF0657

Plon­gée vers San­ta Fe ©gp-2015

santa fe

C’est ain­si que le cap fut mis sur San­ta Fe, capi­tale de l’État (2 134 m d’altitude, la plus haute des Etats-Unis)., mal­gré ses – seule­ment – 68.000 habi­tants. Dans notre pro­gramme, San­ta Fe était pré­cé­dée de sa répu­ta­tion de « deuxième ville d’art » du pays, après New York – bigre ! De fait, musées et gale­ries abondent, plus mar­chands que moins – ce qui consti­tue, en effet, un cri­tère de clas­se­ment tout à fait états-unien.

DSCF0670

DSCF0673

DSCF0674

DSCF0678

Bien char­mante ville, très « lati­no » et his­pa­nique pour moi­tié, où les Indiens (2 % de la popu­la­tion) y sont relé­gués, comme ailleurs, au rang folk­lo­rique déjà évo­qué ici. À preuve fla­grante, cette riante place Natio­nale, car­rée, ados­sée au Palais des gou­ver­neurs et à ses arcades ; c’est là qu’une tren­taine d’Amérindiens tiennent bou­tique, à même le trot­toir, l’air plus que mélan­co­lique, voire désa­bu­sé. Il suf­fit de tra­ver­ser la pla­cette pour buter sur des dizaines de gale­ries de luxe qui vantent, et vendent, l’artisanat autoch­tone et l’art dit contem­po­rain qui s’en ins­pire plus ou moins.

Fon­dée par les Espa­gnols en 1607, San­ta Fe (Vil­la Real de San­ta Fé de San Fran­cis­co de Asís en espa­gnol, signi­fiant en fran­çais Ville royale de Sainte Foi de Saint Fran­çois d’Assise) a gar­dé une grande uni­té visuelle, avec ses construc­tions en « adobe » (briques d’argile séchées au soleil). San­ta Fe serait aus­si la ville la moins pol­luée du monde, selon une étude menée par l’OMS.

Pour en reve­nir à l’État du Nou­veau-Mexique, rap­pels tout de même indis­pen­sables : Easy Rider, le film de Denis Hop­per, y a été tour­né en 1969 ; de même Mila­gro, de Robert Red­ford (1988) ; La Tri­lo­gie des Confins (1992-98), les romans « wes­tern » de Cor­mac McCar­thy se situent au Nou­veau-Mexique. Enfin, c’est à Ross­well, au sud-est de l’État, qu’un ovni se serait écra­sé en 1947…

À suivre

–––

Rat­tra­page côté images, celles-ci pou­vant être de nou­veau insé­rées ; on ver­ra plus tard pour les pré­cé­dents épi­sodes… Mer­ci spé­cial à Daniel D; de la base infor­ma­tique de Venelles, pour ses conseils avi­sés !

Share Button

Road chronique américaine - 4 - Big Texan ne craint ni la barbaque, ni la mort

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

23 avril 2015, jeu­di, Texas

Quit­té le Ten­nes­see (Nash­ville et Mem­phis), tra­ver­sé l’Arkansas (pro­non­cer « ârkins­sâ », le â tirant sur le o…), dépas­sé Lit­tle Rock (ses tris­te­ment fameuses émeutes raciales de 57-59), chan­gé de fuseau horaire, fran­chi le Mis­sis­sip­pi, la Cana­dian River, le fleuve Arkan­sas, sur­fé sur des miles et des miles dans l’Oklahoma, lais­sé dans notre sillage Okla­ho­ma City, El Reno et Clin­ton (pas l’autre), bor­du­ré une tor­nade, le tout sans avoir ren­con­tré un seul Che­ro­kee, pas un Apache des Grandes Plaines (mais nous ne sommes pas entrés dans leurs réserves). « It’s a long, long trip », oh yes !

[Ici, objec­tion de mon coéqui­pier : – Non, tu n’en sais rien : des Indiens, on en aura for­cé­ment croi­sé, pas des emplu­més bien sûr, mais des assi­mi­lés, deve­nus rou­tiers, arti­sans, ouvriers ou autres. Du point de vue cultu­rel, ils n’ont plus d’autre droit, d’autre recon­nais­sance que folk­lo­rique. Hol­ly­wood les aura pres­sés comme des citrons et réduits à être des sous-pro­duits plus ou moins exo­tiques. Alors que, selon les États, les Amé­rin­diens sont encore dans les 10% de la popu­la­tion. – Dont acte, c’est plus clair ! ]

Oui, nous bouf­fons du bitume ! Le long tra­vel­ling nous acca­pare assez, dans la mono­to­nie aus­tère des pay­sages de l’Arkansas et de l’Oklahoma, États pauvres du Mid­west.

Et nous voguons sur la route du mythe pas excel­lence, la fameuse « 66 », la « mother-road », celle de la Conquête de l’Ouest, 3.600 kilo­mètres entre Chi­ca­go et San­ta Moni­ca en Cali­for­nie. Nous l’avons prise à plu­sieurs reprises sans le savoir, cette Six­ty Six qui n’existe plus, ayant été déclas­sée en 1985, rem­pla­cée par l’autoroute 40 qui nous porte depuis et, en ce moment même entre Ama­rilla et Albu­querque, Nou­veau-Mexique. Mais elle a de beaux restes, la « 66 », enfin des restes pré­sen­tables, entre­te­nus au nom du tou­risme de rap­port, autant que par cette néces­si­té « mytho­gra­phique » – excu­sez le gros mot, mais c’est notre sujet de curio­si­té. [Pho­tos à l’appui, sans doute au retour, de même qu’une carte, qui s’impose].

Or, nous voi­ci au Texas. Où mieux qu’ici, en ce deuxième État de l’empire par la taille après l’Alaska (plus éten­du que la France, 26 mil­lions de Texans à majo­ri­té répu­bli­caine, faut-il le pré­ci­ser et évo­quer le clan des Bush ?), où mieux qu’au Texas, évo­quer la notion de gran­deur ? Ou plu­tôt non : de déme­sure, cette notion qui marque tant l’esprit amé­ri­cain, qui imprègne les com­por­te­ments, les valeurs cen­trées autour de l’espace et de ses conquêtes – de la terre à la Terre elle-même, jusqu’au Ciel, celui de l’espace (« À vous Hous­ton ! ») et celui des cieux célestes des hal­lu­ci­nés du Dieu unique, venus à bout de ces arrié­rés poly­théistes à plumes et leurs mytho­lo­gies « de paco­tille », tan­dis que s’imposent, au besoin par les armes, les valeurs de l’Argent-roi, des richesses osten­ta­toires, du Para­dis gagné à la force de la com­pé­ti­tion, de la vio­lence comme don­née cultu­relle.

Tout cela, nous l’avons en quelque sorte vécu « en live » dans le lieu même de la déme­sure : The Big Texan, à Ama­rillo, route 66. Son nom l’indique, c’est le domaine du gros, du beau­coup, du quan­ti­ta­tif d’abord. Il s’agit d’un immense « steak house » dou­blé d’attractions à la Dis­ney­land, se pré­sen­tant comme « World famous », selon le cli­ché domi­nant [qui agace tant Robert ; sous ce qua­li­fi­ca­tif « de renom­mée mon­diale », il voit toute cette pré­ten­tion à domi­ner la pla­nète]. Donc, c’est un res­tau­rant à viande de bœuf, décor et ambiance « wes­tern », « beau­ti­ful Texas cow­girls », bien nour­ries, et autres cow­boys de charme ser­vant jusqu’à cinq cents car­ni­vores affa­més – et assoif­fés.

Du vent dans le pétrole

Éton­nants, ces immenses champs d’éoliennes en plein Texas, pays du pétrole triom­phant. Des éoliennes pas cen­taines, plu­tôt par mil­liers, à perte de vue. Et de-ci de-là, des appels à recru­te­ment dans ce sec­teur. Signe des temps ? Anti­ci­pa­tion de l’épuisement pro­gram­mé des puits et inves­tis­se­ments mas­sifs dans l’énergie renou­ve­lable ?

La mai­son com­prend sa bou­che­rie, ça va de soi, mais aus­si sa bras­se­rie [excel­lente bière, je dois dire] et encore : un hôtel du même style, des bou­tiques de « sou­ve­nirs », un saloon, une gale­rie de tir avec selles de che­val…, une salle de poker, un ser­vice de limou­sine (tapa­geuse bagnole au capot sur­mon­té d’une paire de cornes de vaches) par laquelle nous avons été trans­por­tés, pré­cieux clients-rois si pos­sible bar­dés de dol­lars. Chaque tablée a aus­si droit à une aubade par trois folk­leux (gratte et chant nazillard, vio­lon, contre­basse) qu’on croi­rait sor­tis de Déli­vrance (John Boor­man, 1970), film des très grandes pro­fon­deurs amé­ri­caines…

Le coup de génie (rela­tif au biz­ness) de la famille Lee, pro­prié­taire exploi­tant depuis 1960 – les Lee de la lignée du géné­ral en chef sudiste qui a capi­tu­lé à la bataille de Get­tys­burg [voir notre épi­sode pré­cé­dent sur le sujet : tout se tient !] –, donc le coup de génie en ques­tion, c’est le coup de pub sui­vant : offrir un steak de 72 oz – un peu plus de deux kilos ! – à qui­conque réus­si­ra à le man­ger (ingur­gi­ter, ava­ler, glou­ton­ner) en moins d’une heure, avec ses gar­ni­tures !

Un tel exploit, bien sûr, vaut mise en scène. Tiens, voi­là deux can­di­dats, ova­tion­nés par la salle, mon­tant sur le ring, une estrade dres­sée devant le bar­be­cue (géant), sur­mon­tée de six chro­no­mètres en chiffres de néon rouge (six chal­len­gers peuvent concou­rir à la fois), encou­ra­gés avec force par le meneur de céré­mo­nie. On avance la bar­baque. Ova­tions. Qui, de l’homme ou de la « bête » va l’emporter ? On entoure les com­bat­tants, pho­tos de toutes parts – oui, de vraies condi­tions idéales pour un excellent repas entre amis… Et c’est par­ti !

Nous n’avons pas atten­du la fin du match… Auront-ils gagné ou, sinon, été condam­nés à payer le prix du repas, soit 72 dol­lars ?

À pro­pos de condam­né, cette extra­va­gance à peine croyable : pour un dol­lar dans la fente, vous vous offrez, « for a scho­ck­link­ly good time », les sou­bre­sauts d’un man­ne­quin condam­né à mort, élec­tro­cu­té sur sa chaise élec­trique ! Est-ce là spec­tacle conce­vable ailleurs, en civi­li­sa­tion ?

(À suivre – tou­jours sans images, déso­lé)

Share Button

Road chronique américaine - 3 - Nashville, sa country, ses péquenauds, sa Calamity Jane

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

Mar­di 21 avril 2015

L’ancre levée, nous quit­tons ce havre de sta­tion­ne­ment où nous avons pas­sé la nuit entre deux « trucks » – rien à ajou­ter. Objec­tif Nash­ville, capi­tale du Ten­nes­see et de la « coun­try music ». Rien, a prio­ri, qui m’y eût atti­ré ; rien « en moi de Ten­nes­see » ni de sa musique de et pour péque­nauds. Mais atten­tion à ce que j’écris là qui frise l’outrage à l’ami.

Robert aime la « coun­try », qui fait par­tie de sa culture, à par­tir de l’adolescence, qu’il a contri­bué à pro­mou­voir via Radio Cana­da. Aller à Nash­ville res­semble fort à une obli­ga­tion anthro­po­lo­gique, le point de jonc­tion avec l’homo ame­ri­ca­nus moderne, le gar­çon vacher et à che­val, ce cow-boy du mythe fon­da­teur. On en croise de loin­tains des­cen­dants, plus ou moins frin­gants, sur les trot­toirs du Broad­way local où s’alignent sans dis­con­ti­nuer, bou­tiques de sou­ve­nirs, hon­ky-tonks, bars musi­caux tra­di­tion­nels, et coun­try-poli­tans, leurs concur­rents plus com­mer­ciaux.

Sur les trot­toirs aus­si, des Elvis en résine, très pri­sés pour les cli­chés-sou­ve­nirs ; bien qu’originaire de Mem­phis, le King a été acca­pa­ré par Nash­ville, qui a for­te­ment contri­bué à sa noto­rié­té (il y a enre­gis­tré de nom­breux disques). La capi­tale mon­diale de la coun­try résonne aus­si de musique rock et même hard, et c’est sans doute la plus éton­nante des curio­si­tés de Broad­way que d’être enva­hi d’appels musi­caux plus divers et nuan­cés qu’on le croi­rait. Même le coun­try bous­cule (gen­ti­ment) la tra­di­tion, se métis­sant à l’occasion de rock élec­trique. En la décou­vrant, Nash­ville semble en effet bien conforme à son pro­fil mon­dia­li­sé : le biz­ness y fonc­tionne à plein autour de la paco­tille folk­lo – bottes, cha­peaux, fringues et tout un bazar ultra-kitch carac­té­ris­tique du chic amé­ri­cain du Sud blanc.

Mais je découvre avec sur­prise une cité pim­pante d’allure plu­tôt modeste à l’ombre de ses quelques gratte-ciel assez élé­gants et néan­moins bien triom­pha­listes – c’est leur fonc­tion pre­mière –, tel celui d’AT&T, l’imperium télé­pho­nique qu’on dirait diri­gé par Bat­man « en per­sonne ». Une belle rivière tra­verse la ville, d’un côté la coun­try, de l’autre le stade de foot­ball amé­ri­cain, un « modeste » 80.000 places.

La san­té avant la musique

Depuis les années 1960, Nash­ville est le second centre de pro­duc­tion musi­cale aux États-Unis après New York. En 2006, son impact éco­no­mique a atteint 6,4 mil­liards de dol­lars, géné­rant 19.000 emplois.(Gib­son, le fameux fabri­cant de gui­tares y a son siège).

Mais c’est le sec­teur des soins de san­té qui est le plus impor­tant, avant le tou­risme et la musique. Nash­ville est le siège de plus de 250 com­pa­gnies, dont Hos­pi­tal Cor­po­ra­tion of Ame­ri­ca, le plus grand opé­ra­teur pri­vé d’hôpitaux dans le monde (18,3 mil­liards de dol­lars par an, 94 000 emplois).

Les autres indus­tries prin­ci­pales sont les assu­rances, la finance et l’édition – sur­tout reli­gieuse. Plu­sieurs films ont été fil­més à Nash­ville, dont La Ligne verte, Le Der­nier Châ­teau, Gum­mo, Nash­ville Lady et le film de Robert Alt­man, Nash­ville, dont l’action se déroule dans la ville. [Avec Wiki­pe­dia]

Dire que tout baigne au pays de la musique pay­sanne, sûre­ment pas. Des affi­chettes à l’entrée des « saloons » rap­pellent l’interdiction d’y intro­duire des armes, même si les bou­tiques abondent en pis­to­lets de plas­tique des­ti­nés, on n’en doute pas, à édu­quer les enfants. La vio­lence, on le sait, est ici endé­mique – pas seule­ment aux Etats-Unis ! – où elle exprime spé­cia­le­ment une valeur fon­da­trice, avec son culte des armes qui n’aurait d’égal que l’omniprésence des reli­gions et des sectes.

On pour­rait aus­si louer cette bon­ho­mie appa­rente des bars musi­caux avec leurs publics de tous âges et de toutes condi­tions – mais seule­ment pour Blancs. Rap­pe­lons au pas­sage com­ment Elvis Pres­ley et le rock ont lit­té­ra­le­ment contré – au pro­fit du pro­fit ! – la « black music », qui avait bien d’autres res­sources, il est vrai. Bref, Nash­wille est bien une ville blanche, les Noirs, eux, se trou­vant plus à l’ouest, à Mem­phis.

En quit­tant la ville, sur la vitre arrière d’un pick-up conduit pas une femme, ces mots en rouge vif : « Red Neck Woman » méritent une expli­ca­tion. Voi­là que les femmes – du moins cer­taines – en vien­draient à reven­di­quer le sta­tut jusque là car­ré­ment macho du « cou rouge », ce red neck carac­té­ris­tique du pécore réac, de droite, affec­té aux champs et aux vaches ! « Avant » et depuis l’histoire de l’épopée, la femme n’existait que par l’homme, le mari. La voi­là qui se reven­dique pour elle-même, pas pour autant fémi­niste ni de gauche, certes… Quoique, à lire le com­plé­ment de l’autocollant : « I miss my ex, but my aim is get­ting bet­ter all the time ! » sou­li­gné par le des­sin d’une cible… Dif­fi­cile à tra­duire ! On s’est échi­né, Robert et moi, à démê­ler les double sens de cette phrase si char­gée. En gros : « J’ai lar­gué mon ex, je manque de cible ». Une nou­velle géné­ra­tion de Cala­mi­ty Jane ?

Je com­prends mieux le sens que Robert a vou­lu don­ner à cette étape et à tout ce périple : ten­ter de com­prendre ce pays « qui n’est pas un pays », pour paro­dier un cer­tain Gilles Vigneault, mais un conti­nent, celui de la gran­deur exces­sive, des extrêmes, jusqu’aux extrêmes contra­dic­tions.

À suivre – tou­jours sans images (j’en veux à Word­Press, qui vient d’imposer une mise à jour – foi­reuse !)

Pour Cala­mi­ty : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calamity_Jane

Share Button

Road chronique américaine - 2 - Pèlerins à Gettysburg

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

Lun­di 20 avril 2015

Nous filons plein sud, dans notre barque à roues, ce qu’en bon fran­çais on nomme un cam­ping-car. Plein sud pour mieux embou­cher le plein « far west », la route de la conquête.

Hier, tra­ver­sée de l’État de New York, puis celui de la Penn­syl­va­nie, objec­tif Get­tys­burg, lieu fon­da­teur s’il en est, là où les séces­sion­nistes escla­va­gistes du Sud ont été défi­ni­ti­ve­ment bat­tus par les Nor­distes. C’est là que, par contre­coup est né le concept d’Union, celui même des Etats-Unis ; c’est là qu’a été mis fin, dans le prin­cipe, à l’esclavagisme. Bref, c’est de la bataille de Get­tys­burg que date (1er-3 juillet 1863, plus de 50.000 morts des deux côtés) l’ère moderne de cette nation nais­sante. Le 19 novembre, lors de la céré­mo­nie de consé­cra­tion du champ de bataille, Lin­coln y pro­non­ça son fameux dis­cours, une adresse de deux minutes. En dix phrases, il replace son pays dans la ligne his­to­rique de la Décla­ra­tion d’indépendance des États-Unis et la guerre de Séces­sion comme une guerre pour la liber­té et l’égalité et contre l’esclavage. Dans la der­nière de ces dix phrases, Lin­coln crée le concept de « gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple » repris entre autres en 1946 dans le der­nier ali­néa de l’Article 2 de la Consti­tu­tion de la qua­trième répu­blique fran­çaise.

La col­line est ponc­tuée des actes de bra­voure et de sacri­fice, par­se­mée de monu­ments éri­gés au nom de régi­ments mili­taires de tout le pays. Là encore, les faits d’arme, mêlés aux valeurs morales, rejoignent le flux mytho­lo­gique et l’Histoire.

Évi­dem­ment, c’est un lieu de pèle­ri­nage dont la petite ville très coquette et bour­geoise a tiré par­ti et pro­fits en de mul­tiples musées et bou­tiques de sou­ve­nirs. Depuis 1818, « The Dob­bin House Tavern » main­tient la flamme du sou­ve­nir. Six géné­ra­tions se sont employées à abreu­ver sol­dats et voya­geurs. Aujourd’hui, les tou­ristes y sont accueillis par le per­son­nel en cos­tumes à l’ancienne. La pho­to de Lin­coln côtoie les bou­teilles de bour­bon et, au fond, une réplique de dra­peau d’avant l’indépendance sym­bo­lise cette phase de l’Histoire où l’Union Jack se trou­vait enca­dré par les « stripes », ban­deaux rouges, sans les « stars » des futurs États.

Petit retour en Penn­syl­va­nie, État fon­dé par les qua­kers, aus­si puri­tains que tolé­rants, ce qui, du coup, atti­ra des légions de reli­gieux de toutes obé­diences – même si l’ombre de Luther demeure très pré­gnante, on en dénombre plus de cent. Dans la caté­go­rie des bizar­re­ries, c’est ici que sont ins­tal­lées les com­mu­nau­tés d’Amishs avec leurs car­rioles désuètes, leurs barbes immuables, pan­ta­lons à bre­telles et robes longues des dames. Ces éco­los-bigots s’interdisent l’électricité et l’usage des machines en géné­ral. Ils dénotent à peine dans le pay­sage très fores­tier (Syl­va­nia était le pre­mier nom don­né au pays par son fon­da­teur William Penn) agré­men­té, au bord des routes, de fières croix de bois façon Gol­go­tha, si vous voyez un peu le tableau. Des signes plus visibles, certes, que les forages de gaz de schiste pour­tant très nom­breux dans l’État.

(À suivre)

Déso­lé, pas moyen d’insérer des pho­tos.

Share Button

Road chronique américaine - 1 - Autour des mythes

USA 2015 Béta Truck

C’est à ne pas le croire : Trou­ver un accès wi-fi le long des routes amé­ri­caines relève de l’exploit ! La connexion du jour, inat­ten­due, est pous­sive ; je n’enverrai donc pas de pho­tos avec ce pre­mier papier. Pour le deuxième, eh ben, ce sera selon… 

C’est une navi­ga­tion. Une navi­ga­tion ter­restre. Une barque sur roues pour flots asphal­tés. « Tu vas en bouf­fer comme jamais, de l’asphalte ! ». Il avait annon­cé la cou­leur – grise – de notre rêve amé­ri­cain. « Il », mon com­parse Robert, ami de bien­tôt qua­rante ans, c’est dire notre jeu­nesse. Le « rêve » en ques­tion : un mélange de non-dit et d’affirmations plus ou moins péremp­toires sur l’« Amé­rique ». Lui, l’Américain au sens pre­mier usur­pé par ses domi­nants ; lui le Qué­bé­cois résis­tant à l’anglophonie impé­riale, lui dans la lignée de son com­pa­triote cinéaste Denis Arcand pré­di­sant le Déclin de l’Empire amé­ri­cain. Lui, dont j’aurai l’occasion de repar­ler ici, évi­dem­ment. Notre pro­pos d’aujourd’hui appa­raît d’une sim­pli­ci­té trop évi­dente pour ne pas rece­ler du pro­fond mys­tère. Cette Amé­rique-là s’est fon­dée sur des mythes : qu’en est-il ? Quelles réa­li­tés ces mythes ont-ils géné­rées ? Qu’en est-il encore de nos jours ?

C’est donc une chro­nique de « road movie » qui com­mence ain­si, une road chro­nique. Ce matin – il a pris le pre­mier quart – Robert est à la barre tan­dis que je mémo­ria­lise notre périple tout en rou­lant. Il com­mente aus­si, en ex-homme de radio qui ne craint pas la méta­phore de choc ; d’un geste ample de la main droite, il lance : « C’est plein de trou­peaux de ham­bur­gers ! » Nous navi­guons, plein sud, au fin fond de la Vir­gi­nie, direc­tion Nash­ville, Ten­nes­see.

Nous venons de pas­ser notre pre­mière nuit ensemble… J’en entends rica­ner. Tout comme hier matin, au petit matin, au pas­sage de la fron­tière de La Colle où un ensemble bun­ke­ri­sé au pos­sible, à très haute tech­no­lo­gie para­noïde, affiche en son fron­ton triom­phal et en lettres gigan­tesques : « UNITED STATES OF AMERICA ». Des chi­canes impres­sion­nantes, des camé­ras par dizaines, un inter­ro­ga­toire, un deuxième, prise d’empreintes des dix doigts, pho­to (contrôles déjà subis ici-même il y a cinq ans…).

L’adresse de votre hôtel aux Etats-Unis ?

– Nous sommes en cam­ping-car ; nous avons deux cou­chettes, explique Robert.

– Ah oui, rétorque le flic gogue­nard avec un clin d’œil vers son voi­sin qui se marre aus­si. Nous n’irons pas véri­fier, ce n’est pas notre job !

Deux mecs ensemble, ben oui, des homos quoi, sinon des gays. On se marre. Ça tombe bien, se mar­rer fait par­tie de notre phi­lo­so­phie active. Se mar­rer sérieu­se­ment, avec atten­tion, appli­ca­tion, science.

Mont­réal fas­cine bien des « mau­dits Fran­çais ». C’est l’Amérique en VF, la clé d’entrée dans le fameux rêve – en prime avec le cou­si­nage affec­tif. La veille au soir, déjà, on s’est mar­ré à man­ger du crabe d’Alaska, spé­cia­le­ment ses pattes de presque un demi-mètre. Les pêcher, là-bas, c’est exer­cer l’un des métiers les plus dan­ge­reux du monde tant la mer y est assas­sine. Mais on s’est mar­ré quand même à célé­brer l’amitié de Sté­pha­nie, Qué­bé­coise, et Fabrice, qui a désor­mais davan­tage vécu au Cana­da qu’à Saint-Brieuc où il est né. Ils nous accueillent avec une coupe de vin mous­seux… à l’érable qui, je l’affirme sans détour, est excellent. Décou­verte aus­si que ces fro­mages locaux : le Kéno­ga­mi (vaches du lac Saint-Jean) et le Ramo­neur (chèvres). C’est un couple de gas­tro­nomes pro­fes­sion­nels ; éco­los dans l’âme aus­si : ils vont faire construire une mai­son auto­nome en éner­gie. En quoi ils sont repré­sen­ta­tifs de la mou­vance vers l’autonomie éner­gé­tique, et cela au pays où l’électricité coule à flots par les mânes triom­phantes d’Hydro-Qué­bec – Robert ne semble jamais éteindre les lampes chez lui ! (Scan­da­leux). Du coup, ils peinent à trou­ver des ins­tal­la­teurs com­pé­tents en pan­neaux solaires, en chauf­fage alter­na­tif. En prime, ils viennent de subir un des hivers les plus rudes : moins 35°C ! Le prin­temps en est en retard et le sol, encore gelé à 7 pieds de pro­fon­deur (plus de deux mètres !) retarde le début des tra­vaux de leur mai­son. Dehors, aux confins de la ville, des mon­ti­cules de neige boueuse, sale, déga­gée des rues à la pel­le­teuse, attendent leur dégel. Je dis « mon­ti­cules », non, ce sont de véri­tables col­lines !

Donc, libé­rés d’un coup de tam­pon, à nous l’Amérique ! À com­men­cer par l’escale break­fast à Rouse’s Point, un rade à haute immer­sion : choix entre Mc Donald, Dun­kin Donet et Truck Stop, le « rou­tier sym­pa » que nous rete­nons pour ses œufs au bacon, ses toasts, son café lavasse. La tra­ver­sée sera dure, on peut le redou­ter. Pour atté­nuer le choc, comme on s’injecterait un vac­cin, mon cama­rade a dégai­né son sens de l’à-propos tou­jours sur­pre­nant chez lui : remon­té dans notre vais­seau, il envoie dere­chef le disque Cool Water, Sons of the Pio­neers (Fils des pion­niers). Plon­gée directe dans ce mythe, en sa ver­sion audio la plus léchée, la plus cli­che­ton­neuse aus­si : « Cow Boy Dream », « Red River Val­ley », « Riders of the Sky ». On y est !

Com­ment, quoi, pour­quoi encore et encore écrire sur l’Amérique ? Pour­quoi même cette épo­pée ? (Je dirais désor­mais l’Amérique par com­mo­di­té, s’agissant des seuls Etats-Unis). « Tout » n’a-t-il pas été dit et redit sur cette nation, ses peuples, ses outrances, ses « miracles », ses … ?

Ben non ! Comme si ali­gner les sept notes de la gamme met­tait fin à la musique. C’est son com­men­ce­ment. Nous recom­men­çons l’Amérique par nos yeux, oreilles et tous sens déployés, y com­pris le sens cri­tique.

– Pas vrai Robert ?

– Sur­tout le sens cri­tique ! tout autant que la fas­ci­na­tion pour les dif­fé­rences. Les décou­vrir, en effet, me fas­cine plus que pré­tendre les dénon­cer.

En voi­sin conti­nen­tal, en jour­na­liste aguer­ri, Robert connaît les Etats-Unis. Cette nou­velle navi­ga­tion à deux – deux canaux d’observation –, c’est donc bien pour revi­si­ter les­dits mythes, ce qui ne sau­rait faire l’économie d’un ques­tion­ne­ment sur ses propres acquis, ses croyances mêmes…

(À suivre)

Share Button

Trip de deux potes en Amérique profonde

À l’heure où vous lisez ces lignes, je serai – en prin­cipe – dans l’avion Mar­seille-Mont­réal, Pro­vence-Qué­bec-Belle pro­vince, France-Cana­da, Europe-Nord-Amé­rique. Sur Terre cepen­dant.

Oui, mon empreinte car­bone va en prendre un sacré coup ! J’ai l’excuse (rela­tive) de n’avoir plus rou­lé ma bosse depuis plu­sieurs années main­te­nant. On appelle ça la retraite, bien que pour beau­coup ce pri­vi­lège de l’âge sonne l’heure de la débauche (sous cet angle) : croi­sières, plans Océa­nie, Bora-Bora et tut­ti frut­ti gabe­giques à effet de serre ren­for­cé.

Donc, je craque mon sac à noi­settes éco­lo, je pul­vé­rise ma tire­lire car­bone : Mar­seille - Mont­réal et retour ; le tout en avion non élec­trique ou, mieux encore, à hydro­gène… incon­sé­quence aggra­vée par quelques mil­liers de miles sur les routes nord-amé­ri­caines, des USA en par­ti­cu­lier.

carnet-route-etats-unis-2015Quelques expli­ca­tions s’imposent auprès de mes amis et lec­teurs de « C’est pour dire » (nulle excuse, ni béné­dic­tion deman­dées) : il s’agit de la concré­ti­sa­tion ici-bas d’un rêve de deux vieux copains ayant rou­lé leurs bosses de-ci-de-là dans le monde, mais jamais ensemble, ou si peu. Comme ils ne comptent ni l’un ni l’autre sur un quel­conque para­dis, pas même un enfer, ils vont donc aller de concert et de conserve, pour une Aven­ture ter­restre, rou­tière et plei­ne­ment amé­ri­caine. Pour­quoi là-bas ? Sans doute devront-ils s’en expli­quer !

Robert_BlondinLui : Robert pour les intimes, bien connu comme le Robert Blon­din, ancien pilier de Radio-Cana­da dont il a inon­dé les émis­sions de ses ondes géné­reuses, notam­ment celles dif­fu­sées quo­ti­dien­ne­ment sous le titre non ambi­gu de L’Aventure. C’est elle, cette émis­sion, qui nous valut la ren­contre fatale, dans les années soixante-quinze de l’autre siècle !

Parce que c’est lui, parce que c’est moi. Ain­si allons-nous devi­ser in situ, selon une dérive amé­ri­caine – enten­dez états-unienne.

robert-blondin-gerard-ponthieu

C’est annon­cé urbi et orbi (F. Pon­thieu)

De cette virée, vous devriez être entre­te­nu ici-même, « on ze blog », en un car­net de voyage de mon cru, sur le mode de mes virées afri­caines, par exemple – tou­jours dis­po­nibles sur ledit blog (taper « repor­tages », entre autres, dans la case de recherche). Ou encore à la manière de mon esca­pade avec l’âne Juju – éga­le­ment lisible ici-même à par­tir de l’onglet « Un livre à télé­char­ger ».

En somme, qu’ajouter à cette inusable véri­té : qui vivra ver­ra ?

À bien­tôt.

Share Button

Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Per­raud, né à Nantes en 1971 : per­cus­sion­niste, bat­teur, com­po­si­teur, impro­vi­sa­teur, cher­cheur et aus­si trou­veur – comme dans trou­vère… Oui, ça lui va bien à ce Pier­rot lunaire, trou­ba­dour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le bat­te­ment du cœur vital, chœur musi­cal, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc fon­ciè­re­ment poète, jusqu’à écrire de la poé­sie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images pho­tos, car cet homme à talents est aus­si pho­to­graphe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rim­bal­dien jouant aux dés avec Lau­tréa­mont, Hugo, Mah­ler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lan­çait la suite n°2 du disque « Synaes­the­tic Trip », un som­met du genre. Décou­vrez-le davan­tage ça et , entre autres.

edward-perraud

Mou­lin à jazz, 2010 © G. Tis­sier

Com­bien de temps ?

C’est la fin de l’hiver, le début d’un prin­temps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d’amour ?

Com­bien de temps déjà que papa n’est plus là ?

La tou­pie s’arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en pous­sière.

La terre a fait son tour, encore un champ d’horreurs ?

Com­bien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Ima­gi­nez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu’où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Com­bien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l’astre suprême nous serons tous égaux

Et fon­dront nos égos comme s’écoulent les armes

La terre a fait son tour, c’est pour­tant pas banal ?

Com­bien de temps encore pour le règne ani­mal ?

Cupi­don trop cupide, la coupe d’or est pleine,

Mais la terre sature, pol­luée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débar­rasse toi de tes pires para­sites

Une chance pour­tant pour­rait sau­ver le monde

Que l’âme de poète ino­cule et féconde

L’esprit des tout-petits futurs grands mili­tants.

Que l’amour du vivant sup­plante le pauvre argent !

Com­bien de temps encore jusqu’aux der­nières neiges

Conti­nue­ra-t-il à tour­ner le beau manège ?

 Edward Per­raud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Per­raud
© mars 2015

Share Button

Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfes­seur à l’Institut uni­ver­si­taire de France et à la Facul­té de méde­cine de Paris-Sud, direc­teur de l’Institut de neu­ro­bio­lo­gie Alfred-Fes­sard du CNRS, un des pion­niers de la neu­roen­do­cri­no­lo­gie, Jean-Didier Vincent est aus­si un aven­tu­rier intel­lec­tuel et, comme tel, un pas­seur entre des domaines ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne sau­rait se limi­ter au seul domaine du cer­veau, dont il est pour­tant un grand spé­cia­liste. Ses livres récents donnent une idée de son acti­vi­té de trans­fert des connais­sances : Casa­no­va ou la conta­gion du plai­sir, Celui qui par­lait presque, La Chair et le diable, La Vie est une fable, Faust : une His­toire natu­relle (tous chez Odile Jacob), Si j’avais défen­du Ève (Plon). Un éclec­tisme à l’image de sa curio­si­té insa­tiable et de son humour à l’occasion pro­vo­ca­teur.

Paul Veyne se deman­dait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chré­tiens, pas de doute, le Christ a bel et bien res­sus­ci­té. Pâques en est la célé­bra­tion reli­gieuse la plus fer­vente, sour­cée à une mytho­lo­gie païenne datant de la plus haute anti­qui­té. Il s’agissait de célé­brer le retour du prin­temps, le cycle du vivant pour les­quels l’œuf repré­sente le sym­bole de la vie. De même en est-il du lièvre (cho­co­la­té désor­mais, comme l’œuf…), sym­bole antique de la fécon­di­té – le con fémi­nin (cun­nus en latin), faut-il le rap­pe­ler, déri­vant de l’analogie for­melle avec le museau du lapin (cone­jo en cas­tillan, conill en cata­lan et en occi­tan , coni­glio, en ita­lien, etc.) Dans le chris­tia­nisme, ils sym­bo­lisent la résur­rec­tion du Jésus-Christ et sa sor­tie du tom­beau, comme le pous­sin sort de la coquille avec sa pure naï­ve­té ques­tion­nante et éter­nelle : quid de la poule ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est ques­tion d’immortalité, ques­tion exis­ten­tielle s’il en est et autour de laquelle se sont gref­fées les croyances reli­gieuses puis leurs dogmes plus ou moins néfastes. De nos jours, ce sont les hal­lu­ci­nés cora­niques qui détiennent les records les plus atroces. La com­pé­ti­tion a tou­jours été vive dans ces domaines pro­pices aux plus sinistres et mor­ti­fères obs­cu­ran­tismes, sans exclure les reli­gions sécu­lières telles que peuvent être consi­dé­rés le nazisme et le sta­li­nisme.

Je m’égare encore ? Non, car il s’agit cette fois de l’immortalité ici-bas, celle qui touche une autre forme de croyance, liée à la toute-puis­sance (notion divine) de la Science et de ses déri­vés dits tech­no­lo­giques.

J’ai trop tar­dé à vous pré­sen­ter le neu­ro­bio­lo­giste Jean-Didier Vincent [voir ci-contre éga­le­ment], co-auteur avec Gene­viève Ferone, en 2011, de l’ouvrage Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain (éd. Gras­set) 2. Livre pas­sion­nant autour de pers­pec­tives inouïes et ter­ri­fiantes, ain­si qu’on pour­ra le com­prendre dans le pas­sion­nant entre­tien que Jean-Didier Vincent a don­né au Figa­ro Maga­zine, en auto­ri­sant sa reprise sur « C’est pour dire ». En le remer­ciant vive­ment ain­si que l’intervieweur, Patrice De Méri­tens.

 

« L’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu’est-ce qui vous a pris d’écrire une nou­velle Apo­ca­lypse ?

Jean-Didier Vincent - Je n’ai rien fait d’autre qu’un voyage dans le futur de l’homme, et si j’ai effec­ti­ve­ment pen­sé à l’Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un texte sacré. J’ai eu envie de voir ce qu’il y avait dans le ventre de ces gens qu’on appelle les « trans­hu­ma­nistes ». Ce sont des idéo­logues qui visent au dépas­se­ment de l’espèce humaine, qu’ils consi­dèrent comme impar­faite, par une cybe­rhu­ma­ni­té. Leur rêve est celui de l’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme. Le monde actuel est entré dans une zone de fortes tur­bu­lences, nous déte­nons une puis­sance de feu capable de trans­for­mer la Terre en confet­tis radio­ac­tifs, l’homme est en passe de bri­co­ler son ADN, mais comme nous ne pou­vons remon­ter la grande hor­loge bio­lo­gique du vivant, la ten­ta­tion est grande du pas­sage en force tech­no­lo­gique.

Avant l’avènement du post­hu­main, nous voi­ci donc arri­vés dans une phase de tran­si­tion, celle du trans­hu­ma­nisme. Elle répond en quelque sorte aux pré­oc­cu­pa­tions apo­ca­lyp­tiques anciennes où l’homme, dépas­sant la créa­ture réagis­sant aux misères qui lui sont infli­gées par son créa­teur, ne compte plus que sur lui-même et sur les tech­no­lo­gies qu’il a su déve­lop­per pour faire face à la grande crise qui frappe l’ensemble de la bio­sphère. Les trans­hu­ma­nistes ne sont pas une secte, mais un groupe de pres­sion qui uti­lise pour ses des­seins le concept de conver­gence des nou­velles tech­no­lo­gies : les NBIC : nano­tech­no­lo­gies (N), bio­tech­no­lo­gies (B), infor­ma­tique (I) et sciences cog­ni­tives (C). En fai­sant conver­ger sur des pro­jets com­muns les moyens théo­riques et tech­niques de ces quatre champs dis­ci­pli­naires, on espère obte­nir des résul­tats supé­rieurs à la somme de ceux obte­nus par cha­cun d’eux iso­lé­ment. On peut aus­si s’attendre à l’émergence d’observations inat­ten­dues. Pour vous faire appré­hen­der ce qu’est la conver­gence, j’utiliserai cette méta­phore peut-être un peu vio­lente : vous faites col­la­bo­rer un for­ge­ron avec un menui­sier et ils vous construisent une croix pour cru­ci­fier le Christ...

  • Où sont les trans­hu­ma­nistes et com­ment tra­vaillent-ils ?

– Leur mou­ve­ment est for­te­ment implan­té aux Etats-Unis, il a essai­mé en Europe, notam­ment au Royaume-Uni et en Alle­magne. Nous n’en avons qu’un faible contin­gent en France. Leur « pape » est un Sué­dois, pro­fes­seur à Oxford, Nick Bos­trom. Il est loin de m’avoir fas­ci­né. En revanche, j’ai ren­con­tré dans la Sili­con Val­ley (que j’appelle la « val­lée de la poudre »), pas mal de beaux esprits ain­si qu’une col­lec­tion d’originaux. Leur pro­jet d” « humains aug­men­tés » remet en cause la défi­ni­tion tra­di­tion­nelle de la méde­cine fon­dée depuis Fran­cis Bacon sur la répa­ra­tion du corps et le sou­la­ge­ment de la souf­france. Le trans­hu­ma­nisme aspire non seule­ment à empê­cher l’homme d’être malade, mais à le rendre « incas­sable ». Ain­si, par exemple, l’informatique asso­ciée à la bio­lo­gie molé­cu­laire abou­tit à la bio-infor­ma­tique, qui per­met de décryp­ter les génomes et les lois de la vie avec une acui­té, une per­ti­nence, et une effi­ca­ci­té pro­di­gieuses – l’exponentiel étant le mot clé ! Les sciences cog­ni­tives, quant à elles, per­mettent de modi­fier le cer­veau, avec notam­ment les implants. La seule bar­rière de com­mu­ni­ca­tion entre le cer­veau et la machine demeure nos sens, avec leurs organes récep­teurs qui servent d’intermédiaires. Si ces der­niers sont absents par la nais­sance ou par la mala­die, ils peuvent être rem­pla­cés par des appa­reils élec­tro­niques implan­tés direc­te­ment au contact des voies sen­so­rielles à l’intérieur du cer­veau. Voi­ci venu le temps des cyborgs ! Cet ensemble va don­ner des pou­voirs dont le pre­mier béné­fi­ciaire est d’ores et déjà l’armée amé­ri­caine, avec la Dar­pa (Defense Advan­ced Research Pro­jects Agen­cy), prin­ci­pale source de sub­ven­tions de ces recherches.

Éma­na­tion de la recherche mili­taire états-unienne, ce robot bes­tial, hol­ly­woo­dien et ter­ri­fiant.

Ain­si se des­sine le pro­jet d’un nou­vel humain, pas tout à fait encore homo novus, mais sapiens sapiens aug­men­té, non plus dans le cadre de la natu­ra natu­rans de Des­cartes, mais dans celui du per artem arte­fact. L’augmentation des capa­ci­tés per­met­tant en toute logique l’augmentation de la vie dans ses fonc­tions et sa durée.

  • Vous avez par­lé d’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme...

– Ce qui ne signi­fie nul­le­ment l’immortalité de l’homme lui-même. « La vie c’est la mort, la mort c’est la vie », disait Claude Ber­nard – et il n’y a pas de pro­ces­sus de vivant sans pro­ces­sus de mort asso­cié. Grâce à la bio­lo­gie molé­cu­laire, aux nano­tech­no­lo­gies, aux neu­ro­tech­no­lo­gies, la durée de la vie sera pro­lon­gée. Sans être du domaine quan­tique (une réa­li­té abs­traite), la nou­velle matière inter­mé­diaire inac­ces­sible au visible, créée par les nano­tech­no­lo­gies, per­met­tra d’intervenir sur la san­té en tou­chant des cibles à l’intérieur du corps. On pour­ra entrer dans la cel­lule malade et, par exemple pour les can­cers, appli­quer des thé­ra­peu­tiques aux­quelles on ne pou­vait pas soup­çon­ner d’avoir un jour accès. Cer­tains pro­duits com­mencent déjà à béné­fi­cier de ces décou­vertes. Sous forme nano­mé­trique, au mil­liar­dième de mètre, la matière prend des pro­prié­tés extra­or­di­naires. C’est ain­si que l’or, métal impas­sible, change de cou­leur sous forme de nano­par­ti­cules. Quand il rou­git, il devient toxique et attaque l’oxygène. C’est sur­tout à par­tir du car­bone que l’on obtient des matières excep­tion­nelles, par exemple pour des fils des­ti­nés aux ascen­seurs spa­tiaux, dont la résis­tance sera 1 000 fois supé­rieure à celle d’un métal de même dimen­sion. Mêlez à cette révo­lu­tion tech­no­lo­gique les pro­grès de la bio­tech­no­lo­gie, et nous devien­drons de nou­veaux humains. Le clo­nage per­met­tra le triage d’embryons, l’élimination comme l’ajout de cer­tains gènes ; on fera même des Fran­ken­stein réus­sis – des chi­mères, au strict sens du mot.

  • Avec quelles consé­quences ?

– Sans même évo­quer les ques­tions d’éthique, aux­quelles il serait bon de réflé­chir en amont, les consé­quences sur le plan social risquent d’être par­ti­cu­liè­re­ment des­truc­trices. Le sexe n’ayant plus d’importance, que res­te­ra-t-il de nos amours ? Com­plè­te­ment sépa­rés de la repro­duc­tion, que vont deve­nir le désir, l’érotisme - la culture elle-même qui est tou­jours, peu ou prou, sexuelle ? Il fau­dra enter­rer solen­nel­le­ment le Dr Freud ! Épi­cure dit que l’âme est le cri de la chair, mais jus­te­ment, il faut que la chair souffre, qu’elle jouisse, qu’elle éprouve de l’affect, qui est le fon­de­ment de l’humain. Nous sommes des êtres duels. Le jour où l’on par­vien­dra à pro­vo­quer le plai­sir par la libé­ra­tion d’ocytocine dans le cer­veau, autre­ment dit pro­vo­quer un orgasme arti­fi­ciel avec une puce implan­tée dans la région ad hoc du cer­veau, qu’adviendra-t-il d’une socié­té deve­nue exclu­si­ve­ment ona­niste ? Où sera le sou­ci de la des­cen­dance ? Quelle sera cette socié­té sans amour, douée de rai­son et de mul­tiples qua­li­tés sélec­tion­nées pour construire les humains ?

  • Une socié­té effi­cace... c’est presque ten­tant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heu­reu­se­ment pas. Dans la pers­pec­tive d’une huma­ni­té aug­men­tée, « mort à la mort » n’en demeure pas moins un pro­gramme de recherche réa­li­sable. Il suf­fi­ra de neu­tra­li­ser les ensembles géné­tiques qui causent notre perte, et le sui­cide ou l’accident sera le seul moyen de rem­plir les cime­tières. Nous serons donc cas­sable mais non mor­tels, tout comme ces ser­vices de vais­selle héri­tés des grands-parents qui finissent par être détruits avant d’être usés. Clo­nage et « amor­ta­li­té » seront réser­vés aux puis­sants, la repro­duc­tion demeu­rant la spé­cia­li­té des humbles. Mais si la pos­si­bi­li­té de ne pas mou­rir est offerte à tous, pauvres et riches, alors, selon la loi de l’offre et la demande, le coût de la mort devien­dra exor­bi­tant : offrez la vie éter­nelle, la mort devien­dra pré­cieuse. Au cours de mon voyage en trans­hu­ma­nie, j’ai ren­con­tré un pro­phète et grand mathé­ma­ti­cien nom­mé Elie­zer Yud­kows­ky, qui ne déses­père pas de créer des algo­rithmes grâce aux­quels on pour­ra intro­duire dans les cer­veaux de la pen­sée nou­velle et des capa­ci­tés de concep­tua­li­sa­tion, pour l’heure inima­gi­nables. Pen­ser l’impensable ! Mais que sera l’impensable dès lors que nous n’aurons plus l’angoisse de la mort et de l’au-delà, sur quoi se construit la méta­phy­sique ? Frus­trés à l’origine, frus­trés à l’arrivée ! Nous serons conçus par l’opération du Saint-Esprit (si ce n’est qu’il n’y a plus d’esprit), sans plus avoir à s’en sou­cier puisque nous serons immor­tels. C’est trop beau pour être vrai, et pro­pre­ment incon­ce­vable.

  • Oui, si l’on s’en tient à l’imbrication de la vie et de la mort selon Claude Ber­nard, mais ce prin­cipe ne risque-t-il pas un jour d’être tech­ni­que­ment obso­lète ?

– Est-ce fan­tas­mer de pen­ser que l’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mor­telle ? La mort sup­pri­mée revien­drait à sa néga­tion. Sans même évo­quer les pro­blèmes maté­riels que pose­rait l’immortalité : asphyxie numé­rique, sur­vie ali­men­taire, ané­mie spi­ri­tuelle en cas de nume­rus clau­sus – sans comp­ter l’ennui ! –, j’oppose à la mort une vir­tuelle immor­ta­li­té, celle de la « com­mu­nion des saints » : vous n’êtes immor­tel que dans la mesure de l’amour du pro­chain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gar­de­ra dans la mémoire du vivant. Que signi­fie la lon­gé­vi­té des patriarches ? Mathu­sa­lem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien encore Abra­ham, 175 ans, alors qu’il y eut peut-être cin­quante Mathu­sa­lem, trente Enoch, dix Abra­ham qui se suc­cé­dèrent. Ce qui appa­raît comme un mythe relève de la com­mu­nion des saints : Abra­ham, pas­sé dans un autre Abra­ham, etc. C’est ain­si que l’humanité évo­lue, conser­vant ses propres traces dans l’inconscient col­lec­tif, pour reprendre une expres­sion qui sent un peu la psy­cha­na­lyse. J’espère bien qu’un peu de moi sur­vi­vra dans d’autres qui m’auront enten­du, que j’aurai aimés et qui m’auront aimé.

Aug­men­tons donc la vie de l’homme, sup­pri­mons tous ses han­di­caps, notam­ment ceux de la vieillesse odieuse, sou­vent relé­guée dans les hos­pices, cela ne peut qu’améliorer la bon­té de l’homme. Vaincre cette forme de pré-mort est la vraie vic­toire. Mais si nous n’aspirons qu’à la valeur exis­ten­tielle d’une vais­selle de famille, cette immor­ta­li­té-là ne me séduit guère. Sans comp­ter que le trans­hu­ma­nisme est une idéo­lo­gie por­teuse d’espérances dou­teuses...

  • Que vou­lez-vous dire ?

– En matière mili­taire, un seul sol­dat serait capable de détruire une popu­la­tion enne­mie. Ques­tion d’équipement : avec sa smart­dust (pous­sière com­mu­ni­cante élec­tro­nique), son exos­que­lette, son corps auto­ré­pa­rable, des nano­bots (robots nano­mé­triques) capables d’envahir l’adversaire sans qu’il s’en rende compte, des drones et des chars d’assaut pilo­tés par la pen­sée... La qua­trième tech­no­lo­gie, celle du cer­veau, traite de l’interface cer­veau-machine : si vous per­dez un bras, il sera rem­pla­cé par un exo­bras méca­nique auto­ré­gu­lé. Pour vous en ser­vir, vos ordres seront envoyés à par­tir des don­nées enre­gis­trées par des élec­trodes dans votre cer­veau et trans­mis par voie de com­mu­ni­ca­tion d’ordinateurs.

  • Une part de cette science demeure donc hau­te­ment posi­tive. L’homme ne risque-t-il pas d’être dépas­sé par sa créa­tion ?

C’est pour­quoi il est essen­tiel que des pro­grès non tech­no­lo­giques s’accomplissent paral­lè­le­ment dans l’humain. L’homme est de tous les ani­maux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l’homme, c’est ins­crit dans sa phy­sio­lo­gie. L’autre lui est néces­saire pour apprendre à par­ler, com­mu­ni­quer, vivre. Il est en même temps unique : pas un indi­vi­du ne res­semble inté­gra­le­ment à un autre. Mais le trans­hu­ma­nisme risque de nous induire en ten­ta­tion d’une plus grande uni­for­mi­té, qui nous ferait régres­ser au monde des abeilles. Quelques indi­vi­dus aux super capa­ci­tés pour­raient prendre le pou­voir, comme dans les fic­tions d’Orwell et plus exac­te­ment d’Hux­ley, qui a par­fai­te­ment pres­sen­ti le phé­no­mène dans Le Meilleur des mondes. D’où le sou­ci de l’entraide : l’attention à l’autre, telle est la morale des anar­chistes. D’où, éga­le­ment, la néces­si­té de retrou­ver une orga­ni­sa­tion de socié­té fonc­tion­nant plu­tôt sur le mode local, uti­li­sant les grandes tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion pour éta­blir des liens entre les groupes, tout en per­met­tant d’intégrer les indi­vi­dus. Dès lors que nous ne réin­ven­te­rons pas l’économie – non plus que ce dont nous sommes morts, c’est-à-dire la dan­ge­reuse vir­tua­li­té du capi­tal, qui per­met de faire n’importe quoi –, nous revien­drons au contact du réel pour recons­truire des socié­tés fon­dées sur la com­mu­nion entre les humains.

  • On voit resur­gir ici le phi­lo­sophe anar­chiste. Vous avez poin­té le bout de l’oreille en évo­quant la morale...

– Que vou­lez-vous, je ne peux m’empêcher de prê­cher l’amour entre les hommes. Je suis un athée abso­lu en même temps qu’un chré­tien irré­cu­pé­rable. Cette reli­gion qui tourne radi­ca­le­ment le dos au Dieu de l’Ancien Tes­ta­ment est fon­dée sur l’incarnation. Dieu est homme. C’est nous. Avec ce mes­sage essen­tiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aus­si celui des anar­chistes. Pas les poseurs de bombes, comme les ter­ro­ristes russes avec leur goût du néant, mais des pen­seurs comme Kro­pot­kine, ou Éli­sée Reclus, l’anarchie pour eux étant la forme supé­rieure de l’ordre, qui s’établit dès l’instant où l’amour règne dans un groupe humain. 3

  • Pour autant, vous nous par­lez ici d’une socié­té vir­tuelle...

Mais c’est la socié­té actuelle qui est vir­tuelle, on le voit chaque jour avec la crise finan­cière ! La socié­té future repo­se­ra quant à elle sur la tech­no­lo­gie, ins­crite dans une maté­ria­li­té. Si l’on suit le prin­cipe qui veut que l’on ne connaisse que ce que l’on a fabri­qué, l’Apocalypse n’est pas pro­messe de mal­heur, mais d’une nou­velle Jéru­sa­lem. Le mot, qui signi­fie « révé­la­tion », dévoile à la fois la méchan­ce­té du monde et les risques qu’il court. Les trans­hu­ma­nistes sont donc à prendre comme des sortes d’éclaireurs, dont on appré­cie­ra les idées avec cir­cons­pec­tion. Il ne faut pas les lais­ser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les lais­ser faire n’importe quoi. Par­mi eux, on trouve une col­lec­tion incal­cu­lable d’imbéciles, et quelques génies illu­mi­nés. Ils ne peuvent être nui­sibles que dans la mesure où ils sont un groupe de pres­sion. A contrô­ler ! Sachant que les pires trans­hu­ma­nistes sont mal­heu­reu­se­ment les mili­taires – et cer­tains méde­cins qui, quel­que­fois, ne valent pas plus cher.

–––

1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination consti­tuante. Paul Veyne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bien­ve­nue en Trans­hu­ma­nie. Sur l’homme de demain, par Gene­viève Ferone et Jean-Didier Vincent, Gras­set, 288 p., 17,50 €. Gene­viève Ferone, direc­trice du déve­lop­pe­ment durable du Groupe Veo­lia Envi­ron­ne­ment, est l’auteur chez Gras­set de 2030. Le krach éco­lo­gique (2008).

3.  L’Entraide, un fac­teur de l’évolution, est un essai de l’écrivain anar­chiste russe Pierre Kro­pot­kine paru durant son exil à Londres en 1902. Déter­mi­nant dans la théo­rie anar­chiste, le concept d’entraide l’est aus­si pour Charles Dar­win qui le déve­loppe, non pas dans L” Ori­gine des espèces (1859), mais dans La Des­cen­dance de l’Homme (1871), ouvrage dans lequel il s’attarde sur la notion d’altruisme chez l’humain et aus­si dans le monde ani­mal, le rat­ta­chant à sa théo­rie de l’évolution. Ce livre s’inscrit en faux contre la notion de « dar­wi­nisme social » qui lui sera pos­té­rieure, contre­sens déli­bé­ré inven­té par les tenants du libé­ra­lisme. [Note de GP]

Share Button

Alléluia Obama ! par Faber

Obama-Moïse, Faber

© Faber, 2015

L’heure appro­chant du pot de départ de la Mai­son blanche, son loca­taire élu songe à y lais­ser sa marque. Car l’empreinte semble bien pâli­chonne, tout juste enta­chée de décep­tion. Le pre­mier pré­sident noir des Etats-Unis n’aura donc pas cas­sé la baraque – oui, je sais : usé le cli­che­ton. Pas su, pas pu ? Le voi­ci qui tente un redres­se­ment ultime vers le centre du monde en érup­tion, concen­tré des inté­grismes clé­ri­caux et des vora­ci­tés pétro­lières. Kaboul, Damas, Bag­dad, Sanaa, Le Caire – Avec Téhé­ran et Jeru­sa­lem dans le cra­tère. Qui croit encore au mes­sie ?

Share Button

À la santé de Monsanto !

Inter­ro­gé sur Canal +, un défen­seur de Mon­san­to, le Dr Patrick Moore, assure que le pro­duit chi­mique conte­nu dans l’herbicide Roun­dup ne pré­sente aucun dan­ger pour l’être humain.

«Je ne crois pas que le gly­pho­sate en Argen­tine cause le can­cer (de la rate). Vous pou­vez en boire un grand verre et ça ne fait aucun mal, explique le brave doc­teur (en quoi ?) au jour­na­liste de l’émission Spé­cial Inves­ti­ga­tion.
- Ah bon, vous en vou­lez ? J’en ai là si vous en vou­lez», lui demande le jour­na­liste.

Le bon Dr Moore lui dit oui juste avant de se rétrac­ter : «Bon en fait, pas vrai­ment, recon­nait-il. Je ne suis pas un idiot.» Et de quit­ter le pla­teau en trai­tant son inter­lo­cu­teur de connard. Le lob­byiste aura per­du sa jour­née et, espé­rons, ses primes de ren­de­ment. Allez, à la san­té de Mon­san­to !

Share Button

Le vol noir du vautour sur l’Europe, selon Faber

Netanyahou élections OK

© faber, 2015

Share Button

À propos d’élections et de démocratie…

les-echos-elections-education

education-elections-democratie

Un vieux sujet de réflexion, tou­jours actuel

À pro­pos d’élections, le tableau ci-des­sus exprime bien des choses… Il résulte d’une enquête menée auprès de 2.800 per­sonnes pour le compte des Échos, le quo­ti­dien de l’économie libé­rale – que je me per­mets ain­si de citer, une fois n’est pas cou­tume. À cha­cun sa propre lec­ture de cette « pho­to­gra­phie ».

Mer­ci à ma fille de m’avoir envoyé ce docu­ment, accom­pa­gné de son com­men­taire : « En tout cas, cer­tains ont bien inté­rêt à ne pas trop édu­quer les masses... »

Nous tou­chons là à l’essence de la démo­cra­tie, que Chur­chill consi­dé­rait comme, le « pire sys­tème de gou­ver­ne­ment, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expé­ri­men­tés ». [« Demo­cra­cy is the worst form of Govern­ment except all those other forms that have been tried from time to time ». Wins­ton Chur­chill, 11 novembre 1947, à Londres, Chambre des com­munes].

Share Button

Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domi­ni­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­tique. Exemple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­listes netar­chiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tionnent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles para­si­taires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les docu­ments, ni You­Tube dans la pro­duc­tion média­tique.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­tive, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enri­chissent au sens noble) finissent en mon­naie son­nante et non tré­bu­chante : pas la moindre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des capi­ta­listes netar­chiques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus grosses for­tunes mon­diales se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application moderne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, comme disait le vieux bar­bu : vendre « pas cher » de façon à vendre beau­coup. Pas cher : juste au-des­sus du prix que les pauvres peuvent payer, quitte à s’endetter – les banques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pauvres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nombre !

Cette fois, ces netar­chiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escroquent puisqu’ils « rendent ser­vice », ces braves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pompent sans ver­gogne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pauvres sur­vi­vaient en trou­vant quelque rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exemple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les rendre obso­lètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­ti­ci­paient à l’économie géné­rale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exemple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­geable à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si naissent les nou­veaux empires, par glis­se­ments insen­sibles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion mar­chande.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lisme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa forme, mais qui réa­lise bien le contrôle mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­taire), ou qua­si tota­li­té, de ses variantes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en consti­tue les pré­misses – le contrôle phy­sique et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­rale.

Mais où sont les labo­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désastre annon­cé ? Les netar­chiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…

Share Button

Y a du monde chez Mon oncle

safe_imageCliquer sur l’image, et hop, des Hulot partout !

© Fray Mol­lo

Share Button

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    mai 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Avr  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress