On n'est pas des moutons

Marseille. Le Point de Bascule, clap de fin

imgresN’oubliez sur­tout pas...
pour avant, c’est trop tard
pour après, c’est trop tôt
la vie est là où l’on est..
vive­ment maintenant !

Comme son nom l’indique, comme son (magni­fique) logo le sou­ligne, l’affaire ne pou­vait indé­fi­ni­ment défier les lois de la pesan­teur. Et ce fut pesant, mal­gré tout, cette semaine de fête cen­sée mettre fin à une aven­ture superbe com­men­cée il y a une dizaine d’années. Hier soir, dimanche noir, même ser­vies frais, les bulles avaient le cham­pagne tris­toune. Les restes du décor – ce qui n’était pas par­ti à l’encan dans la jour­née –, mal­gré tout, expri­maient encore la magie de ce haut-lieu mar­seillais. Un décor de briques (molles) et de broc (hard), issu des puces et des pou­belles, recy­clées à la belge – expli­ca­tions plus loin – selon les mira­cu­leuses ren­contres à la Magritte,  genre para­pluie et machine à coudre sur table de dissection.

Hier soir, donc, jusqu’à nuit noire, résis­tait encore, le der­nier car­ré des fidèles du 108, rue Bre­teuil qui, au fin fond d’une arrière-cour du VIe arron­dis­se­ment de Mar­seille, de l’autre siècle, avaient amar­ré leurs uto­pies à la façon, va savoir, dont les Pho­céens jetèrent l’ancre dans la calanque du Lacy­don– qui devien­dra Massilia.

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Fran­çois Pec­queur devant le mur des pro­grammes pas­sés – mais pas tous, la place man­quait (plus de 1.000 soi­rées !) (Ph. Fran­çois Ponthieu)

« A l’origine, racontent les his­to­riens locaux, un col­lec­tif mar­seillais de plas­ti­ciens cherche un ate­lier, tombe sur ces 500 m2 de la rue Bre­teuil, et sent d’emblée que ce lieu pour­rait être le nid de bien des pos­sibles... et l’aventure commence !

Six mois de tra­vaux inten­sifs, une inau­gu­ra­tion toni­truante en se refu­sant à ima­gi­ner ce que sera le Point de Bas­cule. Tout de suite, c’est la demande exté­rieure spon­ta­née qui défi­nit ce que sera ce lieu : rési­dence d’artistes émer­gents et en marge, espace pour asso­cia­tions citoyennes.

La demande est claire et appelle un fonc­tion­ne­ment accor­dé : gra­tui­té d’accueil et équipe d’accompagnement du lieu bénévole.
Neuf ans d’activités et de liber­té, plus de 300 rési­dences d’artistes accueillies (soit plus de 1000 artistes plu­ri­dis­ci­pli­naires), et une foul­ti­tude d’actions citoyennes avec ren­contres, débats, pro­jec­tions, soi­rées de soutien.

Plus de 1 000 soi­rées pro­po­sées, 10 000 adhé­rents avec ce plai­sir de vous accueillir dans la sim­pli­ci­té et vous pro­po­ser l’insolite, l’inattendu, par­fois le nécessaire.

Ah si... le Point de Bas­cule a tout de même déci­dé quelque chose : pas de com­mu­ni­ca­tion média pour nos acti­vi­tés. Par les temps qui courent, un peu de radi­ca­li­té ne fait pas de mal ! »

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Un tel lieu va man­quer à Mar­seille . il y en a d’autres, certes, mais ici, c’était vrai­ment autre chose. (Ph. Fran­çois Ponthieu)

Telle fut la pro­fes­sion de foi de ce temple païen ani­mé – il en fal­lut de l’ani­ma ! – par un grand « prêtre », Fran­çois Pec­queur, grand et pas que par la taille, voix de barde, rire rava­geur, artiste mul­ti-ins­tru­men­tal de la machine à dépas­ser le temps (voir le slo­gan mai­son ci-des­sus) de la tireuse à bière, déni­cheur d’encu­lette * et de talents mul­tiples, uto­piste de com­pé­ti­tion, com­pé­ti­teur de rien, ce qui est déjà tant.

Ça ne pou­vait pas durer plus que la crise ! Alors, le Fran­çois, le plus belge des Mar­seillais et donc le plus mar­seillais des Belges – il naquit à Liège, une fois – ayant jeté l’ancre ; ayant trou­vé com­pagne et indis­pen­sable pilier dans l’aventure en la per­sonne d’Anne-Marie Rey­mond, reine du sou­rire et des meilleures assiettes bio ; ayant labou­ré cette riche terre de ren­contres ; étant reve­nu quelque peu de cer­taines illu­sions ; mais sans amer­tume aucune, ce grand écha­las a donc tiré l’échelle et s’en va, avec sa reine à lui, explo­rer d’autres horizons.

Une page se tourne. La Bas­cule a bas­cu­lé. Des bur­lingues vont « inves­tir » cette col­line ins­pi­rée ; encore des bur­lingues, oui mais « pay­sa­gers », jurent-ils – ah bon, on est ras­su­rés ! –, pour des bipèdes assis, bulbes cal­cu­la­teurs, blan­chis sous le pixel, pro­fi­teurs de la misère du monde. Oyez les potes, la terre se réchauffe mais il fait bien froid tout à coup, ne trou­vez-vous pas ?

* Encu­lette, n. fém. du bas latin encu­lo. Inven­tion mar­seillaise d’origine indé­ter­mi­née. Machine de comp­toir ins­pi­rée de la rou­lette de casi­no, des­ti­née à faire cas­quer le pas­tis apé­ro par le couillon du jour.

Ni fleurs ni cou­ronnes, mais cour­riels d’amitié pos­sibles ici : accueil@lepointdebascule.fr

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Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Monde de ce 29/10/15 

Die­sel : l’Europe recule face aux lobbys

Après le scan­dale Volks­wa­gen, la Com­mis­sion euro­péenne vou­lait impo­ser des tests d’émissions de gaz pol­luants plus contrai­gnants. Les construc­teurs auto­mo­biles, sou­te­nus par les Etats, ont obte­nu de pou­voir émettre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote auto­ri­sé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démo­cra­tique. Tirons l’échelle !

Nous serons les der­niers, voilà.

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Réfugiés. Du droit d’asile et autres droits de l’Homme…

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Mucem, Mar­seille : le Musée des civi­li­sa­tions de l’Europe et de la Médi­ter­ra­née joue plei­ne­ment son rôle en arbo­rant sur sa façade un des fon­da­men­taux des­dites civi­li­sa­tions – en l’occurrence, l’article 14 de la Décla­ra­tion uni­ver­selle des Droits de l’Homme sur le droit d’asile des réfu­giés. Jusqu’à preuve du contraire, si la Décla­ra­tion se veut uni­ver­selle, seule la guerre entre les hommes y par­vient plei­ne­ment. [Cli­quer sur la pho­to pour mieux la lire].

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« Les hommes naissent libres et égaux en droit ». Un des autres fon­da­men­taux, sinon le pre­mier – on ne peut plus bafoué !

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L’abattoir, lieu insoutenable, limite de l’humanité

Accro­chez-vous ! Les images ci-des­sous sont du genre insou­te­nable. Par delà, ce qui l’est encore plus, insou­te­nable, c’est le cal­vaire subi en per­ma­nence, dans le monde, par des mil­liards d’animaux. L’hominidé s’étant décré­té comme « supé­rieur » – pro­ba­ble­ment depuis qu’il a pré­ten­du « pen­ser », ce qui est somme toute bien récent à l’échelle de l’évolution –, il n’a eu de cesse d’exploiter les ani­maux. Et cela, d’ailleurs, dans un sens si large, qu’il s’est aus­si auto­ri­sé à exploi­ter ses sem­blables, jusqu’à les tor­tu­rer, dans le tra­vail notam­ment et, tant qu’à faire, jusqu’à les exterminer.

logo-L214-100pxLa vidéo ci-des­sus est due à l’asso­cia­tion de défense des ani­maux L214 

L’abattoir d’Alès (Gard) fait l’objet d’une enquête et a été pro­vi­soi­re­ment fer­mé. 20 000 porcs, 40 000 ovins et 6 000 bovins y sont mal-trai­tés chaque année. À mul­ti­plier par le nombre de mou­roirs sem­blables en France, en Europe, par­tout dans le monde.

L’homme, donc, consi­dé­ré comme espèce supé­rieure, même si, trop sou­vent, il ne vole pas bien haut. De là, ce qu’on appelle le spé­cisme. Ce concept inclut aus­si le fait que, même par­mi les ani­maux, cer­tains sont plus res­pec­tables que d’autres. C’est évi­dem­ment le cas des ani­maux de com­pa­gnie et des ani­maux domes­tiques ; par­mi ces der­niers, les ani­maux d’élevage font l’objet de trai­te­ments plus ou moins dégra­dants, selon le niveau de « ren­de­ment » qu’ils repré­sentent : force motrice, mar­chan­dise de loi­sirs (che­vaux),  ou/et de consom­ma­tion, cobayes de labo­ra­toires, objet sacri­fi­ciel. Reste, de toutes façons, la ques­tion de leur mort et de leur éli­mi­na­tion, ques­tion qui rejoint trop sou­vent la « solu­tion finale ».

Car « tout se tient » ici encore. Cause ou consé­quence de l’éhontée domi­na­tion humaine – variante du colo­nia­lisme –, le spé­cisme se décline en racisme tout autant qu’en sexisme. Supé­rio­ri­té d’une « race » sur une autre, d’un sexe sur l’autre.

Cette affaire des abat­toirs dépasse celle du végé­ta­risme ou du végé­ta­lisme. Ne pas man­ger de viande, ou pas même aucun pro­duit ou sous-pro­duit d’origine ani­male, cela peut se dis­cu­ter sous de mul­tiples aspects (moraux, reli­gieux, éco­no­miques, éco­lo­giques, bio­lo­giques, sani­taires, etc.) Mais, quoi qu’il en soit, la manière dont l’ani­mal humain (je reprends cette expres­sion due à Wil­helm Reich ; elle ren­voie l’homme à sa double com­po­sante et le remet à sa juste place) traite les autres ani­maux, notam­ment dans la mort, m’apparaît comme fon­da­men­tale dans le pro­ces­sus d’humanisation.

De ce point de vue, on peut consi­dé­rer qu’il y a conti­nui­té – sans exclure des varia­tions his­to­riques dans l’ordre du pro­grès ou de la régres­sion – entre l’hominidé chas­seur-pêcheur, car­ni­vore ; le chas­seur vian­dard actuel ; l’afi­cio­na­do des cor­ri­das ; le violent social ou cri­mi­nel ; le guer­rier san­gui­naire ; le bour­reau nazi ; l’halluciné fana­tique. Liste non exclusive !

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Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une che­mise déchi­rée, et même deux. Une agres­sion contre des per­sonnes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plu­tôt « non esthé­tique ». C’est le geste du déses­poir, le der­nier geste du condam­né avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Perdre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pas­ser du sta­tut de « chan­ceux », pour ne pas dire pri­vi­lé­gié – du pri­vi­lège d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­ture… – à celui de déclas­sé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air France annonce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela signi­fie 2.900 vies déchi­rées (bien davan­tage, en fait). À côté des­quelles deux che­mises déchi­rées, même blanches et bien repas­sées, c’est une vio­lence très modérée !


Une vidéo révèle les négo­cia­tions chez Air France par Buzz­Vid

La vidéo ci-des­sus a été prise quelques minutes avant les inci­dents qui for­ce­ront les diri­geants Xavier Bro­se­ta et Pierre Plis­son­nier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés tentent d’interpeller et d’ouvrir le dialogue.
Cette vidéo est poi­gnante, mon­trant le cou­rage et le déses­poir d’une femme affron­tant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croi­sés, tri­po­tant leurs por­tables, touillant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et fina­le­ment muets comme des tombes. « On nous a deman­dé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du san­glot dans un mono­logue pathétique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regrou­pés dis­cutent entre eux, fei­gnant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habi­li­tés, on n’est pas habilités ».

Ils n’ont rien à répondre au réqui­si­toire. Car ils ne sont même pas res­pon­sables et ne peuvent répondre de rien… Minables pan­tins cra­va­tés du capi­ta­lisme plan­qué, sans visage, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casi­nos finan­ciers  à l’ombre des para­dis fis­caux, fixant de loin, « off shore », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goinfrent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­lences autre­ment plus radi­cales, la dégra­da­tion géné­rale des condi­tions socio-éco­no­miques nous en pro­met ! Les « voyous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culottes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux chemises.
Sur son blog, le mili­tant encore socia­liste Gérard Filoche a res­sor­ti pour la cir­cons­tance un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Chambre des dépu­tés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actua­li­té brûlante :

« Le patro­nat n’a pas besoin, lui, pour exer­cer une action vio­lente, de gestes désor­don­nés et de paroles tumul­tueuses ! Quelques hommes se ras­semblent, à huis clos, dans la sécu­ri­té, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans vio­lence, sans gestes désor­don­nés, sans éclats de voix, comme des diplo­mates cau­sant autour du tapis vert, ils décident que le salaire rai­son­nable sera refu­sé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui conti­nuent la lutte seront exclus, seront chas­sés, seront dési­gnés par des marques imper­cep­tibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vin­dicte patro­nale. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fonde et meur­trière des grands patrons, des grands capi­ta­listes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de com­men­ter : « Mal­heu­reu­se­ment, Manuel Valls traite les sala­riés de « voyous » et prend fait et cause pour la direc­tion d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus sou­vent à Clé­men­ceau, le bri­seur de grèves, qu’à Jaurès… »

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Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Groth

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­ture à Svet­la­na Alexie­vitch, le jury de Stock­holm honore une magni­fique écri­vaine et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consacre une femme elle-même vouée à témoi­gner du cou­rage face au ter­rible quo­ti­dien de « héros ordi­naires ». Un choix qui s’inscrit dans un contexte géo-poli­tique et éco­lo­gique des plus troubles, affec­tant toute l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­sible à cette recon­nais­sance que je dois à Svet­la­na Alexie­vitch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guerre n’a pas un visage de femme (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­nique du monde après l’apocalypse, témoigne avec force de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­trophe ; les témoi­gnages ras­sem­blés donnent au drame sa dimen­sion plei­ne­ment humaine, dépeinte sans arti­fice aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noire », signi­fi­ca­tion lit­té­rale de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­ligne un pho­to­graphe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en couleur…

Plus loin, un liqui­da­teur raconte com­ment se blo­quaient les dosi­mètres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplômes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Lénine et des dra­peaux rouges. »

Une femme, épouse d’un liqui­da­teur, raconte l’agonie de son homme : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un monstre… » Le reste de ce témoi­gnage, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­table et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­tique, cette catas­trophe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses causes en sont autant poli­tiques que tech­niques, contrac­tion implo­sive d’un sys­tème dément et d’une incon­sé­quence scientiste.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­cable contre l’énergie nucléaire dite « paci­fiste ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléaires dans le monde – dont 58 en France.

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Autre grand livre : La guerre n’a pas un visage de femme… mais les femmes ont été de toutes les guerres. En par­ti­cu­lier les femmes russes enrô­lées dans l’Armée rouge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liaires de toutes sortes, de toutes cor­vées, blan­chis­seuses de linge gor­gé de sang, infir­mières, bran­car­dières, méde­cins, cui­si­nières, puis com­bat­tantes, tireurs d’élite. Des héroïnes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gnages tout aus­si insupportables.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vitch, écri­vaine et jour­na­liste rus­so­phone, ukrai­nienne par sa mère et bié­lo­russe par son père, est une dis­si­dente irré­duc­tible, tant sous le régime sovié­tique que dans la Rus­sie pou­ti­nienne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Loukachenko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guerre sovié­to-afghane, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­cides de citoyens russes après la chute du com­mu­nisme et Der­niers Témoins (2005), témoi­gnages de femmes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rouge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­taines de témoi­gnages dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zine Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­ture la consacre pour « son œuvre poly­pho­nique, mémo­rial de la souf­france et du cou­rage à notre époque ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Mensonge

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Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révo­lus, révo­lus comme la Révo­lu­tion et comme la peine de mort… C’était sans comp­ter sur l’exception mar­seillaise. Non pas celle des autres exé­cu­tions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opé­ra muni­ci­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pen­dai­son. Plus éco­no­mique que la guillo­tine, tel­le­ment moins san­gui­no­lente. Un gibet, une corde, un bour­reau, une condam­née à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une classe de petits éco­liers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fier les masses face au Crime éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peuple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­taine jouis­sance dans les pru­nelles avides. Il faut dire que la cri­mi­nelle irra­diait lit­té­ra­le­ment, sous sa longue robe écar­late et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appe­lant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui repro­chait-on à cette Char­lotte Cor­day marseillaise ?

À entendre son cri, on com­prend que c’est la Femme, fatale péche­resse, qui devait ici expier son crime d’exister. Dans la suite inin­ter­rom­pue des muti­la­tions his­to­riques infli­gées à toutes les femmes de la pla­nète en per­di­tion : bat­tues, exploi­tées, mépri­sées, répu­diées, trom­pées, humi­liées, exci­sées, lapi­dées, igno­rées ou même adu­lées – exé­cu­tées. La sup­pli­ciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue... ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fic­tives. Tant de sau­va­ge­rie par­tout ! Jusque « dans l’ombre de la démo­cra­tie », ain­si que le sou­ligne l’auteur du spectacle.

La dra­ma­tur­gie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la situa­tion. La comé­dienne, poi­gnante, bou­le­ver­sante au bout de sa corde. Son bour­reau intrai­table. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte trou­blante d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mis­tral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le par­vis de l’opéra mar­seillais pour une scène de rue jamais ano­dine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de rendez-vous.

Pendue

© gp

Pen­due, de la com­pa­gnie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­tacle Les Pen­dus, de Bar­thé­le­my Bom­pard, écrit par Nadège Pru­gnard„ inter­pré­té par Céline Dami­ron et Bar­thé­le­my Bom­pard,
accom­pa­gnés par Thé­rèse Bosc au saxo­phone. Tech­nique : Dja­mel Djer­boua, son : Nico­las Gendreau.

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La maltraitance gynécologique, variante du viol

28 sep­tembre 2015, France Culture, l’émission Sur les Docks a pour thème la mal­trai­tance gyné­co­lo­gique. Les témoi­gnages d’enchaînent, bou­le­ver­sants, révol­tants. Ce n’est pas d’aujourd’hui ni d’hier, pour­tant ce sujet, si grave, est rare­ment por­té sur la place publique. Il est vrai qu’il s’agit de pro­blèmes « de femmes », face au pou­voir médi­cal, un pou­voir trop sou­vent tota­li­taire, voire fas­ciste et en tout cas empreint de sexisme.

On pour­rait, plus géné­ra­le­ment, évo­quer la mal­trai­tance médi­cale. Ain­si, j’ai eu moi-même à me plaindre de la bru­ta­li­té machiste d’un méde­cin à l’occasion d’un « tou­cher pros­ta­tique ». Eh oui, tou­jours cette vio­lence anti-sexuelle !

Comme pour le viol, dont elle est somme toute une variante, cette mal­trai­tance envers le corps fémi­nin reste trop sou­vent subie en silence car, en plus de la bles­sure intime, les vic­times s’efforcent de la refou­ler au plus pro­fond d’elles-mêmes, ajou­tant une dimen­sion affec­tive et psy­chique à cette souffrance.

Trop sou­vent, lors d’une consul­ta­tion, d’un accou­che­ment, d’une IVG… le corps de la femme ne lui appar­tient plus. Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gyné­co­logues pas tou­jours res­pec­tueux, par­fois mépri­sants – qu’il s’agisse de méde­cins hommes, ou femmes.

C’est un nou­veau com­bat que les femmes sont en l’occurrence ame­nées à livrer dans leurs luttes pour l’égalité sexuelle.

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d.r.

Faits récents : au prin­temps 2014, des sages-femmes alertent sur le « point du mari » : un geste clan­des­tin – ou pas – qui consiste à recoudre une épi­sio­to­mie par quelques points de suture sup­plé­men­taires  – sup­po­sé accroître le plai­sir de l’homme lors des rap­ports sexuels. En février 2015 sur­git sur la toile, le scan­dale des tou­chers vagi­naux sur patientes endor­mies. Puis, encore sur inter­net, des cen­taines de femmes ont racon­té leurs expé­riences dou­lou­reuses chez le (ou la) gyné­co­logue : pater­na­lisme, sexisme, conseils dépas­sés, exa­mens bru­taux, paroles humi­liantes, homo­pho­bie, absence de consen­te­ment, etc.

L’émission de France Culture a libé­ré la parole sur cette ques­tion, même si il faut se gar­der de la géné­ra­li­sa­tion, tou­jours dan­ge­reuse, dans ce domaine comme dans d’autres.

 Magni­fique pièce à ver­ser au dos­sier, la chan­son de Georges Bras­sens, Le Bla­son. [Impos­sible de la glis­ser ici]

Extraits des témoi­gnages recueillis par Hélène Com­bis-Schlum­ber­ger sur cette mal­trai­tance.. En notant qu’ils ne concernent que cette par­tie res­treinte et pri­vi­lé­giée du monde – le nôtre – où les femmes ont acquis plus de droits qu’ailleurs…

« Par­fait pour la levrette », par Léa

Au CHU de Nantes, mon gyné­co m’a dit une fois : « Votre col de l’utérus doit être par­fait pour la levrette  ». Toi, à ce moment là, tu es au plus mal, posi­tion humi­liante sur l’étrier (l’engin de tor­ture) et tu as juste envie de l’émasculer : CONNARD.

« L’ancienne gyné­co de ma mère lui a caché un can­cer », témoi­gnage anonyme

L’ancienne gyné­co de ma mère lui a caché un can­cer (oui, oui) parce qu’elle était enceinte (bah oui, des fois que ma mère aurait pré­fé­ré avor­ter et se faire soi­gner 8 mois plus tôt !!!).

Une amie n’a pas pu béné­fi­cier d’un avor­te­ment thé­ra­peu­tique (enfant non viable) parce que sa gyné­co lui a volon­tai­re­ment men­ti sur les délais légaux pour le pra­ti­quer, et a fait traî­ner les démarches. Elle a fini par le faire moyen­nant finances dans un pays fron­ta­lier ! Il fau­drait prendre le pro­blème dans le bon sens : dépis­ter l’intégrisme reli­gieux par­mi les méde­cins. C’est cet inté­grisme qui véhi­cule l’image nau­séa­bonde de la femme et de son corps, qui mène à ces abus.

« Quand il va tom­ber du trou », par Francine

Au début des années 70, je fus enceinte de mon pre­mier enfant et j’étais sui­vie par un gyné­co­logue stras­bour­geois de renom.
Au sixième mois, au cours d’une consul­ta­tion, nous avons par­lé plus pré­ci­sé­ment de l’accouchement, et je fus effa­rée d’entendre ce mon­sieur dire à plu­sieurs reprises : « Quand il va tom­ber du trou...  ». Cette gros­siè­re­té m’a fait envi­sa­ger de chan­ger de praticien.
Je n’en ai pas eu l’occasion car quelques jours plus tard j’accouchais pré­ma­tu­ré­ment (à 40 km de Stras­bourg). Mon fils est décé­dé très vite suite à une insuf­fi­sance res­pi­ra­toire ; à aucun moment ce mon­sieur ne s’est manifesté ...
quelle classe et quelle humanité !
Et les femmes gyné­co ne sont pas tou­jours dif­fé­rentes, un comble !

« Il me fait un bisou sur un sein », par Domie

Un gyné­co­logue répu­té dans ma ville qui, après consul­ta­tion, me fait un bisou sur un sein.... J’avais 25 ans et depuis, je n’ai que des gynés femmes (...) Et il me dit : « Vous avez une des plus belles poi­trines de ma clien­tèle  ». Com­bien de fois a-t-il dû dire ça ? Com­bien de fois cela a dû fonc­tion­ner.... ou pas. Com­bien de gyné­cos ou autres méde­cins ont abu­sé de leur fonc­tion ? (...) J’étais jeune et je n’ai pen­sé qu’à fuir, et ne plus jamais revenir.

« Le gyné­co­logue en chef est arri­vé avec toute une équipe d’élèves », par Danielle

Je me sou­viens très bien d’avoir été hos­pi­ta­li­sée à l’hôpital de Rennes pour une gros­sesse à risque il y a de cela 39 ans et je me rap­pelle très bien le gyné­co­logue en chef, arri­vé dans ma chambre avec toute une équipe d’élèves, après avoir expli­qué mon cas et ayant deman­dé à cha­cun de faire un tou­cher. Or à un moment don­né (j’étais toute jeune, 23 ans ) je me suis mise à pleu­rer à la grande sur­prise du méde­cin et j’ai réus­si à dire que j’étais très gênée par tous ces regards sur moi braqués .
Ce témoi­gnage vaut ce qu’il vaut mais je m’en sou­viens encore très sensiblement...

« Faut pas cou­cher », par Lux

Un jour, à une consult sur un sou­ci de pilule : « Ah bah si vous vou­lez pas avoir de bébés, faut pas cou­cher, hein !  »

« Un bout de viande sur sa table d’examen », par Anne-Marie

Je suis infir­mière et pour­tant, mon der­nier pas­sage chez ma gyné­co­logue je l’ai consi­dé­ré comme un viol : cette femme a été d’une bru­ta­li­té incroyable et d’un irres­pect pour ma pudeur... J’étais un bout de viande sur sa table d’examen. J’en suis sor­tie trau­ma­ti­sée, avec un mal au ventre ter­rible, je ne suis pas près d’y retour­ner. Cela m” a per­mis aus­si de m’interroger sur mon tra­vail, et sur le res­pect et la dou­ceur que je dois aux patients : une remise en cause fon­da­men­tale de mon métier.

« J’ai subi un deuxième viol », témoi­gnage anonyme

On a déci­dé de ne pas m’anesthésier du tout pen­dant une inter­ven­tion au laser sur le col de l’utérus. Pleu­rer de dou­leur pen­dant toute l’intervention... Les demandes des infir­mières n’ont pas convain­cu le chi­rur­gien de faire une pause ou de repor­ter l’opération pour pas­ser sous anesthésie.
Une ques­tion : pour­quoi atta­cher nos jambes sur les étriers avec des lanières de cuir si l’on n’est pas anesthésiées ?
Le coup de mas­sue : « ça ne fai­sait quand même pas si mal que ça !  », dixit Mr le Dr. G.
J’ai subi un deuxième viol, je n’en avais vrai­ment pas besoin.

« Elle a écrit IVG pour une femme qui venait de perdre sa troi­sième gros­sesse », par Edna

Lors de ma troi­sième fausse couche, à la sor­tie, après le cure­tage néces­saire, je demande épui­sée, déses­pé­rée, à l’interne de me faire un arrêt de tra­vail : elle me regarde de travers...
Je lui dis que reprendre mon tra­vail de méde­cin, m’occuper des gens dans l’état où je suis va être dif­fi­cile, que je me sens très mal, elle finit par me don­ner un arrêt en me disant : « Bon, trois jours ».

Je sors du bloc, d’une anes­thé­sie, j’encaisse ma troi­sième fausse couche... trois jours.
En ren­trant chez moi je rem­plis l’arrêt et là, LA STUPEUR : elle a écrit IVG: inter­rup­tion volon­taire de gros­sesse, pour une femme qui vient de perdre sa troi­sième grossesse !!!!

En gros : elle ne connait pas mon dos­sier, elle confond fausse couche et IVG, et en plus, ça la gonfle, la détresse d’une femme qui « aurait » fait une IVG. Sii je n’avais pas été aus­si affec­tée, je serais retour­née lui mettre mon poing dans la g***** parce que juger, se trom­per, man­quer d’empathie, c’est car­ré­ment gra­vis­sime pour un méde­cin en formation!

Et que l’on me parle pas de la fatigue des internes, j’en étais, cela n’excuse pas la conne­rie et le mépris.

« Peut-être que mon corps me tue­ra dans quelques années de ne pas m’être sou­mise aux gyné­cos », témoi­gnage anonyme

Trau­ma­ti­sée depuis mon ado­les­cence par les pro­pos que me tenait ma mère (« Le gyné­co, tu vas devoir y pas­ser  »), par des consul­ta­tions vio­lentes au début de la ving­taine, où je me ren­dais de mon propre chef, per­sua­dée qu’il fal­lait faire des frot­tis tous les ans parce que c’est impor­tant pour la san­té, parce que c’est ce que disait le fas­ci­cule don­né par la fac, parce que toutes les femmes semblent se rési­gner à remettre leur corps et sur­tout leur inti­mi­té phy­sique et psy­chique entre les mains de méde­cins qui, au début de leur for­ma­tion, vivent des bizu­tages d’une rare misogynie...
Un jour je me suis dit que si j’en souf­frais tel­le­ment, eh bien il y avait une solu­tion toute simple : ne plus y aller, chez le gyné­co. Et advienne que pour­ra. Peut-être que mon corps me tue­ra dans quelques années de ne pas m’être sou­mise aux gyné­cos, peut-être que je mour­rai au cours d’un accou­che­ment à domi­cile. Ou pas. Mais au moins je vivrai à l’abri de cette vio­lence des­truc­trice, et digne.

« Vous allez prendre un trai­te­ment hor­mo­nal, sinon vous ris­quez de deve­nir les­bienne », témoi­gnage anonyme

Quand j’étais ado : « Ah si vous vou­lez qu’un homme veuille de vous un jour mal­gré votre acné, faut arrê­ter le rug­by, hein !  » Ou à 17 ans : « C’est pas nor­mal à votre âge que vous soyez aus­si mus­clée et que vous n’ayez pas de seins, vous allez prendre un trai­te­ment hor­mo­nal, sinon vous ris­quez de deve­nir les­bienne.  » (???) Quand j’avais 20 ans : « De toute façon, toutes les jeunes filles qui ont des mycoses récur­rentes, c’est qu’elles mentent sur leur pra­tique de la sodo­mie. »

De ce que j’ai obser­vé chez cer­tains pra­ti­ciens, l’incertitude est com­blée par des mythes per­son­nels sou­vent liés aux bonnes moeurs, à la bonne hygiène, à une « sexua­li­té conve­nable. » Ça donne des légions de filles sur Doc­tis­si­mo qui s’essaient aux huiles essen­tielles diluées ou non (tee trea, etc) et aux cures de yaourt appli­qué localement.

« Je n’étais pas là pour être tri­po­tée par toute la classe », par Laurence

Lors de mon pre­mier accou­che­ment, j’avais alors 21 ans, j’ai eu un déclen­che­ment. J’attendais depuis quelques heures déjà que le col s’ouvre, quand, de temps à autre, une infir­mière venait se rendre compte de l’avancée des choses. Sou­dain un jeune étu­diant en méde­cine entra et sou­le­va le drap qui recou­vrait mes jambes écar­tées, offrant ain­si une vue impre­nable. Il fit mine de mesu­rer l’ouverture puis, sem­blant satis­fait, res­sor­tit. Un autre étu­diant entra à sa suite et fit le même manège... Lorsque le troi­sième entra, je l’empêchais aus­si­tôt d’aller plus loin dans la manoeuvre en rabais­sant fer­me­ment le drap, et je lui indi­quais la porte en lui disant que je n’étais pas là pour être tri­po­tée par toute la classe. Qu’il fasse pas­ser le mot, à ceux qui attendent der­rière la porte !

« Je ne connais pas une amie qui n’a pas une his­toire dou­lou­reuse à racon­ter », témoi­gnage anonyme

Je ne connais pas une amie, une copine, une col­lègue qui, lorsqu’on parle gyné­co, n’a pas une his­toire dou­lou­reuse à racon­ter : atteinte vio­lente à leur pudeur, com­men­taire très cri­tique sur une par­tie de leur corps ou com­pli­ment sexuel mal­ve­nu, paroles dégra­dantes sur leur pra­tique sexuelle, dou­leur phy­sique non enten­due, voire mépri­sée, humi­lia­tion par celui qui vous prend de haut et vous inti­mide. On a cru long­temps qu’il fal­lait se taire.
Mer­ci à tous ceux qui luttent contre ça : hommes, femmes, spé­cia­listes de la méde­cine, de l’éthique et journalistes.

  • France Culture, Sur les docks, docu­men­taire de Méla­nie Décha­lotte et Fran­çois Teste. Dif­fu­sé le 28.09.2015. Des dizaines de com­men­taires s’ajoutent comme autant de témoi­gnages à ceux de l’émission.

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-maltraitance-gynecologique-2015-09-28

 

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Le climat, peut-être… Mais la connerie ?

Suite, somme toute assez logique, de l’article pré­cé­dent (il y était ques­tion de la fin de l’humanité…), cet exemple pathé­tique, pris sur le « vif » de l’humanité débile. En l’occurrence, ça vient des Etats-Unis, dans l’État de Vir­gi­nie de l’Ouest (houille et gaz de schiste…) qui compte le plus de cli­ma­to-scep­tiques (deux tiers des habi­tants). Mais il n’y aurait qu’à se bais­ser pour en ramas­ser à la pelle tout autour de nous. Où l’on voit dans toute sa dimen­sion, l’alliance fusion­nelle de l’ignorance et des croyances (sur­tout reli­gieuses), à quoi vient s’amalgamer, de façon « natu­relle » en quelque sorte, la soif mala­dive du pro­fit. Inépui­sable sujet de médi­ta­tion. C’était ce 28 sep­tembre 2015 dans le JT de 20 heures de France 2.

Modi­fier l’évolution du cli­mat, ça peut encore se conce­voir… Mais que faire de la connerie ?

»> Vidéo cou­pée : Des dizaines d’autres films paradent sur la toile – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du genre humain…

Post scrip­tum : Dans la même veine et en tout cas sur les mêmes sujets, j’ai failli oublier, cet excellent (comme tou­jours) billet de Sophia Aram sur France Inter, ce même 28 sep­tembre, au matin cette fois et inti­tu­lé Donald, Nadine et Darwin :

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La COP-21 et la voiture qui mène les peuples en bateau (fable moderne sur la fin de l’humanité)

Pépère va régu­liè­re­ment faire ses dévo­tions éco­lo­giques en dépo­sant son obole ordu­rière dans des taber­nacles moche­tingues pla­cés sur le trot­toir. Un jour une bou­tanche, un autre quelques poi­gnées de papier jour­nal, de celui qu’il prend encore en fin de semaine, pour les pro­grammes télé. Par­fois, il croise Mémère et son teckel en man­teau, venus aus­si célé­brer à leurs manières – elle ses maigres déchets, lui sa modeste crotte – cette messe à peu près géné­ra­li­sée à force d’arguments culpabilisants.

cop-21

Une civi­li­sa­tion des déchets en quête de sur­vie. © gp

Mais hier a écla­té le scan­dale VW, « Das Auto ». Et la COP-21 qui nous attend, cette vingt et unième « confé­rences des par­ties », va désor­mais nous appa­raître comme un aimable concert spon­so­ri­sé par Volks­wa­gen. Au pro­gramme, des airs de vio­lon et pas mal de pipeau, des œuvres rin­gardes cata­lo­guées à la façon des pièces de Bach, cette fois sous le pré­fixe VW.

La catas­trophe n’est pas tant pour VW, mais bien plu­tôt, bien plus rude­ment pour le cli­mat pla­né­taire et ses consé­quences humaines. Com­ment, en effet, par­ve­nir doré­na­vant à per­sua­der « les peuples » de l’urgence extrême de la dimi­nu­tion – impé­rieuse, dras­tique – des gaz à effet de serre ? Com­ment ne pas rendre déri­soires nos « petits gestes » de pré­ten­dus « sau­ve­teurs de la pla­nète » (mer­ci pour elle, qui se démer­de­ra, fût-ce au bout de mil­liers d’années, voire de mil­lions), tan­dis que les prin­ci­paux fau­teurs de l’asphyxie cli­ma­tique – les fabri­cants de bagnoles abu­sant leurs uti­li­sa­teurs – ajoutent de la fraude au poison ?!

Les consé­quences de cette affaire de logi­ciel men­teur sont dou­ble­ment graves : d’abord en tant qu’escroquerie (éthique mais aus­si mar­chande et tré­bu­chante), ensuite parce qu’elles vont détour­ner les « usa­gers » de la Terre – ses habi­tants, nous autres pauvres Ter­riens – des réels enjeux cli­ma­tiques et catas­tro­phiques. À quoi bon mes gestes pieux quand d’autres se gaussent et se goinfrent sans vergogne !

Je viens de finir un bou­quin for­mi­dable ; il date de 2006 et m’avait alors échap­pé. Par un coup du hasard, chez un bou­qui­niste, il m’a ten­du les bras et son titre un rien pro­vo­cant : L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras ! C’est un pam­phlet aus­si impla­cable que docu­men­té et sacré­ment envoyé. Yves Pac­ca­let, son auteur, est phi­lo­sophe et natu­ra­liste – bel alliage – et a fait par­tie de l’équipe sous-marine de Cous­teau (ce qui ne garan­tit rien… Voir ici…) Tout est bon là-dedans, rien à jeter. Florilège :

Paccalet« L’homme est une espèce jetable, à l’image de la civi­li­sa­tion qu’il a inven­tée. » À l’origine du Mal­heur : la démo­gra­phie galo­pante, sui­ci­daire. De 1945 à 2025, en quatre-vingts ans, la popu­la­tion de la Terre aura dou­blé, pas­sant de quatre à huit mil­liards d’habitants. « Pour le méde­cin, une popu­la­tion exces­sive de cel­lules prend le nom de “tumeur”. Si le pro­ces­sus de mul­ti­pli­ca­tion s’emballe, la tumeur devient maligne : on a affaire à un can­cer. » […] « Nous enva­his­sons, nous dévas­tons, nous salis­sons l’air, l’eau, l’humus fer­tile, les mers, les prai­ries, les forêts, les marais, les mon­tagnes, les déserts et les pôles ; demain la Lune et la pla­nète Mars.… Nous pro­dui­sons des quan­ti­tés phé­no­mé­nales de déchets. Nous menons à l’agonie Gaïa, le super orga­nisme qui nous inclut. Du même coup, nous nous pré­ci­pi­tons dans le néant. » […] « L’homme est le can­cer de la Terre. Cette for­mule cho­que­ra les âmes sen­sibles ; mais peu me chaut d’offusquer les “huma­nistes” qui ont des yeux pour ne pas voir et un cer­veau pour ima­gi­ner que Dieu les a conçus afin qu’ils passent leur éter­ni­té à chan­ter des can­tiques au para­dis ou à cuire en enfer. Si Dieu existe, il nous a faits pour s’amuser, comme nous fabri­quons nos pro­grammes de télé­vi­sion, nos OGM et nos armes de des­truc­tion mas­sive. À la fin, c’est tou­jours la catastrophe. »

Je saute quelques pages pour arri­ver à cette saillie (Ô Wil­helm Reich et sa Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme !) : « L’espèce humaine est affreuse, bête et méchante. Nous avons tous en nous quelque chose d’un peu nazi. […] Je cherche l’humanité au fond de l’homme : je n’y vois que la mous­tache d’Hitler. »[*] Pro­vo­ca­teur ? Oui, néces­sai­re­ment. Et je passe ici sur l’argumentaire, je ne vais pas reco­pier tout le bou­quin. Tâchez de vous le pro­cu­rer, il est salu­taire et clair­voyant, dix ans avant la COP-21 qu’il devance lar­ge­ment avec ses conclu­sions radi­cales sous la forme de Treize bonnes rai­sons de mou­rir, car « la péda­go­gie de l’environnement n’existe pas ou ne sert à rien : l’humanité est condamnée. »

L’énumération des Treize catas­trophes qui nous guettent (notez le fati­dique « 13 ») semble impla­cable. Je crois aus­si qu’elle l’est. Mais on est tout de même ten­té de reprendre à notre compte le mot de la com­tesse du Bar­ry sous le tran­chant de la guillo­tine :  «Encore un moment, mon­sieur le bour­reau ! » 

  • Yves Pac­ca­let, L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras !, 191 p. Essai. J’ai lu.
  • [*] His­toire d’atteindre le Point God­win, je rap­pelle que Das Auto, la Voi­ture du peuple, a vu le jour dans les années trente, en Alle­magne nazie, selon les sou­haits d’Hitler.
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« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

hamid-zanaz

Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­liste, il publie abon­dam­ment dans des médias arabes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phète, islam et isla­misme sont syno­nymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­phones qu’en France… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam explique pour­quoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­si­miste, iro­nique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvrage est titré Isla­misme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pourquoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en prin­cipe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­duire du fran­çais en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exemples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre islam et isla­misme, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il parle des dji­ha­distes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cule ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus radi­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une honte », en réfé­rence à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veulent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la misère et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gristes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bonne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algé­riennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-réponses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­liste de l’islam. Une femme dit : j’ai des pro­blèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suivre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nesse du monde arabe repré­sente un espoir ?

– Non, la jeu­nesse du monde arabe ne change pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabrique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exemple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du capi­ta­lisme et du socia­lisme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mique. Les jeunes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pratique.

• Mais les pré­ceptes, par exemple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévères. La popu­la­tion réus­sit-elle à les respecter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mique, les gens ne peuvent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu presque clan­des­tin, ces lieux ferment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quartier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se maintient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­loppe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achètent la paix sociale et rap­pellent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­risme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bordel !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétro­lière soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres formes d’énergie. Le pro­blème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétrole. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démographique ?

– Les bâti­ments enva­hissent tout, on ne cesse de construire. Si ça conti­nue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­rible, les auto­routes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tunisien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion reli­gieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tuni­siens défendent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hostile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­geante du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?

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Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pitre du rejet qui consti­tue son fond de com­merce poli­tique. Sa lar­gesse de vue et d’esprit sur­gissent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­daire, décla­rant ain­si [La Pro­vence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejette la poli­tique de dan­ge­ro­si­té de Hol­lande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­laire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la finesse de l’analyse et sa por­tée géo-poli­tique. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­vence ajoute : « Maryse Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­ture des jour­na­listes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bonne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­pole » du rejet aux lepe­nistes du FN qui pour­raient lui faire de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­sibles avec cette femme qui n’est ni démo­crate ni répu­bli­caine. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la présidentielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démo­cra­tique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zysme. Le putsch ver­bal et fas­ci­sant de Maryse Jois­sains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros faible pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affaire de goût, de choix. On ne dis­cute même pas.

Quant à La Pro­vence – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne pla­te­ment déma­go­gique. Ain­si son innom­mable rubrique « Le vote du jour », en der­nière page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la réponse binaire : oui/non et « Ne se pro­nonce pas ». Exemple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pra­tique est scan­da­leuse, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­dages en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­tages ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus incon­sé­quente : Faut-il assou­plir [que le verbe est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­tique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­cluse, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner encore davan­tage que dans sa vidéo sur inter­net où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de cer­tains poli­tiques qui tiennent des pro­pos inqua­li­fiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai honte des chré­tiens qui semblent igno­rer cette tra­gé­die des migrants et sur­tout se refusent à perdre les avan­tages acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­vence du même jour, même article, même punition.

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Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Ségué­la, le plus con des pubeux bron­zés vient de remettre une couche  à sa conne­rie déjà gra­ti­née. Après sa sor­tie de 2009 - «Si à cin­quante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre mora­liste s’est sur­pas­sé sur BFM TV. En ten­tant mina­ble­ment de jus­ti­fier sa « pub » pré­cé­dente – une «conne­rie», admet-il en se don­nant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes condam­nés à ne jamais vous faire le plai­sir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clo­chard, on peut arri­ver à mettre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bour­dieu fait pense-petit, je trouve.

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Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­trale de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heure fran­çaise] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un porte-parole de la com­pa­gnie japo­naise Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, quatre ans et cinq mois après la catas­trophe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­naises passent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­pone, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­dages, 60 % des Japo­nais demeurent hos­tiles à l’énergie nucléaire.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cette remise en ser­vice d’installations nucléaires est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­miques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en grande par­tie à la fac­ture d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­trales ther­miques. Des argu­ments… éco­lo­giques sont aus­si mis en avant, sur le registre de la réduc­tion des gaz à effet de serre émis par les cen­trales au gaz, au pétrole ou au charbon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­tiles à ce redé­mar­rage – qui inter­vient en plein dans les vacances d’été – et à quelques jours des céré­mo­nies du soixante-dixième anni­ver­saire des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier ministre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléaire, a qua­li­fié cette mise en ser­vice d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux portes de la cen­trale de Sen­dai et devant la rési­dence du pre­mier ministre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vice, tan­dis qu’une ving­taine se pré­parent aus­si à redémarrer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ristes de la pla­nète sur laquelle quelque 76 réac­teurs nucléaires sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses suites : http://www.fukushima-blog.com/

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Cousteau, salaud, le peuple de l’eau aura ta peau ! (pcc Gérard Mordillat)

Encore une idole qui se fait dézin­guer. Cette fois, ce n’est pas Onfray qui cogne, mais Gérard Mor­dillat qui se tape le « com­man­dant Cous­teau » en revi­si­tant son film tour­né avec Louis Malle, Le Monde du silence.

Palme d’or à Cannes en 1956 et Oscar du meilleur film docu­men­taire l’année sui­vante aux Etats-Unis le film a consa­cré un nou­vel héros des pro­fon­deurs, bien­tôt éle­vé au rang d’idole de la Nature océane. Des cen­taines de mil­liers de spec­ta­teurs auront gar­dé en mémoire la beau­té des fonds marins et la… pro­fon­deur du pro­pos. Soixante ans après la sor­tie, le roman­cier et cinéaste Gérard Mor­dillat recon­si­dère l’unanimisme béat qui avait accueilli le film et s’interroge sur ce qui lui appa­raît aujourd’hui  comme l’œuvre d”« une bande d’abrutis satis­faits ». Et de détailler les scènes d’horreur : tue­rie de requins à coups de pelle, cacha­lot déchi­que­té par l’hélice de la Calyp­so et ache­vé au fusil, dyna­mi­tage de pois­sons pour rai­son « scien­ti­fique », etc.

Com­ment se fait-il qu’on n’ait alors rien vu ? s’étrangle Mor­dillat. C’était début juillet, sur le site de Là-bas si j’y suis (l’émission de Daniel Mer­met, ex-France Inter). La vidéo ci-des­sous illustre cette affaire post mor­tem.

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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