On n'est pas des moutons

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Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En pro­ve­nan­ce du Japon, la nou­vel­le n’a pas ému nos médias : la région où se trou­ve la plus puis­san­te cen­tra­le ato­mi­que du mon­de, Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être diri­gée par un gou­ver­neur anti­nu­cléai­re. Ce qui rebat les car­tes de l’énergie ato­mi­que – pas seule­ment au Japon.

Ryui­chi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­por­té, hier diman­che, les élec­tions dans la pré­fec­tu­re de Nii­ga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­ver­neur étant requi­se pour la remi­se en ser­vi­ce des réac­teurs arrê­tés depuis Fuku­shi­ma, cet­te nou­vel­le don­ne consti­tue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espé­rait sau­ver ses finan­ces en relan­çant ces sept réac­teurs, les seuls lui res­tant après l’arrêt des deux cen­tra­les de Fuku­shi­ma, sui­te à la catas­tro­phe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bour­se de Tokyo (la plus for­te chu­te du Nik­kei : -7,89% à 385 yens).

La cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séis­me en juillet 2007 qui avait pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve. Depuis, alors que la cen­tra­le est tou­jours à l’arrêt, huit incen­dies se sont décla­rés dans les dif­fé­ren­tes uni­tés [Sour­ce : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les auto­ri­tés ont don­né le feu vert en février 2009 pour le redé­mar­ra­ge (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

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La cen­tra­le nucléai­re de Kashi­wa­sa­ki a frô­lé le désas­tre lors du séis­me du 16 juillet 2007 qui a pro­vo­qué un incen­die et des fui­tes d’eau radio­ac­ti­ve pré­fi­gu­rant la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agen­ce inter­na­tio­na­le pour l’énergie ato­mi­que (AIEA) avait alors dépê­ché une mis­sion diri­gée par le Fran­çais Phi­lip­pe Jamet, haut diri­geant de l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re fran­çai­se (ASN). Le rap­port publié s’était conten­té de quel­ques recom­man­da­tions ano­di­nes, assu­rant que les cen­tra­les japo­nai­ses pou­vaient résis­ter à tout évé­ne­ment sis­mi­que ou cli­ma­ti­que. La catas­tro­phe de Fuku­shi­ma a dra­ma­ti­que­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléai­res japo­nais sont en ser­vi­ce mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléai­re) Shin­zo Abe use de tou­tes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­ra­ge d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la popu­la­tion.

Ces réou­ver­tu­res sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­ti­ce ou par le veto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voi­là pour­quoi l’élection de Ryui­chi Yoneya­ma à la tête de la région de Nii­ga­ta est un coup ter­ri­ble por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléai­res (et au cours en bour­se de Tep­co) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remi­se en ser­vi­ce des sept réac­teurs de Kashi­wa­sa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vi­ce devront s’arrêter pour main­te­nan­ce et, com­me ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléai­re. Si 130 mil­lions de Japo­nais peu­vent vivre sans nucléai­re, com­ment pré­ten­dre enco­re que c’est « impos­si­ble » pour deux fois moins de Fran­çais ? 2

Notons enco­re que cet­te élec­tion et ses consé­quen­ces consti­tuent une mau­vai­se nou­vel­le pour les nucléa­ris­tes fran­çais – entre autres – et en par­ti­cu­lier pour EDF et Are­va qui misent sur le retour de la droi­te au pou­voir pour relan­cer leur offen­si­ve sur le mar­ché mon­dial de l’énergie, y com­pris en Fran­ce, bien enten­du !

C’est vrai­sem­bla­ble­ment pour cet­te rai­son de pros­pec­ti­ve poli­ti­que (pour ne pas dire de pro­ba­bi­li­té) qu’EDF s’est enga­gée, dans un contrat fran­co-chi­nois, à livrer à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­pa­ge du calen­drier et des coûts – deux réac­teurs nucléai­res EPR de 1 650 méga­watts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chan­tiers EPR en cours déra­pent sur les coûts et les délais, et que les finan­ces de l’entreprise fran­çai­se sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut pren­dre la mesu­re de cet­te arro­gan­ce lors d’un débat télé­vi­sé de « C dans l’air » dif­fu­sé sur la Cinq en 2007, peu après le séis­me qui avait secoué la cen­tra­le de Kashi­wa­sa­ki. Débat auquel par­ti­ci­pait Sté­pha­ne Lhom­me, de l’Obser­va­toi­re du Nucléai­re, pré­co­ni­sant la fer­me­tu­re d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tcher­no­byl. Aver­tis­se­ment bien sûr non pris en comp­te. À pei­ne qua­tre ans plus tard, c’était Fuku­shi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on res­sort le contre argu­ment de l’effet cli­ma­ti­que (tant nié par les mêmes avant son évi­den­ce) pro­vo­qué par les éner­gies fos­si­les. Tan­dis que le « tout nucléai­re » a frei­né le déve­lop­pe­ment, en Fran­ce notam­ment, des éner­gies alter­na­ti­ves renou­ve­la­bles.

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Céci­le Asa­nu­ma-Bri­ce, cher­cheu­re en socio­lo­gie urbai­ne rat­ta­chée au cen­tre de recher­che de la Mai­son Fran­co Japo­nai­se de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­tu­re au sud du Japon), secoué par des séis­mes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­tra­le nucléai­re de Sen­dai à 140 km de là, génè­re la colè­re des Japo­nais. Cet­te cen­tra­le, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toi­re japo­nais en août 2015, depuis le séis­me accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fon­te des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­tra­le de Sen­dai, bien que construi­te en 1984, aurait été remi­se aux nor­mes après le dra­me nucléai­re du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cet­te fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­vel­les nor­mes sont via­bles et per­met­tent de résis­ter aux plus forts séis­mes, redon­nant un élan à la poli­ti­que de redé­mar­ra­ge des cen­tra­les nucléai­res qui ren­con­tre de for­tes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la sui­te sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­tro­phe de 2011. 


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se gar­der de son enne­mi du dedans, ce dia­blo­tin qui le pous­se à trop se mon­trer. Ici, la une du Point, là, en vedet­te chez Ruquier, en par­lo­tes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou pres­que, ce qui est bien périlleux. Sur­tout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domai­nes qui impli­quent quel­que com­pé­ten­ce idoi­ne. Notam­ment sur le nucléai­re. C’est ain­si qu’il se prend une bon­ne raclée (salu­tai­re ?), infli­gée par Sté­pha­ne Lhom­me, direc­teur de l’Observatoire du nucléai­re. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment tou­tes les por­tes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Sté­pha­ne Lhom­me, direc­teur de l’Observatoire du nucléai­re

On ne peut que res­ter sidé­ré par le tex­te de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démon­tre son igno­ran­ce tota­le de la ques­tion du nucléai­re... ce qui ne l’empêche pas de pren­dre ardem­ment posi­tion en faveur de cet­te éner­gie. C’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment par­ce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cet­te posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de contes­ter le libre-arbi­tre de M. Onfray qui peut bien être favo­ra­ble à l’atome (tout le mon­de a le droit de se trom­per), mais de rec­ti­fier les erreurs les plus impor­tan­tes qu’il com­met en s’exprimant sur cet­te ques­tion. Nous poin­tons en par­ti­cu­lier le tex­te « Catas­tro­phe de la pen­sée catas­tro­phis­te », publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma. Voyons cela à tra­vers quel­ques extraits :

On se rap­pro­che du 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl, tan­dis qu’on vient de dépas­ser le 5e de cel­le de Fuku­shi­ma. Rap­pe­lons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les consé­quen­ces de tels désas­tres nucléai­res.

Michel Onfray :  « A défaut de pétro­le, et dans la pers­pec­ti­ve de l’épuisement des éner­gies fos­si­les com­me le char­bon, le nucléai­re offrait en plei­ne guer­re froi­de une pos­si­bi­li­té d’indépendance natio­na­le en matiè­re d’énergie civi­le. »

Sté­pha­ne Lhom­me : Michel Onfray igno­re donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité fran­çai­se, le nucléai­re n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion natio­na­le d’énergie : même pous­sé à son maxi­mum (jusqu’à devoir bra­der les sur­plus à l’exportation), l’atome ne repré­sen­te qu’une peti­te part de l’énergie fran­çai­se, loin der­riè­re le pétro­le et le gaz et il est donc bien inca­pa­ble d’assurer une quel­con­que « indé­pen­dan­ce éner­gé­ti­que ». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puis­que la tota­li­té de l’uranium (le com­bus­ti­ble des cen­tra­les) est impor­tée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : « Revers de la médaille : l’indépendance de la Fran­ce se payait tout de même d’une poli­ti­que afri­cai­ne cyni­que et machia­vé­lien­ne. »

SL : On s’étonnera de la curieu­se indul­gen­ce que Onfray accor­de à la « poli­ti­que afri­cai­ne cyni­que et machia­vé­lien­ne » : pour le phi­lo­so­phe hédo­nis­te, tout serait donc bon pour nour­rir nos bel­les cen­tra­les nucléai­res ? Le pilla­ge et la conta­mi­na­tion du Niger, l’assèchement des nap­pes phréa­ti­ques loca­les, le dépla­ce­ment de popu­la­tions ances­tra­les, la mili­ta­ri­sa­tion de la région : sim­ple « revers de la médaille » ?

On s’étonnera enco­re plus de voir le phi­lo­so­phe mêler allè­gre­ment cet­te pré­ten­due « indé­pen­dan­ce » et la dite poli­ti­que afri­cai­ne : s’il y a « indé­pen­dan­ce » de la Fran­ce, com­ment peut-elle pas­ser par l’Afrique ? A ce comp­te, la Fran­ce est « indé­pen­dan­te » pour sa consom­ma­tion de pétro­le puisqu’elle entre­tient de bon­nes rela­tions avec la dic­ta­tu­re d’Arabie Saou­di­te. Mais le fes­ti­val conti­nue :

Michel Onfray :  « On ne trou­ve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rè­ze... »

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en Fran­ce, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rè­ze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploi­té dans le pays des cen­tai­nes de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toi­re est enco­re lar­ge­ment conta­mi­né  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais impor­té (pillé), c’est que la popu­la­tion fran­çai­se ne tolè­re­rait plus aujourd’hui cet­te acti­vi­té et ses nui­san­ces dra­ma­ti­ques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quel­que part en Fran­ce et vous ver­rez immé­dia­te­ment les rive­rains se mobi­li­ser avec la der­niè­re éner­gie, à com­men­cer par les pro­nu­cléai­res (qui connais­sent mieux que per­son­ne, eux, les rava­ges qu’ils nient le res­te du temps). Alors, on conti­nue tran­quille­ment de piller le Niger, où les mani­fes­ta­tions anti-Are­va sont répri­mées sans état d’âme 3, sans jamais fai­re la Une des médias en Fran­ce, et sans émou­voir le phi­lo­so­phe pro­nu­cléai­re qui conti­nue à s’enfoncer :

Michel Onfray : « Le pho­to­vol­taï­que, la bio­mas­se, l’éolien, l’hydraulique fonc­tion­nent en appoint mais ne suf­fi­sent pas à répon­dre à la tota­li­té du consi­dé­ra­ble besoin d’énergie de nos civi­li­sa­tions.  »

SL : Les éner­gies renou­ve­la­bles seraient donc bien sym­pa­thi­ques, mais tel­le­ment fai­bles com­pa­rées à ce cher ato­me. Il suf­fit pour­tant de se repor­ter aux don­nées les plus offi­ciel­les, par exem­ple l’édition 2013 (la der­niè­re en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (publié par l’Agence inter­na­tio­na­le de l’énergie), en consul­ta­tion libre 4 : on consta­te alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les don­nées exac­tes), les éner­gies renou­ve­la­bles pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­dia­le, le nucléai­re n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin conti­nu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fuku­shi­ma - quand l’atome avait atteint son maxi­mum : 17%.

Or c’est pré­ci­sé­ment en 2011 qu’a com­men­cé la catas­tro­phe nucléai­re au Japon, avec la fer­me­tu­re des 54 réac­teurs du pays, sui­vie de la fer­me­tu­re défi­ni­ti­ve de 8 réac­teurs en Alle­ma­gne, mais aus­si der­niè­re­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop éle­vé de l’électricité nucléai­re) : aujourd’hui, la part du nucléai­re dans l’électricité mon­dia­le est pas­sée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­la­bles font donc plus du dou­ble.

La réa­li­té est enco­re plus édi­fian­te lorsqu’on regar­de l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tri­ci­té : le nucléai­re cou­vre moins de 2% de la consom­ma­tion mon­dia­le d’énergie quand les renou­ve­la­bles (prin­ci­pa­le­ment hydro­élec­tri­ci­té et bio­mas­se) sont à plus de 13%. On pour­ra cer­tes se déso­ler de ce que le trio pétro­le-gaz-char­bon repré­sen­te 85% du total mais, s’il exis­te une alter­na­ti­ve, elle vient bien des renou­ve­la­bles, dont la part aug­men­te conti­nuel­le­ment, et cer­tai­ne­ment pas du nucléai­re dont la part est infi­me et en déclin.

S’il est une éner­gie « d’appoint », com­me dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléai­re, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de cau­ser des pro­blè­mes gigan­tes­ques (catas­tro­phe, déchets radio­ac­tifs, pro­li­fé­ra­tion à des fins mili­tai­res, etc.) en échan­ge d’une contri­bu­tion négli­gea­ble à l’énergie mon­dia­le.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cu­ter ici des tares res­pec­ti­ves des dif­fé­ren­tes éner­gies (si tant est que cel­les des renou­ve­la­bles puis­sent être com­pa­rées à cel­les, effroya­bles, de l’atome), il s’agit de mon­trer que le rai­son­ne­ment du phi­lo­so­phe s’appuie sur des don­nées tota­le­ment faus­ses, et même inver­ses à la réa­li­té (com­me si « le réel n’avait pas lieu »...), ce qui ne lui per­met évi­dem­ment pas d’aboutir à des conclu­sions lumi­neu­ses.

Michel Onfray : « Qui ose­rait aujourd’hui invi­ter à vivre sans élec­tri­ci­té ?  »

SL : Il est tris­te de voir le phi­lo­so­phe se lais­ser aller à des argu­ments si écu­lés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléai­re, point d’électricité ? Il suf­fit de se repor­ter au point pré­cé­dent pour consta­ter l’absurdité de cet­te remar­que. Mais il y a pire enco­re :

Michel Onfray : « Avec la catas­tro­phe japo­nai­se, la ten­ta­tion est gran­de de renon­cer à la rai­son. Les ima­ges télé­vi­sées mon­trent le cata­clys­me en bou­cle… ». Le phi­lo­so­phe stig­ma­ti­se les irres­pon­sa­bles selon les­quels « Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de sui­te les cen­tra­les et de se met­tre aux éner­gies renou­ve­la­bles demain matin  ».

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­tra­le nucléai­re cen­sée résis­ter à tout, les Japo­nais étant pré­sen­tés jusqu’alors com­me les maî­tres de la construc­tion anti­sis­mi­que, la « rai­son » serait de reje­ter tou­te mise en cau­se de cet­te façon de pro­dui­re de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japo­nais ont « cédé à l’émotion » de façon par­fai­te­ment « irra­tion­nel­le » en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléai­res (non pas en un jour mais en un an : un bon exem­ple pour la Fran­ce et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, com­me Onfray, le pre­mier minis­tre ultra­na­tio­na­lis­te Shin­zo Abe choi­sit la pré­ten­due « rai­son » en exi­geant la remi­se en ser­vi­ce de cer­tai­nes cen­tra­les. Mais la popu­la­tion (la rai­son popu­lai­re ?) s’y oppo­se fron­ta­le­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait « irra­tion­nel­le », à être à nou­veau irra­diée ?

Michel Onfray :  « Or il nous faut pen­ser en dehors des émo­tions. La catas­tro­phe fait par­tie du mon­de (…) Ce qui a lieu au Japon relè­ve d’abord de la catas­tro­phe natu­rel­le ». RAPPEL :  » Tcher­no­byl pro­cè­de (…) de l’impéritie indus­triel­le et bureau­cra­ti­que sovié­ti­que, en aucun cas du nucléai­re civil en tant que tel. » (Féé­ries ana­to­mi­ques, 2003)

SL : Cet argu­men­tai­re est vieux com­me le nucléai­re, usé jusqu’à la cor­de, et pour tout dire pro­fon­dé­ment ridi­cu­le : « Tcher­no­byl c’est la fau­te aux Sovié­ti­ques, Fuku­shi­ma, c’est la fau­te au tsu­na­mi ». Le nucléai­re et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Tou­te­fois, pro­ba­ble­ment conscient de la fai­bles­se du rai­son­ne­ment, Onfray inven­te le concept de catas­tro­phe « natu­rel­le »… mais quand même un peu à cau­se des hom­mes :

Michel Onfray :  « Les Japo­nais ont fait pren­dre des ris­ques consi­dé­ra­bles à l’humanité et à la pla­nè­te. (…) Si l’on bâtit 17 cen­tra­les nucléai­res, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­dien­ne­ment sujet aux secous­ses sis­mi­ques, il faut bien que cet­te catas­tro­phe natu­rel­le inévi­ta­ble soit ampli­fiée par la catas­tro­phe cultu­rel­le évi­ta­ble qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bom­bes ato­mi­ques japo­nai­ses poten­tiel­les... »

SL : Voi­là qui fait pen­ser à Sar­ko­zy assu­rant qu’une catas­tro­phe nucléai­re ne pou­vait se pro­dui­re à la cen­tra­le de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsu­na­mis. Or il exis­te de mul­ti­ples cau­ses pos­si­bles pour abou­tir à une catas­tro­phe nucléai­re, qu’il s’agisse de fac­teurs natu­rels (séis­mes, tsu­na­mis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de concep­tion, de main­te­nan­ce, d’exploitation, etc.).

Il est en réa­li­té par­fai­te­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japo­nais, l’Agence inter­na­tio­na­le pour l’énergie ato­mi­que (AIEA) ayant régu­liè­re­ment vali­dé les mesu­res de sûre­té face à tous les ris­ques, y com­pris celui du tsu­na­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un vio­lent séis­me qui, en juillet 2007, avait pré­fi­gu­ré Fuku­shi­ma en met­tant à mal la plus gran­de cen­tra­le nucléai­re du mon­de, cel­le de Kashi­wa­sa­ki : c’est hélas un haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té fran­çai­se qui avait alors diri­gé une mis­sion de l’AIEA et décré­té que les cen­tra­les japo­nai­ses pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner sans ris­que 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fuku­shi­ma à la Natu­re : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arri­vés à la conclu­sion que les cen­tra­les résis­te­raient à un séis­me et/ou un tsu­na­mi. Les humains sont failli­bles par essen­ce, ils se met­tent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fas­sent. Ce n’est cer­tes pas une rai­son pour ne rien fai­re, mais c’est assu­ré­ment une bon­ne rai­son pour se pas­ser des cen­tra­les nucléai­res (et des bom­bes ato­mi­ques) qui repré­sen­tent un dan­ger ulti­me. Or Onfray enton­ne le doux refrain susur­ré depuis 40 ans par la CGT-éner­gie :

Michel Onfray : « Ici, com­me ailleurs, il est temps que, com­me avec la diplo­ma­tie et la poli­ti­que étran­gè­re qui échap­pent au pou­voir du peu­ple, les éli­tes ren­dent des comp­tes aux citoyens. Le nucléai­re ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­ne­ment : il doit ces­ser d’être un reli­quat monar­chi­que pour deve­nir une affai­re répu­bli­cai­ne. »

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les sala­riés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléai­re, et cel­le-ci devien­drait mira­cu­leu­se­ment « sûre ». C’est à nou­veau oublier que l’être humain est par natu­re failli­ble, mais c’est aus­si oublier que la popu­la­tion n’a en gran­de majo­ri­té aucu­ne inten­tion de se trans­for­mer en exploi­tant nucléai­re ! Les mal­heu­reux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent ins­tru­men­ta­li­sés par les ato­mis­tes, les­quels accu­sent les anti­nu­cléai­res de vou­loir main­te­nir des mil­liards de gens dans la misè­re. Mais les pau­vres aus­si savent se ren­sei­gner et s’organiser et, s’ils veu­lent bien l’électricité, ils rejet­tent cel­le issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les mani­fes­ta­tions anti­nu­cléai­res ultra-mas­si­ves en Inde, tant contre un pro­jet de cen­tra­le rus­se que contre celui du fran­çais Are­va 6.

Conclu­sion :

Michel Onfray : « L’énergie nucléai­re n’a jamais cau­sé aucun mort : Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki, puis Tcher­no­byl pro­cè­dent du déli­re mili­tai­re amé­ri­cain, puis de l’impéritie indus­triel­le et bureau­cra­ti­que sovié­ti­que, en aucun cas du nucléai­re civil en tant que tel. » (Fée­ries ana­to­mi­ques, 2003)

SL : On retrou­ve ici exac­te­ment le même gen­re d’arguments que ceux de la tris­te­ment célè­bre Natio­nal Rifle Asso­cia­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assu­re que pis­to­lets et fusils ne tuent per­son­ne, la fau­te étant exclu­si­ve­ment cel­le des gens qui appuient sur les gâchet­tes. C’est d’ailleurs for­mel­le­ment exact, for­mel­le­ment mais stu­pi­de­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les cri­mes de mas­se jus­que dans les éco­les amé­ri­cai­nes. Pour reve­nir à nos mou­tons, on pour­ra accor­der à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléai­re n’a tué per­son­ne : ce sont donc les gens qui exploi­tent le nucléai­re qui tuent. Nous voi­là bien avan­cés.

Mais notre pro­pos n’est pas de riva­li­ser avec Michel Onfray : si jamais il lit cet­te modes­te mise au point, peut-être accep­te­ra-t-il de se ren­sei­gner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­dia­le, l’uranium et ses mines en Fran­ce et au Niger, les cen­tra­les et leur pré­ten­due « accep­ta­tion » par la popu­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chan­ce de fré­quen­ter l’Université popu­lai­re de Caen mais qui par­vient néan­moins à s’informer et à pen­ser col­lec­ti­ve­ment.

Sté­pha­ne Lhom­me 
Obser­va­toi­re du nucléai­re
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

Fukushima, cinq ans après : « Ça s’arrose » à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fuku­shi­ma, tren­te après Tcher­no­byl, « ça s’arrose » !… On aime­rait en rire, si ces deux anni­ver­sai­res n’étaient syno­ny­mes de dra­mes et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopé­ra­ti­ve d’Europe Éco­lo­gie-Les Verts orga­ni­se une soi­rée Fuku­shi­ma (pro­gram­me ci-contre) afin de rap­pe­ler que, par ses consé­quen­ces incal­cu­la­bles et son éta­le­ment dans la durée, une catas­tro­phe nucléai­re n’est com­pa­ra­ble à aucu­ne autre catas­tro­phe indus­triel­le ou natu­rel­le.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bru­no Bous­sa­gol pour l’organisation de 1 000 évè­ne­ments cultu­rels en Fran­ce pour com­mé­mo­rer les 5 ans de Fuku­shi­ma et les 30 ans de Tcher­no­byl, la coopé­ra­ti­ve EELV PACA orga­ni­se à Mar­seille à l’Éco­mo­ti­ve, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soi­rée cultu­rel­le Fuku­shi­ma, à entrée libre mais limi­tée en nom­bre de pla­ces.

acteurs_réacteursAu pro­gram­me :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­tu­re théâ­tra­li­sée d’extraits de la piè­ce d’Alain Per­sat « Acteurs Réac­teurs », créée en 2015 sur le thè­me du nucléai­re. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­ti­ves aux éner­gies nucléai­res et fos­si­les, qui peu­vent être mises en œuvre à l’échelle d’une famil­le ou d’une col­lec­ti­vi­té. Vers 20h 30, repas bio végé­ta­rien et local autour d’une gran­de table.

Pré-réser­va­tion néces­sai­re ici.

Un rap­pel salu­tai­re au moment où le ris­que nucléai­re revient sur le devant de la scè­ne. Notam­ment avec le pro­jet de pro­lon­ger de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc fran­çais vieillis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­man­vil­le en cours de construc­tion pro­blé­ma­ti­que). Et cela au moment où la Suis­se, l’Allemagne et le Luxem­bourg deman­dent la fer­me­tu­re à court ter­me des cen­tra­les fron­ta­liè­res de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­te­nom. Au moment enco­re où EDF se voit ployer sous la char­ge finan­ciè­re cumu­lée de trois « héri­ta­ges » : remi­se aux nor­mes du par­ce nucléai­re de l’après-Fukushima ; repri­se par­tiel­le des acti­vi­tés d’Areva – et de sa failli­te ; cas­se-tête des EPR en pro­jet (Gran­de-Bre­ta­gne, Chi­ne) et en construc­tion plus que pro­blé­ma­ti­que (Fin­lan­de, Fran­ce) – avec démis­sion du direc­teur finan­cier de l’électricien…

La bon­ne nou­vel­le de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tri­ci­té si appa­rem­ment « com­pé­ti­ti­ve » va aug­men­ter sale­ment dans les mois et années qui vien­nent (de 30 à 50 % !). Bon­ne nou­vel­le en ce sens que le coût réel du nucléai­re se dévoi­le­ra dans sa réa­li­té crue face aux éner­gies alter­na­ti­ves renou­ve­la­bles. Dès lors, les choix éner­gé­ti­ques appa­raî­tront sans dou­te, il faut l’espérer, plus évi­dents.

Fuku­shi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la pis­ci­ne de désac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­tra­le nucléai­re japo­nai­se de Fuku­shi­ma Daii­chi sont atteints par un séis­me majeur puis d’un tsu­na­mi. Des incen­dies sui­vis d’explosions vont contri­buer à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment les ins­tal­la­tions et relâ­cher des quan­ti­tés mas­si­ves d’effluents radio­ac­tifs gazeux et liqui­des.

Tou­te une région s’est trou­vée rui­née : popu­la­tion éva­cuée, conta­mi­na­tion des per­son­nes, des ani­maux et des plan­tes; agri­cul­tu­re et pêche rui­nées, ter­res conta­mi­nées par la radio­ac­ti­vi­té, rejets toxi­ques dans l’air et dans la mer. Les consé­quen­ces d’une tel­le catas­tro­phe sont humai­ne­ment inac­cep­ta­bles.

Sur les 300 000 per­son­nes de la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma qui ont éva­cué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chif­fres de la Croix-Rou­ge, approxi­ma­ti­ve­ment 1 600 morts seraient liées aux condi­tions d’évacuation, com­me l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­rai­re, l’épuisement dû aux dépla­ce­ments, l’aggravation de mala­dies exis­tan­tes consé­cu­ti­ves à la fer­me­tu­re d’hôpitaux, les sui­ci­des, etc. Un éva­lua­tion qui est com­pa­ra­ble aux 1 599 décès direc­te­ment cau­sés par le séis­me et le tsu­na­mi dans la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, en 2011. De nom­breu­ses muni­ci­pa­li­tés refu­sent d’indiquer la cau­se exac­te du décès, afin de ne pas per­tur­ber les futu­res pro­jec­tions de deman­de d’indemnisation des famil­les pour le pre­tium dolo­ris.

Outre ces décès dans la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, on comp­te 869 décès dans la pré­fec­tu­re de Miya­gi et 413 dans cel­le d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, 150 000 per­son­nes étaient enco­re « réfu­giées ». Selon la Croix-Rou­ge, outre leurs condi­tions de vie dif­fi­ci­les, ces réfu­giés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bi­li­té d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wiki­pe­dia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cet­te sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et tex­te. D’autant que cet­te idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tcher­no­byl).

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Nous nous som­mes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons jus­te un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cet­te sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­sai­res à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cet­te cam­pa­gne anti-nucléai­re.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnot­te élec­tro­ni­que sécu­ri­sée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chè­que ou un billet à mon adres­se : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­miè­re (nous vous deman­de­rons alors votre adres­se pos­ta­le par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tran­ches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la lis­te des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des éta­pes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cet­te créa­tion de qua­li­té, à tira­ge limi­té. Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­tra­le de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heu­re fran­çai­se] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un por­te-paro­le de la com­pa­gnie japo­nai­se Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, qua­tre ans et cinq mois après la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­nai­ses pas­sent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­po­ne, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­da­ges, 60 % des Japo­nais demeu­rent hos­ti­les à l’énergie nucléai­re.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cet­te remi­se en ser­vi­ce d’installations nucléai­res est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­mi­ques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en gran­de par­tie à la fac­tu­re d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­tra­les ther­mi­ques. Des argu­ments… éco­lo­gi­ques sont aus­si mis en avant, sur le regis­tre de la réduc­tion des gaz à effet de ser­re émis par les cen­tra­les au gaz, au pétro­le ou au char­bon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­ti­les à ce redé­mar­ra­ge – qui inter­vient en plein dans les vacan­ces d’été – et à quel­ques jours des céré­mo­nies du soixan­te-dixiè­me anni­ver­sai­re des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier minis­tre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléai­re, a qua­li­fié cet­te mise en ser­vi­ce d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux por­tes de la cen­tra­le de Sen­dai et devant la rési­den­ce du pre­mier minis­tre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vi­ce, tan­dis qu’une ving­tai­ne se pré­pa­rent aus­si à redé­mar­rer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ris­tes de la pla­nè­te sur laquel­le quel­que 76 réac­teurs nucléai­res sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses sui­tes : http://www.fukushima-blog.com/


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaî­ne humai­ne dans la val­lée du Rhô­ne - Pro­ven­ce-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion éner­gé­ti­que sans nucléai­re !

Pro­gram­me et iti­né­rai­re :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinis­tre anni­ver­sai­re que ce qua­triè­me mar­quant la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de ter­re d’une magni­tu­de 9 se pro­duit, endom­ma­geant la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres géné­rée par le séis­me atteint la cen­tra­le de Fuku­shi­ma Daii­chi, construi­te à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-des­sus du niveau de la mer. Pour Fuku­shi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait construit un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsu­na­mi de 5,7 mètres de haut maxi­mum. Trois des six réac­teurs se met­tent à l’arrêt auto­ma­ti­que. Tan­dis que les sys­tè­mes de refroi­dis­se­ment tom­bent en pan­ne, ain­si que les grou­pes élec­tro­gè­nes de secours.

Et c’est la catas­tro­phe majeu­re : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incen­dies des encein­tes 1 à 4, dis­per­sions radio­ac­ti­ves dépas­sant 300 fois la nor­me admis­si­ble, conta­mi­na­tion sur un rayon de plus de 80 km, dépla­ce­ment de mil­liers de rive­rains, rejet d’eau for­te­ment radio­ac­ti­ve dans le Paci­fi­que, situa­tion incon­trô­la­ble de l’ensemble des ins­tal­la­tions – et nul­le­ment sta­bi­li­sée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été ame­nés sur pla­ce – dans des condi­tions cri­ti­ques, et très cri­ti­quées – pour ten­ter de « col­ma­ter les brè­ches » d’un chan­tier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voi­ci un ins­tan­ta­né concer­nant la situa­tion des « lqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, tel­le que rap­por­tée par le blog Fuku­shi­ma 福島第 consa­cré entiè­re­ment à la catas­tro­phe nucléai­re et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le mon­de.

fukushima

L’étendue du sinis­tre

Le 19 jan­vier, à la cen­tra­le nucléai­re n°1 de Fuku­shi­ma, un tra­vailleur est tom­bé du bas­sin et il est mort, et à la cen­tra­le nucléai­re n° 2, le 20 jan­vier, un autre tra­vailleur est mort éga­le­ment, écra­sé sous une machi­ne. En 2014, jusqu’à fin novem­bre, 40 tra­vailleurs ont été bles­sés. Ce chif­fre est trois fois plus impor­tant que l’année der­niè­re.

Main­te­nant, dans la cen­tra­le nucléai­re n°1, tra­vaillent cha­que jour 6.000 per­son­nes. Il man­que non seule­ment des for­ces de tra­vail, mais aus­si la qua­li­té du tra­vail. Un tra­vailleur témoi­gne :  « Il man­que cer­tes des tra­vailleurs, mais tout aus­si gra­ve est le man­que de tra­vailleurs expé­ri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvriers expé­ri­men­tés qui tra­vaillaient avant l’accident, car leur nor­me d’exposition était dépas­sée. Main­te­nant, la poli­ti­que de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­si­ble et à moin­dre coût. Sa poli­ti­que axée sur le seul pro­fit engen­dre des acci­dents. »

Extrait d’un arti­cle paru dans le jour­nal Fuku­shi­ma Min­jū le 11 décem­bre 2014 :

«Je suis sans famil­le, donc je peux sub­ve­nir à mes besoins, mais si j’avais  de la famil­le, il me serait dif­fi­ci­le de la nour­rir », a décla­ré un hom­me de 50 ans qui tra­vaille à la cen­tra­le n°1 depuis trois ans déjà. Aupa­ra­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construc­tion de réser­voirs pour l’eau conta­mi­née, mais main­te­nant il trans­por­te l’eau conta­mi­née qui s’est accu­mu­lée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salai­re est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

« La radio­ac­ti­vi­té dans la cen­tra­le est enco­re si for­te qu’il por­te un vête­ment de pro­tec­tion et un mas­que qui lui cou­vre tou­te la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se dépla­cer faci­le­ment, c’est pour­quoi un tra­vail d’une heu­re et demie est sa limi­te mais, en rai­son de la lon­gueur des pro­cé­du­res pour péné­trer dans l’usine et en sor­tir et à cau­se des pré­pa­ra­tifs, il prend la rou­te à 5 heu­res du matin, depuis son appar­te­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­tra­le, et il ren­tre chez lui seule­ment dans la soi­rée. Il par­ta­ge sa cham­bre avec quel­ques per­son­nes. […]

« Au cours du der­nier mois, il a été expo­sé à 1,8 mil­li­sie­vert de radio­ac­ti­vi­té. Il est léga­le­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être expo­sés à un maxi­mum de 50 mil­li­sie­verts par an, cepen­dant de nom­breu­ses entre­pri­ses ont leur pro­pre nor­me par exem­ple de 20 mil­li­sie­verts, donc s’il tra­vaille et se trou­ve expo­sé à ce ryth­me, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le public a com­men­cé  à se dés­in­té­res­ser de l’accident nucléai­re, mais des tra­vaux plus dan­ge­reux se mul­ti­plie­ront cer­tai­ne­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je sou­hai­te que l’on puis­se connaî­tre ce fait « . »

Craintes de maladies

« Tep­co a enquê­té chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­tra­le nucléai­re n°1 en août et sep­tem­bre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­tra­le, et leur plus gran­de crain­te était l’éventualité d’une mala­die due à la radio­ac­ti­vi­té. Le minis­tè­re a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­tra­les ont davan­ta­ge de ris­ques de can­cers de la ves­sie, du pou­mon et du pha­rynx lorsqu’ils sont expo­sés à plus de 100 mil­li­sie­verts.

« Cepen­dant il est étran­ge que l’Autorité de régu­la­tion nucléai­re pré­voit d’aug­men­ter la nor­me maxi­ma­le d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­li­sie­verts. Le res­pon­sa­ble a dit:  « La nor­me inter­na­tio­na­le est com­pri­se entre 250 et 500 mil­li­sie­verts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arri­ve un acci­dent de même niveau qu’à Fuku­shi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion maxi­ma­le de 250 mil­li­sie­verts. »

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

« Main­te­nant, on a com­men­cé à déman­te­ler les qua­tre réac­teurs de la cen­tra­le nucléai­re n°1. Tous les déchets, tels que mor­ceaux de béton des réac­teurs détruits et arbres abat­tus pour fai­re pla­ce aux réser­voirs sont for­te­ment radio­ac­tifs. On n’a pas le droit de les trans­por­ter à l’extérieur, de sor­te que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  pré­voit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 ton­nes de déchets conta­mi­nés. Déjà 200.000 ton­nes de déchets ont com­men­cé à arri­ver, qui occu­pent 60% de l’espace de sto­cka­ge.

« Les tra­vailleurs des cen­tra­les por­tent un cas­que, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plu­sieurs autres effets. On réuti­li­se casques,masques et chaus­su­res, mais on jet­te les autres arti­cles. On les met  dans de gran­des cais­ses et on en fait des mon­ti­cu­les à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co pré­voit de les brû­ler et d’en rédui­re la quan­ti­té, mais n’y par­vien­dra pas, car le nom­bre de tra­vailleurs est de plus en plus grand. »


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tè­me de décon­ta­mi­na­tion d’eau de la cen­tra­le de Fuku­shi­ma est arrê­té depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japo­nais, une des trois lignes de décon­ta­mi­na­tion du sys­tè­me a arrê­té de fonc­tion­ner nor­ma­le­ment lun­di, ce qui a conduit la com­pa­gnie à la stop­per puis à sus­pen­dre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tè­me, bap­ti­sé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plu­sieurs mois, mais dans les faits il ne ces­se de ren­con­trer des pro­blè­mes divers. Cet équi­pe­ment déve­lop­pé avec le grou­pe Toshi­ba est pour­tant pré­sen­té com­me un roua­ge-clé pour résou­dre le pro­blè­me d’eau conta­mi­née dont regor­ge la cen­tra­le acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça débor­de. [Docu­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau conta­mi­née sont actuel­le­ment sto­ckés dans plus d’un mil­lier de gigan­tes­ques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co conti­nue d’en fai­re ins­tal­ler entre vingt et qua­ran­te par mois pour ten­ter de sui­vre le ryth­me du flux conti­nu de liqui­de souillé pro­ve­nant des sous-sols du site et des arro­sa­ges per­ma­nents des réac­teurs rava­gés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fi­que est en pas­se de s’aggraver ; à la fois par les fui­tes d’eau détec­tées en de mul­ti­ples endroits sur les rui­nes des cen­tra­les, mais aus­si par­ce que l’eau actuel­le­ment sto­ckée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cet­te eau aura été « décon­ta­mi­née » par le sys­tè­me ALPS – car elle contien­dra enco­re au moins du tri­tium.

Le direc­teur de la cen­tra­le, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cul­tés, et espé­rer que les efforts menés avec les auto­ri­tés per­met­tront d’en venir à bout. 

La priè­re com­me der­nier rem­part contre la radio­ac­ti­vi­té.

[Sour­ces : AFP, Le Mon­de]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…« L’Association « Fes­sen­heim, notre Ener­gie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de for­ce de ce jour per­pé­tré par des mili­tants de Green­pea­ce et condam­ne vive­ment cet­te action. Contrai­re­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­len­te puisqu’il y a effrac­tion déli­bé­rée avec des moyens impor­tants de type ter­ro­ris­te, un véri­ta­ble choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

« L’ASFNE esti­me qu’il est tota­le­ment dis­pro­por­tion­né de recou­rir à des métho­des de com­man­dos pour fai­re pas­ser un mes­sa­ge quel qu’il soit. Et il est inac­cep­ta­ble qu’EELV, dont deux mem­bres figu­rent au gou­ver­ne­ment, ait pu féli­ci­ter ce matin Green­pea­ce pour cet­te action illé­ga­le et anti-démo­cra­ti­que. Il est évi­dent que l’absence de réel­les sanc­tions dis­sua­si­ves, après les actions simi­lai­res pré­cé­den­tes,encou­ra­ge Green­pea­ce dans cet­te voie.
« Il faut rap­pe­ler enfin que Fes­sen­heim a été décla­rée sûre par l’Autorité de Sûre­té Nucléai­re, la seule auto­ri­té com­pé­ten­te. Des cen­tai­nes de mil­lions d’euros ont été inves­tis ces der­niè­res années pour en fai­re une des 1ère cen­tra­les de Fran­ce dont la sûre­té a été moder­ni­sée et mise aux der­niers stan­dards inter­na­tio­naux du moment. Une usi­ne ne vieillit pas com­me les humains ; quand un maté­riel nedon­ne plus satis­fac­tion, on le répa­re ou le rem­pla­ce !
« Sou­hai­tons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subis­sent les Alle­mandsaprès la déci­sion radi­ca­le de fer­me­tu­re de son parc nucléai­re, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des for­tes attein­tes envi­ron­ne­men­ta­les ? La pol­lu­tion atmo­sphé­ri­que de ces der­niers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­tra­les au char­bon alle­man­des, est un exem­ple qui impac­te tous leurs voi­sins. A contra­rio, la Fran­ce fait par­tie des meilleurs pays euro­péens pour ses fai­bles émis­sions de CO2… grâ­ce à son éner­gie nucléai­re ! »

« Le dernier homme de Fukushima »

Nao­to Mat­su­mu­ra, appe­lé « le der­nier hom­me de Fuku­shi­ma », vit tou­jours à Tomio­ka, petit bourg pris en étau entre les deux cen­tra­les Daii Chi et Daii Ni. Mathieu Vidard l’a ren­con­tré lors de son pas­sa­ge à Paris et a dif­fu­sé ce mar­di (11/3/14) son témoi­gna­ge, poi­gnant et réso­lu (Fran­ce Inter, La tête au Car­ré).

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Nao­to Mat­su­mu­ra © Anto­nio Pagnot­ta - 2014
Les dates de sa tour­née euro­péen­ne : du 5 au 14 mars en Fran­ce. Du 15 au 22 mars en Alle­ma­gne et en Suis­se. Ce 11 mars, il devait pren­dre la paro­le au Par­le­ment euro­péen de Stras­bourg.

Agri­cul­teur et éle­veur, Nao­to Mas­tu­mu­ra a pris sa réso­lu­tion de res­ter sur pla­ce en soli­da­ri­té avec son bétail et les ani­maux aban­don­nés à leur sort. Il s’est alors trou­vé devant l’alternative : man­ger les pro­duits locaux – conta­mi­nés – et mou­rir à ter­me ; ou bien ne pas man­ger… et mou­rir de faim. Il a donc, depuis main­te­nant trois ans, refu­sé l’évacuation de la zone et conti­nué à culti­ver les ter­res et à pêcher dans les riviè­res radio­ac­ti­ves, se sachant gra­ve­ment conta­mi­né, notam­ment au césium, et expo­sé à de gra­ves mala­dies.

Désor­mais por­te-dra­peau de la résis­tan­ce japo­nai­se face au désas­tre nucléai­re, Nao­to Mat­su­mu­ral  a effec­tué un péri­ple de dix jours en Fran­ce pour témoi­gner des consé­quen­ces de la catas­tro­phe du 11 mars 2011, lui qui se trou­vait à une quin­zai­ne de kilo­mè­tres des réac­teurs qu’il a enten­du explo­ser.

L’agriculteur japo­nais voit d’inquiétantes simi­li­tu­des entre les scé­na­rios fran­çais et japo­nais : « Au Japon, il y a 54 réac­teurs, vous en avez 58. Le pro­chain acci­dent nucléai­re, ce sera soit au Japon, soit en Fran­ce». Selon lui, la Fran­ce pèche par excès de confian­ce dans la sûre­té de ses ins­tal­la­tions, com­me le Japon l’a fait par le biais de Tep­co, l’opérateur de la cen­tra­le de Fuku­shi­ma. « Je pen­se qu’EDF esti­me que les cen­tra­les nucléai­res fran­çai­ses béné­fi­cient d’une tech­ni­que de meilleu­re qua­li­té. Tep­co, c’était pareil. Ils nous disaient qu’il n’y avait pas de dan­ger, que c’était sûr... » Le-Dernier-homme-de-Fukushima

« Cet hom­me a un immen­se sens pay­san », esti­me Anto­nio Pagnot­ta, pho­to­re­por­ter, auteur du Der­nier hom­me de Fuku­shi­ma (Ed. Don Qui­chot­te). «En choi­sis­sant de res­ter dans sa fer­me et de conti­nuer à nour­rir ses bêtes, il ne fai­sait pas que sau­ver son bétail, il sau­vait le prin­ci­pe même de la vie dans cet­te zone.» L’homme fait preu­ve d’une « énor­me com­pas­sion pour le vivant ». Shin­toïs­te, il esti­me que cha­que être vivant est l’égal de l’autre, et nour­rit un atta­che­ment qua­si vis­cé­ral à sa ter­re. « C’est un guer­rier, il a vu les pro­blè­mes arri­ver bien en amont. Et il a com­pris que s’il avait fui ses ter­res com­me tout le mon­de, il aurait per­du son hon­neur et sa digni­té. »

A l’occasion du troi­siè­me anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe, Nao­to Mat­su­ma­ra a accep­té l’invitation d’Antonio Pagnot­ta et de plu­sieurs mili­tants anti-nucléai­res (notam­ment Cathe­ri­ne Connan et Pier­re Fetet, res­pec­ti­ve­ment de Green­peace et auteur d’un blog sur Fuku­shi­ma) pour ce péri­ple de dix jours en Fran­ce, pas­sant par Fes­sen­heim, la doyen­ne des cen­tra­les fran­çai­ses que Fran­çois Hol­lan­de a pro­mis de fer­mer avant la fin 2016. 

Lire aus­si :

Nucléaire. La pro­ba­bi­lité d’un acci­dent en France serait de 50% pour le parc actuel

Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance


Nucléaire. Greenpeace face à la justice et aux dangers de Tricastin

En Fran­ce, trois ans après Fuku­shi­ma, poin­ter du doigt cer­tai­nes véri­tés sur le nucléai­re est tou­jours mal vu par les auto­ri­tés. Alors que sur le front de l’énergie, rien ne bou­ge, qu’on ne sait tou­jours pas com­ment Fran­çois Hol­lan­de va tenir sa pro­mes­se de réduc­tion de la part du nucléai­re, que les cen­tra­les nucléai­res fran­çai­ses vieillis­sent, à l’image de Tri­cas­tin, que le ris­que d’accident aug­men­te.

29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013

29 mili­tants de Green­pea­ce entrés à la cen­tra­le de Tri­cas­tin le 15 juillet 2013

La cen­tra­le de Tri­cas­tin, mise en ser­vi­ce depuis 1980 – elle a dépas­sé les 30 ans de durée de vie ini­tia­le­ment pré­vue. – est expo­sée à de grands ris­ques : sis­mi­ques, indus­triels, ter­ro­ris­tes, d’inondation. Les consé­quen­ces d’un acci­dent y seraient d’autant plus désas­treu­ses que le mis­tral pour­rait rapi­de­ment por­ter une conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve sur les Bou­ches du Rhô­ne et la Côte d’Azur.

De plus, Tri­cas­tin a cumu­lé de nom­breux inci­dents et cas de pol­lu­tion [voir ici], tan­dis que Green­pea­ce a démon­tré la fai­bles­se des sys­tè­mes de pro­tec­tion quand  de ses mili­tants sont par­ve­nus jusqu’aux bâti­ments des réac­teurs.

De son côté, dans son rap­port de 2013, l’Autorité de sûre­té nucléai­re a poin­té de mul­ti­ples insuf­fi­san­ces, notam­ment en matiè­re de radio­pro­tec­tion.

Clé­ment, 21 ans, est l’un des 29 mili­tants de Green­pea­ce entrés à la cen­tra­le de Tri­cas­tin le 15 juillet 2013, et convo­qués ce mar­di 14 jan­vier au Tri­bu­nal de Valen­ce. Le pro­cu­reur a requis jusqu’à six mois de pri­son avec sur­sis, ce qui est très lourd pour une tel­le action, démons­tra­ti­ve cer­tes, mais fon­ciè­re­ment paci­fis­te.

La vidéo ci-des­sous mon­tre l’engagement et la déter­mi­na­tion de ce jeu­ne mili­tant dans cet­te action aus­si édi­fian­te que spec­ta­cu­lai­re.

Le juge­ment sera ren­du le 6 mars pro­chain à Valen­ce.

> > >  Lire éga­le­ment sur « C’est pour dire » 


Fukushima. L’ex-président de l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, ennemi de l’intérieur

g-jaczko-nucleaire-fukushima-usaEx-pré­si­dent de l’autorité de sûre­té nucléai­re des Etats-Unis, Gre­go­ry Jacz­ko vient de jeter un sacré pavé dans la mare nucléa­ris­te. « Ce qui s’est pas­sé à Fuku­shi­ma est tout sim­ple­ment inac­cep­ta­ble » a-t-il décla­ré dans un entre­tien évi­dem­ment repris par le réseau Sor­tir du nucléai­re. Il n’est pas le pre­mier à dénon­cer les insup­por­ta­bles consé­quen­ces de tout acci­dent nucléai­re, dont l’éventualité – sinon la pro­ba­bi­li­té – n’exclut aucu­ne ins­tal­la­tion nucléai­re dans le mon­de. La nou­veau­té, en l’occurrence, vient de l’auteur de cet­te dénon­cia­tion, à savoir l’un des haut res­pon­sa­bles de la sûre­té nucléai­re des Etats-Unis où les pro­nu­cléai­res, faut-il le sou­li­gner ? le consi­dè­rent désor­mais com­me un enne­mi.


Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lan­ceurs d’alertes : cli­mat, fli­ca­ges numé­ri­ques, cor­rup­tions en tous gen­res. Et nucléai­re ce lun­di avec les aler­teurs de Green­pea­ce. Une fois de plus, ils ont fait leur bou­lot de démons­tra­tion par la preu­ve. EDF, l’ASN et les pou­voirs publics peu­vent bien ten­ter de mini­mi­ser l’opération de cet­te nuit à la cen­tra­le de Tri­cas­tin en pré­ten­dant que les aler­teurs  de Green­pea­ce ne sont pas par­ve­nus dans la zone ulti­me de contrô­le. Espè­rent-ils  qu’un grou­pe de ter­ro­ris­tes fas­sent « mieux » ?… Ain­si, au lieu de les féli­ci­ter pour orga­ni­ser gra­tui­te­ment et gran­deur natu­re un exer­ci­ce de cri­se, ils vont les pour­sui­vre en jus­ti­ce !

Le site de Tri­cas­tin accueille la plus impor­tan­te concen­tra­tion d’industries nucléai­res et chi­mi­ques de Fran­ce. C’est aus­si le site nucléai­re le plus éten­du de Fran­ce, devant l’usi­ne de retrai­te­ment de La Hague. Le site regrou­pe de nom­breu­ses acti­vi­tés liées à la fabri­ca­tion et l’exploitation du com­bus­ti­ble nucléai­re. Les pre­miè­res ins­tal­la­tions sont entrées en fonc­tion­ne­ment au cours des années 1960 pour enri­chir de l’uranium à des fins mili­tai­res. Actuel­le­ment, plus de 5 000 employés tra­vaillent au Tri­cas­tin dans un impor­tant réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité pro­dui­te par les qua­tre réac­teurs de 900 MW sont consom­més sur pla­ce, notam­ment par l’usine voi­si­ne d’enrichissement Euro­dif. Il est pré­vu que le der­nier tiers ali­men­te­ra l’expérimentation d’ITER, quand ce réac­teur à fusion nucléai­re sera opé­ra­tion­nel – s’il le devient – dans quin­ze ou vingt ans, à Cada­ra­che (Bou­ches-du-Rhô­ne).

En exploi­ta­tion à par­tir de 1960, la cen­tra­le de Tri­cas­tin est pres­que aus­si vieille que cel­le de Fes­sen­heim – que Fran­çois Hol­lan­de s’est enga­gé à fer­mer. Ce que lui rap­pel­le Green­pea­ce en actua­li­sant cet­te pro­mes­se et en l’étendant aux ins­tal­la­tions de Tri­cas­tin, éga­le­ment situées sur une zone sis­mi­que. Par leurs pro­jec­tions d’images sur les murailles de béton, en par­ti­cu­lier la repré­sen­ta­tion appuyée d’une fis­su­re, l’ONG éco­lo­gis­te appuie aus­si sur une réa­li­té : à savoir que la plu­part des encein­tes de confi­ne­ment des réac­teurs – même épais­ses d’un mètre de béton – sont plus ou moins fis­su­rées et non étan­ches !

Les popu­la­tions voi­si­nes se sont le plus sou­vent, et dans l’ensemble, habi­tuées et rési­gnées face aux dan­gers qui les mena­cent au quo­ti­dien. Com­me dans d’autres ins­tal­la­tions nucléai­res, mais à Tri­cas­tin plus par­ti­cu­liè­re­ment, des inci­dents se sont suc­cé­dés ces der­niè­res années. L’Auto­ri­té de sûre­té se veut tou­jours ras­su­ran­te en clas­sant ces inci­dents dans le bas de l’échelle des ris­ques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finan­ce les col­lec­ti­vi­tés loca­les à hau­teur de 14 mil­lions d’euros par an au titre de la taxe pro­fes­sion­nel­le. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui com­man­de. Jusqu’à ce qu’un acci­dent gra­ve pré­sen­te sa fac­tu­re. Mais les acci­dents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tcher­no­byl, Fuku­shi­ma

 

Lire aus­si :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 


Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Pea­ce Fran­ce

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Fli­ckr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­ci­le à connaî­tre : l’information se dégra­de

Il est de plus en plus dif­fi­ci­le de fai­re un état des lieux de l’état pré­cis de cha­que réac­teur. Les sour­ces d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bus­ti­ble de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tiel­le­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est tota­le et le corium (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléai­re, consti­tué du com­bus­ti­ble nucléai­re, des élé­ments de l’assemblage com­bus­ti­ble et des divers élé­ments du cœur avec les­quels il ren­tre en contact.) se répand dans la par­tie bas­se de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont sui­vis le séis­me.
Pour la pis­ci­ne du réac­teur n°2, Tep­co a mis en pla­ce, début juin, un sys­tè­me de refroi­dis­se­ment. La mise en pla­ce de ce sys­tè­me est pré­vue pour les pis­ci­nes des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la pis­ci­ne n°4, un conso­li­da­tion de son sou­tè­ne­ment avec des piliers en acier est néces­sai­re au préa­la­ble.

La der­niè­re mise à jour de l’Agen­ce Inter­na­tio­na­le à l’Énergie Ato­mi­que sur le sujet date du … 2 juin.
Les der­niè­res infor­ma­tions four­nies par l’opérateur de la cen­tra­le, Tep­co, man­quent elles aus­si de pré­ci­sions les der­niè­res mises à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroi­dis­se­ment conta­mi­nées, l’état des réac­teurs n’étant pas modi­fié, par exem­ple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « fina­le » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquel­le l’Institut, repre­nant les élé­ments four­nis par Tep­co, évo­que une « sta­bi­li­sa­tion de la situa­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûre­té Nucléai­re fran­çai­se elle même intro­duit son com­mu­ni­qué de pres­se en décla­rant : « L’injection d’eau dou­ce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­ci­nes d’entreposage du com­bus­ti­ble 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée com­me sta­bi­li­sée tant que cet­te situa­tion per­sis­te. ». Les deux ins­tan­ces exper­tes en Fran­ce ne sem­blent donc pas tota­le­ment en pha­se dans leurs ana­ly­ses…

Ce com­mu­ni­qué de pres­se n°31 de l’ASN relè­ve éga­le­ment que : « L’injection d’eau dou­ce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­ci­nes d’entreposage du com­bus­ti­ble 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée com­me sta­bi­li­sée tant que cet­te situa­tion per­sis­te. Les der­niè­res ana­ly­ses japo­nai­ses mon­trent que le com­bus­ti­ble des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bus­ti­ble fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui ris­que d’entrainer leur per­ce­ment. »

Une conta­mi­na­tion très éten­due …. qui va durer

Les der­niè­res mesu­res effec­tuées dans la vil­le de Fuku­shi­ma, située à soixan­te kilo­mè­tres de la cen­tra­le, sont fran­che­ment inquié­tan­tes.

Les mesu­res de ter­rain et ana­ly­ses de sol effec­tuées par le labo­ra­toi­re de la CRIIRAD indi­quent que les retom­bées de césium 134 et 137 radio­ac­tif sont de plu­sieurs cen­tai­nes de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelou­se de l’école pri­mai­re Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quar­tier Wata­ri. Cet­te irra­dia­tion ne dimi­nue­ra que très len­te­ment. Elle est due en effet prin­ci­pa­le­ment au césium 137 et au césium 134 dont les pério­des phy­si­ques sont lon­gues (30 ans et 2 ans res­pec­ti­ve­ment). Cela signi­fie que la radio­ac­ti­vi­té du césium 137 sera divi­sée par 2 dans 30 ans. On peut esti­mer que dans les dou­ze mois à venir, la radio­ac­ti­vi­té du césium 134 ne sera abais­sée que de 30 % et cel­le du césium 137 de 3%.

Pour la pre­miè­re fois une très for­te conta­mi­na­tion au césium a été déce­lée dans de la vian­de de bœuf qui vien­drait de la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma au Japon. Une aler­te qui confir­me que les zones les plus conta­mi­nées ne sont pas néces­sai­re­ment dans la zone inter­di­te des 20 km autour de la cen­tra­le acci­den­tée. Cet­te conta­mi­na­tion ali­men­tai­re vient s’ajouter à l’irradiation exter­ne reçue par les habi­tants

La popu­la­tion est trop expo­sée aux radia­tions !

En l’état actuel des cho­ses, les habi­tants de la vil­le de Fuku­shi­ma pour­raient subir dans les dou­ze mois à venir une irra­dia­tion exter­ne de plu­sieurs mil­li­Sie­verts alors que la dose au-delà de laquel­le le ris­que de can­cer mor­tel est jugé inac­cep­ta­ble par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tio­na­le de Pro­tec­tion Radio­lo­gi­que) est de 1 mil­li­Sie­vert par an.

À la deman­de de citoyens japo­nais, l’ACRO (Asso­cia­tion pour le Contrô­le de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest) a ana­ly­sé les uri­nes des enfants de Fuku­shi­ma et les résul­tats sont sans ambi­guï­té : tou­tes les uri­nes contien­nent du césium 134 et césium 137 à des concen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­que­rel par litre.

Cela signi­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous conta­mi­nés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont pro­ba­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radio­ac­tifs à vie cour­te, com­me l’iode 131 (ces der­niers élé­ments dis­pa­rais­sent plus vite et ne sont donc déjà plus détec­ta­bles).

Les mesu­res pri­ses par les pou­voirs publics ne sont pas à la hau­teur

Les auto­ri­tés japo­nai­ses ont déci­dé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fuku­shi­ma de dosi­mè­tres indi­vi­duels. Ces dosi­mè­tres sont char­gés de mesu­rer la dose de radio­ac­ti­vi­té reçue par les enfants durant leur jour­née d’école. Pas de pré­ve­nir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesu­rer. Le rayon de 20 kilo­mè­tres d’évacuation tota­le n’a tou­jours pas été modi­fié. Dans les 10 kilo­mè­tres sui­vants, la popu­la­tion est cen­sée à la fois « res­ter confi­née » et vivre nor­ma­le­ment, envoyant les enfants à l’école, munis d’un déri­soi­re mas­que de papier et de leur dosi­mè­tre.

Il fau­drait éva­cuer les popu­la­tions sur un péri­mè­tre beau­coup plus lar­ge que la zone rou­ge actuel­le qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doi­vent être contrô­lés et les mesu­res de radio­ac­ti­vi­té bien plus fré­quen­tes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des fem­mes encein­tes notam­ment est plus que néces­sai­re !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michè­le Riva­si, dépu­tée euro­péen­ne Euro­pe Eco­lo­gie-les Verts, fon­da­tri­ce de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michè­le Riva­si a pu consta­ter l’impact de la catas­tro­phe nucléai­re de Fuku­shi­ma sur le quo­ti­dien et la men­ta­li­té des Japo­nais. Invi­tée par le puis­sant Sei­kat­su Club, union des consom­ma­teurs for­te de 22 mil­lions de mem­bres, et les Verts japo­nais elle est notam­ment allée à la ren­con­tre des famil­les de pay­sans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effa­rée et révol­tée par ce qu’elle a pu consta­ter dans les ter­ri­toi­res conta­mi­nés où la popu­la­tion conti­nue de vivre expo­sée à des for­tes doses d’irradiation. Trois mois après la catas­tro­phe, le cau­che­mar ne fait mal­heu­reu­se­ment que com­men­cer.

« Je res­te de plus en plus convain­cue que là où com­men­ce le nucléai­re s’arrête la démo­cra­tie. Quand les auto­ri­tés ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par man­que d’information: aucu­ne pré­cau­tion n’est pri­se pour pro­té­ger la san­té des popu­la­tions vivant en zone conta­mi­née qui conti­nuent de consom­mer les ali­ments conta­mi­nés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la catas­tro­phe, la dis­tri­bu­tion de pas­tilles d’iodure de potas­sium n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une for­te haus­se du nom­bre de can­cers, sur­tout chez les enfants.

« Qui plus est, aucu­ne solu­tion n’est appor­tée aux réfu­giés de la radio­ac­ti­vi­té, ces popu­la­tions exclues du péri­mè­tre des 20 kilo­mè­tres entou­rant la cen­tra­le. La plu­part d’entre eux trou­vent refu­ge auprès de pro­ches, dans le péri­mè­tre de la zone d’évacuation volon­tai­re. Aucu­ne indem­ni­té n’ayant enco­re été ver­sée et aucun relo­ge­ment n’ayant été effec­tué, les fem­mes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hom­mes conti­nuent d’exercer leurs acti­vi­tés agri­co­les dans des zones conta­mi­nées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croi­re que la natu­re qui fleu­rit et bour­geon­ne est une natu­re mor­te: ils ten­tent d’éviter ain­si ce que l’on appel­le com­mu­né­ment le ‘stress radio­lo­gi­que’ qui peut mener à des trou­bles psy­cho­lo­gi­ques sérieux.

« Cet état de fait est faci­li­té par la cultu­re japo­nai­se, une cultu­re de sou­mis­sion qui pous­se les gens à conte­nir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publi­que­ment, ter­ras­sés par la fata­li­té. Leur colè­re inter­ne se mani­fes­te sous la for­me d’une rési­gna­tion tota­le. En consé­quen­ce, les auto­ri­tés pro­fi­tent de cet­te fai­bles­se cultu­rel­le pour impo­ser une omer­ta inquié­tan­te faci­li­tée par l’absence de contre-pou­voirs.

« Heu­reu­se­ment, des grou­pes aidés par la CRIIRAD vien­nent d’être créés et visent à contrô­ler le niveau de radio­ac­ti­vi­té de ali­ments consom­més: c’est un pre­mier pas salu­tai­re dans la lut­te contre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la catas­tro­phe res­te per­ma­nen­te: l’irradiation res­te tel­le­ment for­te que les tra­vaux dans la cen­tra­le pei­nent à évo­luer et le ris­que d’explosion par hydro­gè­ne dans les réac­teurs endom­ma­gés res­te impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­ve­nir. »

Site de Michè­le Riva­si : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Res­tes du bâti­ment réac­teur III - 12 mai 2011

Res­tes du bâti­ment réac­teur IV - 12 mai 2011

Ain­si que je le pré­ci­se en post scrip­tum de l’article pré­cé­dent sur la nou­vel­le explo­sion enre­gis­trée à la cen­tra­le en rui­nes de Fuku­shi­ma, c’est le réac­teur IV et non le III qui serait concer­né. La dif­fé­ren­ce est impor­tan­te puisqu’elle por­te sur le char­ge­ment en MOX du réac­teur III, et le ris­que de rejet de plu­to­nium par­ti­cu­liè­re­ment toxi­que. Le pro­blè­me – qui remon­te aux ori­gi­nes mêmes de la catas­tro­phe – tient au blo­ca­ge de l’information offi­ciel­le, et même aux omis­sions et men­son­ges éma­nant de ces sour­ces offi­ciel­les, tant le gou­ver­ne­ment japo­nais que l’exploitant Tep­co.

Une autre vue de l’explosion est visi­ble ici : entre 0:16 et 0:18. (Docu­ment Tep­co).

Autres nou­vel­les, peu ras­su­ran­tes :

– 6 400 ton­nes d’eau radio­ac­ti­ve dans le sous-sol du réac­teur III. Les employés de Tep­co ont bra­vé la très hau­te conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve du réac­teur III (100 milliseverts/heure) pour explo­rer le sous-sol du bâti­ment dans lequel ils ont confir­mé la pré­sen­ce de 6400 ton­nes d’eau hau­te­ment radio­ac­ti­ve. (51 milliseverts/heure en sur­fa­ce du volu­me d’eau qui fait près de 6 mètres de pro­fon­deur).

– Pas de chan­ce pour Are­va (exit sa patron­ne) et pour Tep­co, qui devaient com­men­cer le 15 juin les tra­vaux de décon­ta­mi­na­tion de plus de 100 000 ton­nes d’eau conta­mi­née : le sys­tè­me ne fonc­tion­ne pas car Tep­co vient de décou­vrir 10 fui­tes dans des val­ves et autres tuyau­te­ries.

Le Mon­de du 17/6/11. Com­me si l” « empri­se » n’était déjà pas éco­no­mi­co-poli­ti­que… Ou com­ment le spec­ta­cle poli­ti­que prend le pas sur les faits, l’opérette de salon sur le jour­na­lis­me de ter­rain.

Soyons posi­tifs et admet­tons que le sys­tè­me Are­va puis­se décon­ta­mi­ner à 100 % plus de 100 000 ton­nes d’eau, à ce jour, et une autre bor­dée de 100 000 ton­nes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bor­dées sub­sé­quen­tes de 100 000 ton­nes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que fai­re du concen­tré toxi­que géné­ré par ce pro­ces­sus de « décon­ta­mi­na­tion » ? Selon Tep­co, ce concen­tré contien­drait 100 mil­lions de bec­que­rels de sub­stan­ces radio­ac­ti­ves par cen­ti­mè­tre cube. Tep­co esti­me que ce seront 2 000 mètres cubes de concen­tré toxi­que qui seront géné­rés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tep­co ne dis­po­se que d’une capa­ci­té de 1 200 mètres cubes sur le site de Fuku­shi­ma. De plus, Are­va a concé­dé qu’ils n’ont aucu­ne expé­rien­ce dans la ges­tion de concen­trés toxi­ques issues d’eau radio­ac­ti­ves et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrê­me radio­ac­ti­vi­té dans la par­tie est de Tokyo. Sui­te à la pres­sion d’une asso­cia­tion de parents (Koto Asso­cia­tion to Pro­tect Chil­dren), le gou­ver­ne­ment japo­nais a enfin recon­nu ses men­son­ges quant à la radio­ac­ti­vi­té de l’air ambiant aux alen­tours du cen­tre de retrai­te­ment des boues d’épuration de Nan­bu Ota-ku, Tokyo. Depuis com­bien de semai­nes l’incinérateur est-il en train de conta­mi­ner cet­te zone de Tokyo ? Cet­te asso­cia­tion de parents, aidée par un pro­fes­seur de l’Université de Kobé, a sol­li­ci­té les ser­vi­ces de l’ONG fran­çai­se, Asso­cia­tion pour le Contrô­le de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrê­me­ment éle­vés de radio­ac­ti­vi­té dans le ter­rain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyen­ne proxi­mi­té du cen­tre de trai­te­ment incri­mi­né: par exem­ple, le parc pour enfants est à 8 km de dis­tan­ce.

Le parc est enco­re plus conta­mi­né que le ter­rain de sport avec un taux de césium 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de césium 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tel­lu­rium 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quel­le serait la quan­ti­té de com­bus­ti­ble à Fuku­shi­ma-Dai­chi en atten­te de dilu­tion dans l’atmosphère, les nap­pes phréa­ti­ques et l’océan? Selon Asso­cia­ted press, 3 400 ton­nes de com­bus­ti­ble usa­gé seraient accu­mu­lées dans les pis­ci­nes de sto­cka­ge et 877 ton­nes de fuel actif dans les coeurs des réac­teurs, ou ce qu’il en res­te. A savoir en tout 4 277 ton­nes de com­bus­ti­ble. Par com­pa­rai­son, il y en avait 30 ton­nes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 ton­nes à Tcher­no­byl en 1986.

– Deux balei­nes ont été décou­ver­tes fin avril à 650 km de Fuku­shi­ma, avec des niveau de radia­tion de 31 et 24 bec­que­rels de césium par kilo de vian­de. Le Mari­ne Bio­lo­gi­cal Labo­ra­to­ry, basé à Woods Hall dans le Mas­sa­chu­setts, a com­men­cé à éva­luer le niveau de conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve dans l’Océan Paci­fi­que. Et selon Arnie Gun­der­sen, le MBL a déjà décla­ré que la conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve dans l’Océan Paci­fi­que pro­ve­nant de Fuku­shi­ma est dix fois supé­rieu­re à cel­le de la Mer Noi­re ayant éma­né de Tcher­no­byl.

– La cen­tra­le nucléai­re de Fort Cal­houn, à Oma­ha dans le Nebras­ka (États-Unis) est assié­gée (vidéo ici) par l’eau du Mis­sou­ri qui mon­te et qui va enco­re mon­ter de quel­ques mètres d’ici l’été. Pas de sou­cis, l’ingénierie nucléai­re a déployé tout son savoir fai­re pour endi­guer les ris­ques radio­ac­tifs : des murs de sacs de sable.

La cen­tra­le nucléai­re de Fort Cal­houn, pho­to­gra­phiée le 14 juin, mena­cée par la mon­tée régu­liè­re des eaux du Mis­sou­ri. (Ph. Cryp­to­me)

Voir d’autres pho­tos.

 

 

 

Autres infor­ma­tions sui­vies : http://www.kokopelli-blog.org/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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