On n'est pas des moutons

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Grèce, carnet de voyage. 6) Paros. À l’origine d’Aphrodite de Milo

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[Ph. Marie-Lan Nguyen]

Vénus-Aphrodite de Milo, vedette du Louvre. [Ph. Marie-Lan Nguyen]

Iles des Cyclades, Paros, 14 juin 2016. Des chapeaux et casquettes, chemisettes, t-shirts et la panoplie possible de souvenirs et colifichets. Étroite et tout en longueur, la boutique de Nikólaos, sur le port des pêcheurs, s’enfonce dans son obscurité que combat un néon blafard. Comme à Athènes, dans les rues touristiques de Monastiraki, on se croirait dans un bazar, ou dans un souk. La première hypothèse renverrait aux guerres médiques (- Ve siècle) opposant grecs et Mèdes, autre nom des Perses, les actuels Iraniens. La seconde, plus vraisemblable car moins lointaine, serait liée à l’occupation des Ottomans, les Turcs d’aujourd’hui – occupation qui a tout de même duré quatre siècles !

De cette occupation il reste au moins deux abcès de fixation :

L’île de Chypre, coupée en deux, un peu à la manière irlandaise, version orientale. Voilà plus de 40 ans (1974) que les deux communautés, quand elles ne se font pas la guerre, s’observent en chiens de faïence 1 ;

La basilique Sainte-Sophie, fleuron de la chrétienté du temps où Istanbul s’appelait Constantinople, car conçue au IVe par Constantin 1er, successivement basilique chrétienne, mosquée puis musée. En 2012, un groupuscule islamiste et nationaliste violent fait campagne pour que le musée redevienne une mosquée, notamment en organisant une prière musulmane sous la coupole byzantine. Un an après, Erdoğan déclare envisager que cette transformation ait lieu…

Alors, ne « leur » parlez pas de ces « barbares » ! – au sens d’Hérodote : étrangers parlant un langage inconnu. Ou alors, « ils » vous en parleront, par exemple, à propos de l’accord par lequel l’Europe s’est défaussée sur la Turquie d’Erdoğan au sujet de l’accueil des réfugiés – syriens notamment. Je me souviens avoir abordé la question, à l’école d’Architecture d’Athènes, avec Eleftheria 2, évoquant alors le sens grec de l’hospitalité, remontant au moins à Homère et à L’Iliade

croix drapoÀ Athènes encore, mon ami Georgios, m’a fait remarquer que la capitale grecque, malgré la présence assez nombreuse de musulmans, est la seule en Europe à n’abriter aucune mosquée… C’est que l’Église grecque demeure omnipotente, son hyper présence – tant dénoncée au plus fort de la crise grecque – bordurant les limites d’une théocratie. Rappelons à ce sujet que les popes sont salariés de l’État 3 ; que les biens considérables de l’Église échappent en partie à l’impôt ; que dans les écoles, chaque journée démarre par une prière collective avec présence obligatoire (la prière elle-même ne l’est toutefois pas…) ; que chaque église et tout édifice public sont surmontés du drapeau national dont la hampe se termine par une croix… [☞ Photo]

DSCF5136Oui, oui, je suis toujours là, dans mon souk de Paros…, à farfouiller sur l’étagère où s’alignent les petits bustes en faux marbre blanc. Petits bustes mais grands hommes (on parlera des femmes plus loin) de la Grèce antique. J’aimerais y trouver mon vieux pote Épicure 4, en guise de souvenir. Chaussant ses lunettes, Nikólaos vient à ma rescousse. Seuls Hippocrate, Poséidon, Homère, Pythagore répondent à l’appel et aussi Socrate. Va pour Socrate ! un brave type aussi 5.

Sur ces entrefaites, comment ne pas causer politique ? Oui, de l’Europe en particulier, et de Mme Merkel spécialement. L’Allemagne n’a pas la cote ici, ça non ! La France, oui… Ce qui me vaut un rabais de 50 centimes d’euro sur mon buste socratique. Ainsi scellée, l’amitié franco-hellénique, aborde la question des militaires, État dans l’État, et deuxième plaie de la Grèce déplore Nikólaos. Je résume : Tandis qu’ils nous serraient la ceinture, nos politiciens ont continué à acheter des armes, à l’Allemagne et à la France – sous le prétexte classique de la droite grecque qui exploite le « danger » turc ! Troisième plaie du pays : les armateurs richissimes qui, eux non plus, ne paient pas ce qu’ils devraient payer en impôts. Les pavillons de complaisance, c’est une injure à nos vingt pour cent de chômeurs – et plus de la moitié chez les jeunes !

C’est alors qu’une cliente met fin à l’édito du jour.

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Paros est certes une île des Cyclades – on compte 250 îles, îlots et îlots-rochers. Seules 24 sont habitées. Paros s’en distingue, enfin elle s’en distinguait, par son marbre, qui fut le plus réputé de l’Antiquité. D’une blancheur et d’une translucidité incomparables. Il se dit que Napoléon exigea que son tombeau fût en marbre de Paros… – ce dont je me contrefous. Voici pourquoi :

Parlons pour commencer de l’Origine du monde, fameux tableau de Courbet datant de 1866 – 150 ans seulement [que, soit dit en passant, Lacan s’était d’ailleurs payé, enfin que lui avaient payé ses fortunés et névrosés clients]. Eh bien ici, à Paros, nous sommes carrément à l’origine de l’origine… c'est-à-dire à l’origine de Vénus, issue des profondeurs géologiques – en millions d’années. C’est en effet dans le marbre de Paros qu’a été sculptée la Vénus de Milo – 22 siècles…–, ce chef d’œuvre aujourd’hui exposé au Louvre 6, sculpté non pas par Praxitèle comme on l’a cru un temps, mais plutôt par Alexandre d'Antioche.

Je passe sur les détails concernant la découverte de la statue sans bras par un laboureur sur l’île de Milos (on disait « Milo » jadis), puis négociée et vendue plusieurs fois avant d’être donnée au Louvre par Louis XVIII. Née de un ou deux blocs de marbre de Paros, il serait intéressant de reconstituer l’itinéraire de cette sublime statue, sans parler de son modèle – on peut rêver… – et de l’ensemble qui, au demeurant, aurait dû s’appeler l’Aphrodite de Milo, car cette déesse de l’amour appartient pleinement à la Grèce et à sa mythologie.

14062016-DSCF6361Bien sûr, le journaliste de terrain (même en retraite) s’est rendu sur place, d’un coup de scooter… Classées site historique, les carrières de Marathi sont abandonnées depuis le XIXe siècle. Lieu étrange : une vallée aux flancs éventrés, parsemés de quelques bâtiments en ruines et de monceaux de pierrailles, restes de l’exploitation passée. L’entêtant parfum des immortelles imprègne l’air chaud de juin. Pas le moindre guide, personne alentour. Je trouve sans difficulté l’entrée de la première galerie, la plus parlante des trois. Mes photos s’imposent ici pour comprendre mon évocation de l’Origine du monde – le tableau et la chose…  [Voir en tête de l'article, et ci-dessous] Je ne suis pas descendu au-delà de la zone la plus sombre… assimilable à une intrusion dans l’intimité d’Aphrodite… 

Les anciennes marbrières de Paros se trouvent à Marathi, à quelques kilomètres de Parikia, la « capitale » de l’île. Jusqu’au XIXe siècle, on y tirait le fameux marbre parien ou « lychnitis ». Son appellation vient du fait que son tirage était effectué dans des galeries souterraines sous la lumière des lampes à huile (en grec : lychnos).
La transparence de ce marbre est exceptionnelle : la lumière y pénètre jusqu’à 7 centimètres de profondeur (1,5 centimètre pour le marbre dit « pentélique », de la montagne Penteli).
De ce marbre naquit, non seulement la Vénus de Milo, mais aussi l'Hermès de Praxitèle, les korês de l’Acropole, la Victoire de Délos, la Victoire de Samothrace, le temple d’Apollon et le trésor des Sifniens à Delphes, le temple de Zeus à Olympia et le temple d'Apollon à Délos. Plusieurs pièces du Musée Archéologique de Paros sont constituées de ce marbre.
Ces marbrières sont les uniques marbrières souterraines de lychnitis au monde, alors qu’aux carrières à ciel ouvert de la région on tirait de la magnésite.

C’est en remontant de ces profondeurs que je vais faire une de ces belles rencontres qui illuminent le Voyage. M’avançant le long d’un jardinet fleuri d’orchidées sublimes, il vient à ma rencontre, tout sourire, main tendue. Voici Tassos : sculpteur solitaire, il vit et travaille ici entre sa maisonnette et son atelier au grand air.

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Tassos. La belle rencontre.

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Marbre de Paros, roche de lumière.

Lui ne parlant que le grec, et moi pas…, notre échange sera surtout gestuel, rehaussé d’onomatopées, et néanmoins des plus chaleureux. Un rien surréaliste, il me montre en se bidonnant son installation, au sens artistique : un treuil en bois, un coup de manivelle pour remonter une seau empli d’eau imaginaire (tout est sec alentour) ; enfin, un volet peint en bleu ouvrant sur un miroir, un peigne et le mot « Kalimera » (Bonjour). Tassos fait semblant de s’éclabousser le visage, qu’il a tout poudré de blanc ainsi que la moustache. Nous « discutons » un bon moment ; puis il m’indique sur un papier l’entrée de la troisième galerie. À mon retour, nous reprendrons notre parlotte, notamment sur le marbre de Paros ; il me montre ses œuvres sculptées, sa photo en soldat, ses sacs de blé, dont je ne saisis pas la destination… Quand il écarte les bras pour me signifier qu’il vit au paradis, je lui demande de le prendre en photo. Voyez vous-même ! Enfin, il me fait un cadeau – précieux : un morceau de marbre, de cette roche si pure qu’elle laisse passer le soleil. Il me l’emballe avec soin dans un papier blanc sur lequel il écrit son nom.

Rien n’aurait pu me faire plus plaisir que ce cadeau !

(À suivre)

Photos de gp, sauf mention

 

Notes:

  1. Depuis 1974, la partie nord de l’île, située au-delà de la ligne verte contrôlée par les troupes de l'ONU, est sous occupation militaire turque et en 1983, ce territoire s'est proclamé République turque de Chypre du Nord sans que celui-ci soit reconnu par la communauté internationale, en dehors de la Turquie.
  2. Voir dans Grèce, carnet de voyage. 4) Santorin, considérations au-dessus du volcan
  3. Comme en Alsace-Moselle, depuis Napoléon et le concordat…
  4. Voir : Grèce, carnet de voyage. 5) Paros. Conversation résinée avec Épicure
  5. Je m’y réfère dans tout le carnet, ou presque…
  6. En passant : de quoi sont constitués les musées du monde, et les plus fameux d’entre eux, sinon de « pièces rapportées » ?

Grèce, carnet de voyage. 4) Santorin, considérations au-dessus du volcan

SatelliteIles des Cycla­des, 11 juin 2016. Vient l’heure de phi­lo­so­pher un peu. 1 Aimer la sages­se en Grè­ce, sinon à quoi bon s’y trou­ver.  Je remon­te phy­si­que­ment dans les temps anciens, enco­re plus anciens. Me voi­ci en effet « au des­sus du vol­can », sinon dedans ; dans la mâchoi­re de San­to­rin – Thi­ra en grec, Θήρα – avec ses îlots com­me coin­cés en tra­vers du gosier.

Remon­tée dans le temps au dou­ble sens :

D’abord, une his­toi­re de délu­ge quand cet­te île des Cycla­des explo­sa lit­té­ra­le­ment, vers 1550 avant JC, cau­sant un ras-de-marée apo­ca­lyp­ti­que (on ne disait pas enco­re tsu­na­mi, puis­que le Japon n’existait pas ¿), et for­mant cet­te cal­dei­ra si par­ti­cu­liè­re, com­me un immen­se chau­dron bor­dé de falai­ses ver­ti­gi­neu­ses, bible ouver­te pour géo­lo­gues.

santorin-carteLe nom anti­que de l’île est Thé­ra, de même que la vil­le anti­que fon­dée à l’époque archaï­que. Selon les auteurs anciens, son pre­mier nom aurait été Kal­lis­té, « la plus bel­le » ou « la très bel­le » ; elle aurait été rebap­ti­sée Thé­ra en l’honneur du fon­da­teur mythi­que de la colo­nie dorien­ne, Thé­ras. Le nom de San­to­rin est venu des Véni­tiens au XIIIe siè­cle en réfé­ren­ce à Sain­te Irè­ne, San­ta Iri­ni. De là San­to Rini puis San­to­ri­ni. Après le rat­ta­che­ment de l’archipel à la Grè­ce en 1840, celui-ci reprend offi­ciel­le­ment le nom anti­que de Thé­ra (ou Thi­ra) mais l’usage de San­to­rin a été conser­vé.

D’après les cher­cheurs, l’éruption est une des ori­gi­nes pos­si­bles du mythe de l’Atlantide. Elle pour­rait aus­si être à l’origine des « dix plaies d’Égypte ». Mais là, nous des­cen­dons de plu­sieurs crans dans le ration­nel véri­fia­ble.

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Un livre ouvert pour géo­lo­gues.

– Ensui­te, remon­tée dans le temps cultu­rel. Le cata­clys­me a sans dou­te accé­lé­ré l’implantation en Crè­te de la civi­li­sa­tion mycé­nien­ne (de Micè­nes en Grè­ce conti­nen­ta­le), au détri­ment de la civi­li­sa­tion minoen­ne (du roi légen­dai­re Minos) déve­lop­pée sur les îles de Crè­te et de San­to­rin de - 2700 à 1200. [Mer­ci qui ?]

Les consé­quen­ces de tout cela – com­me nous pour­rions spé­cu­ler sur les consé­quen­ces dans le futur plus ou moins loin­tain du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que sur la « civi­li­sa­tion » qui sur­vi­vra – ont por­té sur la cultu­re au sens plein : hié­rar­chie des croyan­ces, des mythes, des pro­duc­tions poé­ti­ques, artis­ti­ques, et par­ti­cu­liè­re­ment archi­tec­tu­ra­les.

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Une vue du « chau­dron » depuis l’île de Thi­ra­sia.

Au-des­sus du vol­can, disais-je, au sens pro­pre et pas seule­ment lit­té­rai­re 2. En effet, en 1950, un fort séis­me dévas­ta les vil­la­ges de Fira et Oia, où j’ai fait hal­te. Le livre de Lowry, lui, se situe dans l’intermonde, entre le ciel et l’enfer. En m’accueillant hier, ma logeu­se m’a assu­ré que « le para­dis, c’est ici ». Ça se peut bien. Sur­tout le para­dis des pri­vi­lé­giés, de la gent tou­ris­ti­ca, déver­sée par pleins fer­ries – et notam­ment les nou­veaux riches chi­nois. Main­te­nant que la Chi­ne, sur­tout, a cap­té nos indus­tries de base, il nous res­te à leur ven­dre nos pro­duits de l’industrie tou­ris­ti­que et des loi­sirs ; tant qu’ils ne dupli­que­ront pas ces mer­veilles com­me San­to­rin…

Depuis mon char­mant coin de para­dis, donc, je consul­te la télé ; sa dizai­ne de chaî­nes (dans les hôtels, des cen­tai­nes) confir­ment l’état du mon­de mon­dia­li­sé. Mêmes débats caco­pho­ni­ques sur décors hyper­co­lo­rés, mêmes cos­tu­mes bleu som­bre des poli­ti­ciens dans l’hémicycle ; mêmes des­sins ani­més tapa­geurs cen­sés dis­trai­re les petits ; mêmes publi­ci­tés révul­san­tes. Pas de dou­te, l’Europe avan­ce !

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Le timi­de dra­peau étoi­lé va-t-il par­tir en lam­beaux ?

Euro­pe : enco­re une inven­tion grec­que ! Enfin le mot, sinon l’idée et la cho­se…

Dans la mytho­lo­gie, Euro­pe (en grec ancien Εὐρώπη / Eurṓpē) est une prin­ces­se phé­ni­cien­ne – je pas­se sur le pedigree…Selon une ver­sion du mythe, Euro­pe, fille du roi de Tyr, une vil­le de Phé­ni­cie (actuel Liban) fit un rêve. Le jour même, Zeus la ren­con­tra sur une pla­ge, se méta­mor­pho­sa en tau­reau blanc, afin de l’aborder sans l’apeurer et échap­per à la jalou­sie de son épou­se Héra. Impru­den­te, Euro­pe s’approche de lui. Che­vau­chant l’animal, elle est enle­vée sur l’île de Crè­te…

…Et ils eurent beau­coup d’Européens !

600px-2_euros_GrèceJe viens de pren­dre mon billet de fer­ry pour Paros ; l’employé me rend la mon­naie, dont une piè­ce de deux euros. Je lui deman­de s’il en aurait une por­tant l’effigie d’Europe. Com­me il n’en a pas, j’ajoute : « C’est sans dou­te à cau­se de la cri­se… » Il me répond, cal­me, sans acri­mo­nie : « Sans dou­te, et on devra s’en sou­ve­nir. »

J’avais for­cé­ment abor­dé cet­te ques­tion avec Geor­gios, à Athè­nes ; il m’avait répon­du : « La cri­se, il n’y a qu’à regar­der autour de soi… » Nous étions dans son quar­tier, à Exaer­chia, où la débrouille et la soli­da­ri­té arron­dis­sent les angles. Mais en géné­ral, pour ce que j’ai pu en voir, les dif­fi­cul­tés ne sont pas fla­gran­tes. Il n’y a ni plus ni moins de clo­chards à Athè­nes que dans les rues de Paris ou Mar­seille. Et, de même, les bars sont pleins de gens insou­ciants d’allure, et même gais… « Bien sûr, m’a fait remar­quer Elef­the­ria – « Liber­té » en grec ; peut-on por­ter plus beau pré­nom ? –, bien sûr, nous ne le mon­trons pas ! Mais la cri­se nous tou­che très dure­ment. Beau­coup de jeu­nes au chô­ma­ge vivent chez leurs parents. Moi-même, j’ai de la chan­ce, j’ai un emploi [elle est secré­tai­re à l’Université], mais je fais par­tie de cet­te clas­se moyen­ne qui doit désor­mais fai­re beau­coup de sacri­fi­ces. Nous ne pou­vons même plus nous offrir de petits plai­sirs com­me d’aller au théâ­tre, par exem­ple. Sur­tout, nous nous som­mes sen­tis humi­liés quand nous avons été soup­çon­nés de tra­vailler peu et de tri­cher avec l’État. »

On ferait le même constat en Fran­ce, et aus­si ailleurs dans l’Union…  Pas de dou­te, l’Europe avan­ce !

Devant moi, le grand bleu égéen (de la mer Égée), des îles sur tout l’horizon, au pro­che et au loin­tain. Je me dis que l’Europe a repris d’une main ce qu’elle a don­né de l’autre. Sur­tout, elle a don­né aux riches, au détri­ment des pau­vres. Com­me le dit le vieil ada­ge, les pau­vres ne sont pas bien riches, cer­tes… mais ils sont si nom­breux ! Oui, le grand nom­bre fait la riches­se. En favo­ri­sant le sys­tè­me ban­cai­re, en sou­te­nant la Grè­ce des nou­vel­les indus­tries du Tou­ris­me, de la Cultu­re et des Arts (en par­ti­cu­lier dès les Jeux olym­pi­ques de 2004), elle a, en effet, embel­li et pour­vu d’équipements impor­tants (com­me le métro, aus­si per­for­mant que beau) cer­tai­nes par­ties du pays et sur­tout cer­tains lieux d’Athènes. Vue sous l’angle « macro », l’économie a engrais­sé – au détri­ment de l’économie quo­ti­dien­ne, cel­le des reve­nus, des loyers, du pain.

Cet­te par­tie de la popu­la­tion à hauts reve­nus n’a pas été frap­pée par la cri­se. Les beaux quar­tiers d’Athènes, com­me dans la plu­part des capi­ta­les occi­den­ta­les, exhi­bent bou­ti­ques et de voi­tu­res de luxe. Ce cer­cle res­treint, déploie sa riches­se osten­ta­toi­re et recou­vre le petit mon­de deve­nu qua­si trans­pa­rent, assu­jet­ti aux miet­tes de l’indécent ban­quet.  

Je vais ren­trer au pays en rébel­lion, com­me en l’ayant quit­té, dans les manifs et les grè­ves. J’ai croi­sé hier soir un grou­pe de 160 Bre­tons dont l’avion n’a pu décol­ler pour Brest… Il n’y a pas qu’à San­to­rin que le situa­tion est vol­ca­ni­que. D’ailleurs, com­me aurait dit Mon­sieur Prud­hom­me 3, « Le char de l’Europe navi­gue sur un vol­can. »

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Ci-des­sous, un petit jeu de mes car­tes pos­ta­les (cli­quer des­sus). Les pho­tos sont de bibi, sauf men­tion, et, com­me les tex­tes, sous Licen­ce Crea­ti­ve Com­mons [voir colon­ne de droi­te].

Notes:

  1. Je conti­nue à sou­li­gner en pas­sant cer­tains mots fran­çais de raci­nes grec­ques.
  2. Au-des­sous du vol­can (Under the Vol­ca­no), roman de l’écrivain bri­tan­ni­que Mal­colm Lowry (1947). John Hus­ton en tira un film aus­si fameux.
  3. Mon­sieur Prud­hom­me, per­son­na­ge cari­ca­tu­ral du bour­geois fran­çais du XIXe siè­cle, créé par Hen­ri Mon­nier.

Athènes, carnet de voyage. 3) « Rencontres avec des hommes remarquables »*

Athènes, 9 juin 2016.  Il faut des jours pour connaître une ville comme Athènes, archi séculaire, si riche de beauté et d’histoire. La parcourir à pied, prendre les transports en commun, s’y perdre, croiser les habitants. Des jours, et encore… Se méfier des premières impressions, rarement les bonnes (contrairement à l’adage) ; ce sont celles des préjugés. Alors revenir sur ses pas, marcher, respirer, sentir. Odeurs, sons, lumières. Pas toujours « joli », « charmant », dès lors que ça vit.

DSCF5670 Dans mes souvenirs, si lointains, la place Omonia fleurait bon le lieu prestigieux. Aujourd’hui, ça sent plutôt la pisse et la pauvreté. Pareil pour la rue Athinas, la déesse fondatrice et comme négligée dans cette artère peu engageante. On dépasse l’Hôtel de ville, quelconque. Mais c’est là que je croise mon premier « grand homme », et pas n’importe lequel : Périclès, en pied et en marbre.

Ça y est, j’ai mis le doigt dans l’engrenage historique ! C’est bien l’inconvénient avec ces innombrables statues : soit elles vous narguent et vous renvoient à votre ignorance crasse…, soit elles vous obligent à savoir. J’avais bien entendu parler du « siècle de Périclès », comme d’une sorte d’âge d’or athénien… DSCF4917Pas de quoi nourrir un topo historique, ni l’occasion d’en imposer un, dont je serai d’ailleurs incapable. Mais l’Histoire nous rattrape, et tout spécialement ici, à chaque coin de rue ou presque, ne serait-ce que sur les plaques bleues émaillées (c’est aussi leur rôle). De plus, l’étranger de passage, se croit tenu de pousser le vice en fréquentant nombre de musées.

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C'est ici, dans ce Musée de l'Acropole, que sont exposées cinq des six vraies cariatides de l'Erechtéion. La cinquième se trouve au British Museum, à Londres. La septième est en prime… [Ph. gp]

DSCF4964Ainsi, je sors du Musée de l’Acropole, le tout beau tout moderne : splendide en effet, un monument en soi, bâti sur des ruines – la Grèce, pays de ruines et de mythes superbes – que l’on surplombe en marchant sur un plancher de verre ! Tandis que là-haut, sur cette colline inspirée, d’abord citadelle anti-barbares, des générations d’architectes et de bâtisseurs géniaux ont tenté de conjurer le temps en édifiant un temple, puis d’autres, et même des théâtres… Tandis que d’autres générations de travailleurs de la pierre se relaient encore, de nos jours, pour réparer, sauvegarder, restaurer.

Sur l’Acropole, le Parthénon, notamment, porte les stigmates de sa si longue histoire – vingt-cinq siècles ! En grec ancien, parthénon signifie « appartement de jeunes filles ». En l’occurrence, il s’agissait d’accueillir la statue d'Athéna, fille de Zeus, déesse de la sagesse, de la guerre, des artisans, des artistes et des enseignants. Une sacrée charge ! D’autant qu’Athéna était aussi la protectrice de la cité qui porte son nom. Sa statue, d’ivoire et d’or massif, fut détruite lors d’un incendie, au Ve siècle. De multiples répliques ont été produites, dont celle qui domine l’Académie d’Athènes [photo ci-dessous]. Encore et toujours des statues donc. Et c’est là que je retombe sur mes pieds : à qui doit-on l’édification du Parthénon ? À Périclès, pardi !

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Deux mots et quelques sur ce Périclès, que la modestie ne devait pas étouffer. On l’a même dit assez mégalo et démago sous ses allures de démocrates. Ce qui a fait l’objet de livres savants. Toujours est-il qu’en grec ancien Περικλῆς / Periklễs, signifie littéralement « entouré de gloire ». Né à Athènes vers 495 av. J.-C, il y est mort en 429. [Merci Wiki]. Il acquit sa gloire en guerrier, sur les fronts des guerres médiques et celles du Péloponnèse – Thucydide, le « reporter de guerre » dont j’ai déjà parlé ici, l’admirait beaucoup. Ce n’était pas le cas d’Aristophane, poète et auteur de théâtre, ce Molière de bien avant (- Ve siècle), qui se le paie littéralement comme va-t-en guerre assoiffé de pouvoir. Très près de nous, feu Umberto Eco lui a taillé un costume de populiste… Ce qui nous amènerait à entamer le chapitre énorme et inépuisable de la Démocratie selon ses innombrables penseurs grecs. Je m’en garderai bien – par facilité de blogueur peu apte aux Travaux d’Hercule. Mais l’actualité politicienne, à Athènes comme à Paris et partout dans le monde mériterait ce retour aux fondements historiques et philosophiques. 1

J’en ai donc fini, pour ma part, avec cette première rencontre. Laissons Périklès devant l’Hôtel de ville, passons le grand marché (agora en grec) à poisson et à viande [« vaut le détour » cependant]. Et voilà sur qui je tombe : Diogène, il se trouvait en bas de la rue d’Athinas, accroupi sur le trottoir, ratatiné sur ses genoux, tout maigre, presque nu, les côtes saillantes. Quand j’ai mis un euro dans sa sébile en plastique, il a levé les yeux et a souri. C’était lui !

– Mais Diogène était de Sinope, pas d’Athènes. Et il logeait dans une jarre.

– Je sais, et alors ? Il était en vadrouille et venait souvent à Athènes. C’était bien lui ! (Je n’ai pas eu l’impudeur de le prendre en photo. Sans doute ne m’aurait-il  pas envoyé paître par un « Barre-toi de mon soleil ! » ?)

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Et voici Hippocrate, rencontré un peu plus loin, quartier de Psiri. Déguisé en vieux rocker, jouant de la gratte électrique devant le rideau baissé d’une pharmacie sur lequel son image avait été bombée. C’était bien lui !

– Lui, le « père de la médecine », tu rigoles ?

– Vois combien son illustre portrait protège sa réincarnation moderne ! Et comme il nous protège encore : Hippocrate fut le premier médecin à avoir rejeté les superstitions et les croyances qui attribuaient la cause des maladies à des forces surnaturelles ou divines. Chapeau !

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Maintenant voici Socrate, permettez ! Je sortais de l’ancien Agora, je l’ai repéré, déambulant, parlant à voix haute et sans cesse. J’ai croisé son regard amical. Il m’a accordé la permission d’une photo. Et il m’a dit, en grec académique : « À tout à l’heure ! » Et ne l’ai plus revu.

– Ce n’est pas Socrate, il était laid comme un pou ! Le tien est beau comme Zeus.

– Alors, c’était Socrate déguisé en Zeus !

En vrai, il s’appelle Gargala. Ne parlant ni anglais ni français, sauf pour dire « A tout à l’heure » et « Merci », je ne sais ce que sa chienne de vie a pu lui réserver….

J’en viens à mes héros personnels « modernes », en fait universels. Zorba, Alexis, celui qui m’a amené en Grèce à mes 17 ans, l’ado finissant que le Crétois Nikos Kazantzaki venait de tournebouler…. Celui-là de Zorba, mon exemplaire du jour, soixantenaire chenu, je l’ai vu hier dans Exarchia attablé à une terrasse avec une jeune femme et un enfant, le teint rougeaud, sourire au vent, parlant fort, chemise dépoitraillées. C’était lui, bien sûr !

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Et la vielle copine de Zorba, la Bouboulina, n’était pas loin : aperçue sur l’avenue Akadimia, toute enfarinée et emparfumée, robe bleue à fleurs, hauts-talons scabreux, des dreadlocks jusqu’aux fesses. C’était elle, mais oui !

Ce voyage, je le vis comme un double retour aux sources :

– les miennes, celle de mon passage de l’ado à l’adulte, si possible à la vie d’homme ;

– les sources de notre civilisation dans ce monde si désorienté. Ça ne pouvait être plus essentiel, surtout vers la fin d’une existence.

–––––––––

*J'emprunte à Peter Brook le titre de son film consacré à la vie de Georges Gurdjieff (1979).

Photos de gp.

Notes:

  1. J’apprends que Montebourg suggère de remplacer les sénateurs élus par des citoyens tirés au sort… Quoi, aurait-il eu connaissance du système démocratique de la Grèce antique ? J’espère revenir sur ce chapitre.

Athènes, carnet de voyage. 2) Exárcheia, territoire anarchiste

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Athènes, 7 juin 2016.  J’ai quitté dimanche le quartier de Metaxourgio pour celui d’Exárcheia. Comme si j’avais migré des Ternes à Ménilmontant, à Paris. Ou bien, à Marseille, de Vauban au cours Julien – ce qui est plus juste. Je me trouve à une encablure du Musée archéologique et plus près encore de l’École polytechnique. Comme qui dirait « au cœur du problème » grec.

Quoi, problème ? Depuis le « traîne-couillons » universel qui charrie le touriste ici comme partout, Athènes présente le charme des capitales à haut niveau culturel-marchand ; son circuit emprunte les hauts-lieux entretenus car rentables. En jupette, avec leurs souliers à pompons, les gardes présidentiels (evzones) perpétuent leur rituel désuet – désuet en apparence, mais à symbolique profonde : la fustanelle, cette jupe, serait formée de 400 plis rappelant les quatre siècles d’occupation turque (je reviendrai sur la question turque).

DSCF5528Le tourisme se nourrit grassement du folklore et de ses clichés. Mais quel heureux privilège, ma foi, de déguster un verre de retsina (vin blanc résiné) sur une terrasse au pied de l’Acropole ! La crise grecque, où ça ?

Ici, à Exárcheia, ils connaissent. Pris entre deux quartiers bourgeois, Εξάρχεια (en grec moderne) est renommé pour être le foyer de l'anarchisme en Grèce. Anarchie, mot grec à l’origine [je les souligne désormais en passant] : an, préfixe privatif : absence de, et arkhê, hiérarchie, commandement. Je me régale ici de l’étymologie – encore du grec ! Que serions-nous sans ces racines ? [La querelle du grec au collège n’est pas anodine ; pour en avoir été privé, j’en mesure l’importance fondamentale un demi-siècle plus tard.] Je m’amuse à l’idée de taquiner l’étymologie du mot étymologie : c’est ce qui éclaire le sens des mots et, ainsi, ouvre la pensée. On voit bien que tout se tient chez l’animal pensant-parlant, et écrivant et vivant à l’occasion.

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"Tout ou toute une histoire"… Martial, lecteur scrupuleux, s'interroge sur l'accord de "tout" dans mon précédent titre. Moi aussi… J'ai vérifié : "tout" est ici un adverbe, invariable, car il exprime le sens de "complètement", "tout à fait". Maudit français !

Exárcheia, donc. Rues étroites, plutôt sinistrées d’allure : pas mal de rideaux métalliques baissés, peinturlurés, taggés comme le moindre recoin. Affiches à pleins murs. Couleurs vives sur la verdure des arbres, nombreux. Quartiers de squats et aussi d’imprimeurs, d’éditeurs, disquaires, boutiques, cybercafés et épiceries bio ; beaucoup  de librairies, parfois chics ou bien carrément « anar », tandis que la « com’ » tente sa percée, avant-poste d’une boboïsation qui gagne vers les hauteurs. Quartier "à part", sorte de no man's land où la police est interdite de territoire, ou alors seulement les robots-cops, quand ça chauffe pour de vrai.

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Je me dois ici de vous présenter Georgios chez qui je loge, dans son coquet appart’ de la rue Solomou, tout en couleurs pimpantes. La quarantaine, regard écarquillé et sourire radieux, il est prof d’informatique et photographe chevronné. A parcouru une partie du monde. Mais ne connaît pas, ou à peine, et de nom, ses ancêtres philosophes des temps antiques – il est de son époque, dans l’ « ici et maintenant » de nos urgences sans avenir (ou alors lequel ?) Georgios parle un anglais « fluent » [L’anglais qui est devenu ici la seconde langue, comme dans tous les pays à langue régionale – salut les Québécois de mon cœur ! L’anglais dominateur, médiateur utile, et ratatineur de particularités essentielles – tout se paie !] Georgios est aussi cycliste urbain 1 (il y en a si peu à Athènes), mais hier, une portière lui est rentré dedans en lui cassant le bras, et le vélo. Depuis, je trouve que son english est devenu chaotique et j’ai plus de mal à le comprendre… Sa compagne, Alexia, aussi sympathique et enjouée ; ingénieure, francophone, militante humanitaire, Amnesty international, etc.

DSCF5536C’est ainsi qu’hier soir (tard), je me suis retrouvé avec eux deux sur une terrasse festoyante, en haut d’un vieil immeuble voisin tenu par « Nosotros », non pas un squat mais ce qu’ils appellent un « espace social libre », lieu autogéré de résistance.

Résistance à quoi ? À tout, pardi ! C’est bien le moindre, quand on considère l’état du pays, que l’on dit en délabrement – surtout l'état d’Athènes qui agglomère presque la moitié de la population grecque (plus de 4 millions sur 10 millions de Grecs environ. 2 Bien sûr, ça ne se voit pas « en passant ».

Nosotros (de l’espagnol, cette fois : nous), rassemble des anarchistes "soft", de la mouvance anti-autoritaire, des pacifistes, plutôt non-violents. Plutôt, car on ne sait jamais trop ce qui peut arriver. Et il s’en est passé des choses dans cette Exarcheia la noire 3 : C'est à Exarcheia que commencent les émeutes de décembre 2008, après la mort d'un adolescent de 15 ans, tué par balle par un policier, dans une rue du quartier. C'est aussi à Exarcheia que débute le soulèvement contre la dictature des Colonels en novembre 1973, lors de la révolte étudiante de l'Université polytechnique nationale d'Athènes et évacuée par les militaires putschistes le 17 novembre 4

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Cette sculpture, à l'entrée de l'École polytechnique, honore les victimes du soulèvement de novembre 1973, quand les Colonels putschistes décident d'une intervention brutale. Dès les premières heures du samedi matin 17 novembre 1973, un char-blindé pénètre de force au sein de l’université. La violence de l’attaque est sauvage : il y a officiellement 34 morts, mais en vérité beaucoup plus. Des centaines de blessés se cachent pour éviter l’arrestation. Des milliers d’arrêtés et d’emprisonnés vont subir la torture par la police militaire.

Donc cette nuit, du haut de cette terrasse, de jeunes résistants refaisaient le monde, qui en a bien besoin. Un repas avait été préparé spécialement en solidarité avec des réfugiés syriens – on sait qu’ils sont nombreux à être passés par l'île grecque de Lesbos – ou y avoir trépassé en mer. Aujourd’hui, le gouvernement grec a fermé la frontière, détournant le flux vers la Turquie.

Vu d’ici, de la gauche de gauche athénienne, Alexis Tsipras (actuel premier ministre) est aussi « populaire » de Valls et Hollande auprès de « Nuit debout ». Georgios, le bras droit dans le plâtre, raconte en rigolant l’histoire suivante : Tsipras, à la télé, évoquant des souvenirs d’enfance, rappelle s’être cassé le bras gauche et que, gaucher, il dut se faire droitier… « Ce qui ne lui fut pas bien difficile », n'ont pas manqué de commenter les Grecs, goguenards…

C’est tout pour aujourd’hui ; j’étais parti pour vous présenter d’autres amis, des illustres antiques, car j’ai flâné hier, selon ma dérive, dans l’ancien agora. Et j’y ai croisé Socrate, si si ! Suite au prochain numéro (c’est ce qu’en pub, on appelle du teasing – qui ne vient pas du grec !)

PS - En rentrant ce soir, Georgios m'apprend qu'un homme a été tué ce matin de deux balles de pistolet, sur la place Exárcheia, là dans notre quartier, où je viens de passer… Affaire de drogue, semble-t-il. Ce qui ne saurait guère effaroucher un Marseillais…

Bonus (latin) : panorama (grec) sur le quartier d'Exárcheia. Je reviendrai plus tard sur l'École polytechnique. (Photos de gp).

Notes:

  1. Je l’étais aussi, jusqu’à ce que des malotrus volent mes deux vélos, dont l’électrique de mes 70 balais, en grande partie financé par de généreux actionnaires. Je devais le signaler…
  2. La diaspora grecque (omogenia) représenterait quelque 6,5 millions de personnes sur les cinq continents et principalement au États-Unis (de 3 à 4 millions). Chicago, avec 300 000 Grecs est la troisième ville grecque du monde après Athènes et Salonique. Source : Bibliomonde. 
  3. Exarcheia la noire, au cœur de la Grèce qui résiste, de Yannis Youlountas, photos Maud Youlountas. Les Éditions Libertaires, 2013. Un film a également été réalisé par les mêmes auteurs.
  4. Z, le film de Costa Gavras aurait pu/dû se tourner à Exarcheia, mais la dictature des colonels l’en empêcha. Le tournage eut lieu à Alger qui, par son architecture, ressemble beaucoup à Athènes.

Athènes, carnet de voyage. 1) Tout une Histoire

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Athènes, 5 juin 2016. Pourquoi là ? Tout une histoire – personnelle. Et toute l’Histoire du monde – enfin cette partie qui remonte à l’Antiquité datée et à ce monde qui a serti la Méditerranée comme une perle précieuse, ce bijou appelé civilisation – bien qu'elle ne soit pas unique. Si on s’en souvient tant, après vingt-six siècles, c’est parce qu’ils avaient inventé l’alphabet – alpha, béta « Ils », ces Grecs lumineux à qui l’on doit l’irruption de la pensée pensante et donc critique, l’élévation de la conscience d’être au monde, et dans quel monde au juste ? Et naîtront ainsi le questionnement existentiel et l’amour de la sagesse, la philosophie, puis les sciences, les arts, l’histoire, la politique. Mais aussi la guerre ! Et enfin la démocratie, toujours recommencée…

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Trois tiers pour constituer une ville. Le quatrième pour l'immortaliser. [Ph. gp]

On s’en souvient car ils ont beaucoup écrit… Non pas qu’ils aient inventé l’écriture, elle venait des Sumériens, et peut-être même des Chinois si on remonte à la nuit des temps anciens. Mais les Perses, probablement, exportèrent cette invention fondatrice lors de leurs invasions barbares – barbare : qui parle une autre langue, ainsi que le rapporte Hérodote 1, le père de l’Histoire et même du journalisme.

Hérodote et Thucydide, inventeurs de l'histoire. Bustes du Musée archéologique de Naples. [d.r.]

Hérodote et Thucydide, inventeurs de l'histoire. Bustes du Musée archéologique de Naples. [d.r.]

Ses enquêtes autour de la Méditerranée délimitaient le monde connu. Il mesurait les distances en stades… (ce que perpétuent les journalistes actuels quand ils disent « grand comme trois terrains de foot ») et, au delà, en jours de marche ou de navigation à voile. Il découvrait le monde, alors si petit en apparence connue ; ce monde qu'il parcourait pour l'agrandir, ainsi qu'un Candide pré-voltairien.

Il faut aussi saluer Thucydide 2, continuateur d’Hérodote mais en reporter de guerre, celle du Péloponnèse. Pour dire bien vite que les écrits abondent, inscrivant ainsi l’histoire grecque et ses œuvres innombrables au Patrimoine de l’Humanité. Parmi ces illustres auteurs se distingue cependant un certain Socrate qui, lui, n’écrivait pas (en tout cas il n’a pas laissé d’écrit connu) ; il en chargeait ses disciples et l’un d’eux tout particulièrement : Platon.

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Les fondateurs de l'Académie des arts : Socrate et son élève, Platon. À l'arrière-plan, l'Université antique. [Ph. gp]

Socrate était un parleur, un vrai beau parleur, pas un baratineur. Entouré de ses élèves, il parlait, marchait, questionnait, prétendait qu’il ne savait rien. Moyennant quoi il éleva le doute au rang de la connaissance… Mais ce premier des sceptiques et des rationalistes, questionna tout autant les dieux – jusqu’à douter de leur existence. On ne lui pardonna pas. Et il but la ciguë – jusqu’à la lie.

Je ne vais surtout pas prétendre ici raconter l’histoire de la Grèce « des origines à nos jours »… Mais plutôt tenir un carnet de voyage, sur le mode impressionniste et « dérivant », au sens où Breton puis les situs appréhendaient la ville en y déambulant comme un esquif sans voile, allant au gré des courants sensoriels. Remarquez que ces lettrés, à l’occasion un peu prétentieux sinon pompeux, n’avaient rien inventé. Montaigne, quelques siècles avant eux, avaient pratiqué la chose sans besoin de la nommer :

« Moi, qui le plus souvent voyage pour mon plaisir, ne me guide pas si mal. S'il fait laid à droite, je prends à gauche, si je me trouve mal propre à monter à cheval, je m'arrête. [...] Ai-je laissé quelque chose à voir derrière moi ? j'y retourne. C'est toujours mon chemin. Je ne trace aucune ligne certaine ni droite, ni courbe. » 3

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Figurine de marbre de la collection cycladienne du Musée national d'archéologie (3000 ans avant notre ère) [P. gp]

C’est qu’on n’invente rien ! ou si peu. Depuis des millénaires – pour ne pas remonter au Déluge et au-delà… – que l’Homme s’est mis à penser, parler, créer, agir… il s’est beaucoup répété, a beaucoup copié et recopié, voire singé, en croyant innover. Les vraies inventions sont si rares, quelque fois accidentelles et, le plus souvent, formelles. Rares, même dans les arts ! Picasso et tant d’autres n’ont-ils pas « récupéré » les créations africaines, sculptures et masques rituels notamment. Ou bien n’ont-ils pas « pompé » ces sculptures de l’époque dite cycladienne 4, dont peut s’enorgueillir le splendide Musée archéologique d’Athènes ? [Galerie photo ci-dessous. Cliquer sur les vignettes pour les agrandir.]

Ce musée, j’y ai passé l’après-midi complet, jusqu’à éreintement. De la Culture grand C dans la splendeur totale et dans des conditions muséologiques exceptionnelles.. Des collections préhistoriques remontant jusqu’à sept millénaires « avant » ; puis des sculptures par milliers, de marbre ou de bronze ; des céramiques et des terres-cuites ; des bijoux en or ; des vases « à en loucher » aurait dit Brassens – si on me permet cet anachronisme sacrilège…

Qu’on se rassure, je ne vais pas écrire un énième guide gréco-savant. Plutôt tenter de vous embarquer dans ma dérive athénienne (et au-delà, on verra), toute subjective, mais tout de même ancrée au sol, attestée par des photos, relativement plus « objectives » certes. Voilà pour ce premier épisode.

Notes:

  1. Auteur d’une grande œuvre historique, les Histoires, également appelée Les Enquêtes, Hérodote, est né vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse en Grèce d'Asie mineure (Turquie actuelle), mort vers 420 av. J.-C.
  2. Homme politique et historien athénien, né vers 460 av. J.-C., mort, peut-être assassiné, entre 400 et 395. Dans sa quête de "la vérité", il a inventé la rigueur méthodique et aussi le recoupement des sources d'information.
  3. Essais III, 9 De la vanité.
  4. Des îles Cyclades. Objets datant d'environ 3000 ans avant notre ère.

Pour saluer Jacques Le Goff, grand passeur d’histoire

L'historien médiéviste, Jacques Le Goff est mort ce mardi 1er avril à Paris. Il était âgé de 90 ans. Co-directeur de la revue  "Annales, Histoire et Sciences sociales", co-producteur de l'émission "Les Lundis de l'histoire" depuis 1968, sur France Culture, son importance est unanimement reconnue, comme historien et comme vulgarisateur.

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Jacques Le Goff - capture d'écran

Né à Toulon le 1er janvier 1924, normalien, agrégé d'histoire en 1950, (quatrième ex-aequo avec Alain Touraine), il préfère la recherche collective à l'enseignement. En 1962, il devient maître-assistant à l'École pratique des hautes études, y découvrant la liberté de recherche et d’échanges. En 1972, il succède à Fernand Braudel.

Ses travaux sur l'occident médiéval font  référence pour les historiens et les étudiants. Pour lui, l’histoire ne peut être objective : c’est une « activité presque involontaire de rationalisation ». Il s’est penché sur l’Histoire comme mémoire et aussi sur l'histoire des mentalités et des sensibilités en utilisant des documents traditionnels tout autant que des objets de la vie quotidienne. Il porte également son intérêt sur la place des sentiments et de l'affectivité dans l'Histoire. Il questionne l'époque médiévale notamment à travers la place accordée à  la femme, au travail et à la religion. De même accorde-t-il une grande importance  à l'imaginaire des individus et des sociétés, à leurs mentalités.  À cet égard, s'il avait quelque attirance pour l'analyse marxiste, il s'en différenciait tout autant par une distanciation avec le matérialisme historique.

Pour lui les guerres ne sont pas un grand moteur de l’Histoire, même si elles sont capables d'accélérer ou de retarder les évolutions. On retrouve toujours sa pensée selon laquelle l’histoire politique et l’histoire des grands évènements doivent céder la place à une histoire plus profonde et plus longue qui s'écrit sous la forme de lentes évolutions.

Sur la « pureté ethnique »

La « pureté ethnique » [...] est, en général, stérile et limitée dans ses aptitudes. Les peuples issus de mélanges sont au contraire en général plus riches et plus féconds du point de vue de la civilisation et des institutions. Le croisement des hommes est une source de progrès.

  • L'europe expliquée aux jeunesJacques Le goff, éd. Seuil, 2007, p. 47

Dans les années 1980, il s’intéresse à l’imaginaire politique (ses symboles, ses rites, ses cérémonies, ses rêves, ses images) et écrit L'Imaginaire médiéval. Il porte ses recherches sur le rêve, la culture populaire et les croyances collectives dans la société du Moyen Âge, sur les mentalités ainsi que sur leurs modifications et évolutions. Il essaie même de prendre en compte des hypothèses sur la conscience et l’inconscient. Il se pose également des questions sur l’Histoire qui se fait et l’Histoire qu’il reste à faire et souhaite pour cela étudier le rire au Moyen Âge. Parallèlement, il s’intéresse à la civilisation matérielle et culturelle populaire, à travers les vêtements, les aliments, les romans, mais aussi les paroles et les gestes. En quoi l'historien rejoignait l'anthropologue. Ayant passé son enfance à Toulon, cette ville marque l’esprit de Jacques Le Goff : étant né sur le cours La Fayette, il habite une position stratégique dans la topographie géographique et sociale de Toulon. Ce qui l'amènera à s’intéresser par la suite à la topographie sociale des villages.

L'historien n'hésitait pas à quitter sa période de prédilection pour aborder l'actualité et exprimer ses options politiques nettement à gauche.

Il avait également été conseiller scientifique sur le tournage du film  Le Nom de la rose, adapté par Jean-Jacques Annaud du roman d'Umberto Eco

La passionnante vidéo ci-dessous (90 mn), « Pour un autre Moyen Âge », le montre dans un dialogue avec Robert Philippe, Pierre Nora, Emmanuel Le Roy Ladurie et Jean-Claude Schmidt, Jacques Le Goff parcourt l'itinéraire qui, des marchands et des intellectuels du Moyen Âge, en passant par la synthèse de la Civilisation de l'Occident médiéval, le purgatoire, la ville, l'imaginaire et la royauté, lui a fait explorer le Moyen-Âge, comme terrain de renouvellement de l'histoire et de ses méthodes en s'efforçant de définir une anthropologie historique.

Sources : Wikipedia, France Culture. À noter que mon édition de 2007 de l'Encyclopaedia Universalis ne présente pas d'article spécifique sur Jacques Le Goff !


Le Sahara, par Bernard Nantet. Un désert entre fascination et enjeux internationaux

SAHARA-Bernard NantetQuand Ber­nard Nan­tet écrit sur l’Afrique, c’est du soli­de. Pas de ces bou­quins vite faits au détour d’une « actu », en l’occurrence la guer­re au Mali. Depuis des décen­nies, il l’aura labou­ré ce conti­nent infi­ni, à tous les sens du mot, et dans tous les sens de son insa­tia­ble curio­si­té. Archéo­lo­gue autant que jour­na­lis­te – les deux métiers s’entremêlent, selon les pro­fon­deurs des cou­ches explo­rées, selon les épo­ques –, cet éru­dit atten­tion­né pos­sè­de le don de ques­tion­ner les tra­ces pour fai­re par­ler les hom­mes qui les ont lais­sées dans les temps plus ou moins loin­tains. De même que, jour­na­lis­te, il ques­tion­ne « les gens », ceux de main­te­nant pour attein­dre ce qui demeu­re du pas­sé. Deux métho­des qui, en fin de comp­te, se croi­sent dans le champ de l’Histoire et celui de l’actualité.

Ain­si inter­ro­ge-t-il aujourd’hui le Saha­ra, cet autre conti­nent dans le conti­nent, ou plu­tôt cet océan de pier­res, cailloux, mon­ta­gnes. Et de sable. Ce désert immen­se et inquié­tant, objet de fas­ci­na­tion, enjeu de conquê­tes et de pou­voir. Ce lieu de confron­ta­tions que l’on peut dire exis­ten­tiel­les entre pay­sans séden­tai­res et noma­des, lieu cepen­dant livré à tous les vents, y com­pris les plus mau­vais des enva­his­seurs, exploi­teurs, tra­fi­quants en tous gen­res – aujourd’hui les armes, la dro­gue, les expé­dients du fon­da­men­ta­lis­me reli­gieux, viles mar­chan­di­ses suc­cé­dant au com­mer­ce ances­tral du bétail, du sel, de l’or, des escla­ves aus­si, non sans for­ger une cer­tai­ne sages­se nouée à l’infinitude des hori­zons.

Com­me le dit d’emblée l’auteur, dans un désir de démy­thi­fier une contrée expo­sée à l’exotisme, « Tom­bouc­tou l’inaccessible a ces­sé d’être la Mys­té­rieu­se ». Il faut désor­mais se ren­dre à la dure réa­li­té qui rejoint l’âpreté du « mon­de glo­ba­li­sé », assoif­fé com­me jamais de res­sour­ces « vita­les », dont cet ura­nium d’Arlite au Niger, qui nour­rit nos cen­tra­les, devient un enjeu inter­na­tio­nal et exci­te les ter­ro­ris­tes.

On com­prend au fil de ces qua­tre cents pages très den­ses, à quel point le Saha­ra, depuis les temps immé­mo­riaux en pas­sant par sa tumul­tueu­se his­toi­re (curieu­se­ment liée aux pre­miers navi­ga­teurs) se trou­ve relié à l’« autre mon­de », notam­ment, et pour aller vite, via l’arabisation et les colo­ni­sa­tions moder­nes. Sans oublier les épo­pées fameu­ses, dont cel­le de l’Aéropostale avec l’escale non moins célè­bre de Cap Juby (Laté­coè­re, Saint-Exu­pé­ry).

On sera éton­né éga­le­ment par le cha­pi­tre illus­trant la « fas­ci­na­tion du désert », nour­rie en effet d’exotisme (Dela­croix, Fro­men­tin ; Isa­bel­le Ebe­rhardt ; Paul Morand… et Albert Lon­dres). Vint ensui­te « le temps des cher­cheurs », remar­qua­bles défri­cheurs au long cours des mis­sions scien­ti­fi­ques.

L’ouvrage se ter­mi­ne par un abon­dant cha­pi­tre inti­tu­lé « L ‘« Indé­pen­dan­ce et après », en quoi il rejoint l’actualité la plus brû­lan­te, qui ne se ter­mi­ne pas, sinon sur une inter­ro­ga­tion, là où le jour­na­lis­te rejoint l’historien.

Pas­sion­nant, cet ouvra­ge est à la fois pré­cieux par la riches­se de conte­nu et par la qua­li­té de l’écriture. Sa lec­tu­re en est faci­li­tée par d’innombrables inter­ti­tres et tout un appa­reilla­ge d’édition : chro­no­lo­gie, glos­sai­re, car­te, biblio­gra­phie et index – cer­tains édi­teurs pour­raient s’en ins­pi­rer. De même, pour d’autres rai­sons, qu’un cer­tain conseiller pré­si­den­tiel, quant à lui désor­mais bien entré dans l’Histoire.

 

Le Saha­ra. His­toi­re, guer­res et conquê­tes. Ber­nard Nan­tet.

Tal­lan­dier édi­teur. 400 p. 22,90 €


Le regard des Cassini sur le territoire de France, via Google

Sauf la Corse…

Sauf la Cor­se…

Voir la Fran­ce du XVIIIe siè­cle sur Goo­gle Maps, assem­blée à par­tir des 182 feuillets de la car­te Cas­si­ni (taille ini­tia­le : 64 × 95 cm la feuille), c’est donc désor­mais on ne peut plus faci­le depuis son écran d’ordi et grâ­ce au tra­vail de David Rum­sey sur son site. Quel docu­ment et quel éblouis­se­ment que de consi­dé­rer cet­te repré­sen­ta­tion par la car­te qui – on le sait – n’est pas le ter­ri­toi­re. Mais tou­te car­to­gra­phie a ten­té le rap­pro­che­ment avec la réa­li­té, tan­dis qu’elle en res­te une repré­sen­ta­tion. Idem entre le roman et la vie…

La car­te de Cas­si­ni ou car­te de l’Académie est la pre­miè­re car­te géné­ra­le et par­ti­cu­liè­re du royau­me de Fran­ce. Il serait plus appro­prié de par­ler de car­te des Cas­si­ni, car elle fut dres­sée par la famil­le Cas­si­ni, prin­ci­pa­le­ment César-Fran­çois Cas­si­ni (Cas­si­ni III) et son fils Jean-Domi­ni­que Cas­si­ni (Cas­si­ni IV) au XVIIIe siè­cle.

Cet­te car­te consti­tuait pour l’époque une véri­ta­ble inno­va­tion et une avan­cée tech­ni­que déci­si­ve. Elle est la pre­miè­re car­te à s’appuyer sur une tri­an­gu­la­tion géo­dé­si­que dont l’établissement prit plus de cin­quan­te ans. Les trois géné­ra­tions de Cas­si­ni se suc­cé­dè­rent pour ache­ver ce tra­vail. La car­te ne loca­li­se pas pré­ci­sé­ment les habi­ta­tions ou les limi­tes des marais et forêts, mais le niveau de pré­ci­sion du réseau rou­tier ancien est tel qu’en super­po­sant des pho­tos satel­li­te ortho­rec­ti­fiées aux feuilles de la car­te de la Fran­ce on obtient de spec­ta­cu­lai­res résul­tats.

Le tra­vail des Cas­si­ni lais­sa même son emprein­te sur le ter­rain où l’on trou­ve enco­re aujourd’hui des topo­ny­mes dits « Signal de Cas­si­ni », qui révè­lent les lieux où s’effectuèrent les mesu­res de l’époque. Ces points de repè­res cor­res­pon­dent aux som­mets des mil­le tri­an­gles qui for­maient la tra­me de la car­te de Cas­si­ni.

De nos jours, les cher­cheurs consul­tent fré­quem­ment les feuilles de la car­te des Cas­si­ni, soit sa for­me papier en sal­le de lec­tu­re du dépar­te­ment des car­tes et plans de la Biblio­thè­que natio­na­le de Fran­ce, soit sa for­me numé­ri­que en ligne. Elle inté­res­se tout par­ti­cu­liè­re­ment les archéo­lo­gues, les his­to­riens, les géo­gra­phes, les généa­lo­gis­tes, les chas­seurs de tré­sors et les éco­lo­gues qui ont besoin de fai­re de l’éco­lo­gie rétros­pec­ti­ve ou de com­pren­dre l’histoire du pay­sa­ge. [Wiki­pe­dia]


Fabuleux : notre grande Histoire en deux minutes

La vidéo ci-des­sous a été vue plus de 7,5 mil­lions de fois depuis sa publi­ca­tion le 27 mai 2012. Vous allez com­pren­dre pour­quoi en la voyant – ou en la revoyant. On ne s’en las­se pas.

D’après l’auteur, tou­tes les ima­ges pro­vien­nent d’Internet, à l’exception de deux.
C’est le bio­lo­gis­te anglais Richard Daw­kins qui a signa­lé cet­te per­le dans un twitt.


La môme aux grandes cannes sur la Cane-Canebière

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Voyez un peu, bra­ves gens, sur Qui je tom­be hier soir en remon­tant la Cane­biè­re : la rei­ne de la sava­ne afri­cai­ne, en majes­té, com­me là-bas ou pres­que, la tête dans l’acacia (pla­ta­ni­sé…), les pieds, ô gra­ci­li­té des jam­bes de gira­fe, sur le pavé déser­ti­que ou qua­si à cet­te heu­re fris­quet­te.

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Et, sur­tout, appro­chons, voyons, tou­chons cet­te robe tou­te mou­che­tée, tache­tée, bou­qui­née de mil­le livres, des « poches » de tou­tes caté­go­ries, à la tex­tu­re de soie ver­nis­sée. Vision étran­ge, bel­le, émou­van­te dans sa ver­ti­gi­neu­se immo­bi­li­té.

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444.1264189061.JPGAin­si, ren­dons grâ­ce au génie de la Natu­re qui a su pla­cer sa plus bel­le pin-up en plein cen­tre de Mar­seille ! Et cha­peau l’artiste ! (que je ne connais pas).

Ajout du 3/3/10

Venant bou­cher un coin de ma vas­te igno­ran­ce, Fran­ce Cultu­re et sa Fabri­que de l’histoire ont super­be­ment racon­té hier l’aventure de Zara­fa, la  » Pre­miè­re gira­fe de Fran­ce  » – autre­ment balan­cée que sa pen­dan­te pré­si­den­tiel­le. Il faut dire que Zara­fa n’a pas reçu le coup de fou­dre sar­ko­zyen :elle avait été offer­te au roi de Fran­ce, Char­les X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tu­rer deux gira­fes au Nord-Sou­dan. On leur fit des­cen­dre le Nil. À Alexan­drie, on déci­da, pour ne pas fai­re de jaloux, d’en offrir une à cha­cu­ne des deux prin­ci­pa­les puis­san­ces colo­nia­les en Afri­que : l’Angleterre et la Fran­ce.

La gira­fe fran­çai­se embar­qua pour Mar­seille, où elle débar­qua  à l’automne de 1826, puis pri­se en char­ge par Étien­ne Geof­froy Saint-Hilai­re, natu­ra­lis­te savant du Jar­din des Plan­tes, qui eut la mis­sion de la rame­ner, au pas, dans ce sanc­tuai­re pari­sien de la Scien­ce. Son voya­ge eut un reten­tis­se­ment consi­dé­ra­ble à l’époque : elle était atten­due par­tout par des fou­les immen­ses.

La gira­fe anglai­se, quant à elle, hiver­na à Mal­te, sup­por­ta mal le voya­ge par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Lon­dres dans les bras du roi Geor­ge.

Quant à la gira­fe fran­çai­se, le déli­re col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mil­le badauds accla­mè­rent l’étrange vedet­te sur la pla­ce Bel­le­cour. Char­les X, à qui elle était per­son­nel­le­ment offer­te, se plai­gnit d’être pour ain­si dire le der­nier des Fran­çais à la voir. C’était la pre­miè­re gira­fe à visi­ter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-sept années à Paris, mou­rut, fut natu­ra­li­sée, et se fit oublier, pour res­sur­gir de temps à autres, sous for­me de légen­des sou­vent invrai­sem­bla­bles. Elle est main­te­nant au Muséum de La Rochel­le [pho­to RF / O. Chau­mel­le].zarafa.1267626282.jpg

Il y  eut à l’époque une mode fré­né­ti­que de la gira­fe, dont l’image fut décli­née sur tou­tes sor­tes de sup­ports, depuis des ensei­gnes d’auberges jusqu’à des objets les plus hété­ro­cli­tes. Objet de fan­tas­mes, elle fut  » récu­pé­rée  » tour à tour par les hom­mes de scien­ce, les jour­na­lis­tes, les artis­tes, le cler­gé, les mar­chands, les poli­ti­ciens... Pen­dant vingt ans - et pour la pos­té­ri­té - la fiè­vre  » gira­fi­que  » a sacré rei­ne de Fran­ce l’orpheline du Sou­dan.

Je trou­ve ain­si, par déduc­tion, l’explication de la pré­sen­ce à Mar­seille, sur la Cane­biè­re de cet­te répli­que loin­tai­ne et artis­te­ment sty­li­sée de Zara­fa, ce que le quo­ti­dien local, La Pro­ven­ce, a été infou­tu de m’apprendre. Le jour­nal s’est en effet limi­té à annon­cer « Les bou­qui­na­des » : « Fai­re décou­vrir le plai­sir des livres et de la lec­tu­re, sous la bien­veillan­ce de Zara­fa II, cet­te drô­le de gira­fe de plus de 6 mètres de haut et habillée de 3 000 livres, ima­gi­née par l’artiste Jean-Michel Rubio. »


« Chronologie de l’Afrique » : un accordéon pour ne plus jouer faux sur l’air du Continent Noir

Voi­là qui devrait inté­res­ser au moins un conseiller et un pré­si­dent : un ouvra­ge à la fois fon­da­men­tal et des plus enga­geants d’accès. Il s’agit de « Chro­no­lo­gie de l’Afrique », qui vient de paraî­tre sous la plu­me de Ber­nard Nan­tet. Un for­mi­da­ble bou­quin qui, quant à la for­me, tient autant de la tapis­se­rie de Bayeux que de la Toi­le inter­net – sans cer­tains de leurs incon­vé­nients ! Cet ouvra­ge, en effet, nous amè­ne à par­cou­rir en un éton­nant pano­ra­mi­que l’épopée his­to­ri­que du conti­nent afri­cain, qua­si­ment depuis l’origine de la Ter­re et en tout cas depuis cel­le des homi­ni­dés, jusqu’à nos jours. Et, quand on n’ignore pas les décou­ver­tes de nos si loin­tains ancê­tres Lucy et Tou­maï (- 3,5 et 7 mil­lions d’années), on réa­li­se que cet­te chro­no­lo­gie recou­vre aus­si cel­le de l’humanité.

Le livre fait par­tie d’une col­lec­tion d’une cin­quan­tai­ne de titres réa­li­sés selon ce même prin­ci­pe d’un dérou­lé chro­no­lo­gi­que se dépliant com­me un accor­déon. La maquet­te, à la fois sim­ple dans sa logi­que et com­plexe dans la riches­se de ses entrées – tex­tuel­les, pho­to­gra­phi­ques, car­to­gra­phi­ques –, per­met une navi­ga­tion faci­le et ludi­que. On peut ain­si vire­vol­ter dans le temps et dans l’espace du conti­nent afri­cain, tout au long d’une cin­quan­tai­ne de pages grand for­mat et sur une impres­sion­nan­te lon­gueur – envi­ron quin­ze mètres ! C’est dire l’ampleur de la tâche pour laquel­le Ber­nard Nan­tet – son auteur et néan­moins ami – a dû consa­crer pas moins de qua­tre années. Devraient en pro­fi­ter, outre les sus-cités de l’Élysée, ceux que l’obscurité et l’obscurantisme sépa­rent du conti­nent que l’on dit Noir, pré­ci­sé­ment – au pre­mier rang des­quels les ensei­gnants et aus­si les jour­na­lis­tes.

Retour en pas­sant sur le trop fameux dis­cours de Dakar par lequel un je sais-tout en mis­sion com­man­dée, répé­tant dans une fein­te convic­tion la dic­tée d’un péremp­toi­re conseiller, avait décré­té que « l’homme afri­cain [n’est] pas assez entré dans l’Histoire »… On sait le tol­lé pro­vo­qué. Une tel­le géné­ra­li­sa­tion – qu’est-ce donc que « l’homme afri­cain » ? Et de quel­le « His­toi­re » s’agit-il ? – se trou­ve ici magis­tra­le­ment ren­voyée dans ses cor­des, noueu­ses, ten­dues par la pré­ten­tion mora­li­sa­tri­ce et l’ignorance. A l’opposé, Ber­nard Nan­tet allie l’érudition de l’africaniste che­vron­né à la clar­té aler­te du jour­na­lis­te, pho­to­gra­phe et archéo­lo­gue nour­ris du ter­rain – la ter­re afri­cai­ne, par­cou­rue depuis un qua­si demi-siè­cle – et aus­si à la sévè­re exi­gen­ce de ce « don­ner à com­pren­dre » qui, jus­te­ment, empê­che tout juge­ment mora­lis­te et péremp­toi­re.

Chro­no­lo­gie de l’Afrique, de Ber­nard Nan­tet, édi­tions TSH. 31 euros. En librai­ries et par inter­net : www.chrono-tsh.com


Mort de Hortensia Bussi, la veuve d’Allende. Du Chili à Cuba, de Pinochet à Castro, de troubles jeux mortels

La veu­ve de Sal­va­dor Allen­de, Hor­ten­sia Bus­si, est mor­te ce 18 juin à San­tia­go-du-Chi­li, à 94 ans. L’occasion d’honorer sa mémoi­re, de remuer quel­ques sou­ve­nirs et aus­si de reve­nir au pré­sent. Je l’avais en effet ren­con­trée pour une inter­view, à Rome, quel­ques semai­nes après le put­sch du 11 sep­tem­bre 1973 qui avait sau­va­ge­ment mis fin à ce qu’on appe­lait alors l’ « expé­rien­ce chi­lien­ne ». J’avais cou­vert, pour Tri­bu­ne socia­lis­te, l’agonie des der­niè­res semai­nes du régi­me d’Unité popu­lai­re et c’est pour ce même heb­do du PSU que j’avais donc inter­viewé cel­le qui allait deve­nir la por­te-paro­le la plus connue et aus­si par­mi les plus bat­tan­tes de la résis­tan­ce chi­lien­ne en exil. Pino­chet venait d’imposer son régi­me de ter­reur fas­cis­te, tan­dis que sur pla­ce, au Chi­li, les for­ces démo­cra­ti­ques étaient ter­ras­sées dans la pire bru­ta­li­té – plus de 2000 morts, 150 000 arres­ta­tions, tor­tu­res et empri­son­ne­ments par mil­liers. Hor­ten­sia Allen­de, com­me tant de Chi­liens alors, vou­lait croi­re que le cau­che­mar ne dure­rait pas…, enfin pas trop long­temps. Elle devra atten­dre 17 ans avant de ren­trer au Chi­li en 1990, après le ren­ver­se­ment de Pino­chet.

En 1977, elle subit une autre ter­ri­ble épreu­ve avec le « sui­ci­de » à La Hava­ne d’une de ses trois filles, Bea­triz. Des guille­mets liés au fait que la sécu­ri­té d’État cubai­ne sem­ble avoir tenu un rôle plus que sus­pect dans cet­te affai­re, notam­ment en rela­tion avec les condi­tions de la mort d’Allende dans le palais de la Mone­da, où il se trou­vait sous la pro­tec­tion de gar­des cubains spé­cia­le­ment déta­chés par Fidel Cas­tro.

Dif­fé­ren­tes ver­sions cir­cu­lent tou­jours concer­nant la fin d’Allende, dont l’une pré­tend qu’il ne s’est pas sui­ci­dé, pas plus qu’il serait tom­bé sous  les bal­les des put­schis­tes…  Alors ? Voi­là : il aurait été liqui­dé par ses gar­des cubains, sur ordre de Cas­tro… Cet­te thè­se, pour stu­pé­fian­te qu’elle puis­se paraî­tre, se trou­ve cepen­dant soli­de­ment étayée par plu­sieurs auteurs, témoi­gna­ges à l’appui*.

C’est un fait que Cas­tro n’appréciait nul­le­ment Allen­de en qui il voyait un bour­geois social-démo­cra­te peu enclin à rejoin­dre ses théo­ries et cel­les de Gue­va­ra sur le déve­lop­pe­ment des gué­rillas révo­lu­tion­nai­res en Amé­ri­que lati­ne et dans le res­te du mon­de – notam­ment en Afri­que. À l’avènement de l’Unité popu­lai­re, Cas­tro finit tou­te­fois par « pren­dre le train en mar­che » avec un sou­tien mesu­ré en arme­ment et l’envoi de « conseillers » et de gar­des-du-corps… dont un cer­tain Patri­cio de la Guar­dia, émi­nen­ce gri­se du lider maxi­mo. Il vit tou­jours lui aus­si, à Cuba, bien qu’ayant trem­pé dans l’affai­re Ochoa… et n’aurait dû son salut (d’autres ont alors été exé­cu­tés, dont son pro­pre frè­re jumeau…) que pour avoir dépo­sé, dans un cof­fre à l’étranger, l’ordre direct de Cas­tro d’exécuter Allen­de – ce qu’il recon­naît avoir com­mis ! En attes­tent pré­ci­sé­ment Juan Vivés, ex agent cubain, et « Beni­gno », l’un des trois sur­vi­vants de la gué­rilla du Che en Boli­vie, tous deux témoins des confes­sions de de La Guar­dia.

Mais pour­quoi dia­ble, Cas­tro aurait-il fait exé­cu­ter Allen­de ? Au moins deux rai­sons, d’ailleurs étroi­te­ment imbri­quées. Pour appuyer sa poli­ti­que « révo­lu­tion­nai­re », sur­tout en  Amé­ri­que lati­ne, Cas­tro avait besoin d’une guer­re civi­le au Chi­li ; c’est pour­quoi il misait, en les sou­te­nant très direc­te­ment, sur les gau­chis­tes du MIR de Miguel Enri­quez, oppo­sés à l’Unité popu­lai­re. L’autre rai­son, très liée à la pre­miè­re, c’est qu’une pos­si­ble red­di­tion d’Allende aux put­schis­tes, ou sa cap­tu­re, auraient pu fai­re tâche dans la stra­té­gie lati­no-amé­ri­cai­ne de Cas­tro, tout en ris­quant de fai­re appa­raî­tre au grand jour et par le détail l’ampleur de la main­mi­se cas­tris­te sur la poli­ti­que chi­lien­ne. Pour ser­vir de tels des­seins his­to­ri­ques, il ne se pou­vait pas qu’un Allen­de mou­rût autre­ment qu’en héros, et en l’occurrence par un sui­ci­de-sacri­fi­ce, en fidé­li­té à ses enga­ge­ments. c’est-à-dire, en d’autres ter­mes, en confor­mi­té à la ges­te cas­tris­te du héros modè­le en qui les « peu­ples » pou­vaient s’identifier, à l’image de ces autres héros, alors bien vivants eux, et pour long­temps ! – sui­vez mon regard.

De tout cela, il est vrai­sem­bla­ble que Bea­triz Allen­de, mariée à un agent cubain, fût infor­mée. Au point même de deve­nir bien­tôt fort gênan­te. Quant à Hor­ten­sia, elle aus­si ne pou­vait qu’être au cou­rant de ces faits, ce qui ne pou­vait que la tenir à dis­tan­ce de Cas­tro. Un jour cepen­dant qu’elle le croi­sa lors d’un som­met lati­no-amé­ri­cain à San­tia­go du Chi­li, en 1996, elle lui sug­gé­ra d’améliorer la situa­tion de l’île en optant pour le plu­ra­lis­me et des élec­tions libres. Vous dire si le conseil fut appré­cié ! Les Cubains, eux, atten­dent tou­jours.

–––––––
* Voir entre autres sur ces ques­tions, les livres très docu­men­tés :
Cuba Nos­tra, d’Alain Amar, avec Juan Vivés et Jaco­bo Macho­ver, 2005
Les Maî­tres de Cuba, de Juan Vivés, 1981
Vie et mort de la révo­lu­tion cubai­ne, de Daniel Alarcón Rami­rez (« Beni­gno »), 1996.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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