On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Castro peut désormais accéder à l’apothéose, dernier grade qui manquait à sa gloire. Il était temps car l’icône se craquelle. Les cérémonies d’adieu au « commandante » s’annoncent grandioses – de vraies pompes funèbres. Mais les « grands » de ce monde modèrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne feront pas tous le voyage, pressentant que l’Histoire se garde désormais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les centaines de milliers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révolutionnaire qui va se refermer sur un peuple abusé, gavé de palabres. Un peuple qui va enterrer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces cérémonies à la gloire du « Commandante » rassemblant son million et plus de « communiants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revolucion offrait la journée de congé, les sandwiches et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans parler de la vigilance des CDR, Comités de défense de la révolution quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage intégré aussitôt la prise de pouvoir. Au départ, tout peut se justifier dans un processus révolutionnaire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à surgir. Et que cet ennemi sera toujours menaçant, utilement menaçant. Castro en fera son dogme : « Dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loyola – n’oublions pas que Fidel Castro a fréquenté l’école des jésuites à Santiago…

Le castrisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boulevard idéologique et surtout politique, selon la pratique impérialiste constitutive des Etats-Unis, celle de la force immanente, mue par le dollar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ainsi des Amérindiens, d’abord, puis des innombrables interventions de la CIA et des militaires 1 Avec son embargo qui resta inefficace en fin de compte 2, le régime américain ne laissa plus d’autre choix à Castro que de se tourner vers l’Union soviétique. De même que la faillite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Parmi les adorateurs de « Fidel » (et de Chavez), son camarade Jean-Luc Mélenchon qui, lui, entrera bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cliquer pour les agrandir) :

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La grande force de Castro – au risque même d’un conflit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résistance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David barbudo affrontant l’affreux Goliath, se prêtant objectivement à cette mise en spectacle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capital de sympathie accumulé par le régime de Cuba et sa « révolution des Tropiques » à base de rhum, cigares, salsa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hemingway, et des cohortes de touristes bien canalisés, sans oublier les précieux relais idéologiques que constituaient les intellectuels ébahis, à l’esprit critique en berne.

Ils accoururent à toute vitesse, pour se limiter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, les Agnès Varda, Chris Marker, Jean Ferrat, Bernard Kouchner, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Marguerite Duras, Jorge Semprun ou l’éditeur François Maspero. Même François Mitterrand, et Danielle surtout, présentèrent leur dévotion au « commandante », sans oublier évidemment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Castro le souverainiste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant commis quelques articles pas très regardant sur les dessous d’un système manipulateur, avec l’excuse non absolutoire de la jeunesse – c’était de surcroît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récompensé : ayant émis quelques timides critiques, Cuba me priva de visa professionnel et dut, par la suite, me contenter d’une visite « touristique », libre mais malgré tout un peu risquée. 4 Cependant tout se passa sans encombres. J’en tirai quelques articles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit drapeau russe, le guide rassemble son troupeau du jour. Les bouquinistes vendent la révolution et ses produits dérivés plus ou moins jaunis. Le Che, Camilo Cienfuegos, Hemingway et même Sartre, de Beauvoir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présentoir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, récit des cent heures que le lider maximo a passées en compagnie d’Ignacio Ramonet, qui fut patron du Monde diplomatique

Je m’interroge sur la couverture du livre, sur la photo de Castro, casquette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil troublant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui semblent aussi obliger le sourire. Sourire ou rictus ? Pose ou attitude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la maladie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquiniste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rapprochement pour le moins sacrilège entre Pinocchio et les cent heures d’entretien Castro-Ramonet… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, disons, vingt jours à palabrer… Vingt jours, la durée de mon périple à travers l’île, à la rencontre « des gens » ; à les observer et les écouter, à tenter de comprendre dans sa complexité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espagnol, palabras veut dire discours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-messes castristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lider, place de la Révolution, sous l’œil statufié de José Marti, l’Apostol et père de l’Indépendance, désormais secondé par l’effigie grandiose du Che, devant une foule millionnaire (mais si pauvre) soumise au prêche interminable d’un bonimenteur de carrière…

Roi du baratin pompeux autant que redondant et démagogue, Fidel Castro aura passé au total des mois entiers, voire des années à palabrer. Ses discours ont parfois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du personnage, de son ego sans limites. Assurément, un tel désir d’adoration par la multitude est bien le propre des dictateurs et de leurs structures caractérielles ; ou bien aussi, il est vrai, des prédicateurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de désespérance.

Je suis toujours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la motivation d’un Ignacio Ramonet cédant lui aussi, façon « Monde diplomatique », à une forme d’adoration complice, fût-elle mâtinée de quelque audace critique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pouvoir, et le dernier mot – au nom du premier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Castro lors de son procès pour l’attaque en juillet 1953 de La Moncada, caserne de Santiago, l’autre grande ville cubaine. Un slogan de tribunal prononcé tout exprès comme une formule de com’, et une manifestation, déjà, du plus monstrueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâtral fondateur de la saga castriste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédication. La comparaison s’arrête là. Là où l’Histoire questionne les fondements des pouvoirs et de leurs plus virulents agents, avant de passer le relais aux scrutateurs de l’inconscient.

Tandis que reculant d’un pas, je découvre, jouxtant le Castro-Ramonet, un autre livre, bien malicieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incongrue sur le présentoir…  Las Aventuras de Pinocho voisine, là, juste à côté d’un Commandante soudainement gêné par cette marionnette au nez accusateur… La bouquiniste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le mensonge… Sur un mur, à Guantanamo – la ville, pas la base états-unienne –, je relève ce graffiti décrépi : « Revolucion es no mentir jamas ». Ne mentir jamais… La brave injonction, comme on en trouve tant, aux couleurs désormais souvent délavées. À Baracoa, pointe orientale de l’île, assis à la porte d’un entrepôt vide, un jeune gardien encadré par deux longues citations murales de José Marti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les découvrait à l’instant : « Son palabras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille propagande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le mensonge d’État n’opérait plus, même pas par opposition.

A l’aéroport régional, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé diffuse son émission d’éducation politique. Il y est justement question, une fois de plus, de la Moncada et du fameux slogan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, semble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se contrefout.

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Santiago. Même si des améliorations récentes ont été apportées, les Cubains continuent à s’entasser dans des sortes de bétaillères pour se rendre au travail. [Ph. gp]

La propagande élevée comme un art politique suprême. Une pratique redoutable et ancienne. Voici comment j’en fus victime –  en mai 68 !…Jeune Tintin débarqué là-bas pour son premier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres journalistes européens. Proposition de mise à disposition d’un minicar, d’une interprète – Olga, charmante blonde… – et d’un « accompagnateur » à fine moustache noire, Eduardo, non moins affable. Programme de visite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime castriste s’affairait à orchestrer son immortalité. Mai 68 était amorcé, en France et ailleurs dans le monde, la Tchécoslovaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà lointaine. Cuba cueillait les dividendes d’une sympathie internationale pas seulement de gauche.

Et la petite bordée de journalistes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y compris, bien sûr. On nous balada ainsi – c’est bien le mot – dans le décor révolutionnaire en construction, de plantations de tabac en plage du « débarquement » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mercenaires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son élevage de crocodiles en match de base-ball, etc. Que la révolution est jolie !

Manquait tout de même le pompon, qui allait nous être proposé, comme supplément au programme, par l’aimable Eduardo et néanmoins commissaire politique – comment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toutefois que tardivement, un matin très tôt où ayant rendez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renoncer et à rebrousser chemin…– J’ai une proposition à vous faire, nous dit-il un matin, en substance : aller à l’île des Pins, tout juste rebaptisée « île de la Jeunesse », afin d’y visiter l’ancienne prison de Batista, où Castro lui-même fut enfermé, et aujourd’hui transformée en lycée modèle…

Comment ne pas adhérer à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu compliquée à organiser, mais voilà l’escouade embarquée, puis débarquée dans l’île au trésor castriste. On n’y séjournerait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et contrarié par quelques aléas malencontreux. Ce qui n’empêcha pas la visite d’une ferme elle aussi modèle, ni de la maison qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imaginations. Quelques « détails » suffiraient à nourrir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juillet 68 dans plusieurs quotidiens régionaux : « Quelle est l’image la plus hallucinante ? La crèche des bambins de San Andrès parachutée en pleine Sierra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista transformée en école technique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœuvre grossièrement subtile. Si grossière qu’elle ne pouvait que marcher ! Comment eussions-nous pu suspecter un tel stratagème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organiser une telle expédition à l’île de la Jeunesse ? Les difficultés pratiques pour nous y amener ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organisateurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révélation de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Belfond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les prisons de Fidel Castro. Pierre Golendorf [ancien correspondant de L’Humanité à La Havane] y racontait par le détail les conditions de son arrestation et de son incarcération à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-modèle !

J’avais – nous avions tous, ces journalistes « baladés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le reconnaître, apparut magistrale. 5. Chapeau l’intox ! On reconnaissait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école soviétique. Les élèves cubains montraient de réelles dispositions à égaler sinon à dépasser les maîtres formés à la redoutable propagande stalinienne. Dépasser, non : surpasser, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il continue à œuvrer avec constance et efficacité dans son art consommé de la propagande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à Santiago, la machine mystificatrice est en chauffe maximale pour monter au zénith de la propagande mondiale le spectacle des obsèques du « lider maximo », dieu du socialisme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourner, durant plus d’un demi-siècle ! Deux générations y ont été soumises ; à commencer par les Cubains, bien sûr, mais aussi l’opinion mondiale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme castriste et guevariste. 6

L’historien – et a fortiori le « pauvre » journaliste sont bien démunis face aux tornades mystifiantes dont les récits prennent force mythique de Vérité éternelle et risquent ainsi de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rougemont :

« […] les mythes traduisent les règles de conduite d’un groupe social ou religieux. Ils procèdent donc de l’élément sacré autour duquel s’est constitué le groupe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son origine doit être obscure. Et son sens même l’est en partie […] Mais le caractère le plus profond du mythe, c’est le pouvoir qu’il prend sur nous, généralement à notre insu […] » 7

Le mythe est insidieux, il nous pénètre aisément par le biais de notre aptitude à la croyance, ce désir de certitude autant que de rassurance. Les révolutions s’y alimentent et l’alimentent par nécessité de durer. C’est ainsi qu’elles commencent « bien » (ça dépend pour qui, toutefois…), avant de s’affronter à la dure réalité, qu’il faudra plier par la violence et le mensonge. Il n’en a jamais été autrement, de la Révolution française à la bolchevique, en passant par le castrisme, le maoïsme et jusqu’aux « printemps arabes ».

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Trinidad. Croisement d’américaines. Entre les deux ailes de la Plymouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au photographe… et à un demi-siècle de castrisme. [Ph. gp]

Restons-en au castrisme et une illustration de son caractère monstrueux, dont certains se souviennent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, soldée par des exécutions, en 1989 :
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Arnaldo Ochoa. Complice forcé et victime d’un procès stalinien.

Arnaldo Ochoa, général de tous les combats, héros national – Sierra Maestra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Angola – condamné à mort et exécuté en 1989 pour « trafic de drogues ». Il avait eu le tort de résister aux Castro et peut-être même de préparer une évolution du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : prendre sur lui ce trafic de drogues entre Cuba et les narcos de Colombie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condamnation à la prison avec une libération arrangée ensuite. D’où la confession autocritique de Ochoa, qui fut cependant exécuté, avec d’autres, un mois après sa condamnation à mort. Le régime fit de ce procès littéralement stalinien, tenu par des juges militaires, retransmis en direct à la télévision, une opération de propagande dont il a le secret. On peut en suivre les principales phases sur internet. C’est stupéfiant – sans mauvais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont toujours voulu masquer toute dissidence et même tout désaccord avec la ligne politique. Le régime ne peut admettre que des « déviances » («folie», «perversions sexuelles»)  ou des « fautes morales » personnelles. À Cuba, la presse est unique, sous contrôle étatique total ; de même la magistrature ; et aussi toute l’économie, en grande partie aux mains des militaires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servitude volontaire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai rencontré ! Ailleurs, notamment en France, la désillusion a commencé à poindre, y compris à Saint-Germain-des-Près ; il n’y a plus que le restant des communistes encartés et des Mélenchon mystico-castristes pour allumer des cierges en hommage au Héros disparu.

Tandis que, de La Havane à Santiago, « on » s’échine à faire perdurer le mythe de la Revolucion éternelle – ¡ Hasta siempre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dramatique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette hantise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rappel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Vietnam (64), République dominicaine, Uruguay (65), Chili (73), Argentine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Panama (89).… Sans oublier la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à masquer l’incurie du gouvernement des Castro, en particulier l’échec de la politique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clairvoyante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il socialiste ? (La réponse est dans la question…) Dans la terminologie castriste et sa propagande, l’embargo a toujours été traduit par bloqueo. Or, il ne s’agit nullement d’un blocus au sens maritime et aérien. Les échanges commerciaux avec Cuba ont été compliqués mais non bloqués. Même des compagnies étasuniennes ont commercé avec Cuba, où un cargo américain assurait une navette commerciale par semaine, ainsi que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la formule de Guevara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêtnam »
  4. Journaliste sans visa professionnel, touriste incertain débarquant à La Havane parmi les 400 touristes français quotidiens. J’avais été photographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces histoires terribles de répression, ces témoignages des Golendorf, Valladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; parcouru les rapports de Reporters sans frontières, du CPJ (Centre de protection des journalistes) et de l’IFEX (Échange international de la liberté d’expression) sur la répression des journalistes et des militants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrères de retour de reportage… Tout ce qu’il fallait pour lester de parano mon équipement de base.
  5. Ce fut aussi ma plus belle leçon de journalisme : pratiquer strictement le scepticisme méthodique. En 1986, Albin Michel publia Mémoires de prison, Témoignage hallucinant sur les prisons de Castro. Il s’agissait du récit de l’écrivain cubain Armando Valladarès, détenu durant 22 ans, torturé, libéré après une vaste campagne internationale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Guevara, nommé en 1959 par Fidel Castro commandant et « procureur suprême » de la prison de la forteresse de la Cabaña. Il est ainsi surnommé le carnicerito (le petit boucher) de la Cabaña. Pendant les 5 mois à ce poste il décide des arrestations et supervise les jugements qui ne durent souvent qu’une journée et signe les exécutions de 156 à 550 personnes selon les sources. 
  7. D. de Rougemont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPourtant sacralisé, immortalisé, Fidel Castro a fini par mourir. Quatre-vingt-dix ans. Tout de même, les dictatures conservent… Ses obsèques vont être grandioses, c’est bien le moins pour couronner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil national ! Quatre jours à balader ses cendres, reliques d’une « révolution » sanctifiée, spectacle politique, iconographique, religieux, médiatique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spectacle qui, en effet, a produit, entretenu, consacré le castrisme. Comment cela s’est-il opéré ? Comment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siècle ? Comment cela perdure-t-il encore, malgré les désormais évidentes désillusions ?

Comment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désignait un homme qui avait pris le pouvoir sans autorité constitutionnelle légitime. Le mot était neutre, tout comme la chose, n’impliquant aucun jugement sur les qualités de personne ou de gouvernant. 1 Le parallèle avec Cuba et Castro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constance du processus d’évolution du Pouvoir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pouvoir passe peu à peu d’une forme disons libérale à celle d’un pouvoir militaire incontrôlé. Et les tyrans le devinrent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le castrisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le contexte géopolitique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impérialismes américain et soviétique ;

l’habileté machiavélique de Fidel Castro dans sa conquête et sa soif du pouvoir avec un sens extrême de la communication, mêlant mystique et mystification ;

la complicité objective des « élites » occidentales surtout, mais aussi tiers-mondistes, fascinées par le castrisme comme « troisième voie » politique.

Ces trois piliers principaux ont permis à Castro d’asseoir une dictature « aimable », sympathique, voire humaniste – une « dictature de gauche » a même osé Eduardo Manet, dramaturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des photos », surtout s’il s’agit d’images pieuses, celles du héros moderne, incarnation du mythe biblique de David contre Goliath. Images renforcées par les multiples tentatives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour certaines) menées par la CIA, jusqu’au débarquement raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fiasco militaire ajoute à la gloire du « commandante », gonflant la légende commencée dans la Sierra Maestra avec la guérilla des barbudos, sympathiques débraillés fumant le cigare en compagnie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, taillé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L’icône au service de la mythologie. Que la révolution était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios claironner la doxa consistant à blanchir les excès « autoritaires » en les mettant sur le dos des méchants Américains et leur « embargo », cause de tous les maux des malheureux et valeureux Cubains ! Ledit embargo a certes causé de forts obstacles dans les échanges commerciaux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le premier pays pour les échanges commerciaux (hors produits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embargo – toujours qualifié de blocus par le gouvernement cubain, ce qu’il n’est nullement ! – a surtout servi à renforcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ainsi le bouc émissaire idéal. J’ai montré tout cela lors d’un reportage publié en 2008 dans Politis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décembre 2008 – disponible en fin d’article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, politologue spécialiste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Passons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biographies sont toujours des plus éclairantes à cet égard. Rappelons juste que Castro fut soutenu par les Etats-Unis dès son opposition à la dictature de Batista. Après la prise de pouvoir en 1959, son gouvernement est reconnu par les États-Unis. Nommé Premier ministre, Castro est reçu à la Maison Blanche où il rencontre Nixon, vice-président d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Castro envisage de nationaliser industries et banques, ainsi que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union soviétique – qui achète au prix fort la quasi-totalité du sucre cubain. C’est la casus belli : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime communiste » instauré à 150 kilomètres de ses côtes.

J’ai aussi fait apparaître dans ce même reportage comment le refrain de « la santé et de l’éducation gratuites », unanimement repris dans les médias, relève avant tout de slogans publicitaires. Sans même parler de la qualité des soins et de l’enseignement, leur « gratuité » se trouve largement payée par la sous-rémunération des salariés cubains : l’équivalent d’une quinzaine d’euros mensuels en moyenne !

Si toutefois ce régime a tenu sur ses trois piliers boiteux, c’est au prix d’une coercition du peuple cubain. À commencer par le « récit national » – l’expression est à la mode – entrepris dès la prise du pouvoir par Castro, propagé et amplifié par l’enseignement (gratuit !) sous forme de propagande, et par les médias tous dépendants du régime. Coercition dans les esprits et aussi coercition physique par la surveillance et le contrôle étroits menés dans chaque quartier, auprès de chaque habitant, par les Comités de défense de la révolution. De sorte que la dissidence apparaisse comme unique forme possible d’opposition – d’où l’emprisonnement politique, l’exil clandestin, la persécution des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Castro était aussi et peut-être d’abord un séducteur des masses doublé d’un illusionniste. Ses talents dans ce domaine étaient indéniables et à prendre au pied de la lettre : ainsi quand, lors d’un de ses interminables sermons, quand il fait se poser, comme par miracle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entrer dans l’Histoire… mais la supercherie démontée quelques années plus tard.

Le castrisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pimpante, restaurées pour la cause, entre lesquelles se faufilent les touristes béats au long des circuits des voyagistes. Ces touristes peuvent aussi, bien souvent, être rejoints par nombre de journalistes, écrivains, politiciens et divers intellectuels en mal de fascination exotique.

La mort de Castro n’implique pas forcément celle du castrisme. Mais que survivra-t-il de cette dictature illusionniste après la mort de ses manipulateurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait surgir la réalité d’un demi-siècle de falsifications ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Politis :gponthieu241208politis ; et la Tribune qui s’ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-3031-j-habel ; enfin, ma réponse : politis_1041reponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Finley, Ed. Maspero, 1971.


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

Obama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces «fiançailles» à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des «belles américaines». Ici, à Trinidad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : «Miami Beach». [© gp-2008]

Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l’Iran et le Soudan).


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

Cuba Libye Révolution yes© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur «Generacion Y»

 

«Mon quartier connaît une petite secousse, un changement qui se présente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revêtement noirâtre qui dans quelques jours aura durci sous les pneus des voitures. Nous sommes tous surpris. La joie serait le sentiment le plus courant si ce n’étaient les raisons qui ont conduit à ces réparations et la raison de ces travaux. Toute la Place de la Révolution et la « zone bloquée » où j’habite se préparent au grand défilé du 15 avril prochain*. Un grand déferlement de puissance militaire qui prétend dissuader tous ceux qui souhaitent un changement à Cuba.

«Depuis des semaines le parking du stade Latino-américain est le siège de répétitions pour le pas de l’oie des soldats. Des jambes tendues à quarante cinq degrés, qui rappellent des marionnettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-haut dans l’immensité du pouvoir.

«Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade militaire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défilé de ces êtres synchrones et automatiques qui passent le visage tourné vers le leader dans la tribune. Mais le résultat je le connais bien : on dira ensuite que le gouvernement est armé jusqu’aux dents et que ceux qui descendent dans la rue pour protester seront écrasés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de réparer.

«Le pas des pelotons tentera de nous de nous avertir que le Parti n’a pas seulement des militaires pour le défendre mais aussi des troupes anti-émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la chorégraphie de l’autoritarisme, mais d’autres préfèrent croire que ce sera une démonstration d’indépendance, d’une autonomie nationale qui ressemble en réalité à celle de Robinson abandonné sur son île.

«Mais au-delà de mes réticences envers les uniformes, de mon allergie au défilé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui préoccupée par le goudron, par cet asphalte posé récemment que les chaînes des tanks vont endommager.»

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de marquer le cinquantenaire du débarquement de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, tentative d’invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis.


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révoltes-révolutions arabes en cours ont provoqué un tel retournement historique (révolutions donc) qu’elles ont ringardisé – j’allais dire démonétisé – les plus emblématiques. Je pense à la chinoise, certes, et plus encore à Cuba dans la mesure où celle-ci continue à donner le change auprès de quelques illusionnés d’arrière-garde. J’y pense aussi parce que j’ai gardé là-bas quelques attaches épisodiques (internet étant des plus restreints et surveillés dans l’île des Castro), après un reportage qui, en 2008, me valut quelques accusations d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-castristes*.

 

Peut-être le début d’un commencement : des antennes illicites se sont multipliées, comme ici à La Havane.

A quand la révolution à Cuba ? est évidemment une question iconoclaste, et cependant des plus pertinentes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en particulier pour qui considère, avec un minimum de réalisme, à quel point ce demi-siècle d’agitation tropicalo-castriste fut une sinistre mascarade qui aura plombé cette île et son peuple magnifiques.

 

Journaliste spécialiste de Cuba au Monde, Paulo A. Paranagua se l’est aussi posée, cette question qui dérange. Et il s’est donc rendu sur place pour tenter de trouver des réponses [Le Monde, 6/3/11].

 

Son article s’intitule : « A Cuba, les dissidents ne s’attendent pas à une contagion révolutionnaire » C’est une synthèse de quelques entretiens avec des opposants connus, à commencer par Yoani Sanchez, célèbre par son blog Generacion Y – dont j’ai souvent parlé ici [cliquer ici pour le visiter ; il est traduit en plusieurs langues, dont le français – et qui illustre au quotidien la dure réalité de la vie des Cubains confrontés à une lutte permanente pour la survie, la dignité, la liberté.

 

Pour cette femme de 35 ans, assignée dans l’île comme la quasi totalité des Cubains, ainsi qu’elle le raconte au reporter du Monde, « Nous avons tous fait des rapprochements, [mais] la situation n’est pas mûre ici pour une place Tahrir »,

(Lire la suite…)


Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les événements révolutionnaires qui secouent le monde arabe nous questionnent à bien des égards. On ne manque pas de les commenter, de les interpréter, de gloser. Les Arabes en premier lieu, eux qui se voient, en grande partie semble-t-il, réinscrits dans le courant de l’Histoire. Des tribunes, « libres opinions», et autres fleurissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plaisir n’est pas mince pour quiconque se préoccupe du bien-être des humains et de la marche – si souvent claudicante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nullement voulant jouer les rabat-joie, inutile de rappeler aux dures réalités des lendemains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tunisiens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyptiens – sinon, à quoi bon avoir lutté contre la tyrannie avec une telle énergie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde globalisé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rapprochement, déjà évoqué ici en passant, entre deux images, deux lieux, deux révolutions et deux pays. Je veux parler des place de la Libération (Tahrir) au Caire et de la Révolution, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pourrait tout aussi bien rapprocher Cuba et la Tunisie qui, d’ailleurs, présentent des données sociopolitiques plus comparables. Mais restons-en à la première hypothèse qui m’est soufflée par le blog Generacion Y de cette résistante cubaine, Yoani Sanchez qui, depuis plusieurs années, tient tête aux dictateurs castristes. [Voir dans mes précédents articles, via la case de recherche ci-contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette photo de la fameuse place Tahrir envahie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tahrir, une phosphorescence rougeoyante entrecoupée par les flashs des appareils photo et la lueur des écrans de téléphones portables. Je n’y étais pas et pourtant je sais ce qu’ont ressenti chacun des Égyptiens réunis la nuit dernière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleurer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je resterais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sentirais légère comme si mes épaules étaient soudain libérées d’un énorme fardeau. Je n’ai pas vécu de révolution, encore moins de révolution citoyenne, mais cette semaine, malgré la prudence des journaux officiels j’ai senti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloignés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pendant que les jeunes Égyptiens s’organisaient sur Facebook, nous assistions consternés à l’exposé piraté d’un policier cybernétique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien raison ce censeur de kilobits, et tous ses chefs, de craindre ces sites virtuels où les individus pourraient se donner rendez-vous pour secouer les contrôles étatiques, partisans et idéologiques. En lisant les paroles du jeune Wael Ghonim « Vous voulez un pays libre, donnez leur internet !» Je comprends mieux la discrétion dont font preuve  nos autorités à l’heure de nous permettre ou non de nous connecter à la toile. Ils se sont habitués à avoir le monopole de l’information, à réguler ce qui nous arrive et à réinterpréter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Maintenant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cyberspace nous rapproche de Tahrir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dictateur qui démissionne. »

[Traduit par Jean-Claude Marouby – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très surveillées, le message de Yaoni Sanchez est des plus clairs. Il se résume en opposition avec cette autre photo, celle d’un de ces rassemblements monstres organisés par le castrisme radieux. Sur cette place de la Révolution s’est finalement échoué l’une des plus mensongères illusions de l’Histoire.

Cinquante ans après sa révolution, le peuple cubain ne s’est toujours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appelant à des analyses poussées. On s’en tiendra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la «bienveillance» de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a préféré quitter l’hémicycle du Parlement de Strasbourg plutôt que d’assister,  mercredi 15 décembre, à la remise du prix Sakharov au dissident cubain Guillermo Fariñas, empêché par la dictature castriste de quitter l’île. Comme lors de la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, cinq jours avant, la cérémonie s’est déroulée devant une chaise vide.

 

Chaise vide pour le Prix Sakharov (Pn. Parlement européen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a déclaré à l’AFP : « Le Parlement européen est embrigadé dans des croisades anticommunistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approuve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désapprouve la manière dont le Parlement est bienveillant pour des dictatures fascistes, et malveillant vis-à-vis du camp progressiste. »

Et le « camp progressiste », selon Mélenchon n’est autre que cet aimable club regroupant notamment Cuba, la Chine et le Venezuela de son ami Chavez. Attitude symptomatique chez les trotskistes d’un jour ou/et de toujours (le leader du Parti de gauche fut membre actif de l’Organisation communiste internationaliste).

À propos des relations entre la France et la Chine, Mélenchon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une culture commune bien plus étendue et profonde qu’avec les Nord-Américains. Les Chinois, comme nous, accordent depuis des siècles une place centrale à l’Etat dans leur développement. Dans leurs relations internationales, ils ne pratiquent pas l’impérialisme aveugle des Américains. La Chine est une puissance pacifique. Il n’existe aucune base militaire chinoise dans le monde. (…) La Chine n’est pas intéressée au rapport de forces de cet ordre. »  De cet ordre, admettons… Mais dans l’ordre de la démocratie ?

Concernant le Prix Sakharov décerné au dissident cubain Guillermo Fariñas, la question ne concerne pas d’abord le Parlement européen ; il s’agit de dénoncer une dictature « communiste ». Ce que refuse de faire Mélenchon sous le spécieux argument de l’existence de « dictatures fascistes » objet de la bienveillance européenne…  « Dictatures fascistes » versus « camp progressiste ». Poids des mots, choc des idéologies.

Rappels sur le même registre :

Avec sa femme, Helena Bonner, en 1986 à Moscou. (Ph. Wikipedia)

– Mort à Moscou le 14 décembre 1989, Andreï Sakharov était un physicien nucléaire russe, militant pour les droits de l’Homme, les libertés civiles et la réforme de l’Union soviétique. Prix Nobel de la paix en 1975, le pouvoir soviétique lui interdit de quitter le pays pour aller chercher son prix, en lui refusant son visa.

Liu Xiaobo (Ph. Wikipedia)

Liu Xiaobo est un écrivain chinois de 55 ans, professeur d’université et lui aussi militant des droits de l’homme. Le 8 décembre 2008, il est arrêté et emprisonné pour avoir signé la Charte des écrivains. Il a été condamné à 11 ans de prison pour subversion. Le 8 octobre 2010, le prix Nobel de la paix lui est attribué pour ses « efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme en Chine. » Liu Xiaobo n’a pas pu se rendre à Oslo, le 10 décembre 2010 pour recevoir son prix. Sa chaise est restée vide, aucun de ses proches n’ayant pu effectuer le déplacement.

Guillermo Fariñas, 48 ans, est un dissident cubain, directeur de l’agence de presse cubaine Cubanacan Press financée par des anti-castristes et par les Etats-Unis. Il a mené plusieurs grèves de la faim, dont celle de février à juillet 2010, qui aura contribué à faire  libérer une cinquantaine de détenus politiques malades.

> Voir sur C’est pour dire : Article et interview de Fariñas


Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Dimanche. Je me disais que le Président avait déjà bouffé les trois quarts de son camembert, comme ça connement. Comme un gagnant au loto qui a tout claqué et qu’on retrouve pendu un matin, criblé de dettes. À 26% de « popularité » selon les sondages, il bat un record. Je me disais ça et je tombe sur la page « lecteurs » du Monde [26/9/10], entièrement consacrée au « président contesté ». C’est une volée de bois vert comme je n’ai pas souvenir d’en avoir vu après avoir usé quelques présidents et m’être aussi usé les mirettes sur bien des gazettes.

Sans parler des blagues en tous genres qui parcourent la toile [merci Claude G.]– ce à quoi ses prédécesseurs ont échappé par absence technique, il est vrai – et constituent un sévère indicateur de la déconsidération pour ce personnage et la fonction attenante. Seul Berlusconi peut s’aligner – et encore parvient-il à faire illusion en Italie même. Mais reconnaissons au nôtre un mérite, un vrai. D’avoir été celui par qui la droite française aura reconquis son titre de gloire : la plus bête du monde.

Dimanche ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt pointé au ciel – écoutez-moi bien ! – grave, sentencieux, menaçant presque, il donne la leçon, pour ne pas dire la fessée, aux représentants de l’industrie de la bagnole, leur déclarant en substance : ne comptez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabriquer vos autos à l’étranger. Tu parles, Charles, cause toujours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voiture fabriquée en Roumanie lui revenait 2 000 euros moins chère ! Il n’a pas dû oser annoncer la version chinoise du gain réalisé.

Dimanche, j’en suis sûr. « Marius et Jeannette » sur Arte. Génial film, si généreux donc utopiste. Vu et revu, je tente un autre mélo, au ciné cette fois. Je dis « mélo » exprès parce que je lis ça dans la critique de Télérama. Eux, ils dézinguent à tout va, spécialement contre mes films préférés (le dernier d’Alain Corneau par exemple, Crime d’amour). Au mieux dans le pire, ils donnent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obligé ni de les lire ni d’en tenir compte. On est en république – enfin, je m’avance, voir ci-dessus. De toutes façons, en général, je ne lis les critiques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amore, que le ‘tit bonhomme du Télérama estime « pas mal » (double négation), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au minimum « bien » sinon « bravo ». Non pas bravo tout de même à cause de la musique (mélo-die) parfois lourdingue dans la redondance, tout comme l’est la scène d’amour – centrale, d’où le titre – à la fois sublime et un peu ratée dans le parallèle appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « nature », fleurettes et petites bébêtes. Il s’en serait fallu de peu, juste un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ainsi sur la chanterelle, ce Luca Guadagnino qui, pourtant, sait filmer, vingt dieux.

Et justement son style, c’est quelque chose ! Rythme, montage, photo, éclairage… Y a du Visconti là-dedans, et aussi du Coppola. La lumière est superbe, alliage du noir des contre-jours (les visages masqués) et du plein pot solaire des extérieurs ; bataille des inconscients et des refoulement contre le surgissement des pulsions. Une forme ne saurait suffire. Le fond aussi est bon : le mélo de la vie – toute vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-drame, à doses variable de mélodie et de drame ? –, version grande bourgeoisie milanaise, aristocratie de l’industrie textile qu’on voit basculer dans le chaudron mondialisé. Terrain de prédilection pour le couple Pinçon (« Le Président des riches », qui vient de sortir), tout l’inverse de Marius et Jeannette à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bovary) compte dans le tableau en tant que pièce rapportée (de Russie), surtout vouée à ses trois enfants. Lesquels pourraient représenter trois états de la jeunesse : conformiste, romantique, rebelle (la fille, lesbienne). Survient l’imprévu annoncé dès le titre (Io sono l’amore en italien, je suis l’amour ), l’aventure, le drame comme sanction de la faute – la papauté veille au grain – et une apothéose en mater dolorosa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lundi. Arte, mélo toujours mais cubain : Fraise et chocolat. Le film a fait un tabac dans l’île des Castro. On se demande comment il a échappé à la censure (sorti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dissidence en milieu hautement contraint de la dictature. Dans le machisme dominant, l’homo cumule les tares du contre-révolutionnaire. Le pédé, c’est donc la version gay du gusano – ce traître de ver rampant.

L’histoire tourne autour de trois personnages centraux qui suffisent à décrire le quotidien de la vie à La Havane, sans tomber dans le panneau directement dénonciateur (censure obligerait). Je tiens Fraise et chocolat pour un film sexo-politique, d’autant qu’il traite, en fait, de la fraternité. C’est un hymne à la fraternité avec une scène finale pour le moins émotionnelle. En quoi il est révolutionnaire dans un régime qui a fait du mot Révolution son fond de commerce – le mot et surtout pas la chose –, ce dont il devra bien rendre compte devant l’Histoire. Ce film y contribue, tout comme l’ont fait d’admirables écrivains dissidents comme Reinaldo Arenas (Avant la nuit), Pedro Juan Guttiérez (Trilogie sale à La Havane), et avant eux le très grand José Lezama Lima (Paradiso) à qui Fraise et chocolat rend un hommage direct.

Post scriptum, et toujours à propos de fromage, ce mardi voit tomber la condamnation du trader-vedette Kerviel. Le plus marrant, c’est tout de même qu’on lui réclame sans rire  presque 5 milliards d’euros ! Question : comment va-t-il s’y prendre sans se faire prendre à nouveau pour payer sa dette à la société, en général ? Il a trois ans devant lui pour trouver la martingale.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition «accuse le gouvernement cubain»

La pression internationale, notamment européenne, ajoutée à la déplorable situation économique de l’île,  semble conduire la dictature castriste à lâcher du lest. Le régime cubain s’apprêterait en effet à libérer 52 prisonniers politiques* incarcérés depuis 2003 (on en dénombre environ 170). L’Espagne a joué un rôle important dans ce jeu de pression auprès de La Havane, à la fois sur le plan diplomatique et aussi en acceptant d’accueillir les prisonniers à leur libération.

* L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion entre le cardinal cubain Jaime Ortega et le président Raul Castro, en présence du ministre espagnol des affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos.

De son côté, un comité international s’est constitué et a lancé une pétition ayant déjà recueilli plus de 50.000 signatures – ce qui déplaît fortement aux Castro.  Ce comité s’est intitulé #OZT, reprenant les initiales de Orlando Zapata Tamayo, le maçon mort en prison le 23 février dernier après 85 jours de grève de faim. Aussitôt, Guillermo Fariñas, psychologue et journaliste de 48 ans, entâmait à son tour une grève de la faim. Il se trouve en grand danger vital et cette libération annoncée mettra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâcher la pression ni la solidarité. Voici le texte de l’appel à pétition lancé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à doubler le plus de 49.000 signatures obtenues pour la libération des prisonniers politiques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remise des signatures du 18 au 23 juillet 2010

Nous voulons recueillir 100 000 signatures d’ici le 15 juillet et augmenter ainsi l’appui à la demande de libération des prisonniers politiques et au respect des droits de l’homme à Cuba. Nous pouvons réussir avec votre soutien! Voici ce dont nous avons besoin :

Envoyez un courriel à vos contacts en leur demandant de signer la Déclaration de la campagne. Soyez bref! Par exemple, écrivez-leur : «Je vous invite à signer cette Déclaration pour la libération des prisonniers politiques cubains. Ceci est très important pour moi.» N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invitez vos amis sur Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux à signer la Déclaration.
Les remises de signatures auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux sièges du gouvernement cubain à l’étranger. De grandes manifestations et de petites cérémonies de remise sont prévues selon les endroits. Si vous habitez près d’une ambassade, d’un consulat ou tout autre lieu officiel du gouvernement cubain et que vous souhaitez participer, s’il vous plaît, contactez-nous.
Merci de faire partie de cette campagne!

#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayúdanos a duplicar las más de 49,000 firmas recibidas por la libertad de los presos polí ticos cubanos

- Participa con nosotros en la entrega de las firmas entre el 18 y el 23 de julio próximos

Queremos llegar a 100,000 firmas antes del 15 de julio y duplicar así  el apoyo a la demanda por la excarcelación de los presos polí ticos y el respeto a los derechos humanos en Cuba. Con tu ayuda, podemos lograrlo. Esto es lo que necesitamos:

Enví a a tus contactos un email invitándolos a firmar la Declaración de la campaña. Algo muy breve. Por ejemplo: «Te invito a firmar esta Declaración por la libertad de los presos políticos cubanos. Para mí  es muy importante.» No olvides incluir el enlace (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invita a tus amigos en Facebook, Twitter y otras redes sociales a firmar la Declaración.
La entrega de las firmas la realizaremos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobierno cubano alrededor del mundo. También en Cuba, la OEA, la ONU… Frente a algunas sedes del gobierno cubano realizaremos una concentración; en otras, una pequeña ceremonia de entrega. Si vives cerca de una embajada, consulado o sede oficial cubana y estás dispuesto a participar, contáctanos.

Gracias por ser parte de esta campaña.

#OZT: Yo acuso al gobierno cubano


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénoncer sans la moindre ambiguïté la dictature castriste, clame un journaliste chilien de gauche. Ce que la plupart des militants progressistes du continent ne se sont jamais résolus à faire. L’article qui suit provient de l’hebdo chilien Qué pasa (centre gauche). Il constitue un tournant dans la considération jusque là sans réserve dont bénéficiait le régime cubain dans la gauche « latino ». Son contenu rejoint mon reportage publié en 2009 dans Politis, où il me valut les foudres de certains lecteurs et autres « analystes inspirés ».

QUÉ PASA (extraits)
Santiago-du-Chili

La gauche latino-américaine a commis une faute qu’elle mettra longtemps à expier: celle d’avoir défendu et soutenu la dictature cubaine bien plus longtemps qu’il n’était acceptable. Rares en effet ont été les figures politiques, les artistes et les intellectuels progressistes qui, assistant de près à l’évolution du régime castriste, ont pris la peine de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évidemment, ce n’est plus si difficile. Les socialistes chiliens eux-mêmes osent le faire, même s’ils utilisent des circonlocutions pour cela. Pendant des décennies, ceux qui ne se sont pas rendu clairement complices ont fait en sorte de noyer le poisson et de diluer en phrases interminables une condamnation qui tient pourtant en ‘un mot, «dictature».

Fidel en a accueilli beaucoup alors qu’ils fuyaient Pinochet dans le dénuement le plus total, il en a invité d’autres tel un maître dans son hacienda, pour leur montrer les mille merveilles de son fief, les gratifier de conversations hallucinantes et les convaincre, pour la tranquillité et la sérénité de leurs esprits bien-pensants, que la «Révolution» – mot qui a heureusement perdu son ensorcelant pouvoir – était un rêve réalisable et un combat permanent dont il était l’incarnation. Les tristes se sont sentis accueillis, les faibles se sont sentis flattés. Le contredire est bientôt devenu pour bon nombre de révolutionnaires un acte aussi redouté que la perte de la foi pour un chrétien. Les Cubains vivent dans un manque de liberté inacceptable. Fidel avait des qualités exceptionnelles, c’est certain. C’est sans doute l’homme politique vivant le plus expérimenté au monde. Je doute que de nombreux champions de la démocratie puissent le nier. Il a placé sa petite île au centre de la carte du monde et, mieux encore, y a placé son nom et son prénom. Il s’est confronté aux Etats-Unis d’égal à égal et a incarné à un moment donné la dignité d’un continent pauvre face à la puissance brutale d’un empire. Il a participé en géant à l’histoire de la guerre froide. Les Cubains peuvent haïr Fidel, mais aucun ne le méprise. Eux, ces Argentins des Caraïbes, se sentent au fond soumis par un homme grandiose. Comment, sinon, expliquer qu’un peuple si fier l’ait supporté un demi-siècle sans plus se révolter?

Le seul problème est qu’avec le temps les hommes grandioses vieillissent nettement moins bien que les hommes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut parler pendant des heures. Même la droite chilienne l’admire en secret. Lorsqu’il entre en scène, l’auditoire frémit. Ils le craignent tant qu’ils osent à peine prononcer son nom. S’ils veulent le critiquer, les Cubains utilisent de nouvelles formes grammaticales ou lèvent un doigt vers le ciel.

Le journal Granma [journal officiel du régime], n’ayant pas de rubrique de faits divers, on pourrait croire que La Havane ne connaît ni crimes ni délits. Le journalisme n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plaignent de la concentration des médias dans quelques mains pardonnent à Cuba sans broncher. Les Cubains n’ont pas de parlement, les tribunaux sont une farce, la police secrète est partout. Nous qui croyons en la démocratie savons parfaitement qu’un tel gouvernement ne rentre pas dans cette catégorie.

Rares sont les discours plus hypocrites que le discours cubain. Si nous y croyions, il nous faudrait admettre que là-bas n’existent ni la pauvreté ni les coteries privilégiées, que les autorités sont irréprochables, qu’elles n’ont fait fusiller personne, qu’il n’y a pas des magasins pour les détenteurs de devises et d’autres — misérables — pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jineteras [«cavalières», accompagnatrices de touristes, qui parfois se prostituent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingénieurs, que les prisonniers politiques sont une invention de l’impérialisme, il nous faudrait accepter tout cela alors que même le plus candide des visiteurs, pour peu qu’il se promène les yeux ouverts, constate qu’il n’en est rien. La santé publique et l’éducation, les vieux chevaux de bataille de Fidel Castro, n’ont jamais été aussi décriés qu’aujourd’hui : les Cubains n’ont pas même accès à des comprimés d’aspirine et ils n’étudient guère qu’un seul côté de la médaille. Malgré tout, il existe un tourisme idéologique : au lieu de découvrir la vraie vie, il cherche le reflet des illusions perdues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Plane désormais l’idée que tous ces mensonges ne pourront plus fonctionner longtemps. Raul est plus maladroit que son frère, plus brutal, moins charmeur. Il a laissé mourir un gréviste de la faim [Orlando Zapata, mort le 23 février au bout de 85 jours de grève de la faim], tentant en vain de convaincre le monde que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridicule que cela puisse paraître, Raul s’emploie aujourd’hui à nationaliser les rares entreprises rentables. La corruption sévit à grande échelle. Et certains parient déjà que cette fiction qui a ruiné tant de vies touche à sa fin. Comme pour l’URSS, nous découvrirons progressivement la face sombre de ce conte de fées. Si la gauche entend de nouveau nous proposer un rêve, qu’elle commence par nous raconter son cauchemar. Qu’elle n’hésite pas à utiliser, pour parler de celte dynastie caribéenne, le mot «dictature». Au Chili, nous savons à quel point les mots comptent en la matière.

Patricio Fernandez
directeur de la revue satirique « The Clinic »

Nous devons cet article et sa traduction à « Courrier international » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tandis que le régime cubain se durcit encore davantage sous le double effet de la crise et d’un accès de protestations, un autre dissident a entrepris une grève de la faim. Guillermo Fariñas, psychologue et journaliste de 48 ans, prend ainsi le relais de Orlando Zapata Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Havane. Il avait cessé de s’alimenter durant plus de deux mois pour protester contre ses conditions de détention et celles de plusieurs dizaines d’opposants incarcérés. La détermination désespérée de Guillermo Fariñas bute sur l’intransigeance du régime castriste. Un affrontement qui fait craindre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a perdu connaissance hier.

L’interview de Guillermo Fariñas a été menée par le journaliste espagnol Mauricio Vicent et publiée dans le quotidien madrilène El Pais mardi dernier. En voici la traduction.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psychologue et journaliste dissident Guillermo Fariñas a 48 ans et 23 grèves de la faim derrière lui. Depuis qu’il a rendu sa carte de l’Union des Jeunes Communistes, en 1989, en protestation contre l’exécution du général Arnaldo Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a passé, depuis, 11 ans et demi en prison. Il est considéré comme un dur. Sa dernière grève de la faim, en 2006, pour demander le libre accès à internet pour tous les Cubains, dura plusieurs mois et il fallut l’opérer à plusieurs reprises pour lui sauver la vie. Il en garde de nombreuses séquelles et sa famille, cette fois redoute un rapide dénouement fatal.

Dans sa maison de Santa Clara, accompagné d’une vingtaine d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son septième jour sans nourriture ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrêmement faible, bien que conscient, et il peut encore marcher. Il a le regard illuminé, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mourir pour devenir un « martyre » et prendre le relais de Orlando Zapata. Il voit son corps comme un instrument de plus pour « faire parvenir Cuba à la liberté ». Sa mère, Alicia Hernandez, et sa femme, Clara, s’opposent radicalement à cette protestation, bien qu’elles respectent sa décision. Deux médecins lui rendent visite chaque jour, un dissident et un autre de l’État, qui suivent en permanence son évolution.

Quels objectifs recherchez-vous au travers de cette grève ?

– Premièrement, que le gouvernement paie un coût politique fort pour l’assassinat de Orlando Zapata Tamayo. En second lieu, si les autorités ne sont ni cruelles ni inhumaines, qu’elles libèrent immédiatement les prisonniers politiques qui sont malades et qui pourraient bientôt devenir d’autres Zapata. Le troisième objectif est, si je meure, que le monde s’aperçoive que le gouvernement laisse mourir ses opposants et que ce qu’il s’est passé avec Orlando n’est pas un cas isolé.

Mais quelle est votre demande concrète ?

– Que le gouvernement libère ces 26 prisonniers politiques qui sont malades, et que, jusqu’aux propres services médicaux du ministère on considère qu’ils doivent être mis en liberté, puisqu’ils ne survivront pas en prison.

Et s’ils ne les relâchent pas ?

– Je continuerai jusqu’aux dernières conséquences…

Vous voulez mourir ?

– (Silence)… Oui, je veux mourir. Il est temps que le monde s’aperçoive que ce gouvernement est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des martyres.

Vous voulez devenir un martyre consciemment ?

– Même les psychologues du ministère de l’intérieur disent que c’est mon profil : j’ai une grande vocation de martyre… Orlando Zapata a été le premier chaînon dans l’intensification de la lutte pour la liberté de Cuba. Moi j’ai été celui qui a saisi le bâton de son relais, et quand je mourrai, un autre le prendra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va provoquer un stimulant pour le changement dans votre pays ?

– Moi je suis pessimiste. Je pense que le gouvernement ne va pas changer. Je n’ai pas d’espérance. Le gouvernement cubain se trouve dans une passe difficile, mais il ne va pas changer, jusqu’à que nous soyons 50 opposants en grève de la faim, ce qui serait un problème au niveau de toute la société.

Votre père a combattu aux côtés de Che Guevara au Congo. Votre mère était révolutionnaire. Vous-même avez été militaire et avez étudié en Union soviétique. Comment en êtes-vous arrivé à la dissidence ?

– Ce fut un long processus. Les événements de l’ambassade du Pérou en 1980** ont constitué le premier désaccord. J’avais pour rôle de maintenir l’ordre. Il y avait des dizaines de milliers de personnes qui voulaient partir. En URSS, je me suis rendu compte des nombreuses perversions de ce régime auquel, en théorie, nous devions ressembler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai complètement rompu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tairai pas jusqu’à ce que je meure.

Qu’est ce qu’il va se passer maintenant ?

– Moi je me sens déjà très faible. J’ai mal à la tête et je commence à me déshydrater. Il arrivera un moment où je m’effondrerai et perdrai connaissance. Alors ma famille décidera [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nourriront par voie parentérale].

Et quand vous vous réveillerez à l’hôpital…

– S’ils me mettent dans une chambre fermée, où je ne pourrai pas recevoir de visite de mes frères de lutte, je demanderai l’arrêt de l’alimentation médicale. S’ils me mettent dans un endroit où je pourrai recevoir la visite de mes camarades, même si ça doit être au travers de vitres, dans la salle de soin intensif, pendant les horaires réglementaires des visites, je permettrai cette alimentation parentérale, bien que je ne boirai ni mangerai. Dans ce cas, je pourrai vivre tant que Dieu le voudra.

Que croyez-vous que pensent de tout ça votre femme, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la décision de commencer cette grève de la faim, ma mère est restée seize heures sans me parler. Maintenant, bien qu’elles s’y opposent toujours, elles respectent ma décision. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famille doit souffrir. J’imagine que la mère de Jose Marti a souffert, et aussi celle de Antonio Maceo [deux héros emblématiques de l’indépendance de Cuba].

Traduction Marine Ponthieu

Notes de GP :

* Le général Arnaldo Ochoa , ancien de la Sierra Maestra et « héros » de la guerre d’Angola, a été exécuté sous l’accusation de trafic de drogue au lendemain d’un procès de type stalinien, avec « aveux » largement médiatisés par la télévision. L’Histoire, quand elle parlera, livrera une toute autre version. Par exemple, que les frères Castro avaient confondu Ochoa dans des intentions putschistes, avec d’autres militaires en opposition au régime ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révéler la réalité d’un officiel trafic de drogue entre Cuba et les FARC colombiens. Un marché aurait été imposé à Ochoa : la vie sauve contre la reconnaissance du trafic de drogue mené à son propre compte. Ainsi la « Révolution » serait-elle lavée de tout soupçon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exécuté un mois après le verdict le condamnant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Havane avait été littéralement envahie, en deux jours, par plus de 10 000 candidats à l’émigration. L’affaire provoqua ensuite le départ vers les États-Unis de 127 000 « marielitos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voilà bientôt deux mois que je suis sans nouvelles de deux amis cubains. J’ose espérer qu’il ne leur est rien arrivé de plus grave que l’interdiction totale d’envoyer des courriels depuis leurs lieux de travail.

De plus, sur son blog «Generacion Y», l’opposante Yoani Sanchez n’a plus déposé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inhabituel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlando Zapata Tamayo, est mort, mardi 23 février, dans un hôpital de La Havane. Il menait une grève de la faim de plus de deux mois pour protester contre ses conditions de détention. Membre d’une organisation de défense civique illégale, le Directoire démocratique cubain, il avait été condamné en 2003 à dix-huit ans de prison pour « désordre public ».

Il s’agit du premier détenu politique « à mourir en détention depuis le début des années 1970 à Cuba », affirme la Commission pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale, une organisation illégale mais tolérée par le pouvoir cubain. Selon son président, Elizardo Sanchez, « Il s’agit d’un assassinat virtuel, prémédité », accusant les autorités d’avoir trop tardé à offrir des soins au dissident transféré la semaine dernière seulement de Camagüey, dans le centre du pays, où il était incarcéré, dans un hôpital de La Havane.

Prix Sakharov 2002 du Parlement européen, le dissident chrétien Oswaldo Paya a accusé les autorités cubaines d’avoir « assassiné lentement » ce maçon de profession et noir de peau, victime, selon lui, de coups et de violences racistes lors de sa détention. L’économiste dissident Oscar Espinosa Chepe, arrêté en 2003 et libéré pour des raisons de santé, estime que cette affaire pourrait se reproduire en raison du « très mauvais état » des prisons cubaines, où aucune organisation internationale n’est admise. C’est le cas d’Amnesty International, qui estime à 65 le nombre des « prisonniers de conscience » cubains. La plupart des observateurs internationaux évaluent cependant à environ 200 le nombre de prisonniers politiques à Cuba.

Les présidents brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et vénézuélien Hugo Chavez sont arrivés mardi soir à La Havane, sans faire de commentaires, après un sommet dit de «l’Unité» au Mexique des 32 pays de la région. De son côté, le président cubain, Raul Castro, n’a pas craint de « regretter » la mort d’Orlando Zapata. Depuis toujours, les autorités cubaines accusent les dissidents d’être des «agents» ou des «mercenaires» à la solde des Etats-Unis.

La population et l’économie cubaines se trouvent à bout de souffle. La crise s’est aggravée ces derniers temps, à tel point que le pays est placé au bord d’une cessation de paiement.

[Sources AFP, Le Monde, Yoani Sánchez – Generacion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Carlos Reyes Ocaña, journaliste de la petite agence Holguín Press, a été arrêté dans la matinée du 29 janvier par la Police nationale révolutionnaire (PNR), et emmené dans une caserne sous les inculpations d’»outrage», «désobéissance» et «activité économique illicite». Remis en liberté le lendemain, il observe une grève de la faim dans l’attente de son jugement qui pourrait lui valoir la prison ferme.

Harcèlements de blogueurs, détentions arbitraires et mauvais traitements de prisonniers d’opinion restent caractéristiques d’un régime qui ne tolère aucune information en dehors de son contrôle et dont les timides évolutions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Manquant à leur parole, les autorités de La Havane n’ont jamais ratifié les deux Pactes de l’Onu relatifs aux droits civils et politiques – signés au moment de la prise de fonctions officielles de Raúl Castro –, lesquels incluent la liberté d’expression. La normalisation des relations avec Cuba prônée notamment par la présidence espagnole de l’Union européenne ne saurait faire l’impasse sur les libertés fondamentales.

Aucun geste humanitaire n’a été consenti en faveur des journalistes arrêtés lors du «Printemps noir» de mars 2003, dont Ricardo González Alfonso, condamné à vingt ans de prison. Souffrant de problèmes de santé, en particulier pulmonaires, le correspondant de Reporters sans frontières et fondateur de la revue «De Cuba» s’est vu administrer avec retard, le 26 janvier, un traitement qu’il attendait depuis des mois. Malgré son état, il reste maintenu en cellule au pénitencier du Combinado del Este (La Havane).

Autre prisonnier du «Printemps noir», également condamné à vingt ans de prison, Juan Carlos Herrera Acosta, de l’Agence de presse libre orientale (APLO), a récemment dénoncé les mauvais traitements et privations alimentaires dont il a fait l’objet avec d’autres codétenus (voir la vidéo ). Incarcéré depuis six mois, le docteur et collaborateur de médias dissidents Darsi Ferrer a, quant à lui, subi un passage à tabac en cellule alors qu’il était menotté.

La répression vise de près les blogueurs et utilisateurs d’Internet. Deux étudiants ont été renvoyés au mois de janvier pour un travail d’information «non autorisé». Darío Alejandro Paulino Escobar a été exclu de l’Université de La Havane pour avoir créé une page sur le réseau social Facebook, contenant le compte rendu d’une réunion de l’Union des jeunes communistes (UJC). Fille du prisonnier politique Félix Navarro, Saylí Navarro a connu le même sort au sein de l’Université de Matanzas pour ses activités de journaliste indépendante.

Le 6 novembre 2009, la Sécurité de l’État (police politique) a brutalisé les blogueurs Yoani Sánchez, créatrice de la plate-forme Generación Y, et Orlando Luis Pardo, à la veille d’une manifestation [lire sur C’est pour dire]. Un troisième, Luis Felipe Rojas, a été arrêté à deux reprises en décembre et assigné à résidence.

[D’après Échange international de la liberté d’expression (IFEX, Toronto) et Reporters sans frontières (RSF, Paris)]

  • © Ch.- M. Schulz

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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

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      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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