On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accé­der à l’apothéose, der­nier grade qui man­quait à sa gloire. Il était temps car l’icône se cra­quelle. Les céré­mo­nies d’adieu au « com­man­dante » s’annoncent gran­dioses – de vraies pompes funèbres. Mais les « grands » de ce monde modèrent leurs élans « obsé­quieux »… Ils ne feront pas tous le voyage, pres­sen­tant que l’Histoire se garde désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tour­née pour les cen­taines de mil­liers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­naire qui va se refer­mer sur un peuple abu­sé, gavé de palabres. Un peuple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Revo­lu­cion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­mo­nies à la gloire du « Com­man­dante » ras­sem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­niants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revo­lu­cion offrait la jour­née de congé, les sand­wiches et la bière. Il aurait fait beau sno­ber l’événement ! Sans par­ler de la vigi­lance des CDR, Comi­tés de défense de la révo­lu­tion qua­drillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un fli­cage inté­gré aus­si­tôt la prise de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fier dans un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours mena­çant, uti­le­ment mena­çant. Cas­tro en fera son dogme : « Dans une for­te­resse assié­gée, toute dis­si­dence est une tra­hi­son ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loyo­la – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fré­quen­té l’école des jésuites à Santiago…

Le cas­trisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un bou­le­vard idéo­lo­gique et sur­tout poli­tique, selon la pra­tique impé­ria­liste consti­tu­tive des Etats-Unis, celle de la force imma­nente, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amé­rin­diens, d’abord, puis des innom­brables inter­ven­tions de la CIA et des mili­taires 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­cace en fin de compte 2, le régime amé­ri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tour­ner vers l’Union sovié­tique. De même que la faillite de l’URSS en 1990 impo­sa le mariage avec le Vene­zue­la de Cha­vez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Cha­vez), son cama­rade Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entre­ra bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agrandir) :

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La grande force de Cas­tro – au risque même d’un conflit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résis­tance à l’empire voi­sin 3. tout en exploi­tant à fond l’image biblique du David bar­bu­do affron­tant l’affreux Goliath, se prê­tant objec­ti­ve­ment à cette mise en spec­tacle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capi­tal de sym­pa­thie accu­mu­lé par le régime de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tro­piques » à base de rhum, cigares, sal­sa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Heming­way, et des cohortes de tou­ristes bien cana­li­sés, sans oublier les pré­cieux relais idéo­lo­giques que consti­tuaient les intel­lec­tuels éba­his, à l’esprit cri­tique en berne.

Ils accou­rurent à toute vitesse, pour se limi­ter aux Fran­çais, les Gérard Phi­lipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mar­ker, Jean Fer­rat, Ber­nard Kouch­ner, Claude Julien, les écri­vains Michel Lei­ris, Mar­gue­rite Duras, Jorge Sem­prun ou l’éditeur Fran­çois Mas­pe­ro. Même Fran­çois Mit­ter­rand, et Danielle sur­tout, pré­sen­tèrent leur dévo­tion au « com­man­dante », sans oublier évi­dem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Vil­le­pin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Cas­tro le souverainiste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quelques articles pas très regar­dant sur les des­sous d’un sys­tème mani­pu­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toire de la jeu­nesse – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quelques timides cri­tiques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la suite, me conten­ter d’une visite « tou­ris­tique », libre mais mal­gré tout un peu ris­quée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encombres. J’en tirai quelques articles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008. 

Agitant un petit dra­peau russe, le guide ras­semble son trou­peau du jour. Les bou­qui­nistes vendent la révo­lu­tion et ses pro­duits déri­vés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Heming­way et même Sartre, de Beau­voir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son pré­sen­toir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, récit des cent heures que le lider maxi­mo a pas­sées en com­pa­gnie d’Igna­cio Ramo­net, qui fut patron du Monde diplo­ma­tique

Je m’interroge sur la cou­ver­ture du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui semblent aus­si obli­ger le sou­rire. Sou­rire ou ric­tus ? Pose ou atti­tude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la mala­die déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bou­qui­niste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­pro­che­ment pour le moins sacri­lège entre Pinoc­chio et les cent heures d’entretien Cas­tro-Ramo­net… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, disons, vingt jours à pala­brer… Vingt jours, la durée de mon périple à tra­vers l’île, à la ren­contre « des gens » ; à les obser­ver et les écou­ter, à ten­ter de com­prendre dans sa com­plexi­té ce pays si atta­chant et dérou­tant. Au plu­riel et en espa­gnol, pala­bras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-messes cas­tristes. Des offices paga­no-reli­gieux voués au culte du lider, place de la Révo­lu­tion, sous l’œil sta­tu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais secon­dé par l’effigie gran­diose du Che, devant une foule mil­lion­naire (mais si pauvre) sou­mise au prêche inter­mi­nable d’un boni­men­teur de carrière…

Roi du bara­tin pom­peux autant que redon­dant et déma­gogue, Fidel Cas­tro aura pas­sé au total des mois entiers, voire des années à pala­brer. Ses dis­cours ont par­fois dépas­sé les sept heures, à l’image de l’enflure du per­son­nage, de son ego sans limites. Assu­ré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tude est bien le propre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tures carac­té­rielles ; ou bien aus­si, il est vrai, des pré­di­ca­teurs et autres évan­gé­listes si en vogue en ces temps de désespérance.

Je suis tou­jours devant ce bou­quin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramo­net cédant lui aus­si, façon « Monde diplo­ma­tique », à une forme d’adoration com­plice, fût-elle mâti­née de quelque audace cri­tique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le der­nier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lan­çait Cas­tro lors de son pro­cès pour l’attaque en juillet 1953 de La Mon­ca­da, caserne de San­tia­go, l’autre grande ville cubaine. Un slo­gan de tri­bu­nal pro­non­cé tout exprès comme une for­mule de com’, et une mani­fes­ta­tion, déjà, du plus mons­trueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­triste –, il exi­geait l’Absolution. Tout comme Hit­ler qui, avant lui, avait lan­cé la même pré­di­ca­tion. La com­pa­rai­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tionne les fon­de­ments des pou­voirs et de leurs plus viru­lents agents, avant de pas­ser le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que recu­lant d’un pas, je découvre, joux­tant le Cas­tro-Ramo­net, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond comme dans la pré­sence, si incon­grue sur le pré­sen­toir…  Las Aven­tu­ras de Pino­cho voi­sine, là, juste à côté d’un Com­man­dante sou­dai­ne­ment gêné par cette marion­nette au nez accu­sa­teur… La bou­qui­niste, que j’interpelle en bla­guant, elle-même rigo­lant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­songe… Sur un mur, à Guan­ta­na­mo – la ville, pas la base états-unienne –, je relève ce graf­fi­ti décré­pi : « Revo­lu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La brave injonc­tion, comme on en trouve tant, aux cou­leurs désor­mais sou­vent déla­vées. À Bara­coa, pointe orien­tale de l’île, assis à la porte d’un entre­pôt vide, un jeune gar­dien enca­dré par deux longues cita­tions murales de José Mar­ti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pala­bras anti­guas », des vieux mots, résume-t-il avant de se ras­seoir. Comme si la bonne et vieille pro­pa­gande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fati­guée. Comme si le men­songe d’État n’opérait plus, même pas par opposition.

A l’aéroport régio­nal, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé dif­fuse son émis­sion d’éducation poli­tique. Il y est jus­te­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étran­ger, semble-t-il – et le seul à regar­der cet écran dont tout le monde se contrefout.

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San­tia­go. Même si des amé­lio­ra­tions récentes ont été appor­tées, les Cubains conti­nuent à s’entasser dans des sortes de bétaillères pour se rendre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gande éle­vée comme un art poli­tique suprême. Une pra­tique redou­table et ancienne. Voi­ci com­ment j’en fus vic­time –  en mai 68 !…Jeune Tin­tin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand repor­tage, regrou­pé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­na­listes euro­péens. Pro­po­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un mini­car, d’une inter­prète – Olga, char­mante blonde… – et d’un « accom­pa­gna­teur » à fine mous­tache noire, Eduar­do, non moins affable. Pro­gramme de visite allé­chant. Le Che venait de mou­rir en Boli­vie et le régime cas­triste s’affairait à orches­trer son immor­ta­li­té. Mai 68 était amor­cé, en France et ailleurs dans le monde, la Tché­co­slo­va­quie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà loin­taine. Cuba cueillait les divi­dendes d’une sym­pa­thie inter­na­tio­nale pas seule­ment de gauche.

Et la petite bor­dée de jour­na­listes allait se faire avoir dans la grande lon­gueur, Tin­tin y com­pris, bien sûr. On nous bala­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­naire en construc­tion, de plan­ta­tions de tabac en plage du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­naires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son éle­vage de cro­co­diles en match de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie ! 

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­po­sé, comme sup­plé­ment au pro­gramme, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­saire poli­tique – com­ment aurait-il pu en être autre­ment ? Le soup­çon ne m’en vint tou­te­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un oppo­sant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrous­ser che­min…– J’ai une pro­po­si­tion à vous faire, nous dit-il un matin, en sub­stance : aller à l’île des Pins, tout juste rebap­ti­sée « île de la Jeu­nesse », afin d’y visi­ter l’ancienne pri­son de Batis­ta, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée modèle…

Com­ment ne pas adhé­rer à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu com­pli­quée à orga­ni­ser, mais voi­là l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­triste. On n’y séjour­ne­rait qu’une jour­née et une nuit, selon un emploi du temps char­gé. Char­gé et contra­rié par quelques aléas mal­en­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la visite d’une ferme elle aus­si modèle, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fré­quen­ter jadis. Mais de la fameuse ex-pri­son, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était ins­crite dans nos ima­gi­na­tions. Quelques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon repor­tage paru en juillet 68 dans plu­sieurs quo­ti­diens régio­naux : « Quelle est l’image la plus hal­lu­ci­nante ? La crèche des bam­bins de San Andrès para­chu­tée en pleine Sier­ra de los Orga­nos ? […] Ou encore cette pri­son de Batis­ta trans­for­mée en école tech­nique à l’île de la Jeu­nesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœuvre gros­siè­re­ment sub­tile. Si gros­sière qu’elle ne pou­vait que mar­cher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pec­ter un tel stra­ta­gème alors que rien n’avait obli­gé nos « hôtes » à orga­ni­ser une telle expé­di­tion à l’île de la Jeu­nesse ? Les dif­fi­cul­tés pra­tiques pour nous y ame­ner ajou­tait encore à l’évidente bonne foi de ses organisateurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révé­la­tion de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pri­sons de Fidel Cas­tro. Pierre Golen­dorf [ancien cor­res­pon­dant de L’Humanité à La Havane] y racon­tait par le détail les condi­tions de son arres­ta­tion et de son incar­cé­ra­tion à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeu­ré une prison-modèle !

J’avais – nous avions tous, ces jour­na­listes « bala­dés », été enfu­més, mou­chés, abu­sés. Mais la leçon, il faut le recon­naître, appa­rut magis­trale. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école sovié­tique. Les élèves cubains mon­traient de réelles dis­po­si­tions à éga­ler sinon à dépas­ser les maîtres for­més à la redou­table pro­pa­gande sta­li­nienne. Dépas­ser, non : sur­pas­ser, puisque le régime a tant bien que mal sur­vé­cu à l’effondrement de l’URSS et qu’il conti­nue à œuvrer avec constance et effi­ca­ci­té dans son art consom­mé de la propagande.

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À n’en pas dou­ter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à San­tia­go, la machine mys­ti­fi­ca­trice est en chauffe maxi­male pour mon­ter au zénith de la pro­pa­gande mon­diale le spec­tacle des obsèques du « lider maxi­mo », dieu du socialisme…

Cette machine-là n’a jamais ces­sé de tour­ner, durant plus d’un demi-siècle ! Deux géné­ra­tions y ont été sou­mises ; à com­men­cer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­diale abreu­vée au mythe entre­te­nu de l’héroïsme cas­triste et gue­va­riste. 6

L’historien – et a for­tio­ri le « pauvre » jour­na­liste sont bien dému­nis face aux tor­nades mys­ti­fiantes dont les récits prennent force mythique de Véri­té éter­nelle et risquent ain­si de les empor­ter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et phi­lo­sophe suisse Denis de Rou­ge­mont :

« […] les mythes tra­duisent les règles de conduite d’un groupe social ou reli­gieux. Ils pro­cèdent donc de l’élément sacré autour duquel s’est consti­tué le groupe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son ori­gine doit être obs­cure. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le carac­tère le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, géné­ra­le­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénètre aisé­ment par le biais de notre apti­tude à la croyance, ce désir de cer­ti­tude autant que de ras­su­rance. Les révo­lu­tions s’y ali­mentent et l’alimentent par néces­si­té de durer. C’est ain­si qu’elles com­mencent « bien » (ça dépend pour qui, tou­te­fois…), avant de s’affronter à la dure réa­li­té, qu’il fau­dra plier par la vio­lence et le men­songe. Il n’en a jamais été autre­ment, de la Révo­lu­tion fran­çaise à la bol­che­vique, en pas­sant par le cas­trisme, le maoïsme et jusqu’aux « prin­temps arabes ».

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Tri­ni­dad. Croi­se­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mouth, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Beach » tire la langue au pho­to­graphe… et à un demi-siècle de cas­trisme. [Ph. gp]

Res­tons-en au cas­trisme et une illus­tra­tion de son carac­tère mons­trueux, dont cer­tains se sou­viennent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­plice for­cé et vic­time d’un pro­cès stalinien.

Arnal­do Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Cla­ra avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zue­la, Éthio­pie et Ango­la – condam­né à mort et exé­cu­té en 1989 pour « tra­fic de drogues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régime. Démas­qué, Fidel lui avait impo­sé un mar­ché de dupes : prendre sur lui ce tra­fic de drogues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensuite. D’où la confes­sion auto­cri­tique de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cu­té, avec d’autres, un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régime fit de ce pro­cès lit­té­ra­le­ment sta­li­nien, tenu par des juges mili­taires, retrans­mis en direct à la télé­vi­sion, une opé­ra­tion de pro­pa­gande dont il a le secret. On peut en suivre les prin­ci­pales phases sur inter­net. C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours vou­lu mas­quer toute dis­si­dence et même tout désac­cord avec la ligne poli­tique. Le régime ne peut admettre que des « déviances » (« folie », « per­ver­sions sexuelles »)  ou des « fautes morales » per­son­nelles. À Cuba, la presse est unique, sous contrôle éta­tique total ; de même la magis­tra­ture ; et aus­si toute l’économie, en grande par­tie aux mains des mili­taires… Il n’y a plus que les Cubains abu­sés, ou rési­gnés à la ser­vi­tude volon­taire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en France, la dés­illu­sion a com­men­cé à poindre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le res­tant des com­mu­nistes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tristes pour allu­mer des cierges en hom­mage au Héros disparu.

Tan­dis que, de La Havane à San­tia­go, « on » s’échine à faire per­du­rer le mythe de la Revo­lu­cion éter­nelle – ¡ Has­ta siempre ! Patria o muerte ! Les der­niers acteurs de cette pièce dra­ma­tique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette han­tise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Gua­te­ma­la (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Bré­sil, Sud-Viet­nam (64), Répu­blique domi­ni­caine, Uru­guay (65), Chi­li (73), Argen­tine (76), Gre­nade (83), Nica­ra­gua (84), Pana­ma (89).… Sans oublier la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà sou­li­gné à quel point cette mesure ser­vit à mas­quer l’incurie du gou­ver­ne­ment des Cas­tro, en par­ti­cu­lier l’échec de la poli­tique agraire déci­dée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voyante ana­lyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il socia­liste ? (La réponse est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­no­lo­gie cas­triste et sa pro­pa­gande, l’embar­go a tou­jours été tra­duit par blo­queo. Or, il ne s’agit nul­le­ment d’un blo­cus au sens mari­time et aérien. Les échanges com­mer­ciaux avec Cuba ont été com­pli­qués mais non blo­qués. Même des com­pa­gnies éta­su­niennes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go amé­ri­cain assu­rait une navette com­mer­ciale par semaine, ain­si que je l’avais rele­vé sur place.
  3. Résu­mé par la for­mule de Gue­va­ra :« Allu­mer deux, trois, plu­sieurs Viêt­nam »
  4. Jour­na­liste sans visa pro­fes­sion­nel, tou­riste incer­tain débar­quant à La Havane par­mi les 400 tou­ristes fran­çais quo­ti­diens. J’avais été pho­to­gra­phié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gar­dée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces his­toires ter­ribles de répres­sion, ces témoi­gnages des Golen­dorf, Val­la­da­rès, Huber Matos et leurs années de geôles ; par­cou­ru les rap­ports de Repor­ters sans fron­tières, du CPJ (Centre de pro­tec­tion des jour­na­listes) et de l’IFEX (Échange inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression) sur la répres­sion des jour­na­listes et des mili­tants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrères de retour de repor­tage… Tout ce qu’il fal­lait pour les­ter de para­no mon équi­pe­ment de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus belle leçon de jour­na­lisme : pra­ti­quer stric­te­ment le scep­ti­cisme métho­dique. En 1986, Albin Michel publia Mémoires de pri­son, Témoi­gnage hal­lu­ci­nant sur les pri­sons de Cas­tro. Il s’agissait du récit de l’écrivain cubain Arman­do Val­la­da­rès, déte­nu durant 22 ans, tor­tu­ré, libé­ré après une vaste cam­pagne inter­na­tio­nale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­va­ra, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cu­reur suprême » de la pri­son de la for­te­resse de la Cabaña. Il est ain­si sur­nom­mé le car­ni­ce­ri­to (le petit bou­cher) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce poste il décide des arres­ta­tions et super­vise les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une jour­née et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­sonnes selon les sources. 
  7. D. de Rou­ge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPour­tant sacra­li­sé, immor­ta­li­sé, Fidel Cas­tro a fini par mou­rir. Quatre-vingt-dix ans. Tout de même, les dic­ta­tures conservent… Ses obsèques vont être gran­dioses, c’est bien le moins pour cou­ron­ner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil natio­nal ! Quatre jours à bala­der ses cendres, reliques d’une « révo­lu­tion » sanc­ti­fiée, spec­tacle poli­tique, ico­no­gra­phique, reli­gieux, média­tique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spec­tacle qui, en effet, a pro­duit, entre­te­nu, consa­cré le cas­trisme. Com­ment cela s’est-il opé­ré ? Com­ment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siècle ? Com­ment cela per­dure-t-il encore, mal­gré les désor­mais évi­dentes désillusions ?

Com­ment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » dési­gnait un homme qui avait pris le pou­voir sans auto­ri­té consti­tu­tion­nelle légi­time. Le mot était neutre, tout comme la chose, n’impliquant aucun juge­ment sur les qua­li­tés de per­sonne ou de gou­ver­nant. 1 Le paral­lèle avec Cuba et Cas­tro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constance du pro­ces­sus d’évolution du Pou­voir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pou­voir passe peu à peu d’une forme disons libé­rale à celle d’un pou­voir mili­taire incon­trô­lé. Et les tyrans le devinrent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phé­no­mène idéo­lo­gique, le cas­trisme peut s’analyser selon plu­sieurs angles :

le contexte géo­po­li­tique de la guerre froide pla­çant Cuba entre le mar­teau et l’enclume des impé­ria­lismes amé­ri­cain et soviétique ;

l’habileté machia­vé­lique de Fidel Cas­tro dans sa conquête et sa soif du pou­voir avec un sens extrême de la com­mu­ni­ca­tion, mêlant mys­tique et mystification ;

la com­pli­ci­té objec­tive des « élites » occi­den­tales sur­tout, mais aus­si tiers-mon­distes, fas­ci­nées par le cas­trisme comme « troi­sième voie » politique.

Ces trois piliers prin­ci­paux ont per­mis à Cas­tro d’asseoir une dic­ta­ture « aimable », sym­pa­thique, voire huma­niste – une « dic­ta­ture de gauche » a même osé Eduar­do Manet, dra­ma­turge fran­çais d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des pho­tos », sur­tout s’il s’agit d’images pieuses, celles du héros moderne, incar­na­tion du mythe biblique de David contre Goliath. Images ren­for­cées par les mul­tiples ten­ta­tives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arran­gées pour cer­taines) menées par la CIA, jusqu’au débar­que­ment raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fias­co mili­taire ajoute à la gloire du « com­man­dante », gon­flant la légende com­men­cée dans la Sier­ra Maes­tra avec la gué­rilla des bar­bu­dos, sym­pa­thiques débraillés fumant le cigare en com­pa­gnie de leur chef adu­lé, fort en gueule et belle-gueule, taillé pour les médias et qui sau­ra en user et abu­ser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L’icône au ser­vice de la mytho­lo­gie. Que la révo­lu­tion était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios clai­ron­ner la doxa consis­tant à blan­chir les excès « auto­ri­taires » en les met­tant sur le dos des méchants Amé­ri­cains et leur « embar­go », cause de tous les maux des mal­heu­reux et valeu­reux Cubains ! Ledit embar­go a certes cau­sé de forts obs­tacles dans les échanges com­mer­ciaux, et finan­ciers sur­tout, avec l’île ; mais il ne les a pas empê­chés ! Les États-Unis sont même le pre­mier pays pour les échanges com­mer­ciaux (hors pro­duits stra­té­giques, certes) avec Cuba. Cet embar­go – tou­jours qua­li­fié de blo­cus par le gou­ver­ne­ment cubain, ce qu’il n’est nul­le­ment ! – a sur­tout ser­vi à ren­for­cer, en la mas­quant, l’incurie du régime, char­geant ain­si le bouc émis­saire idéal. J’ai mon­tré tout cela lors d’un repor­tage publié en 2008 dans Poli­tis [L’espérance était verte, la vache l’a man­gée, décembre 2008 – dis­po­nible en fin d’article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, poli­to­logue spé­cia­liste de Cuba, et d’être trai­té d’ « agent de la CIA »…

Pas­sons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les bio­gra­phies sont tou­jours des plus éclai­rantes à cet égard. Rap­pe­lons juste que Cas­tro fut sou­te­nu par les Etats-Unis dès son oppo­si­tion à la dic­ta­ture de Batis­ta. Après la prise de pou­voir en 1959, son gou­ver­ne­ment est recon­nu par les États-Unis. Nom­mé Pre­mier ministre, Cas­tro est reçu à la Mai­son Blanche où il ren­contre Nixon, vice-pré­sident d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Cas­tro envi­sage de natio­na­li­ser indus­tries et banques, ain­si que les sec­teurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union sovié­tique – qui achète au prix fort la qua­si-tota­li­té du sucre cubain. C’est la casus bel­li : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime com­mu­niste » ins­tau­ré à 150 kilo­mètres de ses côtes.

J’ai aus­si fait appa­raître dans ce même repor­tage com­ment le refrain de « la san­té et de l’éducation gra­tuites », una­ni­me­ment repris dans les médias, relève avant tout de slo­gans publi­ci­taires. Sans même par­ler de la qua­li­té des soins et de l’enseignement, leur « gra­tui­té » se trouve lar­ge­ment payée par la sous-rému­né­ra­tion des sala­riés cubains : l’équivalent d’une quin­zaine d’euros men­suels en moyenne !

Si tou­te­fois ce régime a tenu sur ses trois piliers boi­teux, c’est au prix d’une coer­ci­tion du peuple cubain. À com­men­cer par le « récit natio­nal » – l’expression est à la mode – entre­pris dès la prise du pou­voir par Cas­tro, pro­pa­gé et ampli­fié par l’enseignement (gra­tuit !) sous forme de pro­pa­gande, et par les médias tous dépen­dants du régime. Coer­ci­tion dans les esprits et aus­si coer­ci­tion phy­sique par la sur­veillance et le contrôle étroits menés dans chaque quar­tier, auprès de chaque habi­tant, par les Comi­tés de défense de la révo­lu­tion. De sorte que la dis­si­dence appa­raisse comme unique forme pos­sible d’opposition – d’où l’emprisonnement poli­tique, l’exil clan­des­tin, la per­sé­cu­tion des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Cas­tro était aus­si et peut-être d’abord un séduc­teur des masses dou­blé d’un illu­sion­niste. Ses talents dans ce domaine étaient indé­niables et à prendre au pied de la lettre : ain­si quand, lors d’un de ses inter­mi­nables ser­mons, quand il fait se poser, comme par miracle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut fil­mée, pour entrer dans l’Histoire… mais la super­che­rie démon­tée quelques années plus tard.

Le cas­trisme, ai-je sou­li­gné dans mes repor­tages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pim­pante, res­tau­rées pour la cause, entre les­quelles se fau­filent les tou­ristes béats au long des cir­cuits des voya­gistes. Ces tou­ristes peuvent aus­si, bien sou­vent, être rejoints par nombre de jour­na­listes, écri­vains, poli­ti­ciens et divers intel­lec­tuels en mal de fas­ci­na­tion exotique.

La mort de Cas­tro n’implique pas for­cé­ment celle du cas­trisme. Mais que sur­vi­vra-t-il de cette dic­ta­ture illu­sion­niste après la mort de ses mani­pu­la­teurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait sur­gir la réa­li­té d’un demi-siècle de falsifications ?

 

>Mon repor­tage de 2008 dans Poli­tis :gponthieu241208politis ; et la Tri­bune qui s’ensuivit de Jeanne Habel : 1038_­po­li­tis-30-31-j-habel ; enfin, ma réponse : poli­tis_1041­re­ponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Fin­ley, Ed. Mas­pe­ro, 1971.


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Oba­ma et Raul Cas­tro ont donc annon­cé mer­cre­di le réta­blis­se­ment de rela­tions diplo­ma­tiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauf­fe­ment vaut mieux que les annonces d’attentats hor­ribles et autres mas­sacres. Mais dou­ce­ment les clai­rons ! Les inten­tions des gou­ver­nants sous tendent des manœuvres peu por­tées au désintéressement.

Obama tente de redo­rer un bla­son pour le moins ter­ni. De sa pré­si­dence, l’Histoire retien­dra la mise en place d’une cou­ver­ture san­té pour 32 mil­lions d’Américains dému­nis. Pour le reste, rien de mar­quant, sinon de grandes décep­tions. Sur­tout sur le plan social et racial, ain­si que l’ont rap­pe­lé les émeutes de Fer­gu­son. Oba­ma va donc pêcher en eaux étran­gères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Flo­ride. C’est moins ris­qué que l’Afghanistan. Bien que Guan­ta­na­mo le ramène au pire de ses renon­ce­ments. Mais ces « fian­çailles » à la cubaine, célé­brées en grande pompe par la média­sphère, lais­se­ront bien quelques traces.

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Cime­tière et musée des « belles amé­ri­caines ». Ici, à Tri­ni­dad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au pho­to­graphe. Sur son T-shirt : « Mia­mi Beach ». [© gp-2008]

Raul Cas­tro lui aus­si espère bien tirer quelques béné­fices de cette pac­ti­sa­tion avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fan­tasment tou­jours sur l’Amérique voi­sine, en pro­por­tion inverse de leur dés­illu­sion cas­triste. Entrou­vrir une porte sur des espé­rances ne coûte pas grand chose et peut même rap­por­ter quelques dol­lars. D’autant que le fameux « blo­queo » en vigueur depuis 1962, plus jus­te­ment qua­li­fié d’embargo, ne risque pas d’être offi­ciel­le­ment levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les répu­bli­cains. Or ce « blo­cus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le com­merce, y com­pris avec les États-Unis ! On peut se réfé­rer à ce pro­pos à mon repor­tage dans Poli­tis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise sur­tout les tran­sac­tions finan­cières inter­na­tio­nales de Cuba*, sert d’abord les diri­geants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de mas­quer leur échec poli­tique en le reje­tant sur le méchant voi­sin yanqui.

Le réta­blis­se­ment des rela­tions diplo­ma­tiques cuba­no-état­su­niennes pour­ra favo­ri­ser cette libé­ra­li­sa­tion éco­no­mique « à la viet­na­mienne » que Raul Cas­tro met en place depuis sa pré­si­dence. Pour les Cubains, pour leur vie quo­ti­dienne, cela ne chan­ge­ra sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoa­ni San­chez l’une des prin­ci­pales oppo­santes connues au régime cas­triste. Dans son blog Gene­ra­cion Y, elle rap­pelle les grandes étapes encore à venir pour « déman­te­ler le totalitarisme » :

« La libé­ra­tion de tous les pri­son­niers poli­tiques et pri­son­niers de conscience; la fin de la répres­sion poli­tique; la rati­fi­ca­tion des pactes civils, poli­tiques, éco­no­miques, sociaux et cultu­rels, la recon­nais­sance de la socié­té civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En atten­dant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gar­dez les dra­peaux, vous ne pou­vez pas encore débou­cher les bou­teilles et le mieux est de main­te­nir la pres­sion pour arri­ver enfin au jour J. »

–––

* Les banques fran­çaises Socié­té géné­rale, BNP Pari­bas et Cré­dit agri­cole ont fait l’objet d’une enquête pour blan­chi­ment d’argent et vio­la­tions de sanc­tions amé­ri­caines contre cer­tains pays – dont Cuba (ain­si que l’Iran et le Soudan).


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

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Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur « Generacion Y  »

 

« Mon quar­tier connaît une petite secousse, un chan­ge­ment qui se pré­sente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râtre qui dans quelques jours aura dur­ci sous les pneus des voi­tures. Nous sommes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Toute la Place de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­parent au grand défi­lé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­sance mili­taire qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­haitent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semaines le par­king du stade Lati­no-amé­ri­cain est le siège de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jambes ten­dues à qua­rante cinq degrés, qui rap­pellent des marion­nettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-haut dans l’immensité du pouvoir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade mili­taire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défi­lé de ces êtres syn­chrones et auto­ma­tiques qui passent le visage tour­né vers le lea­der dans la tri­bune. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensuite que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cendent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de réparer.

« Le pas des pelo­tons ten­te­ra de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mili­taires pour le défendre mais aus­si des troupes anti-émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fèrent croire que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­nale qui res­semble en réa­li­té à celle de Robin­son aban­don­né sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cences envers les uni­formes, de mon aller­gie au défi­lé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphalte posé récem­ment que les chaînes des tanks vont endommager. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­naire du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­tive d’invasion mili­taire de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révoltes-révo­lu­tions arabes en cours ont pro­vo­qué un tel retour­ne­ment his­to­rique (révo­lu­tions donc) qu’elles ont rin­gar­di­sé – j’allais dire démo­né­ti­sé – les plus emblé­ma­tiques. Je pense à la chi­noise, certes, et plus encore à Cuba dans la mesure où celle-ci conti­nue à don­ner le change auprès de quelques illu­sion­nés d’arrière-garde. J’y pense aus­si parce que j’ai gar­dé là-bas quelques attaches épi­so­diques (inter­net étant des plus res­treints et sur­veillés dans l’île des Cas­tro), après un repor­tage qui, en 2008, me valut quelques accu­sa­tions d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-cas­tristes*.

 

Peut-être le début d’un com­men­ce­ment : des antennes illi­cites se sont mul­ti­pliées, comme ici à La Havane. 

A quand la révo­lu­tion à Cuba ? est évi­dem­ment une ques­tion ico­no­claste, et cepen­dant des plus per­ti­nentes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en par­ti­cu­lier pour qui consi­dère, avec un mini­mum de réa­lisme, à quel point ce demi-siècle d’agitation tro­pi­ca­lo-cas­triste fut une sinistre mas­ca­rade qui aura plom­bé cette île et son peuple magnifiques.

 

Jour­na­liste spé­cia­liste de Cuba au Monde, Pau­lo A. Para­na­gua se l’est aus­si posée, cette ques­tion qui dérange. Et il s’est donc ren­du sur place pour ten­ter de trou­ver des réponses [Le Monde, 6/3/11].

 

Son article s’intitule : « A Cuba, les dis­si­dents ne s’attendent pas à une conta­gion révo­lu­tion­naire » C’est une syn­thèse de quelques entre­tiens avec des oppo­sants connus, à com­men­cer par Yoa­ni San­chez, célèbre par son blog Gene­ra­cion Y – dont j’ai sou­vent par­lé ici [cli­quer ici pour le visi­ter ; il est tra­duit en plu­sieurs langues, dont le fran­çais – et qui illustre au quo­ti­dien la dure réa­li­té de la vie des Cubains confron­tés à une lutte per­ma­nente pour la sur­vie, la digni­té, la liberté.

 

Pour cette femme de 35 ans, assi­gnée dans l’île comme la qua­si tota­li­té des Cubains, ain­si qu’elle le raconte au repor­ter du Monde, « Nous avons tous fait des rap­pro­che­ments, [mais] la situa­tion n’est pas mûre ici pour une place Tah­rir »,

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Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­naires qui secouent le monde arabe nous ques­tionnent à bien des égards. On ne manque pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie semble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opi­nions », et autres fleu­rissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plai­sir n’est pas mince pour qui­conque se pré­oc­cupe du bien-être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inutile de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tuni­siens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té contre la tyran­nie avec une telle éner­gie ? Mais voi­là que, déjà, l’âpreté du monde glo­ba­li­sé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sentent des don­nées socio­po­li­tiques plus com­pa­rables. Mais res­tons-en à la pre­mière hypo­thèse qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoa­ni San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes pré­cé­dents articles, via la case de recherche ci-contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette pho­to de la fameuse place Tah­rir enva­hie par une marée humaine :

…voi­ci ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tah­rir, une phos­pho­res­cence rou­geoyante entre­cou­pée par les flashs des appa­reils pho­to et la lueur des écrans de télé­phones por­tables. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­sen­ti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­nière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient sou­dain libé­rées d’un énorme far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé pira­té d’un poli­cier cyber­né­tique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de craindre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour secouer les contrôles éta­tiques, par­ti­sans et idéo­lo­giques. En lisant les paroles du jeune Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­mettre ou non de nous connec­ter à la toile. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­pole de l’information, à régu­ler ce qui nous arrive et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­te­nant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cybers­pace nous rap­proche de Tah­rir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démissionne. »

[Tra­duit par Jean-Claude Marou­by – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sage de Yao­ni San­chez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre pho­to, celle d’un de ces ras­sem­ble­ments monstres orga­ni­sés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gères illu­sions de l’Histoire.

Cin­quante ans après sa révo­lu­tion, le peuple cubain ne s’est tou­jours pas libé­ré. Le sujet reste ouvert, appe­lant à des ana­lyses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décembre, à la remise du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­ture cas­triste de quit­ter l’île. Comme lors de la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chaise vide.

Chaise vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment européen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sades anti­com­mu­nistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approuve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prouve la manière dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tures fas­cistes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­siste. »

Et le « camp pro­gres­siste », selon Mélen­chon n’est autre que cet aimable club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chine et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tude symp­to­ma­tique chez les trots­kistes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gauche fut membre actif de l’Organisation com­mu­niste internationaliste).

À pro­pos des rela­tions entre la France et la Chine, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une culture com­mune bien plus éten­due et pro­fonde qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, comme nous, accordent depuis des siècles une place cen­trale à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­nales, ils ne pra­tiquent pas l’impérialisme aveugle des Amé­ri­cains. La Chine est une puis­sance paci­fique. Il n’existe aucune base mili­taire chi­noise dans le monde. (...) La Chine n’est pas inté­res­sée au rap­port de forces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démocratie ?

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Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Dimanche. Je me disais que le Pré­sident avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, comme ça conne­ment. Comme un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrouve pen­du un matin, cri­blé de dettes. À 26% de « popu­la­ri­té » selon les son­dages, il bat un record. Je me disais ça et je tombe sur la page « lec­teurs » du Monde [26/9/10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­sident contes­té ». C’est une volée de bois vert comme je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quelques pré­si­dents et m’être aus­si usé les mirettes sur bien des gazettes.

Sans par­ler des blagues en tous genres qui par­courent la toile [mer­ci Claude G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échap­pé par absence tech­nique, il est vrai – et consti­tuent un sévère indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­nage et la fonc­tion atte­nante. Seul Ber­lus­co­ni peut s’aligner – et encore par­vient-il à faire illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un mérite, un vrai. D’avoir été celui par qui la droite fran­çaise aura recon­quis son titre de gloire : la plus bête du monde.

Dimanche ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt poin­té au ciel – écou­tez-moi bien ! – grave, sen­ten­cieux, mena­çant presque, il donne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagnole, leur décla­rant en sub­stance : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu parles, Charles, cause tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­ture fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chère ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noise du gain réalisé.

Dimanche, j’en suis sûr. « Marius et Jean­nette » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­piste. Vu et revu, je tente un autre mélo, au ciné cette fois. Je dis « mélo » exprès parce que je lis ça dans la cri­tique de Télé­ra­ma. Eux, ils dézinguent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exemple, Crime d’amour). Au mieux dans le pire, ils donnent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obli­gé ni de les lire ni d’en tenir compte. On est en répu­blique – enfin, je m’avance, voir ci-des­sus. De toutes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­tiques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amore, que le ‘tit bon­homme du Télé­ra­ma estime « pas mal » (double néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cause de la musique (mélo-die) par­fois lour­dingue dans la redon­dance, tout comme l’est la scène d’amour – cen­trale, d’où le titre – à la fois sublime et un peu ratée dans le paral­lèle appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « nature », fleu­rettes et petites bébêtes. Il s’en serait fal­lu de peu, juste un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chan­te­relle, ce Luca Gua­da­gni­no qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son style, c’est quelque chose ! Rythme, mon­tage, pho­to, éclai­rage… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumière est superbe, alliage du noir des contre-jours (les visages mas­qués) et du plein pot solaire des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une forme ne sau­rait suf­fire. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – toute vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-drame, à doses variable de mélo­die et de drame ? –, ver­sion grande bour­geoi­sie mila­naise, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­tile qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­li­sé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le couple Pin­çon (« Le Pré­sident des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­nette à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bova­ry) compte dans le tableau en tant que pièce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nesse : confor­miste, roman­tique, rebelle (la fille, les­bienne). Sur­vient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le drame comme sanc­tion de la faute – la papau­té veille au grain – et une apo­théose en mater dolo­ro­sa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Fraise et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se demande com­ment il a échap­pé à la cen­sure (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­dence en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­ture. Dans le machisme domi­nant, l’homo cumule les tares du contre-révo­lu­tion­naire. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusa­no – ce traître de ver rampant.

L’histoire tourne autour de trois per­son­nages cen­traux qui suf­fisent à décrire le quo­ti­dien de la vie à La Havane, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­sure obli­ge­rait). Je tiens Fraise et cho­co­lat pour un film sexo-poli­tique, d’autant qu’il traite, en fait, de la fra­ter­ni­té. C’est un hymne à la fra­ter­ni­té avec une scène finale pour le moins émo­tion­nelle. En quoi il est révo­lu­tion­naire dans un régime qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­merce – le mot et sur­tout pas la chose –, ce dont il devra bien rendre compte devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout comme l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents comme Rei­nal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Havane), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Para­di­so) à qui Fraise et cho­co­lat rend un hom­mage direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­mage, ce mar­di voit tom­ber la condam­na­tion du tra­der-vedette Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui réclame sans rire  presque 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y prendre sans se faire prendre à nou­veau pour payer sa dette à la socié­té, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la martingale.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­nale, notam­ment euro­péenne, ajou­tée à la déplo­rable situa­tion éco­no­mique de l’île,  semble conduire la dic­ta­ture cas­triste à lâcher du lest. Le régime cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­tiques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénombre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Havane, à la fois sur le plan diplo­ma­tique et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libération.

* L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jaime Orte­ga et le pré­sident Raul Cas­tro, en pré­sence du ministre espa­gnol des affaires étran­gères, Miguel Angel Moratinos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tures – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tiales de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grève de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­logue et jour­na­liste de 48 ans, entâ­mait à son tour une grève de la faim. Il se trouve en grand dan­ger vital et cette libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le texte de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tures obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remise des signa­tures du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tures d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la demande de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pagne. Soyez bref! Par exemple, écri­vez-leur : « Je vous invite à signer cette Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Déclaration.
Les remises de signa­tures auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux sièges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De grandes mani­fes­ta­tions et de petites céré­mo­nies de remise sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sade, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contactez-nous.
Mer­ci de faire par­tie de cette campagne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cubanos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próximos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que necesitamos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy breve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tante. » No olvides incluir el enlace (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes sociales a fir­mar la Declaración.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Frente a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contáctanos.

Gra­cias por ser parte de esta campaña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cubano


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moindre ambi­guï­té la dic­ta­ture cas­triste, clame un jour­na­liste chi­lien de gauche. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sistes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à faire. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (centre gauche). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jusque là sans réserve dont béné­fi­ciait le régime cubain dans la gauche « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­tage publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les foudres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lystes inspirés ».

QUÉ PASA (extraits)
Santiago-du-Chili

La gauche lati­no-amé­ri­caine a com­mis une faute qu’elle met­tra long­temps à expier: celle d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­ture cubaine bien plus long­temps qu’il n’était accep­table. Rares en effet ont été les figures poli­tiques, les artistes et les intel­lec­tuels pro­gres­sistes qui, assis­tant de près à l’évolution du régime cas­triste, ont pris la peine de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­cile. Les socia­listes chi­liens eux-mêmes osent le faire, même s’ils uti­lisent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­plices ont fait en sorte de noyer le pois­son et de diluer en phrases inter­mi­nables une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dictature ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maître dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mille mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nantes et les convaincre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sable et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tristes se sont sen­tis accueillis, les faibles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­dire est bien­tôt deve­nu pour bon nombre de révo­lu­tion­naires un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un manque de liber­té inac­cep­table. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nelles, c’est cer­tain. C’est sans doute l’homme poli­tique vivant le plus expé­ri­men­té au monde. Je doute que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puissent le nier. Il a pla­cé sa petite île au centre de la carte du monde et, mieux encore, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pauvre face à la puis­sance bru­tale d’un empire. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guerre froide. Les Cubains peuvent
haïr Fidel, mais aucun ne le méprise. Eux, ces Argen­tins des Caraïbes, se sentent au fond sou­mis par un homme gran­diose. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peuple si fier l’ait sup­por­té un demi-siècle sans plus se révolter?
Le seul pro­blème est qu’avec le temps les hommes gran­dioses vieillissent net­te­ment moins bien que les hommes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heures. Même la droite chi­lienne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scène, l’auditoire fré­mit. Ils le craignent tant qu’ils osent à peine pro­non­cer son nom. S’ils veulent le cri­ti­quer, les Cubains uti­lisent de nou­velles formes gram­ma­ti­cales ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régime], n’ayant pas de rubrique de faits divers, on pour­rait croire que La Havane ne connaît ni crimes ni délits. Le jour­na­lisme n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plaignent de la concen­tra­tion des médias dans quelques mains par­donnent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une farce, la police secrète est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne rentre pas dans cette catégorie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­crites que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admettre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­chables, qu’elles n’ont fait fusiller per­sonne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devises et d’autres - misé­rables - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­lières », accom­pa­gna­trices de tou­ristes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­tiques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­dide des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mène les yeux ouverts, constate qu’il n’en est rien. La san­té publique et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guère qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il existe un tou­risme idéo­lo­gique : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cherche le reflet des illu­sions perdues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Plane désor­mais l’idée que tous ces men­songes ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frère, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­viste de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grève de la faim], ten­tant en vain de convaincre le monde que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cule que cela puisse paraître, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­prises ren­tables. La cor­rup­tion sévit à grande échelle. Et cer­tains parient déjà que cette fic­tion qui a rui­né tant de vies touche à sa fin. Comme pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face sombre de ce conte de fées. Si la gauche entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­mence par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de celte dynas­tie cari­béenne, le mot « dic­ta­ture ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comptent en la matière.
Patri­cio Fernandez
direc­teur de la revue sati­rique « The Clinic »

Nous devons cet article et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régime cubain se dur­cit encore davan­tage sous le double effet de la crise et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grève de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­logue et jour­na­liste de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Havane. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et celles de plu­sieurs dizaines d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régime cas­triste. Un affron­te­ment qui fait craindre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­sance hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­liste espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lène El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la traduction.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­logue et jour­na­liste dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grèves de la faim der­rière lui. Depuis qu’il a ren­du sa carte de l’Union des Jeunes Com­mu­nistes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré comme un dur. Sa der­nière grève de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs reprises pour lui sau­ver la vie. Il en garde de nom­breuses séquelles et sa famille, cette fois redoute un rapide dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­taine d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tième jour sans nour­ri­ture ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment faible, bien que conscient, et il peut encore mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­tyre » et prendre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps comme un ins­tru­ment de plus pour « faire par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa femme, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cette pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pectent sa déci­sion. Deux méde­cins lui rendent visite chaque jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui suivent en per­ma­nence son évolution.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cette grève ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­tique fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruelles ni inhu­maines, qu’elles libèrent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­tiques qui sont malades et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­sième objec­tif est, si je meure, que le monde s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment laisse mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas isolé. 

Mais quelle est votre demande concrète ?

– Que le gou­ver­ne­ment libère ces 26 pri­son­niers poli­tiques qui sont malades, et que, jusqu’aux propres ser­vices médi­caux du minis­tère on consi­dère qu’ils doivent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en prison.

Et s’ils ne les relâchent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­nières conséquences...

Vous vou­lez mourir ?

– (Silence)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le monde s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des martyres. 

Vous vou­lez deve­nir un mar­tyre consciemment ?

– Même les psy­cho­logues du minis­tère de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une grande voca­tion de mar­tyre... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lutte pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le prendra. 

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­miste. Je pense que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trouve dans une passe dif­fi­cile, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grève de la faim, ce qui serait un pro­blème au niveau de toute la société. 

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­naire. Vous-même avez été mili­taire et avez étu­dié en Union sovié­tique. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dissidence ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizaines de mil­liers de per­sonnes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du compte des nom­breuses per­ver­sions de ce régime auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meure. 

Qu’est ce qu’il va se pas­ser maintenant ?

– Moi je me sens déjà très faible. J’ai mal à la tête et je com­mence à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­sance. Alors ma famille déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie parentérale].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me mettent dans une chambre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visite de mes frères de lutte, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­cale. S’ils me mettent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visite de mes cama­rades, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la salle de soin inten­sif, pen­dant les horaires régle­men­taires des visites, je per­met­trai cette ali­men­ta­tion paren­té­rale, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le voudra.

Que croyez-vous que pensent de tout ça votre femme, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cette grève de la faim, ma mère est res­tée seize heures sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y opposent tou­jours, elles res­pectent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famille doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si celle de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­tiques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Marine Ponthieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guerre d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de drogue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une toute autre ver­sion. Par exemple, que les frères Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schistes, avec d’autres mili­taires en oppo­si­tion au régime ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de drogue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sauve contre la recon­nais­sance du tra­fic de drogue mené à son propre compte. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Havane avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensuite le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­velles de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus grave que l’interdiction totale d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de travail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y  », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inhabituel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Havane. Il menait une grève de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Membre d’une orga­ni­sa­tion de défense civique illé­gale, le Direc­toire démo­cra­tique cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désordre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­tique « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affirme la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­nale, une orga­ni­sa­tion illé­gale mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­sident, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semaine der­nière seule­ment de Camagüey, dans le centre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Havane.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubaines d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­time, selon lui, de coups et de vio­lences racistes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Chepe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, estime que cette affaire pour­rait se repro­duire en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubaines, où aucune orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale n’est admise. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui estime à 65 le nombre des « pri­son­niers de conscience » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nombre de pri­son­niers poli­tiques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Havane, sans faire de com­men­taires, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexique des 32 pays de la région. De son côté, le pré­sident cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubaines accusent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­naires » à la solde des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubaines se trouvent à bout de souffle. La crise s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paiement.

[Sources AFP, Le Monde, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­na­liste de la petite agence Hol­guín Press, a été arrê­té dans la mati­née du 29 jan­vier par la Police natio­nale révo­lu­tion­naire (PNR), et emme­né dans une caserne sous les incul­pa­tions d” »outrage », « déso­béis­sance » et « acti­vi­té éco­no­mique illi­cite ». Remis en liber­té le len­de­main, il observe une grève de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui valoir la pri­son ferme.

Har­cè­le­ments de blo­gueurs, déten­tions arbi­traires et mau­vais trai­te­ments de pri­son­niers d’opinion res­tent carac­té­ris­tiques d’un régime qui ne tolère aucune infor­ma­tion en dehors de son contrôle et dont les timides évo­lu­tions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur parole, les auto­ri­tés de La Havane n’ont jamais rati­fié les deux Pactes de l’Onu rela­tifs aux droits civils et poli­tiques – signés au moment de la prise de fonc­tions offi­cielles de Raúl Cas­tro –, les­quels incluent la liber­té d’expression. La nor­ma­li­sa­tion des rela­tions avec Cuba prô­née notam­ment par la pré­si­dence espa­gnole de l’Union euro­péenne ne sau­rait faire l’impasse sur les liber­tés fondamentales.

Aucun geste huma­ni­taire n’a été consen­ti en faveur des jour­na­listes arrê­tés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003, dont Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, condam­né à vingt ans de pri­son. Souf­frant de pro­blèmes de san­té, en par­ti­cu­lier pul­mo­naires, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières et fon­da­teur de la revue « De Cuba » s’est vu admi­nis­trer avec retard, le 26 jan­vier, un trai­te­ment qu’il atten­dait depuis des mois. Mal­gré son état, il reste main­te­nu en cel­lule au péni­ten­cier du Com­bi­na­do del Este (La Havane).

Autre pri­son­nier du « Prin­temps noir », éga­le­ment condam­né à vingt ans de pri­son, Juan Car­los Her­re­ra Acos­ta, de l’Agence de presse libre orien­tale (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais trai­te­ments et pri­va­tions ali­men­taires dont il a fait l’objet avec d’autres codé­te­nus (voir la vidéo ). Incar­cé­ré depuis six mois, le doc­teur et col­la­bo­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sage à tabac en cel­lule alors qu’il était menotté.

La répres­sion vise de près les blo­gueurs et uti­li­sa­teurs d’Internet. Deux étu­diants ont été ren­voyés au mois de jan­vier pour un tra­vail d’information « non auto­ri­sé ». Darío Ale­jan­dro Pau­li­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Havane pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, conte­nant le compte ren­du d’une réunion de l’Union des jeunes com­mu­nistes (UJC). Fille du pri­son­nier poli­tique Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a connu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses acti­vi­tés de jour­na­liste indépendante.

Le 6 novembre 2009, la Sécu­ri­té de l’État (police poli­tique) a bru­ta­li­sé les blo­gueurs Yoa­ni Sán­chez, créa­trice de la plate-forme Gene­ra­ción Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une mani­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troi­sième, Luis Felipe Rojas, a été arrê­té à deux reprises en décembre et assi­gné à résidence.

[D’après Échange inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toron­to) et Repor­ters sans fron­tières (RSF, Paris)] 

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    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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