On n'est pas des moutons

mon OEil

Petit jeu… de con

Soit cette innocente image…

Soit un délicat petit clic de souris…

Renversant, non ?


Marseille. Cette belle catin tape-à-l’œil

C’était en décembre dernier. Un salon chic –  celui dit des « VIP » –, dans cet admirable Mucem, fierté marseillaise. Vue sur le large et sur la rade. Une image de carte postale. On y causait fort doctement sur le thème « Villes et monde », autour de Marc Augé, anthropologue du monde contemporain, moins connu que Françoise Héritier, son ex-épouse, décédée depuis. Comme disait le « pitch » : « … un temps de réflexion et d’échange sur la mutation du monde et des villes, ainsi que sur le rôle de l’art et des artistes dans l’écriture du récit urbain contemporain »…

Et puisque nous étions à Marseille, après diverses interventions plutôt intéressantes, vint le tour de François Leclercq, architecte et urbaniste, aménageur parisien impliqué dans l’extension d’Euroméditerranée – encore appelée Euromed –, cette vaste zone d’aménagement de Marseille en façade maritime.

Façade, c’est bien le mot, et celui qu’a tout à fait illustré l’aménageur quand il a décrit sa vision de la « cité phocéenne », non sans lyrisme et force clichés. Il a ainsi baladé son public au long un itinéraire idéal partant de la gare Saint-Charles pour sillonner la ville selon le circuit des tour-operators – trouée de la rue de Rome vers le Prado, la Corniche, le Vieux Port, les Esplanades, etc. Bref, plus ou moins le circuit des petits trains touristiques, les « traîne-couillons » selon l’appellation locale, fort juste et pas méchante. Ce que je fis remarquer à notre urbaniste, qui le prit de travers.

Mais quoi ? Que sait-il donc – qu’il ne l’ait du moins exprimé – de l’autre Marseille, de derrière les façades qu’affectionnent tant les Gaudin et consorts ? 1 Plutôt parler des autres Marseille, tant cette ville présente de visages, du plus beau au plus hideux – comme tant d’autres villes de ce monde, direz-vous. Oui, mais celle-ci – « plus vieille ville de France », 2600 ans au compteur archéologique calé sur la colonisation grecque des Phocéens –, celle-ci cultive sa mythologie, réelle comme les mythes…, et en réalité, vit au-dessus de son image. Marseille souffre de ses stéréotypes, ces clichés qui expriment une part de vérité pour en cacher l’essentiel.

En ce sens, notre architecte qui se veut urbaniste porte un regard tronqué sur une ville dont il semble ignorer la réalité des quartiers, qu’il n’a d’ailleurs même pas évoqués dans son descriptif quasi romantique. S’il considère, par ses actes professionnels, certains quartiers marseillais c’est parce qu’ils sont inclus dans ses projets d’aménageurs, promis aux pioches des démolisseurs – déjà fortement à l’œuvre.

Le regard ainsi porté au loin ignore les strates sociales, économiques, culturelles, ethniques qui, par deçà les façades pimpantes de la consommation touristique et bourgeoise, illustrent dramatiquement cette « fabrique du monstre » décrite en l’occurrence par un journaliste de terrain 2. Comment urbaniser une ville, ou seulement un quartier, si l’on n’en pas une approche sociologique ? Ou, à défaut d’être sociologue soi-même, savoir se faire accompagner dans ce sens… Ou encore s’intéresser de près au territoire qui vous est confié : le labourer du regard, du contact, du désir de comprendre, afin d’agir en conséquence.

L’idéal marseillais de Gaudin, avant de passer la main, aura été de faire de « sa » ville une belle catin tape-à-l’œil, qui en jette en direction desdits « traine-couillons ». Lesquels ne sont pas prêts de changer leurs circuits touristiques. Pas de danger qu’ils traînent leurs passagers ébahis du côté des Crottes, de la Cabucelle, de Saint-Antoine – entre autres « quartiers Nord » tout aussi historiques… Pas de risques qu’ils tombent sur ce « paysage » filmé ce 4 janvier 2018, Parc des Aygalades, à l’angle du boulevard du Capitaine Gèze, XIVe arrondissement. Un vélo-travelling d’une minute sur cent mètres de trottoir (hors grève des éboueurs !). Un film dédié à son acteur principal, Jean-Claude Gaudin…

Notes:

  1. Dire que Gaudin, maire de Marseille, fut ministre de la Ville dans le gouvernement Juppé II !
  2. Déjà évoqué ici : La Fabrique du monstre, de Philippe Pujol. Éd. Les Arènes.

«Les Actualités» de 1946. «C’était Noël quand même…»

En ces temps-là, l’actualité passait par les écrans de cinéma. Avec l’impayable ton pleurnichard du spiqueur et son prêche à deux balles, «Les Actualités» imposait en dix minutes une vision du monde pour le moins étriquée. Au menu, pour ce 25 décembre 1946 : Saut à ski au tremplin de Seegrube dans le Tyrol autrichien, catch salle Wagram, mort de Paul Langevin, innovation : le caisson chirurgical, étude des rayons cosmiques, retour des bagnards de Cayenne à l’île de Ré, fouilles à Carthage, vestiges de la civilisation aztèque au Mexique, images de Noël 1946, Boxe : match Cerdan contre Charron… (privé d’images). On ne craignait pas le mélange des genres dans une hiérarchie des sujets plus que relative. C’était il y a soixante-dix ans. Pas de quoi être nostalgique. [© Document Ina]


Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gouvernement ne recule devant aucun sacrifice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Journal officiel autorise la publicité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, emportant sur son passage les restes d’éthique auquel on croyait encore pouvoir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du service public te mettaient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débilités limitées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Matmut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence commune et la vulgarité marchande ! Les enzymes gloutons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bonheur nous revient en splendeur, avec ses trouvailles enchanteresses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gouvernement qui, lui aussi, nous prend pour des cons, un ministre à la hauteur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au complet, avec sa rolex et sa connerie.

Nous restera à fermer le poste. On mourra moins con (« oui mais, on mourra quand même ! »).

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Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révolus, révolus comme la Révolution et comme la peine de mort… C’était sans compter sur l’exception marseillaise. Non pas celle des autres exécutions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opéra municipal, à coup de bastos. Non, une vraie de vraie, par pendaison. Plus économique que la guillotine, tellement moins sanguinolente. Un gibet, une corde, un bourreau, une condamnée à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une classe de petits écoliers – c’était mercredi. Il faut bien édifier les masses face au Crime éternel, que le châtiment, pourtant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fascination dans le regard du peuple ainsi assemblé. Oui, des lueurs de défi, une certaine jouissance dans les prunelles avides. Il faut dire que la criminelle irradiait littéralement, sous sa longue robe écarlate et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appelant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui reprochait-on à cette Charlotte Corday marseillaise ?

À entendre son cri, on comprend que c’est la Femme, fatale pécheresse, qui devait ici expier son crime d’exister. Dans la suite ininterrompue des mutilations historiques infligées à toutes les femmes de la planète en perdition : battues, exploitées, méprisées, répudiées, trompées, humiliées, excisées, lapidées, ignorées ou même adulées – exécutées. La suppliciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue… ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fictives. Tant de sauvagerie partout ! Jusque «dans l’ombre de la démocratie», ainsi que le souligne l’auteur du spectacle.

La dramaturgie a joué à plein, dans le dénuement du lieu et de la situation. La comédienne, poignante, bouleversante au bout de sa corde. Son bourreau intraitable. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte troublante d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mistral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque premier mercredi du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le parvis de l’opéra marseillais pour une scène de rue jamais anodine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de rendez-vous.

Pendue

© gp

Pendue, de la compagnie Kumulus, une adaptation du spectacle Les Pendus, de Barthélemy Bompard, écrit par Nadège Prugnard„ interprété par Céline Damiron et Barthélemy Bompard,
accompagnés par Thérèse Bosc au saxophone. Technique : Djamel Djerboua, son : Nicolas Gendreau.


« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 janvier bien sûr mémorable. Quelques images ci-dessous (cliquer dessus pour les agrandir) comme matière à questions, pour ne pas tomber dans l’angélisme lié aux grandes communions et à leurs lendemains désenchantés – on se souvient des « Blacks-Blancs-Beurs » portés par l’utopie footballeuse de la Coupe du monde (1998), retombée comme un soufflé. Seize ans après, l’intégration des immigrés demeure plus que problématique : ghettos des BANLIEUES, installation du Front national, islamisme, antisémitisme, désarroi des enseignants, impuissance des politiques. Le tout sur fond de mondialisation libérale dévastatrice avec ses terrifiants corollaires : chômage galopant, guerres de religion et guerres tout court, l’économie aux mains des financiers, abîmes entre riches toujours plus riches et pauvres toujours plus pauvres, pillage éhonté des ressources naturelles, déséquilibres écologiques et affolement du climat planétaire, menaces grandissantes sur les espèces végétales et animales – jusqu’à l’espèce humaine. Seul, ou presque, l’obscurantisme se porte bien. Le pessimisme aussi, quand « les bras nous en tombent ». Ce ne fut pas le cas ce dimanche 11 janvier, pendant ces quelques heures où, pour quelques millions d’humains, « le ciel était tombé sur terre ». Sur terre où il s’agit bien de redescendre et d’y allumer les Lumières.


« Je suis Charlie ». Sophia Aram se demande…


L’hommage de Sophia Aram à Charlie Hebdo sur France Inter

«Et Dieu dans tout ça ?», s’interroge Sophia Aram, toute dubitative après la perte de ses copains de Charlie. Notons, à propos de la célèbre interpellation,  que si  son auteur, Jacques Chancel, a été épargné par les fous d’Allah c’est parce qu’il a préféré mourir avant leurs accès de charité islamiste. Encore que, ne faisant pas partie de cette bande de mécréants désormais décimée, il aurait sans doute été épargné. Pourquoi Allah n’aurait-il pas eu des bontés envers un croisé comme lui, si médiatique et chrétien, ami des grands de ce monde, de Nicolas Sarkozy et de Carla ?


« Je suis Charlie ». Non, Dieu n’est pas grand *

Des milliers de citoyens ont manifesté hier leur solidarité avec les douze victimes de l’affreux carnage de ce 7 janvier à Charlie Hebdo, jour noir pour la France, la démocratie, la liberté d’expression, l’humanité digne de ce nom. Que ces meurtres affreux aient été perpétrés au nom d’Allah mérite pour le moins de s’interroger sur la grandeur de ce dieu et de ses «serviteurs». D’où ces quelques remarques et réflexions pour tenter d’éclairer nos lanternes vacillantes…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Inutile de prendre des gants : cet attentat est signé. Il l’est d’abord par sa cible : un journal libre et libertaire, iconoclaste jusqu’à la provocation, irréligieux sinon anti-religieux. Un journal qui s’en prenait tout spécialement aux intégristes musulmans et avait transgressé (du point de vue de l’islam) l’interdit de la représentation imagée de Mahomet. Signé, cet attentat l’est aussi clairement par les proférations verbales de ses auteurs rapportées par des témoins proches, confirmées par les déclarations du procureur de la République.

Le caractère religieux de ces actes est donc indéniable, quelles que soient les dénégations des représentants officiels des trois monothéismes et de leurs variantes. Ceux-ci s’emploient dans le même empressement et la même unanimité à se désolidariser des auteurs de l’odieux attentat qu’ils n’hésitent pas à qualifier de « barbares ». Dont acte. Comment pourrait-il en être autrement ?

Mais les clergés – je souligne : les appareils religieux, pas les croyants – ont une évidente urgence à se dédouaner de leurs responsabilités historiques en matière de barbaries passées, qui ne sont pas que lointaines dans l’Histoire. Les guerres de religion en France valaient bien, dans leur genre, celles des schismes musulmans actuels. Les horreurs d’Al Quaïda, d’Aqmi, de l’« État islamique » n’ont rien à envier à la « sainte inquisition ». Autres lieux, autres temps, mêmes mœurs sur l’air de l’intolérance obscurantiste, la sauvagerie sadique, la torture des plus faibles, femmes et enfants, jusqu’aux pires perversions sexuelles.

J’entendais dans le poste ce matin Axel Kahn, éminent spécialiste de la bio-éthique, affirmer qu’il ne voyait pas en quoi les dérives meurtrières des islamistes, tout comme celles de tel fanatique juif impliquaient leurs religions respectives. Vraiment ? Et d’ajouter, en substance : je voudrais prouver qu’on tue autant au nom de Dieu que de pas Dieu. Oui, dit de cette manière. Il en va autrement si on étend cette notion de Dieu à celle de croyance qui, dès lors, permet de ranger sous une même bannière les « religions » du nazisme et du stalinisme. Observons leurs rites, leurs credos, leurs prêtres, temples – et leur satanées obsessions anti-vie, et leurs « mains noires enfoncées dans le ventre des hommes » (Panaït Istrati, retour d’URSS). Et j’étendrais volontiers la liste à la religion du football !

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Dessin de Wolinski

Maints observateurs, anthropologues et autres, affirment que l’être humain serait « par essence » un être croyant. J’ai tendance à le penser aussi. Tout en en déduisant la nécessité, dans un processus d’évolution, d’œuvrer contre soi-même, au besoin, à s’alléger du poids desdites croyances, de s’élever autant que possible, comme « un enfant jouant au bord de la mer » pour reprendre cette expression d’un Newton (qui était déiste). Rien d’original en cela, s’agissant de prolonger – mais ce n’est pas si simple – ce profond mouvement engagé au XVIIIe siècle et que, précisément on a dénommé Lumières, par opposition à l’obscurantisme dominant jusque là toute la planète – à l’exception notable de l’Antiquité grecque et romaine avec leurs admirables philosophes et penseurs.

S’alléger de ses croyances, à mon sens, ne signifie pas prétendre s’en défaire totalement – d’autant qu’il en est d’utiles, quand elles aident à vivre ou a survivre face à l’adversité et à la désespérance, ou quand elles sont nécessaires à la communauté humaine pour lui assurer, lui cimenter sa cohésion, comme en ce moment par exemple où des valeurs sacrées se trouvent piétinées. Le sacré, au sens laïque, étant ce qui est devenu non négociable pour une société ; ainsi pour les Français, la Fraternité, l’Égalité, la Liberté. Je les mets exprès dans cet ordre inverse à l’officiel, par urgence et priorité. J’y ajoute bien sûr la Laïcité, quatrième pilier de notre « chose publique », la res publica, dont on découvre les si fortes vertus en ce moment d’ébranlement des valeurs morales. Car c’est bien cette Laïcité qui nous permet jusqu’à maintenant, depuis 1905 avec la séparation des églises et de l’État, et non sans difficultés périodiques, de maintenir les Lumières allumées, dont précisément celles de la presse, libre jusqu’à la satire, la parodie, la caricature, l’irrévérence – bref, ce nécessaire contre-pouvoir, ce vaccin contre l’obscur.

Voilà sans doute ce que la tragédie du 7 janvier 2015 aura réveillé dans les consciences parfois ramollies de notre vieux pays, consciences ramollies peut-être, mais donc pas vraiment éteintes. Et là, je songe au vieil Hugo, allez savoir pourquoi : « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, / Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. » [Booz endormi] Je dois songer au tuilage nécessaire des générations : Cabu, Honoré, Wolinski, les septuas bien entamés, & Charb, Tignous, jeunes quadras.

Qu’est-ce qui constitue un ciment pour nos société plus ou moins éclairées, parfois assombries ? Un liant commun qui permette un consensus, lequel étant souvent passager, puis fluctuant, avant de se déliter.

Hier, aujourd’hui, c’est le « Je suis Charlie » – comme il y eut avec des fortunes diverses « Nous sommes tous des juifs allemands » ou « Nous sommes tous des Américains »… Une situation, un drame, un mot derrière lesquels chacun se reconnaît, ou croit se reconnaître sous des valeurs communes. En fait, sous ces généralisations abusives, chacun garde ses croyances, à l’occasion renforcées, venant réchauffer ses certitudes dans la ferveur de la masse, la communion – la messe. Ce frisson d’église qu’on peut connaître dans les manifs, où notre utopie semble à portée de banderoles et de slogans, de catéchismes.

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Dessin de Wolinski

Qu’y a-t-il donc derrière chaque petite pancarte « Je suis Charlie » ? Pour reprendre une formule célèbre (le bouquin de Badiou sur Sarkozy ) « De quoi Charlie est-il le nom ? » Quelles intentions sous tendues derrière l’indignation, sous la sincérité apparente. Entre l’anti-Arabe de base, le sioniste déguisé, l’allumé(e) de la Manif pour tous, le gauchiste de service, les politiciens en quête de blason à redorer, des lecteurs de Houellebecq et Zemmour, paumés comme eux, enfin la Le Pen et sa guillotine, on trouvera cinquante autres nuances de grisâtre et autres matières à renforcer son système de valeurs.

Une de ces nuances cependant mérite qu’on s’y arrête ; c’est celle de l’islamophobie, sans doute parmi les plus répandues car elle répond :

– D’une part directement à l’actualité nourrie et entretenue, de fait par les événements, de Charlie à Mehra, du Mali au Pakistan, de la Libye à l’Indonésie en passant par la Somalie, le Yémen, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Palestine, le Liban, jusqu’à l’Afghanistan et j’en passe. Il y a là tout un arc géo-politique (ne pas oublier l’islamisme chinois !) qui s’est amalgamé à partir du pétrole saoudien et persique, pour s’étendre telle une pollution planétaire doublée de pétro-dollars et appelant à un surcroît de bigoterie coranique destinée à racheter, en apparence, la richesse coupable.

– D’autre part, cette islamophobie présente un autre avantage non négligeable : en désignant les affreux islamistes, elle délivre un blanc seing aux parties présentables des monothéismes. Une opération de blanchiment, en quelque sorte, concernant tout le vaste champ des opiacées légalisées à l’intention des Peuples… Ce qu’une belle astuce graphique exprime ainsi, alléluia ! :
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Coexist-ence pacifique ?

Coexist-ence pacifique ?

Peut-être comprendra-t-on mieux ainsi la hâte appliquée à faire apparaître les terroristes islamistes comme des « loups solitaires », des anomalies dans le flot normal des bonnes religions bien solidaires. Une religion étant une secte qui a réussi – un peu comme le garage de Steve Jobs est devenu la multinationale d’Apple… si je puis me permettre cet anachronisme –, elle se radicalise en devenant monopolistique, avant d’éclater en diverses concessions à la douce modestie retrouvée. Etc. Ainsi s’autoproclament le bon christianisme, le bon judaïsme, le bon islam…

Opération de passe-passe avec retour vers l’obscur où se complaisent les marchands d’illusion, les spéculateurs de l’au-delà et, au bout du compte, les fous de Dieu et autres hallucinés des arrière-mondes pour qui une insulte contre leur foi est une infraction plus grave que l’assassinat de douze êtres humains.

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Philippe Geluck

Mais pourquoi cette violence meurtrière ? Autre et vaste sujet que je ne saurais épuiser ici (avant d’épuiser le lecteur !). On reviendrait nécessairement au principe d’Égalité, bafoué partout dans le monde et comme coagulé en un point focal appelé Palestine où la sagesse et la raison – les lumières pour tout dire – viennent se fracasser contre le mur noir des mythologies nourries d’antiques superstitions.

Répudiés, torturés, assassinés pour rien, les Galilée, Giordano Bruno, Chevalier de la Barre ? Pour que des siècles et des années plus tard rejaillisse le spectre du totalitarisme théocratique ? Le dernier mot, provisoire, à Bertrand Russell, Pourquoi je ne suis pas chrétien,1927 : « Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

–––

* Dieu n’est pas grand. Comment la religion empoisonne tout. Christopher Hitchens, éd. Belfond, 2009. Traduit de l’américain par Ana Nessun. Extrait : «Si vous considérez pourquoi vous avez choisi une (forme de) religion parmi toutes celles qui existent, en éliminant toutes les autres, alors vous comprendrez peut-être pourquoi moi, je les ai toutes éliminées.»


Desproges, Dubout et Morel vous présentent mes vœux…

…et ça devrait suffire pour tenir jusqu’à 2016

L'œil de Dubout…

L’œil de Dubout…

…et le coup de patte de Desproges (merci à Christine Genin)

…et le coup de patte de Desproges (merci à Christine Genin)

 


Les voeux de courage de François Morel – Merci à Mediapart


La typo, art du caractère, secret de la police

Les typographies ne viennent pas de nulle part: inspirées par un mouvement culturel ou artistique, aspirées par l’Histoire, contraintes par des besoins, et marquées par le pragmatisme et la fantaisie de leurs créateurs. C’est ce que raconte Sacrés Caractères, une remarquable websérie imaginée par Thomas Sipp, produite par Les Films d’Ici et Radio France, et mise en ligne sur le site de France Culture.

En douze épisodes d’à peine trois minutes, la websérie raconte la naissance, l’histoire et la postérité des typos Auriol, Bodoni, Helvetica ou encore Times New Roman, à l’aide d’une animation futée. Et d’une voix-off efficace, lue par Chiara Mastroianni: «Chaque typographie fonctionne comme une voix, avec son propre timbre, son registre, et ses inflexions».


Sacrés caractères — Mistral par franceculture

Sacrés Caractères montre à quel point leur création est liée aux innovations: au développement de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Comic Sans), de la presse (Bodoni), de l’édition (Auriol) ou de la publicité et la communication de masse (Cooper Black).

Les typographies disent beaucoup de leur période de conception. Futura par exemple, née de l’avant-garde allemande du début du XXe siècle, voulait «créer l’écriture de son temps». Mise au placard par les nazis, qui la jugeaient «bolchévique» et lui préféraient les caractères gothiques, elle fit un grand retour après-guerre pour devenir la typo favorite de la publicité du monde entier.

Ou la Suisse Helvetica, autre police pour pubards, influencée par le Bauhaus. Elle est donc la «typo objective, hégémonique», décrit la websérie, qui raconte l’expérience d’un graphiste qui a tenté de passer une journée sans Helvetica — il a dû se contenter de manger une pomme et de boire de l’eau du robinet. Impossible de prendre les transports, fumer une clope, ou même de s’habiller: Helvetica est partout.

Omniprésentes sur papier ou sur écran, dans l’art, les enseignes des magasins ou sur les panneaux de signalisation, démodées puis recyclées, les typographies répondent souvent à des commandes. Ainsi Gotham, issu des lettrages de vieilles boutiques et d’abri-bus new-yorkais, a été remise au goût du jour pour devenir la typo de GQ lors d’une nouvelle formule, puis la police de caractères officielle de la campagne d’Obama.

Honnie par de nombreux internautes, utilisée à tort et à travers pendant des années, la fameuse Comic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Microsoft, qui jusque-là parlait en Times New Roman (un comble !). Elle est une réinterprétation des caractères des comics américains.

Quant au Mistral, son nom l’indique, il est porté par un souffle provençal et même marseillais, depuis la fonderie Olive en empruntant la Nationale 7.

[Avec Libé, L’Obs et France Culture]


Atlas élémentaire d’anatomie (moderne)

Cette vidéo n’est donc pas visible, désolé, et excuses pour le dérangement.

[Hypothèse : trop dérangeant pour les chirurgiens remodeleurs de la femme ?]


Supervénus par ARTEplus7
Par Frédéric Doazan


Exclusif. On a retrouvé le fils caché de Tintin !

Tintin a un fils ! La nouvelle est d’autant plus sensationnelle qu’on ne connaissait d’aventures au célèbre héros belge, ni même d’ailleurs d’activité sexuelle – ni au Congo, ni chez les soviets. Rien non plus avec la Castafiore, pas davantage avec les Dupontd. Pourtant ce fils, Pierre D.  l’a retrouvé. Le voici, dans un bouleversant document de 1982.

  • La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, France 3. Réalisateur : Jean-Louis Fournier. Interprète : Pierre Desproges. © Ina

Profiter du 14 mars : Journée internationale pour la défense des apostats et des blasphémateurs

Ne pas croire la moindre sornette. Ne jamais renoncer à l’esprit critique. User du scepticisme comme d’un grand cru revigorant. Voilà bien des libertés aussi menacées que rarement pratiquées – cela expliquant ceci.

Car la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Elle devrait être «facultativement obligatoire» dès l’école, avec travaux pratiques réguliers, soutien renforcé aux victimes de mauvais traitements parentaux (enfants de pasteurs, rabbins, curés et autres talibans), séjours gratuits en Utopie,  colonies de vacances en altitude morale, intellectuelle et libertaire. Et caetera.

On peut (et on doit) rêver, car le rêve porte la poésie «comme la nuée porte l’orage». Là, je m’égare…

Pour revenir au sujet du jour, à savoir la Journée internationale pour la défense des apostats et des blasphémateurs – ne sachant qui l’a décrétée et fixée au 14 mars„ qu’importe : l’ivresse se suffit à elle-même, et profitons-en avec se petit sortilège gentiment blasphématoire.

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«Civilisation occidentale et chrétienne» Rencontres photographiques d’Arles, 2010. Photo © gp

León Ferrari, blasphémateur et artiste argentin

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León Ferrari

Cet article de circonstance est dédié à l’artiste argentin mort en 2013, León Ferrari, fondateur du Club des impies, hérétiques, apostats, blasphémateurs, athées, païens, agnostiques et infidèles. Il avait été, dès 1965, censuré en Argentine pour son œuvre Civilisation occidentale et chrétienne où il représentait un Christ crucifié sur les ailes d’un bombardier américain au Vietnam. Andrés Duprat, commissaire de l’exposition des Rencontres d’Arles 2010 se réjouira de la voir exposée dans un endroit privilégié, le choeur de l’église Sainte-Anne. « Jamais dans son histoire cette remarquable pièce n’a été montrée dans un endroit aussi significatif et pertinent que celui-ci. » [Photo ci-dessus].

León Ferrari avait été qualifié de blasphématoire par Jorge Bergoglio, futur pape François. Celui-ci n’était encore qu’archevêque lorsque, en 2004, il avait qualifié une rétrospective de ses œuvres de honte pour Buenos Aires. À quoi León Ferrari répliqua stoïquement : “Es una especie de favor que me hizo Bergoglio” [C’est une sorte de faveur que m’a faite Bergoglio].

«La religion a une grande influence sur notre culture, une influence néfaste. La religion est d’une intolérance extrême, qui se transmet à toute notre culture, sans oublier que les exterminations ont une origine religieuse», déclarait León Ferrari en 2008.

León Ferrari a dû s’exiler au Brésil sous la dictature (19761983) au cours de laquelle son fils Ariel fit partie des milliers de disparus. Son œuvre témoigne évidemment de cette noire période avec des montages de photos et de dessins ou tableaux. Les rapprochements entre militaires argentins et Hitler sont évidents. Mais est aussi clairement mis en scène le rôle des prélats argentins. Ainsi du Cardinal Antonio Quarracino, dont les lunettes reflètent le visage de Videla.


Alain Resnais, ciné-graphiste

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Couverture du livre de Jean-Luc Douin (Ed. de la Martinière)

Tout a été dit sur Alain Resnais, depuis sa mort, samedi. Un grand parmi les grands du cinéma, en effet. Ces images ci-dessous – affiches de quelques-uns de sa cinquantaine de films – pour souligner le sens graphique d’un artiste du cinémato-graphe. Car l’adepte de l’image en mouvement en était un aussi de l’image fixe (projetée 24 fois par seconde, au nom de l’illusion de la réalité) et singulièrement de l’image dessinée. Alain Resnais fut un artiste de la forme, un formaliste pour qui la forme, précisément, est constitutive du fond ; elle se doit aussi d’apparaître comme telle, selon cette distanciation brechtienne assumant l’artifice de l’art, l’art comme interprétation délibérée et visible d’une réalité. La bande dessinée illustre – c’est bien le mot – tout à fait cette démarche; tout comme l’ont également prôné et pratiqué des écrivains comme Alain Robbe-Grillet, Marguerite Duras, Claude Simon, Georges Perec et tout le courant du Nouveau roman. De lui, je retiens notamment ce mot : «Les hommes se ressemblent par ce qu’ils montrent et diffèrent par ce qu’ils cachent».

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Les affiches d’Enki Bilal (entretien dans Le Figaro) pour Mon oncle d’Amérique et La Vie est un roman.

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
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    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
      Licence Creative Commons

    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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    • Salut cousin !

      Je doute donc je suis - gp

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