On n'est pas des moutons

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Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeudi matin à l’intérieur du périmètre de la centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des militants de Greenpeace ont une fois de plus dénoncé, en les démontrant, la fragilité et l’accessibilité de ces installations hautement radioactives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du combustible nucléaire usé, bâtiment particulièrement vulnérable puisque construit selon des normes ordinaires d’entrepôts industriels.

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Cette opération vient tout à propos illustrer un rapport d’experts indépendants 1 qui met en cause la sécurité des installations nucléaires françaises et belges en pointant du doigt leur vulnérabilité face aux risques d’attaques extérieures. Ces experts sont particulièrement inquiets concernant certaines installations des centrales françaises : les piscines d’entreposage des combustibles nucléaires usés. Alors qu’elles peuvent contenir le volume de matière radioactive le plus important au sein des centrales, ces piscines sont très mal protégées ; elles constituent une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endommagée et qu’elle perd son eau, le combustible n’est plus refroidi et c’est le début d’un accident nucléaire : de la radioactivité s’échappe massivement dans l’atmosphère, avec des conséquences radiologiques très graves.

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Le point faible des centrales, les piscines d’entreposage du combustible. Ici, à Fessenheim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cliquer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les accidents sont relativement rares, leurs impacts sur la population, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroyables. La France n’est pas à l’abri. Les accidents les plus graves jamais enregistrés sont ceux de Tchernobyl (26 avril 1986) et de Fukushima (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres accidents ont eu lieu aux États-Unis et au Royaume-Uni par exemple.

Les accidents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la centrale de St-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octobre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des combustibles ont fusionné dans un des réacteurs de la centrale. D’autres accidents nucléaires aussi graves ont été évités de justesse dans d’autres centrales.

Certes, les incidents de niveau 2 ou 3 sont relativement rares en France : l’incendie d’un silo de stockage à La Hague en 1981, une mauvaise vis dans le système de protection de Gravelines en 1989, l’inondation de la centrale du Blayais en 1999, la perte de plutonium à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du contrôle du nucléaire en France, reconnaît que plusieurs centaines d’écarts de niveau 0 et une centaine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les incidents qui se sont produits sur les sites du Tricastin en 2008 et de Gravelines en 2009 relèvent, officiellement, de cette catégorie 1.

Vu le nombre de réacteurs nucléaires en France (58) et d’installations nécessaires à leur fonctionnement, tous les Français sont concernés par ce risque, mais aussi les habitants des pays voisins, en raison de l’emplacement de certaines centrales nucléaires proches des frontières : Gravelines et Chooz à côté de la Belgique, Fessenheim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aussi sous la menace du Bugey) ou encore Cattenom en Lorraine, à deux pas du Luxembourg.

Avec un parc nucléaire vieillissant et mal protégé, la production d’électricité est aujourd’hui synonyme de danger en France. Greenpeace, toutefois, ne se voudrait pas fataliste. L’organisation écologiste veut croire (ou fait semblant) qu’EDF peut encore faire le choix de se passer du nucléaire et de développer les énergies renouvelables. « Plutôt que d’investir des dizaines de milliards dans le rafistolage de vieux réacteurs, estime Greenpeace, et de produire des déchets qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années, EDF peut décider d’investir dans des énergies qui sont sûres, propres et désormais bon marché. Demandons à EDF de sortir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nouveau répétée hier dans les médias, dès la publication du rapport de Greenpeace. Ils ont ressorti leur dogme – infaillible par définition – selon lequel l’électricien ne cesse de renforcer ses systèmes sécuritaires autour de ses centrales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait voler en éclats spectaculaires ces pieuses et inconséquentes certitudes.

Notes:

  1. « La sécurité des réacteurs nucléaires et des piscines d’entreposage du combustible en France et en Belgique, et les mesures de renforcement associées », octobre 2017. Contributeurs du rapport : Oda Becker (Allemagne), Manon Besnard (France), David Boilley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gordon MacKerron (Royaume-Uni), Yves Marignac (France), et Jean-Claude Zerbib (France). Rapport commandé par Greenpeace France.
  2. Greenpeace lance une pétition en direction d’EDF. On peut la signer ici.
  3. EDF dit avoir engagé un montant de 700 millions d’euros pour renforcer la surveillance des installations. On voit leur efficacité… Quant à protéger réellement les piscines de stockage, cela se chiffrerait en plusieurs dizaines de milliards. Déjà dans le rouge financier, EDF n’en a pas les moyens et se trouve littéralement dans l’impasse.

Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En provenance du Japon, la nouvelle n’a pas ému nos médias : la région où se trouve la plus puissante centrale atomique du monde, Kashiwazaki-Kariwa (sept réacteurs), va désormais être dirigée par un gouverneur antinucléaire. Ce qui rebat les cartes de l’énergie atomique – pas seulement au Japon.

Ryuichi Yoneyama, 49 ans, a en effet remporté, hier dimanche, les élections dans la préfecture de Niigata (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gouverneur étant requise pour la remise en service des réacteurs arrêtés depuis Fukushima, cette nouvelle donne constitue un coup dur pour Tepco, l’exploitant qui espérait sauver ses finances en relançant ces sept réacteurs, les seuls lui restant après l’arrêt des deux centrales de Fukushima, suite à la catastrophe de mars 2011Dès ce lundi, le cours de Tepco a dévissé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nikkei : -7,89% à 385 yens).

La centrale de Kashiwasaki avait été sérieusement bousculée par un important séisme en juillet 2007 qui avait provoqué un incendie et des fuites d’eau radioactive. Depuis, alors que la centrale est toujours à l’arrêt, huit incendies se sont déclarés dans les différentes unités [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les autorités ont donné le feu vert en février 2009 pour le redémarrage (désormais compromis) de l’unité n°7.

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La centrale nucléaire de Kashiwasaki a frôlé le désastre lors du séisme du 16 juillet 2007 qui a provoqué un incendie et des fuites d’eau radioactive préfigurant la catastrophe de Fukushima moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) avait alors dépêché une mission dirigée par le Français Philippe Jamet, haut dirigeant de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Le rapport publié s’était contenté de quelques recommandations anodines, assurant que les centrales japonaises pouvaient résister à tout événement sismique ou climatique. La catastrophe de Fukushima a dramatiquement rabaissé le caquet de nos arrogants experts. 1

Aujourd’hui, trois seulement des 54 réacteurs nucléaires japonais sont en service mais le gouvernement de l’ultranationaliste (et ultra pronucléaire) Shinzo Abe use de toutes les pressions pour essayer d’obtenir la redémarrage d’autres réacteurs, malgré l’opposition de la population.

Ces réouvertures sont contrecarrées par des décisions de justice ou par le veto de certains gouverneurs régionaux. Voilà pourquoi l’élection de Ryuichi Yoneyama à la tête de la région de Niigata est un coup terrible porté aux projets fous des pronucléaires (et au cours en bourse de Tepco) : ce courageux nouveau gouverneur va refuser la remise en service des sept réacteurs de Kashiwasaki.

Sous peu, les trois réacteurs japonais en service devront s’arrêter pour maintenance et, comme ce fut déjà le cas pendant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonctionnera à nouveau avec 0% de nucléaire. Si 130 millions de Japonais peuvent vivre sans nucléaire, comment prétendre encore que c’est «impossible» pour deux fois moins de Français ? 2

Notons encore que cette élection et ses conséquences constituent une mauvaise nouvelle pour les nucléaristes français – entre autres – et en particulier pour EDF et Areva qui misent sur le retour de la droite au pouvoir pour relancer leur offensive sur le marché mondial de l’énergie, y compris en France, bien entendu !

C’est vraisemblablement pour cette raison de prospective politique (pour ne pas dire de probabilité) qu’EDF s’est engagée, dans un contrat franco-chinois, à livrer à Hinkley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans dérapage du calendrier et des coûts – deux réacteurs nucléaires EPR de 1 650 mégawatts chacun pour un devis de près de 22 milliards d’euros. Cela, alors que les chantiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise française sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut prendre la mesure de cette arrogance lors d’un débat télévisé de « C dans l’air » diffusé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait secoué la centrale de Kashiwasaki. Débat auquel participait Stéphane Lhomme, de l’Observatoire du Nucléaire, préconisant la fermeture d’urgence d’au moins 20 réacteurs au Japon si l’on voulait éviter un nouveau Tchernobyl. Avertissement bien sûr non pris en compte. À peine quatre ans plus tard, c’était Fukushima.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on ressort le contre argument de l’effet climatique (tant nié par les mêmes avant son évidence) provoqué par les énergies fossiles. Tandis que le «tout nucléaire» a freiné le développement, en France notamment, des énergies alternatives renouvelables.

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asanuma-Brice, chercheure en sociologie urbaine rattachée au centre de recherche de la Maison Franco Japonaise de Tokyo.

A Kumamoto (préfecture au sud du Japon), secoué par des séismes importants depuis le 14 avril, le gouvernement japonais joue un bras de fer bien risqué avec les éléments naturels et ceux qui le sont moins. Le choix de maintenir en activité la centrale nucléaire de Sendai à 140 km de là, génère la colère des Japonais. Cette centrale, composée de deux réacteurs, est la seule à avoir été redémarrée sur le territoire japonais en août 2015, depuis le séisme accompagné d’un tsunami qui avait engendré la fonte des cœurs de trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en mars 2011.

La centrale de Sendai, bien que construite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Tohoku [région du tsunami de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gouvernement japonais serait de montrer que les nouvelles normes sont viables et permettent de résister aux plus forts séismes, redonnant un élan à la politique de redémarrage des centrales nucléaires qui rencontre de fortes oppositions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fukushima, entièrement dédié à la catastrophe de 2011.


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se garder de son ennemi du dedans, ce diablotin qui le pousse à trop se montrer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en parlotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Surtout quand, de surcroît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque compétence idoine. Notamment sur le nucléaire. C’est ainsi qu’il se prend une bonne raclée (salutaire ?), infligée par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la philo ne déverrouille pas forcément toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que rester sidéré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son ignorance totale de la question du nucléaire… ce qui ne l’empêche pas de prendre ardemment position en faveur de cette énergie. C’est d’ailleurs probablement parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette position.

Il ne s’agit pas pour nous de contester le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favorable à l’atome (tout le monde a le droit de se tromper), mais de rectifier les erreurs les plus importantes qu’il commet en s’exprimant sur cette question. Nous pointons en particulier le texte «Catastrophe de la pensée catastrophiste», publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catastrophe de Fukushima. Voyons cela à travers quelques extraits :

On se rapproche du 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, tandis qu’on vient de dépasser le 5e de celle de Fukushima. Rappelons que ces accidents majeurs sont toujours en cours ; car on n’efface pas les conséquences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray : «A défaut de pétrole, et dans la perspective de l’épuisement des énergies fossiles comme le charbon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une possibilité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile.»

Stéphane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a produit jusqu’à 80% de l’électricité française, le nucléaire n’a jamais couvert plus de 17% de la consommation nationale d’énergie : même poussé à son maximum (jusqu’à devoir brader les surplus à l’exportation), l’atome ne représente qu’une petite part de l’énergie française, loin derrière le pétrole et le gaz et il est donc bien incapable d’assurer une quelconque «indépendance énergétique». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la totalité de l’uranium (le combustible des centrales) est importée… ce que M. Onfray reconnaît pas ailleurs :

Michel Onfray : «Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une politique africaine cynique et machiavélienne.»

SL : On s’étonnera de la curieuse indulgence que Onfray accorde à la «politique africaine cynique et machiavélienne» : pour le philosophe hédoniste, tout serait donc bon pour nourrir nos belles centrales nucléaires ? Le pillage et la contamination du Niger, l’assèchement des nappes phréatiques locales, le déplacement de populations ancestrales, la militarisation de la région : simple «revers de la médaille» ?

On s’étonnera encore plus de voir le philosophe mêler allègrement cette prétendue «indépendance» et la dite politique africaine : s’il y a «indépendance» de la France, comment peut-elle passer par l’Afrique ? A ce compte, la France est «indépendante» pour sa consommation de pétrole puisqu’elle entretient de bonnes relations avec la dictature d’Arabie Saoudite. Mais le festival continue :

Michel Onfray : «On ne trouve pas d’uranium dans le Cantal ou la Corrèze…»

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y compris dans le Cantal et en Corrèze ! Areva (à l’époque la Cogema) a exploité dans le pays des centaines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le territoire est encore largement contaminé  2. Et si 100% de l’uranium est désormais importé (pillé), c’est que la population française ne tolèrerait plus aujourd’hui cette activité et ses nuisances dramatiques.

Essayez donc de rouvrir une mine d’uranium quelque part en France et vous verrez immédiatement les riverains se mobiliser avec la dernière énergie, à commencer par les pronucléaires (qui connaissent mieux que personne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on continue tranquillement de piller le Niger, où les manifestations anti-Areva sont réprimées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émouvoir le philosophe pronucléaire qui continue à s’enfoncer :

Michel Onfray : «Le photovoltaïque, la biomasse, l’éolien, l’hydraulique fonctionnent en appoint mais ne suffisent pas à répondre à la totalité du considérable besoin d’énergie de nos civilisations.»

SL : Les énergies renouvelables seraient donc bien sympathiques, mais tellement faibles comparées à ce cher atome. Il suffit pourtant de se reporter aux données les plus officielles, par exemple l’édition 2013 (la dernière en date) de Key World Energy Statistics (publié par l’Agence internationale de l’énergie), en consultation libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les données exactes), les énergies renouvelables produisaient 20,3% de l’électricité mondiale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin continu depuis 2001 — c’est à dire bien avant Fukushima — quand l’atome avait atteint son maximum : 17%.

Or c’est précisément en 2011 qu’a commencé la catastrophe nucléaire au Japon, avec la fermeture des 54 réacteurs du pays, suivie de la fermeture définitive de 8 réacteurs en Allemagne, mais aussi dernièrement de 5 réacteurs aux USA (du fait du coût trop élevé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée sous les 10%. Les énergies renouvelables font donc plus du double.

La réalité est encore plus édifiante lorsqu’on regarde l’ensemble des énergies et non plus la seule électricité : le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie quand les renouvelables (principalement hydroélectricité et biomasse) sont à plus de 13%. On pourra certes se désoler de ce que le trio pétrole-gaz-charbon représente 85% du total mais, s’il existe une alternative, elle vient bien des renouvelables, dont la part augmente continuellement, et certainement pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une énergie «d’appoint», comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réussit cependant l’exploit de causer des problèmes gigantesques (catastrophe, déchets radioactifs, prolifération à des fins militaires, etc.) en échange d’une contribution négligeable à l’énergie mondiale.

N.B. : il ne s’agit pas de discuter ici des tares respectives des différentes énergies (si tant est que celles des renouvelables puissent être comparées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de montrer que le raisonnement du philosophe s’appuie sur des données totalement fausses, et même inverses à la réalité (comme si «le réel n’avait pas lieu»…), ce qui ne lui permet évidemment pas d’aboutir à des conclusions lumineuses.

Michel Onfray : «Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans électricité ?»

SL : Il est triste de voir le philosophe se laisser aller à des arguments si éculés que même les communicants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ainsi, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suffit de se reporter au point précédent pour constater l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : «Avec la catastrophe japonaise, la tentation est grande de renoncer à la raison. Les images télévisées montrent le cataclysme en boucle…». Le philosophe stigmatise les irresponsables selon lesquels «Il suffit dès lors d’arrêter tout de suite les centrales et de se mettre aux énergies renouvelables demain matin».

SL : Ainsi, face à l’explosion d’une centrale nucléaire censée résister à tout, les Japonais étant présentés jusqu’alors comme les maîtres de la construction antisismique, la «raison» serait de rejeter toute mise en cause de cette façon de produire de l’électricité ! Notons cependant que les Japonais ont «cédé à l’émotion» de façon parfaitement «irrationnelle» en fermant leurs 54 réacteurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réacteurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le premier ministre ultranationaliste Shinzo Abe choisit la prétendue «raison» en exigeant la remise en service de certaines centrales. Mais la population (la raison populaire ?) s’y oppose frontalement : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait «irrationnelle», à être à nouveau irradiée ?

Michel Onfray : «Or il nous faut penser en dehors des émotions. La catastrophe fait partie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catastrophe naturelle». RAPPEL : » Tchernobyl procède (…) de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel.» (Fééries anatomiques, 2003)

SL : Cet argumentaire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire profondément ridicule : «Tchernobyl c’est la faute aux Soviétiques, Fukushima, c’est la faute au tsunami». Le nucléaire et ses promoteurs n’y sont jamais pour rien ! Toutefois, probablement conscient de la faiblesse du raisonnement, Onfray invente le concept de catastrophe «naturelle»… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray : «Les Japonais ont fait prendre des risques considérables à l’humanité et à la planète. (…) Si l’on bâtit 17 centrales nucléaires, pour un total de 55 réacteurs, dans un pays quotidiennement sujet aux secousses sismiques, il faut bien que cette catastrophe naturelle inévitable soit amplifiée par la catastrophe culturelle évitable qu’est la multiplication de ces bombes atomiques japonaises potentielles…»

SL : Voilà qui fait penser à Sarkozy assurant qu’une catastrophe nucléaire ne pouvait se produire à la centrale de Fessenheim, l’Alsace étant à l’abri des tsunamis. Or il existe de multiples causes possibles pour aboutir à une catastrophe nucléaire, qu’il s’agisse de facteurs naturels (séismes, tsunamis, inondations, etc.) ou humains (erreur de conception, de maintenance, d’exploitation, etc.).

Il est en réalité parfaitement injustifié d’attribuer tous les torts aux seuls Japonais, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) ayant régulièrement validé les mesures de sûreté face à tous les risques, y compris celui du tsunami. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait préfiguré Fukushima en mettant à mal la plus grande centrale nucléaire du monde, celle de Kashiwasaki : c’est hélas un haut dirigeant de l’Autorité de sûreté française qui avait alors dirigé une mission de l’AIEA et décrété que les centrales japonaises pouvaient continuer à fonctionner sans risque 5

Il tout aussi vain d’attribuer Fukushima à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les calculs et sont arrivés à la conclusion que les centrales résisteraient à un séisme et/ou un tsunami. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent toujours en danger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une raison pour ne rien faire, mais c’est assurément une bonne raison pour se passer des centrales nucléaires (et des bombes atomiques) qui représentent un danger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susurré depuis 40 ans par la CGT-énergie :

Michel Onfray : «Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplomatie et la politique étrangère qui échappent au pouvoir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en question dans son être mais dans son fonctionnement : il doit cesser d’être un reliquat monarchique pour devenir une affaire républicaine.»

SL : Il suffirait donc que les citoyens et les salariés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci deviendrait miraculeusement «sûre». C’est à nouveau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aussi oublier que la population n’a en grande majorité aucune intention de se transformer en exploitant nucléaire ! Les malheureux qui n’ont pas accès à l’électricité sont souvent instrumentalisés par les atomistes, lesquels accusent les antinucléaires de vouloir maintenir des milliards de gens dans la misère. Mais les pauvres aussi savent se renseigner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les manifestations antinucléaires ultra-massives en Inde, tant contre un projet de centrale russe que contre celui du français Areva 6.

Conclusion :

Michel Onfray : «L’énergie nucléaire n’a jamais causé aucun mort : Hiroshima et Nagasaki, puis Tchernobyl procèdent du délire militaire américain, puis de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel.» (Féeries anatomiques, 2003)

SL : On retrouve ici exactement le même genre d’arguments que ceux de la tristement célèbre National Rifle Association (le puissant lobby des armes à feu aux USA) qui assure que pistolets et fusils ne tuent personne, la faute étant exclusivement celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs formellement exact, formellement mais stupidement car c’est de ainsi que se multiplient les crimes de masse jusque dans les écoles américaines. Pour revenir à nos moutons, on pourra accorder à Michel Onfray, s’il y tient vraiment, que le nucléaire n’a tué personne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voilà bien avancés.

Mais notre propos n’est pas de rivaliser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être acceptera-t-il de se renseigner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mondiale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les centrales et leur prétendue «acceptation» par la population qui n’a pas forcément la chance de fréquenter l’Université populaire de Caen mais qui parvient néanmoins à s’informer et à penser collectivement.

Stéphane Lhomme 
Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand merci à l’auteur !)

Fukushima, cinq ans après : «Ça s’arrose» à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fukushima, trente après Tchernobyl, « ça s’arrose » !… On aimerait en rire, si ces deux anniversaires n’étaient synonymes de drames et de dévastations. Ce vendredi 11 mars à Marseille (et ailleurs aussi *), la coopérative d’Europe Écologie-Les Verts organise une soirée Fukushima (programme ci-contre) afin de rappeler que, par ses conséquences incalculables et son étalement dans la durée, une catastrophe nucléaire n’est comparable à aucune autre catastrophe industrielle ou naturelle.

Vendredi à Marseille – Dans le cadre de l’appel de Bruno Boussagol pour l’organisation de 1 000 évènements culturels en France pour commémorer les 5 ans de Fukushima et les 30 ans de Tchernobyl, la coopérative EELV PACA organise à Marseille à l’Écomotive, vendredi 11 mars à partir de 18H30, une soirée culturelle Fukushima, à entrée libre mais limitée en nombre de places.

acteurs_réacteursAu programme :  1830  accueil musical par l’orchestre du  Bamboo Orchestra. 19 h  lecture théâtralisée d’extraits de la pièce d’Alain Persat «Acteurs Réacteurs», créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 1945 débat sur des solutions alternatives aux énergies nucléaires et fossiles, qui peuvent être mises en œuvre à l’échelle d’une famille ou d’une collectivité. Vers 20h 30, repas bio végétarien et local autour d’une grande table.

Pré-réservation nécessaire ici.

Un rappel salutaire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notamment avec le projet de prolonger de dix ans la durée d’exploitation des réacteurs du parc français vieillissant (58 réacteurs, plus l’EPR de Flamanville en cours de construction problématique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Luxembourg demandent la fermeture à court terme des centrales frontalières de Fessenheim, Bugey et Cattenom. Au moment encore où EDF se voit ployer sous la charge financière cumulée de trois « héritages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise partielle des activités d’Areva – et de sa faillite ; casse-tête des EPR en projet (Grande-Bretagne, Chine) et en construction plus que problématique (Finlande, France) – avec démission du directeur financier de l’électricien…

La bonne nouvelle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » électricité si apparemment «compétitive» va augmenter salement dans les mois et années qui viennent (de 30 à 50 % !). Bonne nouvelle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoilera dans sa réalité crue face aux énergies alternatives renouvelables. Dès lors, les choix énergétiques apparaîtront sans doute, il faut l’espérer, plus évidents.

Fukushima : 11 mars 2011, les réacteurs 1, 2 et 3 et la piscine de désactivation du réacteur 4 de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsunami. Des incendies suivis d’explosions vont contribuer à ruiner définitivement les installations et relâcher des quantités massives d’effluents radioactifs gazeux et liquides.

Toute une région s’est trouvée ruinée : population évacuée, contamination des personnes, des animaux et des plantes; agriculture et pêche ruinées, terres contaminées par la radioactivité, rejets toxiques dans l’air et dans la mer. Les conséquences d’une telle catastrophe sont humainement inacceptables.

Sur les 300 000 personnes de la préfecture de Fukushima qui ont évacué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chiffres de la Croix-Rouge, approximativement 1 600 morts seraient liées aux conditions d’évacuation, comme l’hébergement en abris d’urgence ou en logement temporaire, l’épuisement dû aux déplacements, l’aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d’hôpitaux, les suicides, etc. Un évaluation qui est comparable aux 1 599 décès directement causés par le séisme et le tsunami dans la préfecture de Fukushima, en 2011. De nombreuses municipalités refusent d’indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas perturber les futures projections de demande d’indemnisation des familles pour le pretium doloris.

Outre ces décès dans la préfecture de Fukushima, on compte 869 décès dans la préfecture de Miyagi et 413 dans celle d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule préfecture de Fukushima, 150 000 personnes étaient encore « réfugiées ». Selon la Croix-Rouge, outre leurs conditions de vie difficiles, ces réfugiés sont affectés par l’incertitude sur la date ou la possibilité d’un retour dans leur habitation d’origine. [Wikipedia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils François et moi-même – saisi au vol cette suggestion d’un ami : marquer le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) par la publication d’un album photos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 événements culturels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril (30 ans après Tchernobyl).

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Nous nous sommes donc lancés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modéré l’élan avant de passer au papier d’édition…D’où cet appel à soutenir l’initiative. D’où cette souscription afin recueillir les fonds nécessaires à la publication puis la diffusion dans le cadre de cette campagne anti-nucléaire.

Vous pouvez participer en cliquant sur le lien d’une cagnotte électronique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pouvez aussi adresser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Ponthieu, 102, rue Jules-Moulet 13006 Marseille.

En contribuant pour 20 euros, vous recevrez l’album chez vous en avant première (nous vous demanderons alors votre adresse postale par courriel).

Si vous donnez plus, vous recevrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figurerez aussi dans la liste des souscripteurs et serez tenus au courant des étapes de fabrication, puis de diffusion de cet album.

À partir du lien ci-dessus, vous trouverez plus d’information sur cette création de qualité, à tirage limité. Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ».

Merci d’avance pour votre soutien !

François et Gérard Ponthieu


Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

«Le réacteur numéro 1 de la centrale de Sendai a redémarré à 10 h 30 [3 h 30, heure française]», a annoncé, ce mardi 11 août, un porte-parole de la compagnie japonaise Kyushu Electric Power. Ainsi, quatre ans et cinq mois après la catastrophe de Fukushima, en mars 2011, les autorités japonaises passent outre l’opposition de la population nippone, toujours traumatisée. Selon des sondages, 60 % des Japonais demeurent hostiles à l’énergie nucléaire.

Souhaitée par le gouvernement conservateur, cette remise en service d’installations nucléaires est d’abord motivée par des raisons économiques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants déficits commerciaux dus en grande partie à la facture d’hydrocarbures pour alimenter les centrales thermiques. Des arguments… écologiques sont aussi mis en avant, sur le registre de la réduction des gaz à effet de serre émis par les centrales au gaz, au pétrole ou au charbon.

Mais les Japonais restent majoritairement hostiles à ce redémarrage – qui intervient en plein dans les vacances d’été – et à quelques jours des cérémonies du soixante-dixième anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nakasaki. Naoto Kan, premier ministre au moment de Fukushima, devenu depuis l’un des plus virulents opposants au nucléaire, a qualifié cette mise en service d’»erreur». Des manifestations ont été organisées aux portes de la centrale de Sendai et devant la résidence du premier ministre, à Tokyo. «Les leçons de Fukushima n’ont pas été tirées», a dénoncé l’un des conseillers municipaux de Satsumasendai. Le réacteur de Sendai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le premier à être remis en service, tandis qu’une vingtaine se préparent aussi à redémarrer.

Ce signal était évidemment attendu des milieux nucléaristes de la planète sur laquelle quelque 76 réacteurs nucléaires sont en chantier… Tout va bien.

• À lire, le blog français entièrement dédié à Fukushima et ses suites : http://www.fukushima-blog.com/


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Samedi 14 mars, réaction en chaîne humaine dans la vallée du Rhône — Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la transition énergétique sans nucléaire !

Programme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anniversaire que ce quatrième marquant la catastrophe de Fukushima. À 14 h 46, ce vendredi 11 mars 2011, un tremblement de terre d’une magnitude 9 se produit, endommageant la centrale nucléaire de Fukushima Daini dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres générée par le séisme atteint la centrale de Fukushima Daiichi, construite à une hauteur de 6,5 à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Pour Fukushima-Daini, l’exploitant Tepco avait construit un mur qui ne pouvait résister qu’à un tsunami de 5,7 mètres de haut maximum. Trois des six réacteurs se mettent à l’arrêt automatique. Tandis que les systèmes de refroidissement tombent en panne, ainsi que les groupes électrogènes de secours.

Et c’est la catastrophe majeure : fusion des réacteurs, explosions ou incendies des enceintes 1 à 4, dispersions radioactives dépassant 300 fois la norme admissible, contamination sur un rayon de plus de 80 km, déplacement de milliers de riverains, rejet d’eau fortement radioactive dans le Pacifique, situation incontrôlable de l’ensemble des installations – et nullement stabilisée aujourd’hui. Tandis que des milliers de travailleurs ont depuis été amenés sur place – dans des conditions critiques, et très critiquées – pour tenter de «colmater les brèches» d’un chantier désormais sans fin, sans horizon. Voici un instantané concernant la situation des «lquidateurs» de Fukushima, telle que rapportée par le blog Fukushima 福島第 consacré entièrement à la catastrophe nucléaire et à ses répercussions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sinistre

Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, le 20 janvier, un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l’année dernière.

Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1, travaillent chaque jour 6.000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur témoigne : «Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépassée. Maintenant, la politique de Tepco est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents.»

Extrait d’un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir», a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l’eau contaminée, mais maintenant il transporte l’eau contaminée qui s’est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

«La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu’il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu’il ne peut pas se déplacer facilement, c’est pourquoi un travail d’une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l’usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. […]

«Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d’être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s’il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d’un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l’accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l’on puisse connaître ce fait «.»

Craintes de maladies

«Tepco a enquêté chez 4.587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 20142.003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une maladie due à la radioactivité. Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu’ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

«Cependant il est étrange que l’Autorité de régulation nucléaire prévoit d’augmenter la norme maximale d’exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: «La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un accident de même niveau qu’à Fukushima, les travailleurs pourront s’occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts.»

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

«Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n’a pas le droit de les transporter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tepco  prévoit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l’espace de stockage.

«Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. Tepco prévoit de les brûler et d’en réduire la quantité, mais n’y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand.»


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le système de décontamination d’eau de la centrale de Fukushima est arrêté depuis hier, 18 mars. Selon Tepco, l’EDF japonais, une des trois lignes de décontamination du système a arrêté de fonctionner normalement lundi, ce qui a conduit la compagnie à la stopper puis à suspendre aussi par précaution les deux autres. Ce système, baptisé ALPS, est censé fonctionner depuis plusieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de rencontrer des problèmes divers. Cet équipement développé avec le groupe Toshiba est pourtant présenté comme un rouage-clé pour résoudre le problème d’eau contaminée dont regorge la centrale accidentée.

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Quand c’est plein, ça déborde. [Document Tepco]

Plus de 435 000 m3 d’eau contaminée sont actuellement stockés dans plus d’un millier de gigantesques réservoirs montés à la hâte. Tepco continue d’en faire installer entre vingt et quarante par mois pour tenter de suivre le rythme du flux continu de liquide souillé provenant des sous-sols du site et des arrosages permanents des réacteurs ravagés. La pollution de l’océan Pacifique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détectées en de multiples endroits sur les ruines des centrales, mais aussi parce que l’eau actuellement stockée finira tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été «décontaminée» par le système ALPS – car elle contiendra encore au moins du tritium.

Le directeur de la centrale, Akira Ono, a reconnu récemment se sentir démuni face à ces difficultés, et espérer que les efforts menés avec les autorités permettront d’en venir à bout. 

La prière comme dernier rempart contre la radioactivité.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…«L’Association « Fessenheim, notre Energie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de force de ce jour perpétré par des militants de Greenpeace et condamne vivement cette action. Contrairement à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action violente puisqu’il y a effraction délibérée avec des moyens importants de type terroriste, un véritable choc pour le personnel au travail. 

«L’ASFNE estime qu’il est totalement disproportionné de recourir à des méthodes de commandos pour faire passer un message quel qu’il soit. Et il est inacceptable qu’EELV, dont deux membres figurent au gouvernement, ait pu féliciter ce matin Greenpeace pour cette action illégale et anti-démocratique. Il est évident que l’absence de réelles sanctions dissuasives, après les actions similaires précédentes,
«Il faut rappeler enfin que Fessenheim a été déclarée sûre par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la seule autorité compétente. Des centaines de millions d’euros ont été investis ces dernières années pour en faire une des 1ère centrales de France dont la sûreté a été modernisée et mise aux derniers standards internationaux du moment. Une usine ne vieillit pas comme les humains ; quand un matériel nedonne plus satisfaction, on le répare ou le remplace !
«Souhaitons-nous vraiment vivre dans notre pays ce que subissent les Allemandsaprès la décision radicale de fermeture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes environnementales ? La pollution atmosphérique de ces derniers jours, en partie due aux émissions des centrales au charbon allemandes, est un exemple qui impacte tous leurs voisins. A contrario, la France fait partie des meilleurs pays européens pour ses faibles émissions de CO2… grâce à son énergie nucléaire !»

« Le dernier homme de Fukushima »

Naoto Matsumura, appelé « le dernier homme de Fukushima », vit toujours à Tomioka, petit bourg pris en étau entre les deux centrales Daii Chi et Daii Ni. Mathieu Vidard l’a rencontré lors de son passage à Paris et a diffusé ce mardi (11/3/14) son témoignage, poignant et résolu (France Inter, La tête au Carré).

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Naoto Matsumura © Antonio Pagnotta — 2014
Les dates de sa tournée européenne : du 5 au 14 mars en France. Du 15 au 22 mars en Allemagne et en Suisse. Ce 11 mars, il devait prendre la parole au Parlement européen de Strasbourg.

Agriculteur et éleveur, Naoto Mastumura a pris sa résolution de rester sur place en solidarité avec son bétail et les animaux abandonnés à leur sort. Il s’est alors trouvé devant l’alternative : manger les produits locaux – contaminés – et mourir à terme ; ou bien ne pas manger… et mourir de faim. Il a donc, depuis maintenant trois ans, refusé l’évacuation de la zone et continué à cultiver les terres et à pêcher dans les rivières radioactives, se sachant gravement contaminé, notamment au césium, et exposé à de graves maladies.

Désormais porte-drapeau de la résistance japonaise face au désastre nucléaire, Naoto Matsumural  a effectué un périple de dix jours en France pour témoigner des conséquences de la catastrophe du 11 mars 2011, lui qui se trouvait à une quinzaine de kilomètres des réacteurs qu’il a entendu exploser.

L’agriculteur japonais voit d’inquiétantes similitudes entre les scénarios français et japonais : « Au Japon, il y a 54 réacteurs, vous en avez 58. Le prochain accident nucléaire, ce sera soit au Japon, soit en France». Selon lui, la France pèche par excès de confiance dans la sûreté de ses installations, comme le Japon l’a fait par le biais de Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima. « Je pense qu’EDF estime que les centrales nucléaires françaises bénéficient d’une technique de meilleure qualité. Tepco, c’était pareil. Ils nous disaient qu’il n’y avait pas de danger, que c’était sûr… » Le-Dernier-homme-de-Fukushima

« Cet homme a un immense sens paysan », estime Antonio Pagnotta, photoreporter, auteur du Dernier homme de Fukushima (Ed. Don Quichotte). «En choisissant de rester dans sa ferme et de continuer à nourrir ses bêtes, il ne faisait pas que sauver son bétail, il sauvait le principe même de la vie dans cette zone.» L’homme fait preuve d’une « énorme compassion pour le vivant ». Shintoïste, il estime que chaque être vivant est l’égal de l’autre, et nourrit un attachement quasi viscéral à sa terre. « C’est un guerrier, il a vu les problèmes arriver bien en amont. Et il a compris que s’il avait fui ses terres comme tout le monde, il aurait perdu son honneur et sa dignité. »

A l’occasion du troisième anniversaire de la catastrophe, Naoto Matsumara a accepté l’invitation d’Antonio Pagnotta et de plusieurs militants anti-nucléaires (notamment Catherine Connan et Pierre Fetet, respectivement de Green­peace et auteur d’un blog sur Fukushima) pour ce périple de dix jours en France, passant par Fessenheim, la doyenne des centrales françaises que François Hollande a promis de fermer avant la fin 2016. 

Lire aussi :

Nucléaire. La pro­ba­bi­lité d’un acci­dent en France serait de 50% pour le parc actuel

Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance


Nucléaire. Greenpeace face à la justice et aux dangers de Tricastin

En France, trois ans après Fukushima, pointer du doigt certaines vérités sur le nucléaire est toujours mal vu par les autorités. Alors que sur le front de l’énergie, rien ne bouge, qu’on ne sait toujours pas comment François Hollande va tenir sa promesse de réduction de la part du nucléaire, que les centrales nucléaires françaises vieillissent, à l’image de Tricastin, que le risque d’accident augmente.

29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013

29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013

La centrale de Tricastin, mise en service depuis 1980elle a dépassé les 30 ans de durée de vie initialement prévue. – est exposée à de grands risques : sismiques, industriels, terroristes, d’inondation. Les conséquences d’un accident y seraient d’autant plus désastreuses que le mistral pourrait rapidement porter une contamination radioactive sur les Bouches du Rhône et la Côte d’Azur.

De plus, Tricastin a cumulé de nombreux incidents et cas de pollution [voir ici], tandis que Greenpeace a démontré la faiblesse des systèmes de protection quand  de ses militants sont parvenus jusqu’aux bâtiments des réacteurs.

De son côté, dans son rapport de 2013, l’Autorité de sûreté nucléaire a pointé de multiples insuffisances, notamment en matière de radioprotection.

Clément, 21 ans, est l’un des 29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013, et convoqués ce mardi 14 janvier au Tribunal de Valence. Le procureur a requis jusqu’à six mois de prison avec sursis, ce qui est très lourd pour une telle action, démonstrative certes, mais foncièrement pacifiste.

La vidéo ci-dessous montre l’engagement et la détermination de ce jeune militant dans cette action aussi édifiante que spectaculaire.

Le jugement sera rendu le 6 mars prochain à Valence.

> > >  Lire également sur « C’est pour dire » 


Fukushima. L’ex-président de l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, ennemi de l’intérieur

g-jaczko-nucleaire-fukushima-usaEx-président de l’autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, Gregory Jaczko vient de jeter un sacré pavé dans la mare nucléariste. « Ce qui s’est passé à Fukushima est tout simplement inacceptable » a-t-il déclaré dans un entretien évidemment repris par le réseau Sortir du nucléaire. Il n’est pas le premier à dénoncer les insupportables conséquences de tout accident nucléaire, dont l’éventualité – sinon la probabilité – n’exclut aucune installation nucléaire dans le monde. La nouveauté, en l’occurrence, vient de l’auteur de cette dénonciation, à savoir l’un des haut responsables de la sûreté nucléaire des Etats-Unis où les pronucléaires, faut-il le souligner ? le considèrent désormais comme un ennemi.


Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lanceurs d’alertes : climat, flicages numériques, corruptions en tous genres. Et nucléaire ce lundi avec les alerteurs de Greenpeace. Une fois de plus, ils ont fait leur boulot de démonstration par la preuve. EDF, l’ASN et les pouvoirs publics peuvent bien tenter de minimiser l’opération de cette nuit à la centrale de Tricastin en prétendant que les alerteurs  de Greenpeace ne sont pas parvenus dans la zone ultime de contrôle. Espèrent-ils  qu’un groupe de terroristes fassent «mieux» ?… Ainsi, au lieu de les féliciter pour organiser gratuitement et grandeur nature un exercice de crise, ils vont les poursuivre en justice !

Le site de Tricastin accueille la plus importante concentration d’industries nucléaires et chimiques de France. C’est aussi le site nucléaire le plus étendu de France, devant l’usine de retraitement de La Hague. Le site regroupe de nombreuses activités liées à la fabrication et l’exploitation du combustible nucléaire. Les premières installations sont entrées en fonctionnement au cours des années 1960 pour enrichir de l’uranium à des fins militaires. Actuellement, plus de 5 000 employés travaillent au Tricastin dans un important réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité produite par les quatre réacteurs de 900 MW sont consommés sur place, notamment par l’usine voisine d’enrichissement Eurodif. Il est prévu que le dernier tiers alimentera l’expérimentation d’ITER, quand ce réacteur à fusion nucléaire sera opérationnel – s’il le devient – dans quinze ou vingt ans, à Cadarache (Bouches-du-Rhône).

En exploitation à partir de 1960, la centrale de Tricastin est presque aussi vieille que celle de Fessenheim – que François Hollande s’est engagé à fermer. Ce que lui rappelle Greenpeace en actualisant cette promesse et en l’étendant aux installations de Tricastin, également situées sur une zone sismique. Par leurs projections d’images sur les murailles de béton, en particulier la représentation appuyée d’une fissure, l’ONG écologiste appuie aussi sur une réalité : à savoir que la plupart des enceintes de confinement des réacteurs – même épaisses d’un mètre de béton – sont plus ou moins fissurées et non étanches !

Les populations voisines se sont le plus souvent, et dans l’ensemble, habituées et résignées face aux dangers qui les menacent au quotidien. Comme dans d’autres installations nucléaires, mais à Tricastin plus particulièrement, des incidents se sont succédés ces dernières années. L’Autorité de sûreté se veut toujours rassurante en classant ces incidents dans le bas de l’échelle des risques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finance les collectivités locales à hauteur de 14 millions d’euros par an au titre de la taxe professionnelle. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui commande. Jusqu’à ce qu’un accident grave présente sa facture. Mais les accidents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tchernobyl, Fukushima

 

Lire aussi :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 


Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par GreenPeace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Photo xtcbz (Flickr)

 

L’état des réacteurs difficile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus difficile de faire un état des lieux de l’état précis de chaque réacteur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le combustible de trois des cœurs des réacteurs a fondu, au moins partiellement. Dans le réacteur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (magma résultant de la fusion des éléments du cœur d’un réacteur nucléaire, constitué du combustible nucléaire, des éléments de l’assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact.) se répand dans la partie basse de la cuve du réacteur, et ce depuis les premiers jours qui ont suivis le séisme.
Pour la piscine du réacteur n°2, Tepco a mis en place, début juin, un système de refroidissement. La mise en place de ce système est prévue pour les piscines des réacteurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la piscine n°4, un consolidation de son soutènement avec des piliers en acier est nécessaire au préalable.

La dernière mise à jour de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique sur le sujet date du … 2 juin.
Les dernières informations fournies par l’opérateur de la centrale, Tepco, manquent elles aussi de précisions les dernières mises à jour portant sur l’évacuation des eaux de refroidissement contaminées, l’état des réacteurs n’étant pas modifié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néanmoins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, reprenant les éléments fournis par Tepco, évoque une « stabilisation de la situation des réacteurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire française elle même introduit son communiqué de presse en déclarant : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. ». Les deux instances expertes en France ne semblent donc pas totalement en phase dans leurs analyses…

Ce communiqué de presse n°31 de l’ASN relève également que : « L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur percement. »

Une contamination très étendue …. qui va durer

Les dernières mesures effectuées dans la ville de Fukushima, située à soixante kilomètres de la centrale, sont franchement inquiétantes.

Les mesures de terrain et analyses de sol effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD indiquent que les retombées de césium 134 et 137 radioactif sont de plusieurs centaines de milliers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école primaire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quartier Watari. Cette irradiation ne diminuera que très lentement. Elle est due en effet principalement au césium 137 et au césium 134 dont les périodes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respectivement). Cela signifie que la radioactivité du césium 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioactivité du césium 134 ne sera abaissée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la première fois une très forte contamination au césium a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la préfecture de Fukushima au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus contaminées ne sont pas nécessairement dans la zone interdite des 20 km autour de la centrale accidentée. Cette contamination alimentaire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habitants

La population est trop exposée aux radiations !

En l’état actuel des choses, les habitants de la ville de Fukushima pourraient subir dans les douze mois à venir une irradiation externe de plusieurs milliSieverts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de cancer mortel est jugé inacceptable par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) est de 1 milliSievert par an.

À la demande de citoyens japonais, l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushima et les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerel par litre.

Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont probablement aussi été par d’autres éléments radioactifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces derniers éléments disparaissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables).

Les mesures prises par les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur

Les autorités japonaises ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fukushima de dosimètres individuels. Ces dosimètres sont chargés de mesurer la dose de radioactivité reçue par les enfants durant leur journée d’école. Pas de prévenir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesurer. Le rayon de 20 kilomètres d’évacuation totale n’a toujours pas été modifié. Dans les 10 kilomètres suivants, la population est censée à la fois « rester confinée » et vivre normalement, envoyant les enfants à l’école, munis d’un dérisoire masque de papier et de leur dosimètre.

Il faudrait évacuer les populations sur un périmètre beaucoup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des aliments doivent être contrôlés et les mesures de radioactivité bien plus fréquentes. L’élargissement de la zone est essentiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notamment est plus que nécessaire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecologie-les Verts, fondatrice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Rivasi a pu constater l’impact de la catastrophe nucléaire de Fukushima sur le quotidien et la mentalité des Japonais. Invitée par le puissant Seikatsu Club, union des consommateurs forte de 22 millions de membres, et les Verts japonais elle est notamment allée à la rencontre des familles de paysans affectés par la catastrophe.Elle revient effarée et révoltée par ce qu’elle a pu constater dans les territoires contaminés où la population continue de vivre exposée à des fortes doses d’irradiation. Trois mois après la catastrophe, le cauchemar ne fait malheureusement que commencer.

« Je reste de plus en plus convaincue que là où commence le nucléaire s’arrête la démocratie. Quand les autorités ne font pas de la désinformation, elles pêchent tout simplement par manque d’information: aucune précaution n’est prise pour protéger la santé des populations vivant en zone contaminée qui continuent de consommer les aliments contaminés, au péril de leur santé et de leur vie. J’ai appris que lors de la catastrophe, la distribution de pastilles d’iodure de potassium n’avait même pas été effectuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nombre de cancers, surtout chez les enfants.

«Qui plus est, aucune solution n’est apportée aux réfugiés de la radioactivité, ces populations exclues du périmètre des 20 kilomètres entourant la centrale. La plupart d’entre eux trouvent refuge auprès de proches, dans le périmètre de la zone d’évacuation volontaire. Aucune indemnité n’ayant encore été versée et aucun relogement n’ayant été effectué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pendant que les hommes continuent d’exercer leurs activités agricoles dans des zones contaminées. Les villageois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleurit et bourgeonne est une nature morte: ils tentent d’éviter ainsi ce que l’on appelle communément le ‘stress radiologique’ qui peut mener à des troubles psychologiques sérieux.

«Cet état de fait est facilité par la culture japonaise, une culture de soumission qui pousse les gens à contenir leurs émotions: ils s’interdisent d’exprimer leur désarroi publiquement, terrassés par la fatalité. Leur colère interne se manifeste sous la forme d’une résignation totale. En conséquence, les autorités profitent de cette faiblesse culturelle pour imposer une omerta inquiétante facilitée par l’absence de contre-pouvoirs.

«Heureusement, des groupes aidés par la CRIIRAD viennent d’être créés et visent à contrôler le niveau de radioactivité de aliments consommés: c’est un premier pas salutaire dans la lutte contre la désinformation. Pourtant la catastrophe reste permanente: l’irradiation reste tellement forte que les travaux dans la centrale peinent à évoluer et le risque d’explosion par hydrogène dans les réacteurs endommagés reste important. Le pire peut toujours subvenir. »

Site de Michèle Rivasi : http://www.michele-rivasi.eu/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
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    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

      tcherno2-2-300x211

      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
      Licence Creative Commons

    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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    • Salut cousin !

      Je doute donc je suis - gp

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