On n'est pas des moutons

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Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeu­di matin à l’intérieur du périmètre de la cen­trale nucléaire de Cat­tenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des mil­i­tants de Green­peace ont une fois de plus dénon­cé, en les démon­trant, la fragilité et l’accessibilité de ces instal­la­tions haute­ment radioac­tives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du com­bustible nucléaire usé, bâti­ment par­ti­c­ulière­ment vul­nérable puisque con­stru­it selon des normes ordi­naires d’entrepôts indus­triels.

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Cette opéra­tion vient tout à pro­pos illus­tr­er un rap­port d’experts indépen­dants 1 qui met en cause la sécu­rité des instal­la­tions nucléaires français­es et belges en pointant du doigt leur vul­néra­bil­ité face aux risques d’attaques extérieures. Ces experts sont par­ti­c­ulière­ment inqui­ets con­cer­nant cer­taines instal­la­tions des cen­trales français­es : les piscines d’entreposage des com­bustibles nucléaires usés. Alors qu’elles peu­vent con­tenir le vol­ume de matière radioac­tive le plus impor­tant au sein des cen­trales, ces piscines sont très mal pro­tégées ; elles con­stituent une épée de Damo­clès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endom­magée et qu’elle perd son eau, le com­bustible n’est plus refroi­di et c’est le début d’un acci­dent nucléaire : de la radioac­tiv­ité s’échappe mas­sive­ment dans l’atmosphère, avec des con­séquences radi­ologiques très graves.

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Le point faible des cen­trales, les piscines d’entreposage du com­bustible. Ici, à Fes­sen­heim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cli­quer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les acci­dents sont rel­a­tive­ment rares, leurs impacts sur la pop­u­la­tion, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroy­ables. La France n’est pas à l’abri. Les acci­dents les plus graves jamais enreg­istrés sont ceux de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) et de Fukushi­ma (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres acci­dents ont eu lieu aux États-Unis et au Roy­aume-Uni par exem­ple.

Les acci­dents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la cen­trale de St-Lau­rent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octo­bre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des com­bustibles ont fusion­né dans un des réac­teurs de la cen­trale. D’autres acci­dents nucléaires aus­si graves ont été évités de justesse dans d’autres cen­trales.

Certes, les inci­dents de niveau 2 ou 3 sont rel­a­tive­ment rares en France : l’incendie d’un silo de stock­age à La Hague en 1981, une mau­vaise vis dans le sys­tème de pro­tec­tion de Grav­e­lines en 1989, l’inondation de la cen­trale du Blayais en 1999, la perte de plu­to­ni­um à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du con­trôle du nucléaire en France, recon­naît que plusieurs cen­taines d’écarts de niveau 0 et une cen­taine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les inci­dents qui se sont pro­duits sur les sites du Tri­c­as­tin en 2008 et de Grav­e­lines en 2009 relèvent, offi­cielle­ment, de cette caté­gorie 1.

Vu le nom­bre de réac­teurs nucléaires en France (58) et d’installations néces­saires à leur fonc­tion­nement, tous les Français sont con­cernés par ce risque, mais aus­si les habi­tants des pays voisins, en rai­son de l’emplacement de cer­taines cen­trales nucléaires proches des fron­tières : Grav­e­lines et Chooz à côté de la Bel­gique, Fes­sen­heim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aus­si sous la men­ace du Bugey) ou encore Cat­tenom en Lor­raine, à deux pas du Lux­em­bourg.

Avec un parc nucléaire vieil­lis­sant et mal pro­tégé, la pro­duc­tion d’électricité est aujourd’hui syn­onyme de dan­ger en France. Green­peace, toute­fois, ne se voudrait pas fatal­iste. L’organisation écol­o­giste veut croire (ou fait sem­blant) qu’EDF peut encore faire le choix de se pass­er du nucléaire et de dévelop­per les éner­gies renou­ve­lables. « Plutôt que d’investir des dizaines de mil­liards dans le rafis­to­lage de vieux réac­teurs, estime Green­peace, et de pro­duire des déchets qui res­teront radioac­t­ifs pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, EDF peut décider d’investir dans des éner­gies qui sont sûres, pro­pres et désor­mais bon marché. Deman­dons à EDF de sor­tir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nou­veau répétée hier dans les médias, dès la pub­li­ca­tion du rap­port de Green­peace. Ils ont ressor­ti leur dogme – infail­li­ble par déf­i­ni­tion – selon lequel l’électricien ne cesse de ren­forcer ses sys­tèmes sécu­ri­taires autour de ses cen­trales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait vol­er en éclats spec­tac­u­laires ces pieuses et incon­séquentes cer­ti­tudes.

Notes:

  1. « La sécu­rité des réac­teurs nucléaires et des piscines d’entreposage du com­bustible en France et en Bel­gique, et les mesures de ren­force­ment asso­ciées », octo­bre 2017. Con­tribu­teurs du rap­port : Oda Beck­er (Alle­magne), Manon Besnard (France), David Boil­ley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gor­don MacK­er­ron (Roy­aume-Uni), Yves Mari­gnac (France), et Jean-Claude Zer­bib (France). Rap­port com­mandé par Green­peace France.
  2. Green­peace lance une péti­tion en direc­tion d’EDF. On peut la sign­er ici.
  3. EDF dit avoir engagé un mon­tant de 700 mil­lions d’euros pour ren­forcer la sur­veil­lance des instal­la­tions. On voit leur effi­cac­ité… Quant à pro­téger réelle­ment les piscines de stock­age, cela se chiffr­erait en plusieurs dizaines de mil­liards. Déjà dans le rouge financier, EDF n’en a pas les moyens et se trou­ve lit­térale­ment dans l’impasse.

Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En prove­nance du Japon, la nou­velle n’a pas ému nos médias : la région où se trou­ve la plus puis­sante cen­trale atom­ique du monde, Kashi­waza­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être dirigée par un gou­verneur anti­nu­cléaire. Ce qui rebat les cartes de l’énergie atom­ique – pas seule­ment au Japon.

Ryuichi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­porté, hier dimanche, les élec­tions dans la pré­fec­ture de Niiga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­verneur étant req­uise pour la remise en ser­vice des réac­teurs arrêtés depuis Fukushi­ma, cette nou­velle donne con­stitue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espérait sauver ses finances en relançant ces sept réac­teurs, les seuls lui restant après l’arrêt des deux cen­trales de Fukushi­ma, suite à la cat­a­stro­phe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nikkei : -7,89% à 385 yens).

La cen­trale de Kashi­wasa­ki avait été sérieuse­ment bous­culée par un impor­tant séisme en juil­let 2007 qui avait provo­qué un incendie et des fuites d’eau radioac­tive. Depuis, alors que la cen­trale est tou­jours à l’arrêt, huit incendies se sont déclarés dans les dif­férentes unités [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les autorités ont don­né le feu vert en févri­er 2009 pour le redé­mar­rage (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

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La cen­trale nucléaire de Kashi­wasa­ki a frôlé le désas­tre lors du séisme du 16 juil­let 2007 qui a provo­qué un incendie et des fuites d’eau radioac­tive pré­fig­u­rant la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence inter­na­tionale pour l’énergie atom­ique (AIEA) avait alors dépêché une mis­sion dirigée par le Français Philippe Jamet, haut dirigeant de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Le rap­port pub­lié s’était con­tenté de quelques recom­man­da­tions anodines, assur­ant que les cen­trales japon­ais­es pou­vaient résis­ter à tout événe­ment sis­mique ou cli­ma­tique. La cat­a­stro­phe de Fukushi­ma a dra­ma­tique­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléaires japon­ais sont en ser­vice mais le gou­verne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pronu­cléaire) Shin­zo Abe use de toutes les pres­sions pour essay­er d’obtenir la redé­mar­rage d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la pop­u­la­tion.

Ces réou­ver­tures sont con­tre­car­rées par des déci­sions de jus­tice ou par le veto de cer­tains gou­verneurs régionaux. Voilà pourquoi l’élection de Ryuichi Yoneya­ma à la tête de la région de Niiga­ta est un coup ter­ri­ble porté aux pro­jets fous des pronu­cléaires (et au cours en bourse de Tep­co) : ce courageux nou­veau gou­verneur va refuser la remise en ser­vice des sept réac­teurs de Kashi­wasa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japon­ais en ser­vice devront s’arrêter pour main­te­nance et, comme ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­nera à nou­veau avec 0% de nucléaire. Si 130 mil­lions de Japon­ais peu­vent vivre sans nucléaire, com­ment pré­ten­dre encore que c’est “impos­si­ble” pour deux fois moins de Français ? 2

Notons encore que cette élec­tion et ses con­séquences con­stituent une mau­vaise nou­velle pour les nucléaristes français – entre autres – et en par­ti­c­uli­er pour EDF et Are­va qui mis­ent sur le retour de la droite au pou­voir pour relancer leur offen­sive sur le marché mon­di­al de l’énergie, y com­pris en France, bien enten­du !

C’est vraisem­blable­ment pour cette rai­son de prospec­tive poli­tique (pour ne pas dire de prob­a­bil­ité) qu’EDF s’est engagée, dans un con­trat fran­co-chi­nois, à livr­er à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­page du cal­en­dri­er et des coûts – deux réac­teurs nucléaires EPR de 1 650 mégawatts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chantiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise française sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut pren­dre la mesure de cette arro­gance lors d’un débat télévisé de « C dans l’air » dif­fusé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait sec­oué la cen­trale de Kashi­wasa­ki. Débat auquel par­tic­i­pait Stéphane Lhomme, de l’Obser­va­toire du Nucléaire, pré­con­isant la fer­me­ture d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on voulait éviter un nou­veau Tch­er­nobyl. Aver­tisse­ment bien sûr non pris en compte. À peine qua­tre ans plus tard, c’était Fukushi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on ressort le con­tre argu­ment de l’effet cli­ma­tique (tant nié par les mêmes avant son évi­dence) provo­qué par les éner­gies fos­siles. Tan­dis que le “tout nucléaire” a freiné le développe­ment, en France notam­ment, des éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables.

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asanu­ma-Brice, chercheure en soci­olo­gie urbaine rat­tachée au cen­tre de recherche de la Mai­son Fran­co Japon­aise de Tokyo.

A Kumamo­to (pré­fec­ture au sud du Japon), sec­oué par des séismes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­verne­ment japon­ais joue un bras de fer bien risqué avec les élé­ments naturels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­tenir en activ­ité la cen­trale nucléaire de Sendai à 140 km de là, génère la colère des Japon­ais. Cette cen­trale, com­posée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toire japon­ais en août 2015, depuis le séisme accom­pa­g­né d’un tsuna­mi qui avait engen­dré la fonte des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Fukushi­ma Dai­ichi en mars 2011.

La cen­trale de Sendai, bien que con­stru­ite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Tohoku [région du tsuna­mi de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gou­verne­ment japon­ais serait de mon­tr­er que les nou­velles normes sont viables et per­me­t­tent de résis­ter aux plus forts séismes, redonnant un élan à la poli­tique de redé­mar­rage des cen­trales nucléaires qui ren­con­tre de fortes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fukushi­ma, entière­ment dédié à la cat­a­stro­phe de 2011.


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se garder de son enne­mi du dedans, ce dia­blotin qui le pousse à trop se mon­tr­er. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en par­lotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Surtout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque com­pé­tence idoine. Notam­ment sur le nucléaire. C’est ain­si qu’il se prend une bonne raclée (salu­taire ?), infligée par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que rester sidéré par le texte de Michel Onfray, pub­lié par Le Point 1, par lequel il démon­tre son igno­rance totale de la ques­tion du nucléaire… ce qui ne l’empêche pas de pren­dre ardem­ment posi­tion en faveur de cette énergie. C’est d’ailleurs prob­a­ble­ment parce qu’il n’y con­naît rien qu’il prend cette posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de con­tester le libre-arbi­tre de M. Onfray qui peut bien être favor­able à l’atome (tout le monde a le droit de se tromper), mais de rec­ti­fi­er les erreurs les plus impor­tantes qu’il com­met en s’exprimant sur cette ques­tion. Nous pointons en par­ti­c­uli­er le texte “Cat­a­stro­phe de la pen­sée cat­a­strophiste”, pub­lié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma. Voyons cela à tra­vers quelques extraits :

On se rap­proche du 30e anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl, tan­dis qu’on vient de dépass­er le 5e de celle de Fukushi­ma. Rap­pelons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les con­séquences de tels désas­tres nucléaires.

Michel Onfray : “A défaut de pét­role, et dans la per­spec­tive de l’épuisement des éner­gies fos­siles comme le char­bon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une pos­si­bil­ité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile.”

Stéphane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité française, le nucléaire n’a jamais cou­vert plus de 17% de la con­som­ma­tion nationale d’énergie : même poussé à son max­i­mum (jusqu’à devoir brad­er les sur­plus à l’exportation), l’atome ne représente qu’une petite part de l’énergie française, loin der­rière le pét­role et le gaz et il est donc bien inca­pable d’assurer une quel­conque “indépen­dance énergé­tique”. Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la total­ité de l’uranium (le com­bustible des cen­trales) est importée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : “Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une poli­tique africaine cynique et machi­avéli­enne.”

SL : On s’étonnera de la curieuse indul­gence que Onfray accorde à la “poli­tique africaine cynique et machi­avéli­enne” : pour le philosophe hédon­iste, tout serait donc bon pour nour­rir nos belles cen­trales nucléaires ? Le pil­lage et la con­t­a­m­i­na­tion du Niger, l’assèchement des nappes phréa­tiques locales, le déplace­ment de pop­u­la­tions ances­trales, la mil­i­tari­sa­tion de la région : sim­ple “revers de la médaille” ?

On s’étonnera encore plus de voir le philosophe mêler allè­gre­ment cette pré­ten­due “indépen­dance” et la dite poli­tique africaine : s’il y a “indépen­dance” de la France, com­ment peut-elle pass­er par l’Afrique ? A ce compte, la France est “indépen­dante” pour sa con­som­ma­tion de pét­role puisqu’elle entre­tient de bonnes rela­tions avec la dic­tature d’Arabie Saou­dite. Mais le fes­ti­val con­tin­ue :

Michel Onfray : “On ne trou­ve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rèze…”

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rèze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploité dans le pays des cen­taines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toire est encore large­ment con­t­a­m­iné  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais importé (pil­lé), c’est que la pop­u­la­tion française ne tolèr­erait plus aujourd’hui cette activ­ité et ses nui­sances dra­ma­tiques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quelque part en France et vous ver­rez immé­di­ate­ment les riverains se mobilis­er avec la dernière énergie, à com­mencer par les pronu­cléaires (qui con­nais­sent mieux que per­son­ne, eux, les rav­ages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on con­tin­ue tran­quille­ment de piller le Niger, où les man­i­fes­ta­tions anti-Are­va sont réprimées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émou­voir le philosophe pronu­cléaire qui con­tin­ue à s’enfoncer :

Michel Onfray : “Le pho­to­voltaïque, la bio­masse, l’éolien, l’hydraulique fonc­tion­nent en appoint mais ne suff­isent pas à répon­dre à la total­ité du con­sid­érable besoin d’énergie de nos civil­i­sa­tions.

SL : Les éner­gies renou­ve­lables seraient donc bien sym­pa­thiques, mais telle­ment faibles com­parées à ce cher atome. Il suf­fit pour­tant de se reporter aux don­nées les plus offi­cielles, par exem­ple l’édition 2013 (la dernière en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (pub­lié par l’Agence inter­na­tionale de l’énergie), en con­sul­ta­tion libre 4 : on con­state alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueil­lir les don­nées exactes), les éner­gies renou­ve­lables pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­di­ale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin con­tinu depuis 2001 — c’est à dire bien avant Fukushi­ma — quand l’atome avait atteint son max­i­mum : 17%.

Or c’est pré­cisé­ment en 2011 qu’a com­mencé la cat­a­stro­phe nucléaire au Japon, avec la fer­me­ture des 54 réac­teurs du pays, suiv­ie de la fer­me­ture défini­tive de 8 réac­teurs en Alle­magne, mais aus­si dernière­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop élevé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mon­di­ale est passée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­lables font donc plus du dou­ble.

La réal­ité est encore plus édi­fi­ante lorsqu’on regarde l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tric­ité : le nucléaire cou­vre moins de 2% de la con­som­ma­tion mon­di­ale d’énergie quand les renou­ve­lables (prin­ci­pale­ment hydroélec­tric­ité et bio­masse) sont à plus de 13%. On pour­ra certes se désol­er de ce que le trio pét­role-gaz-char­bon représente 85% du total mais, s’il existe une alter­na­tive, elle vient bien des renou­ve­lables, dont la part aug­mente con­tin­uelle­ment, et cer­taine­ment pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une énergie “d’appoint”, comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de causer des prob­lèmes gigan­tesques (cat­a­stro­phe, déchets radioac­t­ifs, pro­liféra­tion à des fins mil­i­taires, etc.) en échange d’une con­tri­bu­tion nég­lige­able à l’énergie mon­di­ale.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cuter ici des tares respec­tives des dif­férentes éner­gies (si tant est que celles des renou­ve­lables puis­sent être com­parées à celles, effroy­ables, de l’atome), il s’agit de mon­tr­er que le raison­nement du philosophe s’appuie sur des don­nées totale­ment fauss­es, et même invers­es à la réal­ité (comme si “le réel n’avait pas lieu”…), ce qui ne lui per­met évidem­ment pas d’aboutir à des con­clu­sions lumineuses.

Michel Onfray : “Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans élec­tric­ité ?

SL : Il est triste de voir le philosophe se laiss­er aller à des argu­ments si éculés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suf­fit de se reporter au point précé­dent pour con­stater l’absurdité de cette remar­que. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : “Avec la cat­a­stro­phe japon­aise, la ten­ta­tion est grande de renon­cer à la rai­son. Les images télévisées mon­trent le cat­a­clysme en boucle…”. Le philosophe stig­ma­tise les irre­spon­s­ables selon lesquels “Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de suite les cen­trales et de se met­tre aux éner­gies renou­ve­lables demain matin”.

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­trale nucléaire cen­sée résis­ter à tout, les Japon­ais étant présen­tés jusqu’alors comme les maîtres de la con­struc­tion anti­sis­mique, la “rai­son” serait de rejeter toute mise en cause de cette façon de pro­duire de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japon­ais ont “cédé à l’émotion” de façon par­faite­ment “irra­tionnelle” en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exem­ple pour la France et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le pre­mier min­istre ultra­na­tion­al­iste Shin­zo Abe choisit la pré­ten­due “rai­son” en exigeant la remise en ser­vice de cer­taines cen­trales. Mais la pop­u­la­tion (la rai­son pop­u­laire ?) s’y oppose frontale­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait “irra­tionnelle”, à être à nou­veau irradiée ?

Michel Onfray : “Or il nous faut penser en dehors des émo­tions. La cat­a­stro­phe fait par­tie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la cat­a­stro­phe naturelle”. RAPPEL :Tch­er­nobyl procède (…) de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civ­il en tant que tel.” (Fééries anatomiques, 2003)

SL : Cet argu­men­taire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire pro­fondé­ment ridicule : “Tch­er­nobyl c’est la faute aux Sovié­tiques, Fukushi­ma, c’est la faute au tsuna­mi”. Le nucléaire et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Toute­fois, prob­a­ble­ment con­scient de la faib­lesse du raison­nement, Onfray invente le con­cept de cat­a­stro­phe “naturelle”… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray : “Les Japon­ais ont fait pren­dre des risques con­sid­érables à l’humanité et à la planète. (…) Si l’on bâtit 17 cen­trales nucléaires, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­di­en­nement sujet aux sec­ouss­es sis­miques, il faut bien que cette cat­a­stro­phe naturelle inévitable soit ampli­fiée par la cat­a­stro­phe cul­turelle évitable qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bombes atom­iques japon­ais­es poten­tielles…”

SL : Voilà qui fait penser à Sarkozy assur­ant qu’une cat­a­stro­phe nucléaire ne pou­vait se pro­duire à la cen­trale de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsunamis. Or il existe de mul­ti­ples caus­es pos­si­bles pour aboutir à une cat­a­stro­phe nucléaire, qu’il s’agisse de fac­teurs naturels (séismes, tsunamis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de con­cep­tion, de main­te­nance, d’exploitation, etc.).

Il est en réal­ité par­faite­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japon­ais, l’Agence inter­na­tionale pour l’énergie atom­ique (AIEA) ayant régulière­ment validé les mesures de sûreté face à tous les risques, y com­pris celui du tsuna­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un vio­lent séisme qui, en juil­let 2007, avait pré­fig­uré Fukushi­ma en met­tant à mal la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashi­wasa­ki : c’est hélas un haut dirigeant de l’Autorité de sûreté française qui avait alors dirigé une mis­sion de l’AIEA et décrété que les cen­trales japon­ais­es pou­vaient con­tin­uer à fonc­tion­ner sans risque 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fukushi­ma à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arrivés à la con­clu­sion que les cen­trales résis­teraient à un séisme et/ou un tsuna­mi. Les humains sont fail­li­bles par essence, ils se met­tent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une rai­son pour ne rien faire, mais c’est assuré­ment une bonne rai­son pour se pass­er des cen­trales nucléaires (et des bombes atom­iques) qui représen­tent un dan­ger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susurré depuis 40 ans par la CGT-énergie :

Michel Onfray : “Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplo­matie et la poli­tique étrangère qui échap­pent au pou­voir du peu­ple, les élites ren­dent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­nement : il doit cess­er d’être un reli­quat monar­chique pour devenir une affaire répub­li­caine.”

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les salariés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci deviendrait mirac­uleuse­ment “sûre”. C’est à nou­veau oubli­er que l’être humain est par nature fail­li­ble, mais c’est aus­si oubli­er que la pop­u­la­tion n’a en grande majorité aucune inten­tion de se trans­former en exploitant nucléaire ! Les mal­heureux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent instru­men­tal­isés par les atom­istes, lesquels accusent les anti­nu­cléaires de vouloir main­tenir des mil­liards de gens dans la mis­ère. Mais les pau­vres aus­si savent se ren­seign­er et s’organiser et, s’ils veu­lent bien l’électricité, ils rejet­tent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les man­i­fes­ta­tions anti­nu­cléaires ultra-mas­sives en Inde, tant con­tre un pro­jet de cen­trale russe que con­tre celui du français Are­va 6.

Con­clu­sion :

Michel Onfray : “L’énergie nucléaire n’a jamais causé aucun mort : Hiroshi­ma et Nagasa­ki, puis Tch­er­nobyl procè­dent du délire mil­i­taire améri­cain, puis de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civ­il en tant que tel.” (Féeries anatomiques, 2003)

SL : On retrou­ve ici exacte­ment le même genre d’arguments que ceux de la tris­te­ment célèbre Nation­al Rifle Asso­ci­a­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assure que pis­to­lets et fusils ne tuent per­son­ne, la faute étant exclu­sive­ment celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs formelle­ment exact, formelle­ment mais stu­pide­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les crimes de masse jusque dans les écoles améri­caines. Pour revenir à nos mou­tons, on pour­ra accorder à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléaire n’a tué per­son­ne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voilà bien avancés.

Mais notre pro­pos n’est pas de rivalis­er avec Michel Onfray : si jamais il lit cette mod­este mise au point, peut-être acceptera-t-il de se ren­seign­er un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­di­ale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les cen­trales et leur pré­ten­due “accep­ta­tion” par la pop­u­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chance de fréquenter l’Université pop­u­laire de Caen mais qui parvient néan­moins à s’informer et à penser col­lec­tive­ment.

Stéphane Lhomme 
Obser­va­toire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

Fukushima, cinq ans après : “Ça s’arrose” à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fukushi­ma, trente après Tch­er­nobyl, « ça s’arrose » !… On aimerait en rire, si ces deux anniver­saires n’étaient syn­onymes de drames et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopéra­tive d’Europe Écolo­gie-Les Verts organ­ise une soirée Fukushi­ma (pro­gramme ci-con­tre) afin de rap­pel­er que, par ses con­séquences incal­cu­la­bles et son étale­ment dans la durée, une cat­a­stro­phe nucléaire n’est com­pa­ra­ble à aucune autre cat­a­stro­phe indus­trielle ou naturelle.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bruno Bous­sagol pour l’organisation de 1 000 évène­ments cul­turels en France pour com­mé­mor­er les 5 ans de Fukushi­ma et les 30 ans de Tch­er­nobyl, la coopéra­tive EELV PACA organ­ise à Mar­seille à l’Éco­mo­tive, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soirée cul­turelle Fukushi­ma, à entrée libre mais lim­itée en nom­bre de places.

acteurs_réacteursAu pro­gramme :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­ture théâ­tral­isée d’extraits de la pièce d’Alain Per­sat “Acteurs Réac­teurs”, créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­tives aux éner­gies nucléaires et fos­siles, qui peu­vent être mis­es en œuvre à l’échelle d’une famille ou d’une col­lec­tiv­ité. Vers 20h 30, repas bio végé­tarien et local autour d’une grande table.

Pré-réser­va­tion néces­saire ici.

Un rap­pel salu­taire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notam­ment avec le pro­jet de pro­longer de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc français vieil­lis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­manville en cours de con­struc­tion prob­lé­ma­tique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Lux­em­bourg deman­dent la fer­me­ture à court terme des cen­trales frontal­ières de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­tenom. Au moment encore où EDF se voit ploy­er sous la charge finan­cière cumulée de trois « héritages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise par­tielle des activ­ités d’Areva – et de sa fail­lite ; casse-tête des EPR en pro­jet (Grande-Bre­tagne, Chine) et en con­struc­tion plus que prob­lé­ma­tique (Fin­lande, France) – avec démis­sion du directeur financier de l’électricien…

La bonne nou­velle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tric­ité si apparem­ment “com­péti­tive” va aug­menter sale­ment dans les mois et années qui vien­nent (de 30 à 50 % !). Bonne nou­velle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoil­era dans sa réal­ité crue face aux éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables. Dès lors, les choix énergé­tiques appa­raîtront sans doute, il faut l’espérer, plus évi­dents.

Fukushi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la piscine de dés­ac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­trale nucléaire japon­aise de Fukushi­ma Dai­ichi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsuna­mi. Des incendies suiv­is d’explosions vont con­tribuer à ruin­er défini­tive­ment les instal­la­tions et relâch­er des quan­tités mas­sives d’effluents radioac­t­ifs gazeux et liq­uides.

Toute une région s’est trou­vée ruinée : pop­u­la­tion évac­uée, con­t­a­m­i­na­tion des per­son­nes, des ani­maux et des plantes; agri­cul­ture et pêche ruinées, ter­res con­t­a­m­inées par la radioac­tiv­ité, rejets tox­iques dans l’air et dans la mer. Les con­séquences d’une telle cat­a­stro­phe sont humaine­ment inac­cept­a­bles.

Sur les 300 000 per­son­nes de la pré­fec­ture de Fukushi­ma qui ont évac­ué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chiffres de la Croix-Rouge, approx­i­ma­tive­ment 1 600 morts seraient liées aux con­di­tions d’évacuation, comme l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­raire, l’épuisement dû aux déplace­ments, l’aggravation de mal­adies exis­tantes con­séc­u­tives à la fer­me­ture d’hôpitaux, les sui­cides, etc. Un éval­u­a­tion qui est com­pa­ra­ble aux 1 599 décès directe­ment causés par le séisme et le tsuna­mi dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, en 2011. De nom­breuses munic­i­pal­ités refusent d’indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas per­turber les futures pro­jec­tions de demande d’indemnisation des familles pour le pretium doloris.

Out­re ces décès dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, on compte 869 décès dans la pré­fec­ture de Miya­gi et 413 dans celle d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­ture de Fukushi­ma, 150 000 per­son­nes étaient encore « réfugiées ». Selon la Croix-Rouge, out­re leurs con­di­tions de vie dif­fi­ciles, ces réfugiés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bil­ité d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wikipedia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils François et moi-même – saisi au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anniver­saire de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) par la pub­li­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 événe­ments cul­turels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tch­er­nobyl).

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Nous nous sommes donc lancés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu mod­éré l’élan avant de pass­er au papi­er d’édition…D’où cet appel à soutenir l’initiative. D’où cette souscrip­tion afin recueil­lir les fonds néces­saires à la pub­li­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ticiper en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tron­ique sécurisée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adress­er un chèque ou un bil­let à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Moulet 13006 Mar­seille.

En con­tribuant pour 20 euros, vous recevrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­derons alors votre adresse postale par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous recevrez autant d’exemplaires que de tranch­es de 20 euros. Vous fig­ur­erez aus­si dans la liste des souscrip­teurs et serez tenus au courant des étapes de fab­ri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-dessus, vous trou­verez plus d’information sur cette créa­tion de qual­ité, à tirage lim­ité. Les pho­tos, pris­es en Provence et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

François et Gérard Pon­thieu


Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

Le réac­teur numéro 1 de la cen­trale de Sendai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heure française]”, a annon­cé, ce mar­di 11 août, un porte-parole de la com­pag­nie japon­aise Kyushu Elec­tric Pow­er. Ain­si, qua­tre ans et cinq mois après la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma, en mars 2011, les autorités japon­ais­es passent out­re l’opposition de la pop­u­la­tion nip­pone, tou­jours trau­ma­tisée. Selon des sondages, 60 % des Japon­ais demeurent hos­tiles à l’énergie nucléaire.

Souhaitée par le gou­verne­ment con­ser­va­teur, cette remise en ser­vice d’installations nucléaires est d’abord motivée par des raisons économiques. Le Japon con­naît depuis 2011 d’importants déficits com­mer­ci­aux dus en grande par­tie à la fac­ture d’hydrocarbures pour ali­menter les cen­trales ther­miques. Des argu­ments… écologiques sont aus­si mis en avant, sur le reg­istre de la réduc­tion des gaz à effet de serre émis par les cen­trales au gaz, au pét­role ou au char­bon.

Mais les Japon­ais restent majori­taire­ment hos­tiles à ce redé­mar­rage – qui inter­vient en plein dans les vacances d’été – et à quelques jours des céré­monies du soix­ante-dix­ième anniver­saire des bom­barde­ments d’Hiroshima et de Nakasa­ki. Nao­to Kan, pre­mier min­istre au moment de Fukushi­ma, devenu depuis l’un des plus vir­u­lents opposants au nucléaire, a qual­i­fié cette mise en ser­vice d’”erreur”. Des man­i­fes­ta­tions ont été organ­isées aux portes de la cen­trale de Sendai et devant la rési­dence du pre­mier min­istre, à Tokyo. “Les leçons de Fukushi­ma n’ont pas été tirées”, a dénon­cé l’un des con­seillers munic­i­paux de Sat­sumasendai. Le réac­teur de Sendai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vice, tan­dis qu’une ving­taine se pré­par­ent aus­si à redé­mar­rer.

Ce sig­nal était évidem­ment atten­du des milieux nucléaristes de la planète sur laque­lle quelque 76 réac­teurs nucléaires sont en chantier… Tout va bien.

• À lire, le blog français entière­ment dédié à Fukushi­ma et ses suites : http://www.fukushima-blog.com/


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaîne humaine dans la val­lée du Rhône — Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion énergé­tique sans nucléaire !

Pro­gramme et itinéraire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sin­istre anniver­saire que ce qua­trième mar­quant la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de terre d’une mag­ni­tude 9 se pro­duit, endom­mageant la cen­trale nucléaire de Fukushi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres générée par le séisme atteint la cen­trale de Fukushi­ma Dai­ichi, con­stru­ite à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Pour Fukushi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait con­stru­it un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsuna­mi de 5,7 mètres de haut max­i­mum. Trois des six réac­teurs se met­tent à l’arrêt automa­tique. Tan­dis que les sys­tèmes de refroidisse­ment tombent en panne, ain­si que les groupes élec­trogènes de sec­ours.

Et c’est la cat­a­stro­phe majeure : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incendies des enceintes 1 à 4, dis­per­sions radioac­tives dépas­sant 300 fois la norme admis­si­ble, con­t­a­m­i­na­tion sur un ray­on de plus de 80 km, déplace­ment de mil­liers de riverains, rejet d’eau forte­ment radioac­tive dans le Paci­fique, sit­u­a­tion incon­trôlable de l’ensemble des instal­la­tions – et nulle­ment sta­bil­isée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été amenés sur place – dans des con­di­tions cri­tiques, et très cri­tiquées – pour ten­ter de “col­mater les brèch­es” d’un chantier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voici un instan­ta­né con­cer­nant la sit­u­a­tion des “lqui­da­teurs” de Fukushi­ma, telle que rap­portée par le blog Fukushi­ma 福島第 con­sacré entière­ment à la cat­a­stro­phe nucléaire et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sin­istre

Le 19 jan­vi­er, à la cen­trale nucléaire n°1 de Fukushi­ma, un tra­vailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la cen­trale nucléaire n° 2, le 20 jan­vi­er, un autre tra­vailleur est mort égale­ment, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novem­bre, 40 tra­vailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus impor­tant que l’année dernière.

Main­tenant, dans la cen­trale nucléaire n°1, tra­vail­lent chaque jour 6.000 per­son­nes. Il manque non seule­ment des forces de tra­vail, mais aus­si la qual­ité du tra­vail. Un tra­vailleur témoigne : “Il manque certes des tra­vailleurs, mais tout aus­si grave est le manque de tra­vailleurs expéri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvri­ers expéri­men­tés qui tra­vail­laient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépassée. Main­tenant, la poli­tique de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­si­ble et à moin­dre coût. Sa poli­tique axée sur le seul prof­it engen­dre des acci­dents.”

Extrait d’un arti­cle paru dans le jour­nal Fukushi­ma Min­jū le 11 décem­bre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux sub­venir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait dif­fi­cile de la nour­rir”, a déclaré un homme de 50 ans qui tra­vaille à la cen­trale n°1 depuis trois ans déjà. Aupar­a­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de con­struc­tion de réser­voirs pour l’eau con­t­a­m­inée, mais main­tenant il trans­porte l’eau con­t­a­m­inée qui s’est accu­mulée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

La radioac­tiv­ité dans la cen­trale est encore si forte qu’il porte un vête­ment de pro­tec­tion et un masque qui lui cou­vre toute la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se déplac­er facile­ment, c’est pourquoi un tra­vail d’une heure et demie est sa lim­ite mais, en rai­son de la longueur des procé­dures pour pénétr­er dans l’usine et en sor­tir et à cause des pré­parat­ifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son apparte­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­trale, et il ren­tre chez lui seule­ment dans la soirée. Il partage sa cham­bre avec quelques per­son­nes. […]

Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 mil­lisiev­ert de radioac­tiv­ité. Il est légale­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être exposés à un max­i­mum de 50 mil­lisiev­erts par an, cepen­dant de nom­breuses entre­pris­es ont leur pro­pre norme par exem­ple de 20 mil­lisiev­erts, donc s’il tra­vaille et se trou­ve exposé à ce rythme, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le pub­lic a com­mencé  à se dés­in­téress­er de l’accident nucléaire, mais des travaux plus dan­gereux se mul­ti­pli­eront cer­taine­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je souhaite que l’on puisse con­naître ce fait “.”

Craintes de maladies

Tep­co a enquêté chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­trale nucléaire n°1 en août et sep­tem­bre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­trale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une mal­adie due à la radioac­tiv­ité. Le min­istère a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­trales ont davan­tage de risques de can­cers de la vessie, du poumon et du phar­ynx lorsqu’ils sont exposés à plus de 100 mil­lisiev­erts.

Cepen­dant il est étrange que l’Autorité de régu­la­tion nucléaire prévoit d’aug­menter la norme max­i­male d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­lisiev­erts. Le respon­s­able a dit: “La norme inter­na­tionale est com­prise entre 250 et 500 mil­lisiev­erts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un acci­dent de même niveau qu’à Fukushi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion max­i­male de 250 mil­lisiev­erts.”

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

Main­tenant, on a com­mencé à déman­tel­er les qua­tre réac­teurs de la cen­trale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réac­teurs détru­its et arbres abat­tus pour faire place aux réser­voirs sont forte­ment radioac­t­ifs. On n’a pas le droit de les trans­porter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  prévoit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets con­t­a­m­inés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont com­mencé à arriv­er, qui occu­pent 60% de l’espace de stock­age.

Les tra­vailleurs des cen­trales por­tent un casque, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plusieurs autres effets. On réu­tilise casques,masques et chaus­sures, mais on jette les autres arti­cles. On les met  dans de grandes caiss­es et on en fait des mon­tic­ules à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co prévoit de les brûler et d’en réduire la quan­tité, mais n’y parvien­dra pas, car le nom­bre de tra­vailleurs est de plus en plus grand.”


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tème de décon­t­a­m­i­na­tion d’eau de la cen­trale de Fukushi­ma est arrêté depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japon­ais, une des trois lignes de décon­t­a­m­i­na­tion du sys­tème a arrêté de fonc­tion­ner nor­male­ment lun­di, ce qui a con­duit la com­pag­nie à la stop­per puis à sus­pendre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tème, bap­tisé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plusieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de ren­con­tr­er des prob­lèmes divers. Cet équipement dévelop­pé avec le groupe Toshi­ba est pour­tant présen­té comme un rouage-clé pour résoudre le prob­lème d’eau con­t­a­m­inée dont regorge la cen­trale acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça débor­de. [Doc­u­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau con­t­a­m­inée sont actuelle­ment stock­és dans plus d’un mil­li­er de gigan­tesques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co con­tin­ue d’en faire installer entre vingt et quar­ante par mois pour ten­ter de suiv­re le rythme du flux con­tinu de liq­uide souil­lé provenant des sous-sols du site et des arrosages per­ma­nents des réac­teurs rav­agés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détec­tées en de mul­ti­ples endroits sur les ruines des cen­trales, mais aus­si parce que l’eau actuelle­ment stock­ée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été “décon­t­a­m­inée” par le sys­tème ALPS – car elle con­tien­dra encore au moins du tri­tium.

Le directeur de la cen­trale, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cultés, et espér­er que les efforts menés avec les autorités per­me­t­tront d’en venir à bout. 

La prière comme dernier rem­part con­tre la radioac­tiv­ité.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…“L’Association « Fes­sen­heim, notre Energie » (ASFNE) s’insurge con­tre le coup de force de ce jour per­pétré par des mil­i­tants de Green­peace et con­damne vive­ment cette action. Con­traire­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­lente puisqu’il y a effrac­tion délibérée avec des moyens impor­tants de type ter­ror­iste, un véri­ta­ble choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

“L’ASFNE estime qu’il est totale­ment dis­pro­por­tion­né de recourir à des méth­odes de com­man­dos pour faire pass­er un mes­sage quel qu’il soit. Et il est inac­cept­able qu’EELV, dont deux mem­bres fig­urent au gou­verne­ment, ait pu féliciter ce matin Green­peace pour cette action illé­gale et anti-démoc­ra­tique. Il est évi­dent que l’absence de réelles sanc­tions dis­sua­sives, après les actions sim­i­laires précé­dentes,encour­age Green­peace dans cette voie.
“Il faut rap­pel­er enfin que Fes­sen­heim a été déclarée sûre par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la seule autorité com­pé­tente. Des cen­taines de mil­lions d’euros ont été investis ces dernières années pour en faire une des 1ère cen­trales de France dont la sûreté a été mod­ernisée et mise aux derniers stan­dards inter­na­tionaux du moment. Une usine ne vieil­lit pas comme les humains ; quand un matériel nedonne plus sat­is­fac­tion, on le répare ou le rem­place !
“Souhaitons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subis­sent les Alle­mandsaprès la déci­sion rad­i­cale de fer­me­ture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes envi­ron­nemen­tales ? La pol­lu­tion atmo­sphérique de ces derniers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­trales au char­bon alle­man­des, est un exem­ple qui impacte tous leurs voisins. A con­trario, la France fait par­tie des meilleurs pays européens pour ses faibles émis­sions de CO2… grâce à son énergie nucléaire !”

« Le dernier homme de Fukushima »

Nao­to Mat­sumu­ra, appelé « le dernier homme de Fukushi­ma », vit tou­jours à Tomio­ka, petit bourg pris en étau entre les deux cen­trales Daii Chi et Daii Ni. Math­ieu Vidard l’a ren­con­tré lors de son pas­sage à Paris et a dif­fusé ce mar­di (11/3/14) son témoignage, poignant et résolu (France Inter, La tête au Car­ré).

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Nao­to Mat­sumu­ra © Anto­nio Pag­not­ta — 2014
Les dates de sa tournée européenne : du 5 au 14 mars en France. Du 15 au 22 mars en Alle­magne et en Suisse. Ce 11 mars, il devait pren­dre la parole au Par­lement européen de Stras­bourg.

Agricul­teur et éleveur, Nao­to Mas­tu­mu­ra a pris sa réso­lu­tion de rester sur place en sol­i­dar­ité avec son bétail et les ani­maux aban­don­nés à leur sort. Il s’est alors trou­vé devant l’alternative : manger les pro­duits locaux – con­t­a­m­inés – et mourir à terme ; ou bien ne pas manger… et mourir de faim. Il a donc, depuis main­tenant trois ans, refusé l’évacuation de la zone et con­tin­ué à cul­tiv­er les ter­res et à pêch­er dans les riv­ières radioac­tives, se sachant grave­ment con­t­a­m­iné, notam­ment au cési­um, et exposé à de graves mal­adies.

Désor­mais porte-dra­peau de la résis­tance japon­aise face au désas­tre nucléaire, Nao­to Mat­sumur­al  a effec­tué un périple de dix jours en France pour témoign­er des con­séquences de la cat­a­stro­phe du 11 mars 2011, lui qui se trou­vait à une quin­zaine de kilo­mètres des réac­teurs qu’il a enten­du explos­er.

L’agriculteur japon­ais voit d’inquiétantes simil­i­tudes entre les scé­nar­ios français et japon­ais : « Au Japon, il y a 54 réac­teurs, vous en avez 58. Le prochain acci­dent nucléaire, ce sera soit au Japon, soit en France». Selon lui, la France pèche par excès de con­fi­ance dans la sûreté de ses instal­la­tions, comme le Japon l’a fait par le biais de Tep­co, l’opérateur de la cen­trale de Fukushi­ma. « Je pense qu’EDF estime que les cen­trales nucléaires français­es béné­fi­cient d’une tech­nique de meilleure qual­ité. Tep­co, c’était pareil. Ils nous dis­aient qu’il n’y avait pas de dan­ger, que c’était sûr… » Le-Dernier-homme-de-Fukushima

« Cet homme a un immense sens paysan », estime Anto­nio Pag­not­ta, pho­tore­porter, auteur du Dernier homme de Fukushi­ma (Ed. Don Qui­chotte). «En choi­sis­sant de rester dans sa ferme et de con­tin­uer à nour­rir ses bêtes, il ne fai­sait pas que sauver son bétail, il sauvait le principe même de la vie dans cette zone.» L’homme fait preuve d’une « énorme com­pas­sion pour le vivant ». Shin­toïste, il estime que chaque être vivant est l’égal de l’autre, et nour­rit un attache­ment qua­si vis­céral à sa terre. « C’est un guer­ri­er, il a vu les prob­lèmes arriv­er bien en amont. Et il a com­pris que s’il avait fui ses ter­res comme tout le monde, il aurait per­du son hon­neur et sa dig­nité. »

A l’occasion du troisième anniver­saire de la cat­a­stro­phe, Nao­to Mat­sumara a accep­té l’invitation d’Antonio Pag­not­ta et de plusieurs mil­i­tants anti-nucléaires (notam­ment Cather­ine Con­nan et Pierre Fetet, respec­tive­ment de Green­peace et auteur d’un blog sur Fukushi­ma) pour ce périple de dix jours en France, pas­sant par Fes­sen­heim, la doyenne des cen­trales français­es que François Hol­lande a promis de fer­mer avant la fin 2016. 

Lire aus­si :

Nucléaire. La pro­ba­bi­lité d’un acci­dent en France serait de 50% pour le parc actuel

Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance


Nucléaire. Greenpeace face à la justice et aux dangers de Tricastin

En France, trois ans après Fukushi­ma, point­er du doigt cer­taines vérités sur le nucléaire est tou­jours mal vu par les autorités. Alors que sur le front de l’énergie, rien ne bouge, qu’on ne sait tou­jours pas com­ment François Hol­lande va tenir sa promesse de réduc­tion de la part du nucléaire, que les cen­trales nucléaires français­es vieil­lis­sent, à l’image de Tri­c­as­tin, que le risque d’accident aug­mente.

29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013

29 mil­i­tants de Green­peace entrés à la cen­trale de Tri­c­as­tin le 15 juil­let 2013

La cen­trale de Tri­c­as­tin, mise en ser­vice depuis 1980 – elle a dépassé les 30 ans de durée de vie ini­tiale­ment prévue. – est exposée à de grands risques : sis­miques, indus­triels, ter­ror­istes, d’inondation. Les con­séquences d’un acci­dent y seraient d’autant plus désas­treuses que le mis­tral pour­rait rapi­de­ment porter une con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive sur les Bouch­es du Rhône et la Côte d’Azur.

De plus, Tri­c­as­tin a cumulé de nom­breux inci­dents et cas de pol­lu­tion [voir ici], tan­dis que Green­peace a démon­tré la faib­lesse des sys­tèmes de pro­tec­tion quand  de ses mil­i­tants sont par­venus jusqu’aux bâti­ments des réac­teurs.

De son côté, dans son rap­port de 2013, l’Autorité de sûreté nucléaire a pointé de mul­ti­ples insuff­i­sances, notam­ment en matière de radio­pro­tec­tion.

Clé­ment, 21 ans, est l’un des 29 mil­i­tants de Green­peace entrés à la cen­trale de Tri­c­as­tin le 15 juil­let 2013, et con­vo­qués ce mar­di 14 jan­vi­er au Tri­bunal de Valence. Le pro­cureur a req­uis jusqu’à six mois de prison avec sur­sis, ce qui est très lourd pour une telle action, démon­stra­tive certes, mais fon­cière­ment paci­fiste.

La vidéo ci-dessous mon­tre l’engagement et la déter­mi­na­tion de ce jeune mil­i­tant dans cette action aus­si édi­fi­ante que spec­tac­u­laire.

Le juge­ment sera ren­du le 6 mars prochain à Valence.

> > >  Lire égale­ment sur « C’est pour dire » 


Fukushima. L’ex-président de l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, ennemi de l’intérieur

g-jaczko-nucleaire-fukushima-usaEx-prési­dent de l’autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, Gre­go­ry Jaczko vient de jeter un sacré pavé dans la mare nucléariste. « Ce qui s’est passé à Fukushi­ma est tout sim­ple­ment inac­cept­able » a-t-il déclaré dans un entre­tien évidem­ment repris par le réseau Sor­tir du nucléaire. Il n’est pas le pre­mier à dénon­cer les insup­port­a­bles con­séquences de tout acci­dent nucléaire, dont l’éventualité – sinon la prob­a­bil­ité – n’exclut aucune instal­la­tion nucléaire dans le monde. La nou­veauté, en l’occurrence, vient de l’auteur de cette dénon­ci­a­tion, à savoir l’un des haut respon­s­ables de la sûreté nucléaire des Etats-Unis où les pronu­cléaires, faut-il le soulign­er ? le con­sid­èrent désor­mais comme un enne­mi.


Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lanceurs d’alertes : cli­mat, flicages numériques, cor­rup­tions en tous gen­res. Et nucléaire ce lun­di avec les aler­teurs de Green­peace. Une fois de plus, ils ont fait leur boulot de démon­stra­tion par la preuve. EDF, l’ASN et les pou­voirs publics peu­vent bien ten­ter de min­imiser l’opération de cette nuit à la cen­trale de Tri­c­as­tin en pré­ten­dant que les aler­teurs  de Green­peace ne sont pas par­venus dans la zone ultime de con­trôle. Espèrent-ils  qu’un groupe de ter­ror­istes fassent “mieux” ?… Ain­si, au lieu de les féliciter pour organ­is­er gra­tu­ite­ment et grandeur nature un exer­ci­ce de crise, ils vont les pour­suiv­re en jus­tice !

Le site de Tri­c­as­tin accueille la plus impor­tante con­cen­tra­tion d’industries nucléaires et chim­iques de France. C’est aus­si le site nucléaire le plus éten­du de France, devant l’usine de retraite­ment de La Hague. Le site regroupe de nom­breuses activ­ités liées à la fab­ri­ca­tion et l’exploitation du com­bustible nucléaire. Les pre­mières instal­la­tions sont entrées en fonc­tion­nement au cours des années 1960 pour enrichir de l’uranium à des fins mil­i­taires. Actuelle­ment, plus de 5 000 employés tra­vail­lent au Tri­c­as­tin dans un impor­tant réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité pro­duite par les qua­tre réac­teurs de 900 MW sont con­som­més sur place, notam­ment par l’usine voi­sine d’enrichissement Eurodif. Il est prévu que le dernier tiers ali­mentera l’expérimentation d’ITER, quand ce réac­teur à fusion nucléaire sera opéra­tionnel – s’il le devient – dans quinze ou vingt ans, à Cadarache (Bouch­es-du-Rhône).

En exploita­tion à par­tir de 1960, la cen­trale de Tri­c­as­tin est presque aus­si vieille que celle de Fes­sen­heim – que François Hol­lande s’est engagé à fer­mer. Ce que lui rap­pelle Green­peace en actu­al­isant cette promesse et en l’étendant aux instal­la­tions de Tri­c­as­tin, égale­ment situées sur une zone sis­mique. Par leurs pro­jec­tions d’images sur les murailles de béton, en par­ti­c­uli­er la représen­ta­tion appuyée d’une fis­sure, l’ONG écol­o­giste appuie aus­si sur une réal­ité : à savoir que la plu­part des enceintes de con­fine­ment des réac­teurs – même épaiss­es d’un mètre de béton – sont plus ou moins fis­surées et non étanch­es !

Les pop­u­la­tions voisines se sont le plus sou­vent, et dans l’ensemble, habituées et résignées face aux dan­gers qui les men­a­cent au quo­ti­di­en. Comme dans d’autres instal­la­tions nucléaires, mais à Tri­c­as­tin plus par­ti­c­ulière­ment, des inci­dents se sont suc­cédés ces dernières années. L’Autorité de sûreté se veut tou­jours ras­sur­ante en clas­sant ces inci­dents dans le bas de l’échelle des risques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finance les col­lec­tiv­ités locales à hau­teur de 14 mil­lions d’euros par an au titre de la taxe pro­fes­sion­nelle. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui com­mande. Jusqu’à ce qu’un acci­dent grave présente sa fac­ture. Mais les acci­dents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tch­er­nobyl, Fukushi­ma

 

Lire aus­si :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 


Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Flickr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à con­naître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bustible de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tielle­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le cori­um (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, con­sti­tué du com­bustible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bustible et des divers élé­ments du cœur avec lesquels il ren­tre en con­tact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont suiv­is le séisme.
Pour la piscine du réac­teur n°2, Tep­co a mis en place, début juin, un sys­tème de refroidisse­ment. La mise en place de ce sys­tème est prévue pour les piscines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la piscine n°4, un con­sol­i­da­tion de son soutène­ment avec des piliers en aci­er est néces­saire au préal­able.

La dernière mise à jour de l’Agence Inter­na­tionale à l’Énergie Atom­ique sur le sujet date du … 2 juin.
Les dernières infor­ma­tions fournies par l’opérateur de la cen­trale, Tep­co, man­quent elles aus­si de pré­ci­sions les dernières mis­es à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroidisse­ment con­t­a­m­inées, l’état des réac­teurs n’étant pas mod­i­fié, par exem­ple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information pub­liée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juil­let, dans laque­lle l’Institut, reprenant les élé­ments four­nis par Tep­co, évoque une « sta­bil­i­sa­tion de la sit­u­a­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire française elle même intro­duit son com­mu­niqué de presse en déclarant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du com­bustible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être con­sid­érée comme sta­bil­isée tant que cette sit­u­a­tion per­siste. ». Les deux instances expertes en France ne sem­blent donc pas totale­ment en phase dans leurs analy­ses…

Ce com­mu­niqué de presse n°31 de l’ASN relève égale­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du com­bustible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être con­sid­érée comme sta­bil­isée tant que cette sit­u­a­tion per­siste. Les dernières analy­ses japon­ais­es mon­trent que le com­bustible des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bustible fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur perce­ment. »

Une con­t­a­m­i­na­tion très éten­due …. qui va dur­er

Les dernières mesures effec­tuées dans la ville de Fukushi­ma, située à soix­ante kilo­mètres de la cen­trale, sont franche­ment inquié­tantes.

Les mesures de ter­rain et analy­ses de sol effec­tuées par le lab­o­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retombées de cési­um 134 et 137 radioac­t­if sont de plusieurs cen­taines de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Mori­ai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quarti­er Watari. Cette irra­di­a­tion ne dimin­uera que très lente­ment. Elle est due en effet prin­ci­pale­ment au cési­um 137 et au cési­um 134 dont les péri­odes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respec­tive­ment). Cela sig­ni­fie que la radioac­tiv­ité du cési­um 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioac­tiv­ité du cési­um 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du cési­um 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte con­t­a­m­i­na­tion au cési­um a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la pré­fec­ture de Fukushi­ma au Japon. Une alerte qui con­firme que les zones les plus con­t­a­m­inées ne sont pas néces­saire­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette con­t­a­m­i­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habi­tants

La pop­u­la­tion est trop exposée aux radi­a­tions !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fukushi­ma pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­di­a­tion externe de plusieurs mil­liSiev­erts alors que la dose au-delà de laque­lle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cept­able par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tionale de Pro­tec­tion Radi­ologique) est de 1 mil­liSiev­ert par an.

À la demande de citoyens japon­ais, l’ACRO (Asso­ci­a­tion pour le Con­trôle de la Radioac­tiv­ité dans l’Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushi­ma et les résul­tats sont sans ambiguïté : toutes les urines con­ti­en­nent du cési­um 134 et cési­um 137 à des con­cen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­quer­el par litre.

Cela sig­ni­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous con­t­a­m­inés en cési­um 134 et cési­um 137 et qu’ils l’ont prob­a­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radioac­t­ifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces derniers élé­ments dis­parais­sent plus vite et ne sont donc déjà plus détecta­bles).

Les mesures pris­es par les pou­voirs publics ne sont pas à la hau­teur

Les autorités japon­ais­es ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fukushi­ma de dosimètres indi­vidu­els. Ces dosimètres sont chargés de mesur­er la dose de radioac­tiv­ité reçue par les enfants durant leur journée d’école. Pas de prévenir ces dos­es, pas de les éviter…seulement de les mesur­er. Le ray­on de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été mod­i­fié. Dans les 10 kilo­mètres suiv­ants, la pop­u­la­tion est cen­sée à la fois « rester con­finée » et vivre nor­male­ment, envoy­ant les enfants à l’école, munis d’un dérisoire masque de papi­er et de leur dosimètre.

Il faudrait évac­uer les pop­u­la­tions sur un périmètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être con­trôlés et les mesures de radioac­tiv­ité bien plus fréquentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que néces­saire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecolo­gie-les Verts, fon­da­trice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Rivasi a pu con­stater l’impact de la cat­a­stro­phe nucléaire de Fukushi­ma sur le quo­ti­di­en et la men­tal­ité des Japon­ais. Invitée par le puis­sant Seikat­su Club, union des con­som­ma­teurs forte de 22 mil­lions de mem­bres, et les Verts japon­ais elle est notam­ment allée à la ren­con­tre des familles de paysans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effarée et révoltée par ce qu’elle a pu con­stater dans les ter­ri­toires con­t­a­m­inés où la pop­u­la­tion con­tin­ue de vivre exposée à des fortes dos­es d’irradiation. Trois mois après la cat­a­stro­phe, le cauchemar ne fait mal­heureuse­ment que com­mencer.

« Je reste de plus en plus con­va­in­cue que là où com­mence le nucléaire s’arrête la démoc­ra­tie. Quand les autorités ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par manque d’information: aucune pré­cau­tion n’est prise pour pro­téger la san­té des pop­u­la­tions vivant en zone con­t­a­m­inée qui con­tin­u­ent de con­som­mer les ali­ments con­t­a­m­inés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la cat­a­stro­phe, la dis­tri­b­u­tion de pastilles d’iodure de potas­si­um n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nom­bre de can­cers, surtout chez les enfants.

Qui plus est, aucune solu­tion n’est apportée aux réfugiés de la radioac­tiv­ité, ces pop­u­la­tions exclues du périmètre des 20 kilo­mètres entourant la cen­trale. La plu­part d’entre eux trou­vent refuge auprès de proches, dans le périmètre de la zone d’évacuation volon­taire. Aucune indem­nité n’ayant encore été ver­sée et aucun rel­o­ge­ment n’ayant été effec­tué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hommes con­tin­u­ent d’exercer leurs activ­ités agri­coles dans des zones con­t­a­m­inées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleu­rit et bour­geonne est une nature morte: ils ten­tent d’éviter ain­si ce que l’on appelle com­muné­ment le ‘stress radi­ologique’ qui peut men­er à des trou­bles psy­chologiques sérieux.

“Cet état de fait est facil­ité par la cul­ture japon­aise, une cul­ture de soumis­sion qui pousse les gens à con­tenir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publique­ment, ter­rassés par la fatal­ité. Leur colère interne se man­i­feste sous la forme d’une résig­na­tion totale. En con­séquence, les autorités prof­i­tent de cette faib­lesse cul­turelle pour impos­er une omer­ta inquié­tante facil­itée par l’absence de con­tre-pou­voirs.

Heureuse­ment, des groupes aidés par la CRIIRAD vien­nent d’être créés et visent à con­trôler le niveau de radioac­tiv­ité de ali­ments con­som­més: c’est un pre­mier pas salu­taire dans la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la cat­a­stro­phe reste per­ma­nente: l’irradiation reste telle­ment forte que les travaux dans la cen­trale peinent à évoluer et le risque d’explosion par hydrogène dans les réac­teurs endom­magés reste impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­venir. »

Site de Michèle Rivasi : http://www.michele-rivasi.eu/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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