On n'est pas des moutons

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Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En pro­ve­nance du Japon, la nou­velle n’a pas ému nos médias : la région où se trouve la plus puis­sante cen­trale ato­mique du monde, Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être diri­gée par un gou­ver­neur anti­nu­cléaire. Ce qui rebat les cartes de l’énergie ato­mique – pas seule­ment au Japon.

Ryui­chi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­por­té, hier dimanche, les élec­tions dans la pré­fec­ture de Nii­ga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­ver­neur étant requise pour la remise en ser­vice des réac­teurs arrê­tés depuis Fuku­shi­ma, cette nou­velle donne consti­tue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espé­rait sau­ver ses finances en relan­çant ces sept réac­teurs, les seuls lui res­tant après l’arrêt des deux cen­trales de Fuku­shi­ma, suite à la catas­trophe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nik­kei : -7,89% à 385 yens).

La cen­trale de Kashi­wa­sa­ki avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séisme en juillet 2007 qui avait pro­vo­qué un incen­die et des fuites d’eau radio­ac­tive. Depuis, alors que la cen­trale est tou­jours à l’arrêt, huit incen­dies se sont décla­rés dans les dif­fé­rentes uni­tés [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les auto­ri­tés ont don­né le feu vert en février 2009 pour le redé­mar­rage (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

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La cen­trale nucléaire de Kashi­wa­sa­ki a frô­lé le désastre lors du séisme du 16 juillet 2007 qui a pro­vo­qué un incen­die et des fuites d’eau radio­ac­tive pré­fi­gu­rant la catas­trophe de Fuku­shi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique (AIEA) avait alors dépê­ché une mis­sion diri­gée par le Fran­çais Phi­lippe Jamet, haut diri­geant de l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire fran­çaise (ASN). Le rap­port publié s’était conten­té de quelques recom­man­da­tions ano­dines, assu­rant que les cen­trales japo­naises pou­vaient résis­ter à tout évé­ne­ment sis­mique ou cli­ma­tique. La catas­trophe de Fuku­shi­ma a dra­ma­ti­que­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléaires japo­nais sont en ser­vice mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléaire) Shin­zo Abe use de toutes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­rage d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la popu­la­tion.

Ces réou­ver­tures sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­tice ou par le veto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voi­là pour­quoi l’élection de Ryui­chi Yoneya­ma à la tête de la région de Nii­ga­ta est un coup ter­rible por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléaires (et au cours en bourse de Tep­co) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remise en ser­vice des sept réac­teurs de Kashi­wa­sa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vice devront s’arrêter pour main­te­nance et, comme ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléaire. Si 130 mil­lions de Japo­nais peuvent vivre sans nucléaire, com­ment pré­tendre encore que c’est « impos­sible » pour deux fois moins de Fran­çais ? 2

Notons encore que cette élec­tion et ses consé­quences consti­tuent une mau­vaise nou­velle pour les nucléa­ristes fran­çais – entre autres – et en par­ti­cu­lier pour EDF et Are­va qui misent sur le retour de la droite au pou­voir pour relan­cer leur offen­sive sur le mar­ché mon­dial de l’énergie, y com­pris en France, bien enten­du !

C’est vrai­sem­bla­ble­ment pour cette rai­son de pros­pec­tive poli­tique (pour ne pas dire de pro­ba­bi­li­té) qu’EDF s’est enga­gée, dans un contrat fran­co-chi­nois, à livrer à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­page du calen­drier et des coûts – deux réac­teurs nucléaires EPR de 1 650 méga­watts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chan­tiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise fran­çaise sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut prendre la mesure de cette arro­gance lors d’un débat télé­vi­sé de « C dans l’air » dif­fu­sé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait secoué la cen­trale de Kashi­wa­sa­ki. Débat auquel par­ti­ci­pait Sté­phane Lhomme, de l’Obser­va­toire du Nucléaire, pré­co­ni­sant la fer­me­ture d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tcher­no­byl. Aver­tis­se­ment bien sûr non pris en compte. À peine quatre ans plus tard, c’était Fuku­shi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on res­sort le contre argu­ment de l’effet cli­ma­tique (tant nié par les mêmes avant son évi­dence) pro­vo­qué par les éner­gies fos­siles. Tan­dis que le « tout nucléaire » a frei­né le déve­lop­pe­ment, en France notam­ment, des éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables.

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asa­nu­ma-Brice, cher­cheure en socio­lo­gie urbaine rat­ta­chée au centre de recherche de la Mai­son Fran­co Japo­naise de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­ture au sud du Japon), secoué par des séismes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­trale nucléaire de Sen­dai à 140 km de là, génère la colère des Japo­nais. Cette cen­trale, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toire japo­nais en août 2015, depuis le séisme accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fonte des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­trale de Sen­dai, bien que construite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­velles normes sont viables et per­mettent de résis­ter aux plus forts séismes, redon­nant un élan à la poli­tique de redé­mar­rage des cen­trales nucléaires qui ren­contre de fortes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­trophe de 2011. 


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se gar­der de son enne­mi du dedans, ce dia­blo­tin qui le pousse à trop se mon­trer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en par­lotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Sur­tout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque com­pé­tence idoine. Notam­ment sur le nucléaire. C’est ain­si qu’il se prend une bonne raclée (salu­taire ?), infli­gée par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que res­ter sidé­ré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son igno­rance totale de la ques­tion du nucléaire... ce qui ne l’empêche pas de prendre ardem­ment posi­tion en faveur de cette éner­gie. C’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de contes­ter le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favo­rable à l’atome (tout le monde a le droit de se trom­per), mais de rec­ti­fier les erreurs les plus impor­tantes qu’il com­met en s’exprimant sur cette ques­tion. Nous poin­tons en par­ti­cu­lier le texte « Catas­trophe de la pen­sée catas­tro­phiste », publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catas­trophe de Fuku­shi­ma. Voyons cela à tra­vers quelques extraits :

On se rap­proche du 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl, tan­dis qu’on vient de dépas­ser le 5e de celle de Fuku­shi­ma. Rap­pe­lons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les consé­quences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray :  « A défaut de pétrole, et dans la pers­pec­tive de l’épuisement des éner­gies fos­siles comme le char­bon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une pos­si­bi­li­té d’indépendance natio­nale en matière d’énergie civile. »

Sté­phane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité fran­çaise, le nucléaire n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion natio­nale d’énergie : même pous­sé à son maxi­mum (jusqu’à devoir bra­der les sur­plus à l’exportation), l’atome ne repré­sente qu’une petite part de l’énergie fran­çaise, loin der­rière le pétrole et le gaz et il est donc bien inca­pable d’assurer une quel­conque « indé­pen­dance éner­gé­tique ». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la tota­li­té de l’uranium (le com­bus­tible des cen­trales) est impor­tée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : « Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une poli­tique afri­caine cynique et machia­vé­lienne. »

SL : On s’étonnera de la curieuse indul­gence que Onfray accorde à la « poli­tique afri­caine cynique et machia­vé­lienne » : pour le phi­lo­sophe hédo­niste, tout serait donc bon pour nour­rir nos belles cen­trales nucléaires ? Le pillage et la conta­mi­na­tion du Niger, l’assèchement des nappes phréa­tiques locales, le dépla­ce­ment de popu­la­tions ances­trales, la mili­ta­ri­sa­tion de la région : simple « revers de la médaille » ?

On s’étonnera encore plus de voir le phi­lo­sophe mêler allè­gre­ment cette pré­ten­due « indé­pen­dance » et la dite poli­tique afri­caine : s’il y a « indé­pen­dance » de la France, com­ment peut-elle pas­ser par l’Afrique ? A ce compte, la France est « indé­pen­dante » pour sa consom­ma­tion de pétrole puisqu’elle entre­tient de bonnes rela­tions avec la dic­ta­ture d’Arabie Saou­dite. Mais le fes­ti­val conti­nue :

Michel Onfray :  « On ne trouve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rèze... »

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rèze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploi­té dans le pays des cen­taines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toire est encore lar­ge­ment conta­mi­né  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais impor­té (pillé), c’est que la popu­la­tion fran­çaise ne tolè­re­rait plus aujourd’hui cette acti­vi­té et ses nui­sances dra­ma­tiques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quelque part en France et vous ver­rez immé­dia­te­ment les rive­rains se mobi­li­ser avec la der­nière éner­gie, à com­men­cer par les pro­nu­cléaires (qui connaissent mieux que per­sonne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on conti­nue tran­quille­ment de piller le Niger, où les mani­fes­ta­tions anti-Are­va sont répri­mées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émou­voir le phi­lo­sophe pro­nu­cléaire qui conti­nue à s’enfoncer :

Michel Onfray : « Le pho­to­vol­taïque, la bio­masse, l’éolien, l’hydraulique fonc­tionnent en appoint mais ne suf­fisent pas à répondre à la tota­li­té du consi­dé­rable besoin d’énergie de nos civi­li­sa­tions.  »

SL : Les éner­gies renou­ve­lables seraient donc bien sym­pa­thiques, mais tel­le­ment faibles com­pa­rées à ce cher atome. Il suf­fit pour­tant de se repor­ter aux don­nées les plus offi­cielles, par exemple l’édition 2013 (la der­nière en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (publié par l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie), en consul­ta­tion libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les don­nées exactes), les éner­gies renou­ve­lables pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­diale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin conti­nu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fuku­shi­ma - quand l’atome avait atteint son maxi­mum : 17%.

Or c’est pré­ci­sé­ment en 2011 qu’a com­men­cé la catas­trophe nucléaire au Japon, avec la fer­me­ture des 54 réac­teurs du pays, sui­vie de la fer­me­ture défi­ni­tive de 8 réac­teurs en Alle­magne, mais aus­si der­niè­re­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop éle­vé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est pas­sée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­lables font donc plus du double.

La réa­li­té est encore plus édi­fiante lorsqu’on regarde l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tri­ci­té : le nucléaire couvre moins de 2% de la consom­ma­tion mon­diale d’énergie quand les renou­ve­lables (prin­ci­pa­le­ment hydro­élec­tri­ci­té et bio­masse) sont à plus de 13%. On pour­ra certes se déso­ler de ce que le trio pétrole-gaz-char­bon repré­sente 85% du total mais, s’il existe une alter­na­tive, elle vient bien des renou­ve­lables, dont la part aug­mente conti­nuel­le­ment, et cer­tai­ne­ment pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une éner­gie « d’appoint », comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de cau­ser des pro­blèmes gigan­tesques (catas­trophe, déchets radio­ac­tifs, pro­li­fé­ra­tion à des fins mili­taires, etc.) en échange d’une contri­bu­tion négli­geable à l’énergie mon­diale.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cu­ter ici des tares res­pec­tives des dif­fé­rentes éner­gies (si tant est que celles des renou­ve­lables puissent être com­pa­rées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de mon­trer que le rai­son­ne­ment du phi­lo­sophe s’appuie sur des don­nées tota­le­ment fausses, et même inverses à la réa­li­té (comme si « le réel n’avait pas lieu »...), ce qui ne lui per­met évi­dem­ment pas d’aboutir à des conclu­sions lumi­neuses.

Michel Onfray : « Qui ose­rait aujourd’hui invi­ter à vivre sans élec­tri­ci­té ?  »

SL : Il est triste de voir le phi­lo­sophe se lais­ser aller à des argu­ments si écu­lés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suf­fit de se repor­ter au point pré­cé­dent pour consta­ter l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : « Avec la catas­trophe japo­naise, la ten­ta­tion est grande de renon­cer à la rai­son. Les images télé­vi­sées montrent le cata­clysme en boucle… ». Le phi­lo­sophe stig­ma­tise les irres­pon­sables selon les­quels « Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de suite les cen­trales et de se mettre aux éner­gies renou­ve­lables demain matin  ».

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­trale nucléaire cen­sée résis­ter à tout, les Japo­nais étant pré­sen­tés jusqu’alors comme les maîtres de la construc­tion anti­sis­mique, la « rai­son » serait de reje­ter toute mise en cause de cette façon de pro­duire de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japo­nais ont « cédé à l’émotion » de façon par­fai­te­ment « irra­tion­nelle » en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le pre­mier ministre ultra­na­tio­na­liste Shin­zo Abe choi­sit la pré­ten­due « rai­son » en exi­geant la remise en ser­vice de cer­taines cen­trales. Mais la popu­la­tion (la rai­son popu­laire ?) s’y oppose fron­ta­le­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait « irra­tion­nelle », à être à nou­veau irra­diée ?

Michel Onfray :  « Or il nous faut pen­ser en dehors des émo­tions. La catas­trophe fait par­tie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catas­trophe natu­relle ». RAPPEL :  » Tcher­no­byl pro­cède (…) de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Féé­ries ana­to­miques, 2003)

SL : Cet argu­men­taire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire pro­fon­dé­ment ridi­cule : « Tcher­no­byl c’est la faute aux Sovié­tiques, Fuku­shi­ma, c’est la faute au tsu­na­mi ». Le nucléaire et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Tou­te­fois, pro­ba­ble­ment conscient de la fai­blesse du rai­son­ne­ment, Onfray invente le concept de catas­trophe « natu­relle »… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray :  « Les Japo­nais ont fait prendre des risques consi­dé­rables à l’humanité et à la pla­nète. (…) Si l’on bâtit 17 cen­trales nucléaires, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­dien­ne­ment sujet aux secousses sis­miques, il faut bien que cette catas­trophe natu­relle inévi­table soit ampli­fiée par la catas­trophe cultu­relle évi­table qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bombes ato­miques japo­naises poten­tielles... »

SL : Voi­là qui fait pen­ser à Sar­ko­zy assu­rant qu’une catas­trophe nucléaire ne pou­vait se pro­duire à la cen­trale de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsu­na­mis. Or il existe de mul­tiples causes pos­sibles pour abou­tir à une catas­trophe nucléaire, qu’il s’agisse de fac­teurs natu­rels (séismes, tsu­na­mis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de concep­tion, de main­te­nance, d’exploitation, etc.).

Il est en réa­li­té par­fai­te­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japo­nais, l’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique (AIEA) ayant régu­liè­re­ment vali­dé les mesures de sûre­té face à tous les risques, y com­pris celui du tsu­na­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait pré­fi­gu­ré Fuku­shi­ma en met­tant à mal la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashi­wa­sa­ki : c’est hélas un haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té fran­çaise qui avait alors diri­gé une mis­sion de l’AIEA et décré­té que les cen­trales japo­naises pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner sans risque 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fuku­shi­ma à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arri­vés à la conclu­sion que les cen­trales résis­te­raient à un séisme et/ou un tsu­na­mi. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une rai­son pour ne rien faire, mais c’est assu­ré­ment une bonne rai­son pour se pas­ser des cen­trales nucléaires (et des bombes ato­miques) qui repré­sentent un dan­ger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susur­ré depuis 40 ans par la CGT-éner­gie :

Michel Onfray : « Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplo­ma­tie et la poli­tique étran­gère qui échappent au pou­voir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­ne­ment : il doit ces­ser d’être un reli­quat monar­chique pour deve­nir une affaire répu­bli­caine. »

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les sala­riés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci devien­drait mira­cu­leu­se­ment « sûre ». C’est à nou­veau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aus­si oublier que la popu­la­tion n’a en grande majo­ri­té aucune inten­tion de se trans­for­mer en exploi­tant nucléaire ! Les mal­heu­reux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent ins­tru­men­ta­li­sés par les ato­mistes, les­quels accusent les anti­nu­cléaires de vou­loir main­te­nir des mil­liards de gens dans la misère. Mais les pauvres aus­si savent se ren­sei­gner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les mani­fes­ta­tions anti­nu­cléaires ultra-mas­sives en Inde, tant contre un pro­jet de cen­trale russe que contre celui du fran­çais Are­va 6.

Conclu­sion :

Michel Onfray : « L’énergie nucléaire n’a jamais cau­sé aucun mort : Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki, puis Tcher­no­byl pro­cèdent du délire mili­taire amé­ri­cain, puis de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Fée­ries ana­to­miques, 2003)

SL : On retrouve ici exac­te­ment le même genre d’arguments que ceux de la tris­te­ment célèbre Natio­nal Rifle Asso­cia­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assure que pis­to­lets et fusils ne tuent per­sonne, la faute étant exclu­si­ve­ment celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs for­mel­le­ment exact, for­mel­le­ment mais stu­pi­de­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les crimes de masse jusque dans les écoles amé­ri­caines. Pour reve­nir à nos mou­tons, on pour­ra accor­der à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléaire n’a tué per­sonne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voi­là bien avan­cés.

Mais notre pro­pos n’est pas de riva­li­ser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être accep­te­ra-t-il de se ren­sei­gner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­diale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les cen­trales et leur pré­ten­due « accep­ta­tion » par la popu­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chance de fré­quen­ter l’Université popu­laire de Caen mais qui par­vient néan­moins à s’informer et à pen­ser col­lec­ti­ve­ment.

Sté­phane Lhomme 
Obser­va­toire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

Fukushima, cinq ans après : « Ça s’arrose » à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fuku­shi­ma, trente après Tcher­no­byl, « ça s’arrose » !… On aime­rait en rire, si ces deux anni­ver­saires n’étaient syno­nymes de drames et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie-Les Verts orga­nise une soi­rée Fuku­shi­ma (pro­gramme ci-contre) afin de rap­pe­ler que, par ses consé­quences incal­cu­lables et son éta­le­ment dans la durée, une catas­trophe nucléaire n’est com­pa­rable à aucune autre catas­trophe indus­trielle ou natu­relle.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bru­no Bous­sa­gol pour l’organisation de 1 000 évè­ne­ments cultu­rels en France pour com­mé­mo­rer les 5 ans de Fuku­shi­ma et les 30 ans de Tcher­no­byl, la coopé­ra­tive EELV PACA orga­nise à Mar­seille à l’Éco­mo­tive, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soi­rée cultu­relle Fuku­shi­ma, à entrée libre mais limi­tée en nombre de places.

acteurs_réacteursAu pro­gramme :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­ture théâ­tra­li­sée d’extraits de la pièce d’Alain Per­sat « Acteurs Réac­teurs », créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­tives aux éner­gies nucléaires et fos­siles, qui peuvent être mises en œuvre à l’échelle d’une famille ou d’une col­lec­ti­vi­té. Vers 20h 30, repas bio végé­ta­rien et local autour d’une grande table.

Pré-réser­va­tion néces­saire ici.

Un rap­pel salu­taire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notam­ment avec le pro­jet de pro­lon­ger de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc fran­çais vieillis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­man­ville en cours de construc­tion pro­blé­ma­tique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Luxem­bourg demandent la fer­me­ture à court terme des cen­trales fron­ta­lières de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­te­nom. Au moment encore où EDF se voit ployer sous la charge finan­cière cumu­lée de trois « héri­tages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise par­tielle des acti­vi­tés d’Areva – et de sa faillite ; casse-tête des EPR en pro­jet (Grande-Bre­tagne, Chine) et en construc­tion plus que pro­blé­ma­tique (Fin­lande, France) – avec démis­sion du direc­teur finan­cier de l’électricien…

La bonne nou­velle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tri­ci­té si appa­rem­ment « com­pé­ti­tive » va aug­men­ter sale­ment dans les mois et années qui viennent (de 30 à 50 % !). Bonne nou­velle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoi­le­ra dans sa réa­li­té crue face aux éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables. Dès lors, les choix éner­gé­tiques appa­raî­tront sans doute, il faut l’espérer, plus évi­dents.

Fuku­shi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la pis­cine de désac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­trale nucléaire japo­naise de Fuku­shi­ma Daii­chi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsu­na­mi. Des incen­dies sui­vis d’explosions vont contri­buer à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment les ins­tal­la­tions et relâ­cher des quan­ti­tés mas­sives d’effluents radio­ac­tifs gazeux et liquides.

Toute une région s’est trou­vée rui­née : popu­la­tion éva­cuée, conta­mi­na­tion des per­sonnes, des ani­maux et des plantes; agri­cul­ture et pêche rui­nées, terres conta­mi­nées par la radio­ac­ti­vi­té, rejets toxiques dans l’air et dans la mer. Les consé­quences d’une telle catas­trophe sont humai­ne­ment inac­cep­tables.

Sur les 300 000 per­sonnes de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma qui ont éva­cué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chiffres de la Croix-Rouge, approxi­ma­ti­ve­ment 1 600 morts seraient liées aux condi­tions d’évacuation, comme l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­raire, l’épuisement dû aux dépla­ce­ments, l’aggravation de mala­dies exis­tantes consé­cu­tives à la fer­me­ture d’hôpitaux, les sui­cides, etc. Un éva­lua­tion qui est com­pa­rable aux 1 599 décès direc­te­ment cau­sés par le séisme et le tsu­na­mi dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, en 2011. De nom­breuses muni­ci­pa­li­tés refusent d’indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas per­tur­ber les futures pro­jec­tions de demande d’indemnisation des familles pour le pre­tium dolo­ris.

Outre ces décès dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, on compte 869 décès dans la pré­fec­ture de Miya­gi et 413 dans celle d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, 150 000 per­sonnes étaient encore « réfu­giées ». Selon la Croix-Rouge, outre leurs condi­tions de vie dif­fi­ciles, ces réfu­giés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bi­li­té d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wiki­pe­dia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cette sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et texte. D’autant que cette idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tcher­no­byl).

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Nous nous sommes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons juste un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cette sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­saires à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cette cam­pagne anti-nucléaire.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnotte élec­tro­nique sécu­ri­sée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chèque ou un billet à mon adresse : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­mière (nous vous deman­de­rons alors votre adresse pos­tale par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tranches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la liste des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des étapes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cette créa­tion de qua­li­té, à tirage limi­té. Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­trale de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heure fran­çaise] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un porte-parole de la com­pa­gnie japo­naise Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, quatre ans et cinq mois après la catas­trophe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­naises passent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­pone, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­dages, 60 % des Japo­nais demeurent hos­tiles à l’énergie nucléaire.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cette remise en ser­vice d’installations nucléaires est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­miques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en grande par­tie à la fac­ture d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­trales ther­miques. Des argu­ments… éco­lo­giques sont aus­si mis en avant, sur le registre de la réduc­tion des gaz à effet de serre émis par les cen­trales au gaz, au pétrole ou au char­bon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­tiles à ce redé­mar­rage – qui inter­vient en plein dans les vacances d’été – et à quelques jours des céré­mo­nies du soixante-dixième anni­ver­saire des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier ministre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléaire, a qua­li­fié cette mise en ser­vice d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux portes de la cen­trale de Sen­dai et devant la rési­dence du pre­mier ministre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vice, tan­dis qu’une ving­taine se pré­parent aus­si à redé­mar­rer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ristes de la pla­nète sur laquelle quelque 76 réac­teurs nucléaires sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses suites : http://www.fukushima-blog.com/


Fukushima, quatre ans après – le désastre sans fin

Same­di 14 mars, réac­tion en chaîne humaine dans la val­lée du Rhône - Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur

Pour la tran­si­tion éner­gé­tique sans nucléaire !

Pro­gramme et iti­né­raire :

http://chainehumaine.fr/trajet-previsionnel-de-la-chaine-humaine-du-14-mars-2015/ 

Sinistre anni­ver­saire que ce qua­trième mar­quant la catas­trophe de Fuku­shi­ma. À 14 h 46, ce ven­dre­di 11 mars 2011, un trem­ble­ment de terre d’une magni­tude 9 se pro­duit, endom­ma­geant la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Dai­ni dès ce moment. À 15 h 30, une vague de 15 mètres géné­rée par le séisme atteint la cen­trale de Fuku­shi­ma Daii­chi, construite à une hau­teur de 6,5 à 10 m au-des­sus du niveau de la mer. Pour Fuku­shi­ma-Dai­ni, l’exploitant Tep­co avait construit un mur qui ne pou­vait résis­ter qu’à un tsu­na­mi de 5,7 mètres de haut maxi­mum. Trois des six réac­teurs se mettent à l’arrêt auto­ma­tique. Tan­dis que les sys­tèmes de refroi­dis­se­ment tombent en panne, ain­si que les groupes élec­tro­gènes de secours.

Et c’est la catas­trophe majeure : fusion des réac­teurs, explo­sions ou incen­dies des enceintes 1 à 4, dis­per­sions radio­ac­tives dépas­sant 300 fois la norme admis­sible, conta­mi­na­tion sur un rayon de plus de 80 km, dépla­ce­ment de mil­liers de rive­rains, rejet d’eau for­te­ment radio­ac­tive dans le Paci­fique, situa­tion incon­trô­lable de l’ensemble des ins­tal­la­tions – et nul­le­ment sta­bi­li­sée aujourd’hui. Tan­dis que des mil­liers de tra­vailleurs ont depuis été ame­nés sur place – dans des condi­tions cri­tiques, et très cri­ti­quées – pour ten­ter de « col­ma­ter les brèches » d’un chan­tier désor­mais sans fin, sans hori­zon. Voi­ci un ins­tan­ta­né concer­nant la situa­tion des « lqui­da­teurs » de Fuku­shi­ma, telle que rap­por­tée par le blog Fuku­shi­ma 福島第 consa­cré entiè­re­ment à la catas­trophe nucléaire et à ses réper­cus­sions au Japon et dans le monde.

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L’étendue du sinistre

Le 19 jan­vier, à la cen­trale nucléaire n°1 de Fuku­shi­ma, un tra­vailleur est tom­bé du bas­sin et il est mort, et à la cen­trale nucléaire n° 2, le 20 jan­vier, un autre tra­vailleur est mort éga­le­ment, écra­sé sous une machine. En 2014, jusqu’à fin novembre, 40 tra­vailleurs ont été bles­sés. Ce chiffre est trois fois plus impor­tant que l’année der­nière.

Main­te­nant, dans la cen­trale nucléaire n°1, tra­vaillent chaque jour 6.000 per­sonnes. Il manque non seule­ment des forces de tra­vail, mais aus­si la qua­li­té du tra­vail. Un tra­vailleur témoigne :  « Il manque certes des tra­vailleurs, mais tout aus­si grave est le manque de tra­vailleurs expé­ri­men­tés. Déjà sont par­tis la plu­part des ouvriers expé­ri­men­tés qui tra­vaillaient avant l’accident, car leur norme d’exposition était dépas­sée. Main­te­nant, la poli­tique de Tep­co est que nous finis­sions le tra­vail don­né  le plus rapi­de­ment pos­sible et à moindre coût. Sa poli­tique axée sur le seul pro­fit engendre des acci­dents. »

Extrait d’un article paru dans le jour­nal Fuku­shi­ma Min­jū le 11 décembre 2014 :

«Je suis sans famille, donc je peux sub­ve­nir à mes besoins, mais si j’avais  de la famille, il me serait dif­fi­cile de la nour­rir », a décla­ré un homme de 50 ans qui tra­vaille à la cen­trale n°1 depuis trois ans déjà. Aupa­ra­vant, il s’occupait d’enlèvement de déchets et de construc­tion de réser­voirs pour l’eau conta­mi­née, mais main­te­nant il trans­porte l’eau conta­mi­née qui s’est accu­mu­lée sous les bâti­ments des réac­teurs. Son salaire est de 200.000 yens  (1.500 euros) par mois.

« La radio­ac­ti­vi­té dans la cen­trale est encore si forte qu’il porte un vête­ment de pro­tec­tion et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lour­de­ment cou­vert qu’il ne peut pas se dépla­cer faci­le­ment, c’est pour­quoi un tra­vail d’une heure et demie est sa limite mais, en rai­son de la lon­gueur des pro­cé­dures pour péné­trer dans l’usine et en sor­tir et à cause des pré­pa­ra­tifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appar­te­ment à Iwa­ki, à 40 km de la cen­trale, et il rentre chez lui seule­ment dans la soi­rée. Il par­tage sa chambre avec quelques per­sonnes. […]

« Au cours du der­nier mois, il a été expo­sé à 1,8 mil­li­sie­vert de radio­ac­ti­vi­té. Il est léga­le­ment per­mis aux tra­vailleurs d’être expo­sés à un maxi­mum de 50 mil­li­sie­verts par an, cepen­dant de nom­breuses entre­prises ont leur propre norme par exemple de 20 mil­li­sie­verts, donc s’il tra­vaille et se trouve expo­sé à ce rythme, il devra quit­ter son lieu de tra­vail au bout d’un an. «Je sens que le public a com­men­cé  à se dés­in­té­res­ser de l’accident nucléaire, mais des tra­vaux plus dan­ge­reux se mul­ti­plie­ront cer­tai­ne­ment dans les bâti­ments des réac­teurs. Je sou­haite que l’on puisse connaître ce fait « . »

Craintes de maladies

« Tep­co a enquê­té chez 4.587 tra­vailleurs à la cen­trale nucléaire n°1 en août et sep­tembre 2014. 2.003 tra­vailleurs (43,7%) ont peur en rai­son du tra­vail à la cen­trale, et leur plus grande crainte était l’éventualité d’une mala­die due à la radio­ac­ti­vi­té. Le minis­tère a fait savoir que les tra­vailleurs des cen­trales ont davan­tage de risques de can­cers de la ves­sie, du pou­mon et du pha­rynx lorsqu’ils sont expo­sés à plus de 100 mil­li­sie­verts.

« Cepen­dant il est étrange que l’Autorité de régu­la­tion nucléaire pré­voit d’aug­men­ter la norme maxi­male d’exposition des tra­vailleurs, en pas­sant de  100 à 250 mil­li­sie­verts. Le res­pon­sable a dit:  « La norme inter­na­tio­nale est com­prise entre 250 et 500 mil­li­sie­verts par an, mais plus le niveau est bas mieux c’est. S’il arrive un acci­dent de même niveau qu’à Fuku­shi­ma, les tra­vailleurs pour­ront s’occuper des répa­ra­tions avec une expo­si­tion maxi­male de 250 mil­li­sie­verts. »

Prolifération des déchets contaminés

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L’étendue des déchets

« Main­te­nant, on a com­men­cé à déman­te­ler les quatre réac­teurs de la cen­trale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que mor­ceaux de béton des réac­teurs détruits et arbres abat­tus pour faire place aux réser­voirs sont for­te­ment radio­ac­tifs. On n’a pas le droit de les trans­por­ter à l’extérieur, de sorte que tous les déchets s’accumulent sur le  site. Tep­co  pré­voit que jusqu’à 2027 s’amasseront 560.000 tonnes de déchets conta­mi­nés. Déjà 200.000 tonnes de déchets ont com­men­cé à arri­ver, qui occupent 60% de l’espace de sto­ckage.

« Les tra­vailleurs des cen­trales portent un casque, un vête­ment de pro­tec­tion, des gants et plu­sieurs autres effets. On réuti­lise casques,masques et chaus­sures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des mon­ti­cules à huit endroits sur le ter­rain. Tep­co pré­voit de les brû­ler et d’en réduire la quan­ti­té, mais n’y par­vien­dra pas, car le nombre de tra­vailleurs est de plus en plus grand. »


Fukushima. Le système de décontamination d’eau ne fonctionne plus

Le sys­tème de décon­ta­mi­na­tion d’eau de la cen­trale de Fuku­shi­ma est arrê­té depuis hier, 18 mars. Selon Tep­co, l’EDF japo­nais, une des trois lignes de décon­ta­mi­na­tion du sys­tème a arrê­té de fonc­tion­ner nor­ma­le­ment lun­di, ce qui a conduit la com­pa­gnie à la stop­per puis à sus­pendre aus­si par pré­cau­tion les deux autres. Ce sys­tème, bap­ti­sé ALPS, est cen­sé fonc­tion­ner depuis plu­sieurs mois, mais dans les faits il ne cesse de ren­con­trer des pro­blèmes divers. Cet équi­pe­ment déve­lop­pé avec le groupe Toshi­ba est pour­tant pré­sen­té comme un rouage-clé pour résoudre le pro­blème d’eau conta­mi­née dont regorge la cen­trale acci­den­tée.

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Quand c’est plein, ça déborde. [Docu­ment Tep­co]

Plus de 435 000 m3 d’eau conta­mi­née sont actuel­le­ment sto­ckés dans plus d’un mil­lier de gigan­tesques réser­voirs mon­tés à la hâte. Tep­co conti­nue d’en faire ins­tal­ler entre vingt et qua­rante par mois pour ten­ter de suivre le rythme du flux conti­nu de liquide souillé pro­ve­nant des sous-sols du site et des arro­sages per­ma­nents des réac­teurs rava­gés. La pol­lu­tion de l’océan Paci­fique est en passe de s’aggraver ; à la fois par les fuites d’eau détec­tées en de mul­tiples endroits sur les ruines des cen­trales, mais aus­si parce que l’eau actuel­le­ment sto­ckée fini­ra tôt ou tard dans l’océan. Et cela, même si cette eau aura été « décon­ta­mi­née » par le sys­tème ALPS – car elle contien­dra encore au moins du tri­tium.

Le direc­teur de la cen­trale, Aki­ra Ono, a recon­nu récem­ment se sen­tir dému­ni face à ces dif­fi­cul­tés, et espé­rer que les efforts menés avec les auto­ri­tés per­met­tront d’en venir à bout. 

La prière comme der­nier rem­part contre la radio­ac­ti­vi­té.

[Sources : AFP, Le Monde]

 

Pendant ce temps, à Fessenheim…

…« L’Association « Fes­sen­heim, notre Ener­gie » (ASFNE) s’insurge contre le coup de force de ce jour per­pé­tré par des mili­tants de Green­peace et condamne vive­ment cette action. Contrai­re­ment à ce qui est dit, il s’agit bien d’une action vio­lente puisqu’il y a effrac­tion déli­bé­rée avec des moyens impor­tants de type ter­ro­riste, un véri­table choc pour le per­son­nel au tra­vail. 

« L’ASFNE estime qu’il est tota­le­ment dis­pro­por­tion­né de recou­rir à des méthodes de com­man­dos pour faire pas­ser un mes­sage quel qu’il soit. Et il est inac­cep­table qu’EELV, dont deux membres figurent au gou­ver­ne­ment, ait pu féli­ci­ter ce matin Green­peace pour cette action illé­gale et anti-démo­cra­tique. Il est évident que l’absence de réelles sanc­tions dis­sua­sives, après les actions simi­laires pré­cé­dentes,encou­rage Green­peace dans cette voie.
« Il faut rap­pe­ler enfin que Fes­sen­heim a été décla­rée sûre par l’Autorité de Sûre­té Nucléaire, la seule auto­ri­té com­pé­tente. Des cen­taines de mil­lions d’euros ont été inves­tis ces der­nières années pour en faire une des 1ère cen­trales de France dont la sûre­té a été moder­ni­sée et mise aux der­niers stan­dards inter­na­tio­naux du moment. Une usine ne vieillit pas comme les humains ; quand un maté­riel nedonne plus satis­fac­tion, on le répare ou le rem­place !
« Sou­hai­tons-nous vrai­ment vivre dans notre pays ce que subissent les Alle­mandsaprès la déci­sion radi­cale de fer­me­ture de son parc nucléaire, tant sur le plan duprix du kWh que vis-à-vis des fortes atteintes envi­ron­ne­men­tales ? La pol­lu­tion atmo­sphé­rique de ces der­niers jours, en par­tie due aux émis­sions des cen­trales au char­bon alle­mandes, est un exemple qui impacte tous leurs voi­sins. A contra­rio, la France fait par­tie des meilleurs pays euro­péens pour ses faibles émis­sions de CO2… grâce à son éner­gie nucléaire ! »

« Le dernier homme de Fukushima »

Nao­to Mat­su­mu­ra, appe­lé « le der­nier homme de Fuku­shi­ma », vit tou­jours à Tomio­ka, petit bourg pris en étau entre les deux cen­trales Daii Chi et Daii Ni. Mathieu Vidard l’a ren­con­tré lors de son pas­sage à Paris et a dif­fu­sé ce mar­di (11/3/14) son témoi­gnage, poi­gnant et réso­lu (France Inter, La tête au Car­ré).

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Nao­to Mat­su­mu­ra © Anto­nio Pagnot­ta - 2014
Les dates de sa tour­née euro­péenne : du 5 au 14 mars en France. Du 15 au 22 mars en Alle­magne et en Suisse. Ce 11 mars, il devait prendre la parole au Par­le­ment euro­péen de Stras­bourg.

Agri­cul­teur et éle­veur, Nao­to Mas­tu­mu­ra a pris sa réso­lu­tion de res­ter sur place en soli­da­ri­té avec son bétail et les ani­maux aban­don­nés à leur sort. Il s’est alors trou­vé devant l’alternative : man­ger les pro­duits locaux – conta­mi­nés – et mou­rir à terme ; ou bien ne pas man­ger… et mou­rir de faim. Il a donc, depuis main­te­nant trois ans, refu­sé l’évacuation de la zone et conti­nué à culti­ver les terres et à pêcher dans les rivières radio­ac­tives, se sachant gra­ve­ment conta­mi­né, notam­ment au césium, et expo­sé à de graves mala­dies.

Désor­mais porte-dra­peau de la résis­tance japo­naise face au désastre nucléaire, Nao­to Mat­su­mu­ral  a effec­tué un périple de dix jours en France pour témoi­gner des consé­quences de la catas­trophe du 11 mars 2011, lui qui se trou­vait à une quin­zaine de kilo­mètres des réac­teurs qu’il a enten­du explo­ser.

L’agriculteur japo­nais voit d’inquiétantes simi­li­tudes entre les scé­na­rios fran­çais et japo­nais : « Au Japon, il y a 54 réac­teurs, vous en avez 58. Le pro­chain acci­dent nucléaire, ce sera soit au Japon, soit en France». Selon lui, la France pèche par excès de confiance dans la sûre­té de ses ins­tal­la­tions, comme le Japon l’a fait par le biais de Tep­co, l’opérateur de la cen­trale de Fuku­shi­ma. « Je pense qu’EDF estime que les cen­trales nucléaires fran­çaises béné­fi­cient d’une tech­nique de meilleure qua­li­té. Tep­co, c’était pareil. Ils nous disaient qu’il n’y avait pas de dan­ger, que c’était sûr... » Le-Dernier-homme-de-Fukushima

« Cet homme a un immense sens pay­san », estime Anto­nio Pagnot­ta, pho­to­re­por­ter, auteur du Der­nier homme de Fuku­shi­ma (Ed. Don Qui­chotte). «En choi­sis­sant de res­ter dans sa ferme et de conti­nuer à nour­rir ses bêtes, il ne fai­sait pas que sau­ver son bétail, il sau­vait le prin­cipe même de la vie dans cette zone.» L’homme fait preuve d’une « énorme com­pas­sion pour le vivant ». Shin­toïste, il estime que chaque être vivant est l’égal de l’autre, et nour­rit un atta­che­ment qua­si vis­cé­ral à sa terre. « C’est un guer­rier, il a vu les pro­blèmes arri­ver bien en amont. Et il a com­pris que s’il avait fui ses terres comme tout le monde, il aurait per­du son hon­neur et sa digni­té. »

A l’occasion du troi­sième anni­ver­saire de la catas­trophe, Nao­to Mat­su­ma­ra a accep­té l’invitation d’Antonio Pagnot­ta et de plu­sieurs mili­tants anti-nucléaires (notam­ment Cathe­rine Connan et Pierre Fetet, res­pec­ti­ve­ment de Green­peace et auteur d’un blog sur Fuku­shi­ma) pour ce périple de dix jours en France, pas­sant par Fes­sen­heim, la doyenne des cen­trales fran­çaises que Fran­çois Hol­lande a pro­mis de fer­mer avant la fin 2016. 

Lire aus­si :

Nucléaire. La pro­ba­bi­lité d’un acci­dent en France serait de 50% pour le parc actuel

Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance


Nucléaire. Greenpeace face à la justice et aux dangers de Tricastin

En France, trois ans après Fuku­shi­ma, poin­ter du doigt cer­taines véri­tés sur le nucléaire est tou­jours mal vu par les auto­ri­tés. Alors que sur le front de l’énergie, rien ne bouge, qu’on ne sait tou­jours pas com­ment Fran­çois Hol­lande va tenir sa pro­messe de réduc­tion de la part du nucléaire, que les cen­trales nucléaires fran­çaises vieillissent, à l’image de Tri­cas­tin, que le risque d’accident aug­mente.

29 militants de Greenpeace entrés à la centrale de Tricastin le 15 juillet 2013

29 mili­tants de Green­peace entrés à la cen­trale de Tri­cas­tin le 15 juillet 2013

La cen­trale de Tri­cas­tin, mise en ser­vice depuis 1980 – elle a dépas­sé les 30 ans de durée de vie ini­tia­le­ment pré­vue. – est expo­sée à de grands risques : sis­miques, indus­triels, ter­ro­ristes, d’inondation. Les consé­quences d’un acci­dent y seraient d’autant plus désas­treuses que le mis­tral pour­rait rapi­de­ment por­ter une conta­mi­na­tion radio­ac­tive sur les Bouches du Rhône et la Côte d’Azur.

De plus, Tri­cas­tin a cumu­lé de nom­breux inci­dents et cas de pol­lu­tion [voir ici], tan­dis que Green­peace a démon­tré la fai­blesse des sys­tèmes de pro­tec­tion quand  de ses mili­tants sont par­ve­nus jusqu’aux bâti­ments des réac­teurs.

De son côté, dans son rap­port de 2013, l’Autorité de sûre­té nucléaire a poin­té de mul­tiples insuf­fi­sances, notam­ment en matière de radio­pro­tec­tion.

Clé­ment, 21 ans, est l’un des 29 mili­tants de Green­peace entrés à la cen­trale de Tri­cas­tin le 15 juillet 2013, et convo­qués ce mar­di 14 jan­vier au Tri­bu­nal de Valence. Le pro­cu­reur a requis jusqu’à six mois de pri­son avec sur­sis, ce qui est très lourd pour une telle action, démons­tra­tive certes, mais fon­ciè­re­ment paci­fiste.

La vidéo ci-des­sous montre l’engagement et la déter­mi­na­tion de ce jeune mili­tant dans cette action aus­si édi­fiante que spec­ta­cu­laire.

Le juge­ment sera ren­du le 6 mars pro­chain à Valence.

> > >  Lire éga­le­ment sur « C’est pour dire » 


Fukushima. L’ex-président de l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, ennemi de l’intérieur

g-jaczko-nucleaire-fukushima-usaEx-pré­sident de l’autorité de sûre­té nucléaire des Etats-Unis, Gre­go­ry Jacz­ko vient de jeter un sacré pavé dans la mare nucléa­riste. « Ce qui s’est pas­sé à Fuku­shi­ma est tout sim­ple­ment inac­cep­table » a-t-il décla­ré dans un entre­tien évi­dem­ment repris par le réseau Sor­tir du nucléaire. Il n’est pas le pre­mier à dénon­cer les insup­por­tables consé­quences de tout acci­dent nucléaire, dont l’éventualité – sinon la pro­ba­bi­li­té – n’exclut aucune ins­tal­la­tion nucléaire dans le monde. La nou­veau­té, en l’occurrence, vient de l’auteur de cette dénon­cia­tion, à savoir l’un des haut res­pon­sables de la sûre­té nucléaire des Etats-Unis où les pro­nu­cléaires, faut-il le sou­li­gner ? le consi­dèrent désor­mais comme un enne­mi.


Nucléaire. Greenpeace franchit la sécurité de Tricastin

L’époque est aux lan­ceurs d’alertes : cli­mat, fli­cages numé­riques, cor­rup­tions en tous genres. Et nucléaire ce lun­di avec les aler­teurs de Green­peace. Une fois de plus, ils ont fait leur bou­lot de démons­tra­tion par la preuve. EDF, l’ASN et les pou­voirs publics peuvent bien ten­ter de mini­mi­ser l’opération de cette nuit à la cen­trale de Tri­cas­tin en pré­ten­dant que les aler­teurs  de Green­peace ne sont pas par­ve­nus dans la zone ultime de contrôle. Espèrent-ils  qu’un groupe de ter­ro­ristes fassent « mieux » ?… Ain­si, au lieu de les féli­ci­ter pour orga­ni­ser gra­tui­te­ment et gran­deur nature un exer­cice de crise, ils vont les pour­suivre en jus­tice !

Le site de Tri­cas­tin accueille la plus impor­tante concen­tra­tion d’industries nucléaires et chi­miques de France. C’est aus­si le site nucléaire le plus éten­du de France, devant l’usine de retrai­te­ment de La Hague. Le site regroupe de nom­breuses acti­vi­tés liées à la fabri­ca­tion et l’exploitation du com­bus­tible nucléaire. Les pre­mières ins­tal­la­tions sont entrées en fonc­tion­ne­ment au cours des années 1960 pour enri­chir de l’uranium à des fins mili­taires. Actuel­le­ment, plus de 5 000 employés tra­vaillent au Tri­cas­tin dans un impor­tant réseau d’entreprises.

Les deux tiers de l’électricité pro­duite par les quatre réac­teurs de 900 MW sont consom­més sur place, notam­ment par l’usine voi­sine d’enrichissement Euro­dif. Il est pré­vu que le der­nier tiers ali­men­te­ra l’expérimentation d’ITER, quand ce réac­teur à fusion nucléaire sera opé­ra­tion­nel – s’il le devient – dans quinze ou vingt ans, à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

En exploi­ta­tion à par­tir de 1960, la cen­trale de Tri­cas­tin est presque aus­si vieille que celle de Fes­sen­heim – que Fran­çois Hol­lande s’est enga­gé à fer­mer. Ce que lui rap­pelle Green­peace en actua­li­sant cette pro­messe et en l’étendant aux ins­tal­la­tions de Tri­cas­tin, éga­le­ment situées sur une zone sis­mique. Par leurs pro­jec­tions d’images sur les murailles de béton, en par­ti­cu­lier la repré­sen­ta­tion appuyée d’une fis­sure, l’ONG éco­lo­giste appuie aus­si sur une réa­li­té : à savoir que la plu­part des enceintes de confi­ne­ment des réac­teurs – même épaisses d’un mètre de béton – sont plus ou moins fis­su­rées et non étanches !

Les popu­la­tions voi­sines se sont le plus sou­vent, et dans l’ensemble, habi­tuées et rési­gnées face aux dan­gers qui les menacent au quo­ti­dien. Comme dans d’autres ins­tal­la­tions nucléaires, mais à Tri­cas­tin plus par­ti­cu­liè­re­ment, des inci­dents se sont suc­cé­dés ces der­nières années. L’Auto­ri­té de sûre­té se veut tou­jours ras­su­rante en clas­sant ces inci­dents dans le bas de l’échelle des risques.

N’oublions pas non plus qu’EDF finance les col­lec­ti­vi­tés locales à hau­teur de 14 mil­lions d’euros par an au titre de la taxe pro­fes­sion­nelle. Là plus qu’ailleurs c’est l’économie qui com­mande. Jusqu’à ce qu’un acci­dent grave pré­sente sa fac­ture. Mais les acci­dents, on le sait, ça n’arrive qu’ailleurs : Three Miles Island (USA), Tcher­no­byl, Fuku­shi­ma

 

Lire aus­si :

TRICASTIN. Et Mme Areva but l’eau du lac…

 


Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Fli­ckr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bus­tible de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tiel­le­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, consti­tué du com­bus­tible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bus­tible et des divers élé­ments du cœur avec les­quels il rentre en contact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont sui­vis le séisme.
Pour la pis­cine du réac­teur n°2, Tep­co a mis en place, début juin, un sys­tème de refroi­dis­se­ment. La mise en place de ce sys­tème est pré­vue pour les pis­cines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la pis­cine n°4, un conso­li­da­tion de son sou­tè­ne­ment avec des piliers en acier est néces­saire au préa­lable.

La der­nière mise à jour de l’Agence Inter­na­tio­nale à l’Énergie Ato­mique sur le sujet date du … 2 juin.
Les der­nières infor­ma­tions four­nies par l’opérateur de la cen­trale, Tep­co, manquent elles aus­si de pré­ci­sions les der­nières mises à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroi­dis­se­ment conta­mi­nées, l’état des réac­teurs n’étant pas modi­fié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, repre­nant les élé­ments four­nis par Tep­co, évoque une « sta­bi­li­sa­tion de la situa­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûre­té Nucléaire fran­çaise elle même intro­duit son com­mu­ni­qué de presse en décla­rant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. ». Les deux ins­tances expertes en France ne semblent donc pas tota­le­ment en phase dans leurs ana­lyses…

Ce com­mu­ni­qué de presse n°31 de l’ASN relève éga­le­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. Les der­nières ana­lyses japo­naises montrent que le com­bus­tible des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bus­tible fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur per­ce­ment. »

Une conta­mi­na­tion très éten­due …. qui va durer

Les der­nières mesures effec­tuées dans la ville de Fuku­shi­ma, située à soixante kilo­mètres de la cen­trale, sont fran­che­ment inquié­tantes.

Les mesures de ter­rain et ana­lyses de sol effec­tuées par le labo­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retom­bées de césium 134 et 137 radio­ac­tif sont de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quar­tier Wata­ri. Cette irra­dia­tion ne dimi­nue­ra que très len­te­ment. Elle est due en effet prin­ci­pa­le­ment au césium 137 et au césium 134 dont les périodes phy­siques sont longues (30 ans et 2 ans res­pec­ti­ve­ment). Cela signi­fie que la radio­ac­ti­vi­té du césium 137 sera divi­sée par 2 dans 30 ans. On peut esti­mer que dans les douze mois à venir, la radio­ac­ti­vi­té du césium 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte conta­mi­na­tion au césium a été déce­lée dans de la viande de bœuf qui vien­drait de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus conta­mi­nées ne sont pas néces­sai­re­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette conta­mi­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habi­tants

La popu­la­tion est trop expo­sée aux radia­tions !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fuku­shi­ma pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­dia­tion externe de plu­sieurs mil­li­Sie­verts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cep­table par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tio­nale de Pro­tec­tion Radio­lo­gique) est de 1 mil­li­Sie­vert par an.

À la demande de citoyens japo­nais, l’ACRO (Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest) a ana­ly­sé les urines des enfants de Fuku­shi­ma et les résul­tats sont sans ambi­guï­té : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­que­rel par litre.

Cela signi­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous conta­mi­nés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont pro­ba­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radio­ac­tifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces der­niers élé­ments dis­pa­raissent plus vite et ne sont donc déjà plus détec­tables).

Les mesures prises par les pou­voirs publics ne sont pas à la hau­teur

Les auto­ri­tés japo­naises ont déci­dé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fuku­shi­ma de dosi­mètres indi­vi­duels. Ces dosi­mètres sont char­gés de mesu­rer la dose de radio­ac­ti­vi­té reçue par les enfants durant leur jour­née d’école. Pas de pré­ve­nir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesu­rer. Le rayon de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été modi­fié. Dans les 10 kilo­mètres sui­vants, la popu­la­tion est cen­sée à la fois « res­ter confi­née » et vivre nor­ma­le­ment, envoyant les enfants à l’école, munis d’un déri­soire masque de papier et de leur dosi­mètre.

Il fau­drait éva­cuer les popu­la­tions sur un péri­mètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être contrô­lés et les mesures de radio­ac­ti­vi­té bien plus fré­quentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que néces­saire !


Fukushima: Les autorités instrumentalisent la culture japonaise pour maintenir la population dans l’ignorance

Par Michèle Riva­si, dépu­tée euro­péenne Europe Eco­lo­gie-les Verts, fon­da­trice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Riva­si a pu consta­ter l’impact de la catas­trophe nucléaire de Fuku­shi­ma sur le quo­ti­dien et la men­ta­li­té des Japo­nais. Invi­tée par le puis­sant Sei­kat­su Club, union des consom­ma­teurs forte de 22 mil­lions de membres, et les Verts japo­nais elle est notam­ment allée à la ren­contre des familles de pay­sans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effa­rée et révol­tée par ce qu’elle a pu consta­ter dans les ter­ri­toires conta­mi­nés où la popu­la­tion conti­nue de vivre expo­sée à des fortes doses d’irradiation. Trois mois après la catas­trophe, le cau­che­mar ne fait mal­heu­reu­se­ment que com­men­cer.

« Je reste de plus en plus convain­cue que là où com­mence le nucléaire s’arrête la démo­cra­tie. Quand les auto­ri­tés ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par manque d’information: aucune pré­cau­tion n’est prise pour pro­té­ger la san­té des popu­la­tions vivant en zone conta­mi­née qui conti­nuent de consom­mer les ali­ments conta­mi­nés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la catas­trophe, la dis­tri­bu­tion de pas­tilles d’iodure de potas­sium n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nombre de can­cers, sur­tout chez les enfants.

« Qui plus est, aucune solu­tion n’est appor­tée aux réfu­giés de la radio­ac­ti­vi­té, ces popu­la­tions exclues du péri­mètre des 20 kilo­mètres entou­rant la cen­trale. La plu­part d’entre eux trouvent refuge auprès de proches, dans le péri­mètre de la zone d’évacuation volon­taire. Aucune indem­ni­té n’ayant encore été ver­sée et aucun relo­ge­ment n’ayant été effec­tué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hommes conti­nuent d’exercer leurs acti­vi­tés agri­coles dans des zones conta­mi­nées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleu­rit et bour­geonne est une nature morte: ils tentent d’éviter ain­si ce que l’on appelle com­mu­né­ment le ‘stress radio­lo­gique’ qui peut mener à des troubles psy­cho­lo­giques sérieux.

« Cet état de fait est faci­li­té par la culture japo­naise, une culture de sou­mis­sion qui pousse les gens à conte­nir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publi­que­ment, ter­ras­sés par la fata­li­té. Leur colère interne se mani­feste sous la forme d’une rési­gna­tion totale. En consé­quence, les auto­ri­tés pro­fitent de cette fai­blesse cultu­relle pour impo­ser une omer­ta inquié­tante faci­li­tée par l’absence de contre-pou­voirs.

« Heu­reu­se­ment, des groupes aidés par la CRIIRAD viennent d’être créés et visent à contrô­ler le niveau de radio­ac­ti­vi­té de ali­ments consom­més: c’est un pre­mier pas salu­taire dans la lutte contre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la catas­trophe reste per­ma­nente: l’irradiation reste tel­le­ment forte que les tra­vaux dans la cen­trale peinent à évo­luer et le risque d’explosion par hydro­gène dans les réac­teurs endom­ma­gés reste impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­ve­nir. »

Site de Michèle Riva­si : http://www.michele-rivasi.eu/


Fukushima. Autres nouvelles, nouvelles inquiétudes

Restes du bâti­ment réac­teur III - 12 mai 2011

Restes du bâti­ment réac­teur IV - 12 mai 2011

Ain­si que je le pré­cise en post scrip­tum de l’article pré­cé­dent sur la nou­velle explo­sion enre­gis­trée à la cen­trale en ruines de Fuku­shi­ma, c’est le réac­teur IV et non le III qui serait concer­né. La dif­fé­rence est impor­tante puisqu’elle porte sur le char­ge­ment en MOX du réac­teur III, et le risque de rejet de plu­to­nium par­ti­cu­liè­re­ment toxique. Le pro­blème – qui remonte aux ori­gines mêmes de la catas­trophe – tient au blo­cage de l’information offi­cielle, et même aux omis­sions et men­songes éma­nant de ces sources offi­cielles, tant le gou­ver­ne­ment japo­nais que l’exploitant Tep­co.

Une autre vue de l’explosion est visible ici : entre 0:16 et 0:18. (Docu­ment Tep­co).

Autres nou­velles, peu ras­su­rantes :

– 6 400 tonnes d’eau radio­ac­tive dans le sous-sol du réac­teur III. Les employés de Tep­co ont bra­vé la très haute conta­mi­na­tion radio­ac­tive du réac­teur III (100 milliseverts/heure) pour explo­rer le sous-sol du bâti­ment dans lequel ils ont confir­mé la pré­sence de 6400 tonnes d’eau hau­te­ment radio­ac­tive. (51 milliseverts/heure en sur­face du volume d’eau qui fait près de 6 mètres de pro­fon­deur).

– Pas de chance pour Are­va (exit sa patronne) et pour Tep­co, qui devaient com­men­cer le 15 juin les tra­vaux de décon­ta­mi­na­tion de plus de 100 000 tonnes d’eau conta­mi­née : le sys­tème ne fonc­tionne pas car Tep­co vient de décou­vrir 10 fuites dans des valves et autres tuyau­te­ries.

Le Monde du 17/6/11. Comme si l” « emprise » n’était déjà pas éco­no­mi­co-poli­tique… Ou com­ment le spec­tacle poli­tique prend le pas sur les faits, l’opérette de salon sur le jour­na­lisme de ter­rain.

Soyons posi­tifs et admet­tons que le sys­tème Are­va puisse décon­ta­mi­ner à 100 % plus de 100 000 tonnes d’eau, à ce jour, et une autre bor­dée de 100 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2011 et d’autres bor­dées sub­sé­quentes de 100 000 tonnes et plus, tous les six mois, au fil des années. Que faire du concen­tré toxique géné­ré par ce pro­ces­sus de « décon­ta­mi­na­tion » ? Selon Tep­co, ce concen­tré contien­drait 100 mil­lions de bec­que­rels de sub­stances radio­ac­tives par cen­ti­mètre cube. Tep­co estime que ce seront 2 000 mètres cubes de concen­tré toxique qui seront géné­rés d’ici la fin de l’année 2011. Or, Tep­co ne dis­pose que d’une capa­ci­té de 1 200 mètres cubes sur le site de Fuku­shi­ma. De plus, Are­va a concé­dé qu’ils n’ont aucune expé­rience dans la ges­tion de concen­trés toxiques issues d’eau radio­ac­tives et titrant plus de 1 000 millisieverts/heure.

– Extrême radio­ac­ti­vi­té dans la par­tie est de Tokyo. Suite à la pres­sion d’une asso­cia­tion de parents (Koto Asso­cia­tion to Pro­tect Chil­dren), le gou­ver­ne­ment japo­nais a enfin recon­nu ses men­songes quant à la radio­ac­ti­vi­té de l’air ambiant aux alen­tours du centre de retrai­te­ment des boues d’épuration de Nan­bu Ota-ku, Tokyo. Depuis com­bien de semaines l’incinérateur est-il en train de conta­mi­ner cette zone de Tokyo ? Cette asso­cia­tion de parents, aidée par un pro­fes­seur de l’Université de Kobé, a sol­li­ci­té les ser­vices de l’ONG fran­çaise, Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest, et a mis en valeur des taux extrê­me­ment éle­vés de radio­ac­ti­vi­té dans le ter­rain de sports et dans le parc pour enfants situés tous deux à moyenne proxi­mi­té du centre de trai­te­ment incri­mi­né: par exemple, le parc pour enfants est à 8 km de dis­tance.

Le parc est encore plus conta­mi­né que le ter­rain de sport avec un taux de césium 137 de 3 050 becquerels/kilo de sol et un taux de césium 134 de 2 850 becquerels/kilo de sol. Le taux de tel­lu­rium 129 y est de 580 becquerels/kilo de sol.

– Quelle serait la quan­ti­té de com­bus­tible à Fuku­shi­ma-Dai­chi en attente de dilu­tion dans l’atmosphère, les nappes phréa­tiques et l’océan? Selon Asso­cia­ted press, 3 400 tonnes de com­bus­tible usa­gé seraient accu­mu­lées dans les pis­cines de sto­ckage et 877 tonnes de fuel actif dans les coeurs des réac­teurs, ou ce qu’il en reste. A savoir en tout 4 277 tonnes de com­bus­tible. Par com­pa­rai­son, il y en avait 30 tonnes à Three Miles Island aux USA en 1979 et 180 tonnes à Tcher­no­byl en 1986.

– Deux baleines ont été décou­vertes fin avril à 650 km de Fuku­shi­ma, avec des niveau de radia­tion de 31 et 24 bec­que­rels de césium par kilo de viande. Le Marine Bio­lo­gi­cal Labo­ra­to­ry, basé à Woods Hall dans le Mas­sa­chu­setts, a com­men­cé à éva­luer le niveau de conta­mi­na­tion radio­ac­tive dans l’Océan Paci­fique. Et selon Arnie Gun­der­sen, le MBL a déjà décla­ré que la conta­mi­na­tion radio­ac­tive dans l’Océan Paci­fique pro­ve­nant de Fuku­shi­ma est dix fois supé­rieure à celle de la Mer Noire ayant éma­né de Tcher­no­byl.

– La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, à Oma­ha dans le Nebras­ka (États-Unis) est assié­gée (vidéo ici) par l’eau du Mis­sou­ri qui monte et qui va encore mon­ter de quelques mètres d’ici l’été. Pas de sou­cis, l’ingénierie nucléaire a déployé tout son savoir faire pour endi­guer les risques radio­ac­tifs : des murs de sacs de sable.

La cen­trale nucléaire de Fort Cal­houn, pho­to­gra­phiée le 14 juin, mena­cée par la mon­tée régu­lière des eaux du Mis­sou­ri. (Ph. Cryp­tome)

Voir d’autres pho­tos.

 

 

 

Autres infor­ma­tions sui­vies : http://www.kokopelli-blog.org/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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